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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 05:10

 

Je suis totalement opposé au mélange des genres, qui est la ruine de la civilisation. Mais autant en informer les lecteurs de ce blog sans plus attendre : Rébecca Gensane a encore amélioré sa meilleure performance sur 200 4 nages et a réalisé le temps de qualification pour les prochains championnats d'Europe junior !

 

Aujourd’hui, une spéciale racisme, anti-racisme, racialisme, racisé. Dans le sillage des campus étasuniens, les Européens, qui ne pensent peut-être plus suffisamment par eux-mêmes,  en finissent par oublier la lutte des classes pour lui préférer la lutte des races, la race étant une notion qui, ne l’oublions jamais, n’existe pas.

Selon Le Guardian, le retour à la mode des chemises hawaïennes rappelle à quel point les États-Unis furent un pays colonisateur. L’historienne étasunienne Zara Anishanslin enjoint Bill Murray et Rihanna de ne pas porter de chemise hawaïenne car elles sont l’équivalent mode d’un mariage de plantation.

Selon CNews, la société qui produit l’eau d’Évian est accusée d’islamophobie parce que le jour du début du ramadan elle fait de la produit pour son produit. Le plus invraisemblable est qu’elle s’excuse ensuite pour cela.

Selon Metro-UK, l’excellent série policière Luther avec Idris Elba, londonien originaire de Sierra Leone et du Ghana, se voit reprocher son manque d’authenticité pour ce qui est du récit des Noirs. Sa chérie est blanche, il n’a pas d’amis noirs et ne mange pas antillais. Comme si la fiction était superposable à la réalité. Or ce qui est remarquable, selon Metro-UK, c’est que la couleur noire du personnage n’est pas le cœur de son identité. Luther mène de nombreuses batailles, non parce qu’il est noir mais parce qu’il est humain.

 

 

Revue de Presse (350)

 

Selon Express UK, Alison Plaumer, du mouvement environnemental mondial Extinction Rebellion, a mené une pétition pour que davantage de repas à base de plantes soient servis dans les écoles. Selon elle, il y a un élément raciste dans le fait de service des produits laitiers, parce que 65% de la population mondiale est intolérante au lactose, notamment les communautés BAME (Black, Asian, and minority ethnic).

Nièce de Jacques Vergès, Françoise Vergès est issue de la bourgeoisie réunionnaise bien établie. Son positionnement par rapport à la « race » est radical : « Nous ne voulons pas nous intégrer dans la France blanche. Les Blancs ne lâcheront rien. » La mère de Françoise Vergès est blanche et son père à moitié vietnamien. Elle est donc à 75% blanche. Grande déception de ses admirateurs décolonialistes, qui ont découvert, selon le site Zinios 974, qu’elle n’avait pas une goutte de sang noir dans les veines et que sa famille, au XIXe siècle, possédait 121 esclaves.

Pendant cela, le site internet de Challenges évoque la réelle condition de certaines femmes Noires : « Au cœur de N'Djamena, la capitale du Tchad, des dizaines de femmes concassent 12 heures par jour, par 45 degrés de chaleur, des blocs de béton, de ciment ou de briques. Elles sont au cœur d'une sorte de cercle vertueux, s'il n'était pas tragique, de l'économie souterraine de ce Tchad : des hommes achètent des gravats sur les chantiers de démolition et les revendent à ces femmes. Elles les concassent pour en revendre les morceaux à ceux qui n'ont pas les moyens de se payer du ciment pur ou du béton armé; ces briquaillons sont ensuite amalgamés, pour les solidifier à un peu de boue ou de ciment pour les murs d'une nouvelle demeure.

Mamadou Youssouf, 42 ans, pousse péniblement sa brouette faite de bric et de broc chargée d’une centaine de kg de gravats. Il les achète 1,50 euros la brouette et la revend aux femmes 3 euros. Idjélé remplit des sacs de cailloux qu'elle cède entre 70 à 90 centimes d'euro à des hommes qui viennent les charger sur leurs pick-ups. Pour un bénéfice quotidien de moins d'un euro.

Habiba raconte son parcours professionnel et humain :  « Je fais ça depuis huit ans. Aujourd'hui, je travaille 12 heures par jour mais je peux nourrir et envoyer mes enfants à l'école publique. Je suis libre ». C’est cette “ liberté ” qui les unit, assure Haoua, quels que soient leur clan, leur ethnie, leur religion dans ce vaste pays où ces innombrables communautés se font parfois la guerre. Cette liberté et le veuvage, ajoute Haoua. Elles ont quasiment toutes perdu leur époux, et les revenus du ménage donc. « Moi, il était polygame et, quand j'ai vieilli, il est parti avec les deux plus jeunes », souffle tristement Mariam, 40 ans.

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17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 05:18
 
A vue d'homme, une telle évolution paraît plus qu'improbable, mais méfions-nous. Tout changerait si l'anglais devenait la langue de la réussite sociale. Or plusieurs mesures vont dans ce sens...
Pourquoi ne parle-t-on plus gaulois en France ? La réponse est très simple : les Romains ont fait du latin la seule langue de la promotion sociale. Peu à peu, les Gaulois ont compris que, pour accéder aux meilleures places, il leur fallait maîtriser l'idiome du pouvoir. Une longue phase de bilinguisme gaulois-latin a suivi, mais la fin de l'histoire était écrite. Au Ve siècle de notre ère, le gaulois avait totalement disparu.
Pourquoi parle-t-on de moins en moins breton à Quimper, alsacien à Strasbourg, catalan à Perpignan ? La réponse est très simple : la France a fait du français la seule langue de la promotion sociale. Peu à peu, les habitants de toutes les régions de notre beau pays ont compris que, pour accéder aux meilleures places, il leur faudrait maîtriser la langue du pouvoir. Une longue phase de bilinguisme langue régionale-français a suivi, mais la fin de l'histoire semble écrite. Au XXIe siècle, si rien ne change, toutes les langues de France autres que le français auront disparu de métropole.
Pourrait-on un jour ne plus parler français en France ? Peut-être. Comme on l'aura compris, tout dépendra de la langue qui sera choisie pour la promotion sociale. Tant que celle-ci restera le français, la menace sera marginale (malgré la profusion exaspérante des anglicismes). En revanche, si cette place était dévolue à l'anglais, la situation pourrait changer du tout au tout.
C'est en cela que plusieurs décisions prises ces dernières années sont inquiétantes. Qu'on en juge par ces quelques exemples :
* Le 16 mars 2021 est présentée la nouvelle carte d'identité nationale. Pour la première fois, tous les intitulés sont traduits en anglais.
L'anglais sera-t-il un jour la seule langue parlée en France ?  par Michel Feltin-Palas
* Le 4 février 2020 paraît un décret régissant les règles à respecter pour enseigner le français à l'étranger. Parmi celles-ci : "Faire valoir un niveau au moins B2 du cadre européen commun de référence pour les langues en anglais" (c'est-à-dire "parler avec naturel, aisance et efficacité") - et ce, y compris dans... les pays francophones.
* Le 3 avril 2020, un décret du Premier ministre Edouard Philippe subordonne l'obtention du BTS à une certification du niveau en anglais
* Le même jour, un autre décret du ministère de l'Enseignement supérieur en fait de même pour les licences, les licences professionnelles et les diplômes universitaires de technologie.
* En 2013, la loi Fioraso avait déjà modifié la loi Toubon sur la langue française pour favoriser l'anglais dans l'enseignement supérieur et la recherche. 
Visiblement gêné aux entournures, le ministère de l'Enseignement supérieur n'a pas répondu aux questions de L'Express, mais on connaît ses motivations. Il considère que c'est en attirant des étudiants plus à l'aise en anglais qu'en français qu'il renforcera l'attractivité de nos universités. Une argumentation qui ulcère les amoureux de la diversité culturelle. "A moyen et long termes, ces dispositions jouent fortement en notre défaveur, commente le didacticien des langues Pierre Escudé. Car il n'y a pas de secret : ériger l'anglais en seule langue internationale est la plus sûre façon de tuer les autres et, dans notre cas, le français." Une pétition a ainsi été lancée par des enseignants et des enseignants-chercheurs de langues de l'enseignement supérieur contre ce qui est considéré comme une "atteinte au plurilinguisme au sein des universités par la seule obligation de l'anglais". 
Et tous de poser en substance ces trois questions. Un : comment convaincre un étudiant africain ou asiatique de l'importance de parler français si nous-mêmes jugeons préférable d'utiliser l'anglais dans nos universités ? Deux : si un étudiant étranger souhaite suivre des cours en anglais, ne sera-t-il pas plutôt tenté de se rendre directement dans un pays anglophone ? Trois : à quoi sert un examen en anglais pour aller enseigner dans un lycée français d'un des 43 autres états où le français est langue officielleet où l'anglais est marginal ? comme le demande dans un article incisif le sociolinguiste Philippe Blanchet. 
Beaucoup, sans doute, jugeront ces cris d'alarme excessifs. A vue d'homme, de fait, il n'y a aucune chance de voir le français disparaître de France. Mais c'est précisément là qu'est le piège. Je le répète : il a fallu cinq siècles environ pour que le gaulois disparaisse. Et jamais, au XVIIe siècle, les habitants de Quimper, de Strasbourg ou de Perpignan n'auraient cru à l'effacement du breton, de l'alsacien ou du catalan dans leurs villes respectives. C'est pourtant ce qu'il s'est passé.
Soyons donc prudents. Ni vous ni moi ne verrons l'anglais remplacer le français dans les rues de Paris ou d'Orléans, cela est absolument certain, et c'est sans doute avec cette conviction que nos éminences prennent ces différentes mesures. Ce qu'elles ne voient pas, c'est qu'elles mettent le doigt dans un engrenage. Car si, peu à peu, l'anglais devient le passage obligé pour obtenir un diplôme de l'enseignement supérieur, il est un scenario noir que l'on peut facilement décrire. Les "meilleurs lycées" proposeront un enseignement en anglais renforcé pour favoriser la réussite de leurs élèves. Les familles en tireront les conclusions : pour favoriser la réussite de leurs chères têtes blondes, elles décideront de leur parler la langue de Shakespeare à la maison ou au moins de les faire garder par une baby-sitter (c'est le terme !) anglophone. S'en souvient-on ? Le très macroniste Benjamin Griveaux, éphémère candidat à la mairie de Paris, avait proposé un enseignement de l'anglais... dès la crèche et la maternelle.
A tous ceux-là, on ne saurait trop conseiller de se pencher sur l'exemple des Pays-Bas, qui ont depuis longtemps donné priorité à l'anglais dans l'enseignement supérieur. Résultat ? Les universités locales manquent aujourd'hui d'étudiants dans les filières de littérature néerlandaise, lesquelles commencent à fermer leurs portes. 
Est-ce bien cette voie que nous voulons suivre en France ?
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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 05:02

 

 

En faisant du tri, je retrouve un livre de Pascal Lainé, publié en 1974 : La femme et ses images. Un essai brillant rédigé par un agrégé de philosophie, sociologue et par ailleurs écrivain très subtil, prix Médicis pour L’irrévolution et Goncourt pour La dentellière.

