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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 06:01

 

 

Selon le Blog de Jean Lévy : Le Luxembourg, place financière mondiale, compte 55 000 sociétés et 6 500 milliards d’euros d’actifs financiers. Pendant ce temps, les États perdent par an près de 300 milliards de recettes fiscales.    Alors que les États ont des besoins de financements importants, la lutte contre ces pratiques au seul profit des multinationales est un enjeu majeur pour la gauche et les forces progressistes en Europe comme dans le monde. Le Luxembourg est aussi un État avec un développement économique reposant sur le travail frontalier. Sur 442 000 salariés au Luxembourg, plus de 200 000 sont des travailleurs frontaliers dont la moitié sont français, les autres sont allemands ou belges. Le Luxembourg utilise une main-d’œuvre fournie par les pays voisins, sans partager la valeur produite, et c’est une des clés de la prospérité luxembourgeoise. Et cela en toute légalité ! Il recrute une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée sans participer à sa formation. Si l’attractivité des salaires des pays frontaliers est une réalité, des services et activités de proximité sont menacés en Lorraine par l’insuffisance de professionnels restant dans ces secteurs.

 

 

Le site Ruptures fait la liste des principaux plans sociaux aujourd’hui  :

 

Sanofi Pharmacie -400, AccorInvest Hôtellerie – 770, Michelin Automobile – 2300, Akka Ingénierie – 900, U-Shin Automobile – 220 , Griss Industrie -80, Liberty Fonderie Poitou Automobile - 292, Total Energie – 700, Kidiliz Habillement – 900, Danone Agroalimentaire – 400, IBM Informatique - 1 200, Vallourec Industrie – 350, Société générale Banque – 640, SKF Automobile – 110, L'Equipe Médias – 56, Sodexo Restauration - 2 083, Accor Hôtellerie – 300, Activision Blizzard Jeux - 400, Elior Restauration - 1 888, Schneider Electric Industrie -160, Bridgestone Automobile – 863, Boiron Pharmacie – 646, Alinéa Ameublement - 1 000, Auchan Grande distribution - 1 475, General Electric Industrie – 764, Beneteau Construction navale – 314, Jacob Delafon Sanitaires – 151, Dresser Rand (Siemens) -: 300, Figeac Aero Aéronautique -320, Maty Bijouterie – 54, Camaïeu Habillement – 441, DFDS Transport maritime – 142, Derichebourg Aéronautique – 163, Booking Tourisme - 4 000 (monde), André Habillement -188, Valeo Automobile: 2 000, Team plastique Industrie -54, AAA Aéronautique: 719, Cargill Agroalimentaire -129, Mecafi Aéronautique - 242, La Halle Habillement - 2 660, Technicolor Electronique: 110, Air France Transport -7 500, Airbus Aéronautique -5 000, Daher Aéronautique -1 300, Nokia Télécoms -986, Naf Naf Habillement - 226, TUI Tourisme -583, SPB Assurance - 100, Conduent Centre d'appels: - 304, Hutchinson Industrie -197, Renault Automobile -4 600, Simra Aéronautique - 90, NextRadioTV (bfm) Médias - 350 ….

 

 

 

Selon Ouest-France, en vertu d’une nouvelle loi entrée en vigueur en Chine en janvier, une femme a obtenu lors d’un jugement de divorce que son ex-mari lui verse 6 400 € à titre de compensation. Elle lui reprochait de ne pas avoir participé aux tâches ménagères durant leurs cinq années de mariage. Un jugement qui a suscité de vifs débats dans une société chinoise encore très traditionnelle.

 

C’est une première historique en Chine, et qui a suscité de vives réactions et débats sur les réseaux sociaux. Au total, pas moins de 400 millions de commentaires ont été comptabilisés sur le réseau social Weibo lundi 22 février. En raison de lois plus libérales et de l’indépendance financière croissante des femmes, les divorces ont explosé en Chine ces deux dernières décennies.

 

 

 

Enfin, selon Les Crises, sur le dernier million d’années, la planète a connu à plusieurs reprises de longues périodes froides de 100 000 ans entrecoupées de phases plus chaudes, dites « interglaciaires », de 10 000 à 20 000 ans.  Mais les scientifiques ont longtemps été confrontés à l’inadéquation entre les simulations climatiques des 12 000 dernières années et les reconstructions de température à partir d’enregistrements géologiques. Les simulations informatiques du climat de l’Holocène montrent une tendance au réchauffement linéaire depuis 12 000 ans.

 

Alors, pour demain, on met une petite laine ?

Revue de presse (343)
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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 05:48
Je reprends ici une analyse de Jérôme Skalski (Facebook)
(Une critique de gauche)
L'écriture dite "inclusive" ou, "épicène" en sa qualification savantissime, mais qui serait mieux désignée comme "bactérienne" aussi bien pour des raisons philologiques – du grec βακτηρία signifiant "bâton" : c'est une écriture qui use de petits bâtons pour passer certains mots de la langue française au hachoir symbolique – que prophylactiques – cette écriture étant "inclusive" pour la valeur publicitaire du slogan, c'est-à-dire pour couillonner le locuteur- consommateur, pose deux problèmes majeurs à la langue de Molière ou plutôt de Descartes.
 
C'est une anglicisation tacite du français. Notons tout d'abord qu'elle n'existe pas en anglais sous cette forme, du moins du fait de l'absence d'accord de genres et de marques génériques grammaticales en général. Pourquoi ? parce qu'elle remplace la conception "compréhensive" du substantif dominante en français par une conception "massive" ou "extensive" du substantif caractéristique de l'anglais –  raison pour laquelle nous avons tant de mal à bien utiliser le "the" en anglais. De ce fait, elle travaille au mouvement d'acculturation spécifique qui nous vise et qui consiste à démolir le français pour le remplacer à moyen terme par l'anglais comme langue hégémonique du capitalisme occidental, pas seulement en France mais dans les anciennes colonies françaises et la francophonie, en Afrique en particulier (front pionnier majeur au XXIème siècle).
 
