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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 06:30

http://obambengakosso.unblog.fr/files/2012/08/J-Jesse-Owens1.jpgJean-Philippe Leclaire. Pourquoi les Blancs courent moins vite. Paris : Grasset, 2012.

 

Deux rappels historiques pour brouiller les pistes (sic). En 1960, les meilleurs sprinters noirs étatsuniens trépignent. Chacun veut être le premier à courir le 100 mètres en 10 secondes. Pas de chance : Armin Harry (que l’auteur de ce livre, bizarrement, n’évoque pas) leur coupe l’herbe sous le pied. Harry est blanc, blond et a passé son enfance dans l’Allemagne hitlérienne. Deux ans auparavant, il a déjà réalisé cette performance, mais les chronométreurs ont refusé de l’homologuer. Cette fois-ci, les chronométreurs sont toujours aussi sceptiques. Ils demandent à Harry de recourir. Mois d’une heure plus tard, il réitère son exploit. Le record sera égalé trois semaines plus tard par un Canadien. Noir. Le 1er novembre 1946, à Toronto, le premier panier de l’histoire du basket professionnel est marqué par un dénommé Ossie Schectman. Il est blanc, et il est juif. La BAA (l’ancêtre de la NBA) est alors dominée par les juifs. Certains journalistes parlent de prédisposition génétique. Un crétin des Alpes étasunien écrit : « Le basket convient aux juifs et à leurs origines orientales. C’est en effet un sport qui privilégie les individus à l’esprit vif et retors, habiles dans l’art de l’esquive. »

 

Quelques données historiques incontournables : sur les 80 sprinters qui sont parvenus à courir le 100 mètres en moins de 10 secondes depuis 1968, 78 sont noirs, nés en Afrique de l’Ouest ou originaires de cette partie du continent. 1 est métis. 1 est totalement blanc (Christophe Lemaitre, que ses petits camarades surnommaient “ Coton-tige ” quand il était jeunot). Ou encore : des Jeux de 1984 à ceux de 2008, tous les coureurs qui se sont qualifiés pour la finale du 100 mètres étaient noirs. Ou encore : les athlètes aux origines ouest-africaines détiennent 494 des 500 meilleurs temps sur 100 mètres. Pourquoi ? Dans cet ouvrage rigoureux, très documenté, Jean-Philippe Leclaire n’apporte pas LA réponse, mais de multiples éléments de réflexion après une remarquable mise en perspective historique. Et puis, il a le courage d’avoir écrit ce livre, dans une France, infestée par le politiquement correct, où l’on craint d’appeler un chat un chat, ou l’on recourt à l’anglicisme “ Black ” pour “ Noir ”, ce qui a pour conséquence de stigmatiser plus encore les hommes et femmes de couleurs, non “ caucasiens”, comme on dit aux États-Unis, un pays où les individus doivent se déterminer en fonction de 14 (!) possibilités raciales.

 

 

Si, statistiquement, les Blancs courent moins vite que les Noirs, c’est que les Noirs les ont dépassés. Le film Les Chariots de feu raconte l’histoire authentique de la rivalité qui opposa les deux meilleurs sprinters du milieu des années vingt. Deux Britanniques Blancs, intégristes religieux (un presbytérien et un juif), appartenant aux classes aisées. Pas de Noir, donc. Quelques années plus tard, Jesse Owens, et son compatriote Metcalfe (noir, lui aussi) surclassera les Allemands à Berlin. Petite question incidente à laquelle il n’est pas possible de répondre : que ferait Owens sur 100 mètres aujourd’hui avec des blocs de départ (starting blocks), une piste synthétique, un statut de professionnel, des conseils de diététique, un chronométrage au millième de seconde ? On peut penser qu’il réaliserait de toute façon bien moins de 10 seconde 2.

 

Les athlètes noirs ont connu, en gros, trois périodes. Au début du siècle, ils sont recrutés dans les milieux noirs les plus favorisés. Comme les sportifs blancs, ils intègrent des universités où ils sont chouchoutés. Mais, hors des arènes sportives, ils subissent le racisme de l’époque (tout comme les Noirs français : voir le grand-père de Christine Arron). Ils sont dépeints comme des primitifs. Dans l’entre-deux-guerres, les athlètes noirs proviennent surtout des milieux les plus pauvres (Jesse Owens), et font l’objet de mesures vexatoires racistes hors de stades. Après la Seconde Guerre mondiale, l’idéologie dominante en fait de grands enfants, des imbéciles heureux et utiles. Jusqu’à l’extraordinaire rébellion de Smith et Carlos sur le podium du 200 mètres de Mexico (et d’autres encore dont on a moins parlé) Les années 80, avec Carl Lewis seront une période de reconnaissance et de normalisation progressive. Depuis les années 90, ils sont admis pour ce qu'ils sont, et riches. Leurs exploits ont effacé leur couleur. Dans Do the Right Thing de Spike Lee, un pizzaiolo raciste dit des basketteurs Michael Jordan (qui a accumulé 800 millions de dollars durant sa carrière !) et “ Magic ” Johnson : « OK, ils sont noirs, mais ils sont plus que noirs. C’est différent. »

 

Et puis, il y a l’est de l’Afrique, pépinière de coureurs de fond et de marathoniens (les 33 meilleurs chronos du marathon sont détenus par des Kenyans et des Éthiopiens. Y aurait-il un gène pour fondeurs à l’est de l’Afrique et un gène de sprinter à l’ouest ? Sûrement pas. Pourquoi la sélection dite « naturelle » se serait-elle faite dans ce sens ? Pourquoi la dureté des conditions de vie, la résistance des peuples de l’Est-Africain n’a-t-elle pas débouché sur des sprinters, voire des lanceurs de poids ? Leclaire paraphrase Yves Saint Laurent : « Il n’y a pas un Noir, mais des Noirs ». Il n’existe pas de race noir, mais il y a des Noirs. La race est un concept social, et non scientifique. Comme le dit prosaïquement Marie-Jo Pérec, « Plus tu es noir, plus tu es esclave, plus tu es blanc, plus tu es libre. Des plus clairs, on dit qu’ils ont la peau “ chappée ”. C’est-à-dire qu’ils ont échappé à la malédiction du très sombre. » Et puis, que faire, dans une optique à la Le Pen (qui constatait ingénument que les Noirs couraient plus vite pour mieux les confiner dans ce rôle d’antilope), des mélanges ? Aux Etats-Unis, 90% des Noirs comptent au moins un ancêtre blanc tandis que 50 millions de Blancs comptent très certainement au moins un ancêtre noir. Nous venons tous de l’Afrique. L’auteur cite le biologiste Frédéric Dardel, actuel président de l’université Paris V : « Nous descendons tous de moins de 10 000 individus qui ont quitté l’Afrique, il y a cinquante à cent mille ans. […] Il y a de fortes chances pour qu’un Japonais soit plus proche génétiquement d’un Français qu’un Kenyan d’un Nigérian. »

 