 

En 1972, aidé par une vingtaine de jeunes chercheuses (chercheures ?), Lainé avait lancé une grande enquête sur les contraintes sociales qui pèsent sur les femmes, sur leur féminité, sur leur aliénation et, partant, sur l’image ou, plus exactement les images qu’elles donnaient à voir d’elles-même.

 

Quarante-cinq ans après, je me suis replongé dans une étude qui aurait pu avoir été écrite hier tant rien n’a vraiment bougé, tant les constats de l’ère pompidolienne sont encore bien souvent valables dans le royaume du banquier éborgneur. D’un banquier … l’autre, donc.

 

Une première très forte idée de Lainé est que les hommes et les femmes ne se partagent pas le monde : les femmes vivent dans le monde des hommes. C’est pourquoi les prises de parole des femmes ne sont pas autonomes car elles n’existent que par rapport à un contexte. Elles doivent être situées, donc expliquées, donc justifiées, à la limite excusées. Lainé explique que bien des militantes des années 1970 (déjà, oui !) refusaient de dialoguer avec ou en présence d’hommes pour éviter que leurs propos ne soient expliqués, donc réduits par eux. Le langage masculin est devenu universel, et vive-versa.

 

Les femmes appartiennent au monde des hommes et à leur espace social. Lainé cite un numéro des Temps Modernes d’avril-mai 1974 : « … la ville est, dans ses espaces ouverts et dans ses lieux dits publics, dangereuse pour les femmes qui sortent des sentiers battus, des circuits traditionnels […] N’est-il pas évident qu’une femme n’a pas à sortir seule la nuit ? […] La présence des femmes dans les squares ? Oui, quand elles gardent les enfants. »

 

L’espace public est qualifié par Lainé de masculin, d’occidental et technocratique. Dans ce contexte, la femme ne peut être que dévaluée, déqualifiée, jusque dans ses tâches ménagères où elle est remplacée par des robots et tout un système qui produit de la nourriture préfabriquée. Les bons “ petits plats ” sont désormais préparés industriellement et surgelés. La femme ne raccommode plus, ne fait plus de conserves. Elle connaît alors un problème d’identité : dépouillée de sa langue, de ses techniques, de ses valeurs. Et elle doit choisir. Entre une carrière brillante et son rôle de mère, d’épouse. Alors qu’un conseiller d’État peut être aussi un séducteur remarqué et un mélomane de haut niveau (sauf s’il est homosexuel, auquel cas, il sera d’abord un homosexuel).

 

Au moment où Lainé écrit son livre, plus de 80% de travailleuses sont employées à des tâches subalternes de la production ou des services. « Dans la famille », disait Marx, « l’homme est le bourgeois, la femme joue le rôle du prolétariat. » Dans ses travaux, Emmanuel Le Roy-Ladury avait observé que plus la main-d’œuvre était abondante plus les salaires féminins étaient bas. Pendant des siècles, la tradition a imposé un demi-salaire féminin. Le travail féminin a été utilisé en complément d’une main-d’œuvre masculine trop rare. Les femmes ont longtemps occupé des emplois spécifiquement “ féminins ” (secrétaires, vendeuses). L’évolution moderne des techniques, observe Lainé, les a écartées du secteur primaire, et en particulier des activités agricoles. Et, ajoute-t-il, « toutes les fois qu’une innovation technique, ou qu’une transformation de la conjoncture économique ou sociale, détermine une dévalorisation et une déqualification importante et durable d’un certain type de travail, on assiste à une immigration massive de main-d’œuvre féminine dans ce secteur de la production. Ainsi le travail féminin moderne constitue la forme la plus typique c'est-à-dire la plus brutale de la prolétarisation. Le couple dactylo-machine à écrire supplante la calligraphie du secrétaire balzacien ». Dans les années 1970, la sous qualification féminine est la règle la plus courante. Les filles n'apprennent pas de métier et quand elles en apprennent un il est souvent sans rapport avec le travail qu'elles auront à faire. Par exemple les C.E.T. féminins forment des couturières en bien plus grand nombre qu'il ne faudrait et le diplôme ainsi obtenu n'est pas négociable.

 

Le passage du célibat au mariage, écrit Lainé, ne va pas sans importants sacrifices, mais c'est surtout de son temps que l'épouse devra donner. 58 % des femmes mariées font plus d'une heure de ménage par jour. Il y a en outre la cuisine, l'entretien des enfants, le lavage etc. Contre 12 % des célibataires. L'écart entre ces proportions indique assez clairement que le mariage implique pour la femme une révision totale de son emploi du temps. Révolution pleinement accomplie après la venue au monde des enfants. 69 % des mères de trois enfants ou plus consacrent plus d'une heure par jour au ménage. Une raison à cela c'est que la plupart des femmes ne sont pas secondées dans leurs tâches domestiques. Cette aide, au reste, est rarement le fait du mari mais plutôt d'une autre femme dans les familles un gros revenus à moins que l'un ou l'autre des enfants, à condition qu'il en ait l’âge, de mettre la main à la pâte.

 

Dans les années 1970, une forte proportion des femmes estimait que leur libération était entre les mains des hommes : « une femme sur trois considère que les moyens propres à changer la condition féminine sont plutôt chez les hommes et moins d'une sur deux estime que c'est plutôt l'affaire des femmes elle-même. Si donc la très grande majorité des femmes connaît le mouvement féministe et pense qu'il est utile, moins de la moitié admet pour fondé le principe d'action exclusivement féminine de ce mouvement. » Dans cette optique, quelle fut la place du M.L.F. ? Pour Lainé, il « ne fut pas essentiellement un mouvement politique même si la plupart des objectifs impliquaient une révolution sociale radicale puisque, dans notre société du moins, l'idéologie mâle dominante était en même temps une idéologie bourgeoise. Le M.L.F. c'est très tôt démarqué par rapport aux groupes révolutionnaires ou travaillaient d'abord de nombreuses militantes, celle-ci constatant que les rapports traditionnels entre les sexes y était intégralement conservé. » Lainé cite une ancienne militante maoïste : « quand j'étais dans ces groupes-là, la parole était aux hommes. Il y avait une division des tâches, c'est évident. “ Elle ” collait les affiches et distribuait les tracts. On avait des choses à dire mais on avait toujours peur. Ce n'est pas avec les hommes qu'on pourra régler ses problèmes. »

 

Bref, malheureusement pas grand-chose de neuf sous le soleil. Dans Libération des femmes année zéro (Maspéro 1972), une des rédactrices constatait : « L’idéologie dominante est celle du mâle occidental blanc bourgeois. »

Le combat des femmes d’aujourd’hui : dans les années 1970, déjà le même
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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 06:49

Le combat sera long à mener. Il est peut-être déjà perdu. Voici un très bon exemple de ce qui se passe et qui sera peut-être la norme demain : un article évalué anonymement (auteurs anonymes, évaluateurs anonymes) faisant l'objet d'une tentative de censure sur des bases racialistes, qui plus est par des chercheuses (chercheures ?) de moindre niveau.

 

LE JOUR OÙ ON A REMIS EN CAUSE MA LÉGITIMITÉ DE CHERCHEUR BLANC ET OCCIDENTAL, par Arnaud Lacheret

 

Il y a quelques semaines, j’étais très fier de publier, avec un chercheur spécialiste en droit islamique, un article dans une prestigieuse revue scientifique en anglais dont le titre (traduit) est « Voile islamique dans le Golfe et modernité arabe : une étude qualitative sur des femmes managers« . Mon coauteur est comme moi « Associate Professor » (équivalent de Maitre de Conférence dans le système anglo-saxon) à Bahreïn (dans une autre université), de nationalité bangladaise.    

J’étais fier de pouvoir transformer un chapitre de mon livre en article scientifique, même s’il fut certes beaucoup remanié à la suite d’un processus de publication particulièrement exigeant : anonymisation des auteurs et des réviseurs, évaluation par des universitaires spécialistes etc.

L’article est donc en ligne et je le partage sur la plateforme « Academia » qui permet d’avoir des retours de chercheurs du monde entier. C’est comme cela qu’on progresse en tant que scientifique : en faisant évaluer son travail par ses pairs. C’est parfois un moment compliqué, il ne faut pas trop se braquer et accepter parfois des remarques à la limite de la mauvaise foi, mais c’est le jeu.

