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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 05:58

Numéro de mai 2014 très tonique.

 

L’Europe, écrit Serge Halimi, est devenue une « machine à punir » :

 

Qu’est devenu le rêve européen ? Une machine à punir. A mesure que le fonctionnement de celle-ci se perfectionne, le sentiment s’installe que des élites interchangeables profitent de chaque crise pour durcir leurs politiques d’austérité et imposer leur chimère fédérale (1). Ce double objectif suscite l’adhésion des conseils d’administration et des salles de rédaction. Mais, même en ajoutant à ce maigre lot les rentiers allemands, quelques prête-noms luxembourgeois et bon nombre de dirigeants socialistes français, on n’élargit pas démesurément l’assise populaire de l’actuel « projet européen ».

L’Union ne cesse de rabrouer les Etats qui n’ont pas pour souci prioritaire de réduire leur déficit budgétaire, y compris quand le chômage s’envole. Comme ils obtempèrent en général sans se faire prier, elle leur impose aussitôt un programme de rectification comportant des objectifs chiffrés à la décimale près, assorti d’un calendrier d’exécution. En revanche, quand un nombre croissant de patients européens doivent renoncer à se faire soigner faute de ressources, quand la mortalité infantile progresse et que le paludisme réapparaît, comme en Grèce, les gouvernements nationaux n’ont jamais à redouter les foudres de la Commission de Bruxelles. Inflexibles lorsqu’il s’agit de déficits et d’endettement, les « critères de convergence » n’existent pas en matière d’emploi, d’éducation et de santé. Pourtant, les choses sont liées : amputer les dépenses publiques signifie presque toujours réduire dans les hôpitaux le nombre de médecins et rationner l’accès aux soins. »

 

 

 

Vivek Chibber explique pourquoi l’universalisme est « une arme pour la gauche » :

 

Après un hiver que l’on croyait sans fin, on assiste au retour d’une résistance mondiale contre le capitalisme, ou du moins contre sa variante néolibérale. Cela faisait plus de quarante ans qu’un mouvement de ce type n’avait pas surgi à l’échelle de la planète. Au cours des dernières décennies, le monde a certes connu des secousses sporadiques, de brefs épisodes de contestation qui ont perturbé ici ou là l’inexorable propagation de la loi du marché ; rien de comparable, toutefois, avec ce dont nous avons été les témoins en Europe, au Proche-Orient et sur le continent américain à partir de 2010.

Cette réémergence a également mis au jour les ravages produits par le reflux des trente dernières années : les ressources dont disposent les travailleurs n’ont jamais été si faibles ; les organisations de gauche — syndicats, partis — ont été vidées de leur substance, quand elles ne se sont pas rendues complices du règne de l’austérité. La faiblesse de la gauche n’est pas uniquement d’ordre politique ou organisationnel : elle s’affirme tout autant sur le plan théorique.

 

 

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen reviennent sur le phénomène de l’abstention :

 

En France, les dernières élections municipales, les 23 et 30 mars 2014, ont suscité un déluge de commentaires sur la montée de l’extrême droite. Certains sont allés jusqu’à y voir un quasi-plébiscite local en faveur du Front national (FN). Ce flot de déclarations, d’articles et de reportages télévisés contraste avec ce qui constitue la donnée majeure du scrutin, et plus généralement de tous les scrutins depuis trente ans : le taux record d’abstention, dont l’étude précise conduit à nuancer les analyses produites à chaud.

Si la progression du FN par rapport aux municipales de 2008 est incontestable, elle n’en demeure pas moins contenue. Dans les quatre cent quinze villes de plus de dix mille habitants où il présentait des listes, le parti d’extrême droite a obtenu un pourcentage des suffrages exprimés inférieur à celui de Mme Marine Le Pen à la présidentielle de 2012. Rapportée au total des inscrits, la « poussée frontiste » dans ces villes s’avère encore plus relative : alors que Mme Le Pen avait conquis 12 % des inscrits au premier tour de 2012, le FN n’en a réuni que 8 % au premier tour des dernières municipales.

 

 

Pour Philippe Descamps, « Le Rouge et le Vert » s’écrit à Grenoble :

Le Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes a largement remporté les élections municipales à Grenoble, fin mars. Localement, la possibilité d’une réappropriation des services publics, d’un progrès social et d’une transition énergétique peut donc mobiliser les électeurs tout en faisant reculer l’extrême droite. Cette chronique du XXIe siècle s’inscrit toutefois dans l’histoire particulière de la cité alpine.

 

Un dossier très complet sur L’Inde, un géant aux urnes :

 

Dès que l’on parle des élections en Inde, les superlatifs sont de mise. C’est le plus grand scrutin du monde : huit cent quatorze millions d’électeurs désignent leurs députés, qui siégeront pendant cinq ans à la Chambre du peuple (Lok Sabha). Le vote s’étale sur cinq semaines, jusqu’au 12 mai. En 2009, 59,7 % des inscrits s’étaient déplacés, donnant la victoire au Parti du Congrès de Mme Sonia Gandhi et la deuxième place au Bharatiya Janata Party (BJP) (voir « Elections législatives 2009 en Inde par Etat et territoire »). Cette fois, le rapport de forces semble s’inverser. Le BJP, représenté par M. Narendra Modi, a le vent en poupe, malgré son rôle dans les pogroms antimusulmans de 2002 et ses résultats sociaux déplorables à la tête du Gujarat (voir « Affairisme et racisme au pays de Gandhi) — ce que tait la presse, gagnée par l’affairisme (voir « Une presse populaire qui ignore le peuple ».). L’équipe en place paie le ralentissement économique et la multiplication des scandales. Une troisième force, l’Aam Aadmi Party, née du rejet de la corruption, réussira-t-elle à changer la donne (voir « Espoirs de l’« homme ordinaire ») ?