C'est une pratique qui vient perturber la logique pas seulement de la langue mais dans la langue française. Je m'explique. Quand on fait du français, comme Monsieur Jourdain, sans le savoir, faisait de la prose, on fait des mathématiques sans le savoir : on pense dans un univers ensembliste. Les substantifs sont des ensembles formels, pas des ensembles par référence à un contenu extra-linguistique référentiel. Partant, c'est une des langues les plus rationnelles parmi les grandes langues vivantes actuelles. L'écriture "inclusive", c'est un dispositif anti-logique qui vient miner de l'intérieur cette caractéristique clef de notre langue. Quand on dit "Bonjour à tous", on dit bonjour à "tous" : sans distinction (reflexivité). Quand on écrit - car c'est un procédé écrit - "Bonjour à tou-te-s", on dit - "Bonjour à tous" ( au sens exclusif au sens du "référent " masculin + "Bonjour à toutes" (au sens du "référent" féminin). + "Bonjour à tous", ( au sens non distinctif). Bref, on "part" dans une "boucle" algorithmique ( du nom de محمد بن موسى الخوارزمي, Mohammed bin Musa Al Khwarazmi) sans fin.
 
En passant par un tel hachoir symbolique, il est peu probable que s'y retrouvent nos connexions synaptiques, sauf que certaines bandes de neurones veillent et se marrent et foutent ça à sa juste place : game over, poubelle (trash can) ...
 
Le pire c'est que ce sont de soi-disant "communistes" et "féministes" (en fait, ceux-ci sont objectivement, de droite et "libéraux", comme Monsieur Jourdain, sans le savoir) qui nous emmerdent avec ces merdes inventées par la CIA pour nous torpiller culturellement. Revient Ferrat ! Ils-elles (ielles ?) sont devenus fo(u)-lles - ...et tellement à racler les fonds de casseroles gauchistes et clientélistes pour trouver des voix hors des classes populaires (beurk ! qui s'en foutent comme de colin-tampon) qu'ils se sont mis à bosser pour les Ricains ... sans le savoir ( je le suppose encore... ).
 
Á propos de l'écriture bactérienne

 

 

PS : Pour ceux qui souhaitent s'opposer à l'écriture inclusive dans les échanges officiels, je propose ce formulaire tout simple, un rappel à la loi, comme on dit :

 

Á propos de l'écriture bactérienne
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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 06:16

 

 

Res Publica reprend un communiqué des enseignants du lycée de la Plaine de Neauphle : « Les professeurs de la Plaine de Neauphle travaillent dans un environnement de plus en plus complexe. La crise sanitaire de ces derniers mois n’a fait qu’ajouter aux difficultés existantes. L’assassinat de Samuel Paty a exercé une pression supplémentaire en mettant au jour le positionnement de certains élèves notamment dans le rapport ambivalent qui se noue entre leur foi, la loi et la liberté d’expression. Dès le mois de novembre, nous nous sommes engagés collectivement dans une réflexion suivie d’actions à court et moyen terme pour mieux expliciter encore, au sein de notre établissement, les valeurs de la République. Notre collègue Didier Lemaire s’est exposé à titre personnel pour défendre nos élèves contre l’emprise du radicalisme, emprise dont nous percevons régulièrement les échos. La sincérité de son engagement ne fait aucun doute pour nous qui avons travaillé avec lui au quotidien.

 

Qu’est-ce qu’un lycée, si ce n’est un lieu protégé d’apprentissage et de transmission au sein duquel les échos de la société ne doivent parvenir qu’au travers du filtre de la raison et de l’analyse ? L’utilisation d’un lieu d’éducation à des fins politiques va exactement à l’encontre de ses objectifs, à savoir permettre aux élèves de devenir des citoyens libres, maîtres de leur destin. Les interventions politiques ne font qu’exacerber les tensions : ceux de nos élèves qui ont une vision apaisée d’un Islam républicain se trouvent mis sous pression ; ceux qui trouvent dans la situation actuelle un avantage tirent les fruits d’une situation qui favorisent leurs visées et les met en position de force. »

 

 

Le site Révolution nous signale qu’à l’EHPAD de Fabas, en Ariège, la coupe est pleine : « Plus de la moitié des salariés de l’EHPAD La Croix du Sud sont en grève. En cause : une prime de 11 000 euros, accordée en secret à cinq salariés. Au total, la prime était de 11 000 €, répartis entre cinq salariés à qui on a demandé un secret total – à tel point que chaque personne primée pensait être la seule ! Sur quels critères la direction se basait-elle pour attribuer une prime de 2000 à 3000 € ? Il n’y en avait aucun. De manière générale, nous considérions que ce montant aurait pu être mieux utilisé. La direction refuse toujours les représentants sous l’étiquette de la CGT.

 

 

Le site inews a publié une longue enquête sur le premier producteur au monde de cannabis légal, le Royaume-Uni : « En 2018, un rapport des Nations unies révélait que le Royaume-Uni était le premier producteur de cannabis légal au monde, avec 95 tonnes de marijuana à usage médical et scientifique en 2016, soit 44,9 % de la production mondiale. C’était également le plus grand exportateur, qui contrôlait 70 % du marché international. La société Sativa Investments, a annoncé en 2019 qu’elle envisageait de consacrer 10 millions de livres (11,5 millions d’euros) à la construction d’une serre de 3 hectares dans la campagne du Wiltshire, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

 

 

 

Revue de presse (342)

 

Selon l’AFP, Facebook, continue son travail de censure et de sape dans le monde entier. Par exemple contre l’Australie : « Le gouvernement australien a réagi avec colère face au blocage de nombreux contenus d'actualité par Facebook dans le pays, en représailles contre un projet de loi qui entend forcer le réseau social à rémunérer les médias. Jeudi matin, les utilisateurs australiens de Facebook ne pouvaient plus consulter les liens d'informations provenant de médias locaux ou internationaux et les personnes vivant à l'étranger n'avaient plus accès aux informations australiennes. Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg a qualifié la mesure de Facebook d’« inutile, et brutale ». Elle va, selon lui, « nuire à sa réputation ici en Australie ». Il a en outre déclaré que son gouvernement demeure « résolument déterminé » à mettre en œuvre son projet de loi destiné à contraindre les plateformes à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus. Ce projet a été adopté la semaine dernière par la Chambre des représentants et est désormais devant le Sénat.

