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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 05:05
Par Alain Bentolila

 

 

 

"L'Histoire a traité de façon très inégale les différentes langues de notre pays. Le français a ainsi confisqué à son seul usage les cercles officiels de la communication, chassant du même coup d'autres langues de ces lieux de pouvoir. C'est le cas du breton, du basque, de l'occitan… Tous ces instruments de communication minorés, que l'on nomme dialectes ou patois, sont en fait des langues qui ont 'manqué de chance'. Elles possédaient tout comme la langue française des structures phonologiques, syntaxiques et lexicales qui leur eût assuré un égal potentiel de communication, mais on les sacrifia au nom d'un idéal républicain : une langue, une école, une armée.

 

La question que je veux poser est la suivante : 'Faut-il aujourd'hui tenter de redresser les torts de l'Histoire?' Faut-il, au nom du respect légitime dû aux spécificités culturelles, faire de ces langues, jusqu'ici cantonnées à un usage de familiarité, les outils de l'Administration et de l'enseignement? Ou bien, au nom du réalisme, de l'efficacité et de l'unité nationale, convient-il d'imposer le français comme seule langue de l'État dans toutes les écoles, les tribunaux et les institutions de la République?

 

Cette seconde option est sans aucun doute la plus pertinente. Le respect des identités linguistiques et culturelles ne doit en effet pas nous faire oublier que l'important c'est de distribuer de la façon la plus équitable le pouvoir de tous les citoyens de comprendre et de se faire comprendre. C'est‑à-dire la capacité de se défendre également contre la tromperie, les mensonges et l'exploitation ; et ce pouvoir, c'est en français qu'il s'exerce et doit s'exercer dans notre pays. On fera évidemment une juste place à un apprentissage facultatif des langues régionales et à la promotion des valeurs culturelles qu'elles portent.

 

C'est bien mal connaître les langues que de croire que l'on peut modifier leurs fonctions sociales en décrétant leur officialisation du jour au lendemain. Une langue ne peut voir son statut changer qu'au rythme de l'évolution du peuple qui la parle. Elle ne développera de nouvelles formes orales, elle ne déploiera une écriture de qualité que si elle sait conquérir de nouveaux défis de communication. Une langue – fût-elle minorée – déteste qu'on lui concède un statut de papier qui ne résulterait pas de profonds bouleversements des forces économiques, politiques et éducatives. Alors, et alors seulement, elle créera les mots capables de dire ce monde jusque-là confisqué.

 

Alors, et alors seulement, elle inventera les mots et les structures capables de donner, à ce monde nouvellement investi, un sens qui serait nécessairement différent de celui imposé jusque-là par la langue dominante. En aucun cas un décret instaurant l'usage d'une langue régionale à l'école (breton, occitan, basque) n'aura le pouvoir de bouleverser les positions des langues sur notre territoire et la hiérarchie que l'Histoire leur a assignée.

 

Si l'introduction de la langue catalane dans les écoles de l'autonomie fut légitime et juste, c'est parce qu'elle était l'aboutissement d'un processus de transformation politique, administrative et sociale. Alors que la création d'isolats scolaires en Bretagne, en Occitanie ou ailleurs ne se justifie ni sur le plan pédagogique (la plupart des élèves ont pour langue maternelle le français) ni sur le plan social (la langue de promotion est le français). Il s'agit d'une revendication purement idéologique qui ne concerne d'ailleurs qu'une minorité d'enfants plutôt favorisés."

 

Source

 

Les langues régionales à l'école, un combat inutile et douteux
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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 05:05

 

Serge Halimi prend la défense de Gaza et de son « peuple debout : « Depuis quinze ans, Gaza a subi cinq expéditions punitives : 2006 (« Pluie d’été ») ; 2008-2009 (« Plomb durci ») ; 2012 (« Pilier de défense ») ; 2014 (« Bordure protectrice ») ; et 2021 (« Gardien des murailles »). Israël a choisi ces noms pour mieux maquiller les assaillants en assiégés. Et, depuis quinze ans, les mêmes personnages débitent les mêmes slogans pour légitimer les mêmes châtiments. Car le déséquilibre des moyens engagés rend le terme de « guerre » inapproprié. D’un côté, une des armées les plus puissantes et les mieux équipées du monde, qui dispose de l’appui sans limites des États-Unis, qui soumet ses adversaires à un blocus terrestre et maritime de chaque instant. En face, pas un char, pas un avion, pas un navire, pas de soutien (autre que verbal) d’une seule capitale. Il fallait par conséquent tout l’aplomb d’un ambassadeur israélien en France pour reprocher aux Palestiniens « l’un des crimes de guerre les plus abjects du XXIe siècle ». Le nombre de victimes respectif lors de ces cinq conflits est une réponse qui suffit.

 

Depuis quinze ans, comme chacun sait, les Israéliens « ripostent » ou « répliquent » aux agressions dont ils sont l’objet. Car l’histoire qu’ils racontent ne démarre jamais une seconde avant l’enlèvement d’un de leurs soldats ou un tir de roquettes qui les vise. La chronologie des affrontements omet ainsi les vexations ordinaires infligées aux Palestiniens, les contrôles permanents, l’occupation militaire, le blocus d’un territoire qu’aucun aéroport ne dessert, le mur de séparation, le dynamitage de leurs maisons, la colonisation de leurs terres.

 

 

 

Renaud Lambert explique comment la dette fissure la gauche française : « Insécurité, immigration, identités, « islamo-gauchisme »… Les thèmes de l’élection présidentielle de 2022 en France risquent d’être aussi monotones que déprimants. Des idées foisonnent pourtant, notamment à gauche, et elles suscitent des propositions radicales, largement occultées par les médias. Dont celle d’annuler les dettes détenues par la Banque centrale européenne afin d’élargir les marges de manœuvre de la puissance publique. »

 

 

 

Alain Gresh dénonce les guerres sans fin contre les Palestiniens : « Après onze jours de conflit qui ont fait 230 morts palestiniens et 12 morts israéliens, Israël et le Hamas ont conclu un cessez-le-feu sans conditions préalables. L’arrêt des hostilités n’a pas apaisé les tensions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, pas plus qu’il ne règle les questions de fond. À défaut de disposer d’un État viable et de ne plus subir la colonisation, les Palestiniens continueront de se battre pour leurs droits. »

 

 

 

Pour Dominique Pinsolle, la police française s’initie à l’art du coup d’État : « Le 19 mai dernier, le ministre de l’intérieur français a participé à un rassemblement de policiers qui, devant l’Assemblée nationale, exigeaient un durcissement des lois pénales. Cette anomalie démocratique a été précédée par deux pétitions de militaires d’extrême droite. Se prétendant indignés par la mollesse supposée du pouvoir, ils s’inscrivaient dans la tradition des coups d’État. »

 

Le Monde Diplomatique (253)

Ian Urbina hume, en Gambie, les traces d’une odeur de poisson pourri : « Développée à un rythme frénétique dans les années 1990, la pisciculture devait résoudre le problème de la surpêche. La majeure partie des poissons consommés sur terre provient désormais d’élevages. Lesquels se nourrissent notamment de farine de… poisson sauvage. Sur les côtes gambiennes, des pêcheurs pauvres alimentent les chaudières de cette industrie infernale. »

 

 

 

 

Pour Anne Vigna , le Brésil est devenu une démocratie militarisée : « Grâce au président Jair Bolsonaro, les militaires jouissent d’une représentation inédite au sein du gouvernement brésilien, ainsi que dans l’administration. De récents désaccords entre le chef de l’État et des généraux en vue ont alimenté des rumeurs de coup d’État. Mais pourquoi les hauts gradés quitteraient-ils le navire qu’ils ont mis à flot et dont ils tiennent la barre ? »

 

 

 

Lola Allen et Guillaume Long  décrivent la traque de l’« ennemi intérieur » en Colombie : « Indigné à l’idée que la dictatrice bolivienne Jeanine Áñez puisse avoir à répondre de ses actes devant la justice de son pays, le Parlement européen a voté une résolution appelant à sa libération. Il semble moins préoccupé par la violente répression qu’ont subie les manifestants colombiens au mois de mai. Plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés n’ont suscité aucune réaction de sa part. »

 

 

 

Martine Bulard  expose comment l’Alliance atlantique bat la campagne en Asie : « Dans une tribune publiée en ligne par « Le Journal du dimanche », le 7 mai 2021, les ambassadeurs de l’Australie et de l’Inde en France ont félicité le président Emmanuel Macron d’avoir rejoint l’« axe indo-pacifique » et mené des exercices militaires conjoints avec leurs pays ainsi que le Japon et les États-Unis. Mais les contours de cette alliance demeurent flous, et chacun y poursuit ses propres objectifs. »

 

 

 

Pour Killian Cogan, Istanbul est le miroir d’un monde arabe fracturé : « Depuis 2011, de nombreuses diasporas arabes ont trouvé refuge en Turquie. Opposants à leurs régimes, certains de leurs membres y bénéficient d’une relative liberté politique. D’autres sont attirés par les promesses d’un modèle économique qui demeure l’un des plus performants du sud et de l’est de la Méditerranée. Mais, à l’heure des recentrages stratégiques d’Ankara, l’avenir de ces communautés demeure fragile. »

 

 

 

Á lire un dossier sur la ville défigurée (Ravages de l’automobilisme,  Au nom de l’attractivité des territoires,  GiFi ou le triomphe de la pacotille,  Du rabais au bio, une offre segmentée).

