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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 07:05

Je propose ici un texte fort inquiétant de l'universitaire Pascal Maillard sur les dérives solférino-sarkozyiennes de l'université française. Pauvre et lâche Benoît Hamon !

 

Néolibéralisme autoritaire et démocratie universitaire


Geneviève Fioraso et Simone Bonnafous conduisent l’université à la baguette et tuent la démocratie universitaire. Des documents administratifs confondants témoignent d’une dérive liberticide qui viole l’autonomie statutaire des universités et bafoue le droit. Benoît Hamon et le Premier ministre devraient en tirer toutes les conséquences politiques.

 

Un vent de révolte commencerait-il à souffler contre les diktats de Simone Bonnafous, la très autoritaire Directrice générale pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle (DGESIP) ? Ancienne présidente de l’université Paris-Est Créteil, élue sur une liste pro-LRU, elle s’était singularisée pendant le mouvement de 2009 pour avoir giflé une étudiante gréviste. Elle « gifle » aujourd’hui toute l’université française, après avoir décidé de tenir la plume des présidents dans la rédaction des nouveaux statuts des universités.

Après des lettres comminatoires envoyées aux présidents des universités Paris 8 et Paris 10 (voir ici et ) et vigoureusement dénoncées par de multiples acteurs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR), je publie ci-dessous l’analyse d’un courrier sidérant que Simone Bonnafous a envoyé le 31 mars dernier au directeur de l’Université technologique de Belfort-Montbéliard(UTBM). Cette lettre abîme l’autorité de l’Etat par un dévoiement de l’autorité elle-même, tout comme la loi LRU a détruit l’autonomie des universités par le dévoiement de son concept. Dans les deux cas, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la démocratie, méthodiquement affaiblie par le libéralisme autoritaire, hier celui de droite, aujourd’hui celui pratiqué par notre gouvernement qui porte le nom usurpé de « socialiste ».

 

Suite de l'article ici.

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 05:34

Quand on découvre un texte qu'on aurait écrit à la syllabe près si on en avait eu le talent, on éprouve une jouissance réelle.

 

Outre qu'il est comme moi d'origine chti, l'écrivain Roger Martin, auteur, entre autres, de romans policiers, est écœuré par l'invasion du globish dans la langue française et dans notre société. Comme moi, il suit de près les travaux du site Rouge Cerise.

 

Il a accepté de rédiger le millième article de ce site, qu'il a consacré à l'affaiblissement de la langue française face au rouleau compresseur du globish, mais aussi face à l'idiolecte du néolibéralisme français.

 

Nous sommes ici dans l'un des aspects fondamentaux de la lutte des classes.

 

Je propose ici de larges extraits de son article dont l'original est ici.

 

Ce qui provoque aujourd’hui mon ire (colèrecourrouxire, la langue française est riche, non ?), c’est justement de voir combien ceux qui sont censés parler notre langue correctement, la maltraitent au plus haut point. Rien de nouveau, diront certains, cependant que d’autres ironiseront : la langue est quelque chose qui évolue, d’ailleurs même Alain Rey qui publie Le Petit Robert , le rappelle à tous les échos, car rajouter 500 anglicismes ou mots merdiques ça permet aussi une nouvelle édition…

 

Soit mais alors qu’on m’explique en quoi certaines « évolutions » sont un progrès !

 

Remplacer « frapper », « toucher », « influencer » par l’abominable « impacter », c’est un progrès ? Ne plus dire « ombragé » ou « planté d’arbres » mais « arboré », « témoigner d’une véritable expérience », mais « témoigner d’une véritable expertise », remplacer « sensible » par « sensitive », « consacré » ou « réservé » par « dédié », où sont les progrès dans ces aberrations ?

 

Tiens, prenons « dédier » par exemple. C’est un verbe qui non seulement est toujours transitif, c'est-à-dire qui peut avoir un complément, mais de plus, il signifie à l’origine « consacrer au culte divin ». Eh bien j’en prends à témoin le pape François, vous savez celui que notre ami Serge Guérin appelle le « François de gauche », voilà que mon ami G.M., professeur honorablement connu, a reçu sous pli fermé une publicité d’un genre équivoque (ou pas du tout) : « Sextoys et lingerie, découvrez notre nouvel espace dédié ».

 

Cela n’apparaît pas à première vue, mais cet emploi est encore un glissement de l’anglais. 

 

Ah, nous y voilà, Martin, qui n’hésitait pas à parler de nos voisins d’Outre-manche à ses élèves comme de « Roastbeefs » attaque son couplet contre la langue de Shakespeare.

 

 

 

 

Méprisons la langue française (13)

Mais c’est tout le contraire, mes amis. L’anglais qu’on nous a refilé en contrebande pendant des années avant que cela ne devienne tout à fait officiel, n’a rien à voir avec l’anglais de Shakespeare, ou, plus près de notre époque d’Orwell ou Silitoe. L’anglais qu’on veut nous imposer, celui qui est censé devenir la langue de l’Europe d’ici 10 ou 20 ans, c’est le Globish, entendez par là le Global English, une espèce de bouillie prémâchée, dont la fausse simplicité contribuera à limiter, freiner, empêcher l’analyse, la réflexion, les nuances et les objections. Car ce qu’une certaine droite a compris, grandement aidée par ses amis du Medef en France et de ses équivalents ailleurs ainsi que par les philanthropes du FMI, c’est que la bataille idéologique passe par la bataille du vocabulaire. Dans un monde où « marchés » a remplacé « places-fortes boursières », ou « plan social » a remplacé « licenciements », où  dire « partenaires sociaux » permet de ne plus prononcer des grossièretés comme « syndicats et patronat » et où, enfin, y compris dans nos rangs, il est courant de remplacer « capitalisme » par « libéralisme », il est vital pour les forces de ce Kapital justement de contrôler et la forme et le fond.

 

Lorsque des dirigeants syndicaux de la CGT (les autres c’est souvent pires) ne disent plus « capables de » mais « en capacité de », « chargés de » mais « en charge de », ils adoptent, involontairement certes, les expressions ronflantes de leurs adversaires, je n’ose par écrire ennemis et pourtant, les ennemis de classes, comme les classes elles-mêmes et la lutte de même nom, ça existe !

 

On dit (les gens sont méchants !) que madame Lagarde, ex-ministre sarkozyste devenue « patronne » du FMI, après un épisode regrettable de la susdite lutte de classes qui a vu un responsable brillantissime (si, si, le Figaro l’a écrit) de la pensée socialo-libérale victime d’une cabale internationale parce qu’on avait omis de lui préciser que FMI signifiait Fonds Monétaire International et pas Fuck Me Immediately, madame Lagarde, donc, obligeait ses collaborateurs au ministère, en France, à parler anglais pendant les réunions de travail ! CQFD !

 

Qu’on se le dise, j’aime l’Anglais. Je suis d’ailleurs de ceux qui pensent que toutes les langues ont leur génie propre et leur beauté, et que leur apprentissage généralisé ne peut que servir la cause de l’amitié, de la fraternité et de la culture.

 

Mais on nage dans la choucroute. Des amis à moi me critiquent quand je regrette qu’on ne traduise plus que rarement les titres des films, voire de certains livres. Outre que je vois là une certaine paresse chez les distributeurs, j’y suppute aussi un soupçon de snobisme chez beaucoup. Comment, tu n’es pas capable de traduire Lost in translation ! Tu ne comprends par que Celebrity de Woody (Allen, of course !) ça a une autre gueule que Célébrité ! Que The Sentinel c’est foutrement plus attirant que La Sentinelle ?

