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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 07:16

http://3.bp.blogspot.com/_jZoqZrwTLcA/TSUddoBhAUI/AAAAAAAAAT0/jyq6VnS5RG4/s1600/dettes.jpg

Dans Le Monde Diplomatique de février 2012, Serge Halimi se projette dans l’après Tobin : « En 1997, notre journal a popularisé l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Celles-ci représentaient alors quinze fois la production annuelle mondiale. Aujourd’hui, c’est près de soixante-dix fois. Il y a quinze ans, on ne parlait guère de crédits subprime et nul n’imaginait une crise de la dette souveraine en Europe. La plupart des socialistes européens, envoûtés par le premier ministre britannique Anthony Blair, ne juraient que par l’« innovation financière ». Aux États-Unis, le président William Clinton se préparait à encourager les banques de dépôt à spéculer avec l’argent de leurs clients. Quant à M. Nicolas Sarkozy, il se pâmait devant le modèle américain et rêvait de crédits subprime à la française… ».


Joseph Sassoon (un parent du célèbre écrivain ?) explique comment les tyrans prennent leurs décisions : « Pendant plusieurs décennies, en Irak et en Syrie, Saddam Hussein et Hafez Al-Assad – puis son fils Bachar – ont exercé un pouvoir sans partage. Encensés par des médias à la solde, les tyrans s’aveuglent aussi bien sur leur popularité que sur des réalités internationales complexes, ce qui les conduit à prendre des décisions désastreuses. »

 

Pour G.M. Tamas, la Hongrie est le laboratoire d’une nouvelle droite : « « Travail, foyer, famille, nation, jeunesse, santé et ordre », telles sont les valeurs dont se réclame le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Il espère ainsi conserver le soutien des classes moyennes, laborieuses et « saines ». Et son gouvernement de droite nationaliste est bien décidé à présenter comme autant d’agents de l’étranger ceux qui, en Hongrie même, s’opposent à sa politique. »

 

Martine Bulard est allée se rendre compte de la « fièvre commerciale » à Taïwan : « Même soulagement à Taïpeh, Pékin et Washington au lendemain de l’élection présidentielle taïwanaise de janvier : M. Ma Ying-jeou, fervent partisan du rapprochement avec la Chine continentale, a été réélu avec une confortable majorité. »

 

Bruce Cumings reprend la thématique bien connue des deux corps du roi à propos des Kim en Corée : « Les discussions du groupe des Six qui s’étaient interrompues après la mort de Kim Jong-il, ont repris pour obtenir une dénucléarisation du pays. Si le nouveau président Kim Jong-un multiplie les visites officielles aux armées, son frère aîné, installé à Macao, prédit l’effondrement imminent du régime. »

 

Pour Anne-Cécile Robert, certains veulent étrangler l’ONU : « Pour la seconde fois en cinquante ans, les Nations unies ont adopté un budget en baisse. Si la crise financière justifie officiellement cette réduction, les Etats membres n’hésitent pas à la contourner. L’Organisation semble chercher sa voie dans une géopolitique en plein bouleversement. »

 

Jean Ziegler explique pourquoi le riz est devenu un produit financier : « Pour lutter contre la faim, au-delà de l’aide ponctuelle, et nécessaire, il faudrait soustraire les matières premières agricoles au système de spéculation, comme le proposent des économistes. »

 

À lire un fort dossier sur la « main basse » opérée sur les salaires en Europe. Anne Dufresne revient sur le consensus de Berlin : « Grèce, Roumanie, Belgique… Depuis quelques mois, Bruxelles place l’évolution des salaires au cœur de sa stratégie de résolution de la crise qui secoue l’Europe. Mieux, elle somme les autorités nationales d’obtenir des baisses. », et sur la difficile riposte des syndicats européens : « Contre l’harmonisation des rémunérations par le bas, un salaire minimum européen formerait un solide rempart. Et entraverait le dumping social au sein de l’Union. Pourtant, l’idée ne fait pas l’unanimité parmi les syndicats. »

 

Pour Sam Pizzigati, il est une nouvelle urgence, celle de plafonner les revenus (une idée qui nous vient … des États-Unis !) : « Si la pauvreté soulève une indignation unanime – il faudrait la combattre pour rendre le monde plus juste –, la fortune est plus rarement perçue comme un problème. Mais, avec la tempête financière, le lien entre l’une et l’autre refait surface. En même temps qu’une idée née aux États-Unis il y a plus d’un siècle : limiter les revenus des plus riches. »

 

Julien Brygo revient sur la grève des agents de Roissy et de leurs salaires à la baisse : « En décembre 2011, les agents privés de sûreté des aéroports de France ont fait onze jours de grève contre l’un des effets ordinaires de l’externalisation de services publics : la pression à la baisse sur les salaires. »

 

Bernard Frio explique pourquoi les cotisations sont un levier d’émancipation : « Mutualiser la richesse, revendication utopique ? Projet réaliste, au contraire : sans toujours le savoir, nous collectivisons déjà une bonne part des salaires grâce aux cotisations sociales. »

 

Selon Aurélien Barreau, on saura bientôt peut-être comment est né l’univers : « À Genève, les chercheurs traquent la fameuse « particule-Dieu », le boson de Higgs, qui pourrait permettre d’expliquer les propriétés du cosmos. La quête de l’infiniment petit transformerait alors la physique pour nous éclairer sur la naissance de l’Univers… »

 

Pour Sanou M’Baye, l’Afrique décolle mais le Sénégal stagne : « En annonçant sa candidature à la présidentielle du 26 février, le chanteur Youssou N’Dour a ajouté son nom à une liste déjà longue d’opposants au président Abdoulaye Wade. La vie politique sénégalaise ressemble à un chaudron de déception et de colère sur fond de crise sociale. Mais le mal dont souffre le pays – en panne de croissance – déborde le cadre des clivages politiciens. »

