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19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 05:08

Dans Res Publica, Zora Ramdane et Bernard Teper dénoncent les  violations et autres accommodements avec la loi de 1905 sur la laïcité : « La loi promulguée le 9 décembre 1905 a été violée de nombreuses fois, soit par des modifications de la loi elle-même, soit en application de la hiérarchie des normes de l’ordre juridique avec une loi postérieure. Et grâce à cela, la plupart  des édifices religieux construits ces dernières années ont été subventionnés par de l’argent public et cela pour les quatre principaux cultes. Au moins deux cathédrales catholiques, un temple évangélique de sept étages, des mosquées musulmanes et des synagogues juives. Ainsi, le discours de certaines associations « Pas touche à la loi de 1905 » ne provoque qu’éclats de rire des lobbies religieux. Car depuis des années, les cadeaux que constituent des baux emphytéotiques quasiment gratuits et l’abandon la distinction entre cultuel et culturel dans les financements ont créé des « trous dans la raquette » … Et ils ajoutent que « Jamais dans l’histoire, il n’y a eu une avancée laïque sans avancée sociale. Plus encore, les avancées ou les reculs s’effectuent en même temps sur le social et le laïque. De ce fait, toutes les actions ne portant que sur la laïcité n’ont au mieux aucune chance d’aboutir ! »

 

 

L’Humanité nous invite à signer une pétition pour qu’Ambroise Croizat entre au Panthéon : « Il y a cent vingt ans ans, le 28 janvier 1901, naissait Ambroise Croizat. La France lui doit l’une de ses plus belles créations collectives : la Sécurité sociale. Il en fut la cheville ouvrière et le principal bâtisseur, en tant que ministre du Travail au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans le respect du programme du Conseil national de la Résistance. ­Depuis lors, des générations de citoyens ont eu la chance de bénéficier d’une ­couverture sociale ­exceptionnelle. Il faut bien mesurer l’œuvre ­civilisatrice d’Ambroise Croizat pour ce qu’elle est : une étape fondamentale, révo­lu­tionnaire, dans la ­recherche d’une vie meilleure qui a toujours animé l’humanité.

 

L’objectif d’Ambroise Croizat était de briser l’angoisse du lendemain, de la maladie ou de l’accident de travail. Sa volonté, sa vision étaient de ne plus faire de la retraite l’antichambre de la mort, mais bien une nouvelle étape de la vie. Notre pays doit à ce militant communiste la générali­sation des retraites, les comités d’entreprise, la médecine du travail, la reconnaissance des maladies professionnelles, la prime prénatale… En tant que député du Front populaire, dès 1936, il avait déjà pris une part considérable dans l’instauration des congés payés, des conventions ­collectives et de la ­semaine de quarante heures.

 

 

Dans Le Grand Soir, Gilles Questiaux réfléchit à l’abstention massive lors des dernières élections : « Je ne crois pas que l’abstention massive soit une forme de protestation, et c’est dommage car dans ce cas la révolution serait au coin de la rue, mais c’est le signe de l’épuisement du récit idéologique libéral/républicain qui justifie le consentement des opprimés depuis deux siècles au moins. C’est donc la promesse de grands bouleversements, mais à plus long terme. Voter tout les cinq ans pour des menteurs qui ne proposent aucune alternative et qui ne rendent jamais de comptes. Lire les articles suscités par les propriétaires des médias ou écrits pour leur plaire. Participer aux débats hystériques et superficiels qui animent la vie « démocratique ». Participer à des guerres non déclarées sans même le savoir. Donner son avis sur des questions sans intérêt pour le peuple. Donner aux délinquants organisés toutes les protections juridiques imaginables et livrer la société à la violence. Les droits de l’homme n’ont jamais été des droits que pour les élites bourgeoises et aristocratiques.

 

Le contrôle de la politique par le capital est sous-évalué, considéré à la fois comme un mythe et comme un lieu commun, et minimisé à l’extrême quand il est reconnu (le tout souvent dans les mêmes publications). Il paraît que « ce qui explique tout n’explique rien ». Mais la vérité, c’est qu’il n’y a plus rien à expliquer. Les débats contradictoires internes à la bourgeoisie sont le jeu du pouvoir bourgeois et sa manière de réguler les ambitions. C’est dans cette succession des vagues éphémères de l’idéologie, « toujours la même histoire » où les hordes de parasites se bousculent au sommet d’une structure réelle inchangée, en invoquant des prétextes à leur course de rats qui ne valent pas mieux que les débats byzantins sur le sexe des anges (et tous les autres débats picrocholins réhabilités dans la culture post-moderne). »

 

 

Le magazine Gala est toujours à la pointe de la réflexion politique : « L'élégance à la française. Ce mercredi 14 juillet, Brigitte Macron a assisté, au côté du président de la République,  au défilé militaire du 14 juillet à Paris. Une fois encore, la Première dame a misé sur une robe très épurée pour l'occasion. Mais contrairement à l'an passé, l'ourlet de sa tenue est cette fois tombé en dessous du genou. Qu’importe, l’épouse d’Emmanuel Macron a rivalisé d'élégance dans la tribune présidentielle, en arborant une robe midi bleu pastel, plissée pour un effet plus volumineux. Pour compléter son look, elle a opté pour ses chaussures fétiches : une paire d'escarpins assortie à sa tenue. »

 

Revue de Presse (363)
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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 06:44

 

 

Depuis plusieurs années, je regarde la série suédoise Maria Wern, du nom d’une commissaire de la police criminelle de l’île de Gotland. D’une surface de 3 000 kilomètres carrés, cette île  est située dans la mer Baltique. Elle compte 58 000 habitants. Á Visby, la plus grande ville, habite environ la moitié des habitants de l’île. Maria Wern n’est pas la seule série tournée dans cette île où les étés sont lumineux et doux (23°). Un peu comme si on tournait une longue série policière à Belle-Île-en-Mer. Maria Wern a connu un fort succès en Suède de 2008 à 2018. Elle est diffusée par Polar+ et la RTS depuis le 18 février 2018.

 

En écarquillant bien les yeux, on croise de temps en temps, dans cette série, des personnes qui ne sont pas d’origine scandinave. Or la Suède compte 15% d’immigrés. Nous évoluons au sein de classes moyennes tranquilles, financièrement à l’aise sans être riches, un peu comme à Belle-Île-en-Mer ou dans l'île de Ré. La paix sociale est troublée, non par des revendications politiques ou syndicales, ou encore des attentats terroristes (plus de 200 explosions ont eu lieu depuis 2015 en Suède, visant principalement des commerces à l’aveugle) mais par des crimes crapuleux commis par des individus dérangés.

 

Il n’apparaît à aucun moment que le modèle suédois puisse être en crise. Il faut prêter attention à de furtives allusions concernant le manque d’effectifs dans la police – couplé au recrutement d’intérimaires – ainsi que dans les services de santé, des directeurs d’hôpitaux étant amenés à sélectionner les malades qui seront opérés.

 

Loin de la douce quiétude de la représentation de Gotland proposée dans Maria Wern, le pays connaît de sérieuses difficultés depuis quarante ans. Et ce sont les socio-démocrates, au pouvoir depuis des dizaines d’années qui, à l’écoute des tristement célèbres “ Chicago Boys ”, ont impulsé des contre-réformes qui ont fait très mal aux classes moyenne et ouvrière.

 

L'inflation fut jugulée mais les marchés du crédit et des capitaux furent déréglementés. Le plein emploi cessa d'être un objectif, le PIB chuta de 4% et les contribuables durent de mettre la main à la poche pour renflouer les banques. Les méthodes de l'entreprise privée furent imposées dans les services publics. Pour complaire aux riches, on réduisit fortement l’impôt sur les successions. En 2017,  le 1% des Suédois les plus riches détenait 42% de la richesse des ménages contre 18% en 2002. La classe ouvrière fut fragmentée, le travail délocalisé. En 1982, les ouvriers de l’industrie représentaient 20% de l’électorat suédois. En 2014, ils ne représentaient que 9%. Dans le paradis de la social-démocratie, les inégalités augmentèrent davantage que dans les autres pays de l'Europe de l’Ouest. Le parti social-démocrate négocia en secret une contre-réforme des retraites avec les partis de droite en 1998. Aujourd'hui, la situation des retraités est pire que celle des retraités de l'Union Européenne. En 2018 les socio-démocrates récoltèrent moins du tiers des suffrages ouvriers contre 70% pour la droite. Le Parti de gauche suédois, équivalent de la France Insoumise, est devenu le quatrième parti suédois avec 8% des votes.

 

Alors, me direz-vous, qui est responsable de ce marasme social ? C’est simple : tout le monde. La Suède est un pays dont la démocratie formelle est quasi parfaite, de sorte qu’à tout moment un vote populaire pourrait balayer la classe politique complice de la Finance et du grand Patronat.