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:18

Alors que l’on a compté récemment plusieurs suicides chez les étudiants, que nombre d’entre eux crèvent littéralement de faim et que l’avenir semble bouché à la majorité de tous ces jeunes, la ministre Frédérique Vidal a demandé au CNRS – qui n'a pas apprécié cette patate chaude – d’enquêter sur l’islamo-gauchisme dans l’université.

 

Que le gouvernement ait fait mine de critiquer cette démarche ne trompe personne : elle s’inscri(vait) dans le cadre d’une politique générale de flicage de la population, de la jeunesse plus particulièrement. Mais pas uniquement. Si cette enquête avait pu se dérouler selon les vœux de la ministre et du banquier éborgneur, c’est tout le corps enseignant qui eût été épié de près puis mouchardé. 

 

Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a eu une carrière de chercheuse plus qu’honorable. Mais elle fait partie de ces quinquagénaires sans complexes pour qui l’idéal républicain est une vieille histoire à consulter dans les livres de Marc Bloch quand on a le temps. Elle fait partie de ces universitaires pour qui les concours nationaux sont une survivance du passé – après tout, il n’en existe pas outre-Atlantique –  et qui rêvent de manipuler des millions.

 

Avant d’être appelée au gouvernement, Frédérique Vidal avait présidé l’Université de Nice. Son initiative la plus remarquée fut l’instauration de « diplômes d’établissement » acquis en deux ans pour la modique somme de 4 000 euros alors que les diplômes usuels, comme les masters, coûtent 256 euros de frais d’inscription. Vidal a donc transformé – au nom de « l’expérimentation », naturellement – une formation qui était publique, et donc presque gratuite, en une formation payante mais qui pourront recevoir une équivalence nationale.

 

Comment mieux privatiser sans vergogne une université, par ailleurs exsangue, qui recrute à tour de bras des personnels sans statut percevant des salaires de Zimbabwéens ? Comment faire payer aux étudiants, et à leurs parents, le remplissage des caisses vides de l’université – en attendant, demain, celles des lycées puis des écoles primaires – alors que que cela doit rester l’apanage de l’État ?

 

PS : Rappelons que Vidal a confié l’organisation de tests d’anglais à l’université à une entreprise immatriculée à Chypre et adepte de l’optimisation fiscale, pour plus de 8 millions d’euros par an.

 

Par ailleurs, les nominations et promotions des enseignants du supérieur sont décidées par le Conseil national des universités (CNU), un organe démocratique composé d'universitaires élus par leurs pairs. Au service des désidérata du banquier éborgneur, Vidal veut vider ce conseil de sa substance, l'empêchant, par exemple, de se prononcer sur la nomination des professeurs des universités (en attendant celle des maîtres de conférences). Ceux-ci seraient choisis par les universités elles-mêmes, selon des critères locaux et changeants (d'une élection du président à une autre). C'est ce qui se passe dans des “ grands ” pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne. L'objectif final – et à peine caché – du banquier étant que cette procédure soit appliquée à tous les recrutements dans l'Éducation nationale.

 

Frédérique Vidal : elle voit des islamo-gauchistes partout (et privatise l’université)
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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 05:07

 

 

Je suis plus que fatigué par l’utilisation intempestive des mots « décryptage » et « décrypter » par les neuneux des médias dominants.

 

Lorsque l’on utilise un terme de manière surabondante (en ce moment, chez les djeuns’, c’est « genre ») ou fausse, il y a un problème, une entourloupe, une manœuvre. Que cela soit conscient ou pas importe peu.

 

Le dictionnaire Robert nous dit que décrypter c’est « traduire des messages chiffrés dont on ne possède pas la clé. Restituer le sens d’un texte obscur. »

 

La traduction d’un message chiffré implique que l’on casse un code qui a permis l’élaboration de ce message. On a tous en mémoire la célèbre machine allemande Enigma durant la Seconde Guerre mondiale, réputée inviolable mais qui, grâce à Alan Turing entre autres, fut retournée contre les Allemands.

 

Le sens littéral a facilement débouché sur un sens figuré : « restituer le sens d’un texte obscur ». Lorsqu’on se plonge dans la lecture d’un auteur ardu du style Schopenhauer (« genre ») il est parfois indispensable d’avoir affaire à une glose, simplificatrice ou pas, qui nous aide à déchiffrer, à éclaircir, bref à comprendre une pensée, une écriture peut-être déroutante au premier abord.

 

Nous ne connaissons pas ce genre de difficulté lorsque nous avons affaire aux neuneux moyens – ou même supérieurs – des médias qui prétendent nous aider à appréhender le sens de la parole dominante.

 

Ce « décryptage » dénote la complicité entre gens des médias et gens de la politique. Ils sortent du même moule (Sciences-po pour les plus en vue) et leur but n’est pas d’informer mais de produire de la communication. Or si informer c’est aller vers l’autre, lui donner quelque chose, l’enrichir, communiquer c’est aller de soi à soi dans une démarche autotélique. Lorsqu’un journaliste annonce qu’il va décrypter le discours du Premier ministre, cela sous-tend forcément un racisme de classe ou culturel.

Décryptage
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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 06:20

Je produis ici un article de Jean Szlamovicz publié dans Causeur.fr (oui, je sais...) en mars 2019.

La féminisation des noms de métiers n’a rien à voir avec la féminisation de la langue française. La première suit le réel quand la seconde en est déconnectée.

Dans la grande confusion médiatique et idéologique concernant les questions de « genre », la « féminisation » est sur toutes les langues. La symbolique politique prenant le pas sur les sciences du langage, il serait bon de rappeler quelques évidences, notamment la confusion entre signe linguistique et référent extralinguistique : une vedette peut être un homme comme un mannequin peut être une femme.

« Elle est très bien, ma proctologue »

Obnubilé par quelques questions protocolaires qui ne concernent pas vraiment le bas peuple que nous sommes (faut-il dire madame le/la ministre ?), personne ne prend vraiment le temps de spécifier ce qu’est la « féminisation » comme opération en langue.

