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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 05:44

Mes amis suisses de l'1dex ont publié récemment cet article qui m'a beaucoup plus.

 

Las d’entendre toujours les mêmes intonations à la télévision, Arte Radio a demandé à un ancien rédacteur en chef du « 20 heures » de France 2 pourquoi les journalistes prenaient toujours ce ton grave.

C’est une question qu’on s’est déjà tous posée : pourquoi les voix off des journaux télévisés se ressemblent-elles tant ? Arte Radio, la webradio de la chaîne franco-allemande, a tenté d’y répondre sérieusement avec humour. Formatage des journalistes, demande expresse des rédactions TV ou juste mauvaise habitude… dans un podcast, Victoire Tuaillon raconte son expérience de jeune journaliste passée par la rédaction de France 2.

 

« Pas de bonne voix, pas de contrat », lance-t-elle, évoquant les reproches de ses chefs sur son ton apparemment peu adapté aux formats télévisuels. « Un soir j’en ai eu marre (…) alors dans la cabine de mixage, j’ai pensé à Vincent Maronnier de Groland (la voix off caricaturale de l’émission satirique), j’ai baissé ma voix de trois octaves, et là de l’autre côté de la vitre j’ai vu mon chef me faire des grands signes, tout content. Ce soir-là j’ai même reçu des textos de félicitations : “Bravo ! Tu vois, tu l’as enfin trouvée ta voix.” »

 

La journaliste d’Arte Radio, qui confie ne pas être sûre de retravailler un jour à la télé, ne s’arrête pas à sa propre expérience et tend également le micro à Pascal Doucet-Bon, directeur adjoint des rédactions de France Télévisions. « Les chefs sont paradoxaux, ils se plaignent de l’uniformisation mais ne font rien pour que ça change », reconnaît celui qui a été rédacteur en chef du « 20 heures » de France 2.

 

Il l’admet, « on massacre la ponctuation »« on crée des virgules qui n’existent pas ». A bien se pencher sur les extraits de reportages, deux styles de voix semblent largement utilisés dans la profession : le ton grave et important, qu’on peut entendre sur des sujets aussi effrayants que les trottoirs enneigés ou le début des soldes ; et l’intonation qui donne l’impression de finir ses phrases sans point, « en l’air ».

« Les têtes qui dépassent, on les renvoie dans leurs régions »

 

Autre élément pointé par Arte Radio : tous les journalistes ont un accent parisien à la télévision. Les accents régionaux semblent en effet bannis des écrans nationaux. Tristement honnête, Pascal Doucet-Bon avoue : « Les têtes qui dépassent, on les renvoie dans leurs régions. Si un journaliste perpignanais avec un accent à couperau couteau arrivait à la télévision, bah, non, je ne vais pas le prendre. Et je défendrai l’idée de ne pas le prendre parce qu’on ne comprend pas ce qu’il raconte. »

 

Pour le directeur adjoint des rédactions de France Télévisions, le problème de l’accent n’existe pas vraiment puisque la sélection est faite a priori dans les écoles de journalisme. Les aspirants porteurs de micro sont invités à gommer leur accent ou à se tourner vers la presse écrite…

 

Mais qui a demandé à ces journalistes de parler ainsi ? Pour l’ancien rédacteur en chef du « 20 heures » de France 2, c’est un exemple de mimétisme ambiant, chacun pensant qu’il faut parler de cette manière. « Il [le journaliste] pense que ses chefs attendent ça de lui, ses chefs ne le détrompent qu’à moitié. Et c’est seulement quand le mal est fait, qu’il y a une généralisation de ce ton, qu’il commence à y avoir une remise en cause. Et en général on passe à l’acquisition d’un nouveau défaut : une mode en chasse une autre. » Alors, à quand la mode de l’accent catalan ?

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 05:45

On dira, en simplifiant quelque peu, que si l’université de Cambridge (le pont sur la rivière Cam) est plutôt de gauche, celle d’Oxford (le gué où passent les bœufs) est assez nettement de droite. Ça tombe bien, le politiquement correct étant fondamentalement de droite, on ne peut pas ne pas dénoncer le prurit qui a saisi cette année les autorités d’Oxford qui jaugent le racisme à l’aune de postures, de comportements très superficiels.

 

Il a été ainsi décidé que si l’on évite de regarder quelqu’un dans les yeux, on fait preuve de racisme à son égard. La Commission pour la diversité et l’égalité (à noter que la diversité prend le pas sur l’égalité) vient de faire savoir aux étudiants que de pas s’adresser aux autres les yeux dans les yeux pouvait être « considéré comme une micro-agression raciste » assimilée à « une maladie mentale ».

 

Un délit beaucoup plus grave consiste à demander à un collègue étudiant « de quelle partie du monde il est originaire ». Dans sa grande bonté, la Commission pour la diversité et l’égalité explique que ces comportements peuvent partir d’une bonne intention mais que, néanmoins, ils « offensent » l’autre à qui ils nient le sens d’appartenance à l’institution.

 

Dans le même temps, les étudiants en droit ont désormais le droit de ne pas assister à des cours qui exposent des affaires violentes s’ils craignent d’être « bouleversés » par la relation des faits. De même, il existe désormais des signaux d’avertissement pour les étudiants en théologie lorsque, durant les cours, les professeurs sont amenés à présenter des images violentes de la crucifixion. Comme disait Coluche, heureusement que le Christ n’a pas été noyé sinon il y aurait des bocaux avec des poissons rouges au-dessus des lits dans les hôtels ! Ce qui signifie que l’université d’Oxford se plie aux exigences de la nouvelle génération d’étudiants « flocons de neige » (snowflake, une expression qui vient des Etats-Unis, naturellement), des jeunes qui ont peur des tout, qui sont incapables, par extrême sensibilité, de résister à l’adversité, à des défis qui les dépassent.

 

Qu’Orwell revienne, car nous sommes à l’évidence dans la pensée-crime. Il est insensé que dans un pays qui se prétend démocratique des autorités universitaires s’arrogent le droit de dire aux étudiants ce qu’ils doivent penser, ce qu’ils doivent ressentir.

 

Nous sommes aux antipodes de l’égalité dans la mesure où l’autre, le non-Blanc (ces recommandations visent les Blancs à 99%) est perçu dans sa différence d’individu de couleur et de religion différente. Il eût été difficile de trouver un moyen plus sûr de réintroduire du racisme. Mais ce que ces crétins de la Commission n’ont pas compris, dans leur combat pour « l’égalité des chances » et contre toute forme de « discrimination », c’est à quel point ils étaient anglo-centrés. De par le monde, les gens ne se regardent pas de la même manière, ne se serrent pas la main de la même manière, ne se remercient pas de la même manière, ne s’insultent pas de la même manière. Lorsque je résidais en Côte d’Ivoire, un de mes collègues avait rédigé une thèse sur les centaines de manières de se saluer dans une ethnie (il y en avait une soixantaine d’autres dans le pays). J’avais découvert une code extraordinairement riche : un homme ne salue pas sa mère comme le fait sa sœur ; un beau-fils ne salue pas sa belle-mère comme sa marâtre ; un frère ne salue pas son frère comme son cousin etc.


