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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 05:44

Floréal nous rappelle dans Le Grand Soir que les Français sont majoritairement athées et se demande si le fait irreligieux n’est pas au cœur de l’évolution sociale ?

 

Alors que la crise du capitalisme bat son plein, la machine médiatique de l'oligarchie capitaliste ne cesse d'attiser le communautarisme en s'appuyant sur les intégristes religieux de tous poil, dans une nouvelle tentative – façon Georges W. Bush – d'installer une guerre des soit disant civilisations faisant voler en éclat la Nation. Tentant de pousser artificiellement le retour du religieux sur la scène politique. Pour mieux diviser la classe des travailleurs. Et faire diversion et détourner l'attention de la formidable offensive menée par la classe capitaliste contre les travailleurs, leurs salaires, leurs droits sociaux et démocratiques. Mais quelle est la place du fait religieux dans notre pays ? Plusieurs enquêtes d'opinions permettent de répondre à cette question, démontrant que les français sont majoritairement athées.

 

 

 

Toujours dans Le Grand Soir, Robert Gil dénonce l’illusion du CICE :

 

L’année 2013, avec la mise en œuvre d’une politique économique qui, sous couvert de compétitivité, est essentiellement axée sur le soutien à la rentabilité des entreprises, aura été le tournant du quinquennat de ­François Hollande. Cette stratégie que l’on peut assimiler à une fusée à trois étages est désormais totalement déployée. Le premier étage de la fusée aura été le crédit d’impôt compétitivité emploi, le fameux CICE : 24 milliards. Le second étage est constitué du pacte de responsabilité : 20 milliards. Le troisième étage consiste en une mesure de suramortissement de 40 % des investissements des entreprises dont l’effet fiscal se répartit sur l’ensemble de la vie du bien correspondant. Au final, le taux de marge des entreprises fait un bond, les profits s’accroissent de 16%... sans que la situation de l’emploi ne s’améliore. On nous aurait menti ?

 

 

A propos des lettres de Mitterrand à Anne Pingeot, Jean-Emmanuel Ducoin écrit sur son blog :

 

Comment, en effet, l’animal politique Mitterrand, que nous avons tant détesté (et pour cause !), pouvait-il cacher à ce point son talent pour l’amour, et les mots pour le dire ? L’écrivain Mitterrand s’y lit, magistralement. Comme si nous devions, sur le tard, et improprement, de manière segmentée, le réévaluer à la hausse, au moins par comparaison avec ses successeurs, lui qui vénérait la langue française à s’en damner.

 

 

 

 

Ils étaient au moins trois sur la photo à être au courant …

 

 

 

L’Humanité fait écho à la Lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes :

« Le rachat du groupe américain Monsanto par l’allemand Bayer, en septembre 2016, ne peut pas laisser les professionnels de la restauration indifférents. Avec cette acquisition, ce nouveau mastodonte des semences et des pesticides a une ambition : contrôler toute la chaine alimentaire, de la terre où pousse la semence jusqu’à l’assiette du consommateur. Une telle entreprise n’a qu’une ambition : accroitre ses activités, donc ses bénéfices, sur tous les continents, au mépris de la biodiversité et de la santé des populations. Si l’Union européenne s’est montrée inquiète suite à ce rapprochement, les citoyens ne peuvent se contenter de regarder la chimie remplir leurs assiettes.

Ardents défenseurs du bien manger, engagés quotidiennement dans la valorisation du bon produit et des petits producteurs, les professionnels de la restauration veulent rappeler leur attachement à quelques valeurs fondamentales : le soutien à la biodiversité, le respect de l’environnement et la santé des consommateurs. Ce rapprochement agrochimique constitue un danger pour nos assiettes, mais il est également une source d’inquiétude pour les paysans et les agriculteurs qui voient se limiter leur liberté de planter et cultiver telle ou telle semence. Demain, à cause des OGM, du Roundup et des différents produits chimiques sortis des usines, les diversités culturale et culturelle n’existeront plus. La nature vivante ne sera plus qu’un produit, transformé, muté au service d’un Léviathan. »

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 05:33

 

Il vaut toujours mieux savoir de quoi on parle et à qui on a affaire. La France ne connaît pas de tribunaux islamiques. Pour l’instant et, en tout cas, pas de manière manifeste, à ciel ouvert. Ce qui n’est pas le cas du Royaume Uni qui en compte une centaine, reconnus officieusement d’utilité publique par les pouvoirs du même nom, comme je l’évoquai dans une note de blog précédente.

 

Je reprends ici un article de Guy Adams pour le Daily Mail qui nous emmène dans les arcanes d’un de ces Sharia Courts. J’ai choisi cet article parmi d’autres, en raison principalement des réactions des lecteurs, généralement bien à droite. Á commencer par le premier qui l’a commenté : « On les laisse faire. Ça nous épargne des emmerdes et on fait des économies ». Sans être toutes aussi brutes de décoffrage, les réactions vont dans le même sens et sont généralement défensives. Comme si au nom du “pragmatisme” bien connu d’Outre-Manche, il fallait faire avec ce qui est là parce que c’est là. Mais la tonalité de ces commentaires nous dit quelque chose de plus sérieux. La société britannique est maintenant constituée de deux groupes qui se regardent en chiens de faïence : pour simplifier les Blancs, les Brits de souche d'un côté, et les musulmans, d'origines africaine, asiatique etc., de l'autre. Ces deux groupes – qui ont remplacé les Them et Us de la société de classe des années cinquante – vivent dans des mondes différents. Á l’activisme du second, le premier n’oppose qu’un humour dérisoire de dérision.

 

 

 

 

 

Dans une pièce du tribunal, une jeune femme musulmane évoque avec un religieux d’âge mûr l’état précaire de son mariage avec un homme de 50 ans.

 

« Il m’a asservie tant qu’il a pu », dit-elle. « Il est violent, physiquement, et il me traite comme une chienne. »

 

Cette femme, qui semble n’avoir guère plus de 25 ans, décrit son époux comme quelqu’un de grossier, en paroles comme dans ses gestes, chaque fois qu’elle prend une petite initiative.

 

Quand son mari est là, il l’oblige à porter un foulard. Quand il est absent, ce qui est le cas le plus fréquent, il aime voyager en Tunisie où elle le soupçonne d’avoir épousé en secret plusieurs autres femmes. Pour ce qu’elle en sait, ajoute-t-elle, le chiffre se monte peut-être à dix. Retenant ses larmes, alors qu’elle en termine avec le récit de cette trahison, la femme jette un coup d’œil au religieux, qui a une longue barbe blanche et qui siège derrière un bureau surélevé devant une bibliothèque remplie de textes islamiques. Peut-être espère-t-elle un sourire de soutien qui lui confirmerait qu’elle n’est pas fautive. Peut-être recherche-t-elle la confirmation que cet homme va tenir compte du fait que son mari est misogyne et qu’il la bat.

 

Au lieu de cela, le religieux, dont le nom est Suhaib Hasan, éclate de rire. «Pourquoi avez-vous épousé un tel homme ? » demande-t-il en gloussant.

 

Plus loin dans le couloir, une autre femme musulmane vulnérable raconte  à un autre religieux d’un certain âge son mariage désastreux. Cette femme dans la trentaine dit avoir été contrainte par sa famille d’épouser à 19 ans un immigrant bangladais clandestin qui a ensuite obtenu la citoyenneté britannique en bonne et due forme. Ils ont deux enfants, mais leur union a sombré.

 

« On en est venu aux mains. Il m’a lancé des objets à la figure. Il m’a endetté », dit elle.

 

Le mari, à qui elle avait donné 38 000 livres quand ils étaient ensemble, est retourné au Bangla Desh où il s’est marié une deuxième fois. Cela fait quatre ans qu’elle ne l’a pas vu et elle demande en conséquence le divorce.

 

Mais le religieux refuse. Au lieu de cela, selon un témoin, il décide de lui expliquer « les raisons biologiques scientifiques de la polygamie ».

 

Pour finir, ce religieux, du nom de Maulana Abu Sayeed, fait un effort, selon le témoin, pour « persuader la femme d’accepter le mariage dans le cadre de la polygamie ».

 

Comme nous sommes au XXIe siècle, la femme n’est pas prête à jouer ce jeu. Elle quitte le tribunal fort mécontente.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ailleurs, dans ce même bâtiment, se tient une troisième audience, présidée par un religieux beaucoup plus jeune, Furqan Mahmood. Devant lui, un couple de musulmans qui semble nerveux. Ils ont plusieurs enfants. Ils expliquent qu’ils craignent que leur mariage, célébré plusieurs années auparavant, puisse ne plus être valable. En cause, un aspect technique de la loi islamique : l’épouse a divorcé de son premier mari dans un tribunal britannique mais n’a pas réussi à obtenir le divorce religieux, le talâq. Le couple craint donc que cette infraction par inadvertance à la coutume islamique puisse signifier que, selon les textes, l'épouse vive en état d’adultère.

 

Le religieux se montre réellement très soucieux. « L’affaire va être difficile », dit Mahmood (vêtu d’une longue djellaba blanche) au couple. « Nous allons demander à nos érudits de vous apporter une réponse. »

 

Un moyen possible permettant à cette homme et cette femme de respecter la lettre de la loi islamique serait de se soumettre au Nikah Halala. Ils devraient d’abord divorcer, ce qui permettrait à un religieux de déclarer en toute légalité que la première union de la femme est terminée. Puis, avant de réépouser son second mari, la femme devrait se marier provisoirement avec un troisième homme. Il faudrait qu’elle ait des relations sexuelles (avec le troisième homme), puis qu’elle divorce et qu’elle attende le temps de trois cycles menstruels. Alors elle pourrait vivre de nouveau avec le père de ses enfants.

 

Cette procédure moyenâgeuse est apparemment tirée d’un passage du Coran qui stipule qu’il « n’est pas légal » pour une femme divorcée de coucher avec son ancien mari « jusqu’à ce qu’elle épouse un autre homme que lui ».

 

Il s’agit donc simplement d’une des étapes où Mahmood peut (ou non) leur recommander de s’engager.

 

Après le départ du couple, un homme qui a assisté à cette audience demande à Mahmood s’il y aurait des « conséquences » sérieuses dans le cas où le couple décidait d’agir contre ces derniers conseils.

 

« Quoi ? » répond-il. « Tu penses que nous allons les lapider à mort ou quelque chose dans le genre ? »

 

Cette répartie est naturellement à prendre comme une plaisanterie.

 

Cependant, ce n’est pas le cas d’autres situations étranges et profondément préoccupantes dont j’ai déjà eu à traiter. […]

 

 

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 05:45

Selon L’obs : Les jeunes travailleurs aux Etats-Unis gagnent moins que ceux de la génération précédente au même âge alors que, pourtant, ils travaillent plus.

 

Le salaire médian des 16-24 ans, qui était de 28 131 dollars par an en 1980, a baissé de 11% en 35 ans. Le salaire annuel médian pour cette tranche d'âge n'était plus que de 25 000 dollars en 2015. Dans le même temps, les plus âgés, au-delà de 65 ans, gagnent beaucoup plus qu'en 1980. La paye médiane, pour ceux qui ne sont pas encore à la retraite, a grimpé de 37%. Ceux dans la tranche d'âge de 55 à 64 ans ne gagnent que 10% de plus qu'en 1980.

 

Tous âges confondus, le salaire horaire moyen est passé de 19 dollars en 1990 à 22 dollars en 2015, soit une augmentation de 16% en 25 ans. Globalement, les Étasuniens travaillent plus longuement qu’en 1980 (38h7 contre 38h1 et 46,8 semaines contre 43).

 

Les avantages sociaux ont aussi régressé. 69% des salariés sont assurés médicalement par leurs employeurs contre 77% en 1980. Quant à la retraite, seulement 45% des employés bénéficient de contributions de leurs employeurs à un plan retraite, contre 57% en 2001 et 50% en 1980.

 

 

Dans Res Publica, Evariste se demande où en est la gauche en France :

 

La situation française est le produit d’un ras le bol populaire à l’égard de la direction politique du pays depuis 2012 (avec les politiques d’austérité et la criminalisation de l’action syndicale organisée par le gouvernement), d’un processus de décomposition de toute la gauche qu’elle soit gouvernementale et néolibérale ou qu’elle soit la gauche de la gauche. Cette décomposition a pour principale cause le fait que la classe populaire ouvrière et employée qui représente 53 % de la population française s’abstient à 60 % aux élections.

