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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 05:48

Un jour, un jour

 

Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime

Sa protestation ses chants et ses héros

Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

 

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

Ah je désespérais de mes frères sauvages

Je voyais je voyais l'avenir à genoux

La Bête triomphante et la pierre sur nous

Et le feu des soldats porté sur nos rivages

 

Quoi toujours ce serait par atroce marché

Un partage incessant que se font de la terre

Entre eux ces assassins que craignent les panthères

Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle

Des manières des rois et des fronts prosternés

Et l'enfant de la femme inutilement né

Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

 

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue

Le massacre toujours justifié d'idoles

Aux cadavres jeté ce manteau de paroles

Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

 

Chanté par Isabelle Aubret

Hommage de Louis Aragon à Federico Garcia Lorca

Garcia Lorca fut fusillé par des franquistes et son corps jeté dans une fosse commune à Víznar. Le régime de Franco décida l'interdiction totale de ses œuvres jusqu'en 1953 quand Obras completas (largement censuré) fut publié.

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 05:31

 

En 1966, la guerre du Vietnam bat son plein. Dans les universités, les étudiants de gauche font grève sur grève et organisent des « teach-ins » (des forums, des débats sans ordre du jour). D’autres, plus radicaux, quittent les campus et constituent des communautés rurales et urbaines (un exemple ici). Haight Ashbury à San Francisco, l’East Village à New York deviennent des pôles d’attraction pour les hippies.

 

Face à ce phénomène de rejet radical, le pouvoir reste quelque temps perplexe. Puis il entrevoit une possibilité de récupération. Ces jeunes commettent en effet trois « maladresses ». Au lieu de porter la bonne parole dans tous les coins et recoins du pays, ils s’isolent du reste de la société. Face à la brutalité et l’ampleur de l’engagement militaire au Vietnam, ils restent passifs, préférant un message « d’amour et de paix » à l’action militante. Enfin, au lieu de démystifier le matérialisme et le puritanisme de leurs parents, ils se jettent dans les bras de Vichnou ou dans le giron d’autres croyances exotiques.

Bob Dylan, 1961-1971. La révolte sans la révolution (14)

En bonne logique, les grands noms de la pop music du moment créent des œuvres exprimant une posture du retrait (“ She’s Leaving Home ” des Beatles), des sentiments pacifistes (“ San Francisco ” de Scott McKenzie, le goût pour les voyages hallucinogènes : “ Mr Tambourine Man ” de Dylan :

 

Take me for a trip upon your magic swirling ship

All my senses have been stripped

My hands can't feel to grip

My toes too numb to step

Wait only for my bootheels to be wandering

[…]

Then take me disappearin' through the smoke rings of my mind

Down the foggy ruins of time, far past the frozen leaves

The haunted, frightened trees, out to the windy beach

Far from the twisted reach of crazy sorrow

 

Emmène-moi dans un voyage  dans ton bateau magique tourbillonnant

Tous mes sens ont été dépouillés

Mes mains ne peuvent agripper

Mes orteils sont trop engourdis pour faire un pas

Ils attendent seulement que les talons de mes bottes vagabondent

[…]

Puis fais-moi disparaître dans les volutes de fumée de mon esprit

Dans les ruines brumeuses du temps, loin des feuillages gelés

Des arbres effrayés et hantés, vers la plage venteuse

Hors de l’atteinte tordue du chagrin fou

 

 

On pense aussi à la critique prêchi-prêcha du système : “ Subterrenean Homesick Blues ” de Dylan ou, caricature de toutes les chansons « engagées » de l’époque, “ The Eve of Destruction ” de Barry Mc Guire :

 

The eastern world, it is explodin'.


Violence flarin', bullets loadin'


You're old enough to kill, but not for votin'


You don't believe in war, but what's that gun you're totin'


And even the Jordan River has bodies floatin'


 

Le monde oriental, il est en train d'exploser

La violence s'embrase, les balles sont dans le chargeur

Tu es assez vieux pour tuer, mais pas pour voter

Tu ne crois pas en la guerre, mais c'est quoi ce flingue que tu trimballes ?

Et même sur le fleuve Jourdain flottent des cadavres

 

 

Par l’art, le champ des luttes fut intégré à la pop music. La musique devint un message en soi. Le talent, la poésie, le génie de vulgarisateur d’un créateur comme Dylan (“ Subterranean Homesick Blues ”puise dans les romans de Kerouac, dans la chanson “ Taking it Easy ” de Woodie Guthrie et dans “ Too Much Monkey Business ” de Chuck Berry), incitèrent les jeunes à penser la pop music en termes de culture autonome. Ce qui permit à la culture traditionnelle, vu le rapport des forces, de la digérer.

 

On peut alors peut-être avancer que, tant que les artistes énonceront le monde au lieu de l’annoncer, il feront beaucoup de bruit pour rien.

 

FIN

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 05:47

Dans l’éditorial du numéro de juillet 2014, Serge Halimi revient sur la folie criminelle de la politique étasunienne au proche-orient :

 

Etait-il imprévoyant, cet élu de l’Illinois qui estimait dès octobre 2002 qu’une invasion de l’Irak ne ferait qu’« attiser les flammes au Proche-Orient, encourager dans le monde arabe les pires impulsions et renforcer le bras recruteur d’Al-Qaida » ? Fut-il plus visionnaire que lui, le vice-président des Etats-Unis qui promit alors que les armées américaines seraient « accueillies en libératrices » ? C’est pourtant le second, M. Richard (« Dick ») Cheney, qui accuse aujourd’hui le premier, M. Barack Obama, d’avoir agi en Irak comme un traître doublé d’un benêt. Et qui conclut avec un culot singulier : « Rarement un président des Etats-Unis se sera autant trompé à propos d’autant de choses au détriment d’autant de gens. »

 

 

Le Monde Diplomatique (72)

  Andrea Purgatori exhume la sombre histoire de l’accident d’Ustica :

Le nouveau président du conseil italien, M. Matteo Renzi, a décidé d’ouvrir les archives des années 1970 et 1980, deux décennies riches en violences et en intrigues. Les familles des quatre-vingt-une victimes du crash d’Ustica, tuées sans mobile apparent, attendaient depuis longtemps l’accès aux documents confidentiels. Au premier rang des suspects, la France se décide aussi à collaborer avec la justice italienne pour dénouer un mystère aux dimensions géopolitiques.

 

 

Qu’annonce l’éclatement irakien, demande Peter Harling ?

L’offensive de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) n’a surpris que ceux qui se désintéressaient de l’évolution du pays depuis le retrait des troupes américaines. L’incompétence du pouvoir central et sa politique favorable aux chiites ont créé les conditions d’une insurrection sunnite.

 

 

Selon Allan Kaval, les Kurdes pourraient bénéficier du chaos irakien :

Les premiers bénéficiaires du chaos irakien pourraient être les Kurdes : ils ont profité des combats pour s’emparer de Kirkouk, qu’ils considèrent comme leur capitale historique. Mais le rêve d’un Etat unifié est encore lointain, car ils ne peuvent se maintenir à l’écart des soubresauts qui agitent la région. Et, en Irak comme dans les pays avoisinants, ils restent profondément divisés.

 

 

Au proche-orient, on risque de se retrouver avec des frontières sans nations (Vicken Cheterian) :

« L’Europe est-elle en train de préparer de nouveaux accords Sykes-Picot ? », me demandait un jour un confrère à Beyrouth, en référence aux accords secrets franco-britanniques qui, en mai 1916, redessinèrent la carte du Proche-Orient. Sa question découlait de deux constats : l’effondrement du vieux système proche-oriental datant de la fin de la première guerre mondiale ; la capacité et la volonté manifeste de l’Europe d’instaurer un nouvel ordre politique dans la région.