 

 

Pour Christophe Jaffrelot , la gestion du Covid-19 en Inde est un désastre : « Jusqu’à début avril, la presse mondiale saluait le tour de force du premier ministre indien et sa « diplomatie du vaccin », apte à contrer la Chine. Aujourd’hui, le Covid-19 fait d’autant plus de ravages que le pays manque de vaccins, de médicaments, d’oxygène. Et, pour la première fois depuis 2014, M. Narendra Modi est en perte de vitesse. »

 

 

 

Zhang Zhulin  nous décrit le funambulisme d’une humoriste chinoise : « Pays le plus masculin du monde (114 garçons à la naissance pour 100 filles), la Chine ne prise guère les revendications féministes. Les femmes représentent moins de 5 % des deux cents membres du Comité central du Parti communiste chinois. L’ostracisme est encore plus fort dans l’univers du stand-up. En témoigne le cas de l’humoriste Yang Li. »

 

 

 

Est-il possible de travailler moins pour polluer moins (Claire Lecœuvre ) : « Émancipatrice, gage d’une meilleure répartition de l’emploi et des richesses, la réduction du temps de travail permettrait aussi de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Mais cette vision audacieuse de l’avenir effarouche encore, comme l’atteste le retrait par la convention citoyenne pour le climat de sa proposition sur les vingt-huit heures de travail hebdomadaires. »

 

 

 

 

Pour Philippe Person, Bo Widerberg est l’anti-Bergman : « Il avait choisi de montrer une grève de l’intérieur, de rendre hommage au syndicaliste Joe Hill, mais aussi de parler d’amour. Il avait inventé le polar suédois au cinéma et fait naître un nouveau type de jeu chez les acteurs. Bo Widerberg célèbre la contestation de l’ordre, solitaire ou collective, avec une liberté et un lyrisme qu’on a oubliés. « 

 

 

 

Serge Halimi et Pierre Rimbert aimeraient bien qu’on assiste enfin aux Médias culpa : « Quand une guerre s’enlise, ceux qui veulent la prolonger ont plusieurs manières de procéder. Ils prétendent que le dernier quart d’heure a sonné, que céder devant l’ennemi reviendrait à poignarder dans le dos des soldats qui se sont sacrifiés pendant des années. Ils prédisent que tout recul sur un front précipitera une débandade générale, la « chute des dominos ». Trahison de l’armée par les civils, aveuglement face à l’apocalypse, intelligence avec l’ennemi : la première guerre mondiale, celle d’Algérie, celles d’Indochine ont décliné à l’infini cette rhétorique jusqu’au-boutiste. Mais, depuis quelques années, une autre technique gagne du terrain aux États-Unis : à coups de fake news fabriquées conjointement par les services de sécurité et la presse libérale, on prétend que l’Amérique, blanche colombe démocratique aux ailes d’ange, serait la cible d’un complot ourdi par les Russes à l’extérieur et par les « extrêmes » à l’intérieur. Et il n’est certainement pas question de les laisser empocher la mise !

Les faucons de Washington ont abattu leur « carte Poutine » à propos de l’Afghanistan. Peu après que le président Donald Trump eut annoncé qu’il retirerait tous les soldats encore présents dans ce pays que les états-Unis occupent depuis vingt ans, le site du New York Times titrait : « La Russie a offert secrètement des primes aux militants afghans pour qu’ils tuent des soldats américains, affirment les services de renseignement » (26 juin 2020). Or, face à cette « énorme escalade de la guerre hybride de la Russie contre les États-Unis », la Maison Blanche est restée inerte, s’indignaient les auteurs du scoop (quatre prix Pulitzer à eux trois). Car conformément à la thèse défendue depuis des années par le quotidien, « M. Trump a adopté une posture accommodante envers Moscou ». »

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 05:09

Selon Res Publica, face à l’agent Orange, la Justice fait preuve de deux poids deux mesures : « Depuis 2014, Mme Tran To Nga, une française d’origine vietnamienne contaminée par l’Agent Orange, poursuit en justice 14 producteurs et fournisseurs de défoliants que l’armée des EU a épandus sur le Vietnam pendant la guerre. Elle a été déboutée le 10 mai 2021 par le tribunal d’Évry. Ce n’est pas la première fois qu’une victime vietnamienne est ainsi déboutée alors que des anciens combattants étasuniens, présentant les mêmes pathologies associées à l’Agent Orange sont indemnisés.

 

Un espoir est né en 2013 quand la France a voté une loi permettant à une victime française d’un tort commis à l’étranger, par un étranger, de porter plainte devant les tribunaux français. Mme Tran To Nga, une résistante franco-vietnamienne contaminée par l’Agent Orange a ainsi pu poursuivre en justice 17 sociétés chimiques qui avaient produit et fourni des défoliants à l’armée des États-Unis. Elle a été déboutée le 10 mai dernier.

 

Les firmes chimiques ainsi que le gouvernement des EU reconnaissent que les défoliants et herbicides épandus sur le Vietnam sont responsables de graves maladies et indemnisent les anciens combattants de la guerre du Vietnam. Dans le même temps, ils refusent d’indemniser les Vietnamiens victimes des mêmes pathologies. Le nombre des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et les superficies contaminées étant considérables, le coût des indemnisations serait extrêmement élevé. Quant au tribunal d’Évry, il n’a pas voulu condamner les sociétés chimiques étasuniennes parce qu’il a préféré rester “ courtois ” avec le gouvernement des États-Unis plutôt que de rendre une vraie justice. Ce faisant, il ne s’est pas grandi aux yeux de l’opinion internationale. »

 

 

 

Revue de Presse (356)

Le site Communistes demande qu’on mette un terme au cirque politique. « Pour faire oublier sa politique et son autoritarisme au service du capital, Macron multiplie les coups de communication comme ce concours d’anecdotes avec les deux humoristes, youtubeurs, McFly et Carlito, les spectateurs ont pu profiter de 36 minutes de show en apprenant comment l’équipe de l’Élysée avait fait un match avec l’équipe de Marseille. Cette opération communication du Macron’circus rabaisse de manière puérile, méprisante le débat : pour qui prend-on les jeunes ! Pendant ce temps, les groupes du CAC 40 vont verser à leurs actionnaires en 2021 51 milliards d’euros, soit 22 % d’augmentation par rapport à l’an dernier. De nombreux plans de suppression d’emplois se profilent, ils bénéficient toujours du soutien financier de l’État, les principaux bénéficiaires de ce montant astronomique sont les multinationales et les grosses fortunes du capitalisme français (Arnaud, Bolloré, Bettencourt, Pinault) ainsi que BlackRock, le plus puissant fonds d’investissement de la planète. Sous prétexte de lutter contre le Covid 19, le gouvernement a ajouté 155 milliards d’aide. »

 

 

Selon le World Socialist Website, « Dominic Cummings, ancien conseiller en chef de Boris Johnson, a confirmé que le gouvernement conservateur avait préparé une politique d’immunité collective qui aurait entraîné la mort de centaines de milliers de personnes.

 

Un exercice de Santé publique Angleterre avait élaboré une politique basée sur le fait que jusqu’à 800 000 personnes mourraient du Covid-19. Cummings apporte à présent des détails et confirme que l’immunité collective était la politique officielle et publiquement déclarée par Johnson et ses principaux conseillers médicaux, jusqu’à ce qu’il fut contraint par l’indignation publique de mettre en place un confinement national le 23 mars 2020. »

 

 

Le Grand Soir reprend un article de Frédéric Lordon publié par Le Monde diplomatique 

 

« Sommes-nous rendus au point de fascisme ? Pas encore. Sommes-nous en voie de fascisation ? Sans doute. En fait, il n’y a plus trop à hésiter : un processus est en cours. Qui, il y a deux ans, aurait pu imaginer des tribunes de militaires factieux, une manifestation de policiers du même métal, appelant à faire « sauter les digues de la Constitution » avec la bénédiction de presque toute la classe politique, des grands médias, comme CNews, demain Europe 1, à ce point fascisés, d’autres qui courent derrière (LCI, BFM), le service public toujours disponible pour tenir à l’agenda les pires sujets, ouvrir micro aux pires invités, un hebdomadaire d’extrême droite, Valeurs Actuelles, faisant l’agenda politique, le même effet de remorque pour toute une série d’autres hebdos (Le Point, L’Express, Marianne), des ministres vomissant leurs délires islamophobes en toute occasion, rêvant ouvertement de purges à l’université, l’installation dans le paysage d’une gauche d’extrême droite (Valls, Printemps républicain), qui ? À la vitesse désormais acquise par le processus, on entendra d’ici peu des cortèges défiler aux cris de « Mort aux Arabes ».

