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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 15:00

Sur nouvelobs.com (qui m'a censuré, histoire connue), il y a une blogueuse très sympa, qui écrit des choses toujours censées, et parfois même très profondes : c'est PlumePlume.

 

Une de ses notes récentes :

 

Si c'est un homme...

 

Lu sur « l’Avis sauve » ce matin…

 

…et ça passe sans réaction !

 

 

(de la défécation et de l’anus)

 


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« Visiblement, ce qui a impressionné mon gamin durant cette journée de Nakba, ce fut sans doute d'observer aux jumelles les conneries des gazaouis en train de se la jouer "martyrs" en devenir et surtout l'incroyable indécence de certains.


En effet, il était écroulé de rire en regardant un de ces nakbaïste en train de démouler son cake au milieu du terrain et se relever sans se torcher.


Il aurait du savoir ce brave arabe que les pierres au lieu de les jeter sur les soldats de Tsahal, il aurait pu en utiliser pour nettoyer son anus.


Ils en oublient leur coran les pauvres ! »

 

Ecrit par : Nina | lundi, 16 mai 2011

 

 

Je me souviens de l’expression d’Anus mundi chez Primo Levi, autrement dit d’Auschwitz…

Je me souviens de la première page de L’espèce humaine de Robert Antelme : Problèmes de défécation d’abord…

 

 

 Rien de comparable, c’est certain.

 

 

Mais ce matin, lisant le commentaire de la Nina, j’ai honte.

 

 

Et je relis ceci sous la signature de Primo Levi dans son ultime écrit, I Sommersi e I Salvati :

 

 

« C'était une honte que nous connaissions bien, celle qui nous submergeait après les sélections, et chaque fois qu'il nous fallait assister à un outrage ou le subir : la honte que les Allemands ne connurent pas, ce que le juste éprouve devant la faute commise par autrui, le remords éprouvé parce qu'elle a été introduite irrévocablement dans le monde des choses existantes et que sa volonté ait été nulle ou trop faible, et qu'elle ait été impuissante. »

 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 06:30

Parlons pédagogie

  

http://www.ecoleaupluriel.be/images/bonnet-d-ane.jpgDepuis que le capitalisme financier est totalement aux commandes, non seulement de la finance, mais encore de l’économie, et surtout de la politique, ses relais dans l’opinion (hommes et femmes politiques, journalistes, responsables d’instituts de sondages) se gargarisent du mot “pédagogie”. Ce très vieux terme (1495) a pris la place de ce qu’on appelait autrefois “propagande”, de ce qu’on dénomme aujourd’hui, grossièrement, par le vocable “vaseline”. En un mot, pour contaminer les cerveaux, pour faire entrer dans les pauvres milliards de têtes que le bonheur, que le salut passe par le pouvoir absolu des Marchés, que les êtres humains sont au service de l’économie capitaliste, il faut « faire de la pédagogie ».

Point besoin d’être contemporain de Jules Ferry pour se sentir écœuré par l’utilisation, aux fins de bourrage de crâne, d’un mot qui, jusqu’alors, impliquait la libération des esprits. C’est toujours la même chose avec le capitalisme, son idéologie, ses pratiques culturelles de masse : il se saisit d’un concept riche, qui a traversé l’histoire, qui s’est nourri des humains et les a nourris, et puis il simplifie, travestit, trahit selon ses intérêts les plus étroits.

Avec l’aide du Robert, je voudrais rappeler deux ou trois petites choses.

Le terme « pédagogie » dérive du grec παιδαγωγία, de παιδός (/’paɪdɔs/), « l’enfant », et ἄγω (/’a.gɔ/), « conduire, mener, accompagner, élever ». Nous sommes donc dans l’éducation, dans la direction des enfants. Écoutons Renan se souvenir : « Sans rien de ce que l’on appelle maintenant la pédagogie, ils pratiquaient la première règle de l’éducation, qui est de ne pas trop faciliter des exercices dont le but est la difficulté vaincue. » Ce qui signifiait de la lenteur, de la méthode, des obstacles que l’on surmonte. Le contraire du remplissage des cerveaux vides par TF1. Parlant de la culture de la mémoire, Georges Duhamel nous dit qu’en tant que méthode pédagogique, elle a « d’abord pour effet de laisser, au fond de l’esprit, des sédiments utilisables. » La pédagogie, c’est la douceur, le contraire de ce que prônait, selon Alain, le philosophe anglais Locke : « Il ne connaît d’autres moyens que le fouet pour corriger l’enfant menteur. »

À la Renaissance, un des grands précurseurs de la pédagogie fut Rabelais et son abbaye de Thélème, un univers moral de dépassement de soi. Il fut férocement critiqué par Sainte-Beuve (qui critiquait tout mais la sainte n’avait pas toujours raison) qui voyait dans Gargantua « le dernier legs du moyen âge expirant, une éducation crasseuse et routinière ».

Pour Rousseau, dans sa préface à l’Émile, la pédagogie était « l’art de former les hommes ».

Pour le penseur étasunien John Dewey, influencé par Darwin, l’esprit humain était en constante évolution, sous l’influence de son milieu, de ses expériences, de ses actes. Il prôna donc une pédagogie active, socialisante : apprendre en faisant.

On a pu se méfier des pédagogues. Le mot “pédant”, qui signifiait à l’origine “précepteur” est proche. Émile Henriot, que le féminisme n’a jamais vraiment effleuré, disait que Madame de Maintenon n’attirait pas la sympathie parce qu’elle était « dévote, pédagogue et chagrine ». Pour Molière, dans Le Dépit amoureux, « faire le pédagogue », c’était « prêcher en chaire ».

Le mot “pédagogie” redevint totalement positif au XIXè siècle. Fondateur du mouvement coopératif, forte personnalité socialiste et laïque, Robert Owen (l’un des pères de l’enseignement primaire outre-Manche) demandait à la pédagogie d’éveiller la curiosité des enfants.

Cofondateur de la Ligue des droits de l’homme, prix Nobel de la paix, Ferdinand Buisson définissait la pédagogie comme « la science de l’éducation, tant physique qu’intellectuelle et morale ». Pour Durkheim, elle impliquait une « réflexion méthodique » : « L’éducation est l’action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objet de susciter et de développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et mentaux que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu social auquel il est particulièrement destiné ». La pédagogie était donc à la fois une théorie et une pratique, permettant de réfléchir sur « les systèmes et les procédés d’éducation ».

