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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 06:00

Parce qu’ils avaient de l’argent, beaucoup de loisirs et qu’ils dominaient le monde, les aristocrates britanniques ont créé ou codifié le sport tel que nous le connaissons (football, athlétisme, boxe, golf) et le tourisme. On ne va pas passer la nuit sur la lutte des classes dans le sport chez nous voisins d’outre-Manche, mais ils sont tout de même les auteurs de cette jolie formule : « Le football est un sport de gentilshommes joué par des voyous ; le rugby est un sport de voyous joué par des gentilshommes » (Football is a gentleman’s game played by ruffians; rugby is a ruffian’s game played by gentlemen).

 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles de nombreux jeunes aristocrates britanniques effectuent un « Grand Tour » qui les mènent le plus souvent en Italie et en Grèce, aux sources de la civilisation européenne. Le Tour peut durer un an, avec une escale obligée à Venise pour l’éducation sexuelle. Lord Byron, qui cracha sur son épouse le jour de leurs noces noces et l’abandonna seule dans la chambre nuptiale en lui criant qu’il lui était impossible de dormir dans la même pièce qu’une femme, accomplit son périple initiatique avec son ami le baron John Hobhouse.

 

A partir de 1800, le « Grand Tour », sans se démocratiser, se popularise quelque peu. Ainsi naît en 1800 le mot « tourist », que la langue française adopte en 1803. Un touriste est alors – comme aujourd’hui – un individu qui se déplace et séjourne loin de chez lui, dans un but non professionnel, avant de revenir à la maison. Aujourd’hui, est considéré comme touriste, pour les Nations unies, « toute personne en déplacement hors de son environnement habituel pour une durée d'au moins une nuitée et d'un an au plus. »

 

Puis que nous sommes entre nous, je signale par parenthèse que la tourista (ou turista) est entrée dans la langue française en 1973, en provenance du Mexique.

 

Et puis il y eut les “congés payés” (toujours préférer cette expression à “vacances”), la France étant plus généreuse  que la majorité des pays en la matière. Et là, forcément, les choses se gâtèrent. D’autant que la publicité, comme Radio Paris, systématiquement, ment. Et on observa régulièrement un décalage entre ce qu’est réellement le tourisme et sa représentation.

 

 

Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
Du tourisme et de sa représentation
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 05:28

Un maître de conférences en sciences de l’information et de la communication expose sur son site affordance.info que les universités vont investir dans le recrutement de vigiles en puisant dans des fonds réservés aux handicapés. Extraits :

 

Je n'en ai pas cru mes yeux. Je n'ai pas trop suivi les polémiques concernant les jeux olympiques à Rio mais j'ai, peut-être comme vous, entendu parler du déficit qui allait être en partie comblé en allant taper dans la caisse des jeux paralympiques. Coubertin doit avoir le fondement légèrement douloureux mais depuis le temps, il a l'habitude.

 

Et là j'apprends que l'Etat va débloquer 30 millions d'euros dans le cadre de la sécurité, les attentats, qui seront versés au crédit du budget des universités afin de payer des vigiles. 30 millions d'euros pour payer des vigiles qui, tout le monde le sait, ne serviront de toute façon à rien en cas d'attentat, alors même que la plupart des universités en sont depuis des années à mendier des postes d'enseignants et de personnels administratifs et techniques. Mais bon, en cas de coup dur on pourra toujours compter sur les vigiles pour venir assurer des TP d'informatique ou venir faire des emplois du temps.

 

Et puis j'ai découvert que ces 30 millions d'euros allaient être prélevés sur le budget du FIHFP. Le FIHFP c'est le "Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique". Donc pour payer des vigiles à la fac on va taper dans la caisse qui devrait servir à financer l'insertion des handicapés à la fac.

 

Mais il y a mieux. Ladite caisse du FIPHP est notamment abondée par – vous allez voir c'est magnifique – les ... les ... les ... universités !! Lesquelles universités, si elles ne remplissent pas l'obligation d'emploi de personnes handicapées, doivent payer une amende, versée au fameux FIHFP.

 

 

 

Donc pour filer aux université de quoi payer des vigiles, on tape dans la caisse qui devrait leur permettre d'employer des personnes handicapées, caisse qu'elles alimentent elles-mêmes à force de payer des amendes vu qu'elles ne remplissent pas leur obligation d'employer des personnes handicapées. Et donc la cerise de l'absolu foutage de gueule sur le gâteau du cynisme comme profession de foi, c'est que ces amendes que paient les universités, sont minorées. Parce que les universités bénéficiaient jusqu'à présent d'un taux dérogatoire qui fait qu'elles ne payaient qu'environ un tiers du montant de l'amende qu'elles auraient vraiment dû payer. Et que cette dérogation aurait dû prendre fin cette année. Ce qui fait qu'au lieu de verser 15 millions d'euros au FIHFP, les universités allaient cette année devoir en payer 45 millions.

 

Reste à faire une soustraction : 45 millions - 15 millions = 30 millions d'euros.

 

Même Jean-Loup Salzmann, le président de la CPU (la Conférence des Présidents d'Universités) s'écrie, je cite, que :

 

"C'est un vrai soulagement. Ces 30 millions sont dans nos caisses et serviront à payer les vigiles."

 

Le gouvernement vient donc de lui annoncer qu'en plus de ne pas remplir ses obligations en termes d'emploi de personnes handicapées, en plus de payer des amendes minorées, la différence sur le montant de l'amende réelle qu'il devrait payer allait pouvoir être affecté au recrutement de vigiles, et le Jean-Loup nous gratifie d'un "c'est un vrai soulagement".

 

Comme tout cela paraît incroyable je garde ici précieusement une copie d'écran de l'article d'Educpros dans lequel vous pourrez vérifier la véracité de ce que je viens de vous raconter, et ensuite aller comme bon vous semble, ou vomir ou pleurer.

 

Soit tout le monde est devenu dingue, soit tout le monde s'en cogne. Dans les deux cas c'est d'un niveau de cynisme hallucinant. Aussi bien du côté du gouvernement que de la CPU.

"Si tu veux ma place, prends on handicap", et si tu veux de la thune pour payer des vigiles, sers-toi dans la caisse qui devrait permettre aux personnes handicapées de trouver du taff à l'université.

 

 

Quand on est un spécialiste de la com’, on est moderne et on aspire à un maximum de visibilité. Alors, on donne à son site une appellation “anglaise”. On se plante un tout petit peu, le mot affordance étant du jargon connu de quelques spécialistes. Comme souvent en anglais, ce mot ne veut pas dire grand-chose car il veut trop dire. Il vient du verbe « to afford » : fournir, procurer mais aussi avoir les moyens de, être en mesure de. En psychologie, il est passé dans le français avec l’idée de «toutes les possibilités d'actions sur un objet» ; en érgonomie, il évoque la «capacité d’un objet à suggérer sa propre utilisation».