 

Dans l’université britannique, tu as vite fait d’être raciste

Avec ces crétins d’Oxford, plus de naturel, plus de spontanéité.

 

Dans le même ordre d’idées, l’université de Cardiff, qui a forcément quelque chose à se faire pardonner car elle n’est pas à 100% galloise, a décidé d’interdire sur le campus et dans les écrits officiels l’expression « bras droit » qui contient en anglais le mot « man » et l’expression – reprise telle quelle en français – « gentleman’s agreement ». Elle a par ailleurs recommandé l’utilisation de vocables du genre neutre chaque fois que c'est possible (je lui souhaite bien du plaisir).

 

Tout cela est tout de même beaucoup plus important que le fait qu'il y a quarante ans les études universitaires étaient gratuites outre-Manche alors qu'aujourd'hui elles coûtent une fortune.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 05:33

 

Bernard Teper, dans Res Publica brosse un bref tableau de la politique de Marisol Touraine à la Santé, qui n’aura rien fait pour empêcher les dentistes d’être les champions du dépassement d’honoraires : « Le résultat des gesticulations de l’hypermédiatique ministre de la santé, Marisol Touraine, est affligeant. 3,2 millions de Français vivent dans un désert médical. Et le projet néolibéral promet d’agrandir ces déserts médicaux. Déjà dans plusieurs endroits de la France métropolitaine, des médecins refusent les malades atteints de pathologies lourdes faute de temps pour pouvoir les suivre. Les internes sont en grève contre le projet de raccourcissement d’un an de leur formation au moment où celle-ci se complexifie. L’espérance de vie n’a pas augmenté du 31 décembre 2014 au 31 décembre 2016. Les réformes néolibérales ont fait croître comme jamais les dépassements d’honoraires. Ils sont aujourd’hui de 14,5 milliards d’euros avec 2,8 milliards pour les médecins, 5,9 milliards pour l’optique, 4,8 milliards pour les dentistes et 1 milliard pour les audioprothésistes. Sans compter certains actes techniques. »

 

 

Le site Mémoire des Luttes s’étonne de la découverte très opportune de l’ALBA par France Inter et Europe 1 : « C’est sans doute la première fois que le mot ALBA était prononcé sur les radios concernées. Il s’agissait d’associer les noms de deux repoussoirs présumés, Fidel Castro et Hugo Chavez, à celui de Jean-Luc Mélenchon en vue de discréditer le candidat de la France Insoumise, et donc de le faire dégringoler dans les sondages.

 

Pour ce qui concerne la place d’une adhésion à l’ALBA dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, on relèvera qu’il s’agit seulement de l’une des 8 grandes mesures rassemblées dans le chapitre 62 sous le titre « Construire des coopérations altermondialistes et internationalistes ». Ces mesures concernent non seulement l’Amérique latine et les Caraïbes, mais aussi l’Afrique, la Chine, la Banque de développement des BRICs, l’ONU, l’aide au développement, etc.

 

 

Sur son site Uranopole, Pierre Verhas nous remet en mémoire une conversation entre Danièle Mitterrand et son mari : « Danielle Mitterrand rapporta dans ses mémoires un entretien avec son mari, le président François Mitterrand, où elle lui posa la question fondamentale.

 

« Pourquoi maintenant que tu es au pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ? Il me répondit qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être le président ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes au capitalisme. »

 

 

Le Monde consacre un hors-série à l’écrivain autrichien Stefan Zweig, présenté en ces termes : « Au départ, il y eut le pacifisme, non pas une idée fade et pasteurisée, mais un cri suffoqué contre une guerre qui, pour la première fois dans l’histoire, avait causé en une poignée d’années des millions de morts.

 

A côté des revanchards de tout bord, il y a eu cette minorité pensante, glorieuse, fragile, tenace. Une minorité représentée surtout par un Autrichien humaniste qui ne pleurait pas la perte d’un empire, minorité admirablement décrite par Romain Rolland dans une conférence de 1939 à Paris. « Stefan Zweig appartient à une espèce qui n’est peut-être pas en voie de disparaître – du moins, je l’espère – mais qui est sérieusement menacée par les conditions actuelles, et qui ne se perpétue qu’à travers toutes sortes de difficultés : celles de grands Européens. »

 

Revue de Presse (203)

Le critique gastronomique de l’Observer, Jay Rayner, est allé déjeuner au Ritz parisien avec une amie. Cela lui a coûté 600 euros. “Je n’ai jamais rien mangé de plus immonde”, écrit-il. Á titre d’exemple, l’apéritif : La mise en bouche par laquelle on nous intime de commencer consiste en une bille transparente posée sur une cuillère : la chose, dans la vogue de la sphérification mise au point il y a vingt ans par Ferran Adriá dans son restaurant El Bulli [en Catalogne], ressemble à un implant mammaire en silicone taille Barbie. Quand elle éclate en bouche, la bille lâche une odeur de renfermé goût gingembre. Ma commensale grimace : ‘On a l’impression de manger un vieux préservatif oublié par terre au fond d’un magasin de fruits et légumes.’

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 05:45

Avant, mais c’était avant, on aurait dit : le « programme » du « parti ». Que penser de cette dérive ?

 

Je vais suivre ici Le Robert.

 

Le mot programme date du XVIIe siècle. Il vient du grec programma qui signifie « ce qui est écrit à l’avance ». Au XVIIe siècle, il va prendre le sens de « sujet d’un concours » ou « description d’un cours ». Le mot programme implique donc une description précise de ce qui va advenir, se dérouler. On affiche un programme, on le distribue. Dans le programme d’un spectacle peut figurer une analyse de la pièce. Lorsque l’on organise une fête, on parle de « programme des réjouissances » avec, là encore, une description précise de ce qui va advenir. Si, dans un programme de concert, on annonce la sonate avant la passacaille, le concertiste ne prendra pas la liberté d’inverser l’ordre établi. Lorsque le ministère de l’Éducation nationale publie le programme de l’agrégation, il ne peut pas s’y reprendre à deux fois. Renan observait en son temps qu’on ne plaisantait pas avec les programmes : « Si un professeur a pour devoir évident de ne pas sortir de son programme, il ne peut, dans l’intérieur de son programme, accepter de restrictions sans manquer à la première de ses obligation, qui est l’absolue sincérité. »

 

Une autre acception du terme programme est « une suite d’actions que l’on se propose d’accomplir pour arriver à un résultat. » L’expression « C’est tout un programme » suffit à faire prévoir ce que sera la suite. Même, ironiquement, pour De Gaulle : « Vaste programme » (« Mort aux cons ! »). Pour un parti politique, pour un gouvernement ou pour une entreprise, un programme expose les intentions, les projets d’un individu ou d’un groupe. On parlera de « programme de réformes », des « résolutions d’un programmes à long terme ». Sans confondre les programmes et les actes.

