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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 14:24

Les paroles sont authentiques.

 

 

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 08:20

Cela fait des années que les universitaires étatsuniens imposent au monde entier leur façon aberrante de publier de la recherche. Cela dit, pour qu’une politique impériale fonctionne, il faut qu’elle trouve des relais dans la périphérie. En France comme ailleurs, c’est par dizaines de milliers que des universitaires se sont pliés au modèle étasunien que l’on peut décrire en gros par l’expression « Publie des tonnes ou crève à petit feu ». La conséquence étant que des pans entiers de la recherche universitaire française, soit ont disparu, soit ont été livrés pieds et poings liés à la recherche étasunienne, soit se sont coulés dans le moule étasunien.

 

Être un universitaire conséquent aujourd’hui, c’est faire du buzz. Ce qui est une tâche assez aisée dans la vie courante. Vous tenez un blog et vous souhaitez être « populaire », comme on dit dans les séries étasuniennes à deux balles pour ados. Titrez un article “ Johnny Halliday est une femme ”, ou “ Valérie Trierweiler : une taupe de la Corée du Nord ” et vous ferez le buzz. Bien sûr, vous ne pourrez pas vous adonner indéfiniment à cette couillonnade.

 

Dans la recherche universitaire, la logique est la même. Vous publiez un article sur la période de la vie de Shakespeare dont on ne sait strictement rien en expliquant qu’il s’est adonné à des pratiques transsexuelles. C’est parti ! Des dizaines d’article seront rédigés pour vous traiter de jean-foutre, d’autres dizaines pour suggérer des hypothèses innovantes sur ce mystère impénétrable (Shakespeare agent secret, Shakespeare dans un monastère aux confins de l’Oural, Shakespeare apprenant par cœur le Coran), quelques-uns suggérant que, après tout, en y réfléchissant bien, à la lumière de son œuvre, de ses comédies en particulier, l’hypothèse n’est pas totalement farfelue. L’important est que tous ces articles vont vous citer. Donc que votre facteur d’impact (pardon : impact factor) va bondir au zénith, ce qui vous permettra, dans l’optique purement commerciale des recrutements à l’américaine, de dégotter un poste en pouvant négocier le salaire à votre avantage Accessoirement, ces pratiques favorisent le pompage, le plagiat et, mieux encore, l'autopompage et l'autoplagiat. Croyez-moi : je caricature à peine.

 

Mediapart vient de publier sous la plume de Nicolas Chevassus-Au-Louis un article qui explique que le « Publish or Perish » est peut-être en train de vivre ses derniers jours. Aux États-Unis. En France, il faudra, de toutes façons, des années pour inverser la courbe après que cela aura été fait outre-Atlantique.

 

 

Chercheurs pris en fraude La dictature du “Publier ou périr”

 

Aujourd'hui, la carrière d'un scientifique s'évalue au nombre de ses publications. Un critère qui ne dit rien de la qualité. En mai dernier, des chercheurs et éditeurs parmi les plus prestigieux ont rendu public un appel international contre cette dérive. D'autres prônent la slow science, à l'image du mouvement slow food contre la malbouffe. 

 

 

Publish or perish : publier ou périr. Telle est la très darwinienne maxime qui gouverne le fonctionnement de la recherche publique. Le principal critère de reconnaissance pour un scientifique, que ce soit auprès de ses pairs ou de sa hiérarchie, est le nombre et la qualité de ses publications. À tel point que l'objectif d'un chercheur n'est souvent plus tant de publier un article rendant fidèlement compte de son travail que de circonvenir les objections que pourraient lui faire les relecteurs, le plus souvent anonymes, auxquels la revue à laquelle il propose son article soumet son manuscrit. Que faire face à cette pression à la publication, qui est de l'avis général un des facteurs les plus puissants de la dégradation de la qualité de la science ?

 

La San Francisco Declaration on Research Assessment (DORA) propose en la matière une réforme radicale. Rendue publique le 13 mai dernier, elle appelle à ne plus utiliser le facteur d'impact (c'est-à-dire la moyenne sur les deux dernières années du nombre de citations des articles parus dans une revue) dans l'évaluation des chercheurs. Derrière cette question d'apparence très technique, se cache une initiative d'ampleur prise par la communauté scientifique internationale pour s'attaquer au problème de la dégradation de la qualité des articles, tout particulièrement en sciences de la vie.

 

La liste des signataires constitue en effet une alliance aussi vaste qu'inédite : quelque 6 000 chercheurs du monde entier, les éditeurs de revues scientifiques très prestigieuses (Science, Journal of Cell Biology, The EMBO Journal, Development...) et une multitude de sociétés savantes du monde entier, dont l'American Society for Cell Biology qui en est à l'initiative. Tous appellent à « une insurrection », selon le terme d'un des rédacteurs de l'appel, contre l'utilisation du facteur d'impact des revues dans l'évaluation des chercheurs, et notamment dans l'attribution des postes et des financements.

 

 

La critique du facteur d'impact n'est pas nouvelle. Les raisons pour lesquelles il ne peut être tenu pour un bon indicateur de la qualité du travail d'un chercheur sont connues depuis longtemps. Citons-en cinq :

 

  • Il mesure l'impact d'une revue, non d'un article.

  •  
  • Il mesure une moyenne, qui peut être aisément déportée par un ou deux articles très cités ; c'est ainsi que la publication dans Nature en 2000 de l'article historique décrivant le génome humain, cité depuis plus de 10 000 fois, a valu et vaut toujours à la revue britannique le facteur d'impact le plus élevé.
  •  
  • Il est incapable de mesurer l'influence durable des travaux publiés, puisqu'il est calculé sur les deux dernières années.
  •  
  • 
Il ne tient pas compte du fait que les articles ont été cités de manière favorable, ou au contraire pour en critiquer les données.

  •  
  • Enfin, il peut aisément être manipulé par les éditeurs. « La publication de hot papers est une stratégie pour augmenter les citations. Il s'agit de publier de préférence des articles ayant une forte probabilité d'être cités et/ou repris par la presse grand public, augmentant ainsi la notoriété de la revue », explique Hervé Maisonneuve, animateur du blog Rédaction médicale et scientifique.