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 05:46

Je suis récemment repassé à Hénin-Beaumont, plus précisément Boulevard Basly, là où j’ai vécu les plus belles années de mon enfance. Au temps où le stade de foot était un lieu ouvert et où, au bout de la rue du Marais (juste à côté), on pouvait faire du vélo sur un terril (les gens du nord ne prononcent pas le l final, comme dans outil ou fusil) désaffecté qui a été rasé par la suite. En ce début de mois de juillet, il pleuvait (non, pas comme d’habitude !) et je n’ai pas eu envie de prendre la moindre photo de cette artère qui s’est un peu banalisée – surtout depuis qu’elle a été méchamment coupée en son milieu par une voie rapide – mais qui, à partir de 1955, était devenue la rue résidentielle du Vieux Hénin. Le maire socialiste, ni solférinien ni corrompu, était notre voisin.

 

Aux habitants du Boulevard Basly, et aux Héninois en général, je propose cette photo qui date de 1950. Je n’en ai pas d’autre sans moi, malheureusement diront certains. Recouvrant le sol, un schiste rouge sur lequel, mes copains et moi-même, nous nous sommes souvent ouvert les genoux.

 

Boulevard Basly,  Hénin-Liétard, 1950

Né à Valenciennes en 1854, Émile Basly travaille à la mine comme galibot dès l’âge de 12 ans. Militant très actif, il est licencié sans ménagement en 1880. Il tient alors un café à Anzin. Il se lance dans une vigoureuse activité syndicale. On le surnomme « le Mineur indomptable ». On le chante dans “Le Grand métingue du Métropolitain” (1887) :

 

Y avait Basly, l'mineur indomptable,

Camélinat, l'orgueille du pays…

Ils sont grimpés tous deux sur une table,

Pour mettre la question sur le tapis

 

Et dans “La Nouvelle Marseillaise des mineurs” (1891) :

 

Courage, les mineurs ;

Espoirs, séchons nos pleurs ;

Basly, Basly nous défendra,

Basly nous vengera.

 

Il sera ensuite, pendant plus de deux décennies, député-maire de Lens.

 

Sa fougue et son courage, inspireront le personnage de Lantier dans Germinal.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 05:45

 

 

Dans son éditorial de septembre 2016, Serge Halimi évoque les promesses du candidat Trump :

 

En septembre, les États-Unis célèbrent la fête du travail. Cette année, elle aura ceci de singulier que nombre d’ouvriers ou d’employés – blancs et masculins, en particulier – se seront pressés aux meetings du candidat républicain. M. Donald Trump cultive ces appuis en fustigeant les traités de libre-échange qui ont précipité la désindustrialisation des anciens bastions manufacturiers du pays. Et, avec elle, le déclassement, l’amertume, le désespoir du monde ouvrier. « La loi et l’ordre » que M. Trump promet de rétablir sont aussi ceux de l’Amérique des années 1960, dans laquelle, lorsqu’on était blanc, il n’était pas nécessaire d’avoir décroché un diplôme universitaire pour s’assurer un bon salaire, deux voitures par foyer – et même quelques jours de vacances.

 

 

Michael Klare écrit qu’à Washington on envisage des scénarios pour un conflit majeur :

 

Politique du fait accompli en mer de Chine, grandes manœuvres en Crimée et en Pologne, déploiement d’un bouclier antimissile balistique en Europe orientale : les puissances nucléaires montrent leurs muscles. Dans les cercles dirigeants de Moscou, de Pékin et de Washington, les faucons reprennent la main. En déployant quatre bataillons à proximité de la frontière russe, l’Alliance atlantique ajoute à une tension grandissante, tandis que les stratèges occidentaux n’excluent plus l’hypothèse d’une guerre ouverte. 

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin sont allés dans les Balkans à la rencontre du plus vieil islam d’Europe :

 

De la Russie à l’Andalousie, l’islam vit en Europe depuis plus d’un millénaire. Son enracinement dans les Balkans à la faveur des conquêtes ottomanes l’a enrichi de compromis particuliers avec une modernité marquée par le socialisme. D’une grande diversité selon les pays, il n’échappe pas aux contradictions, aux tensions entre générations et aux influences extérieures.

 

 

Pierre Rimbert décrit l’ignoble campagne des médias qui vise à abattre le secrétaire général du parti travailliste Jeremy Corbyn :

 

Le Daily Telegraph l’a traité de « morveux » (16 septembre 2015) ; le journal du soir de la BBC l’a assimilé à un camion-poubelle en route vers la décharge des « losers » (27 juin 2016). The Economist voit en cet opposant à l’austérité et à la guerre un « saboteur » (10 juin 2016). Le Sun l’a qualifié de « marxiste abruti », affublé en « une » d’un bonnet à clochettes et accusé de soutenir « les tarés djihadistes à longue barbe impatients de détruire l’Occident » (30 et 9 septembre 2015). Les plus fins limiers du Royaume-Uni ont révélé que l’individu se déplaçait sur une « bicyclette de style maoïste » (The Times, 14 septembre 2015) et qu’il aurait « salué la perspective qu’un astéroïde “anéantisse” l’humanité » (MailOnline, 12 août 2015). Mais ces quelques éclairs de génie journalistique résument-ils la médiatisation du chef du Parti travailliste britannique, M. Jeremy Corbyn ?

 

 

Pierre Rimbert nous met en garde contre les données personnelles que nous abandonnons aux grands fournissseurs d’accès :

 

Les traces que nous laissons sur Internet, les informations de nos smartphones, nos contributions aux réseaux sociaux ne sont pas seulement convoitées par les agences de renseignement : elles ravissent les publicitaires et enrichissent les géants de la Silicon Valley. Pourtant, les données personnelles ne sont pas condamnées à ce destin. Leur usage à des fins d’utilité publique exige une mobilisation politique.

 

 

 

Pour Raphaël Godechot, la situation au Cachemire est plus que tendue :

 

Depuis 1947, trois guerres ont opposé l’Inde et le Pakistan sur le Cachemire. La partie administrée par New Delhi vit sous un régime d’exception. Le 8 juillet, Buhrhan Muzaffar Wani, chef d’un groupe séparatiste, a été tué par des militaires indiens. Il était devenu un symbole de la résistance armée grâce aux réseaux sociaux. Une partie des opposants continuent à se battre en utilisant toutes les ressources de la culture.

 

 

Même chose dans la Corne de l’Afrique (Gérard Prunier)

 

Zone de contact avec la péninsule Arabique, la Corne de l’Afrique est une région stratégique : ports, puits de pétrole, trafics de marchandises, d’armes et de populations. Occidentaux, Asiatiques, multinationales, pétromonarchies et puissances locales — Éthiopie et Érythrée en tête — s’y livrent une lutte d’influence explosive, attisée par le conflit au Yémen.

 

 

Au Nicaragua, que reste-t-il du sandinisme, demande Bernard Duterme ?

 

Les Nicaraguayens éliront leur président le 6 novembre prochain. Après deux décennies à la tête du pays, le dirigeant sandiniste Daniel Ortega pourrait remporter un quatrième mandat. Mais sa politique, qu’il présente toujours comme « socialiste » et « anti-impérialiste », a-t-elle encore à voir avec celle des années révolutionnaires ?