 

Et pendant ce temps-là, les Sarahouis résistent obstinément (Olivier Quarante) : « Depuis la signature d’un cessez-le-feu entre le Front Polisario et le gouvernement marocain, toutes les tentatives de solution diplomatique au Sahara occidental ont échoué. Sur le terrain, la situation dégénère. »

 

Rémi Carayol trouve ambiguë la lutte contre la piraterie au large de la Somalie : « Neuf preneurs d’otages somaliens ont été tués, le 25 janvier, par les forces spéciales américaines venues libérer deux humanitaires. L’Alliance atlantique intensifie la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien, où sept Occidentaux seraient retenus contre leur gré. Dans ce combat, Paris, comme ses alliés, n’hésite pas à employer les moyens les plus expéditifs. »

 

Anne Vigna doute de l’enseignement dans enseignants dans les télécollèges mexicains : « Alors que les cartels de la drogue contrôlent des régions entières du pays, l’affaiblissement de l’Etat mexicain préoccupe jusqu’à Washington. Il s’observe également dans le domaine de l’éducation, où les stratégies technophiles de Mexico pour « réduire les coûts » ne sont pas toujours très convaincantes. »

 

Alexander Cockburn revient sur les débuts de la contre-culture aux États-Unis il y a un demi siècle : « A l’aube des années 1960, les groupes radicaux se multiplient aux États-Unis. Le mouvement Etudiants pour une société démocratique connaît un succès inattendu. Son manifeste, publié il y a un demi-siècle, s’est imposé comme le document de référence de la contre-culture américaine. »

 

On passe un bon moment avec Felix Stalder qui nous parle d’Anonymus : « Le 19 janvier, le FBI fermait le site de téléchargement Megaupload, déclenchant une riposte du collectif Anonymous : les sites de la Maison Blanche et d’Universal Music, notamment, étaient touchés. De New York au Caire en passant par Tunis, des réseaux virtuels à la rue, une nouvelle culture de la contestation a émergé. Ceux qui l’ont forgée découvrent à la fois l’étendue et les limites de leur pouvoir. », ainsi qu’avec Navid Hassanpour (“ Révolte égyptienne avec ou sans Twitter ”) : « « Si vous voulez libérer une société, vous n’avez qu’à lui donner accès à Internet. » Les événements égyptiens offrent un terrain d’étude unique pour vérifier la validité de cette maxime. »

 

Mais Smaïn Laacher et Cédric Terzi constatent qu’au Maghreb les blogueurs sont fatigués : « Les révoltes arabes ont fait émerger dans les médias la figure du cyberactiviste, documentant les conditions de vie de la population et le sentiment d’injustice qu’elles engendrent. »

 

Un très bel article de John Berger sur l’exposition Danser sa vie au Centre Pompidou : « Au siècle précédent, Edgar Degas, par son travail sur les ballerines, tentait de percer le mystère du mouvement, mais aussi, niché dans la chair, le secret de la condition humaine. »

 

Enfin, pour Maurizio Lazzarato, la dette c’est le vol du temps : « Le phénomène de la dette ne se réduit pas à ses manifestations économiques. Il constitue la clé de voûte des rapports sociaux en régime néolibéral, opérant une triple dépossession : d’un pouvoir politique déjà faible, d’une part grandissante de la richesse que les luttes passées avaient arrachée à l’accumulation capitaliste, et, surtout, des possibles. »

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 15:45

0314---copie.jpgIl en va de la LRU comme de la peine de mort : on est pour ou contre cette loi scélérate qui tue la démocratie dans une institution qu'elle livre à la finance internationale. J'ai dit il y a quelques jours que François Hollande s'accommodait de cette "réforme" (link). C'est cela le socialisme Flanby. Or il ne peut pas y avoir d'accommodement avec cette loi qui s'inscrit dans le cadre de la marchandisation du savoir, de la culture et de la Fonction publique.

Je reproduis ici un texte du Front de gauche à ce sujet. Très clair :

 

« Une des tâches [du Front de gauche] est de 'démarchandiser' tout le secteur scolaire » ; cela passe notamment par « la gratuité de l'enseignement », et « l'abrogation de la LRU », déclare Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle, lors de ses voeux « à la communauté éducative », lundi 30 janvier 2012. Le candidat consacre l'essentiel de son discours à l'enseignement scolaire devant près de 700 personnes, parmi lesquelles Bernadette Groison, actuelle secrétaire générale de la FSU et son prédécesseur Gérard Aschieri, dans le théâtre Comédia à Paris. Interrogé par AEF sur l'organisation du système universitaire une fois la LRU abrogée, Jean-Luc Mélenchon répond qu' « on n'échappera pas à des États généraux de l'enseignement supérieur ». « Il y a un gros travail à faire. Le statut quo ne me convient pas. Il faudra travailler dans le sens où étaient les choses avant [la LRU] », précise-t-il. 

 

« Je veux être parmi ceux qui dénoncent le classement de Shangaï », lance aussi Jean-Luc Mélenchon au cours de son intervention. Ce classement a selon lui été « érigé en principe d'évaluation des universités », alors qu' « il ne correspond en rien à notre organisation » car « il favorise ceux qui publient en anglais et pénalise ceux qui comme nous séparent recherche et université », explique-t-il. « Sous prétexte du classement de Shangaï, [le gouvernement] a décidé la première loi d'autonomie des établissements. Nous ne parlons pas d'autonomie pédagogique, il s'agit de l'autonomie de gestion qui crée un marché pour mettre des acteurs en concurrence », poursuit-il. « Le président d'université fait la paye et choisit ses enseignants (…). Dorénavant, il faudra des qualités intellectuelles et les faveurs du prince ou du roitelet [pour exercer à l'université] », avance-t-il.

