Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 05:19

 

Un article récent du journal Le Progrès revient sur le licenciement abusif de trois ouvriers de Renault Trucks, qui leur a été annoncé en mai dernier.

La direction justifie ces licenciements avec des images de caméras de surveillance, sur lesquelles on voit l’un des salariés en train de donner des coups de pieds dans un distributeur à boissons, après que celui-ci a bloqué les pièces. Il revient avec un deuxième collègue avec qui il secoue la machine, faisant tomber deux canettes de celle-ci. Ce qu’explique Michel Piot, délégué syndical CGT dans l’entreprise, au journal Le Progrès, c’est que si cet acte s’est reproduit deux fois, avec un des salariés présent aux deux moments, c’est simplement parce que « ce distributeur fonctionne mal ». C’est donc suite à la plainte de l’entreprise pour qui gère les distributeurs pour « vol de canette » que ces trois salariés ont reçu leur lettre de licenciement.

 

Cet acharnement de la direction à leur encontre témoigne, selon Michel Piot, d’un « serrage de vis pour instaurer un climat de peur » et montre à quel point le patronat est toujours à l’affût pour réprimer les travailleurs. A ce propos, Michel Piot met l’accent sur le règlement « répressif et infantilisant  » instauré au sein de l’entreprise, sur lequel la direction s’appuie pour faire régner la terreur : « Des sanctions ont été prises à l’encontre d’un ouvrier portant une casquette Yamaha et non Renault Trucks. Plus grave, un ouvrier de l’usine moteur a failli être licencié. Son chef l’accusait de l’avoir insulté, sans témoin. Si une centaine de gars n’avaient pas débrayé, il y passait… ».

 

 

 

Le New York Times célèbre les 50 ans des «Pentagon Papers» tout en ignorant la persécution de Julian Assange.

 

La manière dont le Times lui-même a choisi de commémorer cet anniversaire constitue une étude de cas du profond glissement vers la droite des médias et de l’ensemble de l’establishment politique au cours des cinq décennies écoulées.

 

Ce changement ne s’exprime nulle part de manière aussi flagrante que dans le profond silence du journal sur le cas du rédacteur en chef de WikiLeaks Julian Assange, dont la persécution par les gouvernements américain et britannique pose la question des droits démocratiques fondamentaux à la liberté d’expression et à la liberté de la presse de manière encore plus aiguë que les événements d’il y a 50 ans.

 

Le premier volet du reportage du Times sur les documents a été publié le 13 juin 1971. L’impact public des révélations a été immensément amplifié par l’action quasi dictatoriale de l’administration Nixon, qui a obtenu une injonction du tribunal imposant une restriction préalable à toute nouvelle publication de la série du Times.

 

Alors même que le Times était contraint d’arrêter sa publication, le Washington Post a commencé à publier les documents, avant d’être frappé par une injonction similaire. Avant que l’affaire ne soit réglée, les documents avaient été publiés dans 19 journaux américains différents. En à peine deux semaines, les injonctions ont été annulées par une décision de 6-3 de la Cour suprême des États-Unis.

 

Cinquante ans plus tard, les propriétaires et les rédacteurs du Times ont totalement renié tout engagement envers ce « droit présumé », tant en paroles qu’en actes. Le journal a été un partenaire indispensable du gouvernement américain dans la promotion et la fabrication de mensonges utilisés pour justifier les guerres impérialistes, depuis les « armes de destruction massive » qui ont ouvert la voie à une guerre qui a coûté la vie à un million d’Irakiens, jusqu’à l’actuelle campagne de propagande du « laboratoire de Wuhan ».

 

S’exprimant au nom du Times, l’ancien rédacteur en chef Bill Keller a défendu en 2013 le rôle du journal en tant qu’instrument de propagande d’État et partenaire direct du gouvernement dans la rétention d’informations au public: « Nous sommes tout à fait d’accord pour dire que la transparence n’est pas un bien absolu », écrivait-il. « La liberté de la presse inclut la liberté de ne pas publier, et c’est une liberté que nous exerçons avec une certaine régularité. »

 

Pour faire bonne mesure, le Times a marqué le 50e anniversaire en ouvrant ses pages éditoriales à Gabriel Schoenfeld, ancien rédacteur en chef du magazine néoconservateur Commentary et conseiller politique républicain. L’article était intitulé « La fuite des documents du Pentagone était une agression contre la démocratie ». L’article dénonce Daniel Ellsberg comme un « voyou » coupable d’avoir « illégalement exploité son accès privilégié à des informations secrètes ».

 

Contrairement au Times, Daniel Ellsberg, est resté fidèle aux principes qui ont guidé sa dénonciation des crimes étasuniens au Vietnam il y a un demi-siècle. À l’âge de 90 ans, il a rendu publics de nouveaux documents détaillant les plans de l’armée des EU pour lancer une guerre nucléaire contre la Chine pendant la crise du détroit de Taïwan en 1958. Ellsberg a délibérément mis au défi le gouvernement de le poursuivre une nouvelle fois en vertu de la loi sur l’espionnage.

 

Revue de Presse (359)
Partager cet article
Repost0
20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 05:00
 
Image
déclaration desdroits de l'homme et du citoyen

Nous (Pardem) diffusons un texte d’André Bellon dont nous partageons de nombreuses analyses, sur la souveraineté, la démocratie, le rôle de l’Union européenne et de la mondialisation dans leur remise en cause.

https://www.pardem.org/de-la-langue-de-lhistoire-de-la-laicite-du-peuple

Y a-t-il encore un peuple français ? La question pourra étonner. Elle est pourtant le cœur de la crise politique actuelle.