 

 

Daniel Mermet encourage les dirigeants de Radio France à « Rapprocher le micro de la fenêtre » :

Deux choses tétanisent les dirigeants de Radio France : les enquêtes d’audience, reflet d’une logique commerciale, et la nomination de leur président, effectuée sous influence politique. Informer, instruire, divertir : les termes du triptyque fondateur de la radiodiffusion publique ont connu des fortunes diverses. A la Libération, le troisième ne supplantait pas les deux premiers.

 

Moscou va-t-elle se tourner vers l’Asie (Jean Radvanyi) ?:

« Moscou entre jeux d’influence et démonstration de force » :

Le retour de la Russie sur la scène diplomatique ne va pas sans grands écarts. Pressée par le basculement de l’Ukraine vers l’orbite occidentale, elle improvise une brusque reconquête de la Crimée. L’affirmation balourde d’intérêts légitimes révèle les limites de son pouvoir d’attraction, pourtant soigneusement entretenu depuis la chute de l’URSS au travers de coopérations à géométrie variable.

 

 

Jean-Marie Chauvier voit dans l’Eurasie, le «  choc des civilisations  » version russe :

Pour conforter son exercice vertical du pouvoir, le président russe Vladimir Poutine tente une synthèse des courants nationalistes et conservateurs. Parmi ceux-ci renaît le concept d’eurasisme, porté en particulier par Alexandre Douguine. L’entreprise intellectuelle vise à se démarquer d’une modernité occidentale jugée décadente, tout en forgeant un bloc de civilisations capable d’y résister par la défense des traditions.

 

 

Raphaël Lioger analyse le « Le mythe de l’invasion arabo-musulmane » :

La maison du maître d’école « vendue par la mairie et transformée en mosquée »… Ces propos – pour le moins approximatifs – tenus le 11 avril sur Europe 1 par le philosophe Alain Finkielkraut révèlent des fantasmes désormais très répandus. Notamment grâce à “ Eurabia ”, paru en 2005.

 

Selon Nir Boms et Asaf Hazani, Israël est déconcerté par la guerre en Syrie :

Voilà plus de trois ans que la Syrie est plongée dans un bain de sang. Un tiers de sa population a pris le chemin de l’exil ; la moitié de ses infrastructures ont été anéanties. Ce chaos renforce les craintes sécuritaires d’Israël, partagé entre son hostilité envers le régime de Damas et sa crainte de voir des groupes djihadistes prendre le pouvoir à ses frontières.

 

 

De quoi a peur l’Arabie saoudite, demande Alain Gresh ? :

 

Dans l’œil du cyclone. Ainsi se perçoit l’Arabie saoudite, cernée par les menaces à ses frontières, que ce soit au Yémen ou en Irak.La montée en puissance de l’Iran lui apparaît comme un danger mortel. Que faire, alors que se dessinent en outre les contours d’un accord sur le nucléaire entre Washington et Téhéran qui mettrait un terme à l’ostracisme frappant la République islamique ?

 

 

Au Rouanda, nous dit Thomas Riot, la tradition est instrumentalisée :

Loin des commémorations du génocide de 1994, le gouvernement rwandais poursuit sa rénovation d’un ancien dispositif de formation des guerriers de l’époque précoloniale. Des plus bas échelons de l’administration locale aux plus hautes sphères du pouvoir, un culte de la guerre gagne le pays. Kigali organise même la généralisation de cette tradition à sa diaspora.

 

 

Pour Grace Livingstone, En Amérique latine, la droite est contrainte de s’inventer un discours social :

 

Les Colombiens éliront leur nouveau président à la fin du mois de mai. Un candidat proche de l’ancien dirigeant Alvaro Uribe s’opposera à l’actuel chef de l’Etat, M. Juan Manuel Santos. La rupture entre les deux hommes, autrefois réputés proches, en reflète peut-être une autre, plus large, au sein d’une droite latino-américaine qui tâtonne pour tenter de bousculer la domination régionale de la gauche.

 

 

Jean-François Nadeau explique pourquoi le Parti québécois est sanctionné pour ses errements politiques :

Revenu au pouvoir en 2012, le Parti québécois (PQ), indépendantiste, n’a pas tardé à décevoir ses électeurs. Favorable, comme son rival fédéraliste, au libre-échange, à l’austérité budgétaire et à l’exploitation pétrolière tous azimuts, il a tenté de se distinguer par un nationalisme culturel agressif, centré sur la défense des « valeurs québécoises ». Sa défaite aux élections du 7 avril marque-t-elle la fin du projet souverainiste dans la Belle Province ?

 

 

Selon Philippe Pataud Célérier , les peuples autochtones au Canada ne sont plus résignés :

« Idle no more ! » (« Fini l’inaction ! ») : depuis décembre 2012, ce mot d’ordre rallie la communauté autochtone du Canada qui, de la Colombie-Britannique au Nouveau-Brunswick, réclame justice sociale, égalité des sexes et respect des droits territoriaux.

 

 

Étienne Klein revient sur la « pensée explosive » du philosophe Jean Cavaillès :

C’est précisément en tant que philosophe et logicien qu’il s’engagea dans la Résistance : parce que c’était la seule démarche logique, et donc nécessaire, pour celui qui prenait au sérieux la recherche de la vérité.

 

 

 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 06:03

On connaît cette manie politiquement correcte qui pollue tout particulièrement les textes militants de gauche, et qui donne " Cher-e-s militant-e-s, cher-e-s ami-e-s". Il s'agit d'un intégrisme langagier idiot qui consiste à confondre le genre grammatical et le sexe des humains. Et je ne reviendrai pas ici sur "la rapporteure de la commission" alors que, dans les cours d'école, des filles cafteuses ne sont rien d'autre que des rapporteuses. J'ai traité de cette aberration ici. Pendant ce temps, aux Etats-Unis (pays du politiquement correct par excellence), on ne dit plus : "A good judge takes his job seriously". On ne dit même plus "A good judge takes his/her job seriously". On dit : "A good judge takes their job seriously". Deux fautes en trois mots. La grammaire d'une langue, c'est sa beauté, c'est la beauté. Au nom de l'égalité des sexes (un objectif parfaitement légitime), le pays le plus inégalitaire au monde (en trente ans,  les 1 % de foyers les plus aisés ont récupéré la moitié de l’accroissement des revenus aux Etats-Unis contre le quart au Royaume-Uni et un peu plus du dixième en France, en Espagne et en Italie) nous impose sa laideur.