 

Enfin, on parlera de « programme informatique » et, plus intéressant peut-être, de « programme génétique » : chaque individu possède un programme génétique strictement personnel.

 

Le « projet » de la « famille »

Le mot « programme » était donc trop lourd de sens, trop commettant ou compromettant pour que les politiques, d’abord ceux de droite puis ceux de la fausse gauche, ne s’en débarrassent pas. Ils préfèrent le mot « projet », un déverbal de « projeter », qui vient du latin projectare, jeter en avant. Un projet est l’image d’une situation que l’on pense atteindre, une « idée qu'on met en avant ; un plan proposé pour réaliser cette idée ». Le mot a pour synonyme « dessein », « intention », « plan », « esquisse ». « Le projet de l'ouvrage que j'entreprenais », dit Descartes dans Le Discours de la méthode. « Il y a loin de la coupe aux lèvres » car « le chemin est long du projet à la chose ». Un projet peut être raisonnable, mais aussi fantasque ou chimérique. On parlera avec la laitière de Jean de la Fontaine dont l’esprit « bat la campagne » de « châteaux en Espagne ». On évoquera avec Pascal le « sot projet » qu’avait Montaigne « de se peindre ». On pourra même poursuivre deux projets (ou lièvres) à la fois. « Il faut être capable d’inspiration et d’action », écrivait Chateaubriand : « l’une enfante le projet, l’autre l’accomplit ». Le projet est donc une quête, une tentative de réalisation : « Nous tentons de nous fuir dans le projet, c’est-à-dire dans ces mille petites activités qui n’ont qu’un sens restreint et qui masquent la contradiction de l’existence par les fins qu’elles projettent devant soi » (Jean-Paul Sartre).

 

Le sens du mot « parti », dans l’acception de « parti politique » est ancien. Avec Froissart (XIVe siècle), il s’agissait d’une détermination choisie pour résoudre une situation : « entrer en un parti », « prendre un parti ». Boileau conseillait de « prendre le bon parti », faire un choix radical, en l’occurrence et sur le mode de l’ironie, de laisser « là tous les livres ». Dès le XVe siècle, un parti est un groupe à part, un groupe de personnes unies contre d’autres de par leurs opinions communes : « Estre du parti des gens de bien » (Jean Nicot). Parallèlement aux individus ayant les mêmes convictions ou intérêts, on trouve au XVIIe siècle la notion de « groupe de soldats détachés pour accomplir une mission ». « Faire parti» c’était faire un coup de main. Recouvrant ces deux notions, nous eûmes « le parti des Armagnacs », « le parti de la fronde », des partis qui vivront de leur mystique et mourront de leur politique (Péguy).

 

Le « projet » de la « famille »

« Parti (politique) » vient du latin pars, partes. Un parti est une organisation dont les membres partages des convictions identiques, les font connaître et mènent une action pour les faire triompher. Dès lors, on n’a que l’embarras du choix : parti militaire, monarchiste, républicain, démocrate, ouvrier, fasciste, conservateur, radical, socialiste, communiste. On trouvera chez Balzac le parti-niais et le parti-prêtre : « Nous sommes Ronquerolles, Montriveau, les Grandlieu (...), tous alliés contre le parti-prêtre, comme dit ingénieusement le parti-niais représenté par le Constitutionnel (Le Contrat de mariage) ; « Le parti libéral se réjouissait de voir échouer dans une scène publique (...) le parti-Prêtre, expression inventée par Montlosier, royaliste passé aux constitutionnels et entraîné par eux au-delà de ses intentions (Le Curé de village).

 

Les synonymes péjoratifs de « parti politique » ne manquent pas : « brigue, cabale, coterie, faction, clan, chapelle, secte, camarilla. Un « homme de parti » n’agit que dans le seul intérêt de son parti. André Malraux notait que les intellectuels avaient le goût des dissidents, mais qu’en politique les dissidents étaient des « exclus ». Un parti se caractérise par le sérieux, l’« idée unitaire », comme disait Maurras, pour qui les programmes étaient « les mots de la tribu ». Tout parti implique une forme de « discipline » (Maurice Duverger).

 

Le Robert classe les partis selon qu’ils sont attachés à une personne (parti monarchiste, parti gaulliste), selon qu’ils défendent une idéologie (parti des Girondins), ou selon qu’ils s’affirment par leur politique (parti socialiste, parti communiste). Avec des nuances ou des entre-deux : parti boulangiste, parti carliste. Bref, tout parti qui se respecte a une étiquette, une couleur, une ligne, des slogans, un siège, des publications, des dirigeants, un appareil. Il n’est pas bon d’en être exclu, ni même de le quitter car on lui fait défaut (defectio = désertion).

 

Une « famille », c’est bien autre chose. Ce mot vient du latin famulus, le serviteur. « Dans la ville, chaque citoyen vivait renfermé au milieu de sa famille ; femme, enfants esclaves, par le même mot il désignait tous les êtres auxquels il commandait en maître absolu » (Prospère Mérimée, La Conjuration de Catilina). Au XVIe siècle, dans la même optique, « instruire la famille » c’était instruire les chambrières et autres serviteurs. Pour distinguer le personnel des membres de la famille proprement dits, on parlait de « grossière famille ». Á la Renaissance, une famille était un « ensemble des personnes vivant sous le même toit, et unies par les liens du sang » (Bernard Palissy), sous l’autorité implicite ou explicite d’un pater familias. Ces personnes présentaient généralement des caractères communs. Le concept de famille mettait l’accent sur l’apparentement, les liens (mariage, sang, adoption) : « Et puis, voyez-vous, la haine, c'est dans notre sang, dans notre famille, dans nos traditions » (Victor Hugo, Angelo, tyran de Padoue). Fustel de Coulanges évoquait la « religion du foyer», impliquant davantage que « le sentiment ou la force physique », régnant dans des familles qui pouvaient « se ramifier sans se diviser ».

