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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 06:15
 
Après avoir passé des vacances en Corse, certains de mes amis sont revenus choqués, en me racontant plus ou moins toujours une scène ressemblant à celle-ci : "Je suis entré dans un bar, j'ai lancé un sonore "bonjour". Eh bien, tout le monde a continué à parler en corse, pour bien me faire sentir que je suis un Continental."
Je comprends parfaitement à quel point ce type de comportements peut mettre mal à l'aise. En revanche, il me paraît important d'en expliquer l'origine et je vais pour cela m'appuyer sur un livre tout à fait remarquable de l'écrivain franco-libanais - et académicien - Amin Maalouf, Les identités meurtrières, que je résume ici à grands traits.
1. Chaque individu possède plusieurs appartenances. Prenons l'exemple de Charles De Gaulle. Certes, il était français - ô combien - mais il était aussi catholique, général, intelligent, doté d'un caractère fort, père d'un fils et de deux filles, dont l'une gravement handicapée, avait grandi à Paris en conservant des attaches dans le Nord et résidant en Haute-Marne, etc. Charles de Gaulle avait donc plusieurs appartenances. En revanche, il avait une identité unique, qui résultait précisément de la combinaison de ses différentes appartenances. 
2. Cette règle vaut pour tous les individus qui peuplent cette planète, des plus humbles aux plus puissants.
3. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si chacune de nos appartenances pouvait s'épanouir librement. Malheureusement, il arrive parfois que l'une d'entre elles soit blessée, et cela suffit à ce que notre identité tout entière soit atteinte. "On a souvent tendance à se reconnaître dans son appartenance la plus attaquée", écrit justement Amin Maalouf. Quelle que soit l'appartenance en question - la langue, la religion, la couleur de peau, la classe sociale, l'orientation sexuelle, etc - c'est elle que nous aurons tendance à mettre en avant, au point dans certains cas de la voir envahir l'identité tout entière. 
4. C'est ainsi que s'explique la saynète du bar corse. Parmi les habitants de l'île, beaucoup savent leur culture menacée. Blessés dans l'une de leurs appartenances, certains expriment cette souffrance de manière ostensible, et parfois en effet de manière agressive. 
5. Ils ont sans doute tort de réagir ainsi, mais il me semble juste de remonter le fil des événements. Culturellement, l'histoire de France s'est accompagnée de la lente imposition du français dans des territoires où elle était auparavant inconnue. Plus grave : on n'a pas seulement cherché à faire du français la langue commune de notre pays, ce qui aurait pu s'entendre, mais sa langue unique.
6. Les réactions que cette entreprise a pu et peut encore susciter - en Corse comme ailleurs - en résultent. "Si celui dont j'étudie la langue ne respecte pas la mienne, parler sa langue cesse d'être un geste d'ouverture, il devient un acte d'allégeance et de soumission", souligne Amin Maalouf, qui poursuit : "Lorsqu'on sent sa langue méprisée, sa religion bafouée, sa culture dévalorisée, on réagit en affichant avec ostentation les signes de sa différence. Lorsqu'on se sent, au contraire, respecté, lorsqu'on sent sa langue respectée, alors on réagit autrement."
7. Notons d'ailleurs qu'il en va de même chez de nombreux amoureux du français. Pourquoi certains d'entre eux, interroge Amin Maalouf, réagissent-ils avec vigueur contre les anglicismes ? "C'est que la mondialisation apparaît aujourd'hui à leurs yeux synonyme d'américanisation, répond-il. Ils se demandent quelle place aura demain la France dans ce monde en voie d'uniformisation accélérée, que vont devenir sa langue, sa culture, son rayonnement, son mode de vie." C'est exactement cela : en entendant les tubes anglo-saxons envahir les ondes, les anglicismes se multiplier dans les médias, les Mc Donald's et autres Burger's King gagner nos rues, ils se sentent blessés dans l'une de leurs appartenances, donc dans leur identité tout entière. 
La solution n'est pas simple à mettre en place, mais elle peut s'énoncer clairement : personne ne devrait avoir à renoncer à sa culture d'origine. Cela n'a rien d'impossible : c'est même exactement la démarche suivie par l'Union européenne. Sur le Vieux Continent, les Allemands peuvent continuer à parler l'allemand, les Italiens l'italien, les Suédois le suédois, etc. Il est même probable que l'Union éclaterait si l'un de ses membres prétendait imposer son idiome à tous les autres.
Pourquoi, dès lors, voudrait-on qu'en France il faille renoncer à être Corse (ou Basque ou Breton ou Alsacien) pour être un "bon" Français ? Pourquoi l'appartenance nationale devrait-elle écraser l'appartenance régionale ? C'est cette uniformisation qui provoque les réactions excessives qui peuvent surgir ici et là. Et c'est de mon point de vue retourner les choses que de reprocher aux victimes de cette situation de se comporter parfois avec maladresse.
 
 
PS : je m'absente trois jours mais le blog continue.
Faut-il renoncer à sa culture régionale pour être français ?
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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 06:10
Ci-dessous, une contribution de Michel Feltin-Palas dans L'Express
 
On le sait peu, mais imposer à un individu un changement de langue – ou d'accent – peut provoquer de graves traumatismes psychiques.
J'entends souvent cette réflexion : "Oui, on a obligé les Corses, les Bretons, les Auvergnats et les autres à parler français. Et alors ?" Et alors ? On peut opposer de nombreuses objections à cet "argument", mais j'aimerais cette semaine m'arrêter sur celle qui est sans doute la moins connue : les maladies psychiques que cette politique a entraînées. Je m'appuie pour cela sur les travaux d'un médecin de Montpellier, le docteur Pierre Boquel, qui mène des recherches sur ce thème depuis le centre de psychosomatique relationnelle de Montpellier, le Cresmep. Les conclusions auxquelles il est arrivé sont saisissantes. Je les résume ici :
1) La langue maternelle représente l'un des fondements de l'identité de chacun d'entre nous. C'est en effet par le langage qu'enfant, nous construisons notre relation aux autres, exprimons nos premières émotions, recevons des informations sur le monde qui nous entoure, nous construisons affectivement... Cet élément est "de la même importance que le sexe, le visage ou le nom", écrit Pierre Boquel.
2) Ce fondement se trouve fragilisé si l'on nous impose un autre idiome, supposé plus "noble". Car il va de soi que si cette nouvelle langue est présentée comme "haute", c'est que la nôtre est "basse"... Apparaît peu à peu un sentiment appelé "honte de soi" (ou auto-odi), sachant que ce n'est pas seulement notre langue qui est dévalorisée, mais, à travers elle, notre lignée, notre région et notre culture.
3) Ce conflit entre "langue haute" et "langue basse" (les linguistes parlent de "diglossie") provoque une redoutable tension chez la personne concernée. "Son identité profonde, attachée à sa langue maternelle, s'oppose à l'identité sociale qu'elle a dû se construire en adoptant la langue dominante et en se forgeant une "néo-identité"", précise Pierre Boquel. Il en découle un conflit intérieur où se mêlent angoisse de dépersonnalisation, perte du sentiment d'appartenance et refoulement des émotions. 
4) Certaines personnes surmontent assez bien cette discordance, d'autres non. "Toute action qui fait "agir les unes contre les autres différentes aires de sa personnalité tend à rendre fou (c'est-à-dire schizophrène)", écrit Pierre Boquel en citant Searles, l'un des psychanalystes auxquels il se réfère. Dans cette situation, le "paradoxe identitaire" peut être corrélé à des pathologiques mentales. 
5) Dans les cas les plus graves, ces tensions psychologiques provoquent même des maladies organiques, notamment des cancers de la face - le visage étant le siège de l'identité.
6) Ce qui est vrai des langues l'est aussi des accents, comme Pierre Boquel me l'a confirmé lorsque je l'ai interrogé pour le livre que j'ai coécrit sur ce sujet (1). Présenter une manière de parler comme ridicule en comparaison d'une prononciation standard a des conséquences délétères sur l'estime de soi des individus concernés.
Certains se rassureront à bon compte en moquant la théorie délirante d'un médecin marginal. Ils se trompent. Le célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik, par exemple, ne dit pas autre chose. La langue, explique-t-il, dans Mourir de dire - la honte (Odile Jacob), compose "une représentation cohérente de soi parmi les siens", une "sorte de base de sécurité". Tout refoulement de la langue maternelle, ajoute-t-il, entame cette "base de sécurité". 
Ces raisonnements scientifiques sont par ailleurs confirmés par les études de terrain. Jean-Jacques Kress, psychiatre au CHU de Brest, s'est penché sur le cas de la Bretagne. Sachant que diplôme et santé publique vont de pair, les habitants de cette région devraient afficher d'excellents indicateurs en matière de morbidité puisque le niveau d'études y est l'un des meilleurs du pays. Or on y enregistre au contraire des taux alarmants de dépression, de suicide et d'alcoolisme. Et l'on n'a trouvé qu'une explication à ce paradoxe : la "perte d'identité linguistique" puisque, en deux générations, 80 % de la population a dû abandonner le breton et le gallo, les deux langues historiques de ce territoire. 
La Bretagne n'est pas un cas isolé. Au Canada, les communautés ayant perdu leur langue se suicident en moyenne 6 fois plus que celles qui les parlent encore. Il en va de même des Aborigènes d'Australie, des Amérindiens du Canada et des Maoris de Nouvelle-Zélande. Pour ces peuples malmenés par l'Histoire, le Congrès mondial pour la santé publique a délivré en 2017 une ordonnance aussi simple que radicale : le "renforcement de la culture autochtone". Une prescription que l'on ne saurait trop recommander aussi en France.
(1) J'ai un accent. Et alors ?, Jean-Michel Aphatie et Michel Feltin-Palas, Michel Lafon
Les ravages méconnus de la langue unique
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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 06:12

 

 

Le site Ballast s’entretient avec Aurore Koechlin sur le féminisme et le renversement de classe à l’occasion de la sortie de son livre La Révolution féministe :

 

— Les féminismes latino-américains sont-ils aujourd’hui les plus à même de faire la jonction avec le mouvement ouvrier ?

