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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 17:42

RPL’Humanité nous rappelle que des représentations de Mahomet ont toujours existé :

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, on lit un peu partout dans la presse que « l’Islam interdit la représentation du prophète ». Ce n’est pas le cas.

Dans le Coran, rien sur la représentation de Mahomet. Les seules lignes qui pourraient y faire allusion concernent l’idolâtrie, qui est fortement condamnée par l’Islam. Le Coran considère avec mépris ces « païens » qui adorent des images. Mais sur l’image de Mahomet, rien n’est dit. On peut d’ailleurs trouver au cours de l’histoire plusieurs représentations du prophète, effectuées par  des artistes musulmans du monde entier. On en trouve quelques exemples datant des XV, XVI et même XIXème siècle dans la collection du Metropolitan Museum de New York. Mahomet est ainsi représenté dans des histoires du monde, des biographies illustrées qui lui sont consacrées. On le retrouve aussi représenté dans de nombreuses histoires de Prophètes, dont les Perses (en Iran) et les Indiens étaient très friands.

 

 

Selon Mediapart (Michel Deléan, l'affaire Bettencourt rend fou à Bordeaux : 

 

L'arrivée voici un an du dossier Bettencourt à Bordeaux crée de fortes tensions au sein du tribunal. Les magistrats syndiqués sont soigneusement tenus à l'écart de cette affaire par une hiérarchie soupçonneuse et un parquet très politique. Un climat de méfiance généralisée frisant la paranoïa s'est installé dans le palais de justice.

 

 

Rubrique people. Les médias du monde entier nous ont remis en mémoire Vanessa Hessler (mannequin italo-états-unienne) qui semble s’être suicidé professionnellement : elle a expliqué sa vision de la famille Kadhafi. «Ce sont des gens très simples, comme vous et moi.» Si le mannequin – célèbre notamment pour avoir incarné « Alice » pour le fournisseur ADSL du même nom, et pour sa participation au film de Thomas Langmann, Astérix aux Jeux Olympiques – tient de tels propos, c'est à cause de sa «très belle histoire d'amour» avec Muatassim Kadhafi, après avoir eu une relation avec son frère Saadi. «C'était une relation passionnée, nous sommes restés ensemble pendant quatre ans», raconte Vanessa Hessler.

 

 

Reprise du blog « Liévin à gauche » (Liévin est une charmante cité – autrefois minière – du Pas-de-Calais) :

Quand un peuple subit des mesures d’austérité sans précédent, que se passe-t-il dans sa vie de tous les jours ?

L’antenne grecque de Médecin du Monde vient de tirer la sonnette d’alarme. Dans une conférence de presse organisée voici quelques jours  à Athènes, l’ONG a souligné l’impact délétère sur la santé des Grecs de la crise subie par le pays depuis près de quatre ans.

Ainsi, les antennes de Médecin du monde d’ordinaire destinés à apporter des soins aux sans abris et aux sans papiers, ont vu croître les demandes de près de 30 % en une année. Des personnes au chômage arrivant en fin de droit, des retraités (dont les pensions ont baissé),  se pressent dans les permanences pour obtenir les médicaments qu’ils n’ont plus les moyens de s’offrir. Les pédiatres volontaires enrôlés par l’ONG racontent qu’ils voient de plus en plus d’enfants non vaccinés, les mères n’ayant plus les moyens de payer la consultation (70 euros) et le vaccin (50 euros en moyenne).

Conséquence de la fermeture de crédits budgétaires, il n’y a plus de campagnes de prévention contre le Sida. Selon The Lancet (le grand hebdomadaire médical britannique), les contaminations vont augmenter de moitié cette année par rapport à l'an passé du fait d’une augmentation de la prostitution et de la consommation d'héroïne.

La situation est d’autant plus grave que « le budget des hôpitaux a baissé de 40 % entre 2007 et 2009. » Par ailleurs, du fait des faillites en chaîne, le taux de suicide s’est également envolé, de 17 % avancent les auteurs de l’étude.

 

 

Je terminerai par une information régionale (largement développée par La Dépêche) concernant l’entreprise Vivadour qui compte installer une usine de poulets en batterie à Lannepax, dans le Gers. Je dirai qu’Avec Vivadour et son président sarkozyste, nous sommes dans l’« effet Farfouille ». Il y a maintenant une trentaine d’années que les industriels occidentaux, ayant constaté la baisse structurelle du pouvoir d’achat de la majorité de la population, importent d’Asie des produits de qualité médiocre mais à la portée du peuple appauvri. À court terme, les consommateurs continuent de consommer. À moyen et long termes, ces pratiques créent du chômage qui renforce cette logique délocalisante. Le poulet aux hormones que dénonçait Jean Ferrat il y a cinquante ans, moins onéreux que le poulet plein champ, est à la portée de bourse du smigard ou du chômeur gersois. Mais la production industrielle, outre qu’elle porte atteinte à l’environnement et à la santé, crée du chômage en ce qu’elle ruine la production artisanale de qualité.

 

Je signale, à Lannepax, une auberge absolument formidable : Les Caprices d'Antan.

 

Semanalmente o proximo, comme on dit à Coimbra.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 07:12

 

http://cdn1.beeffco.com/files/poll-images/normal/dominique-strauss-kahn_1976.jpg

Dire le monde, c’est le tenir dans sa main, ou au bout de sa verge, pour ce qui nous concerne ici. Blandine Grosjean, pour Rue 89, analyse les mots de Dominique Strauss-Kahn quand il évoque ses moments de détente.

 

L'épisode du Sofitel de New York est une histoire sans parole ni sous-titre public. L'affaire dite du Carlton de Lille en regorge.

« Petite » : « J'emmène une petite faire les boîtes de Vienne (Autriche) », écrit sur son portable DSK en mai 2009.


« Demoiselle » : « Ça te dit de venir avec une demoiselle ? » demande-t-il ensuite à son « ami » Fabrice Paszkowski, chef d'entreprise du Pas-de-Calais, écroué depuis le 21 octobre et mis en examen pour « proxénétisme aggravé en bande organisée, association de malfaiteurs, escroquerie et abus de biens sociaux ».

 

« Matériel » : « Veux-tu (peux-tu) venir découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel) ? » demande encore DSK à Paszkowski. « Demoiselle », « petite » pour ne pas dire pute, putain, prostituée, call-girl. Mais on n'est pas chez Brassens ou Raggiani.

 

Le rap, lui, ne nie pas le rapport de domination

Au sixième mois d'un feuilleton de plus en plus sordide, on ne sait plus si le mal de mer vient du déballage exclusif et choisi des messages de DSK (alors qu'il n'est qu'un acteur satellite de l'affaire du Carlton) ou des mots employés par l'ex-patron du FMI .

Le registre grivois-ringard rappelle le « troussage de domestique » malencontreusement employé par Jean-François Kahn pour défendre son ami. Mais ce n'est pas qu'une question de génération. Même si ces mots n'avaient pas vocation à devenir publics, c'est un puissant, et un client tout puissant de ce monde qui s'exprime.

L'avantage des gros mots que les rappeurs, par exemple, emploient pour parler des même histoires, c'est qu'ils ne nient pas les rapports de domination, et qu'au final, ils s'avèrent bien moins violents.

 

Les mots des journalistes

 

« Sodomiser à la hussarde ». Grâce aux écoutes sur lesquelles étaient placées René Kojfer, responsable des relations publiques du Carlton, on apprend que DSK aurait « sodomisé à la hussarde » dans les toilettes d'un restaurant parisien, Béa, ex-compagne et associée du proxénète Dodo la Saumure de son vrai nom Dominique Alderweireld, qui d'après Le Figaro faisait chanter ses prostituées).


Elle s'en serait amèrement plainte à Dodo, qui l'aurait raconté à René. C'était en 2009 lors de leur première rencontre. L'expression « sodomiser à la hussarde » est reprise par Le Figaro, Le Nouvel Obs (pas en ligne), et se retrouve désormais sur de nombreux sites.

« Sodomiser à la hussarde », est-ce un viol anal, une pratique anale consentie mais douloureuse, vigoureuse, ou juste une image pour dire que DSK est un soudard ? Béa, ancienne prostituée et associée d'un présumé maquereau n'a pas porté plainte. Elle dort actuellement en prison et son avocat affirme qu'elle ne lui a jamais parlé de cet « incident ».