La carte actuelle du Proche-Orient est en effet trompeuse. Les frontières délimitant les territoires de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Turquie, du Yémen, etc., sont dorénavant fictives et ne reflètent plus la réalité sur le terrain. Ainsi, la frontière syro-irakienne a cessé d’exister depuis 2012 au moins. Du côté irakien, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) contrôle une grande partie de la province désertique d’Anbar et de larges portions de Fallouja ; il vient de s’emparer de Mossoul. Il est également présent de l’autre côté de la frontière, au cœur du Nord syrien, d’Abou Kamal jusqu’à Rakka et Alep. Rien n’arrête les troupes ou les armes de l’EIIL sur cette frontière anciennement internationale.

 

 

Gérard Mauger  analyse le concept de populisme, ce mot voyageur en Europe :

Les élections européennes de mai dernier ont vu la montée en puissance de partis hostiles aux politiques menées au sein de l’Union. Au-delà de cette opposition, rien ne rapproche ces formations : les unes actualisent l’idéologie nationaliste et conservatrice de l’extrême droite, tandis que les autres se revendiquent de la gauche radicale. Une distinction que les commentateurs négligent. Comment une telle confusion a-t-elle pu s’imposer ?

A l’avant-veille du scrutin européen du 25 mai dernier, lors de son dernier meeting de campagne, à Villeurbanne, le premier ministre Manuel Valls lançait solennellement un appel à l’« insurrection démocratique contre les populismes ». « Populisme » : qui n’a pas entendu cent fois dans la bouche des sondeurs, des journalistes ou des sociologues ce mot où l’on enferme pêle-mêle les opposants — de droite ou de gauche, votants ou abstentionnistes — aux politiques mises en œuvre par les institutions européennes ?

 

 

David Camroux  évoque le « douzième coup d’Etat en Thaïlande » :

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

 

 

Selon Boris Pétric , la Chine va devenir une considérable puissance viticole :

Après le reflux de la crise financière, les exportations mondiales de vin atteignent de nouveaux sommets. Elles représentaient plus de 22 milliards d’euros en 2012. Le vignoble se réduit en Europe, mais s’étend rapidement en Asie. Les Chinois sont devenus les premiers consommateurs de vin rouge et se révèlent également des producteurs de plus en plus avisés.

 

 

Avec Raffaele Laudani, on va un peu plus loin dans la connaissance de Matteo Renzi :

L’homme providentiel d’hier a déçu ? Un autre apparaît, porteur de tous les espoirs. Dernier exemple en date : l’Italien Matteo Renzi, qui a fait des envieux quand son parti est arrivé largement en tête dans la Péninsule lors des élections européennes du 25 mai dernier. Jeune et charismatique, l’homme détiendrait la clé du salut pour une social-démocratie européenne à bout de souffle.

Au soir du 25 mai, lors de l’annonce des derniers résultats des élections européennes, un score enchanta les médias : celui enregistré par M. Matteo Renzi. Le président du conseil italien pouvait en effet se vanter d’être l’un des rares dirigeants du continent à sortir renforcé du scrutin. En obtenant 41 % des suffrages, le Parti démocrate (PD) ne se contentait pas de battre le record établi à gauche par le Parti communiste italien (PCI) d’Enrico Berlinguer aux élections législatives de 1976 (34 %) : il obtenait aussi quinze points de plus que lors du scrutin national de 2013.

En mars 2014, déjà, le banquier d’affaires français Matthieu Pigasse le citait comme une source d’inspiration — le magazine Les Inrockuptibles, dont M.Pigasse est propriétaire, présentait l’ancien maire de Florence comme un dirigeant « jeune, hyperactif, radical et ambitieux », susceptible de « ressusciter l’Italie ». Mais, ce soir-là, M. Renzi se hissait au rang de « meilleur espoir de l’Europe réformiste » pour Les Echos. et à celui de « leader indiscutable de l’Europe » pour El País. Un nouveau « modèle » venait d’apparaître, en mesure de réhabiliter l’idée européenne tout en contrant la montée de l’extrême droite.

 

 

Alban Bensa et Eric Wittersheim  décrivent la société calédonienne en ébullition :

En vertu de l’accord de Nouméa, signé en 1998, la Nouvelle- Calédonie devrait achever son processus de décolonisation en organisant d’ici 2018 un référendum d’autodétermination. La période a été marquée par la montée en puissance des projets miniers et une certaine effervescence culturelle. Mais, comme l’indique le scrutin provincial de mai dernier, le dynamisme social et économique peine à trouver une traduction politique.

 

 

Evelyne Pieiller  pense que l’exception culturelle échappera à la grande braderie :WikiLeaks vient de lever un coin du voile sur les tractations entre Washington, Bruxelles et une vingtaine d’autres capitales autour d’un accord visant à libéraliser le commerce des services (ACS). Autre navire amiral du libre-échange, le grand marché transatlantique (GMT) suscite une inquiétude croissante. Mais que les Français se rassurent : l’exception culturelle échappera à la grande braderie…

 

 

Ibrahim Warde  explique pourquoi les Etats-Unis mettent les banques à l’amende :

Après BNP Paribas, la Deutsche Bank et le Crédit agricole ? L’annonce d’une sanction américaine contre la banque française alarme un secteur peu accoutumé aux remontrances.

En publiant le 29 mai une information selon laquelle l’amende infligée à BNP Paribas pourrait s’élever à 10 milliards de dollars, le Wall Street Journal a produit un choc. La banque est accusée d’avoir, entre 2002 et 2009, enfreint à travers sa filiale suisse les embargos imposés par les Etats-Unis à Cuba, à l’Iran et au Soudan. L’affaire illustre de manière spectaculaire l’évolution de la jurisprudence et des pratiques judiciaires en matière de finance internationale. Depuis plusieurs mois, deux autres établissements français, la Société générale et le Crédit agricole, se trouvent également en délicatesse avec les autorités américaines.

Avant même cette annonce, le président François Hollande avait écrit à son homologue américain pour l’alerter du « caractère disproportionné des sanctions envisagées » contre BNP Paribas. Quant à M. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, il a exprimé son étonnement de voir le droit américain s’appliquer à des transactions « conformes aux règles, lois, réglementations, aux niveaux européen et français, ainsi qu’aux règles édictées par les Nations unies  ».

 

 

Leo Noleti  ne croit pas dans la transparence de la Commission européenne, technocratique, opaque et éloignée des électeurs :

La Commission européenne invite désormais les citoyens à « faire entendre leur voix ». S’engage-t-elle pour autant à les écouter ?

Après des mois de négociations secrètes, la Commission européenne promettait fin mars d’en finir avec l’opacité des tractations entourant le projet de grand marché transatlantique (GMT) : l’heure serait désormais à la transparence, notamment à travers le lancement d’une consultation publique. Adossée à un site Internet permettant à chacun de « faire entendre sa voix », une campagne de communication en vingt langues invitait donc, jusqu’au 6 juillet 2014, les citoyens européens à « donner leur opinion » sur douze aspects du traité en discussion.

 

 

La page du kichnérisme en Argentine semble être tournée (José Natanson) :

Le 16 juin, la Cour suprême des Etats-Unis a validé une décision de justice américaine contraignant Buenos Aires à rembourser des fonds spéculatifs : ces derniers refusent de renégocier la valeur des titres de la dette argentine qu’ils détiennent. L’annonce a encore affaibli la position de la présidente Cristina Kirchner, dont la réélection au premier tour en 2011 semble désormais un lointain souvenir.