Les responsables politiques nous serinent à longueur de temps que nous sommes en démocratie. Mais y a-t-il une démocratie sans peuple ? L’article premier de la Constitution définit la République comme le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple tandis que l’article 3 dispose que la souveraineté nationale appartient au peuple. Peut-on continuer longtemps à proclamer des principes bafoués en permanence ?


Voilà bien longtemps que la classe dirigeante multiplie les atteintes à la démocratie (coup d’État contre le vote du 29 mai 2005, instauration du quinquennat et inversion du calendrier, « conventions citoyennes » délégitimant le suffrage universel,…). Mais l’offensive actuelle est plus perverse. Elle vise à dégouter les citoyens eux-mêmes de la souveraineté populaire, à leur présenter des miroirs aux alouettes habilement manipulés par de soi-disant experts. Tous ceux qui désirent réaffirmer les principes démocratiques et républicains sont ainsi qualifiés d’archaïques ou, injure suprême, de populistes. Ces manipulations touchent d’honnêtes gens qui, pensant défendre des causes justes, voient leurs combats dévoyés par les dirigeants. Il est plus que temps de condamner ces méthodes, d’en dénoncer les auteurs et d’appeler à un vrai débat démocratique, public et contradictoire.


C’est pourquoi il faut insister sur les attributs du peuple, les réaffirmer et rappeler comment la volonté collective et l’intérêt général ne sont en aucune manière ennemis des particularités individuelles.

De la Langue

« La langue de la République est le français » (article 2 de la Constitution). Au travers de la loi Molac (partiellement censurée par le Conseil constitutionnel) et au prétexte de la langue, est soudain réapparu le vieux débat entre centralisation et décentralisation. Aussi important que soit ce débat, ce n’est pas de cela qu’il s’agit en réalité. Car le choix entre centralisation et décentralisation se situe dans le cadre d’un peuple unique et dans la recherche d’un contrat social qui donne au peuple sa cohérence. Or, la loi Molac ouvrait la porte de l’espace public aux langues régionales, fractionnant ainsi ce dernier en fonction des particularismes régionaux. C’est très exactement ce que souhaitent les instances européennes au travers de la charte européenne des langues régionales et minoritaires dans laquelle tant de thuriféraires des langues régionales croient apercevoir la solution. Il ne s’agit plus alors de sauver, ce qui est bien légitime, un patrimoine culturel et linguistique, ni de décentraliser, mais d’émietter les peuples et les États. Veut-on cela ? Veut-on transformer un peuple uni autour de sa langue en une multitude de micro peuples sans réalité politique et donc faibles et soumis ? Ne voit-on pas que ce projet aboutit à supprimer le français au bénéfice de la langue de la mondialisation, l’anglais, et à transformer les langues régionales en éléments de folklore ? La langue française, soumise à tant d’abâtardissements, à une tentative « inclusive », espèce d’horreur la rendant illisible, et au français de cuisine de trop de journalistes, n’a-elle plus rien à dire pour sa défense ?

De l’Histoire

Le débat sur l’Histoire a resurgi avec violence depuis quelque temps. L’Histoire nationale n’est plus présentée qu’au travers d’abominations que sélectionnent avec délectation des petits groupes ou des prédicateurs autoproclamés, généraux en chef de guerres depuis longtemps gagnées par d’autres. Le concept totalement artificiel de « décolonial » et les dérives du post colonialisme par exemple, sont portés par des personnes qui s’approprient indument l’histoire coloniale, nient totalement l’histoire de l’anticolonialisme en France comme les attitudes bien contradictoires dans les pays colonisés. L’inculture historique se mélange avec la haine de la France et la lecture apologétique faite par de petits communautarismes se conjugue avec l’action de l’Union européenne qui veut détruire toute trace des peuples et des nations. Il n’est pas question d’ignorer les contradictions et les erreurs de notre histoire comme de celles de tous les peuples. Il est, en revanche, nécessaire d’analyser, de comprendre et d’enseigner comment se crée et comment vit un peuple au travers des gloires et des fautes de sa trajectoire. Comme le dit Fernand Braudel « Sans le poids de l’Histoire, le présent ne serait qu’une péripétie ». Tout semble concourir aujourd’hui à dégoûter le peuple de son histoire, donc à ne pas avoir d’histoire. Ajoutons que la spécificité de l’histoire politique de la France liée à l’émancipation humaine, au travers notamment de 1789, porte en elle la volonté d’élever positivement les esprits et les cœurs.

De la Laïcité

Pourquoi de nouveaux conflits ont-ils resurgi à propos de la loi de 1905 ? On pourrait s’en étonner tant son article 1 est sans ambiguïté qui dispose que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ». En bref, ce texte affirme la liberté de pensée individuelle sans nuire à la pratique de leur foi par tous les fidèles des églises. Le développement des attaques contre ces principes, en voulant redonner un place particulière à la religion, implique bien évidemment le retour de l’intolérance, par exemple par les appels au rétablissement de fait d’un délit de blasphème. La liberté de conscience s’efface alors au profit de la liberté religieuse.


Plus profondément, l’importance prise par les groupes identitaires, d’ailleurs pas uniquement religieux, marquent la dilution de l’espace public, de l’intérêt général et, de façon plus globale, de l’État. Le néolibéralisme, dans son obsession à supprimer tout ce qui est collectif, émiette la société et valorise les particularismes.