Il n’en reste pas moins que les sprinters jamaïcains et afro-américains possèdent en commun de nombreux marqueurs génétiques typiques des régions de l’Afrique de l’Ouest et du Centre-Ouest. Fort bien, mais les esclaves et descendants d’esclaves ne constituaient pas – comme on l’a souvent affirmé – des groupes humains durcis par une sélection naturelle implacable. Ils souffraient en masse, encore jeunes, d’arthrose, d’édentation et de tuberculose. Et puis, il y eut la théorie de l’os du talon. Jesse Owens et d’autres auraient eu un os plus long que celui des Blancs. Faribole. Il s’averra par ailleurs qu’Owens possédait un mollet (fibres musculaires, os) typiquement « blanc ». On évoque par la suite le gène du sprint, l’ACTN 3 qui favoriserait l’explosion des fibres musculaires. Avec son nom, le champion olympique jamaïcain doit en être pourvu (bolt = départ brusque). Billevesée : ce sont les Australiens qui le possèdent en plus grand nombre. Ce gène, que possède Usain Bolt, on le retrouve – de manière plus ou moins prononcée – chez 5 milliards d’humains ! Yohan Blake, le second de Bolt décrit ainsi son enfance : « On n’avait même pas assez d’argent pour aller à l’école. Il fallait que je trouve des bouteilles de bière vide et que je passe des heures à porter de l’eau sur ma tête parce que nous n’avions pas l’eau courante à la maison. Ça m’a donné une force qui m’aide beaucoup aujourd’hui. »

 

Si l’hypothèse génétique était la solution miracle, les enfants des grands champions seraient eux-mêmes des grands champions. Ce n’est quasiment jamais le cas. La sagesse est dans les propos du généticien français Daniel Cohen : « Le devenir d’un être ne dépend pas de son génome ou de son environnement ou du hasard, mais des trois à la fois. » Le 10 septembre 2005, Christophe Lemaitre, alors âgé de 15 ans, se rend sur le parking de L’Intégral, la salle de spectacle de sa ville et, à l’invitation de l’entraîneur Jean-Pierre Nehr, il court une cinquantaine de mètres sur un sentier en gravillons, ombragé de platanes. En 6’’75, il bat le record d’un autre gosse de la petite ville de Belley, Pierre-Alexis Pessonneaux. Six ans plus tard, ces deux gamins constituent la moitié du relai national du 4X100. « Ça fait 25 ans que j’entraîne à Bellay », dit Jean-Pierre Nehr. « Jamais un cadre de la Fédération d’athlétisme n’est venu voir ce que je faisais ! » En Jamaïque, des dépisteurs de talents, il y en a à tous les coins de rue.

 

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 08:53

Article de François Ruffin pour Fakir. Source : Le Grand Soir.

 

François RUFFIN

Il a fallu attendre plus de soixante ans, et Fakir, pour que le fondateur de la Sécurité sociale entre dans le dico…



C’était il y a un an :

« … et son nom ne figure même pas dans le dictionnaire ! Johnny Hallyday, oui, Rika Zaraï, oui, mais Ambroise Croizat, non ! »

C’est son biographe, Michel Etiévent, qui me racontait ça, plein d’indignation, lors d’un reportage à Notre-Dame de Briançon, la ville de naissance du « ministre des travailleurs ». Qu’Ambroise Croizat, fondateur de la Sécurité sociale en 1945, ne figure pas dans le dico ? J’avais du mal à le croire.

 

De retour à Amiens, j’ai ouvert le Petit Robert des noms propres. Et en effet : on trouvait bien « Croiza, Claire, cantatrice française (1882-1946) », puis « Crolles (38190). Commune de l’Isère », mais entre les deux, nul « Croizat, Ambroise ». Etonné par cette hiérarchie, j’ai appelé la rédaction du Petit Robert :

 

« Un dictionnaire ne peut pas être exhaustif, m’a averti une collaboratrice.

– Je suis bien d’accord. Mais là, c’est l’initiateur de la Sécu…

– Oui, et alors ?

– Et vous avez la place pour une cantatrice et pas pour lui…

– Vous voulez en venir où ?

– Eh bien, on se dit que c’est quand même orienté parce que…

– Il ne peut pas y avoir tous les grands hommes. »

 

 

Sans doute, mais « 40 000 » notices, ça laisse quand même de la place.

J’ai poursuivi ma mini-enquête dans le Robert. Ni Marcel Paul (créateur d’EDF-GDF), ni Maurice Kriegel-Valrimont (mon héros perso), Pierre Villon, Jean de Voguë – qui dirigèrent le Comac, le Comité d’action militaire de la Résistance, l’état-major de l’insurrection, ni dans un autre registre Joe Hill. Aucun de ces noms, et plein d’autres, ne trouvait grâce aux yeux des encyclopédistes. Sur eux, pas une ligne. À la place d’un coup de fil, cette fois, on s’est fendus d’une lettre à Alain Rey, l’ancien chroniqueur de France Inter, rédacteur en chef des éditions Le Robert. En lui demandant que ces « trous dans votre dictionnaire soient comblés ».

 

Et il nous a répondu :

 

« [...] les lacunes que vous signalez correspondent justement à des domaines qui me touchent personnellement. Je signale donc aux responsables actuels de l’ouvrage l’absence regrettable de Croizat, Rol-Tanguy, Marcel Paul (au moins), sans prétendre couvrir l’ensemble de cette période. Mais comprenez que les problèmes de place, la pression de la mode, les contraintes financières sont une difficulté permanente pour ce genre d’ouvrages. En outre, la sociologie rend compte, en effet, de la prépondérance des valeurs bourgeoises dans la construction des mémoires culturelles collectives. Encore une révolution à faire ! »

 

On a donc vérifié dans la nouvelle édition, sortie en juin.
 

La promesse est tenue :

 

En voilà un qui a remporté des victoires. Pas sur toute la ligne, évidemment, jamais sur toute la ligne. Pas tout seul, on s’en doute, jamais tout seul : ils étaient des millions à pousser derrière lui.

 

Mais enfin, il a avancé de quelques pas.

 

Et voilà pourquoi il faut s’en souvenir.

 

Voilà pourquoi ils – les financiers, et leurs perroquets médiatiques, et leurs ventriloques politiques – voilà pourquoi ils veulent qu’on l’oublie, lui et tant d’autres : parce que eux ont gagné, un moment. Qu’on garde en mémoire nos défaites, à la rigueur, de Fourmies à Charonne, mais pas nos conquêtes. Pour qu’à se lamenter sur nos martyrs, on termine convaincus qu’ « à la fin on perd tout le temps », et qu’on se vautre dans un « à quoi bon ? » géant.

C’est raté.

Parce qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

On continue !

 

« Il est où, Marcel Paul ? »

 

On a contacté, à nouveau, le Petit Robert. Parce que le nationalisateur du gaz et de l’électricité en France ne figurait pas dans le dico.

 

« D’accord, a réagi Laurence Laporte, la directrice. Eh bien on va le rajouter pour l’année prochaine… »

 

A suivre…

 

François Ruffin

 

In Fakir n°56.

 

www.fakirpresse.info/Journal d’enquête sociale -

Fakir n’est lié à aucun parti, aucun syndicat, aucune institution. Il est faché avec tout le monde. Ou presque.

Pour 3€, lisez, découvrez, retrouvez le journal Fakir en kiosques ou alors abonnez-vous ! Et faites entrer Marcel Paul et d’autres dans le dictionnaire !

 

URL de cet article 17403
PS : À propos d'Ambroise Croizat, je me permets de rappeler une rencontre avec sa fille : ( link)
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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 05:54

http://1.bp.blogspot.com/-M84OM5EWvZs/TZy_rc0tM-I/AAAAAAAAANU/fCgQN1TfwqU/s1600/Olympia-Leni-Riefenstahl.jpg
À de nombreuses reprises, les commentateurs de radio et de télévision ont utilisé, pour parler des plus grands champions olympiques tel Usain Bolt, l’expression « les dieux du stade ». Or cette expression, dans son acception moderne, date de 1938. Il s’agissait du titre français du long documentaire de Leni Riefenstahl sur les Jeux Olympiques de Berlin, Olympia, sorti en 1938. L’égérie d’Hitler et de Goebbels elle-même n’avait pas osé, ou simplement pensé à utiliser cette expression.