 

Mon ami Maxime Vivas, journaliste, essyiste et romancier, amoureux de la langue française, a récemment poussé cette imbécillité jusqu'au bout de sa logique en réécrivant, pardon Aragon, "La rose et le réséda" :

 

 

La rose et le réséda


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Tous (toutes) deux adoraient la belle prisonnière (le beau prisonnier) des soldat(e)s


Lequel (laquelle) montait à l’échelle et lequel (laquelle) guettait en bas


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leur pas


Que l’un(e) fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Tous (toutes) les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras


Et tous (toutes) les deux disaient qu’elle (qu’il) vive et qui vivra verra


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Quand les blés sont sous la grêle fou (folle) qui fait le délicat (la délicate)


Fou (folle) qui songe à ses querelles au coeur du commun combat


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Du haut de la citadelle la sentinelle (le sentinel) tira


Par deux fois et l’un(e) chancèle l’autre tombe qui mourra


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Ils (elles) sont en prison Lequel (Laquelle) a le plus triste grabat


Lequel (laquelle) plus que l’autre gèle lequel (laquelle) préfère les rats (rates)


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Un(e) rebelle est un(e) rebelle deux sanglots font un seul glas


Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Répétant le nom de celle (celui) qu’aucun des deux ne trompa


Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il (qu’elle) aima


Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat


Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas


L’un(e) court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura


Et framboise ou mirabelle le grillon (la grillonne) rechantera


Dites flûte ou violoncelle (viole) le double amour qui brûla


L’alouette (l’allouetteau) et l’hirondelle (l’hirondelleau), la rose et le réséda.

 
La rose et le réséda, version bêtement féministe
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 05:22

Le mensuel titre, sans qu’on en soit vraiment surpris, « Le PS, deuxième droite ».

 

L’éditorial lance un « appel aux cocus de ce parti », reprend une vieille formule de Benoît Hamon, la « gauche placebo » et conclut qu’il est impossible de s’allier avec cette deuxième droite. Et il rappelle une analyse de François Hollande (fier de lui et des siens) de 2006 : « C’est François Mitterrand – avec Pierre Bérégovoy – qui a déréglementé l’économie française et l’a largement ouverte à toutes les formes de concurrence. C’est Jacques Delors qui a été l’un des bâtisseurs de l’Europe monétaire avec les évolutions politiques qu’elle impliquait sur le plan des politiques macroéconomiques. […] Cessons donc de revêtir des oripeaux idéologiques qui ne trompent personne. »

 

Yvon Quignou établit un état des lieux du communisme soviétique, « une imposture sémantique ». Il souligne « l’inversion complète du processus censé viser le communisme », la dictature « d’un parti sur le prolétariat », « la marche forcée vers l’industrialisation », les purges, la négations de la génétique. Cela dit, l’Histoire n’a pas tranché : « rien n’za démontré qu’une alternative au capitalisme fou, destructeur des hommes et de la nature, n’est pas possible. »

 

Fabien Piasecki prône une « science citoyenne » : « À l’heure où certains crient à l’inutilité présumée de rassemblements militants hors des frontières nationales, le Forum National Sciences et Démocratie nous montre que des avancées non négligeables sont possibles dans le champ « Sciences et sociétés ». Dans un autre article (en collaboration), Piasecki estime que « les décisions en matière de politique scientifique et technique sont encore majoritairement prises sans apport formel ou informel de la société civile et en dominant un rôle prédominant aux experts scientifiques. »

 

Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement doute de l’avenir de la voiture électrique. La science n’a pas réponse à tout. Il faut repenser le rapport à l’espace, la gratuité des transports en commun et la fin du tout-voiture. La voiture propre est un mythe.

 

L’oncologue Nicole Delépine critique le « plan cancer » de François Hollande : il ne s’attaque pas aux causes environnementales du cancer et est un frein à la liberté des malades et des médecins : « nous devenons tous égaux, robots médecins et patients objets, soumis à des injonctions dans lesquelles le libre arbitre n’a plus de place. »

 

En Inde, l’homme politique qui monte, Narenda Modi, est appelé le boucher du Gujarat. Il a mené un carnage contre les musulmans en 2002. 1 000 à 2 000 morts sans intervention de la police. Il est aussi l’un des meilleurs avocats d’un capitalisme sans limites. En Inde, rappelle Sushovan Dar, la productivité a augmenté de 7% en trois ans tandis que le revenu réel des travailleurs a baissé de 1%.

 

Les Zindignés interroge Henri Augier, défenseur des Calanques. Un site magnifique et tellement pollué, traité par dessus la jambe par des propriétaires qui ne respectent pas la charte du parc.

 

Roxanne Mitralias, qui milite à Syriza-environnement, évoque la Crète orientale sous tension. Non seulement la Troïka s’attaque aux gens mais elle s’attaque aussi à la nature, au soleil, au vent, à l’eau, aux terres, nouvelles occasions d’investissement : « la Troïka vise à déposséder les peuples de leurs biens communs. »

 

Vincent Bruyère (ATTAC) nous encourage à revisiter des notions comme la bioéconomie, l’économie distributive, la gratuité des biens communs et services publics. Pour lui, « alors que la prise en considération des générations à venir devraient structurer la définition de la valeur économique et l’organisation des échanges c’est tout le contraire qui est à l’œuvre. »

 

Les Indiens zapatistes du Chiapas ont célébré les vingt ans de leur insurrection (Jérôme Baschet). Au lieu de nous convier à des festivités spectaculaires, ils ont choisi de répondre aux questions suivantes : « qu’avez-vous fait durant ces vingt ans ? En quoi le zapatisme peut-il nourrir nos désirs d’émancipation ? »

 

 

Danièle Favari explique qu’alors que le gouvernement étasunien propose à l’Europe de remplacer le gaz russe par ses propres gaz de schiste, la France réforme son code minier pour accroître sa “ compétitivité ”. Les grandes manœuvres ont commencé !