 

 

Thomas Frank, auteur de l’inoubliable Pourquoi les pauvres votent à droite  décrit sans pitié l’opposition Trump (« milliardaire en col bleu ») Clinton (« une madone de vertu ») :

 

À une semaine d’intervalle, les deux conventions américaines de juillet dernier ont, parfois sans le vouloir, laissé apparaître l’état actuel de la politique aux États-Unis. Côté républicain, un homme sans retenue aucune, dont les cadres du parti se défient. Côté démocrate, une candidate sans autre projet que celui de battre son concurrent en affichant une droiture à laquelle presque aucun électeur ne croit.

 

 

 

Pour Philippe Pataud Célérier , les graffs « enchantent la vulgaire réalité » :

 

Longtemps vilipendés, les graffs, tags et dessins au pochoir ont conquis leurs lettres de noblesse. En août, des communes de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, organisaient même une visite guidée des « plus beaux graffs du 93 ». La reconnaissance a parfois conduit les artistes de rue à abandonner toute velléité de contestation, même si la plupart continuent à rejeter la récupération marchande.

 

 

La Russie connaît elle aussi ses primaires (Clémentine Fauconnier) :

On ne compte plus les biographies de M. Vladimir Poutine, mais le système politique russe reste mal connu. Sait-on par exemple que le parti du président a organisé des primaires avant les législatives, prévues le 18 septembre ? En imitant ses homologues occidentaux, Russie unie cherche à convaincre de sa capacité à se renouveler, mais aussi – avec un succès mitigé – à éviter que le vote ne tourne à la foire d’empoigne.

 

 

 

Pour Marie Bénilde , les tuyaux ont avalé les journaux :

 

D’AT&T aux États-Unis à SFR en France, un mot d’ordre circule comme une traînée de poudre : la convergence entre télécoms et médias. Suivant cette stratégie, les propriétaires de réseaux numériques et téléphoniques rachètent des journaux ou des télévisions en difficulté pour remplir leurs tuyaux. Mais ces opérations cachent souvent des enjeux très terre à terre…

 

 

 

Renaud Lambert & Hélène Richard présentent une nouvelle publication du Monde Diplomatique : “ L’économie comme on ne vous l’a jamais expliquée ” :

 

Le 8 septembre arrive en kiosques le « Manuel d’économie critique » du « Monde diplomatique ». En 2014, le premier opus de cette collection était consacré à l’histoire. Il s’agit cette fois d’éclairer les bases et les enjeux d’une discipline de pouvoir, l’économie, dont les principes gouvernent maints aspects de nos vies. Cet ouvrage vise à faire comprendre pour faire agir : la bataille des idées s’ouvre à tous dès lors qu’on s’efforce de conjuguer souci de l’écriture, rigueur du propos, sens des images, pédagogie et recul historique. Telle est la vocation de ce manuel.

 

 

Pour Christelle Gérand, Aix-Marseille Universit est un modèle d’université libérale :

 

Fondées pour dispenser des savoirs et préparer à la recherche, les universités françaises se transforment. Pour se faire une place dans le supermarché mondial de l’enseignement supérieur, les établissements rendus « autonomes » par la réforme de 2007 fusionnent. Les exigences scientifiques et pédagogiques fondamentales se heurtent alors à l’expansion d’une bureaucratie libérale.

 

 

 

Pierre Souchon  explique pourquoi le désert médical français ne cesse d’avancer :

 

Entre 2007 et 2016, le nombre de généralistes en France a diminué de 8,7%. Plus de trois millions de personnes peinent désormais à trouver un médecin traitant. D’abord apparu dans les zones rurales, ce problème touche désormais de petites villes comme Lamballe, une commune bretonne gagnée par le désert médical.

 

 

 

Jean-Michel Déprats, un des tout meilleurs traducteurs français de Shakespeare, expose sa méthode et ses partis-pris. Pourquoi, par exemple, il ne faut pas traduire « I humbly thank you » (Hamlet) par « Je vous remercie humblement » mais par « Humblement je vous remercie » :

 

Permettre à ceux qui ignorent une langue de profiter des chefs-d’œuvre qu’elle a produits : une mission à la fois essentielle et impossible. Comment restituer l’œuvre de Shakespeare en français, idiome si éloigné de l’anglais élisabéthain ? Un traducteur expose ici quelques-uns de ses partis pris.

 

 

 

Pour Marc Billaud, Julie Henry & Pierre Sujobert, le cancer est certes une métaphore, mais elle est trompeuse : 

 

En 1979, l’écrivaine américaine Susan Sontag appelait à libérer les maladies graves, et en particulier le cancer, de la profusion des images nocives qui leur sont associées. Près de quarante ans plus tard, la pertinence de son propos est intacte. Les discours sur le cancer véhiculent de manière récurrente des métaphores évoquant la guerre, l’asocialité ou la folie. Alors que nous comprenons de mieux en mieux les mécanismes du développement tumoral et que la cancérologie peut prétendre à devenir une médecine de précision, il est indispensable de procéder à une analyse critique de ces représentations. Car elles distordent la conception que le public se forme de cette maladie, altèrent la perception des patients et influent sur les stratégies thérapeutiques et les politiques de santé publique.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 05:30

En picard, “macron” c'est l'entremetteur. Du néerlandais makeläre, courtier, dérivé de makeln “trafiquer”, de maken, “faire”. Madame Macron est née “Trogneux”. En picard : celui qui fait la trogne, le ronchon. VSD, qui esthétise et construit du vent et des couchers de soleil, savait-il cela ?

Esthétiser un petit mythe
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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 05:58

Des lecteurs s’étonnent, s’énervent, de me voir, pensent-ils, stigmatiser la religion musulmane. Ce n’est pas le cas. Ce qui m’horripile, et ce que je redoute, c’est le retour massif de toutes les religions – y compris celles qui ne sont pas monothéistes – dans l’espace séculier. Au point que les paradigmes universels aujourd’hui ne sont plus les axes gauche-droite, capitalisme-socialisme, pauvreté-richesse, pacifisme-bellicisme mais vraie religion-mécréance.

 

Dans un pays de tradition chrétienne comme la France, où les églises sont vides (qu’en est-il des synagogues et des temples ?), bien des pratiques sont évaluées à l’aune des valeurs de la seule religion dynamique : l’islam. Plus généralement, à l’échelle du monde, on ne parle que de religion. La religion détermine tout, est la seule et unique grille de lecture : des attentats terroristes qui font 100 morts ou de l’organisation de goûters dans les écoles de la République où il ne saurait être question que des bonbons bien chimiques à base de gélatine côtoient des cornes de gazelle. Sans parler de ces adventistes du septième jour qui refusent de passer des examens le samedi ou des juifs orthodoxes londonniens qui interdisent aux femmes de leur communauté de conduire des voiture pour préserver leur “décence”.

