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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:24

http://cdn-public.ladmedia.fr/var/public/storage/images/news/photos/photod-taylor-lautner-n-ose-pas-poser-aux-cotes-de-sa-cherie-lily-collins-112239/un-sourire-colgate-112257/927529-1-fre-FR/Un-sourire-Colgate_portrait_w674.jpgPierre Barthélémy vient de reprendre pour Le Monde une étude très intéressantes d'universitaires étasuniens qui corrobore le postulat bien connu selon lequel, en tant qu'êtres de langue, nous sommes dans la langue avant même que la langue soit en nous. En tant que construction, la langue anglaise – mais ce serait également le cas de toutes les autres langues – offre du monde une vision des choses à nulle autre pareil. Et l'on s'aperçoit que cette vision est étonnamment optimiste, même lorsqu'elle nous parle ou nous fait parler de guerres, de désastres, de catastrophes naturelles etc.

 

Pour l'anecdote, je relève que l'une des autrices de cette étude s'appelle Catherine Bliss, mot qui signifie félicité, bonheur suprême.

 

L’anglais, langue optimiste

 L'étude de la langue n'est pas qu'affaire de littéraires. Elle peut aussi intéresser mathématiciens et physiciens dès lors qu'il s'agit d'en dévoiler, par une approche statistique, le génie secret, les vertus cachées mais mesurables. C'est ce que vient d'essayer une équipe américaine de l'université du Vermont en voulant répondre à la question suivante : les langages sont-ils neutres sur le plan émotionnel ou bien contiennent-ils un biais affectif, positif ou négatif ? En clair, la langue a-t-elle une tendance naturelle, quel que soit le sujet évoqué, à l'optimisme ou au pessimisme ? De quelle manière le communicant qui se cache derrière tout Homo narrativus structure-t-il le contenu émotionnel de son récit (qu'il décrive une réalité ou une fiction) ou de ses dialogues, de sa prose ou de ses vers ?

Cette équipe vient de publier ses résultats, mercredi 11 janvier, dans la revue PLoS ONE et, s'ils ne concernent que la langue anglaise, ils n'en sont pas moins étonnants. Les auteurs ont étudié quatre corpus aussi abondants que divers, courant sur des périodes temporelles différentes et écrit sur ou pour des supports variés. Je les classe ici suivant le nombre de mots, du plus petit au plus grand. Les chercheurs ont ainsi analysé quelque 300 000 textes de chansons écrits entre 1960 et 2007 (représentant au total 59 millions de mots), 1,8 million d'articles du New York Times parus entre le 1er janvier 1987 et le 30 juin 2007 (un peu plus d'1 milliard de mots), 821 millions de tweets (des messages très courts publiés à l'aide de l'outil Twitter) rédigés entre le 9 septembre 2008 et le 3 mars 2010 (9 milliards de mots) et 3,3 millions de livres numérisés par le projet Google Books, couvrant une période allant de 1520 à 2008 (361 milliards de mots). Pour chaque corpus, les 5 000 mots les plus fréquents ont été extraits, soit un total de 10 022 mots différents une fois que l'on a retiré les doublons entre échantillons.

Il a fallu ensuite, et c'est sans doute là la partie la plus sensible de l'étude, attribuer une valeur de 1 à 9 à chacun de ces dix milliers de mots, 1 signifiant une connotation lugubre, 9 une connotation très joyeuse et 5 un mot neutre. Typiquement, les deux extrêmes ont été les mots "terroriste" (1,3) et "rire" (8,5). Si l'on obtient des valeurs fractionnaires, c'est parce que chaque mot a été évalué par 50 personnes différentes. Au total, plus d'un demi-million de notes ont donc été attribuées. Pour cette tâche pénible, les chercheurs ont eu recours à Amazon Mechanical Turk, qui propose sur Internet les services d'une main d'œuvre bon marché pour effectuer des tâches fastidieuses dont les machines sont incapables ou qu'elles font mal (par exemple identifier des personnes ou des objets dans une vidéo ou bien retranscrire une bande son). Comme les travailleurs de l'ombre d'Amazon Mechanical Turk sont payés des queues de cerise, les auteurs de l'étude ont, pour s'assurer que la mission confiée était accomplie de manière sérieuse, comparé leurs évaluations avec celles faites, sur un millier de mots, par des étudiants américains dans une étude de 1999. Le taux de correspondance était excellent.

