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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 06:33

RP2Je commencerai par une proposition intéressante et pratique d’un lecteur de Télérama : Lucas Papademos en Grèce, Mario Monti en Italie ... Et si on votait Jean-Claude Trichet en 2012 ? On gagnerait peut-être du temps.

Dans Le Nouvel Observateur, Serge Raffy revient sur un procédé rhétorique utilisé par Sarkozy depuis quelques années : l'injonction paradoxale. Un procédé gros comme une maison, mais comme disait en son temps le Docteur Goebbels, plus c'est gros plus ça passe. Une injonction paradoxale consiste à interpeller l’adversaire par une provocation délibérée. Exemple : un dirigeant socialiste ou un magistrat s’interroge sur l’efficacité des bracelets électroniques sur certains délinquants. Nicolas Sarkozy lui lance alors : « Vous voulez que les tous les criminels soient livrés à eux-mêmes dans la rue ? » Ou bien, comme dans le cas de l’accord du PS et des écologistes sur la réduction des réacteurs nucléaires, Nicolas Sarkozy part à l’abordage : « Vous mettez en danger l’indépendance nationale ! » Traduisez : vous livrez la France à l’ennemi extérieur.

 

Je dirais qu'il existe un moyen très simple de prendre Sarkozy à son propre jeu : fournir, non pas la question et la réponse mais, dans un même mouvement, la réponse et la question. « Je propose une réduction des centrales nucléaires. J'entends d'ici l'objection démagogique de Nicolas Sarkozy : "Vous voulez une électricité deux fois plus chère?" »

 

Et si vous voulez vraiment clouer le bec du bonimenteur (dans "bonimenteur", il y a "boni"), vous posez à sa place une question encore plus démagogique : « Croyez-vous que les Français ont tous envie de finir irradiés et isotopés jusqu'à la fin des temps? »

 

 

Dans Médiapart, Jacques Dubois nous invite à lire Le Temps des riches de Thierry Pech. L'auteur démontre de façon convaincante qu'à l'intérieur de la sphère sociale actuelle, les gens à très hauts revenus ont en quelque sorte fait sécession, se coupant des autres et les dédaignant. Situation en soi scandaleuse mais que Pech, directeur de la revue Alternatives économiques, n'analyse que sous l'angle des faits, loin de tout critère moral ou idéologique.

Fait initial et décisif: en une trentaine d'années s'est constitué en France et dans d'autres pays un club de gens ayant des ressources financières hors norme. Ils sont 0,01% qui sont à 82.000 euros de revenus mensuels imposables, soit pour la France à peu près 6000 personnes. Leurs rémunérations sont devenues vertigineuses et font de leur groupe un monde à part.

Les enrichissements extraordinaires auxquels on assiste ont notamment été permis par une politique fiscale propice aux mieux nantis comme par différents avantages qui leur sont donnés tels que les stock-options. De telles « faveurs » ont trouvé leur justification dans la théorie du «trickle down», selon laquelle la prospérité des mieux dotés était censée générer un ruissellement bénéfique sur les classes d'en bas. Or, cela ne s'est guère produit : une croissance qui aurait profité à tous n'a pas eu lieu et, bien au contraire, s'est manifestée une paupérisation d'un type nouveau.

 

En France, l'accroissement des grosses fortunes dans les dernières années s'est doublé d'une tendance renforcée à la reproduction familiale, renforçant un capitalisme d'héritiers porté à l'accumulation des richesses. Tel fut l'effet d'une baisse marquée des droits de succession s'ajoutant au fait que les cadres dirigeants se transformaient de plus en plus en managers actionnaires richement dotés. Pour Thierry Pech, on en est ainsi revenu au temps des grandes familles, celui des années 1920.

 

Aurélie Champagne, pour Rue 89 évoque la condition des malades mentaux chez les SDF :

Une animatrice d’un centre d’accueil de jour lui montre une malade gravement psychotique.

« Elle a eu son injection hier. »

« La plupart des gens qui vivent dehors savent ce qu'est l'injection retard », explique Jeff, 31 ans, à la rue depuis sa majorité.

Le traitement à effet retard, dit « injection retard », est prescrit par les psychiatres contre les psychoses – notamment la schizophrénie, les troubles bipolaires et les états limites. Seuls sont concernés les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU).

Cette injection antipsychotique évite d'avoir à prendre des médicaments tous les jours. La piqûre libère lentement le principe actif dans l'organisme du malade, appelé à revenir toutes les deux à quatre semaines pour renouveler sa piqûre.

L'enquête Samenta de 2009 a confirmé la mauvaise santé mentale des SDF d'Ile-de-France et la surreprésentation des troubles psychiatriques sévères dans la rue. Un tiers des sans-abri franciliens souffrent de troubles psychotiques (13% de la population sondée, avec 8,4% de schizophrénie), de troubles de l'humeur et troubles dépressifs sévères (6,5%) et enfin, de troubles anxieux (12,2%).

Dans les centres médico-psychologiques et accueils de jour spécialisés, on encourage souvent l'injection retard pour les sans-abri délirants.

Parfois assimilée à un soin vétérinaire, l'injection retard a mauvaise réputation. « C'est comme un marteau, dit une infirmière : tu peux t'en servir pour accrocher un tableau ou mettre un coup sur la tête. »

La piqûre étouffe les symptômes délirants, calme les malades agités agressifs. L'injection est « le traitement royal du suivi en ambulatoire ». « Ça rassure tout le monde à commencer par le soignant : si c'est sur quinze jours, le médecin est tranquille. Je ne sais pas si ça rassure le patient. »

Les jours suivant l'injection, le malade est « tassé » pendant deux ou trois jours. « Et à la rue, être “out”, ça peut être dangereux », commente Jeff. L'injection rend vulnérable et les malades peuvent être la cible de violence ou de vol.

« Neste uke », comme ne diront plus les jeunes massacrés de Bergen en Norvège.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 16:09

http://sergecar.perso.neuf.fr/deco/revolution.gifCe n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience (Karl Marx).

 

Les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération (Charles De Gaulle, 1966).

 

Quand l'ordre est injustice, le désordre est déjà un commencement de justice (Romain Rolland).

 

Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre (Karl Marx).

 

Ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait possible n'ont jamais avancé d'un seul pas (Mikhaïl Bakounine).

 

On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent (Bertolt Brecht).

 

La convention qui rédigea la Constitution des États-Unis était composée de 55 membres. Une majorité d’entre eux étaient des avocats – pas un seul fermier, ouvrier ou paysan. 40 possédaient du Revolutionary Scrip [monnaie émise pour contrer la monnaie coloniale]. 14 étaient des spéculateurs de terrains. 24 étaient des prêteurs. 11 étaient des marchands. 15 possédaient des esclaves. Ils ont crée une Constitution qui protège les droits de propriété, pas les droits de l’homme (Sénateur Richard Pettigrew).

 

(Tiré de V. Dedaj et al. : 200 citations pour comprendre le monde. Préface de J.-L. Mélenchon. Éditions La Brochure).

