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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 07:30

Ci-dessous, de larges extraits d'un article de Jean-Jacques Chavigné sur un projet très dangereux de Sarkozy pour le peuple français :

Banquiers.jpg

Cette mesure est une attaque d’une extrême gravité contre le salariat (93 % de la population) mais n’aura aucune incidence sur les banques qui portent pourtant l’entière responsabilité de l’augmentation de la dette publique au cours des trois dernières années.

Qui peut imaginer un seul instant, en effet, que si les banques nous replongeaient dans la même galère qu’il y a trois ans, Sarkozy ne serait pas le premier à leur offrir les centaines de milliards d’euros dont elles auraient besoin pour financer leurs créances toxiques, garantir les dépôts de leurs clients et leur éviter la faillite ? Qui peut penser qu’il n’augmenterait pas aussitôt le déficit public pour satisfaire les besoins des banques ?

Le même argument qu’en 2008 nous serait alors resservi : « elles sont trop grandes pour faire faillite » ! Alors que, si elles n’étaient pas immédiatement nationalisées, elles pourraient immédiatement faire faillite et s’ensuivrait une crise économique catastrophique. On peut donc être certain que, dans un tel cas de figure, le Conseil constitutionnel s’assiérait sur l’amendement de Sarkozy et se retrancherait derrière des « circonstances exceptionnelles » pour les sauver sans les nationaliser.

Pourtant, ces « circonstances exceptionnelles » ne sont rien d’autre que le fruit de l’inaction du gouvernement Sarkozy et de son inépuisable complaisance envers les banques. Car rien, depuis 2008, n’a été fait pour interdire aux banques de spéculer avec les dépôts de leurs clients. Aucune séparation n’a été instaurée entre banques d’investissement et banques de dépôts. Des dizaines de milliards d’actifs toxiques plombent encore leurs bilans. Loin de revenir à des tailles plus modestes et donc moins dangereuses pour l’économie et la société, les établissements bancaires les plus importants ont profité des fonds mis à leur disposition par l’Etat pour racheter des établissements plus petits ou plus vulnérables. Elles sont encore plus « grandes » aujourd’hui qu’en 2008 et leurs faillites seraient donc encore plus dangereuses.

C’est uniquement contre le salariat qu’est dirigée cette modification de la Constitution.

Et cela à double titre.

D’abord en adossant directement à la Constitution le plan d’austérité destiné à rétablir l’équilibre budgétaire, un plan payé par les seuls salariés.

La dette publique sert, en effet, de bélier à Sarkozy et à son gouvernement pour imposer les « réformes » néolibérales qu’ils n’avaient pas encore pu nous infliger. Avec la retraite à 62 ans, les deux ans de travaux forcés qu’il essaie de nous imposer ne sont qu’un avant-goût de ce qu’il nous concocte. La privatisation de pans entiers de l’assurance-maladie, du secteur hospitalier, de la dépendance, des retraites est au menu de son plan d’austérité. La diminution des emplois publics, la destruction de l’Éducation nationale s’accentueront. Les collectivités locales pourront toujours moins financer les prestations sociales qu’il leur incombe de prendre en charge. Sans même parler de la TVA antisociale à laquelle Copé commence déjà à nous préparer.

Ensuite, en rendant très difficile, pour un gouvernement de gauche, la possibilité de faire une autre politique qu’une politique néolibérale. La dette publique actuelle a deux origines.

La première est la baisse des impôts des riches qui obligent l’État à emprunter aux rentiers et à leur verser des intérêts qui accroissent encore le montant de la dette publique.

La seconde est la crise économique (conséquence directe de la crise bancaire) qui s’est traduite par une augmentation des dépenses (financement du plan d’aide aux banques, primes à la casse pour préserver les profits de l’industrie automobile …) et par une diminution des recettes liées au recul de l’activité économique.

Cette dette publique est illégitime, elle n’a jamais profité à l’ensemble de la population, uniquement à ceux qui ont vu leurs impôts baisser, leurs rentes augmentées, leurs profits bancaires restaurés.