Et l’on ne parlera pas de Ferrière, de Decroly. Ni de Célestin Freinet, bête noire de la droite dure française pendant toute sa vie professionnelle. Il est vrai qu’il avait accueilli dans son école de Vence des petits juifs allemands et des enfants de Républicains espagnols. Pour le coup, nous sommes vraiment loin de Jean-Marc Sylvestre...


Photo : L'école au pluriel

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 06:13


http://www.ps-blog.fr/wp-content/uploads/dsk-ps-2012.jpg"À midi, j'ai regardé le journal télévisé de France 2 qui, bien entendu, était consacré, pour sa plus large part, à l'affaire Strauss-Kahn. Le journal était centré depuis le bureau d'Elise Lucet - la présentatrice - qui, d'une part, s'adressait à divers correspondants, d'autre part, 
recevait des invités à sa table (Vincent Peillon, membre du PS, un commentateur de la chaîne et un avocat américain, doublement habilité au barreau de Paris et à celui de New York).

 

Mais le point sur lequel je veux insister est celui-ci : tout le long de ce sujet, les commentaires de la journalistes ou de ses invités, n'ont pas cessé d'être accompagnés des mêmes images, celles des quelques secondes entre la sortie de Dominique Strauss-Kahn, menotté, du commissariat où il avait été interrogé et son départ dans une voiture. [Cette séquence comportait trois plans (j'appelle "plan" - peut-être le mot est-il inexact - une séquence filmée sans interruption)]. En dehors de ces plans filmés, on trouvait des photos fixes, prises dans les mêmes séquences du même DSK.

 

Rien qu'au début, au bout de 3 mn 10 s, il y avait eu 10 plans filmés du prévenu. Puis un autre plan à 4 mn 54, puis 2 à 5 mn 30, puis 1 à 6 mn 21, puis une photo à 7 mn 15, plus 7 ou 8 photos entre 7 mn 30 s et 8 mn, puis 4 plans à 9 mn 36, puis 1 plan à 15 mn 01, puis un plan à 15 mn 43, puis un à 16 mn 35, puis un à 16 mn 50, puis une photo à 20 mn 57, à 21 mn 12, à 21 mn 22, à 21 mn 31, à 22 mn 17, à 22 mn 55 et à 23 mn 19.

 

En tout, donc, en 25 minutes à peu près de traitement du sujet, Dominique Strauss-Kahn a été vu 37 fois, soit en séquence filmée, soit en photo, et vu avec les mains menottées derrière le dos, sans cravate, et, parfois même à moitié habillé, sa veste ayant glissé le long de sa manche gauche, presque jusqu'au milieu du dos, et les policiers n'ayant pas même songé à la lui remonter.

 

Cette image évoque, pour des Français, un souvenir sinistre, à l'époque de la guillotine, lorsque le condamné se voyait découper le haut de sa chemise pour que le bourreau positionne mieux le cou à l'aplomb de la lame.

 

Ce que j'ai trouvé particulièrement indécent (voyeur, obscène), c'est qu'après les premières images - qu'il n'était pas la peine de montrer trois fois ! - les téléspectateurs aient été abreuvés au moins toutes les 40 secondes de l'image du directeur du FMI dans cette situation humiliante. Et j'ai eu un peu le sentiment que le "texte" du journal (les questions, les analyses, les reportages), loin de constituer le fond de l'émission (dont les images n'auraient été que l'illustration"), n'en avait été que le "prétexte", comme si l'objectif caché était davantage le racolage du téléspectateur (arrivant en zappant d'une autre chaîne et retenu par cet appât) que l'information.

 

Je n'ai pas de sympathie particulière ni pour Dominique Strauss-Kahn, ni pour la ligne politique qu'il incarne au P.S. Je suis évidemment consterné par ce qu'il est censé avoir fait (en attendant d'autres preuves) et, si c'est vrai, je partage la frayeur, l'épouvante, la détresse de la femme de chambre confrontée à une telle agression.

 

Mais je ne peux m'empêcher d'éprouver les images exhibées par France 2 comme la diffusion complaisante d'une scène de lynchage."

 

Ce que Philippe aurait pu ajouter, c'est que la "Loi Guigou" de 2000 interdit de montrer une personne entravée alors qu'elle n'a pas été jugée. Tous les médias français ont donc agi dans l'illégalité.

Ce n'est pas parce que les EU ont des mœurs et des lois bien à eux, et un peu particulières, qu'il faut se couler, tels des colonisés de la tête, dans leur moule.

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 06:30

http://img.clubic.com/03865922-photo-cia-logo.jpg

Vu récemment à la télévision une très bonne émission sur la politique culturelle de la CIA en Europe durant la guerre froide.

 

 

Cette émission montrait fort bien que la CIA n’y était pas allée avec de gros sabots, mais par une colonisation très subtile des esprits, dans le domaine littéraire, mais aussi dans le cinéma, la peinture (l’agence soutenait l’art abstrait), la sculpture etc.

 

Durant toutes mes études d’angliciste, j’ai lu la revue britannique Encounter, tout en sachant que la CIA la pilotait dans l’ombre. Ce mensuel politique et culturel de grande qualité, progressiste, avait été fondé en 1953 par le célèbre écrivain anglais Stephen Spender, ancien membre des Brigades internationales en Espagne, proche un temps du parti communiste britannique, mais aussi par l’intellectuel étatsunien Irvin Kristol, qui sera l’un des inspirateurs du néo-conservatisme d’outre-atlantique, après avoir été marxiste, trotskiste et socialiste. Le financement d’Encounter était assuré, bien sûr par ses valeureux abonnés, surtout par le Congrès pour la liberté de la culture, association culturelle anticommuniste fondée à Paris en 1950, financée par la CIA.