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 06:50

En 2007, l'homme du Fouquet's a gagné grâce au vote ouvrier. Il a réussi à embobiner la France qui, à l'époque, se levait tôt. Depuis, il l'a mise au chômage. Opposé à la coquille vide qu'est, pour l'instant en tout cas, Hollande, il n'est pas exclu qu'il puisse réitérer ce tour de magie. En juin 2008, j'avais dévoré puis rendu compte (pour mon blog censuré par nouvelobs.com et pour Le Grand Soir) d'un livre formidable décrivant et expliquant le vote de droite et d'extrême droite d'ouvriers étatsuniens. Je reprends ce texte ici comme piqûre de rappel.

 

Thomas Frank. Pourquoi les pauvres votent à droite ?



Rien que pour la préface de Serge Halimi (quel mec, cet Halimi !), ce livre vaut le déplacement. Le titre d’origine est “ Qu’est-ce qui cloche avec le Kansas ? Comment les Conservateurs ont gagné le cœur de l’Amérique. ” Ceci pour dire que nous sommes en présence d’un fort volume qui dissèque les réflexes politiques, non pas des pauvres en général, mais uniquement de ceux du Kansas, dont l’auteur est originaire.


Cela dit, dans sa préface, Halimi a eu pleinement raison d’élargir le débat et d’expliciter le vote de droite des pauvres en France. Selon le directeur du Monde Diplomatique (et Frank, bien sûr), le pilonnage que subit la classe ouvrière du monde entier, la guerre de classes enclenchée par l’hyperbourgeoisie mondiale depuis une trentaine d’années ont fait se réfugier le prolétariat, et une bonne partie des classes moyennes, vers un nouvel opium du peuple, celui d’un “ univers moral ” complètement fabriqué par la superstructure. Les questions socio-économiques ont été laissées en déshérence parce que, de Bush à Ségolène Royal en passant par Blair ou les jumeaux réactionnaires qui gouvernent la Pologne, les dirigeants ont eu « l’habileté », explique Halimi, « de mettre en avant leur conservatisme sur le terrain des valeurs. » Pendant sa campagne électorale, Sarkozy a fait oublier qu’il était le représentant et l’agent des forces d’exploitation et a rassuré en faisant appel à de prétendues valeurs fondamentales, à de prétendus comportements anciens.


Les milliardaires réunis au Fouquet’s on noyé dans le Champagne une victoire qui n’aurait pas été possible sans le vote de droite de nombreux chômeurs d’Hénin-Beaumont, où l’influence lepéniste a miraculeusement reculé. Si, grâce à la bourde de Borloo, les pauvres, et les moins pauvres ont échappé à une TVA “ sociale ” inique, ils n’en ont pas moins été sensible aux jérémiades de « la France qui souffre » ou qui « se lève tôt ». Cela dit, Halimi fait observe que Sarkozy a opposé cette France matinale à celle des “ assistés ” mais jamais à celle des rentiers. Pour faire passer les cadeaux à ses amis Bouygues et Bolloré (on en est revenu à l’époque du scandale de Panama : un dirigeant politique fait des cadeaux à ses potes immédiats), Sarkozy a su dresser, écrit Halimi, le prolétariat et les petites classes moyennes tantôt contre les “ nantis ” résidant à l’étage du dessus (employés avec statuts, syndicats et “ régimes spéciaux ”) ; tantôt contre les “ assistés ” relégués un peu plus loin ; ou contre les deux à la fois. »


De Hollande à Buffet, la gauche traditionnelle fut incapable de contrer le discours sarkozien, terrorisée à l’idée d’être taxée de populisme. On entendit bien le Premier secrétaire du PS tenter un pitoyable et ridicule « Je n’aime pas riches » qui retomba avec la grâce d’un Flambi quelques heures après avoir été proféré. Ce fut tout.


D’évoquer ad nauseam la discipline dans les collèges ou le salut au drapeau a permis à la candidate socialiste de masquer sa connivence avec la classe dominante sur le seul sujet qui importe : la mondialisation capitaliste. Vingt ans de TF1 privatisée (ou, aux États-Unis, de Fox News) ont fait oublier aux catégories populaires qu’il pouvait exister des luttes collectives pour les salaires, pour une gestion démocratique des entreprises, pour une éducation nationale qui ne serait pas au service du patronat.


Le livre de Frank expose, par une étude de cas très bien ciblée (lorsqu’il y a prurit contestataire au Kansas, il peut être d’extrême gauche ou d’extrême droite), comment la droite américaine (légèrement à gauche de Gengis Khan), de Reagan à Bush, a vu ralliés à sa cause les groupes sociaux sur lesquels elle tapait le plus fort. Pendant qu’ils licenciaient des dizaines de milliers de fonctionnaires, qu’ils offraient aux plus riches des cadeaux fiscaux extraordinaires, Reagan ou Bush faisaient vibrer la fibre patriotique des travailleurs. Richard Nixon avait déjà réussi lors de sa campagne électorale de 1968 avec son insistance sur « La loi et l’ordre ». Issu d’une grande famille ultra-chic de la côte Est, George W. Bush émut le Texas profond, où il possède un ranch comme tous les beaufs qui se respectent, et où il posséda et dirigea (fort mal) une équipe de base-ball.


Dans le comté le plus pauvres des États-Unis, situé dans les Grandes Plaines, Bush l’a emporté en 2000 avec plus de 80% des voix. En quoi consiste ce tour de prestidigitation qui voit les ouvriers acclamer ceux qui les martyrisent ? « Votez pour faire la nique à ces universitaires politiquement corrects et vous aurez la déréglementation de l’électricité. Votez pour résister au terrorisme et vous aurez la privatisation de la sécurité sociale. Votez pour interdire l’avortement et vous aurez une bonne réduction de l’impôt sur le capital. Votez pour que votre pays redevienne fort et vous aurez la décentralisation. » Et le tour, pas éventé pour l’instant, est joué. Plus on se révolte, plus on va à droite. La politique, c’est lorsque les habitants des petites villes regardent autour d’eux les dégâts causés par Wal-Mart puis décident de se lancer dans une croisade contre le darwinisme. Pour le Kansas profond, un type qui roule en Volvo est un gauchiste. Si en plus il mange des “ French fries ”, c’est le diable incarné !


Frank s’attarde sur une grande figure locale : Jim Ryun. Ma génération se souvient de cet athlète prodigieux des années soixante, rival de Michel Jazy sur les cendrées. Aujourd’hui, élu emblématique du Parti Républicain (et officiellement, selon les critères du parti lui-même, l’un des plus réactionnaires) son combat consiste à la fois à protéger la jeunesse contre la culture lascive et à défendre les intérêts de la grande entreprise. Il est allé jusqu’à comparer la politique économique américaine des années préReagan à l’Union Soviétique et a soutenu les cadeaux fiscaux accordés aux riches sous prétexte que ces derniers avaient besoin de motivations pour continuer d’apporter leur contribution au bien-être de tous (du Christine Lagarde dans le texte)… Cet ancien grand sportif met en doute la réalité du réchauffement climatique et explique la crise énergétique californienne par l’incapacité des dirigeants de cet État qui interfèrent avec le libre marché. Il ne semble donc pas savoir ce qu’est la dérégulation. Pour lui, les affaires sont naturelles, hors du champ de la discussion démocratique, hors de la politique. En un seul domaine, Ryun fit preuve d’un peu de sagesse progressiste : il vota contre des mesures présentées par Bush par lesquelles les pouvoirs publics auraient eu encore moins d’emprise sur la santé et l’éducation des enfants. Il est l’auteur d’un ouvrage que je brûle de lire (cum grano salis) : Running to Jesus : The Jim Ryun Story (Jim Ryun : ma course vers Jésus).