 

Arrêtez, arrêtez, je plaide coupable…

 

Enfin, pas tout à fait.

 

Les films sri-lankais, allemands, russes, japonais, chinois, maoris, on traduit bien leur titre, non ? Autrement vous n’y comprendriez que dalle !

 

À leur regard, je devine qu’ils me considèrent comme définitivement incurable ! Les uns ne vont JAMAIS voir de films autres qu’américains ou français à la rigueur, les autres les regardent en version sous-titrée, en anglais, la plupart du temps !

 

Quel plouc je fais !

 

Bon, Xavier va se maudire de m’avoir demandé de rédiger le millième article de Rouge Cerise, et il envisage déjà de me confier à un « coach » qui se chargera de ma rééducation. Car, impossible de l’ignorer, il y a à présent des « coaches » partout ! Sur les terrains de sports  (avant on les appelait des entraîneurs mais leur fédération a protesté en arguant qu’on risquait de les assimiler à Dodo la Saumure à cause du féminin du mot), dans les entreprises  où ils vous apprennent à « avoir la niaque », le but étant de « niaquer » le collègue de travail sans doute et à « gérer » (autre mot affreux, on gère même des sentiments maintenant, comme un compte-en-banque, moi qui croyais que l’amour et l’amitié, les passions, le militantisme c’était affaire de sincérité !), ils (ou elles) se chargent de vous « relooker », de vous faire prendre conscience de votre corps, ou de votre esprit (ils appellent ça le « mental »), ils sont papa, maman, tonton, prêtre, confesseur, psychologue, assistante sociale, supernanny, tout ça sans aucun diplôme, et ils pullulent autant que les rats dans La Peste de Camus ! J’ajoute que beaucoup appartiennent à des sectes. Eh bien savez-vous qu’une fois de plus les incendiaires de Jeanne d’Arc nous ont piqué le mot avant de nous le refiler « relooké » justement ? Un « coach, c’est tout simplement un « cocher », celui qui sur une diligence ou une barque se charge de vous conduire à bon port. Mais imaginez que vous disiez « je vais voir mon cocher », vous prendriez le risque d’être assimilé à moi, à un pèquenot…

 

Bon, je crois qu’il me faut prendre pitié de vous. J’avais prévu de vous dire que m’entendre expliquer chez mon dentiste le « process » employé pour soigner mes dents, qui n’est jamais qu’un moyen ou un procédé, ou un processus, me fait l’effet du vin doux, avant qu’il ne m’achève avec le « timing » qui était presque parfait ( c’est-à dire le « minutage », l’ « emploi du temps » selon le contexte), en me foutant un « stress »  pas possible.

 

Allez, justement, un dernier pour la route : vous avez remarqué que ce mot, « stress », a remplacé au moins quinze autres. « Énervement », « tension », « inquiétude », « anxiété », « angoisse »…Dommage, non ?

 

Je vous dirai une autre fois, si le standard (en français l’accueil) ne croule pas sous les coups de fil indignés et les messages anonymes de « vraimentdegauche » et de « marco84 », combien la mode des adjectifs substantivés me fait pousser du poil sur les dents. On ne dit plus « ma vie », mais « mon vécu », « mes sentiments », mais «  mon ressenti »

 

J’oubliais : la palme, outre le « tri sélectif » dont se gaussait notre ami Serge, c’est cette expression « en temps réel » qui envahit tout, journaux, radios, télés, internet…

 

Comment faisait-on avant lorsque n’existait que le temps irréel ? Il y avait, entre autres, un adverbe, qui permettait d’éviter la cuistrerie et la connerie généralisée : SIMULTANÉMENT !

 

 

(Nom de Dieu, j’oubliais ! Crions-le bien fort, contrairement à ce que prétendent les journalistes, les gens comme nous ne sont pas des « activistes ». Ce sont des « militants ». Et fiers de l’être !)

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 05:41

 

 

Dylan enregistre Highway 61 Revisited (qui comporte l’immense succès “ Like a Rolling Stone ”) et Blonde on Blonde, deux chef-d’œuvres. La Highway 61 est l’autoroute qui va de la Nouvelle Orléans à la frontière canadienne, en passant par Duluth, la ville natale du chanteur. Elle symbolise le mouvement, le rêve, la liberté.

 

“ Ballad of a Thin Man ” est l’une des chansons les plus fortes, les plus connotantes que Dylan ait écrite :

 

Well, you walk into the room like a camel, and then you frown

You put your eyes in your pocket and your nose on the ground

There ought to be a law against you comin' around

You should be made to wear earphones

'Cause something is happening and you don't know what it is

Do you, Mr. Jones?

 

Tu pénètres dans la pièce comme un chameau et tu fronces les sourcils

Tu mets tes yeux dans ta poche et ton nez sur le sol

Il devrait y avoir une loi pour t’empêcher de traîner par ici

On devrait t’obliger à porter des écouteurs

Parce qu’il se passe quelque chose et tu ne sais pas ce que sais

N’est-ce pas, Mr. Jones ?

 

On peut lire cette chanson comme la mise à mort de l’intellectuel libéral, lâche et crédule. La question « Do you, Mr. Jones ? » est froide et sournoise. Jamais Dylan n’a autant méprisé certains de ses prochains. Dylan, lui-même a donné une analyse beaucoup plus prosaïque de cette chanson :

 

« C'est un ramasseur de balles. Il porte aussi des bretelles. C'est une vraie personne. Vous le connaissez, mais pas sous ce nom... Je l'ai vu entrer dans la chambre, un soir, et il ressemblait à un chameau. Il a commencé à ranger ses yeux dans sa poche. Je lui ai demandé qui il était et il a dit "C'est Mr. Jones". Alors j'ai demandé à ce chat "Il ne fait rien d'autre que ranger ses yeux dans sa poche ?" Et il m'a dit : "Il met son nez par terre". Tout est là, c'est une histoire vraie ».

 

« C'est un ramasseur de balles. Il porte aussi des bretelles. C'est une vraie personne. Vous le connaissez, mais pas sous ce nom... Je l'ai vu entrer dans la chambre, un soir, et il ressemblait à un chameau. Il a commencé à ranger ses yeux dans sa poche. Je lui ai demandé qui il était et il a dit "C'est Mr. Jones". Alors j'ai demandé à ce chat "Il ne fait rien d'autre que ranger ses yeux dans sa poche ?" Et il m'a dit : "Il met son nez par terre". Tout est là, c'est une histoire vraie ».

 

Le Jones en question est peut-être le Rolling Stone Brian Jones au moment de sa déchéance, qui ne comprenait plus ce qui lui arrivait. Dylan met peut-être aussi en scène certains fantasmes homosexuels. Les symboles phalliques sont nombreux : « il te tend un os », « un crayon à la main », « un nain borgne », « avaleur de sabres », « il te rend ta gorge », « Ah, l'avaleur de sabres, il s'avance vers toi / puis il s'agenouille », « Voilà, je te rends ta gorge, merci de me l'avoir prêtée », « Donne-moi du lait ou rentre chez toi ».