Une fois tout ce dispositif mis en place, il ne restait plus qu'à sortir le résultat de chaque corpus. On pouvait s'attendre à de grosses disparités et notamment à ce qu'un journal international comme le New York Times, habitué à couvrir conflits, crises, catastrophes, scandales et faits divers, fasse figure de triste sire dans le panel. Il n'en a rien été. Tous les corpus ont fait preuve d'un indécrottable optimiste comme le montrent les quatre courbes ci-dessous, dont les parties jaunes signalent les mots à connotation positive :

   

 

Le corpus dont la joie est la plus mesurée s'avère celui des paroles de chansons (seulement 64,14 % de mots positifs et beaucoup moins que ça dans cet extrait célébrissime : "Eleanor Rigby, died in the church / And was buried along with her name. / Nobody came. / Father McKenzie, wiping the dirt / From his hands as he walks from the grave / No one was saved.") tandis que le plus joyeux est celui de Google Books (78,8 %), juste devant le New York Times (78,38 %), malgré deux guerres du Golfe, une en Afghanistan, un 11-Septembre, un ouragan Katrina, etc. Pour les auteurs de l'étude, ce biais positif plus que têtu montre que, au moins en anglais, la langue, en tant que constructrice de liens entre les personnes, ne peut s'empêcher de montrer un côté positif même quand les messages sont porteurs de mauvaises nouvelles. Un peu comme si le langage imposait aux hommes, qui croient en disposer à leur guise comme d'un outil neutre, une inoxydable quête du bonheur. Reste à déterminer, conclut l'article de PLoS ONE, si cette caractéristique est valable dans d'autres langues, si le caractère positif varie en fonction des époques, de l'organisation de la société, de l'état de santé de la population, des goûts culturels en vogue ou des structures politiques.

Pierre Barthélémy

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 15:41

http://static.ladepeche.fr/content/photo/biz/2012/01/12/201201121636_zoom.jpgPascal Dessaint est un ch’ti établi à Toulouse (un cas de figure qui me rappelle quelque chose). C’est également un écrivain à l’œuvre multiple et variée. Il est notamment l’auteur (chez Rivages) des Derniers jours d’un homme, un roman noir directement inspiré du scandale de l’usine Metaleurop de Noyelles-Godault, fermée brutalement en 2003 par son propriétaire Glencore. Dans les années 1990, Metaleurop était le premier employeur du bassin d’emploi local (lire ici les incroyables manœuvres du propriétaire depuis dix ans : link).

 

Les voies perdues est un ouvrage poignant de Pascal Dessaint et du photographe luxembourgeois Philippe Matsas. Avec les auteurs, nous suivons les traces d’un monde industriel et ferroviaire disparu. Ces voies reliaient les gens du Nord entre eux et les relient encore aujourd’hui à leur passé.

 

Comme me le disait l’auteur il y a peu, « tous les voyages sont possibles ». Dans cette nouvelle rubrique, nous allons donc emprunter ces voies mélancoliques et douloureuses.

 

J’aime le parcours en train qui souvent me ramène dans le Nord Pas-de-Calais, dans le berceau de ma famille [Dessaint est un nom du nord de la France : une petite dizaine de villes et villages s’appellent Sains]. Je sais que les émotions qui m’étrègnent à Lens, Béthune, Douai ou Dunkerrque sont sans pareilles. Dès que je parviens à Arras, je relève la tête du journal ou du roman que je dévorais jusque-là. […] Au fil des ans, le paysage a changé, résolument. De la plupart des activités anciennes, il ne reste plus que des traces. Le temps peine à les effacer sans la volonté des hommes. Malgré mon goût pour la vie sauvage, il n’y a rien qui m’émeut tant que les friches humaines – industrielles ou ferroviaires. Je relève la tête et guette ces voies qui se perdent au hasard. Des voies enfuies muettes et sans issues. […] Elles disent un monde disparu, racontent les existences des gens pour qui labeur rimait trop souvent avec malheur. Elles provoquent, c'est selon les moments consolant ou effrayant, le souvenir et la mélancolie.