 

— Historiquement, le mouvement féministe en tant que tel est né au sein des révoltes sociales. Mais sa particularité a toujours été d’être transclasse. Il a ainsi pu être réduit par des fractions du mouvement ouvrier, parfois par ses dirigeants staliniens, à un mouvement bourgeois ou petit-bourgeois. Cela a entraîné une crise durable entre mouvement féministe et mouvement ouvrier depuis les années 1970, avec l’émergence d’un mouvement féministe autonome du mouvement ouvrier – au moins partiellement. Les féministes du courant « lutte de classes » faisaient, dès cette époque, le lien entre les deux mouvements. Aujourd’hui, une partie de l’extrême gauche continue de nier la centralité politique du féminisme et ne se souvient de sa force que lorsqu’il parvient à mobiliser massivement des milliers, voire des millions de personnes. Cette fraction de l’extrême gauche conteste surtout sa centralité à un niveau stratégique : elle peut reconnaître qu’il existe des formes d’oppression spécifiques qui pèsent sur les femmes et les minorités de genre, mais elle ne pense pas que l’oppression de genre est consubstantielle au capitalisme et nie qu’elle est aussi une forme d’exploitation, c’est-à-dire d’appropriation de la force de travail. On pourrait faire exactement les mêmes remarques sur la centralité politique de l’antiracisme. »

 

 

 

Revue de presse (346)

 

Le site Reporterre revient sur la victoire de Lactalis face à une expérimentation du gouvernement : « Le géant laitier a remporté une bataille juridique décisive : le 11 mars, le Conseil d’État a, à la demande du groupe, annulé un décret gouvernemental qui imposait l’étiquetage de l’origine géographique du lait. Cela concerne aussi l’utilisation du lait « en tant qu’ingrédient » dans les produits transformés. La décision de la plus haute juridiction administrative française s’appuie sur la législation européenne, qui stipule que les États de l’Union ne peuvent prendre de mesures pouvant « donner lieu à une discrimination à l’encontre des denrées alimentaires provenant d’autres États membres ». Les fabricants peuvent continuer à indiquer l’origine de leurs produits s’ils le souhaitent mais n’y sont plus contraints. L’État français, lui, est condamné à verser six mille euros au groupe Lactalis pour le dédommager de ses frais d’avocats. »

 

 

Le site Révolution permanente revient sur les conséquences humaines des mesures “ techniques ” prises par le gouvernement à propos de l’assurance chômage : « L’Unédic a procédé à de nouvelles simulations appliquant les futurs effets de la réforme de l’assurance-chômage.

 

Celles et ceux qui seront les plus durement touchés par ces nouvelles réformes sont ceux qui travaillent en deux temps, c’est-à-dire ceux qui alternent entre des contrats de travail précaires et des périodes de chômage, aussi appelés « permittents ». L’étude de l’Unédic différencie trois catégories de « permittents ». D’une part les allocataires dont le rythme de travail est compris entre 25 et 49% du temps, qui verront leur allocation baisser à 640 euros, soit une baisse de 250 euros. 220 000 personnes devraient être concernées, soit 10% des demandeurs d’emploi. La deuxième catégorie concerne les allocataires dont le rythme de travail est entre 50 et 74% du temps, qui auront une baisse de 204 euros sur leurs allocations. 285 000 personnes devraient être concernées, soit 13% des chômeurs. Enfin, la dernière catégorie concerne les allocataires dont le rythme de travail est compris entre 75 et 99% du temps, qui auront une baisse de 61 euros sur leurs allocations. 335 000 personnes sont concernées, soit 15% des chômeurs.

 

Au total, 840 000 personnes sont concernées, soit 38% des chômeurs indemnisés. Mais ce chiffre devrait augmenter, dans la mesure où il se base sur le nombre de chômeurs actuels, sans prendre en compte la hausse du chômage à venir. Par ailleurs, la réforme prévoit également de modifier les critères d’accession à l’assurance chômage, puisqu’il faudra désormais avoir travaillé et cotisé six mois sur les 28 derniers mois plutôt que quatre mois sur 24. Enfin, la réforme prévoit la dégressivité des allocations à partir du septième mois de chômage pour les salaires supérieurs à 4500 euros. »

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 06:05

 

 

J’avoue que j’aime bien cette actrice qui a déjà une longue carrière au cinéma comme au théâtre et à la télévision. Elle sait être à la fois légère et grave derrière son sourire pétillant.

 

Elle est en couple avec un prince, qui fera l’objet de cette note. Un peu normal dans la mesure où, par sa mère, ancienne professeuse des écoles, elle descend d’une des plus vieilles familles de l’aristocratie française, les Pontavice des Renardière. Est-ce pour cela que, par la grâce de son mariage avec un prince, elle n’a pas voulu mélanger les torchons et les serviettes et qu’elle est devenue princesse de Venise et de Piémont ? Je ne sais.

 

Le pedigree et le parcours de ce prince valent le détour.

 

Né en 1972 à Genève, Emmanuel-Philibert est le fils de Victor Emmanuel de Savoie, prince de Naples et duc de Savoie, et de Marina Doria, ancienne championne du monde de ski nautique épousé sans l’assentiment paternel. Il est le petit fils du dernier roi d’Italie Humbert II qui, le pauvre, n’aura régné que 35 jours en 1946, avant la proclamation de la République italienne. Le très chrétien Premier ministre Alcide de Gasperi, prononcera, à l’occasion des funérailles du roi, cette homélie très chrétienne : «  Nous devons nous efforcer de comprendre la tragédie de quelqu'un qui, après avoir hérité d'une défaite militaire et d'une complicité désastreuse avec la dictature, s'est efforcé ces derniers mois de travailler avec patience et bonne volonté pour un avenir meilleur. Mais cet acte final de la Maison millénaire de Savoie doit être considéré comme faisant partie de notre catastrophe nationale ; c'est une expiation, une expiation imposée à nous tous, même à ceux qui n'ont pas partagé directement la culpabilité de la dynastie. » Avant de mourir, Humbert avait offert à au Vatican le saint-Suaire de Turin.

 

La République ayant décrété que ni son père ni son grand-père n’avaient le droit de résider en Italie, Emmanuel-Philibert naît donc à Genève où il va résider pendant une trentaine d’années avec le titre de prince de Venise, puis également de prince de Piémont. En Suisse, il aura fréquenté le lycée Le Rosey, le lycée privé le plus cher de la planète (environ 100 000 euros par an). Cet établissement a compté en son sein le fils du “ working class hero ” Sean Lennon (ce qui ne l’empêchera pas d’adhérer au mouvement “ Occupy Wall Street ”), Albert II, Joe Dassin, Alain-Fabien Delon, Nelson Montfort, Rainier III, Juan Carlos Ier, Dodi Al-Fayed. Emmanuel-Philibert obtient un baccalauréat scientifique à Lausanne et entreprend des études d’architecture à l’université de Genève, qu’il abandonne pour la banque et la finance.

 

En 2002, le père d’Emmanuel-Philibert est autorisé à retourner en Italie après 56 ans d’exil. Il  sera toujours entouré d’une réputation plus que sulfureuse. Au début des années 1970, il est membre de la loge maçonnique et néo-fasciste P2. Son nom est cité dans un trafic d’armes mais il ne fait l’objet d’aucune suite judiciaire. En 1978, il est accusé d’avoir tué d’un coup de fusil, Dirk Hamer, jeune Allemand de 19 ans, sur un yacht voisin du sien. Incarcéré pendant 55 jours, il est jugé et acquitté. En 2006, il est arrêté au bord du lac de Côme pour « association de malfaiteurs visant à la corruption et à l’exploitation de la prostitution ». Il est acquitté en 2010 pour manque de preuves.