« Coquines », « fines ». Pas un sujet télévisé, radio, écrit sur DSK et le Carlton sans « soirées coquines » ou « parties fines ». L'appellation recoupe la partouze, le bar à putes, la boîte à hôtesses, le club échangiste, le gang-bang ou la prestation payante de groupe. On parle aussi « d'agapes libertines ». Pour ne pas dire que des professionnelles font le tapin avec un puissant de ce monde, c'est un peu faire injure à l'éthique du libertinage. C'est aussi nier que les prostituées (« demoiselles », « petites », « matériel ») n'étaient pas là pour faire la fête, mais qu'elles bossaient.

 

Ici, un article très documenté du Figaro.fr link: 

 

Quand Le Figaro investigue, it shits bubbles…

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 06:50
http://media.paperblog.fr/i/310/3109498/affiche-fasciste-1934-L-1.jpegJe reproduis ici un article de Rue 89 d'Imanol Corcostegui sur Fabien Ollier, un professeur d'EPS qui ne respire pas l'air du temps en matière de sport et de compétition.
J'en profite pour me permettre de renvoyer à deux articles que j'ai publiés sur le sport dans ce blog : (link), (link).

Il enseigne l'EPS dans un lycée mais il n'a pas de sifflet, pas de chrono autour du cou et ne porte jamais de survêtement. Pire, il consacre sa vie à combattre le sport.

Alors, nous avons préféré le rencontrer pour comprendre le « personnage » autant que ses idées. La quarantaine souriante, boucle à l'oreille et répartie infaillible, Fabien Ollier, qui a lu Marx dès le collège, nous raconte avoir grandi dans une famille « très à gauche », entre son grand-père « communiste stalinoïde bon teint » et son père directeur des services techniques et secrétaire de mairie. De gauche toujours.

Plus jeune, le prof d'EPS se passionne pour le judo qu'il pratique à un niveau inter-régional et qui le conduit à étudier à la fac de sport de Lyon. Il se lasse vite d'être fatigué en permanence, le corps blessé par les entraînements quotidiens, et trouve ridicule de devoir écraser sur le tatami ses amis du club.

Surtout, une lecture, celle de « Sociologie politique du sport » de Jean-Marie Brohm, bouleverse sa vie. « Le déclencheur de tout mon parcours militant et théorique qui a suivi », dit-il avec admiration.

« Le sport, c'est à celui qui pisse le plus loin »

Depuis, Fabien Ollier a fait un DEA de philo, et il défend et enrichit la théorie critique du sport, un courant philosophique né dans les années 60-70 qui s'appuie sur :

0.la sociologie critique ;

0.la philosophie sociale de l'écolede Francfort (Marcuse, Aderno) ;

0.le marxisme anti-stalinien : « Je me sens en accord avec la critique du capitalisme » ;

0.la phénoménologie de la vie (Michel Henry, Husserl) ;

0.la philosophie de l'instant, du presque rien, du mystère de Vladimir Jankélévitch.

Après avoir lancé plusieurs magazines de philo, Fabien Ollier dirige maintenant la publication de Quel Sport ? qui chaque mois, sur plus de 200 pages, critique l'absurdité du sport.

« L'activité physique s'est historiquement transformée en sport et cela a des implications politiques. L'idée fixe du sport, c'est être le meilleur, celui qui pisse le plus loin. Tout cela va de pair avec l'idéologie capitaliste et son principe de rendement corporel.

L'institution sportive construite tout au long des XIXe et XXe siècles a provoqué l'uniformisation de l'activité physique par le biais d'organisations bureaucratisées qui ont répandu une seule idéologie : celle de la compétition de tous contre tous et du dépassement mortifère des limites physiques. »

« Les gens ne lisent plus, ils courent »

Il ajoute :

« Même l'escalade, le surf, des activités en marge dans les années 70, sont devenus des sports de compétition spectacularisés : l'esprit initial de “ liberté ” s'est dissous dans cette volonté obsessionnelle de la création du champion. Le sport est en somme un capitalisme incarné. Le corps sportif devient un capital à faire fructifier pour qu'il rapporte une plus-value. »

On imagine bien que Quel Sport ? dénonce les salaires mirobolants des sportifs, le poids écrasant des sponsors, le dopage, la place qu'occupent les matches à la télé. Pas uniquement, c'est aussi à la pratique sportive de chacun d'entre vous que Fabien Ollier s'attaque.

« Pourquoi a-t-on besoin de s'aérer la tête en regardant ou en pratiquant du sport ? Parce que la vie quotidienne est aliénante, ennuyeuse. Plutôt que d'affronter cette réalité sordide et de lutter pour créer des conditions de vie qui ne soient pas seulement viables mais vivables, les masses se shootent à l'opium sportif et aux extases illusoires de la victoire.

Les gens ne lisent plus, ils marchent, courent, pédalent et adhèrent tous au dolorisme sportif pour se perdre dans cette douleur égotiste, s'oublier dans cette souffrance monomaniaque et par la même occasion devenir indifférents à l'égard des misères de ce monde. »

Et Fabien Ollier a donc choisi de devenir prof d'EPS... La meilleure place, selon lui, pour mettre ses élèves en garde contre la malfaisance du sport. Le loup dans la bergerie, le punk qui fait la Star Ac'. Durant ses cours, il dit adapter les règles pour que personne ne soit exclu, écouter les corps des gamins et les faire s'interroger sur leur pratique.

« Pourquoi les hommes ne jouent pas avec les femmes ? »

« Je tente de faire penser les élèves sur la nature profonde du sport, ce qui m'a causé beaucoup de problèmes et d'inimitiés. Les matches sont plus ou moins transformés et analysés en fonction des états physiques et intellectuels de chacun.

Il s'agit de déconstruire le sport et d'inventer de nouvelles pratiques. Un cours d'EPS n'est pas une succursale des cours de maths, les corps ne sont pas des identités remarquables qui fonctionneraient comme des machines en appliquant de bonnes formules. »

Pour beaucoup, les cours de sport ont été synonymes d'humiliation. Et Fabien Ollier ne veut pas de ça :

« Quand on constitue des équipes, les derniers choisis, ce sont toujours les filles, les petits gros ou les malingres. Dans la lutte pour être le meilleur, on écarte les plus faibles. C'est symboliquement très violent et les élèves qui y sont confrontés se sentent vraiment humiliés pour longtemps.

Pourquoi ne pas faire jouer les hommes avec les femmes ? C'est impossible dans le sport car loin de la belle socialisation vantée, le sport fragmente le corps social en mettant en avant la supériorité physique des uns sur les autres. Les hommes contre les femmes, les jeunes contre les vieux, les valides contre les invalides... Il ne s'agit que de diviser et mettre chacun à sa place. C'est en cela qu'il s'agit d'une anthropométrie totalitaire. »

Face à son opposition systématique, on lui rétorque, naïfs, que, quand même, un tennis entre potes, c'est sympa. Réponse cinglante :

« On fait subir à l'adversaire une pression, une humiliation, une violence psychique souvent douloureuse à vivre pour ensuite le serrer dans nos bras ou lui mettre une claque sur le cul. Il n'y a pas de continuité des valeurs de solidarité, de fraternité, d'amitié. On s'immerge dans un univers qui est d'une certaine manière hors du temps et de l'espace vivants. »

« Les belles valeurs du sport amateur... »

Ok mais on se fait des amis dans un club, non ? C'est bien, la socialisation par le sport.

« La sociabilité des groupes nazis, c'est aussi une sociabilité. Dans les clubs, la “ sociabilité rugby ”, ce sont des mâles entre eux, “ qui ont des couilles ”, comme dit Chabal. C'est du machisme institué. Les belles valeurs du sport amateur s'éclipsent totalement quand une meute de mâles embiérés se lance dans des chants paillards et s'encourage à commettre des actes excessifs, délictueux ou violents. »

Bon, et si on s'est goinfré pendant une semaine et qu'on veut perdre quelques kilos ?

« Pratiquer la course à pied le dimanche pour perdre sa bidoche et éructer dans les parcs prévus à cet effet, c'est ambigu. Souvent, les coureurs du dimanche matin finissent tout naturellement par faire des semi-marathons, des marathons, des raids, des trails... »

Face au sport, Fabien Ollier est un militant politique, dont la radicalité enthousiasme et rappelle une époque révolue. On le traite de Don Quichotte, lui expliquant qu'il doit se sentir bien seul. Aucun parti politique ne défend sa théorie et les intellectuels sont les premiers à célébrer une belle victoire sportive.

« Besancenot aime se droguer au sport »

« Je ne peux m'identifier à aucun parti car ils sont tous sportivisés, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Historiquement, la critique du sport était liée à la LCR dans les années 70 mais quand elle a pris parti pour les JO de Moscou, elle s'en est éloignée.