 

On attribue à l’athée André Malraux une phrase qu’il n’a jamais prononcée, sûrement parce qu’elle sonnait de manière fortement malrucienne : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. » En fait Malraux estimait que la tâche du XXIe siècle serait de « réintroduire les dieux » après que le XXe siècle eut, avec la psychanalyse, réintroduit les démons dans l’homme. Malraux ne souhaitait certainement pas le fracas du fondamentalisme et de l’identitaire. Il espérait un supplément d’âme pour dépasser ce XXe siècle qui avait été le plus meurtrier et le plus barbare de l’histoire de l’humanité. Il voulait la réintroduction des dieux dans l’homme, davantage de religiosité car Dieu avait été absent d’Auschwitz et d’Hiroshima. Il souhaitait une spiritualité à la mesure des êtres humains. Pas de révélations puisées dans des textes collectés il y a des siècles mais une aspiration vers l’absolu, des engagements collectifs pour des humains qui sont ce qu’ils font et non ce que l'on dit qu'ils sont. On a bien vu que les XIXe et XXe siècles ont tout fait pour libérer l’humanité de la tutelle du divin. Le marxisme, en tant que réponse sociale universelle à la transcendance a échoué et l’on a observé l’Eglise orthodoxe revenir en force dans une Russie qu’elle n’avait jamais quittée. Le pan arabisme de l’après Deuxième Guerre mondiale n' pas réussi à rendre l’islam caduc. Le fondamentalisme chrétien a repris de la vigueur, surtout après le passage de Benoît XVI au Vatican. Malraux n’excluait pas « la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire ». S’il s’agissait d’un conflit entre toutes les spiritualités visant à l’hégémonie, il est à craindre que le politique (la recherche d’une organisation rationnelle du monde) ait déjà été largement recouvert par le religieux et l’irrationnel.

 

De la religion, partout !

 

Je ne voudrais pas jouer aux anciens combattants mais j’ai connu une époque où les religions – plus exactement les faits religieux – inféraient très peu dans le débat politique. Quand je suis gamin, autour de moi, on milite contre la guerre d’Algérie, pour l’indépendance de ces “ départements français ”. Du côté algérien, la parole d’un Cheikh Ben Badis « L'islam est ma religion, l'arabe est ma langue, l'Algérie est ma patrie » est largement minoritaire face à l’assimilationnisme de Ferhat Abbas et à l’engagement politique et militaire du FLN. En 1962, je participe à ma première manifestation et action solidaire : le gouvernement français est dirigé par le banquier de chez Rothschild (déjà !), le féroce – quoique très cultivé – Pompidou qui ne veut rien lâcher aux mineurs de charbon qui s’enfoncent dans la misère. Je collecte des sous pour que les gosses aient à manger. Une forte minorité de ces travailleurs est marocaine. Il n’est jamais question de religion. En décembre 1967, alors que la pilule a été inventée onze ans plus tôt, la loi Neuwirth sur la contraception donne la liberté de choisir aux femmes. Le combat parlementaire a été rude : onze propositions de loi en dix ans. On aura entendu le ministre de la Justice Jean Foyer, catholique bon teint, hurler « La contraception est l’abominable exploitation de ce qu’il y a d’animal et de porcin dans l’âme humaine ». L’Eglise catholique finit par comprendre qu’il ne sert à rien de mener un combat d’arrière garde face au député Lucien Neuwirth (qui est juif par son père mais que l'on n'a jamais vu porter la kippa contrairement à Valls qui n'est pas juif) et à une minorité de la majorité de droite. Les innombrables manifestations contre la guerre du Vietnam n’ont rien à voir avec la religion. Au début des années 1970, pour ne citer que ce combat, on milite contre la vente en France des oranges de l’Afrique du Sud raciste de la marque Outspan. Certes, l’Eglise protestante est partie prenante mais le combat est totalement politique.

 

Puisque je puise dans mes souvenirs de militant séculier, je terminerai par un travail qui m’a, d’une certaine manière, constitué. En 1971, je publie un livre sur les marges de la société en Grande-Bretagne. J’ai écrit cet ouvrage dans les deux années qui ont précédé, donc dans la foulée des événements de Mai 68, qui eurent peu à voir avec la religion, c'est une évidence. La moitié de cet ouvrage est consacrée aux minorités – soyons politiquement correct – non caucasiennes – qui résident en Grande-Bretagne (la notion de caucasien – on dit aussi caucasoïde ou europoïde ! –  a été inventé par un anthropologue allemand qui considérait que dans le Caucase vivait la plus belle des races humaines, les Géorgiens, qui constituaient, selon lui,  le berceau de la race humaine. La nomenclature politiquement correcte de Caucasien qui nous vient des Etats-Unis et de Grande-bretagne est donc fondamentalement raciste !). Les sociologues d’outre-Manche de l’époque, largement de gauche, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, parlent alors de « coloured immigration ». Dans mon livre, j’utilise donc l’expression « gens de couleurs ». Pas une seule fois je n’emploie le terme “ musulman ” alors que, pour ne parler que d’eux, les immigrés d’origine pakistanaise sont de confession musulmane à 98%. Le mot “ catholique ” apparaît deux fois sous ma plume. Le mot “ protestant ” trois fois. Je ne parle jamais des sikhs (qui ont aujourd’hui le droit des porter un poignard “ religieux ” lorsqu’ils prennent un avion de ligne et qui sont dispensés du port du casque s’ils sont motards dans la police). Uwe Kitzinger, un éminent professeur d’Oxford qui a eu la gentillesse de préfacer mon livre, mentionne, au sens figuré, le concept de purdah, qui vient d’un mot urdu qui signifie le rideau qui sépare les hommes des femmes chez les hindous comme chez les musulmans du sous-continent indien. Mais son analyse est culturelle (et non cultuelle) et politique : « Le schisme qui divise l'Angleterre en plusieurs cultures (une culture principale et une gamme de mouvements culturels complémentaires) est-il aujourd'hui plus profond qu'autrefois ? L'Angleterre est-elle plus divisée aujourd'hui entre les Anglais “ tout court ” et les “ autres Anglais ” que, par exemple, dans les années vingt (celles de la grève générale) et des Deux Nations de Disraeli ? Sans parler de l'époque du mouvement nationaliste irlandais, des suffragettes, des complots d'officiers et du gouvernement réformiste libéral qui, selon certains historiens, ne trouvèrent leur salut que grâce au déclenchement de la Première Guerre mondiale ? Ou que dire encore des rivalités entre Cavaliers et Têtes Rondes, des guerres de religion, ou des invasions successives du premier millénaire de notre ère ? L'Angleterre est-elle plus accueillante aujourd'hui pour les novateurs expatriés qu'à l'époque de Marx, de la Première Internationale ou de Freud ? Les divisions idéologiques sont-elles plus marquées de nos jours que dans les années trente ?