 

En 1966, Frank Kermode (l'un des professeurs de littérature les plus influents au XXe siècle outre-Manche) succéda à Spender. Il démissionna au bout d’un an lorsque fut révélé officiellement ce que même les étudiants français subodoraient : le financement de la revue par la CIA. T.S. Eliot, dramaturge et poète anglais d’origine étatsunienne, viscéralement de droite, avait estimé qu’Encountern’était que de la propagande américaine sous un vernis de culture britannique. Le jour de la démission de Kermode, les masques tombèrent, le cynisme éclata en pleine lumière. Thomas Braden, journaliste et ancien responsable de la CIA, publia dans un quotidien britannique un article intitulé “ Je suis content que la CIA soit immorale ”. Il expliquait : « Nous avons placé un agent dans une organisation d'intellectuels basée en Europe appelée Congrès pour la liberté de la culture. Un autre agent devint un directeur d'Encounter. Les agents pouvaient non seulement proposer des programmes anticommunistes aux chefs officiels de l'organisation, mais ils pouvaient également suggérer des voies pour résoudre les inévitables problèmes budgétaires. Pourquoi ne pas voir si l'argent recherché ne pourrait pas être obtenu auprès de fondations américaines. Comme les agents le savaient, les fondations financées par la CIA étaient tout à fait généreuses quand il s'agissait d'intérêt national. »

 

En France, la CIA finança indirectement la revue Preuves de Raymond Aron. En Allemagne, ce fut le cas de Monat, où s’exprimait Heinrich Böll. En Italie, l’écrivain Ignazio Silone, socialiste, puis communiste (il fut l’un des dirigeants du PCI clandestin au débuts des années 20), finit par frayer avec le Congrès pour la liberté de la culture. Pour certains historiens italiens, Silone aurait même exercé des activités de renseignement au profit de la police fasciste.

 

Quid de Tavernier et Neruda ?

En 1964, le poète chilien partait largement favori pour l’obtention du prix Nobel de littérature. Ancien proche de Federico García Lorca, ancien prix Staline pour la paix, soutien inconditionnel d’Allende, Neruda ne pouvait qu’être dans le collimateur du Congrès pour la liberté de la culture (tout comme Alberto Moravia, soit dit en passant). L’émission expliquait que le Chilien avait été victime d’une campagne de calomnies, de basses critiques, orchestrées par le Congrès, en provenance de plusieurs pays, dont la France. Chez nous, ce fut l’intellectuel René Tavernier qui s’y serait collé. Authentique résistant, le père du cinéaste Bertrand Tavernier fut un éditeur courageux qui publia Aragon en 1942. Il aurait été sollicité afin de participer à une campagne de presse de dénigrement contre Neruda, qu’il avait d’ailleurs publié après la guerre. Le prix Nobel fut décerné à Sartre (lui-même une des cibles favorites du Congrès pour la liberté de la culture), qui le refusa.

 

J’ai pris l’habitude de me méfier de tout ce qui est publié, sur internet ou ailleurs. Je ne sais si ce qui est dit sur Tavernier est avéré ou non. Si c'est le cas, c'est bien triste...

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 06:00

Le quotidien proche du parti communiste britannique met en vente ces deux gobelets (en bon franglais "mugs") pour 10 euros. C'est cher payé.

 


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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 15:35

C’est la 42158e fois que je le dis ou l’écris : la LRU est une arme de guerre conçue par l’hyperbourgeoisie internationale pour privatiser l’enseignement supérieur français et sortir ses personnels de la Fonction publique en une génération. Ont lutté contre cette ignominie, outre, évidemment, toutes les bonnes volontés individuelles, le Snesup, la CGT, Sud, une p
artie du syndicat autonome (droite), le Parti communiste, le NPA, le Parti de gauche, ainsi que deux associations d’universitaires : Sauvons l’Université ! et Sauvons la Recherche !. Le SGEN-CFDT, l’UNSA, le Parti socialiste (très tardivement) se sont fort mollement opposés à Pécresse. Les deux confédérations syndicales participent désormais à la gestion de l’Université de manière plutôt zélée. Le Parti socialiste, qui n’a jamais condamné globalement la logique de la LRU, ne prévoit pas de faire abolir cette loi en cas de victoire aux prochaines élections présidentielle et législatives.

 

Un psychodrame vient tout récemment de se dérouler autour de la personne de Bertrand Monthubert, ancien animateur de Sauvons l’Université !. Scientifique de premier plan, Monthubert a joué un rôle déterminant dans le combat contre la LRU. Membre du Parti socialiste, il a choisi d’accepter, après s’être retiré de la direction de SLU, des fonctions éminentes dans ce parti.

 

Le Parti socialiste avait décidé d’inviter à Toulouse (la ville où exerce Monthubert) Étienne Boisserie, l'actuel président de Sauvons l’Université !, à l’occasion d’une journée consacrée à l’université. Très choqué par le programme du Forum des idées du PS, Boisserie, dénonçant la manière dont ce parti accompagne les réformes de la droite en matière d’enseignement supérieur et de recherche, vient d’adresser une lettre ouverte à Monthubert ;

 

Cher Bertrand Monthubert,

Je vous remercie de votre invitation à venir assister aux débats du PS à Toulouse.

J'ai bien entendu regardé attentivement l'organisation de vos travaux, les thèmes abordés et les personnalités invitées. Pour vous dire les choses avec une franchise que je juge préférable, connaissant les combats que vous avez menés, je dois bien avouer une grande déception. De toute évidence, vous avez totalement oublié les représentants des personnels (toutes catégories confondues), un certain nombre de thèmes et de secteurs fondamentaux de nos universités, et particulièrement ceux qui souffrent déjà – et continueront de souffrir – des effets des “ réformes ” conduites depuis 2007. J'entends bien qu'un président d'université – a fortiori quatre – a une certaine expérience des RCE et de l'application de la loi LRU, mais cela ne vous aidera certainement pas à calibrer l'indispensable balayage des effets les plus délétères de la LRU et des graves dysfonctionnements introduits dans les structures universitaires par les différents « -ex » que nombre de vos invités ne manqueront d'ailleurs pas de louer. Au demeurant, l'idée d'inviter à vos travaux un « grand témoin » qui, la veille, aura présenté dans une librairie parisienne le livre qu'il cosigne avec la ministre, permettant ainsi à celle-ci de vanter urbi et orbi son miraculeux « bilan », est un pied de nez qui doit être apprécié à sa juste valeur.

 J'entends bien, par ailleurs, que « l'innovation » – qui se substitue bien trop à la « recherche » pour ne pas devoir susciter quelques interrogations – est une composante essentielle du discours ambiant, mais quid de pans entiers de l'université ? Des SHS ? Des IUT ? Quid des conditions de travail des personnels soumis à la RGPP – les Biatoss depuis un moment, les enseignants-chercheurs sous peu ?

 Beaucoup de « vedettes » et de discours convenus en perspective, un mauvais signal adressé à la communauté universitaire, une incapacité à poser un diagnostic autrement qu'avec ceux qui ont accompagné – ouvertement ou dans les faits, avec zèle ou toute honte bue – des transformations redoutables.

