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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 06:00

Le Figaro consacre un article au refus de l’Assemblée nationale d’accorder le droit d’asile à Julian Assange : « Il a dénoncé des agissements barbares et des bavures inqualifiables qu'il fallait rendre public , aa salué le communiste Stéphane Peu. Pour Jean-François Mbaye (LREM), « aucun défenseur des droits de l'Homme ne saurait supporter une situation si disproportionnée » et même si « l'intention est noble », le député du Val-de-Marne a mis en avant les « points litigieux» de la résolution, notamment d'ordre juridique et diplomatique. Même son de cloche du côté du ministre du Commerce extérieur Franck Riester auquel Alexis Corbière (LFI) a reproché de ne donner qu'un « cadre juridique » sans jamais parler de « Julian Assange ». Son collège LFI François Ruffin a déploré la « lâcheté » française tandis que le député écologiste Cédric Villani a voulu faire vibrer la corde patriotique : « La France ne se fera respecter que si elle parle haut ».

 

Selon Communistes Hebdo, la décision de 1997 d’offrir le secteur des EPHAD aux fonds privés autorisait toutes les dérives au nom du profit et les offres aux candidats investisseurs promettaient de fabuleux retours. Chacun savait au prix de quelles souffrances des résidents se paieraient ces dividendes. Xavier Bertrand, ministre de la Santé à cette époque, est resté très attaché à ces investisseurs. On se souvient de l’expression « sylver economy » (économie des cheveux gris). Sous ce vocable, les gouvernements faisaient miroiter des gisements d’affaires à réaliser avec les personnes âgées, du moins celles qui en ont les moyens. Les maîtres mots des décideurs sont alors réduction drastique des coûts, rationalisation, rationnement, tout est bon pour le profit et tant pis pour la santé et la dignité des résidents. La presse économique présente toujours les investissements dans le secteur du vieillissement comme parmi les plus rentables, avec toujours un rapport à deux chiffres, évoquant un rendement de 40 000 à 50 000 euros par lit, par an !

 

Macron avait promis une loi grand âge sur la perte d’autonomie. Nous avons eu une cinquième branche de la sécurité sociale, financée non plus sur le travail mais par les salariés et les retraités eux-mêmes. La ministre Brigitte Bourguignon annonce qu’elle va frapper fort, mais sur qui ? L’ancien patron [de l’EPHAD du scandale] avait d’ailleurs pris soin de se délester de milliers de ses actions avant la sortie du livre. La vieillesse, la dépendance, qui relèvent de la solidarité nationale, doivent totalement revenir dans le secteur public.

 

 

Revue de Presse (392)

 

Le Monde relate une tragédie qui devient malheureusement routinière aux États-Unis : « Un Afro-Américain tué par la police à Minneapolis.Les parents d’Amir Locke, 22 ans, mort mercredi 2 février au petit matin lors d’une perquisition dans un appartement, ont promis, vendredi, de se battre pour « obtenir justice »Les parents accusent les agents de n’avoir « laissé aucune chance » à leur fils. Sur une vidéo diffusée par les forces de l’ordre, on voit des policiers entrer avec une clé, puis s’annoncer bruyamment. Amir Locke, endormi sur le canapé du salon, s’agite alors sous sa couette, saisit un pistolet et se redresse légèrement. Des coups de feu résonnent. Le tout dure moins de neuf secondes.

 

Andre Locke a souligné que son fils n’avait pas de casier et disposait d’un permis de port d’armes. « Il avait le sommeil lourd » et « a fait ce que tout citoyen respectueux des lois aurait fait dans les mêmes circonstances, noir comme blanc ».

 

Le mandat au cœur du drame ne mentionnait pas Amir Locke. Il avait été émis dans le cadre d’une enquête pour homicide ouverte dans la ville voisine de Saint-Paul et autorisait les agents à ne pas s’annoncer. Ces mandats dits « no knock » (« sans frapper à la porte ») ont été impliqués dans plusieurs dossiers de violences policières. Le Minnesota avait restreint leur usage après les grandes manifestations de l’été 2020.

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2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 06:00

Ras-le-bol de cette histoire de merde à la con qui a enchanté mon enfance de petit Blanc privilégié des corons du Pas-de-Calais !

 

Vous me trouvez grossier ? Je le suis. Mais moins que Walt Disney et que l’acteur Peter Dinklage. Préparant une nouvelle version de Blanche-Neige, Disney a décidé de supprimer les sept nains sur la suggestion de l’acteur (nain) Peter Dinklage, qui avait brillé dans Game of Thrones pour des cachets plus que substantiels. Il a déclenché l’ire de la corporation des acteurs nains qui ont vu disparaître sept possibilités de rôle et qui, eux, vivent assez modestement. Disney a, par ailleurs, décidé de supprimer le baiser final, qui serait un « viol ». La participation de l’actrice prévue, Rachel Zegler, est dans la balance car elle est jugée trop blanche alors que, d’origine colombienne et juive polonaise, elle est plutôt bronzatta, comme aurait dit Berlusconi. Quant aux frères Grimm, rien à cirer !

 

Ci-dessous, une analyse d’une de mes parentes qui a des enfants en âge d’aller voir la version originale du chef-d’œuvre ou, dans quelque temps, la resucée politiquement correcte.

 

 

Dès le début de l’histoire on nous présente la mère de Blanche-Neige qui fait un souhait : elle veut un enfant d’une couleur spécifique. Son souhait exhaussé, elle en meurt. Blanche neige n’est que le résultat des aspirations des autres. Une poupée. En d’autres termes, elle est, fondamentalement, la symbolique de la femme objet. 

 

 

Aujourd’hui, les frères Grimm seraient sûrement pendus en place publique. 

 

Si les magouilleurs du woke avaient au moins lu le conte originel, qui a déjà été énormément lissé par Walt Disney, ils en feraient des cauchemars. Á la base, Blanche-Neige est une petite fille qui n’est pas du tout d’accord pour faire le ménage mais, n’ayant d’autre choix que de se cacher, elle se fait réduire en esclavage par les 7 nains. Á noter que les 7 nains n’ont même pas d’identité. Ce sont juste des nains. 

 

Ensuite elle se fait récupérer par un prince pédophile qui l’épouse sans lui demander son avis alors qu’elle a 7 ans !

 

La fin se termine par la mort de la belle-mère, torturée en place publique. 

 

C’est un conte complètement ignoble. Comme la plupart des contes de fée. C’est comme ça.

 

 

L’histoire de Blanche-Neige est tiré d’une histoire vraie, celle de Maria Sophia Margaretha Catharina Freifraülein von  Erthal, née en 1729. Son père était ministre des Affaires étrangères et jouissait d’une bonne réputation. Sa belle mère, Claudia Elisabeth Maria von Venningen, n’aimait que ses enfants, et se montrait odieuse avec ceux de son mari. 

 

Inspirée par le palais des glaces de Versailles, elle offrit à son mari un miroir spectaculaire d’1m 60 de long, il y est inscrit une maxime. « C'est pourquoi on les appelle des miroirs “ parlants ”. Le médaillon en haut et à droite contient une indication très claire sur l’amour-propre. »

 

Maria est issu de Lohr, une région montagneuse avec des sentiers sauvages, et elle a emprunté un ancien sentier de montagne connu au XIVe siècle, qui s’appelait le sentier aux sept collines. 