On oublie ainsi que quand les locuteurs – qui sont aussi des locutrices : le pluriel servant à regrouper, il est par définition inclusif… – veulent désigner une femme, cela fait belle lurette (salut, Lulu) qu’ils y arrivent très bien tout seul. Dire « elle est médecin » ne pose aucun problème. Pourquoi vouloir marquer sur le nom ce qui est marqué sur le pronom ?

En confondant métiers, activités et raison sociale, on néglige le fait que le but de la parole n’est pas d’identifier le sexe des gens (tiens, un mot collectif sans genre !). En effet, quand on dit « faut que j’aille chez le proctologue », il est question de la fonction et elle n’est pas sexuée. Cela n’empêche pas qu’on puisse ensuite dire « elle est très bien, ma proctologue »…

Le réel plus fort que le féminisme

En réalité, la féminisation a déjà eu lieu. Dans les faits, d’abord. Et dans les noms ensuite : partout où l’on a besoin de féminiser, l’usage (c’est-à-dire les locuteurs) s’en occupe naturellement. Pourquoi ? Parce que c’est une nécessité quotidienne. Personne n’a besoin de l’aval de l’Académie française ou du gouvernement pour parvenir à parler du réel. En français, nous utilisons depuis fort longtemps des constructions épicènes (« elle est juge, auteur, professeur »), des suffixations (avocate, policière) et toutes sortes de moyens qui permettent de référer au caractère féminin d’une personne.

Certes, la symétrie n’est pas toujours possible : la « portière » pourra difficilement devenir la femme du portier, ni la « traiteuse » celle du traiteur… Cela ne nous empêche jamais de construire notre discours.

On oublie surtout que, la plupart du temps, les prétendus nom de métiers sont en réalité des raisons sociales : transporteur, assureur, employeur, fournisseur, etc. désignent des entreprises et pas des personnes. La féminisation n’a aucun sens pour ces mots. Il en va de même des mots collectifs : nous avons lu des militants mentionnant des représentants« des personnel.le.s »… alors que le mot « personnel » ne peut pas désigner des individus singuliers (« je suis un personnel » n’est pas plus envisageable que le féminin) et qu’il n’est pas non plus pluriel.

Dans la plupart des cas, les mots fonctionnent à plusieurs niveaux : pour désigner une fonction (« je vais chez le boulanger ») ou une personne (« la boulangère était charmante aujourd’hui »). La féminisation ne peut donc pas du tout être une opération mécanique ou obligatoire car parler ne consiste pas à appliquer des nomenclatures mais à exprimer des contenus de pensée toujours contextualisés.

« Une brute » ou « une andouille » est souvent un homme

On confond aussi la féminisation des métiers, qui est l’affaire de la société, et celle de la langue qui n’en est que le reflet : « plombier » n’est masculin que dans la mesure où le métier est majoritairement masculin. Quand les « plombières » seront légions, le mot sera courant. Il n’y a rien là à réformer et il n’existe aucune injustice, ni dans la pratique socio-professionnelle ni dans la dénomination.

Au nom d’une idéologie hâtive, ignorante de la réalité grammaticale, on nous sert bien souvent une bouillie conceptuelle où le mot « femme » tient lieu d’étrange regroupement thématique. À côté de la féminisation des noms de métiers, qui est une évolution naturelle de la dicibilité du monde, se tient en ordre de marche militant l’écriture inclusive, qui est un snobisme ostentatoire où se mélangent utopisme soviétique et cratylisme crasse. Ces phénomènes sont très distincts. La féminisation est en rapport avec des intentions de discours : elle est portée par les locuteurs. L’écriture inclusive est une lubie militante.

En français, tous les mots portent nécessairement une marque de genre. On dit que le genre est grammaticalisé parce qu’il sert à différencier des mots, pas à désigner quelque chose de réel : « le piano » n’est pas plus viril que « la pendule » n’est féminine.

Quand les mots réfèrent à des humains, le genre grammatical et le genre sexuel peuvent être en décalage (quand vous avez affaire à « une brute » ou « une andouille »ce sont souvent des hommes…).

 
Noms de métiers: la féminisation n’a pas eu besoin du féminisme

 

L’écriture inclusive est discriminatoire

Quand le mot est pluriel, il inclut évidemment tout le monde (au passage « le monde » est un singulier alors qu’il désigne… « une multitude » !). Personne n’a jamais cru que dire « chers collègues » impliquait de ne s’adresser qu’aux hommes.

Quand le mot est générique, il désigne les femmes et les hommes selon le cas. C’est pour cette raison qu’on peut à la fois parler de « l’assuré », de « la victime », du « demandeur », du « candidat » à un niveau général et désigner des personnes concrètes comme « candidate », « demandeuse », etc.

Vouloir indiquer des accords doubles n’a aucun sens puisque c’est déjà ce que font le pluriel et le générique. Les militants prennent au pied de la lettre les dénominations grammaticales : ils n’ont pas compris que « masculin » et « féminin » ne voulaient pas dire « mâle » et « femelle ». Ils se scandalisent, sans saisir que le masculin et le neutre ont, en réalité, la même forme en français.

L’orthographe est déjà l’objet d’un jugement sociolinguistique car elle révèle (plus ou moins) un niveau d’études. L’écriture inclusive est encore plus clivante parce qu’elle introduit une terrible sommation : par leur orthographe, les gens devront se positionner politiquement à chaque fois qu’ils enverront un mail !

En opérant une distinction entre ceux qui sauront pratiquer l’écriture inclusive et les autres, les militants exigent que l’allégeance idéologique soit marquée à chaque instant de notre vie graphique. Drapé dans la vertu des justiciers donneurs de leçons, ce combat est en réalité un snobisme. En effet, il ne semble concerner que trois ou quatre termes fortement valorisés (« auteur », « écrivain », « chercheur »…) sans qu’il existe de revendication équivalente pour « éboueur », « charpentier », « bûcheron » ou « balayeur ».

La neutralisation des imbéciles

Seul un symbolisme politique de niche a décidé d’imposer une morale dans la langue qui n’a en fait rien à voir avec la langue. Seule l’ostension morale et idéologique d’une classe ultra-bourgeoise intervient dans ces débats vite transformés en pugilats médiatiques.