 

Je profite de ces dérapages de nos commentateurs pour revenir sur une thématique à mes yeux incontournable : même s’il ne relève pas que de cela, le sport – en particulier le sport de compétition – a quelque chose à voir avec le totalitarisme.

 

Avant de tourner Olympia à la demande des plus hautes autorités nazies, Riefenstahl avait réalisé, en 1934, Triumph des Willens, repris littéralement en français par Le Triomphe de la volonté.

 

Ce film, qui décrit notamment le congrès de Nuremberg du parti nazi de 1934, fut tout de suite qualifié de « chef d’œuvre de haine et d’orgueil démoniaque ». Par le langage cinématographique, il s’agissait de glorifier et de mythifier Hitler, le nazisme et l’adhésion des masses à cette idéologie. La séance d’ouverture, entre autres, faisait d’Hitler un dieu descendu du Walhalla.

 

Dans Olympia, Riefenstahl s’attacha à valoriser les corps de ces nouveaux « dieux », ce qui, naturellement, contribua à cacher la vraie nature du régime. Par un tour de passe-passe esthétique, le nazisme devenait le symbole du beau et du bien.

 

Je voudrais reprendre ici quelques réflexions tirées du livre de Frédéric Baillette, professeur d’EPS, Sport et virilisme (1994), ainsi que des nombreux ouvrages de Jean-Marie Brohm, par exemple Sociologie politique du sport, La tyrannie sportive. Théorie critique d’un opium du peuple, Les meutes sportives : critique de la domination, Pierre de Coubertin, le seigneur des anneaux : aux fondements de l'olympisme.

 

Tel que nous le vivons aujourd’hui, le sport nous vient de la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle, puis de l’Europe du XIXe siècle. Le sport « moderne » est un surgeon du capitalisme en ce qu’il dépend de son mode de production et parce qu’il est intégré à l’appareil d’État bourgeois. Aujourd’hui, les mots « compétition », « performance », « record » appartiennent autant à la sphère sportive qu’au discours de l’économie capitaliste. La logique de la compétition sportive est la même sous tous les cieux, à toutes les époques. D’où l’apparition d’armoires normandes moustachues dans les piscines de l’ex- Allemagne de l’Est. D’où, également, le dépistage, en France comme ailleurs, de champions en herbe, leur "débourrage" précoce (débourrer un cheval se dit en anglais to break in a horse, c’est-à-dire le briser).

 

Les valeurs du sport sont souvent les mêmes que celles que l’idéologie capitaliste nous présente comme allant de soi : le fighting spirit, la lutte pour la vie, la "sélection naturelle", l’élimination des maillons faibles, le rendement.

 

On a pu s’étonner que l’entreprise Dow Chemicals, qui joua au Vietnam un rôle de mort identique à celui d’IG Farben sous le nazisme, ait pu être un commanditaire officiel des jeux de Londres. Une des fonctions du sport de compétition est de servir de paravent aux régimes politiques qui bafouent les droits de l’homme. Je n’insisterai pas sur les JO nazis de Berlin en 1936 et je mentionnerai deux exemples plus récents : celui des Jeux Olympiques de Mexico (les premiers organisés dans un pays en voie de développement) et celui de la coupe du monde de football de 1978. Avant le geste magnifique (link) des deux athlètes noirs étatsuniens sur le podium du 200 mètres, cette fulgurance tellement bien narrée par Pierre-Louis Basse dans son 19 secondes et 83 centièmes, geste qui leur coûta la radiation à vie des JO, la police et l’armée mexicaine avaient tué plusieurs centaines de manifestants sur la place des Trois Cultures dix jours avant la cérémonie d’ouverture. Un ancien agent secret de la CIA, Philippe Agee, accusa a posteriori l’Agence d'être impliquée dans ce massacre, ce qui l'aurait poussé à démissionner. On affirma également que la CIA avait voulu créer des problèmes au gouvernement mexicain à cause de sa politique extérieure favorable à Cuba. L’étatsunien Avery Brundage, président du CIO, alors âgé de 81 ans, ne remit pas en cause le déroulement des jeux : « Les jeux de la XIXe Olympiade, cet amical rassemblement de la jeunesse du monde, dans une compétition fraternelle, se poursuivront comme prévu… s'il y a des manifestations sur les sites olympiques, les compétitions seront annulées ». En 1978, l’Argentine est sous le joug de la dictature fasciste du général Videla. La victoire dans la Coupe du monde permettra à Videla de se vanter d’avoir « vaincu l’ennemi intérieur ». La victoire ne sera pas obtenue sans mal. Pour accéder à la finale, les Argentins devaient avoir une meilleure moyenne de buts que les Brésiliens. Il leur fallait vaincre l'équipe du Pérou (autre dictature militaire à l’époque) par 4 buts à 0. Les Argentins payèrent : ils fournirent au pays 14000 tonnes de blé, un prêt financier et libérèrent quelques prisonniers politiques. Le Pérou fut écrasé 6-0 et l’Argentine vainquit les Pays-Bas en finale.

 

Le sport de haut niveau est très souvent contradictoire avec la notion même de droits de l’homme. Le corps des sportifs est de la chair à sport (link). Quand on regarde un match de basket-ball de NBA, il faut savoir qu’en amont des deux équipes visibles sur le terrain, des centaines de gosses (noirs pour la plupart) ont été exploités avant de voir leur vie brisée. Le basket outre-Atlantique est l’une des meilleures sources de consommation de crack. Les pays africains sont, quant à eux, des fournisseurs de main d’œuvre bon marché dans le football et l’athlétisme.

 

L’espace sportif est de plus en plus fasciste : caméras de surveillance, milices privées, grillages infranchissables, à mesure que nos sociétés sont de plus en plus fliquées. Le sport est présenté comme agrégeant les masses (voir la formule black-blanc-beur qui fit long feu car elle ne renvoyait à aucune réalité sociale authentique), comme une antidote miracle aux malaises des banlieues, aux pulsions négatives. Pendant que les Jamaïcains de Londres et d’ailleurs fêtent leur "dieu" Bolt, ils ne se politisent pas mais sont fiers de leur communauté. Le sport empêche les gens de vivre leur vie. Lors de la Coupe du monde de football de 1994, les députés thaïlandais décidèrent de reporter d’un mois le vote d’une motion de censure contre le gouvernement. En 1985, alors que la Côte d’Ivoire vivait sans électricité depuis trois mois, le stade d’Abidjan s’éclaira miraculeusement pour un match de football contre le Ghana. En 1994, Berlusconi appela sa coalition de droite et d’extrême droite “ Forza Italia ” d’après le cri repris par les tifosi soutenant la Squaddra Azzurra. Ce parti fut créé en trois mois, à la vitesse du lancement d’une nouvelle savonnette.

Dans le stade du Lazio de Rome, les spectateurs traitent les joueurs africains de singes. Des groupes de supporters se baptisent les Ultras. À Turin, on trouve les Granata Korps (sur le modèle d’Afrika Korps) écrits en gothique. Au Milan AC, il y eut le Commando Tigre, puis les Brigate Rossonere(brigades rouges et noires). Dans les années 80, à Barcelone, le club de supporters Les Boixos Nois passèrent du séparatisme de gauche au fascisme hooliganien. Bref, le sport c'est la guerre : "Renaud Lavellinie est un guerrier qui a assommé le concours", même si tous les sports ne sont pas aussi militaires que le pentathlon, inventé par Coubertin selon les critères de qualité exigés du soldat idéal de l'époque (un cavalier tombé derrière deslignes ennemies devant savoir monter un cheval inconnu, courir, tirer, nager et manier l'épée).