 

Rappelons que François Mitterrand a été élu le 10 mai 1981 principalement parce qu’il a eu les suffrages de plus de 70  % des ouvriers et des employés. Le contraste est saisissant. Dans les colonnes de ReSPUBLICA, nous avons à de nombreuses reprises fourni un discours explicatif du pourquoi de ce désamour : politiques néolibérales, poussée du communautarisme dans la gauche de la gauche de préférence à la laïcité, facteur important en France d’unification du peuple mobilisé, refus des organisations à construire des campagnes d’éducation populaire refondée, ligne politique qui ne rompt pas avec le néolibéralisme et le communautarisme, stratégie électorale opportuniste, formation économique et politique quasi inexistante dans les partis et les syndicats, refus d’une analyse diachronique, refus de comprendre le réel du capitalisme aujourd’hui, etc.

 

 

Soyons heureux avec les Ressources Humaines, suggèrent ironiquement Julien Brygo et Olivier Cyran dans Le Monde Diplomatique 

 

« Les patrons n’exagèrent-ils pas un peu dans leur souci de faire le bonheur de leurs salariés ? Aux forçats du travail qui rament pour des queues de cerise et n’auraient peut-être pas songé à se poser pareille question, l’émission « Envoyé spécial », sur la chaîne publique France 2, vient d’administrer une édifiante leçon de rattrapage en nous emmenant sur les pas de Sophie, chief happiness officer dans une start-up parisienne spécialisée dans la vente en ligne d’articles de mode faits main. Inventé aux États-Unis, ce nouveau métier, que l’on pourrait traduire par « chef du service bonheur », consiste à « créer une bonne ambiance au bureau » en égayant le personnel par des repas, des soirées ou des sorties propres à souder le groupe et à galvaniser son ardeur à la tâche. Après le petit déjeuner offert aux salariés, la journée de Sophie « se poursuit à la supérette du coin, où elle fait les courses pour préparer un barbecue que l’équipe va déguster », indiquent les auteurs du reportage, apparemment subjugués, eux aussi, par le bain d’allégresse managériale où trempent les cinquante employés de l’entreprise. »

 

 

 

Dans La Tribune des Travailleurs, Daniel Gluckstein nous invite à découvrir la députée solférinienne Élisabeth Pochon :

 

« Mme Pochon couvre sa circonscription d’affiches proclamant que « depuis 2012 la gauche agit ». Pour preuve : « Maintenant, dans l’industrie, le coût du travail est moins élevé en France qu’en Allemagne. »
 On se frotte les yeux. Et pourtant, c’est bien là, imprimé blanc sur fond rouge : le coût du travail a baissé, c’est-à-dire que les salaires des travailleurs ont diminué, et la députée « socialiste » s’en réjouit. Il est vrai que les 50 milliards d’euros du pacte de responsabilité offerts aux patrons, le pillage incessant de la Sécurité sociale, le blocage des salaires, la déréglementation des droits par la réforme El Khomri, tout cela, c’est l’œuvre de son gouvernement de « gauche » ! »

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 05:39

N’en déplaise à Paul Ariès, c’est ainsi que, désormais, j’écrirai le nom de la publication qu’il dirige (et que j’aime énormément). Après tout, dans “Zindignées”, il y a les marques du masculin, du féminin et pluriel. Dans le fond, il n’y a aucune raison de s’arrêter au disgracieux é-e-s. Pourquoi peut-on encore lire dans le magazine de Paul « il pleut » ? Il faudrait tenter d’imposer quelque chose comme «eull pleut ». D’autant que « pluie » est féminin dans notre langue. Comme en espagnol, en arabe, en italien et en russe. Mais masculin en allemand et en polonais. Heureusement, jamais le politiquement correct (qui est de droite, ne l’oublions pas) ne vaincra le génie des langues.

 

 

Dans son éditorial, Paul Ariès craint que la vraie gauche de gauche puisse disparaître en 2017. Parce que « La fausse gauche “socialiste” est déjà convaincue que l’élection se gagnera sur le terrain de l’identité … terrain de chasse traditionnel de la droite et de l’extrême droite. Ajoutez-y une pincée de religieux et vous obtiendrez la recette parfaite pour que la gauche disparaisse en 2017 et ne laisse face à face qu’une droite plus outrancière et plus forte que jamais et une seconde droite “socialiste” toujours vivante mais rabougrie ».

 

 

Paul Ariès interroge Roger Martelli suite à la parution de son livre L’Identité, c’est la guerre : « La guerre des civilisations, nous dit-on, a radicalisé l’islam jusqu’à le constituer en armée visant à l’extermination de l’autre. La mondialisation, par ailleurs, a accentué le flux de population vers les pays riches, créant des poches civilisationnelles de plus en plus compactes et visibles.

 

 

 

Jean-Claude Paye se demande si le Brexit est un problème économique ou une question politique : « Si la Grande Bretagne faisait partie de l’UE tout en restant dehors, maintenant, elle sera dehors tout en restant dedans ». Bien vu !

 

 

Fatima Martin et Femenino Rural dénoncent les « vautours du micro-crédit » qui «sous prétexte de lutter contre la pauvreté avec la bénédiction d’organismes comme les Nations Unies (PNUD), USAID ou encore la Banque européenne d’investissement, les escroquent, les endettent et les ruinent ».

 

 

Ne faisons pas les étonnés : les insectes font de la résistance (Eva Lacoste). Ils «survivent à des pesticides, associés à des plantes génétiquement modifiés porteuses d’un gêne toxique. Les multinationales de l’agrochimie et autres Terminator n’ont rien d’autre à offrir qu’une fuite en avant destinée à nourrir des actionnaires résistants à toute forme de biodiversité et d’intérêt général ».

 

Jean-Luc Pasquinet se demande où relocaliser l’émancipation : « à la fois moyen et fin de la décroissance. Il existe dès le départ un parti pris, c’est celui de la décroissance de notre empreinte écologique comme condition de notre survie ».

 

 

Claude Calame réfléchit à l’avenir de l’homme et de son environnement : «L’urgence climatique exige de s’interroger sur l’impact des acticités humaines sur une nature envisagée non plus comme ensemble de ressources à disposition des hommes, mais comme écosystème à l’équilibre précaire. Quelles causes au changement climatique et à la dégradation de l’environnement ? Quelles conséquences, quelles alternatives ? »

 

 

Jean-Marc Sérékian analyse le fétichisme de l’énergie : « Signes persistant des temps de crise... va-t-il falloir nous y faire ? Désormais ce n’est plus par de grandes affiches ou de somptueux prospectus publicitaires touristiques que nous découvrons des iles de rêve et les sites paradisiaques de la planète, mais, de plus en plus et presque exclusivement, par des crimes d’écocide liés à des projets miniers ou pétroliers. Avec la crise de croissance du « Système technicien » et la résurrection high-tech de l’extractivisme, notre découverte des merveilles du monde s’apparente de plus en plus à une descente aux enfers...

On se trouve en présence d’une logique totalitaire arrivée au stade terminal de son développement... Le Système technicien, autonomisé et toujours plus obsédé par sa volonté de puissance, continue sa croissance perpétuelle pourrait nous dire Jacques Ellul. De fait, la frénésie extractive possède désormais les moyens technologiques et son vaste complexe industriel pour satisfaire encore sans entrave politique sa volonté d’expansion permanente. Le Système technicien apparaît aujourd’hui comme une véritable superpuissance transnationale autonomisée. Avec, exacerbé en première ligne, la technique de fracturation hydraulique, ivre de sa perfection, cette méga-machine impose partout une ruée vers la roche mère et son cortège de sacrifices environnementaux... Comment expliquer la possibilité de permis gazier sur l’île d’Anticosti, lorsqu’on a appris où se situe ce petit paradis ? »

 

 

Pour Thierry Brugvin, il ne faut naturellement pas confondre les antiproductivismes de gauche avec ceux de l’extrême droit. Soyons attentifs aux « partisans de l’écologie de la postmodernité » pour qui la solution réside dans la recherche de l’équilibre entre les excès de l’“hyperliberté”, de l’hypermodernité, de l’ordre conservateur, de l’ordre traditionaliste et de l’ordre autoritariste ».

 

 

Yann Fiévet explique qu’en France souffle le sale air de la peur : « Un climat de peur semble envahir inexorablement le royaume de France. Le monarque et ses ministres se servent allègrement de ce climat en même temps qu’il le suscite sournoisement. D’où vient la peur montante, à quelles sources s’alimente-t-elle ? Un tri est indispensable entre causes objectives et causes subjectives du phénomène. S’agissant de ces dernières il est difficile de nier que la production d’un environnement social anxiogène ne peut qu’être que propice à l’exacerbation de la peur. Parmi les facteurs anxiogènes, la dérive sécuritaire que représente l’accentuation du rôle répressif du couple police/justice ces dernières années en France est pour le moins déterminante. »

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 05:42

On se souvient de la catastrophe de Tchernobyl, avec ce nuage de mort qui s'était arrêté pile à la frontière française. C'est du moins ce qu'avait prétendu l'immense Alain Juppé, fort de sa morgue d'énarque. Aujourd'hui, pendant la campagne pour l'élection présidentielle, il va nous expliquer qu'il faut augmenter la TVA (l'impôt qui frappe en priorité les pauvres), repousser l'âge de la retraite à 65 ans (lui qui a touché la sienne à 57 ans après avoir servi de prête-nom aux turpitudes municipales de Chirac et alors qu'il faisait procurer à son fils un appartement à Paris pour un loyer dérisoire qu'il avait lui-même fixé).

 

Mais revenons à Cuba qui, comme Haïti, a été frappée par un ouragan d'une très grande violence. Hé bien figurez-vous que la médiacratie française n'a que fort peu évoqué cette catastrophe. La raison ? Je vous la laisse découvrir sous la plume de Michel Taupin dans les colonnes du Grand Soir :

 

 

 

Les médias : Tu n’as rien vu à Baracoa !

 

 

Vous les médias serviles, vous les faux-culs politicards qui ne cessez de calomnier Cuba en l’accusant ignoblement d’être une dictature, par aveuglement idéologique, vous voulez ignorer qu’un dictateur n’aime pas son peuple et ne cherche jamais à le protéger comme le fait aussi bien le gouvernement cubain, mais parce qu’il en a peur, il s’en méfie comme de la peste, et le réprime férocement.

 

Vous n’aimez pas Cuba parce qu’elle s’obstine à contrarier votre crédo libéral rampant. Alors, pas de victimes ? Pas d’information ! Les monstrueux dégâts que ce petit pays a subis ? Passés à la trappe ! Votre silence est affreusement coupable.

 

L’ONU vient de féliciter Cuba et citer en exemple l’efficacité du processus de protection de la population appliqué par la défense civile cubaine contre les catastrophes naturelles... Les médias sont muets...Vous n’en saurez rien !

Je vous conchie.

 

MT

 

(*) “Tu n’as rien vu à Baracoa !” – pour paraphraser le célèbre “Tu n’as rien vu à Hiroshima !” tiré du film d’Alain Resnais Hiroshima mon amour

 

 
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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 17:03

Peut-être plus que John Kennedy, dont le mythe et le style n’ont que peu survécu à sa mort (et dont la personne est désormais très controversée), Martin Luther King, courageux mais vite assimilé, Herbert Marcuse, visionnaire mais entendu uniquement par une élite intellectuelle, Bob Dylan a marqué de son empreinte les Etats-Unis dans les années soixante.

 

Texte publié sur mon blog en 2014, écrit dans les années 1970.

Peut-être plus que John Kennedy, dont le mythe et le style n’ont que peu survécu à sa mort (et dont la personne est désormais très controversée), Martin Luther King, courageux mais vite assimilé, Herbert Marcuse, visionnaire mais entendu uniquement par une élite intellectuelle, Bob Dylan a marqué de son empreinte les Etats-Unis dans les années soixante.

 

C’est qu’il a su, dans une période placée sous le signe de la guerre “ chaude ”, des tensions raciales, du complexe militaro-industriel, de la poussée technologique et du conflit des générations entretenir de façon originale, riche et heureuse, la communication sans laquelle une société se désagrège.

 

Dylan fut presque un dieu, ce qu’il n’avait pas voulu. Mais, dans le même temps, il fut diable car telle était assurément la portée de ses textes et de ses musiques. Pendant plusieurs années, il a mené une lutte âpre contre les valeurs de la société dominante avec, pour seule arme, une « symphonie des mots ». Il a révélé les tares et les contradictions du système, dénoncé l’absurdité et la turpitude des rapports humains en vigueur (à commencer par le racisme) et a été – avec quelques autres – à l’origine de la plus formidable campagne jamais ourdie aux Etats-Unis contre une guerre. C’est un peu facile, mais, rétrospectivement, on cherche encore le “ Dylan ” des guerres d’Irak et d’Afghanistan, à commencer par Dylan lui-même.