 

Les États-Unis sont en guerre : Vietnam, émeutes raciales. Dylan ne fait rien pour apaiser les tensions : il agresse, désempare et égare ses admirateurs en leur offrant des visions délirantes. Dans “ Tombstone Blues ” :

 

The ghost of Bell Star

She hands down her wits

To Jezebel the nun

She violently knits

A bald wig for Jack the Ripper

Who sits

At the head of the chamber of commerce.

 

Le fantôme de Belle Star

Transmet ses pouvoirs

À Jezebel la nonne

Elle tricote violemment

Une perruque pour Jacques l’Éventreur

Qui préside

La Chambre de Commerce

 

“ Desolation Row ” est une histoire à dormir debout, une Apocalypse de tous les jours :

 

Now the moon is almost hidden

The stars are beginning to hide

The fortunetelling lady

Has even taken all her things inside

All except for Cain and Abel

And the hunchback of Notre Dame

Everybody is making love

Or else expecting rain

And the Good Samaritan, he's dressing

He's getting ready for the show

He's going to the carnival tonight

On Desolation Row

 

[…]

 

Einstein, disguised as Robin Hood

With his memories in a trunk

Passed this way an hour ago

With his friend, a jealous monk

He looked so immaculately frightful

As he bummed a cigarette

Then he went off sniffing drainpipes

And reciting the alphabet

Now you would not think to look at him

But he was famous long ago

For playing the electric violin

On Desolation Row

 

Maintenant la lune est presque cachée,

Les étoiles commencent à se cacher

La diseuse de bonne aventure

A même remballé toutes ses affaires

Tous à l'exception de Cain et Abel

Et du bossu de Notre-Dame,

Tout le monde fait l'amour

Ou encore attend la pluie

Et le Bon Samaritain, il s'habille

Il se prépare pour le spectacle

Il va au carnaval ce soir

Dans l'Allée de la Désolation

 

[…]

 

Einstein déguisé en Robin des Bois

Avec ses souvenirs dans une malle

Est passé par ici il y a une heure,

Avec son ami, un moine jaloux

Il avait un air si immaculément effroyable,

Comme il mendiait une cigarette

Puis il alla renifler les gouttières

Et réciter l'alphabet

Aujourd’hui il ne vous viendrait pas à l’idée de le regarder,

Mais il fut célèbre autrefois,

Comme joueur de violon électrique

Dans l'Allée de la Désolation

 

 

 

 

“ Rainy Day Women # 12& 35 ” est la première chanson de Blonde on Blonde. Il s’agit d’un pamphlet politique vu sous l’angle de la drogue. Dylan relate la vie d’une femme noire persécutée par les Blancs. Il joue sur l’expression “ To get stoned ” qui signifie à la fois être lapidé et être drogue, bien qu’il se soit jamais défendu d’avoir jamais écrit une chanson sur la drogue :

 

Well, they'll stone you when you're walkin' along the streets

They'll stone you when you're tryna keep your seat

They'll stone you when you're walkin' on the floor

They'll stone you when you're walkin' to the door

 

 

[…]

 

They'll stone you and then say they all are brave


They'll stone you when you're set down in your grave

Everybody must get stoned

 

 

Ils te lapideront quand tu marcheras dans la rue

Ils te lapideront quand tu essaieras de garder ton siège

Ils te lapideront quand tu marcheras sur le sol

Ils te lapideront quand tu iras jusqu’à la porte

Ils te lapideront puis diront que tu es brave

Ils te lapideront quand tu seras dans ta tombe

Tout le monde doit être lapidé

 

Une bonne partie de la jeunesse occidentale entendit le message douloureux du poète, ses certitudes, ses convictions, ses interrogations. Cet apôtre de la guerre du langage ne pouvait qu’effaroucher l’Amérique raisonnable et conformiste. Prophète romantique pour les uns, juif drogué et gauchiste pour les autres, Dylan se vit submergé par le torrent de passions qu’il avait fortement contribué à déclencher. Alors, il s’effaça de la scène et se retira dans sa ferme de … Woddstock. Il accomplit un retour vers les choses simples pour rentrer de nouveau dans sa peau. Il dépassionna la foule de ses admirateurs, cessa d’être l’icône qu’il avait été quatre ans durant. Lorsqu’en 1968 il eut achevé cette reconversion existentielle, il revint sous les traits d’un nouveau Robert Zimmerman.

 

L’idole mythique avait vécu. L’homme ressuscitait.

 

 

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 05:58

Numéro de mai 2014 très tonique.

 

L’Europe, écrit Serge Halimi, est devenue une « machine à punir » :

 

Qu’est devenu le rêve européen ? Une machine à punir. A mesure que le fonctionnement de celle-ci se perfectionne, le sentiment s’installe que des élites interchangeables profitent de chaque crise pour durcir leurs politiques d’austérité et imposer leur chimère fédérale (1). Ce double objectif suscite l’adhésion des conseils d’administration et des salles de rédaction. Mais, même en ajoutant à ce maigre lot les rentiers allemands, quelques prête-noms luxembourgeois et bon nombre de dirigeants socialistes français, on n’élargit pas démesurément l’assise populaire de l’actuel « projet européen ».

L’Union ne cesse de rabrouer les Etats qui n’ont pas pour souci prioritaire de réduire leur déficit budgétaire, y compris quand le chômage s’envole. Comme ils obtempèrent en général sans se faire prier, elle leur impose aussitôt un programme de rectification comportant des objectifs chiffrés à la décimale près, assorti d’un calendrier d’exécution. En revanche, quand un nombre croissant de patients européens doivent renoncer à se faire soigner faute de ressources, quand la mortalité infantile progresse et que le paludisme réapparaît, comme en Grèce, les gouvernements nationaux n’ont jamais à redouter les foudres de la Commission de Bruxelles. Inflexibles lorsqu’il s’agit de déficits et d’endettement, les « critères de convergence » n’existent pas en matière d’emploi, d’éducation et de santé. Pourtant, les choses sont liées : amputer les dépenses publiques signifie presque toujours réduire dans les hôpitaux le nombre de médecins et rationner l’accès aux soins. »

 

 

 

Vivek Chibber explique pourquoi l’universalisme est « une arme pour la gauche » :

 

Après un hiver que l’on croyait sans fin, on assiste au retour d’une résistance mondiale contre le capitalisme, ou du moins contre sa variante néolibérale. Cela faisait plus de quarante ans qu’un mouvement de ce type n’avait pas surgi à l’échelle de la planète. Au cours des dernières décennies, le monde a certes connu des secousses sporadiques, de brefs épisodes de contestation qui ont perturbé ici ou là l’inexorable propagation de la loi du marché ; rien de comparable, toutefois, avec ce dont nous avons été les témoins en Europe, au Proche-Orient et sur le continent américain à partir de 2010.

Cette réémergence a également mis au jour les ravages produits par le reflux des trente dernières années : les ressources dont disposent les travailleurs n’ont jamais été si faibles ; les organisations de gauche — syndicats, partis — ont été vidées de leur substance, quand elles ne se sont pas rendues complices du règne de l’austérité. La faiblesse de la gauche n’est pas uniquement d’ordre politique ou organisationnel : elle s’affirme tout autant sur le plan théorique.

