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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 07:12

RebRP.jpgLe Sarkophage, dont je rends compte régulièrement dans ce blog et sur le site du Grand Soir, vient de publier un formidable hors série consacré à ceux qui désobéissent, qui luttent, qui résistent. Je ne retiendrai dans cette chronique que l’exemple de Dominique Liot, un Robin des Bois CGT de l’énergie, qui travaille pour l’EDF désormais privatisée, dans la région de Toulouse.

 

Dans son style bien à lui, Mélenchon aime à forger des expressions qui le caractérisent et le singularisent. Il en va du Jean-Luc comme de Chateaubriand : le style « est de l’homme même ». Pour le candidat du Front de Gauche, une tête dure est une personne qui ne se laisse pas impressionner par les « en haut d’en haut », qui sait quand il faut faire un écart par rapport à la norme qui ne tombe jamais du ciel mais est le produit d’un rapport de forces, qui fait tout pour ne pas subir les règles imposées par les dominants – et qui donc s’efforce d’édicter les siennes. Ainsi, pour les Robins des Bois de l’énergie (voir ici qui était le vrai Robin Hood : link), il est anormal que les actionnaires d’EDF, de GDF ou de Total perçoivent des dividendes délirants quand des victimes du système ne peuvent plus faire cuire leur tambouille ou réchauffer leurs enfants. D’où leurs actions diverses et variées  consistant, par exemple, à remettre le courant chez des chômeurs ou des travailleurs précaires. Il est certain que dans la société française d’aujourd’hui, il y a les têtes dures et les ventres mous.

Dominique Liot se présente de manière fort politique : « Je travaille dans une entreprise née publique à la Libération, EDF-GDF, issue de nationalisations en 1946 des multiples entreprises électriques et gazières qui couvraient le territoire. Cette nationalisation, menée non sans réaction du camp patronal, était inscrite dans le programme du Conseil National de la Résistance. Comme une première marche d’un escalier menant l’ensemble des salariés à un statut respectable et respecté. »

Tout est dit lorsque Liot ajoute que le but de cette entreprise nationale n’était pas de réaliser des profits. Il faut toujours avoir à l’esprit que les nationalisations de l’après-guerre furent une des conséquences de la lutte contre le fascisme qui a permis la construction d’un monde meilleur, que les dominants sont en train de saper méthodiquement, en Grèce et ailleurs.

Dominique Liot, qui lie son destin de travailleur à celui des luttes collectives, a cette formule admirable : « Militer n’est pas une croix à porter, c’est une dignité à entretenir. » Il rappelle qu’au printemps 2009 un vent de révolte a soufflé sur ERDF-GRDF Midi-Pyrénées, peu après la tempête Klauss qui a ravagé le Gers et la Haute-Garonne. Les directions des établissements de l’énergie avaient préféré laisser à l’abandon une bonne partie du réseau « au motif que cela revient statistiquement moins cher d’attendre que ça pète plutôt que de mettre les moyens techniques et humains nécessaires pour l’éviter. »

Avec ses camarades, Liot entreprit d’aider des Rmistes dans le besoin en leur remettant le courant, en vertu du droit à l’énergie pour tous. Il fut mis à pied trois semaines (link). ERDF décida alors, de manière particulièrement mesquine, de porter plainte contre ces Rmistes pour vol d’électricité, en leur envoyant par ailleurs une facture de 367 euros pour frais de coupure ! Liot a bien raison : « ERDF fait du fric sur la misère. »

Être un Robin des Bois consiste, dans sa tête, à considérer que certaines actions, bien qu’illégales, sont légitimes. Comme celles des faucheurs volontaires ou des enseignants désobéisseurs. Ces actions amènent une prise de conscience qui débouchera – on peut l’espérer sous un gouvernement de gauche – sur « une tranche sociale gratuite et une forme de tarif progressif pour lier justice sociale et économies d’énergie ».

En l’état actuel, rappelle Liot, la privatisation d’EDG et GDF se concrétise par une externalisation massive et par un statut, pour EDF, de fournisseur comme un autre. Cette situation n’est pas inscrite dans le marbre si les travailleurs des deux grandes entreprises ET les consommateurs résistent pour récupérer ce qui leur appartient.

Le programme du Conseil National de la Résistance (24 mars 1944) s’intitulait Les jours heureux. Pour espérer vivre ces jours, Dominique Liot nous dit qu’il ne faudra rien céder sur les retraites, sur la précarité, la santé, l’éducation. On s’en veut de reprendre le slogan d’un candidat qui aura eu, contre son gré, le mérite de faire naître des initiatives comme celles du Sarkophage. Mais si on se retrousse les manches, dans les luttes, ensemble « tout deviendra possible ».

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:12

http://jm-bares.elunet.fr/public/jm-bares.elunet.fr/Illustrations%20article/Copie_de_IMG_0305.JPGJean-Marc Barès, universitaire toulousain, maire-adjoint à la mairie de Toulouse, candidat aux élections législatives pour le Front de Gauche, se prononce ici sur le PRES de l’université de Toulouse, qui vient de se voir attribuer un IDEX. C’est peu dire que je souscris globalement à son analyse.

Le PRES de Toulouse (ensemble des établissements d’enseignement supérieur de Toulouse : universités, instituts et écoles d’ingénieurs) vient de se voir choisi par le jury national, au sein de l’ensemble des grandes universités françaises, pour l’attribution d’un IDEX, en retour de son projet UNITI.
Comme membre de l’Université Paul Sabatier et comme élu municipal, je pourrais simplement me féliciter que soit ainsi reconnue la qualité de l’enseignement dispensé et de la recherche menée dans les établissements toulousains.
Mais le gargarisme n’étant pas un mode d’action pour un homme politique responsable, je me dois de signaler le « prix à payer » pour la mise en route de ce projet qui pourrait bien se révéler une potion amère. En effet, sans pouvoir ici analyser in extenso un document de plus de cent pages, je retiendrai que :

-Les fonds (provenant des intérêts du « grand emprunt ») ne couvriraient, s’ils étaient versés, qu’une faible partie des projets IDEX, plus faible encore du budget des établissements. Par exemple, sur qautre ans, les fonds espérés seraient de 189 millions d’euros, à comparer aux 2245 millions mobilisés pour les actions du projet.