 Avez-vous oublié que votre groupe parlementaire avait, en plein mouvement de 2009, certes tardivement, mais clairement, pris position contre la loi LRU ? Avez-vous oublié que vous-même aviez pris une telle position au même moment ? Êtes-vous en train de vous préparer à annoncer au nom du Parti, comme M. Cambadélis l'a fait en son nom dans le JDD du 8 mai, que la réforme des universités est « peut-être » la seule réussite du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Votre idée de « la société de la connaissance » ne cache-t-elle pas une conversion définitive à « l'économie de la connaissance ? Et, enfin, pourquoi diable avoir pris la peine de consulter les associations SLR et SLU en décembre dernier si c'était pour produire un tel cadre de débat et de réflexion publique ?

 Je reconnais bien volontiers que ce courrier n'est pas une réponse courtoise à votre aimable invitation, mais comment un parti comme le vôtre peut-il à ce point évacuer autant de dimensions du problème de l'enseignement supérieur et de la recherche ? Comment peut-il aussi durablement éviter de tracer des priorités nouvelles pour un secteur gravement affecté depuis 2007. Or, il est consternant de constater qu'aucun de vos invités – à l'exception sans doute de votre élue régionale – n'a jamais pris la mesure de ces bouleversements et des effets néfastes des réformes en cours, quand il ne s'en est pas réjoui au nom d'une « excellence » qu'il est désormais convenu dans les cercles « réalistes » d'invoquer à tout bout de champ, comme jadis, en d'autres lieux, on en appelait aux mannes du « socialisme scientifique » ? Mesurez-vous vraiment – votre parti, pas vous-même – le degré de renoncement atteint, qui consiste à copier le discours de l'adversaire par crainte du discrédit ?

 Cela ne remet pas en cause mon estime pour le militant que vous fûtes, ni mon espoir d'une alternance politique. Mais cela ne sera pas à n'importe quel prix et vous devez prendre enfin la mesure du désarroi des femmes et des hommes sans lesquels l'université n'existe pas. Je ne doute pas que le programme de votre « Forum des idées » - certains d'entre nous y ont lu un « Forum des Idex » - provoquera chez beaucoup d'entre eux un sourire mi-las, mi-désabusé, chez d'autres une grande inquiétude.

 En espérant que votre parti saura un jour comprendre que ce n'est pas seulement d'une alternance dont l'Université et la Recherche ont besoin, mais bien d'une alternative aux politiques en cours, je vous prie de croire, cher Bertrand Monthubert, en mes sentiments les plus cordiaux.

 Étienne Boisserie

 Président de Sauvons l'université !

 

 Deux remarques explicatives avant de poursuivre. Le “ grand témoin ” dont parle Boisserie, qui a cosigné un livre avec Pécresse, n’est autre que le président de l’université Paris V, élu en 2007. Homme assoiffé de pouvoir et de reconnaissance, Axel Kahn eut, pendant la lutte contre la LRU, une attitude plus qu’ambiguë de soutien voilé aux agissements de la droite. Dans sa jeunesse, Kahn fut membre du Parti communiste puis, brièvement, du Parti socialiste. Il est vice-président des Amis du journal L’Humanité et fut membre – au titre de ses compétences en génétiques, peut-être – de la commission de révision de la Constitution française présidée par Simone Veil. Bref, l’homme navigue à la godille, un pied dans chaque camp. Heureusement, il n’y a que deux camps. Je n’ai aucune compétence pour évaluer le savant. Je note ceci dans la page Wikipédia qui lui est consacrée :

 

« Présenté parfois par les médias comme le « généticien français le plus renommé en Europe », Axel Kahn ne figure cependant pas dans la liste des 137 scientifiques français les plus cités, établie par l’Institute for Scientific Information. Cette liste comporte une bonne dizaine de généticiens français, parmi lesquels Pierre Chambon, Daniel Cohen, Jean-Louis Mandel, Marie-Geneviève Mattéï et Jean Weissenbach. Il a néanmoins publié plus de 500 articles dans des revues internationales. »

 

Dans sa lettre, Boisserie joue avec le suffixe “ ex ”. Il faut savoir que les inventeurs de la LRU et les nombreux universitaires qui la soutiennent se gargarisent désormais du concept d’excellence. Cette notion bidon sert à mettre les institutions universitaires en compétition les unes avec les autres, tout comme les personnes. C’est ainsi qu’ont été créés des “ laboratoires d’excellence ” ou Labex. Une minorité de labos pourra bénéficier de cette prestigieuse étiquette et des subventions afférentes. Mais à l’intérieur de ces labos remarqués, seuls 30% des personnels pourront se prévaloir de l’excellence. On imagine donc la lutte à couteaux tirés entre les labos et à l’intérieur même de chaque labo. Ce n'est pas le lieu de se demander ici combien de ministres pourraient bénéficier du label...

 

La lettre d’Étienne Boisserie a été reproduite par Mediapart. Je voudrais, pour terminer, citer quelques commentaires des lecteurs de ce site.

 

Il y a ceux qui pensent, comme 70% des Français, paraît-il, que trop d’universitaires sont des fainéants assistés qui, comme les bénéficiaires du RSA doivent faire leurs preuves en matière d’excellence. On me permettra de ne pas leur faire de publicité. Je préfère citer les lecteurs choqués par les dérives des socialistes :

 

 Si le PS doit prolonger ce qu'a fait Pécresse, inutile pour les enseignants-chercheurs et les Biatoss de voter pour lui en 2012. Nous attendons tous le départ du tandem Sarkozi-Pécresse comme une délivrance. Depuis 2009, il y a de plus en plus de collègues qui n'en peuvent plus et "ne travaillent plus ou à peine", faute de moyens et de perspectives. Savez-vous que désormais, au moins en SHS, les colloques français (y compris de dimension internationale) sont exclus du champ de l'évaluation par l'AERES (la nouvelle autorité d'évaluation) ? La LRU a des effets pervers que l'on ne va plus tarder à mesurer hors de l'université (mais que les enseignants-chercheurs ont d'ores et déjà pu mesurer). Et s'il faut évaluer, c'est par la LRU qu'il faut commencer, de toute urgence. Un enseignant-chercheu), avant la LRU, était évalué de façon permanente par ses pairs, et de façon très supérieure à ce qui se fait ailleurs la plupart du temps dans la plupart des métiers : DEA, puis thèse, puis habilitation à diriger la recherche, concours de bourse ATER, concours de maître de conférences, concours de professeur des universités, passage à la première classe, à la hors classe, et sans cesse la recherche d'aides à la recherche, de financements aux programmes de recherche et d'ouverture de nouvelles formations (DESS, DEA, aujourd'hui masters) ; animation de séminaires et d'écoles doctorales, accueil d'étudiants et de collègues étrangers, contributions aux équipes de recherche, contributions aux journées de recherches, colloques, échanges internationaux, publications et direction de projets de publications, de revues, etc. Facilement 50 heures de boulot par semaine, y compris (surtout) pendant les "vacances". Tout ça chez 99 % des collègues.