L’exigence de soumission à un ordre moral fantoche des « inclusivistes » se fait en toute ignorance des phénomènes de neutralisation du genre (l’impersonnel, le générique, le pluriel), de l’oralité, de la distinction entre genre linguistique et genre sexuel et en postulant un lien mystique entre l’influence des signes de la langue et la réalité sociale. Si ce lien existait, alors selon leur interprétation, on se demande bien comment la condition féminine aurait jamais pu se libérer du carcan de la langue…

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 06:23

 

 

Dans L’Obs, Serge Raffy se demande si le pseudo-débat entre Le Pen et Darmanin (pendant que Mélenchon réalisait une prestation remarquable face à de vrais contradicteurs chez Hanouna) n’était pas un calcul délibéré de l’Élysée : « Derrière les clins d’œil, les sourires de complaisance, les haussements d’épaule, les chamailleries autour des chiffres sur l’immigration ou du nombre de fichés S, la foire d’empoigne tant vantée par les organisateurs s’est révélée une fontaine d’eau tiède. On sentait bien le malaise de Darmanin, comme s’il ne devait surtout pas affaiblir la rivale programmée du locataire de l’Elysée, ne pas risquer le « knock-out », le KO, pour reprendre un terme pugilistique. A un moment clé de la soirée, il aurait pu l’humilier quand elle perdait pied, encore et toujours, sur les chiffres de l’immigration, ces satanés chiffres qui lui brouillent la vue dès qu’elle s’y aventure. Mais Gérald le Magnanime a simplement souri devant ce flot de balivernes. Pas question de se passer d’elle. Marine Le Pen, « l’idiote utile » du macronisme, selon l’expression léniniste ? C’est sans doute le principal enseignement qu’on peut tirer de cet étrange débat télévisuel. »


 

Revue de presse (341)

 

Le site Cerises La Coopérative nous alerte sur le prochain démantèlement d’EDF : « Avant la Seconde Guerre mondiale 200 entreprises produisent de l’électricité, d’autres assurent le transport et un millier assurent la distribution. Dans le cadre du C.N.R et sous l’impulsion de la CGT l’ensemble des entreprises est nationalisé et la production électrique devient un monopole d’État. L’électricité devient ainsi un bien commun. Du plus petit village des Hautes Alpes jusqu’aux grands centres urbains, l’accès à l’énergie électrique est assuré avec un prix unique du kWh. En 1946, Marcel Paul propose un statut très protecteur pour tous les travailleurs d’EDF. Ainsi est né un grand service public de l’énergie qui a fait des émules dans d’autres pays européens.


Dans les années 2000 sous l’injonction de la commission européenne et avec l’aval du gouvernement Jospin, le marché de l’énergie est déréglementé, EDF change de statut. C’est l’ouverture du marché vers des opérateurs privés, EDF gardant le monopole de la production électrique. Aujourd’hui le « projet Hercule » en voie de finalisation par la direction d’EDF et le gouvernement serait adopté par ordonnance (donc sans débat parlementaire). EDF serait éclaté en 3 entités : une entité publique avec la filière nucléaire, une entité ouverte au marché pour la distribution, une entité ouverte aux marchés par des contrats de concessions des barrages hydroélectriques. Ce projet poursuit l’ouverture de toute activité à la concurrence et le démantèlement des services publics. Les syndicats ont organisé plusieurs journées de grève largement suivies. En vue : l’augmentation des tarifs pour satisfaire les actionnaires et la fin de l’égalité de traitement des usagers.

 

Les Marcheurs du banquier éborgneur proposent des prêts d’honneur aux étudiants. Á l’américaine. Dans les colonnes du Grand Soir, Pierre Sauve suggère un autre modèle d’aide : « Le PNSI pour étudier/travailler dans la dignité. Un Premier Niveau de Salaire Inconditionnel (PNSI) égal au SMIC, est la seule réponse juste et efficace à la détresse des étudiants. Mais l’instauration de ce premier niveau de salaire ne se limiterait pas aux étudiants. Il concernerait l’ensemble de la population à partir de 18 ans. En effet, il reconnaîtrait à chacun le statut de producteur de richesses ayant valeur économique. Il permettrait aux salariés de choisir leur collectif de travail, d’en créer un en toute sécurité. Financé par une cotisation sociale assise sur la valeur ajoutée des entreprises, il permettrait aux entreprises employant de nombreux salariés de pouvoir rivaliser avec des entreprises robotisées ayant une forte valeur ajoutée. Il exonérerait les employeurs de payer la part des salaires inférieure au SMIC, pour ne payer que la part supérieure au SMIC. L’ensemble des protections sociales, sécurité sociale, UNEDIC serait bien entendu maintenu. Il est probable qu’une telle sécurité du salaire serait de nature à limiter les fléaux sociaux que sont la misère, le chômage, le burn-out, les addictions… »

 

 

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12 février 2021 5 12 /02 /février /2021 06:05

Je reprends ici un article du site sceneweb.fr

Effarant !

 

 

En partenariat avec la Comédie-Française, Drameducation a demandé à cinq auteur⸱ice⸱s francophones d’adapter cinq pièces du célèbre dramaturge. Objectif : renouveler son oeuvre pour la rendre accessible au plus grand nombre, et notamment à ceux qui apprennent le français à travers le monde.

Déboulonner la statue du Commandeur. C’est le vaste chantier auquel s’est attelé Drameducation. Habitué, chaque année, dans le cadre du programme 10 sur 10, à organiser une résidence d’écriture où, pendant dix jours, dix auteur⸱ice⸱s composent chacun⸱e une pièce de dix pages avec dix personnages, à l’attention des professeurs de français et de français langue étrangère (FLE) à travers le monde, le Centre international de théâtre francophone en Pologne s’est cette fois attaqué au plus célèbre des dramaturges hexagonaux.

En 2019, déjà, l’organisation pilotée par Jan Nowak et Iris Munoz avait, en partenariat avec la Comédie-Française, demandé à dix auteur⸱ice⸱s de réécrire, en dix pages, dix pièces de Molière – L’Ecole des femmesDom JuanLe MisanthropeGeorges DandinL’AvareLe TartuffeLe Bourgeois gentilhommeLes Fourberies de ScapinLes Femmes savantes et Le Malade imaginaire –, à l’occasion des 400 ans de sa naissance célébrés en 2022. En forme d’édition bonus, ils ont, cette année, mis sur pied une résidence virtuelle qui s’achève ce vendredi 4 février.