 

Les expressions recourant au mot « famille » sont généralement positives : « un air de famille », « un fils de famille », « ces messieurs de la famille », « de bonne famille », un déjeuner en famille », un « album de famille », une pièce de théâtre « des familles » (sans prétention, visible par tous). Mais : « laver son linge sale en famille », la « famille tuyau de poêle », « les deux cents familles ». En Suisse, une « grande famille » est une « famille nombreuse ». En Belgique, une femme enceinte « attend famille ». La famille rassemble, malgré tout, ce qu'Émile Zola postule en rédigeant l’introduction aux vingt volumes de ses Rougon-Macquart : « Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d'êtres, se comporte dans une société, en s'épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d'œil, profondément dissemblables, mais que l'analyse montre intimement liés les uns aux autres. »

 

Le « projet » de la « famille »

Par extension, une famille est un « ensemble d'individus apparentés par des similitudes dans les croyances, l'idéologie, le tempérament, la technique artistique» : « Le personnel de la Crêperie devenait une grande famille, dont le lien se nouait de plus en plus étroit » (Émile Zola, Travail). Critiquant le chef du Front populaire, De Gaulle juge : « Léon Blum fut très vite ressaisi par les penchants habituels de la famille socialiste » (Mémoires de guerre). Qui dit famille dit généralement atavisme (du latin atavus, quadrisaïeul), cette tendance en botanique qu'ont les hybrides à retourner à leur type primitif (Littré). De fait, en botanique comme en zoologie, une famille est un « groupe naturel inférieur à l'ordre et supérieur au genre » : « Les espèces, bien que variant beaucoup comme coloration, ont cependant un air de famille indéniable (Henri Coupin, Animaux de nos pays).

 

Bref, le « projet de notre famille » n’a pas grand-chose à voir avec le « programme de notre parti ». Finis les argumentaires structurés élaborés au cours de nuits fiévreuses par des groupes mus avant tout par des visions, des idéaux, ce qui n’empêche pas le facteur humain des enjeux personnels, des petites combines, des amitiés à géométrie variable. Parler de « famille », c’est croire que l’essence précède l’existence dans un monde apeuré où, par l’autorité du verbe, les contradictions internes, les hiérarchies, les différences et la violence de l'extérieur disparaissent par magie.

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 05:19

 

Pour Jean-Emmanuel Ducoin, dans son blog, “ les sondages restent l’une des armes des puissants ; pour une fois, utilisons cette force jadis à leur disposition pour la retourner contre eux !

 

Dorénavant, plus personne ne nie que ce vent porteur modifie en profondeur le sens d’une campagne en pleine ligne droite, ce que nous observons autour de nous quotidiennement. Même Les Echos s’inquiètent du « risque Mélenchon » et des conséquences de son élection « sur les marchés ». C’est bon signe, la peur change de camp. Ce projet en question, qui « fait société » en incluant une révolution citoyenne, n’est pas qu’une affaire technique. Nous parlons là d’une visée, de critères d’évaluations, d’une mise en commun, d’une démocratie d’implication, bref, d’une méthode pour y parvenir autour d’une nouvelle République. Ne l’oublions pas : la bataille d’idées se gagne dans la capacité à mobiliser les familles politiques en leur noyau, et pas sur leur marge. ”

 

 

Les chasseurs d'Alaska, comme l'ont relevé les médias du monde entier, peuvent remercier Donald Trump. Le nouveau président vient de révoquer les lois prévues par son prédécesseur pour protéger la vie sauvage. Désormais, ils ont le droit de tirer sur les ours en pleine hibernation et d'utiliser des avions ou des hélicoptères pour repérer leur cible.

 

 

Pour Bernard Cassen, dans Mémoire des Luttes, Donald Trump s’inscrit dans une grande tradition étasunienne de pragmatisme qu’avait fort bien décrite Ulysses Grant, président des États-Unis de 1869 à 1877 : « Pendant des siècles, l’Angleterre s’est appuyée sur la protection, l’a pratiquée jusqu’à ses plus extrêmes limites, et en a obtenu des résultats satisfaisants. Après deux siècles, elle a jugé commode d’adopter le libre-échange, car elle pense que la protection n’a plus rien à lui offrir. Eh, Messieurs, la connaissance que j’ai de notre pays me conduit à penser que dans moins de deux cents ans lorsque l’Amérique aura tiré tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera aussi le libre-échange ».

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont imposé directement ou indirectement le dogme libre-échangiste à la partie du monde qu’ils contrôlaient. Les traités européens sont un pur produit de cette logique. Mais les temps ont changé et, pour Washington, la ligne officielle est désormais le protectionnisme. Jusqu’au prochain revirement, quand les circonstances l’exigeront… Paralysée par ses certitudes quasi-religieuses, l’UE assiste passivement à ce va et vient, comme les vaches regardent passer les trains… ”

 

 

Le président américain Donald Trump voue une vraie grande passion au le golf, et elle coûte très cher aux contribuables étasuniens. Selon 20 Minutes, le montant dépensé depuis le début de son mandat est estimé à 20 millions de dollars. Il a notamment passé plusieurs week-ends à Mar-A-Lago (Floride). Au total, il s’est adonné à sa passion durant neuf des dix derniers week-ends.

 

Depuis le début de son investiture, Donald Trump a joué 18 % du temps au golf, ce qui est bien plus que Barack Obama. Vanity Fair indique que s’il continue à ce rythme, le train de vie des Trump pourrait représenter un coup d’un milliard de dollars d’argent public durant son mandat.

 

Avant d’arriver au pouvoir, Donald Trump avait pourtant longtemps critiqué son prédécesseur sur son temps passé à manier le club. « Le président Obama n’est pas occupé à parler de la Syrie au Congrès… Non, Monsieur joue au golf… », avait-il tweeté en 2013. Il lui reprochait même de passer ses vacances d’hiver dans l’État d’Hawaii, son île natale.

 

 

Revue de Presse (202)

L’Obs nous indique que le directeur du Budget du président Donald Trump a lancé un appel inhabituel au grand public : quelles administrations souhaitez-vous réformer, voire éliminer ?

 

Dans un formulaire sur le site de la Maison-Blanche, un menu déroulant propose la liste des 20 grands départements et agences du gouvernement fédéral, de la CIA au ministère de l'Agriculture, ainsi que plus d'une centaine de directions à l'intérieur de ces départements, par exemple l'administration de l'inspection des grains, précédés de la question suivante : « Quelle agence voudriez-vous réformer? »

 

Le formulaire se poursuit sous la forme d'un appel aux suggestions pour réorganiser l'Etat fédéral. Mick Mulvaney, le directeur du Budget dont l'agence figure elle-même dans la liste, en appelle à tous ceux qui ont « déjà eu à faire avec l'Etat fédéral, que vous ayez eu des expériences bonnes ou mauvaises sur la façon dont l'Etat vous a aidés ou pas ».

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 05:48

Pascal Maillard vient de publier dans Mediapart un article sur la politique universitaire de Macron. Rien à attendre du banquier si ce n'est une privatisation accrue de l'enseignement supérieur et la défonctionnarisation totale des universitaires.