Aujourd'hui, Besancenot est un supporter du PSG et un fanatique de boxe. Il admet que le sport est un opium du peuple, mais il concède également qu'il aime se droguer ! »

Quel Sport ? regorge de photos grotesques de boxeurs obèses et de femmes moches parce que trop body-buildées. Les phrases du militant Ollier giflent le monde du sport sans jamais le regarder avec pitié ou tolérance. On lui dit qu'il gagnerait plus de place dans les médias en étant moins provocateur.

« Ce n'est pas de la provocation, c'est de la dérision. Je ridiculise le sport parce qu'il est grotesque dans son sérieux. »

On sourit, on lui serre la main et on se dit que lire du Jankélévitch au lieu de prendre une raquette de tennis, ça se tente au moins une fois.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 15:55

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2009/05/12/200905121965_zoom.jpgQuand il s’en donne la peine, Benoît Duquesne de France 2 est un fort bon journaliste. Son émission “ Complément d’enquête ” est parfois très enrichissante. Duquesne est solidement de droite (solide comme le chêne de son patronyme), ce qui n’est pas une tare rédhibitoire si la conscience professionnelle est au rendez-vous. Tout récemment, il a proposé un reportage sur une des grandes universités françaises qui, à juste titre, a suscité l’indignation des personnels. Son président vient d’écrire à ses collègues pour leur exprimer sa solidarité et pour leur exposer les initiatives qu’il comptait prendre dans les prochains jours.

 

 

Le problème avec ce responsable, c’est que, comme la majorité des autres présidents d’université, il a soutenu la réforme régressive de la LRU en y apportant sa touche personnelle avant de gouverner son université dans l’esprit de compétition antidémocratique induit par cette loi sarkozyste. Il est donc plutôt mal placé pour se sentir, comme il l'écrit, « profondément choqué ».

 

Dans la foulée du passage de la LRU, ce président avait même accepté de coprésider une commission sur la réforme des concours (CAPES etc.) et de la mastérisation. Il était censé rendre le résultat de ses travaux pour le 15 juillet 2009. Il avait soigneusement écarté de la composition de cette commission des représentants ès qualité des organisations des personnels qui avaient compris avant lui que cette “ réforme ”  ferait se neutraliser trois logiques contradictoires : celle de la recherche, celle de la formation disciplinaire des enseignants et celle de la professionnalisation. Or ce président dut ouvrir tout grand la bouche pour avaler une sacrée couleuvre : les décrets concernant le CAPES étaient prêts alors que la commission ne s’était pas encore réunie. Le ministre l'avait mandaté, ce président avait accouru avant d’être court-circuité.

 

On trouvera ci-après la lettre que le président Z. adresse à ses collègues. La surprise qu’il affecte témoigne de son manque de distance politique. L’équipe de Duquesne souhaitait rencontrer des « décideurs » de son institution. Le problème est que, dans une université vouée à la science et à la culture et régie selon des normes démocratiques, il n’y a pas de « décideurs » (terme emprunté à la grande entreprise capitaliste) mais des collègues élus, représentatifs, uniquement préoccupés du bien public. Mais dans l’université de la LRU qu’a voulue ce président, on parle en termes de compétition, de benchmarking, car on institué les règles du New Public Management cher à l’entreprise capitaliste anglo-saxonne et à ses serviteurs, de Blair à Cameron en passant par Jospin et Attali.

 

Dans une prochaine note, je rendrai compte d’un ouvrage collectif fort intéressant dont, ironie de l’histoire, l’un des auteurs est un collègue de l’université salie par France 2. Ce livre analyse longuement l’évaluation en tant que « folie » du capitalisme financier. Le pauvre président de cette malheureuse université devra s’y faire : la « folie évaluative » est partout, dans nos chaînes de télévisions comme dans le classement de Shanghai. Elle est en soi aberrante (comme le reportage incriminé) et elle sape les grandes valeurs de notre civilisation car elle fait passer les chiffres avant l’humain, le contrat social et la culture.

 

 

 

Chères collègues, chers collègues,

 

 

Comme toutes celles et tous ceux d'entre vous qui ont visionné l'émission « Complément d'Enquête », diffusé par France 2 jeudi 3 novembre 2011, j'ai été profondément choqué par le reportage intitulé de façon diffamatoire « Fac Poubelle ».

 

A travers un montage très éloigné du journalisme d'investigation et de ses codes déontologiques, l'image construite de notre université ne traduit ni nos valeurs ni nos actions.  Ce reportage ne correspond pas à la demande qui nous avait été adressée : il devait porter sur « les conséquences, avantages et inconvénients de la loi LRU pour les décideurs de l'université, les enseignants et les étudiants ; la vie étudiante : les étudiants ressentent-ils les effets de l'accentuation de la crise, le cumul étude / emploi salariés s'amplifie-t-il, le cas échéant comment s'adaptent-ils ».

 

Ce thème méritait notre attention. Il nous permettait de présenter notre engagement sur ces problématiques et les actions menées.

 

Face au traitement qui a été fait de notre Université, une réaction forte s'impose. Elle sera construite en plusieurs temps :

 

Nous demandons officiellement à la rédaction de l'émission et de la chaîne France 2 d'exercer notre droit de réponse. Nous adresserons copie au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, au Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche ainsi qu'à nos partenaires institutionnels qui ont déjà, pour beaucoup, témoigné de leur indignation et de leur soutien.

 

Nous étudions la possibilité d'un recours juridique.

 

Nous envisageons une action de communication forte, mettant en lumière les contre-vérités et fausses assertions qui donnent une image injuste de notre université à travers ce reportage. Je pense notamment à des témoignages d'anciens étudiants que nous rendrons publics, mais aussi à vos témoignages...

 

Au-delà de cette réaction, je tiens à rappeler l'implication, tout l'investissement et l'énergie que les personnels administratifs et enseignants mettent en oeuvre pour accompagner nos étudiants lors de leur arrivée à l'université, mais aussi tout au long de leur cursus.

 

Il est également vrai, et je souhaite le rappeler ici, que ce reportage vient « briser » une série d'articles positifs sur nos actions et nos réussites.

 

Vous avez, bien sûr, tout mon soutien si vous souhaitez réagir : les services de l'université – et notamment le service Communication – vous accompagneront dans vos démarches. Vous pouvez contacter M. X et Mme Y.

 

Affecté comme vous tous par l'attaque de nos valeurs et de notre intégrité professionnelle, je vous assure de ma solidarité pleine et entière et de ma plus ferme détermination à défendre l'image de notre université et de celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

 

Croyez en mon total engagement à vos côtés.

 

 

M. Z,

Président de l'Université

 

 

PS : Deux petites choses qui n'ont rien à voir mais qu'il faut savoir car tout se tiend dans la France du gang du Fouquets (infos transmises par des collègues du Snes :


Nous arrivons donc, via les heures supplémentaires, à la baisse nominale des salaires courants sur 22 ans.


À Pithiviers, un collègue de maths, âgé de 67 ans, a reçu comme les autres sa petite lettre de la DPE l'invitant à arrondir ses fins de mois.

Rappel : une vacation d'une heure, c'est 34,30 euros (montant inchangé depuis la création de l'euro) ; en 1989 (année de la création de ces vacations-là), c'était 225 francs, ce qui correspondait à l'époque (compte tenu de la perte de valeur de l'euro) à 39,90 euros - donc être vacataire aujourd'hui, c'est gagner moins, de façon absolue, qu'en 1989 - ; aujourd'hui l'heure supp la moins payée, chez les profs titulaires du second degré, est de 37,36 euros...

 

PPS : Fac-poubelle ou télé-poubelle ? Un étudiant toulousain écrit ceci :

J'ai eu le "privilège" d'être contacté il y a plusieurs semaines par une journaliste qui préparait cette émission et dont l'angle (puisque c'est de cela que l'on parle) était déjà les "facs-poubelles", qui m'avait demandé en substance laquelle serait la plus spectaculaire, la plus "poubellex". J'avais alors passé plus d'une demie-heure à tenter de lui expliquer deux-trois autres choses au sujet de l'université ou à tenter quelques approches (un truc tout bête au hasard: se demander comment les personnels y travaillent, surtout depuis que nous avons le Bonheur de vivre à l'Ère des Réformes), mais elle n'en démordait pas, il lui fallait sa "fac-poubelle", plus vraie que nature, de belles images bien grungy, montées comme il le faut pour alimenter et illustrer son sujet dicté par la doxa. Notre conversation s'est arrêtée après l'inévitable "on vous rappellera", sanction de mon manque flagrant de pédagogie... Nous vivons une époque formidable. Etienne Boisserie

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 19:39

http://1.bp.blogspot.com/_WMKJbeeOKWk/TAvnAuY1T_I/AAAAAAAAFog/ybYLLzW_zN4/s1600/Menuet.jpgOn me fait passer ce texte bien frivole. Il semble être de la plume du journaliste Luc Rosenzweig.