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 05:09

Je cite ici le blog passionnant de Michel Feltin-Palas “ Sur le bout des langues ”, avec un petit rappel sur les mots qui ont deux pluriels : « Aïeul, par exemple, donne aïeuls quand il s'agit de nos grands-parents, mais aïeux quand on évoque l'ensemble de nos ancêtres. Subtilité encore avec ail, qui débouche sur la forme ails pour la plante, mais sur aulx pour le condiment. Plus poétique : ciel a pour pluriel ciels quand on parle de peinture ("Les ciels de Léonard de Vinci"), de paysages ("Les ciels de Provence") ou de décoration intérieure ("Les ciels-de-lit"). En revanche, cieux est de rigueur pour le firmament ("L'immensité des cieux") ; l'univers religieux ("Notre Père qui est aux cieux") de même que dans certaines expressions ("Partir sous d'autres cieux"). Citons enfin banal qui aboutit généralement à banals ("des propos banals") mais à banaux dans son sens féodal – "à la disposition de tous" ("Des fours banaux »). »

 

J’ai bien aimé ce portrait de Blanquer par Georges Gastaud dans Initiatives Communistes (extraits) : « Blanquer est l’homme dont la contre-réforme du lycée a détruit le second degré public et le bac national anonyme, jusqu’alors premier grade universitaire, l’homme qui a ravagé l’enseignement des disciplines scolaires – français, maths, philo, LV 1 et 2, EPS, etc. – , l’homme qui a détruit l’unité du groupe classe en imposant des regroupements illisibles pour tous, l’homme qui a imposé Parcours Sup, voie royale pour une sélection sociale sans précédent à l’Université. Il est aussi l’homme qui a demandé l’interdiction d’un syndicat étudiant, l’UNEF, avec lequel on peut être en désaccord mais qui n’en est pas moins représentatif, alors que dans le même temps, le ministère de l’Éducation nationale subventionnait sur fonds publics un syndicat lycéen bidon émanation de la Macronie. Blanquer est enfin le ministre irresponsable qui a maintenu à tout prix les classes ouvertes sans prendre de mesures sérieuses pour protéger les élèves et les personnels, l’homme qui s’est réclamé de la honteuse théorie malthusienne de l’ “immunité de groupe” (= laissons faire le virus et que les forts survivent!), les professeurs français étant parmi les derniers enseignants vaccinés d’Europe occidentale. Et malgré ce bilan accablant, plus d’un syndicat représentatif de l’Éducation nationale refuse encore, sous couvert de prolonger un “dialogue social” mensonger, où le ministre décide et où les syndicats regardent passer le train en “déplorant”, d’exiger la démission de cet Attila du système éducatif français! Certes, celui qui écrit ces lignes est un militant politique, qui plus est retraité de l’Éducation nationale : qu’il se taise, donc! Mais outre que l’auteur de ces lignes fut, durant près de quatre décennies, un professeur de philosophie, un militant syndical rigoureux et un élu du personnel actif sur tous les fronts, outre qu’il se désole de voir ses jeunes collègues quotidiennement humiliés et empêchés d’enseigner correctement leur discipline, outre qu’il s’indigne de voir la manière dont la philosophie est, comme d’autres matières, sacrifiée sur l’autel d’un alignement éducatif européen totalement contraire à l’esprit des Lumières et de la laïcité républicaine véritable, l’auteur ne saurait, comme citoyen viscéralement attaché à l’avenir de l’école laïque, assister à son désossement et à sa blanquérisation sans réagir. »

 

 

 

Revue de Presse (355)

 

Dans Des Publica, Rachel Haller évoque les “ misères et alternatives de la mode d’aujourd’hui ” : « Le 21 avril dernier, Bernard Arnault a grimpé à la deuxième place du classement des milliardaires établi par le magazine Forbes (derrière Jeff Bezos, le PDG d’Amazon et devant Elon Musk). Sa fortune, désormais estimée à 180,4 milliards de dollars, a quasiment doublé en un an du fait de l’augmentation du cours de l’action LVMH (+ 107 % depuis le 18 mars 2020). Le groupe LVMH qui compte 75 marques (dont Louis Vuitton, Dior, Céline, Marc Jacobs…) est également devenu la première capitalisation européenne en février dernier, porté par les hausses des ventes dans l’activité mode et maroquinerie, notamment en Asie et aux États-Unis. Ces chiffres sont révélateurs du poids grandissant de l’industrie de la mode dans l’économie. En France, la mode est par exemple le premier marché sur Internet en nombre d’acheteurs et en 2020, malgré la pandémie, 51 % des produits achetés sur le web faisaient partie du secteur de l’habillement. Comme d’autres secteurs, l’industrie de la mode est aujourd’hui traversée par de grandes tendances où l’on retrouve à la fois les pires excès du capitalisme moderne et la volonté de produire et de consommer plus durablement. De plus, dans un monde saturé d’images, la mode se retrouve aussi au cœur de questionnements sociétaux et politiques. »

 

 

Le site “ Communistes ” explique pourquoi le débat sur la sécurité est un piège politique : «  Il n’y a pas un article de presse, une émission de télé et de radio qui n’y consacre informations et débats, il s’agit vous l’avez deviné des questions sécuritaires. Alimentées par des réalités tragiques comme la mort d’un policier à Avignon, ces questions servent de support à une vaste opération politique visant à organiser un renforcement des mesures pour museler la contestation sociale qui sourd et mettre en scène une élection présidentielle dont le choix se résumerait à ces questions, mettant tout le reste sous la table ! Cette vaste opération à laquelle contribuent les « appels » de militaires parus dans Valeurs Actuelles ont pour objectif d’alimenter le scénario d’une « lutte impitoyable » entre les « progressistes » macronistes et les populistes le Penien ! alors que le RN est un fer que le capital tient au feu en cas de besoin.

 

La sécurité des citoyens est une chose éminemment importante. Tout le monde, les salariés en premier, veulent vivre de leur travail en sécurité, les chômeurs en avoir, les jeunes recevoir une éducation de qualité ouvrant la voie à des emplois qualifiés, les anciens vivre leur retraite dans la sérénité… Mais il n’est question que de répression, du nombre de policiers, de places dans les prisons, de peines alourdies. En clair, il n’y aurait aucune cause au mal-être de la société et la seule politique serait d’isoler les « asociaux » pour « protéger » la partie saine de la population...vous avez dit populisme ?

 

Pourtant, à en juger par les luttes nombreuses qui se mènent pour l’emploi, les salaires, les conditions de travail, le droit à l’éducation, au logement, à l’énergie, aux soins, on mesure ce que sont tous les besoins non satisfaits de la population. Ce sont les dégradations des conditions de vies qui sont à la racine des problèmes de la société et qui engendrent une crise sociale qui s’approfondit avec le chômage de masse, les bas salaires, la précarité...

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 05:06

 

 

Pierre Conesa. Avec Dieu on ne discute pas ! Les radicalismes religieux : désislamiser le débat. Paris : Robert Laffont, 2020.

 

 

« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Si cette phrase ne figure dans aucune des œuvres publiées de Malraux, elle a fondé une part de la série télévisée qui lui a été consacrée par Claude Santelli et Françoise Verny : “ La Légende du siècle (1972-1973) ”. Il s’agissait d’un espoir prophétique et visionnaire. Malraux laissait entendre qu’entre le retour du religieux, la vogue des sectes, la quête de sens et d’éternité, toutes les voies, individuelles ou collectives, seraient possibles comme antidote au matérialisme sous toutes ses formes.

 

Le problème est que nous n’en sommes plus là : le XXIe siècle n’est pas religieux : il est radicalement religieux car l’extrémisme a imposé ses paradigmes. Dans un monde qui s’est dangereusement radicalisé, seuls les athées et les agnostiques sont silencieux, réfléchis, ouverts, non dogmatiques. Les religieux, pour leur part, n’y sont jamais allés avec le dos de la cuiller, ce depuis des siècles. Les Français se souviennent à juste titre de la Saint-Barthélémy, mais cela les empêche de conserver en mémoire le plus grand massacre de tous les temps, qu’aucun livre d’histoire n’aborde au collège ou en lycée, celui de 80 millions d’Indiens par des musulmans entre l’an 1000 et le XVIe siècle, le premier génocide de l’histoire de l’Humanité perpétré par Mahmoud de Ghaznî et ses successeurs.

 

Plus tard, les historiens diront s’il y a eu parfaite concomitance entre la prise de pouvoir par le capitalisme transnational financier et le retour en force du religieux, si la prolifération des sectes fut un contre-poison au matérialisme ou si, au contraire, les spiritualités débridées et mortifères accompagnèrent et confortèrent le bouleversement politico-économique commencé au début des années 1980. Le paradoxe étant que le monde est à la fois unifié par le “ libéralisme ” et éclaté par des identités religieuses de plus en plus hostiles et antinomiques. Pour Régis Debray, la volonté d’affirmer sa différence, de ne se référer qu’à des repères identitaires, répond au vide d’un monde uniforme, technique, où tout est interchangeable.