 

Je crains que la résistance ne s'organise pas : dans mon université d'origine, lors d'élections professionnelles récentes, les maîtres de conférences ont émis des votes modérés tandis que les professeurs votaient à gauche. Les jeunes enseignants ne savent plus à quels saints se vouer, ils ont peine à penser des revendications collectives et ils craignent – à juste titre, il faut le dire – pour leur carrière s'ils bougent un cil.

 

 

Emmanuel Macron, affiche un positionnement « ni droite, ni gauche ». Or son programme pour l’Enseignement supérieur et la Recherche ne comporte aucune ambiguïté : il prolongera et aggravera les politiques néolibérales de ces dix dernières années, en faisant sauter les derniers verrous des cadres nationaux de l’ESR et en mettant en œuvre une politique radicale de « défonctionnarisation ». 

 

Le programme pour l’Enseignement supérieur et la Recherche d’Emmanuel Macron porte le titre suivant : « Donner aux universités une autonomie réelle ». Le concept d’autonomie doit ici s’apprécier à l’aune de ce que le candidat préconise pour les établissements primaires et secondaires : une autonomie administrative forte, mâtinée de contractualisation, possible prélude à une privatisation de l’enseignement. L’autonomie des universités sera quant à elle élevée au carré, avec des modèles de gouvernance à la carte et un recrutement des présidents par des comités composés de membres extérieurs et internationaux. Exit le rôle des CA et les élections démocratiques. Il en ira de même avec le recrutement des enseignants-chercheurs, effectué en dehors de tout cadre national. Le candidat d’« En Marche » entend bien supprimer le Conseil national des universités (CNU), une proposition qui mettra le feu à l’université et qui suscite déjà une polémique et des réactions indignées, aussi bien des organisations syndicales que de certains présidents d’université.

 

Concernant le financement des universités, même si Emmanuel Macron entend « sanctuariser » le budget de l’ESR, il ne prévoit d’allouer des moyens supplémentaires à certaines universités que sur la base d’une contractualisation. Seules en bénéficieront les grandes universités de recherche, accentuant ainsi la dérive vers une Université française à deux vitesses : les grands pôles d'excellence et les petites et moyennes universités, transformées en collèges universitaires de premier cycle. Nous ne sommes donc pas étonné que Macron valorise les financements par appels à projets, au détriment des crédits pérennes. Un choix politique en totale continuité avec les réformes de Pécresse-Sarkozy  et Fioraso-Hollande, et bien sûr en totale cohérence avec les orientations européennes en matière de financement de la recherche. La libéralisation des offres de formation est également conçue comme un levier fort de l’autonomie des établissements. Sans que le programme ne l’explicite, nous comprenons que les cadres nationaux qui font la spécificité du service public de l’ESR seront considérablement affaiblis. Chose singulière pour un ancien Ministre de l’Economie, son programme n’est pas du tout chiffré.

 

Emmanuel Macron ou l'université entreprise

Fidèle à la ligne libérale et managériale des réformes de ces dernières années, le programme d’Emmanuel Macron décline l’excellence et l’innovation à tous les niveaux : « l’excellence en matière de formation, d’insertion professionnelle et de mobilité sociale, … l’excellence en matière de recherche fondamentale et d’innovation ». Cette rhétorique creuse de l’excellence et de l’innovation est aussi une caractéristique majeure des politiques destructrices de ces dernières années. Aucune « révolution » en ce domaine, sinon celle du néolibéralisme. Les modèles de l’ESR sont pour Macron « les pôles d’innovation comparable à la « Silicon Valley » ou la « Route 128 » aux Etats-Unis ». Il va même jusqu’à souhaiter « l’encouragement des chercheurs à l’entreprenariat ».L’université Macron est fortement orientée par une stratégie de professionnalisation et de soumission au marché de l’emploi et au secteur privé. Mettre encore davantage la recherche au service des entreprises du CAC 40, tel est l’objectif de Macron.

 

A noter que les propositions concernant la réussite étudiante sont indigentes : renforcement de l’offre de logements et plages horaires élargies pour l’ouverture des bibliothèques. Il est vrai que les étudiants bénéficieront de la possibilité d’évaluer les cours des enseignants-chercheurs et se verront attribuer des bourses au mérite, point commun avec les programmes de Le Pen et de Fillon. D'une manière plus générale, on observe des ressemblances frappantes entre les propositions pour l'ESR de Macron, Fillon et même Hamon. Une aggravation des politiques antérieures pour les deux premiers, une forte continuité pour le troisième. Alors que Mélenchon propose une rupture profonde avec les politiques néolibérales.

 

Le candidat du mouvement « En marche ! » poursuivra ainsi, en les aggravant, les logiques délétères des lois LRU et Fioraso. Mais son programme pour l’ESR ne relève pas seulement d’une conception néolibérale et entrepreneuriale de la recherche et de l’enseignement supérieur. L’université Macron est post-démocratique. Elle est « en marche » vers la « défonctionnarisation ».

 

Pascal Maillard

 

PS : Pour prolonger utilement cette analyse critique du programme de Macron sur l’ESR, on peut se reporter à l’étude très solide du Groupe Jean-Pierre Vernant. Je précise par ailleurs que mon billet constitue la reprise d’un article paru dans la revue Le Snesup qui a consacré un dossier à l’étude comparative des programmes pour l’ESR de 8 candidats à l’élection présidentielle. Le dossier peut être téléchargé en deux parties grâce à ce lien.

 

Source.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 05:35

 

Le JDD a récemment publié un entretien entre David Revault d’Allonnes et le linguiste Damon Mayaffr sur le discours de Macron, les mots qu’il utilise, en concluant à la « vacuité idéologique » de l’ancien associé de la banque Rothschild.

 

Parmi ces mots, le verbe « porter » mis à toutes les sauces. Je ferai observer très modestement qu’en novembre 2016 je dénonçais déjà la dérive idéologique qui se cachait derrière un abus qui n'est pas spécifiquement macronien.

 

 

 

Comment définir le discours du candidat Macron?

 

C'est un discours assez enivrant, très dynamique dans sa forme, sans que l'on puisse faire apparaître de manière évidente un contenu ou des thèmes marqués. Sur le plan lexical, c'est vérifié par la statistique. Les mots caractéristiques sont très nets : il est question de "transformation", d'"innovation", de "réforme", voire carrément de "révolution". On retrouve aussi le mot "défi". Ces substantifs correspondent à un constat sur la société, mais surtout à un mouvement puisqu'il s'agit d'"innover" et de "réformer". Mais sans que l'on sache encore exactement en quoi consiste ce mouvement…

 

Est-ce à dire qu'il promet des lendemains qui chantent, mais sans préciser lesquels ?