 

UN ÉTAT QUI « BAT DIPLÔME NATIONAL »

 

« Le système de diplômes doit rester national. C'est l'État qui bat diplôme national et personne d'autre ! », insiste le candidat du Front de gauche qui estime « qu'un diplôme ne vaut que s'il reste assez général ». « Un niveau de diplôme doit correspondre à un niveau de salaire » et doit être inscrit dans les conventions collectives, ajoute-t-il en évoquant l'existence de « clubs de diplômes » en Angleterre.

 

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon souhaite « rétablir immédiatement la formation des enseignants » : « Pour diversifier le recrutement social, nous devrons procéder massivement à des pré-recrutements comme nous le faisions avec les Ipes (Instituts préparatoires à l'enseignement du second degré) », indique le candidat, reprenant ainsi une des propositions formulées par le PCF, membre du Front de gauche 

 

Jean-Luc Mélenchon, qui a été ministre de l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002 (gouvernement Jospin), a longuement développé sa vision du bac professionnel et de l'apprentissage. Il estime qu'il faudra « aider » les bacheliers professionnels « financièrement et pédagogiquement à intégrer un BTS ou un IUT », sans en préciser les modalités. Pour concrétiser son exigence de « scolarisation étendue de 3 à 18 ans », il défend par ailleurs une « forte relance de la recherche pédagogique ».

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 07:09
Charles Bonnet fut condamné par contumace à la déportation. Il continua à militer à Genève, où il était réfugié (en ce temps-là, la Suisse n’abritait pas que des banques). Dans la capitale suisse, Bonnet publie en 1872, aux bons soins d’une imprimerie coopérative, un texte intitulé “ Entrée triomphale du général Espivent à Marseille ”. Ce de la Villeboisnet appartenait à une grande famille de la noblesse française. En 1871, il avait été envoyé à Marseille pour y réprimer l’insurrection communarde. Il fut plus tard sénateur et décoré de la Grand-croix de la Légion d’honneur. La violence du poème de Bonnet répond à la violence de la répression :

 

 

C’est à toi, grand héros, que la brune Marseille

Doit son repos présent … et ses assassinats.

Dans l’art de massacrer, tu fais vraiment merveille ;

Sauveur, cache tes mains … le sang rougit tes bras !

Fais chanter tes soldats, leur voix couvre le râle

Des enfants étendus pêle-mêle à tes pieds !…

Continue à présent ta marche triomphale !…

Victimes, dressez-vous !… Offrez-lui des lauriers.

 

http://www.images-chapitre.com/ima0/original/135/790135_5103451.jpg

Étrange destin que celui de Maurice Boukay. De son vrai nom Charles-Maurice Couyba, ce professeur au lycée Arago chantait le soir au Chat Noir. Il fut élu député radical en 1896 et devint ministre du Commerce en 1911. Son vrai plaisir était d’écrire des chansons romantiques. Il est l’auteur immortel d’“ Adieu, Venise provençale ” (interprétée ici par Brassens, avé l’assent, (link). Vers 1889, il rencontre Paul Delmet, auteur, avec Michel Vaucaire, des “ Petits pavés ”, cette étrange et bouleversante chanson d’amour, interprétée ici par Lys Gauty : link. Delmet mettra en musique des dizaines de poèmes de son ami Boukay. Le drame de la Commune amènera Boukay à écrire, par exemple, “ Tu t’en iras les pieds devant ”, un poème dont la force rend à merveille la violence de l’époque :


Tu t'en iras les pieds devant,

Ainsi que tout ceux de ta race,

Grand homme qu'un souffle terrasse.

Comme le pauvre fou qui passe,

Et sous la lune va rêvant,

De beauté, de gloire éternelle,

Du ciel cherché dans les prunelles,

Au rythme pur des villanelles,

Tu t'en iras les pieds devant.

Tu t'en iras les pieds devant,

Duchesse aux titres authentiques,

Catin qui cherches les pratiques,

Orpheline au navrant cantique.

Vous aurez même appris du vent,

Sous la neige, en la terre grise,

Même blason, même chemise,

Console toi fille soumise,

Tu t'en iras les pieds devant.

Tu t'en iras les pieds devant,

Oh toi qui mens quand tu te signes,

Maîtresse qui liras ces lignes,

En buvant le vin de mes vignes,

À la santé d'un autre amant,

Brune ou blonde, être dont la grâce,

Sourit comme un masque grimace,

Voici la camarde qui passe.

Tu t'en iras les pieds devant.

Tu t'en iras les pieds devant,

Grave docteur qui me dissèques,

Prêtre qui chantes mes obsèques.

Bourgeois, prince des hypothèques,

Riche ou pauvre, ignorant, savant,

Camarade au grand phalanstère,

Vers la justice égalitaire,

Nous aurons tous six pieds de terre.

Tu t'en iras les pieds devant.

 

 

 

Dans son recueil Les Chansons rouges (1896), Bouquet rendra hommage aux déportés de la Nouvelle-Calédonie et des Fédérés fusillés au Père-Lachaise :

 

Coq rouge, au sommet du clocher,

Que vois-tu là-bas, dans une île ? –

Je vois des hommes qu’on exile

Et qui meurent sur leur rocher. –

 

Coq rouge, au sommet du clocher,

Que vois-tu dans le cimetière ? – 

Je vois les morts lever leur pierre.