 

 

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen reviennent sur le phénomène de l’abstention :

 

En France, les dernières élections municipales, les 23 et 30 mars 2014, ont suscité un déluge de commentaires sur la montée de l’extrême droite. Certains sont allés jusqu’à y voir un quasi-plébiscite local en faveur du Front national (FN). Ce flot de déclarations, d’articles et de reportages télévisés contraste avec ce qui constitue la donnée majeure du scrutin, et plus généralement de tous les scrutins depuis trente ans : le taux record d’abstention, dont l’étude précise conduit à nuancer les analyses produites à chaud.

Si la progression du FN par rapport aux municipales de 2008 est incontestable, elle n’en demeure pas moins contenue. Dans les quatre cent quinze villes de plus de dix mille habitants où il présentait des listes, le parti d’extrême droite a obtenu un pourcentage des suffrages exprimés inférieur à celui de Mme Marine Le Pen à la présidentielle de 2012. Rapportée au total des inscrits, la « poussée frontiste » dans ces villes s’avère encore plus relative : alors que Mme Le Pen avait conquis 12 % des inscrits au premier tour de 2012, le FN n’en a réuni que 8 % au premier tour des dernières municipales.

 

 

Pour Philippe Descamps, « Le Rouge et le Vert » s’écrit à Grenoble :

Le Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes a largement remporté les élections municipales à Grenoble, fin mars. Localement, la possibilité d’une réappropriation des services publics, d’un progrès social et d’une transition énergétique peut donc mobiliser les électeurs tout en faisant reculer l’extrême droite. Cette chronique du XXIe siècle s’inscrit toutefois dans l’histoire particulière de la cité alpine.

 

Un dossier très complet sur L’Inde, un géant aux urnes :

 

Dès que l’on parle des élections en Inde, les superlatifs sont de mise. C’est le plus grand scrutin du monde : huit cent quatorze millions d’électeurs désignent leurs députés, qui siégeront pendant cinq ans à la Chambre du peuple (Lok Sabha). Le vote s’étale sur cinq semaines, jusqu’au 12 mai. En 2009, 59,7 % des inscrits s’étaient déplacés, donnant la victoire au Parti du Congrès de Mme Sonia Gandhi et la deuxième place au Bharatiya Janata Party (BJP) (voir « Elections législatives 2009 en Inde par Etat et territoire »). Cette fois, le rapport de forces semble s’inverser. Le BJP, représenté par M. Narendra Modi, a le vent en poupe, malgré son rôle dans les pogroms antimusulmans de 2002 et ses résultats sociaux déplorables à la tête du Gujarat (voir « Affairisme et racisme au pays de Gandhi) — ce que tait la presse, gagnée par l’affairisme (voir « Une presse populaire qui ignore le peuple ».). L’équipe en place paie le ralentissement économique et la multiplication des scandales. Une troisième force, l’Aam Aadmi Party, née du rejet de la corruption, réussira-t-elle à changer la donne (voir « Espoirs de l’« homme ordinaire ») ?

 

 

Daniel Mermet encourage les dirigeants de Radio France à « Rapprocher le micro de la fenêtre » :

Deux choses tétanisent les dirigeants de Radio France : les enquêtes d’audience, reflet d’une logique commerciale, et la nomination de leur président, effectuée sous influence politique. Informer, instruire, divertir : les termes du triptyque fondateur de la radiodiffusion publique ont connu des fortunes diverses. A la Libération, le troisième ne supplantait pas les deux premiers.

 

Moscou va-t-elle se tourner vers l’Asie (Jean Radvanyi) ?:

« Moscou entre jeux d’influence et démonstration de force » :

Le retour de la Russie sur la scène diplomatique ne va pas sans grands écarts. Pressée par le basculement de l’Ukraine vers l’orbite occidentale, elle improvise une brusque reconquête de la Crimée. L’affirmation balourde d’intérêts légitimes révèle les limites de son pouvoir d’attraction, pourtant soigneusement entretenu depuis la chute de l’URSS au travers de coopérations à géométrie variable.

 

 

Jean-Marie Chauvier voit dans l’Eurasie, le «  choc des civilisations  » version russe :

Pour conforter son exercice vertical du pouvoir, le président russe Vladimir Poutine tente une synthèse des courants nationalistes et conservateurs. Parmi ceux-ci renaît le concept d’eurasisme, porté en particulier par Alexandre Douguine. L’entreprise intellectuelle vise à se démarquer d’une modernité occidentale jugée décadente, tout en forgeant un bloc de civilisations capable d’y résister par la défense des traditions.

 

 

Raphaël Lioger analyse le « Le mythe de l’invasion arabo-musulmane » :

La maison du maître d’école « vendue par la mairie et transformée en mosquée »… Ces propos – pour le moins approximatifs – tenus le 11 avril sur Europe 1 par le philosophe Alain Finkielkraut révèlent des fantasmes désormais très répandus. Notamment grâce à “ Eurabia ”, paru en 2005.

 

Selon Nir Boms et Asaf Hazani, Israël est déconcerté par la guerre en Syrie :

Voilà plus de trois ans que la Syrie est plongée dans un bain de sang. Un tiers de sa population a pris le chemin de l’exil ; la moitié de ses infrastructures ont été anéanties. Ce chaos renforce les craintes sécuritaires d’Israël, partagé entre son hostilité envers le régime de Damas et sa crainte de voir des groupes djihadistes prendre le pouvoir à ses frontières.

 

 

De quoi a peur l’Arabie saoudite, demande Alain Gresh ? :

 

Dans l’œil du cyclone. Ainsi se perçoit l’Arabie saoudite, cernée par les menaces à ses frontières, que ce soit au Yémen ou en Irak.La montée en puissance de l’Iran lui apparaît comme un danger mortel. Que faire, alors que se dessinent en outre les contours d’un accord sur le nucléaire entre Washington et Téhéran qui mettrait un terme à l’ostracisme frappant la République islamique ?

 

 

Au Rouanda, nous dit Thomas Riot, la tradition est instrumentalisée :

Loin des commémorations du génocide de 1994, le gouvernement rwandais poursuit sa rénovation d’un ancien dispositif de formation des guerriers de l’époque précoloniale. Des plus bas échelons de l’administration locale aux plus hautes sphères du pouvoir, un culte de la guerre gagne le pays. Kigali organise même la généralisation de cette tradition à sa diaspora.

 

 

Pour Grace Livingstone, En Amérique latine, la droite est contrainte de s’inventer un discours social :

 

Les Colombiens éliront leur nouveau président à la fin du mois de mai. Un candidat proche de l’ancien dirigeant Alvaro Uribe s’opposera à l’actuel chef de l’Etat, M. Juan Manuel Santos. La rupture entre les deux hommes, autrefois réputés proches, en reflète peut-être une autre, plus large, au sein d’une droite latino-américaine qui tâtonne pour tenter de bousculer la domination régionale de la gauche.

 

 

Jean-François Nadeau explique pourquoi le Parti québécois est sanctionné pour ses errements politiques :

Revenu au pouvoir en 2012, le Parti québécois (PQ), indépendantiste, n’a pas tardé à décevoir ses électeurs. Favorable, comme son rival fédéraliste, au libre-échange, à l’austérité budgétaire et à l’exploitation pétrolière tous azimuts, il a tenté de se distinguer par un nationalisme culturel agressif, centré sur la défense des « valeurs québécoises ». Sa défaite aux élections du 7 avril marque-t-elle la fin du projet souverainiste dans la Belle Province ?