… Du Peuple

La notion de peuple a subi une rupture épistémologique. De souverain plus ou moins accepté, mais néanmoins officiel qu’il était encore il y a un demi-siècle, le peuple est devenu un être incernable, introuvable selon l’ineffable Rosanvallon ou, pire, une incarnation du mal sous les traits du populisme ou du colonialisme. Certes, la définition peut être variable. Les Grecs anciens, par exemple, utilisaient des mots différents en fonction des utilisations du terme : ethnos pour une vision ethnique du peuple, laos pour la populace, demos pour le peuple en tant qu’être politique constitué. Est-il utile de dire que nous nous référons ici au demos, nous inspirant par exemple de l’historien Benedict Anderson qui voit le peuple comme une communauté imaginée, c’est-à-dire qui prend sa valeur politique par la participation consciente de ses membres. Encore faut-il que la question soit posée. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont tout fait pour détourner les citoyens de leur participation au peuple, leur enlevant ainsi cette qualité de citoyens qui crée la communauté politique pour la remplacer par des notions fumeuses telles que « Vivons ensemble nos différences ».


La mondialisation et son segment particulier qu’est l’Union européenne fonctionnent à partir de cette idéologie qu’ils imposent par des moyens tant économiques que juridiques. Les concepts de peuple et de souveraineté n’ont pas de place dans un tel projet. Il n’y a plus de contrat social, tant les gouvernements successifs se sont employés à le détruire, en particulier en s’attaquant aux conquêtes de Conseil national de la Résistance. La démocratie, la République, pourtant censées créer un tel contrat, ne sont alors que des mots creux pour limiter l’expression des citoyens à des consultations sans conséquences sur des sujets annexes. S’agit-il d’ailleurs de citoyens ? Lorsque fut créée, par exemple, la « Convention citoyenne sur le climat », il s’agissait de « gens » tirés au sort, pas de citoyens, car le citoyen n’existe que dans son rapport politique à tous les autres, en tant que membre du peuple souverain.


Les tentatives ont pourtant été nombreuses pour réaffirmer l’existence du peuple en tant que communauté politique et sociale, qu’elles se soient affirmées par les urnes (référendum du 29 mai 2005, croissance de l’abstention) ou par des mouvements populaires tel celui des Gilets Jaunes. Mais la classe politico-médiatique n’en a cure et ne songe qu’à les étouffer ou à les nier de façon assez brutale.


De nos jours, le combat pour la reconstruction du peuple en tant que corps politique et la lutte pour la souveraineté n’ont de sens que s’ils se conjuguent dans l’opposition à cette mondialisation inhumaine.

 

Partager cet article
Repost0
19 juin 2021 6 19 /06 /juin /2021 04:52

Comme tout le monde sur Facebook je suis divers groupes, de la manière la plus éclectique qui soit. Cela va des amis de Marcel Proust à Fausto Coppi en passant par Pierre Brossolette et Julian Assange. J’interviens très peu dans ces groupes car, d’une part, les journées n’ont que 24 heures et que, d’autre part, ces interventions sont fugaces, évanescentes, un peu comme Bribri d’amour dont il ne restera rien.

Tout récemment, je vois passer, dans un groupe auquel j’appartenais (notez le temps du passé) et que je ne citerai pas pour ne pas lui faire de publicité, la nouvelle selon laquelle le journaliste Dimitri Pavlenko allait bientôt présenter la matinale d’Europe 1. Cela faisait un petit moment que je suivais les heurs et malheurs de la rédaction d’Europe1, tétanisée par l’arrivée de Bolloré dans le capital de la station. Il se trouve que j’ai un peu connu cet individu il y a 40 ans à Abidjan. C’était déjà un rouleau compresseur sans âme et sans vergogne. Quant à Dimitri Pavlenko, il s’agit d’un jeune et brillant journaliste, ancien chroniqueur économique de Radio Classique (station bien connue pour son progressisme dès qu’elle se pique de politique) et débatteur avec Zemmour sur CNews, chaîne d’« information » (sic), contrôlée par Bolloré, et dont le progressisme est également bien connu.

Je réagis sur FB à la nouvelle de l’arrivée de Pavlenko à Europe 1 par un “ Allons-y, l'extrême droite ”. Les réactions à ma réaction ne se sont pas faites attendre et furent de deux ordres : une majorité de « Mais pas du tout, vous vous trompez, est-ce que vous l'écoutez au moins ? » et une minorité de « Où est le problème ? ». En d’autres termes, et en simplifiant à peine, un petit échantillon de gens dépolitisés ou d’extrême droite.

J’hésitai entre deux manières de répondre : soit un petit mot à chacun de mes contradicteurs, soit une réponse à tous, globale, argumentée. Pris par d’autre tâches, je laissai tomber.

Quelle ne fut pas ma surprise quand, quelques heures plus tard, je reçus du modérateur du groupe, Térence Briouze (je cite son nom car il faut faire connaître les censeurs qui sévissent sur le net), la note suivante : « Gardez votre avis de vieux boomer sur Dimitri. Intenable de lire des gens comme vous qui hurlent à l’extrême droite pour tout et rien. Vous êtes largué. »

Analysons brièvement ces trois lignes. “ Térence ” donne à entendre qu’il a peut-être gardé les vaches avec “ Dimitri ”. Pourquoi pas ? Pour cet homme sensible, « allons-y, l’extrême droite » est un « hurlement ». Il me demande de garder mes opinions pour moi dès lors qu’elles sont différentes de sa bien-pensance. M’apostropher en me qualifiant de « vieux boomer » (pléonasme) est du niveau politique des apostrophes du style « Noir », « Arabe », « roux », « unijambiste ». Il s’agit d’une détermination de l’Autre vulgaire et simpliste. Enfin, il me vire du groupe (il me « largue) sans même que j’ai pu avancer un mot, non pas pour ma défense – on ne se défend pas devant Fouquier-Tinville, on attend le couperet – mais simplement pour exprimer démocratiquement une analyse, une opinion.