Elle a conduit Marianne Dansereau, Marie Vaiana, Michel Bellier, Souleymane Thiâ’nguel et Merlin Vervaet, installés en Belgique, en France, en Guinée et au Québec, à s’emparer de cinq nouvelles oeuvres – Les Précieuses ridiculesLe Médecin volantL’Impromptu de VersaillesLe Mariage forcé et La Critique de L’Ecole des femmes – pour les passer au tamis du présent. « Notre projet est de renouveler Molière afin de le rendre plus accessible, souligne Jan Nowak. En discutant avec des professeurs de français et de FLE à travers le monde, nous nous sommes rendu compte que les pièces d’origine étaient trop difficiles pour leurs élèves. Tant au niveau de la longueur que de la langue, un peu périmée. »

Des Youtubeuses à l’affaire Polanski

Face au monstre sacré, le quintette de dramaturges s’est lancé, avec un soupçon d’appréhension et une bonne dose de gourmandise. Chargée des Précieuses ridicules, Marianne Dansereau y est allée « à fond la caisse » et a transformé les fières jeunes filles dépeintes par Molière en un groupe de Youtubeuses et d’influenceuses. Dans la même veine, Marie Vaiana s’est inspirée de l’affaire Polanski et du coup de sang d’Adèle Haenel lors de la dernière cérémonie des César pour actualiser la polémique au coeur de La Critique de L’Ecole des femmes« Rentrer dans la langue de Molière, se confronter à son rythme, se révèle passionnant car on apprend beaucoup de choses, assure-t-elle. Pour écrire, il s’inspirait d’ailleurs lui-même d’autres auteur⸱ice⸱s, ce qui nous donne une forme de légitimité. »

Au verbe réécrire, Michel Bellier préfère de son côté celui d’adapter« Tout l’enjeu est de désacraliser Molière, de le faire descendre de son piédestal afin de pouvoir se montrer un peu irrévérencieux et iconoclaste, explique-t-il. De L’Impromptu de Versailles, j’ai gardé la structure, cette unique scène, à la fois simple et compliquée, en forme de compte à rebours, mais aussi l’idée de ces comédiens qui doivent répéter un spectacle. Cette mise en abîme perpétuelle est, selon moi, toujours d’actualité dans sa façon d’interroger les rapports au pouvoir, à la censure et aux détracteurs de tous bords. »

Loin de se comporter en gardienne du temple moliéresque, la Comédie-Française voit l’initiative de 10 sur 10 comme un moyen de susciter le désir des jeunes, et moins jeunes, francophones. « Il ne faudrait pas cantonner cet exercice à une traduction, affirme la responsable de son service éducatif, Marine Jubin. Les auteur⸱ice⸱s ont leur langue et réactivent le sens de l’oeuvre de Molière à travers elle, à l’aune d’une culture et d’une actualité. Ce lien entre le théâtre classique et le théâtre contemporain permet de découvrir des auteur⸱ice⸱s d’aujourd’hui, mais aussi de donner envie de lire, ou de relire, les pièces d’origine. »

Attendue pour le mois de juin, la publication de ce nouveau tome des œuvres de Molière revues et corrigées devrait nourrir les festivités de son 400e anniversaire, prévues dans sa maison de la Place Colette à partir du 15 janvier 2022.

Fascisme intellectuel, écriture inclusive et assassinat de la culture française
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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 06:08
 

Dans un article qui a suscité le débat, Descartes met en garde les étudiants dans le contexte de la grave crise sanitaire dont ils sont victimes : ils jouent contre eux-mêmes s'ils demandent — et obtiennent – des aménagements de leurs cours et de leurs examens. Descartes juge par ailleurs sévèrement le laxisme des enseignants qui dévaluent leur propre travail et faussent les résultats en augmentant les notes des étudiants. Extraits.

 

Pour la génération de nos grands-parents, la vie était dure.  Ce qui nous différentie de nos grands-parents, c’est qu’ils étaient, eux, conscients de la dureté de la vie. Conscients que la nature ne cédait pas volontiers ses fruits, que – sauf pour quelques privilégiés, et encore – rien ne vous était donné. Que s’offrir une vie agréable, qu’obtenir la reconnaissance de ses pairs et de ses concitoyens passait par l’effort, le travail, la ténacité. Bref, que la société ne vous devait qu’à proportion de ce que vous lui apportiez. 

Deux générations plus tard, nous sommes dans la société du « fun ». La souffrance, l’effort sont remisés au placard des antiquailles. Tout doit être léger, amusant, divertissant. L’école doit être « ludique », le travail doit être « fun », la vie doit être un chemin de roses de laquelle tout effort, toute difficulté, toute angoisse doit être purgée. Le citoyen-consommateur a droit à ce que tout – la connaissance, le travail, la culture – lui soit servi prémâché, pour être avalé sans effort. Qui n’a pas entendu des « cultureux » expliquer qu’il faut « dépoussiérer » l’opéra ou le musée – ce qui en bon français veut dire organiser des expositions et des spectacles « faciles », qui ne nécessitent de l’auditoire aucun effort, aucun travail de compréhension ?

Et bien entendu, ce citoyen élevé au « fun » est un être fragile. L’exposer à la cruauté du monde pourrait sérieusement le traumatiser. Passer des vrais examens, où l’on exige des vraies connaissances et on ne remonte pas les notes de ceux qui ne savent pas ? Vous n’y croyez pas, cela pourrait affecter gravement la « confiance en soi » des étudiants.

Quel est l’être à qui on offre tout prémâché, de qui on ne demande aucun effort, à qui on occulte la cruauté du monde ? Quel est l’être pour qui tout est jeu ? La réponse est évidente : c’est le jeune enfant. Nous vivons dans une société infantilisée, où chacun de nous est sous l’injonction de se comporter en enfant. Pas étonnant dans ses conditions qu’on découvre chez nous toutes sortes de perversions – on sait aussi depuis Freud que les enfants sont des pervers polymorphes – et ce sentiment de toute-puissance symbolique qui s’accompagne d’une impuissance sur le réel.