 

Cela arrivera peut-être un jour mais, pour l’instant, il faut se contenter de l’eau de rose de l’exemplaire policière Maria Wern.

La Suède de Maria Wern
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6 juillet 2021 2 06 /07 /juillet /2021 04:50

Serge Halimi envisage une possible embellie pour la France : « Les dix prochains mois de la vie politique française seront-ils rythmés par une avalanche de faits divers susceptibles d’entretenir une panique sécuritaire et par des injonctions dramatiques à « faire barrage » à une extrême droite propulsée par ce climat de peur ? Un tel enchaînement n’est pas une fatalité. L’élection présidentielle de 2022 n’est plus écrite d’avance. Ses deux finalistes présumés, Mme Marine Le Pen et M. Emmanuel Macron, sortent en effet affaiblis des scrutins régionaux qui viennent de se conclure. Les gigantesques erreurs de pronostic des sondeurs devraient conduire à se défier de leurs prévisions dans les semaines qui viendront.

 

Certes, le taux d’abstention exceptionnel (66,72 % à l’issue du premier tour) vaut condamnation d’un découpage territorial arbitraire autant qu’incompréhensible. Mais la grève des électeurs exprime aussi le dégoût d’une campagne politique qui a pataugé dans les bas-fonds de la démagogie d’extrême droite au point de laisser penser que les grands enjeux du moment étaient la sécurité, la délinquance et l’immigration, trois domaines qui échappent par ailleurs largement à la compétence des régions. En dépit de ce conditionnement entretenu par les médias et propre à gonfler les voiles du Rassemblement national afin de pouvoir ensuite célébrer son adversaire du second tour au printemps prochain, le parti de Mme Le Pen perd plus de la moitié de ses suffrages par rapport au scrutin analogue précédent (2 743 000 voix, contre 6 019 000 en décembre 2015). Un tel résultat ne témoigne pas vraiment d’une poussée fasciste en France susceptible d’obliger chacun à venir se blottir comme une brebis apeurée autour du bon berger de l’Élysée.

 

 

 

Pour Benoît Bréville la forte abstention aux dernières élections signifie l’extraordinaire défiance des Français vis-à-vis de l’Europe : « Vos régions, on n’en veut pas ! »

 

En 2015, les nouvelles régions françaises sont apparues parées de toutes les vertus : plus efficaces et compétitives, moins coûteuses et bureaucratiques, elles devaient redonner sens à la politique locale. Las ! Elles auront fêté leur sixième anniversaire avec une abstention record, jamais observée sous la Ve République. Comment expliquer ce fiasco démocratique ?

 

 

 

Que reste-t-il du communisme en Chine, demande Jérôme Doyon : « Hier honnis, les capitalistes sont accueillis à bras ouverts au sein du Parti communiste chinois. À condition qu’ils respectent certaines conditions, et qu’ils fassent allégeance à une organisation qui, désormais, compte plus de cadres que d’ouvriers. Alors qu’il fête ses 100 ans, le Parti communiste chinois (PCC) est-il devenu capitaliste ? Quarante ans après les réformes de libéralisation économique lancées par Deng Xiaoping, plus de 800 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, et l’État-parti est désormais à la tête de la deuxième économie mondiale — ou même la première si l’on calcule en parité de pouvoir d’achat —, avec 18 % du produit intérieur brut (PIB) global. L’introduction de l’économie de marché et l’accélération de la croissance sont allées de pair avec une augmentation exponentielle des inégalités : le coefficient de Gini, qui en mesure l’ampleur, a grimpé de quinze points entre 1990 et 2015 (dernier chiffre connu).

 

 

 

Mais si, mais si : selon Alain Deneault, les multinationales payeront (un peu) : « Trop timide ! Trop dépendant du bon vouloir de Washington ! Trop susceptible d’être balayé par une autre administration ! Les raisons de railler l’impôt universel sur les sociétés défendu par le président américain Joseph Biden ne manquent pas. En dépit de ses défauts, la mesure opère toutefois une bascule politique déterminante : elle prive les multinationales de la fiction qui les plaçait au-dessus des lois. »

 

 

 

Pour Laura-Ma Gaveriaux et Noé Hochet-Bredin, « Le Tigré est victime de la réconciliation entre l’Éthiopie et l’Érythrée

 

Repoussées depuis un an, les élections législatives éthiopiennes se sont déroulées le 21 juin dans tout le pays, sauf au Tigré. Depuis novembre 2020, cette région autonomiste est ravagée par une guerre d’une rare violence contre les civils. L’implication – d’abord tenue secrète – de troupes érythréennes dans les combats illustre le nouveau jeu politique et diplomatique d’Addis-Abeba. »

 

 

 

Selon Pierre Puchot, en Afrique su Nord, on informe à ses risques et périls : « Cible des autorités algériennes et marocaines, qui n’hésitent pas à instrumentaliser la justice pour les museler, les journalistes sont en première ligne dans la lutte pour la démocratisation de leurs pays. Au Maroc, deux procès illustrent cet affrontement. En Tunisie, malgré la révolution de janvier 2011 et la fin de la censure instaurée par l’ancien régime, le paysage médiatique peine à se structurer. »

 

 

 

Pourquoi le régime syrien a-t-il survécu, demande Adrien Cluzet : « En dix ans, le conflit qui a ravagé la Syrie a fait 500 000 morts et 12 millions de déplacés. Donné pour perdu au printemps 2011, le président Bachar Al-Assad a été sauvé par les interventions militaires de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Sa survie doit aussi beaucoup à la solidarité clanique au sein de sa communauté, les alaouites, et au contrôle absolu exercé par sa famille sur la société et l’État. »

 

 

 

Maëlle Mariette et Franck Poupeau se demandent s’ils faut, en Amérique latine, s’en prendre aux mines ou à l’État : « Confrontés à l’hostilité des conservateurs, les dirigeants latino-américains de gauche se sont également heurtés à une autre opposition : celle de militants et d’intellectuels se présentant comme « progressistes » qui leur reprochent de pérenniser le modèle économique d’antan. À commencer par la poursuite de l’exploitation des ressources naturelles : un extractivisme qui transformerait l’État en prédateur.»

 

 

 

Pour Daniel Finn, le Brexit a rapproché les deux Irlandes : « Des émeutes ont éclaté en Irlande du Nord au cours du printemps 2021, notamment dans les quartiers unionistes, fidèles à Londres. Depuis le vote en faveur du Brexit, en 2016, la nation nord-irlandaise se trouve au centre des négociations avec Bruxelles. Avec un grand vainqueur : le camp favorable à la réunification, dont les espoirs ont été ravivés par la rouerie du premier ministre Boris Johnson. »

 

 

 

Kristen R. Ghodsee revient sur le rôle joué par les « grands-mères rouges » du mouvement international des femmes : « En dépit d’une actualité éditoriale prolifique, l’histoire du féminisme a ses angles morts. La contribution des pays de l’ancien bloc de l’Est n’y est par exemple que rarement mentionnée. Pourtant, l’alliance que nouèrent leurs organisations de femmes avec celles des anciennes colonies du Sud a joué un rôle majeur dans les progrès de l’égalité entre les sexes dans le monde. Si vous êtes une femme qui vit et travaille en Occident aujourd’hui, vous ne connaissez certainement pas le nom des Bulgares Elena Lagadinova et Ana Dourcheva, ou des Zambiennes Lily Monze et Chibesa Kankasa, à qui vous devez pourtant une partie de vos droits. Si vous n’avez jamais entendu parler d’elles, c’est parce que les vainqueurs de la guerre froide ont gommé de leur récit les nombreuses contributions des femmes du bloc de l’Est et des pays du Sud au mouvement féministe international. Le triomphalisme de l’Occident après la disparition de l’Union soviétique a effacé des mémoires tout héritage positif associé à l’expérience socialiste. Celle-ci est désormais réduite à l’autoritarisme, aux files d’attente devant les boulangeries, au goulag, aux restrictions de voyages à l’étranger et à la police secrète. »

 

 


 

Le Monde Diplomatique (254)

 

Pour Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, la gauche est une idée neuve dans les Balkans : « Depuis la fin de la Yougoslavie, le débat politique se réduisait dans les Balkans à un affrontement entre nationalistes et libéraux. Désormais, une gauche anticapitaliste émerge pour la défense des biens communs et contre des inégalités croissantes. La coalition de la gauche verte vient de remporter la mairie de Zagreb, tandis qu’une gauche souverainiste gouverne au Kosovo.