 

Emmanuel-Philibert prend ses distances avec son père. Il se présente aux élections de 2008 comme tête de liste de Valeurs et Futur, dans la circonscription des Italiens de l'étranger. Il obtient 0,44 % des voix.

 

En 2009, il remporte l’émission “ Danse avec les stars ” en Italie. La même année, lors des élections européennes, l’Union de Centre, parti chrétien-démocrate,, l’intronise comme candidat dans la circonscription Nord-Ouest.

 

En 2010, il termine deuxième au festival de la chanson de San Remo. En 2011, il est invité dans le “ Koh-Lanta ” italien. En 2012, il anime la version italienne de “ Pékin Express ”. En 2013, il participe à une émission de télé-crochet sur M6.

 

En 2014, il crée la société Royal Me Up Productions avec Telfrance, un groupe audiovisuel français.

 

En 2019, dans une émission patronnée par le magazine Vice, il présente son camion-restaurant (food truck) de pâtes fraîches à Los Angeles.

 

Il fonde en 2020 le groupe de réflexion Più Italia afin de relancer l’économie et la vie politique italiennes. Puis il fonde le parti Realtà Italia qui veut restaurer un régime monarchique.

 

En janvier 2021, il présente ses excuses pour les lois antisémites signées par son grand-père Victor Emanuel III en 1938, excuses que son père Victor Emanuel n'a fait jamais voulu présenter.

 

E la navé va.

Soyons people avec Clotilde Courau
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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 06:10
 

[…] Comme toujours, il faut revenir aux faits. L’histoire commence à Sciences-Po Grenoble, à l’occasion de la préparation d’un séminaire annuel intitulé « semaine de l’Egalité ». L’un des ateliers de ce séminaire est intitulé « Racisme, Islamophobie, Antisémitisme ». Un professeur d’Allemand, Klaus K., qui participe à la préparation de l’atelier remet en cause dans un échange de courriers le titre en soulignant combien le terme « Islamophobie » relève du militantisme plutôt que du concept scientifique. Sans aller jusqu’à proposer sa suppression, il conseille prudemment « comme base de discussion, une journée libellée ainsi : racisme, Antisémitisme et autres formes de discriminations contemporaines (islamophobie, homophobie, misogynie …) ». Il sera soutenu par son collègue Vincent T., qui enseigne lui l’histoire et la philosophie islamique. Cela provoquera la colère de Claire M., enseignante du laboratoire PACTE – bien connu dans le milieu des sciences sociales – qui coordonne la préparation de l’atelier et qui n’entend pas voir son autorité pour conduire l’atelier comme elle l’entend contestée.

Et c’est là que s’enclenche un processus maintenant bien connu. Pour faire taire la contestation, Claire M. agite le syndicalisme étudiant – à travers les étudiants participant à l’atelier – en dénonçant l’attitude de ses collègues et joue les victimes en transformant la contradiction portée par ses collègues en un acte de « harcèlement ». Elle obtiendra que son laboratoire publie, sous la signature de sa directrice Anne-Laure Amilhat Szary, un communiqué de soutien ou l’on peut lire que  « Nier, au nom d’une opinion personnelle, la validité des résultats scientifiques d’une collègue et de tout le champ auquel elle appartient, constitue une forme de harcèlement et une atteinte morale violente. ».

On connaît la suite : le syndicalisme étudiant qui a trouvé un os à ronger sort l’artillerie lourde. D’abord par une demande de « témoignages de propos islamophobes » – autrement dit, des appels à la délation – puis par la demande de sanctions contre les enseignants dont on exige des « excuses » pour des « propos islamophobes », et enfin leur dénonciation publique avec nom et prénom par voie d’affichage. Avec comme conséquence prévisible l’explosion de l’affaire dans une opinion qui n’a pas oublié l’affaire Paty, et qui est donc consciente de ce que cela représente de nos jours une accusation publique de « islamophobie ».

Les réactions au scandale ne sont pas, elles non plus, neutres. Le laboratoire PACTE a ainsi publié un communiqué (non signé, celui-là) réduit à un simple paragraphe : « Pacte, Laboratoire de Sciences Sociales (UMR 5194) s’associe à ses tutelles, l’université Grenoble Alpes, Sciences Po Grenoble et le CNRS, pour condamner fermement l’attaque sur les murs de l’établissement dont ont été victimes deux enseignants. Le laboratoire dénonce également toutes les attaques et intimidations contre les étudiants, enseignants et chercheurs ». Vous noterez la dernière phrase qui, outre sa syntaxe approximative, doit être lue dans le contexte du communiqué de soutien à Claire M. Doit-on comprendre que cette phrase regrette les pressions contre Vincent T. et Klaus K., ou bien au contraire cherche à suggérer qu’ils méritent jusqu’à un certain point leur sort, ayant « attaqué » leur collègue ?

Mais la réaction la plus intéressante est celle des syndicats étudiants, qui ayant d’abord relayé sur les réseaux sociaux l’affichage dénonçant les deux enseignants comme « islamophobes » et « fascistes », se sont ensuite ravisés et retiré les images, non pas – si l’on croit leur communiqué de presse – parce qu’ils condamnent le procédé, mais parce qu’ils ont « entendu l’émoi suscité » – autrement dit, parce que cela leur portait tort médiatiquement – et qu’ils ne voulaient pas « rajouter à la confusion ». Tout en renouvelant leurs attaques contre les enseignants concernés.

Je m’excuse si ce rappel des faits est un peu long, mais je pense qu’il est indispensable. Parce qu’il est une illustration presque caricaturale du délitement institutionnel de notre pays, bien au-delà de l’université. Et contrairement à ce qu’on peut penser, le plus grave n’est pas l’acte des étudiants. Que les étudiants soient idiots, c’est propre de leur âge. S’ils étaient plus sages et plus savants, ils seraient professeurs. C’est surtout le comportement de l’institution qui est ici en cause. Car que voyons-nous ici ?

D’abord, une directrice de laboratoire qui estime, excusez de la répétition, que « Nier, au nom d’une opinion personnelle, la validité des résultats scientifiques d’une collègue et de tout le champ auquel elle appartient, constitue une forme de harcèlement et une atteinte morale violente ». Comment un scientifique peut-il signer pareille chose ? Comment arrive-t-on dans le pays de Descartes à voir des scientifiques prétendre que la validité de leurs résultats voire la remise en cause d’un champ scientifique serait « une forme de harcèlement » ou « une atteinte morale violente » ? A partir du moment ou l’on affirme pareille chose, toute discussion, toute remise en cause, tout débat est interdit.

Ensuite, on voit une enseignante, Claire M., manipuler les étudiants en les utilisant contre ses propres collègues. En faisant cela, elle détruit l’institution elle-même. Car quel respect peuvent réclamer les enseignants de leurs étudiants alors qu’ils s’envoient des noms d’oiseaux à la figure publiquement entre eux ? Pourquoi irais-je respecter le professeur alors qu’un autre enseignant me dit avec la même autorité que c’est un « harceleur » et un « fasciste » ? Une académie tire sa légitimité du fait que ses membres sont les meilleurs. Si certains membres commencent à suggérer que d’autres membres sont des « fascistes », alors l’institution n’existe plus.

 

Grenoble, l’université de l’indicible peur

 

Enfin, cette affaire illustre l’impuissance des autorités universitaires « autonomes », dont l’autorité repose sur une élection par des activistes enseignants ou étudiants. Et qui du coup mettent la poussière sous le tapis aussi longtemps qu’ils le peuvent. Car l’affaire couvait depuis très longtemps dans les couloirs de Sciences-Po Grenoble. Mais sans la campagne d’affichage qui a mis le feu aux poudres, le public n’aurait jamais rien su de tout ça. Klaus K. et Vincent T. auraient été gentiment mis au placard sans espoir de promotion – l’arrêt maladie est un classique dans ces cas – et seraient partis à la première opportunité pour fuir la campagne de harcèlement contre eux. Car cela arrive souvent de nos jours que des enseignants contre lesquels les groupuscules ont prononcé des fatwas soient gentiment priés – et même aidés – par les administrations universitaires à aller voir ailleurs.

Quant à Claire M., qu’elle se rassure. Dans une société ou Torquemada est à la mode, sa carrière ne risque pas de trop souffrir de ce petit accroc. Même chose pour les étudiants responsables de l’affichage et ceux qui les auront soutenus : on ne dissoudra personne, on ne punira personne. Les terroristes – car c’est bien de terreur qu’il s’agit – auront gagné. Car combien de professeurs à l’avenir auront le courage – ou l’inconscience, selon le point de vue – de Klaus K. ou de Vincent T. à l’heure d’exprimer leurs objections ?