 

Le mot de Macron le plus caractéristique, en statistique, c'est : "projet". Même si ce "projet" reste à définir! Pareil pour les verbes qu'il utilise. Il y a "construire", "porter" : "je porterai un projet", "nous porterons une innovation"… Il y a aussi "réussir" ou "transformer". Macron est dans la projection d'une innovation future et de réformes à venir plus que dans l'exposé programmatique d'un contenu. C'est pour cela qu'il y a ce ressenti sur le fait qu'"il n'a pas de programme". Quand bien même le programme a été présenté, il y a toujours ce soupçon. On se demande toujours ce qu'il veut faire…

 

Le macronisme lexical est donc d'abord une promesse d'avenir ?

 

Absolument. Il y a une cohérence rhétorique et linguistique. Ce "projet" qui est "en marche" donne une impression de mouvement face à l'immobilisme des grands partis et à l'impuissance de ceux qui ont gouverné. Macron a réussi à créer cette dynamique, et ses mots sont les agents lexicaux de cette réussite.


 

Les mots de Macron

Quels sont ses autres registres ?

 

Macron cultive "l'espoir", qui est un de ses mots favoris, et mieux encore le "rêve". C'est aussi un langage entrepreneurial, un vocabulaire de l'entreprise. C'est enfin un discours très pédagogique, voire didactique. Parmi les mots qu'il utilise le plus, on trouve "parce que" ou "cela veut dire". C'est là où il peut cliver : si on est militant ou convaincu, on trouvera cela charismatique. Si on l'est moins, on trouve cela scolaire, ou laborieux…

 

Le revers de la médaille n'est-il pas ce sentiment de vide programmatique, voire d'absence de contenu politique ?

 

Quand on écoute un meeting de Macron, on entend tous ces mots, mais au bout du compte il reste une impression de vacuité idéologique. Le seul point sur lequel il évoque du contenu, c'est la question de l'Europe. C'est d'ailleurs l'un des rares candidats qui embrasse la question européenne quand les autres l'évitent, la contournent ou la dénoncent.

 

Cela veut-il dire que son discours a moins de contenu politique que celui de ses concurrents ?

 

En tout cas, on constate l'absence des mots les plus chargés idéologiquement. Fillon parle de l'"ordre" et de la "famille" ; Hamon évoque le "sexisme", le "féminisme", les "discriminations" ; Mélenchon emploie les mots "humanité", "ouvrier" ou ressuscite la "vertu" ; et Le Pen, elle, utilise le mot "peuple" toutes les deux phrases, et bien sûr "islamiste" ou "mondialisme". Autant de substantifs qui ont une identité historico-politique et qui permettent d'identifier un candidat à une tradition politique. Je crois que Macron s'applique à ne pas utiliser précisément ces mots-là.

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 05:37

 

 

Á plusieurs reprises, j’ai écrit, dans ce blog ou ailleurs, à quel point la pensée et les publications de Bernard Friot étaient indispensables à la compréhension des mécanismes socio-économiques de notre société. Sa réflexion sur les « réformes » des retraites en particulier est indispensable à qui veut démonter le discours de la classe dominante en la matière. Voir, par exemple, iciiciet ici

 

Je suis navré d’avoir à écrire cette note suite aux attaques de Friot contre Le Grand Soir. Je collabore à ce site éminemment politique depuis une petite dizaine d’années, comme auteur, puis comme administrateur. J’y ai publié plus de 600 articles et j’en ai mis en ligne 2 ou 3 000. C’est dire si je connais bien la maison.

 

Le Grand Soir est un site de la gauche de gauche, comme disait Bourdieu. Globalement, on peut dire qu’il est proche de Mélenchon, mais il n’a pas d’ennemis à gauche, étant posé que le parti socialiste – soutien, au même titre que les partis de droite, de la finance internationale et d’une Europe construite contre les peuples – n’est pas un parti de gauche. Deux des administrateurs du Grand Soir étant de fins observateurs de l’Amérique Latine, le site soutient tous les mouvements progressistes du continent. Le Grand Soir défend par ailleurs la cause palestinienne, il est hostile à l’Otan et à l’impérialisme étasunien.

 

A ce jour, le site a publié plus de 20 000 articles sous la plume de près de 2 000 contributeurs. La politique éditoriale des administrateurs est simple : seule la forme fait l’objet de corrections. Si le fond exprime des idées en contradiction avec la charte du Grand Soir (en termes politiques ou éthiques), les articles sont refusés. Ce qui arrive rarement. Sinon, ils sont acceptés, sans jamais être tronqués.

 

Pour des raisons que je ne connais pas et qui ne m’intéressent nullement, Friot est en bisbille avec une collaboratrice très dévouée du site qui nous propose régulièrement des articles traduits de l’anglais. Outre que ses traductions sont précises et élégantes, cette personne, que j’appellerai « D. » ne choisit que des articles qui vont dans le sens de nos luttes.

 

Á propos de cette « D. » et du Grand Soir, Friot a écrit récemment ceci:

 

« Les traductions sont commandées (ou fournies spontanément par D., je n'en sais rien) par des médias alternatifs francophones, en particulier Le Grand Soir et AlterInfo, pour ce que j'ai pu voir dans cette première recension exploratoire, qui diffusent la même vision complotiste du monde (souvent dans une version "de gauche" dans Le Grand Soir, dans une version plus à droite dans AlterInfo, dont le responsable, Zeynel Cekici, a été condamné en 2009 à quatre mois de prison avec sursis pour négationnisme) ».

 

Sociologue habituellement rigoureux, Friot procède ici par amalgame et effet de halo ou, plus prosaïquement effet de tache d’huile. Pour faire simple : je t’ai vu avec A, qui fréquente régulièrement B qu’on repère régulièrement dans les manifs nazies. Tu es donc contaminé par le nazisme.

 

Le Grand Soir n’a strictement rien à voir avec AlterInfo et avec son responsable condamné à quatre mois de prison pour négationnisme.

 

Friot postule dans la foulée que « ces médias, qui font office d’agence de presse alternative, servent de bases de données pour tout ce que la fachosphère compte de sites et des blogs, et là on quitte la vitrine «présentable » pour les lieux les plus puants ».

 

Ces élucubrations ne concernent pas Le Grand Soir qui a publié des centaines d’articles contre la fachosphère, Soral, la famille Le Pen (l’un des administrateurs du Grand Soir est l'auteur de Marine Le Pen amène le pire, préfacé par Paul Ariès). Le site fut l’un des premiers en France à expliquer que Robert Ménard était d’extrême droite. Ce, bien avant son élection à la mairie de Béziers.

 

Le 8 mars, un administrateur du Grand Soir a envoyé à Friot un courriel privé pour lui expliquer respectueusement mais fermement, qu’il se méprenait. Du haut de sa grandeur, Friot n’a pas répondu. Il n’hésite pas à « dialoguer » longuement avec le désormais très douteux Étienne Chouard mais n’a pas la courtoisie de  consacrer dix minutes de son temps précieux d’intellectuel supérieur à étudier honnêtement le site pour ce qu’il est.