Cet article, quelques heures après sa mise en ligne, se voit attaquer par plusieurs femmes, doctorantes dans des universités anglo-saxonnes, notamment parce que nous sommes des hommes, que je suis un occidental et que nous n’aurions pas dû traiter ce sujet. Désireux de ne pas nuire à mon coauteur, je retire l’article de la plateforme, mais, afin de creuser un peu plus, je prends contact par messages privés avec l’une de ces femmes, doctorante Américano-Saoudienne dans une université de la côte Est des Etats-Unis, titulaire d’une bourse Fullbright.   

 

Quand la recherche est évaluée de manière racisée

Je vous traduis quelques extraits de notre conversation :

Elle m’écrit d’abord qu’elle a de gros problèmes avec la façon dont l’article est conçu. Très honnêtement, je me dis que ça va être intéressant d’en discuter et je lui demande pourquoi…

Elle me répond:

« Je pense qu’il existe une littérature massive de féminisme décolonial, tiers-mondiste et intersectionnel, ainsi que des études qui parlent de la colonialité de la connaissance, du pouvoir et de l’être, et de la violence épistémique qui continue d’être exercée au nom de la recherche contre certaines communautés, de la manière dont les universitaires poursuivent des projets de recherche égoïstes, motivés par le pouvoir, qui ignorent leurs points aveugles en tant qu’hommes, en tant que blancs, en tant qu’eurocentristes, etc. Il n’y a pas de mal à ne pas savoir, mais ce qui est dérangeant, c’est que les chercheurs le disent depuis des décennies et que certaines personnes persistent à ne pas écouter et à ne pas s’éduquer. Il ne s’agit pas seulement de la question de l' »objectivité », avec laquelle j’ai beaucoup de problèmes et son héritage colonial, et certainement pas de la question des femmes par rapport aux hommes, mais aussi de l’humilité intellectuelle et de l’impact de la recherche sur les gens. »

Je fais sans doute l’erreur de répondre en expliquant que l’Arabie Saoudite (pays étudié dans le papier) n’a jamais été colonisée, que j’ai pris soin de doubler mes entretiens par une conversation informelle en arabe entre les femmes interrogées et mon assistante arabe pour vérifier d’éventuels biais de réponse.

Elle me répond encore:

« Vous ne comprenez toujours pas. Je pense que vous devez vous asseoir avec l’inconfort et vous demander sincèrement pourquoi un chercheur masculin s’adresse à un autre chercheur masculin pour écrire sur les femmes ? En quoi cela aide-t-il les femmes du Golfe ? En quoi cela façonne-t-il le récit déjà erroné sur les femmes du Golfe et efface-t-il la complexité ? Aussi simplistes que ces questions puissent paraître, elles peuvent vous éclairer. Être vrai et honnête avec soi-même. L’autonomisation est un autre concept mal utilisé qui nécessite une autre discussion, mais pour l’instant, je dois retourner à mon travail. Merci de votre attention. »

Je lui réponds calmement que le but d’une recherche en sociologie n’est pas spécialement « d’aider une communauté » mais de l’étudier en veillant à répondre à une question de recherche. J’ajoute que notre étude n’avait aucunement l’intention d’aider des femmes, que nous ne sommes pas des thérapeutes mais des chercheurs. Je conclue enfin que nous n’avons fait que reprendre et adapter une enquête britannique sur une population de femmes cadres musulmanes en Angleterre pour en vérifier les conclusions..

J’ai la réponse suivante:

« Je pense que vous avez franchi une ligne ici. Vous n’avez pas à définir qui est un chercheur ou ce qu’est la pensée de la recherche. Le néocolonialisme à son paroxysme. Cette conversation est terminée. »

Voilà, je vous avoue que cet échange m’a beaucoup marqué, davantage que je ne l’aurai pensé. J’imagine que ce genre de réflexion ne vont pas aller en s’améliorant et je n’ose même pas imaginer ce qu’il me serait arrivé si j’étais dans une université américaine et que j’avais publié exactement le même papier… Fort heureusement, le fait que je sois dans le Golfe me protège un peu. Mais quand cette vague de censure arrivera jusqu’ici, que pourrai-je étudier en tant  qu’homme, occidental et blanc?

Il n’est évidemment pas possible de discuter plus avant avec ce genre de personnes, mais ce qui est étonnant reste la précision de son discours militant. Où a-t-elle appris ce genre de choses si ce n’est au sein même de son université ? Où a-t-elle appris qu’un homme blanc occidental ne pouvait pas étudier le voile islamique chez les femmes cadres du Golfe ? Il est donc évident que toute protestation n’aurait eu comme effet que de me faire clouer au pilori non pour ce que nous avons écrit, qui est sans doute très critiquable, mais pour ce que nous sommes, pour ce que je suis.

En outre, si nous allons vers une recherche où seules les femmes musulmanes, peuvent étudier les femmes musulmanes, d’autres biais vont surgir. Bien évidemment, le fait de ressembler et d’être trop proche du public que l’on est censé étudier entraine des biais beaucoup plus importants que d’en être éloigné. Nous partons souvent avec des présupposés qu’il faut être capable de mettre de côté pour tendre vers la neutralité axiologique. Force est de constater que cette doctorante ne donnait pas l’impression d’être vraiment capable de prendre de la distance dans le cadre d’une recherche scientifique.

Ce militantisme est une plaie car ce comportement raciste dont nous avons été victime est une négation de l’esprit de la recherche scientifique, qui est évaluée anonymement par les pairs : ceux qui ont accepté de faire paraitre notre papier ignoraient qui nous étions et se sont donc contentés d’évaluer notre recherche. Cela devrait être la norme.

Or, il y a fort à parier que cette idéologie, clairement exprimée par cette doctorante, selon laquelle un homme blanc ne pourrait étudier tous les sujets constitue une des plus importantes menaces pour l’intégrité même de la recherche. Interdire quelqu’un de faire une étude en fonction de sa couleur de peau ou de son genre n’est autre que de la discrimination. Ce type de réflexions sont courantes outre-Atlantique et nous devrions vraiment nous en inquiéter. Je sais que d’ores et déjà notre article scientifique ne sera pas lu, pas repris, pas commenté par un nombre croissant de chercheurs uniquement parce que nos deux noms y figurent et que nous ne sommes pas considérés comme légitimes pour étudier certains sujets.

Mon collègue et moi-même allons continuer à étudier les sujets que nous souhaitons, sans prendre en compte notre genre, notre religion ou notre couleur de peau, mais nous ne pourrons pas prêcher dans le désert  éternellement. Il est indispensable que ce type de considérations racistes soient bannies du champ de la recherche, il en va de l’avenir de notre intelligence collective. 

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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 05:24

 

 

Pour Evariste dans ResPublica, Les solutions de type social-démocrate ou paritariste deviennent obsolètes, ce que le peuple comprend de plus en plus. La séquence dite des Trente glorieuses n’était qu’une parenthèse sans lendemain car les fondamentaux du capitalisme ont repris le chemin de la lutte des classes au profit du capital ; de plus, la praxis (lien dialectique entre théorie et pratique) dominante de la gauche ne fut pas à la hauteur des enjeux quand il fut clair que le capitalisme ne tiendrait aucun compte du vote populaire du 29 mai 2005 par la forfaiture de 2008 et que les grandes organisations politiques et syndicales de gauche ne luttaient plus contre cette forfaiture.

 

La lueur de 2017 fut de courte durée. La lutte des classes fut abandonnée par les organisations politiques et syndicales de la gauche. Pire, les organisations politiques et syndicales abandonnèrent la classe populaire ouvrière et employée alors que celle-ci représentait 53 % de la population française (actifs et retraités). D’où l’abstention massive de cette dernière (au moins 60 % de la classe ne participe plus aux élections). Sans le soutien de la grande majorité de cette classe, aucune révolution citoyenne n’est possible ! Surtout si on abandonne la référence à la conscience de classe pour la remplacer par une conscience terrienne et citoyenne ou si on refuse de combattre le néolibéralisme et l’ordolibéralisme lors d’alliances contre nature ou si on ne négocie que pour accepter un recul moins important !

 

 

 

Toujours dans ResPublica, Rachel Haller tire le triste bilan sanitaire d’un an de ratages en matière de Covid : Contre l’avis du conseil scientifique qui préconisait d’étendre les vacances d’hiver pour fermer les écoles pendant un mois, Emmanuel Macron a préféré faire le pari d’un ralentissement de l’épidémie grâce à la vaccination. Tout le monde peut constater aujourd’hui l’échec cuisant de cette décision hasardeuse. Les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme et le pic de personnes admises en réanimation des suites de la Covid-19 lors de la deuxième vague a déjà été dépassé. Cette situation laisse craindre des prochaines semaines extrêmement difficiles pour nos soignants : il n’y a plus de réserve sanitaire disponible, les nouveaux patients atteints par le variant anglais restent plus longtemps en réanimation et sont plus instables, ce qui empêche les évacuations sanitaires, contrairement aux deux premières vagues. Alors que Macronpromettait en octobre 12 000 lits de réanimation, nous en sommes qu’à 7 000.

 

Il n’est pas inutile de rappeler que l’Allemagne, avec 17 millions d’habitants de plus que la France, déplore 20 000 morts de moins et que sa dirigeante, Angela Merkel, débat régulièrement pendant plusieurs heures avec les présidents de région (dans des réunions filmées et diffusées) pour trouver un consensus, ce qui donne le sentiment à la population que les décisions sont prises dans la transparence et démocratiquement, ce qui manque cruellement à notre pays où c’est Jupiter qui est le maître des horloges ! De ce fait, nos concitoyens consentent de moins en moins aux efforts à fournir pour ralentir la propagation du virus, las de cet « absurdistan ».

 

 

 

Dans le Grand Soir, Fadi Kassem nous invite à sortir du faux duel et vrai duo Macron-Le Pen : En réalité, Macron et Le Pen sont les deux faces d’une même médaille capitaliste et euro-atlantiste. Ils partagent les mêmes haines antisyndicales, anticommunistes, antirépublicaines. Mais alors qu’une majorité de citoyens rejette ce scénario et se réfugie dans l’abstention massive depuis les législatives de 2017 (57 % au second tour), aucune alternative susceptible de conjurer le désastre annoncé ne parvient encore à émerger. Et pour cause !