Les martyrs vont se revancher. – 

 

 

Secrétaire de la Commission exécutive de la Commune, Pierre Brissac sera condamné aux travaux forcés, dont il purgera sept ans en Nouvelle-Calédonie. Il reviendra de son exil avec Souvenirs de prison et de bagne(1882), puis adhèrera au parti ouvrier de Jules Guesde. Dans l’île Nou, les autorités pénitentiaires contraignirent ce militant contre la peine de mort à participer au montage de la guillotine.  Je citerai de lui ce magnifique “ En remplissant des sacs ” :

 

La chaux, comme un simoun, tourbillonne en atomes

Ses vagues, peuplant l’air épais de blancs fantômes,

Font choir leur avalanche, en poudrant à frimas

Les marquis de la Chiourme et les ducs du ramas.

La maudite. – l’enfer, certes, l’a fabriquée ! –

Remplit d’une âcre odeur ma gorge suffoquée,

Verse la cécité sur mes yeux impuissants,

La toux dans ma poitrine et l’horreur de mes sens.

Vole aussi, toi, poussière impalpable d’idées !

Pénètre les esprits ! Féconde les cerveaux !

Jettes-y les clartés des horizons nouveaux !

Répands-toi sur le monde en laves débordées !

 

 

 

Étienne Carjat découvre, adolescent, le dessin et la lithographie. Puis la photographie. Il ouvre son propre atelier en 1861. Son cliché le plus connu est celui du jeune Rimbaud, réalisé en octobre 1871.

http://farm4.static.flickr.com/3653/3379297668_f807404e81.jpg

 Il se lie à plusieurs opposants notoires au Second Empire, tels Vallès, Courbet ou Verlaine. Il soutient pleinement le mouvement révolutionnaire et publie des poèmes politiques dans le journal La Commune. En janvier 1872, une querelle éclate au cours d’un dîner organisé par un groupe d’amis artistes auquel il appartient. Rimbaud le blesse à l’aide d’une canne-épée. Carjat détruira la plupart des clichés qu’il a pris du jeune poète, dont il ne reste aujourd’hui que huit photographies le représentant. Je propose ici un extrait des “ Versaillais ”, un long poème publié en mai 1871, un portrait sans nuances de la campagne réactionnaire et collaborationniste :

 

Comme un roquet hargneux qui jappe après la blouse,

Et montre, en s’enfuyant, ses petits crocs aigus,

La campagne imbécile, Ô Paris, te jalouse,

Et t’insulte de loin en serrant ses écus.

[…] Que le Prussien vienne et montre sa monnaie,

[Les paysans] offriront leur pain, le vin et leur cellier ;

Ils livreront leur lit, leur femme, et, s’il les paie,

Au moment du départ, lui tiendront l’étrier.

 

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:51

RP2On ne va pas se gêner : deux contributeurs éminents de cette émission étant par ailleurs deux contributeurs éminents du site Le Grand Soir, je me permets aujourd’hui une revue de presse spéciale Grand Soir.


Charles Sullivan évoque l’écologie et la pathologie du capitalisme :

Contrairement à ce qu’on nous a toujours dit, il n’y a pas d’États Unis d’Amérique. Les Etats-Unis sont un territoire occupé qu’il serait plus approprié d’appeler les Etats des Entreprises d’Amérique. Si les états sont unis sur le plan géopolitique, les habitants ne le sont pas. Nous sommes une nation divisée en classes idéologiques, sociales et économiques. Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie et ne l’ont jamais été. La structure du pouvoir ne permet pas aux travailleurs de se faire entendre ni d’influencer collectivement le cours des événements.

En dépit du discours sur la liberté et la démocratie, les droits des entreprises ont continuellement supplanté les droits souverains de l’individu et de la communauté. L’histoire des classes laborieuses et la multiplication des catastrophes environnementales en sont la preuve. Par exemple, les agences gouvernementales "ostensiblement créées pour protéger la santé publique" autorisent partout l’exploitation du gaz de schiste par fracture hydraulique même lorsque cela empoisonne l’eau potable de la commune et cause des dégâts incalculables à l’environnement.

 

Théophraste R. n’est pas en reste (Diplômé à 12 ans de l’Ecole Navale de Pilotage des Pédalos). Je me demande si « Théophraste R. » c’est un pseudonyme. Il a eu accès, en exclusivité, à une conversation téléphonique capitale :

Remonte à bord tout de suite !

  Président Papandreou, vous avez débarqué ?

  Non, un roulis du FMI et de la banque Goldman Sachs m’a jeté à l’eau.

  Remontez immédiatement pour sauver les femmes, les enfants, les vieux...

  Bon, je suis à bord. J’organise un référendum pour sauver mon peuple.

  Président, vous êtes vraiment à bord ?

  Il y a eu une mutinerie. C’est Papademos qui m’a remplacé.

  Par Zeus ! Vous êtes le président élu de ce pays et lui un vulgaire porte-flingue de Goldman Sachs.

  Porca miseria ! Goldman Sachs, une puissance plus terrible que Poséidon.

  Va fanculo ! Vous êtes aussi président de l’Internationale socialiste. Une autre puissance, avec des peuples qui attendent vos ordres pour sauver votre navire et mettre au fer les naufrageurs internationaux.

  Ils m’ont débarqué, ils m’ont débarqué. Je vais demander l’aide des Français : Bayrou, Le Pen, Hollande et leur président Nikólaos Sirtaki, qui sauve l’Europe et l’euro toutes les semaines.

  Oubliez-les. Ils font du bruit avec leur bouche en se couchant sur le flanc.