 

La suite ici.

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 08:02

Il fut un temps où j’ai pas mal publié sur le site BELLACIAO. Entre autres, quelques bons textes qui, des années plus tard, tiennent encore la route. Sans me vanter. Mais j’ai l’impression que mes contributions ont disparu du site, tombées dans le « trou de mémoire » de 1984.

 

Pour des raisons médiocres et que je n’ai pas pleinement comprises, je suis interdit de publication sur ce site. Ils ont soutenu M.-G. Buffet puis se sont  nettement éloignés du parti communiste ; je vote (pas les yeux fermés) Front de Gauche.

 

Plus généralement, il y a un bon moment que BELLACIAO a déclaré la guerre au Grand Soir. Ce qui n’empêche pas ce site aussi vaillant que militant de pomper hardiment l’ennemi honni.

 

Un exemple tout récent.

 

Le 12 août, Le Grand Soir publie un article de Jean Ortiz, un universitaire, un militant infiniment plus Grandsoiriste que Bellaciaoen. L’article s’intitule : “ Le sommet de Cochabamba (Bolivia) s’est terminé par un rassemblement d’un million de personnes ”. Parfaitement bilingue, Ortiz publie indifféremment en français et en espagnol. Il a fait parvenir son texte en espagnol au Grand Soir qui en a proposé une traduction en français, signée Manuel Colinas. Lorsqu’il met en page cet article, une des administrateurs du Grand Soir ajoute le surtitre suivant : “12 août 2013 Le sommet anti-impérialiste fait un triomphe à Evo Morales ”.

 

 

Le 14 août, sans se démonter, BELLACIAO reprend l’article du Grand Soir en omettant soigneusement de citer sa source, sous la plume d’un dénommé  ”Joannès ” (je m’étais fait insulter il y a quatre ou cinq ans par des lecteurs de BELLACIAO car j’avais critiqué les courageux contributeurs qui publiaient sous un pseudo). Le pillage est grossier, et comme le Joannès ou les gens de BELLACIAO travaillent un peu vite, ils ont inclus dans le surtitre la date de parution de l’article original du Grand Soir.

 

À noter que l'article d'Ortiz a été repris par de nombreux sites qui ont mentionné leurs sources, eux.

 

Forts, les mecs !

 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 07:28

Ci-dessous un article de Clarisse Jay (pour l'Officiel de la recherche et du Supérieur), fort utile et très bien argumenté, même pour ceux des collègues qui pensent que les profs de fac ne devraient pas se plaindre car c'est plus dur de pousser des wagonnets dans les mines de Colombie.

 

Cœur de métier des universités, les enseignants-chercheurs effectuent de plus en plus de tâches alors que leur situation se dégrade. Les universités autonomes ont-elles plus de latitude pour gérer ces personnels indépendants mais en manque de reconnaissance ?

 

 

Autrefois « aristocratie » intellectuelle, les enseignants-chercheurs ont perdu de leur superbe, au sein d'un système universitaire français en quête de revalorisation. Aujourd'hui, épouser une telle carrière relève du sacerdoce au vu des rémunérations peau de chagrin pour des bac + 8 et de la lente progression de carrière. 

 

Le rapport Schwartz(1) de 2008 rappelle l'écrasement progressif des hiérarchies salariales depuis 1960. Citant l'étude de Bouzidi, Jaaidane et Gary-Bobo, il montre qu'« en 1960, le traitement net d’un professeur des universités (PU) première classe premier échelon valait 2,2 fois celui d’un maître assistant contre 1,8 en 2004 ». Entre 1981 et 2004, les maîtres de conférence (MCF) de 2e classe(2) ont vu leurs traitements réels nets baisser de 16 % et les PU de 1ère classe de 20 %.

Selon Btissam Bouzoudi, il faudrait augmenter tous les traitements de 33 % pour réaligner les revenus 2007 d'un jeune professeur aux niveaux de 1981 ! C'est bien simple, relève Alain Trannoy, directeur de recherche à l'EHESS, « après la guerre, les professeurs les plus brillants pouvaient atteindre la même rémunération que les conseillers d'État. Ce n'est plus le cas ». Le différentiel est aujourd'hui de 1 à 3, les seconds émargeant à 15 000 euros nets environ.  Il est loin le temps où, comme le rappelle Jean-Loup Salzmann, président de la commission des moyens et des personnels de la CPU, « un professeur devenait propriétaire à Paris sans problème »

 

 

Aujourd'hui, ce même professeur optera pour la province, le privé ou l'étranger. En 2004, selon un rapport de l'IGAENR, les salaires de départ pour un maître de conférence étaient de 30 000 euros en Allemagne et de 40 000 euros en Grande-Bretagne contre... 24 000 euros en France. La comparaison est encore plus douloureuse avec notre voisin suisse, où, selon une étude parue en mai dernier dans la Neue Zürcher Zeitung am Sonntag, le salaire d'un professeur varierait entre 154 000 et 225 000 euros par an contre moins de 90 000 euros(3) pour un professeur français en fin de carrière. Pour Claude Guédat, enseignant et ex-DRH de l'Insa de Lyon, le problème se situe essentiellement en « début et en fin de carrière ».

 

Pour autant, Yannick Jolly, DRH de Bordeaux 1 et président de l'association des DRH d'université, tient à nuancer la notion de « déclassement » : « Les enseignants-chercheurs bénéficient de la grille indiciaire la plus élevée de toute la fonction publique, y compris les énarques ». Mais, admet-il, ensuite, l'indemnitaire creuse les écarts

 

Lire la suite ici.

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 08:30

Publié sur le site Algérie News :

 

Ma première rencontre avec les « miracles du Coran » eut lieu lors d’un débat sur l’islam avec des musulmans sur les ondes d’une radio locale bruxelloise.