 

Peut-on comparer la contestation étudiante, la xénophobie des ouvriers, le dynamisme des jeunes et l'opportunisme des hommes politiques anglais à ce qui se passe aux Etats-Unis, en Allemagne de l'Ouest, en France, en Pologne ou au Japon ? Ce type de rapprochement par-delà les frontières est délicat à effectuer. Néanmoins, une question reste à poser : cette crise d'identité que traverse l'Angleterre fait-elle exception dans le cadre de la société d'abondance occidentale, alors que les besoins matériels ne sont plus, en principe du moins, critiques, lorsque la lassitude et la réflexion sur soi-même, l'affinement de la sensibilité individuelle et les problèmes de la vie en commun soulèvent des questions auxquelles les philosophies et les religions anciennes ne répondent pas toujours d'une manière satisfaisante, mais que des familles spirituelles cherchent à explorer tout au long de chemins tantôt centripètes, tantôt centrifuges ? »

 

A l’époque, les minorités politiques était majoritairement de gauche. Aujourd’hui, elles proviennent des droites religieuses, celle du communautarisme islamiste au premier chef. La nature a horreur du vide. Le capitalisme financier ayant siphonné la pensée politique, l’islam est en train de devenir, sous nos latitudes, le marqueur politique de référence. Tout cela parce que rares sont désormais ceux qui croient dans l'idéologie du capitalisme financier avec ses humains régulés par un marché qui, en fait, appauvrit durablement (dans les pays riches, on en est bientôt à la troisième génération), des humains certes connectés mais hors sol. L'agonie de cette dictature a la vie dure. Elle est en train de mourir mais le neuf tarde à naître. C'est dans cette hésitation, dans cette confusion, dans ce clair-obscur dont parlait Gramsci, que, de la religion, « naissent les monstres. »

 

 

PS : Dans son blog, Pierre Verhas cite Didier Daeninckx sur la confusion que j'évoquais à l'instant, sur les dérives folles qui bouleversent les esprits de beaucoup :

 

« Et ce n’est pas par hasard que l’accélération a coïncidé avec les dernières élections municipales. Par son importance à Aubervilliers, la communauté musulmane a été l’une des clés et l’un des enjeux du scrutin. Le Parti de gauche local n’a pas hésité, par exemple, à placer sur les rangs un futur maire adjoint qui engageait le dialogue avec les troupes d’Alain Soral sur le site conspirationniste MetaTV, la Palestine servant de ciment. Un autre futur maire adjoint, membre du Parti communiste, s’amusait à relayer les messages de La Manif pour tous afin d’inciter les « frères » à se détourner des socialistes, vecteurs de décadence. La réalité n’a pas tardé à leur rendre la monnaie de leur pièce. 

 

 

La semaine dernière, l’un des principaux agents électoraux du Front de gauche local, promu responsable d’un des services municipaux les plus importants au mépris de toutes les règles administratives, a été condamné à six mois de prison. Il avait menacé de mort un voisin, lui promettant de l’égorger, tout en brandissant un bonnet siglé Daech. Une perquisition à son domicile a permis de trouver des drapeaux de la même organisation djihadiste. » 

 

 

 

En ce qui me concerne, depuis trois ans, ici, j’ai vu les corps s’éloigner, les embrassades se raréfier, les barbes et les voiles pousser, les regards s’aiguiser, les murs s’élever. Il a fallu s’habituer à croiser des imams rétrogrades installés dès le petit matin dans les commerces, pour y faire pression sur les fidèles. »

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 05:31
 
 
En mars 2015, j'ai publié un article où je tentais d'expliquer que le voile islamique (et au-delà) à l'université était une démarche politique et non religieuse. On comprendra que je me sente proche de la démonstration de la philosophe Catherine Kintzler publiée tout récemment dans Marianne. Catherine Kintzler est l'autrice de Penser la laïcité (Minerve).
 
 
 
 

 

Laïcité et liberté d'affichage

Pas plus que le port du voile ou d'une soutane dans la rue, le port du "burkini" ne soulève une question de laïcité. En effet, le principe réclamant l'abstention d'affichage religieux s'applique aux espaces qui participent de l'autorité publique, comme les tribunaux, les écoles publiques, etc. En revanche dans les espaces ordinaires accessibles au public (rue, transports, plages publiques, etc.), l'expression des opinions est libre dans le cadre du droit commun - par exemple, on a le droit d'y faire l'éloge de la servitude, de s'y déclarer anti-républicain. La réciproque est valide : on a le droit, aussi, et dans ce cadre, de dire tout le mal qu'on pense de telle ou telle opinion, de désapprouver publiquement tel ou tel affichage.

Un seuil d'acceptabilité de plus en plus sensible

Pour être une fausse question laïque, l'affichage du "burkini" n'en est pas pour autant anodin : il révèle un seuil d'acceptabilité de plus en plus sensible au sein de la cité. La réprobation se manifeste aujourd'hui avec une telle réactivité que cela touche parfois la notion d'ordre public comme l'avancent les arrêtés municipaux d'interdiction. Avec la saison balnéaire, le "burkini" passera, mais il vaut comme révélateur et déclencheur : l'opinion supporte de moins en moins les déclarations d'appartenance close, le marquage communautaire des corps et des "territoires", le contrôle des mœurs, les entreprises d'uniformisation qui se réclament d'une religion mais qui en réalité impliquent une politique.

Voir là une "intolérance", c'est mettre les choses à l'envers, c'est oublier (c'est-à-dire abandonner) toutes les musulmanes qui entendent échapper à ces stigmatisations infamantes et qui, en refusant le port du voile (ou du "burkini" lorsqu'elles vont à la plage), refusent une vision totalitaire du monde ; c'est les livrer sans un soupir de commisération à un amalgame funeste qui les étouffe.

Un jalon aggravé par les circonstances

La nouveauté est que l'opinion n'attend plus que des lanceurs d'alerte s'émeuvent, ni que le phénomène prenne une certaine extension : son degré d'inertie se réduit, elle est en alerte et le fait savoir sans délai. Pourquoi plus particulièrement en cette occasion ?

Le port du "burkini" est de fraîche date et s'inscrit parmi les jalons que plante une version politique ultra-réactionnaire et totalitaire de l'islam. La concomitance avec les attentats tragiques récents l'a particulièrement mis en lumière et immédiatement situé - notamment juste après le massacre du 14 juillet à Nice - comme une provocation politique. Comme l'a remarqué le , on est bien au-delà de la religiosité.

 

Toutes les femmes sont concernées

Ce qui compte ici n'est pas un événement isolé qui ne serait qu'anecdotique, mais la série dans sa cohérence. Une fois de plus, et dans un contexte qui l'aggrave, s'avance une tentative de banalisation du totalitarisme islamiste qui entend l'introduire comme une forme de "moralité" parmi d'autres. Une fois de plus s'affirme un contrôle absolu et véritablement obscène du corps des femmes. Au-delà de celles qui y consentent ou qui s'y plient malgré elles, cette assignation atteint toutes les autres. Partout où de tels accoutrements sont affichés toutes les femmes sont concernées, et d'abord celles de culture ou de confession musulmane qui le réprouvent, toutes celles qui ne portent pas le voile.

Le devoir de réprobation

Le motif d'ordre public peut parfois être avancé, mais y recourir n'a qu'un effet ponctuel ; en isolant un fait de la série qui le rend signifiant, ce recours en masque le moment politique. Plus généralement, la question n'est ni réglementaire ni législative*, elle demande une ampleur qui implique chacun dans la formation et l'expression de l'opinion. Il convient d'accompagner le cri réprobateur qui s'élève au vu de ces affichages totalitaires et ségrégationnistes ; il faut le faire sans enfreindre les lois, en recourant aux armes conceptuelles, seules propres à éviter l'écueil passionnel et la violence. Dans cette tâche critique, tous ceux qui, de culture ou de confession musulmane, s'opposent à ces visées, les désapprouvent, les craignent, ne sont pas seulement bienvenus : ils sont indispensables car ils savent mieux que d'autres de quoi il retourne. La division n'est pas religieuse ici : elle est politique, elle engage la conception et le fonctionnement de la cité.