 

 

 

Selon Geneviève Clastres, les vacances pour tous sont une utopie qui s’éloigne : « Les confinements ont exacerbé le besoin de grand air, auquel répondent des offres commerciales abondantes pour une clientèle favorisée. Mais une part considérable de la population en reste exclue. Les dispositifs créés pour permettre le départ en vacances du plus grand nombre sont affaiblis, à l’image des activités sociales et culturelles des comités d’entreprise, rognées par l’espace marchand. Jusqu’à la Libération, les « œuvres sociales » des entreprises restaient à la discrétion des employeurs, dans un esprit paternaliste. La création des comités d’entreprise (CE), entre 1945 et 1946, a permis de confier à une instance élue par les travailleurs les actions sociales, sportives ou culturelles financées par une quote-part de la masse salariale dans les sociétés de plus de cinquante salariés. Mer, montagne, campagne : des millions de Français ont pu partir en vacances grâce à ces structures, favorisées au départ par la nationalisation des grandes entreprises. »

 

 

 

Laura Raim dénonce l’arnaque des entreprises responsables : « Régulièrement, l’idée revient : dresser le loup pour qu’il se comporte en chien de berger. En dépit des échecs systématiques, l’espoir renaît, chaque fois accompagné de nouvelles méthodes, plus efficaces. Ainsi de l’idée de créer des « entreprises à mission », supposées apaiser les antagonismes sur le lieu de travail et faire communier actionnaires, patrons et salariés dans la paix sociale. « Vous venez de déboulonner la statue de Milton Friedman ! » M. Emmanuel Faber n’est pas peu fier en ce 26 juin 2020. Lors de l’assemblée générale de Danone, les actionnaires ont voté à plus de 99 % l’adoption de la qualité d’« entreprise à mission », un statut créé par la loi Pacte — « plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises » — de 2019. Une première pour une société française cotée en Bourse, et un pied de nez à l’économiste américain préféré du patronat libéral. Dorénavant, la « raison d’être » du géant alimentaire ne serait plus seulement de faire du profit, mais aussi, et plus noblement, d’« améliorer la santé » ainsi que de « préserver la planète et renouveler ses ressources ». « Patron humaniste et atypique », comme aime à le décrire la presse des affaires, M. Faber ne se contente pas de contempler tous les jours dans son bureau la photographie d’un sans-abri prise par Lee Jeffries : il renonce aussi à sa retraite chapeau de 1,2 million d’euros par an. »

 

 

 

Serge Regourd explique pourquoi, désormais, tout est culturel : « Les acteurs politiques sont à peu près tous d’accord pour affirmer, avec une conviction émouvante, que la culture est fondamentale pour la démocratie. Il reste à définir en quoi, et comment. De la « démocratisation » à la « démocratie », de l’« exception » à la « diversité », le projet culturel s’est très fortement modifié depuis André Malraux, en particulier dans les rangs de la gauche. »

 

 

 

Formidable article qui nous permet de mieux comprendre le monde : pour Charles Perragin et Guillaume Renouard, les câbles sous-marins sont devenus une affaire d’État : « Le rêve libertarien d’un Internet régulé par les seules entreprises privées s’estompe. Longtemps impuissants face à un phénomène qu’ils ne comprenaient pas, les États regagnent le devant de la scène numérique. Et pèsent de plus en plus sur l’architecture physique du Net, enjeu de souveraineté et de pouvoir au XXIe siècle, comme les câbles télégraphiques dès le XIXe siècle. »

 

 

 

Pascal Corazza revient sur le trafic des œuvres d’art : « Au palmarès des trafics internationaux, le commerce illégal d’œuvres d’art arrive troisième, après celui de la drogue et celui des armes. Il reste prospère malgré la création d’unités d’enquêteurs spécialisés et la prise de conscience de ce qu’il représente pour les pays dépouillés. En Italie, il conjugue les pratiques d’escrocs très introduits et le blanchiment des œuvres par des experts. Qu’il s’agisse de la restitution des œuvres volées aux pays autrefois colonisés ou des pillages récents dans des zones en proie à l’instabilité, on connaît les enjeux, notamment politiques et symboliques, du trafic d’art. Mais ce négoce clandestin sait aussi opérer depuis des siècles en dehors de toute effusion de sang, à la faveur des failles de la légalité, en faisant jouer l’offre et la demande, pour des sommes considérables : « Le commerce illicite de biens culturels occupe le troisième rang des activités criminelles internationales, après le trafic de stupéfiants et d’armes », précise Le Courrier de l’Unesco du 9 octobre 2020. Le cas du pillage du patrimoine de l’Italie, riche de ses vestiges étrusques, grecs et romains, à destination principalement des États-Unis et de leurs cinq mille musées, pendant une soixantaine d’années, souligne l’importance financière de ce « commerce », son rôle dans la quête de prestige et les difficultés rencontrées par les représentants de la loi. »

 

 

 

Régis Debray a lu les mémoires de Daniel Cordier : « Une leçon de choses indispensable, à deux titres : une histoire particulière, celle des services secrets durant la guerre ; un enseignement d’intérêt général, des plus pratiques.

 

1943-1946. Jean Moulin, capturé, disparaît dans le noir. Daniel Cordier, son secrétaire, poursuit la lutte dans une certaine solitude. Suite et fin d’une espérance.

 

La période est cruciale. On frôle le divorce entre les « émigrés d’Alger » et les chefs de l’intérieur, entre les soldats à ciel ouvert et les mouvements clandestins à la peine — traqués, capturés et déportés par centaines. Il y a de la casse en métropole et du tiraillement. Pour la Résistance, c’est la minute de vérité. La disparition de Moulin, nombre de résistants la voient comme une émancipation par rapport à celui qui détenait seul, via de Gaulle à Londres, la clé des livraisons d’armes et les cordons de la bourse. Le risque alors : la défédération, et le chacun pour soi. La guerre dans la guerre, entre les deux rives d’un même fleuve.

 

C’est cette tension au bord du gouffre que nous restitue le deuxième tome d’Alias Caracalla, avec ses carnets intimes. »

 

 

 


 

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5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 04:59

 

 

Pour Margot Miller (World Socialiste Website), les enseignants britanniques atteints de Covid long confrontés aux représailles :

 

Les dernières données gouvernementales d'une étude React-2 de l'Imperial College de Londres révèlent qu'il y a deux millions de cas de COVID long sur les quelques 56 millions d’habitants que compte l’Angleterre. ‘COVID long’ désigne les symptômes dont souffrent encore les malades plus de 12 semaines après avoir contracté le virus.

 

Le nombre de morts du COVID-19 au Royaume-Uni a dépassé 152 000, mais le gouvernement conservateur a levé la plupart des restrictions sanitaires le 17 mai. Depuis lors, le nombre de cas a augmenté, alimenté par la propagation du variant Delta, hautement transmissible.

 

Cela a permis au virus de se propager parmi les jeunes adultes et les écoliers en particulier, et chez ceux qui soit ne sont pas vaccinés, soit n'ont reçu qu’une dose de vaccin.

 

Mais en dépit des prédictions des scientifiques d’une augmentation catastrophique des hospitalisations et des décès à moins de prendre les mesures sanitaires les plus strictes, le gouvernement a l'intention de lever toutes les mesures d’atténuation du virus, même le port du masque, d'ici le 19 juillet. Il est insensible aux souffrances infligées, parmi lesquelles les effets à long terme de la maladie.

 

Une étude sur la base d’images du cerveau menée par l'Université d'Oxford et l'Imperial College de Londres a révélé des dommages au tissu cérébral chez les patients atteints du COVID, suggérant une possible prédisposition plus tard à la démence et à la maladie d'Alzheimer.

 

Malgré cela, les enseignants et les autres travailleurs qui se battent pour la santé et la sécurité sur le lieu de travail sont confrontés aux représailles des employeurs. Plusieurs représentants du Syndicat national de l'éducation (NEU) ont été licenciés (article en anglais) pendant la pandémie pour avoir invoqué le droit à la sûreté au travail en vertu de l'article 44 de la Loi sur les droits du travail, ce qui a entraîné des débrayages.

 

Les syndicats de l'éducation n'ont rien fait pour défendre leurs membres et ont abandonné les personnes atteintes de COVID long à leur sort, les incitant à prendre elles-mêmes les choses en main.

Beaucoup reprenaient le travail dû à la pression financière à mesure que leur indemnité de maladie diminuait, ce qui, associé au stress de tout cela, aggravait la maladie et conduisait à des rechutes. S'ils ne s'y conformaient pas, on les forçait à démissionner.

 

« Je suis retournée à l'école en septembre », a déclaré une enseignante, «en marchant à l’aide d’un déambulateur, bien que les médecins aient dit que je n'étais pas prête pour reprendre le travail. J'ai tenu quelques jours. Vers la fin décembre, j'ai été formellement mise en garde pour mes absences. Lorsque vous recevez le troisième avertissement pour absence, vous devez soit accepter une retraite pour cause de maladie, soit perdre votre emploi. Ils ont dit que je ne pouvais pas prendre plus de 10 jours de congé de maladie sur deux trimestres, alors j'aurais pu passer à la deuxième étape. J'ai été sauvé par le confinement.