 

Un auditeur me demanda, d’un ton passionné, comment j’expliquais le fait que le Coran, vieux de plusieurs siècles, contenait certains pans de la médecine moderne. Sur le coup, je ne sus pas quoi répondre, même si je ne croyais pas un instant que cette assertion fut vraie. En effet, et c’est là l’argument le plus simple et le plus général contre l’idée que des aspects de la science moderne sont inclus dans des textes anciens (musulmans, chrétiens, hindouistes ou autres): si c’était vrai, comment se fait-il que les techniques modernes n’aient pas été développées par les contemporains de ces textes ? La science  n’est pas un simple recueil de vagues allusions mais un ensemble de théories précises, avec des conséquences vérifiables, et ayant souvent des applications technologiques.

 

Néanmoins, n’étant pas familier du Coran, je me demandais ce qu’il pouvait bien y avoir derrière ce genre d’assertions et c’est en partie pour cela que je me suis intéressé au livre de la physicienne (professeur à l’université de Tunis) Faouzia Farida Charfi, La science voilée (éd. O. Jacob, Paris, 2013). L’auteur a participé au gouvernement issu du renversement du régime de Ben Ali, comme secrétaire d’État à l’enseignement supérieur, mais en a démissionné depuis pour reprendre sa liberté de parole. Très agréable à lire, ce livre passe en revue une bonne partie de l’histoire des sciences (astronomie, théorie de la relativité, évolution), ainsi que leurs interactions complexes avec le monde musulman, interactions qui n’ont pas toujours été antagoniques; mais elle parle aussi du monde chrétien: le rejet de la théorie de l’évolution est toujours vif parmi certains chrétiens, surtout aux Etats-Unis, mais aussi, de façon croissante, en Europe.

 

 

Madame Charfi explique en quoi consistent les « miracles du Coran », qui ne sont effectivement que de vagues allusions interprétées a posteriori. Par exemple, selon une traduction, un verset du Coran parle de former « l’homme de quelque chose qui s’accroche », ce qui est supposé renvoyer à la nidation de l’oeuf dans l’appareil génital féminin (p. 93). Autre exemple: le Big Bang et l’origine de la vie sont supposés avoir été prévus par un verset qui parle de « scinder les cieux et la terre » et de « tirer de l’eau toute matière vivante » (p. 106), alors qu’il n’y avait bien sûr ni cieux ni terre lors de l’origine de l’univers. Tout cela fait penser à ces livres qui prétendent lire l’histoire universelle dans les prophéties de Nostradamus, lesquelles sont effectivement correctes jusqu’à la date de publication du livre, mais totalement fausses au-delà.

 

Lire la suite ici.

 

PS ; un ami psychanalyste m'écrit ceci :

L’article de Bricmont est intéressant. Juste une remarque cependant (car il condamne par ailleurs les sciences dites humaines et la psychanalyse en particulier au nom de la science moderne universelle). Il existe deux types de questions : comment fonctionne le monde, à quoi la science moderne promet une réponse quasi paranoïaque, et quel sens à l’existence du monde, à quoi aucune ontologie n’est capable de produire une réponse digne de la science. Mais la science, sauf à succomber au scientisme, est également incapable de répondre à cette question : ne serait-ce que parce que la science ne dit pas ce qu’il faut faire de la science. Il y a un trou dans le savoir de la science : et c’est en effet ce trou structural qui peut être occupé soit par le sujet (celui dont la psychanalyse s’occupe, celui qui fait chacun d’entre nous responsable de sa position), ou, comme l’écrit Jean Bricmont, par Dieu….

 

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 08:31

J’ai publié en juin une courte note sur les paroles de “ La Marseillaise ” et sur le contresens commis, selon moi, à propos de « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ».

 

Assurément, “ La Marseillaise ” est un chant guerrier qui n'y va pas avec le dos de la cuiller, mais il contient quelques paroles apaisées (cinquième couplet) :

 

Français, en guerriers magnanimes


Portez ou retenez vos coups !


Épargnez ces tristes victimes


À regret s'armant contre nous

 

Allons voir du côté du “ God save the King/Queen ”. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un hymne national puisque la nation britannique n’existe pas, mais d’un hymne au souverain (« Que Dieu protège le roi »). Le peuple, en armes ou pas, en est totalement absent. C’est un chant de guerre à la gloire du pouvoir monarchique.

 

On ne connaît pas vraiment l’origine de ce chant. L’expression « Dieu sauve le Roi » est inspiré du psaume XIX de David (« Domine, salvum fac Regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te » : Seigneur, sauvez le Roi et exaucez-nous lorsque nous vous invoquons) Ce qui est attesté, en revanche, c’est qu’il fut traduit en allemand en 1790, donc en pleine période révolutionnaire, et qu’il fut chanté comme un hymne à la gloire de l’Ancien Régime, du roi de Prusse, de l’empereur d’Allemagne et de celui d’Autriche-Hongrie (« Gott, schütze unser Kaiser ! »). Les écoliers de ces contrées le reprirent jusqu’en 1918, ce qui renforça les liens entre ces pays et le Royaume-Uni.

 

 

Le premier vers est totalement religieux : « God save our gracious Queen ». Dieu est appelé à protéger, à sauver une reine pleine de grâce, miséricordieuse. Ce souverain, le chant le veut « victorieux, heureux, glorieux », capable de vivre « longtemps au-dessus de nous ». Le dieu de l’hymne est spontanément belliqueux :

 

Ô Seigneur, notre Dieu, lève-toi,

Disperse ses ennemis

Et fais-les tomber ;

Confonds leurs visées politiques,

Déjoue leurs ruses de fripons,

En Toi, nous mettons notre espoir ;

Que Dieu nous protège tous !

 

(O Lord, our God, arise,

Scatter her enemies,
And make them fall !

Confound their politics,

Frustrate their knavish tricks,

On Thee our hopes we fix,

God save us all !)

 

Il est également quelque peu impérialiste :

 

Pas seulement sur cette terre,

Mais que d’une rive à l’autre,

Soit connue la miséricorde de Dieu !


 

(Not in this land alone,

But be God's mercies known,

From shore to shore !)

 

Dans une optique d’amour, cela va sans dire :

 

Dieu, fais voir aux nations

Que les hommes devraient être frères,

Et ne former qu’une seule famille

De par le monde.