Buenos Aires, 1er mars 2014. La présidente Cristina Fernández de Kirchner, récemment remise d’une opération, fait son entrée dans le palais du Congrès. Construit à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment aux réminiscences gréco-romaines symbolise l’âge d’or d’une Argentine entièrement tournée vers l’exportation de produits agricoles. Mme Kirchner vient prononcer le discours d’inauguration de la session parlementaire. Nul ne s’attend à une surprise, les annonces importantes étant traditionnellement réservées à d’autres cénacles. Elle intervient pourtant et ne réside pas dans les trois heures de discours ou les vingt-trois mille trois cent vingt-six mots prononcés, mais dans le ton adopté. Les années précédentes, la présidente profitait de l’occasion pour fondre sur ses adversaires (l’opposition, les médias, le patronat) et défendre ses décisions ; cette fois, elle opte pour la mesure, voire la douceur. Médusée, l’assemblée l’entendra même adresser des compliments aux représentants de l’opposition.

 

 

Peut-on sauver le lac Tchad (Romano prodi) ?:

Au cœur du Sahel, le lac Tchad risque de disparaître. Une revitalisation devient d’autant plus indispensable qu’elle favoriserait la paix dans une région instable. L’ancien président de la Commission européenne Romani Prodi plaide pour la réussite du programme de sauvegarde.

Le lac Tchad se trouve au cœur d’une région d’Afrique centrale caractérisée par une désertification galopante et une croissance démographique record. Situé à la porte du Sahara, il est vulnérable au régime des pluies, qui font depuis toujours fortement varier son niveau. La topographie particulièrement plate de son bassin provoque des mouvements spectaculaires. Depuis 1962, les eaux ont baissé de quatre mètres, réduisant sa superficie de 90%. A partir des années 1980, les évolutions climatiques, telles la sécheresse et les pluies trop faibles, ainsi que la surexploitation des ressources par les riverains – 75 % des eaux seraient détournées en amont –, ont ramené sa taille à moins de deux mille cinq cents kilomètres carrés.

 

 

Sébastien Broca rappelle que le logiciel libre a trente ans :

Collaboratif, ouvert, libre de droits : alors qu’il a fêté ses trente ans d’existence en 2013, le mouvement du logiciel libre incarne plus que jamais une résistance à la privatisation du savoir et de la culture. Des milliers de programmeurs élaborent bénévolement des outils qui servent à tous. Pourtant, les rapports entre ce mouvement et la sphère marchande sont plus étroits qu’on pourrait le penser.

 

 

L’anglais règne dans les facultés bataves (Vincent Doumeyrou) :

« Nous sommes ridicules », clamait le 10 avril 2013 Mme Geneviève Fioraso, ministre française de l’enseignement supérieur et de la recherche : nos universités ne proposent « pas assez de cours en anglais ». Depuis le début des années 1990, les Pays-Bas recommandent justement l’usage de la langue de Shakespeare dans les formations supérieures. Leurs résultats invitent-ils à les suivre ?

En 1989, M. Jozef Ritzen, alors ministre travailliste de l’éducation des Pays-Bas, déclara que les universités devaient donner plus de cours en anglais. Le scandale suscité par l’idée d’une telle atteinte à la culture du pays fut tel que le Parlement adopta une loi faisant du néerlandais la langue d’enseignement officielle.

Aujourd’hui, ce qui avait alors tant affligé l’opinion est dans une large mesure devenu réalité. L’usage de l’anglais demeure certes limité au niveau des licences, ainsi que pour les masters d’enseignement appliqué. Mais il devient désormais majoritaire pour les masters universitaires, les plus prestigieux, hissant les Pays-Bas au premier rang dans l’Europe non anglophone pour le nombre de formations en anglais. Les masters de sciences de la vie, d’ingénieur et d’économie arrivent en tête des formations concernées.

 

 

Le théâtre doit être un service publics (Bruno Boussagol) :

Aller au théâtre est souvent devenu un signe de distinction culturelle. Or, tout au long du siècle dernier, des luttes sociales et politiques ont cherché à permettre à chacun de s’approprier cet art. Ce fut le sens d’une « décentralisation » différente de celle qui, depuis une trentaine d’années, s’est peu à peu dévoyée.

 

 

Selon Benoît Bréville et Jérôme Pellissier ,Jaurès, celui qui unit Valls et Sarkozy (hum…) :

Jean Jaurès n’a pas attendu le centième anniversaire de son assassinat pour être victime de récupérations. Pendant la campagne présidentielle de 2007, M. Nicolas Sarkozy en avait fait une référence récurrente, allant jusqu’à prononcer son nom trente-deux fois dans un même discours : « Il récusait la lutte des classes », affirmait-il alors. Deux ans plus tard, c’est l’extrême droite qui, sur une affiche électorale, attribuait au penseur socialiste une citation frauduleuse – « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien » –, pour en conclure que « Jaurès aurait voté Front national ». L’audace de certains dirigeants politiques étant sans limites, le Parti socialiste (PS) profite actuellement des commémorations de 1914 pour comparer l’adversaire de la guerre à... M. François Hollande.

Andrea Purgatori exhume la sombre histoire de l’accident d’Ustica :

Le nouveau président du conseil italien, M. Matteo Renzi, a décidé d’ouvrir les archives des années 1970 et 1980, deux décennies riches en violences et en intrigues. Les familles des quatre-vingt-une victimes du crash d’Ustica, tuées sans mobile apparent, attendaient depuis longtemps l’accès aux documents confidentiels. Au premier rang des suspects, la France se décide aussi à collaborer avec la justice italienne pour dénouer un mystère aux dimensions géopolitiques.

 

 

Qu’annonce l’éclatement irakien, demande Peter Harling ?

L’offensive de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) n’a surpris que ceux qui se désintéressaient de l’évolution du pays depuis le retrait des troupes américaines. L’incompétence du pouvoir central et sa politique favorable aux chiites ont créé les conditions d’une insurrection sunnite.

 

 

Selon Allan Kaval, les Kurdes pourraient bénéficier du chaos irakien :

Les premiers bénéficiaires du chaos irakien pourraient être les Kurdes : ils ont profité des combats pour s’emparer de Kirkouk, qu’ils considèrent comme leur capitale historique. Mais le rêve d’un Etat unifié est encore lointain, car ils ne peuvent se maintenir à l’écart des soubresauts qui agitent la région. Et, en Irak comme dans les pays avoisinants, ils restent profondément divisés.

par Allan Kaval, juillet 2014

 

 

Au proche-orient, on risque de se retrouver avec des frontières sans nations (Vicken Cheterian) :

« L’Europe est-elle en train de préparer de nouveaux accords Sykes-Picot ? », me demandait un jour un confrère à Beyrouth, en référence aux accords secrets franco-britanniques qui, en mai 1916, redessinèrent la carte du Proche-Orient. Sa question découlait de deux constats : l’effondrement du vieux système proche-oriental datant de la fin de la première guerre mondiale ; la capacité et la volonté manifeste de l’Europe d’instaurer un nouvel ordre politique dans la région.