Mais une politique de gauche pourrait très bien prendre appui sur un déficit d’une tout autre nature : un déficit finançant l’investissement productif et l’augmentation du pouvoir d’achat. Ce déficit serait rapidement comblé par un surplus de croissance. Utilisé, non pour augmenter les dividendes des actionnaires, but ultime de la politique de Sarkozy, mais pour faire reculer le chômage, sauvegarder la Sécurité sociale, augmenter les salaires du secteur public, ce déficit serait parfaitement légitime. L’amendement voulu par Sarkozy l’interdirait et rendrait anticonstitutionnelle toute politique d’inspiration keynésienne.

Sarkozy ne pourrait imposer sa réforme qu’avec une partie des voix des élus de gauche. S’il arrivait à imposer son amendement, ce serait non seulement imposer de très sévères entraves à toute future politique de gauche mais ce serait, aussi, lui permettre de se remettre politiquement en selle, après le profond discrédit que lui a infligé la gigantesque mobilisation en défense de nos retraites.

Il aurait, en effet, une nouvelle fois réussi à diviser la gauche. Il en récolterait les fruits en 2012. A l’inverse, un camouflet infligé à Sarkozy accentuerait encore son discrédit et aiderait à une victoire de la gauche.

Le Parti Communiste a annoncé que ses élus ne voteraient pas l’amendement Sarkozy. La direction du Parti Socialiste semble s’orienter dans le même sens. Jean-Jacques Chavigné

source : http://www.democratie-socialisme.or...


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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 12:01

cold_case2.jpg

Sur un épisode de "Cold Case"

 

Je suis un fidèle de la série Cold Case, programmée depuis plusieurs années par Canal+ en VO et par France2 en VF. Je la regarde plutôt en anglais, un certain idiome philadelphien assaisonné d'un vocabulaire technique policier qui nécessite pour moi l'aide des sous-titres en français.

Cette série est intéressante à plus d'un titre. Outre qu'elle est très bien faite et fort bien jouée, elle repose sur le principe de la non-prescriptibilité des crimes dans l'État de Pennsylvanie. Un pépé de 90 ans peut se voir jeté au trou si, 70 ans plus tôt, il a commis un crime ou a été complice d'un crime. L'équipe policière de la série reprend, après la découverte d'un nouvel indice, une affaire qui n'avait pas trouvé de solution. Elle la résout et la classe.

Cela permet des reconstitutions, plutôt fidèles, d'époques antérieures (la musique joue alors un grand rôle) et d'apprécier des vies, des destins mis en perspective. Le plus souvent, nous sommes plongés dans des quartiers de Philadelphie assez peu riants. Les problèmes conjoncturels et structurels de la société étasunienne sont clairement évoqués lorsque le scénario l'exige.


Un récent épisode, assez banal, soulevait un fait de société intéressant. Un ado placé dans un foyer pour délinquants s'était mortellement blessé en glissant. Quelques années plus tard, un indice permettait tout naturellement de lancer l'équipe à la recherche d'un crime. Aux deux tiers de l'épisode, on découvrait que le foyer pour délinquants, placé sous l'autorité du ministère de la Justice, était en fait une institution privée. Les murs appartenaient à des actionnaires et le personnel était de statut privé. L'histoire avançait d'un coup lorsque l'équipe comprenait que le juge du coin n'était autre que le frère de la principale actionnaire d'une chaîne de foyers. Sa politique était donc d'emplir les foyers au maximum et de refuser toute libération conditionnelle.

Le héros malheureux de l'épisode aurait dû, normalement, recouvrer la liberté. Il avait en fait été tué accidentellement par le directeur du foyer qui  lui avait flanqué une rouste un peu appuyée, sans intention de donner la mort.

Par ailleurs, un officier supérieur de la police obligeait l'équipe, au nom de restructions budgétaires, à se délester d'un de ses membres, contraint de rejoindre un commissariat de banlieue.

Bien sûr, on retrouve dans cette série, comme dans tout le cinéma d'outre-Atlantique, la croyance dogmatique bien connue en la supériorité de l'individu sur le groupe. A Philadelphie comme ailleurs, des hommes intègres et efficaces finissent toujours par vaincre une machine corrompue actionnée par des incompétents. Mais l'imperfection du système n'est jamais problématisée.