 

Avec l'aimable autorisation des auteurs et des éditions Après La Lune

 

Image-2-1.jpg 

 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 15:59

http://www.parisrevolutionnaire.com/IMG/jpg/Clement_Jean_Baptiste_09_max.jpgNé en 1836, Jean-Baptiste Clément était le fils d’un menuisier. Militant pour la république, il connaît très tôt la prison sous Napoléon III. Son credo politique est radical : « A bas les exploiteurs ! A bas les despotes ! A bas les frontières ! A bas les conquérants ! A bas la guerre ! Et vive l’Egalité sociale. » Il composa très jeunes des chansons d’amour, puis des chansons qu’on appellerait aujourd’hui « engagées ». Il dénonce « l’esclavage industriel » et en appelle à un 1789 des travailleurs :

 

Au nom de la justice

Il est temps aujourd’hui

Que les serfs des usines

De la terre et des mines

Aient leur Quatre-Vingt-Neuf !

 

Cette chanson ayant été publiée sans le visa de la censure, Clément doit se réfugier en Belgique. C’est dans ce pays qu’en 1867 il fait publier “ Le temps des cerises ”, composée un an auparavant. Cette œuvre, dont le thème n’est nullement politique, prendra un autre sens durant l’agonie de la Commune.

Rentré en France en février 1868, Jean-Baptiste Clément fonde Le casse-tête et collabore à La Réforme de Charles Delécluze et Auguste Vermorel. Dirigeant influent de la Commune, Delécluze sera condamné à mort par contumace en 1874. Vermorel combattra sur les barricades où il sera grièvement blessé le 25 mai 1871. Transféré comme prisonnier à Versailles, il mourra lentement faute de soins.

Militant en pointe lors de l’insurrection parisienne du 18 mars 1871 (délégué à la Commune de Paris, il avait succédé à Clémenceau en mai 1871 comme maire de Montmartre), Clément doit s’exiler à Londres durant huit années : condamné à mort par contumace en 1874, amnistié en 1879, il rentre à Paris en 1880. Délégué à la propagande par la Fédération des Travailleurs Socialistes, il fonde la Fédération Socialiste des Ardennes. Épuisé par les combats politiques, il meurt le 23 juin 1903 à Paris, à l’âge de 66 ans.

En 1867, Jean-Baptiste Clément demande à Antoine Renard (1825-1872), chanteur, musicien du nord de la France, de mettre en musique son texte “ Le temps des cerises ”. Cette chanson devindra ensuite l’hymne de tous les communards et des ouvriers. Ce n’est qu’après son retour d’exil que Jean-Baptiste Clément ajoutera en 1882 la dédicace : « À la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871 ». Ce jour là, Clément se trouvait sur la dernière des barricades ; comme Louise Michel, la “ Vierge rouge  de la Commune ”.

Le 28 mai 1871, Clément est effectivement l’un de ceux qui tirent les dernières cartouches sur la barricade de la rue Fontaine-au roi. Caché chez son ami Camille Henricy, il compose son poème “ La semaine sanglante ” en juin. Cette chanson sera reprise au XXème siècle Par Germaine Montero, Marc Ogeret ou Francesca Solleville :

Sauf des mouchards et des gendarmes,

On ne voit plus par les chemins,

Que des vieillards tristes en larmes,

Des veuves et des orphelins.

Paris suinte la misère,

Les heureux mêmes sont tremblants,

La mode est aux conseils de guerre,

Et les pavés sont tout sanglants.

 (refrain)

Oui mais , ça branle dans le manche,

Les mauvais jours finiront,

Et gare à la revanche, Quand tous les pauvres s’y mettront!

 

On traque, on enchaîne, on fusille,

Tout ce qu’on ramasse au hasard :

La mère à côté de sa fille,

L’enfant dans les bras du vieillard.

Les châtiments du drapeau rouge

Sont remplacés par la terreur

De tous les chenapans de bouge, valets de rois et d’empereurs.

 

Après l’amnistie de 1880, Clément revient à Paris et milite dans les rangs du parti socialiste ouvrier et révolutionnaire du médecin Paul Brousse et du typographe Jean Allemane avant de rejoindre Jules Guesde et Paul Lafargue. Il évolue donc vers le marxisme. Il est condamné à deux ans de prison en 1891 pour son action militante, cette peine étant réduite en appel après un vaste mouvement de protestation. De 1895 à 1903, il finit ses jours comme gérant de la librairie socialiste du boulevard de Clichy.