La carte actuelle du Proche-Orient est en effet trompeuse. Les frontières délimitant les territoires de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Turquie, du Yémen, etc., sont dorénavant fictives et ne reflètent plus la réalité sur le terrain. Ainsi, la frontière syro-irakienne a cessé d’exister depuis 2012 au moins. Du côté irakien, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) contrôle une grande partie de la province désertique d’Anbar et de larges portions de Fallouja ; il vient de s’emparer de Mossoul. Il est également présent de l’autre côté de la frontière, au cœur du Nord syrien, d’Abou Kamal jusqu’à Rakka et Alep. Rien n’arrête les troupes ou les armes de l’EIIL sur cette frontière anciennement internationale.

 

 

Gérard Mauger  analyse le concept de populisme, ce mot voyageur en Europe :

Les élections européennes de mai dernier ont vu la montée en puissance de partis hostiles aux politiques menées au sein de l’Union. Au-delà de cette opposition, rien ne rapproche ces formations : les unes actualisent l’idéologie nationaliste et conservatrice de l’extrême droite, tandis que les autres se revendiquent de la gauche radicale. Une distinction que les commentateurs négligent. Comment une telle confusion a-t-elle pu s’imposer ?

par Gérard Mauger, juillet 2014

A l’avant-veille du scrutin européen du 25 mai dernier, lors de son dernier meeting de campagne, à Villeurbanne, le premier ministre Manuel Valls lançait solennellement un appel à l’« insurrection démocratique contre les populismes ». « Populisme » : qui n’a pas entendu cent fois dans la bouche des sondeurs, des journalistes ou des sociologues ce mot où l’on enferme pêle-mêle les opposants — de droite ou de gauche, votants ou abstentionnistes — aux politiques mises en œuvre par les institutions européennes ?

 

 

David Camroux  évoque le « douzième coup d’Etat en Thaïlande » :

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

 

 

Selon Boris Pétric , la Chine va devenir une considérable puissance viticole :

Après le reflux de la crise financière, les exportations mondiales de vin atteignent de nouveaux sommets. Elles représentaient plus de 22 milliards d’euros en 2012. Le vignoble se réduit en Europe, mais s’étend rapidement en Asie. Les Chinois sont devenus les premiers consommateurs de vin rouge et se révèlent également des producteurs de plus en plus avisés.

 

 

Avec Raffaele Laudani, on va un peu plus loin dans la connaissance de Matteo Renzi :

L’homme providentiel d’hier a déçu ? Un autre apparaît, porteur de tous les espoirs. Dernier exemple en date : l’Italien Matteo Renzi, qui a fait des envieux quand son parti est arrivé largement en tête dans la Péninsule lors des élections européennes du 25 mai dernier. Jeune et charismatique, l’homme détiendrait la clé du salut pour une social-démocratie européenne à bout de souffle.

Au soir du 25 mai, lors de l’annonce des derniers résultats des élections européennes, un score enchanta les médias : celui enregistré par M. Matteo Renzi. Le président du conseil italien pouvait en effet se vanter d’être l’un des rares dirigeants du continent à sortir renforcé du scrutin. En obtenant 41 % des suffrages, le Parti démocrate (PD) ne se contentait pas de battre le record établi à gauche par le Parti communiste italien (PCI) d’Enrico Berlinguer aux élections législatives de 1976 (34 %) : il obtenait aussi quinze points de plus que lors du scrutin national de 2013.

En mars 2014, déjà, le banquier d’affaires français Matthieu Pigasse le citait comme une source d’inspiration — le magazine Les Inrockuptibles, dont M.Pigasse est propriétaire, présentait l’ancien maire de Florence comme un dirigeant « jeune, hyperactif, radical et ambitieux », susceptible de « ressusciter l’Italie ». Mais, ce soir-là, M. Renzi se hissait au rang de « meilleur espoir de l’Europe réformiste » pour Les Echos. et à celui de « leader indiscutable de l’Europe » pour El País. Un nouveau « modèle » venait d’apparaître, en mesure de réhabiliter l’idée européenne tout en contrant la montée de l’extrême droite.

 

 

Alban Bensa et Eric Wittersheim  décrivent la société calédonienne en ébullition :

En vertu de l’accord de Nouméa, signé en 1998, la Nouvelle- Calédonie devrait achever son processus de décolonisation en organisant d’ici 2018 un référendum d’autodétermination. La période a été marquée par la montée en puissance des projets miniers et une certaine effervescence culturelle. Mais, comme l’indique le scrutin provincial de mai dernier, le dynamisme social et économique peine à trouver une traduction politique.

 

 

Evelyne Pieiller  pense que l’exception culturelle échappera à la grande braderie :WikiLeaks vient de lever un coin du voile sur les tractations entre Washington, Bruxelles et une vingtaine d’autres capitales autour d’un accord visant à libéraliser le commerce des services (ACS). Autre navire amiral du libre-échange, le grand marché transatlantique (GMT) suscite une inquiétude croissante. Mais que les Français se rassurent : l’exception culturelle échappera à la grande braderie…

 

 

Ibrahim Warde  explique pourquoi les Etats-Unis mettent les banques à l’amende :

Après BNP Paribas, la Deutsche Bank et le Crédit agricole ? L’annonce d’une sanction américaine contre la banque française alarme un secteur peu accoutumé aux remontrances.

En publiant le 29 mai une information selon laquelle l’amende infligée à BNP Paribas pourrait s’élever à 10 milliards de dollars, le Wall Street Journal a produit un choc. La banque est accusée d’avoir, entre 2002 et 2009, enfreint à travers sa filiale suisse les embargos imposés par les Etats-Unis à Cuba, à l’Iran et au Soudan. L’affaire illustre de manière spectaculaire l’évolution de la jurisprudence et des pratiques judiciaires en matière de finance internationale. Depuis plusieurs mois, deux autres établissements français, la Société générale et le Crédit agricole, se trouvent également en délicatesse avec les autorités américaines.

Avant même cette annonce, le président François Hollande avait écrit à son homologue américain pour l’alerter du « caractère disproportionné des sanctions envisagées » contre BNP Paribas. Quant à M. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, il a exprimé son étonnement de voir le droit américain s’appliquer à des transactions « conformes aux règles, lois, réglementations, aux niveaux européen et français, ainsi qu’aux règles édictées par les Nations unies  ».

 

 

Leo Noleti  ne croit pas dans la transparence de la Commission européenne, technocratique, opaque et éloignée des électeurs :

La Commission européenne invite désormais les citoyens à « faire entendre leur voix ». S’engage-t-elle pour autant à les écouter ?

Après des mois de négociations secrètes, la Commission européenne promettait fin mars d’en finir avec l’opacité des tractations entourant le projet de grand marché transatlantique (GMT) : l’heure serait désormais à la transparence, notamment à travers le lancement d’une consultation publique. Adossée à un site Internet permettant à chacun de « faire entendre sa voix », une campagne de communication en vingt langues invitait donc, jusqu’au 6 juillet 2014, les citoyens européens à « donner leur opinion » sur douze aspects du traité en discussion.

 

 

La page du kichnérisme en Argentine semble être tournée (José Natanson) :

Le 16 juin, la Cour suprême des Etats-Unis a validé une décision de justice américaine contraignant Buenos Aires à rembourser des fonds spéculatifs : ces derniers refusent de renégocier la valeur des titres de la dette argentine qu’ils détiennent. L’annonce a encore affaibli la position de la présidente Cristina Kirchner, dont la réélection au premier tour en 2011 semble désormais un lointain souvenir.