 

 Militant du parti socialiste, je peux en effet, faire remonter l'extrême mécontentement des collègues envers les ambiguïtés de mon propre parti. Par ailleurs, la rumeur voudrait (mais je n'ai guère de certitudes en la matière faute de temps ) que Mr Axel Kahn aurait obtenu de V.  Pécresse,  un recul de l'âge du départ à la retraite des présidents d' Université qui expliquerait sa moindre opposition à la réforme.

 

 Dans bien des métiers en lesquels les choses changent vite et en lesquels les formations sont rapides, les exigences sont inévitablement à court terme, mais la Science procède par approfondissement et cette réforme lui est nuisible. Et, en fait, c'est peut-être encore plus vrai dans les sciences "dures" (celles que Mr Monthubert connaît le mieux ...) que dans les SHS. Les lazzis sur Mr Cambadelis qui aurait eu, comme expérience essentielle de la vie universitaire, la gestion de la MNEF n'arrange pas l'image de mon parti auprès des universitaires, sauf peut-être ceux qui ont investi massivement les tâches administratives , et sont probablement les vrais gagnants de la réforme. Rappelons, pour finir, qu'un des ingrédients des défaites de 2002 et 2007 fût l'abstention des enseignants du second degré suite aux propos déconcertants de Claude Allègre. Mon parti a suivi les orientations d'un de ses membres qui s'est empressé de le quitter quand les tentations de " la politique d'ouverture " se présenta. Immense gachis pour la Gauche...

 Pour revenir à la forme que prend ce "Forum des idées" du PS, on ne comprend vraiment pas que n'ait pas été entrepris le travail minimum d'une représentation de la pluralité des acteurs de l'université et de la recherche. Pourquoi 4 présidents d'université quand on sait l'essentiel de la CPU acquis à la politique actuelle? Et pourquoi Monsieur "Axcellence" (Axel Kahn) qui signe un livre avec Pécresse? Faire de lui le "Grand témoin" de ce forum socialiste n'est pas seulement un mauvais signal envoyé à toute la communauté universitaire, c'est acter une pleine adhésion du PS à l'ensemble de la politique d'excellence qui restructure et déstructure la carte territoriale de la recherche et les laboratoires au seul profit des grands groupes industriels et financiers en faisant au passage les choux gras du secteur véreux et incompétent de la consultance.

 Beaucoup attendent que le PS se prononce enfin clairement sur trois sujets centraux : le soutien ou non à la loi LRU et toutes ses conséquences délétères en matière de démocratie et de respect de la collégialité; l'adhésion ou non à la politique d'appel d'offre via les projets d'excellence qui redessinent de façon absurde la carte territoriale de la recherche en concentrant les moyens sur quelques grands pôles et des secteurs disciplinaires à rentabilité immédiate; le devenir des SHS et des Humanités qui sont instrumentalisées et menacées d'affaiblissement ou de disparition sur les deux tiers du territoire universitaire français.

 

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 15:11


L’Agence nationale de la recherche (ANR), en l’occurrence.

Il faut saluer les résistants et les actes de résistances. Ils sont tellement rares, y compris dans les espaces où, il n'y a pas si longtemps, la liberté intellectuelle allait de soi. Ci-dessous, le témoignage d'Odile Goerg, professeur à l'université Denis Diderot.

 

 

"Je souhaite partager l'expérience que j'ai récemment vécue et la décision que j'ai prise. Ayant accepté d'évaluer un dossier, je reçois de l'Agence le dossier, comprenant un résumé bilingue (anglais/français) et le dossier en anglais. N'ayant pas la version française, je m'adresse à l'ANR qui me répond : «  Je viens d'avoir une réponse du coordinateur qui ne pourra fournir de version française dans les délais impartis. Il est vrai que le texte de l'appel à projets recommande l'écriture en anglais, tout en précisant qu'une traduction du français à l'anglais peut être requise pour les propositions écrites en français (mais non l'inverse!). De plus, les économistes, comme c'est le cas ici, ont depuis longtemps assimilé cette nécessité de rédiger leurs travaux en anglais pour les besoins de l'expertise internationale. Cependant je comprends fort bien votre position et vous demande si vous acceptez tout de même de réaliser ce travail d'évaluation à la demande du Comité d'évaluation SHS1 « Sociétés, Espace, Organisation et Marchés ».

 

Ma réponse fut claire : j'ai refusé d'évaluer un projet de l'ANR, organisation française de France, rédigé en anglais.

 

Cette expérience pose au moins deux problèmes :

 

1) le statut du français dans la recherche et dans la diffusion de nos recherches. Cette question me semble fondamentale. Elle fait partie du processus d'imposition du modèle des sciences dites «dures» que l'on veut imposer aux sciences humaines. Dans ce  cadre, se pose de plus la question du statut hégémonique de l'anglais.

 

2) la politique des langues de nos institutions, en l'occurrence l'ANR, mais cela se pose à d'autres niveaux (à l'intérieur des universités, pour les évaluations.) : c'est donc pour une raison de principe que j'ai refusé d'évaluer. Tout en reconnaissant l'intérêt évident de maîtriser d'autres langues (au pluriel) et de diffuser nos recherches à l'international en participant à des colloques à l'étranger et en publiant dans des revues étrangères en se soumettant à leurs propres critères, il me semble que l'abandon du français ne peut être que suicidaire.

 

 

Odile GOERG, professeur des universités

 

Histoire de l'Afrique contemporaine

Université Paris Diderot-Paris "

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 06:16

http://ecolaujardin.pagesperso-orange.fr/img/Pluviometre.jpgJ’entendais tout récemment à la radio un fermier (cultivateur, agriculteur, exploitant agricole, artisan paysager – voire paysagiste ?) craindre pour la sécheresse qui sévit actuellement dans plusieurs régions de France. Il disait que « le niveau de la pluviométrie » était trop bas.