 

Yann Fiévet s’intéresse au Triple A, mais surtout au triple D

Au commencement était le triple D. Pendant que le « triple A » occupe tant d’esprits conformistes et de discours convenus l’on oublie coupablement que ce « machin » si outrancier est la conséquence directe et fatale d’un autre triptyque conçu par les pouvoirs politiques du « monde développé » voilà trente ans déjà. Le triple A n’est rien d’autre qu’une note – au pouvoir certes démesuré – sanctionnant la capacité des instances politiques et économiques à bien faire vivre la croyance dans les bienfaits miraculeux du dieu Marché. Afin que le règne sans partage de ce dernier advint, des hommes à la fois suffisants et insuffisants inventèrent les trois D : déréglementation, décloisonnement, désintermédiation. Les trois verrous qui contenaient la finance dans des limites raisonnables sautèrent et l’on salua cet épisode, largement méconnu ou oublié par les peuples en souffrance, comme une libération trop longtemps attendue. Aujourd’hui, de trop nombreux témoins et acteurs de l’époque feignent l’étonnement. Le temps est donc venu de rafraîchir les mémoires afin de nourrir l’espoir de retrouver un jour la raison.

 

 

À la semaine prochaine

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:24

http://www.pointsdactu.org/IMG/bmp/La_vie_des_forcats.bmpLe kleiner Mann et le gang du Fouquet’s ont ravagé l’Éducation nationale. Leur mission est loin d'être accomplie. S’il est réélu (20% des enseignants se prononcent en sa faveur), Sarkozy prépare pour les personnels quelques traitements aux petits oignons. Souvenons-nous de ces initiatives tellement intelligentes du début de son quinquennat, mais tellement normales pour quelqu’un qui voue un mépris d’acier à l’école de la République. Les élèves de CM2 devaient parrainer un enfant juif mort dans les camps. Même Simone Veil, qui soutient Sarkozy publiquement (en privé, hum !) avait trouvé cette initiative scabreuse. Chaque année, les lycées devaient lire la lettre de Guy Môquet (le casinotier Laporte, patron de l’équipe de France de rugby à l’époque, avait imposé ce pensum aux joueurs avant une branlée mémorable lors d’un tournoi des cinq nations). Les parents devaient pouvoir choisir librement l’école de leurs enfants. L’échec scolaire allait être divisé par trois en fin de primaire (fastoche avec la suppression des Rased), les élèves sortiraient bilingues du lycée, le master formation des maîtres allait supplanter avantageusement le Capes. J'en passe et des meilleures.

Donnons la parole à quelques enseignants qui évoquent franchement leur vécu (source : Libération).

Jean François Petit, secrétaire régional Rhône-Alpes de la CGT-Éduc'action et professeur de construction mécanique dans un lycée professionnel de Givors.

« Le bilan des cinq années Sarkozy, c'est les suppressions de postes. L'année dernière, on a perdu 30 professeurs dans l'académie en lycée pro, cette année 150. Le résultat c'est plus d'élèves par classe. On plafonnait à 24, maintenant on est à 30.

Sarkozy c'est aussi le bac pro en trois ans au lieu de quatre. Avant les élèves faisaient deux ans de BEP plus deux ans de bac. Maintenant, ils font la totalité en trois ans. Avec des mômes cabossés, ça ne marche pas. Ils ont voulu justifier la réforme d'un point de vue pédagogique, c'est elle n'est que comptable.

Pour les enseignants, ce sont des conditions de travail qui se détériorent. Les gens s'imaginent qu'on ne fout rien. Psychologiquement, c'est quand même dur pour nous à vivre.

Sarkozy, c'est aussi les gamins sans papiers qui s'angoissent. On en a régulièrement. C'était pas le cas avant Sarko, c'est net.

Pour moi, faut oublier ces cinq ans. Habituellement, je vote très à gauche, mais là je vais voter Hollande au premier tour pour le dégager. »


Sylvie Caron, enseignante en primaire à Rillieux-la-Pape (Rhône), militante à SE-Unsa (Syndicat des enseignants du premier degré et du second degré).

« On assiste depuis cinq ans à une casse systématique et organisée de l'Education nationale et de l'enseignement en général. Le gouvernement a cassé la formation professionnelle des enseignants, il a cassé les moyens en termes de postes d'aide aux enfants en difficulté, de remplaçants, et de postes de directeurs quand on a fusionné les écoles pour en gagner un.

Cette entreprise de casse démobilise les troupes et provoque dans les établissements un ras-le-bol général. Les profs sont pressurés par l'administration avec des évaluations natinales à tout bout de champ et pas forcément en corrélation avec ce qu'ils doivent enseigner et demander aux élèves. Ce ras-le-bol a des effets au niveau santé, motivation, moral, et se ressent dans le travail d'équipe.

D'autant qu'on s'entend dire dans le même temps qu'on est des nantis, que tout va bien, et qu'on a beaucoup trop de moyens.»

Jérémie Buttin, professeur depuis douze ans en arts appliqués au lycée Adolphe-Chérioux, dans le Val-de-Marne.  Il y a tout juste deux ans, un élève était agressé dans l'enceinte de l'établissement par une bande de jeunes venus de l'extérieur. L'équipe enseignante s'était alors fortement mobilisée réclamant des postes d'encadrement.

«Après cet épisode, ils ont fait une clôture autour de l'établissement pour l'isoler du grand parc départemental qui est à côté. On a obtenu quatre postes de surveillants sur les onze qu'on demandait. Leur contrat de deux ans arrivent à échéance, on ne sait pas du tout s'ils seront remplacés. De manière générale, il y a une vraie pénurie de personnel encadrant et administratif. La dégradation est vraiment criante ces dernières années. Le personnel reste motivé mais débordé. L'intendante du lycée, par exemple, est à cheval sur plusieurs établissements. Elle a un travail de dingue. Cela a des répercussions sur les projets éducatifs, tout est plus compliqué, les délais sont plus longs pour débloquer les budgets...