 

Dans un ouvrage remarquablement documenté – quoi qu’en ait son sévère préfacier Farhad Khosrokhavar – Pierre Conesa décortique tous les fanatismes identitaires qui ont ravagé les solidarités entre les groupes et, même, à l’intérieur des groupes. Désormais, le radicalisme religieux instrumentalise le politique. L’auteur en donne d’innombrables exemples, de George Bush aux fanatiques Israéliens, en passant par l’inénarrable Pakistan, vraisemblablement champion en la matière.

 

Á l’époque du colonialisme, puis à celle des indépendances, l’Occident s’est complètement désintéressé du radicalisme religieux. Selon l’auteur, il eût été fructueux d’observer et de se demander pourquoi le salafisme qui a aujourd’hui envahi la planète – d’États puissants aux arrière-cours des banlieues européennes – est né à l’époque de Voltaire. On a également tardé à réfléchir au fait qu’aujourd’hui 150 millions de personnes pratiquent une religion qui n’existait pas il y a deux siècles : les mormons (selon l'appellation officielle – ce qui fait un peu peur, – l'Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours) qui sont 11 millions, les témoins de Jéhovah (6 millions), les pentecôtistes (280 millions), mouvement fondé au début du XXe siècle. En France, pays dont la tradition est fermement catholique, les radicaux se retrouvent dans des sectes (500 000 adeptes dont au moins 60 000 enfants). Dans les pays arabes, les fondamentalistes ont emporté toutes les élections consécutives au “ Printemps ” tandis que Donald Trump fut élu en 2016 grâce au vote de 80 % des évangéliques blancs.

 

Certains mouvements ont une vraie vocation impérialiste, d’autres pas. Les témoins de Jéhovah, les Amish sont non-violents et n’ont aucune ambition géopolitique. Ce qui n’est pas le cas des néo-évangéliques, des radicaux juifs, des bouddhistes du Myanmar et du Sri Lanka, du parti de droite nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party ou BJP (Parti indien du peuple). Ce dernier s’est lancé dans une politique de suppression des lieux de mémoire. Lors de la campagne pour les élections législatives de 1989, le BJP a fait de la destruction de la mosquée Babri, à Ayodha, un thème central de campagne. Cette mosquée est en effet supposée être érigée sur le lieu de naissance du dieu hindou Rama. Un rassemblement organisé par le parti, en 1992, aboutit à sa destruction par une foule d'environ 150 000 personnes. Cet événement conduira à une nouvelle flambée de violence, 2 000 personnes, majoritairement musulmanes, seront tuées à travers toute l’Inde.

 

Peu importe si les grandes figures, de la religion ou de la spiritualité, n’ont jamais écrit une ligne : ni Moïse, ni Jésus, ni Mahomet, ni Siddhartha le bouddha n’ont laissé aucune trace écrite. C’est sûrement pour cela que toutes les interprétations, jusqu’aux plus délirantes, sont permises. Et c’est aussi pour cela que les figures les plus détestées sont les gens de paix et de tolérance, comme Sadate et Rabin (anciens militaires), signataires des accords d’Oslo, assassinés par les fous de Dieu de leur propre religion. L’ennemi numéro 1 restant le laïc. Raison pour laquelle, par exemple, les États-Unis ont soutenu les Frères musulmans contre Nasser, les religieux chiites contre Mossadegh en Iran, et le wahhabisme contre l'armée rouge en Afghanistan. Le monde entier s’en mord les doigts encore aujourd’hui. Et l’on se souvient que le premier gouvernement Rabin est tombé en 1976 pour une livraisons d’avions de combat un jour de Shabbat.

Nous en sommes aujourd’hui à un moment clé de l’histoire de l'humanité, quand on pense, par exemple, que la majorité des Étasuniens souhaitent, avec Leo Strauss, revenir à des législation de type religieux parce que les malheurs du monde – comme les deux Guerres mondiales – sont dûs à la laïcité et à la Révolution française. Pour ce philosophe d’origine allemande, juif orthodoxe, la Géhenne provient de l’acceptation des Lumières en ce qu’elles ont relégué la foi au rang de superstition, ainsi que du positivisme et de l’historicisme dans les pas de Hegel et d’Auguste Comte. Ces démarches auraient nourri un nihilisme ayant débouché sur la Première Guerre mondiale, puis le militarisme allemand qui a porté Hitler au pouvoir. Le vide évoqué plus haut par Debray a laissé le champ libre à la radicalisation religieuse si bien qu’il y a une islamisation de la radicalité, une forte évangélisation ainsi qu’une forte judaïsation aux États-Unis, et une virulente bouddhaïsation en Asie. Les évangéliques constituent environ 30% de la population des États-Unis (70 millions de personnes). Les neo-évangéliques en Amérique latine comptent aujourd'hui pour près de 40 % de la population au Guatemala, 25 % au Chili, 22 % au Salvador, sans doute plus de 23 % au Brésil (entre 60 et 70 millions de pratiquants si on intègre l'ensemble des charismatiques évangéliques et des pentecôtiste). Globalement, dans le monde, 500 millions d’individus adhèrent au pentecôtisme. Pour l’auteur, une des raisons pour laquelle ce mouvement a pris aux États-Unis est que la société de ce pays s’est construite sans mémoire. Sa virginité historique est ainsi continuellement renouvelée. Il n’y a pas de ministère de l’Éducation nationale à Washington. La référence populaire par excellence est donc le récit d’Hollywood et le recours à un passé biblique lointain. L'ennemi c'est Darwin, véritable ante-Christ dont l’État de l’Oklahoma, pour ne citer que celui-là, se protégea en votant une loi anti Darwin et en imposant la lecture quotidienne de la Bible dans les écoles. Il faut dire que les États-Unis sont friands de ce type de loi. Ces dix dernières années, 70 projets de loi sur l’enseignement des théories de la création ont été présentés à travers le pays. Le créationnisme a de très nombreux partisans outre-Atlantique : selon une étude de 2014 de l’institut américain Gallup, 42 % des États-Uniens croient que l’homme a été créé tel qu’il existe aujourd’hui. 38% d’entre eux estiment que Dieu a créé l’homme et la terre il y a moins de 10 000 ans.

 

Avec le fanatisme religieux, le Christ business rapporte beaucoup. Selon Conesa, le prédicateur le plus riche des États-Unis dispose d’une fortune d’environ 760 millions de dollars. Celle du plus riche rabbin d’Israël est d’au moins 300 millions de dollars. On ne connaît malheureusement pas celle des prédicateurs musulmans. L’argent et la religion peuvent rendre fou. On se souvient du rire effrayant de Kenneth Copeland, soutien de Trump, refusant la victoire de Joe Biden. En avril 2020, il avait détruit le Covid, en bon exorciste halluciné : « Covid-19 ! Je souffle le vent de Dieu sur toi. Pfffffffff. Tu es détruit pour toujours et tu ne reviendras jamais. Merci, notre Dieu. » . Mais sachant de quel côté sa tranche de pain est beurré, il exigeait de ses ouailles qu’elles lui payent ses déplacement en jet privé afin de ne pas voler en compagnie de démons.

 

D’autres télévangélistes étasuniens nous ont offert des prédictions d’une rigueur exemplaire : la mort de Fidel Castro en 1990 (bel exemple de ce que les anglophones appellent “ wishful thinking ”), la destruction par Dieu de la communauté homosexuelle de San Francisco (pas celle de Villeneuve-sur-Lot, notez-le bien), l’apparition de Jésus dans diverses églises du monde, la signature par Hafez el-Assad d’un traité de paix avec les Israéliens. Par ailleurs, les radicaux juifs ont vu la victoire éclair de l’armée israélienne en 1967 comme l’intervention de la main de Dieu et l’échec de la guerre du Kippour en 1973 par la culpabilité des hommes. Ces mêmes radicaux estiment que la sainteté d’Israël ou du peuple juif sont irréfragables car relevant du divin, et que la terre appartenant aux Juifs de par une décision divine, les humains ne peuvent en négocier la moindre parcelle tandis que la colonisation, les nouvelles implantations (aujourd'hui le nombre de colons israéliens varie entre 400 000 et 500 000), semblent ne jamais devoir cesser. Pour Conesa, les extrémismes religieux sont devenus « la forme licite d'une ghettoïsation des croyants qui se traduit en racisme et sectarisme à base théologique ». Comme quand, en Israël, des parents ashkénazes n'acceptent pas des enfants séfarades dans leurs écoles ou quand, en 2018, un pope pro-russe refuse de célébrer la messe des morts pour une fillette tuée dans un accident parce que cette dernière avait été baptisé par l'église de Kiev.