 

(Lord, make the nations see

That men should brothers be,

And form one family,

The wide world over.)

 

Il y avait dans ce texte une référence de circonstance au maréchal Wade, ajoutée en 1745 :

 

Seigneur, accorde au Maréchal Wade

De pouvoir, de par Ton aide puissante,

Apporter la victoire.

Puisse-t-il faire taire les voix de la sédition

Et, comme un torrent déferlant,

Écraser les rebelles écossais.


 

(Lord, grant that Marshall Wade

May, by Thy mighty aid,

Victory bring.

May he sedition hush,

And like a torrent rush,

Rebellious Scots to crush.)

 

Véritable héros, commandant en chef des forces armées, Wade fut enterré à l’abbaye de Westminster. Les vers qui lui furent consacrés disparurent lorsque le “ God Save the Queen ” devint l’hymne officiel.

 

Dans le genre guerrier, l’hymne des États-Unis est également musclé. C’est un hymne à la bannière étoilée (« star-spangled banner »), que Jimmy Hendrix se réappropria admirablement lors du festival de Woodstock en 1969 en évoquant, par sa seule guitare, le fracas des bombes étasuniennes au Vietnam.

 

Comme “ La Marseillaise ”, cet hymne nous parle également de sang impur :

 

Et où est cette meute qui jurait en se vantant

Que les ravages de la guerre et le chaos des combats

Ne nous laisseraient ni patrie ni terre !

Leur sang a lavé la souillure de leurs pas abjects.

Aucun refuge n'a pu sauver les larbins et les esclaves

Des affres de la fuite et des ténèbres de la tombe

Et la bannière étoilée triomphale flotte

Sur la terre des hommes libres et sur la patrie des hommes braves.

 

(And where is that band who so vauntingly swore

That the havoc of war and the battle's confusion,

A home and a country should leave us no more !

Their blood has washed out their foul footsteps' pollution.

No refuge could save the hireling and slave

From the terror of flight and the gloom of the grave

And the star-spangled banner in triumph doth wave

O'er the land of the free and the home of the brave.)

 

 

(Trad. BG).

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 06:58

Grâce à deux brèves citations, je voudrais montrer comment le Guide du routard « ne fait pas de politique ».

 

Dans un ouvrage consacré à la Galice, on peut lire ceci, à quelques pages de distance :

 

« Est galicien celui qui aime sa province d'origine. Ainsi Fidel Castro ne peut pas prétendre faire partie du club (là, c'est pratique, non?). »

 

« S'il existe un homme unanimement aimé des Espagnol, c'est bien Juan Carlos. Les Madrilènes aperçoivent de temps a autres ce jeune et sympathique roi se promenant à moto ou au volant de sa Mercedes sur les larges avenues de la capitale. Les jeunes l'apprécient pour sa décontraction et son ouverture d'esprit et les adolescentes l'adorent (à moins qu'elles ne préfèrent son fiston Felipe). Nous aussi ! »

 

 

Fils d’émigré galicien, Fidel ne peut pas « faire partie du club », selon le Guide. Mais Picasso, né à Malaga, peut se revendiquer de la Galice car il organisa dans cette région sa première exposition à l’âge de 13 ans.

 

Au volant de sa Mercedes ou pas, le roi Juan Carlos n’a jamais fait l’unanimité. L’extrême droite lui reprocha d’avoir trahi Franco, la gauche d’avoir cautionné l’assassinat de la République et les grenouilles de bénitier d’avoir collectionné les maîtresses.

 

Le guide du routard, Espagne du Nord-Ouest, 2007-2008.

Publié en 2007.

 

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 08:21

Serge Halimi, dans son éditorial de la livraison d'août 2013, revient sur la situation extrêmement tendue en Égypte :

 

« Ils avaient juré qu’ils ne brigueraient pas la présidence égyptienne. Ce premier serment rompu, les Frères musulmans devaient apporter « pain, liberté, justice sociale ». Sous leur férule, l’insécurité s’est accrue, la misère aussi. La foule a alors reconquis la rue pour exiger le départ du président Morsi. Certaines révolutions commencent ainsi. Lorsqu’elles triomphent, on les célèbre pendant des siècles sans se soucier exagérément de leur spontanéité relative ou des fondements juridiques de leur déclenchement. L’histoire n’est pas un séminaire de droit.

Au lendemain de la dictature de M. Hosni Moubarak, il était illusoire d’imaginer que l’étouffement prolongé de la vie politique, du débat contradictoire, ne pèserait pas sur les premiers scrutins. Dans de tels cas, les électeurs confirment souvent l’influence des forces sociales ou institutionnelles les mieux structurées (les grandes familles, l’armée, l’ancien parti unique) ou celle des groupes organisés qui ont maillé leurs réseaux clandestins pour échapper à la répression (les Frères musulmans). L’apprentissage démocratique déborde largement le temps d’une élection. »

 

 

Le mensuel donne la parole à Evo Morales, chef d’État latino-américain séquestré par des chefs d’État européens sur l’ordre d’Obama :

 

« Le dévoilement par M. Edward Snowden du caractère tentaculaire de l’espionnage américain n’a suscité que des réactions frileuses de la part des dirigeants européens. Lesquels, en revanche, n’ont pas hésité à immobiliser l’avion du président bolivien Evo Morales, soupçonné de transporter l’informaticien fugitif.

 

Le 2 juillet dernier s’est produit l’un des événements les plus insolites de l’histoire du droit international : l’interdiction faite à l’avion présidentiel de l’Etat plurinational de Bolivie de survoler les territoires français, espagnol, italien et portugais, puis ma séquestration à l’aéroport de Vienne (Autriche) pendant quatorze heures.

Plusieurs semaines après, cet attentat contre la vie des membres d’une délégation officielle, commis par des Etats réputés démocratiques et respectueux des lois, continue de soulever l’indignation, cependant qu’abondent les condamnations de citoyens, d’organisations sociales, d’organismes internationaux et de gouvernements à travers le monde.