Quand j’étais enfant, j’imagine que cette même personne aurait dit : « il ne pleut pas assez », ou encore « il nous faudrait de la pluie ».

Le problème est que nous sommes à une époque où, pour des raisons très complexes que je ne me sens pas capable d’analyser, mais qui ont sûrement un rapport avec la peur du réel, le brouillage des codes, un certain snobisme, un vrai relâchement intellectuel, nous avons tendance à ne pas nommer les choses telles qu’elles sont dans leur simplicité et leur vérité, ce qui fait que nous les mettons à distance.

Quoi qu’en ait notre exploitant agricole, la pluviométrie n’est pas de l’eau bienfaitrice qui tombe du ciel : c’est une mesure de quantité, une étude de répartition. C’est donc un terme très abstrait qui ne mouille pas le moins du monde, ce qu'il signifie non plus.

Je voudrais donner trois ou quatre autres exemples du même acabit de cette dérive.

Dans le même ordre d'idée, on use et abuse du terme "météo" : quelle météo aurons-nous demain ? Si vous demandez à quelqu'un s'il a eu beau temps en vacances, vous passez pour un plouc. La météorologie est la sciences du temps et, par extension, les services qui s'occupent de … météorologie.

Autrefois, on avait des problèmes. Aujourd’hui, on a des soucis. Mais quand on juge l’affaire sérieuse ou quand on est interrogé par une radio ou une télé, on évoque une problématique. Vous pouvez ainsi faire face à la problématique de la sortie des enfants des écoles à 16 heures au lieu de 16 heures trente (grâce à Sarkozy qui a fait perdre aux gosses en enseignement primaire un mois de scolarité en cinq ans). Le … problème, c’est que la problématique, c’est la sciences de poser les problèmes.

Toujours en ique, vous avez également la thématique, utilisée à la place de thème. Or une thématique est un système de thèmes. Ainsi, la thématique d’une œuvre littéraire est plus vaste et complexe que le thème de cette œuvre.

On ne saurait oublier la technologie. Vous inventez le fil à couper le beurre : c’est une nouvelle technologie. Pourtant, la technologie n’est pas une technique, c’est un discours (logos), c’est l’étude des techniques, des outils, des machines. Dans un lycée technique, on peut recevoir des cours de technologie. Dans un institut de technologie, on peut s’adonner à la technique.

Dans mon blog censuré par nouvelobs.com, j’avais abordé un problème similaire d’aliénation langagière en évoquant le verbe porter, utilisé jusqu’à plus soif par le personnel politique.

Parler avec les mots de l’autre, c’est lui être soumis. Raison pour laquelle des groupes humains, pour des raisons politiques ou non, se sont créées leur propre langage pour se distinguer de la “ distinction ” (Bourdieu) : taulards, truands, marchandes des Halles, mineurs de fonds, cyclistes professionnels.

Comme disait Hugo, la forme, c’est le fond qui remonte à la surface. Je dirai dans cette optique que les pratiques militantes ont commencé à avoir du mou lorsque – il y a dix, quinze ans, environ – les responsables politiques de gauche ont mis le verbe “ porter ” à toutes les sauces. D’abord les socialistes, puis les communistes, la CGT, même le NPA. Ainsi, on « porte une revendication », on « porte un programme », ce qui ne veut rien dire, mais ce qui fait très « partenaire social ». Comme si on portait des fleurs ou des escarpins. Aubry, Buffet, Thibault utilisent ce verbe dix fois par discours. On a donc cessé de « défendre » une revendication (ou de la « soutenir »), on a cessé de vouloir « imposer » un programme.

Quand on fait passer des mots à la trappe, ce sont les idées que ces mots incarnent (et non pas « portent ») qui disparaissent.

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 06:11

Non aux évaluations de CE1!

Par Claude Lelièvre (historien de l’éducation) pour Médiapart

 

http://data0.revolublog.com/malesherbesengreve/mod_article414133_3.jpgDans un contexte de décisions qui rendent de plus en plus clair l’objectif recherché d’une évaluation en fin de CE1, la principale fédération de parents d’élèves (la FCPE) appelle au combat contre la poursuite de sa mise en œuvre.

 

Lorsque les évaluations par tests nationaux ont commencé au début des années 90 (en CE2 et en sixième) elles ont été programmées en début d’année scolaire, car elles avaient clairement un objectif ‘’diagnostic’’ qui pouvait être clairement affiché. 

Ces dernières années, on a commencé par ‘’remplacer’’ l’évaluation de début de CE2 (début du deuxième cycle de l’enseignement élémentaire) par celle de fin de CE1 ( fin du premier cycle de l’enseignement primaire ). C’était quelque peu étrange, mais l’objectif ne pouvait pas encore être clair (sauf  pour les initiés).
Ensuite on a ‘’remplacé’’ l’évaluation de début de sixième ( début du collège ) par une évaluation au milieu du CM2. C’était encore plus étrange ( une évaluation en plein milieu d’année ), mais on n’avait pas osé aller franchement jusqu’à la logique du déplacement effectué  car cela aurait trop rendu visible ce qui était cherché : acclimater petit à petit une évaluation terminale de l’école élémentaire, prélude à un retour à un examen d’entrée en sixième.

 

Depuis, une partie de la droite politique a clairement affiché qu’il convenait d’aller dans cette direction rétroactive ( en sens contraire de tout ce qui a été mis en place durant les années gaulliennes de la cinquième République ).Et Jean-François Copé a dit récemment tout haut (fin octobre dernier) ce que beaucoup de ceux là pensaient tout bas : « l’entrée au collège ne doit se faire que pour l’enfant qui maîtrise totalement les savoirs fondamentaux :  mon idée est de créer un examen de fin de CM2, d’évaluation des enfants ; ce serait un examen de passage en sixième ». Du coup, il est pratiquement ‘’acquis’’ que les prochaines évaluations de CM2 auront lieu en fin d’année.

Enfin, il a été annoncé tout dernièrement qu’une évaluation en fin de cinquième devrait désormais être mise en place ( en concomitance remarquable avec l’annonce de plusieurs nouveaux dispositifs de ‘’dispatching’’ pour les deux dernières années du collège : pré-orientation professionnelle dès la quatrième, DIMA, troisième ’’prépa-pro’’).