 

On peut imaginer ce qu’auraient pu être les Etats-Unis de ces années de tensions exacerbées sans Dylan. On peut se représenter le comportement de toute une jeunesse égarée, nihiliste et prête à tout en l’absence d’un prophète, d’un porte-parole calme, froid, détaché et sur de lui. Car si ce personnage intangible, quasi-mythique, a exacerbé, il a aussi temporisé et catalysé, ce qui a permis aux insatisfaits de tous âges et de tous bords de construire et non de détruire.

 

Robert Zimmerman, alias Bob Dylan, est né le 24 mai 1941 à Duluth, une ville moyenne située à la frontière du Minnesota et du Wisconsin. Ses grands-parents ont fui les pogroms de l’Europe de l’Est. Il reçoit le nom juif de Shabtai Zisel ben Avraham. Les parents de Bob jouissent d’un statut social moyen, mais la famille ne connaît pas la gêne grâce à l’emploi du père à la Standard Oil. En 1947, les Zimmerman s’installent à Hibbing, la ville possédant la plus grande mine à ciel ouvert du monde. La cité est conservatrice, très chrétienne. Le père de Bob fréquente le Rotary Club et la loge juive maçonnique B’nai Brith.

 

Très tôt, le jeune Robert ressent l’injustice sociale, qu’il dénoncera plus tard vigoureusement, et l’ennui. Son adolescence est ponctuée d’une série de fugues au cours desquelles il découvre les États-Unis. En 1953, à l’âge de 12 ans, il suit en tournée le guitariste de blues Big Joe Williams qui va lui communiquer l’émotion, les sensations propres à la musique populaire noire. En 1956, il compose sa première chanson dédiée, ô surprise, Brigitte Bardot (qui, à la même époque, fait également fantasmer Lennon et McCartney). Il écoute la musique country de Hank Williams et celle des musiciens de blues tels John Lee Hooker ou Muddy Waters.

 

En 1959, il s’inscrit à l’université de Minneapolis pour y suivre des cours d’art et s’installe dans le quartier étudiant de Dinkytown où évoluent toutes sortes d’artistes de la Beat Generation. Sa carrière estudiantine durera moins d’un an. Il découvre la musique folk (Pete Seeger en particulier). Il prend alors le pseudonyme de Bob Dylan, non pas sous l’influence du poète gallois Dylan Thomas mais parce que l’un de ses oncles se nommait Dillion. Il changera de nom légalement en 1962.

Son premier engagement d’importance date d’avril 1961, où il joue à New York en première partie de John Lee Hooker. Il fait à l’époque l’une des rencontres les plus importantes de sa vie en la personne de Woodie Guthrie (1912-1967), atteint de la chorée de Huntington. Il se plonge dans Bound for Glory, l’autobiographie du chanteur. Guthrie se situe très nettement à gauche. Sur toutes ses guitares, on pouvait lire « This machine kills fascists »).

 

Il écrivit plusieurs chansons à la gloire de Sacco et Vanzetti, exécutés en 1927. Dylan est frappé par la similitude de leurs personnalités et de leurs styles : même conscience sociale, même refus du modèle dominant étasunien, même simplicité des thèmes, même aptitude à transformer les mots les plus simples en images poétiques. Sur les conseils de Guthrie, Dylan s’installe à Greenwich Village et se produit pour un temps au Gerde Folk’s City. En 1961, CBS le découvre et lui fait enregistrer son premier disque intitulé simplement Bob Dylan.

 

 

 

 

 

Le disque Bob Dylan s’inscrit parfaitement dans la veine folk. Le chanteur interprète des chansons traditionnelles (“ House of the Rising Sun ” [voir mon analyse dans LGS de cette chanson et de quelques interprétations], “ Freight Train Blues ”), adapte d’anciens succès (“ You’re No Good ”, “ Highway 51 ”) tandis que sa contribution en tant qu’auteur est assez maigre, si l’on excepte la très belle “ Song to Woodie ”, dédiée à Guthrie.

 

Immédiatement, Dylan se distingue du flot des autres chanteurs folk. Il s’accompagne exclusivement à la guitare sèche et à l’harmonica. Sa voix rauque est surprenante et désagréable au point d’en devenir prenante et agréable. À mi-chemin entre le beatnick et l’enfant de chœur, il échappe à tous les stéréotypes : les chveux sont longs et bouclés, les vêtements sont négligés, les yeux de myope se cachent derrière d’épaisses lunettes noires, il méprise, pour le moment, l’argent et l’estime. Repoussant l’étiquette de chanteur engagé, il se veut le chroniqueur et le révélateur acerbe du malheur des humains et de leur aliénation matérielle et spirituelle.

 

En mai 1963, il produit The Freewheeling Bob Dylan (En roue libre). Cet album, disque de platine aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, assoit définitivement sa notoriété. Il contient “ Blowing in the Wind ” qui va devenir l’hymne des droits civiques. Sur tous les campus, on va la fredonner pendant un an du matin au soir et du soir au matin. La chanson attaque sans indulgence l’apathie, le non-engagement et l’indifférence de la majorité silencieuse face aux problèmes les plus brûlants qui corrodent les États-Unis. Elle va également devenir la bannière de ceux qui luttent pour l’intégration des Noirs alors qu’en fait deux vers seulement étaient spécifiquement consacrés à ce problème :

 

How many years can some people exist
Before they’re allowed to be free

 

Combien de temps encore devront vivre certains
Avant d’avoir le droit d’être libres.

 

Le ton de la chanson n’était point vindicatif ou hargneux. Dylan se contentait de poser des questions sans y répondre vraiment. Toutefois, il se réservait le droit de faire observer que la réponse existait puisqu’elle soufflait dans le vent.

 

 

 

 

Il y avait dans ce 33 tours deux chansons d’une violence rare pour l’époque : “ The Masters of War ”, les marchands de canons du complexe militaro-industriel et “ Oxford Town ”, inspirée par l’arrivée dans l’université du Mississipi du Noir James Meredith, un ancien soldat de l’armée de l’air étasunienne :

 

You that never done nothing
But build to destroy
You play with my world
Like it’s your little toy
You put a gun in my hand
And you hide from my eyes
And you turn and run farther when the fast bullets fly

 

Vous qui n’avez jamais rien fait
Que de construire pour détruire
Vous jouez avec mon univers
Comme si c’était votre joujou
Vous mettez un fusil dans ma main
Et vous vous cachez à ma vue
Et vous vous sauvez en courant
Quand les balles se mettent à siffler

 

He went down to Offord Town
Guns and Clubs followed him down
And because his face was brown
Me and my gal and my gal’s son
We got met with a tear gas bomb

 

Il est arrivé à Oxford Town
Harcelé par les fusils et las matraques
Seulement parce que sa figure était brune
Moi et ma femme et le fils de ma femme
On a été reçus à coups de bombes lacrymogènes.

 

Racisme anti-Noirs, racisme anti-jeunes. Dylan chante la fraternité et l’égalité raciale. On salue en sa personne celui qui réveille la conscience du pays. Allen Ginsberg, qui reconnut avoir pleuré lorsqu’il entendit pour la première fois “ A Hard Rain’s Gonna Fall ” : il avait « trouvé son archange » :

 

Oh enfin la radio parle
Invitation bleue
L’angélique Dylan chante pour la nation
Sa tendresse perce l’éther
Douces prières sur les ondes.

 

Pour clôturer le festival de Newport, ce festival qui, selon Jerry Rubin (qui deviendra reaganien dans les années quatre-vingt), ne réunissait que des libéraux et des curés, les participants avaient l’habitude d’entonner la traditionnelle chanson intégrationniste “ We Shall Overcome ”. Mais en 1963 le public obtient que “ Blowing in the Wind ” termine en apothéose la grande fête annuelle de la musique folk.

 

Dès lors, la popularité de Dylan est immense. Par lucidité, par crainte ( ?), il soupçonne la récupération, à gauche comme à droite. Il choisit alors d’être seul dans la foule, libre par rapport à l’engagement soudain – et on le sait désormais, qui ne durera pas – de toute une jeunesse, poète contre le militantisme politique.

 

En 1964, Dylan propose The Times They Are a-Changing et Another Side of Bob Dylan, dans la continuation logique de Freewheeling. La voix est plus assurée, les mélodies plus recherchées mais le style n’a pas vraiment évolué : un troubadour solitaire exprime le monde tel qu’il le ressent. La chanson “ The Times They Are a-Changing ” est immédiatement politique. Vingt ans après sa création, Dylan dira qu’elle était engagée, et aussi influencée par les ballades écossaises ou irlandaises (« Come All Ye Bold Highway Men, Come All Ye Tender Hearted Maidens »). « J’ai voulu écrire une chanson forte », expliquera-t-il, avec des strophes courtes s’empilant les unes sur les autres de manière hypnotique :

 

Come senators congressmen
Please heed the call
Don’t stand in the doorway
Don’t block up the hall

 

Come mothers and fathers
Throughout the land
And don’t criticize
What you can’t understand
Your sons and your daughters
Are beyond your command

 

The line it is drawn
The curse it is cast
The slow one now
Will later be fast
As the present now
Will later be past

 

The order is rapidly changing
And the first one now
Will later be last
For the times they are a-changing

 

Approchez sénateurs députés
Faites attention on vous appelle
Ne restez pas dans la porte
Ne bloquez pas le passage

 

Approchez mères et pères
Dans tout le pays
Et ne critiquez pas
Ce que vous ne pouvez comprendre
Vos fils et vos filles vous ont échappé

La ligne est tracée
Le sort est jeté
Qui est lent aujourd’hui
Ira vite demain
Tout comme le présent
Sera bientôt le passé
L’ordre des choses change rapidement
Et le premier aujourd’hui
Sera le dernier demain
Car les temps sont en train de changer

 

Avec Another Side, le ton n’est plus tout à faite le même. Fini la protest song. Le disque ne contient aucune chanson politique mais des expériences vécues ou rêvées, aux limites du surréalisme. La chanson “ My Back Pages ” rejette tout idéal politique et exprime la désillusion de Dylan par rapport à la folk songcontestataire. Avant, dit-il, il était « bien plus vieux ». Aujourd’hui, il se sent « plus jeune ». Dans ces deux disques, des chansons d’amour sourdent l’affliction et le désarroi sentimental d’un homme dont il est facile d’imaginer qu’il éprouve quelques difficultés dans sa relation aux femmes :

 

You say you’re looking for someone
Who’s never weak but always strong
To protect you and defend you
Someone to open each and every door
Who’ll pick you up each time you fall

A lover for your life and nothing more
But it ain’t me babe
No no no it ain’t me babe

 

Tu dis que tu cherches quelqu’un
Qui ne serait jamais faible mais toujours fort
Pour te protéger et te défendre
Quelqu’un qui t’ouvrirait toutes les portes
Qui te ramasserait chaque fois que tu tomberait
Un amant pour la vie et rien d’autre
Mais ce n’est pas moi ma chérie
Non non non ce n’est pas moi

 

Adieu la tendresse adolescente des chansons d’amour des deux premiers disques. Place aux débats adultes.

 

De mars 1965 à mai 1966, Dylan est au sommet de son art. Notons qu’au même moment la pop music anglo-étasunienne atteint une densité et une diversité créatrice qu’elle ne retrouvera peut-être jamais plus. Pour Dylan, il y a d’abord Bringing it All Back Home, dont le titre même symbolise le retour du poète vers des espaces intérieurs. De ce disque que l’on peut considérer comme le premier album de folk-rock (enregistré d’abord en acoustique puis en électrique), on peut retenir deux chansons, l’une qui tranche par sa violence caustique et l’autre par sa poésie surréaliste. “ Subterrenean Homesick Blues ” met en scène les petits Blancs aliénés par le système. Déclassés involontaires, ils ploient sous l’autorité sournoise, inflexible et inhumaine de l’ordre et de la morale établis.