*La loi ne peut être que générale : il faudrait alors interdire tout habillement sur une plage... Elle ne peut pas non plus contredire les libertés fondamentales dans leur co-exercice par l'ensemble des personnes. L'exemple de l'interdiction du masque intégral (loi du 11octobre  2010) vaut ici comme contre-exemple : elle vise toute tenue destinée à dissimuler le visage, et elle assure la liberté générale en assurant la sécurité publique.
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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 05:30

Une lectrice et néanmoins amie me signale le décès, le 10 avril 2016 à l’âge de 97 ans, de Jeannette Guyot, une grande dame dont je n’avais jamais entendu parler, une authentique héroïne de la Résistance. Seule la presse britannique (le Times, le Telegraph qui lui a consacré une pleine page) a évoqué son décès en temps opportun. Quelques médias français (Le Monde, Le Point) ont repris l’information en provenance d’outre-Manche.

Jeannette Guyot

Native de Chalon-sur-Saône, Jeannette Guyot a rejoint la résistance par le biais du réseau Amarante, rattaché au Bureau central de renseignement et d’action. Sa tâche est de faire passer des agents en zone sud. Elle rencontre ensuite le colonel Rémy auprès de qui elle continue ses activités de passeuse. Elle est arrêtée en février 1942. Elle subit dans les prisons de Chalon-sur-Saône et d’Autun des interrogatoires musclés. Elle nie toute activité de résistance et les Allemands la remettent en liberté. Suite à la trahison d’un des membres du réseau, elle se réfugie à Lyon. Elle rejoint le groupe Phratrie dont les missions consistent en des actions de sabotage, et à aider les aviateurs abattus à regagner le Royaume-Uni.

 

 

 La Gestapo étant sur ses traces, elle est exfiltrée vers l’Angleterre le 13 mai 1943 où elle retrouve le colonel Rémy. Avec 120 volontaires, elle est affectée à l’école de Praewood House où elle est formée aux techniques du renseignement militaire par L’Intelligence Service et l’Office of Strategic Service. Il s’agit de collecter un maximum de renseignements pour préparer le débarquement de Normandie.


Le 8 février 1944, Jeannette Guyot, promue lieutenant, est parachutée près de Loches. À Paris, le Jeannette Guyot cache l’opérateur radio de son équipe au « Café de l’Électricité », située à Montmartre, à deux pas d’un bureau de la Gestapo. Jeannette Guyot accomplit sa mission et envoie des renseignements de la plus haute importance à Londres.

Après la Libération de Paris, Jeannette Guyot retrouve un emploi de bureau à la nouvelle « Direction générale des études et recherches » (DGER). Elle apprend la déportation en Allemagne de ses parents. Son père n’en reviendra pas.

En juin 1945, Jeannette Guyot quitte le monde du renseignement. Elle n’a jamais évoqué publiquement son action au sein de la France Libre alors qu’elle fut la seule résistante française décorée par trois pays : Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre avec palmes, British George Medal, Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE), Distinguished Service Cross (États-Unis), pour son « héroïsme extraordinaire lors d’opérations militaires. »

 

 

Jeannette Guyot
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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 05:56

Michel Goubet. La Résistance dans le Midi toulousain. Toulouse, Privat 2015.

 

Le premier appel à résister dans la région toulousaine date du 15 juin 1940, trois jours avant l’appel du général De Gaulle. Il est publié dans La Dépêche sous la signature de « L’Observateur » qui cache le nom du consul général d’Italie à Toulouse Enrico Terracini. L’appel s’adresse aux Italiens de France : « Ce n’est pas seulement pour la France que nous combattrons, c’est pour notre vie et pour celles de nos fils. » Le 5 novembre 1940, des militants communistes jettent des tracts sur le cortège de Pétain en visite à Toulouse. En juin 1941, des socialistes créent un Comité d’action socialiste animé par le journaliste Daniel Mayer, futur président de la Ligue des droits de l’homme. Après l’entrée en guerre de l’URSS et en accord avec l’Internationale communiste, le parti communiste crée les Francs-Tireurs et Partisans. Charles Tillon est responsable de la lutte armée. Les maquis apparaissent à partir de 1943 dans la région de Toulouse. Plusieurs dizaines de réseaux (60 rien qu’en Haute-Garonne) se développent, comme Gallia, dirigé par Pierre Billières, fils d’un ancien maire socialiste de la ville.

 

Les mouvements de résistance se sont créés en dehors des partis politiques qui avaient failli dans la défense des valeurs de la République. À commencer par Combat, né fin 1941 de la fusion du Mouvement de Libération Nationale d’Henri Frenay, et de Liberté, du juriste François de Menthon qui, ministre de la Justice à la Libération, sera un épurateur plutôt modéré. Combat est bien implanté dans la région. Plus à gauche, le mouvement Libération-Sud compte dans ses rangs Jean-Pierre Vernant et François Verdier. Ses groupes paramilitaires sont très actifs. Franc-Tireur s’implante en octobre 1942. Libérer et Fédérer s’inspire des idéaux de Silvio Trentin. Le Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et déportés est installé à Toulouse par un neveu du général De Gaulle.

 

 

 

 

Les partis politiques en tant que tels tarderont à entrer en résistance dans cette région dominée par les radicaux-socialistes et la SFIO. La restructuration est lente dans des forces qui n’ont pas été immédiatement hostiles à Vichy. Raymond Naves prend en charge le CAS au niveau régional, Pierre Bourthoumieux au niveau départemental. Mais les socialistes sont mal préparés à la clandestinité. Ils sont victimes de dénonciations (Navès, Eugène Thomas qui réchappera à la déportation à Buchenwald, Bourthoumieux). Le parti communiste tarde à trouver ses marques. Le 4 juillet 1940, on peut lire dans L’Humanité clandestine distribuée dans les Basses-Pyrénées : « Le peuple de France veut la paix. Il demande d’énergiques mesures contre tous ceux qui, par ordre de l’Angleterre impérialiste, voudraient entraîner les Français dans la guerre. » Une organisation secrète prépare le terrain. Gaston Plissonnier arrive à Toulouse le 1er mars 1943. Les FTP s’organisent minutieusement.

 

La Résistance armée devient prépondérante à partir de 1944. Une armée secrète était née dans la zone Sud après l’invasion allemande de novembre 1942, regroupant Combat, Libération et Franc-Tireur, sous le commandement du général Charles Delestraint qui mourra à Dachau en avril 1945. Jean-Pierre Vernant dirige l’AS en Haute-Garonne. Des groupes francs sont créés en 1942 pour les sabotages, les coups de main, les attentats. Les Francs-Tireurs (majoritairement communistes), les groupes Vény (socialistes), le Corps franc Pommiès (du nom de son chef un saint-cyrien qui veut combattre sur des bases apolitiques) attaquent les Allemands de manière frontale.