 

Là-bas, des mineurs extrayaient le cuivre et l’argent. Et c’était évidemment des personnes de petites tailles, ou des enfants qui faisaient ce travail pour réussir à se faufiler dans les galeries.

 

Mais il y a une autre théorie : Margaretha serait née, comtesse, en 1533. Sa belle-mère la détestait. Elle aurait vécu une histoire d’amour avec Philippe II d’Espagne, puis serait morte subitement, à 21 ans, probablement empoisonnée.

 

Quels films on aurait pu faire avec ces deux histoires !

 

 

 

Fuck Blanche-Neige !
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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 06:01

Palem CandilierThe Beatles. The Beatles. Paris : Éditions Densité, collection Discogonie 2021.

 

Pas de coquille de ma part : ce livre de Palem Candilier est consacré aux Beatles certes, mais spécifiquement à leur double album The Beatles que, depuis 53 ans, tout le monde appelle “ Le disque blanc ”.

 

Je saluerai tout d’abord la maison d’édition Densité qui publie des livres très spécialisés, très pointus et de grande qualité, sur des chanteurs et des œuvres musicales, principalement anglo-saxonnes (notons l’exception de Serge Gainsbourg).

 

On ne s’en étonnera pas, mais la couverture de livre, ainsi que le quatrième de couverture, sont immaculément blancs, contagion oblige. L’auteur, quant à lui, est un musicien autodidacte, présent sur la scène pop depuis 2007. Avant son Beatles, Candilier avait publié Nirvana – In Utero en 2019.

 

« Les Beatles ne jouent pas de la pop, ils la possèdent », a écrit un spécialiste étasunien, cité par Palem Candilier. Avec ce double album, ils embrassent tous les genres et créent des possibles pour tous les pratiquants. Ce qui distingue, entre autres choses, les “ Fab Four ” (ils furent effectivement fabuleux) de toutes les figures marquantes de la pop, c’est qu’ils se sont renouvelés à chaque disque, jusque dans le choix des pochettes. Dans le cas présent – l’auteur développe ce point à maintes reprises – on a affaire à un disque (deux en fait) dont  le moteur, la thématique principale sont l’enregistrement et ses techniques, la création en studio. De leur séjour en Inde, les Beatles sont revenus avec des petites pépites, multiples et extrêmement variées. Ces petits bouts, sont devenues, à deux ou trois exceptions près (sur 30 chansons), des morceaux d’excellente facture qui ont inspiré – et inspirent encore un demi-siècle après – des dizaines de chanteurs et musiciens de par le monde. D’aucuns auraient préféré un tri beaucoup plus sélectif avec, en fin de compte, un seul disque blanc, puis un disque « plus blanc », comme avait plaisanté Ringo. Mais, justement, l’une des forces de cette création est qu’elle est constituée de deux disques, ce qui était rare à l’époque.

 

Cela ne fonctionna pas toujours comme sur des roulettes. Candilier cite le témoignage de leur ingénieur du son, Geoffrey Emerick (auteur d’un passionnant Here, There and Everywhere, My Life Recording The Music of The Beatles) : « John ou Paul arrivaient et jouaient une chanson à la guitare ou au piano […] et puis nous la voyions évoluer avec le temps. Parfois elle devenait meilleure à force d’être retravaillée sans cesse. D’autres fois, elle n’allait nulle part. Cela pouvait devenir incroyablement ennuyeux et déprimant de les entendre jouer la même chanson pendant neuf ou dix heures de suite, particulièrement quand elle devenait de plus en plus mauvaise à mesure qu’ils se défonçaient et partaient dans tous les sens. » Il leur faudrait 137 jours pour enregistrer de double album, contre dix heures pour leur premier 33 tours. Beaucoup dirent en effet comme Emerick que les quatre créateurs étaient partis dans tous les sens. Mais, justement, c’était ça le miracle ! « Partir » en oubliant tous les albums qui avaient précédé, et « dans tous les sens » en explorant tout ce qu’il leur était possible et loisir d’explorer. La chanson (“ chanson ” ?) “Revolution N°9 ”, il fallait tout de même l’oser !

 

Humainement parlant, The Beatles est assurément l’album de la dislocation. Le groupe est en train d’exploser. Irrémédiablement. Plus tard, Paul parlera de « tensions » alors que John, Paul et George, sont en train de se haïr. Ringo, qui veut à tout prix rester ami avec les trois autres (il réussira), les plaque et part en vacances à l’étranger en plein milieu d’une session de travail. Les quatre musiciens ne joueront ensemble que dans seize des trente morceaux de l’album. Ils réussiront à faire déprimer George Martin, leur producteur et arrangeur historique, qui déplorera le « manque de discipline » – doux euphémisme – de cette bande en désagrégation.

 

Ce double album est également un œuvre largement “ méta ” (contrairement à Sgt Pepper qui l’avait précédé) au sens où les Beatles y écrivent l’histoire de la pop music – eux inclus, bien entendu – en détournant, en rendant hommage, en pastichant, en y installant un chaos auquel s’opposent la douceur, des mélodies inoubliables, des odes à la pastoralité, des introspections troublantes et courageuses. Comme exemple d’hommage, on citera naturellement “ Back in the USSR ” (écoutons l’étonnante reprise – cum balalaïkas – par Sigourney Weaver de ce qui restera comme l’un des rocks les plus réussis de l’histoire), affectueuse accolade aux Beach Boys et à Ray Charles. Alors que l’écoute de leurs disques avait été interdite pendant des années en URSS, Paul McCartney, d’abord reçu par Poutine dans ses salons privés du Kremlin, donnera, trente-cinq ans plus tard, un récital historique sur la Place Rouge devant des dizaines de milliers de spectateurs, dont Poutine. “ Back in the USSR ”, déchaîna le public.

 

L’auteur fournit une analyse très fouillée de toutes les chansons du double album. On en retiendra simplement et arbitrairement quelques-unes.

 

L’hommage de Candilier à “ Dear Prudence ” est bienvenu. Prudence, la sœur de Mia Farrow, en stage chez le Maharashi avec la joyeuse bande, recluse dans sa chambre, en pleine méditation transcendantale. Candilier repère « l’orfèvrerie » des « micro-interventions instrumentales qui participent à la réussite de la chanson », comme un ostinato aigu de piano, la montée en puissance de la guitare de George, « l’explosion bouleversante des dernières mesures ». Et puis il y a la magie de la poésie simple et efficace de John : si tu sors de ta chambre, dit-il, « The birds will sing that you are part of everything ».

 

Dans la très déroutante “ Glass Onion ” de John, jamais, peut-être, des créateurs de la scène pop n’étaient allés aussi loin dans la citation et l’auto-dérision,  dans l’optique non pas d’éclairer mais d’obscurcir la compréhension de certaines de leurs chansons passées. Le chanteur se moque de ses “ strawberry fields ”, du “ walrus ” de Paul, du “ fool on the hill ” et de la pauvre “ lady Madonna ” du même Paul qui n’a pas fini de « combler son trou » de Sgt Pepper.