 

Le premier vers de la chanson juxtapose distillation de la codéine et paysage politique :

 

Johnny’s in the basement mixing up the medicine
I’m on the pavement thinkin’ about the Government

 

Johnny est au sous-sol et mélange les médicaments
Je suis sur le trottoir et je pense au gouvernement

 

La chanson décrit également les conflits qui bouillonnaient entre les travailleurs et la société bien pensante et la contreculture de la décennies :

 

Walk on your tiptoes
Don’t try no dose
Better stay away from those
That carry around the firehose
Keep a clean nose
Watch the palin-clothes
You don’t need a weatherman to know which way the wind blows


[…]
Don’t steal don’t lift
Twenty years of schooling
An they put you on the day shift
Look out kid
They keept it all hid
Better jump down a manhole
Light yourself a candle
Don’t wear sandals
Don’t wanna be a bum
You better chew gum
The pump don’t work

 

Cause the vandals took the handles
Marche sur tes doigts de pied
N’essaie pas la drogue
Vaut mieux te tenir à l’écart
De ceux qui brandissent des lances à incendie
Mouche ton nez
Fais attention aux flics en civil
Tu n’as pas besoin de l’homme météo
Pour savoir d’où souffle le vent


[…]
Ne vole pas ne chaparde pas
Vingt ans à l’école
Et ils te font faire les trois-huit
Fais attention petit
On te cache tout
Tu ferais mieux de sauter dans un trou d’égout
Allume-toi une bougie
Ne porte pas de sandales
Tu ne veux pas être un clodo
Alors mâche du chewing gum
La pompe ne fonctionne pas
Car les vandales ont pris les poignées

 

La chanson fait clairement référence à la répression contre les manifestations pour les droits civiques (les lances à incendies). Elle annonce le groupe d’extrême gauche des Weathermen (qui tireront leur nom de la chanson). Plus généralement, comme l’écrivit Andy Gill, un des meilleurs spécialistes de Dylan, « toute une génération arriva à saisir l’air du temps au travers du tourbillon verbal de cette chanson. » Enfin, elle est très connu pour son célèbre clip vidéo, apparu pour la première fois au début du film de D.A. Pennebaker Don’t Look Back, où l’on voit le chanteur, dans une rue de Londres montrant des pancartes où sont inscrits des extraits de la chanson.

 

“ Mr Tambourine Man ” fut inspirée par un véritable et énorme tambourin, mais surtout par la culture de la drogue, omniprésente aux Etats-Unis dans certains milieux dès 1964. Le « magic swirling ship » du début de la chanson rappelle assurément “ Le bateau ivre ” de Rimbaud :

 

Though I know that evening’s empire
Has returned into sand
Vanished from my hand
Left me blind here to stand
But still not sleeping
My weariness amazes me
I’m branded on my feet
I have no one to meet
And the ancient empty streets
Too dead for dreaming


[…]
Then take me disappearing
Through the smoke rings of my mind
Down the foggy ruins of time
Far past the frozen leaves
The haunted frightened trees
Out to the windy beach


[…]
Let me forget about tody until tomoeeow
Je sais que l’empire du soir
Est retourné à l’état de sable
Aglissé de mes mains
Et m’a laissé aveugle
Mais pas encore endormi
Ma lassitude m’étonne
Mes pieds sont marqués au fer
Je n’ai personne à voir
Et les rues anciennes vides
Et mortes m’empêchent de rêver


[…]
Fais-moi disparaître
Dans les cercles de fumée de mon esprit
Dans les ruines brumeuses du temps
Très loin des feuillages gelés
Des arbres hantés et effrayés
Vers la plage de grand vent


[…]
Laisse-moi oublier aujourd’hui jusqu’à demain

 

But even the president of the United States
Sometimes must have to stand naked
Même le président des Etats-Unis
Doit parfois être nu


[…]
And if my thought-dreams could be seen
They’d probably put my head in a guillotine
Si l’on pouvait voir mes pensées
On verrait probablement ma tête sous une guillotine

 

Il n’en reste pas moins qu’avec Bringing it Dylan a rompu les liens qui l’unissaient à Joan Baez et la gauche traditionnelle. Il refuse par ailleurs de suivre la mode peace and love des hippies. Il s’enfonce seul dans un tunnel cahotique et fantasmagorique. Il fourbit ses armes : lucidité, dérision, images fantastiques, humour sarcastique et grinçant, visions absurdes et fabuleuses. Son œuvre devient noire, infernale et sublime.

 

Avec Another Side of Bob Dylan s’achève ce que les exégètes ont appelé sa « première période ». En deux ans, le chanteur-chroniqueur a tout remis en question : mode de vie et de pensée, style et expression, finalité de l’art populaire. Le rock des années cinquante avait – éventuellement – exprimé le refus nihiliste de révoltés exubérants. Réécoutons, par exemple, “ Jailhouse Rock ” par Elvis Presley en 1957.

 

Mais le rock rébellion a vite fait long feu. Frank Sintra l’a qualifié d’« aphrodisiaque dégoûtant ». Les racistes du Sud sont horrifiés à l’idée que la jeunesse saine et puisse être « contaminée par la musique des nègres qui les ramène à l’état d’animal ». Le sénateur McCarthy voit la main des communistes. Communistes, sûrement pas. Du n’importe quoi, parfois. Souvenons-nous de Jerry Lee Lewis qui met le feu à son piano avant de s’enfuir avec son épouse âgée de treize ans alors qu’il n’a pas encore divorcé de sa deuxième femme. Little Richard abandonne sa carrière de rocker et enregistre des gospels avec Quincy Jones. Elvis Presley part faire son service militaire en Allemagne avant d’enregistrer une version en anglais d’“ O Sole Mio ”. Chuck Berry se retrouve en prison pour vingt mois pour proxénétisme. Eddie Cochran, Buddy Holly et Richie Valens décèdent dans des accidents de transport. Gene Vincent se casse la hanche. Les États-Unis bien pensants imposent Paul Anka et Pat Boone.

 

Dylan, témoin de son temps, a réfléchi. Et ce qu’il avait à dire n’en eut que plus de portée. Très curieusement, son « message » fut entendu hors des EÉtats-Unis par des millions de jeunes qui connaissaient trois bribes d’anglais. Personne ne comprenait mais tout le monde savait peu ou prou de quoi il parlait.

 

Au festival de Newport de juillet 1965, Dylan connaît la plus grande humiliation de sa carrière, celle d’être sifflé par ses admirateurs les plus inconditionnels. L’artiste a compris que l’avenir est dans l’électricité. En écoutant les Beatles, les Rolling Stones ou les Beach Boys, il sait bien que l’universalité du langage pop passe par l’électricité. Il a engagé le guitariste Mike Bloomfield pour enregistrer son nouvel album, mi-acoustique, mi-électrique, Bringing it All Back Home. Cet album sera classé numéro un au Royaume-Uni mais sixième seulement aux États-Unis. Dylan va rompre à la fois avec le son acoustique et avec les méthodes et la phraséologie des libéraux de la folk song. Bref, le 24 juillet 1965, à Newport, Dylan monte sur scène avec le Paul Butterfiled Blues Band et entonne “ Like a Rolling Stone ” sous les huées.

 

En rompant de la sorte, Dylan suit à sa manière l’exemple des étudiants de la nouvelle gauche étasunienne. Lorsque, dès 1964, les étudiants de gauche avaient commencé à mettre sur pied des « universités libres », les premiers cours affichaient une orientation essentiellement politique et sociale. Puis ces étudiants avaient diversifié leurs champs d’étude : Marshall McLuhan, psychédélisme, mysticisme oriental, environnement. Dans la même optique, Dylan est arrivé à la conclusion que s’il persistait dans le genre ballade sociale, il risquait la sclérose. Pour échapper à ce dilemme, il choisit de dépasser un certain rationalisme politique en versant dans le surréalisme psychédélisant (c’est de cette époque que datent ses premières expériences hallucinogènes). Comme l’a expliqué Thedore Roszak dans Vers une contre-culure(1972), le parcours intérieur de Dylan n’était en rien révolutionnaire : « le projet qui était celui des beatnicks du début des années cinquante (se remodeler eux-mêmes, remodeler leur mode de vie, leurs perceptions, leur sensibilité) l’emporte rapidement sur le désir de transformer les institutions ou les politiques. » Dylan avait fait le pas qui l’éloignait d’un certain gauchisme pour le rapprocher de la psychothérapie narcissique de Timothy Leary : « Turn on, tune in, drop out » (Branche-toi, mets-toi au diapason, décroche). Le tout, sans souiller son art, bien au contraire.

 

Dylan enregistre Highway 61 Revisited (qui comporte l’immense succès “ Like a Rolling Stone ”) et Blonde on Blonde, pour beaucoup son grand œuvre. La Highway 61 est l’autoroute qui va de la Nouvelle Orléans à la frontière canadienne, en passant par Duluth, la ville natale du chanteur. Elle symbolise le mouvement, le rêve, la liberté.

 

“ Ballad of a Thin Man ” est l’une des chansons les plus fortes, les plus connotantes que Dylan ait écrite :

 

Well, you walk into the room like a camel, and then you frown
You put your eyes in your pocket and your nose on the ground
There ought to be a law against you comin’ around
You should be made to wear earphones
’Cause something is happening and you don’t know what it is
Do you, Mr. Jones ?

 

Tu pénètres dans la pièce comme un chameau et tu fronces les sourcils
Tu mets tes yeux dans ta poche et ton nez sur le sol
Il devrait y avoir une loi pour t’empêcher de traîner par ici
On devrait t’obliger à porter des écouteurs
Parce qu’il se passe quelque chose et tu ne sais pas ce que sais
N’est-ce pas, Mr. Jones ?

 

On peut lire cette chanson comme la mise à mort de l’intellectuel libéral, lâche et crédule. La question « Do you, Mr. Jones ? » est froide et sournoise. Jamais Dylan n’a autant méprisé certains de ses prochains. Dylan, lui-même a donné une analyse beaucoup plus prosaïque de cette chanson :

 

« C’est un ramasseur de balles. Il porte aussi des bretelles. C’est une vraie personne. Vous le connaissez, mais pas sous ce nom... Je l’ai vu entrer dans la chambre, un soir, et il ressemblait à un chameau. Il a commencé à ranger ses yeux dans sa poche. Je lui ai demandé qui il était et il a dit "C’est Mr. Jones". Alors j’ai demandé à ce chat "Il ne fait rien d’autre que ranger ses yeux dans sa poche ?" Et il m’a dit : "Il met son nez par terre". Tout est là, c’est une histoire vraie ».

 

« C’est un ramasseur de balles. Il porte aussi des bretelles. C’est une vraie personne. Vous le connaissez, mais pas sous ce nom... Je l’ai vu entrer dans la chambre, un soir, et il ressemblait à un chameau. Il a commencé à ranger ses yeux dans sa poche. Je lui ai demandé qui il était et il a dit "C’est Mr. Jones". Alors j’ai demandé à ce chat "Il ne fait rien d’autre que ranger ses yeux dans sa poche ?" Et il m’a dit : "Il met son nez par terre". Tout est là, c’est une histoire vraie ».

 

Le Jones en question est peut-être le Rolling Stone Brian Jones au moment de sa déchéance, qui ne comprenait plus ce qui lui arrivait. Dylan met peut-être aussi en scène certains fantasmes homosexuels. Les symboles phalliques sont nombreux : « il te tend un os », « un crayon à la main », « un nain borgne », « avaleur de sabres », « il te rend ta gorge », « Ah, l’avaleur de sabres, il s’avance vers toi / puis il s’agenouille », « Voilà, je te rends ta gorge, merci de me l’avoir prêtée », « Donne-moi du lait ou rentre chez toi ».

 

Les États-Unis sont en guerre : Vietnam, émeutes raciales. Dylan ne fait rien pour apaiser les tensions : il agresse, désempare et égare ses admirateurs en leur offrant des visions délirantes. Dans “ Tombstone Blues ” :

 

The ghost of Bell Star
She hands down her wits
To Jezebel the nun
She violently knits
A bald wig for Jack the Ripper
Who sits
At the head of the chamber of commerce.