Que s’est-il passé ? J’étais à Moscou, quelques instants avant le début d’une réunion avec M.Vladimir Poutine, quand un assistant m’a alerté de difficultés techniques : impossible de nous rendre au Portugal comme prévu initialement. Toutefois, lorsque s’achève mon entretien avec le le président russe, il devient déjà clair que le problème n’a rien de technique… »

 

 

 

 

Toujours cette grave et difficile question que pose Frédéric Lordon : faut-il sortir de l’euro ?

« Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme.

Majeure : l’euro actuel procède d’une construction qui a eu pour effet, et même pour intention, de donner toute satisfaction aux marchés de capitaux et d’organiser leur emprise sur les politiques économiques européennes. Mineure : tout projet de transformation significative de l’euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés financiers et d’expulsion des investisseurs internationaux du champ de la construction des politiques publiques. Ergo, conclusions : 1. Jamais les marchés ne laisseront s’élaborer tranquillement, sous leurs yeux, un projet qui a pour évidente finalité de leur retirer leur pouvoir disciplinaire ; 2. Sitôt qu’un tel projet commencerait d’acquérir un tant soit peu de consistance politique et de chances d’être mis en œuvre, il se heurterait à un déchaînement de spéculation et à une crise de marché aiguë qui réduiraient à rien le temps d’institutionnalisation d’une construction monétaire alternative, et dont la seule issue, à chaud, serait le retour aux monnaies nationales. »

 

 

Il fut un temps où les citoyens étasuniens refusaient de se laisser espionner, et refusaient même que l’on espionne Al Capone (David Price) :

« Nul n’a été surpris d’apprendre que Washington disposait d’un puissant système d’espionnage, mais la révélation de son ampleur par l’informaticien Edward Snowden a créé un scandale planétaire. Aux Etats-Unis, la nouvelle fut accueillie avec une certaine apathie. Le temps est révolu où les affaires d’écoutes téléphoniques déclenchaient l’ire de la population, des médias… et des entreprises de télécommunications.

 

Les révélations de M. Edward Snowden sur l’étendue du programme de surveillance électronique de la National Security Agency (NSA) posent la question de l’intrusion des agences américaines de renseignement dans la vie des citoyens. Mais, au-delà de l’enregistrement de métadonnées à partir des lignes télé-phoniques et de la navigation sur Internet, cette affaire met au jour une autre réalité, tout aussi inquiétante : la plupart des Américains approuveraient le contrôle des communications électroniques privées. Selon un sondage du Washington Post effectué quelques jours après les déclarations de M. Snowden, 56 % de la population juge que le programme de surveillance Prism est « acceptable » et 45 % que l’Etat doit « être capable de surveiller les courriels de n’importe qui pour lutter contre le terrorisme ». Des résultats peu surprenants : depuis plus de dix ans, médias, experts et dirigeants politiques ne cessent de présenter la surveillance comme une arme indispensable à la « guerre contre le terrorisme ». »

 

 

Un article passionnant d’Olivier Razac sur la philosophie du fil de fer barbelé :

« A l’ère des caméras de vidéosurveillance, de l’identification biométrique ou encore du mobilier urbain dissuasif, on aurait pu croire le barbelé obsolète. Il reste pourtant largement utilisé dans le monde entier, même si, en Occident, où il demeure associé aux camps de concentration, on le réserve à des usages bien circonscrits. Inventorier ses multiples emplois ou ses substituts s’avère riche d’enseignements.

 

Inventé en 1874 par un agriculteur américain, Joseph Glidden, pour clôturer les propriétés des Grandes Plaines, le fil de fer barbelé est immédiatement devenu un outil politique de première importance. En moins d’un siècle et demi, il a tour à tour servi à enclore les terres des Indiens d’Amérique, à enfermer des populations entières lors de la guerre d’indépendance de Cuba (1895-1898) ou de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud (1899-1902) ; il a garni les tranchées de la première guerre mondiale, ou encore fourni la clôture incandescente des camps de concentration et d’extermination nazis.

Pour l’essentiel, le barbelé de type « Glidden » n’a plus que des usages agricoles. Lorsqu’il s’agit de repousser des hommes, on a recours au barbelé dit « rasoir » : de petites lames hérissées sur le fil central, qui peuvent à la fois couper et piquer l’intrus, remplacent les barbes. La forme de la lame change selon l’utilisation prévue, et peut relever de la simple dissuasion comme avoir la capacité de blesser mortellement. »

 

 

Aujourd’hui, la pollution commerciale n’est plus seulement visuelle, elle est de plus en plus sonore (Juliette Volcler) :

« Choisissez l’ambiance musicale de votre gare ! » Cette invitation lancée en mai par la SNCF aux usagers de ses lignes d’Ile-de-France dissimulait une intention moins innocente qu’il n’y paraît : les concertos de Mozart ou les nocturnes de Chopin visaient à éloigner les jeunes et les sans-domicile-fixe. Encore balbutiant, le modelage de l’univers sonore des villes suscite une foule d’initiatives… et de questions.

« Il y a trente ans, en France, chaque individu avait un haut-parleur : son radio-cassette. Aujourd’hui, si chacun comptait le nombre de haut-parleurs à sa disposition, il en trouverait des dizaines. Nous assistons à une démultiplication et à une diversification, le haut-parleur prenant d’autres apparences : ce ne sont pas uniquement les enceintes placées de part et d’autre de la chaîne hi-fi, ce sont des objets intégrés à la vie quotidienne, des casques, des sonnettes, de petits systèmes vocaux, des téléphones portables. » A l’heure des « villes intelligentes » et de la « réalité augmentée », la tendance pointée par le designer sonore Roland Cahen ne semble pas près de décliner : la technologie travaille à doter de langage, musique, alertes ou décorations auditives de multiples matières jusqu’ici muettes ou simplement bruyantes. »

 

 

Quel que soit le sens de l’histoire, il semble que les militaires en Égypte soient toujours présents (Alain Gresh) :

« Coup d’Etat ? Soulèvement populaire ? Nouvelle phase de la révolution ? Comment qualifier le mouvement massif contre M. Mohamed Morsi, puis la destitution, le 30 juin, du premier président civil démocratiquement élu d’Egypte ? Si les Frères musulmans portent une lourde responsabilité dans leur échec, l’ombre des militaires et de l’ancien régime se profile derrière les manifestants.