 

Frédéric Thomas explique, à propos de l’extractivisme, le paradoxe sud-américain qui consiste à reconduire, à accentuer le même modèle de développement qu’auparavant, malgré le virage à gauche.

 

Christine Poilly dénonce les gaz de couche, porte d’entrée à l’exploitation des gaz de schiste.

 

Pour Yann Fiévet, nous sommes en train de devenir un « troupeau aveugle : « La pollution de notre air a atteint un pic record le mois dernier. Un épisode de plus dans la longue litanie des « dégâts environnementaux ». Nous savons déjà qu’il sera dépassé un jour prochain. Nous savons cela et le prenons désormais comme une fatalité. L’ampleur du désastre atmosphérique asphyxie jusqu’à notre espoir d’en sortir. Nous pestons contre l’impuissance des politiciens normalement en charge des problèmes de la Cité mais accordons à cette impuissance notoire des circonstances atténuantes quand il ne s’agit pas tout bonnement de l’excuser pour l’essentiel. C’est que la Cité, dans sa dimension écologique, est trop vaste pour être facilement gouvernée. Les pollutions diverses - ou le réchauffement climatique – se jouent des frontières bornant encore trop souvent l’action publique. Nous sommes comme un troupeau aveugle. Nous nous en remettons aux « décideurs » tout en sachant que ces bergers sont probablement incapables de nous détourner du chemin menant au gouffre. Pis, certains bergers savent qu’il sont les nouveaux Panurge et s’entêtent néanmoins à suivre le mauvais chemin. »

 

Pour Jean-Pierre Garnier (auteur de La deuxième droite), « Nicolas Sarkozy en rêvait, François Hollande l’a fait » : Sur tous les fronts, le « capitaine de pédalo » dont Jean-Luc Mélenchon se gaussait alors que s’annonçait la « saison des tempêtes » va de l’avant, secondé par l’équipage solférinien, multipliant des initiatives et des mesures qui, au temps où la gauche était en encore de gauche, auraient été jugées des plus « réactionnaires. Sur le front économique, avec ses retombées « sociales », ce n’est pas un « recul », comme le déplorent des « observateurs » dont les intentions sont aussi bonnes que la vue est courte, mais une offensive néo-libérale tous azimuts qui vient renforcer, depuis les hautes sphères étatiques, celle que mène la bourgeoisie transnationale depuis les années 1970. »

 

 Jean-Pierre Garnier persiste avec “ L’irrésistible ascension de la petite bourgeoisie intellectuelle ”:  « Dans une conjoncture « normale », l’accomplissement de ces tâches de médiation se réalise sans heurts, sur le plan politique, sous le signe et dans le cadre de l’« alternance » entre partis de droite représentant plus ou moins directement et ouvertement la classe dominante, et partis de gauche représentant les classes dominées, mais de telle manière que la domination de la première ne soit jamais fondamentalement contestée. Il convient toutefois de préciser que les partis de gauche, quelle que soit leur appellation (sociale-démocrate, socialiste, travailliste…) sont presque exclusivement composés de membres de la PBI et que ce sont avant tout les intérêts de cette classe qu’ils sont chargés de faire valoir, mais non de faire prévaloir sous peine de menacer ceux de la bourgeoisie. Quant à ceux des prolétaires ouvriers ou employés, ils sont satisfaits a minima au gré des rapports de forces dans les champs extra-politiques. Tributaire de leur appartenance de classe, mais aussi de leur électorat, en effet, la disposition des politiciens de gauche non pas à « représenter » les couches populaires, ce qui est leur fonction offielle, mais à prendre réellement en compte leurs besoins et leurs aspirations varie en fonction de la pression effective que celles-ci peuvent exercer sur eux en dehors des joutes électorales. »

 

 

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 05:27

Avec Another Side of Bob Dylan s’achève ce que les exégètes ont appelé sa « première période ». En deux ans, le chanteur-chroniqueur a tout remis en question : mode de vie et de pensée, style et expression, finalité de l’art populaire. Le rock des années cinquante avait – éventuellement – exprimé le refus nihiliste de révoltés exubérants. Réécoutons, par exemple, “ Jailhouse Rock ” par Elvis Presley en 1957.

 

Mais le rock rébellion a vite fait long feu. Frank Sintra l’a qualifié d’«aphrodisiaque dégoûtant ». Les racistes du Sud sont horrifiés à l’idée que la jeunesse saine et puisse être « contaminée par la musique des nègres qui les ramène à l’état d’animal ». Le sénateur McCarthy voit la main des communistes. Communistes, sûrement pas. Du n’importe quoi, parfois. Souvenons-nous de Jerry Lee Lewis qui met le feu à son piano avant de s’enfuir avec son épouse âgée de treize ans alors qu’il n’a pas encore divorcé de sa deuxième femme. Little Richard abandonne sa carrière de rocker et enregistre des gospels avec Quincy Jones. Elvis Presley part faire son service militaire en Allemagne avant d’enregistrer une version en anglais d’“ O Sole Mio ”. Chuck Berry se retrouve en prison pour vingt mois pour proxénétisme. Eddie Cochran, Buddy Holly et Richie Valens décèdent dans des accidents de transport. Gene Vincent se casse la hanche. Les États-Unis bien pensants imposent Paul Anka et Pat Boone.

 

Dylan, témoin de son temps, a réfléchi. Et ce qu’il avait à dire n’en eut que plus de portée. Très curieusement, son « message » fut entendu hors des EÉtats-Unis par des millions de jeunes qui connaissaient trois bribes d’anglais. Personne ne comprenait mais tout le monde savait peu ou prou de quoi il parlait.