-En retour les établissements perdraient leur autonomie, devenus simples « collèges » d’une entité gigantesque appelée UT (Université de Toulouse), dont la direction échapperait totalement aux personnels et dont les choix et orientations seraient pilotés par des « experts » extérieurs.

-Au sein de cette UT, un secteur « d’excellence » appelé UT* drainerait l’essentiel des crédits de recherche et des postes. Seraient créées également des licences dites d’excellence réservées à une minorité d’étudiants.
Ce périmètre de « l’excellence » a été estimé par une agence « extérieure », à 2000 chercheurs et enseignants-chercheurs sur 6000 et à 20000 étudiants sur 94000. Par la suite, qui s’y maintiendra ou y entrera sera défini par un Groupe d’Évaluation Scientifique (GES) totalement extérieur aux établissements.

-L’adoption de ce projet induirait, dans le cadre de la RGPP et de la LRU, une réduction des personnels et le développement de recrutements précaires.
Dans un premier temps, il est demandé aux établissements d’adopter un « pacte » qui interdirait tout contenu différent ou rejet du projet.
On concevra que tout élu de gauche attaché à la diffusion de la connaissance, l’élévation du niveau de qualification du plus grand nombre et la coopération entre les acteurs de la recherche, ne puisse que combattre un tel projet fondé sur l’élitisme, la concurrence, la mise à l’écart du plus grand nombre, le contournement du statut des personnels et la mise à mal du fonctionnement démocratique de l’université.
Le Front de Gauche est porteur d’un autre projet plus stimulant pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, dont l’essentiel est exposé dans son livre-programme « L’humain d’abord ». En l’attente de réformes véritablement progressistes, il appuiera les luttes des personnels contre l’adoption du « pacte » et de l’ensemble du projet UNITI.

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 15:33
Lettre des 100 contre l’interdiction du colloque «Israël : un État d’apartheid ?»
 
http://fc06.deviantart.net/fs24/f/2007/329/1/3/Mandela_on_Israeli_apartheid_by_Latuff2.jpgSuite à l'interdiction du colloque prévu à Paris 8 intitulé «Israël : un État d’apartheid ?», Mediapart publie la lettre d'un collectif de chercheurs et de personnalités, parmi lesquels Étienne Balibar, Jacques Rancière, Olivier Roy, François Burgat, Sylvie Tissot, Alain Bertho, Roshdi Rashed, Judith Butler ou Luc Boltanski.

 

À l’attention de Pascal Binczak, Président de l’Université Paris 8

 

Monsieur le Président,

 

Nous tenons par la présente à vous faire part de notre consternation suite à votre décision de retirer l’autorisation que vous aviez préalablement accordée à la tenue du colloque « Des nouvelles approches sociologiques, historiques et juridiques à l'appel au boycott international : Israël : un État d’apartheid ? », qui devait se tenir les 27 et 28 février prochains dans votre établissement.

 

Cette décision nous semble particulièrement grave puisqu’elle met en péril la liberté d’expression et les libertés académiques. Les motifs que vous invoquez, et notamment le risque de « troubles à l’ordre public », ne nous semblent guère convaincants au regard des implications de votre décision.

 

Nous avons en effet appris que la direction de l’Université avait pris connaissance du programme du colloque et de la liste des intervenants avant de donner son accord, et que le Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Étudiantes avait même attribué une subvention de 2500 euros à l’initiative.

 

C’est donc bien suite à des pressions, voire des menaces venues de l’extérieur que vous avez décidé de faire machine arrière. Cela nous semble particulièrement préoccupant : l’Université doit-elle se soumettre aux pressions politiques, de quelque ordre qu’elles soient ? N’est-ce pas précisément sa fonction que de permettre que les libertés académiques puissent s’exercer dans les meilleures conditions ?

 

Nous ne partageons pas nécessairement les vues et les objectifs du colloque des 27 et 28 février. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui est en jeu est en effet le droit de mettre en débat dans l’espace public, en l’occurrence dans ce lieu symbolique qu’est l’Université, des travaux et des opinions qui méritent d’être entendues et qui ne sont en aucun cas répréhensibles d’un point de vue légal.

 

Que le CRIF ne souhaite pas que certaines positions soient défendues est une chose. Qu’une institution universitaire cède à la pression et aux menaces en est une autre. Imaginerait-on un colloque sur le Tibet annulé au motif que des représentants officiels ou officieux du gouvernement chinois menaceraient de troubler l’événement ?

 

Monsieur le Président, il n’est pas trop tard pour reconsidérer votre décision. Ce serait au contraire tout à votre honneur de revenir à votre position initiale en permettant à ce colloque de se dérouler dans votre établissement, dont chacun mesure le précieux héritage, et de refuser de céder aux injonctions des adversaires de la liberté d’expression.

 

 

Pour signer la lettre ouverte, écrire à censurecolloqueparis8@gmail.com.

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 06:35

http://www.lfjtokyo.org/secondaire/uploads/images/actus/maths.jpgUn quart des membres du jury de l'agrégation externe de mathématiques a démissionné. Ceci est sans précédent chez les mathématiciens. Bravo le courage de ces collègues.

 

Ces enseignants parmi les plus éminents dénoncent l'asphyxie des moyens, la course effrénée au financement dans les universités, la baisse alarmante des effectifs dans les études scientifiques, le recrutement de précaires non qualifiés dû à la destruction de la capacité de formation et de recrutement d'enseignants qualifiés.

 

Ils s'en prennent également à la nouvelle épreuve, totalement inepte, "agir en fonctionnaire de l'État et de façon éthique et responsable". Sans parler du calendrier, incroyablement serré, qui transforme l'épreuve en marathon.