 

La structure de “ Happiness is a Warm Gun ” (étrangement la chanson préférée de Paul qui nécessita 95 prises, plus que sa propre “ I Will ” qui en nécessita soixante-sept) est particulièrement complexe : elle commence comme une folk song en mineur (« She’s not a girl who misses much […] »), se poursuit sur le mode d’un blues éthéré (« I need a fix ’cause I’m going down »), puisse passe à un rythme de rock lent («Mother Superior jump the gun »), avant de s’achever en majeur, John chantant « Happiness is a warm gun», accompagné par ses deux camarades qui, tels les Platters dans les années cinquante, le soutiennent avec des « Bang bang, shoot, shoot ». Le style Platters s’accommode de paroles surréalistes (« She’s well acquainted with the touch of the velvet hand like a lizard on a window pane » et d’une prise de position très nette sur la prolifération des armes à feu aux États-Unis (« Happiness is a warm gun »). Et on sait tous que John mourra d’un “ warm gun ” manipulé par un type dérangé qui se prenait pour lui.

 

Avec “ Blackbird ”, le merle, mais aussi la militante noire, nous rappelle que Paul qui, comme les trois autres, avait toujours refusé de jouer pour des publics ségrégués, était tout aussi conscientisé que John, mais à sa manière :

 

Blackbird toi qui chante au cœur de la nuit

Prend ces ailes brisées et apprend à voler

Toute ta vie

Tu attendais que ce moment advienne

 

La chanson fut enregistrée en plein air, avec de vrais pépiements d’oiseaux en conclusion.

 

Dans “ Piggies ”, George Harrison rompt avec trois années d’inspiration extrême-orientale  et propose un échantillon de sa critique sociale. On pense forcément à Animal Farm d’Orwell, avec, sous la plume de George, des cochons capitalistes « dans leurs chemises blanches amidonnées », « remuant la fange ». Ils sortent le soir avec leurs femmes cochonnes et, en anthropophages qui se respectent, ils mangent leur bacon. Ils ne s’intéressent pas au monde ; il faudrait « leur flanquer une bonne fessée ». On ne reconnaît pas notre Harrison.

 

Reste le problème de “ Revolution 1 ”. Nous sommes en 1968, que diantre ! Même les Rolling Stones viennent de s’y mettre dans “ Street Fighting Man ” avec ce questionnement désabusé : « que peut faire un pauvre gars, sinon chanter dans un groupe de rock'n'roll, car dans les rues endormies de Londres, il n'y a aucune place pour un émeutier », d’autant que, du lieu où il parle, « le jeu à jouer est la solution de compromis ». Avec John, dans cette première chanson franchement politique du groupe, il n’y aura pas non plus d’avancée réelle. Partant du point de vue que les gens dont « l’esprit est plein de haine » sont les manifestants et non les possédants, il laisse le monde sur sa faim – surtout les militants maoïstes et trotskistes qui le pressent de s’exprimer clairement – en chantant dans un même mouvement qu’on peut compter « avec lui » et « sans lui ». Et puis comment prendre au sérieux un discours sur la révolution parsemés de « choubidou wa » digne des chanteurs étasuniens blancs singeant les Platters ? 

 

On le sait, le “ disque blanc ”, les chansons “ Helter Skelter ” et “ Revolution 9 ” en particulier, vont déclencher la folie barbare de Charles Manson, piètre musicien pour ce qui le concernait. Le 25 juillet 1969, il torture et assassine un musicien. Le 8 août, quatre de ses affidés abattent une petite dizaine de personnes parmi lesquelles Sharon Tate, la femme de Roman Polanski dont elle porte l’enfant. Le 10 août, Manson tue un couple d’entrepreneurs. Les assassins sont condamnés à mort en 1970, peine commuée en prison à perpétuité.

 

Ayant à peine cinq ans de moins que George Harrisonj’ai la chance d’appartenir à la génération de ceux qui ont vécu la carrière des Beatles en direct, du début jusqu’à la séparation. Et, pour l’anecdote, le bonheur d’avoir assisté à un de leurs concerts. Le jour où j’ai vu sur huit colonnes en page une d’un quotidien britannique « THE BEATLES BREAK-UP », j’ai su qu’une page de ma vie se tournait, que le miracle était terminé, un miracle que, par sa précision, son érudition et son empathie l’auteur a contribué à élucider. Il faut être de ma génération pour comprendre que chaque nouveau disque (45 tours ou 33 tours) était attendu comme une bombe qui nous explosait en pleins sens car quelque chose de complètement nouveau allait advenir. Nous n’avons jamais été déçus, surtout pas moi qui ai pu écouter Sgt Pepper quinze jours avant sa sortie en me demandant, au milieu de la quinzaine d’autres privilégiés qui m’entouraient, sur quelle planète je vivais. Sans parler de l’apothéose d’Abbey Road avec, pour n’évoquer que cela, sa couverture mille fois plagiées.

 

Mais en refermant ce livre indispensable et innovant, j’ai une petite déception : en 2006, j’ai publié un article dans une revue universitaire en ligne intitulé “ Pourquoi le disque blanc des Beatles était-il blanc ? ”. (lorsque l’on tape sur Google « le disque blanc des Beatles », cet article est référencé en cinquième position). J’y évoquais le post-modernisme, le kitsch, le fragment, la déception du sens, les tensions. Cet article n’a pas pu échapper à Candilier qui ne le cite ni le mentionne.

 

Note de lecture (202)
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27 janvier 2022 4 27 /01 /janvier /2022 06:00
 
L'hégémonie de la langue de Shakespeare constitue une menace pour la diversité culturelle de la planète et... c'est un Anglais qui le dit.
 
On n'est parfois jamais si bien servi que par les autres... Donald Lillistone est un Anglais, par ailleurs francophone et francophile. Et parce qu'il parle au moins deux langues, il apprécie la diversité culturelle et ne résout pas à voir un seul idiome, fût-il le sien, devenir hégémonique. Dans un essai rédigé - en français - d'une plume alerte et claire, il alerte donc ses compatriotes de coeur sur les dangers du tout-anglais (1). Et en profite pour démonter avec brio quelques idées reçues. Démonstration.
 
 
-  "L'anglais est une langue simple" C'est tout à fait inexact. "Le seul son [k] s'écrit de neuf manières différentes", rappelle Lillistone. C'est l'anglais d'aéroport qui est simple, mais celui-ci n'a pas grand-chose à voir avec la véritable langue de Shakespeare.
 
-  "J'utilise des mots anglais parce qu'ils sont plus courts". En soi, le postulat de départ est exact - la traduction française d'Harry Potter comprend plus de pages que l'original - mais ce n'est pas la raison du succès des anglicismes. En réalité, ceux qui y recourent à foison le font pour une tout autre raison : ils cherchent à bénéficier de l'image de modernité des Etats-Unis, la puissance dominante de l'époque. Sous la Renaissance, dominée par Venise, Gênes et Florence, les mêmes auraient sans doute multiplié les italianismes.
 