 

Le fantôme de Belle Star
Transmet ses pouvoirs
À Jezebel la nonne
Elle tricote violemment
Une perruque pour Jacques l’Éventreur
Qui préside
La Chambre de Commerce

 

“ Desolation Row ” est une histoire à dormir debout, une Apocalypse de tous les jours :

 

Now the moon is almost hidden
The stars are beginning to hide
The fortunetelling lady
Has even taken all her things inside
All except for Cain and Abel
And the hunchback of Notre Dame
Everybody is making love
Or else expecting rain
And the Good Samaritan, he’s dressing
He’s getting ready for the show
He’s going to the carnival tonight
On Desolation Row

[…]

Einstein, disguised as Robin Hood
With his memories in a trunk
Passed this way an hour ago
With his friend, a jealous monk
He looked so immaculately frightful
As he bummed a cigarette
Then he went off sniffing drainpipes
And reciting the alphabet
Now you would not think to look at him
But he was famous long ago
For playing the electric violin
On Desolation Row

 

Maintenant la lune est presque cachée,
Les étoiles commencent à se cacher
La diseuse de bonne aventure
A même remballé toutes ses affaires
Tous à l’exception de Cain et Abel
Et du bossu de Notre-Dame,
Tout le monde fait l’amour
Ou encore attend la pluie
Et le Bon Samaritain, il s’habille
Il se prépare pour le spectacle
Il va au carnaval ce soir
Dans l’Allée de la Désolation

[…]

Einstein déguisé en Robin des Bois
Avec ses souvenirs dans une malle
Est passé par ici il y a une heure,
Avec son ami, un moine jaloux
Il avait un air si immaculément effroyable,
Comme il mendiait une cigarette
Puis il alla renifler les gouttières
Et réciter l’alphabet
Aujourd’hui il ne vous viendrait pas à l’idée de le regarder,
Mais il fut célèbre autrefois,
Comme joueur de violon électrique
Dans l’Allée de la Désolation

 

“ Rainy Day Women # 12& 35 ” est la première chanson de Blonde on Blonde. Il s’agit d’un pamphlet politique vu sous l’angle de la drogue. Dylan relate la vie d’une femme noire persécutée par les Blancs. Il joue sur l’expression “ To get stoned ” qui signifie à la fois être lapidé et être drogué, bien qu’il se soit jamais défendu d’avoir jamais écrit une chanson sur la drogue :

 

Well, they’ll stone you when you’re walkin’ along the streets
They’ll stone you when you’re tryna keep your seat
They’ll stone you when you’re walkin’ on the floor
They’ll stone you when you’re walkin’ to the door
[…]

 

They’ll stone you and then say they all are brave

They’ll stone you when you’re set down in your grave
Everybody must get stoned

 

Ils te lapideront quand tu marcheras dans la rue
Ils te lapideront quand tu essaieras de garder ton siège
Ils te lapideront quand tu marcheras sur le sol
Ils te lapideront quand tu iras jusqu’à la porte
Ils te lapideront puis diront que tu es brave
Ils te lapideront quand tu seras dans ta tombe
Tout le monde doit être lapidé

 

Une bonne partie de la jeunesse occidentale entendit le message douloureux du poète, ses certitudes, ses convictions, ses interrogations. Cet apôtre de la guerre du langage ne pouvait qu’effaroucher l’Amérique raisonnable et conformiste. Prophète romantique pour les uns, juif drogué et gauchiste pour les autres, Dylan se vit submergé par le torrent de passions qu’il avait fortement contribué à déclencher. Alors, il s’effaça de la scène et se retira dans sa ferme de … Woddstock. Il accomplit un retour vers les choses simples pour rentrer de nouveau dans sa peau. Il dépassionna la foule de ses admirateurs, cessa d’être l’icône qu’il avait été quatre ans durant. Lorsqu’en 1968 il eut achevé cette reconversion existentielle, il revint sous les traits d’un nouveau Robert Zimmerman.

 

L’idole mythique avait vécu. L’homme ressuscitait.

 

La sortie de John Wesley Harding en décembre 1967, après deux ans de retraite, provoqua surprise et désenchantement. Dylan abandonne l’électricité et revient à des racines plus folk. Son écriture est très dépouillée, loin de la profusion surréaliste. Ce, au moment où les grands groupes de l’époque produisent des disques d’une grande complexité : Their Satanic Majestic Request (Rolling Stones), Smiley Smile (Beach Boys), Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Beatles). Dylan fait des enfants, se plonge dans la Bible (le disque comporte des dizaines d’allusions bibliques). John Wesley Hardin fut un célèbre hors-la-loi texan, mais l’acronyme JWH fait aussi penser à Yaweh. “ All Along the Watchtower ” renvoie au Livre d’Ésaïe : « Elle vit de la cavalerie, des cavaliers deux à deux, des cavaliers sur des ânes, des cavaliers sur des chameaux ; et elle était attentive, très attentive. Puis elle s’écria, comme un lion : Seigneur, je me tiens sur la tour toute la journée, et je suis à mon poste toutes les nuits ; et voici, il vient de la cavalerie, des cavaliers deux à deux ! Elle prit encore la parole, et dit : Elle est tombée, elle est tombée, Babylone, et toutes les images de ses dieux sont brisées par terre ! »

 

All along the watchtower, princes kept the view
While all the women came and went, barefoot servants, too.
Outside in the distance a wildcat did growl
Two riders were approaching, the wind began to howl.

 

Tout au long de la tour de guet, les princes ne cessaient de surveiller
Tandis que toutes les femmes allaient et venaient, des serviteurs aux pieds nus, aussi. Dehors au loin un chat sauvage grogna,
Deux cavaliers approchaient, le vent commença à hurler.

 

 

 

 

Dans Nashville Skyline, Dylan se remet une nouvelle fois en question. Il rejette les solutions utopistes de JWH. Le disque, une succession d’apologues rigoureux et allégoriques, ramèle le créateur vers l’aspect concret des choses. Nier les problèmes ne les résout pas. La chanson clé de ce très court album est “ I threw it All Away ”, une observation biographique sans concessions :

 

Once I had mountains in the palm of my hand,
And rivers that ran through ev’ry day.
I must have been mad,
I never knew what I had,
Until I threw it all away.

 

So if you find someone that gives you all of her love,
Take it to your heart, don’t let it stray,
For one thing that’s certain,
You will surely be a-hurtin’,
If you throw it all away.

[…]

Autrefois j’avais des montagnes au creux de mes mains,
Et des rivières y coulaient tous les jours.
J’ai dû être fou,
Je n’ai jamais compris ce que j’avais,
Jusqu’à ce que je le jette.

 

Alors si tu trouves quelqu’un qui te donne tout son amour,
Enferme-le dans ton cœur, ne le laisse pas se perdre,
Car une chose est certaine,
Tu souffriras sûrement,
Si tu t’en dépouilles.

 

La chanson est lucide, triste sans être amère, empreinte de fatalisme et de remords mais point de cynisme ou de regrets. À la joie un peu forcée de JWH a succédé une conscience aigüe de la douleur. Dans sa quête du temps perdu, Dylan Dylan va transcender son affliction pour la transmuer en sagesse. La simplicité de son vocabulaire n’en est que plus purificatrice. Dans des chansons précédentes sur des amours faillies (“ Don’t Think Twice, it’s All Right ”, “ It Ain’t Me Babe ”, Dylan rejetait la faute sur l’autre. Cette fois, il assume.

 

Le disque s’inscrit également dans le cadre de l’opposition jour/nuit. La nuit représente l’ordre harmonique, donc social, des astres. « La nuit avec Peggy illumine mon avenir » (« Peggy night makes my future look so bright »). De l’éclat des étoiles jaillit la source de la vie et de l’amour. Inversement, la lumière du jour est mystificatrice, aliénante et antisociale. Témoin, par exemple “ Tell me That it Is Not True ”.


Un amoureux apprend par la rumeur publique que sa femme lui est in fidèle. Bien qu’il n’en laisse rien paraître, on le sent soupçonner la malveillance du quand-dira-t-on. Dylan critique ici une société qui empiète sur la vie privée :

 

They say that you’ve been seen with some other man,
That he’s tall, dark and handsome, and you’re holding his hand.
Darlin’, I’m a-countin’ on you,
Tell me that it isn’t true.


[…]

Les gens disent qu’on t’a vue avec un autre homme
Qu’il est grand brun et élégant et que tu lui tenais la main
Chérie, je compte sur toi
Pour me dire que ce n’est pas vrai.

 

Par son ambiguïté, ce disque représente un pas important dans le parcours intérieur de Dylan. En redéfinissant les rapports humains et en posant que la liberté de l’individu doit primer sur la volonté du groupe social, il fait œuvre “ progressiste ”. mais sur le plan de la forme, il utilise un idiome “ conservateur ”, le country and western de Nashville. Certes le country and western n’est pas en soi conservateur. C’est l’usage qu’en fait l’idéologie dominante qui le rend souvent ainsi, comme quand, dans les westerns, on massacre des Indiens au son de balades c&w. En 1968, Dylan déclarait : « Je ne fais pas de folk rock, ma musique est celle du sud des Etats-Unis. D’ailleurs, personne ne l’apprécie mieux que les habitants du Texas. » Dylan aurait donc volontairement changé de style mais aussi de public en délaissant une minorité contestataire (gauche estudiantine, hippies, intellectuels de la côte est etc…) au profit des adultes du prolétariat blanc, particulièrement celui des campagnes. Mais on peut également formuler l’hypothèse selon laquelle Dylan n’aurait jamais cessé de s’adresser au même public, Nashville Skyline étant alors la concrétisation artistique d’un itinéraire métaphysique menant le chanteur et ses adeptes de la ville vers les espaces ruraux dans une expérience plus mentale et sensuelle que physique et sociale.

 

Jusqu’à Nasville Skyline, les albums de Dylan renferment une logique interne indéniable : révolte dans Freewheelin, introspection dans Bringing it All Back Home, folk rock expérimental dans Highway 61 et Blonde on Blonde, résurgence de “ country ” dans Nashville, recherche du passé dans JWH. Ce ne sera pas le cas de Self Portrait (juin 1970) et New Morning (novembre 1970).

 

Dans les deux disques, le bon et le banal font bon ménage. Les innovations y côtoient les artifices commerciaux les plus éculés. Les vingt-quatre chansons de Self-Portrait où la contribution de Dylan en tant qu’auteur-compositeur est très mince (cinq nouvelles chansons) ne constituent en fait qu’un inventaire hétéroclite des goûts – à l’époque – du chanteur. On y trouve des redites (« Like a Rolling Stone », « She belongs to Me », de la chanson traditionnelle (« Days of “ 49 ” »), du “ folk-rock ” de bonne facture (« The Boxer »), du mauvais Presley (« Blue Moon »), une version guimauve et mal décalée de « Je t’appartiens » de Gilbert Bécaud (« Let it Be Me »), tout cela au son de guitares hawaïennes et d’un chœur féminin et susurrant.

 

Globalement, la critique rejettera cet “ autoportrait ” et respirera avec New Morning qui, n’annonce cela dit, en rien, une aube nouvelle. Dylan retrouve (reprend ?) sa voix nasillarde des débuts en abandonnant son timbre de faux crooner. La chanson la plus populaire du disque sera « If not for You », reprise par George Harrison.

 

 

 

 

Pas inintéressant est « Father of Night », une interprétation de la prière juive Amidah. « Day of the Locusts » est un souvenir cynique du très court séjour de Dylan à l’université Princeton quand il y reçut un doctorat Honoris Causa. À noter également « Sign on the Window », la chanson sans prétention d’un père de famille optimiste quant à son avenir :

 

Looks like a-nothing but rain . . .
Sure gonna be wet tonight on main street . . .
Hope that it don’t sleet.

 

Build me a cabin in Utah
Marry me a wife, catch rainbow trout
Have a bunch of kids who call me “Pa”
That must be what it’s all about
That must be what it’s all about

 

On dirait un rien, mais la pluie. . .
Sûr que le soir va être humide dans la rue principale. . .
Espérons qu’il n’y aura pas de neige fondue.

 

Me construire une petite maison dans l’Utah,
Me trouver une épouse, attraper des truites arc en ciel,
Avoir une flopée d’enfants qui m’appellent « papa »,
Ça doit être ça la vie,
Ça doit être ça la vie.

 

Au final, l’expression de l’album est plutôt plate, avec un réel manque d’imagination, dans la forme plus que dans le fond.

 

Quel fut l’apport de Dylan durant ces riches années ?

 

En premier lieu, l’œuvre du chanteur se pose comme une synthèse habile du blues et de la musique traditionnelle blanche. Dylan a voulu intégrer le blues au patrimoine musical de son pays en l’utilisant comme un genre “ folk ” parmi d’autres. En greffant le blues comme un anticorps. La synthèse blues-folk et le transfert qu’opéra Dylan entre ces deux genres débouchèrent sur une vision du monde complexe, contradictoire. Dans ses folks “ bluesés ” et dans ses blues “ folklorisés ”, le créateur mit l’accent sur deux points importants : la culture, le “ way of life ” étasunien sont oppressifs et aliénants ; et pourtant personne n’y peut rien car la fatalité dans tout son déterminisme règle nos vies. Par certains côtés, Dylan justifia les espoirs délirants que de nombreux contestataires avaient mis en lui. Mais on peut voir aussi une bonne partie de son œuvre de l’époque comme lénifiante, voire récupératrice.