 

Ces anciens membres du jury terminent leur protestation de la manière suivante : "il est urgent de redonner au métier d'enseignant l'éclat qu'il a perdu". Bien sûr. Mais même si un président de gauche est élu en mai, il faudra beaucoup de temps pour réparer la faute majeure de la droite au service des grands intérêts du CAC 40 : la destruction de la Fonction publique, la mise en coupe réglée de l'État, la gestion du bien public selon les normes du capitalisme anglo-saxon.

 

Puisque nous sommes dans des comportements dignes, saluons également le courage de ces universitaires du CNRS qui viennent de refuser la mascarade des primes d'excellence scientifique :

 

Lettre ouverte

à Monsieur Fuchs, président du CNRS

et à Monsieur Bourdelais, directeur de l’Institut des Sciences humaines et

sociales

 

Paris, le 6 février 2012

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur,

 

Chercheuses et chercheurs CNRS des centres de recherche de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, nous avons pris connaissance du lancement de la campagne 2012 relative à ladite « prime d’excellence scientifique » (PES).

 

Le temps n'ayant nullement érodé nos convictions, nous demeurons fermement opposés à ce système de rémunération injuste et nuisible au fonctionnement serein des équipes et donc à la qualité de la recherche dans notre pays. Il dénature et entrave l’objectif de revalorisation des traitements et des carrières de l'ensemble des chercheurs CNRS, notamment des débuts de carrière, ainsi que de leurs collègues ingénieurs, techniciens et administratifs. Il est particulièrement choquant pour les travailleurs précaires de la recherche et de l'enseignement, le montant de cette prime pouvant à  bon droit être reçu par eux comme une insulte.

 

Nous ne contestons pas seulement la forme de cette « campagne », même s'il y aurait beaucoup à dire sur des modalités d'attribution arbitraires et opaques de la PES, mais son principe : cette prime dégrade l’image que nous nous faisons de notre métier et du service public de la recherche et de l'enseignement. Au regard de l’activité éminemment collective qu’est la recherche, ces primes contribuent artificiellement à individualiser des mérites qui ne le sont guère. En introduisant des écarts de rémunérations toujours plus prononcés entre les agents du service public, elles véhiculent une gestion managériale de l’enseignement et de la recherche à l’opposé de la conception du service public à laquelle nous sommes attachés. C’est pour les mêmes raisons que les sections du comité national de l’INSHS ont refusé d’évaluer les demandes de PES.

 

Nous refusons par conséquent de participer à cette procédure et appelons tous nos collègues à refuser de cautionner un tel processus d'individualisation concurrentielle des rémunérations, dont la PES n’est malheureusement pas la seule modalité. Dans l’immédiat, nous vous suggérons d’affecter les ressources que vous voulez consacrer à la PES aux crédits récurrents des unités, qui sont en diminution.

 

Nous aimons notre métier et nous n'avons pas l'intention d’en changer en nous faisant acheter, fût-ce au nom de l' « excellence », mot fétiche du « new public management » et prétexte à la mise en concurrence sauvage de tous contre tous.

 

Veuillez croire, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, à notre

détermination.

 

Catherine Alès (GSPM), Luc Arrondel (PSE), Philippe Artières (IIAC), Emma Aubin-Boltanski (CEIFR), Michel Barthélémy (CEMS), Bernard Barraqué (CIRED), Irène Bellier (IIAC), Laure Béreni (CMH), Marc Bessin (IRIS), Christophe Bonneuil (CAK), Thierry Bonnot (IRIS), Véronique Boyer (CERMA), Pascal Buresi (CIHAM), Maurice Cassier (CERMES), François Denord (CSE), Marie-Elizabeth Ducreux (CRH), Julien Duval (CSE), Benoît Fliche (CETOBAC), Elie Haddad (CRH), Minh Ha-Duong (CIRED), Nicolas Jaoul (IRIS), Marie Ladier-Fouladi (CADIS), Sara Le Menestrel (CENA-MASCIPO), Amélie Le Renard (CMH), Benoit de l'Estoile (IRIS), Dominique Linhardt (GSPM),

Frédéric Lordon (CSE), Catherine Maire (CESPRA), Claire Manen (TRACES), Dominique Marchetti (CSE), Denis Matringe (CEIAS), Patrick Michel (CMH), Marika Moisseeff (LAS), Claire Mouradian (CERCEC), Catherine Neveu (Laios-IIAC), Albert Ogien (CEMS), Waltraud Paul (CRLAO), Thomas Perrin (CRPPM), Sophie Pochic (CMH), David Pontille (IIAC), Philippe Quirion (CIRED), Juliette Rouchier (GREQAM), Alessandro Stella (CRH), Stéphanie Tawa Lama-Rewal (CEIAS), Sophie Wahnich (Laios-IIAC).

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 06:19

On termine aujourd'hui à regret la lecture des Voies perdues, le très beau livre de Pascal Dessaint et Philippe Matsas.

 

De vénérables machines n'en finissent pas de rouiller, comme les tire-fond, boulons et éclipses éparpillées. C'est au nord de nulle part.

 

On pourrait rencontrer le diable à l'entrevoie.

 

Et si ce n'est pas le diable, parce qu'à la folie il faut que la vie aille, que les voies se perdent, que les voies résonnent, c'est Elvis Presley, Betty Boop, un nain de jardin sur un cochon, Pinocchio ou Serge Gainsbourg. Un désir sans issue.*

 

Ainsi, on s'achemine à l'extrême d'un paysage improbable. Nous arrivons gare de Lestrem.** Au fronton, on peut lire : Chemin de fer du Nord. La faïence finira par se défaire et tomber. Une usine moderne tient lieu de décor démesuré. Le contraste est saisissant, presque rassurant.

Il y a de la vie après l'abandon et l'oubli.