Prenons par exemple l’article publié dans « Le Monde » du 5 février 2021 sur la situation des étudiants « victimes » de la pandémie : « A l’université Lyon-I, où les partiels ont eu lieu en présentiel, les enseignants du département de mathématiques ont décidé de remonter les notes, quitte à entretenir une illusion de réussite. Les étudiants sont quasiment tous venus, la fleur au fusil, sans doute parce qu’ils n’ont pas conscience de leur niveau véritable, explique Anne Perrut, maîtresse de conférences en deuxième année de licence. Au vu des résultats, nous avons changé nos exigences et adopté un coefficient multiplicateur pour augmenter leur moyenne de trois à quatre points. On ne pouvait tout de même pas les enfoncer. »

Que nous explique cette enseignante universitaire ? Que des élèves qui n’ont pas les connaissances que l’institution estime indispensables auront quand même leur diplôme. Ne pas leur donner, ce serait les « enfoncer ». Et ça, « on ne peut pas ». Le diplôme cesse d’être un certificat, une représentation réelle des connaissances acquises, pour devenir une sorte de « droit » dont il serait injuste de priver les élèves au motif qu’ils ont été empêchés d’apprendre par une circonstance extérieure.

Mais pourquoi les élèves sont venus « la fleur au fusil » ? On parle ici d’étudiants de mathématiques, c’est-à-dire, d’une discipline où l’on travaille avec un crayon et un papier. Que des étudiants de médecine se plaignent de ne pas avoir pu effectuer des dissections, que des étudiants en physique aient perdu la possibilité de passer aux travaux pratiques, cela s’entend. Mais en mathématiques ? Certains me diront que les bibliothèques sont fermées. C’est un argument irrecevable : Les ouvrages fondamentaux sont disponibles sur l’Internet – car les bases des mathématiques n’ont pas changé fondamentalement depuis cinquante ans, et la plupart de ces textes sont dans le domaine public. Ainsi, vous pouvez vous amuser par exemple à télécharger les « éléments de mathématiques » de Bourbaki en format PDF sans difficulté. Bien sûr, le contact avec l’enseignant a son importance, et on peut imaginer que le niveau baisse un peu si les étudiants sont limités dans leurs contacts. Mais de là à arriver « la fleur au fusil » et « ne pas avoir conscience de leur niveau »…

Dans le même article, un professeur de droit à l’université de Toulouse explique le problème : « les étudiants sont moins efficaces car moins disponibles d’esprit. Ils se dispersent dans les sources dont ils disposent et, à la fin, ils produisent un travail moins substantiel que s’il avait été écrit à la main dans l’amphithéâtre ». Autrement dit, ils sont incapables de travailler tous seuls, de se concentrer, de se rendre « disponibles d’esprit » pour faire un effort. Pour le dire en bon français, ils ne sont pas AUTONOMES. Ils ont besoin qu’on leur dise ce qu’il faut faire, comment il faut le faire, et qu’on surveille qu’ils le font. Bref, qu’on les traite comme des enfants.

Comment les étudiants pourraient-ils prendre conscience de leur valeur si leurs maîtres leur mentent, fut-ce avec la noble intention de « ne pas les enfoncer » ? Ce sont au contraire les professeurs – honte à eux – qui se prêtent à cette mascarade qui « enfoncent » leurs élèves en leur mentant sciemment sur leur niveau. Rater un examen, cela arrive à tout le monde et n’a jamais tué personne. L’illusion qu’on sait alors qu’on ne sait pas, elle, peut être fatale parce qu’elle est ensuite très difficile à dissiper.

Ceux qui nous expliquent que les étudiants sont traumatisés de ne pas pouvoir faire la fête, de devoir étudier seuls enfermés chez eux et éloignés de leurs professeurs, et qu’ils seraient pénalisés si leurs professeurs notaient honnêtement savent-ils que pendant la longue nuit de l’Occupation leurs ancêtres ont étudié dans des conditions infiniment pires ? Qu’on a passé le bac – le vrai bac, avec des vrais examens, pas le substitut que nous avons aujourd’hui – sous les bombes dans la Normandie de 1944, et qu’on ne « donna » pas l’examen pour ne pas « enfoncer » les candidats bacheliers ? Que l’université de Strasbourg pendant l’occupation a été repliée à Clermont-Ferrand et qu’on y étudia sous un couvre-feu bien plus sévère qu’aujourd’hui, avec le ventre vide et sous la menace des rafles. Et pourtant on ne fit pas de cadeaux aux examens, on ne baissa pas l’exigence, au contraire. Je me demande ce que Marc Bloch – qui fut professeur dans ces circonstances – aurait pensé de l’idée de conférer un faux diplôme – car un diplôme qui certifie des connaissances inexistantes est un faux, quand même bien il serait tamponné et signé dans les formes – pour ne pas « enfoncer » ses étudiants. Je me demande aussi ce que les étudiants de ce temps-là auraient pensé d’une université qui leur aurait accordé un grade qu’ils ne méritent pas. Personnellement, je ne confierais pas ma tête à un avocat qui me dirait « je ne connais pas mon droit, mais j’ai eu le diplôme l’année du Covid ».

On dénonce le fait que notre gouvernement nous traite comme des imbéciles ou des débiles. Mais le gouvernement ne fait que ce que l’ensemble des responsables institutionnels font à leur niveau : taire les vérités de peur de traumatiser les enfants que nous sommes devenus. Car, voyez-vous, nous sommes devenus faibles, nous avons besoin d’être conservés dans du coton, qu’on nous protège, y compris contre nous-mêmes, qu’on nous dise ce qu’il faut faire. Nous ne sommes plus capables de rien faire tous seuls : il faut des gens qui nous surveillent pour étudier, des gens qui nous « coachent » pour trouver du travail, des gens qui nous aident pour nos démarches. Et à force d’insister, on forme une société infantile, navigant entre la toute-puissance et l’impuissance. Une société où « tout le monde est Charlie », mais où comme à Ollioules l’ensemble de la « communauté éducative » (100% des professeurs, 89% des parents et 69% des élèves, selon LCI) ont voté « non » à la proposition de la mairie de renommer le collège pour lui donner le nom de Samuel Paty, au motif que cela « transformerait le collège en cible ». Depuis quand abdique-t-on en France l’honneur d’être une cible ?