 

Dans “ A Hard Rain’s Gonna Fall ” (The Freewheeling Bob Dylan), Dylan projetait le présent dans l’avenir et l’on tressaillait à la vue d’images (objectives et subjectives) qui étaient à la fois des visions futuristes et des constats axés sur le présent.

 

Oh, where have you been, my blue-eyed son ?
Oh, where have you been, my darling young one ?
I’ve stumbled on the side of twelve misty mountains,
I’ve walked and I’ve crawled on six crooked highways,
I’ve stepped in the middle of seven sad forests,
I’ve been out in front of a dozen dead oceans,
I’ve been ten thousand miles in the mouth of a graveyard,
And it’s a hard, and it’s a hard, it’s a hard, and it’s a hard,
And it’s a hard rain’s a-gonna fall.

 

Où as-tu été, mon fils aux yeux bleus ?
Où as-tu été, mon cher petit ?
J’ai trébuché sur le bord de douze montagnes brumeuses,
J’ai marché et j’ai rampé sur six routes tordues,
J’ai marché au cœur de sept forêts tristes,
Je me suis retrouvé devant une douzaine d’océans morts,
J’ai marché dix mille miles dans la bouche d’un cimetière,
Et c’est une pluie torrentielle qui va tomber.

[…]

I saw a newborn baby with wild wolves all around it
I saw a highway of diamonds with nobody on it,
I saw a black branch with blood that kept drippin’,
I saw a room full of men with their hammers a-bleedin’,
I saw a white ladder all covered with water,
I saw ten thousand talkers whose tongues were all broken,
I saw guns and sharp swords in the hands of young children,

 

J’ai vu un nouveau né entouré de loups sauvages,
J’ai vu une route de diamants avec personne dessus,
J’ai vu une branche noire dégoulinante de sang,
J’ai vu une pièce pleine d’hommes avec leurs marteaux qui saignaient,
J’ai vu une échelle blanche toute couverte d’eau,
J’ai vus dix mille bavards dont la langue était brisée,
J’ai vu des fusils et des épées effilées dans la main de jeunes enfants

 

Le mélange d’onirisme et de réel était saisissant sans que l’on sache très bien où Dylan voulait nous emmener (l’échelle blanche couverte d’eau). La pluie torrentielle renvoyait-t-elle au danger nucléaire ou à l’image biblique d’un déluge qui noierait toutes les iniquités du monde ?

 

Autre chanson « engagée » : “ The Lonesome Death of Hattie Caroll ” (The Times they Are-a-Changing). Dans un bar (histoire vraie), un Blanc tue une serveuse noire qui ne lui avait pas amené son bourbon assez rapidement. Il sera condamné à six mois de prison. Dylan expose les faits froidement mais émaille sa chanson de détails larmoyants qui auraient fait pleurer les lecteurs de Harriet Beecher-Stowe : elle avait donné naissance à dix enfants, ne s’asseyait jamais à table.

 

On retiendra néanmoins le rôle de catalyseur, d’éveilleur de consciences de Dylan, même s’il fit l’objet de manipulations et de récupérations.

 

Lorsqu’en 1960 John Kennedy parvient au pouvoir, la jeunesse estudiantine le soutient dans sa majorité. Mais quand, en 1961, il tente en vain d’investir Cuba, la confiance reflue. Un parti étudiant (Students for a Democratic Society) naît en 1964, principalement en opposition à la guerre du Vietnam.

 

 

 

 

Il comptera jusqu’à 100 000 adhérents en 1968. Bien que non marxiste, ce parti suscite l’inquiétude des pouvoirs publics. Pour assagir cette jeunesse contestataire et pour satisfaire aux demandes du mouvement du pasteur Martin Luther King, l’administration démocrate propose plusieurs lois-cadres en faveur des Noirs. À cette politique jugée paternaliste, le monde des campus répond par un durcissement dans la radicalisation. Encouragé par le Student Nonviolent Coordinating Comittee (comité de coordination non violent des étudiants, un des principaux organismes du mouvement des droits civiques afro-américains), le SDS se détourne de ses préoccupations plutôt corporatistes et porte la lutte au plan social et politique. Dès lors, la contestation gagne en vigueur ce qu’elle perd peut-être en cohérence. Le SNCC accepte le principe de l’action violente (voir les émeutes du Watts à Los Angeles, 34 morts, 1 000 blessés), expulse les quelques militants blancs de son sein. Acculés à l’extrémisme, ceux-ci politisent davantage leur lutte, prennent nettement position contre la guerre du Vietnam (le principe de conscription fait que tout étudiant peut être enrôlé) et contre l’impérialisme en général, tout en dénonçant les liens qui unissent l’université (Berkeley en particulier) au Pentagone.

 

 

 

 

Le point de non-retour est franchi. Le libéralisme est mort. Ces étudiants se détournent du rock qu’ils jugent trop fabriqué et trop lié à des intérêts commerciaux. Ils lui préfèrent des genres plus traditionnels, plus établis dans la conscience collective du pays : le country and western et la folk song. Cette démarche est dictée par des préoccupations de dépouillement esthétique et de purisme idéologique. Ces deux genres ne sont pas chantournés. La forme est simple et le message direct.

 

Le show business apprécia le retour en force du country and western. N’exprimait-il pas en profondeur la mentalité de l’Amérique des pionniers, son individualisme farouche, son goût pour une morale austère, son esprit de la frontière ? Quant à la folk song, le show business saurait en avaliser l’impact idéologique, ce genre exprimant une vision du monde non conformiste et généreuse, parfaitement analysable et assimilable par la critique. Dans un premier temps, “ Blowing in the Wind ” choquera par sa virulence. Dans un second temps, les mass medias transformeront sa philosophie contestataire et utopique en philosophie oppositionnelle. À la gauche chantante étasunienne, on offrira même un festival rituel parce qu’annuel (Newport).

 

Dès le début de sa carrière, le chanteur fut plus ou moins fabriqué par sa maison de disques (CBS) et son producteur Albert Grossman. Grossman n’était guère apprécié du monde folk, nettement marqué à gauche, pour qui il n’était rien d’autre qu’un requin.

 

 

 

 

Pourtant, l’homme avait du flair. C’est, par exemple, lui qui réunit Peter Yarrow, Noel Stookey et Mary Travers en un groupe (Peter, Paul and Mary). Le jeune Dylan aimait et avait confiance en Grossman qui l’hébergea (avec Joan Baez) dans sa maison de Woodstock où, plus tard, le chanteur achèterait une propriété. La photo de couverture de Bringing it All Back Home fut prise dans la résidence de Grossman. Le personnage féminin tout habillé de rouge, sur la pochette du disque, n’est autre que la femme de Grossman.

 

 

 

 

Dylan rompit les contrats qu’il avait signés avec Grossman en 1970, après avoir compris que le producteur avait raflé – le plus légalement du monde – 50% des droits de ses chansons.

 

Dans son deuxième trente-trois tours (Freewheeling), Grossman et CBS lui firent exprimer l’optique de gauche du parti étudiant Students for a Democratic Society. « Masters of War » (1963) fulmine contre les marchands de canons, les voue aux foudres de l’enfer mais ne démystifie pas le fameux complexe militaro-industriel dénoncé par l’ancien président Eisenhower. La critique reste platement morale :

 

Jésus lui-même ne pardonnerait jamais
Ce que vous faites

 

Dans le poignant blues parlé « Talking World War III Blues », Dylan propose une vision du type l’Eden et après, ou alors appelle à la rescousse la “ légendaire sagesse ” du président Lincoln :

 

Well, I spied me a girl and before she could leave
"Let’s go and play Adam and Eve"
I took her by the hand and my heart it was thumpin’
When she said, "Hey man, you crazy or sumpin’
You see what happened last time they started".


Half of the people can be part right all of the time
Some of the people can be all right part of the time
But all of the people can’t be all right all of the time
I think Abraham Lincoln said that
"I’ll let you be in my dreams if I can be in yours"
I said that.

 

Je repérai une fille et avant qu’elle n’ait pu me quitter
Je lui dis
« Si on jouait à Adam et Eve »
Je lui pris la main, mon cœur battait
Quand elle me dit « Dis-donc mon bonhomme, tu es fou ou quoi
Tu as vu ce qui est arrivé la première fois que tout a commencé

La moitié des gens peuvent avoir en partie raison tout le temps
Certains peuvent être parfois dans le vrai
Mais personne ne peut avoir entièrement raison tout le temps
C’est ce qu’à dit, je crois, Abraham Lincoln
Je te ferai entrer dans mes rêves si tu me fais entrer dans les tiens
Moi, j’ai dit cela.

 

Dylan n’était pas aussi libre que le titre trompeusement alléchant de son album le laissait entendre. Invité de l’“ Ed Sullivan Show ”, le programme de variété le plus suivi des Etats-Unis, Dylan propose de chanter « Talking John Birch Society Blues ». Dans cette chanson très satirique, un narrateur parano, membre (en secret) de la société raciste bien connue, cherche des communistes partout, jusque dans la cuvette de ses toilettes. Il est très inquiet que le drapeau de son pays comporte des bandes rouges ! Comme il ne trouve de communistes nulle part, il se demande si lui-même n’est pas communiste. Il mène l’enquête dans sa propre tête. Ed Sullivan était tout à fait d’accord pour que Dylan interprète cette chanson. Mais l’entourage refusa. CBS en profita pour interdire à Dylan d’enregistrer la chanson.

 

À cette époque, la vision du monde qu’exprime Dylan est bien moins révolutionnaire qu’idéaliste. En écoutant Dylan, les jeunes se regardent mais n’agissent guère. Le chanteur n’est que le miroir de leurs débats intérieurs.

 

En 1966, la guerre du Vietnam bat son plein. Dans les universités, les étudiants de gauche font grève sur grève et organisent des « teach-ins » (des forums, des débats sans ordre du jour). D’autres, plus radicaux, quittent les campus et constituent des communautés rurales et urbaines (un exemple ici). Haight Ashbury à San Francisco, l’East Village à New York deviennent des pôles d’attraction pour les hippies.

 


Face à ce phénomène de rejet radical, le pouvoir reste quelque temps perplexe. Puis il entrevoit une possibilité de récupération. Ces jeunes commettent en effet trois « maladresses ». Au lieu de porter la bonne parole dans tous les coins et recoins du pays, ils s’isolent du reste de la société. Face à la brutalité et l’ampleur de l’engagement militaire au Vietnam, ils restent passifs, préférant un message « d’amour et de paix » à l’action militante. Enfin, au lieu de démystifier le matérialisme et le puritanisme de leurs parents, ils se jettent dans les bras de Vichnou ou dans le giron d’autres croyances exotiques.

 

 

 

 

En bonne logique, les grands noms de la pop music du moment créent des œuvres exprimant une posture du retrait (“ She’s Leaving Home ” des Beatles), des sentiments pacifistes (“ San Francisco ” de Scott McKenzie, le goût pour les voyages hallucinogènes : “ Mr Tambourine Man ” de Dylan :

 

Take me for a trip upon your magic swirling ship
All my senses have been stripped
My hands can’t feel to grip
My toes too numb to step
Wait only for my bootheels to be wandering


[…]
Then take me disappearin’ through the smoke rings of my mind
Down the foggy ruins of time, far past the frozen leaves
The haunted, frightened trees, out to the windy beach
Far from the twisted reach of crazy sorrow
Emmène-moi dans un voyage dans ton bateau magique tourbillonnant
Tous mes sens ont été dépouillés
Mes mains ne peuvent agripper
Mes orteils sont trop engourdis pour faire un pas
Ils attendent seulement que les talons de mes bottes vagabondent


[…]
Puis fais-moi disparaître dans les volutes de fumée de mon esprit
Dans les ruines brumeuses du temps, loin des feuillages gelés
Des arbres effrayés et hantés, vers la plage venteuse
Hors de l’atteinte tordue du chagrin fou

 

On pense aussi à la critique prêchi-prêcha du système : “ Subterrenean Homesick Blues ” de Dylan ou, caricature de toutes les chansons « engagées » de l’époque, “ The Eve of Destruction ” de Barry Mc Guire :

 

The eastern world, it is explodin’.