 

La scène se passe dans les jardins du Château Bellevue, à Berlin. Angela von Mecklemburg et Nicolas de Neuilly se sont discrètement éclipsés 
de la réception offerte par le roi de Prusse. On entend, au loin, les accents d’une sonate de Joseph Haydn 

 

Nicolas :
Madame, l'heure est grave : alors que Berlin danse


Athènes est en émoi et Lisbonne est en transes.


Voyez la verte Erin, voyez l'Estrémadoure


Entendez les Romains: ils appellent au secours !


Ils scrutent l'horizon, et implorent les Dieux.


Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux


Attendent de vous, madame, le geste généreux !


De leur accablement ils m'ont fait l'interprète :


Leur destin est scellé, à moins qu'on ne leur prête


Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez.

 Cette cause est bien rude, mais laissez-moi plaider... 

 

Angela :
Taisez-vous Nicolas ! Je crois qu'il y a méprise


Folle étais-je de croire à une douce surprise


En vous suivant ici seule et sans équipage


Je m'attendais, c'est sûr, à bien d'autres hommages !


Mais je dois déchanter, et comme c'est humiliant


De n'être courtisée que pour son seul argent ! 

 

Nicolas :
Madame, les temps sont durs, et votre cœur est grand


Vos attraits sont troublants, mais il n'est point décent


D'entrer en badinage quand notre maison brûle !

 Le monde nous regarde, craignons le ridicule !


Notre Europe est malade, et vous seule pouvez


La soigner, la guérir et, qui sait ? La sauver !


Nous sommes aujourd'hui tout au bord de l'abîme


Vous n'y êtes pour rien, mais soyez magnanime !


Les Grecs ont trop triché ? Alors la belle affaire !


Qu'on les châtie un peu, mais votre main de fer


Est cruelle aux Hellènes, et nous frappe d'effroi ! Angela :


J'entends partout gronder, en Saxe, Bade ou Bavière


L'ouvrier mécontent, le patron en colère.

 Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé.


L'or du Rhin, c'est leur sueur et leur habileté.


Et vous me demandez, avec fougue et passion


De jeter cette fortune au pied du Parthénon ?


Ce serait trop facile et ma réponse est non ! 

 

Nicolas :
On ne se grandit pas en affamant la Grèce


En oubliant Platon, Sophocle et Périclès !


Nos anciens nous regardent, et nous font le grief


D'être des épiciers et non pas de vrais chefs !


Helmut Kohl est furieux et Giscard désespère.


Un seul geste suffit, et demain à Bruxelles


Desserrez, je vous prie, le nœud de l'escarcelle ! 

 

 Angela :


Brisons là, je vous prie, la nuit est encore belle


Votre éloquence est grande et mon âme chancelle...


Mais si je disais oui à toutes vos demandes


Je comblerais la femme, et trahirais l'Allemande !  

 

Et ils s'éloignent, chacun de leur côté.

 

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 06:38

http://4.bp.blogspot.com/-Ch1k7VWKYFU/TXU4mk_KpmI/AAAAAAAAAok/2ZTmOWr9qyI/s1600/enfant-battu-1158602637e.jpgUne aliénation réussie est une aliénation consentie, désirée.

 

Parmi tous les “ Little Brothers ” qui prolifèrent sous la haute autorité du “ Big Brother ”, il en est un qui concerne des millions d’usagers, directs ou indirects, le logiciel PRONOTE, « le premier logiciel de gestion de vie scolaire
dans les collèges et les lycées ».

 

À quoi sert-il ? Objectivement, à rien, puisque l’Éducation nationale avait réussi à s’en passer pendant des dizaines d’années. Dans les faits, à fliquer, à « surveiller et punir » en temps réel les enseignants, les personnels administratifs, les élèves et leurs parents. Dans la société de « liberté » qui est la nôtre, ce logiciel est facultatif. Mais comme 5600 chefs d’établissement l’ont choisi et « ne peuvent plus s’en passer », car il est « un environnement de référence » (les rédacteurs du ministère devraient vérifier l’étymologie et le sens premier du mot environnement), faire sans revient à se transporter à l’ère paléolithique.

 

Toujours parce que nous sommes dans un monde de « libertés », chacun (chef d’établissement, enseignant, parent, élève) peut l’utiliser « comme il le souhaite, en réseau ou par internet ». l’important étant la libération par rapport aux « contraintes techniques ».

 

Le ministère donne « cinq raisons de choisir PRONOTE » :


- Il permet de gérer toute la vie scolaire avec un seul logiciel en faisant « rapidement le lien entre des informations de nature différente ». Avec PRONOTE, on peut, par exemple, accéder au dossier complet d'un élève en quelques secondes ! » Le rêve : en un clic, on a un instantané du niveau de l’élève. Sans parler des appréciations, des graphes, des orientations, des stages. Mais ce n’est pas tout : toujours en un clic, on obtient le tableau complet des absences, des retards, de la présence à la cantine, à l’infirmerie, des punitions, des sanctions, des courriels et des SMS envoyés à l’élève ou à ses parents. Plus encore : PRONOTE offre un accès immédiat à la gestion des cahiers de textes (les enseignants doivent remplir le cahier de texte de la classe, puis celui de PRONOTE) et des progressions pédagogiques. Ce dernier item impliquant un travail assez considérable (pensons aux enseignants d’arts plastiques qui ont 18 classes avec quatre niveaux différents), je me permets de leur conseiller de recopier – en changeant quelques mots – les progressions qui figurent au Journal Officiel).


- Avec PRONOTE, les usagers « maîtrisent leur système d’information ». Chacun ayant un code d’accès différent, la « sécurité et la confidentialité des données » sont garanties (cela fait à peine trente ans que des films de fiction d’Hollywood nous montrent des élèves entrant dans le système des profs pour bidouiller à l’envi).

 

- PRONOTE permet une meilleure « visibilité ». Ah, ce mot magique (avec son jumeau « lisibilité ») de ces deux dernières décennies ! « Avec les tableaux de statistiques et les graphes, notes, absences, retards, punitions, sanctions, orientations, devoirs, sont présentés sous un autre jour. » Quel jour ? Mystère ! Le fait est que le proviseur dispose d’une « vision synthétique de son établissement ». En un clic, il a une vue d’ensemble de l’absentéisme par matière, du profil des classes par niveau, de la charge de travail des classes par mois, du tableau de bord du CPE. Il peut même disposer d’un « suivi pluriannuel ». Ce que le ministère ne dit pas, c’est que les supérieurs hiérarchiques peuvent disposer des mêmes informations. Donc qu’un inspecteur (d’Académie ou IPR) peut se contenter d’une « inspection » sur écran et ne se déplacer que s’il croit repérer un gros problème. D’où le gain de temps et de frais de transport.

 

- PRONOTE permet des économies (ne les qualifions pas de bout de chandelle) : « Vous faites l'acquisition d'un seul logiciel au lieu de plusieurs. Et vous faites des économies toute l'année en substituant certains courriers par des SMS et des emails. Avec le SMS à moins de 0,15 euros sans frais d'abonnement, vous rentabilisez le coût du logiciel dès la première année d'utilisation. »

 

- Le nirvana, c’est que PRONOTE permet de « faire l’unanimité ». « Pour une fois, tout le monde est d’accord ! » La Corée du Nord en douceur, dans le fun et la convivialité. Les parents peuvent (notez bien : « peuvent ») consulter le relevé de notes de l’enfant sur internet, les enseignants peuvent (notez bien : « peuvent ») saisir les notes chez eux par internet (externalisons le travail des fonctionnaires !), les surveillants ne commettent « plus d'erreurs dans le suivi des absences », tous les relevés de notes et bulletins sont « imprimés en quelques minutes ». Dès lors, l’élève « sait toujours où il en est ».

 

 

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 15:42

http://francaisdefrance.files.wordpress.com/2009/04/capitalisme.jpgCi-dessous une analyse remarquable du collectif Sauvons l'Université sur le dernier projet scélérat du gouvernement découlant en bonne logique de la LRU.