 

La boucle est bouclée, et tout devrait être désormais très clair. Mais les commentaires dans les médias des hauts responsables du ministère s’efforcent toujours de ‘’noyer le poisson’’ de façon pathétique (et cynique) en raison des difficultés prévisibles (non résolues d’avance) de la mise en place effective de cette politique d’ensemble, parmi lesquelles on ne peut compter pour négligeables les réactions des ‘’intéressés’’, en premier lieu celles des parents d’élèves. Dans ces conditions, on ne devrait pas s’étonner de la prise de position très claire de la FCPE.

 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 09:49

http://a21.idata.over-blog.com/450x303/0/07/86/93/2010/MARS-2010/22032010/sarkozy-berezina-regionales-3.jpgTrès bonne livraison, en ce mois de mai 2011. Je n’ai malheureusement pas reçu mon exemplaire car le mensuel connaît des problèmes de distribution. Un voisin compatissant m’a prêté le sien.

 

 Serge Halimi revient sur les effets de la crise financière d’il y a quatre ans :

Le Fonds monétaire international (FMI) vient de l’admettre : « Près de quatre ans après le début de la crise financière, la confiance dans la stabilité du système bancaire global doit toujours être entièrement restaurée (1). » Mais ce que le président de la Réserve fédérale américaine, M. Ben Bernanke, qualifie de « pire crise financière de l’histoire mondiale, Grande Dépression[de 1929] comprise (2) », n’a entraîné aucune sanction pénale aux Etats-Unis. Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan avaient misé sur l’effondrement des placements à risque qu’ils recommandaient avec empressement à leurs clients... Ils s’en tirent au pis avec des amendes, plus souvent avec des bonus.

 

Un article saisissant de Silla Sigurgeirsdóttir et Robert Wade : “ Quand le peuple islandais vote contre les banquiers ” :

Aux Etats-Unis, les républicains bataillent pour amputer le budget fédéral ; au Portugal, les autorités négocient souveraineté contre plan de sauvetage ; en Grèce, la perspective d’une restructuration de la dette renforce l’austérité. Sous la pression des spéculateurs, les gouvernements ont fait le choix de l’impuissance. Consultés par référendum, les Islandais suggèrent une autre voie : adresser la facture de la crise à ceux qui l’ont provoquée. Petite île, grandes questions. Les citoyens doivent-ils payer pour la folie des banquiers ? Existe-t-il encore une institution liée à la souveraineté populaire capable d’opposer sa légitimité à la suprématie de la finance ? Tels étaient les enjeux du référendum organisé le 10 avril 2011 en Islande. Ce jour-là, pour la seconde fois, le gouvernement sondait la population : acceptez-vous de rembourser les dépôts de particuliers britanniques et néerlandais à la banque privée Icesave ? Et, pour la seconde fois, les habitants de l’île ravagée par la crise ouverte en 2008 répondaient « non » — à 60 % des votants, contre 93 % lors de la première consultation, en mars 2010.

 

Janet Biehl se demande s’il existe un lien naturel entre le féminisme et l’écologie :

Augmentation des accouchements à domicile, odes à l’allaitement… Ces dernières années, la montée en puissance de l’écologie a modifié la façon d’envisager la maternité. Au-delà des remises en cause de la surmédicalisation ou des lobbies industriels, on voit parfois poindre l’idée controversée d’une « nature féminine ». Un débat qui, aux Etats-Unis, dure depuis déjà vingt ans.

 

Une analyse intéressante d’Anne-Cécile Robert sur les vicissitudes du droit d’ingérence :

En moins d’un mois, l’Organisation des Nations unies (ONU) a autorisé par deux fois le recours à la force, en Libye et en Côte d’Ivoire. Exceptionnelles, puisque la Charte de l’ONU prône le règlement pacifique des différends, ces décisions sont fondées sur la récente reconnaissance du « devoir des Etats de protéger les populations civiles ». L’ONU serait-elle en passe de valider un « droit d’ingérence » à géométrie variable ?

« J’ai donné l’ordre de prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’usage d’armes lourdes contre la population civile », déclare le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), M. Ban Ki-moon, le 4 avril 2011. Quelques heures plus tard, à Abidjan, les hélicoptères de combat de l’ONU et la force française Licorne se joignent à l’offensive des troupes de M. Alassane Dramane Ouattara contre celles du président sortant Laurent Gbagbo.

Dans les couloirs de l’organisation, à New York, cette décision suscite un certain malaise. Si la résolution (n° 1975) du Conseil de sécurité qui la fonde a été adoptée à l’unanimité, le 30 mars 2011, des fonctionnaires expriment des doutes quant au pouvoir du secrétaire général de donner un tel « ordre » (qui reviendrait au seul Conseil de sécurité) et soulignent l’ambiguïté de l’expression « mesures nécessaires ». La grande liberté que laisse celle-ci aux acteurs engagés au nom de l’organisation fait craindre des dérives. « Ce n’est pas dans la culture des Nations unies de mener des actions militaires fortes ou de prendre parti dans une guerre civile. La Libye, puis la Côte d’Ivoire : cela commence à faire beaucoup »,confie un fonctionnaire qui souhaite garder l’anonymat. Un autre ajoute : « Il ne faudrait pas que le recours à la guerre se banalise. »

 

Qu’en est-il du « bien-être de l’enfant », demande Sandrine Garcia ?

L’Union européenne définit désormais comme « maltraitance » l’« absence de disponibilité affective » ou l’« incapacité à favoriser l’adaptation sociale de l’enfant ». Des principes qui s’imposent en premier lieu aux mères. La prise en compte de la vie psychoaffective du jeune enfant constitue un progrès qui a permis à différentes institutions d’améliorer l’accueil des enfants séparés de leurs parents, que cette séparation soit durable ou quotidienne. On la doit en grande partie à la psychanalyse, dont les théories ont aidé à la professionnalisation des personnels se consacrant à la petite enfance. Mais ces savoirs se sont diffusés bien au-delà. Ils ont eu une audience particulièrement forte dans les années 1970, parce qu’ils mettaient en cause une conception hiérarchique des rapports parents-enfants et correspondaient à la sensibilité antiautoritaire de l’époque.

Gérard Mauger pose le problème du retour des bandes de jeunes. Sommes-nous en présence de rites de passage ou de délinquance ?