Pierre de Coubertin était un homme d’extrême droite. Accessoirement un tricheur : lors des premiers Jeux modernes ("ses" Jeux), il s’attribua la palme lors de l’épreuve de poésie dans laquelle il avait concouru sous un nom d’emprunt. Sa philosophie fut celle du dépassement : «  Voir loin, parler franc, agir ferme. », « Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre ». Sans oublier cette petite horreur : « Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent a la guerre : insouciance, belle humeur, accoutumance à l'imprévu, notion exacte de l'effort à faire sans dépenser des forces inutiles ». Coubertin mourut à Genève, après avoir longtemps vécu en Suisse, comme les champions de tennis français. Le marquis Juan Antonio Samaranch présida le CIO pendant 21 ans (l’alternance est lente chez ces grands sportifs) après avoir été banquier, puis ministre des sports de Franco. Son fils est membre de la commission exécutive du CIO depuis cette année.

 

http://www.peplums.info/images/00cour/cour40j.jpg

PS : on remarque à quel point l'affiche de la version française du film de Riefenstahl est débile. Un athlète rigolard, qui ne figure évidemment pas dans le film, s'apprête à prendre une dérouillée dans la "drôle de guerre".

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 06:42

Par David Macaray (traduction : Le Grand Soir).

 





Quand Joe Torre quitta son poste de gérant des Yankees de New York à la fin de la saison 2007, ce ne fut pas sans amertume. Torre trouvait que, après des années de service dévoué et fructueux, les dirigeants des Yankees lui avaient grandement manqué de respect. Torre a refusé leur offre de 5 millions de dollars de salaire annuel qui, tout en représentant une sacré somme d’argent dans le vrai monde, n’était que la moitié de ce qu’il avait gagné la saison précédente.


Mais ce n’est pas seulement la baisse de salaire qui a contrarié Torre. Ce fut plutôt l’insinuation sous-jacente que Torre ne s’était pas entièrement donné à sa tâche -n’avait pas fait le maximum pour gagner- pendant les trois décevantes saisons précédentes. C’est ce que Torre a déduit du fait que les Yankees lui offraient des bonus pour augmenter sa motivation.


Aux termes du nouveau contrat qu’on lui proposait, Torre aurait un bonus si l’équipe gagnait la Série des divisions et un autre si elle gagnait la course aux fanions (pour le titre de champion de ligue ndt) et un bonus beaucoup plus gros si elle gagnait les Séries Mondiales. Mais au lieu de se sentir motivé ou dynamisé par les bonus, Torre s’est senti insulté. A ses yeux, ce système de bonus signifiait que les Yankees pensaient qu’il ne s’était pas assez "défoncé" pour ses 7,5 millions de dollars et pour un homme aussi fier que Torre, c’était intolérable.


Il se passe quelque chose de comparable avec les enseignants des écoles publiques étasuniennes. Des réformateurs éducatifs bien intentionnés ont suggéré de rémunérer les enseignants au mérite par le biais de "bonus de performance" pour améliorer les résultats aux tests. Les enseignants recevraient un paquet d’argent chaque fois que les taux de réussite des étudiants aux tests grimperaient. Comme pour Torre, on partait du principe (1) que plus les bonus étaient élevés plus les enseignants se donneraient du mal et (2) que plus les enseignants se donneraient du mal, plus les résultats seraient bons.


N’importe quel enseignant peut vous dire tout de suite que le dévouement d’un professeur et les résultats des élèves aux tests n’ont pas toujours de rapport direct, mais il a fallu une respectable étude sur "la rémunération au mérite" de l’Université de Vanderbilt pour le confirmer. L’étude Vanderbilt a démontré que lorsqu’on offrait des bonus aux enseignants (certains allant jusqu’à 15 000 dollars) il n’y avait pas d’amélioration significative des résultats.


Je le répète, n’importe quel enseignant aurait pu prédire la conclusion de l’étude. L’argent n’a rien à voir avec tout ça. La plupart des enseignants connaissent les problèmes par coeur : la discipline n’est pas respectée, les élèves sont peu motivés, peu assidus et refusent de faire leurs devoirs, les parents n’attachent pas assez d’importance à leur progrès scolaires, les administrateurs ne sont que des relais budgétaires surpayés et les tests d’état standards (qui n’ont aucun rapport avec les bulletins scolaires des enfants ou leur passage dans la classe au dessus) sont arbitraires et mal faits.


Ce n’est pas que les enseignants ne cherchent pas des solutions. En réalité ils se donnent un mal de chien pour essayer de trouver de nouvelles méthodes, des méthodes innovatrices, pour améliorer les résultats de leurs élèves, pas seulement aux tests d’état standards mais aussi au jour le jour.


Mais toutes ces critiques hystériques rendent fous les enseignants, ils font des dépressions nerveuses, ils quittent la profession en masse pour y échapper. Ce travail n’a jamais été très bien payé mais au moins il était gratifiant car enseigner était une profession noble dans la mesure où les professeurs étaient considérés comme les "gardiens" de la nouvelle génération de leaders américains. C’était un emploi respectable.


Mais tout cela a été gâché par les professionnels républicains de la diffamation qui, pour détruire les syndicats enseignants (qui soutiennent généreusement les candidats démocrates), sont prêts à détruire la réputation des enseignants eux-mêmes. La seule idée qu’offrir de l’argent à un professeur pourrait faire la moindre différence dans les résultats aux tests témoigne de la naïveté et de la sottise de ces réformateurs. C’est tout simplement ridicule.


Voyez vous-mêmes : Qu’est-ce qu’une enseignante va faire pour un bonus de 5 000 dollars ? Est-ce qu’elle va dire à son patron : "Comment ? J’ai bien entendu ? 5000 dollars ?! Whoa !" Et puis ensuite va-t-elle aller dire à ses élèves : "Ecoutez les enfants ! A partir d’aujourd’hui je vais vous enseigner ce qu’il faut comme il faut. A partir d’aujourd’hui vous allez voir ce que vous allez voir !! Pourquoi ? Parce que ça va me rapporter 5 000 dollars !"


Réduire toute cette affaire à des bonus c’est non seulement passer à côté des véritables problèmes de l’école publique étasunienne, mais c’est vilipender et discréditer une noble profession. N’y aura-t-il pas de fin aux humiliations infligées aux enseignants américains ?


David Macaray


DAVID MACARAY, un auteur dramatique et écrivain de Los Angeles, (“It’s Never Been Easy : Essays on Modern Labor”), est un ancien délégué syndical. Il a contribué à Hopeless : Barack Obama and the Politics of Illusion, publié par AK Press.


Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/08/03/is-there-no-limit-to-...


Traduction : Dominique Muselet


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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 06:07

http://www.oxford-royale.co.uk/images/oxunivpress.jpgUn de mes proches participe actuellement à la rédaction collective d’un ouvrage scientifique de très haut niveau en sciences humaines pour le compte des Presses universitaires d’Oxford (Oxford University Press, OUP pour les intimes).

 

Tout universitaire rêve d’accéder un jour à ce graal : travailler quelques centaines d’heures comme un malade, et surtout gratuitement, pour figurer au catalogue de cette vieille maison (400 ans), la plus importante société d’édition universitaire au monde.