Lorsque Frédérique Vidal a parlé d’une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’Université, il s’est trouvé des centaines universitaires pour signer des tribunes dans « Le Monde » ou « Libération », et le CNRS lui même a pris position. Quand deux de leurs collègues sont offerts à la vindicte publique par quelques activistes, il n’y a plus personne. Où sont passés tous ces courageux défenseurs de la liberté académique et des privilèges universitaires ? Ils gardent un silence qu’on peut imaginer prudent. Et c’est normal : dans la France d’aujourd’hui, un universitaire ne risque rien en crachant à la gueule d’un ministre. Par contre, marcher sur les pieds de l’UNEF et du lobby des « sciences sociales », c’est risquer de se retrouver en haut de l’affiche. De l’affiche de dénonciation, s’entend.

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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 06:21

Je reprends ici un article d'Hernando Calvo Ospina publié par le Grand Soir

 

Le 4 Mars 1960. Une double explosion dans le port de la capitale cubaine entraîne la mort de soixante-dix personnes. Accident, sabotage ou attentat ? Les révolutionnaires cubains qui ont renversé la dictature de Fulgencio Batista un an plus tôt mènent l’enquête. Des documents récemment déclassifiés jettent une lumière nouvelle sur cette affaire.

 

Ce vendredi 4 mars 1960 vers 9 h 30, le cargo français La Coubre accoste le quai de La Havane. À son bord, des marchandises chargées dans les ports de Hambourg, d’Anvers et du Havre à destination des États-Unis, du Mexique et d’Haïti.

 

Jean Le Fèvre est second capitaine. Il témoigne : une fois le personnel extérieur au navire autorisé à monter à bord, une vingtaine de soldats en armes pénètrent immédiatement sur le navire (1). Puis c’est au tour des dockers, dûment identifiés. À 11 heures débute le déchargement des marchandises situées à l’avant. Au même moment, un membre d’équipage ouvre les cadenas qui ferment exceptionnellement la cale VI, tout à l’arrière. Neuf-cent-soixante-sept caisses en bois contenant 1,5 million de munitions sont placées dans des filets et débarquées sur le quai à l’aide des grues du bateau. Cette opération dure jusqu’à 14 h 45.

 

Le Fèvre ordonne ensuite l’ouverture d’un autre compartiment de cette cale et l’on procède au transbordement de 525 caisses renfermant 25 000 grenades. Cet armement a été vendu par la Fabrique nationale d’armes de guerre de Belgique et chargé vingt jours plus tôt à Anvers.

 

Un peu avant 15 heures, le chef-mécanicien Marcel Guérin rejoint sa cabine pour écrire à sa femme : « J’avais à peine écrit “Chérie” que retentit une explosion indéfinissable.Le bateau partit en avant comme une fusée, se souvient-il. J’ai pensé que l’huile ou la vapeur avaient explosé en salle des machines. La cloison de ma chambre s’est effondrée, et le lavabo s’est écrasé sur mon oreiller. » Guérin se rend aussitôt à la salle des machines, gagnée par les flammes et la fumée. Aidé de ses assistants il coupe l’électricité, mais ne parvient pas à arrêter le moteur ni à fermer la porte étanche. L’eau commence à s’engouffrer. Ils quittent les lieux.

 

Quand survient l’explosion, Le Fèvre pense qu’elle a eu lieu sur le quai. Mais lorsqu’il parvient sur le pont, tout n’est que confusion et cris. Le navire s’incline d’une quinzaine de degrés vers la droite et s’est éloigné d’environ quatre mètres du quai ; l’arrière est en ruines. Avec le gigantesque champignon de fumée sont projetés des morceaux de métal, de bois et des fragments de projectiles qui retombent dans un rayon de cinq cents mètres. « Ce fut une explosion si énorme que j’ai cru que les États-Unis avaient commencé à nous envahir, raconte, à La Havane, l’historienne Adelaida Béquer. Je n’oublierai jamais cet énorme nuage de fumée, et l’obscurité. »

 

Outre les 36 membres d’équipage, deux passagers voyagent alors à bord de La Coubre : un prêtre français et Donald Lee Chapman, un journaliste américain. Chapman vient à peine de s’installer au soleil, sur le pont parmi les marchandises. « Je me souviens qu’on ne pouvait pas passer derrière. Il n’y avait pas longtemps que j’étais là, quand tout a commencé à exploser. »

 

Le Fèvre, informé par Guérin, ordonne d’abandonner le bateau. Connaissant les quantités de carburant et d’explosif présentes à bord, il craint une deuxième explosion plus violente. Certains sautent à l’eau. D’autres descendent grâce à un filet lancé par des marins et des Cubains. Le capitaine, percuté par une porte qui lui a brisé les os d’une jambe, doit être transporté. Quant au prêtre, il s’enfuit, le pied à peine à terre. Il se présentera quelques heures plus tard à un poste de police.

 

Les pompiers, le personnel médical, la police, les militaires et plusieurs civils arrivent en un temps record pour apporter leur aide, sans tenir compte des cris des Français qui leur demandent de s’éloigner du navire. Parmi eux, Ernesto Guevara, médecin, commence à soigner les blessés à proximité du quai — la célèbre photographie du « Che » signée Alberto Korda qui orne tee-shirts et mugs du monde entier aurait été prise le lendemain, lors des funérailles des victimes. Fidel Castro, alors premier ministre, et son frère Raúl arrivent également sur les lieux. Le groupe est à quelque 300 mètres lorsque se produit la seconde explosion. Il est environ 15 h 40.

 

Cette deuxième explosion fut la plus meurtrière en raison du nombre de secouristes présents. « Un Cubain, avec les deux jambes arrachées, demande de l’aide et exprime sa souffrance, décrit un marin. C’est horrible. L’homme mutilé tente vainement de se relever en s’aidant de ses coudes et de ses mains, mais retombe sans cesse (2). »

 

Les estimations font état d’environ 70 morts, plus d’une centaine de blessés, et 27 disparus. Six membres d’équipage périssent. D’eux d’entre eux sont retrouvés déchiquetés dans les eaux de la baie. La mort des quatre autres est constatée grâce à des morceaux de vêtements. Tous supervisaient le déchargement des armes.


L’enquête débute le jour même. Fidel Castro s’implique. Avec Guevara, il rend visite à Chapman. « Castro ne m’a accusé de rien. Il m’a demandé si je croyais que c’était un sabotage, mais moi je ne savais rien, se souvient le journaliste. C’est seulement en arrivant à Cuba que le capitaine m’a informé qu’il y avait des explosifs à bord, mais pas en telle quantité ». Trois jours plus tard, il sera autorisé à décoller vers Miami.

 

À 10 heures, le soir des évènements, Castro convoque le conseil des ministres, qui décide, entre autres, d’allouer 1 million de dollars aux familles des estropiés et des morts, y compris à celles des six marins. Trois semaines plus tard, une délégation de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC) remet, à Paris, 10 000 dollars à chaque famille.

 

Samedi 5 mars. Le lendemain de la double explosion du cargo, au petit matin, Fidel Castro et d’autres dirigeants révolutionnaires analysent les informations collectées. Il s’agit de préparer le discours du premier ministre lors des premiers enterrements prévus l’après-midi. De passage à Cuba, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre entendent l’allocution prononcée sur une estrade improvisée près du cimetière Colón, devant des centaines de milliers de personnes. « J’assistai au compte rendu minutieux et précis d’une investigation policière », écrira Sartre (3). Castro les invite à le rejoindre. La veille, les deux intellectuels français ont rendu visite aux marins blessés.

 

Une même version des faits se fait jour dans ce discours de Fidel Castro comme dans les rapports officiels qui paraissent plus tard. D’abord, le fait que la première explosion a bien eu lieu à bord. Sur les 1 492 caisses, celles contenant des projectiles avaient été déchargées. Mais seule une vingtaine de caisses de grenades, sur plus de cinq cents, étaient déjà sur le quai. Les marins assurent qu’aucune n’a chuté accidentellement. Louis J. Audigou, représentant du secrétaire général de la marine marchande française, conclut dans son rapport qu’« un accident involontaire au cours du déchargement est peu probable ».

 

Mais Castro veut s’en assurer. Il demande que plusieurs de ces caisses de grenades soient lâchées d’un avion. Aucune n’explose. Elles « étaient destinées à être lancées avec un fusil, nous explique Alberto León Lima, le chauffeur de Castro à l’époque, mais il fallait auparavant leur retirer deux sécurités, sinon elles ne pouvaient exploser, même en percutant un char de guerre ! »

 

Lors de la première explosion, cependant, plusieurs de ces grenades se seraient échappées de leur caisse. John R. Wheeldon, l’agent de la Lloyd de Londres, la principale compagnie d’assurance, explique dans son rapport que ce sont elles qui, tombées au fond du navire et exposées au feu, explosent quarante minutes après la première déflagration. La seconde explosion est donc bien intervenue sur La Coubre et non dans le hangar sur le quai, comme le soutiennent alors plusieurs membres d’équipage.