-  "Une langue n'est qu'un outil de communication" Quelle naïveté ! Imposer sa langue, c'est en réalité imposer sa pensée et sa vision du monde. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis le savent très bien, qui ont déclaré ceci dans une conférence tenue en 1961 à Cambridge : "L'anglais doit devenir la langue dominante, remplaçant les autres langues et leurs visions du monde." Aussi Lillistone lance-t-il cet avertissement : "Quoi qu'en disent les partisans du tout-anglais, la prédominance actuelle de l'anglais en Europe ne sert finalement que les intérêts commerciaux, culturels et politiques des Etats-Unis". 
 
-  "Si tout le monde parlait anglais, il n'y aurait plus de guerre" La diversité linguistique est souvent perçue comme une menace pour la paix. Donald Lillistone rappelle utilement aux distraits quelques menues anicroches survenues dans des pays monolingues telles la guerre de Sécession aux Etats-Unis (1861-1865) ou la guerre civile en Angleterre (1640-1649). En réalité, la diversité linguistique est l'un des aspects de la richesse culturelle de l'Humanité, note Lillistone, qui interroge : "Voulez-vous vraiment visiter Rome, Berlin ou Madrid pour prendre un café dans un Starbucks, dîner dans un McDo avant d'aller au cinéma regarder un film hollywoodien tout en échangeant partout en globish ?". Vous, je ne sais pas, mais moi, non.
 
-  "La planète entière parle anglais" Cliché, là encore. Les trois quarts de l'humanité n'en utilisent pas un traître mot.
 
-  "Tout le monde veut parler anglais" Non plus. Dans le monde, beaucoup le voient comme la langue de la "modernité" et des "nouvelles technologies." Mais pour d'autres, l'anglais reste la langue de "l'impérialisme" et du "capitalisme sans foi ni loi". 
 
Les pièges du tout-anglais

 

-  "La domination de l'anglais va croissant". Au contraire, la dynamique est défavorable à la langue de Shakespeare. Le Brésil a ainsi rendu obligatoire en 2005 l'enseignement de l'espagnol tandis que la Chine développe l'enseignement du mandarin en ouvrant un peu partout des instituts Confucius. Quant au russe, à l'hindi, à l'arabe, à l'allemand et au français, ils gagnent sans cesse de nouveaux locuteurs. Le gouvernement britannique l'a d'ailleurs compris, qui a rendu obligatoire en 2012 l'enseignement d'une langue étrangère dans les écoles primaires. Même le ministère des Affaires étrangères britannique a rouvert l'école de langues étrangères qu'il avait fermée en 2007 ! 
 
-  "L'anglais est la langue des affaires". Nuançons : l'anglais est aujourd'hui la langue principale des affaires, ce qui est très différent. Selon les études, cette langue représente certes 30 % du PIB mondial, mais ce pourcentage va mécaniquement baisser avec la montée en puissance de la Chine et des pays émergents. Les jeunes Espagnols sont ainsi de plus en plus nombreux à apprendre l'allemand pour une raison simple : ce n'est pas avec l'anglais qu'ils vont trouver du travail en Allemagne !
 
La conclusion est évidente : puisque la domination de l'anglais va reculer, la priorité devrait être donnée au plurilinguisme. La solution d'avenir ne consiste donc pas à ce que chacun parle seulement deux langues - la sienne et l'anglais - mais trois. Corollaire : la France dispose là d'un atout formidable puisque le français est, rappelons-le, la seule langue avec l'anglais à être pratiquée sur les cinq continents. Encore faut-il que nos élites en prennent conscience.
 
 
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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 06:00

Personnage mythique comme il y en eut peu dans l’histoire du XXe siècle, Eva Peron (María Eva Duarte de Perón), femme du président argentin, débarque un jour de juin 1947 à Madrid, en visite officielle. La chaleur est torride mais elle porte un vison. Ses autres effets sont dans un avion réservé à sa seule garde-robe. Mais autant elle aima paraître, autant elle réussit à faire.

 

Actrice de cinéma née en 1919 dans une petite ville à proximité de Buenos Aires, , elle épouse en 1945 le colonel Juan Domingo Perón. Á la cérémonie, ne manquaient que les généraux Tapioca et Alcazar.

 

Cette fille illégitime d’un propriétaire terrien fut motivée sa vie durant par une névrose de la revanche, tantôt prostituée, tantôt jouant des rôles secondaires dans des feuilletons de seconde zone. Mais celle en qui le peuple argentin se reconnaissait ne fut jamais une potiche. En 1943, elle est l’une des fondatrices du syndicat des travailleurs de la radiodiffusion. En 1943, elle joue pour les victimes d’un tremblement de terre. Le peuple se reconnaît en elle. Après son mariage en 1944, elle est la première épouse d’un homme politique à faire de la politique en luttant pour le droit de vote pour les femmes. « La femme argentine », dit-elle, « a surmonté la période des tutelles civiles. La femme doit affermir son action, la femme doit voter. La femme, ressort moral de son foyer, doit tenir sa place dans le complexe engrenage social du peuple. C’est ce qu’exige une nécessité nouvelle de s’organiser en groupes plus étendus et plus conformes à notre temps. C’est en somme ce qu’exige la transformation du concept même de femme, à présent que le nombre de ses devoirs s’est accru de manière sacrificielle, sans que dans le même temps elle ait réclamé le moindre de ses droits. »

 

 

Puis elle crée des colonies de vacances, elle favorise la pratique du sport dans les quartiers populaires. En 1949, elle fonde le Parti péroniste féminin qui comptera jusqu’à 500 000 membres en 1952 dans un pays de 16 millions d’habitants. Elle devient la voix des sans chemises (descamisados) pour qui elle fait construire des dispensaires, des maisons de retraite des foyers pour jeunes filles et pour orphelins, et pour qui elle assemble un train-hôpital de neuf wagons qui sillonne tout le pays. Elle distribue même des dentiers et des machines à coudre.

 

 

Après l’élection de son mari à la présidence de la République, elle fait distribuer trois millions de portraits du couple (dont l’officiel ci-dessous), sept millions de cartes postales, quatorze millions de brochures.

 

 

Femmes au pouvoir (14)

Un fort mouvement populaire souhaite qu’elle candidate à la vice-présidence. Le peuple voulait à tout prix qu’elle candidate à cette fonction, comme en témoigne un extraordinaire échange entre elle et une foule de sympathisants (source Wikipédia) : »

 

José Espejo (CGT) : 

 

Madame, le peuple vous prie d’accepter votre poste.

 

Evita : Je demande à la Confédération générale du Travail et à vous, au nom de l’affection que nous professons les uns pour les autres, de m’accorder, pour une décision d’une telle portée dans la vie de l’humble femme que voici, au moins quatre jours.

 

Peuple : Non, non, mettons-nous en grève ! Déclenchons la grève générale !

 

Evita : Camarades, camarades… je ne renonce pas à mon poste de combat. Je renonce aux honneurs. (Pleure). Je ferai, finalement, ce que décide le peuple. (Applaudissements et vivats). Croyez-vous que si le poste de vice-présidente avait été une vraie charge et que si j’avais, moi, été une solution, je n’aurais pas d’ores et déjà répondu oui ?

 

Peuple : Une réponse ! Une réponse !