  Je pense aux petits trains de mon enfance. Ils étaient branchés sur le 220, empêchés souvent d'avancer sur la moquette usée ou le carrelage irrégulier. Mais ils ferraillaient tout de même, vaille que vaille, rail que rail, jusqu'à des pays magnifiques, des pays inventés, des pays de rêve.

 

*L'auteur fait ici allusion au jardin de sculptures de Monsieur et madame Sassano à Wingles.

** Lestrem connut une histoire dramatique : elle fut brûlée par les Flamands au XIVe siècle (Lestrem vient de De Stroom, qui signifie La rivière), brûlée par les Anglais au début du XVe siècle, complètement détruite pendant la Première Guerre mondiale. Le 27 mai 1940, 97 soldats anglais prisonniers furent massacrés à la mitrailleuse par un bataillon "Tête de mort" de la SS.

 

Avec l'aimable autorisation des auteurs et des éditions Après La Lune

 

Image-2-1.jpg

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 18:35

http://www.flatulenceremedyinfo.com/wp-content/uploads/2011/10/ailmentExcessiveFlatulence.jpgLa désormais célèbre affiche du kleiner Mann en campagne a fait l'objet de nombreux détournements.

 

Je me paye à mon tour un petit délire.

 

La " France forte ", prononcée par Papa Schultz dans Babette s'en va-t-en guerre, cela donne Frankfort. Justement, le siège de la Banque Européenne qui veut du bien au "peuple" français auquel s'intéresse désormais le kleiner Mann.

 

En allemand, Francfort se dit Frankfurt, ce qui signifie le gué des Francs. Notre gué, donc. Furt a donné en anglais ford, comme dans Oxford, le gué des boeufs.

 

Puisqu'on est dans l'anglais, furt est un dérivé de fart (pet). A furt, c'est un pet qui fait très mal parce que l'anus est gercé, ou encore parce que le péteur a mangé trop de choux de Bruxelles.

 

Bon, j'arrête le délire, l'important était, en partant de la mer Egée, d'arriver en pleine scato.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 07:03

Clovis Hugues (de son vrai nom Hugues Clovis) est né en 1851 dans le Vaucluse. Il fut le mari de la sculptrice (les révolutionnaires politiquement corrects écriraient « sculpteure ») Jeanne Royannez. Les deux époux s’étaient passé du curé pour convoler à Paris. De retour à Marseille, ils furent dénoncés dans un journal local. L’affaire se termina sur le pré. Hugues envoya le dénonciateur ad patres. Il fut acquitté par la Cour d’assises d’Aix-en-Provence.

Hugues a vingt ans quand la Commune éclate à Marseille. Il soutient Gaston Crémieux (link) dont il partage la cellule après la défaite. Crémieux est condamné à mort et exécuté. Hugues est condamné à trois ans de prison pour publication de sa brochure Lettre de Marianne aux républicains.

Dans ses Poèmes de prison (1875), Hugues « porte la lyre comme on porte l’épée ». Il rejoindra le mouvement boulangiste en 1885, sera élu et réélu député jusqu’à sa mort en 1907.

Écoutons-le dans “ Misère ”, écrit à vingt ans dans la prison Saint-Pierre de Marseille :

L’autre hiver, la tête lassée,

J’entrai dans un café-concert,

Horrible taverne adossée

Au fond d’un vieux quartier désert.

 

Les décors avaient sur la scène

Des airs de tristesse. Une enfant

Chantait une chanson obscène

Dans ce lupanar étouffant.

 

Elle était là, le front tout pâle,

Ses yeux lugubrement profonds,

Soulignant l’allusion sale

De gestes tristes et bouffons.

 

Sous sa robe étroite et fripée

La misérable avait, hélas !

De vagues raideurs de poupée,

D’étranges lourdeurs de corps las.

 

Un tout petit bout de dentelle,

Festonné d’ourlets jaunissants,

Esquissait sa poitrine frêle,

Ses seins ronds, fluets et naissants.

 

Quand elle exprimait, les mains jointes,

Quelque charnel désir d’amour,

Ses deux coudes montraient leurs pointes

Dans l’étoffe cousue à jour.

 

Elle avait douze ans, la pauvrette !

Douze ans ! l’âge charmant et doux !

Et son sourire était honnête,

Pendant qu’on lui jetait des sous.

 

http://www.paca.culture.gouv.fr/banqueImages/cd/DOC_MH_dpt05_2008/tiers/MHR93_20080500113NUCA_T.jpg

 

 

Inversement, Jules Jouy (1855-1897) connut son heure de gloire au moment de la tentative boulangiste contre la République. À celui qu’il appelait le « César de carton », Jouy rappelle qu’il a massacré les Fédérés à la Grange-Ory lorsqu’il n’était encore que colonel versaillais :

 

Bourreau de soixante et onze

La victime se souvient.

 

Il apostrophe Clovis Hugues qui a rejoint le boulangisme :

 

Le vent qui souffle à travers la Boulange

T’a rendu fou.

 

Son “ Tombeau des fusillés ” est particulièrement émouvant :

 

Ornant largement la muraille, 

Vingt drapeaux rouges assemblés

Cachent les trous de la mitraille 

Dont les vaincus furent criblés. 

Bien plus belle que la sculpture 

Des tombes que bâtit l'Orgueil, 

L'herbe couvre la sépulture 

Des morts enterrés sans cercueil. 

 

Ce gazon que le soleil dore, 


Quand Mai sort des bois réveillés ;


Ce mur que l'Histoire décore, 

Qui saigne encore, 

C'est le tombeau des fusillés.

 

Tout comme son ode à Louise Michel :

 

Louise, c'est l'impersonnelle 

Image du renoncement.

Le « moi » n'existe plus en elle ;

Son être est tout au dévouement.