 

Bien sûr, on peut s’étonner de voir une source militaire certifier que quatorze millions d’Egyptiens (chiffre parfois porté à trente-trois millions) sont descendus dans la rue le 30 juin 2013, et l’armée fournir aux médias des vues prises par ses avions pour confirmer ses dires. Bien sûr, on peut s’interroger quand des responsables du ministère de l’intérieur saluent les plus grandes manifestations de l’histoire de l’Egypte. Bien sûr, on peut être un peu sceptique sur les quinze, voire vingt-deux, millions de signatures obtenues par le mouvement Tamarrod (« Rébellion ») demandant la démission du président Mohamed Morsi, et sourire lorsqu’une « philosophe égyptienne » assure qu’elles ont été « recomptées par la Haute Cour constitutionnelle  ». »

 

 

Qu'en est-il de la danse clasique sur les bords du Nil (Mona Abouissa) ? :

 

« Créé sur le modèle du Bolchoï grâce à l’intensification des relations soviéto-égyptiennes dans les années 1950, le ballet de l’Opéra du Caire a dû se battre pour survivre et s’adapter à un paysage politique mouvant.

 

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », murmure le cygne blanc avant de déployer ses ailes imaginaires et de faire son apparition dans la lumière des projecteurs. Oubliée, l’Ekaterina Ivanovna qui a fui l’Union soviétique à l’époque où s’effondrait le bloc de l’Est et qui a trouvé refuge en Egypte. A présent, elle est la reine des cygnes et vit au bord du lac formé par les larmes de sa mère. Dans l’ombre se cache Hany Hassan, le danseur-vedette du ballet de l’Opéra du Caire, qui interprète le sorcier Rothbart, incarnation du mal absolu. Dans les coulisses, il forme une ronde avec ses cygnes pour quelques pas de danse sur la musique de Tchaïkovski, puis se précipite sur scène pour mener son ultime combat contre le prince. Sous les projecteurs, la scène lui appartient ; mais, derrière le rideau rouge, c’est l’ancienne reine des cygnes, l’Italienne Erminia, qui mène le bal. »

 

 

En Algérie, l’histoire est désormais de plus en plus écrite par les Algériens eux-mêmes (Pierre Daum) :

« Pendant des décennies, la guerre d’Algérie fut le monopole des historiens – et des témoins – français. Désormais se multiplient les récits de moudjahidins et de « djounoud » (soldats) qui ont résisté durant huit ans au colonialisme. Ces documents, avec leurs limites, ont commencé à évoquer certains sujets délicats interdits par l’histoire officielle en Algérie. »

 

 

Martine Bulard est allée étudier la rééducation capitaliste des Coréens du Nord échappés en Corée du Sud :

« C’est un passage obligé pour les Nord-Coréens qui, au péril de leur vie, parviennent à gagner le Sud : un séjour de trois mois au centre d’accueil de Hanawon, censé leur enseigner les règles régissant leur nouvel univers. Avant le grand saut dans le monde réel…

 

« On ne peut pas vous donner l’adresse ; c’est secret. Mais, au terminal de l’autobus à Anseong, le taxi vous conduira. Si vous venez en voiture, ce qui est préférable, on vous guidera. » Le tout doit prendre un peu plus d’une heure à partir du centre de Séoul, précise notre interlocuteur.

 

Nous partons donc en voiture vers Hanawon, le centre d’accueil des réfugiés nord-coréens. Mais l’autoroute a raison de notre guimbarde. Soudain, elle s’arrête, dégageant une odeur de caoutchouc brûlé. Après plusieurs essais infructueux pour trouver un taxi, l’administration du centre propose de venir nous chercher. Nous quittons enfin les lieux chauffés par un soleil de plomb pour nous installer dans un 4 ×— 4 climatisé. Avec une compassion certaine, Mme Shin Sun-hee, une toute jeune femme élégante, nous a apporté une bouteille d’eau. »

 

 

Le Marché est partout, même dans la spéculation immobilière pour les pauvres de Lima (Elizabeth Rush) :

« Dans la capitale péruvienne comme ailleurs en Amérique latine, les efforts de planification urbaine se résument bien souvent à l’intégration progressive des campements spontanés de nouveaux venus. Alors qu’hier ce processus s’organisait de façon à favoriser l’émergence de véritables quartiers, il ne vise plus désormais qu’à constituer un marché… »

 

 

Un texte tout bonnement formidable d’Achille Mbembe sur Nelson Mandela :

« Son nom scandé sur les cinq continents est synonyme de résistance, de libération, d’universalité. Lutteur entêté autant que malicieux, Nelson Mandela a fêté ses 95 ans. L’idée même que l’on se prosterne au pied de sa statue l’a toujours exaspéré : mieux vaut aller de l’avant et poursuivre la tâche immense de l’émancipation.

 

Une fois Nelson Mandela éteint, l’on sera en droit de déclarer la fin du XXe siècle. L’homme qui, aujourd’hui, se trouve au crépuscule de sa vie en aura été l’une des figures emblématiques. Exception faite de Fidel Castro, il est peut-être le dernier d’une lignée de grands hommes vouée à l’extinction, tant notre époque est pressée d’en finir une fois pour toutes avec les mythes.

Plus que le saint qu’il affirme volontiers ne jamais avoir été, Mandela aura en effet été un mythe vivant, avant, pendant et après sa longue incarcération. En lui, l’Afrique du Sud, cet accident géographique qui peine à se faire concept, aura trouvé son Idée. Et si elle n’est guère pressée de s’en séparer, c’est bel et bien parce que le mythe de la société sans mythes n’est pas sans danger pour sa nouvelle existence en tant que communauté de vie au lendemain de l’apartheid. »

 

 

Pour se soigner en Afrique du Sud, il faut prendre le train (Guillaume Pitron) :

« Le système de santé sud-africain, défaillant, pâtit d’une fuite des cerveaux massive. Depuis près de vingt ans, un convoi de dix-huit voitures abritant diverses spécialités médicales sillonne le pays pour dispenser les soins de base à ses habitants.