 

Ce ne sont ni les satellites macronistes ("socialistes" et "écolos" Macron-compatibles comme Anne Hidalgo ou Yannick Jadot, "Républicains " comme Xavier Bertrand), ni les voltigeurs du Rassemblement lepéniste comme Nicolas Dupont-Aignan qui changeront la donne pour les classes populaires et moyennes, alors même que les licenciements prolifèrent, que les euro-privatisations dépècent les services publics et que les structures productives industrielles et agricoles de la France sont détruites à vitesse grand V par un capitalisme de plus en plus financiarisé, euro-mondialisé et antinational.

Revue de Presse (349)
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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 05:00

 

 

Les États-Unis font le pari du risque systémique selon Serge Halimi : « Trois jours avant l’entrée de M. Donald Trump à la Maison Blanche, le président chinois Xi Jinping se rendit à Davos. Il y mit en garde les États-Unis contre le protectionnisme. Aujourd’hui, c’est la politique de relance impulsée par M. Joseph Biden qui alarme les dirigeants chinois. Ils y voient un « risque systémique » pour l’ordre économique actuel.

 

Les États-Unis viennent en tout cas d’adopter une des lois les plus sociales de leur histoire. Elle s’écarte des stratégies économiques mises en œuvre ces dernières décennies, qui ont favorisé les revenus du capital – « startupeurs » et rentiers mêlés — et accru le décrochage des classes populaires. Elle rompt avec des politiques publiques hantées par la crainte d’une reprise de l’inflation et d’une flambée de l’endettement. Elle ne cherche plus à amadouer les néolibéraux et leurs bailleurs de fonds avec des baisses d’impôts dont le produit atterrit souvent en Bourse et gonfle la bulle financière. »

 

 

 

Pour Stefano Palombarini, l’Italie est devenue un laboratoire politique européen : « Dix ans après M. Mario Monti et son gouvernement de technocrates, un autre ancien cadre de Goldman Sachs vient de s’installer au palais Chigi. Comme son prédécesseur, et comme M. Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle française de 2017, M. Mario Draghi prétend dépasser le clivage entre la droite et la gauche en s’élevant au-dessus des partis et en apportant la vision éclairée de l’expert, tout en restant scrupuleusement dans les clous fixés par Bruxelles : orthodoxie budgétaire et néolibéralisme. L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) a réussi à rassembler toutes les formations italiennes, de la gauche à l’extrême droite, y compris celles qui ont prospéré en s’opposant à ce programme. Il a en effet reçu le soutien conjoint du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue, deux partis qui, trois ans plus tôt, remportaient les élections législatives sur la promesse de rompre avec l’austérité et de s’opposer aux diktats européens. »

 

 

 

L’Italie où, selon Giovanni Ierardi, la mafia s’enracine toujours et encore : « Moins connue que Cosa Nostra en Sicile ou la Camorra napolitaine, la ’Ndrangheta, la Mafia calabraise, est pourtant l’une des plus redoutables. Exerçant son emprise sur l’économie et la politique, et contrôlant ainsi de vastes territoires, elle se trouve aujourd’hui au cœur d’un procès historique. Mais la répression ne peut suffire si l’on ne s’attaque pas également aux racines de cette criminalité organisée. »

 

 

 

Alex Alber, Joël Cabalion et Valérie Cohen analysent le fiasco de la déradicalisation : « La question brûlante qui occupait le débat public après les attentats de 2015 à Paris n’a rien perdu de son acuité : qu’est-ce qui a pu susciter l’explosion d’une telle violence ? Comment bascule-t-on dans l’innommable ? La « radicalisation » violente, initialement pensée comme une catégorie de signalement policier. s’est ainsi imposée comme un marronnier médiatique et comme l’objet d’intarissables querelles entre chercheurs orientalistes qui resurgissent à chaque assassinat impliquant de près ou de loin des mobiles politico-religieux.Ces événements renforcent le parti de ceux qui jugent les « valeurs de la République » remises en question par le « communautarisme » musulman. Celui-ci minerait de l’intérieur la cohésion de la société française ; il appellerait un sursaut propre à restaurer l’unité perdue et à inculquer le « respect de nos valeurs » à une partie de la jeunesse, particulièrement dans les quartiers populaires, toujours suspects d’un déficit de citoyenneté.

 

 

 

Philippe Baqué demande si c’est un crime de combattre les djihadistes : « Le Parlement français a adopté de nombreuses lois « antiterroristes » qui permettent de substituer le soupçon à la preuve. Comble de la perversité, ces textes servent aujourd’hui de base juridique pour traquer ceux qui ont voulu combattre le djihadisme en Syrie. Avoir pris les armes contre l’Organisation de l’État islamique devient un élément à charge pour la machine policière. »

 

 

 

Pour Roger Erkirch, le sommeil a une histoire : « Aux premiers jours de l’automne 1878, Robert Louis Stevenson, alors âgé de 27 ans, passa douze jours à crapahuter dans les Cévennes. Son seul compagnon de voyage était une ânesse du nom de Modestine. Stevenson ne devait publier L’Île au trésor et connaître la célébrité littéraire que cinq ans plus tard. Au beau milieu de son expédition, il installa son campement dans une petite clairière entourée de pins. Après un souper roboratif, alors que le soleil venait de terminer sa course, il s’étendit dans son « sac de couchage », une casquette sur les yeux. Mais, plutôt que de dormir d’une traite jusqu’à l’aube, il s’éveilla peu après minuit, le temps de fumer nonchalamment une cigarette et de jouir d’une heure de contemplation. Jamais auparavant il n’avait savouré « une heure plus parfaite » — libéré, se réjouissait-il, de l’« embastillement de la civilisation ». « Par quelle suggestion informulée, par quel délicat contact de la nature, se demandait-il, tous ces dormeurs sont-ils rappelés, vers la même heure, à la vie ? ». 

 

 

 

Pour Philippe Descamps, la montagne s’émancipe du ski alpin : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ici, les pentes sont douces. On se réapproprie la montagne ! » En ce mardi 26 janvier, ensoleillé et glacial, quarante centimètres de neige poudreuse recouvrent les pistes de La Plagne. Retraitée à Aime, au pied de cette station savoyarde de plus de cinquante mille lits, Christiane monte tous les jours faire une balade à skis de randonnée. Avec son amie Agnès, monitrice de ski qui bénéficie du chômage partiel, elle profite de la fermeture des remontées mécaniques qui, depuis 1961, ont accaparé le « deuxième plus grand domaine skiable du monde ». Une légère brise thermique fait tourner à vide un canon à neige devenu inutile depuis le 15 mars 2020.

 

Au « village » (artificiel) de Belle Plagne, un seul commerce sur une dizaine reste ouvert. L’office du tourisme tente de s’adapter à la situation sanitaire en sortant de nouveaux prospectus sur la luge, le ski de fond ou la « peau de phoque ». Des engins ont même damé quelques secteurs pour les moins aguerris qui seraient néanmoins prêts à remonter par leurs propres moyens, grâce aux peluches antirecul placées sous leurs planches. »

 

 

 

 

Romain Mielcarek explique comment la France sous-traite sa guerre au Sahel : « Confrontée au coût exorbitant — près de 1 milliard d’euros par an — de sa présence militaire au Sahel, la France peine à obtenir le soutien de ses partenaires européens. Après avoir envoyé du matériel et des conseillers techniques, une poignée de pays ont finalement accepté de dépêcher de petits contingents de soldats. Mais ces gestes symboliques ne sont pas sans contrepartie. »

 

 

 

Pour Ndongo Samba Sylla, cinq coléreuses secouent le Sénégal : « Le Sénégal a connu entre le 4 et le 8 mars derniers un soulèvement populaire d’une ampleur inédite. La répression des émeutes a coûté la vie à onze manifestants âgés de 12 à 35 ans. La façade lisse de la « démocratie » dans ce pays d’Afrique de l’Ouest s’est subitement effondrée. La contestation sociale, avivée par les restrictions dues à la pandémie de Covid-19, a des racines profondes. »

 

 

 

PourYuta Yagishita, les fonctionnaires japonais sont en plein burn-out » : « Une heure et demie du matin. Dans le quartier de Kasumigaseki, à Tokyo, qui regroupe la plupart des institutions du pays, d’interminables files de taxi entourent les bâtiments imposants des ministères. Ayant raté le dernier métro, des fonctionnaires marchent d’un pas lourd et s’engouffrent dans les voitures, qui disparaissent dans les profondeurs de la nuit. Cette scène illustre le quotidien des agents d’État au Japon. Bien qu’ils bénéficient d’un statut enviable, sans risque de chômage, leur vie ressemble à un chemin de croix. Au motif qu’ils travaillent pour l’intérêt général et doivent parer aux urgences le cas échéant, le code du travail, qui limite le nombre d’heures supplémentaires à quarante-cinq par mois pour les autres salariés, ne s’applique pas à eux. Leurs syndicats sont également privés du droit de grève. »

 

 

 

Le Monde Diplomatique (251)

 

Pour Franck Gaudichaud, le Chili fait le pari de la Constitution : « Depuis longtemps, la colère gronde au Chili, un pays façonné par la dictature du général Augusto Pinochet. Mais comment rompre avec le passé et réparer la société ? Confronté à un mouvement social puissant, le président conservateur Sebastián Piñera a avancé l’idée d’une nouvelle Constitution. Cédait-il à la contestation ou venait-il de trouver un moyen de la torpiller ? »

 

 

 