 

http://2.bp.blogspot.com/_1CuTnfxKFSI/ShgvmtYpCtI/AAAAAAAADGo/LCvsZds6G-U/s400/Jouy+Chansonniers+Montmartre.jpg

 

Louise Michel. Des dizaines de livres lui furent consacrés. Elle-même en écrivit une trentaine (mémoires, poésies, romans, théâtre, livres pour enfants, mais peu d’écrits théoriques). Elle fut la première militante française à brandir le drapeau noir de l’anarchie. Elle est née à quelques kilomètres du Domrémy de Jeanne d’Arc. Son père rdt vraisemblablement le fils du vieux châtelain de l’endroit, qui employait sa mère (Marthe Robert nous a dit de fort belles choses sur l’opposition bâtard/enfant trouvé dans la littérature). Elle reçoit au château une instruction libérale et coule une jeunesse heureuse. Elle devient institutrice et fonde une école en Haute-Marne, où elle n’enseigne qu’un an. En 1856, elle s’installe à Paris où elle travaille comme enseignante, dans un cours privé car elle ne veut pas prêter serment à l’empereur. De 1850 à 1879, elle entretient une correspondance suivie, exaltée, d’un romantisme exacerbé, avec Victor Hugo (que d’emblée elle appellera son « frère » en poésie). Un petit échantillon :

 

« Savez-vous ce que je vous dirais si j'avais de grandes ailes de vapeur et de flamme et que Dieu m'eût fait votre ange gardien ? Je vous dirais : s'il est vrai qu'on veuille rappeler les Bourbons de l'exil, c'est à toi, poète, à élever la voix le premier pour cette belle et grande inspiration. Tu aimes la liberté, la gloire ; ton âme a des larmes pour toutes les douleurs. Ne laisseras-tu pas tomber quelques paroles de clémence ?

Voilà ce que je vous dirais, Olympio, si j'étais votre ange, et je descendrais du ciel pour vous écouter, en repliant mes ailes sur ton front.

Adieu. Je m'arrache à ma lettre. La pensée que vous la trouverez trop longue me fait mal. »

 

Hugo pourrait être le père de sa fille Victorine, placée en nourrice à la naissance. Elle fréquente des clubs de gauche, côtoie Vallès, Varlin, Rigault. Dans le Paris affamé de la Commune, elle crée une cantine pour ses élèves. Elle organise les soins aux blessés, fait le coup de feu aux avant-postes. Elle se bat à la barrière de Clignancourt, au cimetière de Montmartre. Elle est volontaire pour se rendre seule à Versailles afin d’y tuer Thiers, mais le projet avorte. Elle se livre volontairement à l’ennemi pour faire libérer sa mère, arrêtée à sa place et menacée d’exécution. Détenue au camp de Satory, elle assiste aux exécutions, dont celle de Théophile Ferré (qui avait laissé fusiller des religieux otages), le grand amour (platonique) de sa vie. Peu après, elle comparait devant le Conseil de guerre sous un voile de veuve. Elle déclare en préambule : « Je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue. J’appartiens tout entière à la révolution sociale. Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance. » La presse versaillaise qualifie celle qui réclame la mort de « louve avide de sang ». Elle passe vingt mois en détention à la prison d’Auberive, puis est déportée au bagne de Nouvelle-Calédonie. Pendant sept années, elle prodigue soins et réconfort à ses compagnes d’infortune et refuse de bénéficier d’un traitement différent de celui des hommes. Elle apprend la langue kanaque. Clémenceau, qu’elle connaissait depuis la Commune et qui l’admirait profondément, lui écrit régulièrement et lui envoye de nombreux mandats. Elle rentre en France en 1880 après l’amnistie générale, ayant obstinément refusé toute mesure de grâce personnelle. Pendant vingt-cinq ans, elle milite pour la cause anarchiste, sans dédaigner pour autant de soutenir des socialistes tels Jules Guesde ou Édouard Lafargue. Le 9 mars 1883, elle organise une manifestation au nom des « sans-travail » qui dégénère en pillage de trois boulangeries. Louise est condamnée à six ans de prison et dix ans de surveillance de haute-police. Elle est graciée en 1886 par le président de la République Jules Grévy. Elle est à nouveau emprisonnée pour quatre mois suite à un discours prononcé en solidarité avec les mineurs de Decazeville. Le 22 janvier 1888, alors qu’elle vient de prononcer un discours contre la peine de mort, un extrémiste de droite lui tire un coup de pistolet à la tête dont elle réchappe. Elle refuse de porter plainte contre son agresseur. Elle meurt le 10 janvier 1905 à Marseille, au cours d’une tournée de conférences.

 

Le 11e bataillon de la XIIIe Brigade internationale avait reçu le nom de « Louise Michel ». Les énarques de 1984 (Guillaume Pépy, président de la SNCF, Stéphane Bouillon, directeur de cabinet de Guéant, Pierre Moscovici, aussi !) baptisèrent leur promotion de son nom. Dans son discours fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon se réclama des « deux visages de Jean Jaurès et Louise Michel ».

 

Écoutons-là dans “ Le chant des captifs ” :

 

Ici l'hiver n'a pas de prise,

Ici les bois sont toujours verts ;

De l'Océan, la fraîche brise

Souffle sur les mornes déserts,

Et si profond est le silence

Que l'insecte qui se balance

Trouble seul le calme des airs.

 

Le soir, sur ces lointaines plages,

S'élève parfois un doux chant :

Ce sont de pauvres coquillages

Qui le murmurent en s'ouvrant.

Dans la forêt, les lauriers-roses,

Les fleurs nouvellement écloses

Frissonnent d'amour sous le vent.

 

Viens en sauveur, léger navire,

Hisser le captif à ton bord !

Ici, dans les fers il expire :

Le bagne est pire que la mort.

En nos coeurs survit l'espérance,

Et si nous revoyons la France,

Ce sera pour combattre encor !

 

Voici la lutte universelle :

Dans l'air plane la Liberté !

A la bataille nous appelle

La clameur du déshérité !...

... L'aurore a chassé l'ombre épaisse,

Et le Monde nouveau se dresse

A l'horizon ensanglanté !