 

Idefi : un « succès de la CPU » ou la révolution des formations universitaires au service des entreprises 

Les formations universitaires avaient en partie échappé aux restructurations massives de l’ESR induites par la politique d’excellence et la kyrielle des « EX » qui ont surtout affecté le volet recherche des missions des universités. Même s’il était évident qu’étaient fragilisés les liens construits entre formation et recherche, même si la recherche universitaire était indexée à la seule politique d’excellence, même si certaines formations universitaires de licence semblaient devoir être reléguées dans des PUP (pôles universitaires de proximité) qui n’auraient plus d’université que le nom, même si, enfin, se faisaient sentir les effets, sur les formations et les disciplines, de la mastérisation, l’équilibre et la nature des formations n’étaient pas au centre des projets ministériels. Ce n’est plus le cas depuis le récent arrêté sur la licence (01 août 2011) et ça l’est encore moins avec le dernier appel à projet sur les « Investissements d’avenir ».

Cet appel à projets, dévoilé par Laurent Wauquiez le 25 octobre dernier et dont une version a commencé à fuiter le 31 octobre, avant même sa mise en ligne sur le site de l’ANR, est intitulé Idefi, « Initiative d’excellence en formations innovantes ». Il s’attaque à la pédagogie et aux contenus des enseignements pour imposer l’ « excellence » et la concurrence dans le dernier espace qui pouvait encore, pour partie, lui échapper : l’offre de formation des universités.

Faiblement doté – 150 millions pour vingt projets – Idefi est essentiellement conçu pour des porteurs qui ont déjà des projets dans leurs cartons puisque la date de clôture de l’appel d’offre est, de façon aussi risible que scandaleuse, fixée au 19 décembre 2011. De tels délais impliquent une fois de plus que les projets seront conçus et portés par des équipes très resserrées (« groupe de pilotage » sans légitimité démocratique), sous la direction du président ou du directeur de l’établissement coordonnateur, bref une « gouvernance renforcée » qui prendra des initiatives engageant pourtant des restructurations majeures de leurs institutions, sans la moindre délibération sérieuse des instances représentatives, tels les conseils centraux. L’objectif de ce dispositif est de créer un puissant effet de levier sur les formations universitaires, en particulier sur le secteur des SHS, mais aussi plus généralement et de manière cohérente avec les dispositions relatives à la nouvelle licence, sur les relations entreprises/universités et les liens entre formation initiale et formation continue que le ministère souhaite renforcer, ainsi que sur la « gestion des ressources humaines » au sein des établissements.

Qu’est-ce donc que cet appel à projets Idefi, dévoilé au cours de la réunion d’information très soignée du 25 octobre dernier, en présence de René Ricol, le Commissaire général à l’investissement ? C’est tout d’abord, selon la présentation qu’en fait le ministère, le résultat d’un souhait de Nicolas Sarkozy : « soutenir des projets emblématiques et innovants en matière de formation ». C’est ensuite le complément qu’il convenait d’apporter à « la dynamique des investissements d’avenir pour l’enseignement supérieur ». Mais c’est enfin et surtout le fruit des œuvres de la CPU et de son président, Louis Vogel. René Ricol confiera en effet avoir été « convaincu par Louis Vogel et Valérie Pécresse de l’intérêt des formations innovantes ». Ce « succès de la CPU » (sic) est d’ailleurs très bien mis en scène par la Conférence elle-même dans sa lettre du 27 octobre : comme la couverture du Glissement vieillesse technicité (GVT), Idefi ferait partie des « demandes que la CPU a soutenues dans la durée et qui ont abouti grâce à un portage politique fort du Bureau ». Et la CPU d’en faire une victoire sur le gouvernement en assurant que« d’autres modes de pilotage du système d’enseignement supérieur et de recherche sont possibles ».

Les Idefi seraient-elles donc une martingale pour contrer la désertification du territoire universitaire organisé désormais autour des futurs dix pôles universitaires bénéficiaires des Idex ? Un deuxième tirage à la loterie du Grand Emprunt spécialement destiné aux PUP ? Permettraient-elles à l’université de marcher sur ses deux jambes : recherche et formation ? SLU n’est convaincu ni de l’existence de ce nouveau pilotage – c’est un pilotage commun –, ni des bienfaits des Idefi pour les formations universitaires : elles en sont un outil de restructuration qui ne garantit nullement une meilleure articulation entre recherche et formation, que la politique d’ « excellence » à travers Idex et Labex tend à disjoindre.

Car le « bébé » de Louis Vogel et Valérie Pécresse, mis au monde grâce aux mains expertes d’un « chef d’entreprise » (René Ricol, tel qu’il se définit dans son discours) est un Golem, certainement promis à de grandes œuvres.

Derrière un appel à créer de nouvelles formations au service des étudiants, Idefi vise quatre objectifs principaux que dévoilent très clairement les discours de Laurent Wauquiez et René Ricol, à défaut d’être exposés dans le texte de présentation :

1. L’employabilité des étudiants au service des entreprises

En devant privilégier les « partenariats avec le monde socio-économique », ainsi que l’apprentissage de « savoir être », les projets de formations innovantes prépareront le terrain à des interventions directes des entreprises dans la définition des contenus de formation et de la pédagogie elle-même. Selon le ministre, il s’agit de « concilier l’approche fondamentale et l’apprentissage de métiers » et surtout de développer « l’apprentissage précoce des métiers ». Le couplage des projets Idefi avec la mise en place de la nouvelle licence et des cursus à double compétence vise très clairement à « professionnaliser » les formations – encore faudrait-il savoir ce que « professionnaliser » veut dire –, mais aussi à développer l’employabilité de plus en plus précoce des étudiants, selon des conditions définies par les entreprises et les impératifs du marché du travail. Le risque est grand alors que les intérêts même des étudiants soient lésés : formés à court terme en fonction des besoins immédiats des entreprises, leurs « compétences » seront vite périmées alors qu’une formation plus fondamentale et articulée à la recherche est de nature à leur donner les clés d’une adaptation aux situations les plus variées. Le risque est grand aussi que les libertés académiques des enseignants soient encore plus rognées qu’elles ne le sont aujourd’hui – lesprojets de référentiel de licence sont édifiants – et que la recherche fondamentale ne fasse les frais d’une mise sur le marché du travail anticipée pour des milliers d’étudiants qu’on dissuadera de poursuivre leurs études en second et troisième cycles universitaires.

2. L’introduction massive des supports numériques à des fins de réduction de la masse salariale des universités

Laurent Wauquiez entend épouser le sens de l’histoire : nous vivons, dit-il,« une césure historique sur notre approche de l’interaction entre savoir et support ». Idefi doit donc permettre de répondre à « l’enjeu technique, l’enjeu numérique ». Contre les « sacro-saints cours d’amphi » l’époque est au développement du « e-learning », à « la multiplication des savoirs à distance »et bien sûr à la nécessaire adaptation des contenus d’enseignement et des pédagogies au tout numérique. Si un usage raisonné des TICE permet de diversifier et d’enrichir les pratiques pédagogiques, la mise en ligne systématique de cours, la multiplication des suivis d’étudiants à distance, outre qu’elle est chronophage, minent l’interaction pédagogique et collective entre étudiants et enseignants, propre aux cours en présentiel. Elles développent aussi une attitude consumériste face à l’élaboration et à la transmission des savoirs. Comment ne pas lire derrière cette conversion expresse et massive à la dématérialisation des savoirs et des enseignements, permettant la « mutualisation des ressources », une entreprise de réduction de la masse salariale des universités ?

3. L’introduction de la formation professionnelle permanente à l’université

Laurent Wauquiez est ambitieux : il veut « faire tomber le mur entre formation initiale et continue ». Pour René Ricol, les deux « doivent se combiner obligatoirement ». L’expert-comptable « rêve » à de « grands collégiums d’ingénierie », à « des gens qui font de la philo et des mathématiques et qui sont en même temps dans des centres d’apprentissage ». Ces « collégiums d’ingénierie » deviennent dans son discours des « collégiums de management au cœur des universités ». Sous prétexte de favoriser le développement de « la formation tout au long de la vie », Idefi promeut une technostructure qui est au cœur de cet appel à projet : « l’ingénierie de la formation ». L’utilisation du terme d’ingénierie (ensemble des études encadrant la conception et la réalisation d’un projet industriel) est à lui seul évocateur des objectifs à atteindre. Il est probablement nécessaire de ne pas laisser la formation permanente des salariés du privé aux seules mains d’officines privées et l’université pourrait y prendre une part plus importante. Mais que signifie la formule du ministre : « faire tomber le mur » ? S’agit-il d’augmenter les ressources des universités ou de leur imputer désormais le financement de la formation continue des salariés du privé ? Quelle incidence sur la répartition des enseignements, entre formations initiale et continue ? Quels en seraient les effets sur la pédagogie et les contenus des formations initiales, dont les exigences sont bien spécifiques ? Réduire à peau de chagrin la formation des enseignants pourrait, entre autres choses, permettre d’ailleurs de dégager des moyens en termes de personnels, fortement incités à se lancer dans des formations d’adultes en tout genre, en réponse à une demande managériale.