 

OUP, ce n’est pas de la gnognotte : En 1865, un mathématicien dont le nom de plume était Lewis Carroll dut payer de sa poche l’impression de son Alice au pays des merveilles.

 

Mon ami est un petit peu dépité : il a appris que le livre auquel il contribue ne serait pas publié avant deux ans. La raison en est la LRU à l’anglaise. Je l’ai mentionné à plusieurs reprises dans ce blog, les Britanniques ont pris 30 ans d’avance sur les Français pour ce qui est de la privatisation de l’université et de la mise en concurrence acharnée des établissements et des universitaires entre eux. Actuellement, de nombreuses universités sont soumises à l’évaluation. Donc les chercheurs publient comme des fous et OUP (comme les autres maisons d’édition universitaires) font passer les travaux des nationaux avant ceux des étrangers.

 

Qu’à cela ne tienne : mon ami s’est donc armé de patience et en a profité pour peaufiner son article, rédigé en anglais, une langue qui n’est pas la sienne mais qu’il manie fort bien. Et c’est alors qu’il connut la surprise de sa vie (j’exagère). Son editor lui a prescrit de rédiger selon l’orthographe étasunienne et non anglaise (American spelling). Churchill le disait il y a bien longtemps : l’Angleterre et les Etats-Unis sont deux pays séparés par la même langue. Il est vrai qu’il existe une foultitude de différence mineures entre les deux versions de cet idiome. Par exemple organize/organise. Ces écarts n’empêchent tout de même pas une compréhension aisée de part et d’autre de l’Atlantique.

 

Il n’y a pas plus anglais qu'OUP, cette vénérable institution qui fut un temps placée sous l’autorité de l’archevêque de Cantorbéry. Que William Laud tourne et retourne mille fois ses pauvres os dans sa tombe : ses successeurs lointains ont décidé que les chercheurs anglais (et tous les autres) s’exprimeraient dans la langue de Wall Street et de George Bush.

 

Pour OUP, 1 dollar vaut tous les reniements.

 

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 06:21

http://france-illustrations.typepad.com/photos/ballouhey_presse_2009/09-2009-productivisme.jpgLe Sarkophage n° 31, le premier de l’ère post-Sarkozy (Sarko who ?) nous appelle à « défendre les biens communs ». Dans son éditorial, Paul Ariès parle stratégie :

 

« Quelles stratégies pour les gauches antiproductivistes?

 

Le programme du gouvernement Ayrault, on le connaît… au-delà des 60 propositions de François Hollande, elles-mêmes déjà très en retrait du projet du Parti socialiste, nous en avons une excellente illustration avec la façon dont les socialistes gèrent les collectivités territoriales, mais aussi avec les politiques conduites par les amis de Hollande, ceux de l’Internationale socialiste qui, en Grèce comme en Amérique du Sud, s’entêtent à conduire des politiques contraires aux intérêts des plus pauvres… Le véritable projet du gouvernement socialiste, on le connaît : il suffit de lire les notes de la Fondation Terra Nova… ou l’ouvrage de Valérie Rabault et Karine Berger plébiscité lors de la dernière Université d’été du Parti socialiste. Dans Les Trente glorieuses sont devant nous est proposé un véritable business plan de retour à une bonne croissance avec un programme d'investissement de 90 milliards d'euros... Nous avons été Objecteurs de croissance sous la droite, nous le resterons sous cette gauche sociale-libérale productiviste. Nos propositions pour résoudre la misère et l’effondrement climatique ne sont pas Hollando-compatibles. Notre stratégie est celle du refus de la « Rilance » : ni rigueur, car ce n’est pas aux peuples de payer la crise, ni relance, car la croissance ne règle rien et aggrave tout ! Le pouvoir socialiste ne peut qu’échouer compte tenu de son analyse de la crise et de ses politiques. Ce pouvoir ne peut réussir car il mènera ces mêmes politiques qui aggravent la misère et détruisent la planète. »

 

Pour Pierre Bourlier, l’économie est une « diffamation de la pauvreté » : « Nous ne connaissons pas la pauvreté, voilà notre misère. Nous n’arrivons plus à comprendre, à ressentir ce que nous avons perdu en accédant à notre aisance matérielle. Ce qu’il y a d’humain dans la pauvreté nous est rendu impensable par l’économie et par la rareté avec laquelle elle nous terrorise. Il y a dans notre prospérité marchande une déception permanente, une écoeurante absurdité. »

 

Philippe Leymarie déplore le « consensus mou autour de la défense » : « Après ces marées de drapeaux tricolores, agités par la droite durant ces longs mois de campagne comme autant de fétiches, voici revenu le calme … et la gauche au sommet, moins patriotarde, traditionnellement méfiante à l’égard de tout ce qui est défense, sécurité, dissuasion, puissance, et des militaires eux-mêmes. Mais surtout indifférente.

 

[Je profite de cet article pour ouvrir une petite parenthèse : je rencontre récemment chez un ami un officier supérieur de la marine française qui m’annonce qu’il part pour trois ans dans la base navale de Norfolk en Virginie aux Etats-Unis. Comme la plupart des gens de gauche, je ne sais pas grand-chose des réalités militaires. Cette base est la plus grande au monde. Elle sert de quartier général à certains services de l’OTAN. Elle abrite 134 avions et 75 navires de guerre (dont cinq porte-avions et 11 sous-marins nucléaire d’attaque). Elle compte 60000 personnels civils et militaires. Depuis que Sarkozy a décidé la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN (malgré les bouderies de Villepin et de Juppé), des officiers français travaillent donc au service de ce monstre, et pas pour des périodes de 5 minutes.]

 

Daniel Tanuro s’interroge sur les suites de Rio + 20 : « Vingt ans après le premier sommet de la terre, Rio + 20 s’est achevé avec l’adoption par consensus d’un texte intitulé « L’avenir que nous voulons ». La propagande officielle veut faire croire que les décisions combinent respect des contraintes écologiques et justice sociale. Les textes révèlent un tout autre projet : l’aide massive aux entreprises pour s’accaparer et piller encore plus systématiquement les ressources naturelles, aux frais de la collectivité. »

 

Aurélien Bernier (MPEP) revient sur le Club de Rome, ou « le capitalisme avant l’heure » : « Ce club est vde retour avec la réédition de son rapport Halte à la croissance ?. Les écologistes y ont pioché ce qui les arrangeait en oubliant les lobbies à l’œuvre derrière, et en occultant l’idée que les pauvres seraient responsables de la dégradation de la planète ainsi que le parti-pris malthusien de ce club et sa vision technologisante. »

 

Mathilde Detcheverry pose une alternative originale : « Balles de golf contre politiques sociales ? » : Le Sarkophage est partenaire du Forum européen contre les grands projets nuisibles imposés : aéroports, autoroutes, LGV, grands stades, hypermarchés géants etc. La monnaie-carbone fait partie de ces grands projets.