Le Temps des Ceriseseut dons un destin étrange. Cette chanson d’amour devint révolutionnaire par la force des choses, avant de redevenir une chanson d’amour dont ses interprètes, célèbres ou anonymes, connaissent, en la chantant, sa charge subversive passée. Parmi les versions les plus connues, celles d’André Dassary (le bouillant créateur de “ Maréchal, nous voilà ! ”), Tino Rossi, Yves Montand, Mouloudji, Nana Mouskouri, Colette Renard, Juliette Gréco.

 

Outre “ Le temps des cerises ” et “ La Semaine sanglante ”, Jean-Baptiste Clément écrivit un grand nombre de chansons et comptines, dont certaines très célèbres : “ Au Moulin de Bagnolet ”, “ La chanson du semeur ”, “ Aux loups ”, “ La grève ”, “ En avant Paysans ! ”, “ Dansons la Capucine ”, “ La Marjolaine ”, “ L’Eau va toujours à la rivière ”, “ Ah le joli temps! ”, “ Le Chasse neige ”, “ Le Bonheur des Champs ”, “ Le Couteau de Jeannette ”, “ Fille des champs”, “ Le Barde Gaulois ”.

 

Je propose ci-dessous le début de la chanson en français et la fin de la version espagnole :

 

Quand nous chanterons le temps des cerises,

Et gai rossignol, et merle moqueur

Seront tous en fête !

Les belles auront la folie en tête


Et les amoureux du soleil au cœur !


Quand nous chanterons le temps des cerises


Sifflera bien mieux le merle moqueur !

 

 

Cuando se llega a la hora de las cerezas

 

Si usted tiene miedo de la angustia

 

Evitar la multa

 

Yo, que no temen el cruel

 

No voy a vivir un día sin sufrir

 

Cuando se llega a la hora de las cerezas

 

Usted también tendrá penas

 

Siempre amaré a la temporada de cerezas

 

Es la época de la Me quedo con el corazón

 

Una herida

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 15:24

http://a21.idata.over-blog.com/3/03/85/41/eva-joly-1962-miss-norvege-jeune.jpgMa récente note sur le portrait d’Eva Joly par Éric-Emmanuel Schmitt (link) a suscité deux réactions très critiques de la part de deux correspondants dont les interventions sur mon blog sont toujours très constructives. Je cite ces deux analyses et j’y apporte une réponse qui aurait mérité d’être plus substantielle mais les journées n’ont que 24 heures.

 

"Je ne trouve pas que les propos d'E.E. Schmidt soient particulièrement admirables. Ils expriment en fait une autre forme de racisme, le racisme social (pour voyager, il faut d'abord en avoir les moyens...).

Ce n'est qu'un exemple de plus de la haine du peuple de la plupart des intellectuels parisiens, d'autant plus insupportable dans ce cas précis que ce monsieur se prétend en position de supériorité morale, on se demande bien pourquoi."

"Oui, certes. Mais l’inverse est vrai aussi. Être polyglotte n’est pas le garant de la qualité humaine. Il se trouve que je connais quelques langues, je suis bilingue depuis l’enfance, mais cela ne m’a rendu ni beau, ni grand, ni fort, ni intelligent, ni riche. Les gens que j’ai pu admirer dans mon enfance, pour leur culture, leur savoir, leur intelligence ou leur humanité, ne connaissaient en général que leur langue maternelle. À l’inverse, on trouvera aisément des gens se «débrouillant» dans telle ou telle langue étrangère, ou dans plusieurs, mais qui sont de parfaits crétins. L’on prête une importance démesurée à la connaissance de langues étrangères, en France en particulier. La croyance qu’apprendre une langue vous hissera aussitôt dans les plus hautes sphères intellectuelles est un fantasme de monolingue. Je m’irrité souvent de l’attitude de certains qui affectent de considérer avec dédain ceux qui «sont nés quelque part», c’est-à-dire la plupart du temps des gens de condition modeste. Avoir une connaissance approfondie de sa propre culture, s’y trouver solidement enraciné, et se sentir en profonde adéquation avec elle, ne me paraît pas moins honorable que d’avoir butiné çà et là, superficiellement, dans d’autres cultures, surtout si c’est pour prendre de petits airs supérieurs ensuite. De sa vie, Kant n’est jamais sorti de son Königsberg natal, et alors?"