 

http://www.kshs.org/portraits/graphics/ryun_jim.jpg

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:37

Livraison de décembre 2011. À propos des derniers “ remaniements ” politiques en Europe, effectués sans appel au suffrage universel, Serge Halimi (dans son éditorial) n’hésite pas à parler de « juntes civiles » pour évoquer ces dénis de démocratie : « Maniant le chantage à la faillite et la peur du chaos, deux anciens banquiers, MM. Lucas Papadémos et Mario Monti, viennent de prendre le pouvoir à Athènes et à Rome. Ce ne sont pas des techniciens apolitiques, mais des hommes de droite, membres de la Commission trilatérale, connue pour avoir dénoncé l’excès de démocratie des sociétés occidentales. […]Aux peuples que martyrisent les politiques d’austérité, l’histoire de l’Europe offre un large choix d’analogies abusives. Mais, toutes proportions gardées, les derniers événements d’Athènes rappelleraient plutôt l’été 1968 en Tchécoslovaquie, la « normalisation » à Prague et l’éviction du dirigeant communiste Alexandre Dubcek. La « troïka » qui vient de transformer la Grèce en protectorat a joué le rôle autrefois dévolu au pacte de Varsovie ; M. Papandréou, celui d’un Dubcek qui n’aurait jamais osé résister. Avec, dans les deux cas, la mise en œuvre d’une doctrine de la « souveraineté limitée » dont on concédera volontiers la nature moins meurtrière quand trois agences de notation en dictent les paramètres que lorsque les chars soviétiques franchissaient des frontières. Après avoir écrasé la Grèce et piétiné l’Italie, l’Union européenne et le FMI tournent à présent leur regard vers la Hongrie et l’Espagne. »


 

http://medias.lepost.fr/ill/2008/10/30/h-20-1303129-1225396506.jpg

 

 

 Par ailleurs, Halimi, en rappelant la mésaventure de La Tribune qui avait osé publier un article critique sur EDF, explique que l’indépendance a un prix : « Le Monde diplomatique a publié une enquête sur la filière nucléaire française (lire « Fissions au cœur du nucléaire français »). Elle faisait état de problèmes de sécurité, en partie occasionnés par l’obsession de rentabilité d’Electricité de France (EDF), dont les actionnaires se soucient avant tout de réduire les dépenses. Jusque-là, rien de très remarquable. A ceci près que le quotidien économique La Tribune vient de se voir retirer le budget publicitaire d’EDF pour avoir publié une information lui ayant déplu. La question du risque financier découlant de la parution d’un article de ce genre ne se pose pas pour nous. D’une part, les recettes publicitaires, qui ont toujours été plafonnées à 5 % de notre chiffre d’affaires, représentent à l’heure actuelle moins de 3 % de celui-ci. D’autre part, nos choix rédactionnels relèvent exclusivement de l’équipe du journal. Cela ne nous permet pas de devenir très riches, mais cela rend notre vie moins tourmentée. »

  

La situation des femmes en Amérique latine est-elle en train de changer , demande Lamia Oualalou ? « Depuis quelques années, des dirigeantes ont pris la tête d’Etats latino-américains. L’émergence de ces figures politiques de premier rang suggère une amélioration — souvent timide — de la condition des femmes dans la région. Permettra-t-elle de l’accélérer ? »

 

Peut-on rendre inaliénables les biens communs (Ugo mattei) ? « Comment protéger la propriété collective lorsque, pour « équilibrer » leur budget, des gouvernements bradent les services publics ou dilapident les ressources naturelles ? Forgée dans le monde anglo-saxon et développée dans des pays aux Etats peu centralisés comme l’Italie, la notion de « biens communs » propose de dépasser l’antinomie entre propriété publique et propriété privée. »

 

Que faut-il attendre d’une réélection de Poutine à la tête de la Russie, demande Nina Bachkatov, pour qui les Russes sont les héritiers des tsars et des soviets ? « Au cours d’une compétition d’arts martiaux retransmise à la télévision et à laquelle il participait, le premier ministre Vladimir Poutine a été hué par le public. Sa candidature à l’élection présidentielle de mars 2012 a plongé nombre de Russes dans le pessimisme et ravivé les interrogations sur l’avenir et l’identité du pays, ce qui pourrait se retourner contre son parti aux élections législatives de ce mois-ci. »

 

Une interrogation de Tristan Coloma sur l’élection présidentielle au Congo : « Trente millions de Congolais se sont inscrits sur les listes électorales en vue du second scrutin libre de l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC). Fixé au 28 novembre, il a pour but de désigner le chef de l’Etat et les cinq cents députés. Si les difficultés matérielles et la corruption inquiètent les observateurs des Nations unies, la population se mobilise pour la réussite des opérations. »

 

Pour Alain Gresh, il faut s’attendre à un séisme géopolitique au Proche-Orient : « La poursuite des manifestations en Egypte, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn et dans d’autres pays arabes confirme que les soulèvements qui ont embrasé la région il y a un an sont loin d’être terminés. Mais on ne peut oublier que, outre la démocratisation, se joue également la place de la région, déchirée par de nombreux conflits, dans la géopolitique mondiale. »

 

Qui a gagné la guerre en Libye, s’interroge Patrick Haimzadeh ? « Même si le Conseil national de transition (CNT) libyen a nommé ministres certains chefs rebelles, le nouveau gouvernement n’est guère reconnu par la population. La reconstruction d’un Etat de droit se heurte à la militarisation de la société, au repli sur les identités clanique et religieuse, ainsi qu’à l’intervention d’acteurs étrangers. »


 http://www.alerte7.com/wp-content/uploads/2009/02/closed-300x200.gif


Rémi Carayo décrit la situation à Mayotte : « Grèves, manifestations, barrages : Mayotte vient de connaître un conflit social d’une rare intensité. Syndicats et associations de consommateurs protestaient contre le coût de la vie, particulièrement élevé dans ce département français de l’océan Indien. À défaut de produire des résultats tangibles, le mouvement a mis en lumière la crudité des rapports de domination à l’œuvre dans l’île. »

 

Pour Pierre Musso, le berlusconisme n’est peut-être pas mort : « Les records de popularité attribués par les instituts de sondage au nouveau gouvernement italien, dirigé par l’ex-commissaire européen Mario Monti, laissent d’autant plus circonspect que celui-ci va imposer au pays un sévère plan d’austérité. M. Silvio Berlusconi a dû céder la place ; mais il aura marqué la société d’une empreinte profonde. »

 

À lire un dossier passionnant : « De la rigueur à la récession ». Frédéric Lordon décrit le « toboggan de la crise européenne » :

« Que se passe-t-il lorsque l’ultime refuge se trouve lui-même secoué par la tempête ? Mercredi 23 novembre, les investisseurs ont boudé un octroi de dette allemande, signe d’une défiance inédite. Pris à leur propre piège, les marchés qui exigeaient la rigueur redoutent désormais la dépression. À ces louvoiements tentent de répondre des « sommets » dont la multiplication démontre l’inutilité. »

 