 

 

Selon Philippe Pataud Célérier , les peuples autochtones au Canada ne sont plus résignés :

« Idle no more ! » (« Fini l’inaction ! ») : depuis décembre 2012, ce mot d’ordre rallie la communauté autochtone du Canada qui, de la Colombie-Britannique au Nouveau-Brunswick, réclame justice sociale, égalité des sexes et respect des droits territoriaux.

 

 

Étienne Klein revient sur la « pensée explosive » du philosophe Jean Cavaillès :

C’est précisément en tant que philosophe et logicien qu’il s’engagea dans la Résistance : parce que c’était la seule démarche logique, et donc nécessaire, pour celui qui prenait au sérieux la recherche de la vérité.

 

 

 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 06:03

On connaît cette manie politiquement correcte qui pollue tout particulièrement les textes militants de gauche, et qui donne " Cher-e-s militant-e-s, cher-e-s ami-e-s". Il s'agit d'un intégrisme langagier idiot qui consiste à confondre le genre grammatical et le sexe des humains. Et je ne reviendrai pas ici sur "la rapporteure de la commission" alors que, dans les cours d'école, des filles cafteuses ne sont rien d'autre que des rapporteuses. J'ai traité de cette aberration ici. Pendant ce temps, aux Etats-Unis (pays du politiquement correct par excellence), on ne dit plus : "A good judge takes his job seriously". On ne dit même plus "A good judge takes his/her job seriously". On dit : "A good judge takes their job seriously". Deux fautes en trois mots. La grammaire d'une langue, c'est sa beauté, c'est la beauté. Au nom de l'égalité des sexes (un objectif parfaitement légitime), le pays le plus inégalitaire au monde (en trente ans,  les 1 % de foyers les plus aisés ont récupéré la moitié de l’accroissement des revenus aux Etats-Unis contre le quart au Royaume-Uni et un peu plus du dixième en France, en Espagne et en Italie) nous impose sa laideur.

 

Mon ami Maxime Vivas, journaliste, essyiste et romancier, amoureux de la langue française, a récemment poussé cette imbécillité jusqu'au bout de sa logique en réécrivant, pardon Aragon, "La rose et le réséda" :

 

 

La rose et le réséda


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Tous (toutes) deux adoraient la belle prisonnière (le beau prisonnier) des soldat(e)s


Lequel (laquelle) montait à l’échelle et lequel (laquelle) guettait en bas


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leur pas


Que l’un(e) fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Tous (toutes) les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras


Et tous (toutes) les deux disaient qu’elle (qu’il) vive et qui vivra verra


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Quand les blés sont sous la grêle fou (folle) qui fait le délicat (la délicate)


Fou (folle) qui songe à ses querelles au coeur du commun combat


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Du haut de la citadelle la sentinelle (le sentinel) tira


Par deux fois et l’un(e) chancèle l’autre tombe qui mourra


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Ils (elles) sont en prison Lequel (Laquelle) a le plus triste grabat


Lequel (laquelle) plus que l’autre gèle lequel (laquelle) préfère les rats (rates)


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Un(e) rebelle est un(e) rebelle deux sanglots font un seul glas


Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Répétant le nom de celle (celui) qu’aucun des deux ne trompa


Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il (qu’elle) aima


Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


L’un(e) court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura


Et framboise ou mirabelle le grillon (la grillonne) rechantera


Dites flûte ou violoncelle (viole) le double amour qui brûla


L’alouette (l’allouetteau) et l’hirondelle (l’hirondelleau), la rose et le réséda.

 
La rose et le réséda, version bêtement féministe
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 05:22

Le mensuel titre, sans qu’on en soit vraiment surpris, « Le PS, deuxième droite ».

 

L’éditorial lance un « appel aux cocus de ce parti », reprend une vieille formule de Benoît Hamon, la « gauche placebo » et conclut qu’il est impossible de s’allier avec cette deuxième droite. Et il rappelle une analyse de François Hollande (fier de lui et des siens) de 2006 : « C’est François Mitterrand – avec Pierre Bérégovoy – qui a déréglementé l’économie française et l’a largement ouverte à toutes les formes de concurrence. C’est Jacques Delors qui a été l’un des bâtisseurs de l’Europe monétaire avec les évolutions politiques qu’elle impliquait sur le plan des politiques macroéconomiques. […] Cessons donc de revêtir des oripeaux idéologiques qui ne trompent personne. »

 

Yvon Quignou établit un état des lieux du communisme soviétique, « une imposture sémantique ». Il souligne « l’inversion complète du processus censé viser le communisme », la dictature « d’un parti sur le prolétariat », « la marche forcée vers l’industrialisation », les purges, la négations de la génétique. Cela dit, l’Histoire n’a pas tranché : « rien n’za démontré qu’une alternative au capitalisme fou, destructeur des hommes et de la nature, n’est pas possible. »

 

Fabien Piasecki prône une « science citoyenne » : « À l’heure où certains crient à l’inutilité présumée de rassemblements militants hors des frontières nationales, le Forum National Sciences et Démocratie nous montre que des avancées non négligeables sont possibles dans le champ « Sciences et sociétés ». Dans un autre article (en collaboration), Piasecki estime que « les décisions en matière de politique scientifique et technique sont encore majoritairement prises sans apport formel ou informel de la société civile et en dominant un rôle prédominant aux experts scientifiques. »

 

Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement doute de l’avenir de la voiture électrique. La science n’a pas réponse à tout. Il faut repenser le rapport à l’espace, la gratuité des transports en commun et la fin du tout-voiture. La voiture propre est un mythe.

 

L’oncologue Nicole Delépine critique le « plan cancer » de François Hollande : il ne s’attaque pas aux causes environnementales du cancer et est un frein à la liberté des malades et des médecins : « nous devenons tous égaux, robots médecins et patients objets, soumis à des injonctions dans lesquelles le libre arbitre n’a plus de place. »

 

En Inde, l’homme politique qui monte, Narenda Modi, est appelé le boucher du Gujarat. Il a mené un carnage contre les musulmans en 2002. 1 000 à 2 000 morts sans intervention de la police. Il est aussi l’un des meilleurs avocats d’un capitalisme sans limites. En Inde, rappelle Sushovan Dar, la productivité a augmenté de 7% en trois ans tandis que le revenu réel des travailleurs a baissé de 1%.

 

Les Zindignés interroge Henri Augier, défenseur des Calanques. Un site magnifique et tellement pollué, traité par dessus la jambe par des propriétaires qui ne respectent pas la charte du parc.

 

Roxanne Mitralias, qui milite à Syriza-environnement, évoque la Crète orientale sous tension. Non seulement la Troïka s’attaque aux gens mais elle s’attaque aussi à la nature, au soleil, au vent, à l’eau, aux terres, nouvelles occasions d’investissement : « la Troïka vise à déposséder les peuples de leurs biens communs. »

 

Vincent Bruyère (ATTAC) nous encourage à revisiter des notions comme la bioéconomie, l’économie distributive, la gratuité des biens communs et services publics. Pour lui, « alors que la prise en considération des générations à venir devraient structurer la définition de la valeur économique et l’organisation des échanges c’est tout le contraire qui est à l’œuvre. »

 

Les Indiens zapatistes du Chiapas ont célébré les vingt ans de leur insurrection (Jérôme Baschet). Au lieu de nous convier à des festivités spectaculaires, ils ont choisi de répondre aux questions suivantes : « qu’avez-vous fait durant ces vingt ans ? En quoi le zapatisme peut-il nourrir nos désirs d’émancipation ? »

 

 

Danièle Favari explique qu’alors que le gouvernement étasunien propose à l’Europe de remplacer le gaz russe par ses propres gaz de schiste, la France réforme son code minier pour accroître sa “ compétitivité ”. Les grandes manœuvres ont commencé !