 

Les recherches des autres envoyés à La Havane accréditent cette thèse. Une semaine ne s’est pas encore écoulée que les télex annoncent qu’il sera compliqué d’obtenir la vérité. Le 10 mars, cinq jours après les faits, la direction de la compagnie maritime donne cette consigne : « Actuellement, nous n’avons pas l’intention de rechercher la cause de l’accident, ce qui importe est de savoir si “La Coubre” doit être considéré comme perdu ou si, au contraire, il est possible de le renflouer. » Curieusement, les compagnies d’assurance acceptent. Audigou affirme qu’il « est impossible en l’absence de preuves formelles de conclure définitivement sur la (ou les) causes de la première explosion ».

 

Reste une seule possibilité, difficile à reconnaître en raison de tout ce qu’elle induit : l’attentat. « Le déplacement d’une des caisses, affirme Fidel Castro le 5 mars, a provoqué le fonctionnement d’un détonateur qui a déclenché l’explosion. » Quelques mois plus tard, le 14 juin, un rapport restreint du ministère belge des affaires étrangères établit qu’il « n’est pas impossible qu’il existe des mécanismes d’horlogerie susceptibles de se déclencher après un délai de plus de quatorze jours et que, d’autre part, il puisse exister des engins sans mécanisme explosant lors de l’enlèvement d’une charge sur laquelle ils reposent »...

 

La thèse de l’acte terroriste se renforce. Mais qui a pu installer le piège mortel ? Fidel Castro assure qu’aucun des travailleurs cubains ne savait qu’il allait décharger ce navire, puisqu’ils étaient tirés au sort. Après avoir exclu la responsabilité d’un membre de l’équipage ou des voyageurs, il affirme sans ambiguïté : « Et parmi ceux qui ne voulaient pas que nous recevions ces armes, il y avait les fonctionnaires du gouvernement américain. »


« Les premières mesures contre Cuba ont été d’empêcher qu’on lui vende des armes, explique le chercheur cubain Tomas Diez Acosta. Et la révolution devait s’armer pour faire face aux différentes agressions dont elle faisait l’objet. » Le président américain de l’époque, Dwight D. Eisenhower, détaille dans ses Mémoires les mesures prises par son administration pour empêcher la révolution cubaine. Parmi elles, l’embargo sur les armes. « Après l’entrée de Castro à La Havane, nous, au gouvernement, avons commencé à examiner les mesures qui pourraient être efficaces pour le réprimer (4). »

 

L’année 1959 n’est pas encore terminée que la Central Intelligence Agency (CIA) organise et arme des groupes à l’intérieur, tandis que de petits avions venus de Floride bombardent des villages, des industries et des champs. Washington refuse même de vendre à Cuba des pièces de rechange pour les armes déjà existantes. Et exerce des pressions sur les gouvernements européens afin que ceux-ci ne livrent pas l’armement commandé par la dictature avant son renversement, bien qu’il soit déjà payé !

 

Pour s’équiper, « Cuba se tourne alors vers les pays européens plutôt que vers l’Union soviétique, et la Belgique fait un pas en avant », rappelle l’historien René González Barrios à La Havane. En octobre 1959, Bruxelles envoie à Cuba un premier lot d’armes, transporté lui aussi par La Coubre. « L’ambassade des États-Unis, par l’intermédiaire d’un consul (membre de la CIA ?) et de son attaché militaire, tentera, en vain, de faire pression sur le ministère belge des affaires étrangères, pour que celui-ci n’honore pas son contrat (5) », précise encore l’ancien officier de la marine française Joseph Le Gall.

 

Quand, où et surtout par qui la bombe qui a fait exploser en mars 1960 cette deuxième cargaison d’armes belges a-t-elle été installée, si, comme Castro l’affirme dans son discours, cela n’a pas pu se produire sur le sol cubain ?

 

Deux hypothèses : au Havre ou à Anvers. Dans le port français, la cale VI, qui était réfrigérée, n’a été ouverte que par le second capitaine pour permettre d’y stocker des fromages destinés à Haïti, auprès d’autres qu’on avait embarqués à Hambourg. Cette piste écartée, reste Anvers. Les projectiles y sont chargés le 15 février, sur un quai de la ville. Le lendemain, La Coubre navigue jusqu’à un embarcadère au milieu de l’Escaut, où se trouvent déjà les grenades. Après leur chargement, le capitaine et la personne responsable du transfert signent le « reçu à bord » au délégué de la compagnie maritime à Anvers. Lequel contient ces quelques mots manuscrits :

« Quelques caisses décerclées - Caisse n° 696 - Une planche déclouée (et reclouée). »

 

La cargaison reste là trois nuits et trois jours, sous la garde de deux douaniers seulement, qui, curieusement, tombent malades et demandent, le jour même, à se faire remplacer. Aucun document ne fait cependant état de doutes sur l’état de ces caisses. L’installation de la bombe nécessitait « la collaboration des services de renseignement de France et de Belgique, témoigne l’ancien chef du contre-espionnage cubain Fabian Escalante Font. Lesquels peuvent, par exemple, avoir facilité la tâche des assassins. »

 

Pour la France, Cuba est un lieu sans importance, du moins jusqu’à ce que les révolutionnaires prennent le pouvoir et reconnaissent le Front de libération national (FLN) algérien. Courant 1959, les services de sécurité français commencent à travailler en étroite collaboration avec Washington, au point que l’ambassade de France devient un centre d’opérations de la CIA.

 

Au sein du ministère de l’intérieur français existe à l’époque une cellule clandestine chargée de réaliser des attentats contre les partisans de l’indépendance de l’Algérie : le Service VII, plus connu sous le nom de « Main rouge ». Sa tâche principale est d’empêcher la fourniture d’armes au FLN. C’est ainsi que des trafiquants d’armes sont assassinés, cinq navires coulés et onze autres mis hors service, sabotés pour la plupart d’entre eux à... Anvers (6).

 

La Main rouge a-t-elle collaboré avec la CIA pour placer la bombe parmi les grenades transportées par La Coubre ? « Pourquoi pas ? Mais il semble qu’on ne connaîtra pas la vérité. La seule certitude que j’aie, c’est qu’on a fait exploser le bateau », assure Maxime Ivol, l’opérateur radio de La Coubre. L’État français ne montre alors aucun intérêt à enquêter sur le dynamitage du navire, et ne fait aucune déclaration.

 

Près de dix ans après les faits, un document de la French Lines, qui traite du « règlement amiable » auquel les propriétaires du bateau et les assureurs sont parvenus, indique en janvier 1969 : « Nos assureurs-corps soutenaient être en face d’un événement découlant d’un risque de guerre civile ou de terrorisme envers lequel le navire n’était pas garanti. Certes, ils n´en apportaient pas la preuve irréfutable, mais nous ne pouvions pas non plus les démentir. »

 

« Pendant un certain temps, j’ai supposé que les explosions étaient des accidents. Au fil des ans, en apprenant ce que la CIA avait fait contre Castro et Cuba, j’en suis arrivé à penser que c’était mon gouvernement, par l’intermédiaire de la CIA, se remémore Chapman, aujourd’hui retraité. En vertu de la loi d’accès à l’information, j’ai demandé que l’on me remette une copie des documents qu’ils avaient sur l’explosion, et ils m’ont été refusés. » Soixante-un ans après la double-explosion de La Havane, l’énigme de La Coubre reste entière.

 

Hernando Calvo OSPINA

Source : Le Monde diplomatique.

Photo du logo : Alberto Korda. — « Guerrillero Heroico » (Guérillero héroïque), 15 mars 1960.
Photo d’Ernesto « Che » Guevara le jour des funérailles des victimes de l’explosion de « La Coubre ».

L’auteur vient de publier "Un navire français explose à Cuba", éditions Investig’Action, Bruxelles.

Notes : 


(1) Certaines des informations présentées ici proviennent des archives de la Compagnie générale transatlantique, conservées au sein de la French Lines & Compagnies, qui archive le patrimoine historique de la marine marchande française, au Havre, en France. La plupart d’entre elles ont été interdites au public jusqu’en 2010. L’auteur a été le premier à avoir accès à tous les documents.

(2) « L’explosion du La Coubre. Témoignage d’un rescapé », Le Marin, Rennes, 20 juillet 1990.

(3) « Ouragan sur le sucre », France-Soir, Paris, 15 juillet 1960.

(4) Dwight D. Eisenhower, Batailles pour la paix, 1959/1961, Éditions de Trévise, Paris, 1968.

(5) Joseph Le Gall, « L’énigme de La Coubre. Cuba : explosion en eaux troubles », Marine et Océans, Paris, avril-mai 2007.