Une petite remarque liminaire : quand on ne parle pas pour ne rien dire, quand on écrit un peu longuement, on s’exprime toujours sur soi, par rapport à soi. Ceci est valable même pour ceux qui font une thèse en physique quantique. L’article de Schmitt pour Télérama avait beau être une commande, le dramaturge aux origines multiples a dû apprécier de brosser le portrait d’une personne binationale, biculturelle et bilingue. Il s’est forcément reconnu en elle.

Ceci posé, il faut partir de la différence fondamentale entre les biens matériels et les biens culturels. Pour ce qui est des premiers, c’est simple : ce qui est à moi n’est pas à toi. Tu peux éventuellement me le prendre, ou je peux te le prêter ou te le donner. Mais si tu me prends tout ou partie de mon bien matériel, je ne l’ai plus. En matière de culture ou d’art, la situation est bien différente. Si je joue une sonatine de Clementi, je la prends, mais elle est toujours là. Si je la joue bien, j’apporte quelque chose au patrimoine de l’humanité. Aimer passionnément Vinci ne m’empêche pas d’aimer passionnément Michel-Ange. Au contraire.

Kant est resté dans son village toute sa vie, ce qui, effectivement, ne l’a pas empêché, par exemple, de comprendre magistralement la Révolution française. Seulement Kant était un génie. Il pouvait s’imbiber de tout depuis sa chambre, comme Montaigne. Puisqu’on est dans les génies, restons-y. À huit ans, Mozart avait fait le tour de l’Europe. Il parlait trois langues. Ses voyages n’ont eu aucune incidence sur son génie qui était là avant. Mais parce qu’à huit ans il connaissait toutes les musiques du monde – disons celles qui vont de Londres à Prague – son œuvre a une coloration « universelle » qu’elle n’aurait pas eue s’il était resté dans son gros village de Salzbourg qu’il détestait. De même (partir … revenir), c’est parce qu’il composa les trois quarts de son œuvre en France (dont une bonne partie dans la brousse du Haut-Berry, of all places) que Chopin a construit une œuvre extraordinairement polonaise (mais aussi italienne, française, anglaise etc.).

Venons-en maintenant aux langues. Pourquoi Claude Hagège parle-t-il aussi bien le hongrois (je l’ai vu converser avec des natifs pendant un quart d’heure), une langue qu’il a apprise en huit ou neuvième position ? Justement parce qu’il en parlait magistralement sept autres. Inversement, notre kleiner Mann est nul en anglais parce qu’il ne connaît pas La princesse de Clèves, et vice-versa. Être bi, tri ou quadrilingue ne signifie rien en soi. Lorsque je vivais en Afrique noire, j’étais entouré par des boys ou des nounous qui parlaient quatre ou cinq langues. Mais hormis leur langue maternelle, leur expression était un charabia plus ou moins amélioré. Pourquoi ? Parce que cela leur suffisait. Ils n’utilisaient ces langues que dans des situations de communication minimale.

Tout autre fut le cursus linguistique d’Eva Joly. Totalement biculturelle et bilingue, j’imagine qu’elle parle, comme toute bonne Norvégienne, l’allemand et l’anglais. Elle est une personne qui a choisi, vers l’âge de vingt ans, de s’approprier pleinement notre langue, notre culture et, plus encore, le système complet de notre civilisation. Ce qui lui a permis de devenir la magistrate que l’on sait, en étant capable d’utiliser et aussi de juger notre juridisme à la fois de l’extérieur et de l’intérieur. Par-delà sa personnalité propre – que je ne connais pas – cette distance, ces référents autres, son approche distanciée du discours juridique l’ont aidé à cogner plus dur que la moyenne de la profession.

C’est cela que les crétins dont parlent Éric-Emmanuel Schmitt reprochent à Eva Joly. Comme il leur est difficile d’attaquer sur ce terrain  une magistrate qui a auditionné Dominique Strauss-Kahn, Roland Dumas et quelques huiles de droite, ils s’en prennent à son accent, une fossilisation dont elle ne pourrait se débarrasser que par une cinquantaine de séances d’orthophonie, alors qu’ils trouvent charmant l’accent marseillais de Gaudin.

Allons-y d’une banalité : connaître l’autre, c’est se connaître mieux. Bien connaître une langue étrangère permet de re-connaître sa propre langue, donc de renaître. Je ne sais si, comme le dit Schmitt, la double nationalité est une tendance lourde pour le monde de demain. Mais la double culture est davantage à nos portes. Ce qui permettrait, peut-être, de faire reculer la world – culture, music dont se satisfont les « vrais Français » qui payent leurs impôts en Suisse et se moquent du zézaiement et des fricatives d’Eva Joly.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 07:00

http://perso.rd.francetelecom.fr/proutiere/ens-s.jpgRenaud Février a récemment publié (chez Rue 89) un article sur “ Sexisme, homophobie, racisme... ou paillardise à Normale Sup ? ”.