 

Donc, pour ce qui concerne ce blog et pour ce qu'il en a à faire, adieu Friot !

Bernard Friot, l’amalgameur
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 05:28

 

Dans les colonnes du journal suisse Le Temps, Gabriel Galice, Daniele Ganser et Hans von Sponeck estiment que « Ce n’est pas la Russie qui menace l’Europe, mais les Etats-Unis et ses alliés de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) qui déstabilisent le monde. Après l’illégale guerre d’Irak, l’extension du nombre de pays membres de l’OTAN et l’expansion tous azimuts de son aire d’action, le renversement du régime de Kadhafi en Libye, puis ce que nous considérons comme un coup d’Etat en Ukraine organisé et soutenu par les Etats-Unis, auront été les lignes rouges déclenchant les ripostes russe et chinoise qui avaient déjà constitué l’Organisation de Coopération de Shanghai après le premier élargissement de l’OTAN. » Et les pays neutres, demandent les auteurs ? « La Suède rétablit la conscription. L’Etat-major suédois manœuvrait naguère de concert avec l’OTAN et les Etats-Unis, ce à l’insu du gouvernement d’Olof Palme qui préconisait la détente avec Moscou… et qui en mourut assassiné. »

 

 

Pour Politis, l’évasion fiscale constitue un casse permanent : « Un an après les révélations d’un consortium de médias, les banques et les multinationales font toujours échapper des centaines de milliards d’euros des États où elles sont imposables.

 

Le dernier rapport d’Oxfam laisse pantois. L’ONG britannique révélait lundi dernier que les vingt plus importantes banques européennes généraient 26 % de leurs profits dans des paradis fiscaux. Grâce à des montages financiers et des sociétés écrans, elles déplacent une partie de leur chiffre d’affaires dans les îles Caïmans, aux Bahamas, au Luxembourg, etc., où l’imposition est très faible, voire nulle. En 2015, les sommes échappant au fisc des pays où ces banques sont réellement actives totalisaient 25 milliards d’euros. Leurs filiales des paradis fiscaux sont deux fois plus rentables qu’ailleurs, et avec des effectifs salariés réduits. Oxfam décerne le pompon à la Barclays : au Luxembourg, son bureau affiche 13 millions d’euros de bénéfices avec un seul employé. Certaines filiales des vingt banques européennes sont même dépourvues d’employés et cumulaient cependant 628 millions d’euros de profits en 2015. La BNP Paribas occupe le premier rang du palmarès : aux îles Caïmans, sa coquille vide génère 134 millions de bénéfices. La Société générale n’est pas en reste, qui dégage 22 % de ses profits dans les paradis fiscaux, où ne sont employés que 4 % de ses effectifs. En Irlande, ses bénéfices y sont quatre fois supérieurs au chiffre d’affaires déclaré !

 

 

Dans Res Publica, Bernard Tepper nous recommande chaudement d’acheter, ou de racheter dans sa nouvelle édition, le Dictionnaire amoureux de la laïcité d’Henri Pena-Ruiz : « Rappelons, comme cela se voit à la lecture du Dictionnaire (à l’entrée Karl Marx par exemple), qu’Henri Pena-Ruiz est l’intellectuel contemporain qui lie le combat laïque et le combat social, contrairement à la gauche de la gauche décomposée et à d’autres intellectuels pour qui le combat laïque est indépendant des autres combats. Nous savons pourtant que les avancées laïques n’ont eu lieu que lors des avancées sociales et politiques et que, symétriquement, les reculs laïques ont eu lieu lors des périodes régressives du capitalisme, comme lors de l’actuelle période néolibérale. »

 

 

Le site Mirador, spécialisé dans l’étude des multinationales, brosse un portrait complet de Bayer, ex IG Farben. J’en extrais ceci : « [Dans les années trente], IG Farben constitue une aubaine pour la quête autarcique allemande. Sous l’occupation, un bloc économique couvrant une zone allant de Bordeaux à Santa Sofia (Italie) est mis en place et IG Farben tentera d’en occuper le leadership avec succès. La firme contrôle progressivement la moitié de l’industrie des colorants français, prenant ainsi sa revanche sur le diktat de Versailles. En 1942 le cartel tente la création d’une Union européenne du Caoutchouc avec des industriels français et italiens. Ce cartel servira à rationaliser les besoins de production et renforcer les positions allemandes. La firme met au point le Zyklon B, initialement un pesticide, qui sera utilisé dans les chambres à gaz. Les prisonniers des camps de concentration participeront également à l’effort de guerre : le cartel emploie 83 000 travailleurs forcés en 1944.

 

Pour le site de Leverkusen la guerre s’arrête le 14 avril 1945, avec l’arrivée des troupes américaines avant que l’armée britannique n’occupe la zone. »

 

Revue de Presse (201)
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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 05:35

Question de Serge Halimi : « Et cette fois encore, le piège du vote utile ? »

 

Le premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, opposera onze candidats aux opinions très diverses. Ce pluralisme a été en partie éclipsé par les affaires judiciaires et par la place que les médias ont consacrée au bal incessant des sondages. Néanmoins, la perception de la nature profondément antidémocratique des institutions françaises et européennes gagne les esprits. Mais la traduction en termes électoraux de cette conscience nouvelle risque d’être dévoyée par le piège d’un « vote utile » qui choisirait comme opposant à l’extrême droite un adorateur de la mondialisation.

 

 

L’assurance-maladie universelle en questions (Martine Bulard) : « Parmi les plus performants du monde, le système français de santé n’arrive pourtant plus à compenser les inégalités. La Sécurité sociale a vu son rôle marginalisé au profit des complémentaires, dont les coûts de gestion et de publicité explosent. Et si on en revenait au « tout-Sécu » ? »

 

 

Jean Marcou estime que le président Erdoğan signe la fin du « modèle turc » : « Entre deux polémiques avec les dirigeants européens, le président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui cherche à renforcer son pouvoir sur le plan intérieur, se rapproche de l’Arabie saoudite et de la Russie. Ce recentrage témoigne de la situation délicate de la Turquie dans son environnement régional. Le temps où elle apparaissait comme l’un des grands bénéficiaires des « printemps arabes » semble révolu. »

 

 

Il évoque aussi « La quête obsessionnelle d’un pouvoir fort » : « Élaborée à la suite du coup d’État militaire de 1980, la Constitution de 1982 a toujours été contestée en Turquie, l’armée s’y étant octroyé le rôle de véritable régulateur du système. Mais cette remise en question, qu’illustrent les nombreuses révisions ou les projets de nouvelle Constitution, a changé de nature depuis la montée en puissance du parti islamo-conservateur de M. Recep Tayyip Erdoğan, le Parti de la justice et du développement (AKP). »

 

 