Violence flarin’, bullets loadin’

You’re old enough to kill, but not for votin’

You don’t believe in war, but what’s that gun you’re totin’

And even the Jordan River has bodies floatin’


 

Le monde oriental, il est en train d’exploser
La violence s’embrase, les balles sont dans le chargeur
Tu es assez vieux pour tuer, mais pas pour voter
Tu ne crois pas en la guerre, mais c’est quoi ce flingue que tu trimballes ?
Et même sur le fleuve Jourdain flottent des cadavres

 

Par l’art, le champ des luttes fut intégré à la pop music. La musique devint un message en soi. Le talent, la poésie, le génie de vulgarisateur d’un créateur comme Dylan (“ Subterranean Homesick Blues ”puise dans les romans de Kerouac, dans la chanson “ Taking it Easy ” de Woodie Guthrie et dans “ Too Much Monkey Business ” de Chuck Berry), incitèrent les jeunes à penser la pop music en termes de culture autonome. Ce qui permit à la culture traditionnelle, vu le rapport des forces, de la digérer.

 

On peut alors peut-être avancer que, tant que les artistes énonceront le monde au lieu de l’annoncer, ils feront beaucoup de bruit pour rien.

 

 

PS : pour ceux qui douteraient encore de la poésie de la langue de Dylan, de sa prodigieuse inventivité, je recommande cet article (en anglais) de mon ami et néanmoins collègue, le linguiste Jean-Charles Khalifa. 

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 05:42

Dans une interview au journal belge De Standard, Choudary explique qu’il veut décourager les immigrants musulmans de s’intégrer dans la société belge telle qu’elle est. Pour la conversion de la population, il envisage quatre méthodes : « Ou bien la majorité de la population se convertit à l'islam ; ou bien une puissance islamique étrangère conquière ce pays, ou bien il y aura une rébellion contre l'oppression des musulmans ; ou bien encore les musulmans renverseront le gouvernement. La société sera unie par l'islam ». Pour la Grande Bretagne, ses visées sont également très pédagogiques. Á la question : votre organisation veut faire du palais de Buckingham une mosquée et transformer radicalement Trafalgar Square, il répond : « Nous voulons montrer comment la vie va changer. La monarchie devra disparaître. L’idolâtrie sera interdite, la statue de l’amiral Nelson à Trafalgar Square devra disparaître. Une horloge islamique sera installée fort à propos. Tous les droits fondamentaux seront respectés. Tous les besoins seront satisfaits. L’essence, le gaz, l’électricité et l’eau seront gratuits ».

 

Un seul parti a demandé aux autorités de fermer le tribunal islamique d’Anvers : le Vlaams Belang, parti d’extrême droite proche du Front National français, hostile à toute immigration et défenseur de la culture européenne « supérieure aux autres ». Par un raisonnement difficile à réfuter, il estime : « Á l'évidence, vous ne pouvez pas avoir un système parallèle de tribunaux islamiques avec des jugements basés sur des principes qui sont en opposition avec les valeurs de notre démocratie constitutionnelle ». Voilà où les Belges en sont !

 

En Allemagne, les activistes de la Charia sont désormais poursuivis. Le tribunal suprême de Düsseldorf a ouvert un procès à l’encontre de huit membres de la “police de la charia”. Cette cour a annulé la décision du tribunal de Wuppertal qui avait refusé d'examiner l'affaire. La police de la charia a commencé à effectuer ses patrouilles dans les rues de la ville de Wuppertal en 2014. Les “policiers” demandaient aux habitants de la ville de respecter la charia et diffusaient des affiches expliquant ses règles principales : interdiction de consommer de l'alcool, des drogues et de jouer aux jeux de hasard. 

 

Dans le pays, les tensions sont croissantes. Á Stuttgart, 400 manifestants pro-migrants ont été arrêtés. Le parquet les accuse d’avoir violé l'interdiction du port d'uniforme lors des manifestations ou rassemblements. En décembre 2015, le parquet a arrêté à Mönchengladbach un certain Sven Lau, catholique converti à l’islam, l'un des fondateurs de la “police de la charia” de Wuppertal. Il opérait dans la région de Düsseldorf où il était en contact avec des djihadistes allemands de l'Etat Islamique. Auparavant, le parti allemand d'extrême-droite Die Rechte avait annoncé avoir créé un service d'ordre en réponse à la “police de la charia”, la Stadtschutz (protection municipale), chargé de patrouiller dans les rues et les transports en commun de la ville de Dortmund.

 

L'islamisme est-il conquérant ? (IV)

Dans plusieurs pays européens, l'affiche ci-dessus a été placardée dans des secteurs urbains à forte concentration musulmane. Il s'agit d'une occupation tranquille, ignorée des médias, que les autorités refusent de simplement prendre en compte de peur de déclencher des émeutes.

 

L’islam sans gêne mais sans entraves peut parfois se permettre l’impensable. Comme à Londres, au pied de l’Abbaye de Westminster, un endroit dont l'accès est interdit.

L'islamisme est-il conquérant ? (IV)

 

En France, nous n’en sommes pas là mais l’esprit de la démarche est identique lorsqu'à la RATP des chauffeurs islamistes refusent de conduire un bus après une femme. Á chaque fois, il s’agit, par une petite provocation (ou une énorme dans le cas de Westminster Abbey), de faire reculer la loi démocratique, et de tenir pour acquises, “normales”, “peu dérangeantes” des pratiques illégales. Le paradoxe est que, plus on fait un pas vers une acceptation des exigences de l’autre, plus l’écart entre les communautés s’agrandit. Plus on interdit dans les écoles primaires des bonbons Haribo – sensés contenir de la gélatine de porc (en fait, le plus souvent, de bœuf) – plus on divise les parents et les enfants en cessant, par exemple, de les réunir une fois par an dans des fêtes de fin d'année. La religion ayant repris sa course en avant dans les pays musulmans, avec toutes ses contradictions, l’immigration en Europe transporte cette évolution dans ses bagages. En Europe, l’islam est la religion qui croît le plus rapidement.

 

Dans l'islam comme dans tous les domaines, les minorités actives s'imposent aux majorités au ventre mou. Et cela colle parfaitement avec les logiques commerciales et capitalistiques. 70% de la viande provenant de Nouvelle-Zélande au Royaume Uni est halal, alors que la population n'est évidemment pas musulmane à 70%. Tout simplement parce qu'un observant halal ne peut pas manger de la nourriture non halal alors qu'un laïque peut très bien manger halal (ou casher). Ceci ne concerne évidemment  pas le porc mais pour 51% de l'agneau, 31% de la volaille et 7% du bœuf. De mêrme qu'une minorité anti-alcoolique a imposé la prohibition aux États-Unis, une minorité islamiste est en train d'imposer le voile sous toutes ses formes en Europe. Prôner la tolérance absolue pourrait déboucher sur la fin de la tolérance. On a pu observer ce paradoxe dans le champ de la (ou des) liberté.

 

Les dirigeants européens (politiques et économiques) souhaitent davantage d’immigration pour rajeunir la population (3 enfants par famille musulmane au Royaume Uni contre 1,8 dans les familles non musulmanes) et pour fournir une main-d’œuvre acceptant les tâches les plus pénibles pour des salaires médiocres. Mais un migrant emporte toujours sa culture à la semelle de ses souliers. Une réussite économique due à l’immigration, comme ce fut le cas aux Etats-Unis, ne mène pas forcément au consensus culturel, moins encore à l'assimilation, tout particulièrement lorsque, en cas de (fausse) crise, la classe dominante jette les individus et les groupes les uns contre les autres.

 

Le terrorisme n’est pas le danger principal auquel l’Europe doit faire face. Le problème, c’est une intégration ratée, une marginalisation culturelle et économique de groupes de plus en plus importants, y compris de populations « de souche » qui ont déjà commencé à nourrir le fascisme dans toute l’Europe parce qu'elles ne se sentent plus chez elles face à des minorités multiculturelles, toutes étant des victimes de la mondialisation capitaliste.

 

(Fin)

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 05:47

Par-delà ces menées extrémistes, il est une réalité profonde et durable : au Royaume-Uni, 100 000 couples vivent selon la Charia. Ce chiffre est en augmentation régulière – 75% en dix ans – dans un pays qui compte 3 100 000 musulmans (plus d'un million à Londres), dont 50% nés à l'étranger (1 000 000 en 1991). La “polygamie secrète” concerne principalement des familles des classes moyennes implantées depuis trois ou quatre générations. Ces pratiques se développent au sein des trentenaires, de plus en plus religieux. Nombreux sont désormais les jeunes musulmans qui n’inscrivent plus leur union au registre officiel civil (au Royaume Uni, on peut choisir entre le mariage religieux, le mariage civil, ou les deux : en cas de mariage religieux, notification doit être faite au bureau de l'État civil 16 jours avant la cérémonie et un officiel doit être présent). La population musulmane est jeune : un musulman sur quatre a moins de 10 ans et la population ne compte que 4% de plus de 65 ans contre 16% chez les non-musulmans. Le prénom Mohammed (également épelé Muhammed, Mohammad, ou Mohamed) a été le plus donné en 2015 outre-Manche. Le pays compte environ 100 000 convertis à l'islam (5200 en 2011), dont 66% de femmes. Entre 2001 et 2009, la population musulmane a augmenté neuf fois plus rapidement que la population non-musulmane.

 

En 2014, le Barreau de Grande-Bretagne permettait à ses membres de rédiger des testaments appliquant la Charia. Les femmes pouvaient dès lors être privées de leurs droits de succession, tout comme les enfants nés hors mariage et les non musulmans mariés à des musulmans. Nicholas Fluck, président du Barreau, pensait que ces dispositions permettraient de promouvoir de bonnes pratiques en matière d’application des principes islamiques dans le système judiciaire britannique. La majorité des avocats britanniques s'insurgea contre la ligne de leur président, en particulier ceux qui voyaient là une première étape vers un système de justice parallèle pour les communautés musulmanes. La baronne Cox, conservatrice mais très ancienne militante des droits humains estima que les suffragettes allaient se retourner dans leur tombe. Je dirai pour ma part que, par respect des différences et du communautarisme, le Royaume Uni revenait cent ans en arrière et installait dans les faits – on me pardonnera cette expression un peu crue – une législation pour citoyens de seconde zone (les wogs – métèques – qui, autrefois, « commençaient à Calais », vivant désormais dans le pays). Face à la réaction outragée de la majorité de la profession, les directives furent retirées. le Barreau s'excusa. Keith Porteous, Secrétaire Général de la Société Nationale pour la laïcité – fondée en 1866 et qui prône la séparation de l'Église et de l'État – s'est alors félicité en ces termes : « Il s’agit d’un revers important pour ce qui semblait être la marche acharnée vers l’incorporation de facto de la Charia dans le droit britannique. Jusqu'à présent, les politiques et l'establishment judiciaire ont encouragé ce processus ou mollement refusé de reconnaître ce qui se passait. Je félicite le Barreau d'avoir tenu compte des objections présentées par nous-mêmes et d’autres personnes. Il s’agit d’une nouvelle particulièrement heureuse pour les femmes qui sont particulièrement maltraitées par la Charia, un code qui n'a pas été défini de manière démocratique, qui ne se conforme pas aux droits de la personne et qui est discriminatoire ». En juillet 2016, cela dit, la nouvelle Première ministre, Theresa May, reconnaissait l'utilité de la Charia, même si elle concédait que certaines réformes étaient nécessaires. Elle affirma que le pays ne pouvait que « bénéficier grandement des enseignements de la Charia ».