 

« J'ai envoyé tellement d'e-mails au syndicat, disant j’ai vraiment du mal à m’en sortir, j'ai peur, aidez-moi s'il vous plaît, mais je n'ai pas eu de réponse. »

 

Elle a remarqué que certains enseignants du groupe « se remettaient de plus en plus et que d'autres allaient de pire en pire ». «Certaines écoles fournissent des taxis pour les personnels pour qu'ils n'aient pas à utiliser les transports en commun, des fleurs, des équipements de mobilité, un retour progressif au travail, et un enseignement à distance, payant même deux membres du personnel. Une personne du groupe, professeure principale, hautement qualifiée et expérimentée, a dû reprendre le travail sans progression, sans modification de son planning. Elle devait travailler à l'étage. Je pense qu'elle a été licenciée.

 

« Nous faisons nos cours avec passion et voulons faire notre travail. C'est une folie de ne pas nous donner les moyens d’y arriver. »

 

En tant que seule professeure de médias et photographie dans les classes d’examens, Kodoma a dû préparer et corriger les épreuves de cette année.

 

Mais face à ce qui est une bombe à retardement sanitaire, le gouvernement n'a promis que 50 millions de livres sterling pour la recherche sur le COVID long. Une somme dérisoire par rapport aux 37 milliards de livres sterling gaspillés en arrosant principalement le secteur privé pour développer son système de recherche de contact défaillant, ou aux 17 milliards de livres donnés à des copains conservateurs pour fournir des équipements de protection individuelle.

 

La secrétaire générale du Congrès des syndicats (TUC), Frances O'Grady, a déclaré que le COVID long devrait être reconnu comme un handicap. « Il est temps de reconnaître correctement cette maladie et de s'assurer que les travailleurs qui vivent avec le COVID long reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour faire leur travail », a-t-elle déclaré.

 

Cela masque le fait que ce n'est qu'avec le soutien des syndicats et du Parti travailliste que le gouvernement a pu maintenir une grande partie de l'économie non essentielle ouverte aux affaires pendant la pandémie et n'a rien fait pour mobiliser ses millions de membres contre une réouverture dangereuse. Le leader travailliste Sir Keir Starmer a insisté l'été dernier pour que les écoles soient rouvertes, « pas de si, pas de mais, pas d'équivoques ».

 

 

 

Pour le site Communistes, le Rapport Tirole Blanchard est une caution scientifique pour valider l'exploitation capitaliste du travail salarié. C'est à la demande d'E. Macron qu'un groupe de 26 économistes a rédigé un rapport visant à donner un support scientifique aux politiques publiques cherchant à lever tous les obstacles au renforcement de l'exploitation capitaliste dans un contexte de concurrence acharnée entre les monopoles à l'échelle mondiale. La réalisation de ce rapport de 510 pages a été dirigé par deux économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard. Ce sont deux économistes très représentatifs du courant dominant en économie. Le premier a reçu, il y a deux ans, le prix Nobel d'économie, le second est professeur au Massachuset Institute of Technology (MIT) et il fut chef économiste du FMI. L'un et l'autre comme l'ensemble du groupe des rédacteurs du rapport se situent dans une mouvance qui va des thèses dites néo-libérales à celles néo-Keynesiennes. Autant dire qu'ils sont tous convaincus qu'il n'y a pas d'autre mode de production que celui du capitalisme et qu'ils le défendent becs et ongles! Le choix macronien est donc clairement orienté et cela n'est pas une surprise puisqu'il a été installé à la direction du pays par le capital monopoliste, pour pousser le plus loin possible le remodelage complet de la société française à son profit.

 

La recherche d'une étape nouvelle dans le développement du capitalisme à l'époque de l'impérialisme faisait dire à Macron au sommet du G7 à Biarritz en 2019 : "nous sommes arrivés au bout de nos dogmes économiques". Concrètement cela signifie que le "compromis social" issu du rapport de force de l'après deuxième guerre mondiale est dépassé avec tout ce qu'il contient de droit sociaux résultats des luttes en matière de protection des salariés et cela, face aux exigences d'un patronat qui veut maintenir voire augmenter ses taux de profits et accumuler encore plus et plus vite du capital. Pour Macron, il s'agit donc de faire valider "scientifiquement" le programme qu'il est chargé de mettre en œuvre pour les capitalistes!

 

 

 

Pour Damien Astier, dans le Grand Soir, La cotisation, c’est du salaire :

 

Entendre dire par le directeur général de l’Urssaf (Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales) que cette dernière « joue un rôle moteur dans la relance avec les exonérations de cotisations sociales » fait toujours mal aux oreilles.

 

L’Urssaf est l’organisme responsable de la collecte des cotisations sociales – patronales comme salariales, cette distinction étant purement formelle – versées par les entreprises et qui sont ensuite affectées aux différentes branches de la sécurité sociale.

 

Or rappelons que ces cotisations sociales ne constituent pas des charges, dont les entreprises, voire les salariés, porteraient le poids, mais du salaire. En effet, dans la répartition primaire de la valeur entre capital (profits) et travail (salaires) inhérentes à notre économie capitaliste, les cotisations concernent la part travail. Il s’agit de salaire socialisé, c’est à dire qu’il n’est pas versé au salarié directement (comme le salaire net) mais qu’il est mutualisé à l’échelle nationale puis reversé en tant que de besoin à chacun via les différentes caisses de sécurité sociale :

 

- soit directement sous forme de salaire direct pour les travailleurs du secteur hospitalier,

- soit sous forme de salaire continué à travers les pensions de retraites,

- soit sous forme de prestations en compensation ou complément de salaire selon les situations des travailleurs au regard de l’emploi (chômage, arrêt de travail), de la famille (allocations familiales pour les parents),

- soit sous forme du couple « gratuité » des soins / rémunération des professionnels de santé libéraux conventionnés (la carte vitale sert à « payer » un médecin conventionné, c’est à dire qui respecte les principes et tarifs de la sécurité sociale, sans faire apparaître l’échange marchand à charge du malade).

 

En clair, l’Urssaf collecte une part de la richesse produite par notre travail puis la répartit pour assurer notre protection sociale : 500 milliards d’euros sont ainsi gérés en dehors du budget de l’État, par un organisme privé chargé d’une mission de service public. Sans les cotisations sociales, nos salaires directs seraient certes plus élevés (pour ceux qui ont un emploi), mais il nous faudrait nous protéger individuellement, chacun dans son coin, à travers de l’épargne personnelle ou des souscriptions d’assurances privées pour couvrir tous les risques et moments de la vie : maladie, chômage, parentalité, handicap, vieillesse. Ce dispositif nous émancipe des employeurs en déconnectant une partie de notre salaire (les retraites, les prestations sociales de la sécu, les allocations chômage, la gratuité des soins) de tout rapport à l’emploi.

 

Contrairement à ce que laisse penser le vocable de charges dont il serait bienvenu d’exonérer les entreprises pour aider la relance, les cotisations reconnaissent et affirment une production de valeur non liée à l’activité marchande des entreprises. Pour autant, elles sont « connectées » à la masse salariale des entreprises pour que cette production de valeur soit économique reconnue et donc intégrée dans le coût de fabrication des biens et services que nous nous échangeons ensuite, la plupart du temps dans un rapport marchand, en raison de l’extrême division sociale du travail de notre société.

 

Qu’a fait le gouvernement pour pallier la crise sanitaire ?

 

Lors de la crise sanitaire, le gouvernement a donc choisi, d’un côté, d’exonérer les entreprises de leurs cotisations sociales (donc de baisser nos salaires indirects qui alimentent les soignants, les retraités, les caisses de chômage, etc.) et parallèlement de créer de la monnaie (les fameux 100 milliards d’euros du plan de relance via la dette publique) reversée aux entreprises sans contrepartie, afin qu’elles survivent et continuent de verser une part des salaires – et donc des cotisations – de leur employés. Avec le risque, qui s’est avéré dans les entreprises prenant la forme de sociétés de capitaux (Aéroport de Paris, Sanofi, Carrefour, etc), que les milliards soient en partie conservés par les actionnaires pour le versement des dividendes, et qu’une infime partie ruisselle...et encore, avec des licenciements à la clé !

 

Un autre chemin était possible : maintenir les cotisations, voire les moduler en les augmentant pour les secteurs économiques non suspendus durant la crise sanitaire (la modulation est évoquée par le directeur de l’Urssaf dans son entretien, mais uniquement dans le sens de l’allègement), et reverser directement aux salariés et indépendants un salaire minimum, sans passer par la case « entreprises » en évitant ainsi que des milliards d’euros soient détournés au profit des dividendes des actionnaires, qui se sont bien portés en 2020. Pour eux tout va bien, merci la crise !

 

Seul le travail produit de la richesse.