Le décès d’un adolescent lors d’un affrontement entre jeunes dans la région parisienne, en mars 2011, a de nouveau projeté les bandes à la « une » de l’actualité. Mais, au-delà des discours alarmistes des experts et des martiales déclarations des ministres de l’intérieur, que sait-on de ces formes de sociabilité des milieux populaires et de leurs évolutions ? A l’occasion de tel ou tel fait divers, de la publication des dernières statistiques policières ou de l’annonce d’un nouveau projet de loi sécuritaire, le monde des bandes resurgit régulièrement dans les débats politiques et médiatiques. Aux figures des apaches de la Belle Epoque, des blousons noirs de la fin des années 1950, des loubards des années 1970 a succédé le spectre des « jeunes des cités ».

L’une des interprétations du phénomène relie immigration et délinquance. Martelée par le chroniqueur Eric Zemmour, elle a trouvé un relais récent dans le monde académique. Refusant, lui aussi, de « se laisser intimider par la pensée unique » et en quête d’une théorie originale de la délinquance, le sociologue Hugues Lagrange a cru bon de mettre en avant les « origines culturelles  ». Mais, si l’exhibition d’une « nouvelle variable » peut, la conjoncture politique aidant, être au principe d’un « scoop sociologique », l’étude au coup par coup de variables isolées conduit à une impasse scientifique. En l’occurrence, s’il est vrai que les enfants d’immigrés sont surreprésentés en prison et, vraisemblablement, dans la population délinquante, c’est notamment parce qu’ils le sont aussi dans la population en échec scolaire et, de ce fait, dans celle des jeunes sans diplôme en quête d’un emploi et jugés inemployables  – tant à cause de leur absence de ressources scolaires que des discriminations qui les frappent. Quant à l’influence propre de « facteurs ethniques ou culturels » (domination masculine, polygamie, etc.), encore faudrait-il, après les avoir identifiés, montrer qu’ils ont un effet criminogène : les réserves sont permises...

 

Nicolas Séné explique pourquoi la profession d’informaticien est de plus en plus déclassée :o

Dans l’imaginaire collectif, les informaticiens forment une élite privilégiée. Pourtant, derrière l’écran, l’épanouissement que vantent les directions des ressources humaines n’est bien souvent qu’un mythe masquant une atteinte au droit du travail. « Il y a trente ans, l’élite faisait Polytechnique, les Mines ou les Ponts et Chaussées. Désormais, elle sort de l’Ecole nationale d’administration [ENA], où elle a appris à produire un bon bilan comptable »,déplore Joseph Saint-Pierre, statisticien à l’université Paul-Sabatier de Toulouse. Le prestige de l’ingénieur est écorné, son statut banalisé.

Pierre Conesa nous parle d’  “ Un Américain bien tranquille ”

Vendre des centrales nucléaires après la catastrophe de Fukushima ? Si ce défi peut en effrayer certains, d’autres ont déjà accompli des prouesses au moins aussi remarquables. Ils ont en effet compris qu’un équipement ne vaut que s’il est fourni avec des solutions de sécurité.

« J’écris un article sur les raisons du succès de l’offre nucléaire coréenne au détriment de la France à Abou Dhabi, pourrais-je vous demander un entretien ?

— Malheureusement, cela ne va pas être possible. »

L’homme qui nous ferme ainsi poliment la porte aurait pourtant beaucoup à dire. Il vient de prendre la parole lors d’une conférence organisée par un grand centre émirati d’études stratégiques (Emirates Center for Strategic Studies and Research). Au cours de son intervention — consacrée à « la sécurité dans la cité intelligente du futur » —, il a, pendant une bonne demi-heure, convoqué toutes les crises majeures ayant éclaté ces dernières années : outre la récente catastrophe de Fukushima, les attentats du 11 septembre 2001, les tremblements de terre avec ou sans tsunami, les incendies en Australie, le cyclone Katrina, le virus Stuxnet... Au point qu’un auditeur local s’est mis en colère, accusant les Occidentaux d’alimenter l’angoisse pour mieux vendre leurs armes et leurs équipements.

 

Qui sont les “ travailleurs du cybersexe ”, demande Olivier Aubert ?

On les appelle « performeurs », « modèles », « animateurs ». Des jeunes femmes surtout, bien qu’il y ait aussi des hommes, des couples et des femmes d’âge mûr. Installés face à la webcam de leur ordinateur, et le plus souvent en musique, ils travaillent, reliés au réseau Internet. De leur bout de trottoir numérique, ils tentent d’appâter le client pour qu’il vienne les rejoindre sur leur « chat » privé. Strip-tease d’un continent à l’autre, ils dialoguent, s’exhibent, simulent l’excitation sexuelle, le plaisir, l’orgasme, répondent aux injonctions des clients envoyées sous forme de textes brefs, au clavier ou en paroles.

 

Alain garrigou revient sur 1848, “ le printemps des peuples ” :

La révolution est parfois contagieuse. Dans une ville, une étincelle : les barricades du peuple qui exige un changement de régime se dressent contre les fusils de la garde royale. La contestation s’étend, gagne un pays voisin, bientôt tout un continent. Puis les monarchies se ressaisissent. L’Europe, en 1848.

En 1848, le printemps commence le 22 février, à Paris. Pour contourner l’interdiction de réunion et d’association imposée par la monarchie de Juillet, les partisans d’une réforme du suffrage censitaire organisent, depuis juillet 1847, une campagne de banquets où les toasts se transforment en discours politiques. Celle-ci doit culminer lors d’un rassemblement à Paris : il est interdit. Les organisateurs décident néanmoins de le maintenir et en fixent la date au 22 février. La veille, ils renoncent à leur projet. Trop tard : les participants se rassemblent, accueillis par les fusils. La soirée se termine par des échauffourées.

 

Rodney Benson explique la “ Trahison au Huffington Post ” :

D’anciens blogueurs bénévoles ont décidé, en avril, de porter plainte contre le Huffington Post, le site américain d’information qui les hébergeait et dont ils ont permis le développement. Ils protestent contre son rachat par America Online et réclament 105 millions de dollars. Comment, en six ans, un média-phare de la gauche américaine s’est-il transformé en centre de profit d’une multinationale ?


Le Diplo nous offre de délicieuses bonnes feuilles de Frédéric Lordon (en alexandrins) consacrées à la crise financière :

La crise financière en alexandrins... Mais, grands dieux, quelle idée ! Peut-être d’abord parce que les télescopages produisent des effets par eux-mêmes, et que celui de la langue du théâtre classique, avec tout son univers de raffinement Grand Siècle, et de l’absolue vulgarité du capitalisme contemporain se pose un peu là.

 

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