Buenos Aires, 1er mars 2014. La présidente Cristina Fernández de Kirchner, récemment remise d’une opération, fait son entrée dans le palais du Congrès. Construit à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment aux réminiscences gréco-romaines symbolise l’âge d’or d’une Argentine entièrement tournée vers l’exportation de produits agricoles. Mme Kirchner vient prononcer le discours d’inauguration de la session parlementaire. Nul ne s’attend à une surprise, les annonces importantes étant traditionnellement réservées à d’autres cénacles. Elle intervient pourtant et ne réside pas dans les trois heures de discours ou les vingt-trois mille trois cent vingt-six mots prononcés, mais dans le ton adopté. Les années précédentes, la présidente profitait de l’occasion pour fondre sur ses adversaires (l’opposition, les médias, le patronat) et défendre ses décisions ; cette fois, elle opte pour la mesure, voire la douceur. Médusée, l’assemblée l’entendra même adresser des compliments aux représentants de l’opposition.

 

 

Peut-on sauver le lac Tchad (Romano prodi) ?:

Au cœur du Sahel, le lac Tchad risque de disparaître. Une revitalisation devient d’autant plus indispensable qu’elle favoriserait la paix dans une région instable. L’ancien président de la Commission européenne Romani Prodi plaide pour la réussite du programme de sauvegarde.

Le lac Tchad se trouve au cœur d’une région d’Afrique centrale caractérisée par une désertification galopante et une croissance démographique record. Situé à la porte du Sahara, il est vulnérable au régime des pluies, qui font depuis toujours fortement varier son niveau. La topographie particulièrement plate de son bassin provoque des mouvements spectaculaires. Depuis 1962, les eaux ont baissé de quatre mètres, réduisant sa superficie de 90%. A partir des années 1980, les évolutions climatiques, telles la sécheresse et les pluies trop faibles, ainsi que la surexploitation des ressources par les riverains – 75 % des eaux seraient détournées en amont –, ont ramené sa taille à moins de deux mille cinq cents kilomètres carrés.

 

 

Sébastien Broca rappelle que le logiciel libre a trente ans :

Collaboratif, ouvert, libre de droits : alors qu’il a fêté ses trente ans d’existence en 2013, le mouvement du logiciel libre incarne plus que jamais une résistance à la privatisation du savoir et de la culture. Des milliers de programmeurs élaborent bénévolement des outils qui servent à tous. Pourtant, les rapports entre ce mouvement et la sphère marchande sont plus étroits qu’on pourrait le penser.

 

 

L’anglais règne dans les facultés bataves (Vincent Doumeyrou) :

« Nous sommes ridicules », clamait le 10 avril 2013 Mme Geneviève Fioraso, ministre française de l’enseignement supérieur et de la recherche : nos universités ne proposent « pas assez de cours en anglais ». Depuis le début des années 1990, les Pays-Bas recommandent justement l’usage de la langue de Shakespeare dans les formations supérieures. Leurs résultats invitent-ils à les suivre ?

En 1989, M. Jozef Ritzen, alors ministre travailliste de l’éducation des Pays-Bas, déclara que les universités devaient donner plus de cours en anglais. Le scandale suscité par l’idée d’une telle atteinte à la culture du pays fut tel que le Parlement adopta une loi faisant du néerlandais la langue d’enseignement officielle.

Aujourd’hui, ce qui avait alors tant affligé l’opinion est dans une large mesure devenu réalité. L’usage de l’anglais demeure certes limité au niveau des licences, ainsi que pour les masters d’enseignement appliqué. Mais il devient désormais majoritaire pour les masters universitaires, les plus prestigieux, hissant les Pays-Bas au premier rang dans l’Europe non anglophone pour le nombre de formations en anglais. Les masters de sciences de la vie, d’ingénieur et d’économie arrivent en tête des formations concernées.

 

 

Le théâtre doit être un service publics (Bruno Boussagol) :

Aller au théâtre est souvent devenu un signe de distinction culturelle. Or, tout au long du siècle dernier, des luttes sociales et politiques ont cherché à permettre à chacun de s’approprier cet art. Ce fut le sens d’une « décentralisation » différente de celle qui, depuis une trentaine d’années, s’est peu à peu dévoyée.

 

 

Selon Benoît Bréville et Jérôme Pellissier ,Jaurès, celui qui unit Valls et Sarkozy (hum…) :

Jean Jaurès n’a pas attendu le centième anniversaire de son assassinat pour être victime de récupérations. Pendant la campagne présidentielle de 2007, M. Nicolas Sarkozy en avait fait une référence récurrente, allant jusqu’à prononcer son nom trente-deux fois dans un même discours : « Il récusait la lutte des classes », affirmait-il alors. Deux ans plus tard, c’est l’extrême droite qui, sur une affiche électorale, attribuait au penseur socialiste une citation frauduleuse – « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien » –, pour en conclure que « Jaurès aurait voté Front national ». L’audace de certains dirigeants politiques étant sans limites, le Parti socialiste (PS) profite actuellement des commémorations de 1914 pour comparer l’adversaire de la guerre à... M. François Hollande.

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 05:09

Le dossier central de ce numéro est consacré au flicage, privé ou institutionnalisé, des populations.

 

Avant cela, un long éditorial de Paul Ariès sur la toxicité du FN. Article très argumenté dont je livre simplement cette réflexion qui remet bien des pendules à l’heure : « Les électeurs du FN ne sont pas des enfants perdus de la gauche mais les bâtards des gauches perdues. »

 

Dans Le profilage des populations (livre récent dont Les Zindigné(e)s offre des extraits, Armand Mattelart et André Vitalis rappelle que le livret ouvrier date de Napoléon, à l’époque du triomphe du libre échange. Aujourd’hui, expliquent les auteurs, il est inutile de convoquer Big Brother, 1984 décrivant une société totalitaire, alors que la surveillance de masse aujourd’hui s’exerce sur des populations de pays en principe démocratique. Une surveillance qui dans les faits, est incapable, et ne sert pas à prévenir, comme l’a récemment montré, malgré les milliers de caméras situées sur la Cote d’Azur, de la deuxième (ou première ?) fortune de Monaco. Quant au monde d’internet, c’est théoriquement un monde de liberté, mais sous le regard des puissances économiques et policières.

 

Mattelart et Vitalis pensent qu’il faut rapidement restaurer l’autorité de la CNIL dont les prérogatives n’ont cessé d’être rognées.

 

Thierry Brugvin explique en quoi les services secrets sont, in fine, au service des élites capitalistes, ceux des industries de l’armement en particulier.

 

Michel Lepesant pense que « la croissance, c’est fini » : « Le train fou de la croissance va peut-être s’arrêter mais depuis trop longtemps il a dépassé le plafond de la soutenabilité écologique. »

 

Florent Bussy réfléchit sur la voiture, fantasme ou liberté. Elle alimente nos rêves, mais, pour beaucoup, elle est indispensable à une vie de qualité. Pourquoi sommes-nous dépendants ?

 

Aurélien Bernier (“ Pour un protectionnisme écologique et social ”) met en pièce le postulat du socialiste bien connu Pascal Lamy selon lequel « L’ouverture commerciale crée de la concurrence, qui crée de la spécialisation, qui crée de l’efficience, qui crée de la croissance ».

 

Frédéric Viale (ATTAC) explique que les négociations sur les accords de libre échange n’ont rien à voir avec l’abaissement des droits de douane mais avec la fin définitive des normes intérieures des États.

 

Vincent Liégey se demande s’il est possible de relocaliser. Ce ne sera possible que si l’on redonne un sens social et environnemental à la production.

 

Boris Bilia et Hadrien Toucel (le PG) estime qu’il faut mettre rapidement en place un contrôle des capitaux et introduire des contraintes de relocalisation dans la commande publique.