Autre dégradation qui me vient à l'esprit : depuis la rentrée, avec la mise en place de la réforme du lycée, chaque proviseur a désormais une enveloppe avec un nombre d'heures à distribuer pour dédoubler les classes par exemple. C'est une sorte de pot commun. Chaque enseignant doit se battre et justifier pourquoi il a besoin de prendre ses élèves en demi-groupe... Cela met une mauvaise ambiance dans l'équipe. On se retrouve en compétition les uns les autres, ce n'est pas sain. »

Sabine, enseignante Rased (Réseaux d'aides spécialisées aux enfants en difficulté), ces profs spécialisés dans le traitement de la difficulté scolaire. Elle vient d'apprendre que son poste était supprimé à la rentrée.

« C'est vraiment dommage. Surtout ce qui m'énerve, c'est ce double discours complètement contradictoire. D'un côté, Sarkozy dit mettre tout en place pour aider les enfants à réussir à l'école. De l'autre, il détruit le seul système qui existe dans l'Education nationale pour venir en aide aux élèves qui sont en grandes difficultés. Tout cela obéit à une logique purement comptable. Le chef de l'Etat a promis de ne pas supprimer de classes donc il fait des économies sur tous les postes à côté: les Rased sont les premières cibles.

En tant qu'enseignante spécialisée Rased, je ne suis pas rattachée à une classe, j'interviens dans plusieurs écoles. Je m'occupe, par petits groupes, d'enfants en grandes difficultés. Je travaille en étroite relation avec les orthophonistes, les psychologues, les parents pour essayer d'aider ceux qui sont vraiment en grandes difficultés. Bien évidemment, cela ne marche pas à chaque fois, mais nous avons des résultats. Plutôt que d'encourager cette démarche et de l'améliorer, on la détruit. Les premières victimes, ce sont évidemment ces enfants, souvent les plus défavorisés socialement. Sarkozy se vante d'avoir instauré à la place l'aide personnalisée [après l'école, le soir ou entre midi et deux, ndlr] mais on ne cible pas du tout les mêmes élèves et les mêmes difficultés. La preuve : depuis la mise en place de l'aide personnalisée, nous avons toujours autant de demandes d'intervention dans les classes. »

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 07:17

Nous poursuivons la lecture du beau livre de Pacal Dessaint et Philippe Matsas :

 

http://reliques.online.fr/journal/uploaded_images/metaleurop2-766409.jpg

 

On se battit pourtant, partout, on se bat encore, il n' y a pas si longtemps à Metaleurop. On a l'expérience du slogan. Mais les combats sont perdus d'avance. Le temps passe, les plaies ne se referment pas.

 

C'est miracle s'il reste l'espoir d'un peu d'amour…

Et tant pis pour la maladresse.

 

Les voies se perdent désormais sous une végétation conquérante, comme on dirait sans scrupules, gourmande, opiniâtre et pénible. Ces voies conduisent à un pays qui s'est peut-être résigné aux regrets.

 

La vie renaît toujours, où tout semblait mort. Ainsi ces bouleaux partant à l'assaut d'un convoi oublié en lisière d'une cité ouvrière. La nature finit par prendre le dessus. La nature n'est jamais en repos. Bouleau boulot…

 

L'herbe repousse ici, une mare se forme là, un oiseau se pose où probablement il ne se posait jamais, et les hommes ne sont plus ce qu'ils voudraient être encore.

 

Avec l'aimable autorisation des auteurs et des éditions Après La Lune

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 15:51

Après les attaques diverses et les petits mots censés décrédibiliser le candidat socialiste (et puisque l'UMP ne peut menacer les Français d'une entrée des chars de l'URSS dans Paris, comme en 1981 !), le parti du président nous menace d'une guerre si nous votons socialiste. Où allons-nous avec une telle irresponsabilité et manque de courage ? Ont-ils si peur de ce candidat mou et sans programme ? (Van Winsen).

 

http://i35.servimg.com/u/f35/11/25/44/81/affich22.jpg

 

Bling-bling hollywoodien kitsch, cocooning individualiste régressif, ultralibéralisme anglosaxon numérique, malbouffe plus fast que food, real-politic shows événementiels, surproduction donc surconsommation, donc surmenage mortifère (ou l'inverse), patient travail de sape de la mémoire vive au profit du "tout et tout de suite" déculturé, tapageuses publicités sadomasochistes pour impuissants de l'imaginaire … Chère vieille Europe, tu te rêves américaine. Tu vas te réveiller chinoise (David Anquetil).

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 06:27

http://biography4u.com/image-files/Supposed%20portrait%20of%20Miguel%20de%20Cervantes.jpgIl y a quelque temps, la municipalité de Toulouse (la reine des ralentisseurs qui ne servent à rien si ce n’est flinguer nos suspensions de voitures et nos fourches de vélo, link) a traduit certaines annonces du métro en occitan. J’ai dit ici ce que j’en pensais (link).

 

Nos édiles viennent à nouveau de se lancer dans la traduction. Se souvenant à juste titre de la catastrophe d’AZF, ils ont fait afficher dans tous les immeubles de la ville une annonce expliquant aux citoyens ce qu’il fallait faire – et ne pas faire – en cas de problème sérieux. On ne peut qu’approuver une telle initiative.

 

La municipalité a entrepris de traduire les consignes en deux langues : l’anglais et l’espagnol. Pourquoi en anglais ? Par définition, un Britannique résidant et travaillant à Toulouse connaît forcément plus ou moins bien notre langue. Pourquoi en Espagnol quand on sait que l’immigration espagnole est présente dans la région depuis trois ou quatre générations et que de très nombreuses personnes d’origine ibérique (n’oublions pas les Portugais) ne s’expriment plus dans la langue de leurs grands-parents ?