(6) Ministère des relations extérieures de Belgique (MAE), direction des affaires politiques (DGAP), mission de liaison avec l’Algérie (MLA), Dossier n° 1990/AMT, Bruxelles

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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 06:10

 

 

Pour Évariste, dans Res Publica, il est urgent de recadrer le débat politique : « Notre rôle dans la séquence est donc d’une part de défendre l’autonomie des sciences sociales à l’université et d’autre part de conforter le camp du primat de la question sociale. Pour nous, le rapport de force social est prioritaire. Or, un constat s’impose : en ce début 2021, notre pays est dans une situation économique catastrophique. En 2020, nous avons subi une baisse du PIB de – 8,3 %, alors que la moyenne pour les pays développés, les membres de l’OCDE, est de 5,2 %. Les entreprises françaises sont couvertes de dettes, incapables de rembourser les Prêts Garantis par l’État. Il est fort probable qu’une offensive du pouvoir pour imposer une nouvelle austérité à la grecque se déclenche cet été ou à la rentrée prochaine. Macron a déjà annoncé la couleur : « J’aurai des mesures impopulaires à prendre d’ici l’élection présidentielle de 2022 » a-t-il déclaré dans un débat avec les jeunes il y a quelques semaines. Donc, les mois qui viennent vont être décisifs sur le plan de la lutte des classes. Il faut nous y préparer !

 

 

Dans Le Grand Soir, Fadi Kassem fait des propositions radicales pour restaurer la souveraineté nationale et populaire : « La seule solution réside dans la sortie unilatérale et définitive de l’UE, non pas par des « négociations » à travers un article 50 dont la seule raison d’être est d’entraver au maximum tout processus de sortie dans de bonnes conditions, mais à travers le non-respect de tous les textes juridiques européens attentant aux intérêts des travailleurs et des citoyens, en particulier les droits sociaux et démocratiques. Cela passera notamment par :

 

Le non-respect de tous les textes œuvrant pour la « totale liberté de circulation » et une « économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée » ;

 

L’abrogation des textes nationaux transposant les directives européistes régressives ;

 

Le rétablissement de barrières douanières tarifaires et non-tarifaires ;

 

La sortie de l’espace Schengen pour rétablir un contrôle aux frontières ;

 

La nationalisation de tous les grands secteurs productifs de l’économie nationale avec une planification démocratiquement contrôlée par les travailleurs : banques, assurances, énergies, transports, communication ;

 

La reconstitution d’un grand service public sous contrôle démocratique des travailleurs : hôpitaux, éducation nationale, Sécurité sociale et retraites, etc.

 

La réaffirmation de la République une et indivisible : fin des « euro-régions » et « euro-départements » ainsi que toutes les mesures de « décentralisation » qui asservissent les communes et les départements.

 

 

La cellule investigation de Radio France a montré que l’État français avait menti sur un essai nucléaire effectué en juillet 1974 en Polynésie française. 110 000 personnes ont potentiellement été touchées par son nuage atomique. 17 juillet 1974. La France s’apprête à procéder au 41e essai nucléaire atmosphérique en Polynésie, depuis l’atoll de Mururoa située à plus de 1 000 kilomètres de Tahiti. Mais rien ne se passe comme prévu. L’essai est un échec du point de vue technique, le champignon atomique s’élève moins haut que prévu (5 200 mètres au lieu de 8 000 mètres), mais surtout il ne prend pas la direction prévue par les autorités françaises.  

 

Le spécialiste des questions nucléaires, Sébastien Philippe, enseignant-chercheur à l’université de Princeton, a analysé les 2 000 documents déclassifiés par l’armée française en 2013. Il a réussi à remodéliser informatiquement la trajectoire du nuage atomique. En suivant le trajet du nuage heure par heure, on voit clairement qu’au lieu de partir vers le nord, en direction des atolls de Tureia et de Hao, il se dirige en ligne droite vers Tahiti. 42 heures plus tard, le nuage touche l’île de Tahiti et les îles Sous-le-Vent.  Quelques heures après le tir, l’armée connait le risque que le tir fait peser sur les populations civiles. Elle décide de ne rien faire. Les autorités locales et les populations civiles ne sont pas prévenues. On ne demande pas aux populations civiles de se mettre à l’abri ou de suspendre leur consommation d’eau ou de lait qui fixent fortement les substances radioactives. La pluie qui s’abat alors sur l’île accélère le dépôt d’éléments radioactifs. 

Revue de presse (345)
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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 06:19

 

Problème : 1) question à résoudre, point obscur que l’on se propose d’éclaircir : « j’ai coutume de distinguer dans les problèmes de l’esprit ceux que j’aurais inventés […] et les autres qui sont les problèmes d’autrui » (Paul Valéry).

 

2) difficulté qu’il faut résoudre pour obtenir un résultat : « […] voilà le difficile problème que les artistes du moyen âge ont presque toujours résolu avec bonheur » (Théophile Gautier).

 

3) chose incompréhensible : pour moi, son attitude est un vrai problème.

 

 

Problématique : science de poser les problèmes. Ensemble des problèmes dont les éléments sont liés ; champ théorique qui définit les positions relatives de problèmes liés : « si , dans le monde sacré, on ne trouve pas le problème de la révolte, c’est qu’en vérité on n’y trouve aucune problématique réelle, toutes les réponse étant données en une fois » (Albert Camus).

 

Définitions du Robert qui montrent clairement que ces deux mots mots n’ont pas du tout le même sens.

 

 

Poursuivons avec Le Robert.

 

Technique : 1) qui appartient à un domaine particulier, à l’exclusion des domaines abstraits et théoriques de la connaissance.

 

2) qui, dans le domaine de l’art, concerne ou, suppose le savoir-faire, les procédés de travail et d’expression plus que l’inspiration : « Quant aux œuvres postérieures d’Hugo, elles n’ont été publiés que longtemps après la mort de Baudelaire. Je leur attribue une importance technique infiniment supérieure à celle de tous les autres vers d’Hugo » (Paul Valéry).

 

3) Ensemble de procédés empiriques employés pour produire une œuvre ou obtenir un résultat déterminé : « Mais les accapareurs vous ont défendu de jouir parce que vous n’avez pas l’intelligence de la technique des arts, comme des lois et des affaires » (Baudelaire).

 

Technologie :  1) ensemble de termes techniques propres à un domaine.

 

2) étude des techniques, des outils, des machines : « une technologie qui se limiterait à la classification des formes des outils et à l’analyse des états d’une fabrication entretiendrait vis-à-vis de l’ethnologie les mêmes rapports que la zoologie systématique vis-à-vis de la biologie animale » (A. Leroy-Gourhan).

 

3) anglicisme abusif : technique de pointe moderne et complexe. Pour Le Robert, l’emploi de technologie à la place de technique, sous l’influence de l’anglais, est conditionné par l’emphase de la publicité.

 

Technique et technologie n’ont pas non plus le même sens. Sans même parler de la publicité, dans le cas de l’usage erroné et abusif du mot technologie, la contamination date des années 50 avec pour origine le Royaume Uni. Alors qu’en France nous nous contentions de collèges et de lycées techniques, les Britanniques fondèrent le premier « college of advanced technology ». Ces collèges obtinrent le statut d’université en 1966, avec le surnom d’« universités en verre double ». Naturellement, ces établissements ne se contentèrent pas d’enseigner les techniques. Elles réservèrent une bonne part de leur cursus à la théorie, la réflexion sur ces techniques.

 

Quant au recouvrement de problème par problématique, il s’agit d’un dérapage franco-français, le mot “problematics ” en anglais étant très scientifique et un peu pédant. Problématique est utilisé à toutes les sauces, comme dans la photo ci-dessous, avec ce petit texte rédigé par une personne qui, par ailleurs, manie fort bien le français. La problématique du chômage induit différents problèmes : précarité,  manque de formation, retraites diminuées, image de soi que l’on renvoie au groupe.

 

Je me dis que les gens – dans ce cas d’espèce : de tous les milieux et de tous les niveaux culturels – qui utilisent ce mot long de problématique de manière un peu snobinarde, veulent se rassurer dans le confort d’un terme technique. Ils veulent peut-être aussi impressionner, mais il en va des mots pseudo-scientifiques comme des métaphores fatiguées : ils se banalisent, deviennent de moins en moins scientifiques et de plus en plus pseudo.

 

La problématique de la technologie
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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 05:59

 

 

Dans Le Monde Diplomatique de mars 2021, Serge Halimi et Pierre Rimbert expliquent comment Donald Trump et les médias ont ravagé la vie publique : « Avant d’être déréglementée, la finance américaine fonctionnait suivant le principe des « 3 6 3 » : dépôts à 3 %, crédits à 6 %, partie de golf à trois heures de l’après-midi… Cette tranquillité fut balayée par un « capitalisme de casino » d’autant plus lucratif que la conjoncture de l’époque était favorable. Et puis, les bulles spéculatives ont explosé. L’actuelle situation des médias américains rappelle un peu ce précédent. Pour eux, le filon « Donald Trump » a constitué l’équivalent des décennies de démence de la finance. La défaite de l’ancien président ne garantit pourtant pas la fin de leur martingale.