Il faut bien en revenir à ce qu’est l’extrême droite aujourd’hui. Térence Briouze, qui n’est pas un « vieux boomer », n’a pas connu l’époque où Le Pen et l’extrême droite plafonnaient à 2% dans l’électorat français. Les soutiens du père de Marine étaient, comme lui, des partisans de l’Algérie française, pour certains d’anciens pétainistes et collabos, une resucée de l’extrême droite des années trente, violente en actes et en verbe, anti-parlementaire. Les journalistes qui suivaient Le Pen avaient « cassé du Viet eu du fellouze ». Je pense par exemple à Roger Holeindre qui nous a quitté l’année dernière à l’âge de 91 ans. Ou à François Brigneau, membre de la Milice, proche de Déat, de Brasillach (dont il a partagé la cellule à Fresnes), qui a rejoint le Walhalla des plumes tranchantes et haineuses en 2012, à 92 ans.

Nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Les dirigeants et militants d’extrême droite nous apparaissent cravatés, en costume cintré. Leur discours est presque lisse, dédiabolisé en tout cas. Une bonne proportion d’entre eux sont homosexuels, ce qui fera bientôt se retourner dans sa tombe le fondateur du Front National. Mais sous cette forme presque avenante, il y a un fond sombre, qui a sûrement dû échapper au jeune Térence : celui d’adeptes du capitalisme le plus débridé, protégé par des forces de l’ordre qui nassent, qui éborgnent et arrachent des mains.

Moi le vieux boomer qui ai baigné dans la vie politique française depuis plus de 55 ans et qui ai eu le bonheur d’étudier de près la vie politique anglaise pendant plus de trois décennies, je constate douloureusement qu’en Europe de l’Ouest et centrale, qu’en Amérique du Nord, le paradigme s’est inexorablement déplacé vers la droite et que les cravatés d’aujourd’hui ont pris la place des militants en parka militaire d’autrefois.

Chez Bolloré, là où est vraiment le pouvoir, il faut être rasé de près.

Sauvons le soldat Dimitri Pavlenko
Partager cet article
Repost0
16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 05:05

 

 

Sur ce portrait, elle a le visage sévère de la mère de l’empereur, son frère. Elle n’était pas la sœur favorite de Napoléon qui lui préférait Pauline, plus jolie, meilleure danseuse, plus soumise. 

 

Elle s’appelait Maria-Anna avant de devenir Élisa, prénom donné par son frère Lucien. Napoléon fit d’elle la princesse de Piombino, une petite bourgade italienne située en face de l’île d’Elbe, tandis que son époux était nommé prince de Lucques.

 

Elle naquit en 1777, première fille des Bonaparte à survivre à la délicate période post-natale. Maman Bona eut 12 enfants (vigoureux Carlo-Maria !), dont quatre moururent dans les langes. Madame Mère – comme il convenait de l’appeler – survécut 15 ans à l’empereur et s’éteignit à 86 ans.

 

Élisa subit l’éducation de Saint-Cyr, ce lugubre institut pour jeunes filles nobles et pauvres. En 1797, elle épouse le médiocre (selon Napoléon) officier corse Pasquale Baciocchi, nommé, par un tour de passe-passe, commandant de la citadelle d’Ajaccio.

 

En 1799, la famille Bonaparte s’installe à Paris. Dans sa demeure du quartier du Roule, Élisa organise des réceptions brillantes, des représentations théâtrales. Devenue princesse de Piombino, elle exige que les dames de sa cour achètent des textiles lyonnais pour soutenir l’industrie française. Elle veut faire pousser du coton en Toscane, développer l’extraction du marbre de Carare (Napo ayant sorti Carrare du royaume d’Italie pour le rattacher aux possessions de sa sœur) et assécher les marais de la région. Elle fonde, pour les filles, l’institut Élisa de Lucques. Mais elle a la mauvaise idée de faire raser l’église Della Madonna dei Miracoli, chef-d’œuvre de la Renaissance très aimé des habitants de Lucques, pour tracer une esplanade et ériger une statue colossale de son frère.

 

En 1804, elle reçoit le titre d’altesse impériale tandis que son mari est promus général de brigade, puis nommé sénateur.

 

Á Florence, Élisa soutient l’Académie della Crusca, cette société savante fondée en 1582 dans le but de faire du toscan la langue de l’Italie. Elle conçoit par ailleurs une Académie des Beaux-Arts pour y accueillir les meilleurs sculpteurs. Elle entreprend une réforme du clergé en nationalisant ses biens et en fermant les couvents qui n’avaient pas de fonction hospitalière. Elle met en place le Comité de Bienfaisance publique et instaure des consultations médicales gratuites pour les pauvres. Elle crée le Comité d’Encouragement à l’Agriculture, aux Arts et au Commerce, ainsi qu’une École Normale de la Soie. Elle fonde les instituts Félix pour les garçons et Élisa pour les filles. Elle réaménage le palais de Lucques et ses jardins. Elle crée un jardin botanique et une volière. Elle modernise la station thermale de Lucques.