 

Au festival de Newport de juillet 1965, Dylan connaît la plus grande humiliation de sa carrière, celle d’être sifflé par ses admirateurs les plus inconditionnels. L’artiste a compris que l’avenir est dans l’électricité. En écoutant les Beatles, les Rolling Stones ou les Beach Boys, il sait bien que l’universalité du langage pop passe par l’électricité. Il a engagé le guitariste Mike Bloomfield pour enregistrer son nouvel album, mi-acoustique, mi-électrique, « Bringing it All Back Home. Cet album sera classé numéro un au Royaume-Uni mais sixième seulement aux États-Unis. Dylan va rompre à la fois avec le son acoustique et avec les méthodes et la phraséologie des libéraux de la folk song. Bref, le 24 juillet 1965, à Newport, Dylan monte sur scène avec le Paul Butterfiled Blues Band et entonne “ Like a Rolling Stone ” sous les huées.

 

En rompant de la sorte, Dylan suit à sa manière l’exemple des étudiants de la nouvelle gauche étasunienne. Lorsque, dès 1964, les étudiants de gauche avaient commencé à mettre sur pied des « universités libres », les premiers cours affichaient une orientation essentiellement politique et sociale. Puis ces étudiants avaient diversifié leurs champs d’étude : Marshall McLuhan, psychédélisme, mysticisme oriental, environnement. Dans la même optique, Dylan est arrivé à la conclusion que s’il persistait dans le genre ballade sociale, il risquait la sclérose. Pour échapper à ce dilemme, il choisit de dépasser un certain rationalisme politique en versant dans le surréalisme psychédélisant (c’est de cette époque que datent ses premières expériences hallucinogènes). Comme l’a expliqué Thedore Roszak dans Vers une contre-culure (1972), le parcours intérieur de Dylan n’était en rien révolutionnaire : « le projet qui était celui des beatnicks du début des années cinquante (se remodeler eux-mêmes, remodeler leur mode de vie, leurs perceptions, leur sensibilité) l’emporte rapidement sur le désir de transformer les institutions ou les politiques. » Dylan avait fait le pas qui l’éloignait d’un certain gauchisme pour le rapprocher de la psychothérapie narcissique de Timothy Leary : « Turn on, tune in, drop out » (Branche-toi, mets-toi au diapason, décroche). Le tout, sans souiller son art, bien au contraire.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 05:51

Il avait une bonne tête, Émile Loubet.

 

Sous les ors de l’Élysée (6)

Et puis, il mit volontairement un terme à sa carrière politique après sa présidence.

 

Fils de cultivateurs de la Drome, il épouse Marie-Louise Picard, fille de quincailler, dont il aura quatre enfants. À l’Élysée, Marie-Louise ne fait pas preuve d’une subtilité débordante en matière de mondanités. Elle demande au roi d’Angleterre « ce qu’il va faire de son grand garçon ». Un garçon de quarante ans. Elle s’habille très mal.

 

Pour succéder à l’impétueux Félix Faure, il y avait en fait deux candidats : Jules Méline, l’antidreyfusard pour qui « il n’y [avait] pas d’affaire Dreyfus, et le neutre Loubet, que le dreyfusard Clémenceau va soutenir. Méline retire sa candidature et Loubet est facilement élu. Déroulède tente alors un coup d’État pour renverser la République. Loubet est frappé à coups de canne par le baron Christiani, qui est écroué et condamné à dix ans de prison. Jugé en haute cour, Déroulède est banni en Espagne.

 

C’est sous la présidence de Loubet que fut votée la séparation des Églises et de l’État.

 

Loubet mourra de sa belle mort à près de 91 ans.

 

Armand Fallières lui succède. Il était né dans le charmant village de Mézin, près de Nérac, dans le Lot-et-Garonne. Son père était greffier de justice. Fallières devint avocat après avoir suivi des études de droit. Il est élu député « républicain de gauche » en 1876. Il sera ensuite sénateur et ministre. Il est élu président de la République en 1906.

 

Hostile à la peine de mort, il gracie systématiquement les condamnés à mort. Il encourage Briand à déposer un texte de loi abolissant cette peine, mais l’opposition, menée par Barrès fait échouer cette tentative. C’est sous la présidence de Fallières que Clémenceau, le « briseur de grève » va réprimer brutalement certains mouvements sociaux comme la grève des vignerons du Languedoc en 1907, une grève due à la surproduction (dans les bistrots, on vendait le vin à l’heure : on payait et on buvait tout ce que l’on voulait ou pouvait boire). 150 000 manifestants à Béziers (qui ne votait pas Front national). 200 000 manifestants à Perpignan. 250 000 à Carcassonne. 800 000 à Montpellier (dans une France deux fois moins peuplée qu’aujourd’hui). Le maire de Narbonne appelle à la désobéissance civique. Clémenceau envoie 25 000 fantassins et 8 000 cavaliers. La troupe tire sur la foule. Deux morts, dont un enfant. Cinq autres morts le lendemain. Des soldats du 17ème régiment d’infanterie se mutinent. 

Sous les ors de l’Élysée (6)

Le gouvernement joue l’apaisement.

 

La surproduction sera ensuite absorbée par les poilus de la Première Guerre mondiale alors que, règlementairement, l’eau était « la boisson habituelle du soldat ».

 

Et Madame Fallières, dans tout cela ? Jeanne Bresson était de Nérac. Pas vraiment jolie, économe, avare, elle revendait les fruits qu’on lui envoyait du jardin du Luxembourg.

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 05:44

Bernard Cassen dans Mémoire des Luttes, nous dit qu’il faut faire preuve de beaucoup de naïveté pour croire que l’acharnement de la « troïka » contre la Grèce obéit uniquement à des considérations de stricte gestion des fonds européens. Quand les représentants des trois institutions qui composent cet attelage – la Banque centrale européenne (BCE), la Commission européenne et le FMI – multiplient, comme cela a été le cas ces dernières semaines, les exigences préalables pour verser au gouvernement d’Athènes la tranche de prêt de 8, 5 milliards d’euros qui lui a été promise, ils poursuivent implacablement une expérience de laboratoire entamée il y a six ans.