 

Dans quel état est la psychiatrie (Paul Matcho) ? « La psychiatrie française connaît des heures sombres. Sous l’injonction de Sarkozy, elle est devenue un instrument au service de la peur habilement entretenue, utilisant le moindre fait divers pour renforcer l’amalgame entre folie et dangerosité. »

 

Pour Stephen Kerckhove, nous subirons la récession parce que nous n’avons pas choisi la décroissance : « Faute de choisir l’objection de croissance et le bien-vivre, nous risquons d’avoir la récession, l’austérité, la facture à payer par les plus pauvres. »

 

Le sophiste Laurent Paillard revient sur le slogan socialiste « Votez utile » : « Ayant abandonné toute vision de l’existence collective, le PS résume àmerveille dans cette injonction son approche gestionnaire des affaires humaines. En effet, un geste est utile lorsqu’il vise un résultat clairement circonscrit, ce qui contredit la politique qui, concernant la pluralité humaine, ne peut se réduire à une question d’efficacité. »

 

Alain Lipietz dénonce une nouvelle fois les pièges du capitalisme vert : « La crise n’est pas seulement la plus grave crise du capitalisme depuis la Grande Dépression des années 30. C’est surtout la deuxième crise écologique mondiale, après la Grande Peste qui ravagea l’ancien monde à la fin du XIVe siècle, « comme un tapis que l’on enroule avec tout ce qu’il y a dessus » (Ibn Khaldoun) ».

 

Les biens publics mondiaux sont-ils un mythe révolutionnaire, demande Jacques Cossart : « La mise en œuvre des biens publics mondiaux que sont notamment l’éducation, la santé, la paix, l’environnement, exige un processus de pensée et d’action qui pourrait bien se révéler de nature révolutionnaire dans le remplacement du capitalisme par un système respectueux de la planète qui permette alors aux êtres humains, d’aujourd’hui et de demain, de vivre dansle respect mutuel, individuel et collectif de chacun. »

 

Jean-Michel Drevon (Front de gauche) ne désespère pas de « gagner la belle » et pose la question de « l’émergence d’une troisième force au sein du Front de gauche. »

 

Un article très documenté de Thierry Brugvin sur la « proximité des réseaux d’extrême droite et des élites internationales ». Il dénonce naturellement le caractère faussement hors système des partis d’extrême droite qui ont toujours défendu les intérêts du grand capital. Dans le même esprit, Paul Ariès dénonce l’extrême droitisation de la droite.

 

Enfin, Benoît Schneckenburger nous propose de penser une politique du Bien-vivre : « Si une société se préoccupe de viser au bonheur des siens, alors elle doit pourvoir aux besoins nécessaires. »

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 06:28

 

http://boutique.geneanet.org/catalog/images/products/half_thumb/7/70164.jpgEn 1936, Georgius, chanteur à très grand succès, écrit et enregistre une œuvre qui va devenir un des classiques de la chanson française : « Le Lycée Papillon ». Cette savoureuse histoire de cancres comporte un couplet totalement antisémite, même s’il est en harmonie avec les autres :

 

 

Élève Isaac ? ... Présent
En arithmétique' vous êt's admirable,
Dites-moi ce qu'est la règle de trois
D'ailleurs votre pèr' fut-il pas comptable
Des films Hollywood ... donc répondez-moi.
Monsieur l'Inspecteur,
Je sais tout ça par cœur.
La règle de trois ? ... C'est trois hommes d'affaires
Deux grands producteurs de films et puis c'est
                                                       Un troisièm' qui est le commanditaire
                                                       Il fournit l'argent et l'revoit jamais.
                                                       Isaac, mon p'tit
                                                       Vous aurez neuf et d'mi ! ...

 

 

 

De telles paroles eussent été impensables en 1945. A l’époque, juste avant l’arrivée de Blum au pouvoir, elles relevaient d’un racisme gentillet, bon teint, acceptable, « normal ».

 

Après la guerre, Georgius remplacera ce couplet par une question de géographie sur la Normandie. Figurent également dans cette chanson un vers énigmatique  qui fait référence à un certain Philibert Besson :

 

C'est en Normandie que coul' la Moselle
Capital' Béziers et chef-lieu Toulon.
On y fait l'caviar et la mortadelle
Et c'est là qu'mourut Philibert Besson.

 

 

 

Merveilleux Wikipédia qui nous renseigne sur cette figure injustement oubliée de la politique française, sans qui Antoine Pinay n’aurait peut-être pas existé. Je cite :

 

 

 

Philibert-Hippolyte-Marcelin Besson (1898-1941) est un homme politique français, député de la Haute-Loire sous la IIIe République.

 

Il naît à Vorey-sur-Arzon, dans le département de la Haute-Loire en 1898. Il devance l'appel en 1917, est blessé, fait prisonnier, s'évade, et est décoré de la Croix de Guerre. Il devient officier de la marine marchande, mais la quitte pour être interné à l'hôpital psychiatrique de Sainte-Marie au Puy d'où il s'évade. Plus tard, il va passer quelques mois aux Etats-Unis, où il exerce divers métiers et dont il revient pour ouvrir un commerce de vins. Il est élu conseiller d'arrondissement en 1928, puis maire de sa commune natale en 1929, poste dont il est suspendu par le préfet à cause de son anticonformisme et de démêlés avec un juge dont il aimait se moquer.

 

Il fait campagne aux élections législatives de 1932 en allant de village en village juché sur une, collant lui-même ses affiches et s'exprimant en patois sur les marchés (sa carte de visite se terminait d'ailleurs par cette ligne : « Parle anglais, espagnol, portugais, italien, PATOIS »). Sa silhouette, sa tête de professeur Tournesol (lunettes rondes, profil aquilin, crâne dégarni entouré d'une couronne de cheveux fous qui partent à l'horizontale) sont connues dans tout le département. Il est élu député de la Haute-Loire à une confortable majorité. Non inscrit dans les partis politiques de l'époque, il se fait aussitôt remarquer par sa verve et sa personnalité excentrique.

 

À partir de 1928, il fait circuler des pièces et billets de la monnaie européenne qu'il a créée, l’Europa, « la monnaie universelle, la monnaie de la paix », gagée sur le travail. Conceptuellement, il s'agit d'un troc organisé dans lequel, au lieu de mesurer le prix des marchandises en unités monétaires, la valeur de l'unité monétaire a été fixée, indépendamment de l'offre et de la demande, en fonction de quantités réelles de marchandises : un Europa vaut ainsi, une fois pour toutes, « 2 kilos de blé, 200 grammes de viande, 30 grammes d’or, 30 minutes de travail ».

 

La création de l'Europa n'est d'ailleurs qu'une mise en application partielle du programme fédériste de Joseph Archer dont Besson s'est fait le propagandiste, programme qui prévoit entre autres la création des « États Fédérés d'Europe » et la suppression des barrières douanières et qui se termine par cette phrase : La France, ainsi, ayant résolu tous ces problèmes nationaux, ayant un idéal international, pourra être véritablement la reine de la paix.

 

Le franc-parler de Philibert Besson et son caractère irascible lui créent de nombreuses inimitiés. Il s'élève contre les « vautours » de l’industrie électrique et des chemins de fer et contre les spoliations dont sont victimes les paysans qui vendent leur blé aux industriels de la meunerie.

 

Il est mis en cause dans une affaire de carnet à souches qui aboutit à sa condamnation pour vol, et se ramifie en d'autres affaires (il aura jusqu'à cinq mandats lancés contre lui, à une époque où les scandales financiers et politiques aboutissaient couramment à des non-lieux), puis l’Assemblée nationale vote, à une écrasante majorité, la levée de son immunité parlementaire. Après avoir sans succès défendu sa cause, Philibert Besson s'enfuit ce jour-là du Palais Bourbon pour ne pas être arrêté et réussit à rejoindre sa circonscription du Velay où il « prend le maquis » et où il va vivre caché pendant près d'un an, recueilli de ferme en ferme par des paysans qui le considèrent toujours comme « leur député ». Il se déguise en curé, en femme, traverse la Loire à la nage pour échapper aux nombreux policiers lancés à ses trousses. Il écrit dans cette retraite un livre-pamphlet, Peuple, tu es trahi.