Daniel Luban explique pourquoi le conservatisme populaire est introuvable aux États-Unis : « Le plan d’urgence du président Joseph Biden vient d’être voté par le Congrès américain sans un seul suffrage républicain. Cette opposition unanime à des mesures économiques qui favorisent au premier chef les catégories populaires pourrait surprendre venant d’un parti qui se prétend dorénavant soucieux de les défendre. Mais elle illustre les limites – ou l’imposture – d’un populisme de droite aux États-Unis. »

 

 

 

Pendant ce temps, le dialogue reste tendu entre Washington et Téhéran : « La Maison Blanche a relancé les discussions avec l’Iran afin de parvenir à un nouvel accord pour l’encadrement des projets nucléaires de la République islamique. Ces négociations suscitent l’hostilité de l’Arabie saoudite, inquiète des critiques répétées de M. Joseph Biden à son encontre, et d’Israël, pourtant assuré de l’immobilisme américain à propos de la question palestinienne. »

 

 

 

En Russie, on se mobilise contre les arnaques immobilières (Estelle Levresse) : « Les ventes frauduleuses d’appartements sur plan ont ruiné des dizaines de milliers de ménages russes. Face aux protestations, l’État commence à verser des indemnisations, tout en promettant de mieux réguler le marché de l’immobilier. Cela suffira-t-il à convaincre les populations de l’ex-URSS que le logement, après avoir été un bien essentiel fourni par l’État, est désormais une marchandise comme les autres ? »

 

 

 

Pour Anne-Cécile Robert, l’espace du débat est en train de disparaître : « L’évolution des mentalités et le progrès des idées redessinent à chaque époque les contours de ce que la société choisit pour elle-même comme étant le Bien. Il existe donc une part nécessaire d’indétermination dans l’intérêt général. La lente conquête des droits sociaux, par exemple, à partir du XVIIIe siècle, et surtout du XIXe siècle, illustre le caractère à la fois contingent et évolutif de l’intérêt général. Avec la démocratisation, celui-ci doit se rapprocher des souhaits du peuple et, à cette fin, être soumis à une délibération publique sanctionnée par le suffrage universel. Une démocratie vivante de citoyens actifs, attentifs aux affaires publiques, fait, en principe, apparaître l’étendue des possibles, dévoile les options en présence et donne une vision plus large et donc plus juste, plus vraie, de la réalité. La vérité remplit une fonction centrale ici car, sans elle, la détermination de l’intérêt général n’est que le paravent des intérêts particuliers. Il est, en quelque sorte, faux.»

 

 

 

Sophie Eustache dénonce les recettes de l’information en continu : « L’information en continu naît de l’injection d’une vieille idée dans de nouveaux tuyaux. L’idée ? Les maux du monde découleraient d’un déficit de communication entre humains. Les canaux ? Ces chaînes privées qui se multiplient au début des années 1980, grâce aux nouvelles technologies et à la financiarisation des médias. « Depuis la création de CNN, explique en 1997 M. Robert « Ted » Turner, créateur dix-sept ans plus tôt de Cable News Network, la première chaîne « toute info », aux États-Unis, la guerre froide a cessé, les conflits en Amérique centrale ont pris fin, c’est la paix en Afrique du Sud, ils essaient de faire la paix au Proche-Orient et en Irlande du Nord. Les gens voient bien que c’est idiot de faire la guerre. Avec CNN, l’info circule dans le monde entier et personne ne veut avoir l’air d’un débile. Donc ils font la paix, car ça, c’est intelligent. » En 1991, la chaîne américaine apporte la guerre du Golfe dans le salon des téléspectateurs occidentaux : des heures passées à attendre qu’un événement interrompe les palabres de généraux à la retraite installés en plateau pendant que les correspondants perchés sur le toit d’un hôtel de luxe bagdadi filment le ciel. Devant les caméras, il ne se passe rien, mais en direct. Ce mode de traitement va s’imposer comme norme de la couverture médiatique des grands événements internationaux. »

 

 

 

En Algérie (Akram Belkaïd), le Hirak ressuscite mais se divise : « Unie à ses débuts, en 2019, la protestation pacifique, ou Hirak, contre le pouvoir algérien doit composer avec la montée en son sein de la défiance à l’encontre du mouvement islamoconservateur Rachad. Une aubaine pour les autorités, qui entretiennent la zizanie pour favoriser les candidats du régime lors des élections législatives du 12 juin. »

 

 

 

 

En Bretagne, Maëlle Mariette a observé deux mondes paysans qui s’ignorent : « Enchaînés à l’impératif du rendement, montrés du doigt pour leurs pratiques polluantes, cernés par les résidences secondaires, les agriculteurs conventionnels du Morbihan observent avec désarroi le succès de leurs collègues qui se sont tournés vers le bio, la vente directe, les circuits courts, etc. Des cultures différentes cohabitent… sans qu’émerge une solution globale au modèle agricole dominant. »

 

 

 

Jean-Numa Ducange revient sur la gauche et la question coloniale : « La gauche républicaine a-t-elle toujours été, comme certains l’affirment, colonialiste ? Aucune réponse simple ne saurait être apportée à cette question. De Jean Jaurès à Georges Clemenceau, de Jules Guesde à Édouard Vaillant, les dirigeants socialistes français ont pris des positions très variées, qui ont évolué au fil des décennies. »

 

 

 

Clothilde Dozier décrit le plaisir d’apprendre aux temps de Jean-Michel Blanquer : « En février dernier, cela faisait trois mois que 60 % des lycéens ne pouvaient suivre que la moitié de leurs cours, et plus de six mois que les enfants de 6 ans devaient apprendre à lire en portant des masques. Il fallait aérer les salles plusieurs fois par jour malgré des températures négatives, les cours d’éducation physique et sportive (EPS) en intérieur étaient suspendus, les cas de contamination au Covid-19 se multipliaient dans les établissements et des incertitudes planaient sur les examens de fin d’année. Que décida alors M. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale ? La suppression de 1 883 emplois à temps plein… Une manie qu’il semble partager avec son collègue de la santé, M. Olivier Véran qui, lui, élimine des lits d’hôpitaux en pleine pandémie.

 

Un an plus tôt, le coronavirus se répandait sur le territoire français et la question de la fermeture des écoles commençait à se poser. Au micro de Sonia Mabrouk, sur Europe 1, le 28 février 2020, M. Blanquer certifiait que professeurs et élèves n’avaient rien à craindre. « Nous y sommes préparés depuis plusieurs semaines, prétendait-il. Il est normal qu’on formule des doutes, mais voilà, je peux vous le dire : nous avons notre dispositif qui est prêt, je l’ai testé moi-même, nous avons les connexions nécessaires, il peut y avoir sept millions de connexions en même temps. » Le ministre avait allumé son ordinateur, il avait testé, cliqué : tout était prêt.

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 05:21

 

 

Dans le World Socialist Website, Robert Steven dénonce l’extrême brutalité de la police britannique à l’encontre de citoyens manifestant contre le projet de loi … sur la police : « Si la loi est promulguée, le droit de manifester risque d’être supprimé. L’opération brutale qui a duré bien plus de deux heures a inclus l’utilisation de charges de la police montée et la police a procédé à 10 arrestations. Les images de téléphones portables diffusées sur les médias sociaux montrent des policiers qui attaquent des personnes sans défense avec des boucliers anti-émeute et frappant d’autres personnes avec des matraques. Une manifestante a reçu le coup de poing d’un policier au visage. Un homme allongé dans un caniveau, qui semblait être à peine conscient, a été attaqué et traîné dans la rue par la police. Les pouvoirs prévus par le projet de loi sur la police vont dangereusement dans le sens d’une force de police de type paramilitaire. S’il est adopté, les chefs de la police seront considérés comme les arbitres de ce qui est autorisé ou non en matière de protestation. »

 

 

Dans Res Publica, Pascal Morsu dénonce les dérives actuelles de l’UNEF : « Finalement, la plus grave accusation qu’il faut porter contre les dirigeants UNEF est que leurs provocations imbéciles ne font qu’aider un des gouvernements les plus réactionnaires qu’ait connu la Ve République, alors qu’il accentue autant que possible les traits autoritaires du régime.

 

En fait, au lieu de défendre réellement les étudiants, de les rassembler, les dirigeants de l’UNEF les divisent.

 

Pour Blanquer, Vidal et Macron : c’est une aubaine. Cette politique folle leur permet de prendre la posture de défenseurs de la République menacée, d’opposants à l’ethno-différencialisme. Tout ceci ne fait que légitimer la campagne de Vidal contre l’islamo-gauchisme, ses attaques contre les libertés académiques – au bout du compte, il y a la casse du  statut des universitaires. Quant aux outrances de la présidente de l’UNEF, elles ont permis à Blanquer de crier au fascisme, d’autres députés de droite allant jusqu’à demander la dissolution du syndicat.

 

Il ne s’agit évidemment pas pour Blanquer et Vidal de combattre « le fascisme ». La vérité est que la bourgeoisie n’a jamais renoncé à domestiquer les syndicats de classe, porteurs d’authentiques revendications et indépendants de l’État capitaliste. Disposer d’un droit de regard de l’État sur le fonctionnement, les initiatives de ces organisations, serait un pas important en ce sens. »

 

 

 

Á propos de la récente affaire Ikea, Le Media dénonce les flics qui travaillent pour le CAC40 : « Quand on pense à l’État menant la guerre aux travailleurs, on pense d’abord à la répression par la police des manifestations ou des grèves. Mais ce n’est en fait que la partie la plus spectaculaire et la plus visible, car il y a une autre manière de mener cette guerre, plus quotidienne, beaucoup plus discrète, voire clandestine : le recours à la “tricoche”. Ikea France est accusé d’avoir enquêté illégalement, dans les années 2000, sur des salariés et des candidats à l’embauche, et d’avoir espionné des employés, en particulier des syndicalistes. Jean-François Paris, directeur de la gestion du risque d’Ikea France faisait appel aux services de Jean-Pierre Fourès, patron d’une officine d’investigations privées, pour lui fournir des renseignements sur des employés ou des candidats jugés suspects par Ikea.