 

Hyper-active, elle est impliquée dans l’affaire des l’enlèvement du pape Pie VII en 1809.

 

Les rapports avec son frère se tendent. En mars 1814, elle fuit Lucques, envahie par les troupes austro-anglaises de Lord Bentick. Elle est arrêtée le 25 mars 1815 et internée dans la forteresse autrichienne de Brünn (Brno). Elle est autorisée à se retirer à Trieste où elle s’adonne à la passion de sa vie, l’archéologie. Elle meurt en 1820 à 43 ans, la première de l’illustre fratrie.

 

Femmes au pouvoir (9)
Partager cet article
Repost0
15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 05:10

 

 

François Ruffin est tombé récemment sur un sujet de bac en sciences économiques conçu pour les candidats libres, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent, pour diverses raisons, suivre les cours en lycée : « Á l’aide de vos connaissances du dossier, vous montrerez que les politiques de flexibilisation du marché du travail permettent de lutter contre le chômage structurel. »

 

On note que ce sujet ne pose pas une question mais demande de justifier une affirmation (zum Befehl !). Tout aussi scandaleusement tendancieuse eût été la proposition inverse : « Á l’aide de vos connaissances du dossier, vous montrerez que les politiques de flexibilisation du marché du travail contribuent à l’aggravation du chômage  structurel. »

 

 

François Ruffin qui, comme le banquier éborgneur est amiénois, a fait ses études au collège-lycée confessionnel La Providence à Amiens. Je suis toujours amusé de voir des enfants issus de milieux pas foncièreme catholiques étudier « chez les curés », comme on disait de mon temps. Mais, dans La Distinction, Bourdieu nous a expliqué tout cela en 700 pages. Laurent Delahousse, Jean-Paul Delevoye, Gilles de Robien, Wallerand de Saint-Just ont traîné leur fond de culotte dans ce prestigieux établissement sur les traces fictives du chevalier des Grieux dans Manon Lescaut et celles bien réelles du, pour sa part, très catholique Maréchal Leclerc de Hautecloque.

 

Feignant, j’imagine, l’innocence, Ruffin demande si c’est le banquier éborgneur qui choisit les sujets du bac. C’est plus grave que cela. Le banquier n’a pas à donner d’ordre, comme dans une dictature vulgaire. Désormais, les fonctionnaires anticipent. Un sujet de bac est mis au point par une commission d’enseignants qui transmet à l’Inspection générale le produit de ses réflexions par la voie hiérarchique. L’horreur banquière citée ci-dessus a été élaborée, connue, remaniée par une bonne dizaine de personnes avant d’atterrir sous les yeux des candidats.

 

On peut parler d’une Bérézina dans l’École de la République.

 

 

 

 

 

Des enseignants français inféodés au capitalisme financier
Partager cet article
Repost0
14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 05:17

Le World Socialist Website évoque deux cas de renouveau du militantisme ouvrier. Les travailleurs de Volvo Truck en Virginie retournent aux piquets de grève : un tournant dans la lutte des classes aux États-Unis et dans le monde entier. Les travailleurs de Volvo se sont mis en grève le 17 avril, déterminés à annuler les concessions accordées par l’UAW (syndicat de l’automobile) à la société transnationale basée en Suède au cours des quatre derniers contrats. Deux semaines plus tard, le 30 avril, la bureaucratie syndicale a annoncé qu’un accord avait été conclu et a mis fin à la grève, sans que les travailleurs aient vu le contrat ou voté sur celui-ci. Au fur et à mesure que les détails de l’accord, bourrés de reculs humiliants, étaient divulgués grâce aux efforts du Comité de base des travailleurs de Volvo, une vague d’opposition a déferlé dans l’usine. Le 16 mai, l’accord a été rejeté de manière écrasante à 91% de voix contre et seulement 9 % cent de voix pour. Le rejet massif de la tentative de capitulation de l’UAW par un puissant contingent de travailleurs industriels est la dernière manifestation d’un regain de militantisme de la classe ouvrière qui prend la forme d’une insurrection contre l’UAW et d’autres syndicats affiliés à la puissante fédération AFL-CIO.

 

Dans leur grève de deux semaines, les travailleurs des mines chiliennes sont confrontés à une lutte acharnée contre le géant minier anglo-australien BHP Billiton, en pleine recrudescence des infections et des décès dus au COVID-19. Ils ne doivent pas seulement affronter des sociétés géantes qui, motivées par des prix du cuivre historiquement élevés, se ruent pour relancer en grand l’activité minière quel qu’en soit le coût humain. La lutte a déjà commencé avec BHP qui utilise des briseurs de grève pour poursuivre la production. Cela est autorisé au Chili parce que les lois du travail favorables au patronat permettent le remplacement des travailleurs contractuels par l’entreprise cliente, annulant ainsi le supposé « droit de grève ».

 

 

L’Humanité évoque l’acharnement de Bolloré à briser Sophie Tissier, son ancienne employée à Canal+. Canal Plus a ouvert plusieurs fronts judiciaires contre une ex-salariée précaire, qui ne demandait que la reconnaissance de ses droits. Après huit ans ­d’enfer procédurier pour la jeune femme, Sophie Tissier doit à nouveau se présenter devant la cour d’appel de Versailles.

 

D’un côté, Vincent Bolloré, ses millions, ses affaires prospères et ses armées d’avocats. De l’autre, Sophie Tissier, précaire, mère célibataire de deux enfants, au RSA. Entre les deux parties, le bras de fer dure depuis huit ans. Huit ans ­d’enfer pour la jeune femme, qui subit procédure contre procédure pour avoir juste voulu faire reconnaître ses droits bafoués de salariée précaire.