 

Evita : Camarades, au nom de l’affection qui nous unit, je vous demande s.v.p. que vous ne me fassiez pas faire ce que je ne veux pas faire. Je vous le demande, à vous, comme amie, comme camarade. Je vous demande de vous disperser. (La foule ne se retire pas). Camarades, quand Evita vous a-t-elle trompés ? Quand Evita n’a-t-elle pas fait ce que vous désirez ? Je vous demande une seule chose, attendez jusqu’à demain.

 

Espejo (CGT) : La camarade Evita nous demande deux heures d’attente. Nous allons rester ici. Nous ne bougerons pas avant qu’elle ne nous ait donné la réponse favorable.

 

Evita : Ceci me prend au dépourvu. Jamais dans mon cœur d’humble femme argentine je n’ai pensé que je pouvais accepter ce poste… Donnez-moi le temps pour annoncer ma décision au pays à la radio.»

 

Mais elle renonce car elle sait sa santé déclinante.

 

 

Elle décéde le 26 juillet 1952, après d’atroces souffrances, des suites d’un cancer fulgurant du col de l’utérus (la première épouse de Juan Perón était morte de la même maladie). Pour qu’elle guérisse, des dizaines de messe furent dites dans toutes le pays et un cortège de plus de 1 000 camions roula pour elle. Elle avait 33 ans. Il lui est alors rendu un hommage sans précédent dans le pays. Son corps est embaumé et déposé au siège de la centrale syndicale CGT. Deux millions de personnes suivent son cercueil. À l’avènement de la dictature civico-militaire dite Révolution libératrice de 1955, son cadavre est enlevé, séquestré et profané, puis dissimulé durant seize ans.

 

Après sa mort, parait son livre Mi Mensaje (Mon message) dans lequel on peut lire :

 

« Je me rebelle indignée, avec tout le venin de ma haine, ou avec tout le feu de mon amour – je ne sais encore – contre le privilège que constituent encore les hautes sphères des forces armées et du clergé. Perón et notre peuple ont été frappés par le malheur de l’impérialisme capitaliste. Je l’ai vu de près à travers ses misères et ses crimes. Il se dit défenseur de la justice, tout en étendant les griffes de sa rapacité sur les biens de tous les peuples soumis à sa toute-puissance… Mais plus abominables encore que les impérialistes sont les oligarchies nationales qui se soumettent à eux en vendant ou parfois en offrant, pour quelques pièces de monnaie ou pour des sourires, le bonheur de leurs peuples. »

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24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 06:01

Laura, lycéenne française, raconte son vécu sur le site canadien du World Socialist Website :

 

« Le plus pesant est le manque de perspective d’amélioration de la situation alors que le gouvernement propose de laisser circuler le virus et de compter uniquement sur le vaccin pour essayer d’empêcher une hécatombe.

 

« On ne voit pas la fin du Covid. On se sent un peu impuissant face à cette situation, on est juste dans la pandémie et on essaie de s’habituer à ça parce qu’on n’a pas trop le choix. On est assez stressés par rapport à notre avenir, par rapport aux études supérieures, comment ça va se dérouler, si le gouvernement va s’adapter au fait qu’on est passé par une situation compliquée comme ça. On va être dans une situation délicate parce qu’on a des lacunes scolaires à cause du Covid. »

 

Elle ajoute : « C’est assez compliqué de revenir en cours et de rattraper tous les jours passés à la maison, parce qu’il n’y a pas de cours à distance. On a six cas contacts dans notre classe. Ils n’ont pas eu le Covid en même temps, alors ils ne reviennent pas en cours en même temps. Du coup le rattrapage, c’est difficile de le mettre en place. »

 

Laura a remarqué l’absence de toute intervention dans les lycées par les syndicats ou les partis politiques établis. Alors que le gouvernement et les directions des écoles font tout pour minimiser les reportages des cas, et ainsi justifier leur abandon des restrictions sanitaires pour laisser circuler le virus. Les jeunes se trouvent dans un flou absolu à propos d’informations essentielles sur ce virus. »

 

Revue de Presse 390

 

Ariane Chemin, dans Le Monde, rappelle l’action de Robert Badinter en faveur de la cause homosexuelle en 1982 : « Infliger des peines aux homosexuels, c’était révoltant. », avait dit le ministre.

 

« Cinq, quatre, trois, deux, un… » Dimanche 10 mai 1981, 20 heures. Le « gay tea dance » du Palace est lancé depuis plusieurs heures quand le visage du nouveau président, le socialiste François Mitterrand, apparaît sur un grand écran. Le patron de la célèbre boîte de nuit parisienne annonce lui-même la nouvelle au millier d’habitués qui se pressent dans la salle. Hurlements de joie. Des roses volent du balcon. On improvise La Vie en rose dans la version de Grace Jones. La fête durera jusqu’au matin.

 

Le prince des nuits homos parisiennes a-t-il senti le vent tourner ? Il affiche depuis quelques semaines un élan pour la gauche qu’on ne lui connaissait pas jusque-là et que ne partagent pas ses clients ou amis les plus en vue, comme le couturier Yves Saint Laurent ou l’homme d’affaires Pierre Bergé. Au Palace, la plupart des « rich and beautiful people » s’inquiètent des promesses de nationalisation ou de l’arrivée de ministres communistes. Ils redoutent surtout de futures hausses d’impôts. Le photographe Helmut Newton s’exilera le premier à Monaco, bientôt suivi par Karl Lagerfeld. »

 

 

Anti-K observe que la commission d’enquête du Sénat a été baladée par le milliardaire Bolloré : « L’essentiel étant que la commission n’aura presque rien dit sur l’empire de Françafrique de Bolloré qui est mais bel et bien l’un des milliardaires français dont la richesse s’est basée sur l’exploitation agricole et des infrastructures dans toute l’Afrique de l’Ouest depuis les années 90. Héritier de la Françafrique et des réseaux de Foccart et Pasqua, Bolloré en aura profité jusqu’au scandale de corruption révélé en 2018 autour des faveurs des dictatures locales à travers l’acquisition des ports de Lomé et Conaky en échange de son soutien aux dirigeants Alpha Condé et Faure Gnassingbé.

 

Bolloré s’inscrit totalement dans les sales affaires de la Françafrique et de tout une partie des grandes richesses françaises dont l’ensemble s’est construit sur la base du colonialisme. Comme le rappelait récemment un rapport de Survie.org, une partie importante du grand patronat français est héritière de la rente coloniale historique de la France en Afrique. C’est aussi dans le contexte de montée d’un sentiment anti-domination française et d’une remise en question de la domination par les grandes entreprises françaises dans la région qu’une partie de ce même patronat se radicalise en faisant la promotion d’une idéologie réactionnaire visant à s’attaquer à toute remise en question de l’impérialisme, du racisme ou de la domination française.

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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 06:00

De nombreux médias ont relevé les propos du banquier qui dirige la France en clôture. Du congrès de France Universités (ex Conférence des Présidents d’universités) : « « On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants, où un tiers des étudiants sont considérés comme boursiers et où pourtant nous avons tant de précarité étudiante, et une difficulté à financer un modèle beaucoup plus financé par l’argent public que partout dans le monde ».