 Cette expérience a une ambition de portée historique : le dynamitage de l’Etat social, fruit de décennies de luttes, d’abord dans le pays le plus vulnérable de l’Union européenne puis, de proche en proche, dans les autres pays de la « périphérie » (Espagne, Chypre, Irlande, Portugal) avant d’étendre ce projet, avec la complicité de leurs gouvernements, à certains pays du « centre », dont la France de François Hollande et de Manuel Valls. Ce projet est multidimensionnel, à la fois économique, politique et social. Le président de la BCE, Mario Draghi, ne s’en est pas caché lorsqu’il a déclaré au Wall Street Journal [2] que « le modèle social européen était mort ». Nous voilà prévenus…

 

Sur son site, Jean-Emmanuel Ducoin évoque « l’atomisation du parti socialiste) :

 

Les dirigeants aux commandes n’ont pas cherché à faire bouger les lignes en faveur du progrès social, mais ils sont rentrés dans le rang des doctrines dominantes, quitte à passer en force, contre les militants socialistes eux-mêmes, réduits au rôle de spectateurs! 

 

 

Cerises, le site rouge aigre-doux, nous propose ce petit poème inspiré par les Solfériniens :

 

Le centriste Benhiamas remplace

le recentré Peillon qui remplace

l'excentré Désir, lui-même remplacé

par Cambadélis qui rejoint l'épicentre.

 

Bref, on tourne en rond !

 

Toujours dans Cerises : le site se demande ce qui caractérise les choix de Sanofi, une entreprise que les Toulousains connaissent bien :

 

Comme toutes les multinationales, la stratégie des grands groupes pharmaceutiques est orientée vers le profit maximal et la satisfaction des actionnaires. Les changements stratégiques sont travaillés par les cabinets conseil qui examinent les secteurs les plus rentables à court et moyen termes. Pour donner un exemple, les dirigeants tels ceux de Sanofi ne parlent plus d’industries pharmaceutiques, mais d’industries de santé, intégrant la santé grand public, le bien-être, produits à très forte rentabilité. C’est ainsi que Sanofi a développé avec Coca-cola une boisson beauté, ainsi qu’une solution (le lactacyl) visant le blanchiment de la peau et des parties intimes (très en vogue en Asie)… Ce type de produits rapporte beaucoup et ne nécessite pas d’investissement majeur en recherche.

 

Pour assurer une augmentation continue des dividendes, les stratégies des laboratoires s’accompagnent d’une réduction de l’ensemble des coûts internes, de la recherche à la production. L’externalisation des risques de recherches est à l’ordre du jour, les laboratoires espérant faire le maximum d’argent en récupérant l’innovation externe (les petites biotechs, la recherche publique…) pour n’assurer que le développement clinique. Cela conduit à un démantèlement des capacités internes, à l’abandon de certains axes thérapeutiques, un immense gâchis scientifique et humain.

 

Marianne s’étonne de la mansuétude des grands médias au sujet de Jean-Christophe Cambadélis, le nouveau premier secrétaire du parti socialiste :

 

Le profil de socialiste et d’acteur de premier plan de la vigilance antifasciste contre Le Pen de Jean-Christophe Cambadélis a intéressé dans les années 90 un ancien cadre du Front national, patron d’un organisme de gestion de foyers pour travailleurs immigrés qui offrait des conditions d’hébergement lamentables à ses pensionnaires : il proposa à Cambabélis, qui l’accepta, un salaire un peu trop fictif qui valut à ce dernier une condamnation à 100 000 francs d’amende et cinq mois de prison avec sursis.

 

Le procès, en 2000, permit d’apprendre que ce taulier marchand de sommeil, qui avait parfois des soucis avec des comités de résidents mécontents de ses prestations, avait ainsi, en recrutant le déjà apparatchik du PS, souhaité « s’attacher les services d’un homme d’influence », justifiant par « la position importante de Monsieur Cambadélis dans un parti politique » l’intérêt d’obtenir, à l’occasion de quelques déjeuners, les conseils d’un expert apte « à revaloriser son image et [à] lui ménager des appuis et son influence ». « Appuis » et « influence », deux raisons qui peuvent peut-être aussi expliquer pourquoi les journalistes ont aujourd’hui la mémoire si sélective quand ils écrivent sur Jean-Christophe Cambadélis.

 

 

Revue de Presse (90)
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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 05:59

De mars 1965 à mai 1966, Dylan est au sommet de son art. Notons qu’au même moment la pop music anglo-étasunienne atteint une densité et une diversité créatrice qu’elle ne retrouvera peut-être jamais plus. Pour Dylan, il y a d’abord Bringing it All Back Home, dont le titre même symbolise le retour du poète vers des espaces intérieurs.  De ce disque que l’on peut considérer comme le premier album de folk-rock (enregistré d’abord en acoustique puis en électrique), on peut retenir deux chansons, l’une qui tranche par sa violence caustique et l’autre par sa poésie surréaliste. “ Subterrenean Homesick Blues ” met en scène les petits Blancs aliénés par le système. Déclassés involontaires, ils ploient sous l’autorité sournoise, inflexible et inhumaine de l’ordre et de la morale établis.