 

Longtemps, aux États-Unis, le « golf à trois heures » du journalisme, ce fut non seulement la publicité qui le lubrifiait mais aussi l’objectivité dont il se prévalait. Factuel, précis, sans biais affiché ni outrance, il servait de modèle à la planète. Traduire des articles du New York Times, voire les publier sans les traduire, avait un tel cachet qu’en France Le Monde, Le Figaro et Libération s’emparèrent tour à tour de cette brillante idée. L’engagement politique de la presse américaine n’était assurément pas absent, mais on le dissimulait dans les plis du « Les uns disent ceci, les autres disent cela » ; de quoi amener le lecteur raisonnable à situer la vérité entre les deux. « Les uns » comme « les autres » pensaient néanmoins à peu près la même chose sur la plupart des questions du moment : politiques économiques néolibérales, coups d’État en Amérique latine, guerres au Proche-Orient. »

 

Selon le site Reporterre, à l’heure actuelle, on a environ 34 000 débris de dix centimètres ou plus, environ 900 000 qui font un centimètre, et 135 millions qui font moins de un millimètre,  tournent autour de nos têtes, selon Christophe Bonnal, spécialiste des débris spatiaux au Centre national d’études spatiales (CNES). « Tous ces débris sont engagés dans une spirale descendante jusqu’à ce qu’ils brûlent dans l’atmosphère. Il y a tout de même 10 ou 20 % du débris qui ne brûlent pas et qui font courir un risque aux populations. Mais c’est également à tempérer, puisque seulement 3 % de la surface de la Terre est densément peuplée. » Ces débris représentent parfois une menace pour les satellites et les engins spatiaux. « Un débris à 800 km d’altitude va rester 200 ans avant de se désintégrer dans l’atmosphère. Durant ces 200 ans, il va poursuivre son orbite à environ 30.000 km/h. La probabilité d’une collision est donc assez importante », selon Christophe Bonnal.

 

 

Puisque nous sommes en altitude, restons-y. La Dépêche nous a fait frémir après coup en relatant la descente d’un météore qui a survolé Fleurance avant de s’écraser du côté de Marmande. « Selon les calculs des astronomes, le météore est arrivé à 21 km/s – soit plus de 75 000 km/h – en provenance des zones externes de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. La masse initiale de ce caillou céleste est estimée à 500 g… qui ont vite fondu en 50 km de chute ! Pas de cratère géant à l’arrivée : seuls 150 g environ ont dû toucher le sol. » BFM-TV ajoute que « Les météorites sont des fragments d'objets extra-terrestres, comme les astéroïdes, qui n'ont pas été totalement désintégrés lors de leur passage dans l'atmosphère terrestre, et ont atteint la surface de la Terre. De par leur provenance, leur étude est précieuse pour les scientifiques, c'est pourquoi ils soulignent l'importance de la recherche de cette pierre. En ce sens, les chercheurs de météorites doivent respecter "un certain nombre de précautions, comme le fait de ne pas utiliser d’aimants afin de ne pas perturber la mémoire magnétique des météorites qui pourraient être retrouvées ». » Sud-Ouest précise « qu'une météorite n'a pas une très grande valeur marchande. Elle est en revanche inestimable pour la science. Selon un astronome,  « Elle est encore fraîche, il n'a pas plu... C'est idéal pour l’étudier. »

 

 

Revue de presse (344)
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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 06:11

 

 

Pour Serge Halimi et Pierre Rimbert, le journalisme est devenu un journalisme de guerres culturelles : le juste milieu ne rapporte plus. Hier assise sur la manne publicitaire, la presse modérée recherchait une audience de masse et la cajolait en simulant l’objectivité. La recette change. Désormais, les médias prospèrent en alimentant les guerres culturelles auprès de publics polarisés et mobilisés. Pour le meilleur ou pour le pire. Et sous le regard vigilant, parfois sectaire, de leur propre lectorat.

 

 

Frédéric Pierru, Frédérick Stambach et Julien Vernaudon explique pourquoi les brevets sont un obstacle aux vaccins pour tous : « Bien qu’elles aient mis au point les vaccins anti-Covid-19 avec des flots d’argent public, les compagnies pharmaceutiques les vendent aux plus offrants. Tout au plus acceptent-elles d’en garder des doses dans leurs nations d’origine. Et si les gouvernements imposaient la levée du droit de propriété intellectuelle, afin que les pays qui le peuvent produisent pour les autres ? »

 

 

Jordan Pouille raconte l’histoire d’Alibaba, une épopée chinoise : « Grâce à la collecte des données personnelles de ses clients et à son idylle avec le régime chinois, Alibaba est devenu un puissant acteur mondial du commerce électronique, de la finance en ligne et de la santé. Aujourd’hui, Pékin prend conscience de sa dépendance envers ce conglomérat qui fait trembler les banques. Il espère que la population se détournera progressivement de son fondateur, M. Jack Ma.

 

 

Dominique Pinsolle s’intéresse à la nouvelle stratégie de l’exécutif qui consiste à interdire les groupes radicaux pour mieux régner : « Alors que la ministre de l’enseignement supérieur entend purger l’université de l’« islamo-gauchisme », le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » prévoit d’instaurer un contrôle idéologique des associations. Dans cette entreprise d’élimination des pensées qui le dérangent, le gouvernement recourt également à la dissolution administrative, en vertu d’une loi votée en janvier 1936. »

 

 

Renaud Lambert se demande si la démocratie est durablement possible en Amérique latine : « Cette année, nombre de citoyens latino-américains voteront pour élire des présidents, comme au Pérou ou au Chili, ou pour renouveler les Parlements, comme au Mexique et en Argentine. Après les progrès des années 2000, certains pays connaissent toutefois un raidissement politique préoccupant. Les populations du sous-continent seraient-elles condamnées aux dérives autoritaires ? »

 

 

 

Éva Thiébaud craint un vertige guerrier aux Émirats Arabe Unis : « Petit État de la péninsule arabique, les Émirats arabes unis, sous la conduite d’Abou Dhabi, se sont transformés depuis une dizaine d’années en une nation capable de se projeter militairement dans la région. Ce positionnement aux accents bellicistes, qu’illustre son rôle actif dans la guerre au Yémen, renforce le statut de la fédération en tant que grand acteur du marché mondial de l’armement. »

 

 

 

En Birmanie, la jeunesse défie la junte (Christine Chaumeau) : « Craignant de perdre leurs privilèges, les militaires birmans ont accaparé le pouvoir et arrêté des dirigeants élus. Mme Aung San Suu Kyi est poursuivie pour « détention illégale de talkie-walkie » et pour « non-respect de la loi sur les désastres naturels ». Trois semaines après le coup d’État et malgré la répression qui se durcissait, la population continuait à manifester dans tout le pays. »

 

 

 

Pour Hélène Richard, Alexeï Navalny est peut-être plus gênant que le Kremlin l’imagine : « Victime d’une tentative d’empoisonnement, l’opposant russe Alexeï Navalny se trouve aujourd’hui derrière les barreaux. Tout en appelant à sa libération, les chancelleries occidentales préparent l’adoption de nouvelles sanctions. Si le Kremlin n’entend rien céder aux pressions internationales, qu’il qualifie d’ingérences, il surveille les conséquences de l’affaire à l’intérieur du pays. »

 

 

 

François Misser, le pétrole est la nouvelle attraction des parcs naturels africains : « Contraintes de mener des explorations de plus en plus onéreuses dans l’offshore ultraprofond, les compagnies pétrolières se lancent aussi à l’assaut de la dernière frontière terrestre où les coûts d’exploitation sont moindres : les parcs naturels et les réserves d’eau douce d’Afrique. Cette ruée rencontre une résistance de la société civile et d’associations du Nord. Mais la lutte est très inégale. »

 

 

 

Arezki Metref est allé à la rencontre des Kabiles de Ménilmontant : « Figurant parmi les plus anciennes communautés venues du Maghreb, les Kabyles de France se définissent souvent en réaction aux idées reçues qui circulent à leur sujet. Aux premiers arrivants, parmi lesquels une majorité de prolétaires repliés sur une solidarité régionale, ont succédé des générations mieux intégrées et plus diplômées, mais toujours soucieuses de défendre leur particularisme linguistique et culturel. »

 

 

Antoine Pécoud et Julia Van Dessel analysent les campagne de dissuasion massive contre l’émigration : « Et au lieu d’aller de l’avant, il pensa à rentrer. Par le biais d’un serment, il dit à son cousin décédé : “Si Dieu doit m’ôter la vie, que ce soit dans mon pays bien-aimé.” » Cette chanson en espagnol raconte le périple d’un Mexicain qui, ayant vu son cousin mourir au cours du voyage vers les États-Unis, se résout à rebrousser chemin. Enregistrée en 2008 grâce à des fonds gouvernementaux américains, elle fut envoyée aux radios de plusieurs pays d’Amérique centrale par une agence de publicité privée, laquelle se garda bien de révéler l’identité du commanditaire. »