Note de lecture (198)

 

La poussée religieuse fondamentalistes parvient désormais à rendre acceptable des règles qui ne pourraient jamais être tolérées venant de laïques, comme l’interdiction du mariage hors de la secte, des pratiques alimentaires excluant le contact avec l’autre, tout cela sous couvert de liberté de conscience. Alors, on tente en Israël d'exclure les femmes de l'espace public on les reléguant à l'arrière des autobus. Des hommes juifs orthodoxes interdisent certains trottoirs de Londres à des femmes de leur communauté ou à des mères de conduire leurs enfants à l'école en voiture (il faut les protéger car elles sont des pierres précieuses). On efface leurs images des magazines. Le journal orthodoxe Hamevasser a même gommé la présence d’Angela Merkel et d'Anne Hidalgo au premier rang aux côtés de François Hollande dans le défilé international de soutien à la France après l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

 

Note de lecture (198)
Note de lecture (198)

 

Quant aux Juifs orthodoxes de Londres, ils se permettent tout : selon The Times of Israelmalgré le danger du coronavirus, les shul (synagogues) sont pleines, les mikvaot (bains rituels) sont bondés. La plus importante organisation-cadre des Juifs ultra-orthodoxes du Royaume-Uni, l’Union of Orthodox Hebrew Congregations, a refusé d’ordonner à ses congrégations de fermer leurs synagogues. Elle a statué que les « hommes en bonne santé » pouvaient continuer à s’y rendre tandis que les femmes et les enfants devaient s’en abstenir.

Le sectarisme balaye tout sur son passage. En 2017, 71 pays du monde étaient dotés d'une loi réprimant le blasphème et la conversion, la solution la plus aisé pour donner satisfaction à la poussée fondamentalistes. La condamnation à mort pour blasphème semble une spécialité limitée à l'Arabie Saoudite. Les athées et les convertis sont considérés comme des terroristes et passibles de la peine de mort. En Birmanie, une loi de 2015 pour le contrôle de la population imposait aux couples musulmans un délai de 36 mois entre deux naissances. Depuis 1993, 10 000 Algériennes au moins ont été assassinées par des extrémistes religieux. Deux tiers des femmes françaises musulmanes qui sont parties en Syrie l’ont fait de leur propre chef et non pour suivre leur mari. L'Armée de résistance du seigneur (Lord's Resistance Army), secte chrétienne du nord de l’Ouganda, aurait enlevé près de 25 000 enfants entre 1986 et 2005 pour en faire des soldats ou bien des esclaves sexuelles. Environ 2 millions de personnes ont été déplacées et, au plus fort du conflit, jusqu'à 1,7 million d'entre elles ont vécu dans des camps où elles dépendaient de l'aide humanitaire. En Côte d'Ivoire Simone Gbagbo (professeur de linguistique à l’Université d’Abidjan, épouse de l’ancien président  ivoirien) s’appuie pour éliminer les opposants sur Kakou Willy, une femme référent qui déclarait : « ma mission se situe dans le cadre de la mobilisation de mes frères et sœurs pour notre frère en Christ Laurent Gbagbo – [qu’on a connu autrefois beaucoup plus motivé par le socialisme que par la religion, en particulier lorsqu'il était le seul opposant véritable au président Houphouët-Boigny, BG]. J’ai décidé de faire une médiation entre le corps du Christ et le chef de l'État dans les discours politique ou religieux. » On vit Simone Gbagbo mener « la lutte du bien contre le mal pour diaboliser les Français » qu'elle accusait de préparer en Côte d'Ivoire un génocide comparable à celui du Rouanda.

 

Le radicalisme religieux offre la gloire aux combattants. Un très bon exemple est celui de Daech qui a attiré non seulement les exclus du système mais aussi des membres des classes moyennes, bloqués dans leur ascension par des élites souvent corrompues. Plus près de chez nous,  les attentats, ou tentatives d’attentat de 2004, 2005 et 2007 à Londres et à Glasgow furent en partie l'œuvre de musulmans d'origine indienne ou de citoyens d’origine africaine, pères de familles, médecins, employés, naturalisés sans casier judiciaire. Le fait que les kamikazes de Londres du 7 juillet 2005 (56 morts et 784 blessés) soit des musulmans d'origine britannique a obligé à s'interroger sur la nature des ghettos au Royaume-Uni.

 

Il faut revenir sur ce pays forcené (au sens propre du terme) qu’est devenu le Pakistan (le “ Pays des purs ”). Cette ancienne colonie – dont l’existence fut parsemée de coups d’État – fut transformée lors de la partition de l'Inde en 1947 en un État laïque. Les violences qui suivirent la partition firent quelques centaines de milliers à un million de morts. 12,5 millions de personnes furent déplacées. Le pays changea de nom en 1956 pour devenir la République islamique du Pakistan. La charia y fut instituée en 1986. Le blasphème fut interdit cette même année, prévoyant la peine de mort pour les personnes dénigrant Mahomet. Au Pakistan, les chrétiens sont principalement des descendants d'hindous issus de basses castes convertis par des missionnaires étrangers, surtout Britanniques, entre 1757 et 1947. Ces convertis espéraient gravir les échelons sociaux, mais les chrétiens aujourd’hui sont voués le plus souvent à la pauvreté et aux métiers les plus ingrats. La chrétienne Asia Bibi, ouvrière agricole, fut condamnée à mort pour blasphème en 2010 (elle avait bu de la même eau que des musulmanes), et heureusement acquittée en 2018 (elle s’est exilée au Canada par la suite). Un gouverneur et un ministre furent assassinés pour l’avoir soutenue. Le 13 octobre 2016 devait se tenir le procès en appel par la Cour suprême du Pakistan qui devait déterminer si Asia Bibi était finalement libre ou condamnée à mort par pendaison. Mais, deux jours avant l'audience, 150 muftis édictèrent une fatwa exigeant sa pendaison et menaçant de mort quiconque porterait assistance aux « blasphémateurs ». De sorte que, le 13 octobre, l'un des juges se récusa et le procès fut reporté à une date indéterminée. Le Pakistan est un allié des États-Unis, il entretient des relations cordiales avec la Chine et il dispose de l’armement nucléaire. Actuellement, aucun condamné à mort pour blasphème n'a été exécuté dans ce pays mais les couloirs de la mort des prisons renferment 8000 condamnés. Plus d'un millier le sont pour des affaires de blasphème. Au moins 65 personnes ont été lynchées à mort ou assassinées depuis 1990. Le 27 mars 2016, un kamikaze à visé des familles dans un parc public, faisant 78 morts (54 musulmans et 24 chrétiens) et 300 blessés.

 

Le fait, la ferveur religieuse se développent partout. Au Kirghizistan, il n'y avait plus que 39 mosquées en 1991. On en compte aujourd'hui plus de 2000. Aux États-Unis, la religion est continuellement présente dans la vie politique contemporaine comme le montre le remplacement en 1956 de la devise nationale E pluribus unum forgée en 1776 (un seul à partir de plusieurs) par In God we trust (En Dieu nous croyons). En 1999, la communauté évangélique, en partenariat avec les groupes catholiques conservateurs très engagés dans la lutte contre l'avortements pousse le président Clinton a subordonner le paiement de l'intégralité des quelques 926 millions de dollars d'arriérés étasuniens à l’ONU (600 millions de dollars de moins que le 1,52 milliard que les Etats-Unis devaient) à la suspension des aides accordées par l'ONU aux associations engagées dans la mise en place de programme de planning familial dans les pays du Sud.

 

 

 

Au Canada, la justice islamique est en train de l'emporter face à la justice laïque sous le regard passif du Premier ministre Trudeau. Mumtaz Ali, président de la Société canadienne des musulmans, a fondé en 2004 l'Institut islamique de justice civile, censé régir des tribunaux islamiques (il fut le premier musulman au Canada à avoir prêté son serment d'avocat sur le Coran). Sept arbitres sont à ce jour formés en droit canadien et islamique. Des arbitres ont été formés en droit canadien et islamique pour intervenir dans des contentieux commerciaux ou professionnels et des conflits familiaux. Ils peuvent obtenir auprès de théologiens des conseils en matière de charia. Selon Mumtaz Ali, l’idée est de donner aux gens la possibilité de devenir de meilleurs musulmans en vivant plus en accord avec la charia et de parvenir à l'autonomie judiciaire pour les quelques 600 000 musulmans du Canada : « La vie doit se dérouler en accord avec la loi divine, nous devons pouvoir nous gouverner selon nos propres lois ». « Nous le faisons déjà de manière informelle, ajoute-t-il, mais un peu chaotique. Je veux formaliser cela et introduire discipline et éthique. » Bien avant de mourir en 2013, le rabbin Ovadia Yosef, fondateur du parti ultra-orthodoxe Shass et “ faiseur de rois ” en Israël, avait toujours marqué la prééminence des tribunaux rabbiniques sur les autres : « Un avocat juif n’a pas le droit selon la Halacha de défendre devant un tribunal civil un homme juif qui réclame de l’argent à un autre juif car, en agissant ainsi, il porte main forte à ceux qui transgressent la Torah, puisque les tribunaux civils rendent dès jugements qui ne sont pas ceux de la Torah. Cependant, il lui est permis de représenter une personne poursuivie, forcée de se défendre devant un tribunal civil parce que le poursuivant a refusé de se présenter devant un tribunal rabbinique pour régler le litige ».