 

Le premier vers de la chanson juxtapose distillation de la codéine et paysage politique :

 

Johnny's in the basement mixing up the medicine

I'm on the pavement thinkin' about the Government

 

Johnny est au sous-sol et mélange les médicaments

Je suis sur le trottoir et je pense au gouvernement

 

La chanson décrit également les conflits qui bouillonnaient entre les travailleurs et la société bien pensante et la contreculture de la décennies :

 

Walk on your tiptoes

Don’t try no dose

Better stay away from those

That carry around the firehose

Keep a clean nose

Watch the palin-clothes

You don’t need a weatherman to know which way the wind blows

[…]

 

Don’t steal don’t lift

Twenty years of schooling

An they put you on the day shift

Look out kid

They keept it all hid

Better jump down a manhole

Light yourself a candle

Don’t wear sandals

Don’t wanna be a bum

You better chew gum

The pump don’t work

Cause the vandals took the handles

 

Marche sur tes doigts de pied

N’essaie pas la drogue

Vaut mieux te tenir à l’écart

De ceux qui brandissent des lances à incendie

Mouche ton nez

Fais attention aux flics en civil

Tu n’as pas besoin de l’homme météo

Pour savoir d’où souffle le vent

[…]

Ne vole pas ne chaparde pas

Vingt ans à l’école

Et ils te font faire les trois-huit

Fais attention petit

On te cache tout

Tu ferais mieux de sauter dans un trou d’égout

Allume-toi une bougie

Ne porte pas de sandales

Tu ne veux pas être un clodo

Alors mâche du chewing gum

La pompe ne fonctionne pas

Car les vandales ont pris les poignées

 

La chanson fait clairement référence à la répression contre les manifestations pour les droits civiques (les lances à incendies). Elle annonce le groupe d’extrême gauche des Weathermen. Plus généralement, comme l’écrivit Andy Gill, un des meilleurs spécialistes de Dylan, « toute une génération arriva à saisir l'air du temps au travers du tourbillon verbal de cette chanson. » Enfin, elle est très connu pour son célèbre clip vidéo, apparu pour la première fois au début du film de D.A. Pennebaker Don’t Look Back, où l’on voit le chanteur, dans une rue de Londres montrant des pancartes où sont inscrits des extraits de la chanson.

 

“ Mr Tambourine Man ” fut inspirée par un véritable et énorme tambourin, mais surtout par la culture de la drogue, omniprésente aux Etats-Unis dans certains milieux dès 1964. Le « magic swirling ship » du début de la chanson rappelle assurément “ Le bateau ivre ” de Rimbaud :

 

Though I know that evening’s empire

Has returned into sand

Vanished from my hand

Left me blind here to stand

But still not sleeping

My weariness amazes me

I’m branded on my feet

I have no one to meet

And the ancient empty streets

Too dead for dreaming

[…]

Then take me disappearing

Through the smoke rings of my mind

Down the foggy ruins of time

Far past the frozen leaves

The haunted frightened trees

Out to the windy beach

[…]

Let me forget about tody until tomoeeow

 

Je sais que l’empire du soir

Est retourné à l’état de sable

Aglissé de mes mains

Et m’a laissé aveugle

Mais pas encore endormi

Ma lassitude m’étonne

Mes pieds sont marqués au fer

Je n’ai personne à voir

Et les rues anciennes vides

Et mortes m’empêchent de rêver

[…]

Fais-moi disparaître

Dans les cercles de fumée de mon esprit

Dans les ruines brumeuses du temps

Très loin des feuillages gelés

Des arbres hantés et effrayés

Vers la plage de grand vent

[…]

Laisse-moi oublier aujourd’hui jusqu’à demain

 

Certes le disque comporte, avec “ It’s Alright Ma’ ” une chanson très politique :

 

But even the president of the United States

Sometimes must have to stand naked

 

Même le président des Etats-Unis

Doit parfois être nu

[…]

 

And if my thought-dreams could be seen

They'd probably put my head in a guillotine

 

Si l’on pouvait voir mes pensées

On verrait probablement ma tête sous une guillotine

 

Il n’en reste pas moins qu’avec Bringing it Dylan a rompu les liens qui l’unissaient à Joan Baez et la gauche traditionnelle. Il refuse par ailleurs de suivre la mode peace and love des hippies. Il s’enfonce seul dans un tunnel cahotique et fantasmagorique. Il fourbit ses armes : lucidité, dérision, images fantastiques, humour sarcastique et grinçant, visions absurdes et fabuleuses. Son œuvre devient noire, infernale et sublime.

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 05:51

 

Dès lors, la popularité de Dylan est immense. Par lucidité, par crainte ( ?), il soupçonne la récupération, à gauche comme à droite. Il choisit alors d’être seul dans la foule, libre par rapport à l’engagement soudain – et on le sait désormais, qui ne durera pas – de toute une jeunesse, poète contre le militantisme politique.

 

En 1964, Dylan propose à son public The Times They Are a-Changing et Another Side of Bob Dylan, dans la continuation logique de Freewheeling. La voix est plus assurée, les mélodies plus recherchées mais le style n’a pas vraiment évolué : un troubadour solitaire exprime le monde tel qu’il le ressent. La chanson  “ The Times They Are a-Changing ” est immédiatement politique. Vingt ans après sa création, Dylan dira qu’elle était engagée, et aussi influencée par les ballades écossaises ou irlandaises (« Come All Ye Bold Highway Men, Come All Ye Tender Hearted Maidens »). « J’ai voulu écrire une chanson forte », expliquera-t-il, avec des strophes courtes s’empilant les unes sur les autres de manière hypnotique :

 

Come senators congressmen

Please heed the call

Don’t stand in the doorway

Don’t block up the hall

 

Come mothers and fathers

Throughout the land

And don’t criticize

What you can’t understand

Your sons and your daughters

Are beyond your command

 

The line it is drawn

The curse it is cast

The slow one now

Will later be fast

As the present now

Will later be past

 

The order is rapidly changing

And the first one now

Will later be last

For the times they are a-changing

 

Approchez sénateurs députés

Faites attention on vous appelle

Ne restez pas dans la porte

Ne bloquez pas le passage

 

Approchez mères et pères

Dans tout le pays

Et ne critiquez pas

Ce que vous ne pouvez comprendre

Vos fils et vos filles vous ont échappé

 

La ligne est tracée

Le sort est jeté

Qui est lent aujourd’hui

Ira vite demain

Tout comme le présent

Sera bientôt le passé

L’ordre des choses change rapidement

Et le premier aujourd’hui

Sera le dernier demain

Car les temps sont en train de changer

 