 

Prendre la route plein ouest depuis Johannesburg vers la ville de Kathu revient à effectuer un voyage dans le temps. Les autoroutes laissent progressivement place à des chaussées vétustes bordées de veld. La voie se détériore encore passé la frontière invisible du Cap-Nord, la plus vaste et la moins habitée des provinces d’Afrique du Sud. Encore cinq cents kilomètres sur des lambeaux d’asphalte au milieu de paysages d’épineux, et presque aucun signe de vie. Puis Kathu, bourgade de dix mille habitants endormie sur les contreforts d’un chapelet de montagnes aux teintes mauves. De part et d’autre de la rue principale, un centre commercial, des échoppes de spiritueux et de luxueux lodges aux bars desquels, le soir, des jeunes filles accablées d’ennui sirotent des vodkas-fraise. »

 

La petite ville andalouse de Marinaleda est un phalanstère de plus en plus connu (Gilbert Haffner) :

« Avec ses camarades du Syndicat andalou des travailleurs, M. Juan Manuel Sánchez Gordillo a mené plusieurs actions de réquisition de nourriture dans les supermarchés en faveur des victimes de la crise. Ces coups d’éclat ont suscité un regain d’intérêt pour Marinaleda, la commune dont il est le maire. Ici, on ne fait rien comme ailleurs. Et cela semble marcher…

 

Marinaleda, commune espagnole de vingt-cinq kilomètres carrés, deux mille huit cents habitants, dans la province de Séville, est entouré d’immenses propriétés appartenant pour la plupart à de riches propriétaires terriens. « Los terratenientes », l’aristocratie seigneuriale séculaire, exploitent des milliers d’hectares et des dizaines de milliers d’ouvriers agricoles, peones ou jornaleros (journaliers). C’est le royaume du travail précaire. »

 

 

Recenser les populations dans les Balkans est un exercice périlleux (Jean-Arnault Dérens) :

« Dans les Balkans, compter les habitants d’un pays n’a rien d’une banale opération statistique. Puisque dénombrer les populations revient à mesurer des rapports de forces, les recensements sont au cœur de tous les conflits politiques. Leur conduite comme leurs résultats laissent transparaître une radiographie des identités, des antagonismes, mais aussi des espoirs d’une région convalescente. »

 

 

Pour Régis Genté , le gaz de schiste chamboule la géopolitique :

« Russie, Iran, Qatar, Bolivie… Réunis à Moscou le 1er juillet, les membres du Forum des pays exportateurs de gaz ont tenté de s’accorder sur une stratégie commune face à la montée en puissance du gaz de schiste. Ces producteurs traditionnels s’inquiètent. Car la nouvelle manne, exploitée en premier lieu aux Etats-Unis, n’a pas seulement dopé l’industrie locale : elle pourrait bouleverser la géographie énergétique mondiale. »

 

 

Maxime Robin a vu au Dakota du Nord des vaches perdre leur queue :

« L’exploitation du gaz et du pétrole de schiste aux Etats-Unis provoque d’importants dégâts environnementaux. Dans le Dakota du Nord, les autorités détournent le regard.

 

La ferme de Mme Jacki Schilke est la seule habitation à trente-cinq kilomètres à la ronde. Cette agricultrice des environs de Williston a toujours refusé que les compagnies forent son terrain, mais plusieurs infrastructures pétrolières jouxtent ses pâtures. Depuis 2011, certaines de ses vaches sont atteintes d’un mal étrange : elles maigrissent, et parfois perdent leur queue. Elle fait donc appel aux autorités du Dakota du Nord pour expertiser son terrain. Dépêchés sur place, les inspecteurs ne trouvent rien d’anormal. »

 

Un beau texte de Gérard Mordillat sur les miroirs voilés :

« Avènement d’une civilisation de l’image avec l’omniprésence de la télévision, retour en grâce de l’écriture avec l’essor du courrier électronique et du Web… Et si, à force de considérer ces deux moyens de communication que sont le texte et l’image comme des rivaux, on en finissait par perdre de vue leurs natures jumelles et leur intimité première ?

 

 

Une réflexion ironique sur les mots, anglais bien sûr, qui structurent le discours des pays du Golfe :

 

« En avril 2013, lors d’une conférence sur l’énergie organisée à Doha, au Qatar, l’un des intervenants, un officiel qatari, commence et conclut son intervention en anglais – la lingua franca dans le Golfe – en rendant hommage à la « vision éclairée » de son émir. Dans la salle, journalistes et universitaires échangent clins d’œil et sourires entendus. Habitués de ce genre de manifestations, certains ont même parié sur le nombre de fois où serait prononcée l’expression « the vision ». Il faut dire qu’elle est devenue omniprésente dans toutes les monarchies pétrolières ou gazières du golfe Arabo-Persique. Que ce soit lors d’un colloque, dans un document officiel ou dans une simple plaquette touristique, il faut célébrer la « vijieune » — exigez l’accent — de Son Altesse royale, ou plutôt, en forçant un peu le trait, de « Son Altessissime des cieux très élevés ». »

 

En illustration : “ La Machine infernale ” d'Oscar Dominguez 

 

 

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 07:31

The Economist est un organe de presse furieusement de droite. Ce qu'il a à dire sur le doctorat dans le monde mérite néanmoins le détour.

 

 

Les universités produisent de plus en plus de thésards et de “post-doc”, qu’elles utilisent souvent elles-mêmes comme enseignants sous-payés. Un gâchis scientifique et humain.

 

Dans la majorité des pays, il faut avoir un doctorat pour mener une carrière académique. Le doctorat est une introduction au monde de la recherche indépendante, une sorte de chef-d’œuvre intellectuel créé par un apprenti, en étroite collaboration avec un directeur de thèse. Les règles à suivre pour obtenir ce grade varient énormément selon les pays, les universités et même les sujets. Certains étudiants doivent d’abord être titulaires d’un master ou d’un autre diplôme. Les uns perçoivent une allocation, d’autres doivent payer.