 

Pour conclure, il est important de garder en tête que seul le travail – au sens d’activité humaine – produit de la richesse, c’est à dire de la valeur d’usage. Un paquet d’actions posé sur le sol, ne produit rien. Un titre de propriété, même celui d’un bel immeuble, ne crée aucune valeur. Le grand sujet de notre société, au sens de groupe d’humains vivant sur un territoire donné, étant de s’entendre sur la part de cette valeur d’usage qu’il convient de reconnaître sous forme de valeur économique (d’argent), et sur les institutions qu’il convient de construire et d’étendre pour assurer l’organisation du travail la plus juste, la plus écologique et la plus souhaitable : la sécurité sociale et son système de cotisations, préfigurateur de salaire déconnecté de l’emploi, que nous appelons salaire à vie, reste une modèle à poursuivre et développer.

 

 

 

Revue de Presse (361)
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1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 05:09

Par Michel Feltin-Pallas

 

Alors qu'il s'agit de la même langue, son avenir semble mieux assuré au sud des Pyrénées qu'au nord. Un écart qui ne doit rien au hasard.
En France, on croit parfois que le déclin des langues régionales s'expliquerait par une sorte de fatalité. Adaptés à un pays rural, le picard, le breton, l'alsacien et les autres auraient simplement été vaincus par la modernité. Autrement dit, on n'y peut rien. Ce raisonnement a le mérite d'être séduisant. Il n'a qu'un léger défaut : il est entièrement faux.
Pour s'en convaincre, il suffit d'observer ce qu'il se passe lorsqu'une langue de France est également pratiquée dans un autre pays. Pour cela, prenons, pas tout à fait au hasard, l'exemple du catalan. En commençant par observer les réponses à ces trois questions (1) : 
· "Comprend le catalan" : 94% en Espagne, 61% en France.
· "Sait parler catalan" : 80 % en Espagne, 35% en France.
· "L'utilise dans la vie quotidienne" : 36% en Espagne, 8% en France.
Dès lors, de deux choses l'une. Soit le catalan serait adapté à la modernité côté espagnol, mais pas côté français, et j'attends avec gourmandise que l'on m'en donne la raison. Soit cette situation est la conséquence de deux politiques linguistiques différentes. Je ne ferai tomber personne de l'armoire en indiquant que cette seconde explication est la plus convaincante. 
Depuis la chute de Franco, le catalan bénéficie en effet dans la région de Barcelone de mesures très favorables. Les administrations utilisent en priorité la langue régionale, tout comme les télévisions et les radios publiques. Mais la disposition la plus décisive concerne l'enseignement. "Les matières fondamentales sont partout enseignées en catalan à l'école primaire, à l'exception naturellement des nombreuses heures dévolues au castillan. La règle est globalement la même dans le secondaire. Quant au supérieur, l'enseignant choisit la langue dans laquelle il est le plus à l'aise", précise l'anthropologue Dominique Blanc. L'objectif est clair : à la fin de sa scolarité, tout élève doit maîtriser le catalan ET l'espagnol. Et c'est ce que l'on observe dans l'immense majorité des cas.
 
Reste maintenant à comprendre pourquoi ce qui est réalisé en Espagne semble impossible en France. Plusieurs facteurs se conjuguent.
·  Une scolarisation plus tardive en Espagne. La généralisation du français a commencé dès le XIXe siècle, alors que celle du castillan est intervenue beaucoup plus tardivement. Lors du retour de la démocratie, le catalan partait donc de moins loin au sud des Pyrénées.
·  Des connotations positives en Espagne, négatives en France. C'est Franco qui a imposé le castillan (la langue de la région de Madrid) à l'école. Résultat ? Le catalan (comme le basque ou le galicien dans d'autres régions de la Péninsule) symbolise la résistance à la dictature. Rien de tel en France où, à partir de la Révolution, le français a été présenté comme "la langue de la liberté" alors que les langues régionales ont été associées à l'Ancien Régime. 
·  Le rôle de la bourgeoisie. En France, les "élites" ont été les premières à passer au français - un moyen pour elles d'accéder aux meilleures places et de se distinguer du peuple. Rien de tel à Barcelone où, au contraire, la bourgeoisie locale, fière de sa culture, a toujours pratiqué et défendu le catalan.
·  Un sentiment national plus intense en France. Au cours de l'Histoire, la France a souvent été en conflit avec d'autres puissances européennes, ce qui a eu pour effet de forger un sentiment d'unité nationale. L'Espagne, elle, a connu davantage de guerres civiles. Le sentiment national y est moins puissant qu'en France.
·  Un Etat plus centralisé en France. Si un Andalou diffère d'un Aragonais et d'un Galicien, la diversité culturelle est plus marquée encore en France quand on compare un Alsacien, un Corse, un Breton et un Aveyronnais - sans même évoquer le cas particulier de l'outre-mer. C'est pour faire tenir ensemble des populations que rien ne prédisposait à partager un destin commun que la France s'est dotée au fil des siècles d'un Etat très centralisé. Et pour la même raison que ledit Etat a cherché à substituer le français aux langues régionales. Le phénomène est beaucoup moins marqué en Espagne.
L'exemple du catalan est d'autant plus intéressant qu'au sud des Pyrénées, la défense de la langue alimente en partie le sentiment séparatiste - je suis sûr que vous pensiez à m'opposer cet argument depuis le début de cet article. Ces événements, cela se comprend, suscitent en France des réticences vis-à-vis des langues régionales de la part de ceux qui sont légitimement attachés à l'indivisibilité de la République. 
Et pourtant, unité nationale et respect des langues minoritaires ne sont en rien incompatibles. J'en veux pour preuve qu'il existe dans le monde environ 6000 langues pour 200 Etats : le multilinguisme est donc la norme, non l'exception. A Barcelone, il a d'ailleurs fallu l'annulation, en 2010, du statut d'autonomie adopté en 2006 pour voir le vote indépendantiste décoller véritablement. Paradoxalement, c'est le raidissement décidé par Madrid qui a dopé la tentation sécessionniste. Une partie de l'opinion a alors basculé, sur le mode : "Puisque l'autonomie est impossible, alors je choisis l'indépendance." On observe la situation inverse en Suisse, qui reconnaît quatre langues officielles et qui, à moins que quelque chose ne m'ait échappé, ne connaît pas de menace séparatiste. 
Il est donc deux voies pour faire vivre ensemble des populations différentes. L'uniformisation autoritaire, d'une part ; le respect de la diversité et des droits culturels des minorités, d'autre part. Seule la seconde est compatible avec l'ambition de la France d'être le pays des droits de l'Homme.
(1)  Etude de 2015 sur les usages linguistiques du catalan en "Catalogne Nord" menée par la Generalitat de Catalunya, le Conseil départemental des Pyrénées-Orientales et l'Institut franco-catalan transfrontalier (IFCT) de l'Université de Perpignan. Les chiffres concernant la "Catalogne Sud" proviennent de la plataforma per la llengua 2018 et de Quim Nadal, ancien rapporteur de la loi de politique linguistique en Catalogne.
Pourquoi le catalan se porte-t-il mieux en Espagne qu'en France ?
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29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 04:55

Stanley Baldwin (qui fut Premier ministre conservateur) compara Emmeline Pankhurst – même si comparaison n’est pas raison – à Martin Luther et Jean-Jacques Rousseau. En 1999, Time la classa parmi les 100 personnalités les plus importantes du XXe siècle, estimant qu'« elle avait façonné la vision des femmes de notre époque et avait changé les structures de notre société sans possibilité de retour en arrière ».

 

Elle organisa et mena le mouvement des suffragettes (terme un peu méprisant forgé par un journaliste du quotidien conservateur Daily Mail) outre-Manche, ce qui déboucha, en 1918, sur le droit de vote des femmes Britanniques âgées de 30 ans (et propriétaires), puis de 21 ans en 1928. Elle milita avec son mari, l’avocat Richard Pankhurst, connu  avant elle pour son militantisme féministe, puis avec ses filles.

 

Son mari meurt en 1898. Elle prend un emploi à l’État civil de la ville de Chorlton, ce qui la conforte, en observant de près la situation des femmes de cette région, dans son idée que seul le droit de vote permettra aux femmes d’améliorer leur situation.

 

En 1903, constatant que des années de discours modérés n’ont pas fait avancer la cause et la condition des femmes, les suffragettes fondent le WSPU (Syndicat social et politique des femmes, dont la devise est « des actes, pas des mots ») et inaugurent une nouvelle forme de militantisme, disons physique : dégradation de monuments, sabotage de réseaux électriques, incendies, bombes. En 1913, le WSPU connaît sa première martyre, Emily Davison qui se jette, lors du derby d’Epsom, sous les sabots d’un cheval de course appartenant au roi George V.

 

Emmeline sympathise avec le socialiste Keir Hardie, fondateur de l’Independant Labour Party. Mais parce que femme, sa demande d’adhésion est refusée par la section locale du parti. Admise au niveau national, elle est élue administratrice des Lois sur les Pauvres et prend conscience des conditions de vie abominables endurées par les miséreux de Manchester.