Je ne dirais pas que la LRU est directement responsable de cet état de fait. Nous sommes dans le problème (on dit « problématique », maintenant) que je soulevais récemment à propos du vomi de Vic Fezensac : link . La perte de repère, quand tout vaut tout dans un monde (on dit une « culture » maintenant) d’individualisme outrancier. Certes, les monômes, les bizutages et autres bitards existent depuis le Moyen Age. Mais, comme pour le vomi de Vic, nous sommes dans la perte du sens. Ce que la LRU n'a pas inventé mais favorise et institutionnalise.

 

 

Pacôme et Rachel – les prénoms ont été modifiés – sont deux étudiantes de l'Ecole normale supérieure  de la rue d'Ulm, dans le Ve arrondissement de Paris.

 

Elles ont envoyé une lettre ouverte à Rue89 et à d'autres médias pour dénoncer les violences verbales et physiques, sexistes, homophobes et racistes que plusieurs normalien(ne)s auraient subi au cours de soirées organisées par leurs camarades.

Rien de bien nouveau au royaume des grandes écoles (dont certaines de journalisme). Mais l'ENS... précurseur et moteur dans les études féministes, de genre, sur l'homosexualité...

« L'ENS prend cela très au sérieux »

Rue89 a rencontré ces deux étudiantes. Au-delà de faits légalement répréhensibles, elles décrivent un lourd climat, de défiance et de stigmatisation, ressenti par elles et plusieurs étudiants, contesté ou ignoré par d'autres.

Pacôme et Rachel expliquent vouloir « rompre la loi du silence de l'ENS ».

Jointe par Rue89, la direction de l'ENS nous a confirmé être au courant du climat délétère régnant dans les couloirs de l'école. Guillaume Bonnet, directeur adjoint Lettres :

« La direction prend cela très au sérieux. Des personnes sont venues me voir, pour se plaindre d'insultes et de plaisanteries à caractère sexiste ou homophobe.

Cependant, personne ne m'a jamais confié avoir été victime d'une d'agression physique. »

Des agressions sexuelles « organisées »

A l'ENS, la vie étudiante est organisée par le Comité d'organisation des fêtes (COF), semblable aux bureaux des élèves (BDE) d'Instituts d'études politiques (IEP) ou d'écoles d'ingénieur. Dans le sous-sol de l'école, la « K-Fêt », sorte de bar géré par des élèves et qui émane du COF. Pacôme et Rachel :

« Les soirées de l'école, organisées par le COF et la K-Fêt, sont [...] saturées d'agressions sexistes et homophobes [...]. Les mains au cul, “olives” – pratique “marrante” qui consiste à toucher l'anus d'une personne à travers ses vêtements –, et autres “biffles” – pratique très “ marrante ” qui consiste à donner une gifle à quelqu'un avec son pénis, en particulier quand la personne est allongée, par exemple parce qu'elle fait un coma éthylique – sont monnaie courante.

Beaucoup de filles subissent des attouchements auxquels elles n'ont pas consenti, tandis que certains garçons se déshabillent sur le podium pour faire l'hélicoptère – pratique qui consiste à faire tourner son pénis le plus vite possible. Ces agressions sexuelles ne sont pas des “débordements”, elles sont organisées. Il arrive que cela aille jusqu'au viol [les deux jeunes femmes assument le mot, même si à leur connaissance et à celle de la direction, aucune plainte n'a été déposée. Elles qualifient ici de “viol”, le fait d'avoir un rapport sexuel avec une “fille ivre”, dont on peut mettre en doute la réalité du consentement, ndlr].