 

Pourquoi pas en occitan, que tout le monde comprend et parle depuis que le métro est bilingue ? Pourquoi pas en italien, l’immigration transalpine étant présente dans la région depuis 90 ans ? Pourquoi pas en arabe, le deuxième idiome effectivement parlé à Toulouse ?

 

Et puis, quand on traduit, il faudrait le faire proprement. Mes connaissances dans la langue de Cervantes étant modestes, je ne peux juger de la traduction en espagnol. Mais nos édiles auraient dû demander à des Britanniques de cautionner leurs efforts méritoires dans la langue de Shakespeare. Une consigne enjoint fermement aux parents de « ne pas chercher leurs enfants à l’école ». Cette phrase est traduite en anglais par « Do not seek your children at school ». Ceci ne signifie absolument rien pour un anglophone, qui ne comprendra ce dont il est question que s’il a d’abord lu la phrase française et que s'il possède des rudiments de notre langue. Le verbe « To seek » est utilisé dans des contextes tels que chercher fortune, chercher le bonheur, rechercher des honneurs, chercher du secours.

 

Qui trop (et gauchement) embrasse, mal étreint.

 

 

* Il n'existe aucun portrait authentifié de Cervantes. Celui-ci est donc tout aussi fiable que les traductions anglaises de la municipalité de Toulouse.

 

 

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:25

http://lewebpedagogique.com/bourguignon/files/2009/05/signature.jpegS’il est un poète du XIXe siècle facilement classable, politiquement parlant, c’est bien Arthur Rimbaud.


Son père étant en garnison militaire lointaine et prolongée, le garçon de 13 ans se révolte, d’abord contre sa mère despotique, dévote et austère, puis contre l’ordre du monde. Immédiatement, son cri est un appel à la révolution. À un condisciple de son collège de Charleville qui lui demande ce qu’il pense du coup d’État du 2 décembre, il répond sans ambages : « Napoléon III mérite les galères. » Rimbaud n’a connu durant son enfance que le régime autoritaire de la bourgeoisie possédante et de l’ordre moral de l’Église catholique. Dans un texte qui lui a été inspiré par une gravure de l’Histoire de la Révolution française d’Auguste Thiers (“ Le Forgeron ”, 1870), il évoque la misère des paysans :

 

[…] Tous ceux dont le dos brûle

Sous le soleil féroce

 

Il exalte la prise de la Bastille :

 

Et c'était dégoûtant, la Bastille debout

Avec ses murs lépreux qui nous rappelaient tout

Et, toujours, nous tenaient enfermés dans leur ombre !

Citoyen ! citoyen ! c'était le passé sombre

Qui croulait, qui râlait, quand nous prîmes la tour !

 

Il vitupère le roi par la bouche de son forgeron :

 

Et, si tu me riais au nez, je te tuerais !

- Puis, tu dois y compter, tu te feras des frais

Avec tes avocats , qui prennent nos requêtes

Pour se les renvoyer comme sur des raquettes

Et, tout bas, les malins ! Nous traitant de gros sots !

 

Il se nourrit d’Helvétius, de Rousseau, mais aussi de Babeuf, de Louis Blanc, de Proudhon. Il préconise une nouvelle révolution : « La hache, la pioche, le rouleau niveleur doivent passer sur la Société. » Contre Napoléon, il préconise le communisme. « Il y a trop de propriétaires », écrit-il à son camarade Delahaye.

 

Pour les pauvres, l’Église, c’est l’opium du peuple :

 

Parqués entre des bancs de chêne, aux coins d'église

Qu'attiédit puamment leur souffle, tous leurs yeux

Vers le choeur ruisselant d'orrie et la maîtrise

Aux vingt gueules gueulant les cantiques pieux ;

 

Comme un parfum de pain humant l'odeur de cire,

Heureux, humiliés comme des chiens battus,

Les Pauvres au bon Dieu, les patrons et le sire,

Tendent leurs oremus risibles et têtus.

 

Dans “ Les premières communions ” (1871), poème inspiré par la sienne et surtout celle de sa sœur, il s’effraie des dégâts que peut occasionner ce rite sur une enfant mystique :

 

Et mon coeur et ma chair par ta chair embrassée

Fourmillent du baiser putride de Jésus !"

 

Le poème se finit par un « Merde à dieu » d’une violence inouïe :

 

Christ ! ô Christ, éternel voleur des énergies,

Dieu qui pour deux mille ans vouas à ta pâleur,

Cloués au sol, de honte et de céphalalgies,

Ou renversés les fronts des femmes de douleur.

 

Il ne participe pas physiquement à la Commune, mais son soutien est sans failles. Son 29ème poème s’intitule “ Chant de guerre parisien ”. Il y réécrit le “ Chant de guerre circassien ” de François Coppée. Il chante le printemps révolutionnaire de la Commune et raille la poésie sentimentale des romantiques et des parnassiens. Il  moque l’armée des Versaillais :

 

Ils ont schako, sabre et tam-tam,

 Non la vieille boîte à bougies

 Et des yoles qui n'ont jam, jam...

 Fendent le lac aux eaux rougies !

 

Une armée vêtue de schakos, des soldats jouant du tam-tam, oisifs, sans armes.

 

Le massacre des Communards est à peine achevé qu’il lance, avec “ L’orgie parisienne ou Paris se repeuple ”, un cri terrible contre les bourgeois lâches, jouisseurs et accapareurs. Il plaint le Paris révolutionnaire (« fauve ») qui a perdu :

 

Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,

Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,

Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires

Un peu de la bonté du fauve renouveau,

 

Et s’acharne contre la société dominante restaurée :

 

Société, tout est rétabli : — les orgies

Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :

Et les gaz en délire aux murailles rougies

Flambent sinistrement vers les azurs blafards !