 

Le mouvement prend de l’ampleur. Le 26 juin 1908, 500 000 femmes et hommes se rassemblent à Hyde Park pour exiger le droit de vote universel. Elle est arrêtée une première fois pour avoir tenté de pénétrer au parlement afin de remettre une protestation au Premier Ministre. Durant son procès, elle déclare à la cour : « Nous sommes ici non pas parce que nous avons violé la loi ; nous sommes ici de par notre volonté de faire la loi ».  Elle sera arrêtée quatre autres fois jusqu’en 1913 et condamnée pour conspiration contre la sûreté de l’État. Elle entamera une grève de la faim et sera gavée de force. Ses trois filles ont également rejoint le mouvement. L’aînée est arrêtée pour avoir craché sur un policier lors d’une réunion du Parti libéral en 1905. Emmeline Pankhurst est arrêtée en mai 1914 près du palais de Buckingham alors qu’elle voulait présenter une pétition au roi George V. Le 24 juin sa camarade de combat Marion Wallace Dunlop est arrêtée pour avoir écrit un extrait de la Déclaration des droits (de 1688) sur un mur de la Chambre des communes. Lors d’une marche de 300 femmes vers Parliament Square le 18 novembre 1910, Emmeline et ses camarades sont très brutalement réprimées par la police du ministre de l’Intérieur Winston Churchill.

 

En 1912, des suffragettes se livrent à des incendies volontaires : au Théâtre royal de Dublin, à la buvette de Regent’s Park, au jardin botanique Kew Gardens. Elles lacèrent le Vénus au Miroir de Velasquez exposé à la National Gallery. De nombreuses militantes refusent cette violence, elles quittent l’organisation qui est dissoute. Pendant le conflit de 1914-1918, Emmeline met son militantisme en sourdine pour se consacrer à l’effort de guerre. Elle demande au gouvernement d’aider les femmes à entrer sur le marché du travail puisque les hommes se battent sur le continent.

 

Emmeline Pankhurst, qui a toujours été proche du parti conservateur, se prononce contre la révolution bolchévique en ce qu’elle porte atteinte à la démocratie. Quant à sa fille Sylvia, une des fondes fondatrices du parti communiste britannique, après avoir soutenue cette révolution au point d’avoir été surnommée “ la petite Demoiselle de Russie ”, elle révise son jugement, horrifiée par les purges staliniennes. Elle restera néanmoins toute sa vie sur des positions de classe : « « Je voulais réveiller ces femmes de la classe opprimée pour qu’elles ne soient plus simplement l’objet d’un débat parmi les plus fortunés mais qu’elles combattent pour elles-mêmes, méprisant les platitudes, se révoltant contre leur odieuse condition, et réclamant pour elles-mêmes ainsi que pour leur famille le partage total des bénéfices de la civilisation et du progrès. »

 

En 1926, Emmeline Pankhurst rejoint officiellement le Parti conservateur. Pour des raisons complexes, vraisemblablement par dépit vis-à-vis du Parti libéral et du Parti travailliste qui ne l’avaient guère soutenue.

 

Épuisée par son activité militante débordante, ses grèves de la faim en particulier, elle meurt en 1928 à l’âge de 69 ans. Les femmes âgées de 21 ans obtiennent le droit de vote un mois après sa mort.

 

 

PS : Je pars quelques jours dans les Pyrénées mais le blog continue, tout seul...

 

 

 

 

 

Femmes au pouvoir (10)
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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 05:09

Évariste, dans Des Publica, revient sur le nouveau record battu du taux d’abstention lors d’élections générales ! L’abstention concerne plus des deux tiers des électeurs inscrits. Sans compter près de 10 % des Français non-inscrits sur les listes électorales. Il ne peut pas y avoir de peuple sans mobilisation sociale et mobilisation électorale.

 

L’extrême droite autour du RN de Marine Le Pen subit une véritable défaite. Visiblement, le vote « militant » fasciste n’existe pas pour l’instant en France. Bref au niveau subjectif, le RN fait lui aussi partie de « l’établissement politique » rejeté par les Français. Le recul électoral par rapport à 2015 est notable. Cette constatation a pour conséquence « d’ouvrir » la situation politique, qui peut basculer très vite suivant les évènements et les mobilisations populaires. Tout est possible car il n’y a aujourd’hui ni rapport de force électoral, ni rapport de force social bien établi.

 

 

 

Selon Marianne Arens dans le World Socialist Website, la nouvelle loi antiterroriste adoptée par la Suisse est l’une des lois policières les plus sévères de toute l’Europe.

 

La Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme bafoue la séparation civile-démocratique des pouvoirs car elle permet à la police fédérale d’intervenir contre des «personnes dangereuses» même sans preuves suffisantes pour une procédure pénale et sans ordonnance d’un juge.

 

La loi ne tient pas compte non plus du principe de la protection des données personnelles, car elle permet aux policiers de récupérer et d’échanger entre eux des données personnelles particulièrement sensibles. Cela inclut explicitement, entre autres, «des données sur les opinions ou les activités religieuses et idéologiques.

 

Ce même site nous apprend par ailleurs que es démocrates et les médias censurent les nouvelles révélations sur la complicité de l'armée et de la police dans la tentative de coup d'État du 6 janvier. Plus de cinq mois après la tentative de coup d’État du 6 janvier, un effort continu a lieu pour dissimuler au peuple américain toute l’ampleur de la conspiration et des forces fascistes mobilisées par Trump et le Parti républicain avec l’aide de hauts responsables du FBI, du Pentagone et de la police du Capitole américain.

 

Une division du travail existe entre les deux partis du capitalisme américain. Le Parti républicain s’est massivement rangé derrière l’aspirant Führer Trump, ses membres répétant les fausses affirmations de Trump selon lesquelles l’élection était frauduleuse et que la prise d’assaut du Capitole par les Proud Boys, les Oath Keepers, les suprémacistes blancs et les néonazis était un non-événement.

 

Le gouvernement Biden et la majeure partie des médias s’efforcent d’étouffer des révélations stupéfiantes, dont certaines ont vu le jour lors d’audiences du Congrès dirigées par les démocrates, documentant le rôle crucial des alliés de Trump au sein de l’État dans le sabotage de toute défense du complexe du Capitole.

 

Plaidant avec les complices républicains de Trump pour le «bipartisme» et «l’unité», le Parti démocrate, lui-même parti de Wall Street et des militaires, est terrifié par les conséquences politiques et sociales des révélations qui démasquent la puanteur de la dictature derrière la façade de la «démocratie» américaine. Chaque nouvelle révélation est systématiquement minimisée ou ignorée entièrement par les dirigeants démocrates ainsi que par les grands médias, du New York Times et du Washington Post aux réseaux d’information télévisés et câblés.

 

 

 

Selon L’Humanité, Amazon détruit des centaines de milliers de produit neufs : écrans TV dernier cri, smartphones, drones ou masques chirurgicaux, il y a de tout. 50 % des produits sont encore dans leurs cartons d’emballage, les autres sont des retours clients en très bon état ». Répété chaque semaine, et au vu de ses 24 entrepôts implantés dans le pays, « le géant de Seattle pourrait détruire (en Grande-Bretagne) jusqu’à 162 millions de produits neufs par an », a calculé l’ONG les Amis de la Terre, qui, en 2019, avait mis au jour des pratiques identiques en France.

 

 

Dans Le Grand Soir, Phoebe Greenwood estime que si les États-Unis réussissent dans leur procès contre Assange, cela créera un précédent effrayant. Les journalistes travaillant dans n’importe quel État allié des États-Unis peuvent être extradés et emprisonnés pour avoir rapporté la vérité. L’association de la dénonciation et de la publication est une fonction sociétale absolument essentielle. C’est le détecteur de fumée de la société. Si nous commençons à poursuivre les lanceurs d’alerte, nous éteignons l’alarme incendie dans notre propre maison;

 

 

Revue de Presse (360)
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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 05:19

 

Un article récent du journal Le Progrès revient sur le licenciement abusif de trois ouvriers de Renault Trucks, qui leur a été annoncé en mai dernier.

La direction justifie ces licenciements avec des images de caméras de surveillance, sur lesquelles on voit l’un des salariés en train de donner des coups de pieds dans un distributeur à boissons, après que celui-ci a bloqué les pièces. Il revient avec un deuxième collègue avec qui il secoue la machine, faisant tomber deux canettes de celle-ci. Ce qu’explique Michel Piot, délégué syndical CGT dans l’entreprise, au journal Le Progrès, c’est que si cet acte s’est reproduit deux fois, avec un des salariés présent aux deux moments, c’est simplement parce que « ce distributeur fonctionne mal ». C’est donc suite à la plainte de l’entreprise pour qui gère les distributeurs pour « vol de canette » que ces trois salariés ont reçu leur lettre de licenciement.