4. La mise en place de dispositifs d’évaluation des enseignements et d’une politique incitative – entendre sonnante et trébuchante – de gestion des ressources humaines

L’appel à projets précise que les porteurs devront prévoir « une évaluation des enseignements et des formations par les étudiants ». C’est ainsi à l’aune de l’appréciation de leurs compétences en termes d’innovation pédagogique par les « usagers », que les enseignants pourront être récompensés par des primes. L’évaluation des enseignants revendiquée par l’AERES et rejetée par la CP-CNU est sortie par la porte pour rentrer par la fenêtre. L’appel à projets souligne qu’ « un aspect particulier concernera la politique des ressources humaines. Les candidats préciseront les mesures qu’ils adopteront pour valoriser l’investissement des équipes enseignantes dans l’innovation en matière de formation », premier item, dans l’appel à projet, de la liste énumérant les « dépenses éligibles », avant même les « dépenses de fonctionnement pédagogique » (p. 11). On conçoit sans peine la difficulté de l’évaluation des enseignements, l’incidence de la « cotation » sur l’acte éducatif, installant une sourde défiance entre les membres des équipes enseignantes, conduites à se disloquer… Il s’agit tout bonnement de développer une politique managériale de gestion des ressources humaines universitaires sur des critères dont certains de nos voisins anglo-saxons ont mesuré les limites. Les acteurs privilégiés d’une telle restructuration des formations universitaires semblent être les « pôles de la formation » ou autres « Écoles » dotés de « cellules d’innovation pédagogique ». À titre d’exemple, les départements de Sciences de l’éducation et les IUFM, exsangues après le saccage de la formation des enseignants et dont « la question du devenir de la structure » (sic) est officiellement posée au ministère, sont incités à se reconvertir et se fondre dans des « Écoles de pédagogie » (les « Pädagogische Hochschulen » tant vantées par le ministre) ou des « collégiums d’éducation et de formation » ou « d’ingénierie éducative ». Le processus est déjà amorcé dans plusieurs universités. Disposant des compétences pour produire les instruments idoines pour l’évaluation des formations et des enseignements, travaillant aussi à la redéfinition des offres de formation, l’université aurait dès lors en son sein les outils nécessaires à sa propre restructuration.

On le voit suffisamment : Idefi n’est pas seulement un modeste complément aux projets d’excellence. Les intérêts annuels des 150 millions d’euros de dotation non consomptible seront répartis entre vingt projets, sur le modèle du financement du Grand Emprunt [1] . Malgré les assertions de l’appel à projets selon lequel « les financements attribués au titre d’Idefi viendront en addition des moyens récurrents dont disposent les candidats pour les secteurs de formation concernés, « sans effet de substitution de la part des établissements », on peut douter de cet optimisme dans un contexte d’application de la LOLF et de dotation globale des budgets universitaires. On a vu ce qu’il est advenu de certaines sommes théoriquement affectées au Plan « Réussir en Licence ».

Tout comme pour d’autres projets, les faibles sommes dégagées par les intérêts du Grand Emprunt comptent moins que la force de levier en termes de restructuration de nos universités, de nos disciplines et de nos métiers. Les Idefi sont une arme redoutable pour parachever l’édifice de l’ « Initiative d’Avenir ». C’est qu’elles visent d’abord à réorienter les formations, notamment en SHS, vers des finalités très pratiques et professionnalisantes : la sociologie, la psychologie et même la philosophie pourront être mises au service des nouvelles formations et pédagogies. Mais le terme même de « pédagogie » n’est plus qu’un cache-sexe dérisoire pour des démarches d’ingénierie de la formation, c’est-à-dire de management de la formation. Celles-ci, encore bien peu portées par les SHS, visent avant tout la refonte de nos métiers, le contrôle de notre « performance » et notre adaptation aux nouveaux outils numériques qui doivent favoriser un secteur stratégique de l’industrie tout en autorisant une réduction des personnels enseignants.

De nombreux universitaires et chercheurs ont sous-estimé et sous-estiment encore l’intelligence et la force de contrainte contenues dans les projets en « EX ». Laurent Wauquiez en a pourtant exposé la « méthode », une « méthode » qui laissera songeur tout scientifique attaché à un minimum de rigueur intellectuelle. Il s’agit, avec ce nouvel appel à projet, dit notre ministre,« d’initier (sic) un mouvement d’ensemble et ensuite réfléchir à une politique nationale plus forte ». Que n’a-t-on réfléchi à une politique forte avant d’ « initier » le mouvement d’ensemble ? Et comment donc nos présidents d’université de la CPU peuvent-ils adhérer à une telle méthode, la favoriser et la mettre en œuvre ? L’auditeur croit avoir mal entendu. Car il sait bien qu’une stratégie politique guide fortement toutes les réformes imposées depuis quatre ans dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Mais le ministre persiste dans son raisonnement et précise : « L’objectif au fond est de promouvoir des démonstrateurs qui joueront ensuite le rôle de modèles et qui nous permettront progressivement d’élaborer notre discours de la méthode adapté aux nouveaux enjeux des formations innovantes du XXIe siècle. » Cette notion de « démonstrateur » qui figure en bonne place dans l’appel à projet comme dans les discours de Laurent Wauquiez [2] et de René Ricol, est typique de la novlangue technocratique qu’on nous impose. Le mot doit être certainement entendu dans ses deux acceptions modernes, qui se mêlent intimement. Celle, strictement commerciale, du métier de démonstrateur consacré à la vente et à la promotion de nouveaux produits dont on vante les qualités. Celle de modèle numérique, technologique ou industriel, qui, en raison de son caractère innovant ou expérimental, doit permettre une production ou une diffusion après une phase de validation. Dans le cadre des Idefi un « démonstrateur » désigne un dispositif de formation innovante susceptible d’être dupliqué et diffusé dans d’autres universités. Quant à la « méthode » évoquée, c’est celle-là même qui préside aujourd’hui à la nouvelle gouvernance de nombreuses universités. Il s’agit de prétendre faire émerger des modèles soi-disant innovants induits par la politique d’excellence, éprouver leur fonctionnement et seulement ensuite définir une stratégie politique. Systématiquement, appel est fait à la créativité des universitaires qui peuvent avoir le sentiment d’une « initiative » retrouvée, quand celle-ci vient toujours du sommet. L’apparente liberté du projet masque mal un libéralisme autoritaire qui impose ses modèles de manière implicite via les contraintes multiples et fortes des appels à projets [3] , les choix opérés par les jurys et l’obligation de revoir sa copie jusqu’à totale satisfaction des critères de l’ « excellence ».

Enfin, ce que met exemplairement en lumière l’appel à projets Idefi et sa présentation politique, c’est l’imposture d’une sorte de « pensée magique » selon laquelle la diffusion de « démonstrateurs duplicables » se ferait naturellement, en vertu de leurs qualités intrinsèques. Mais quelle garantie avons-nous que ces « démonstrateurs » seront bien de qualité et répondront aux besoins réels des étudiants ainsi qu’aux missions de l’université ? Quelle sera leur valeur d’exemple si aucune réflexion stratégique antérieure des universitaires n’a présidé à leur création, sinon celle imposée par un modèle entrepreneurial qui brise les libertés académiques et réoriente la recherche et les formations universitaires vers des finalités strictement économiques et financières ? Quand donc cessera-t-on de jouer aux apprentis sorciers avec la recherche et les formations de nos universités ?

Sauvons l’Université !
5 novembre 2011
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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 16:00

http://images.20h59.com/_images/200642/izsihckfphxczarfuskjtvelu.jpgIl était un faiseur de chansons hors-pair. Est-ce parce qu'il était communiste, libre, hostile à tout compromis que la reconnaissance médiatique, mais aussi du grand public lui fit défaut ? Pour lui, écrire une chanson, c'était donner "un morceau de sa chair". Victime d'un cancer, il a choisi d'interrompre le cours de son existence à 57 ans. Il est mort à Antraigues, dans le village de Jean Ferrat.

 

Il écrivit pour Adamo, Daniel Lavoie, Francesca Solleville, Nilda Fernandez, Sanseverino, Juliette Gréco, Enzo Enzo. Nougaro a dit de lui qu'il était l'un des plus "foudroyants auteurs de chansons". Bénabar vit en lui un père fondateur.