 

Jean-Pierre Fourès, ancien inspecteur divisionnaire aux RG (renseignements généraux) puis à la DST (direction de la surveillance du territoire) a quitté la police en 1980. Mais il y a conservé des amis sur lesquels il s’appuyait pour obtenir les fiches Stic de personnes dont Ikea voulait savoir s’ils avaient par exemple des antécédents de vol ou un passé de syndicaliste.

 

Consulter le Stic (Système de traitement des infractions constatées), une large base de données du ministère de l’Intérieur, permet non seulement de savoir si une personne a déjà commis une infraction, mais aussi si elle a été placée en garde à vue, ou même simplement victime d’une infraction. Voilà donc un ancien policier reconverti dans le privé qui conserve son réseau de collègues et en joue pour obtenir illégalement des renseignements gentiment stockés par l’Etat dans des fichiers informatisés et centralisés. »

 

Revue de Presse (348)

PS : EN BROUTANT, je suis tombé sur cette photo de mon école primaire. Je savais qu'Hénin-Liétard avait beaucoup souffert pendant la Première Guerre mondiale, mais pas que l'École Voltaire avait été frappée de plein fouet. Au premier plan, au rez-de-chaussée, la classe de CP de mon père où je fus son élève en 1954.

Revue de Presse (348)
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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 05:07

 Merci à Mireille Azzoug pour ce très bel hommage à Jim Haynes, un personnage hors du commun qui enseigna pendant plus de vingt ans au département d'anglo-américain à Paris VIII.

 

Au début des années soixante-dix, quand je l'y ai connu, “ Vincennes ”, profitant des libéralités accordées par le ministre Edgar Faure, pouvait accueillir des gens hors-système comme Jim Haynes. Á l'époque, pas de tags anti-Blancs, homophobes, pas de réunions racisées. Autre France, autres mœurs. Pour paraphraser Wolinski, nous nous battions à Vincennes pour ne pas devenir ce que nous sommes devenus.

 

Notre cher collègue Jim Haynes est décédé à Paris le 6 janvier 2021 à l’âge de 87 ans. Il était né le 6 novembre 1933 à Haynesville en Louisiane. Diplômé de l’université d’Édimbourg, il avait rejoint le département d’anglais comme assistant, début 69 à la création du CUEV, à l’invitation de Bernard Cassen qui l’avait rencontré en 1965 au Fringe Festival d’Édimbourg et lui avait consacré un article (ci-joint) dans Le Monde.

 

Jim a enseigné pendant plus de vingt ans au département d’anglais où il assurait des ateliers d’expression orale, de creative writing, de langue de spécialité dans le domaine des arts et du théâtre ainsi que des cours sur le théâtre américain, les mouvements underground et les média anglo-saxons. En 1987, il a rejoint l’UFR arts, qui correspondait plus étroitement à son profil et dont de nombreux étudiants suivaient déjà ses cours.

 

Adepte de la Beat generation et du mouvement hippie, dont il avait fait siens les mots d’ordre (mais il était abstème et ne fumait pas), Jim Haynes ne détonait pas vraiment dans l’univers post 68 de Vincennes. Mais il avait quand même une longueur d’avance, notamment dans sa manière non conformiste d’enseigner. Sa pédagogie interactive consistait à « soutenir, encourager, stimuler, intéresser, provoquer » les étudiants qui, disait-il, apprennent tout seuls.

 

Jim Haynes était non seulement un collègue peu conventionnel mais il avait, déjà à l’époque, un parcours personnel hors du commun. Une soif de vivre et d’innover dans tous les domaines de la vie personnelle comme professionnelle. Terme qu’il aurait récusé car, dans la veine du Droit à la paresse de Paul LafargueJim Haynes écrivait en 1978 un manifeste – en réponse au marxisme, disait-il – Workers of the World, Unite and Stop Working ! (Éditions Dandelion) (ce qui est plus facile à faire pour les élites que pour le commun des mortels). Il sera publié en plusieurs langues et même en russe lors de sa visite en Russie après la chute du Mur. Et pour qualifier une manière créative et récréative de dépenser son énergie, Jim avait créé le terme « fullering » (En référence à Buckminster Fuller (1895-1983), génial marginal qui devint un célèbre inventeur étasunien, à la fois architecte, créateur, écrivain...), ce qu’il fit frénétiquement toute sa vie. Il aimait improviser et créer du nouveau, et dès que la routine s’installait, il passait à autre chose.

 

Sa vie tient du roman. Boy-scout dans sa jeunesse, il fait ses études secondaires au Venezuela à San Tomé, où sa famille s’était installée pour le travail de son père. De retour aux États-Unis, il s’inscrit à la Georgia Military Academy à Atlanta, où il suit les cours intensifs de formation militaire. Une erreur, confesse-t-il. Il fréquente ensuite l’université de Louisiane (à Bâton Rouge) durant quelques mois et, après un séjour à la Nouvelle Orléans, il s’engage dans l’Armée de l’air et atterrit à la base de San Antonio. À l’issue d’un entraînement militaire intensif de trois mois, il demande à suivre des cours de langue – il parle déjà l’espagnol – et il étudie le russe six heures par jour pendant toute une année. Avide de découvrir d’autres horizons, il obtient son transfert à la Kirknewton Air Force Base, située près d’Édimbourg. Là, à sa demande, il est autorisé à poursuivre ses études à l’université d’Édinbourg en échange de gardes de nuit au Service de surveillance du Système de défense aérienne russe. À l’université, il étudie l’histoire, l’économie, la philosophie et suit les cours du politiste John MacIntosh (qui deviendra député travailliste). Jim succombe au charme de la ville, se lie facilement avec tout le monde, et c’est le début d’une intense vie sociale et de nombreuses rencontres d’artistes, d’écrivains..., ponctuée de voyages.

 

Il obtient alors sa démobilisation et doit gagner sa vie pour poursuivre ses études. Ayant travaillé à la coopérative de livres de l’université de Louisiane, il a l’idée de créer une librairie spécialisée dans le livre de poche près de l’université d’Édimbourg. L’argent épargné sur sa solde lui permet d’acheter une vieille boutique décrépite qu’il transforme, avec l’aide de Red Williams, en une librairie accueillante dotée d’un café et d’une galerie où sont exposées poteries et tapisseries. Ainsi naît en 1959 la Paperback Bookshop, lieu de diffusion avant-gardiste inauguré par l’économiste Alan Thompson (professeur d’économie, qui allait lui aussi devenir député travailliste). Les lecteurs y trouvent, outre des ouvrages universitaires, des livres d’écrivains anticonformistes en vogue – anglais, étasuniens, notamment de la Beat Generation, européens – Jack Kerouac, William Burroughs, Germaine Greer, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras... avec lesquels il noue d’ailleurs des liens personnels. Sur les rayonnages figurent aussi des auteurs plus classiques – D. H. Lawrence, David Hume...–, des revues (The Village Voice, revue new yorkaise branchée) ainsi que quelques magazines à caractère sexuel. La Bookshop organise régulièrement des signatures de livres, des lectures d’auteurs, des récitals de poésie... Durant le festival d’Édimbourg de 1960, il organise dans sa librairie une représentation des Dialogues sur la religion naturelle de Hume. L’événement remporte un franc succès, ce qui lui vaut des critiques positives de la presse écossaise.

 

Bien qu’anticonformiste, Jim a l’esprit d’entreprise et sait mener sa barque en véritable homme d’affaires.

 

En 1961, l’éditeur John Calder propose au directeur du Festival d’Édimbourg d’inclure dans le programme des conférences / débats d’écrivains. Ainsi naît en 1962 le premier symposium littéraire, que Jim co-organise dans le MacEvan Hall de l’université avec John Calder et Sonia Orwell (la seconde épouse de l’écrivain décédé). Une soixantaine d’auteurs, dont Henry Miller, Norman Mailer, Lawrence Durrell, William Burroughs, Hugh MacDiarmid, Alain Robbe-Grillet, Kingsley Amis... prennent part à ces conférences-débats, suivies de soirées organisées à l’université. Jim voulait que les gens se rencontrent.

 

En 1962 il crée avec le musicien folk Roy Guest un lieu culturel musical, The Howff, mais celui-ci ferme ses portes à la fin du Festival.

 

Entre temps un de ses amis achète à Édimbourg une ancienne bâtisse pour la transformer en studios d’artistes. Jim lui propose d’utiliser le rez-de-chaussée pour en faire un théâtre : c’est ainsi qu’ouvre ses portes en 1963 le Traverse Theatre, sous forme d’un club, dont il sera successivement le directeur, puis le directeur artistique. Évidemment, l’idée est d’en faire un théâtre différent, d’avant-garde, avec un répertoire continuellement renouvelé. Le Traverse monte des pièces de Kafka (Lecture to an Academy, la version française, Un grand singe à l’Académie, a été montée au théâtre des Amandiers, Nanterre, 2006, au TNP, 2013) à la Maison des Métallos, 2014). Heathcote Williams (The Local Stigmatic), Brecht et Kurt Weill (Happy End, en français l’Opéra de quat’ sous)..., ce qui lui vaut la reconnaissance de la presse anticonformiste comme plus traditionnelle, non seulement écossaise mais aussi hollandaise et étasunienne. Parfois le théâtre se lance dans le happening.