Pour Noëlle Burgi, les Grecs sont « sous le scalpel : « Tu ne sais pas ce qui t’attend demain au réveil. » Pas une personne rencontrée à Athènes, à Salonique ou ailleurs qui n’ait, à un moment ou à un autre, prononcé cette phrase. En Grèce, la hantise du lendemain est ressentie comme une prison enfermant chacun dans l’incertitude d’une existence individuelle et collective menacée de destruction imminente. Pourtant, ce pays à l’histoire tourmentée n’en est pas à sa première épreuve. Les Grecs se conçoivent comme un peuple doté d’une intelligence spéciale, d’un caractère bien trempé, surtout dans l’adversité. « Nous avons toujours connu des périodes difficiles ; nous nous en sommes toujours sortis. Mais maintenant, on nous a enlevé l’espoir », soupire la gérante d’une petite entreprise. »


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Pour Claude Jacquin, Les licenciements boursiers n’existent pas : « On les considérait comme une fatalité liée à la « modernisation » de l’économie, voici que les licenciements indignent de nouveau. Faudra-t-il pour autant se satisfaire de ce que leur dénonciation ne resurgisse qu’au travers de la stigmatisation des « dérives » de la finance ? Dans une version abstraitement morale, celle de M. Nicolas Sarkozy à l’occasion de son discours de Toulon, le 25 septembre 2008, proclamant qu’il faut « opposer l’effort du travailleur à l’argent facile de la spéculation ». Ou dans une version un peu plus précise : celle des « licenciements boursiers » que M. François Hollande, candidat socialiste à l’élection présidentielle, propose de « taxer », que M. Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, souhaite « interdire »,et que la finaliste malheureuse du scrutin de 2007, Mme Ségolène Royal, ne veut plus voir « camouflés »en licenciements économiques. En septembre 1999, un bond du cours en Bourse avait salué l’annonce simultanée par la direction de Michelin d’une hausse de 20 % de son bénéfice semestriel et de sept mille cinq cents licenciements. L’opération avait été qualifiée de « boursière ». Mais cette formule ne constitue-t-elle pas un raccourci ? »

 

Que se passe-t-il « Quand l’Inde se regarde en peintures » ? (Philippe Pataud Célérier) « Encore peu connu, l’art indien contemporain s’est profondément renouvelé ces dernières décennies. Si certains peintres et sculpteurs se plient aux demandes du marché mondial, beaucoup développent une vision originale, plongeant dans les racines historiques du pays et pointant les tares de la société : déshumanisation, misère des paysans, condition féminine… »

 

À lire une puissante réflexion de Jane Burbank et Frederic Cooper :  “ De Rome à Constantinople, penser l’empire pour comprendre le monde ” : « À l’heure où des États-nations ploient sous les forces du marché et où chancelle la configuration géopolitique héritée de l’après-guerre, les dirigeants rêvent de stabilité. Or les formes de gouvernement mises en place par les empires fascinent par leur résistance aux soubresauts de l’histoire, leur plasticité, leur capacité à unir des populations différentes. Que peuvent-elles nous apprendre ? »

 

Pour Olivier Appaix, le marché des “ déordres psychologiquyes ” est florissant : « Apparu il y a un demi-siècle, l’usage des neuroleptiques, en dépit de ses piètres résultats, est devenu massif dans la médecine psychiatrique américaine. Il repose sur une vision particulièrement fruste de la maladie mentale, que propage également, au niveau mondial, le répertoire des pathologies le plus souvent utilisé par la profession. »

 

Gérard Pommier nous parle de “ La bible américaine de la santé mentale ” : « En 2013, l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association, APA) doit faire paraître la cinquième version de son répertoire des maladies mentales, connu sous le nom de DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). Une version préparatoire se trouve déjà en ligne pour discussion.

Or il ne s’agit pas d’une mince affaire : initialement destiné aux Etats-Unis, cet outil utilisé à des fins statistiques et pour établir les diagnostics des « troubles mentaux » jouit d’une influence considérable à l’échelle mondiale. En effet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est très rapidement appuyée sur le DSM, créé en 1952 — comme elle l’avait fait avec son prédécesseur, le « Medical 203 », préparé par le département de la guerre américain —, pour rédiger la classification internationale des maladies (CIM). »

 

Où donc est l’arbre qui cache la forêt de la compensation carbone (Anne Vigna) ?: « Situé sur un territoire à la biodiversité exceptionnelle, un village mexicain avait adopté un programme national censé préserver à la fois les richesses naturelles et les moyens d’existence de la communauté. Sept ans plus tard, il jette l’éponge. L’expérience met en lumière les contraintes aberrantes parfois imposées aux populations au nom de la lutte contre le changement climatique. »

 

Aurélien Bernier rappelle qu’à la conférence de Cocoyoc, le Sud liait écologie et égalité : « En 1974, à Cocoyoc, au Mexique, un colloque de l’Organisation des Nations unies (ONU) formulait une critique radicale du « développement », du modèle libre-échangiste et des rapports Nord-Sud. Ses conclusions furent vite enterrées… »

 

Par Christophe Voiullot, une page d’histoire sur la Commune : « L’utopie réalisée de la Commune

Changer la politique, instaurer l’égalité entre hommes et femmes, inventer un nouveau mode de gouvernement, faire participer les citoyens... : répétés jusqu’à saturation au point de sembler vides de sens, ces mots d’ordre furent longtemps appuyés par les forces du mouvement ouvrier. En 1871, le peuple parisien insurgé leur donnait une signification concrète. »

 

http://www.conseilsmarketing.fr/wp-content/uploads/2008/12/crise-economique-marketing.jpg

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 07:14

À l'occasion d'un article sur Frantz Fanon, le dernier numéro de Télérama (2773) nous propose une leçon de géographie politique et morale tirée d'un cahier d'écolier français en 1949. C'est encore plus puissant que le discours de Dakar du couple Sarkozy/Guaino.

 

Le rôle de l'homme blanc dans le monde

 

L'homme blanc a établi sa domination ou s'est imposé pacifiquement ou par les armes sur presque tout le globe terrestre, grâce à son génie inventif et à son sens de l'organisation.


Grâce à ces deux qualités, il a pu transformer complètement le monde.


L'œuvre qu'il a accomplie est double :


1) L'œuvre matérielle : défrichements, assèchement des marais, conquêtes de nouvelles terres cultivables, modification du régime des fleuves, percement des canaux interocéaniques (Suez-Panama), le tout ayant pour but l'exploitation plus rationnelle du monde et pour résultat la création de nouvelles richesses.


2) L'œuvre morale : acceptation par tous les peuples de l'idée d'égalité des hommes qui a eut [sic] pour conséquence la lutte contre la misère et l'abolition de l'esclavage.


L'homme blanc a donc justifié sa domination sur le monde par d'incontestables bienfaits.


 

http://img160.imageshack.us/img160/8084/1908tonkinhe9.jpg

 

À la différence des communiqués de l'Élysée, il n'y avait qu'une faute d'orthographe dans cette page.