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f5/Louise-Michel.jpg/220px-Louise-Michel.jpg

 

 

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 15:38

http://www2.cnrs.fr/sites/journal/image/langevineinstein_hd.jpg

 

Autant je n'ai que commisération (j'utilise un terme gentil) pour les ventres mous, autant j'éprouve beaucoup d'admiration pour ceux qui résistent, qui "ne lâchent rien", comme dit la chanson. C'est le cas de chercheurs du CNRS qui refusent la marchandisation de leur métier.


 

Lettre ouverte

à Monsieur Fuchs, président du CNRS

et à Monsieur Bourdelais, directeur de l’Institut des Sciences humaines et

sociales

 

Paris, le 6 février 2012

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur,

 

Chercheuses et chercheurs CNRS des centres de recherche de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, nous avons pris connaissance du lancement de la campagne 2012 relative à ladite « prime d’excellence scientifique » (PES).

 

Le temps n'ayant nullement érodé nos convictions, nous demeurons fermement opposés à ce système de rémunération injuste et nuisible au fonctionnement serein des équipes et donc à la qualité de la recherche dans notre pays. Il dénature et entrave l’objectif de revalorisation des traitements et des carrières de l'ensemble des chercheurs CNRS, notamment des débuts de carrière, ainsi que de leurs collègues ingénieurs, techniciens et administratifs. Il est particulièrement choquant pour les travailleurs précaires de la recherche et de l'enseignement, le montant de cette prime pouvant à  bon droit être reçu par eux comme une insulte.

 

Nous ne contestons pas seulement la forme de cette « campagne », même s'il y aurait beaucoup à dire sur des modalités d'attribution arbitraires et opaques de la PES, mais son principe : cette prime dégrade l’image que nous nous faisons de notre métier et du service public de la recherche et de l'enseignement. Au regard de l’activité éminemment collective qu’est la recherche, ces primes contribuent artificiellement à individualiser des mérites qui ne le sont guère. En introduisant des écarts de rémunérations toujours plus prononcés entre les agents du service public, elles véhiculent une gestion managériale de l’enseignement et de la recherche à l’opposé de la conception du service public à laquelle nous sommes attachés. C’est pour les mêmes raisons que les sections du comité national de l’INSHS ont refusé d’évaluer les demandes de PES.

 

Nous refusons par conséquent de participer à cette procédure et appelons tous nos collègues à refuser de cautionner un tel processus d'individualisation concurrentielle des rémunérations, dont la PES n’est malheureusement pas la seule modalité. Dans l’immédiat, nous vous suggérons d’affecter les ressources que vous voulez consacrer à la PES aux crédits récurrents des unités, qui sont en diminution.

 

Nous aimons notre métier et nous n'avons pas l'intention d’en changer en nous faisant acheter, fût-ce au nom de l' « excellence », mot fétiche du « new public management » et prétexte à la mise en concurrence sauvage de tous contre tous.

 

Veuillez croire, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, à notre

détermination.

 

Catherine Alès (GSPM), Luc Arrondel (PSE), Philippe Artières (IIAC), Emma Aubin-Boltanski (CEIFR), Michel Barthélémy (CEMS), Bernard Barraqué (CIRED), Irène Bellier (IIAC), Laure Béreni (CMH), Marc Bessin (IRIS), Christophe Bonneuil (CAK), Thierry Bonnot (IRIS), Véronique Boyer (CERMA), Pascal Buresi (CIHAM), Maurice Cassier (CERMES), François Denord (CSE), Marie-Elizabeth Ducreux (CRH), Julien Duval (CSE), Benoît Fliche (CETOBAC), Elie Haddad (CRH), Minh Ha-Duong (CIRED), Nicolas Jaoul (IRIS), Marie Ladier-Fouladi (CADIS), Sara Le Menestrel (CENA-MASCIPO), Amélie Le Renard (CMH), Benoit de l'Estoile (IRIS), Dominique Linhardt (GSPM), Frédéric Lordon (CSE), Catherine Maire (CESPRA), Claire Manen (TRACES), Dominique Marchetti (CSE), Denis Matringe (CEIAS), Patrick Michel (CMH), Marika Moisseeff (LAS), Claire Mouradian (CERCEC), Catherine Neveu (Laios-IIAC), Albert Ogien (CEMS), Waltraud Paul (CRLAO), Thomas Perrin (CRPPM), Sophie Pochic (CMH), David Pontille (IIAC), Philippe Quirion (CIRED), Juliette Rouchier (GREQAM), Alessandro Stella (CRH), Stéphanie Tawa Lama-Rewal (CEIAS), Sophie Wahnich (Laios-IIAC).

 

 

* Sur la photo, en compagnie d'Einstein : Paul Langevin, un grand scientifique et un grand résistant.

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 06:36

http://motsetmauxdemiche.blog50.com/media/01/00/1871913920.jpgAh ! Victor Hugo, le bon Totor, l’immense Totor. Face à ce géant qu'on a dit paradoxal, il y a toujours eu de fines bouches. Cocteau, qui a déjà bien mal vieilli, disait que Victor Hugo était un fou qui se prenait pour Victor Hugo. Quand on demandait à André Gide quel était le plus grand poète français, il répondait, admiratif, mais également très ironique : « Victor Hugo, hélas ». Hugo ne fit peut-être pas voler en éclats les normes esthétiques de son temps comme, par exemple, Mallarmé, mais son œuvre poétique est indépassable, et elle pèse des tonnes, non parce qu’elle est pesante, mais parce qu’elle est impossible à déplacer du champ littéraire. Baudelaire, dont l’œuvre et la démarche étaient aux antipodes de celles de l’auteur de La légende des siècles, rendit cet hommage particulièrement pénétrant à son aîné :

 

« Quand on se figure ce qu'était la poésie française avant que Victor Hugo apparût et quel rajeunissement elle a subi depuis qu'il est venu; quand on imagine ce peu qu'elle eût été s'il n'était pas venu, combien de sentiments mystérieux et profonds qui ont été exprimés, seraient restés muets; combien d'intelligences il a accouchées, combien d'hommes qui ont rayonné par lui seraient restés obscurs; il est impossible de ne pas le considérer comme un de ces esprits rares et providentiels, qui opèrent, dans l'ordre littéraire, le salut de tous... »

 

Si un million de personnes (dans un pays qui en comptait 35) se pressèrent aux funérailles de celui qui était, quand il mourut, la personne la plus connue au monde, c’est que cet homme, de tradition royaliste et très conservatrice, lutta aux côtés du peuple sans jamais faiblir. Il subit volontairement 19 années d’exil : « Je resterai proscrit, voulant rester debout », préviendra-t-il en 1853 dans Les Châtiments :

 

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,

Sans chercher à savoir et sans considérer

Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,

Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

 

Vingt années plus tard, il soutiendra la Commune.