 

Le Monde Diplomatique (250)

 

Evgeny Morozov raconte l’action de petits boursicoteurs contre des gros : « GameStop, un populisme de plate-forme. En janvier dernier, des milliers de boursicoteurs en ligne ont coordonné leurs ordres pour faire monter les cours d’entreprises sur lesquels de grands fonds d’investissement avaient parié à la baisse. Applaudie à droite comme à gauche du spectre politique, cette rébellion des « petits » contre les « gros » relève-t-elle de la révolution ou du carnaval ? »

 

 

 

Pour Sylvain Anciaud et Sébastien Gillard, il existerait une improbable banque éthique en Belgique : « Changeons la banque pour de bon » : le 21 novembre dernier, ce message s’affiche en gros caractères sur les écrans des coopérateurs connectés à l’assemblée générale de NewB, la nouvelle banque belge « coopérative », « éthique » et « durable ». Sur un plateau aménagé pour l’occasion, l’actuel président de l’institution, M. Bernard Bayot, joue les animateurs et introduit M. Thierry Smets, le futur président-directeur général. Ancien dirigeant de la banque privée Puilaetco Dewaay, celui-ci ne cache pas son émotion : « Je ne pouvais pas mieux finir ma carrière qu’en apportant mes trente années d’expérience à NewB. »

 

 

 

Alain Garrigou s’efforce de révéler les petits secrets entre amis à Sciences-po : « Á quoi tient l’importance d’un scandale sexuel ? À la gravité de la faute ? À la personnalité de l’accusé ? À l’information sensationnelle ? Ou aux effets collatéraux ? Dans l’affaire Olivier Duhamel, la révélation d’un inceste commis il y a trente ans s’inscrit dans le mouvement de dénonciation des violences sexuelles qui, avec #MeToo (« moi aussi »), a mis en cause des prédateurs longtemps ignorés. Cette fois, c’est un personnage d’influence, dont l’affaire souligne l’accumulation des titres et des positions : diplômé de Sciences Po, agrégé de droit public, professeur de droit constitutionnel, fondateur de la revue Pouvoirs, membre puis président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), président du club Le Siècle. membre du Club des juristes, conseiller de dirigeants politiques ou de chefs de parti…

 

Lorsque l’affaire éclate, cet homme d’influence n’est pas un homme de l’ombre, puisqu’il intervient régulièrement à la télévision et à la radio, sans oublier des activités ponctuelles telles que la participation à des commissions d’enquête composées de « sages », si on en croit la presse. Duhamel avait besoin de la lumière. Elle l’a probablement trahi quand, lassée de le voir chercher les honneurs, sa belle-fille Camille Kouchner a publié un livre l’accusant d’inceste sur son frère jumeau. S’agissant d’une personnalité qui a accumulé autant de relations, la charge rejaillit forcément sur les amis et les institutions, soupçonnés d’une sorte de délit d’initiés. En première ligne : Sciences Po. »

 

 

Pour Frédéric Lordon, il faut favoriser une entente des luttes : « Où engager le combat quand on ne peut pas tout faire à la fois ? D’abord en reconnaissant que, si les luttes contre les dominations diffèrent en périmètre, elles sont égales en légitimité. Puis en recommandant que la séparation absolue entre elles cède le pas à l’autonomie relative et à l’attention réciproque. Enfin en refusant qu’une lutte puisse nuire aux autres luttes. Une fois cela posé, tout peut commencer… »

 

 

Samuel Dumoulin raconte la guerre d’indépendance des Grecs au début du XIXe siècle : « Il y a deux siècles, en mars 1821, les Grecs se soulevaient pour se défaire de la domination ottomane. Longue de huit ans, cette guerre d’indépendance fascina nombre d’intellectuels européens. Livres, brochures, chansons : tous les moyens sont bons pour soutenir les insurgés. Certains, tel le poète lord Byron, décident même de rejoindre les combattants. Comment expliquer pareil engouement ? »

 

 

Serge Halimi et Pierre Rimbert expliquent comment Donald Trump et les médias ont ravagé la vie publique : « Avant d’être déréglementée, la finance américaine fonctionnait suivant le principe des « 3 6 3 » : dépôts à 3 %, crédits à 6 %, partie de golf à trois heures de l’après-midi… Cette tranquillité fut balayée par un « capitalisme de casino » d’autant plus lucratif que la conjoncture de l’époque était favorable. Et puis, les bulles spéculatives ont explosé. L’actuelle situation des médias américains rappelle un peu ce précédent. Pour eux, le filon « Donald Trump » a constitué l’équivalent des décennies de démence de la finance. La défaite de l’ancien président ne garantit pourtant pas la fin de leur martingale.

 

Longtemps, aux États-Unis, le « golf à trois heures » du journalisme, ce fut non seulement la publicité qui le lubrifiait mais aussi l’objectivité dont il se prévalait. Factuel, précis, sans biais affiché ni outrance, il servait de modèle à la planète. Traduire des articles du New York Times, voire les publier sans les traduire, avait un tel cachet qu’en France Le Monde, Le Figaro et Libération s’emparèrent tour à tour de cette brillante idée. L’engagement politique de la presse américaine n’était assurément pas absent, mais on le dissimulait dans les plis du « Les uns disent ceci, les autres disent cela » ; de quoi amener le lecteur raisonnable à situer la vérité entre les deux. « Les uns » comme « les autres » pensaient néanmoins à peu près la même chose sur la plupart des questions du moment : politiques économiques néolibérales, coups d’État en Amérique latine, guerres au Proche-Orient. »

 

 

 

Pour Mathilde Larrère, pendant la Commune, les murs deviennent des murailles révolutionnaires : « Pendant la Commune de Paris, en 1871, comme lors des révolutions précédentes, placards et graffitis firent office de « murailles révolutionnaires », informant et mobilisant les habitants de la ville. Tout cela fut nettoyé après la « semaine sanglante » (21 28 mai), qui vit l’écrasement définitif de l’insurrection. Mais, bientôt, les murs de la capitale parlent de nouveau : des anonymes honorent les vaincus et accusent les vainqueurs, troublant le concert des condamnations versaillaises. Sur l’enceinte de la caserne de la Pépinière, c’est un « groupe de soldats républicains et amis du peuple » qui écrit en 1872 : « L’armée de Versailles, défenseurs du despotisme et de notre pauvre France ; vous êtes les assassins du peuple, la tache de sang que vous portez au frons ne ces fassera [sic] jamais ». L’hôtel particulier d’Adolphe Thiers, démoli par la Commune puis reconstruit aux frais du contribuable, est visé en 1873 : « Peuple de Paris, cette maison est le prix de ton sang ». Et, bien sûr, on célèbre les insurgés : « Honneur aux braves Ferré, Rossel, Crémieux et Dombrowski qui sont morts pour la Commune » (1872, sur un mur du XIIe arrondissement). Ces inscriptions représentent jusqu’à 23 % des graffitis recensés – avec soin – par la police en 1872. Elles deviennent ensuite marginales, tandis que la bataille des mots se déplace au cimetière du Père-Lachaise, devant le mur des Fédérés, sur les couronnes de fleurs qui y sont déposées et desquelles la police arrache les messages jugés séditieux. »

 

 

 

Que se passera-t-il quand les pauvres auront des dents (Olivier Cyran) : « En 1970, un jeune dentiste d’Autun pris dans le souffle de Mai 68 se lance dans un projet audacieux : ouvrir, en Saône-et-Loire, un établissement de soins dentaires destiné aux pauvres. Bernard Jeault réussit à emprunter de l’argent à une banque et à embarquer dans l’aventure quatre confrères, prêts comme lui à trahir les deux évangiles de leur profession : l’exercice en libéral et la réussite matérielle. Eux travailleront en collectif, avec un équipement mutualisé et pour une paie modeste. Adieu la vie de notable convié dans le boudoir du sous-préfet : socialisation des soins et bonnes dents pour tous !

 

Mais l’ordre national des chirurgiens-dentistes veillait au grain. Hostiles à l’idée d’un centre de soins à vocation sociale, et paniqués à l’idée que pareille entaille dans le sacro-saint modèle du petit patron dentiste y creusât une brèche menaçant d’ébranler tout le système, les grands sages engagèrent contre Jeault une longue et implacable guerre d’usure. Ruiné, puis interdit d’exercice en représailles à un ouvrage relatant ses déboires avec les « arracheurs de dents », le « dentiste des pauvres » connut le chômage, les minima sociaux et une vieillesse combative, avant de mourir en juillet 2019.

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