Heureusement, peut-être, La Constitution des Etats-Unis joue contre Donald Trump : (Anne Deysine) « Immigration, droits des femmes : depuis sa prise de fonctions, M. Donald Trump affronte une résistance tous azimuts, même si sa base électorale lui demeure fidèle. Certains contestataires ont choisi d’utiliser les possibilités offertes par la Constitution américaine, conçue par les Pères fondateurs dans l’objectif d’empêcher que le président puisse bouleverser l’ordre social existant. »

 

 

Assistons-nous à « La fin des partis politiques » ? (Allan Popelard ) : « Conçues par les proches du général de Gaulle pour mettre à bas le régime des partis, que celui-ci jugeait responsable d’avoir conduit la France à l’abîme en 1940, les institutions de la Ve République ont produit la « scène de contradiction sur un théâtre d’impuissance » qu’il avait dénoncée. Mais, loin de résulter du jeu des appareils, la décomposition du champ politique semble aujourd’hui plutôt due à un affaiblissement des partis sous l’effet du présidentialisme. »

 

« Nous ne sommes pas un protectorat américain », affirment les Mexicains (Andrés Manuel López Obrador) : « Les propos injurieux de M. Donald Trump à l’égard du Mexique ont accéléré la campagne présidentielle dans ce pays. Le scrutin n’aura lieu qu’en juillet 2018, mais un candidat se détache déjà : M. Andrés Manuel López Obrador, qui incarne les espoirs de la gauche. »

 

 

James M. Cypher estime que « Le piège de la dépendance se referme sur le Mexique » : « Les États-Unis n’ont pas déclaré la guerre au Mexique ; ils souhaitent simplement renégocier l’accord commercial qui les lie à leur voisin. Le projet a néanmoins plongé Mexico dans l’effroi. Depuis le début des années 1980, le pays a fait le choix d’arrimer son économie à celle des États-Unis. Un virage à 180 degrés au nord du Rio Bravo pouvait-il manquer de créer des remous au sud ? »

 

 

Dans les démocraties occidentales, les dirigeants font de plus en plus face à « Ce monstre anonyme, l’homme de la rue » (Angela Nagle) : « Alors que le populisme de droite qu’incarne M. Donald Trump a pris le pouvoir aux États-Unis, une vague de mépris des classes populaires, qui auraient mal voté, monte chez les démocrates. Des militants démoralisés par leur débâcle à l’élection présidentielle de 2016 pansent leurs plaies en se berçant de l’illusion de leur supériorité. Sans toujours le savoir, ils ravivent ainsi une vieille idée. »

 

 

Les Français d’origine chinoise s’affirment en tant que communauté (Zhang Zhulin ) : « Longtemps restés discrets, les Chinois de France ont fait irruption dans le paysage en organisant une puissante manifestation en septembre 2016 : ils réclamaient plus de protection à la suite de l’agression mortelle d’un des leurs. Une unité qui n’allait pas de soi. À la différence de ses aînés, la deuxième génération veut combattre les préjugés dont elle est victime. »

 

 

Jordan Pouille évoque les oubliés chinois de la Grande Guerre : « Le 17 février 1917, près de Malte, un sous-marin allemand torpillait le paquebot français « Athos », faisant 754 morts, majoritairement des Chinois. Ces hommes devaient rejoindre un contingent de 140 000 travailleurs de leur pays. Une main-d’œuvre à l’histoire largement méconnue. »

 

 

Maxime Audinet explique pourquoi la voix de Moscou trouble le concert de l’information internationale : « Accusée d’être un instrument dans les mains du Kremlin, RT a repris les codes, et les défauts, des chaînes d’information en continu, nombreuses à se faire concurrence dans une arène désormais mondiale. La forte progression de son audience aux États-Unis ou en Europe tient à une ligne éditoriale ouvertement critique à l’égard des politiques occidentales, qu’elle décline en fonction des régions. »

 

 

Benoît Bréville explique pourquoi la gauche est embarrassée par l’immigration : « La stratégie conservatrice visant à opposer les plus démunis entre eux est parvenue à faire de l’immigration une question décisive pour nombre de Français. Aubaine pour la droite, cette situation impose à la gauche d’évoluer sur un terrain miné… et la divise. »

 

 

Le Monde Diplomatique (105)

Selon Philippe Leymarie, la canonnière est demeurée une passion française : « Le président Hollande aura envoyé les troupes sur de nombreux terrains difficiles. Est-ce vraiment leur vocation de se substituer si souvent aux diplomates ? Celui qui lui succédera devra mesurer le coût de ces ingérences, tant en matière de dépenses militaires que pour l’image de la France. »

 

 

La culture occupe une place plus que modeste dans la campagne pour la présidentielle (Evelyne Pieiller) : « Figure obligée des programmes électoraux, les projets relatifs à la culture reflètent les dispositions idéologiques des partis. Certains y voient un terreau identitaire, d’autres un bagage éducatif qu’il s’agirait de distribuer à chacun. Son rôle moteur dans la transformation sociale semble toutefois oublié. »

 

 

Un article inattendu de Nicolas Escach sur les déserts danois : « La spécialisation des économies nationales entraîne un déclin de nombreux territoires périphériques. Au Danemark comme chez ses voisins. Mais les menaces pesant sur la cohésion sociale ont conduit à une riposte contre la concentration du pouvoir dans les grands centres urbains et à une relance de la démocratie locale favorisant les coopérations novatrices. »

 

 

En Afrique, les entreprises françaises sont défiées dans leur pré carré (Olivier Piot ) : « Après des décennies d’expansionnisme tranquille, soutenu par le gouvernement français, les entreprises hexagonales doivent affronter la concurrence chinoise, indienne ou turque sur le continent noir. Si elles se risquent désormais hors de l’ancien pré carré colonial, en ont-elles pour autant terminé avec la connivence qui les liait aux régimes autoritaires « amis de la France » ? »

 

 

Sylvie Aprile analyse les origines du présidentialisme : « Fondé sur l’élection directe du chef de l’État, le régime présidentiel français découle d’une révision constitutionnelle adoptée par référendum le 28 octobre 1962. De tradition bonapartiste, le général de Gaulle choisit de revenir à un mode de désignation qui, dès sa naissance en 1848, avait posé le problème du respect de la souveraineté populaire par le pouvoir exécutif. »

 

 

« Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées », disait Buffon. Dans l’édition, le style devient une affaire mystérieuse (Sophie Divry) : « Trouver son style » constitue pour l’écrivain à la fois une injonction, un objectif et une morale. Le mot de Buffon datant de 1753 a fait florès : « Le style est l’homme même. » Un écrivain qui veut jouer dans la cour des grands cherche à mettre au point un style bien à lui, pour être à la fois identifié et distingué. Le summum du chic est d’être reconnaissable en quelques lignes. L’écrivain qui n’y parvient pas contracte un complexe : serait-il médiocre, dilettante ou schizophrène ? »

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