 

En cycliste impénitent, je vous propose ceci :

 

Six Mètres

 

Six mètres, plus que six mètres
Pour couper la ligne d'arrivée
Gerber enfin dans le trophée
La pilule amère de la gloire
Payer l'impôt de la victoire

Six mètres, rien que six mètres
Le corps crucifié au guidon
Dans les reins, les crocs du peloton
Casser la roue de l'infortune
Et le sourire pour la une

- Six mètres, juste six mètres
Poing levé, et point à la ligne
Brandissant le bouquet d'épines
Craquer pour croquer le ruban
Avec la rage, avec les dents

- Cinq mètres ! Les plus longs !
Cinq mètres !
Cracher, tituber sur la route
Vaciller au doute à goutte
Au dernier lacet étrangleur
Boire la coupe jusqu'à la sueur

- Deux mètres !
Et puis le dernier mètre
Et soudain, l'envie de plus rien
- Ou juste de bloquer les freins
L'envie de faire sauter la chaîne
D'une overdose d'oxygène

- Déserter à vingt centimètres
À vingt centimètres du fil
Se fondre et regarder la file
- Des autres qui passent devant
Les applaudir, le nez au vent
Refuser le prix de l'effort
D'être le plus beau, le plus fort

- Et puis s'y mettre,
Mais s'y mettre tous !
Ni dieux devant, ni chiens aux trousses
- S'y mettre !
S'y mettre tous et plus de maître
Que le désir d'être et renaître
Se redresser, lever la jambe

- Être ensemble
Vainqueurs, tous ensemble
- Des millions de prem's ex aequo
- Millions de champions illégaux
Ensemble, escalader les marches
Tous ensemble, passer sous l'arche

- S'y mettre, plus qu'à s'y mettre

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 07:00

RevuedepresseDans Le Grand Soir, Jean Bricmont revient sur le droit d’ingérence à propos de l’intervention de l’OTAN en Libye :

Depuis des décennies, les Occidentaux plaident pour un « droit d’ingérence humanitaire », qui est rejeté par l’immense majorité des pays du Sud. Avec la résolution sur la « responsabilité de protéger » ils sont arrivés en partie à leurs fins parce que cette résolution accepte, mais sous conditions, certaines formes d’ingérence. Il faut néanmoins noter que la première application de cette résolution, au moins de son esprit, en Libye, a mené immédiatement à une violation massive du droit international, y compris de la « responsabilité de protéger ». En effet, même en admettant tout ce qu’a dit l’Otan avant la chute de Tripoli, comment a-t-on pu prétendre protéger des civils en bombardant lourdement encore aujourd’hui les villes qui résistent au CNT ?

Je ne suis pas un fanatique de Nicolas Demorand, employé de Rothschild, directeur de Libération, qui aime à se dénommer « patron de presse ». Mais je constate que sur la proposition de Papandréou d’organiser un référendum sur les mesures d’austérité imposées au peuple grec, le journaliste en survet’ a dit des choses sensées :

De la pire manière, dans le pire contexte, avec les pires conséquences possibles pour nous tous, Papandréou soulève la seule vraie question. Totalement taboue et même refoulée jusque-là. Impossible à formuler tant elle est vertigineuse, terrifiante pour ceux qui nous gouvernent. Cette question simple : que pensent les peuples de la brutale cure d’austérité qui va s’abattre sur eux ? Merci aux Grecs, à l’avant-garde du désespoir, de la poser et d’y répondre en premier. Et de nous rappeler, au passage, que la crise économique sonne toujours le premier acte de l’ébranlement des démocraties. Nous vivons actuellement les effets d’un fédéralisme de la catastrophe, purement négatif. Qui conduit dans l’urgence à mettre sous tutelle certains Etats, dépouillés de leur souveraineté et repris en main par les prêteurs. Gouvernés, de fait, par les dirigeants élus d’autres pays. Dans ce schéma, les peuples ne sont qu’une variable d’ajustement, la démocratie une procédure risquée. En Europe, à l’âge des économies interconnectées et de l’euro, un fédéralisme positif, doté d’outils de contrôle et de gouvernement, conduira lui aussi à des pertes partielles de souveraineté. Mais il devra nécessairement être contrebalancé par des institutions démocratiques sans lesquelles il restera une lettre morte. Ou plus sûrement une bombe à retardement.

Convergences révolutionnaires nous invite à ne pas baisser la garde face à la nouvelle idole des sondages, François Hollande :

Ça y est ! Le PS a enfin son candidat. Non pas que François Hollande soit différent, sur le fond ou même la forme, de sa rivale Martine Aubry, tous les deux d’accord sur le maintien des 41,5 annuités pour les retraites, une réforme contre laquelle tant de travailleurs s’étaient mobilisés il y a un an.

Hollande, comme Sarkozy, dit qu’il ne sera « pas le président qui accroîtra la dette », sous-entendant ainsi qu’il faudra se préparer à l’austérité. Il veut bien, dit-il, que les banques soient passées « sous le contrôle partiel de l’Etat ». Mais que reste-t-il d’un contrôle qui ne se veut déjà que « partiel » ? Et surtout de ce même Etat qui a protégé l’escroquerie en grand des banques et encouragé la spirale de la spéculation financière ! En clair, Hollande (comme Aubry… comme Sarkozy !) promet le renflouement des pertes à la demande des banques, sur le dos des salariés contribuables, des services publics et sociaux. Le voilà le programme du PS. Et quand il s’agit de jouer le sauveteur des banques à coup de milliards, comme pour Dexia ces derniers jours, la dette n’est un problème ni pour l’UMP, ni pour le PS. Pas de quoi effrayer le patronat dans tout cela. Bien au contraire.

Victor Dedaj, dans Le Grand Soir, revient sur la manière dont la dictature du Qatar bichonne (corrompt, peut-être ?) nos élites. Il cite Le Figaro, décembre 2010

« Lundi soir, des dizaines d’invités se pressaient place de l’Étoile, à l’hôtel Landolfo Carcano, siège de l’ambassade du Qatar. Dans les salons en lambris dorés avec mosaïques au sol et fresques de nymphes alanguies, Son Excellence Mohamed al-Kuwari a décoré le dessinateur Jean Plantu et Amirouche Laïdi, président du club Averroes, du prix « Doha capitale culturelle arabe ». Ce soir, l’ambassadeur décorera les poètes André Miquel, Bernard Noël et Adonis. De Jack Lang à Jean Daniel, en passant par Dominique Baudis, Edmonde Charles-Roux, Renaud Donnedieu de Vabres et Anne Roumanoff, un total de 66 personnalités françaises de la culture auront été décorées par le Qatar en 2010. Toutes sont reparties avec un chèque de 10.000 €. »

 

Je voudrais revenir sur le drame vécu ces deux derniers mois par une mère de Saramon qui a accouché dans l’hypermarché Aldi où elle était caissière, avant, apparemment, de se débarrasser de son bébé. La Dépêche du midia longuement rendu compte de ce fait divers difficile à comprendre. Encore une fois, nous sommes vraisemblablement en présence d’un déni de grossesse, le mari, et les collègues de cette personne n’ayant rien remarqué. Depuis plus d’un mois, cette mère est en détention à Agen où il ne lui a pas été accordé la permission d’embrasser ses autres enfants. Je m’interroge également sur l’attitude du directeur du magasin : que n’a-t-il appelé le Samu ou les pompiers dès lors qu’il a su qu’une de ses employés avait accouché sur les lieux de son travail avant d’informer une de ses collègues qu’elle rentrait chez elle se reposer ?

 

Alla settimana prossima !

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 15:51

http://www.luxediteur.com/files/pourchangerlemonde.jpgDans cette livraison de novembre 2011 du Monde Diplomatique, Serge Halimi se demande où est la gauche à l’heure de la tourmente économique (l’article fait partie d’un dossier qui tente de répondre à la question : « Peut-on changer le monde ? ».

« Alors que le capitalisme connaît sa crise la plus sérieuse depuis celle des années 1930, les principaux partis de gauche semblent muets, embarrassés. Au mieux, ils promettent de ravauder le système. Plus souvent, ils cherchent à prouver leur sens des responsabilités en recommandant eux aussi une purge libérale. Combien de temps ce jeu politique verrouillé peut-il durer alors qu’enflent les colères sociales ? »

 

Mona Chollet pourchasse les connivences et leurs conséquences :

« Vous écrivez que vous êtes en voie de guérison, même si la plaie ouverte n’est pas totalement refermée. Comment qualifier la blessure ? » Ces paroles pleines de sollicitude amorçaient l’interview par Pascale Clark de son collègue Ivan Levaï dans l’émission « Comme on nous parle », sur France Inter, le 6 octobre. Le journaliste, vétéran de la radio et toujours responsable de la revue de presse du week-end sur la station publique, signe un livre sur l’affaire Strauss-Kahn sobrement intitulé Chronique d’une exécution (Le Cherche Midi). L’ancien mari d’Anne Sinclair y vole au secours du beau-père de ses enfants accusé de viol, tragiquement confondu avec « je ne sais quel ennemi public » alors qu’il est simplement la « victime [sic] d’un faux pas ».