 

 

Pour Patrick Le Hyaric dans l’Humanité, « Les pires tendances réactionnaires se déchaînent avec une aisance spectaculaire. Elles sont désormais le carburant d’un système médiatique qui leur est totalement perméable. La France est loin d’être la seule concernée. La vieille Europe est prise de convulsions, cédant à une mélancolie conservatrice qui relégitime dans chaque nation les discours racistes, inégalitaires, réactionnaires et impérialistes sur fond d’adoption des pires recettes libérales et austéritaires. Par la quête sans fin d’une « sécurité globale » qui rogne en permanence les libertés et le déploiement d’un capitalisme de surveillance, les États dits démocratiques ont fini par légitimer l’hypothèse de gouvernements national-autoritaires. Se profilent ainsi les caractéristiques d’un « capitalisme brun » : double peine pour les classes populaires et menace gravissime pour nos libertés !

 

 

Enfin, dans Le Monde Diplomatique, Serge Halimi prend la défense de Gaza et de son « peuple debout : Depuis quinze ans, Gaza a subi cinq expéditions punitives : 2006 (« Pluie d’été ») ; 2008-2009 (« Plomb durci ») ; 2012 (« Pilier de défense ») ; 2014 (« Bordure protectrice ») ; et 2021 (« Gardien des murailles »). Israël a choisi ces noms pour mieux maquiller les assaillants en assiégés. Le déséquilibre des moyens engagés rend le terme de « guerre » inapproprié. D’un côté, une des armées les plus puissantes et les mieux équipées du monde, qui dispose de l’appui sans limites des États-Unis, qui soumet ses adversaires à un blocus terrestre et maritime de chaque instant. En face, pas un char, pas un avion, pas un navire, pas de soutien (autre que verbal) d’une seule capitale.

 

Revue de Presse (358)
Partager cet article
Repost0
9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 05:09

La municipalité de Lyon a coutume d’afficher des annonces officielles en globish, du style “ ONLYLYON ”. Dans le 8ème arrondissement, un hôpital a fait très fort avec l’énorme placard ci-dessous.

 

Il n’est pas facile de – comme on dit – « décrypter » ce message. Qui est fier et pourquoi ? Qui dit « merci » à qui ? En effet, si on comprend bien, les Hospices civils de Lyon (14 établissements hospitaliers) disent merci … aux Hospices civils de Lyon !

 

Mais ce qui m’intéresse surtout que nous sommes ici en pleine idéologie. Dans un hôpital, il n’y a pas de « team », pas même d’équipe. Il y a des soignants, des administratifs, des ouvriers. Des statutaires, des précaires. Et à l’intérieur de chaque corporation, il règne une hiérarchie d’airain que la pandémie du Covid n’a pas fait sauter. Il y a des luttes au bistouri entre les responsables de l’administration et les chefs de service, ceux-là tentant de tirer un maximum de couverture en rognant le pouvoir de ceux-ci.

 

Bref, avec ce placard, nous sommes dans le monde enchanté de la tête à claques.

Fiers de la Team HCL

Partager cet article
Repost0
7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 05:07

Selon Initiative communiste, la France prête à disparaître du Conseil de sécurité de l’ONU La commission des Affaires étrangères du Parlement européen a adopté un « Rapport sur la recommandation du Parlement européen au Conseil concernant la soixante-quinzième session de l’Assemblée générale des Nations unies ». Ce texte se révèle d’une importance capitale pour la souveraineté militaire de la France. En effet, le présent rapport appelle à ce que le Conseil (européen) « poursuive ses efforts pour permettre à l’Union et à ses États membres de s’exprimer progressivement d’une seule voix au sein des Nations unies, notamment en ce qui concerne le Conseil de sécurité des Nations unies ». Autrement dit, et comme pressenti et affirmé par le Pôle de Renaissance communiste en France depuis des années, Macron s’apprête progressivement à valider le remplacement de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU par l’Union européenne.

 

Le magazine Têtu nous présente le premier imam homosexuel de France et porteur d'un islam ouvert sur les questions LGBTQ. Ludovic-Mohamed Zahed est sur le point d'ouvrir à Marseille une mosquée où "chacun.e vient comme ielle le souhaite ».

Marseille, troisième arrondissement. Quartier classé le plus pauvre d’Europe en 2013 par l’Observatoire des inégalités. Dans une toute petite rue où l’interphone est vide de noms, Ludovic-Mohamed Zahed a installé des tapis de prières, un coran, des paravents, des coussins, dans une pièce vitrée qui donne sur un jardin. Il le traverse d’un pas décidé, un plateau dans la main avec une théière posée dessus et des petits gâteau. Le soleil méridional n’est pas encore couché, c’est la fin du ramadan. Dans moins d’un mois, sa mosquée ouvre au public. L’imam de 44 ans a une allure indéfinissable, à la fois ferme et accueillante. On comprend vite qu’au cours de sa vie, il a dû faire des choix qui l’ont construit, déconstruit et reconstruit. Il faut dire qu’il conjugue plusieurs identités, qu’il décrit sans effort : “Je suis un homme cisgenre d’apparence blanche, homosexuel, musulman, arabe, queer, séropositif”. ...