 

Frédéric Thomas explique, à propos de l’extractivisme, le paradoxe sud-américain qui consiste à reconduire, à accentuer le même modèle de développement qu’auparavant, malgré le virage à gauche.

 

Christine Poilly dénonce les gaz de couche, porte d’entrée à l’exploitation des gaz de schiste.

 

Pour Yann Fiévet, nous sommes en train de devenir un « troupeau aveugle : « La pollution de notre air a atteint un pic record le mois dernier. Un épisode de plus dans la longue litanie des « dégâts environnementaux ». Nous savons déjà qu’il sera dépassé un jour prochain. Nous savons cela et le prenons désormais comme une fatalité. L’ampleur du désastre atmosphérique asphyxie jusqu’à notre espoir d’en sortir. Nous pestons contre l’impuissance des politiciens normalement en charge des problèmes de la Cité mais accordons à cette impuissance notoire des circonstances atténuantes quand il ne s’agit pas tout bonnement de l’excuser pour l’essentiel. C’est que la Cité, dans sa dimension écologique, est trop vaste pour être facilement gouvernée. Les pollutions diverses - ou le réchauffement climatique – se jouent des frontières bornant encore trop souvent l’action publique. Nous sommes comme un troupeau aveugle. Nous nous en remettons aux « décideurs » tout en sachant que ces bergers sont probablement incapables de nous détourner du chemin menant au gouffre. Pis, certains bergers savent qu’il sont les nouveaux Panurge et s’entêtent néanmoins à suivre le mauvais chemin. »

 

Pour Jean-Pierre Garnier (auteur de La deuxième droite), « Nicolas Sarkozy en rêvait, François Hollande l’a fait » : Sur tous les fronts, le « capitaine de pédalo » dont Jean-Luc Mélenchon se gaussait alors que s’annonçait la « saison des tempêtes » va de l’avant, secondé par l’équipage solférinien, multipliant des initiatives et des mesures qui, au temps où la gauche était en encore de gauche, auraient été jugées des plus « réactionnaires. Sur le front économique, avec ses retombées « sociales », ce n’est pas un « recul », comme le déplorent des « observateurs » dont les intentions sont aussi bonnes que la vue est courte, mais une offensive néo-libérale tous azimuts qui vient renforcer, depuis les hautes sphères étatiques, celle que mène la bourgeoisie transnationale depuis les années 1970. »

 

 Jean-Pierre Garnier persiste avec “ L’irrésistible ascension de la petite bourgeoisie intellectuelle ”:  « Dans une conjoncture « normale », l’accomplissement de ces tâches de médiation se réalise sans heurts, sur le plan politique, sous le signe et dans le cadre de l’« alternance » entre partis de droite représentant plus ou moins directement et ouvertement la classe dominante, et partis de gauche représentant les classes dominées, mais de telle manière que la domination de la première ne soit jamais fondamentalement contestée. Il convient toutefois de préciser que les partis de gauche, quelle que soit leur appellation (sociale-démocrate, socialiste, travailliste…) sont presque exclusivement composés de membres de la PBI et que ce sont avant tout les intérêts de cette classe qu’ils sont chargés de faire valoir, mais non de faire prévaloir sous peine de menacer ceux de la bourgeoisie. Quant à ceux des prolétaires ouvriers ou employés, ils sont satisfaits a minima au gré des rapports de forces dans les champs extra-politiques. Tributaire de leur appartenance de classe, mais aussi de leur électorat, en effet, la disposition des politiciens de gauche non pas à « représenter » les couches populaires, ce qui est leur fonction offielle, mais à prendre réellement en compte leurs besoins et leurs aspirations varie en fonction de la pression effective que celles-ci peuvent exercer sur eux en dehors des joutes électorales. »

 

 

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 05:27

Avec Another Side of Bob Dylan s’achève ce que les exégètes ont appelé sa « première période ». En deux ans, le chanteur-chroniqueur a tout remis en question : mode de vie et de pensée, style et expression, finalité de l’art populaire. Le rock des années cinquante avait – éventuellement – exprimé le refus nihiliste de révoltés exubérants. Réécoutons, par exemple, “ Jailhouse Rock ” par Elvis Presley en 1957.

 

Mais le rock rébellion a vite fait long feu. Frank Sintra l’a qualifié d’«aphrodisiaque dégoûtant ». Les racistes du Sud sont horrifiés à l’idée que la jeunesse saine et puisse être « contaminée par la musique des nègres qui les ramène à l’état d’animal ». Le sénateur McCarthy voit la main des communistes. Communistes, sûrement pas. Du n’importe quoi, parfois. Souvenons-nous de Jerry Lee Lewis qui met le feu à son piano avant de s’enfuir avec son épouse âgée de treize ans alors qu’il n’a pas encore divorcé de sa deuxième femme. Little Richard abandonne sa carrière de rocker et enregistre des gospels avec Quincy Jones. Elvis Presley part faire son service militaire en Allemagne avant d’enregistrer une version en anglais d’“ O Sole Mio ”. Chuck Berry se retrouve en prison pour vingt mois pour proxénétisme. Eddie Cochran, Buddy Holly et Richie Valens décèdent dans des accidents de transport. Gene Vincent se casse la hanche. Les États-Unis bien pensants imposent Paul Anka et Pat Boone.

 

Dylan, témoin de son temps, a réfléchi. Et ce qu’il avait à dire n’en eut que plus de portée. Très curieusement, son « message » fut entendu hors des EÉtats-Unis par des millions de jeunes qui connaissaient trois bribes d’anglais. Personne ne comprenait mais tout le monde savait peu ou prou de quoi il parlait.

 

Au festival de Newport de juillet 1965, Dylan connaît la plus grande humiliation de sa carrière, celle d’être sifflé par ses admirateurs les plus inconditionnels. L’artiste a compris que l’avenir est dans l’électricité. En écoutant les Beatles, les Rolling Stones ou les Beach Boys, il sait bien que l’universalité du langage pop passe par l’électricité. Il a engagé le guitariste Mike Bloomfield pour enregistrer son nouvel album, mi-acoustique, mi-électrique, « Bringing it All Back Home. Cet album sera classé numéro un au Royaume-Uni mais sixième seulement aux États-Unis. Dylan va rompre à la fois avec le son acoustique et avec les méthodes et la phraséologie des libéraux de la folk song. Bref, le 24 juillet 1965, à Newport, Dylan monte sur scène avec le Paul Butterfiled Blues Band et entonne “ Like a Rolling Stone ” sous les huées.