 

Certains doctorats consistent uniquement à faire de la recherche, d’autres impliquent de suivre des cours et de passer des examens, d’autres encore sont assortis d’une obligation d’enseigner à l’université. Une thèse peut faire quelques dizaines de pages en mathématiques ou plusieurs centaines en histoire. 

Mais s’il y a une chose que partagent beaucoup de doctorants, c’est bien l’insatisfaction. Certains décrivent ce qu’ils font comme un “travail de forçat”. Les semaines de sept jours, les journées de dix heures, les salaires de misère et les incertitudes quant à l’avenir sont monnaie courante. Vous savez que vous êtes un thésard, plaisante-t-on, quand votre bureau est mieux décoré que votre logement et que vous avez une saveur préférée dans la gamme des nouilles instantanées.

 

 

“Ce n’est pas le doctorat en lui-même qui est décourageant, explique un étudiant, c’est de se rendre compte que l’objectif est devenu hors d’atteinte.” Il y a trop de doctorants. Bien que ce diplôme soit conçu comme une formation au travail académique, le nombre de places en troisième cycle ne correspond pas au nombre de postes à pourvoir. Parallèlement, les chefs d’entreprise se plaignent du manque de compétences de haut niveau, insinuant que le troisième cycle ne correspond pas aux attentes. Les critiques les plus féroces comparent les thèses de recherche aux systèmes de vente pyramidale. 

Pendant une grande partie de notre histoire, une simple licence était le privilège de quelques-uns et beaucoup de professeurs d’université n’avaient pas de doctorat. Mais avec l’expansion de l’enseignement supérieur qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, on a attendu des professeurs d’universités qu’ils aient un diplôme de troisième cycle. Les universités américaines ont été les premières à s’adapter : en 1970, les États-Unis fournissaient presque un tiers des étudiants en université du monde et la moitié des doctorats en science et technologie (le pays ne représentait à l’époque que 6 % de la population mondiale). Depuis, leur production de doctorats a doublé pour atteindre 64 000 par an. Les autres pays sont en train de rattraper leur retard. Entre 1998 et 2006, le nombre de doctorats décernés dans les pays de l’OCDE a augmenté de 46 %, mais seulement de 22 % aux États-Unis. La progression a été plus rapide au Mexique, au Portugal, en Italie et en Slovaquie. Même le Japon, où le nombre de jeunes diminue, a attribué environ 46 % de doctorats supplémentaires. Une partie de cet accroissement reflète l’expansion de l’enseignement universitaire en dehors des États-Unis. Selon Richard Freeman, professeur d’économie du travail à Harvard, les étudiants inscrits aux États-Unis représentaient, en 2006, à peine 12 % du total mondial.

 

 

Lire la suite ici.

 

En illustration, le Peau d'Âne de Jacques Demy. Rien à voir, mais ça fait plaisir à mes filles.

 

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 09:50

Extraits d'un entretien publié par Mediapart :

 

Et puis, alors, est venu Mai 68 qui a représenté quelque chose de fort pour moi. Parce que j’y ai vu un rapport nouveau entre les garçons qui faisaient cette tentative, pas même de révolution, mais d’installation de ce qu’ils voulaient. J’ai vu un rapport qui n’était plus un rapport proprement politique, qui était un rapport d’amitié. Et je me suis demandé si le rapport que la politique établit entre les personnes, un rapport formel de citoyen à citoyen, était bien le rapport qui convenait et si le rapport politique n’était pas fondé sur un rapport d’union entre les individus ; c’est-à-dire une suppression du rapport proprement dit politique, du rapport de citoyen à citoyen. Bref, je me suis demandé si le fond de la politique n’était pas un rapport profond et libre de chacun à chacun du type précisément de l’équité ; c’est-à-dire : est-ce que le rapport qu’on trouve dans les meetings ou dans les organisations politiques ou syndicales est le bon ? Est-ce que les hommes qui sont liés politiquement entre eux actuellement sont liés vraiment, sont-ils liés par le fait d’être hommes ? Autrement dit : est-ce que la politique est le seul rapport possible entre les hommes et est-ce qu’elle doit s’établir sur un rapport formel ? Il y a dans les trois principes qui ont défini en 1789 la réalité politique pour nous autres Français quelque chose d’autre, il y a la fraternité.

 

 

Vous savez nos trois principes : liberté, égalité, fraternité. C’est la fraternité qui doit être à l’origine de l’action politique : on se réunit et on discute de l’action à faire en tant que frères. Ce rapport qui est proprement la base du rapport démocratique n’est pas encore vraiment réalisé, mais les pays démocratiques d’Europe, par exemple, sont en marche vers cette fraternité. Ce ne sont pas les partis, d’ailleurs, qui réalisent entre leurs membres la fraternité ; ils réalisent la citoyenneté sans fraternité. La fraternité doit supposer un autre type de communion entre les frères que le parti. Le parti est, selon moi, une forme lentement périmée du rapport entre les hommes. C’est un rapport faux.

La fraternité est quelque chose de beaucoup plus puissant entre les hommes et qui se révèle, par exemple, à la prise de la Bastille en 1789. Cette fraternité ne suppose pas derrière elle un parti. Les hommes qui ont pris la Bastille n’étaient pas du même parti, il n’y avait pas de parti entre eux. C’était un groupe qui s’est formé sur une action et qui a réalisé cette action au risque de la mort ; l’action étant la suppression des prisons politiques et le lien des hommes qui ont pu se faire tuer pour ça, qui, en tout cas, ont envahi ce château sans être des militaires, qui avaient une tâche, mais en étant simplement des hommes liés entre eux, parce qu’on ne pouvait pas prendre le château sans être lié, ils avaient établi une relation entre eux qui est une relation de fraternité.

 

L'intégralité est ici.

 

PS : Pour ceux qui s'intéressent vraiment à moi, j'ai un ancêtre direct qui s'appelait Sartre. Il était donc tailleur ou fils de tailleur ou couturier (sartor, celui qui raccommode). Ça me fait penser que l'anglais a gardé cette racine latine (sartorial = vestimentaire) alors que le français l'a perdu.

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