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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 07:34

L'Humanité.fr publie aujourd'hui un entretien fort intéressant (j'allais dire "très chouette") avec la sociologue Bétarice Hibou sur le nouvel ordre bureaucratique néolibéral. Extraits :

 

 

On associe souvent le phénomène bureaucratique à l’État. Vous abordez le processus de bureaucratisation contemporain à partir de la grande entreprise capitaliste comme foyer génétique. N’est-ce pas, pour ainsi dire, 
un retour aux sources ? Qu’y a-t-il de nouveau avec la bureaucratisation « néolibérale » ?

 

Béatrice Hibou. À partir du constat que nous faisons tous, que la bureaucratisation atteint aujourd’hui la vie et les relations sociales en général à travers l’extension continue de normes, règles, procédures et qu’elle ne s’incarne pas seulement dans les institutions de l’État, nous avons voulu analyser le moment contemporain que l’on qualifie généralement de néolibéral. Qu’est-ce qui est nouveau ? Ce n’est certainement pas que la bureaucratie caractérise le secteur privé, entreprises ou banques. Marx et Weber en avaient parlé en leur temps, de même que les auteurs marxistes. Ce qui me semble nouveau, c’est au contraire que les normes, règles, procédures qui forment la bureaucratie néolibérale sont principalement issues du « privé », y compris dans le « public », selon le principe d’homothétie public-privé, fondé sur le postulat de l’unicité des logiques économiques et financières, et donc d’équivalence entre public et privé, et sur la croyance en la supériorité managériale du privé sur le public. C’est ce qu’illustre le « new public management », mais de façon plus générale l’extension de l’audit ou des techniques privées de comptabilité, de « reporting » ou d’évaluation des actifs.

 

Cette diffusion des normes et procédures s’étend à la société tout entière, comme le suggère notre langage de tous les jours, lorsqu’on affirme « gérer » sa vie ou tel ou tel problème quotidien, ou l’extension des procédures de certification, de normalisation, ou de labellisation dans l’alimentation ou les loisirs. Le second trait caractéristique de la bureaucratisation néolibérale, c’est l’exacerbation de sa nature formelle : toute bureaucratie est abstraite et formelle mais les codes, normes, règles et principes qui forment la bureaucratie néolibérale sont issus d’un travail d’abstraction réalisé à partir d’un monde particulier, celui du marché et de l’entreprise. En se diffusant à des contextes et à des domaines qui sont donc totalement étrangers à ceux qui leur ont donné naissance, la généalogie de ces formalités est pour ainsi dire perdue, en tout cas occultée. Ces abstractions, qui sont donc des formes sociales avec une histoire propre, convoient avec elles des conceptualisations, des façons de penser et de problématiser qui ne sont pas forcément compatibles avec leurs nouveaux espaces d’application, ce qui explique le sentiment de perte de repères ou de sens souvent exprimé.

 

PS : Des dizaines d'ouvrages paraissent annuellement sur le "New Public Management" (surtout en anglais et en allemand), dans l'optique de mettre à mal les services publics de Papa (BG).

 

 

 

L'intégralité de l'article ici.

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Published by Bernard Gensane - dans p
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