 


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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 16:07

Tirées du n° 2773 :

 

Lucas Papademos en Grèce, Mario Monti en Italie ... Et si on votait Jean-Claude Trichet en 2012 ? On gagnerait peut-être du temps. (Gille Hommit)

 

http://www.journaleuropa.info/image/article/1234368236_main.jpg

 

J'adore ces "dettes souveraines" au parfum d'oxymore. Dans la même veine, je voudrais proposer "la misère royale", les adultères majestueux", et bien sûr "l'impériale bêtise". (Gérard Bastide)

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 16:01

http://www.michelledemessine.fr/IMG/arton156.jpgMargaret Thatcher fut la première personnalité politique à exprimer ouvertement l’idée selon laquelle « la société, ça n’existe pas » (« There is no such thing as society ». Il n’y a, précisait-elle, que des hommes, des femmes et des familles. Si un individu a un problème, « ce n’est pas au gouvernement de le régler ». Pour elle, le gouvernement se résumait à la fonction régalienne d’ordre, comme on l’a vu récemment lorsque Cameron a brutalement lâché ses chiens, ses flics et ses juges contre les émeutiers londoniens.

 

L’ordre sarkozyen est de même nature. Pour l’homme du Fouquet’s, la société n’existe pas. Pas plus que le « gouvernement », au sens que lui donnait le philosophe Alain : « Ce qu’il y a de meilleur sur ce qu’il y a de pire ».

 

Depuis quelques décennies, des équipes de chercheurs en sociologie et psychologie étudient le rapport que les individus entretiennent vis-à-vis du savoir. Et par extension, au travail salarié, professionnel, mais aussi au travail scolaire. Ce qui est très frappant dans ce dernier cas, c’est qu’il est très facile de distinguer les enfants pour qui le travail a du sens de ceux pour qui le travail est, au pire une corvée, une obligation, au mieux un projet. Dans le premier cas, l’enfant n’aura aucune peine à s’inscrire dans la culture et à goûter ce qu’il fait ; dans le second cas, il vivra le travail comme une activité nécessaire, peut-être comme un accomplissement personnel, mais sur un mode autonome.

 

Le rapport avec Thatcher, Hayek et leurs épigones à la Rolex est simple : pour que le rapport au savoir soit décontextualisé, il faut l’isoler du gouvernement, de la société, de l’organisation pensée, donc démocratique, des hommes et des femmes. Ce que réalise Sarkozy qui fut, du début jusqu’à la fin de sa scolarité, un élève médiocre. Ce qui n’a rien à voir avec la présence ou l’absence d’intelligence mais avec la conception fondamentale qu’il a du savoir. Ainsi, lorsqu’il dirigeait l’UMP, il félicitait les militants de base, non parce qu’ils apportaient du grain à moudre en termes d’idées (du savoir, donc), mais parce qu’ils récoltaient des cartes d’adhésion. D’où, au pouvoir, son obsession pour le chiffre, pour l’évaluation permanente. Pour lui, un bon hôpital est un établissement qui fait sortir les parturientes au bout de trois jours, qui permet ainsi de faire grossir certaines statistiques. Que la mère souffre ensuite en silence parce qu’elle est épuisée, que l’enfant ait du mal à démarrer parce qu’on ne lui a même pas laissé le temps de guérir sa jaunisse du nourrisson ne comptent pas puisqu’il n’y a pas de statistiques pour cela.

 

Dans ce qui suit, je laisse la parole aux chercheurs qui peuvent encore chercher, et à qui il arrive encore de trouver.

 

Depuis 25 ans, la notion de rapport au savoir s’est imposée de façon majeure chez tous ceux qui s’intéressent aux questions d’éducation, aussi bien chez les chercheurs que chez les professionnels de la formation des enseignants ou du système éducatif.

 

Le concept de rapport au savoir trouve son ancrage dans les travaux qui portent sur la notion même de savoir. La généalogie de la notion nous renvoie à deux sources. Une source psychanalytique tout d’abord, puisque c’est Lacan qui l’utilise le premier dans un texte des Écrits (Subversion et dialectique du désir, 1966) où il présente le rapport au savoir comme « une médiation pour situer le sujet » (op.cit.., p. 793). Lacan réintroduit donc le sujet, et fait du rapport au savoir un élément qui le constitue dans son être. Une source sociologique ensuite, puisque Bourdieu et Passeron dans La Reproduction (1970) parlent de « rapport au langage et au savoir ».

 

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/140.jpg 


Dans les années soixante, le syntagme est utilisé pour la première fois dans la problématique du désir de savoir ou encore dans les institutions (écoles, universités) qui en gèrent la circulation et l’accès. Par ailleurs, l’emploi de cette notion s’est beaucoup développé en lien avec « mai 68 ». Ceux sont alors des socio-formateurs qui s’en sont emparés pour développer une approche réflexive et critique des pratiques de formation.

 

Ces derniers s’intéressent particulièrement à la question de la production, voire de la reproduction, des inégalités sociales à l’école. L’équipe constituée autour de Charlot tente d’aller au-delà des explications réductionnistes et souvent profanes de l’échec scolaire et des inégalités, en créant une controverse avec les théories déficitaires comme celle du handicap socioculturel ou celle d’habitus chez Bourdieu. Souvent, le handicap est interprété par certains en termes psychologiques de carence ou déficience individuelle, de retard de développement intellectuel et langagier des enfants de milieux populaires. Cette conception, résultat d’une production sociale du savoir, a remplacé à l’époque l’idéologie du don qui expliquait les résultats scolaires par des caractéristiques liées à l’enfant à la naissance.

 

 Parler de rapport social au savoir permet alors de désigner la position différente et antagoniste des classes sociales dans le processus de production et non une différence individuelle d’aptitude innée ou acquise.

 

La promotion du mot « savoir » est liée aux mouvements d’émancipation contemporaine, toutes les catégories « en lutte » revendiquant leur savoir propre (les ouvriers, les infirmiers, les travailleurs sociaux…). Ces savoirs sont constitutifs d’identités collectives et témoignent d’une représentation du monde. Ils renvoient à une identité collective, les savoirs pouvant se comprendre comme des données symboliques plurielles.

 

Le savoir est une création du sujet, une activité révélatrice du rapport que le sujet entretient avec lui-même et avec les autres. Ces derniers ont alors le rôle de co-construire, contrôler, valider, partager ce savoir. Il ne peut y avoir de savoir en soi. Le savoir est une relation, un produit et un résultat.

 

Le savoir en soi, donc un savoir déconnecté du monde et des autres, n’a pas de sens ; « il n’y a pas d’objet naturel « savoir ».

 

Ainsi, le savoir et le sujet de savoir n’existent que dans un certain rapport au monde.

 

Acquérir du savoir, c’est maîtriser le monde où l’on vit, communiquer, vivre des expériences afin de se développer et de devenir plus indépendant. C’est pourquoi un élève peut apprendre pour éviter des choses désagréables (une mauvaise note ou une sanction) ou pour atteindre des choses positives (passer en classe supérieure, exercer plus tard un bon métier)…

 

Désir de voir et emprise sont à l’origine du désir de savoir. On distinguera

- la pulsion de savoir : à laquelle sont associées la curiosité et la « chasse aux connaissances »,

- le désir de savoir : sous-entendu, savoir l’origine de l’existence.

 

On peut également poser que le désir de savoir serait une sorte de compensation, sur fond de manque et de deuil, et également une source inépuisable, renouvelable en permanence.