 

En septembre 1984 Pat Robertson, richissime évangélique charismatique, affirme que « Le féminisme encourage les femmes à quitter leur mari, à tuer leurs enfants, à pratiquer la sorcellerie et à devenir lesbiennes ! » En 2001, Robertson assure que Dieu a puni l'Amérique lors des attentats du 11 septembre à cause des homosexuels et des avortements. En 2005, à propos du président vénézuélien Hugo Chavez, il déclare finement, avant de se rétracter vaguement : « Vous savez (…) s'il pense que nous essayons de l'assassiner, je pense que nous devrions vraiment y aller et le faire. Cela revient moins cher que de commencer une guerre ». Robertson avait affirmé dès 1999 que l’Écosse était menacée de devenir une « terre des ténèbres », envahie chaque jour un peu plus par de « puissants homosexuels ».

 

 

Ces 20 dernières années, des attentats très violents ont été commis aux États-Unis contre des cliniques, des centres de planning familial ou des médecins pratiquant des avortement, dont le coût est de 500 dollars non remboursés : fusillades, bombes incendiaires, attaques à l'acide entre autres. Depuis 1993, huit employés de clinique ont été assassinés par des extrémistes anti avortement. Ces assassinats furent justifiés par les militants du mouvement suprémaciste blanc Christian Identity comme « le meurtre d'assassins d'enfants » (ce mouvement estime que seuls les peuples celtiques et germaniques, ou encore les peuples aryens ou les peuples de même sang sont les descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, donc les descendants des anciens Israélites).

 

 

Le séculier doit être définitivement recouvert par le régulier. Le parti du premier ministre indien Modi est lancé depuis des années dans un projet de réécriture de l'histoire indienne visant à faire passer la mythologie hindou pour des faits historiques. La similitude est grande entre l'organisation des bouddhistes du dalaï-lama et celle de l'Iran des mollahs : un chef religieux émanation de Dieu sur Terre choisi parmi par d'autres religieux et un parlement sous tutelle. Depuis toujours, la France a eu pour le dalaï-lama les yeux de Chimène. En 2009, la municipalité (socialiste) de Paris a fait citoyen d’honneur le 13e Dieu vivant sur Terre.

 

 

Opérant dans l’espace, mais aussi dans le temps, la radicalisation mine l’assimilation dans toutes les classes de la société. Ainsi, en France, elle ne concerne pas que les enfants de la deuxième ou troisième génération victimes de marginalisation mais aussi des membres des classes moyennes parfois bien intégrés, tout comme les communautés indiennes aux États-Unis, au Canada, ou en Grande-Bretagne. L’objectif des radicaux est un bouleversement de la planète : changer l'organisation sociale et politique des États, affirmer le primat du religieux en neutralisant les “ mécréants ”, punir les pratiquants un peu mous. Nier l’autre spirituellement et, s’il le faut, physiquement, voilà ce qui redevient banal, au nom de la religion, depuis une quarantaine d’années. En 2016-17 en Cisjordanie, les Israéliens ont rasé de nombreuses demeures appartenant à des Palestiniens. En août ils ont démoli pour la 133ème fois le village Al-Araqeeb dans le Néguev, pendant le Ramadan (malgré le jeune) et la propagation du coronavirus. Ils ont exilé les habitants pour la 113ème fois, ces mêmes habitants ayant reçu l'ordre de verser 100 000 $ à l'État en compensation du coût de la démolition et des frais d’avocat. Or l'organisation Zochrot, qui réunit des militants israéliens (juifs et arabes) et dresse une chronique historique de la Nakba palestinienne depuis 1948, a déclaré que le village d’Al-Araqib a été construit pour la première fois pendant la période ottomane sur des terres achetées par les résidents palestiniens.

 

Á deux heures d'avion de Paris, l'épuration ethnique a été porté à son comble après la chute du Rideau de fer lors de la guerre entre Serbes orthodoxes et Croates catholiques, tous revendiquant les Bosniaques musulmans comme des convertis de force à l’islam. Cette guerre a fait 150 000 morts dont deux tiers de civils. Quatre millions de personnes ont été déplacées. Dans le monde, le nombre de chrétiens tués en raison de leur foi a augmenté de 60 % entre 2019 et 2020, passant de 2983 à 4761 individus. 91 % des chrétiens assassinés en 2020 l’ont été sur le continent africain à cause du développement des groupes djihadistes en Afrique subsaharienne. 

 

 

Nous subissons donc un radicalisme qui oblitère le politique au nom d’une légitimité divine supérieure aux lois humaines. Pour Pierre Conesa, « le paradigme religieux a fait irruption dans les décombres de la guerre froide qui lui avait laissé le champ libre ».

 

 

Dans ce fort ouvrage, on regrettera quelques scories, avec une certaine soumission au langage politiquement correct (“ défenseure ”) et aux anglicismes (“ prison à vie ”, “ dédié ”). Mais on regrette surtout que l'auteur ait accepté pour argent comptant l’apport d’Adrien Zenz, “ sociologue ” évangélique de la mouvance “ Nouvelle  naissance ” (comme George Bush) qui déclarait en 2019 qu’il se sentait guidé par Dieu dans ses recherches sur les autorités chinoises, les musulmans et les autres groupes minoritaires. Ce charlatan condamne l’égalité des sexes et l’homosexualité comme étant l’œuvre de Satan et se déclare favorable aux châtiments corporels pour les enfants. Il soutient qu'une « vraie fessée biblique est une discipline d'amour » (« true scriptural spanking is loving discipline »). L’extrême droite comme on n’ose même plus la fantasmer.

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 05:11

Le site suisse L’1dex publie un long article d’Ariane Bilheran sur le harcèlement : « L’étymologie de harceler provient de « harseler/herseler » en ancien français, terme diminutif de « herser », utiliser la « herse ». Par analogie, le terme signifie tourmenter sans cesse par de petites mais fréquentes attaques. Le harcèlement implique des logiques de pouvoir et de groupe qui relèvent du totalitarisme : de la pensée le sujet est éradiqué dans sa conscience morale et sa liberté ; de l’action instrumentalisée ; de l’interchangeabilité humaine, de la délation, du contrôle absolu.  A minima le harcèlement se distingue par l’intention de nuire (présentée comme une « légitime défense ») et la charge traumatique qu’il inflige. Or, la charge traumatique implique la notion d’introjection. C’est dans l’introjection que réside, à proprement parler, le processus mortifère : il s’agit d’intérioriser la violence subie, de la retourner contre soi, d’assumer à la place de l’agresseur le sentiment de culpabilité et de honte. »

Selon Courrier international, 153 millions de dollars ont été saisis dans la fortune de l’ex-ministre du Pétrole au Nigeria. Une partie de la fortune de Diezani Alison-Madueke a été saisie par les autorités nigérianes. Dans cette affaire de corruption qui court depuis cinq ans, c’est une première victoire symbolique, faute de pouvoir organiser un procès. L’ancienne ministre a fui au Royaume-Uni. Celle que l’on surnomme la “reine du pétrole” a connu des jours meilleurs. Et 80 de ses maisons, dont certaines sont situées dans le quartier très privé de Banana Island à Lagos, lui ont aussi été ôtées.

 

Le Parisien a fait un reportage sur le linguiste et professeur d’art oratoire Julien Barret qui intervient régulièrement dans une classe de première gestion administration, pour « disséquer » les mots des élèves. Avec un projet en tête : réaliser un dictionnaire de l’Essonne. L’objectif : sélectionner et expliquer une centaine de mots d’argot que les jeunes utilisent dans leur quotidien, tout en retrouvant leur étymologie. Exemple : « Fimbi », « Sah », « Bave », « Kichta », « Boug », « Mala ».

« On souhaite faire comme le Petit Robert, détaille le linguiste, mais avec les mots employés à Evry, à Corbeil, à Grigny. On donnera la définition mais aussi des synonymes, des antonymes, des exemples concrets. L’Essonne est connue pour être à l’origine de nombreux mots d’argot. Cela peut s’expliquer par le fait que les habitants cohabitent dans des grands ensembles très enclavés. Le fait que de nombreuses personnes d’origines différentes vivent ensemble joue aussi. Quand on leur demande où ils ont entendu ce mot pour la première fois, on obtient plusieurs réponses. Ça peut être chez des amis, dans des chansons de rap, sur les réseaux sociaux. Ils puisent un peu partout pour se construire leur langage. »

 

 

 

Revue de Presse (354)

 

Le site 7/7 évoque la mystérieuse arrestation d’un militant qui enquêtait sur les chantiers du Mondial 2022 au Qatar. Malcolm Bidali avait ouvert un blog afin de dénoncer le traitement réservé aux migrants qui travaillent sur les chantiers du Mondial 2022. Arrêté le 5 mai dernier par les services secrets, personne ne sait où il est détenu. Arrivé au Qatar il y a cinq ans, cet agent de sécurité kenyan rédige des articles depuis l’année dernière sous le pseudonyme de “Noah”. Ses enquêtes portent sur les conditions de travail des migrants exploités pour la construction des stades en vue de la Coupe du monde 2022, organisée au Qatar. Pour rappel, le pays des Émirats fait déjà face à des menaces de boycott. Plus de 6. 500 personnes auraient perdu la vie sur les chantiers depuis 2010.