 

Le Point s’intéresse à ceux qui regardent Cyril Hanouna et son émission Touche Pas Á Mon Poste. D’après les audiences relevées par Médiamétrie, environ 1 million et demi de Français en moyenne suivent TPMP. Le sondage révèle que 29 % des Français ont déjà regardé au moins une fois le programme de C8. Plus surprenant, ils sont 19 % à le faire au moins une fois par semaine. Cela signifie que 10 millions de Français majeurs, un sur cinq, visionnent TPMP ! Les fanzouzes qui regardent plusieurs fois par semaine représentent un huitième de la population (13 %). Ils sont donc plus de 6 millions de Français à regarder Hanouna très régulièrement. Qu’on l’aime ou pas, Cyril Hanouna a ainsi les yeux et les oreilles d’une grande partie du pays. À l’approche de la présidentielle de 2022, il va peser dans le débat public.

 

Cyril Hanouna attire toutes les générations de 18 à 50 ans. Il y a un clivage générationnel assez marqué : au-delà de 50 ans, l’homme ne fait pas recette.

 

Ses adeptes sont surtout des ouvriers, employés, artisans, commerçants, femmes au foyer ou inactifs. C’est d’abord une France populaire. Quand on la dessine, elle présente des similitudes avec la France des Gilets jaunes. À l’inverse, la France des cadres, très diplômée, est beaucoup plus distante.

Sur le plan politique, les fanzouzes sont des Français plutôt attirés par les extrêmes. Si l’on regarde leur vote au premier tour de la présidentielle de 2017, parmi l’électorat de Marine Le Pen, il y a 20% d’inconditionnels de Cyril Hanouna, et 14% parmi celui de Jean-Luc Mélenchon. Chez ceux qui ont voté Emmanuel Macron, on n’en trouve plus que 12 %. Les supporteurs de François Fillon sont les plus réfractaires à l’animateur (4 %).

 

 

Revue de Presse (357)
Partager cet article
Repost0
6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 05:13

 

 

Il m’a été donné récemment d’assister en visio-conférence à un conseil de classe dans un très bon lycée de France, la classe étant elle-même une terminale scientifique d’un excellent niveau.

 

Pour la nième fois, je pus entendre, de la part du corps professoral, des récriminations parfaitement fondées contre Parcoursup. Parcoursup remplaça l’application APB (Admission Post Bac) à laquelle il avait pu être reproché dans certains cas le tirage au sort des candidats.

 

Le baccalauréat fut longtemps un grade universitaire d’État, le premier d’une suite pouvant déboucher sur le doctorat. Jusqu’au début du XXe siècle, l’examen des candidats était effectué uniquement par des professeurs des facultés de lettres et sciences. Un titulaire du baccalauréat avait, de plein droit, accès à l’établissement universitaire de son choix. Des restrictions furent apportées avec, par exemple, les quotas en médecine et le respect plus ou moins contraignant de la carte scolaire.

 

Le banquier éborgneur et sa bande ont contribué à bouleverser ce système. De grade national permettant l’accès à l’enseignement supérieur, le bac est devenu un certificat de fin d’études avec, comme pour le Covid, des variants d’une académie à l’autre, d’un lycée à l’autre. La philosophie du banquier étant d’empêcher les élèves, leurs parents, les équipes pédagogiques d’avoir la main sur le passage dans l’enseignement supérieur.

 

Vous me direz : mais qui a donc cette main ? Des algorithmes dont les secrets de fabrication ne sortent pas des officines du ministère de l’Éducation nationale.

 

Dans cette opacité, l'injustice est banalisée. La plupart des élèves de l'excellente classe dont je suivais le conseil n'ont obtenu que des “ résultats décevants et déstabilisants ”, selon l'expression du professeur principal, désemparé. En particulier, la meilleure élève de la classe (18,5/20 de moyenne au troisième trimestre, plus de 18/20 les deux premiers trimestres, mieux que le banquier en classe de terminale) n’a reçu à ce jour aucune proposition d’admission correspondant à ses préférences. Il faut dire que cette brillante élève avait postulé pour des classes préparatoires dans deux lycées prestigieux de la région. Elle est pour l’instant sur liste d’attente, dans une position peu favorable. Ce que font les parents qui en ont les moyens – financiers et autres –, c’est inscrire comme internes leurs enfants dans des lycées de renom à partir de la classe de terminale, voire de seconde. Ces enfants font alors partie du vivier de ces établissements qui ne souhaitent pas recruter de manière exogamique.

 

Á l’instant T où se déroulait ce conseil, des centaines d’élèves de l’Académie n’avaient pas reçu d’affectation. Certains devront attendre septembre après des vacances inquiètes.

 

Bref, ce système est anxiogène et déstabilisant, pour les élèves comme pour les enseignants qui ne savent pas dans quelle perspective travailler. L’une des rubriques de la page d’accueil de Parcoursup est “ Á chacun sa solution ”, sous-titrée “ 1jeune1solution.gouv.fr ”. Dans la jungle du banquier éborgneur, chaque jeune se retrouve seul avec l’illusion qu’une solution personnalisée l’attend.

 

Dans les années qui viennent, si ce système perdure (on a vu que, lorsque la “ gauche ” revient au pouvoir, elle ne remet pas vraiment en cause les “ réformes ”  de la droite), des établissements de plus en plus nombreux sortiront de Parcoursup pour échapper aux algorithmes.

 

Le banquier éborgneur peut mieux faire. Je ne serais pas étonné qu’il ait en tête le 11-Plus, cet examen passé encore de nos jours dans de nombreux comtés d’Angleterre à la fin de l’enseignement primaire, qui met en transe des centaines de milliers de familles tous les ans car il permet l’accès aux lycées (grammar schools).