 

Cet acharnement de la direction à leur encontre témoigne, selon Michel Piot, d’un « serrage de vis pour instaurer un climat de peur » et montre à quel point le patronat est toujours à l’affût pour réprimer les travailleurs. A ce propos, Michel Piot met l’accent sur le règlement « répressif et infantilisant  » instauré au sein de l’entreprise, sur lequel la direction s’appuie pour faire régner la terreur : « Des sanctions ont été prises à l’encontre d’un ouvrier portant une casquette Yamaha et non Renault Trucks. Plus grave, un ouvrier de l’usine moteur a failli être licencié. Son chef l’accusait de l’avoir insulté, sans témoin. Si une centaine de gars n’avaient pas débrayé, il y passait… ».

 

 

 

Le New York Times célèbre les 50 ans des «Pentagon Papers» tout en ignorant la persécution de Julian Assange.

 

La manière dont le Times lui-même a choisi de commémorer cet anniversaire constitue une étude de cas du profond glissement vers la droite des médias et de l’ensemble de l’establishment politique au cours des cinq décennies écoulées.

 

Ce changement ne s’exprime nulle part de manière aussi flagrante que dans le profond silence du journal sur le cas du rédacteur en chef de WikiLeaks Julian Assange, dont la persécution par les gouvernements américain et britannique pose la question des droits démocratiques fondamentaux à la liberté d’expression et à la liberté de la presse de manière encore plus aiguë que les événements d’il y a 50 ans.

 

Le premier volet du reportage du Times sur les documents a été publié le 13 juin 1971. L’impact public des révélations a été immensément amplifié par l’action quasi dictatoriale de l’administration Nixon, qui a obtenu une injonction du tribunal imposant une restriction préalable à toute nouvelle publication de la série du Times.

 

Alors même que le Times était contraint d’arrêter sa publication, le Washington Post a commencé à publier les documents, avant d’être frappé par une injonction similaire. Avant que l’affaire ne soit réglée, les documents avaient été publiés dans 19 journaux américains différents. En à peine deux semaines, les injonctions ont été annulées par une décision de 6-3 de la Cour suprême des États-Unis.

 

Cinquante ans plus tard, les propriétaires et les rédacteurs du Times ont totalement renié tout engagement envers ce « droit présumé », tant en paroles qu’en actes. Le journal a été un partenaire indispensable du gouvernement américain dans la promotion et la fabrication de mensonges utilisés pour justifier les guerres impérialistes, depuis les « armes de destruction massive » qui ont ouvert la voie à une guerre qui a coûté la vie à un million d’Irakiens, jusqu’à l’actuelle campagne de propagande du « laboratoire de Wuhan ».

 

S’exprimant au nom du Times, l’ancien rédacteur en chef Bill Keller a défendu en 2013 le rôle du journal en tant qu’instrument de propagande d’État et partenaire direct du gouvernement dans la rétention d’informations au public: « Nous sommes tout à fait d’accord pour dire que la transparence n’est pas un bien absolu », écrivait-il. « La liberté de la presse inclut la liberté de ne pas publier, et c’est une liberté que nous exerçons avec une certaine régularité. »

 

Pour faire bonne mesure, le Times a marqué le 50e anniversaire en ouvrant ses pages éditoriales à Gabriel Schoenfeld, ancien rédacteur en chef du magazine néoconservateur Commentary et conseiller politique républicain. L’article était intitulé « La fuite des documents du Pentagone était une agression contre la démocratie ». L’article dénonce Daniel Ellsberg comme un « voyou » coupable d’avoir « illégalement exploité son accès privilégié à des informations secrètes ».

 

Contrairement au Times, Daniel Ellsberg, est resté fidèle aux principes qui ont guidé sa dénonciation des crimes étasuniens au Vietnam il y a un demi-siècle. À l’âge de 90 ans, il a rendu publics de nouveaux documents détaillant les plans de l’armée des EU pour lancer une guerre nucléaire contre la Chine pendant la crise du détroit de Taïwan en 1958. Ellsberg a délibérément mis au défi le gouvernement de le poursuivre une nouvelle fois en vertu de la loi sur l’espionnage.

 

Revue de Presse (359)
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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 05:00
 
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déclaration desdroits de l'homme et du citoyen

Nous (Pardem) diffusons un texte d’André Bellon dont nous partageons de nombreuses analyses, sur la souveraineté, la démocratie, le rôle de l’Union européenne et de la mondialisation dans leur remise en cause.

https://www.pardem.org/de-la-langue-de-lhistoire-de-la-laicite-du-peuple

Y a-t-il encore un peuple français ? La question pourra étonner. Elle est pourtant le cœur de la crise politique actuelle.


Les responsables politiques nous serinent à longueur de temps que nous sommes en démocratie. Mais y a-t-il une démocratie sans peuple ? L’article premier de la Constitution définit la République comme le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple tandis que l’article 3 dispose que la souveraineté nationale appartient au peuple. Peut-on continuer longtemps à proclamer des principes bafoués en permanence ?


Voilà bien longtemps que la classe dirigeante multiplie les atteintes à la démocratie (coup d’État contre le vote du 29 mai 2005, instauration du quinquennat et inversion du calendrier, « conventions citoyennes » délégitimant le suffrage universel,…). Mais l’offensive actuelle est plus perverse. Elle vise à dégouter les citoyens eux-mêmes de la souveraineté populaire, à leur présenter des miroirs aux alouettes habilement manipulés par de soi-disant experts. Tous ceux qui désirent réaffirmer les principes démocratiques et républicains sont ainsi qualifiés d’archaïques ou, injure suprême, de populistes. Ces manipulations touchent d’honnêtes gens qui, pensant défendre des causes justes, voient leurs combats dévoyés par les dirigeants. Il est plus que temps de condamner ces méthodes, d’en dénoncer les auteurs et d’appeler à un vrai débat démocratique, public et contradictoire.


C’est pourquoi il faut insister sur les attributs du peuple, les réaffirmer et rappeler comment la volonté collective et l’intérêt général ne sont en aucune manière ennemis des particularités individuelles.

De la Langue

« La langue de la République est le français » (article 2 de la Constitution). Au travers de la loi Molac (partiellement censurée par le Conseil constitutionnel) et au prétexte de la langue, est soudain réapparu le vieux débat entre centralisation et décentralisation. Aussi important que soit ce débat, ce n’est pas de cela qu’il s’agit en réalité. Car le choix entre centralisation et décentralisation se situe dans le cadre d’un peuple unique et dans la recherche d’un contrat social qui donne au peuple sa cohérence. Or, la loi Molac ouvrait la porte de l’espace public aux langues régionales, fractionnant ainsi ce dernier en fonction des particularismes régionaux. C’est très exactement ce que souhaitent les instances européennes au travers de la charte européenne des langues régionales et minoritaires dans laquelle tant de thuriféraires des langues régionales croient apercevoir la solution. Il ne s’agit plus alors de sauver, ce qui est bien légitime, un patrimoine culturel et linguistique, ni de décentraliser, mais d’émietter les peuples et les États. Veut-on cela ? Veut-on transformer un peuple uni autour de sa langue en une multitude de micro peuples sans réalité politique et donc faibles et soumis ? Ne voit-on pas que ce projet aboutit à supprimer le français au bénéfice de la langue de la mondialisation, l’anglais, et à transformer les langues régionales en éléments de folklore ? La langue française, soumise à tant d’abâtardissements, à une tentative « inclusive », espèce d’horreur la rendant illisible, et au français de cuisine de trop de journalistes, n’a-elle plus rien à dire pour sa défense ?

De l’Histoire

Le débat sur l’Histoire a resurgi avec violence depuis quelque temps. L’Histoire nationale n’est plus présentée qu’au travers d’abominations que sélectionnent avec délectation des petits groupes ou des prédicateurs autoproclamés, généraux en chef de guerres depuis longtemps gagnées par d’autres. Le concept totalement artificiel de « décolonial » et les dérives du post colonialisme par exemple, sont portés par des personnes qui s’approprient indument l’histoire coloniale, nient totalement l’histoire de l’anticolonialisme en France comme les attitudes bien contradictoires dans les pays colonisés. L’inculture historique se mélange avec la haine de la France et la lecture apologétique faite par de petits communautarismes se conjugue avec l’action de l’Union européenne qui veut détruire toute trace des peuples et des nations. Il n’est pas question d’ignorer les contradictions et les erreurs de notre histoire comme de celles de tous les peuples. Il est, en revanche, nécessaire d’analyser, de comprendre et d’enseigner comment se crée et comment vit un peuple au travers des gloires et des fautes de sa trajectoire. Comme le dit Fernand Braudel « Sans le poids de l’Histoire, le présent ne serait qu’une péripétie ». Tout semble concourir aujourd’hui à dégoûter le peuple de son histoire, donc à ne pas avoir d’histoire. Ajoutons que la spécificité de l’histoire politique de la France liée à l’émancipation humaine, au travers notamment de 1789, porte en elle la volonté d’élever positivement les esprits et les cœurs.