Le blog de Malcolm Bidali a poussé les services secrets à l’arrêter le 5 mai dernier. Depuis, silence radio sur le lieu où il est détenu, rapporte le Business & Human Rights Resource Centre. Les associations de défense des droits de l’homme, comme Amnesty International et Human Rights Watch, se disent “extrêmement préoccupées” et demandent au Qatar de dévoiler le lieu de détention de Bidali et “à ce qu’il soit protégé de la torture et libéré immédiatement”. Invité à réagir auprès du Guardian, le gouvernement a nié toute maltraitance : « L’individu conserve tous ses droits en vertu de la loi. Toutes les procédures de l’enquête sont conformes. »

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 05:17

Surprise, surprise, nous citons Capital sous la plume de Jean-Victor Semeraro : « L’État consacrerait au moins 160 milliards d’euros par an pour régler les factures liées à la sous-traitance de ses missions.

Pour mener à bien ses missions, l’État doit recourir massivement à l’appui d’entreprises privées. Un quart de son budget annuel, entre 160 et 190 milliards d’euros, serait consacré à rémunérer des opérateurs privés. Concrètement, la sous-traitance aussi appelée “externalisation” consiste à “confier à un acteur privé la réalisation de tout ou partie de l’action publique, en autonomie ou en soutien des collectivités publiques”. Elle peut prendre deux formes distinctes : s’opérer sous le régime de la concession ou de la délégation de service public (par exemple pour la gestion des transports publics) ou via des prestations de services privées qui sont des missions plus ponctuelles (à l’hôpital, à l’école…).

La facture coûte très cher à l’État : 120 milliards d’euros de délégation de service public et 43 milliards d’euros par an de marchés de prestations. Ce qui représenterait, au total, environ 7% du produit intérieur brut (PIB). Cette sous-traitance s’est accrue de manière contrainte. Elle constitue une réponse obligée à un certain nombre de normes budgétaires et juridiques imposées à l’administration. La sous-traitance est souvent présentée comme un “ outil de modernisation ” ou encore comme un moyen de “ réduction des coûts de fonctionnement et d’amélioration de leur qualité ”.

Cette politique a été dictée par un raisonnement financier, et symbolisée notamment à l’époque du président Sarkozy par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, qui conduit pourtant à un paradoxe. Faute de trouver les compétences en son sein, l’État est obligé d’embaucher à l’extérieur, à l’instar de consultants spécialisés dont le coût peut s’élever à 1.500 euros hors taxe par jour. Financièrement, le recours à la sous-traitance contredit alors l’objectif initial de réduction des coûts. Au-delà de ce paradoxe financier, la puissance publique s’est progressivement retrouvée dépossédée d’une connaissance fine de certains métiers. C’est donc tout un capital immatériel, tout un savoir-faire que l’État a perdu au fil des ans. Et l’exemple récent du contrat passé avec le cabinet de conseils McKinsey pour le pilotage de la stratégie de vaccination contre le Covid-19 en est une bonne illustration. Le recours aux prestataires privés fonctionne en outre comme un ‘cliquet’ à la fois technique et budgétaire, qui limite tout retour en arrière. C’est la souveraineté de l’État qui est en jeu. »

 

L’Obs décrit les palinodies de Macron face aux brevets sur les vaccins en faisant du suivisme par rapport aux États-Unis : « En juin 2020, Emmanuel Macron avait assuré que le vaccin devait être « un bien public mondial ». Si un texte signé entre les 164 Etats membre de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) protège les brevets, les règles sur la propriété intellectuelle peuvent toutefois être contournées grâce un outil juridique permettant d’imposer à l’industrie pharmaceutique de mettre entre parenthèses des droits de propriété en cas de situation d’urgence, comme une pandémie. Mais depuis juin 2020, la France a voté à deux reprises contre une résolution pour lever des brevets, en s’opposant en octobre et en mars à des propositions déposées à l’OMC. Macron avait estimé en février que la levée des brevets devait être une solution de dernier recours, en cas de manque de coopération de la part des fabricants. Tout récemment, il s’est finalement dit « favorable à la levée de la propriété intellectuelle ». « Nous devons faire de ce vaccin un bien public mondial mais la priorité aujourd’hui est sur deux choses : le don de la production de doses à court terme. La deuxième chose c’est de produire en partenariat, pour et avec les pays les plus pauvres pour qu’il y ait ce transfert de technologie. »

 

Enfin dans Le Monde Diplomatique, Évelyne Pieiller expose les dangers de la résilience : « la résilience est partout et la résistance nulle part : « Jusqu’où aller dans la mise en œuvre de nouvelles contraintes, et comment y aller ? Comment faire pour qu’elles apparaissent justifiées, voire bénéfiques, pour s’assurer de leur acceptabilité sociale ? Le recours aux sciences cognitives permet d’armer dans ce but les politiques publiques et de contribuer à un modelage de nos comportements ; ce qu’illustre la valorisation de la « résilience ».

 

Revue de Presse (353)
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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 05:32

Dans Res Publica, Évariste critique fortement la manière dont les forces de gauche préparent l’élection présidentielle : « La tentative d’une union de la gauche sans contenu proactif en évacuant toutes les questions principielles posées par les classes populaires (primat de la question sociale et de la mobilisation de la classe populaire, liaison du combat laïque et du combat social pour fédérer le peuple, causes et traitement des injustices sociales et des politiques anti-populaires, etc.),  n’est pas propice à une mobilisation populaire, qu’elle soit sociale ou électorale.

Même la gauche de la gauche est tentée par les pensées magiques perdantes : homme ou femme providentiel, revenu universel inconditionnel sans toucher aux rapports sociaux de production, sortie des énergies fossiles et nucléaire d’ici 2030 alors que même Négawatt postule 2050, racialisation de la question sociale, priorisation des questions de race et de genre par rapport aux questions laïques, sociales et écologiques, néoféminisme contre féminisme républicain, racialisme contre lutte antiraciste, abandon d’une politique d’immigration et de nationalité républicaine et sociale, acceptation d’un recul démocratique avec le remplacement de l’élection populaire au suffrage universel par le tirage au sort et par la prolifération des pratiques anti-démocratiques au sein des organisations syndicales et politiques de gauche, écriture « inclusive » contre langue française populaire, essentialisme et universel formel contre universel concret, seul antidote au désastre qui s’annonce

 

 

Pour le site Communistes, pour faire mordre la poussière à Hercule, il faut nationaliser tout le secteur énergétique. « Le projet du gouvernement est au service des entreprises capitalistes du secteur énergétique et des fonds d’investissement. En effet, et même si EDF y participe, ce projet n’est pas un projet de l’entreprise : la Direction d’EDF se serait bien contentée d’une révision de la loi NOME, qui l’oblige à fournir 100 milliards de kWh/an aux concurrents d’EDF à prix fixe (le même depuis 2012) à leur demande. Ce projet n’est pas non plus un projet européen : la Commission européenne a certes demandé et validé le processus de la loi NOME mais n’a, à aucun moment, demandé la réorganisation du groupe EDF.

 

L’idée du gouvernement est d’une simplicité biblique : le nucléaire n’est pas un secteur rentable à court et moyen terme, en revanche, les éoliennes et panneaux solaires se vendent très bien et rapportent gros, le réseau de distribution est certes sous contrôle de la Commission de régulation de l’énergie mais rapporte un revenu prévisible et sans risque. Par ailleurs, l’électricité nucléaire d’EDF serait vendue à prix administrés à tous les fournisseurs (y compris à sa filiale « verte »), à TOTAL et consorts d’en tirer une marge commerciale. »

 

 

Le site Anti-K décrit la fascisation rampante dans notre pays au service du capitalisme : « Il y a quelques jours on apprenait qu’une enquête était ouverte suite à un article de Médiapart sur des documents internes à la promo 2019 de l’Ecole Nationale de la Magistrature : des inscriptions racistes telles que « la France aux Français » ou « dehors les Arabes » ont été rédigées par des étudiants de la dernière promo, qui deviendront magistrats dans quelques semaines. Les semaines précédentes, Médiapart avait fait état de l’apparition de réseaux néo-nazis dans l’armée tandis qu’une libraire libertaire, « La Plume Noire », était attaquée par des identitaires à Lyon et que le Conseil régional d’Occitanie était envahi à Montpellier par l’Action Française.