 

Thierry Brugvin demande comment concilier commerce équitable et relocalisation écosocialiste. Le commerce équitable pourrait être majoritairement Sud-Sud et Nord-Nord.

 

 

Les Zindigné(e)s, n° 16

Samir Amin (“ Émergence ou lumpen développement ” pense que « l’émergence ne se mesure ni par un taux de croissance du PIB élevé sur une période longue, ni par le fait que la société concernée ait atteint un niveau élevé de son PIB per capita. L’émergence implique bien davantage. Un pays n’est émergent que dans la mesure où la logique mise en œuvre par le pouvoir s’assigne l’objectif de construire et de renforcer une économie autocentrée (fut-elle ouverte sur l’extérieur) et d’affirmer par là même sa souveraineté économique nationale. L’émergence est aussi un projet politique et pas seulement économique. » Attention au « maldéveloppement », au lumpen développement. S. Amin estime que la Turquie, l’Iran et l’Égypte font désormais partie du groupe des pays non-émergents.

 

Pour la grammairienne Viviane Point, le succès du discours de M. Le Pen s’explique en priorité par son aptitude à évacuer toute idéologie. Elle utilise par ailleurs un discours de la terreur, un discours de l’émotion, non rationnel.

 

La philosophe Véronique Bergen est une spécialiste de la mode (http://laviemanifeste.com/archives/8616). Elle explique pourquoi la mode est un laboratoire du social.

 

Pour Nicolas Desbois, c’est dans l’osmose entre l’homme et la consommation que l’idéologie dominante trouve une de ses portes d’entrée favorites pour venir nous habiter.

 

Cela n’empêcge pas, selon Yann Fiévet, la « grande distrib’ » (comme il faut dire) de prospérer : « L’économie est en panne, au grand dam des fanas de la Croissance providentielle qui ne cessent d’annoncer son retour prochain.

 

En attendant le miracle l’argent manque, nous dit-on, pour financer ce qui devrait demeurer l’essentiel : la construction de logements sociaux ou le financements de projets économiques plus doux à l’environnement et moins gourmands en énergie. Il est au moins un domaine qui rompt avec ce constat de l’investissement défaillant : la Grande distrib ». Partout en France des centres commerciaux toujours plus vastes continuent de sortir de terre, d’une terre. »

 

 

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 05:22

Le premier homme. Le livre fut publié en 1994. Albert Camus l’avait écrit vers 1960. Il s'agissait d'une méditation sur son enfance de pauvre, d'orphelin de père dans l'Algérie du début du XXe siècle. Et également d'un hommage à son instituteur. Au temps où les “ hussards de la République ” pouvaient sauver des vies, être des “ anti-destins ”, comme disait Malraux.

 

 

« Les vacances aussi ramenaient Jacques à sa famille, du moins dans les premières années. Personne chez eux n'avait de congés, les hommes travaillaient sans répit, tout au long de l'année. Seul l'accident de travail, quand ils étaient employés par des entreprises qui les avaient assurés contre ce genre de risques, leur donnait du loisir, et leurs vacances passaient par l'hôpital et le médecin. L'oncle Ernest par exemple, à un moment où il se sentait épuisé, s'était, comme il disait, « mis à l'assurance », en s'enlevant volontairement à la varlope un épais copeau de viande sur la paume de la main. Quant aux femmes, et Catherine Cormery [mère de Camus] elles travaillaient sans trêve, pour la bonne raison que le repos signifiait pour eux tous des repas plus légers. Le chômage, qui n'était assuré par rien, était le mal le plus redouté. Cela expliquait que ces ouvriers, chez Pierre comme chez Jacques, qui toujours dans la vie quotidienne étaient les plus tolérants des hommes, fussent toujours xénophobes dans les questions de travail, accusant successivement les Italiens, les Juifs, les Arabes et finalement la terre entière de leur voler leur travail – attitude déconcertante certainement pour les intellectuels qui font la théorie du prolétariat, et pourtant fort humaine et bien excusable. Ce n'était pas la domination du monde ou les privilèges d'argent et de loisirs que ces nationalistes inattendus disputaient aux autres nationalités, mais le privilège de la servitude. Le travail dans ce quartier n'était pas une vertu, mais une nécessité qui, pour faire vivre, conduisait à la mort. »

 

 

Le premier homme.

Folio pp 278-279

Pourquoi des ouvriers votent pour l’extrême droite ? La réponse de Camus
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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 05:28

Le Reich n’a pas été vaincu sur les plages de Normandie mais bien dans les plaines de Russie, explique Nico Hirtt dans Respublica.

 

Ceci n’enlève bien évidemment rien au mérite individuel de chacun des soldats étasuniens qui se sont battus sur les plages de Omaha Beach, sur les ponts de Hollande ou dans les forêts des Ardennes.

 

Au moment du débarquement allié en Normandie, l’Allemagne est déjà virtuellement vaincue. Sur 3,25 millions de soldats allemands tués ou disparus durant la guerre, 2 millions sont tombés entre juin 1941 (invasion de l’URSS) et le débarquement de juin 1944. Moins de 100.000 étaient tombés avant juin 41. Et sur les 1,2 millions de pertes allemandes après le 6 juin 44, les deux tiers se font encore sur le front de l’Est. La seule bataille de Stalingrad a éliminé deux fois plus de divisions allemandes que l’ensemble des opérations menées à l’Ouest entre le débarquement et la capitulation. Au total, 85% des pertes militaires allemandes de la deuxième guerre mondiale sont dues à l’Armée Rouge (il en va différemment des pertes civiles allemandes : celles-ci sont, d’abord, le fait des exterminations opérées par les nazis eux-mêmes et, ensuite, le résultat des bombardements massifs de cibles civiles par la RAF et l’USAF).

Revue de Presse (96)

 

La semaine dernière, Maxime évoquait quelques arnaques mises en place par « SNCF » (comme on doit dire aujourd’hui) depuis qu’elle a acheté à Air France son logiciel de réservations. Je vais citer un article lumineux de Jean-Pierre Anselme publié par Mediapart et qui reprend un argumentaire de Sud-Rail.

 

Nous, salariés de la SNCF, luttons contre l’éclatement de l’entreprise prévu dans le projet de loi. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient à cause des médias, il ne s’agit pas de réunifier le rail, mais de séparer complètement la gestion des voies et des quais du transport de voyageurs.

 

Deuxième volet de la loi : construire une nouvelle réglementation du travail alignée sur le moins-disant social. Loin du discours sur le développement durable et l’importance écologique du ferroviaire, il s’agit plutôt de préparer l’arrivée d’actionnaires qui eux, ont besoin de conditions sociales dégradées pour récolter des dividendes.

 

Trains arrêtés en pleine voie ? Trois sources principales d’incidents obligent les voyageurs à rester coincés dans leur rame en pleine voie.

 

Première cause : le contrat entre les régions et la SNCF prévoit que la SNCF paie des pénalités en cas de retard au départ des trains. Dès lors, même si la SNCF sait que le train sera bloqué sur les voies, il part, se retrouve à l’arrêt en pleine voie, les gens coincés dans les rames. Ensuite, la SNCF explique : « c’est la faute à RFF ». La séparation entre SNCF et RFF permet ce genre de mépris des usagers.

 

Deuxième cause : la défaillance matérielle. Le zéro stock fait que la maintenance des rames est de plus en plus effectuée en prenant des pièces usagées sur une autre rame pour réparer une défaillance. Sauf qu’en l’absence de pièces neuves, le nombre de pannes augmente.