 

 

Dans ReSPUBLICA, Évariste analyse la poussée de l’extrême droite en France : « Alors qu’une poussée de la gauche a lieu en ce moment en Amérique latine, le recul électoral de la gauche dans les pays développés est patent. Particulièrement en France, où même le parti socialiste ne parvient plus à jouer un rôle dans les élections nationales autre que celui de bouffon. L’abstention majoritaire des jeunes de moins de 35 ans et de la classe populaire ouvrière et employée, depuis 2017 à aujourd’hui, explique en grande partie la marginalisation des gauches et empêche celles-ci d’être un rempart face aux extrêmes droites et de porter le changement social et politique nécessaire.

 

Alors que l’immigration maghrébine des années 60 et le regroupement familial de 1976 n’avaient pas suscité de poussée de l’extrême droite, l’extrême droite s’est développée contre l’immigration maghrébine à partir du milieu des années 80 en France. 

 

La crise du profit démarrée à la fin des années 60 s’est transformée en crise néolibérale en France à partir du tournant de 1983. Aucun gouvernement n’a réussi à combattre cette crise, pire chaque gouvernement a développé cette crise. Nous allons sans doute vers une crise paroxystique globale. Une fois de plus, les forces du capital utilisent l’extrême droite qui instrumentalise l’immigration pour combattre les forces sociales populaires.

 

Le contrecoup est que même dans l’élite politique et syndicale, les éléments de la classe populaire ouvrière et employée (la moitié de la population française) ont été progressivement éliminés pour disparaître des radars médiatiques et même de la simple représentation. La moitié du peuple sans représentation ne gêne pas la bourgeoisie intellectuelle ! Comme le nez au milieu de la figure, il est pourtant visible qu’au moment de l’explosion du discours sur la nécessaire diversité, la moitié du peuple (la classe populaire ouvrière et employée) est exclue de toute représentation médiatique, dans les directions des organisations syndicales, politiques et associatives, et qu’une partie des couches moyennes intermédiaires subit un déclassement. Et on s’étonnera du mouvement des gilets jaunes…

 

La droite et l’extrême droite feront plus de 70 % des votants tant qu’une gauche n’aura pas compris qu’elle ne peut plus gouverner sans le vote massif de la classe populaire ouvrière et employée et d’une majorité des jeunes de moins de 35 ans ! 

 

C’est dans ce cadre qu’entre en lice le « wokisme » importé de la gauche identitaire étasunienne avec sa police de la pensée, sa compatibilité avec le capitalisme qui vise à tenter de substituer la lutte des identités à la lutte de classe comme axe prioritaire du développement social et historique. L’idéal pour les tenants du capitalisme, c’est de développer ces associés rivaux que sont les droites autoritaires, d’une part, et des identitaires de gauche et d’extrême gauche et de la gauche néolibérale, d’autre part. Cette dernière ayant abandonné la question sociale comme l’a théorisé Terra Nova en 2011.

 

Ce n’est pas l’arrivée subreptice de la gauche sociétale, « wokiste », néolibérale et anti-laïque qui sauvera la gauche ! La présentation médiatique de Christiane Taubira comme sauveuse de la gauche laisse songeur. Elle, qui a soutenu toute la politique antisociale de la présidence Hollande, est une des rares députés de gauche à avoir voté en 2004 contre le retour aux circulaires laïques du Front Populaire interdisant les signes religieux à l’école. Pire, lorsque le conseil départemental de la Guyane a souhaité que le conseil départemental ne paye plus les salaires de l’évêque et des prêtres catholiques comme dans 96 autres départements français, elle a demandé au procureur l’application de l’ordonnance de Charles X de 1828 donnant ce privilège à la seule Église catholique !

 

 

Revue de Presse 389
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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 06:07

 

Passe sanitaire ou licenciement ? Élisabeth Borne veut lancer une nouvelle offensive contre le monde du travail, selon le site Anti-K :

 

« Le passe vaccinal annoncé par Jean Castex vendredi dernier à l’issue d’un énième conseil de défense, constituait déjà une nouvelle offensive contre les non-vaccinés, renforçant l’autoritarisme sanitaire du gouvernement. Depuis, Olivier Véran a mis sur la table une nouvelle mesure envisagée par le gouvernement, un passe sanitaire en entreprises. La 3 janvier, la Ministre du travail Élisabeth Borne convoquait les organisations syndicales et patronales à une réunion en visioconférence pour en discuter.

 

Ce passe sanitaire en entreprise constitue une véritable attaque contre l’ensemble du monde du travail puisque la mesure consiste à menacer de sanctions, notamment de suspension, les salariés qui n’auraient pas de passe sanitaire à jour : « On ne peut pas empêcher les gens de travailler s’ils ne sont pas vaccinés, mais on peut exiger d’eux qu’ils fassent un test », a précisé le ministre de la Santé. Une façon donc d’étendre à l’ensemble des salariés l’obligation de présenter un passe sanitaire à laquelle sont déjà soumis quelques « 2 millions d’employés travaillant dans les hôtels, bars et restaurants », et donc en contact avec du public, précise Libération. Une façon aussi d’imposer, sous peine de sanctions, la vaccination, puisque la durée de validité des tests a été réduite à 24h et qu’ils constituent un coût plus que conséquent pour les non-vaccinés. »

 

 

Le World Socialist Website revient sur la tentative de coup d’État fasciste du 6 janvier 2021 à Washigton.

 

1. Le 6 janvier a été un tournant et un événement unique dans l’histoire américaine. Il s’agissait d’une tentative en règle du président de renverser l’élection afin de rester au pouvoir et d’établir une dictature personnaliste.

 

2. Cette tentative a presque réussi. La tentative de coup d’État a été extraordinairement proche de réussir à renverser l’élection. Elle a échoué entièrement en raison d’erreurs d’organisation, d’inexpérience et, dans certains cas, d’accidents purs et simples.

 

3. Aucune institution de l’establishment politique ne s’est activement opposée à la tentative d’instaurer une dictature. La police était intentionnellement en sous-effectif et fraternisait souvent avec la foule. L’armée a refusé d’intervenir pendant 3 heures, offrant à Trump une fenêtre pour agir. Le Parti démocrate a refusé de lancer un appel à la population pour s’opposer au coup d’État, de peur de déclencher une explosion de l’opposition sociale.

 

4. Le danger de la dictature demeure bien réel. Les tentatives de minimiser les événements du 6 janvier facilitent les préparatifs en cours de Trump pour de futurs complots.  

 

Le site Initiative Communiste rappelle que le 15 JANVIER marquera le 400ème anniversaire de la naissance de Molière. Il soutient l’initiative de l’association COURRIEL pour la résistance au tout-globish. Ursula von der Leyen fait illégalement de l’anglais la langue de travail unique des institutions européennes. L e tout-globish de la mondialisation capitaliste se substitue de jour en jour à la langue de la République avec la complicité de Macron et des euro-gouvernements successifs. Rivale pseudo-patriote de Macron, Valérie Pécresse est une militante du globish et une adversaire déterminée du français, qu’elle déclare « en déclin ». Ne parlons pas d’Hidalgo qui a « vendu » la candidature de Paris aux J.O. en badigeonnant la Tour Eiffel de slogans débiles en globish. Étant donné qu’aucun des candidats de gauche médiatiquement répertoriés ne lève le petit doigt pour défendre notre langue (on se souvient du tonitruant « PCF IS BACK » de Fabien Roussel…), l’avenir de cette dernière est entièrement dans les mains des militants du mouvement populaire.