Pendant ce temps, on urine dans des salles vides, on vomit dans les boîtes des jeux de société. Quelqu'un a même déféqué sur une imprimante de l'école ! Et en rentrant dans sa chambre [d'internat], on peut trouver un camarade de promotion allongé dans l'ascenseur, ivre mort, baignant dans la bière et l'urine. »

« Les gays, je vous encule ! »

La « Rouge et noire », soirée dite LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), est traditionnellement co-organisée avec l'Homônerie (club LGBT de l'école). Pacôme et Rachel :

« Cette soirée est en partie organisée par le COF et cela a posé problème : l'un des DJ est un homophobe notoire, qui avait déjà agressé plusieurs personnes en raison de leur genre ou de leur orientation sexuelle [par exemple, en menaçant un homosexuel avec une bouteille de bière vide, ndlr].

[Il y a une personne qui] a été séquestrée dans les vestiaires [du gymnase de l'école] et agressée. »

Selon les deux étudiantes, cette violence physique s'est accompagnée d'une pluie d'insultes homophobes :

« Un autre garçon a crié plusieurs fois “les gays, je vous encule ! ” et a été extrêmement violent quand des personnes sont allées lui demander de se taire ou de partir [...]. »

Elles racontent enfin que des membres du club LGBT ont été injuriés alors qu'ils rangeaient les lieux vers 5 heures du matin.

« On va les mettre enceintes ! »

Pour les deux jeunes femmes, ces violences ne sont pas des dérapages. Refusant de blâmer l'équipe dirigeante du COF, elles préfèrent regretter une inclination du climat, due à l'ensemble de ses membres. A titre d'exemple, elles décrivent le fonctionnement des assemblées générales du Comité :

« Les AG se déroulent dans une salle de l'école, en général entre 20 heures et 3 heures du matin. La présence y est essentiellement masculine et alcoolisée. Les propos racistes, sexistes et homophobes fusent dans tous les sens. Les membres du bureau du COF participent volontiers à ce déferlement de violences. [Certains n'hésitent pas à] menacer des femmes de viol : “On va les mettre enceintes, ça va les calmer ! ” [...].

Pendant ces cérémonies, des sommes très importantes sont distribuées à tel ou tel club du COF. Il n'est pas rare que l'un d'entre eux, pour obtenir de l'argent, fasse monter sur l'estrade une “jolie fille” à laquelle on hurle des obscénités. »

Les étudiants étrangers, moqués

Le week-end d'intégration des étudiants de l'ENS, le « Méga », est aussi, selon Pacôme et Rachel, une occasion de violences verbales ou physiques :

« Pendant le Méga, les organisateurs hurlent des insultes homophobes dans un mégaphone [...]. Les conscrit(e)s (les personnes qui arrivent à l'école, en première année) doivent [par exemple] monter dans les bus sous le cris de “bande de puceaux ! Bande de sodomites ! ”

Une fois les cars partis, on commence à boire et à éructer des chansons sexistes. Puis, on oblige les conscrit(e)s à jouer au “rugby bus” : traverser le bus en partant du fond, cependant que tout le monde fait barrage de ses bras et de ses mains. Pour beaucoup de filles, c'est bien sûr l'occasion de subir des attouchements non consentis [...]. Ce sont les filles jugées “jolies” par les organisateurs qui sont le plus fortement incitées à jouer. Ces filles sont appelées le “gibier” [...].

L'élection de “Mister et Miss Méga” est aussi un grand moment de sexisme et de racisme. On se moque des étudiant(e)s étrangèr(e)s et on les force à caricaturer leur pays ou leur culture [...]. »

« Tu sers à rien, tu suces pas bien ! »

Le BOcal, journal du COF, institue ces pratiques sexistes et homophobes, selon Pacôme et Rachel :

« Des “blagues” sexistes, racistes, antisémites, homophobes, lesbophobes ou transphobes [y sont publiées chaque semaine]. On y fait sans complexe l'apologie du viol (“Jeudi, c'est sodomie non consentie ! ”), on y traite untel de “tarlouze” parce qu'il ne boit pas assez de “binouzes” (bières). On y stigmatise les “Cachanaises” [élèves de l'ENS Cachan] en ces termes sexistes : “Cachanaise, t'es moche, tu sers à rien, tu suces pas bien ! ”

Certains individus sont au centre de ce système, et alimentent le serveur mail de l'école de “blagues” sexistes, en permanence. [Elles constituent], pour les personnes qui en sont la cible, autant d'agressions : tel groupe est menacé sur une liste mail de se faire “violer avec des godes-ceintures”, tel(le) étudiant(e) reçoit dans sa boîte des blagues homophobes ou sexistes d'une violence inouïe, de la part de personnes qu'il/elle n'a jamais rencontrées [...]. »

Des traditions de « blagues paillardes »

Pacôme et Rachel en veulent à l'administration de l'ENS :

« [L'école est en train de devenir] un lieu de violence ou de malaise pour un certain nombre d'entre nous, en particulier les femmes et les minorités sexuelles [...].