 

Mais comment passe-t-on du désir de savoir au désir d’apprendre ?

 

On peut penser que la première constitution du rapport au savoir s’opère très précocement, dans le cadre familial, dans l'histoire des rapports complexes que le sujet entretient avec les figures significatives de son entourage de nourrisson et de jeune enfant. Cette constitution est alors conçue comme un processus psychique complexe : qu’on le fasse naître dès les débuts de la vie, dès la première année, comme curiosité concernant l’intérieur de la mère ou, plus tardivement, au moment de la crise œdipienne, le désir de savoir apparaît comme un processus où le sujet investit des pulsions complexes (pulsion de voir, pulsion d’emprise, pulsion d’agressivité, pulsion de plaisir).

 

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Le savoir implique la mobilisation. C’est la question du sens qui est posée ainsi, c’est-à-dire ce qui pousse un sujet à apprendre et qui le mobilise. Se mobiliser, c’est faire usage de soi comme d’une ressource ; et c’est aussi un échange avec le monde, où le sujet trouve des buts désirables, des moyens d’action et d’autres ressources que lui-même. Ce processus n’est pas purement cognitif et didactique ; il s’agit d’amener l’enfant à s’inscrire dans un certain type de rapport au monde, à soi et aux autres – qui procure du plaisir mais implique toujours le renoncement, provisoire ou profond à d’autres formes de rapport au monde, à soi, aux autres. En ce sens, la question du savoir est toujours aussi une question identitaire.

 

L’individu, et par là même l’élève, donne sens à ce qui lui arrive. Dans son histoire scolaire, l’individu n’est pas un objet mais un sujet qui construit du sens et qui met en œuvre des activités. Ainsi, il est largement insuffisant d’expliquer l’échec scolaire d’un individu par son appartenance à un groupe social : c’est quelque chose qui advient dans son histoire singulière.

 

Pour les « bons élèves », le rapport à l’école est rapport au savoir car pour eux, l’école est un endroit où l’on vient pour apprendre ; le savoir est un objet qui prend sens en tant que tel.  Pour les élèves en difficulté, le rapport au savoir est un rapport au métier. Pour eux, l’école est un endroit de sociabilité. Réussir est synonyme de conformisme par rapport aux exigences du métier d’élève, à savoir : « faire le programme ».

 

De là, on peut identifier 3 processus de mobilisation – non mobilisation scolaire :

-       à partir de l’idéaltypes de l’élève de milieu défavorisé : le travail est défini par des tâches, des formes d’organisation, des règles collectives plus qu’en termes d’acquisition de savoirs et de compétences. C’est la non mobilisation qui est prégnante ici (ne pas aimer l’école, les professeurs, les matières…).

-       A partir de l’idéaltype des élèves de milieux favorisés et des bons élèves de milieux populaires : apprendre renvoie à la capacité à maîtriser une situation ; s’exprimer, s’organiser, réfléchir c’est se rendre capable d’agir sur la situation qui n’est plus alors confondue avec l’apprentissage. On entre ici dans un processus de distanciation qui produit de la régulation et du sens (plus fréquent chez les filles).

-       A partir de l’idéaltype des garçons de milieu favorisé : l’idée d’objet de savoir a du sens ; apprendre, c’est apprendre des choses précises énonçables, c’est s’approprier des objets intellectuels.

 

L’environnement social n’agit pas de façon extérieure et déterministe sur un individu qui aurait un statut d’objet, il exerce une influence à travers des sens personnels que chacun se construit sur le monde.

 

Tout étudiant donne un sens aux différentes situations d’apprentissage qu’on lui propose de réaliser, mais ce sens est singulier selon les individus. La question du sens est ainsi assujettie à la visée que le sujet ambitionne et au rapport qu’il établit entre l’intention (ce qu’il vise) et l’action (ce qu’il fait).

 

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 06:29

RP2À Radio Mon Païs, on est très bon, mais on n'est pas très riche. Ainsi, on ne peut pas se payer d'études savantes pour savoir qui nous écoute, quand, pourquoi etc. Lorsque je donne ma revue de presse pour l'émission “ Excusez moi de vous interrompre ” (lundi 17 heures, 90.1), je ne sais pas si je m'adresse à 10, 100, 1000 ou 10000 personnes. Ça ne changerait rien si je le savais, mais tout de même.

Mais comment certains médias osent-ils remettre en cause la version officielle du 11 septembre ? Ça me fait penser à ceux qui doutent que Lee Harvey Oswald ait pu être le seul assassin de Kennedy. Et pourtant, bon sang de bonsoir, Bush et sa clique n'ont jamais menti, dans aucun domaine ! Ne jamais oublier, comme disait Colombani, que "nous sommes tous américains". 

Plus sérieusement, traiter Kassovitz de révisionniste est grave car, en France, le révisionnisme est un délit. Assimiler ce français d'origine juive à Faurisson ou à Goebbels est ignoble. Pour une même faute, le tribunal a condamné un blogeur mais a relaxé les deux journalistes Bertin et Revel. On ne commentera pas cette décision de justice.

Le fond du problème est que Kassovitz (et des milliers d'autres aux États-Unis) a remis en cause une parole "américaine". Ce qui est d'autant plus outrageant que cette parole est ... française. Pour se justifier, les affidés ont besoin d'être plus royalistes que le roi, plus inégristes que les Bush et consorts qui se fichent totalement de cette vérité officielle et qui doivent bien rire de l'agitation des petits Bertin, Revel et autres chantres de la vérité officielle.

Samedi 19 novembre, Thierry Ardisson recevait, dans son émission “ Salut les Terriens ”, un ancien travailleur de la Normed dont les poumons avaient été brûlés par l’amiante dans les années soixante-dix. Je voudrais rappeler par parenthèse que j’ai connu le mot anglais asbestos avant le mot français amiante au début des années soixante pour la bonne raison qu’en France nous vivions au milieu de l’amiante (il y en avait jusque sur les tables à repasser) mais nous n’en savions rien, alors que les autorités d’outre-Manche s’étaient déjà emparées du problème et avaient commencé à réfléchir à l’interdiction de ce produit. Après plusieurs décennies de combat juridique, ce travailleur, ainsi que quelques centaines de ses camarades, s’étaient vu accorder des indemnités qui ne leur rendraient pas la santé mais qui leur permettraient de vivre un peu moins mal (quelques dizaines de milliers d’euros). Par un jugement de la Cour de cassation, ces travailleurs viennent d’être condamnés à rendre une partie importante des indemnités qu’ils ont en général déjà intégralement dépensées. Statuant dans une perspective libérale sarkozyenne (payer parce qu'on est malade), le tribunal a produit cette cote mal taillée pour une raison toute bête : les technocrates qui avaient évalué les remboursements avaient vu trop juste quant au nombre des victimes. Comme il n'était pas question d’augmenter la somme globale à rembourser, les heureux bénéficiaires allaient devoir se serrer la ceinture et participer à la gestion de la pénurie.

 Jacques Drillon, dans Le Nouvel Observateur, nous alerte : l’incise est bien malade, du moins l’incise de narration, de citation : ce petit bout de phrase de rien du tout, le dit-il, le répondit-il, le demanda-t-il, qu’on place dans les dialogues rapportés.