 

Finalement, Philibert Besson effectue sa reddition au Président de la République, Albert Lebrun et est emprisonné dans l'attente de son jugement définitif. Philibert est acquitté lors de son procès. Il affirme se retirer de la politique, mais ne peut la quitter, et est battu à Saint-Etienne, dans une élection où il ne s'était pas présenté, par un nouveau venu en politique, Antoine Pinay.

 

Mobilisé en 1939 pour la guerre qu'il annonçait depuis des années, en ayant prédit jusqu'à la date, Philibert Besson est arrêté pour avoir tenu publiquement des propos défaitistes (« Nos armées ne peuvent vaincre. Elles sont quasiment trahies. ») dans un café alors qu'il portait l'uniforme. Il est enfermé à la prison de Riom où il meurt le 17 mars 1941, dénutri et tuberculeux, à la suite de véritables séances de tabassage organisées par ses gardiens.

 

 

 

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 06:19


http://media.paperblog.fr/i/86/863765/parking-velo-payant-L-3.jpegRécemment un de mes anciens collègues organisait un colloque scientifique dans une petite ville de province où il réside. Il avait convié une cinquantaine de spécialistes, dont une bonne minorité était britannique. Comme il est de nature conviviale, il avait invité ce beau monde à déjeuner chez lui. L’invitation avait été stipulée en toutes lettres sur le programme du colloque. Elle disait ceci :

 

Buffet gratuit chez le professeur X.

Free Buffet at Professor X’s.

 

Pourquoi cette insistance sur la gratuité ? Parce que dans les universités britanniques, plus rien n’est gratuit. On fait de l’argent avec tout. Il y a un quart de siècle, je me souviens avoir participé à un énorme colloque européen dans l’université de Norwich. À l’époque, lorsque nous, universitaires français spécialistes de sciences humaines, organisions ce type de rencontre, nous demandions aux participants 50 francs au titre des frais d’inscription. Cela couvrait largement l’achat d’enveloppes, de timbres, de photocopies, la location éventuelle de rétroprojecteurs. Il va de soi que, personnellement, ou institutionnellement, nous ne mettions pas un centime dans notre poche. J’avais été stupéfait par l’exigence du collègue britannique qui, nous ayant réclamé 1000 francs de frais d’inscription, s’avérait un parfait thatchérien.

 

L’université britannique est naturellement à l’image de la société. Je me suis un jour trouvé invité par raccroc au cocktail consécutif à un mariage d’Anglais que je connaissais un peu. Le buffet était nul. Des cacahuètes, de la bière tiède et des sodas. Soudain, j’avisai un ou deux invités buvant du vin. Je leur demandai comment ils s’y étaient pris pour se procurer ce breuvage un peu plus en rapport avec l’événement. Ils m’expliquèrent qu’il fallait se rendre dans telle pièce de la maison et que, contre une livre, on me donnerait un verre de vin.

 

Certains me demandent parfois pourquoi moi, qui suis angliciste depuis toujours, j’espace à ce point mes visites outre-Manche.

 

PS qui n’a rien à voir, quoique si, justement. Je suis récemment passé à Saint-Guilhem-le-Désert. Ce village médiéval est toujours aussi beau. Rien n’a changé depuis ma dernière visite, il y a une vingtaine d’années. Mais, si ! Il y a du mieux. Les 250 habitants ont décidé l’implantation de parkings lourdement payants. Apparemment, Vinci n’y est pour rien. Cette mesure est petit bras. Je conseille aux Sauta Rocs (le nom officiel des Saint-Guilhem-le-Désertiens) de monter en puissance en faisant payer l’air sacré de leur village.

 

Je ne fis que passer, sans me poser. Je suis allé me restaurer ailleurs. Ils ne me reverront plus.

 

Photo du haut : parking payant pour vélo au Canada.

 

Ci-dessous : le parking payant du CHU Pellegrin de Bordeaux :


http://www.sudouest.fr/images/2012/02/28/644965_19406111_460x306.jpg

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 06:01

http://www.cndp.fr/crdp-reims/ressources/dossiers/bicentenaire_rectorat/img/p17/doc4.jpgComme ministre de l’enseignement supérieur, Alice Saunier-Séïté fut une pure horreur. Presque au niveau de Pécresse. Elle fut la ministre de Giscard qui, bien avant Sarkozy, voulut rabaisser l’enseignement républicain. Giscard avait d’ailleurs nommé, en René Haby, un ministre de l’Éducation (et non de l’Éducation nationale). Il savait ce qu’il faisait, le faux noble de Chamalières.

 

Alice portait les noms de son père et de son deuxième mari, l'inspecteur général Séïté. Cette fille de petit boulanger ardéchois fut une hystérique de l’anti gauche :

 

« Vers 1955, à l’âge de trente ans, … la politique éducative de la France me paraissait une improvisation démagogique, dépourvue de perspectives et soumise au poids croissant du syndicalisme et du marxisme… Rien n’était préparé… Ce fut une improvisation incohérente et fatale. Je souffre de la décadence de l’école, de la culture et de l’intelligence françaises ». Le résultat, c’est une jeunesse qui ne sait, correctement, ni lire, ni écrire, ni compter, ni se situer dans l’espace géographique mondial, ni dans le temps de l’histoire ».

 

Tous ceux qui, comme moi, ont commencé leur scolarité dans les années cinquante savent que cette analyse était du Kim Il Sung à l’envers et ne reposait sur aucun fondement. De même, elle déplorera que l’université devienne « la foire des cogitations libérées, la braderie de tous les diplômes, la cour des miracles de tous les marginaux ». Toute sa vie, elle a vomi les enseignants républicains : « De l’idéal républicain, de la Déclaration des droits de l’homme, de la morale du travail et de la vérité, de ces bases des leçons de nos instituteurs jusqu’à la seconde guerre mondiale, que reste-t-il dans nos enseignements aujourd’hui ? Il n’y a plus d’idéal, mais une idéologie. Il n’y a plus de fraternité, mais l’esprit de revanche d’une classe de fonctionnaires. Il n’y a plus de travail, mais le culte du temps libre. Il n’y a plus de vérité, mais la désinformation haineuse et radoteuse du marxisme qui s’étale jusque dans les manuels scolaires ».

 

Elle fut l’autrice d’une thèse d’État qu’elle fit retirer de tous les endroits statutaires où les thèses sont censés se trouver. La thèse était-elle nulle ?

 

En 1978, elle promulga un décret visant à virer de l’enseignement Supérieur tous les assistants, y compris ceux qui avaient fait leur preuve en matière d’enseignement et de recherche mais qu’elle et Giscard/Barre refusaient de titulariser. La première mesure annoncée sur le perron de l’Élysée par le secrétaire général de la présidence de la République en mai 1981 fut l’abrogation de ce décret.