 

Parcoursup, apprentissage de la vie, c'est-à-dire de l'arbitraire, dans notre monde néo-libéral.

 

Parcoursup : une horreur
Partager cet article
Repost0
5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 05:07

Par Michel Feltin-Palas

 

En 1848, des centaines de milliers d'individus sont libérés et deviennent des citoyens. Comment les appeler ? La IIe République va répondre à cette question. A sa manière…

 

On le sait : l'esclavage a été définitivement aboli en France en 1848. On le sait moins : il a fallu alors attribuer des patronymes aux anciens esclaves qui, jusqu'alors, ne portaient que des prénoms ou des surnoms. Or la manière dont la IIe République va s'acquitter de cette tâche est particulièrement étonnante (1).

 

L'enjeu est d'importance pour les individus concernés, car le nom de famille est un élément essentiel de l'identité de chacun. Il l'est aussi pour l'Etat, qui a besoin d'établir des registres d'état-civil, veut connaître l'âge, le lieu de naissance et de résidence des intéressés, tout en "favorisant la constitution des familles" en attribuant le même patronyme au père, à la mère et aux enfants. Il s'agit également de fixer l'assiette des impôts et d'établir les listes électorales sur lesquelles seront inscrits ces nouveaux citoyens. Au total, il faut "inventer" quelque 100 000 patronymes, que ce soit en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à La Réunion, selon les calculs de l'historien Frédéric Régent, maître de conférences à l'université Paris I Panthéon Sorbonne et auteur de plusieurs livres sur ce sujet (2). La tâche est gigantesque.

 

Comment faire ? Pour les prénoms, conformément aux usages de l'époque, on puise dans le calendrier et dans l'histoire ancienne : Marie, Françoise, Pierre, Joseph, César, Electre... Pour les noms, c'est plus difficile. Pas question, évidemment, d'attribuer un patronyme porté par une autre famille (à moins que celle-ci ne soit d'accord). Pour le reste... Les officiers d'état-civil disposent d'une grande liberté dont ils vont user, et parfois abuser, selon leur culture, leur région d'origine et leur humeur. Les chercheurs ont réparti leurs trouvailles en plusieurs familles :

 

L'histoire, la mythologie et la religion. C'est la thématique la plus utilisée. Alcibiade, Romulus, Pline, Archimède voisinent avec Josué, Ismaël, Judée. 

 

La géographie. Apparaissent ici et là des Madère, des Laponie, des Lausanne, des Liban, des Equateur et des Guadeloupe... L'Afrique, dont sont pourtant originaires les esclaves, sert rarement de source d'inspiration, même si l'on trouve des Congo et des Niger.
Les associations d'idées. Les officiers d'état-civil n'hésitent pas à recourir aux jeux de mots. Marguerite devient Fleurie ; Céleste, Etoilé ; Hector, Troyen. De temps en temps, ils optent pour des noms volontairement ridicules, tels Nonfortuné ou Grossomodo tandis qu'un prénommé Cinq-Sous se voit affublé du patronyme Navard (un avare)...
L'anagramme. A partir du prénom Edouard, on forme le nom de famille Douared. Ursule sera Surule ou Elusur ; Figaro s'appellera Oragif ou Garofi... Parfois, l'anagramme n'est que partielle. Tel esclave se prénommait Mathurin ? Son patronyme sera Thuram - oui, l'ancêtre du footballeur Lilian. De même, Marie-Julienne écope de Jumarie, Marie-Claire de Marclaie, Marie-Anne de Rima, etc. Il arrive aussi que l'on combine le prénom et le surnom. A partir de Sylvestre, dit Dubois, on crée Sylesbois ; Jules, dit Laguerre, se transforme en Juguerre, et ainsi de suite.
Les suffixes. A Pointe-à-Pitre, les fonctionnaires, sans doute moins imaginatifs, semblent avoir une prédilection pour les suffixes en "court "(Alcourt, Delcourt, Pelcourt, Zelcourt) ; en "al" (Obal, Ofal, Potal) ; en "ir" (Véfir, Gésir, Rézir) ou en "dur" (Codur, Godur, Nodur, Rodur). A Anse-Bertrand, on privilégie plutôt les "us" : Bonifacius, Carlus, Edranicus, Jeanus, Lauritius, Nodunus... C'est ainsi que s'explique le patronyme de Pascal Légitimus, des Inconnus.
Les prénoms. Comme en métropole, un certain nombre d'anciens esclaves ont pour patronymes un simple prénom. C'est notamment le cas des ancêtres de la comédienne Firmine Richard, mais aussi du poète et homme politique Aimé Césaire.
Dans l'immense majorité des cas, les intéressés n'ont pas eu leur mot à dire. Mais ne caricaturons pas : la proportion de patronymes ridicules est faible, note Frédéric Régent. Surtout, ajoute-t-il, "les nouveaux libres se sont appropriés leurs patronymes et c'est avec eux qu'ils sont entrés dans la citoyenneté. Dès août 1848, les anciens esclaves participaient à l'élection de l'Assemblée nationale". 
(1) Cette tâche n'avait pas été accomplie après la première abolition de 1794. En revanche, en 1838, une ordonnance avait fixé des règles pour attribuer des patronymes aux esclaves affranchis. Celle-ci aura une influence sur la méthode suivie en 1848.
(2) Notamment La France et ses esclaves (Grasset) et Les maîtres de la Guadeloupe (Tallandier)

 

 

Le jour où la France inventa des noms pour ses anciens esclaves
Partager cet article
Repost0