Un an de pandémie a mis en lumière la résilience des Français. Elle a aussi souligné cruellement la débilité de notre discours public, l’incapacité de nos élites – politiques, médiatiques, intellectuelles – à tenir aux citoyens un discours adulte. Ils ont versé dans l’infantilisation et la démagogie. Voilà un sujet qui mérite réflexion, notamment si l’on pense à la campagne électorale de 2022, si nous ne voulons pas que le monde d’après ressemble drôlement au monde de maintenant.

 

Malheur à la République où le citoyen est un enfant !

PS : L'université de Leicester en Grande-Bretagne a décidé d'abandonner les enseignements de littérature anglaise (ne parlons pas de celles d'autres pays) antérieure à 1500. Afin de répondre aux “ attentes des étudiants ”. Vont ainsi passer à la trappe les célèbrissimes Contes de Canterbury de Chaucer. Aussi importante que La Chanson de Roland en France, cette œuvre est le premier texte écrit en langue anglaise. Pour les linguistes et, plus prosaïquement, pour les amateurs et les amoureux de cette langue, il s'agit d'un outil irremplaçable.

D'origine sri-lankaise, le “ boss ” (soyons modernes) de cette université est un spécialiste du multimédia et de l'informatique. Il se fait des balls en or comme consultant pour British Telecom, la BBC, Thales, Toshiba. Cet homme d'affaires a sûrement une âme puisqu'il est membre d'une association qui lutte contre la harcèlement racial dans l'enseignement supérieur. Mais cette âme connait ses limites car, en janvier 2021, il a fait l'objet d'une motion de défiance quasi unanime de la part du principal syndicat de l'université suite à sa proposition d'un licenciement massif d'enseignants. Il faut bien licencier quand on coupe la tête de Chaucer...

 

 

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 06:05

 

 

Lu dans La Nouvelle République : Le chêne rouvre du chemin de la Matauderie, âgé de plus de 350 ans, s’est effondré dimanche 31 janvier dans la matinée. Un feu a pris dans son tronc creux.

 

Le chêne était l’un des monuments de la ville de Poitiers. En 2019, la commune avait obtenu sa labellisation en tant qu’Arbre remarquable de France.

 

Dimanche matin, un habitant de ce quartier a entendu un énorme craquement : le chêne creux s’effondrait sur lui-même.

 

Quelques minutes plus tard, les gérants de l’écurie voisine apercevaient de la fumée montant des alentours de l’arbre et alertaient les pompiers. Une fois sur place, ceux-ci n’ont pu que contenir les flammes en remplissant de neige carbonique ce qui restait du tronc.

 

Une légende assez improbable attribue la plantation de cet arbre au fabuliste Jean de La Fontaine, auteur du Chêne et le roseau, à l’occasion d’une visite à ses cousins Irland, propriétaires des terres environnantes.

 

Dans la fable, c'est le vent du nord qui fait mourir l'arbre :

 

L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine

Celui de qui la tête au Ciel était voisine

Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

 

En France, on assassine maintenant des arbres.

 

J'ai vécu pendant 10 ans à trois kilomètres de cet arbre.

 

 

 

Revue de presse (340)

Richard Horton explique dans The Lancet pourquoi la crise du Covid n’est pas une pandémie mais une syndémie. Deux types de pathologie interagissent actuellement au sein de populations spécifiques : une infection présentant d’importants syndromes respiratoires aigus de coronavirus 2 et un échantillon de maladies non transmissibles. Ces maladies se concentrent sur les groupes sociaux les plus profondément touchés par les inégalités de nos sociétés. L’association de ces deux types de pathologies aux disparités socio-économiques exacerbe leurs effets néfastes respectifs. Le COVID-19 n’est pas une pandémie : c’est une syndémie. Considérer le COVID-19 comme une syndémie a comme conséquence majeure d’en souligner les origines sociales. Vulnérabilité des citoyens les plus âgés ; Noirs, Asiatiques, minorités ethniques ; les travailleurs essentiels, en général peu payés et dotés de couvertures santé moindres ; ces données viennent mettre en évidence une vérité trop peu reconnue : peu importe l’efficacité du traitement ou du vaccin, poursuivre une solution purement biomédicale à le COVID-19 échouera. À moins que les gouvernements ne conçoivent des politiques et des programmes enclins à s’attaquer à ses profondes disparités, nos sociétés ne pourront jamais être à l’abri du COVID-19.

 

 

 

Initiatives communistes relève les lois et pratiques du pouvoir, autoritaristes et liberticides.

 

En se limitant à la seule année 2020, nous pouvons recenser :

 

La relégation des députés au rang de pantins, sans recul critique.

 

La substitution progressive du « Conseil de Défense » au Conseil des ministres, reléguant ces derniers au rôle de faire-valoir (à commencer par le Premier d’entre eux, Jean Castex).

 

Le projet de loi dite « Sécurité globale », conférant une véritable immunité (et une impunité) aux forces de l’ordre pouvant désormais échapper aux images au cours de leurs interventions et, ainsi, aux poursuites.

 

Les décrets de décembre 2020 prévoyant le fichage des « opinions politiques » et des « convictions philosophiques et religieuses » – et même l’enregistrement des données relatives aux troubles psychologiques ou psychiatriques et aux addictions.

 

La tentative du ministre Blanquer de faire passer, en mai 2020, une fiche Eduscol – destinée à fournir des « pistes de réflexion » aux enseignants – qui appelait à repérer les cas de « fronde contre les mesures gouvernementales » et à prévenir les « idées radicales du communautarisme » « politique » et « social ».

 

Cette « dérive » ultra-autoritaire – en fait il s'agit d’une pratique consubstantielle à l’ordre capitaliste euro-atlantique prôné par Macron et ses prédécesseurs – se traduit par une répression sauvage croissante, déjà à l’œuvre sous Sarkozy et accrue depuis la loi Chômage qui poussa Manuel Valls à réprimer férocement les contestations. Et depuis ce printemps 2016, la répression n’a cessé de s’accentuer.

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