 

Troisième cause : la maintenance des voies. L’accident de Brétigny l’a montré. La maintenance est de plus en plus négligée et les limites de l’infrastructure sont atteintes. Que fait RFF ? Il augmente les prix du « péage » que la SNCF doit payer, dont le coût est répercuté sur le prix du billet. La SNCF diminue alors ses prestations pour récupérer ce manque à gagner.

 

Sud-Rail énumère quelques désagréments que les usagers, pardon les clients, subissent désormais.

 

Vous avez du mal à acheter un billet grande ligne dans une gare banlieue ? C’est « normal ». La SNCF a décidé de séparer les gares banlieue ou TER des gares grandes lignes. Pire, elle a décidé que les personnels seraient voués à l’un ou à l’autre. Il est impossible de délivrer un billet grande ligne d’un terminal TER ou banlieue !

 

Toilettes en panne ? Pour un trajet inférieur à deux heures, la SNCF a obtenu qu’elles ne soient plus nécessaires.

 

Vous êtes handicapé et le contrôleur ne vous aide pas ? Malheureusement, c’est un ordre imposé par la direction de la SNCF. Il est interdit pour un cheminot en service de venir en aide à un voyageur handicapé !

 

Le projet de réforme c’est tout cela mais en pire ! 

Pourquoi la SNCF dépense-t-elle des milliards pour racheter les chemins de fer polonais ? Cet argent pourrait servir à améliorer la présence en gare, à ouvrir des guichets, à réparer le réseau. Non ! SNCF et gouvernement font d’autres choix : éclater la SNCF pour mettre en place une concurrence sauvage.

 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 05:10

Et si l’on parlait gros sous. Les patrons de presse n'ont pas aimé, certains du moins. Le ministère de la Communication a eu le culot de jouer la transparence – pour une fois ? – en publiant le tableau en huit colonnes des aides publiques à la presse. En tête, dans un voisinage intéressant, Le Figaro et Le Monde, avec (chiffre partiel !) plus de 16 millions € (tandis que L'Humanité n'arrive qu'en 10ème position... derrière Télé 7 jours). Fonds publics pour bons et loyaux services néo-libéraux pour beaucoup d'organes de presse.

 

La Fédération des Travailleurs des Industries du Livre, du Papier et de la Communication CGT propose à ce sujet l’analyse suivante :

 

« Le vrai sujet pour les patrons, c’est comment on modernise la presse. Il faut raisonner dans des logiques industrielles ou des logiques de modernisation de l’exploitation. »

 

Selon les patrons, l’information ministérielle sur les aides globales 2013 ne serait pas conforme à l’esprit libéral. Ces patrons ne veulent d’aides publiques que si elles accentuent la logique industrielle et la modernisation de l’exploitation. C’est-à-dire de celles qui favorisent la concurrence et qui éliminent toute régulation.

 

C’est précisément l’objet du décret du 13 avril 2012, signé Mitterrand-Fillon. Enfant des états généraux Sarkozy de la presse, il entame de façon considérable la nature des aides : une partie d’entre elles n’est plus déduite de l’édifice républicain, mais ressort d’une logique de management libéral des entreprises d’information.

 

Le décret, pris juste avant l’éviction de Sarkozy, instaure une attribution conditionnelle et limitée de fonds publics auparavant distribués de façon définitive.

 

 

Le site sportif Gentside Sport revient sur les propos très limites de Pelé sur les accidents du travail au Brésil :

 

« Ce qu'il s'est passé et ce qui est raconté, l'incident, tout ça... C'est normal, ce sont les choses de la vie et on ne peut pas aller contre. »  Comme si cette première phrase ne suffisait pas, Pelé n'a pas vraiment arrangé la situation. L'ancien joueur de Santos a déclaré être plus inquiet pour les touristes qui viendront au Brésil cet été que pour les ouvriers qui travaillent dans des conditions pouvant entraîner la mort : « La manière dont seront gérées administrativement l'entrée et la sortie des touristes dans les aéroports du pays... ça je trouve que c'est préoccupant. » Avec de tels propos, celui qui avait présenté le trophée de la coupe du monde à Paris se retrouve donc dans la tourmente.

 

Le Roi Pelé est loin, très loin du monde des ouvriers qui travaillent d'arrache pied pour finir les stades de la Coupe du Monde dans les délais. L'homme aux 1283 buts en compétition officielle a sorti une édition limitée de diamants faits à partir de ses cheveux. Pelé a décidé de mettre en vente autant de diamants que de buts inscrits dans sa carrière (1283), chacune de ces pierres précieuses étant vendue dans un coffret incluant une statuette du Brésilien. Le prix ? 6 700 euros... Autant dire que les ouvriers des stades de la coupe du monde ne sont pas près de s'en acheter un.

Revue de Presse (95)

Le site Résistance revient sur la logique politique et économique du fichage des Français (et des autres) :

 

Parfaitement mis en spectacle, le marché de la sécurité est un des marchés les plus importants et probablement le plus porteur de la dernière décennie. Les entreprises privées et les institutions publiques ont découvert avec la gestion de la peur une source inépuisable de pouvoir, de contrôle et de profit. Bienvenue dans le capitalisme des temps modernes ! On agite auprès des masses le spectre de lointains attentats pour faire passer avec malice les pires lois liberticides… « Veuillez nous remettre votre liberté, nous vous promettons la sécurité », semblent dire ceux qui sont aux manettes. On assiste à une véritable poussée idéologique se déclinant économiquement, juridiquement, politiquement, administrativement, médiatiquement pour maintenir à un degré élevé la peur. Tout ceci pour faire accepter un système préventif comme s’il s’agissait d’une nouvelle normalité de l’existence. Ce marché connaît une croissance exponentielle.

 

Je terminerai par un sombre questionnement d’Ignacio Ramonet à la fin de son article de Mémoire des Luttes consacré à l’extrême droite :

 

Le Parlement européen accueille donc l’extrême droite la plus puissante que le Vieux Continent ait connu depuis les années 1930. Nous savons comment cela s’est alors terminé. Qu’attendent les démocrates pour se réveiller ?

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 09:02

Il y a cinq ans déjà, j'ai publié sur le site du Grand Soir un article en l'honneur de Georges Molinié, attaqué de manière abjecte (il ne connaît que cette manière-là) par Franz-Olivier Giesbert.

 

Georges Molinié est décédé ce cinq juin.

 

F.-O. Giesbert/Georges Molinié
photo-montage : le Savant (à gauche) et le Roquet (à droite)
 

Sur l’excellent site Acrimed, il nous est donné d’entendre une interview de Franz-Olivier Giesbert pour les auditeurs de RTL, sur la récente contestation des universitaires face aux menées de Sarkozy et de Pécresse visant à la privatisation de l’Université et à la précarisation des personnels.

 

Il n’est pas exagéré de dire que dans cette prise de parole éructante, Giesbert fait preuve d’une hargne, d’un ton qui nous rappellent les prestations du principal speaker de Radio-Paris pendant le Deuxième Guerre mondiale.

 

J’ai dit ailleurs pourquoi, à titre politique, et, plus encore peut-être à titre personnel, Pécresse avait décidé de ne rien lâcher dans son combat contre les universitaires (http://blogbernardgensane.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/03/26/pecre...).

Dans cette interview, Giesbert donne donc, sans faire preuve du moindre courage (car la cause est, provisoirement, entendue) le coup de grâce au mouvement universitaire.