 

En rompant de la sorte, Dylan suit à sa manière l’exemple des étudiants de la nouvelle gauche étasunienne. Lorsque, dès 1964, les étudiants de gauche avaient commencé à mettre sur pied des « universités libres », les premiers cours affichaient une orientation essentiellement politique et sociale. Puis ces étudiants avaient diversifié leurs champs d’étude : Marshall McLuhan, psychédélisme, mysticisme oriental, environnement. Dans la même optique, Dylan est arrivé à la conclusion que s’il persistait dans le genre ballade sociale, il risquait la sclérose. Pour échapper à ce dilemme, il choisit de dépasser un certain rationalisme politique en versant dans le surréalisme psychédélisant (c’est de cette époque que datent ses premières expériences hallucinogènes). Comme l’a expliqué Thedore Roszak dans Vers une contre-culure (1972), le parcours intérieur de Dylan n’était en rien révolutionnaire : « le projet qui était celui des beatnicks du début des années cinquante (se remodeler eux-mêmes, remodeler leur mode de vie, leurs perceptions, leur sensibilité) l’emporte rapidement sur le désir de transformer les institutions ou les politiques. » Dylan avait fait le pas qui l’éloignait d’un certain gauchisme pour le rapprocher de la psychothérapie narcissique de Timothy Leary : « Turn on, tune in, drop out » (Branche-toi, mets-toi au diapason, décroche). Le tout, sans souiller son art, bien au contraire.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 05:51

Il avait une bonne tête, Émile Loubet.

 

Sous les ors de l’Élysée (6)

Et puis, il mit volontairement un terme à sa carrière politique après sa présidence.

 

Fils de cultivateurs de la Drome, il épouse Marie-Louise Picard, fille de quincailler, dont il aura quatre enfants. À l’Élysée, Marie-Louise ne fait pas preuve d’une subtilité débordante en matière de mondanités. Elle demande au roi d’Angleterre « ce qu’il va faire de son grand garçon ». Un garçon de quarante ans. Elle s’habille très mal.

 

Pour succéder à l’impétueux Félix Faure, il y avait en fait deux candidats : Jules Méline, l’antidreyfusard pour qui « il n’y [avait] pas d’affaire Dreyfus, et le neutre Loubet, que le dreyfusard Clémenceau va soutenir. Méline retire sa candidature et Loubet est facilement élu. Déroulède tente alors un coup d’État pour renverser la République. Loubet est frappé à coups de canne par le baron Christiani, qui est écroué et condamné à dix ans de prison. Jugé en haute cour, Déroulède est banni en Espagne.

 

C’est sous la présidence de Loubet que fut votée la séparation des Églises et de l’État.

 

Loubet mourra de sa belle mort à près de 91 ans.

 

Armand Fallières lui succède. Il était né dans le charmant village de Mézin, près de Nérac, dans le Lot-et-Garonne. Son père était greffier de justice. Fallières devint avocat après avoir suivi des études de droit. Il est élu député « républicain de gauche » en 1876. Il sera ensuite sénateur et ministre. Il est élu président de la République en 1906.

 

Hostile à la peine de mort, il gracie systématiquement les condamnés à mort. Il encourage Briand à déposer un texte de loi abolissant cette peine, mais l’opposition, menée par Barrès fait échouer cette tentative. C’est sous la présidence de Fallières que Clémenceau, le « briseur de grève » va réprimer brutalement certains mouvements sociaux comme la grève des vignerons du Languedoc en 1907, une grève due à la surproduction (dans les bistrots, on vendait le vin à l’heure : on payait et on buvait tout ce que l’on voulait ou pouvait boire). 150 000 manifestants à Béziers (qui ne votait pas Front national). 200 000 manifestants à Perpignan. 250 000 à Carcassonne. 800 000 à Montpellier (dans une France deux fois moins peuplée qu’aujourd’hui). Le maire de Narbonne appelle à la désobéissance civique. Clémenceau envoie 25 000 fantassins et 8 000 cavaliers. La troupe tire sur la foule. Deux morts, dont un enfant. Cinq autres morts le lendemain. Des soldats du 17ème régiment d’infanterie se mutinent. 

Sous les ors de l’Élysée (6)

Le gouvernement joue l’apaisement.

 

La surproduction sera ensuite absorbée par les poilus de la Première Guerre mondiale alors que, règlementairement, l’eau était « la boisson habituelle du soldat ».

 

Et Madame Fallières, dans tout cela ? Jeanne Bresson était de Nérac. Pas vraiment jolie, économe, avare, elle revendait les fruits qu’on lui envoyait du jardin du Luxembourg.

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 05:44

Bernard Cassen dans Mémoire des Luttes, nous dit qu’il faut faire preuve de beaucoup de naïveté pour croire que l’acharnement de la « troïka » contre la Grèce obéit uniquement à des considérations de stricte gestion des fonds européens. Quand les représentants des trois institutions qui composent cet attelage – la Banque centrale européenne (BCE), la Commission européenne et le FMI – multiplient, comme cela a été le cas ces dernières semaines, les exigences préalables pour verser au gouvernement d’Athènes la tranche de prêt de 8, 5 milliards d’euros qui lui a été promise, ils poursuivent implacablement une expérience de laboratoire entamée il y a six ans.

 Cette expérience a une ambition de portée historique : le dynamitage de l’Etat social, fruit de décennies de luttes, d’abord dans le pays le plus vulnérable de l’Union européenne puis, de proche en proche, dans les autres pays de la « périphérie » (Espagne, Chypre, Irlande, Portugal) avant d’étendre ce projet, avec la complicité de leurs gouvernements, à certains pays du « centre », dont la France de François Hollande et de Manuel Valls. Ce projet est multidimensionnel, à la fois économique, politique et social. Le président de la BCE, Mario Draghi, ne s’en est pas caché lorsqu’il a déclaré au Wall Street Journal [2] que « le modèle social européen était mort ». Nous voilà prévenus…

 

Sur son site, Jean-Emmanuel Ducoin évoque « l’atomisation du parti socialiste) :

 

Les dirigeants aux commandes n’ont pas cherché à faire bouger les lignes en faveur du progrès social, mais ils sont rentrés dans le rang des doctrines dominantes, quitte à passer en force, contre les militants socialistes eux-mêmes, réduits au rôle de spectateurs! 

 

 

Cerises, le site rouge aigre-doux, nous propose ce petit poème inspiré par les Solfériniens :

 

Le centriste Benhiamas remplace

le recentré Peillon qui remplace

l'excentré Désir, lui-même remplacé

par Cambadélis qui rejoint l'épicentre.

 

Bref, on tourne en rond !

 

Toujours dans Cerises : le site se demande ce qui caractérise les choix de Sanofi, une entreprise que les Toulousains connaissent bien :

 

Comme toutes les multinationales, la stratégie des grands groupes pharmaceutiques est orientée vers le profit maximal et la satisfaction des actionnaires. Les changements stratégiques sont travaillés par les cabinets conseil qui examinent les secteurs les plus rentables à court et moyen termes. Pour donner un exemple, les dirigeants tels ceux de Sanofi ne parlent plus d’industries pharmaceutiques, mais d’industries de santé, intégrant la santé grand public, le bien-être, produits à très forte rentabilité. C’est ainsi que Sanofi a développé avec Coca-cola une boisson beauté, ainsi qu’une solution (le lactacyl) visant le blanchiment de la peau et des parties intimes (très en vogue en Asie)… Ce type de produits rapporte beaucoup et ne nécessite pas d’investissement majeur en recherche.