 

Que la gangrène s’étende dans l’appareil d’Etat, ce n’est pas nouveau. Sans remonter à la Cagoule et aux ligues d’extrême droite d’avant-guerre pour qui « mieux vaut Hitler que le Front Populaire », dès avant 1940, les tenants d’un libéralisme autoritaire l’avaient énoncé : « Il faut s’adapter à la modernité industrielle ». Puis, avec la Guerre froide, la CIA avait créé des officines reprenant cette injonction. En 1975, le rapport de la Commission Trilatérale l’avait réaffirmé après le putsch de Pinochet au Chili : les démocraties sont devenues ingouvernables en raison de la montée de l’égalitarisme et du désir de participation politique des plus pauvres. Si le néolibéralisme pousse toujours plus loin l’avantage, c’est parce qu’il a le projet autoritaire d’imposer par la contrainte des politiques dictées par les marchés, contre la volonté et les intérêts de la plus grande partie de la population. »

Revue de Presse (352)
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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 05:33

 

Dans Le Grand Soir, Stefania Maurizi et Nils Melzer expliquent l’acharnement des services secrets contre Julian Assange : « Les services secrets des États occidentaux agissent tous comme un seul homme, il y a les États-Unis, il y a le Royaume-Uni, la Suède, ils sont tous alliés, depuis la guerre contre le terrorisme, il n’y a pas de différenciation. Évidemment, les États-Unis et le Royaume-Uni sont très dominants, mais de petits pays comme la Suède n’ont pas la capacité de laisser leurs services secrets collecter des informations en Afghanistan, etc. Ils coopèrent tous avec la CIA et les services de renseignement locaux dans ces pays. De même : ce n’est pas que les services de renseignement suédois, américains et britanniques coopèrent parfois ; ils le font systématiquement, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et sur tellement de fronts qu’il n’est plus possible de les démêler. Tous ces pays ont le même intérêt : ils ne veulent pas que quelqu’un comme Julian Assange se promène et divulgue des secrets, parce qu’ils fonctionnent tous de la même manière. Pas seulement en Occident, mais essentiellement dans tous les pays du monde entier. C’est pourquoi Assange ne reçoit aucun soutien franc, même de la part de la Russie ou de la Chine, ils ne veulent pas non plus voir quelqu’un comme lui en liberté ».

 

Pour Courrier International, l’espoir d’un vaccin efficace contre le paludisme (conçu à l’Université d’Oxford) renaît : « Testé sur 450 enfants au Burkina Faso, un vaccin contre la malaria montre une efficacité de 77 %. La maladie transmise par les moustiques fait 400 000 morts chaque année, la plupart des enfants en bas âge. En 2019, selon l’OMS, quelque 229 millions de cas de paludisme étaient recensés dans le monde.

 

Selon le quotidien espagnol Publico, à Saragosse, un syndicat a été créé pour les sans-abri. Inédit en Espagne la structure veux négocier l'accès à des bâtiments vides de la capitale aragonaise pour y loger des SDF. Le phénomène d'exclusion s'est accentuée avec la pandémie dans le pays. La structure qui disposera d'un statut juridique doit devenir un interlocuteur pour négocier l'accès aux bâtiments vides de la ville afin d'y loger des sans-abri. »

 

Pour Révolution Permanente, la privatisation de l’hôpital est plus que jamais en marche : « Le futur projet de l’APHP est de supprimer les actuels hôpitaux Beaujon et Bichat, qui équivalent à 1 300 lits, pour faire un grand hôpital central vers Saint-Ouen. Pour pallier cette perte et comme ce qui coûte cher dans les hôpitaux c’est l’hébergement, ils vont créer un hôtel dans l’hôpital pour réduire les coûts. Cela sera géré par une structure privée – comme Accor ou Vinci – et ne fera que de l’hébergement, c’est-à-dire que il n’y aura aucune surveillance. La sécurité sociale devra donc payer une structure privée et non l’établissement hospitalier public quant à l’hébergement, et les patients en cas de problèmes devront être rapatriés sur l’hôpital. C’est un vieux projet, qui date pas d’hier mais qui s’accélère ces derniers temps parce qu’ils sont en train d’acheter les terrains, signer les projets d’architecture en profitant de la pandémie.

 

Dans Le Monde, l’historien Odilon Caldeira Neto estime que Jair Bolsonaro « est le produit de la longue histoire de l’extrême droite brésilienne. Il incarne un mouvement complexe, héritier de l’anticommunisme, de la violence de la dictature militaire, de l’intolérance religieuse des évangéliques, mais aussi du populisme antiglobaliste ». Il pense que l’émergence de l’extrême droite au Brésil remonte à la fin du XIXe siècle. « En 1889, l’empire est aboli, et la république est proclamée. Le Brésil se modernise, se démocratise, se sécularise, s’urbanise et s’industrialise. Pour une partie de l’élite, qui redoute la fin de “ l’unité morale ” de la nation, c’en est trop. Elle s’organise dans des associations, telle la Ligue de défense nationale, en 1916, pour réclamer un Etat autoritaire et chrétien. Dans les années 1920, ce mouvement s’accélère. La création, en 1922, du Parti communiste brésilien (PCB) effraie une partie des classes moyennes urbaines. Le fascisme de Benito Mussolini, arrivé au pouvoir la même année en Italie, est perçu pour beaucoup comme le seul rempart au communisme. »

 

Revue de Presse (351)
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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 05:10

Emmanuelle Labeau, reader à l'Université Aston (Birmingham) lance un appel angoissé face aux menées du gouvernement britannique contre son université. C'est, depuis trente ans ans, un classique : préférer les études “ business ” aux humanités.

 

J’espère que vous allez bien malgré le contexte toujours difficile. Si la COVID recule en Grande-Bretagne, la situation des langues et des humanités empire. En ce moment, douze universités envisagent des licenciements de masse… et mon département fait l’objet d’une consultation.  

 

La “proposition » du rectorat est de couper purement et simplement tous nos programmes : langues (qui recrutent bien sûr difficilement comme partout dans le pays), histoire (programme créé il y a deux ans et en progression), nouveau Masters en traduction et en organisation internationale (créé l’an dernier et qui a bien recruté). La fermeture implique aussi le University Language Programme (module pour non spécialistes). Quant à Languages for All, un programme que j’avais créé en 2012 et qui avait été sélectionné par Le Guardian dans sa catégorie « expérience étudiante », on pense soit le supprimer soit le remplacer par une app. Ce serait presque risible ! Pour l’instant, les 24 membres de mon département sont menacés mais l’anglais est également en danger (il ne doit sa survie provisoire qu’à notre institut de forensic linguistics qui a reçu un très gros financement il y a 18 mois).  

 

Dans notre cas, l’argent ne semble pas être le problème. L’université vient d’annoncer la construction d’un nouveau complexe de grand luxe. L’Université veut simplement se concentrer sur ses « points forts »: le business, l’ingénierie et la santé et devenir une « université technique » (Aston était jusqu’en 1966 une polytechnique, donc grand pas en avant !). Cette nouvelle orientation menace le reste des sciences sociales (politique et sociologie) qui, comme nous, ont été absorbé par la business school l’été dernier. 

 

Les plans n’ont pas été partagés avec les autres collèges à la faveur de la COVID, mais nos collègues scientifiques prennent progressivement conscience de la situation, et semblent pour la plupart opposés au projet. 

 

Au-delà de l’effet évident pour notre département, notre disparition aurait un impact non-négligeable sur la région. Aston University est connue pour sa politique de widening participation (accès à l’université des publics défavorisés) et a d’ailleurs été sacrée en 2020 « university of the year » par le Guardian. Ce plan fait de la « narrowing participation » puisque notre public ne pourra plus accéder aux langues et aux humanités, réservées aux classes aisées (dans les faits, les langues sont de plus cantonnées dans les écoles privées, les écoles sélectives des beaux quartiers). Aston University est la seule université dans la région qui s’implique encore dans Routes into Languages (programme de sensibilisation aux langues). Ces 5 dernières années, nous avons touché 15,000 écoliers par nos séminaires et nos concours : tout cela coulera avec nous. En 2018, nous avons créé un consortium pour le content and language integrated learning  que j’anime (https://learningthroughlanguages.org.uk/): il est aussi en danger. 

 

Ironie de la situation, notre soumission pour l’évaluation de la recherche il y a deux semaines au panel « Modern Languages and Linguistics ». Au moment où le vice-recteur à la recherche publiait une vidéo pour remercier les chercheurs de tous leurs efforts, on nous signifiait l’intention de nous licencier… 

 

Nous avons créé une pétition en ligne : nous pensons qu’une pression publique peut nous aider et nous approchons des 2000 signatures en moins de 10 heures. Merci de la signer et de la faire tourner dans vos réseaux ! 

 

Nos étudiants et anciens écrivent des témoignages touchants sur l’impact personnel de leur passage à Aston. Nous espérons que la voix de nos bénéficiaires (newspeak astonien) portera. 

 

Nous avons un soutien massif des sociétés savantes et professionnelles nationales où certains d’entre nous sont très impliqués.  Nous serions aussi reconnaissants que des collègues et sociétés savantes  de l’étranger envoient des lettres de soutien au Vice-Chancellor qui n’a manifestement pas pris le temps de considérer notre travail, notre impact et nos connexions. Si vous êtes en mesure de nous aider ainsi, j’attache un résumé de la situation (en anglais, désolée !) et des points à souligner 

 

Merci d’avance pour votre soutien !  

 

Amicalement, 

Emmanuelle 

Dr Emmanuelle Labeau

Reader in French Language and Linguistics
 
Head of French
Research Director for History, Languages and Translation
 
 
 
 
 
Quand le gouvernement britannique attaque l'université au canon
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