 

Les maquis apparaissent fin 1942, dans le Tarn et en Ariège. Les réfractaires au STO et des juifs y sont nombreux. Ces maquis sont généralement mal équipés et mal organisés. Ils essaiment et grossissent à partir de 1944.

 

Combat, Libération, Franc-Tireur mettent en place de grands Mouvements unis de la Résistance (MUR) en janvier 1943. Des Comités de Libération sont créés en mars 1944. Des commissaires de la République sont installés dans chaque région libérée. Jean Cassou est nommé pour Toulouse. Les Forces françaises de l’Intérieur (FFI) s’efforcent de fédérer des groupements différents. Des Allemands antinazis participent à la lutte. Des militants communistes du KPD. Une minorité d’immigrés italiens qui n’ont pas suivi l’évêque collaborationniste maurassien d’Agen, Mgr Torricella (proche du futur pape Jean XXIII), exécuté par des résistants le 7 janvier 1944. Depuis la Retirada, les Espagnols constituent le groupe le plus important parmi les résistants étrangers. Le parti communiste espagnol (PCE) s’est particulièrement bien réorganisé. Les guérilleros républicains sont plusieurs milliers dans la région. La brigade MOI Marcel Langer (du nom de l'ouvrier juif polonais communiste décapité à la prison Saint-Michel de Toulouse) compte des juifs étrangers, des Italiens, des Espagnols, des Tchèques, des Hongrois, des Russes. Parmi eux, Raymond et Claude Lévy, père et oncle de l’écrivain Marc Lévy. Et puis l’admirable italienne Damira Titonel (une des rares rescapées de Ravensbrück) qui inspirera, justement, Marc Lévy pour Les Enfants de la liberté. Un mot également sur les passeurs, ces “montagnards de la liberté”. Au moins 2 500 dont quelques poignées, il faut le dire, jouèrent personnel quand ce n’était pas double jeu.

 

Jusqu’à l’occupation allemande, il y eut des manifestations dans la région toulousaine. Le 1er mai 1942, à Toulouse, on crie « Vive De Gaulle ». Le 14 juillet de la même année, 20 000 personnes se retrouvent Place du Capitole. Le 10 avril 1943, des maquisards occupent Cajarc dans le Lot. Les communistes parviennent à organiser des grèves professionnelles, mais aussi patriotiques. Les sabotages s’intensifient à l’approche du 6 juin 1944, visant des voies ferrées, des lignes électriques, des écluses. La poudrerie de Toulouse explose le 26 mai. L’usine Hipano-Suiza de Tarbes, qui fournit des pièces pour les moteurs Daimler de la Luftwaffe, est sérieusement endommagée le 15 avril 1944. Un agent de la Gestapo est exécuté le 31 mars 1944 à Tarbes. Comme l’avait été le chef de la police de Toulouse en novembre 1943.

 

Après le 6 juin 1944, la Résistance régionale sort de la clandestinité. Les convois militaires allemands sont sur le qui-vive. Le 14 juillet, les maquisards défilent dans de nombreuses villes. La résistance régionale compte au moins 60 000 combattants. L’occupant réagit par des exécutions et des déportations. Après le débarquement allié en Méditerranée, les forces d’occupation et leurs supplétifs français vont s’effondrer plus rapidement que la Résistance l’avait imaginé. Un repli général allemand est ordonné le 16 août. Les Allemands quittent Toulouse après quelques actes de sabotage en pure perte.

 

La Résistance pourra-t-elle rompre avec le passé ? Les femmes seront-elles reconnues à la hauteur de leur rôle dans la clandestinité ? L’administration collaborationniste sera-t-elle suffisamment épurée ? Les communistes mobilisent les travailleurs pour gagner « la bataille de la production ». Vincent Auriol écrit que la SFIO s’est « purifiée » dans les épreuves de la résistance. Bien que n’ayant joué que des rôles marginaux pendant la guerre, le parti radical et les modérés du Mouvement républicain populaire (MRP) profitent de leur enracinement historique. Après la suspension de la Dépêche collaborationniste, de nouveaux journaux paraissent, reflétant tout l’éventail politique. Comme dans d’autres régions de France, l’épuration n’est bien souvent qu’une caricature d’elle-même, même lorsqu’elle a pour cadre des « tribunaux d’exception » (462 peines de mort et 1 468 peines de dégradation nationale prononcées à Toulouse). Rapidement, de plus en plus de Vichystes sont épargnés. La Dépêche de Toulouse reparaît en novembre 1947 sous le titre La Dépêche du Midi. On sait que René Bousquet y jouera longtemps un rôle prépondérant.

 

Les 30 000 réfugiés républicains espagnols de Haute-Garonne connaissent des luttes politiques intestines (communistes, socialistes, libertaires). Du « dynamisme espagnol d’antan », il ne restera à Toulouse que le célèbre hôpital Varsovie, géré par des résistants espagnols et d’anciens FFI.

 

Des chefs de la Résistance qui ont survécu connaîtront un parcours de vie fort honorable : Jean-Pierre Vernant au Collège de France, René Andrieu, rédacteur en chef de L’Humanité, Edgar Morin, Raymond Badiou. Et puis aussi Maurice Bourgès-Maunoury, Vincent Auriol.

 

Politique, patriotique, la Résistance aura également été éthique, ontologique, comme l’exprimera magnifiquement Jean-Pierre Vernant en 2004 : « Pourquoi ces gens, alors que rien ne les y obligeait, se sont lancés dans une aventure qui a été, à certains moments, terrible ? Pour une raison qui est la clé de la Résistance : c’est qu’il y a des circonstances, des moments où, tout d’un coup, vous est rendu évident, vous est révélé que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue s’il n’y a pas en elle quelque chose qui la dépasse. 

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 05:52

Michel Goubet. La Résistance dans le Midi toulousain. Toulouse, Privat 2015.

 

Avec ce fort ouvrage de 450 pages, Michel Goubet, ancien professeur d’histoire en classes préparatoires du lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse, nous offre la synthèse de recherches et de travaux entrepris depuis plusieurs dizaines d’années.

 

L’auteur possède la distance requise lui permettant de prévenir en introduction que la Résistance a été « instrumentalisée pour faire oublier les mauvaises consciences de l’époque » et que sa représentation a été « déformée » jusqu’au « résistancialisme » qui a fleuri dans les années d’après-guerre. L’important reste cependant – et ce livre l’atteste par mille exemples – l’engagement authentique d’hommes et de femmes qui ont tout de suite compris que, par-delà la politique et l’histoire, l’acte de résistance portait en lui une dimension quasi ontologique. Voir, par exemple, ce que Jean Cassou, membre du cabinet de Jean Zay durant le Front populaire, conservateur en chef du Musée national d’art moderne, écrivait dans La Mémoire courte : « Pendant quatre ans, la France légale, officielle, publique, historique, s’est déclarée sous les traits du régime Pétain, lequel a vécu en bonne intelligence avec l’ennemi […] Il en demeure pour la conscience collective française une charge une blessure, le sentiment d’avoir vécu ensemble, un périlleux et pesant sacrifice : et nous, nous restons en dehors. La charge, la blessure ne sont pas pour nous. Nous étions ailleurs. »

 

 

Note de lecture n° 160 (I)

Le Midi toulousain est occupé lorsque les Allemands envahissent la zone sud le 11 novembre 1942. Avant cela, la région avait servi de refuge à diverses populations. Les républicains espagnols au début de 1939 ; les réfugiés de l’exode fuyant l’offensive allemande de 1940 ; des populations méditerranéennes évacuées par crainte d’un débarquement allié en 1943-1944.