 

Au Festival de 1963, c’est un symposium consacré au théâtre qu’il coorganise avec John Calder et Kenneth Tynan (le critique de théâtre le plus influent à l'époque en Grande-Bretagne), et qui réunit un parterre de dramaturges, metteurs en scène, acteurs de théâtre, au nombre desquels Edward Albee, Arnold Wesker, Laurence Olivier, Arthur Adamov, René de Obaldia. Lors de la soirée de clôture au MacEvan Hall, un happening est organisé : une jeune fille nue poussée dans une chaise à roulettes traverse à toute vitesse la galerie. La presse crie au scandale, ce qui a pour conséquence, malheureuse, l’annulation du symposium des poètes qu’ils avaient prévu pour le Festival suivant.. Jim et l’équipe du Traverse contribuent alors à revitaliser le Fringe, le festival off (voir, plus bas, l'article de Bernard Cassen dans Le Monde du 15 septembre 1965)

 

En 1965, Jim Haynes quitte la direction du Traverse pour se lancer dans la création d’un nouveau théâtre à Londres. Avec trois associés, Michael Geliot, Ralph Koltai et Charles Marowitz, qui en sera le directeur, il monte le London Traverse Theatre : divers acteurs et artistes connus participent aux productions, dont certaines sont reprises dans les théâtres londoniens du West End. Avec quelques associés, il crée le International Times, IT, premier journal underground en Europe (auquel Paul McCartney apporte son concours financier), lequel survivra, avec des interruptions, jusque dans les années 1990En 1966 Jim reçoit le Whitbread Prize pour sa contribution, jugée remarquable, au théâtre anglais.

 

En 1967, il démissionne du Théâtre pour se consacrer, avec Jack Moore, à la création d’un espace culturel à Dury Lane (Londres). Ce sera l’Arts Lab, avec une galerie d’art au rez-de-chaussée, qui expose les artistes underground et du pop art, un cinéma en sous-sol et, logés dans un entrepôt voisin, un théâtre et un restaurant. Diverses personnalités underground du monde des arts et de la culture exposent ou se produisent à l’Arts Lab (Andy Warhol, David Bowie, John Lennon et Yoko Ono...). En octobre 1969, l’Arts Lab ferme ses portes mais il a fait des émules et il a impulsé la création du BIT (Beatniks International Transfers), qui devint le « centre nerveux » des réseaux alternatifs du Swinging London.

 

Jim est aussi, à sa façon, un militant politique. En 1968, il aide le comédien et auteur afro-américain Dick Gregory (Richard Claxton Gregory), militant pour les droits civiques des noirs, candidat aux élections présidentielles étasuniennes du Freedom and Peace Party, à récolter des fonds à Londres pour sa campagne.

 

Évidemment, Jim Haynes ne peut pas manquer Mai 68 : à peine arrivé à Paris, il participe à l'occupation du théâtre de l’Odéon. Puis il fait un tour d’Europe, en faisant un détour par le festival de Berlin. En 1969, il contribue, avec Bill (William) Levy, à la création de la revue SuckThe First European Sex Paper, à Amsterdam (interdite à Londres), avec la participation, entre autres, de Germaine Greer et Heathcote Williams –, laquelle ne vivra que l’espace de quelques années. À caractère érotico-pornographique, mais aussi esthétique, le but était de subvertir l’ordre social et moral en matière sexuelle. La même équipe organise, à l’automne 70 et 71, le Festival pornographique d’Amsterdam.

 

En 1973, Jim, conquis par Paris, s’installe dans la capitale. D’abord rue Mathurin-Régnier, puis, de manière définitive, rue de la Tombe Issoire (au 83) dans un atelier d’artistes avec une cour attenante, où il demeurera le restant de ses jours. Le « 83 » deviendra le centre d’une vie intense et foisonnante.

 

Des idées, toutes plus originales, plus folles les unes que les autres, Jim en a plein la tête. Il lance the Cassette Gazette, revue audio qui permet la diffusion de textes lus par leurs auteurs, écrivains ou poètes..., au nombre desquels Ferlinghetti, Bukowski... Rêvant d’abolir les frontières, il crée un passeport mondial, que certains parviendront à utiliser l’espace de quelques voyages mais la justice y mettra vite bon ordre. Après une conférence sur l’éducation à l’UNESCO, il propose la création d’un bateau-université. En juillet 1976, il organise une tournée de la fanfare des Beaux-Arts à travers les États-Unis pour la célébration du 200anniversaire de l’Indépendance des États-Unis. Il parcourt la planète, d’événement en événement, de festival en foire, Édimbourg, Francfort, Cannes... toujours en quête de nouvelles rencontres.

 

Jim a aussi fait sienne la devise hippie « faites l’amour par la guerre ». À Paris il lance en 1971 avec Jane Pasle-Green, un recueil d’articles et d’essais consacrés à la révolution sexuelle, Hello, I love you, qui sera ultérieurement publié dans plusieurs langues par divers éditeurs, avec, en première de couverture, une citation, illuminée, de Germaine Greer : « Si nous étions sexuellement libérés, il n’y aurait pas de président, pas de police, pas de répression policière et pas de gouvernement ». Ultérieurement il entreprit d’écrire un livre plaidant pour la libération des femmes qui comporterait une unique phrase, traduite dans toutes les langues, « Women’s Liberation is the recognition by both women and men of the need and the right of each and every woman to assert herself », lequel ne parvint pas à voir le jour.

 

Rien ne freine la fringale de fullering de Jim. En 1980, il fonde les Handshake Editions pour aider à la diffusion d’écrits de poètes, écrivains, artistes, peu médiatisés... y compris ses propres écrits. Au début l’impression et la diffusion, totalement artisanales, sont réalisées dans son propre atelier : en reproduction offset, les amis de passage étant invités à contribuer à l’assemblage des pages. En 1981, il publie Everything is. Soft Manifestos for our Time (Handshake Editions, avec un avertissement au bas de la couverture: « Don’t waste a reader’s time. Present big ideas in small books, not small ideas in big books ») eten 1983, son autobiographie Thanks for coming !, est publiée par l’éditeur londonien Faber and Faber. Il continue, en parallèle à « coacher » des intervenants aux divers festivals — Édimbourg, Berlin, Foire du livre de Francfort, Festival de Cannes, ainsi que sur d’autres continents, sa terre natale bien sûr, mais aussi Amérique du Sud, pays asiatiques (il déjeunera avec Indira Gandhi).

 

Son « dada », c’est de mettre des gens en contact les uns avec les autres. C’est dans ce domaine que Jim va trouver une activité permanente : le 83 rue de la Tombe-Issoire devient un lieu de rencontres, dîners, conception de projets et fait aussi office de galerie d’exposition – l’Atelier A2, qui accueille artistes en résidence, peintres, photographes..., jeunes ou moins jeunes, souvent en marge de l’art médiatisé. Il va y organiser durant près de 40 ans, toutes les fins de semaine jusqu’à son dernier souffle, le « Sunday Salon », une sorte de dîner / causerie où se côtoient, dans l’esprit des salons du passé, des personnes issues des milieux les plus divers – littéraires, artistiques, show business... toutes tendances confondues. Chacun acquitte son écot dans une enveloppe. Les dîners, souvent exotiques, sont cuisinés par les personnes venues des quatre coins de la planète, y compris les invités eux-mêmes, et parfois des professionnels. En 40 ans, ces rencontres-dîners, qui regroupent de 30 à 60 personnes, ont totalisé près de 150 000 participants, du monde entier, écrit Vicky Baker dans le BBC News (du 24 janvier 2020), qui conclut que pour Jim « every connection mattered ». Le lien de ce cercle, c’est la Letter from Jim (il en a écrit plus de 600qu’il adresse périodiquement à celles et ceux qui figurent dans son carnet d’adresses, et dans laquelle il raconte sa vie : voyages, écrits, photos et liste, impressionnante, des personnes qu’il a rencontrées.

 

 

Hommage à Jim Haynes, par Mireille Azzoug

Jim Haynes derrière Nathalie Rossi-Gensane, lors du fameux repas des 40 ans de “ Vincennes ” en 2009 (photo : BG)

De 1991 à 1993, ce sont les pays de l’Est qu’il parcourt, et, pour faire tomber encore plus les frontières, il édite une série de guides touristiques People to People, consacrés à plusieurs de ces pays : Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pays baltes, Russie. Publiés par Zephir Press Books, ces annuaires touristiques recensent des autochtones des pays de l’Est et de l’Ouest qui sont prêts à des rencontres et des échanges bénévoles. Ce qui lui vaut un prix de l’Institute for Social Inventions de Londres.

 

En 1993 il écrit un essai « On being lazy », publié à Bucarest et traduit à Moscou (de même que Workers of the Word Unite, and Stop Working !), où le hasard veut qu’il rencontre Poutine.

 

Jim va continuer à sillonner le monde, apportant partout son aide au montage ou à l’organisation de projets, introduisant de nouvelles personnes dans les divers festivals, notamment celui d’Édinbourg auquel il est resté très attaché toute sa vie.

 

En 2001 une crise cardiaque l’oblige à une vie moins trépidante. L’année suivante, il participe à la Foire du livre de Guadalajara (Mexique), contribue à l’édition d’une version bilingue espagnol / anglais de Parables, recueil de poèmes du poète cubain Pablo Armando Fernandez.

 

En 2002, il fait le récit autobiographique de ses périples, Le tour du monde en 33 jours (publié par Glas, Moscou). Puis son âge augmentant et sa santé déclinant, les voyages en avion lui sont interdits. Il se rend à Édinbourg en train pour célébrer le 50e anniversaire du Traverse, qu’il a lancé, et les étudiants de l’université feront des sculptures pour commémorer la Paperback Bookshop.

 

Malgré son âge et sa santé précaire, il continue ses voyages en train, traversant les frontières, à la rencontre des gens, d’anciennes et de nouvelles connaissances, visitant les festivals, découvrant de nouveaux lieux, de nouveaux évènements. Les dîners / causeries du 83 continuent bon train, avec un pic pour célébrer ses quatre-vingts ans en 2013. En 2016, il assiste avec émotion à l’exposition consacrée aux années 60 organisée à Londres au Victoria & Albert Museum.