 
Revue de Presse (388)

 

Á propos de son film Twist à Bamako, Robert Guédiguian, dans L’Humanité,  estime qu’il faut redécouvrir ce qui s'est passé au Mali vers 1960. Un souci d'émancipation, et cette voix particulière de développement pour l'Afrique. Une voix envisagée d'ailleurs par les plus rêveurs de ceux qui portaient ce mouvement, ceux qui étaient favorable à ce mouvement socialiste, comme pouvant être un exemple pour le monde. Ce rêve-là, il faut le redécouvrir, parce qu'il pourrait encore rendre pas mal de services aujourd'hui. Je crois qu'il est toujours aussi nécessaire aujourd'hui, on l'a un peu oublié, mais on peut l’assimiler, de manière critique bien sûr. Il faut en garder l'essentiel, c'est à dire le partage, le sens du collectif et le sens de la fête.

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8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 06:00

Comme un enfant de cinq ans qui donne des grands coups de pied dans une porte qui ne veut pas s’ouvrir, le banquier ne supporte pas l’obstacle, la contradiction.

 

L’extrême violence de la police à ses ordres – qui a utilisé des armes de guerre contre des manifestants Gilets-jaunes, ne l'oublions jamais – ne fut (n’est, ne sera ?) que la traduction de son désarroi face à une expression collective hostile qu’il n’avait pas envisagée.

 

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder » est la dernière des petites phrases assassines sorties de la bouche d’un individu en perpétuelle recherche d’équilibre, et que certains vont jusqu’à qualifier de psychopathe. Mais il s’agit de psychologues étrangers qui ne risquent rien.

 

Alors, récapitulons ce florilège indigne tout en violence, en mépris pour ceux qui s’opposent, mais aussi pour ses soutiens lorsqu’ils ne sont pas assez empressés.

 

En juin 2017, à Mayotte, une île lointaine peuplée de gens sans aucune sensibilité, peut-on penser, il compare les migrants comoriens à des animaux : « « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent ».

 

Toujours en juin 2017, tombe de sa bouche, à la surprise générale, la tristement célèbre (et meurtrière si on y réfléchit bien) métaphore de la gare « un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien ».

 

En août 2017, il s’en prend – à l’étranger – à la France dans sa globalité en pensant accéder aux « rêves de Français » qu’il croit connaitre, lui le petit-bourgeois du quartier chic d’Henriville à Amiens : « La France n’est pas un pays réformable. Beaucoup ont essayé et n’y ont pas réussi, car les Français détestent les réformes. Transformer le pays en profondeur pour retrouver le destin qui est le sien, ça, c’est un combat qui fait rêver les Français ».

 

En septembre 2017, il s’en prend aux « fainéants » qui, on le sait depuis le XIXe siècle, sont responsables du chômage car ils ne veulent pas travailler : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ».

 

En octobre 1917, il s’en prend à des syndicalistes CGTistes qui accompagnent des salariés licenciés (pour lui, un adhérent de ce syndicat doit être un alien extrêmement malfaisant) : « Certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas ».

 

En juin 2018, dans une vidéo, il déplore qu’on mette « un pognon de dingue dans les minima sociaux » et que « les gens pauvres restent pauvres »« On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. » Ah, si l’on pouvait gouverner par des « trucs », comme au Café du Commerce…

 

Lors de l’affaire Benalla – qui s’éternise sûrement parce que la Justice veut la décortiquer à la perfection – le banquier éborgneur attaque ceux qui doutent devant ses propres godillots LREM : « On ne peut pas être chef par beau temps et vouloir s’y soustraire lorsque le temps est difficile. S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher. Et ce responsable, il répond au peuple français, au peuple souverain ».

 

Deux mois plus tard, dans les jardins de l’Élysée, chez lui donc, il suggère à un chômeur horticulteur de rechercher un emploi dans l’hôtellerie, les cafés et la restauration. Et il a le front d’ajouter qu’en traversant la rue il va lui trouver du travail.

 

Á la même époque, il critique, à l’étranger, les Français « Gaulois réfractaires au changement ».

 

Je l’ai dit et redit, mais quand je pense à la distinction naturelle avec laquelle sa grand-mère s’exprimait, mes bras ballent. Sacré retour du refoulé chez cet enfant choyé…

 

La violence verbale d’un enfant d'Henriville devenu banquier éborgneur et emmerdeur
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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 06:00

Un dossier remarquable sur « la gauche qui perd « : « Pour la gauche européenne, c’est l’hiver. Loin des espoirs suscités par leurs débuts, les nouvelles formations critiques envers la social-démocratie, Podemos en Espagne et Die Linke en Allemagne, sont elles aussi affaiblies, tandis qu’en Italie la disparition du Parti communiste, en avril 1991, a laissé le camp progressiste sans boussole . Incapable d’écouter les aspirations populaires et de tirer profit du mécontentement général, la gauche s’enferme souvent dans un discours où le pathos le dispute à la mièvrerie. Elle espère ainsi rassembler grâce à une rhétorique consensuelle des groupes sociaux que dorénavant tout sépare.

 

On a tort de considérer comme acquis, incontournable, le célèbre logiciel Pronote qui a révolutionné la vie des élèves, et aussi des enseignants (Luvie Tourette) : « Utilisé dans plus de deux établissements du second degré sur trois, le logiciel de gestion de la vie scolaire Pronote rend bien des services aux familles et aux communautés éducatives, notamment pour affronter les dernières réformes du lycée. Mais, en faisant de l’immédiateté la norme, il change aussi les métiers en profondeur, ainsi que les relations entre parents, élèves et enseignants. »

 

Pour Ian Urbina, la Libye est un garde-chiourme de l’Europe face aux migrants : « Pour qu’ils retiennent à tout prix les migrants, le Vieux Continent subventionne grassement les pays du pourtour méditerranéen à qui il a délégué le contrôle de ses frontières. Un reportage mené en Libye dans les conditions les plus difficiles dévoile la face cachée de cette hypocrisie. »

 

Le Diplo reprend une conférence de Pierre Bourdieu intitulée “ Imposer une vision du monde ” : « Le  champ politique, le champ des sciences sociales et le champ journalistique sont trois univers sociaux relativement autonomes et indépendants, mais qui exercent des effets les uns sur les autres. Lors d’une soirée électorale à la télévision par exemple, ces champs sont présents, mais sous la forme de personnes. Un historien connu commentera les résultats, à côté d’un journaliste et du directeur de l’Institut des sciences politiques, membre du champ académique et du champ des sciences sociales à travers les instituts de sondage auxquels il donne par ailleurs des conseils. On pourrait faire une description interactionniste, c’est-à-dire limitée aux interactions entre les gens, ou une analyse de discours portant sur la rhétorique employée, les procédés, les stratégies, etc. »

 