 

Terre de résistance, le Midi toulousain est également une terre vichyste. Les parlementaires locaux – à l’exception de cinq d’entre eux – ont voté les pleins pouvoirs à Pétain. L’amiral Darlan, chef du gouvernement, est natif de Nérac où il a grandi dans une famille progressiste, dreyfusarde. Le secrétaire général de la police de Vichy, René Bousquet, est originaire d’une famille radicale-socialiste montalbanaise. Ministre de la Justice qui créera les sections spéciales des cours martiales, Joseph Barthélémy a bâti sa carrière politique dans le Gers. Le syndicaliste révolutionnaire, rallié au corporatisme et à la pensée fasciste Hubert Lagardelle, est haut-garonnais.

 

Le maréchalisme est vivace dans la région. Quantité de manifestations patriotiques et religieuses égaient le quotidien tandis que Monseigneur Saliège, l’archevêque de Toulouse, qui prendra ses distances par la suite, fustigent « l’éducation et la démocratie athées ». Peu nombreux sont les réfractaires au STO. Le Commissariat général aux questions juives est créé à Toulouse en juillet 1941. Joseph Lécussan, son directeur, est un cagoulard antisémite et milicien. Ce fils d’instituteur sera responsable de l’assassinat de Victor Basch (fondateur et président de la Ligue des droits de l’homme) en 1944 et sera fusillé à Caluire-et-Cuire en 1946. La Milice compte un petit millier d’adhérents en Haute-Garonne. Les résistants condamnés ou en attente de jugement souffrent dans des prisons au régime très dur : Saint-Michel à Toulouse, Eysses dans le Lot-et-Garonne, Castres dans le Tarn. Sans parler des camps d’internement réservés aux juifs et aux étrangers “indésirables” : Casseneuil dans le Lot-et-Garonne, Le Vernet en Ariège – où seront internés Luigi Longo (futur secrétaire-général du Parti communiste italien) et l’écrivain Arthur Koestler – Gurs dans les Pyrénées-Atlantiques, où Hanna Arendt passera plusieurs mois.

 

L’armée allemande occupante s’installe au grand hôtel de la Poste à Toulouse. Elle entretient une impression de normalité. Les terrasses des cafés ne désemplissent pas. Maurice Chevalier, Fernandel viennent chanter dans la ville rose. Mais le 26 août 1942, de nombreux juifs étrangers sont raflés et déportés. Sans se rallier à la Résistance, trois prélats de la région, dont Mgr Saliège, critiquent ces mesures. Puis vient le tour des juifs français, le plus connu étant peut-être le champion du monde de natation Alfred Nakache, déporté à Auschwitz avec sa femme et sa fille qui, elles, n’en reviendront pas. Un dixième des juifs haut-garonnais seront déportés, un tiers des juifs étrangers.

 

Une résistance civile s’organise face à la barbarie. L’Église invoque le droit d’asile, procure de faux certificats de baptême. Une partie de la famille Debré, la famille Cohn-Bendit sont cachés dans des établissements religieux. Hubert Beuve-Méry et Jean-Marie Domenach trouvent refuge dans un petit séminaire près de Vabre. Dans de nombreuses couches de la population, l’esprit est “résistant” mais il faut s’organiser pour être efficace. On finira par compter une bonne quarantaine de milliers de FFI dans la région de Toulouse.

 

L’éventail politique des résistants est large. La CGT est réunifiée en 1943. Dès lors, l’action se durcit, des grèves éclatent. Quelques dirigeants d’entreprise sont dans l’esprit “résistant”. C’est le cas de Fernand Mauroux, vice-président de la chambre de commerce d’Auch. Le milieu enseignant est fort bien représenté, avec Raymond Naves, le chef régional du parti socialiste clandestin, l’helléniste futur professeur au Collège de France Jean-Pierre Vernant, chef des FFI en Haute-Garonne. À noter l’action efficace du libraire Silvio Trentin, universitaire, réfugié antifasciste italien, d'Ignace Meyerson qui crée la société toulousaine de psychologie, de Vladimir Jankélévitch, Edgar Morin, de Raymond Badiou, agrégé de mathématiques à 22 ans, maire socialiste de Toulouse à la Libération, père du philosophe Alain Badiou. Et celle du pharmacien authentiquement socialiste (dans les idées comme dans sa pratique) Pierre Bourthoumieux. La police elle-même est infiltrée. Plusieurs commissaires “ignorent” les renseignements qu’ils obtiennent sur les itinéraires d’évasion. Des gendarmes préviennent des personnes menacées de rafle. Les francs-maçons, dont Pétain voulait débarrasser la France de manière obsessionnelle dès le 13 août 1940 (« Un juif n’est jamais responsable de ses origines, un franc-maçon l’est toujours de son choix. »), adhèrent en nombre à la Résistance : Ernest Vila, François Verdier, l’italien Francesco Fausto Nitti. Des juifs s’engagent dans des réseaux de résistance juive nouvellement constitués ; d’autres nient leur singularité et s’engagent dans des organisations françaises existantes. C’est le cas du futur ministre de De Gaulle Léo Hamon.

 

Les femmes sont présentes, même si leur rôle est et sera toujours sous-estimé, voire nié. Comme, par exemple, Ariane Fixman, femme du poète David Knout, assassinée par la Milice en juin 1944. Jean-Pierre Vernant dira à Michel Goubet à propos de ses camarades féminines : « Elles ont une capacité de s’accrocher absolument extraordinaire. S’il n’y avait pas eu les femmes, on n’aurait rien pu faire. »

 

Et puis il y aura des vichystes ou des maréchalistes résistants. Le cas le plus connu étant celui d’Henri Frenay, chef du mouvement Combat, furieusement anticommuniste, anti-allemand et anti-gaulliste. Il ne rompra avec Vichy qu’en mars 1942, après avoir compris que le pouvoir était parfaitement maître de ses décisions.

 

Résister, c’est vouloir une France radicalement différente de celle d’avant l’Occupation : « Notre tâche : l’insurrection républicaine […]. L’effondrement militaire de l’Allemagne ne saurait, en effet, assurer à lui seul notre libération. Notre Libération française sera l’insurrection pour la conquête de la liberté garantie par la République […]. » (Libération, 15 décembre 1943). Le programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 prévoit de veiller au « châtiment des traîtres » et d’instaurer une « véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités. » Cela dit, le CNR “oublie” le vote des femmes et la décolonisation. Consensuels en 1943, les engagements du CNR le seront beaucoup moins après la Libération.

 

 

(À suivre)

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