Avec ses limites, cette série nous dit ce qu'est, depuis un bon moment déjà, la justice étatsunienne et ce que sera la justice dans la France de Sarkozy ou d'un de ses clones : une entreprise, au sens étymologique du terme, fonctionnant selon des critères de rentabilité indépendants des problèmes sociaux et sociétaux à résoudre.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 16:58

argent.jpgDepuis quelque temps, le jargon universitaire, institutionnel est infesté par un certain nombre de sigles qui, comme les nouvelles dénominations des multinationales (Area, Véolia) masquent des réalités très prosaïques : ANR, RTRA, RTRS, PRES, AERES, IDEX, LABEX etc.

Quelques mots, aujourd’hui sur les IDEX des PRES.

Les PRES ont été rendus possibles par une loi de 2006. Il s’agissait de regrouper en pôles des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Non pour que les étudiants soient meilleurs ou que les enseignants soient mieux considérés, mais pour créer des entités plus « visibles », du point de vue des « classements internationaux », celui de Shanghai, pour ne pas le nommer.

C’était déjà bien mal parti, mais, la LRU aidant, les PRES se dirigent désormais vers des objectifs qui n’ont plus rien à voir avec l’université de la République, c’est-à-dire, une université où théoriquement au moins, le souci prioritaire est la meilleure formation possible pour le plus grand nombre possible.


 

Les universitaires de droite ou les ventres mous qui, lors de la lutte contre la LRU, n’ont rien trouvé à redire aux projets scélérats de Sarkozy et de Pécresse, commencent à s’affoler devant la tournure des événements. Il est malheureusement trop tard. La compétition à mort entre les établissements, entre les équipes, entre les personnes qui sont désormais réduites au statut de marchandise, était inscrite dans la LRU. Elle en était l’essence profonde. Tout comme la fin des pratiques démocratiques qui caractérisaient, même imparfaitement, la vie dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Un certain nombre de PRES se sont donc constitués, aucun PRES ne ressemblant à aucun autre. J’en donnerai quelques exemples plus bas. Ce qui les rassemble, c’est l’éviction des universitaires des décisions les concernant, le recours massif aux investissements non-étatiques, l’entrée du monde du capital dans la “ gouvernance ” des établissements publics, aux dépens des universités elles-mêmes.

Dans chaque PRES, il y aura des IDEX, c’est-à-dire des “ initiatives d’excellence ”. L’objectif officiel des “ initiatives d’excellence ” est d’évaluer, sélectionner et financer. Il ne faut pas voir dans le mot “ excellence ” la moindre dénotation ou connotation technique. Comme toujours avec la droite du CAC 40, nous sommes en pleine idéologie. Certains universitaires, certains étudiants seront plus “ meilleurs ” que les autres, non pour des raisons de QI ou de travail mais parce qu’ils bénéficieront des investissements les plus rentables. L’activité scientifique sera jugée en termes de rémunération et de pouvoir. Seront “ excellents ” ceux qui accepteront, intègreront et se feront les hérauts de cette vision inégalitaire des activités universitaires. Les choix de carrière ne seront plus déterminés par des objectifs scientifiques mais par l’obtention éventuelle de primes et autres bonus.

Le débat démocratique est en train de disparaître au sein d’institutions qui sont de moins en moins collégiales. Les élections ont et seront de pus en plus remplacées par des mécanismes de cooptation sous la férule de véritables oligarchies qui chercheront des appuis non auprès des universitaires mais des personnalités extérieures issues pour la plupart du monde de l’entreprise et de la finance.

Le débat scientifique est et sera remplacé par la croyance aveugle en la bibliométrie (« l’application des mathématiques et des méthodes statistiques aux livres, articles et autres moyens de communication »). On s’aperçoit dès à présent que ces indicateurs chiffrés font la part belle aux situations établies, à l’air du temps, à ce qui marche déjà.

Le CA de l’IDEX de Grenoble comptera 30 personnes dont trois universitaires.

Le CA de l’IDEX de Toulouse comptera 18 membres, zéro universitaire. Après avoir longuement hésité, la ville de Toulouse (dont le maire, socialiste, est un universitaire) a fini par s’associer à ce projet.

Saclay aura, non pas un CA, mais un “ Board of Directors ” (sic).

Le PRES de Bretagne-Ouest disposera d’un “ Advisory Committee ” (re-sic). Son CA comptera 25 personnes, dont deux enseignants-chercheurs.

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