Que se passe-t-il en Transnistrie (Loïc Ramirez) ? : « Si un étranger me le demande, je réponds que je suis de quelque part entre l’Ukraine et la Moldavie », rétorque avec malice Mme Loudmila Kliouch. Une tasse de café entre les mains, cette jeune femme de 36 ans sait que prononcer le nom du pays où elle vit laisserait perplexe n’importe lequel de ses interlocuteurs étrangers. Enseignante de français, elle habite Tiraspol, la capitale de la Transnistrie, ce « quelque part » si méconnu. Appelé officiellement République moldave du Dniestr (ou Pridnestrovie), ce proto-État situé dans la partie orientale de la Moldavie, entre le fleuve Dniestr et la frontière ukrainienne, n’est reconnu par aucun membre des Nations unies. […] La Transnistrie est revenue au centre de l’actualité après l’élection, le 16 novembre 2020, de la très europhile Maia Sandu à la présidence de la République de Moldavie (avec 57 % des suffrages), un résultat conforté huit mois plus tard par des élections législatives remportées par sa formation, le Parti action et solidarité (PAS), avec 48 % des voix. Cette ancienne économiste, passée par la Banque mondiale, s’est illustrée dès sa prise de fonctions par un regain d’hostilité à l’égard du voisin sécessionniste. »

 

Selon Christine Lévy, les Japonaises ne veulent plus se taire : « Le triomphe du Parti libéral-démocrate au Japon lors des élections législatives d’octobre 2021 s’accompagne d’une défaite du féminisme, avec un recul du nombre de femmes députées. Pourtant, à la faveur du mouvement #MeToo, les bouches s’ouvrent, les mobilisations se nouent. Mais celles-ci ne franchissent pas encore les portes des entreprises ni des assemblées élues. C’était la première fois que la loi de 2018 « pour promouvoir la participation commune des hommes et des femmes dans le domaine politique » – c’est son nom – s’appliquait à un scrutin législatif. Pourtant, les élections du 31 octobre 2021 se sont soldées par un recul de la proportion de femmes élues à la Chambre des représentants : 45 députées sur 465 sièges, contre 47 quatre ans plus tôt. Le Japon se traînait alors au 164e rang (sur 190 pays) du classement de la parité en politique.Les féministes japonaises avaient réclamé que cette loi inscrive l’obligation d’atteindre une « répartition équitable des candidatures d’hommes et de femmes ».Mais elles se sont heurtées à l’opposition ferme des députés de droite. et la version ratifiée se contente de demander aux partis de faire « autant d’efforts que possible ».

Le Monde Diplomatique (270)

Peut-on désormais penser que tout commence au Chili (Franck Gaudichaud) ? : « Avec presque 56 % des voix, le candidat de gauche Gabriel Boric vient de remporter l’élection présidentielle contre M. José Antonio Kast, nostalgique de la junte d’Augusto Pinochet. Âgé aujourd’hui de 35 ans, M. Boric deviendra le plus jeune président de l’histoire de l’Amérique latine lorsqu’il prendra les rênes de l’État, le 11 mars 2022. Alors, tout restera à faire… »

 

Pour Lakhdar Benchiba et Omar-Lofti Lahlou, on assiste à un bras de fer entre le Maroc et l’Algérie : « Entre Alger et Rabat, le temps de la cohabitation dans l’indifférence semble révolu. La question du Sahara occidental, jamais résolue depuis 1975, envenime de nouveau les relations entre les deux poids lourds du Maghreb. À cela s’ajoute le rapprochement du royaume chérifien et d’Israël, que les autorités algériennes considèrent comme une menace militaire directe contre leur pays. »

 

Be,njamin Lemoine assiste au retour des maîtres chanteurs de la dette : « Candidate du parti Les Républicains, Mme Valérie Pécresse promet de ramener la dette publique française à 100 % du produit intérieur brut. Reviennent ainsi les appels à mettre en place de nouveaux « comités de la hache » pour tailler dans les dépenses publiques, au moment même où les interventions de la Banque centrale européenne réduisent à néant le pouvoir de nuisance des créanciers privés. »

 

Romain Cruse décrit le kaléidoscope antillais : « Fin décembre, les manifestations contre l’obligation vaccinale imposée aux personnels soignants se poursuivaient en Guadeloupe dans le cadre du mouvement social qui balaie les Antilles françaises depuis le mois de novembre 2021. La diversité des revendications et la détermination des protestataires illustrent la profondeur de la crise que traversent ces territoires ultramarins. »

 

Tout schuss : la Chine est le plus grand marché de skieurs débutants : « La Chine a parfois du retard, mais quand les dirigeants et les hommes d’affaires s’y mettent la donne change rapidement. Les sports d’hiver n’existaient pratiquement pas en 1995 ; à l’orée des Jeux olympiques, qui s’y dérouleront en février, le pays totalise près de huit cents stations. Les plus importantes pistes de ski sont couvertes et peuvent accueillir simultanément trois mille pratiquants. »

 

Pascal Bouaziz réfléchit sur la condition de l’artiste aujourd’hui (« je suis un luxe ») : « Qu’est-ce que la vie professionnelle d’un artiste qui est fêté par les critiques et a ses fervents, mais que les radios et télévisions ignorent ? Quelles interrogations, intimes, sociales, politiques, suscitent les limites du succès d’estime ? Un chanteur estampillé « de qualité » en rend compte de l’intérieur. »

 

Allons de ce pas côté cour observer, avec Ma       rie Bénilde, Vincent Bolloré : « Fin 2021, alors qu’un chroniqueur d’extrême droite de la chaîne CNews devenait le candidat du groupe Bolloré à l’élection présidentielle, l’establishment a paru s’étonner qu’un pilier du capitalisme français soutienne ouvertement des thèses aussi réactionnaires. C’est peu dire que le couple formé par MM. Éric Zemmour et Vincent Bolloré embarrasse les élites économiques : à l’opposé d’une extrême droite arriérée contre laquelle il est confortable de se mobiliser, ce tandem personnifie une bourgeoisie conservatrice, raffinée et brutale. Mais assurément moins tapageuse que ses deux porte-flamberge, dont les inclinations politiques proclamées sans détour indisposent l’univers des possédants. Pour la classe dirigeante, l’année 2022 débute par une équation insoluble : comment critiquer Zemmour-Bolloré sans s’éclabousser soi-même ?

 

Célébré par la presse et par ses pairs sous les atours successifs du « petit prince du cash-flow » dans les années 1980 et 1990, de l’industriel « audacieux » et « visionnaire » dans la décennie 2000, du repreneur d’entreprises en vue puis du conquérant d’Afrique, le milliardaire gravite de longue date, tout comme son chroniqueur, à l’intersection des galaxies économique, politique et médiatique. Tous deux se disent marginaux en squattant les positions de pouvoir. D’un côté, le magnat des médias, qui étend son influence à travers les rachats de Havas, Editis, Canal Plus, Prisma et désormais Lagardère-Hachette, incarne un patronat soucieux de s’adapter à la mondialisation en liquidant le service public et en quadrillant l’édition. De l’autre, le journaliste du Figaro Magazine, diplômé de Sciences Po, qui porte depuis deux décennies la voix d’une droite autoritaire et misogyne, dépeignait déjà l’exilé en « envahisseur » le samedi soir sur France 2, sur le plateau de la chaîne i-Télé de l’ère pré-Bolloré ou sur RTL avant sa reprise par M6.

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