 

Il rentre à Paris le 5 septembre 1870 après son long exil. Sans tarder, il adresse un appel « Aux Allemands », les adjurant de ne pas poursuivre leur attaque contre la République. Hystérique, la presse allemande répond par un « Pendez le poète au haut du mât ! » Le 17 septembre, il adresse alors « Aux Français » un appel pour organiser « l’effrayante bataille de la Patrie. » « Que pas un point du territoire ne se dérobe au devoir », exhorte-t-il. Il ajoute – et là, on reconnaît bien le père et le grand-père des poésies de notre enfance – : « Arrêtez-vous seulement, quand vous passerez devant une chaumière, pour baiser au front un petit enfant endormi. Car l’enfant c’est l’avenir. Car l’avenir c’est la république. »

 

Pendant le terrible hiver du siège de la capitale, Hugo abandonne tous ses droits d’auteur au profit de la souscription pour les canons. Il fustige les capitulards incapables, « le tas de gens de guerre qui a rendu cette ville » alors que

 

[…] les petits enfants, bombardés dans les rues,

Ramassaient en riant obus et biscayens,

Quand pas un n'a faibli parmi les citoyens,

Quand on était là, prêts à sortir, trois cent mille,

 

Il est élu à l’Assemblée qui doit ratifier les conditions de la paix, devant Gambetta, Garibaldi et Thiers. Le 1er mars 1871, à la tribune de l’Assemblée de Bordeaux, il fustige, au nom de Paris, « la paix infâme », cette paix sans honneur qui nourrira la haine. Il s’en prend aux « Ruraux » réactionnaires qui veulent décapitaliser Paris. Il démissionne de cette Chambre introuvable pour mieux la combattre de l’extérieur.

 

Son fils Charles meurt. Dans “ L’Enterrement ”, il donne cette stupéfiante réflexion sur la mort de son enfant  et sur les combats nécessaires :

 

Les morts sont des vivants mêlés à nos combats,

Ayant tantôt le bien, tantôt le mal pour cibles ;

Parfois on sent passer leurs flèches invisibles.

Nous les croyons absents, ils sont présents ; on sort

De la terre, des jours, des pleurs, mais non du sort ;

C'est un prolongement sublime que la tombe.

 

En avril 1871, il propose l’extraordinaire allégorie de “ La mère qui défend son petit ” :

 

Au milieu des forêts, asiles des chouettes,

Où chuchotent tout bas les feuilles inquiètes,

Dans les halliers, que semble emplir un noir dessein,

Pour le doux nouveau-né qui frissonne à son sein,

Pour le tragique enfant qu'elle emporte effarée,

Dès qu'elle voit la nuit croître, sombre marée,

Dès que les loups obscurs poussent leurs longs abois,

Oh ! le sauvage amour de la femme des bois !

 

Dans un premier temps, son ralliement au prolétariat n’est pas net. Depuis la fin de son exil bruxellois, il ne sait trop à qui attribuer la responsabilité des massacres, alors qu’elle est exclusivement le fait de Thiers, des Versaillais qui ont attaqué dès que Bismarck a reconstitué leur armée en leur rendant les prisonniers de Sedan :

 

Verser, mêler, après septembre et février,


Le sang du paysan, le sang de l’ouvrier,


Sans plus s’en soucier que de l’eau des fontaines !


Les latins contre Rome et les grecs contre Athènes !

Qui donc a décrété ce sombre égorgement ? (“ Un cri ”)

 

Toujours depuis Bruxelles, il marque une opposition larvée à la Commune : « Je suis pour la Commune en principe et contre la Commune en application », écrit-il dans Le Rappel, en avril 71. Mais il va basculer le jour où il va faire personnellement l’expérience de la haine des possédants pour le peuple. Le gouvernement belge ayant fait savoir qu’il s’opposerait à l’entrée sur son territoire des Communards réfugiés, Hugo rédige une lettre ouverte par laquelle il offre asile aux fugitifs, dans sa maison sis dans la place bien nommée des Barricades. Une bande de jeunes conduits par le fils du ministre de l’Intérieur se lance à l’assaut de sa maison en hurlant « À mort, Jean Valjean ! » Le gouvernement expulse le poète de Belgique. Hugo se réfugie au Luxembourg. Durant la Semaine sanglante, il prend définitivement parti pour les Communards. Dans un texte très violent, “ La prisonnière passe… ”, il vitupère contre les bourgeoises qui insultent une femme du peuple qu’on emmène en prison :

Charmantes, laissant pendre au bras de quelque amant

Leur main exquise et blanche où brille un diamant,

Accourent.

Je plains la misérable ; elles, je les réprouve.

Les chiennes font horreur venant mordre la louve.

 

Dans “ Sur une barricade, au milieu des pavés ”, il narre cet histoire incroyable d’un enfant qui, après être allé remettre sa montre à sa mère, vient s’adosser « au mur sombre où sont morts ses amis » :

 

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

— Es-tu de ceux-là, toi ? – L'enfant dit : Nous en sommes.

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.

Attends ton tour. – L'enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

— Tu veux t'enfuir ? – Je vais revenir. – Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? – Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

— Va-t'en, drôle ! – L'enfant s'en va. – Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leur officier,

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

 

La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce.