 

Pour assurer une augmentation continue des dividendes, les stratégies des laboratoires s’accompagnent d’une réduction de l’ensemble des coûts internes, de la recherche à la production. L’externalisation des risques de recherches est à l’ordre du jour, les laboratoires espérant faire le maximum d’argent en récupérant l’innovation externe (les petites biotechs, la recherche publique…) pour n’assurer que le développement clinique. Cela conduit à un démantèlement des capacités internes, à l’abandon de certains axes thérapeutiques, un immense gâchis scientifique et humain.

 

Marianne s’étonne de la mansuétude des grands médias au sujet de Jean-Christophe Cambadélis, le nouveau premier secrétaire du parti socialiste :

 

Le profil de socialiste et d’acteur de premier plan de la vigilance antifasciste contre Le Pen de Jean-Christophe Cambadélis a intéressé dans les années 90 un ancien cadre du Front national, patron d’un organisme de gestion de foyers pour travailleurs immigrés qui offrait des conditions d’hébergement lamentables à ses pensionnaires : il proposa à Cambabélis, qui l’accepta, un salaire un peu trop fictif qui valut à ce dernier une condamnation à 100 000 francs d’amende et cinq mois de prison avec sursis.

 

Le procès, en 2000, permit d’apprendre que ce taulier marchand de sommeil, qui avait parfois des soucis avec des comités de résidents mécontents de ses prestations, avait ainsi, en recrutant le déjà apparatchik du PS, souhaité « s’attacher les services d’un homme d’influence », justifiant par « la position importante de Monsieur Cambadélis dans un parti politique » l’intérêt d’obtenir, à l’occasion de quelques déjeuners, les conseils d’un expert apte « à revaloriser son image et [à] lui ménager des appuis et son influence ». « Appuis » et « influence », deux raisons qui peuvent peut-être aussi expliquer pourquoi les journalistes ont aujourd’hui la mémoire si sélective quand ils écrivent sur Jean-Christophe Cambadélis.

 

 

Revue de Presse (90)
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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 05:59

De mars 1965 à mai 1966, Dylan est au sommet de son art. Notons qu’au même moment la pop music anglo-étasunienne atteint une densité et une diversité créatrice qu’elle ne retrouvera peut-être jamais plus. Pour Dylan, il y a d’abord Bringing it All Back Home, dont le titre même symbolise le retour du poète vers des espaces intérieurs.  De ce disque que l’on peut considérer comme le premier album de folk-rock (enregistré d’abord en acoustique puis en électrique), on peut retenir deux chansons, l’une qui tranche par sa violence caustique et l’autre par sa poésie surréaliste. “ Subterrenean Homesick Blues ” met en scène les petits Blancs aliénés par le système. Déclassés involontaires, ils ploient sous l’autorité sournoise, inflexible et inhumaine de l’ordre et de la morale établis.

 

Le premier vers de la chanson juxtapose distillation de la codéine et paysage politique :

 

Johnny's in the basement mixing up the medicine

I'm on the pavement thinkin' about the Government

 

Johnny est au sous-sol et mélange les médicaments

Je suis sur le trottoir et je pense au gouvernement

 

La chanson décrit également les conflits qui bouillonnaient entre les travailleurs et la société bien pensante et la contreculture de la décennies :

 

Walk on your tiptoes

Don’t try no dose

Better stay away from those

That carry around the firehose

Keep a clean nose

Watch the palin-clothes

You don’t need a weatherman to know which way the wind blows

[…]

 

Don’t steal don’t lift

Twenty years of schooling

An they put you on the day shift

Look out kid

They keept it all hid

Better jump down a manhole

Light yourself a candle

Don’t wear sandals

Don’t wanna be a bum

You better chew gum

The pump don’t work

Cause the vandals took the handles

 

Marche sur tes doigts de pied

N’essaie pas la drogue

Vaut mieux te tenir à l’écart

De ceux qui brandissent des lances à incendie

Mouche ton nez

Fais attention aux flics en civil

Tu n’as pas besoin de l’homme météo

Pour savoir d’où souffle le vent

[…]

Ne vole pas ne chaparde pas

Vingt ans à l’école

Et ils te font faire les trois-huit

Fais attention petit

On te cache tout

Tu ferais mieux de sauter dans un trou d’égout

Allume-toi une bougie

Ne porte pas de sandales

Tu ne veux pas être un clodo

Alors mâche du chewing gum

La pompe ne fonctionne pas

Car les vandales ont pris les poignées

 

La chanson fait clairement référence à la répression contre les manifestations pour les droits civiques (les lances à incendies). Elle annonce le groupe d’extrême gauche des Weathermen. Plus généralement, comme l’écrivit Andy Gill, un des meilleurs spécialistes de Dylan, « toute une génération arriva à saisir l'air du temps au travers du tourbillon verbal de cette chanson. » Enfin, elle est très connu pour son célèbre clip vidéo, apparu pour la première fois au début du film de D.A. Pennebaker Don’t Look Back, où l’on voit le chanteur, dans une rue de Londres montrant des pancartes où sont inscrits des extraits de la chanson.

 

“ Mr Tambourine Man ” fut inspirée par un véritable et énorme tambourin, mais surtout par la culture de la drogue, omniprésente aux Etats-Unis dans certains milieux dès 1964. Le « magic swirling ship » du début de la chanson rappelle assurément “ Le bateau ivre ” de Rimbaud :

 

Though I know that evening’s empire

Has returned into sand

Vanished from my hand

Left me blind here to stand

But still not sleeping

My weariness amazes me

I’m branded on my feet

I have no one to meet

And the ancient empty streets

Too dead for dreaming

[…]

Then take me disappearing

Through the smoke rings of my mind

Down the foggy ruins of time

Far past the frozen leaves

The haunted frightened trees

Out to the windy beach

[…]

Let me forget about tody until tomoeeow

 

Je sais que l’empire du soir

Est retourné à l’état de sable

Aglissé de mes mains

Et m’a laissé aveugle

Mais pas encore endormi

Ma lassitude m’étonne

Mes pieds sont marqués au fer

Je n’ai personne à voir

Et les rues anciennes vides

Et mortes m’empêchent de rêver

[…]

Fais-moi disparaître

Dans les cercles de fumée de mon esprit

Dans les ruines brumeuses du temps

Très loin des feuillages gelés

Des arbres hantés et effrayés

Vers la plage de grand vent

[…]

Laisse-moi oublier aujourd’hui jusqu’à demain

 

Certes le disque comporte, avec “ It’s Alright Ma’ ” une chanson très politique :

 

But even the president of the United States

Sometimes must have to stand naked

 

Même le président des Etats-Unis

Doit parfois être nu

[…]

 

And if my thought-dreams could be seen

They'd probably put my head in a guillotine

 

Si l’on pouvait voir mes pensées

On verrait probablement ma tête sous une guillotine

 

Il n’en reste pas moins qu’avec Bringing it Dylan a rompu les liens qui l’unissaient à Joan Baez et la gauche traditionnelle. Il refuse par ailleurs de suivre la mode peace and love des hippies. Il s’enfonce seul dans un tunnel cahotique et fantasmagorique. Il fourbit ses armes : lucidité, dérision, images fantastiques, humour sarcastique et grinçant, visions absurdes et fabuleuses. Son œuvre devient noire, infernale et sublime.

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