Autres exemples : On peut y lire une certaine forme de distanciation, euphémise un ministre.
À force d'être fréquenté, l'endroit a fini par devenir un chez-soi, poétise Amigo.

Oui, le mal était fait. Il fallait encore sauter un pas pour que l’incise mute et que le cancer se généralise : ajouter un mot à ces incises pourries, ne fût-ce qu’en développant une expression. Et ce fut dans le Monde que le phénomène se produisit: – C'est une crise mondiale, on peut en parler partout dans le monde, y compris aux États-Unis, a-t-elle botté en touche.

Alphonse Allais l’avait prévu :
– Quel système ? nous interrompîmes-nous de boire.

Tout devient possible :
 – Plus de lumière ! expira Goethe.
Je suis enrhumé, se moucha-t-il bruyamment.
Ce n’est pas ma cup of tea, polyglotta Odette.

Le Nouvel Observateur (Philippe Chriqui) pose la bonne question suivante : De quoi "la lutte contre la fraude sociale" est-elle le nom ?

Elle ne fait aucunement partie des priorités et des attentes des Français, et pourtant le candidat Sarkozy touche au cœur l'électorat.

Bousculer l’agenda politique, créer du clivage gauche-droite, améliorer les reports de voix du FN : telles sont ses ambitions. Sarkozy fait de ce thème un enjeu politique qui dépasse le cadre économique ou technocratique. 

1er objectif : prendre l’initiative des débats. La lutte contre la fraude fait-elle partie des priorités et des attentes des électeurs ? Non. Est-elle populaire ? Oui. Pour l’opinion, le chômage, l’amélioration du pouvoir d’achat, la lutte contre les déficits voire l’insécurité sont les thèmes au cœur de la campagne. Pas la fraude sociale. Aucun sondage n’aborde ce thème ou ne l’inscrit dans la liste des attentes. Sarkozy se place sur un terrain où l’on ne l’attend pas. Il crée l’ordre du jour.

2ème objectif : toucher au cœur les classes moyennes. L’approbation de la lutte contre la fraude sociale est maximale parmi ceux qui gagnent entre 1.500 et 3.000 euros et qui disent s’en sortir difficilement. Employés et ouvriers soutiennent la lutte contre l’assistanat et la dénonciation des fraudes plus que les cadres. Ceux qui sont "trop riches pour être pauvres et pas assez riches pour être aidés" sont en première ligne.

3ème objectif : créer du clivage gauche/droite. 71% des sympathisants de droite s’accordent à dire "qu’il y a trop d’assistanat et que beaucoup de gens abusent des aides sociales". Ils ne sont que 25% à gauche à penser de même. Insister sur la fraude ravive les divergences entre gauche et droite. Plus la gauche réagit, plus l’opération est un succès, car elle l’aide à atteindre sa cible.

4ème objectif : améliorer les reports de second tour. Dans les intentions de vote actuelles, le total des voix de droite au premier tour est élevé, mais Sarkozy enregistre des scores faibles au second. Les reports sont mauvais. Les réserves sont avant tout du côté des électeurs de Le Pen.

 

« Příští týden », comme on dit à Prague.

 

 

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 16:10


http://bruno.colombari.free.fr/IMG/jpg/Paul_Aries-300.jpgDans le n° 27, Paul Ariès nous met en garde contre le dernier livre de Florence Parisot, Un piège bleu Marine. La présidente du Medef voudrait nous faire croire que le patronat et le capitalisme seraient finalement les meilleurs remparts contre le retour de la bête immonde. Souvenons-nous en effet comment les Thyssen et autres Krupp avaient empêché les nazis d’accéder au pouvoir !

 Samir Amin entrevoit « le printemps possible des peuples arabes » : à l’origine des explosions de colère, « les effets sociaux dévastateurs des politiques mises en œuvre dans le cadre du capitalisme libéral mondialisé. » Amin s’inquiète de la situation libyenne : « Le président du conseil n’est autre que Moustapha Mohammad Abdeljalil, le Président de la Cour d’Appel de Libye qui confirma les condamnations à mort des infirmières bulgares ! Le Conseil est visiblement dominé par des islamistes, et les pires d’entre eux, et des régionalistes. […] Des multinationales françaises bien connues auront probablement accès aux immenses nappes phréatiques (c’est sans doute la raison de l’intervention précoce de la France) et les exploiteront pour la production d’agrocarburants. »

 

 À propos du Médiator, Philippe Pignarre nous exhorte (dans un article remarquable à lire de toute urgence) à « en finir avec un système meurtrier » : « La débâcle sanitaire nous a beaucoup appris sur l’industrie pharmaceutique et doit nous aider à combattre le capitalisme thérapeutique. » Pour avoir ruiné quelques centaines de personnes, Madoff a écopé de 150 ans de prison. Être accusé d’être responsable « de la mort de 500 à 2000 personnes avec un médicament présenté de manière frauduleuse aux autorités de santé et aux médecins ne l’empêche pas de ricaner ouvertement. » Servit reçu la plus haute distinction de la République française des mains de Sarkozy. Un récent sondage nous apprenait que la majorité des médecins allaient voter Sarkozy en majorité. Sacrés médecins !

 

Denis Langlet revient sur la souffrance au travail : « Il a fallu un siècle de luttes pour encadrer les conditions de travail et protéger les salariés. Aujourd’hui, la domination totale de la finance rend l’action collective plus difficile. Les discours managériaux banalisent des pratiques inacceptables inhumaines et inefficaces. »

Pour Nicolas Rey et Philippe Gircour craignent qu’en Guadeloupe « l’heure de la revanche sarkozyste » ait sonné : « Début 2009, au terme de la plus longue grève générale à laquelle la France ait été confrontée – 44 jours – le LKP a fini par faire plier le gouvernement et le patronat. » Mais les deux accords signés n’ont pas été respectés. Une répression syndicale frappe en premier lieu les cadres de l’UGTG.

Toujours délicieusement sophiste, Laurent Paillard : il nous explique pourquoi « toute mesure sociale est systématiquement suspectée de manquer de crédibilité. » En revanche, est « crédible toute mesure qui crédite le capital d’un rendement supplémentaire en débitant encore un peu plus les salariés. »

Toujours aussi stimulant, Aurélien Bernier prône la « démondialisation pour sortir du productivisme ». Le libre-échange « incite les grandes firmes à s’établir dans les pays qui pratiquent le moins-disant social et environnemental, mais leur donne la possibilité d’alimenter les marchés occidentaux. Ainsi, en 2010, 60% des importations chinoises aux États-Unis sont des biens produits par des multinationales américaines délocalisées en Chine. »

« Qu’est-ce que l’écologie politique », demande Laurent Bussy ? Le socialisme a oublié que l’écologie fait partie du projet émancipateur.

Isabelle Avran explique en quoi les Palestiniens revendiquent le droit, le respect de ses droits nationaux, son droit à l’autodétermination, son droit à un État indépendant.

Méfions-nous lorsqu’on passe de l’institution totale au totalitarisme (Sébastien Hernandez) : « Notre planète semble être un gigantesque asile où une solide direction (le G20) maintient son plan unique (l’ultralibéralisme) grâce à un personnel dévoué (armées publiques ou privées).