 

L'islamisme est-il conquérant ? (III)
L'islamisme est-il conquérant ? (III)

Á Anvers, plus de la moitié des mosquées sont contrôlées par des musulmans extrémistes, y compris l’organisation Deobandi qui fut l’une des inspiratrices des talibans afghans (ce qu’elle dément). Dans cette ville, un tribunal islamique a été établi en 2011 dans le quartier Borgerhout qui compte une population marocaine importante. Ce tribunal assure la médiation des différends familiaux pour les musulmans de Belgique. Ses “juges” appliquent la loi islamique et non le Code civil belge. Sont-ils en état de contourner la loi de 2007 qui condamne à deux ans de prison les instigateurs de mariage forcé ? Derrière ce tribunal, on trouve l’association islamiste particulièrement radicale Sharia4Belgium. Son dirigeant, Fouad Belkacem, a été condamné à de nombreuses reprises pour trafic de stupéfiants, vol et rébellion. Sharia4Belgium a été soupçonnée d’être le principal agent de recrutement belge pour la Syrie. Le 10 février 2015, Fouad Belkacem est condamné à 12 ans de prison et 30 000 € d'amende. La peine est confirmée par la cour d’appel d’Anvers le 27 janvier 2016. L’objectif de Belkacem et des siens est d’imposer la loi islamique à toute personne vivant en Belgique, y compris les non musulmans. Belkacem est proche d’Anjem Choudary, citoyen britannique d’origine pakistanaise. Avocat, porte-parole d’Islam4UK (jusqu’à ce que l’organisation soit interdite), ce dernier milite depuis une quinzaine d’années pour l’établissement total de la Charia dans le Royaume Uni. Il est également responsable du Projet pour des Émirats islamiques britanniques (à commencer par un Londonistan), des enclaves gouvernées par la loi islamique en dehors du droit britannique. Le groupe des « Musulmans contres les Croisades » propose d’instaurer la Charia dans les villes de Bradford et Dewsbury dans le Yorkshire, ainsi que Tower Hamlets dans East London, lieux à forte population musulmane (45% de la population pour Tower Hamlets) : « Il est grand temps que les régions à forte population musulmane créent des émirats permettant aux Musulmans qui y résident de vivre selon la Charia, en ayant leur propre cour de justice, leurs propres dirigeants, leurs écoles ainsi qu'une autonomie économique. Nous sommes en droit d'envisager qu'en temps voulu la Charia puisse être appliquée partout, à commencer par ces villes. »

 

Sharia4Belgium ne compte pas se restreindre aux affaires de divorce et de “crimes d'honneur”. Elle souhaite également pouvoir traiter des actes criminels de droit commun. Bien que le site internet Sharia4Belgium ait été fermé récemment par les autorités belges, l’association continue de s’exprimer, par exemple en menaçant ceux qui refuseraient de se convertir à l’islam : « 86 ans se sont écoulés depuis la fin du Califat islamique. La tyrannie et la corruption ont prévalu dans ce pays ; nous allons de scandale en scandale : crises économiques, pédophilie, crime, islamophobie croissante, etc. De même que par le passé nous, les musulmans, avons sauvé l'Europe des ténèbres, nous voulons faire la même chose. Nous avons désormais la solution adéquate pour toutes les crises et elle consiste en l'observance de la loi divine, en l'occurrence la charia. Nous appelons à établir la charia en Belgique. La charia est le système parfait pour l'humanité. En 1300 années d'état islamique nous n'avons connu qu'ordre, bien-être et protection de tous les droits humains. Nous savons que l'Espagne, la France et la Suisse ont vécu leurs meilleures heures sous la loi islamique. Au cours de ces 1300 ans, 120 femmes ont été violées, contre 120 par jour en Europe. Il n'y a eu que 60 brigandages reconnus en 1300 ans. En conséquence, nous invitons la famille royale, le parlement et l'aristocratie ainsi que tout résident belge à se soumettre à la lumière de l'islam. Épargnez à vous-mêmes et à vos enfants la douloureuse punition de l'au-delà et accordez vous la vie éternelle au paradis ».

 

 

L'islamisme est-il conquérant ? (III)

(Á suivre)

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 05:27

Les tribunaux islamiques, une petite centaine que l’on dénomme “Conseil de la charia” sont parfaitement tolérés au Royaume Uni, même s’ils ne sont pas légalement reconnus. Merveille du pragmatisme. Pour l’instant (peut-être ?) les autorités ferment les yeux sur les mariages et les divorces forcés prononcés sans l’assentiment des femmes. Dans ces tribunaux, l’homme doit se contenter de répéter trois fois « Je divorce de toi » à son épouse. La femme, elle, a besoin de l’accord d'hommes de foi sinon elle risque d'être considérée comme adultère en cas de remariage. L’argent n’ayant pas d’odeur, sauf celui de la sainteté, des avocats inscrits au barreau reçoivent une formation sur les préceptes de la loi islamique afin d'en tenir compte dans les procédures civiles concernant leurs clients musulmans.

 

En Suède, l’islamisation juridique avance à marche forcée. Des couples iraniens, mariés en Iran et souhaitant divorcer en Suède, font trembler le système sur ses bases. Les hommes exigent “l’avortement légal”. Selon la charia, au moment du divorce, les maris sont tenus de payer intégralement à leurs épouses une somme conséquente appelée mehriye. Des Iraniennes ayant entamé une procédure de divorce en Suède ont réclamé cet argent qui leur est dû conformément au contrat de mariage conclu en Iran. Récemment, un juge suédois a statué que la procédure devait être traitée selon les lois suédoises et que l'épouse n'avait aucun droit de réclamer les fonds garantis par la législation iranienne. En appel, l'épouse a gagné, la Cour d'appel ayant estimé que, même si le mehriye n’avait pas d'équivalent en Suède, il pouvait être considéré comme une dette. La Cour suprême de Suède a été saisie de la question épineuse de l’introduction d’éléments de la charia dans le droit suédois. Fatemeh Sanaei Nasab, juriste iranienne, est très confiante : « Aux termes de l'article 6 du Code civil de la République islamique d'Iran, en cas de litige, des questions telles que la conclusion du mariage, l'action en divorce, l'attribution d'un héritage ou la conclusion d'un marché doivent être traitées sans considération du pays où ce litige est instruit si les parties au procès ont la nationalité iranienne. Cela signifie qu'en cas de divorce, les normes de la législation iranienne doivent avoir priorité sur les lois locales si le mariage a été contracté en Iran. Le versement du mehriye est donc obligatoire ».

 

En février 2008, Rowan Williams, 104ème archevêque de Cantorbéry, estimait que « certaines dispositions de la Charia étaient reconnues par la société et par le système juridique ». Il jugeait nécessaires des « accommodements » raisonnables dans une société multiculturelle, excluant cependant la lapidation, les décapitations et le tranchage de mains ! Pour Williams, l'application de la Charia est « inévitable si nous voulons considérer sérieusement la religion des gens dans une société solidaire. Si nous voulons penser intelligemment la relation entre l'islam et le droit britannique nous devons largement “déconstruire” les antagonismes vulgaires et les mythologies, qu'il s'agisse de la nature de la Charia ou de celle des Lumières ».

 

L’islamisation rampante sait explorer des pistes tout à fait inattendues. Depuis janvier 2013, la vente d’alcool est interdite (temporairement peut-être mais on revient difficilement sur un avantage conquis) dans l’enceinte du parlement britannique par respect de la Charia. D'après le Times : « L'introduction de cette mesure est liée au fait que le parlement britannique devra déménager à Richmond House dans la rue de Whitehall, qui est située en plein cœur de Londres, à cause des travaux de rénovation du Palais de Westminster. Il y a quelques années, Richmond House a changé de système de financement, instaurant le système islamique des obligations (ou sukuk, mot, comme “chèque”, d’origine perse). Les députés britanniques devront séjourner à cette adresse deux ans durant.

 

Á communautarisme, communautarisme et demi. Face aux avancées islamistes à Berlin et sa “Sharia Polizei”, aux milices de la Charia (Sharia Patrols”) dans l’est de Londres qui voudraient voir toutes les femmes en Angleterre couvertes de la tête aux pieds, pouvoir « trancher la main des voleurs et lapider les femmes adultères », et pour qui « l’Angleterre ne peut exiger des musulmans qu’ils se limitent à une seule épouse », il se constitue désormais en Europe des milices chrétiennes, véritables organisations paramilitaires.

 

L'islamisme est-il conquérant ? (II)

Depuis 2014, le mouvement Britain First, proche des loyalistes de l’Ulster et grand admirateur du Premier ministre hongrois Viktor Orban, a réagi en organisant des milices chrétiennes (“Christian Patrols”) afin de ne pas céder de territoire aux islamistes. Ce mouvement a été fondé par Jim Dowson, un père de neuf enfants hostile à l’avortement. Lorsque lui ou d’autres chefs charismatiques comme Paul Golding se présentent à des élections, ils récoltent de 0,5 à 2% de voix (l'extrême droite n'a jamais vraiment pris en Grande Bretagne). En février 2014, Britain First s’est pavané dans le quartier de Tower Hamlets qui compte 30% de Bangladais. Il s’agissait de répondre aux manifestations des milices islamistes de 2013. Quelques dizaines de militants brandirent des drapeaux au nom de la “Résistance britannique” et jetèrent des canettes de bière vides contre une mosquée.

 

 

(Á suivre)

L'islamisme est-il conquérant ? (II)
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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 05:46

Sur le site Mirador, Romain Gélin se demande quelles sont les conséquences de la fusion Bayer/Monsanto : « Outre les travailleurs des deux entreprises, qui sont les premiers concernés, les craintes apparaissent également du côté des agriculteurs et des consommateurs. Pour les agriculteurs, le marché va se réduire à l’avenir. Des 6 acteurs présents sur le marché des semences il y a peu, il n’en restera plus que quatre. Le risque de voir les prix augmenter se profile et le choix entre les différents acteurs du marché sera donc désormais restreint. 70% du marché mondial des pesticides sera désormais entre les mains des 4 acteurs. Comme l’affirme Guy Kastler de la Confédération paysanne française, « en maitrisant l’ensemble de la filière, les firmes dictent aux paysans quoi faire, et comment le faire, et petit à petit, notre autonomie disparait. »

 

 

Sur son blog, Jean-Emmanuel Ducoin explique que réinventer l’industrie est une urgence : « En moins d’un quinquennat, 887 usines ont fermé leurs portes en France. Une débâcle industrielle. Le monde qui vient n’acceptera aucune fuite en arrière, aucun repli. Sommes-nous donc fous pour refuser de voir que la grande transformation de nos économies globalisées nourrit la déstabilisation et l’irrésistible montée des périls ? Et ce n’est pas fini : la robotisation des outils pourrait détruire trois millions de postes en France d’ici à 2025. Face à ces défis colossaux, la nécessité d’un grand projet industriel innovant s’avère d’une urgence absolue. Un projet délié des requins de la finance, en phase avec les mutations, mais non soumis à elles. La renaissance du travail et l’instauration d’une nouvelle économie politique et sociale n’ont rien d’un rêve : c’est une obligation ».

 

 

Sur son blog, Jean-Riad Kechaou estime que : « Le blanchiment de l’histoire a déjà commencé sous les coups de butoir répétés des réactionnaires. Exit des nouveaux programmes l’histoire des civilisations africaines en cinquième ou l’histoire de l’immigration au XXe siècle en troisième. Quant à la décolonisation, on peut traiter au choix de l’Inde britannique ou de l’Algérie française en troisième et ainsi laisser de côté une guerre qui déchaîne les passions. Cette possibilité donnée aux enseignants de zapper la guerre d'Algérie trouve peut-être son origine dans la loi mémorielle du 23 février 2005 demandant aux programmes scolaires de mettre en avant les côtés positifs de la colonisation. Ces adolescents ont pourtant besoin de savoir d’où ils viennent et pourquoi ils sont là pour adhérer à la nation française. Nous devons aussi regarder notre histoire d’une manière apaisée en soulignant ses avancées mais en reconnaissant aussi sa part d’ombre. L’absolutisme de Louis XIV, l’esclavage, les guerres sanglantes de Napoléon, la colonisation puis la décolonisation, Vichy, tous ces sujets font partie de notre histoire et nous ne pouvons pas les ignorer. Il ne s'agit pas d’apprendre aux enfants à « avoir honte » de la France comme le pense François Fillon  mais de comprendre que notre République est l’aboutissement d'une histoire complexe ce qui contribue au développement de l'esprit critique de nos élèves. »

 

J’aime la rubrique du Magazine Littéraire « le français à la loupe » :

 

Dit-on durant ou pendant ? Tandis que « durant » exprime une durée continue ; « pendant » marque un laps de temps, une durée qui peut être interrompue.

 

Qu’est-ce qu’une épluchette ? L’épluchette n’est pas un outil de cuisine mais une fête collective canadienne au cours de laquelle on épluche des épis de maïs, qu’on mange de préférence après les avoir fait cuire. 

 

Rebattre ou rabattre ? C’est simple : elle me rebat les oreilles avec son histoire de caniche. Me les rabattre serait un geste déplacé, qui me ferait lui rabattre le caquet. 

 

Qu’est-ce qu’un amélanchier (j’adore ce mot qui me fait penser à la France insoumise) ? L’amélanchier est un arbuste de terrains calcaires pauvres, à floraison précoce et à petites feuilles cotonneuses. C’est donc un végétal plein de bravoure et de ténacité.

 

 

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