 

En 2017, l’Université Napier d’Édimbourg lui décerne un PhD honoris causa. Les archives « Jim Haynes » sont conservées dans cette université. Andrea Nolan, sa vice-chancelière, écrit : « Jim was a man of many facets. He expanded our perspective by opening conversations which collided art, literature, drama and science. »

 

Le « citoyen du monde » (comme il se nomme lui-même, dans son livre World Citizen at Home in Paris, 2016), le « people junkie » (sa drogue, c’était les gens) qu’il a été s’éteint à Paris le 6 mars 2021.

 

Après quoi Jim Haynes a-t-il couru de façon frénétique sa vie durant ? Peut-être, cette quête perpétuelle avait-elle, comme pour Baudelaire, un but ultime : échapper à l’ennui, « plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau ».

 

La dernière fois que nous avons vu Jim Haynes, c’était en 2009, au dîner des collègues du DEPA dans un restaurant chinois du 13à Paris. Un peu vouté, les cheveux blanchis, j’ai retrouvé le Jim qui avait quitté le DEPA vingt ans plus tôt. Il m’a saluée avec une certaine émotion, d’ailleurs partagée : « Hi baby », c’est ainsi qu’il appelait toutes les femmes.

 

Mireille Azzoug
Ancienne directrice du DEPA

 

Le présent hommage a été rédigé à partir de son autobiographie, Thanks for Coming !, et de Jim HaynesLife, document en ligne dans lequel il raconte sa vie année après année, et qui inclut une vidéo sur son 80anniversaire.

 

PS,  (BG) : En 1971, Jim m'avait très gentiment accordé un entretien très intéressant reproduit dans mon livre L'autre Angleterre.

Hommage à Jim Haynes, par Mireille Azzoug
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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 05:33

 

 

Dans Res Publica, Évariste évoque la politique culturelle de la Commune : « Une politique culturelle dynamique est promue. Dans l’esprit des Communards, les théâtres doivent être considérés comme de grands établissements d’instruction. Ils doivent appartenir à des fédérations d’artistes. Le peintre Gustave Courbet est élu président de la Fédération des artistes de Paris. Dès le 25 mars, par une note insérée à l’Officiel, le comité central signalait au public qu’il avait fait occuper tant le Louvre que les Tuileries « dans le but de mettre à l’abri et de faire respecter des chefs-d’œuvre et les objets précieux qui le contiennent ». Le même numéro de l’officiel annonce que les Tuileries, fermées depuis le 4 septembre par le gouvernement, seront ouvertes au public ainsi que les musées. Mais c’est seulement le 15 avril que le Louvre fut effectivement rouvert aux artistes et aux gens du peuple. Deux jours après, tous les jardins, parcs et autres lieux publics de promenade fermés jusque-là pour cause de dureté militaire furent aussi mis à la disposition de tous.

 

L’Académie des sciences continua de se réunir à partir du 17 avril. Des savants comme Chevreuil et Milnes-Edward purent s’y livrer en toute quiétude à des controverses du plus haut intérêt. Stanislas Meunier y donna lecture de son intéressant mémoire sur le métamorphisme des météorites. Molié plaça le Muséum d’histoire naturelle « sous la sauvegarde des citoyens ». Il fit appel au public pour « prêter aide aux gardiens » et au besoin agir afin de « garantir les intérêts généraux » de l’établissement.

 

 

 

Dans le site CADTM, Éric Toussaint évoque le climat financier qui entoura l’insurrection communarde : 

 

« Nous mangeons de l’inconnu », écrivait Victor Hugo des repas parisiens de l’hiver 1870, « peut-être du rat ! » ; et c’est un peu ce qui s’est passé avec les finances de l’Etat à cette époque : car en 1870-1871, les finances françaises sont au plus mal. Après 7 mois de guerre (et de défaites) face à la Prusse et un second Empire au porte-monnaie plutôt léger qui a doublé sa dette, le déficit public atteint 1,5 milliards de francs de l’époque : autant qu’une année de PIB.

 

En outre, après l’avoir battue militairement, Bismarck tente d’acculer la France financièrement avec l’indemnité de guerre de 5 milliards de francs-or.

 

Pour Eric Toussaint comme pour Marx et Engels à l’époque le rôle de la Banque de France a été décisif : alors que son gouverneur est réfugié à Versailles avec son premier actionnaire Alphonse de Rotschild, elle a continué de largement financer le gouvernement tout en donnant « au compte-goutte » ce que les Communards réclamaient pour leurs 300 000 gardes nationaux : un peu plus de 7 millions de francs contre 315 millions pour les « Versaillais ».

 

 

 

Dans son blog, Michael Roberts va plus loin dans cette analyse : « Mais l’échec de la prise de contrôle de la Banque est le talon d’Achille des progrès de la Commune. Et le conseil de la Banque le savait. Ils étaient terrifiés à l’idée qu’il y aurait une «occupation de la Banque par le Comité central, qui peut y installer un gouvernement de son choix, faire produire des billets sans mesure ni limite et entraîner ainsi la ruine de l’établissement et du pays. »

 

Si la Banque avait été prise en charge, Versailles aurait été privé de fonds pour vaincre la Commune car elle détenait un portefeuille de montants étendus à 899 millions de francs, de 120 millions de francs en titres. déposés en garantie des avances et 900 millions de francs de titres en dépôt. 

 

Quelque 45 ans plus tard, après une autre révolution déclenchée par la guerre et la défaite de la classe dirigeante, Lénine a rappelé cette leçon de la défaite de la Commune de Paris: «Les banques, on le sait, sont les centres de la vie économique moderne, les principaux centres névralgiques de tout le système économique capitaliste. Parler de «régulation de la vie économique» et pourtant éluder la question de la nationalisation des banques, c’est soit trahir l’ignorance la plus profonde, soit tromper les «gens du commun» par des paroles fleuries et des promesses grandiloquentes avec l’intention délibérée de ne pas tenir ces promesses. »

 

Revue de Presse (647)
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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 06:04

Raphaëlle qui étudie de près, en fac, les institutions françaises, m’a ramené vers une lointaine époque, la classe de Seconde, où j’étudiais la Révolution française. Il faut bien dire qu’on a raté quelques chose – c’est-à-dire la révolution en matière d’institution – Napoléon ayant assassiné les faibles espoirs qui restaient aux Français en matière de progrès démocratique.

 

Le 3 septembre 1791 est promulgué une constitution libérale pour l’époque. Deux ans après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle institue une monarchie constitutionnelle. Les pouvoirs du roi étaient transférés à la Nation. Les pouvoirs étaient séparés mais, gros bémol, le suffrage était censitaire et non universel.

 

La Constitution entra en vigueur en septembre 1791 avec la prestation de serment de LouisXVI. Certains historiens ont qualifié le nouveau régime de « monarchie constitutionnelle » d’autre de « monarchie républicaine » ou encore de « monarchie constitutionnalisée ».

 

Le roi était le chef de l’exécutif mais sa souveraineté relevait de la Nation et non d’un ordre divin. La Constitution abolissait les institutions de l’ancien régime : la noblesse, la pairie, la vénalité et l’hérédité des offices, les corporations de profession. Le roi n’avait d’autorité qu’à travers ses ministres, responsables devant lui, qui contre-signaient ses décisions. La Constitution reconnaissait au roi deux prérogatives : la direction de la politique étrangère et un droit de veto dont il usera à plusieurs reprises. D’où la célèbre chanson : « Madam’Veto avait promis De faire égorger tout Paris. »

 

Cette constitution n’était pas applicable dans les colonies. Elle fut suspendue le 10 août 1792, le roi étant remplacé par un Conseil exécutif provisoire. Le 13 août, le roi et sa famille sont conduits à la prison du Temple. Le 15 août,  l’Assemblée charge le Conseil exécutif provisoire des « toutes les fonctions de la puissance exécutive ».

 

Ma Constitution du 24 juin 1793 (Constitution de l’an I) fut réellement progressiste et jamais appliquée. Elle fut élaborée par la Convention montagnarde, les Montagnards repoussant son application tans que le République n’était pas consolidée.

 

Le texte comprenait une déclaration des droits de l’homme et du citoyen se substituant à celle de 1789. Cette déclaration instituait des droits économiques et sociaux, la notion de souveraineté populaire  et non plus de souveraineté nationale. L’insurrection devenait un droit et un devoir en cas de viol des droits du peuple par le gouvernement. Le texte abolissait l’esclavage.

 

Cette constitution instaurait un régime d’assemblée en concentrant le pouvoir entre les mains d’une seule assemblée renouvelable tous les ans au suffrage universel direct (les femmes en étant exclues). Le referendum était également possible à tout moment.

 

Après la mort de Robespierre, les Thermidoriens refusèrent d’appliquer la Constitution de l’an I et rédigèrent celle de 1795, favorable à la bourgeoisie modérée. Le pouvoir législatif était partagé entre deux assemblées, le Conseil des Cinq-cents qui proposaient les lois et le Conseil des Anciens qui les adoptaient ou les rejetaient. Le pouvoir exécutif reposait entre les mains de cinq directeurs (le Directoire). Le Directoire et le pouvoir législatif partageaient de nombreuses compétences.

 

Le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) Napoléon Bonaparte organisa un coup d’État et instaura le Consulat. La République n’allait renaître qu’en 1870, vivre 70 ans avant d’être abolie par le Maréchal Pétain qui institua l’État français.

 

 

 

Ci-dessous la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, pilonnée en 1793. Ce texte gravé sur une plaque d'airain, fut rangé dans un coffre de bois de cèdre encastré en juillet 1792 dans une des pierres de la colonne de la Liberté, qui devait être élevée sur les ruines de la Bastille ; il fut pilonné par le mouton national le 5 mai 1793, le texte étant rendu obsolète par le changement de régime survenu en septembre 1792 et l'élaboration concomitante d'une Nouvelle constitution et d'une déclaration révisée.

 

 

D’une constitution … l’autre
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