 

Avec Another Side, le ton n’est plus tout à faite le même. Fini la protest song. Le disque ne contient aucune chanson politique mais des expériences vécues ou rêvées, aux limites du surréalisme. La chanson “ My Back Pages ” rejette tout idéal politique et exprime la désillusion de Dylan par rapport à la folk song contestataire. Avant, dit-il, il était « bien plus vieux ». Aujourd’hui, il se sent « plus jeune ». Dans ces deux disques, des chansons d’amour sourdent l’affliction et le désarroi sentimental d’un homme dont il est facile d’imaginer qu’il éprouve quelques difficultés dans sa relation aux femmes :

 

You say you’re looking for someone

Who’s never weak but always strong

To protect you and defend you

Someone to open each and every door

Who’ll pick you up each time you fall

 

A lover for your life and nothing more

But it ain’t me babe

No no no it ain’t me babe

 

Tu dis que tu cherches quelqu’un

Qui ne serait jamais faible mais toujours fort

Pour te protéger et te défendre

Quelqu’un qui t’ouvrirait toutes les portes

Qui te ramasserait chaque fois que tu tomberait

Un amant pour la vie et rien d’autre

Mais ce n’est pas moi ma chérie

Non non non ce n’est pas moi

 

 

Adieu la tendresse adolescente des chansons d’amour des deux premiers disques. Place aux débats adultes.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 05:33

 

Le disque Bob Dylan s’inscrit parfaitement dans la veine folk. Le chanteur interprète des chansons traditionnelles (“ House of the Rising Sun ”, “ Freight Train Blues ”), adapte d’anciens succès (“ You’re No Good ”, “ Highway 51 ”) tandis que sa contribution en tant qu’auteur est assez maigre, si l’on excepte la très belle “ Song to Woodie ”, dédiée à Guthrie.

 

Immédiatement, Dylan se distingue du flot des autres chanteurs folk. Il s’accompagne exclusivement à la guitare sèche et à l’harmonica. Sa voix rauque est surprenante et désagréable au point d’en devenir prenante et agréable. À mi-chemin entre le beatnick et l’enfant de chœur, il échappe à tous les stéréotypes : les chveux sont longs et bouclés, les vêtements sont négligés, les yeux de myope se cachent derrière d’épaisses lunettes noires, il méprise, pour le moment, l’argent et l’estime. Repoussant l’étiquette de chanteur engagé, il se veut le chroniqueur et le révélateur acerbe du malheur des humains et de leur aliénation matérielle et spirituelle.

 

En mai 1963, il produit The Freewheeling Bob Dylan (En roue libre). Cet album, disque de platine aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, assoit définitivement sa notoriété. Il contient “ Blowing in the Wind ” qui va devenir l’hymne des droits civiques. Sur tous les campus, on va la fredonner pendant un an du matin au soir et du soir au matin. La chanson attaque sans indulgence l’apathie, le non-engagement et l’indifférence de la majorité silencieuse face aux problèmes les plus brûlants qui corrodent les États-Unis. Elle va également devenir la bannière de ceux qui luttent pour l’intégration des Noirs alors qu’en fait deux vers seulement étaient spécifiquement consacrés à ce problème :

 

How many years can some people exist

Before they’re allowed to be free

 

Combien de temps encore devront vivre certains

Avant d’avoir le droit d’être  libres.

 

Le ton de la chanson n’était point vindicatif ou hargneux. Dylan se contentait de poser des questions sans y répondre vraiment. Toutefois, il se réservait le droit de faire observer que la réponse existait puisqu’elle soufflait dans le vent.

 

 

Il y avait dans ce 33 tours deux chansons d’une violence rare pour l’époque : “ The Masters of War ”, les marchands de canons du complexe militaro-industriel et “ Oxford Town ”, inspirée par l’arrivée dans l’université du Mississipi du Noir James Meredith, un ancien soldat de l’armée de l’air étasunienne :

 

You that never done nothing

But build to destroy

You play with my world

Like it’s your little toy

You put a gun in my hand

And you hide from my eyes

And you turn and run farther when the fast bullets fly

 

Vous qui n’avez jamais rien fait

Que de construire pour détruire

Vous jouez avec mon univers

Comme si c’était votre joujou

Vous mettez un fusil dans ma main

Et vous vous cachez à ma vue

Et vous vous sauvez en courant

Quand les balles se mettent à siffler

 

…                                                                                                     …

 

He went down to Offord Town

Guns and Clubs followed him down

And because his face was brown

Me and my gal and my gal’s son

We got met with a tear gas bomb

 

Il est arrivé à Oxford Town

Harcelé par les fusils et las matraques

Seulement parce que sa figure était brune

Moi et ma femme et le fils de ma femme

On a été reçus à coups de bombes lacrymogènes.

 

 

Racisme anti-Noirs, racisme anti-jeunes. Dylan chante la fraternité et l’égalité raciale. On salue en sa personne celui qui réveille la conscience du pays. Allen Ginsberg, qui reconnut avoir pleuré lorsqu’il entendit pour la première fois “ A Hard Rain’s Gonna Fall ”, a trouv » son archange :

 

Oh enfin la radio parle

Invitation bleue

L’angélique Dylan chante pour la nation

Sa tendresse perce l’éther

Douces prières sur les ondes.

 

Pour clôturer le festival de Newpart, ce festival qui, selon Jerry Rubin (qui deviendra reaganien dans les années quatre-vingt), ne réunissait que des libéraux et des curés, les participants avaient l’habitude d’entonner la traditionnelle chanson intégrationniste “ We Shall Overcome ”. Mais en 1963 le public obtient que “ Blowing in the Wind ” termine en apothéose la grande fête annuelle de la musique folk.

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 05:32

Ces gentils nageurs ont réussi un jeu de mots franco-anglais bien sympatique. Mais d'un point de vue programmatique, l'effet recherché n'est pas très rassurant.

Méprisons la langue française (16)
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