 

Un mois plus tard, alors que la répression accable les vaincus, il chante les femmes combattantes et désirées dans “ Les mains de Jeanne-Marie ”. Ces femmes n’ont pas la frivolité de la Juana de Musset ou la vénalité de la cigarière de Mérimée. Rimbaud oppose la peau brune et la sensualité des ouvrières aux mains pâles et mortes fardées par des « crèmes brunes »

 

Remuant comme des fournaises,

Et secouant tous ses frissons,

Leur chair chante des Marseillaises

Et jamais les Eleisons !


 

Ça serrerait vos cous,

ô femmes
Mauvaises, ça broierait vos mains,

Femmes nobles, vos mains infâmes

Pleines de blancs et de carmins.

 

Même dans “ Le bateau ivre ” (Rimbaud n’avait jamais vu la mer), les allusions à la Commune sont évidentes :

 

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,

Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,

Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,

Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 

Nous sommes en présence d’un “ tombeau ” de la Commune. À la fin de ce long poème, Rimbaud évoque « les yeux horribles des pontons » : au lendemain de la semaine sanglante mai 1871, ceux qui n’avaient pas été fusillés furent entassés dans des pontons qui servaient de prisons flottantes.

 

Dans la foulée, il élabore un projet de constitution communiste. Le jeune homme de 17 ans rédige, selon son ami Delahaye, « un texte considérable tant par sa forme que par son esprit ». De ces pages malheureusement perdues, Delahaye a retenu le projet d’une Agora, d’une démocratie directe, de référendums permanents supprimant la représentation élue. Rimbaud supprime l’argent et ne garde du travail que ce qui est nécessaire à la vie. La propriété lui paraît un monstrueux abus car souyrce de misère et d’injustice. Dans “ Une saison en enfer ” (1873, il écrira que « Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours été bien public. »

 

Rimbaud se méfie de la gauche établie comme de la peste : « On se fait de fausses idées de ces gens-là … Ils sont en somme beaucoup plus accommodants qu’on ne pense. Les vieux se convertissent et se frappent la poitrine à la tribune et à la cour d’assises. […] Les jeunes ont de l’ambition et se tiennent prêts à tout événement. »

 

Dans “ Qu’est-ce pour nous, Mon Cœur … ” (1872), il en appelle à la vengeance :

 

Et toute vengeance ? Rien !... — Mais si, toute encor,

Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,

Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !

Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or !

 

Peut-être serons-nous « écrasés », prévient-il, irrémédiablement engloutis :

 

Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,

Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,


 

Rimbaud a dit tout ce qu’il avait à dire. Il termine “ Une saison en enfer ”. Il réitère son amour des ouvriers, « Bétail de la misère », « Pauvres hommes travailleurs », pour lesquels il « ne demande pas de prières ». Il souhaite que des « Que des accidents de féerie scientifique et des mouvements de fraternité sociale soient chéris comme restitution progressive de la franchise première. »

 

Rimbaud n’a pas encore dix-neuf ans. Il n’écrira plus.

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 06:31

http://disinfo.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2012/01/Newt.jpgUn nouveau candidat républicain à la présidence des États-Unis a désormais le vent en poupe : Newt Gingrich. Ce n’est pas un perdreau de l’année puisqu’il occupa dans les années 1990 la fonction éminente de président de la Chambre des représentants. Une Chambre qu'il présida à la manière d'un bulldozer et dont il démissionna après avoir été mis en cause pour des questions d'éthique.

 

J’ai eu soudain envie de m’intéresser à son prénom d’usage, à mes yeux un peu ridicule. “ Newt ” signifie en effet “ triton ”, ce qui relève de l’improbable. En fait, le vieux réactionnaire se prénomme Newton Leroy. Il n’est pas rare, dans le monde anglo-saxon, que des parents attribuent à leur enfant des noms de personnages illustres. Ainsi, le Beatle John Lennon, né en 1940, s’appelait John Winston, ce dont il ne se vantait guère. Par ailleurs, Newt, qui interdit à ses collaborateurs – pour les rares qui en sont capables – de s’exprimer en français parce que « ça fait pédé », a un deuxième prénom français, “ Leroy ” (parfois orthographié “ LeRoi ”) étant l’emprunt étatsunien de “ Leroy ”.

 

Mais, avec ce “ Newt ”, il y a autre chose. Tenez : je vous le transpose à la française. Imaginez Charlie De Gaulle, Fanfan Mitterrand, Nico Sarkozy, Pierrot Mendès-France, Nique (forcément) Strauss-Kahn, Jacquot Chirac, Lolo Fabius, Jeannot Mélenchon, Titine Aubry, Vava Joly, Majo Buffet, Micky Alliot-Marie (là, c’est très dur). C’est exactement ce que nous infligent les Anglo-Saxons avec Bill (William) Clinton, Tony (Anthony) Blair, Jack (John) Kennedy (Jack et Jackie, ah ! ah !) et ses frères Bob – voire Bobby – (Robert Francis) et Ted (Edward), Al (Albert Arnold) Gore, Dan (James Danforth) Quayle, Dick (Richard Bruce) Cheney etc.

 

Je ne sais si cela relève d’une com’ récente : Roosevelt a toujours été Franklin (et son cousin qui l’avait précédé à la Maison Blanche, Theodore), Coolidge Calvin, Truman Harry, Nixon Richard, Eisenhower Dwight (avec « Ike » comme surnom), ou encore – puisqu’on parle de lui en ce moment – Hoover John Edgar.

 

Quoi qu’il en soit, le résultat est un horripilant mélange des genres, la sphère du privé tendant à recouvrir le domaine public. C’est peut-être cela le but de la manœuvre.

 

http://pinkbunnyears.com/wp-content/uploads/2010/07/i-like-ike.jpg

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