De la Laïcité

Pourquoi de nouveaux conflits ont-ils resurgi à propos de la loi de 1905 ? On pourrait s’en étonner tant son article 1 est sans ambiguïté qui dispose que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ». En bref, ce texte affirme la liberté de pensée individuelle sans nuire à la pratique de leur foi par tous les fidèles des églises. Le développement des attaques contre ces principes, en voulant redonner un place particulière à la religion, implique bien évidemment le retour de l’intolérance, par exemple par les appels au rétablissement de fait d’un délit de blasphème. La liberté de conscience s’efface alors au profit de la liberté religieuse.


Plus profondément, l’importance prise par les groupes identitaires, d’ailleurs pas uniquement religieux, marquent la dilution de l’espace public, de l’intérêt général et, de façon plus globale, de l’État. Le néolibéralisme, dans son obsession à supprimer tout ce qui est collectif, émiette la société et valorise les particularismes.

… Du Peuple

La notion de peuple a subi une rupture épistémologique. De souverain plus ou moins accepté, mais néanmoins officiel qu’il était encore il y a un demi-siècle, le peuple est devenu un être incernable, introuvable selon l’ineffable Rosanvallon ou, pire, une incarnation du mal sous les traits du populisme ou du colonialisme. Certes, la définition peut être variable. Les Grecs anciens, par exemple, utilisaient des mots différents en fonction des utilisations du terme : ethnos pour une vision ethnique du peuple, laos pour la populace, demos pour le peuple en tant qu’être politique constitué. Est-il utile de dire que nous nous référons ici au demos, nous inspirant par exemple de l’historien Benedict Anderson qui voit le peuple comme une communauté imaginée, c’est-à-dire qui prend sa valeur politique par la participation consciente de ses membres. Encore faut-il que la question soit posée. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont tout fait pour détourner les citoyens de leur participation au peuple, leur enlevant ainsi cette qualité de citoyens qui crée la communauté politique pour la remplacer par des notions fumeuses telles que « Vivons ensemble nos différences ».


La mondialisation et son segment particulier qu’est l’Union européenne fonctionnent à partir de cette idéologie qu’ils imposent par des moyens tant économiques que juridiques. Les concepts de peuple et de souveraineté n’ont pas de place dans un tel projet. Il n’y a plus de contrat social, tant les gouvernements successifs se sont employés à le détruire, en particulier en s’attaquant aux conquêtes de Conseil national de la Résistance. La démocratie, la République, pourtant censées créer un tel contrat, ne sont alors que des mots creux pour limiter l’expression des citoyens à des consultations sans conséquences sur des sujets annexes. S’agit-il d’ailleurs de citoyens ? Lorsque fut créée, par exemple, la « Convention citoyenne sur le climat », il s’agissait de « gens » tirés au sort, pas de citoyens, car le citoyen n’existe que dans son rapport politique à tous les autres, en tant que membre du peuple souverain.


Les tentatives ont pourtant été nombreuses pour réaffirmer l’existence du peuple en tant que communauté politique et sociale, qu’elles se soient affirmées par les urnes (référendum du 29 mai 2005, croissance de l’abstention) ou par des mouvements populaires tel celui des Gilets Jaunes. Mais la classe politico-médiatique n’en a cure et ne songe qu’à les étouffer ou à les nier de façon assez brutale.


De nos jours, le combat pour la reconstruction du peuple en tant que corps politique et la lutte pour la souveraineté n’ont de sens que s’ils se conjuguent dans l’opposition à cette mondialisation inhumaine.

 

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19 juin 2021 6 19 /06 /juin /2021 04:52

Comme tout le monde sur Facebook je suis divers groupes, de la manière la plus éclectique qui soit. Cela va des amis de Marcel Proust à Fausto Coppi en passant par Pierre Brossolette et Julian Assange. J’interviens très peu dans ces groupes car, d’une part, les journées n’ont que 24 heures et que, d’autre part, ces interventions sont fugaces, évanescentes, un peu comme Bribri d’amour dont il ne restera rien.

Tout récemment, je vois passer, dans un groupe auquel j’appartenais (notez le temps du passé) et que je ne citerai pas pour ne pas lui faire de publicité, la nouvelle selon laquelle le journaliste Dimitri Pavlenko allait bientôt présenter la matinale d’Europe 1. Cela faisait un petit moment que je suivais les heurs et malheurs de la rédaction d’Europe1, tétanisée par l’arrivée de Bolloré dans le capital de la station. Il se trouve que j’ai un peu connu cet individu il y a 40 ans à Abidjan. C’était déjà un rouleau compresseur sans âme et sans vergogne. Quant à Dimitri Pavlenko, il s’agit d’un jeune et brillant journaliste, ancien chroniqueur économique de Radio Classique (station bien connue pour son progressisme dès qu’elle se pique de politique) et débatteur avec Zemmour sur CNews, chaîne d’« information » (sic), contrôlée par Bolloré, et dont le progressisme est également bien connu.

Je réagis sur FB à la nouvelle de l’arrivée de Pavlenko à Europe 1 par un “ Allons-y, l'extrême droite ”. Les réactions à ma réaction ne se sont pas faites attendre et furent de deux ordres : une majorité de « Mais pas du tout, vous vous trompez, est-ce que vous l'écoutez au moins ? » et une minorité de « Où est le problème ? ». En d’autres termes, et en simplifiant à peine, un petit échantillon de gens dépolitisés ou d’extrême droite.

J’hésitai entre deux manières de répondre : soit un petit mot à chacun de mes contradicteurs, soit une réponse à tous, globale, argumentée. Pris par d’autre tâches, je laissai tomber.

Quelle ne fut pas ma surprise quand, quelques heures plus tard, je reçus du modérateur du groupe, Térence Briouze (je cite son nom car il faut faire connaître les censeurs qui sévissent sur le net), la note suivante : « Gardez votre avis de vieux boomer sur Dimitri. Intenable de lire des gens comme vous qui hurlent à l’extrême droite pour tout et rien. Vous êtes largué. »

Analysons brièvement ces trois lignes. “ Térence ” donne à entendre qu’il a peut-être gardé les vaches avec “ Dimitri ”. Pourquoi pas ? Pour cet homme sensible, « allons-y, l’extrême droite » est un « hurlement ». Il me demande de garder mes opinions pour moi dès lors qu’elles sont différentes de sa bien-pensance. M’apostropher en me qualifiant de « vieux boomer » (pléonasme) est du niveau politique des apostrophes du style « Noir », « Arabe », « roux », « unijambiste ». Il s’agit d’une détermination de l’Autre vulgaire et simpliste. Enfin, il me vire du groupe (il me « largue) sans même que j’ai pu avancer un mot, non pas pour ma défense – on ne se défend pas devant Fouquier-Tinville, on attend le couperet – mais simplement pour exprimer démocratiquement une analyse, une opinion.

Il faut bien en revenir à ce qu’est l’extrême droite aujourd’hui. Térence Briouze, qui n’est pas un « vieux boomer », n’a pas connu l’époque où Le Pen et l’extrême droite plafonnaient à 2% dans l’électorat français. Les soutiens du père de Marine étaient, comme lui, des partisans de l’Algérie française, pour certains d’anciens pétainistes et collabos, une resucée de l’extrême droite des années trente, violente en actes et en verbe, anti-parlementaire. Les journalistes qui suivaient Le Pen avaient « cassé du Viet eu du fellouze ». Je pense par exemple à Roger Holeindre qui nous a quitté l’année dernière à l’âge de 91 ans. Ou à François Brigneau, membre de la Milice, proche de Déat, de Brasillach (dont il a partagé la cellule à Fresnes), qui a rejoint le Walhalla des plumes tranchantes et haineuses en 2012, à 92 ans.

Nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Les dirigeants et militants d’extrême droite nous apparaissent cravatés, en costume cintré. Leur discours est presque lisse, dédiabolisé en tout cas. Une bonne proportion d’entre eux sont homosexuels, ce qui fera bientôt se retourner dans sa tombe le fondateur du Front National. Mais sous cette forme presque avenante, il y a un fond sombre, qui a sûrement dû échapper au jeune Térence : celui d’adeptes du capitalisme le plus débridé, protégé par des forces de l’ordre qui nassent, qui éborgnent et arrachent des mains.

Moi le vieux boomer qui ai baigné dans la vie politique française depuis plus de 55 ans et qui ai eu le bonheur d’étudier de près la vie politique anglaise pendant plus de trois décennies, je constate douloureusement qu’en Europe de l’Ouest et centrale, qu’en Amérique du Nord, le paradigme s’est inexorablement déplacé vers la droite et que les cravatés d’aujourd’hui ont pris la place des militants en parka militaire d’autrefois.

Chez Bolloré, là où est vraiment le pouvoir, il faut être rasé de près.

Sauvons le soldat Dimitri Pavlenko
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