Comment faire pour que l’écologie ne se fasse pas contre les appauvris et contre l’État social, demande Frédéric Denhez ? « Avant de déclamer l’écologie, il faut chanter la politique », nous dit-il. Un État décentralisé, peut-être, mais avant tout, un État.

Fabrice Flipo, dans le sillage du livre de Cyril Di Méo, La face cachée de la décroissance, pose le problème de la nature de la décroissance à venir.

Ému aux larmes, Paul Ariès revient sur les quatre années de vie du Sarkophage. Il nous dit que la publication renoue avec le vieux slogan de 1936 : « Vive la vie ! »

Philippe Corcuff traite de « l’émancipation et de la critique des médias ». Ce n’est pas toujours la faute aux médias, explique-t-il.

 

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 15:41

L'université sous tutelle

http://photo.lejdd.fr/media/images/international/usa/ruines-a-perte-de-vue2/4211739-1-fre-FR/Ruines-a-perte-de-vue_pics_809.jpg 

Par Stéphane Tassel, secrétaire général du Snesup (publié par Mediapart).

 

Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur, a annoncé le placement de huit universités sous la tutelle de leur rectorat. Pour Stéphane Tassel, la loi Libertés et responsabilités des universités (LRU) est responsable des problèmes financiers rencontrés par ces établissements.

 

 La loi Libertés et Responsabilités des Universités ouvre une nouvelle ère glaciaire pour les universités: gels d'emplois statutaires à la chaîne, suppressions de milliers d'heures d'enseignement, licenciements de contractuels et mise sous tutelle pour les universités «autonomes» qui ne se plieraient pas à l'austérité ambiante. A six mois de l'élection présidentielle, la réforme phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy, engagée contre la communauté, montre son vrai visage. Le scénario qui se joue est une démonstration de son échec et de l'hypocrisie entourant la prétendue liberté offerte par la loi LRU.

 

Nous n'avons eu de cesse de le dire, au risque de passer pour des Cassandre: jamais les libertés des universitaires n'ont été mises sous une surveillance aussi resserrée. Le gouvernement se vante de faire de la recherche une priorité et de ne pas supprimer d'emplois. Et il prescrit aux établissements le gel de la masse salariale pour réduire un déficit dont il porte seul  la responsabilité. La communaute universitaire n'a pas à en subir les conséquences.

 

Depuis quatre ans, des équipes de technocrates, nommés, dépourvus de toute légitimité et éloignés de toute considération pour la science, ont multiplié les contrôles tatillons, au risque de mettre en péril l'ensemble du système d'enseignement supérieur et de recherche, faisant fi des processus complexes de maturation de la connaissance en devenir, et de la prise en compte de la diversité des modes de diffusion du savoir.

 

Passée parmi les premières à «l'autonomie financière», l'université de Limoges, déficitaire pour la deuxième année consécutive, a été mise sous la tutelle du recteur. Ce n'est que le début, Laurent Wauquiez annonce que, dès maintenant, huit universités relèvent d'une situation analogue! Avec un budget de l'enseignement supérieur en berne, contrairement à ce que cherche à faire croire le gouvernement, les comptes des universités virent, l'un après l'autre, au rouge. Il n'est pas une journée sans qu'un établissement annonce un nouveau plan d'austérité (Pau, Bretagne Sud, Bordeaux 3...). Gare à celui qui se risquerait à refuser de le mettre en œuvre, la tutelle rectorale s'en chargerait!

 

Cette mise sous surveillance des budgets, mais aussi des politiques d'établissements, par le recteur d'académie est une conséquence à rebours de l'application de la loi LRU et en particulier du décret financier. Elle bâillonne la démocratie universitaire et, intervenant à la veille des délibérations budgétaires dans les conseils d'administration, constitue une intimidation pour qui voudrait dénoncer l'état de pénurie chronique de l'enseignement supérieur. Cette attaque contre la démocratie universitaire n'est pas sans rappeler les renversements d'exécutifs européens par des marchés financiers se substituant désormais aux instances politiques, au profit de technocrates conciliants.

 

Comme la liberté des scientifiques à choisir leurs champs d'investigation, celle des peuples à se déterminer est la cible récurrente des politiques néolibérales. Ce parallélisme n'est pas le seul. Toute mesure gardée, dans l'enseignement supérieur et la recherche, la course effrénée à «l'excellence», la chasse aux «A+» désignés par les experts nommés et la mise au ban de l'immense majorité, fait écho avec la fuite en avant des Etats européens pour conserver leur «triple A».

 

Les établissements d'enseignement supérieur, secoués par une mise en concurrence stérile, creusant de manière ciblée et choisie les inégalités entre établissements, équipes pédagogiques et de recherche, collègues..., ont besoin de la garantie d'un engagement massif de l'Etat. Cet engagement pluriannuel ne peut se faire qu'au travers d'une nouvelle loi qui garantisse le recul des inégalités.

 

Au printemps 2009, les universitaires, les scientifiques se sont mobilisés à un niveau inégalé depuis 50 ans, les attentes de la communauté exigent des réponses fortes, au niveau de la colère exprimée... Pour que les enseignants-chercheurs puissent explorer avec curiosité le champ sans limite de la connaissance, pour qu'ils puissent produire et diffuser de la connaissance dans l'échange et en irriguer toute la société,  une rupture est nécessaire avec pour lignes de force: disposer enfin de temps, de la liberté d'enseignement et de recherche, de démocratie et de collégialité revitalisée.

 

J’ajoute qu’un des objectifs primordiaux de la LRU, auquel Tassel n’a pas fait allusion et qui n’a pas suffisamment ému le ventre mou des universitaires qui ne se sont pas élevés contre cette loi, est d’aligner le statut des enseignants-chercheurs sur celui de la majorité de leurs collègues européens. Tout bêtement de les sortir de la Fonction publique. Cela est déjà en train de se faire, en « douceur » par le recrutement de plus en plus « normal » de personnels précaires. Si les universitaires ne réagissent pas vigoureusement et d'urgence, le processus sera achevé dans une vingtaine d'années. Je lisais tout récemment que, dans une université du Sud-Est de la France, un conseil d'administration avait voté sur ce point. Il avait refusé la défonctionnarisation par 23 voix contre 7. Il s'était donc trouvé 7 membres du CA (des personnalités extérieures non enseignantes, j'espère, mais je n'en mettrais pas ma main au feu) pour trouver naturelle la privatisation des universitaires.

 

Une dernière petite nouvelle affligeante qui nous montre bien le quotidien de l'université sarkozyste et de ses cadres complices (la Conférence des présidents d'université au premier chef). Un BIATOS m'écrit ceci : À l'université Grenoble II, nous vivons de manière très violente la fin du centre de documentation d'une équipe de recherche (CNRS), spécialisée en sociologie industrielle. Ce centre a été "déménagé" sans aucun avertissement par l'une de ses tutelles (l'Université Pierre Mendès France).

La documentaliste responsable de ce centre de documentation a été soumise à un stress important, d'abord privée d'accès à son centre de documentation et à ses affaires personnelles, puis mutée aux services communs de la Bibliothèque universitaire sans préavis.

Voilà donc un centre de documentation et une documentaliste rayés de la carte.
Un tel mépris (une telle méconnaissance ?) du travail des documentalistes et des chercheurs, de la part d'une université, laisse pantois ...

 

* En photo, l'université française de demain.

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