 

De manière venimeuse, donc méprisable, il s’en prend à l’une des grandes figures de la contestation, le professeur Georges Molinié, président de l’Université Paris IV. En la sortant de son contexte, sans la référencer, il cite une phrase de Molinié, parfaitement compréhensible pour des gens cultivés qui, comme Giesbert, font semblant de ne rien y entendre, mais absconce pour l’auditeur de base de RTL. Par ailleurs, il lit cette phrase en la singeant littéralement, donnant du grand universitaire l’image d’un agité du bocal, d’un pédant, d’un parasite qui tond la laine sur le dos du contribuable méritant qui écoute RTL dans les embouteillages.

 

Le mépris affiché par Giesbert nous renseigne pleinement sur le manque de considération total des médias, de la classe dirigeante pour les intellectuels, les gens de savoir.

 

Molinié n’a pas mené le combat anti-Pécresse seul. Il fut entouré par les personnels et les étudiants de la Sorbonne dans des efforts partagés par une dizaine de présidents d’université. Les soixante-dix autres présidents qui se sont couchés porteront la responsabilité de trente ans d’hiver social infligés à la génération à venir.

 

Pourquoi Giesbert s’en est-il donc pris à Molinié ? Selon moi, pour la simple raison que cet éminent spécialiste de stylistique française vient de la droite et qu’il a osé affronter le parangon des universitaires/managers tels que les rêvent Pécresse et Sarkozy, Jean-Robert Pitte. Molinié fait partie de tous ces modérés qui ont été choqués par les attaques élyséennes contre la dignité des enseignants, contre leur indépendance, leur liberté d’esprit. Il a compris que Sarkozy voulait une institution bottée, casquée, non démocratique, filant droit pour le seul profit du patronat. Ce qu’il n’a pu accepter.

 

Il est des évolutions fort honorables. Il en est d’autres plus que suspectes. Lorsqu’à trente-six ans on dirige la rédaction d’un grand hebdomadaire de gauche et qu’à trente-neuf on prend les rènes du grand quotidien de la bourgeoisie française, on est effectivement tout à fait qualifié pour flatter dans le sens du poil poujadiste les auditeurs de RTL. Giesbert fut sympathisant communiste, proche de figures du PSU comme Gilles Martinet avant d’écrire une biographie de François Mitterrand qui, à l’époque, le fascinait. Il se rapprocha de Rocard puis rejoignit des publications comme Le Figaro ou Le Point. Il devint alors, de manière décomplexée, pour ne pas dire agressive, un homme de droite. De droite, tout en faisant feu de tout bois : dans le livre qu’il consacra à Chirac, il dévoila certains aspects de la vie privée de l’ancien président que celui-ci aurait voulu garder secrets.

 

Lorsque l’auditeur de RTL écoute Giesbert, il ne connaît pas nécessairement l’historique des reniements du bonimenteur vulgaire. Et il y a peu de chance pour qu’il sache ce que représente le parcours humain, intellectuel d’un président d’université comme Georges Molinié. Nous vivons dans un pays où l’on admire des footballeurs ou des producteurs de télévision milliardaires et où des représentants emblématiques des médias nous invitent à cracher sur des savants.

 
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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 05:49

Jusqu’à Nasville Skyline, les albums de Dylan renferment une logique interne indéniable : révolte dans Freewheelin, introspection dans Bringing it All Back Home, folk rock expérimental dans Highway 61 et Blonde on Blonde, résurgence de “ country ” dans Nashville, recherche du passé dans JWH. Ce ne sera pas le cas de Self Portrait (juin 1970) et New Morning (novembre 1970).

 

Dans les deux disques, le bon et le banal font bon ménage. Les innovations y côtoient les artifices commerciaux les plus éculés. Les vingt-quatre chansons de Self-Portrait où la contribution de Dylan en tant qu’auteur-compositeur est très mince (cinq nouvelles chansons) ne constituent en fait qu’un inventaire hétéroclite des goûts – à l’époque – du chanteur. On y trouve des redites (« Like a Rolling Stone », « She belongs to Me », de la chanson traditionnelle (« Days of “ 49 ” »), du “ folk-rock ” de bonne facture (« The Boxer »), du mauvais Presley (« Blue Moon »), une version guimauve de « Je t’appartiens de Gilbert Bécaud » (« Let it Be Me »), tout cela au son de guitares hawaïennes et d’un chœur féminin et susurrant.

 

Globalement, la critique rejettera cet “ autoportrait ” et respirera avec New Morning qui, n’annonce cela dit, en rien, une aube nouvelle. Dylan retrouve (reprend ?) sa voix nasillarde des débuts en abandonnant son timbre de faux crooner. La chanson la plus populaire du disque sera « If not for You », reprise par George Harrison. 

Pas inintéressant est « Father of Night », une interprétation de la prière juive Amidah. « Day of the Locusts » est un souvenir cynique du très court séjour  de Dylan à l’université Princeton quand il y reçut un doctorat Honoris Causa. À noter également « Sign on the Window », la chanson sans prétention d’un père de famille optimiste quant à son avenir :

 

 

Looks like a-nothing but rain . . .

Sure gonna be wet tonight on main street . . .

Hope that it don't sleet.

 

Build me a cabin in Utah

Marry me a wife, catch rainbow trout

Have a bunch of kids who call me “Pa”

That must be what it’s all about

That must be what it’s all about

 

On dirait un rien, mais la pluie. . .

Sûr que le soir va être humide dans la rue principale. . .

Espérons qu'il n’y aura pas de neige fondue.

 

Me construire une petite maison dans l'Utah,

Me trouver une épouse, attraper des truites arc en ciel,

Avoir une flopée d'enfants qui m'appellent « papa »,

Ça doit être ça la vie,

Ça doit être ça la vie.

 

Au final, l’expression de l’album est plutôt plate, avec un réel manque d’imagination, dans la forme plus que dans le fond.

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 14:24

Moi non plus.

 

Américanôlatrie oblige, j’en ai un peu ras la casquette d’entendre parler des « vétérans ». Nous, en France, nous avons des anciens combattants. C’est la formule officielle, consacrée, et tellement plus précise que l’expression de langue anglaise.

 

Un « veteran », en anglais, est quelqu’un qui a une longue expérience dans un domaine donné. Comme, par exemple, un vieux soldat. Qui peut être toujours en activité. Aux États-Unis, le sens d’ancien combattant, qui peut se traduire par “ ex-service man ”, date de 1906.

 

Le mot « vétéran » est apparu au XVIe siècle en France. Son origine étant vetus, vieux. Il signifiait à l’origine « soldat de métier aux nombreuses années de service ». Dans la Rome antique, les vétérans étaient groupés en centuries spéciales. Donc des soldats en activité, des soldats d’élite.

 

Au XVIIe siècle, un élève qui redoublait était un vétéran et non un redoublant.

 

Au XVIIIe siècle, le mot acquis le sens figuré de « personne pleine d’expérience dans un domaine » : les vétérans de la scène, de l’enseignement.

 

L’acception sportive date de 1885, pour qualifier un sportif de plus de 35 ans et qui a donc quitté la catégorie des seniors.

 

Pour en revenir à l’anglais, on parlera du Department of Veterans Affairs, mais aussi d’un vétéran des campagnes du parti travailliste (a veteran of five labour political campaigns). On opposera le mot à « novice », « bleu », « nouveau ».

 

Comme 999 fois sur 1000, lorsque l’on va chercher ailleurs – dans la langue du dollar en l’occurrence – un mot qui existe dans notre langue, il y a appauvrissement, réduction.

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