 

Avant d’entrer au gouvernement, elle avait mené une carrière fulgurante : première femme doyen de faculté, première femme recteur. Ci-dessous un lien où sa vie est résumée et illustrée. Sur les photos, à par elle, que des mecs. Beaucoup de vieux. Dans ce domaine, les choses ont changé. Pour le reste, se reporter à la LRU…

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 13:40

http://image1.trefle.com/images/art-collection-bibelot/full/freestyle-skiers-practice-on-trampolines-and-a-bungee-system-utah-photographie-categories-principales-photographie-photographies-couleur-images-of-people-color-photography.33672823-91378787.jpgToujours pertinent, le cher Philippe (qui vit en appartement). Je me permets une petite remarque de cuistre. Officiellement, le mot « trampoline » est féminin, comme la plupart des mots français se terminant en ine. Il vient de l’italien trampolo (échasse), qui a donné tremplin. La légende veut que deux trapézistes italiens aient eu l’idée d’utiliser le rebond de leur filet pour effectuer des acrobaties. Comme les anglicaneries ne sont jamais bien loin, des sportifs californiens ont forgé le mot et le concept, il y a une cinquantaine d’années.

 

 

Je me trouvais récemment dans un magasin "Koodza", grande surface spécialisée dans la vente à prix discount  d'articles de sport (ce que sont les Aldi ou autres Lidl à la grande  distribution alimentaire).

 

- Au moment de payer, j'ai remarqué, dressé verticalement contre la vitrine, derrière l'hôtesse de caisse, un grand filet circulaire de 3 à 4 mètres de diamètre, formé d'une toile tressée fin, et néanmoins transparente, entouré d'une bande en plastique vert. À ma question sur cet objet, l'hôtesse m'a répondu qu'il s'agissait d'un trampoline. Et peut-être mes pensées n'auraient-elles pas pris le tour qu'elles ont pris si je ne m'étais trouvé dans ce genre de magasin.

 

- Ce trampoline, par sa forme et par ses dimensions, m'a rappelé cet autre équipement de sport qu'est la piscine gonflable, qui possède à peu près les mêmes dimensions, qui se dresse comme elle, au-dessus du sol, et dont les parois gonflables [qui délimitent l'eau dans laquelle

s'ébattent les baigneurs] correspondent au filet qui entoure le trampoline [qui délimite le morceau d'atmosphère où sautent les enfants ou les estivants - car il ne s'agit pas là, évidemment, d'un trampoline de sport] filet destiné à préserver les utilisateurs des chutes sur le sol.

 

- Cette forme circulaire et ces dimensions m'ont paru symboliques des écarts sociaux entre l'hyper-bourgeoisie (ou les classes sociales – cadres supérieurs, professions libérales – qui cherchent à singer le genre de vie de cette dernière). En effet, ce qui distingue les riches n'est pas, au premier chef, leur possession de billets de banque, d'actions, de Rolex ou de voitures de luxe ; ce qui distingue les riches, c'est, d'abord, leur possession de l'espace [et aussi du temps]. Les riches, grâce à leur argent, s'offrent ce luxe suprême qu'est l'espace : ils ont de grands appartements et de grandes maisons, ces dernières entourés de vastes parcs. Ils peuvent, à tout moment, se rendre par avion ou par bateau dans n'importe quel point du monde [alors que les plus pauvres ne partent presque jamais en vacances – et lorsqu'ils partent, ce n'est jamais très loin].

 

- Les riches, pour se baigner, disposent de vastes piscines, creusées dans le sol (ce qui laisse libre l'espace au-dessus) alors que les moins riches n'ont que des piscines gonflables – qui, certes, ne nécessitent pas des travaux de terrassement mais qui "mangent" l'espace du jardin, et "mangent" donc également la vue, et ce de façon disgracieuse. [On peut d'ailleurs noter que l'espace liquide délimité par la piscine gonflable est du même ordre que l'espace aérien délimité par le filet de protection du trampoline]. Les utilisateurs de ces équipements – qui sont, d'ailleurs, parfois, les mêmes – barbotent (plutôt qu'ils ne nagent) dans leur piscine ou sautillent sur leur trampoline à la manière dont, chez les ménages modestes (ou peu regardants sur la vie des animaux), les poissons rouges tournent sans fin dans leur bocal sphérique. [Au lieu de disposer d'un bel aquarium parallélépipédique avec rochers, plantes, lumières et régénérateurs d'eau].

 

- Symboliquement, donc, pour leurs distractions sportives, les moins riches sont tassés dans leurs équipements comme ils sont tassés dans leurs barres d'immeubles HLM (ou, plus tard, lorsqu'ils se sont – un tout petit peu – enrichis, sont tassés dans leurs lotissements [qui, souvent, ne sont que les barres qu'ils viennent de quitter, mais étalées sur le sol]. Et effectivement, on remarque souvent que les piscines gonflables accueillent 5 ou 6 baigneurs, ce qui confère plus à ces objets des statuts de baignoires (ou de jacuzzi sans bulles) que de piscines.

 

- De même, l'agitation de ludion des utilisateurs du trampoline, par son caractère rythmique et/ou régulier, n'est pas sans évoquer celle des hamsters dans leur roue (objet également circulaire). C'est-à-dire celle d'un être vivant dont le besoin de mouvement a été confiné à un minuscule espace. On peut d'ailleurs se demander si le désir secret de l'hyper-bourgeoisie ne serait pas aussi de confiner, dans le domaine social, les aspirations à la révolte, à l'égalité, à l'émancipation des classes moyennes ou ouvrières dans un espace aussi exigu – où, de même

que le hamster parcourt des kilomètres en restant sur place, ou que l'utilisateur de trampoline, en cumulé, s'élève à des hauteurs stratosphériques sans jamais s'éloigner du sol de plus d'un mètre – pour leur ôter toute charge explosive. [Et peut-être est-ce une des fonctions ritualisées de ces "dialogues entre partenaires sociaux", si prisés du Medef, où, à l'issue de discussions épuisantes, les représentants des salariés arrachent enfin une augmentation "raisonnable". C'est-à-dire misérable ...].

 

- Pour ce qui est de la forme, enfin, le choix du cercle, s'il est aussi le plus commode à réaliser industriellement, est aussi celui qui permet le mieux de surveiller, de dominer, de confiner : le cercle est de la forme de l'anneau qu'on met aux pieds ou au cou des prisonniers, il est de la forme des menottes (même si celles-ci tiennent plutôt de l'ellipse que du cercle, le cercle n'étant toutefois qu'une ellipse dont les foyers sont confondus). Le cercle, de tous les polygones réguliers convexes (et le cercle est un polygone régulier avec une infinité de

côtés) est celui qui, pour le même périmètre, a la plus grande surface – ce qui, dans le domaine de la guerre sociale, est la figure géométrique qui, pour une même longueur de fil de fer barbelé, permet d'emprisonner le maximum de gens... [Et de les surveiller au mieux, sans angles morts].

 

- Ce cercle est aussi la figure qui sert à encercler, à circonscrire – étymologiquement tracer un cercle autour –, mais, plus communément empêcher de se propager un incendie ou une révolte. Circonscrire, c'est aussi inscrire les gens dans des "circonscriptions", c'est-à-dire les fixer dans des limites, les repérer, leur assigner des coordonnées.

 

- Je n'étais initialement entré dans ce magasin que pour m'acheter une gourde et une lampe de poche... J'espère, en dérivant de la sorte, n'avoir froissé ou blessé nul(le) d'entre vous qui serait propriétaire de piscine gonflable ou de trampoline. Si tel était le cas, je lui dédie

les mots par lesquels Mabillon achevait sa dispute avec Rancé : "Pardonnez-mois, cher(e)s ami(e)s, car il faut finir par les paroles du saint docteur ; pardonnez-moi si j'ai parlé avec quelque sorte de liberté et soyez persuadé que je ne l'ai fait par aucun dessein de vous blesser. Néanmoins, si je me suis trompé en cela même, je vous prie encore de me le pardonner".

 

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