 

Mark Hertsgaard évoque la « grande muraille verte » d’Afrique :

« Tandis qu’une famine ravage la Corne de l’Afrique, des scientifiques réfléchissent aux équilibres écologiques. Pour combattre la désertification, plusieurs pays ont lancé un projet de « grande muraille verte ». Encore faut-il que les populations soient mobilisées... »

 

 Antoine Dumini et François Ruffin enquêtent dans le temple de l’euro :

« Indépendante des délibérations démocratiques, la Banque centrale européenne devait incarner la stabilité monétaire. Elle a conduit la zone euro au bord de l’éclatement. Pourtant, la crise a renforcé son pouvoir au point que le sort des salariés du Vieux Continent semble parfois se jouer à Francfort. Au premier étage de la Banque centrale européenne (BCE), lors de sa dernière conférence de presse à Francfort, M. Jean-Claude Trichet entonne – en anglais – son couplet sur les « réformes structurelles ». Il le récite par cœur, sans doute : il y a huit ans, déjà, lors de sa première intervention en tant que président de la BCE devant les médias, il plaidait pour des « réformes structurelles sur le marché du travail ». Cette rengaine n’a (presque) rien de personnel. Son prédécesseur, M. Wim Duisenberg, la psalmodiait déjà chaque mois. Et ce dès le lancement de l’euro…

 

Eva Illouz La fabrique de l’âme standard :

« Construire le consensus et apaiser les relations, entreprendre de se connaître, privilégier le dialogue, maîtriser ses émotions : autant de vertus aujourd’hui recommandées dans l’entreprise comme dans la vie privée. Est-ce parce qu’elles incarnent un comportement idéalement adulte, ou parce qu’elles favorisent une meilleure rentabilité de l’individu ? »

 

 

Aux Philippines, David Garcia décrit les ambitions d’un député boxeur :

« Fort de son titre de champion du monde des poids mi-moyens – remis en jeu le 12 novembre à Las Vegas –, le boxeur Manny Pacquiao a tenté une entrée en force dans le monde politique philippin. Mais terrasser la pauvreté – son objectif affiché – s’avère plus difficile que d’envoyer au tapis un adversaire sur un ring. La bourgeoisie a compris l’intérêt de s’allier à ce sportif très populaire. »

 

Louis Imbert dénonce un scandale étouffé à la Kabul Bank :

« Alors que se confirme le retrait progressif des troupes étrangères d’Afghanistan, le président Hamid Karzaï a déclaré que son pays serait « au côté du Pakistan en cas de guerre entre Washington et Islamabad ». Si l’avenir de cet Etat ravagé par les conflits reste incertain, le niveau de corruption à Kaboul dépasse l’entendement et compromet la reconstruction. »

 

Selon Jeff Goodwin, Wall Street est dans la ligne de mire :

« Apparu en 2009, le Tea Party a poussé les républicains à radicaliser leurs positions conservatrices. Le mouvement Occuper Wall Street obligera-t-il le président Barack Obama à abandonner sa complaisance envers la finance ? »

 

Pas de plombiers polonais en Bretagne, mais des bouchers roumains (Mathilde Goanec) :

« Même les prévisions les plus optimistes tablent sur un regain du chômage dans la quasi-totalité des pays européens. La course à l’emploi qui en résulte favorise la mise en concurrence des salariés, le patronat jouant sur les différences de protection sociale. En Bretagne, dans les abattoirs, les bouchers polonais ou roumains ont fait leur apparition. »

 

Samy Ghorbal nous rappelle qu’en 1956 la Tunisie connut sa première assemblée constituante :

« Victorieux de l’élection du 23 octobre 2011, le parti islamiste conservateur souhaite former une coalition avec deux partis de gauche. L’Assemblée élue devra rédiger une nouvelle Constitution. »

 

Un long article de Lucien Sève : “ Sauver le genre humain, pas seulement la planète ” :

« Nos modes de consommation seraient-ils plus faciles à remettre en cause que nos modes de production ? Si nul n’ignore plus l’ampleur de la crise environnementale qu’affronte l’humanité, la crise de civilisation dont elle s’accompagne reste, elle, peu identifiée. On ne sortira pourtant de l’impuissance qu’à condition de la diagnostiquer clairement et d’en mesurer toute la gravité. »

 

 

Pour Any Bourrier, la Chine est malade de son charbon :

« Millénaires, les liens qui unissent la Chine et le charbon constituent, à l’orée du XXIe siècle, un piège pour la modernisation du pays. La catastrophe écologique annoncée en raison des émissions de gaz à effet de serre et les drames sociaux liés à l’extraction du minerai conduisent le gouvernement à miser sur une modernisation et une diversification des sources d’énergie. »

 

Comment basculent les empires, demande Philip S. Golub ?

« Pour une fois d’accord, le Congrès américain et la Maison Blanche envisagent de prendre contre la Chine des mesures susceptibles d’enclencher une guerre commerciale. Au-delà des griefs conjoncturels de Washington, les Etats-Unis acceptent mal que leur toute-puissance soit contestée. En particulier par une région du monde qui constitua le pré carré des puissances occidentales. »

 

Stephan Ferry et Philippe Lespinasse  évoquent les soldats oubliés du Courneau :

« Engagés involontaires dans la fabrication du grand récit national, certains morts sont célébrés sur les monuments ; d’autres pèsent par leur absence et le silence qui les entoure. Sous une butte de sable en Gironde, neuf cent trente-six combattants africains gisent ainsi dans l’anonymat. »

 

Enfin, un superbe article de Frédéric Kaplan sur capitalisme et linguistique, ou comment Google amasse des milliards de dollars en piégeant les mots :

Le succès de Google tient en deux algorithmes : l’un, qui permet de trouver des pages répondant à certains mots, l’a rendu populaire ; l’autre, qui affecte à ces mots une valeur marchande, l’a rendu riche. La première de ces méthodes de calcul, élaborée par MM. Larry Page et Sergey Brin alors qu’ils étaient encore étudiants en thèse à l’université Stanford (Californie), consistait en une nouvelle définition de la pertinence d’une page Web en réponse à une requête donnée. En 1998, les moteurs de recherche étaient certes déjà capables de répertorier les pages contenant le ou les mots demandés. Mais le classement se faisait souvent de façon naïve, en comptabilisant le nombre d’occurrences de l’expression cherchée. Au fur et à mesure que la Toile s’étendait, les résultats proposés aux internautes étaient de plus en plus confus. Les fondateurs de Google proposèrent de calculer la pertinence de chaque page à partir du nombre de liens hypertextes pointant vers elle – un principe inspiré de celui qui assure depuis longtemps la reconnaissance des articles académiques. Plus le Web grandissait, plus l’algorithme de MM. Page et Brin affinait la précision de ses classements. Cette intuition fondamentale permit à Google de devenir, dès le début des années 2000, la première porte d’entrée du Net.

 

PS : Le Diplo nous offre également quelques citations concernant la gauche vue de droite. Deux d'entre elles :

Le point le plus vulnérable de la gauche – le plus fondamental – c'est qu'elle n'est pas de gauche ! Ce constat critique, secrètement partagé par de nombreux électeurs et sympathisants de gauche, exacerbe et désoriente la majorité socialiste en place. Seule la vérité fait mal. La gauche gouvernementale a mauvaise conscience. Elle sait pertinemment que sa gestion économique est sous la coupe de l'économie de marché et du capitalisme globalisé ; elle sait pertinemment qu'elle est dans l'incapacité d'offrir une alternative sérieuse. […] Plus le nombre des privatisations augmente (France Tlélécom, Crédit Lyonnais, Thomson, CIC, GAN, Aérospatiale, Air France ...) plus la bourse grimpe (près de 100% en trois ans, plus les champs de la concurrence s'élargissent (télécommunications, énergie, secteur bancaire, assurances) plus on nous explique que tout cela s'inscrit dans une dimension socialiste et humaniste. (François Fillon, 2000).


La social-démocratie, c'est l'acceptation du libéralisme échevelé avec, pour faire bonne mesure, quelques mots de regrets. (Philippe Séguin, 2004).

 

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