 

http://www.cndp.fr/media-sceren/images/vignettesFilms/W-00588-bt-4819.jpg

À ce moment précis, Hugo soutient pleinement la Commune, mais sans être un Communard lui-même. Il raisonne sur les bases de 1789. Il croit en une « révolution faite à l’amiable ». Lui qui, sa vie durant, a vécu des intérêts de ses rentes sans jamais toucher à son capital, souhaite la démocratisation de la propriété, « la réconciliation du travail avec le capital par le billet à rente ». Sa position est essentiellement morale : « Au bout de peu de temps, l’ordre faux que fait le sabre est vaincu par l’ordre vrai que fait la liberté… »

 

Il entame une campagne pour l’amnistie. Il demande la grâce pour tous les condamnés à mort : « Assez de victimes ! Qu’on fasse enfin grâce à la France ! C’est elle qui saigne… »

 

Ce soutien lui fera perdre les élections suivantes. Ce qui ne l’empêchera pas d’écrire “ Viro major ” cette ode à Louise Michel, une femme plus grande que les hommes. Six ans seront encore nécessaires pour que les proscrits puissent rentrer :

 

Et ceux qui, comme moi, te savent incapable

De tout ce qui n'est pas héroïsme et vertu,

Qui savent que si l'on te disait : " D'où viens-tu ? "

Tu répondrais : " Je viens de la nuit ou l'on souffre ;

Oui, je sors du devoir dont vous faites un gouffre !

Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,

Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donnés à tous,

Ton oubli de toi-même à secourir les autres,

Ta parole semblable  aux flammes des apôtres ;

Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain

Le lit de sangle avec la table de sapin

Ta bonté, ta fierté de femme populaire.

L'âpre attendrissement qui dors sous ta colère

 

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 06:22

http://www.massalire.fr/couverture/la_commune_a_marseille.jpgEugène Chatelain (1829-1902) est l’auteur de cette maxime reprise cent fois : « En politique, toute faute est un crime. »


Il combat sur les barricades de 1848, est arrêté en 1851 et déporté. De retour, il devient agent d’affaires, ce qui ne l’empêche pas d’évoluer vers l’extrême gauche. Lors de la Commune, il fait partie du Comité central républicain. Combattant de la Semaine sanglante, il est condamné à la déportation par contumace. Il se réfugie en Angleterre, est amnistié, rentre en France et publie de nombreux recueils de poésie. Sa chanson révolutionnaire la plus connue est “ Vive la Commune ! ”, écrite en exil et publiée en 1886 :

 

Je suis franc et sans souci ;

Ma foi, je m'en flatte !

Le drapeau que j'ai choisi

Est rouge écarlate.

De mon sang, c'est la couleur

Qui circule dans mon coeur.

Vive la Commune !

Enfants,
Vive la Commune !

Oui, le drapeau rouge est bien

 

Le plus bel emblème

De l'ouvrier-citoyen ;

C'est pourquoi je l'aime.

L'étendard du travailleur

Sera toujours le meilleur.

Vive la Commune !

Enfants,
Vive la Commune !

[…]

Quand les temps seront venus,

Aucune famille

N'aura plus d'enfants pieds-nus,

Traînant la guenille.

Tout le monde aura du pain,

Du travail et du bon vin.

Vive la Commune !

Enfants,
Vive la Commune !

 

Outre “ Jeanne ”, un poème sur la femme d’un Communard qui meurt pour le défendre, je mentionnerai ce très beau “ Proscrit de 1871 ” :

 

Si l’exil n’est point l’esclavage,

Si l’exil n’est point la prison,

Il transforme l’homme en sauvage,

En annihilant sa raison.

Communeux miné par la fièvre,

Semblable à l’enragé qui mord,

Avec le délire à la lèvre,

Je lutte encore contre la mort.

 

Issu d’une famille des “ Juifs du pape ”, Gaston Crémieux (1836-1871), bien qu’admiré de Victor Hugo, n’eut certainement pas la postérité littéraire qu’il méritait. Avocat, journaliste, d’abord proche de Gambetta, il évolue vers l’extrême gauche. Il anime plusieurs associations d’entraide sous l’égide de sa loge maçonnique. En mars 1871, il prend la tête de la Commune de Marseille et tente un compromis que les Versaillais refusent. L’insurrection marseillaise est écrasée dans le sang. Crémieux est condamné à mort. Thiers refuse sa grâce. Pendant les trois mois qu’il passe en prison, il écrit une pièce de théâtre consacrée à Robespierre (Le neuf Thermidor), quelques poèmes et des “ Impressions d’un condamné à mort ”. Il est fusillé dans les jardins du Pharo le 30 novembre 1871. Il ordonne lui-même son exécution en criant « Vive la République ! ». Le 3 mars 2011, eut lieu à Marseille une reconstitution du procès de celui qu’on appelait « l’avocat des pauvres ». Le 17 octobre 1871, il écrivit ce poème à son ami l’écrivain et homme politique socialiste Clovis Hugues :


Laisse dormir dans leur suaire

 

Nos martyrs de la liberté

N’entr’ouvre pas le sanctuaire

Du repos qu’ils ont mérité :

Il nous suffit, quand tu contemples

Leurs traits et leurs noms glorieux,

Qu’ils revivent par leur exemple ;

C’est à nous de mourir comme eux !

 

Émile Dereux ne fut sûrement pas le plus grand poète du XIXe siècle, mais Armand Mestral (link) chanta son “ Paris pour un beafsteak ”, une chanson vendue dans les rues de la capitale au moment de la capitulation :

 

Vive la Paix ! La France est aux enchères ;

Demain, Bourgeois, vous pourrez regoinfrer.

Bismarck attend au château de Ferrières

Que dans Paris, Thiers lui dise d’entrer.

Favre griffonne un dernier protocole,

Trochu renonce à son plan incompris.

Allons Brébant, tourne la casserole :

Pour un beafsteak, on va rendre Paris.

 

 

 

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