Rien n'est fait pour empêcher ces agressions d'avoir lieu, tout est fait pour encourager les agresseurs à “s'amuser”, et si leur manière de le faire implique de stigmatiser, de brutaliser ou d'agresser sexuellement quelques dizaines de femmes ou d'homosexuel(le)s, ce n'est pas si grave, puisque la parole des victimes n'est jamais entendue. »

Le directeur adjoint de l'ENS affirme pourtant avoir pris des mesures en interne. Des élèves ont été convoqués et la K-Fêt a déjà été fermée à plusieurs reprises. « Mais les gens que je reçois me jurent qu'ils n'ont rien fait et me parlent de provocation de la part du “camp d'en face” », fait valoir le directeur. Le BOcal a quant à lui été prévenu des risques qu'il prenait. Guillaume Bonnet :

« Ce journal maintient des traditions de “blagues paillardes”. On a toutefois mis en garde ses auteurs des problèmes de nature juridique auxquels ils s'exposaient, notamment en matière d'homophobie. »

Le directeur adjoint insiste : cette affaire ne concerne qu'une cinquantaine de personnes sur le millier d'étudiants que compte l'école. C'est pourquoi l'administration tente de désamorcer la situation en prônant le dialogue entre les membres de la K-Fêt, l'Homônerie et le Collectif féministe de l'école.

« J'espère que l'affaire ne prendra pas de tournure juridique. Cependant, on a expliqué à certaines personnes qu'elles avaient le droit de porter plainte. L'école ne fera rien pour étouffer d'éventuels poursuites judiciaires. On ne couvrira personne. »

« Des mains baladeuses, mais pas plus »

De son côté, Paul, président du COF jusqu'à dimanche dernier, reconnaît prudemment qu'il y a eu plusieurs « problèmes » lors des soirées de l'école, principalement dus à des personnes extérieures :

« Parmi les élèves de l'ENS, il y a parfois des mains baladeuses, mais pas plus. »

L'ex-président, qui a officiellement quitté son poste dimanche soir au profit d'une jeune fille, explique que le COF et la K-Fêt agissent en interne pour régler les différents conflits qui peuvent éclater lors des soirées.

« Lorsqu'il y a des problèmes, on va discuter avec les personnes et on leur demande de s'excuser. Parfois on décide de ne plus leur servir à boire, ou de les exclure de manière temporaire ou définitive. Mais la majorité des personnes sont beaucoup plus respectueuses. »

Un climat sexiste ? Paul préfère parler d'un problème de personnalités et de communication entre plusieurs groupes de l'école.

Pour appuyer leur témoignage, Pacôme et Rachel nous ont fait parvenir la copie d'un e-mail édifiant. Un président de BDE d'une école parisienne, qui partage son club rugby avec l'ENS, y raconte le déroulement d'une des soirées de l'école. Pour les jeunes femmes, son comportement (agressions – verbales et physiques –, dégradation des lieux, vol...) est représentatif de ce qui s'y passe.

« Objet : [...] Résumé de la soirée à l'ENS hier

Salut les gorets,

Pour les polards et les tocards qui n'étaient pas présents hier soir pour la réouverture de la kfet à l'ens, je vous propose une petit résumé [...].

[Notre] troupe de gars bonnard se ramene avec une chaussette sur le sexe et enflamme le dancefloor ! Qqs biffles sur le podium, frottements de couilles sur la gente féminine, sans compter la pose de couilles sur le comptoir du bar. [...]

Les rugbymen intellectuels commencent alors à insulter tous les jeunes autour, et à emprunter des chapeaux ou des casquettes. On a d'ailleurs trouvé marrant de trickser un homosexuel véti d'une paire de bretelles, d'un pantalon en cuir et d'une casquette en cuir ! Le pauvre, ce qu'on lui a mis. Mais la bonne humeur des porcelets l'a emporté sur l'envie de mettre quelques droites.

Puis nous rencontrons [une fille] de la kfet, qui avait arrosé les couilles [d'un des nôtres] quand celui ci les avait posées sur le bar. La demoiselle un peu bourrée et demandeuse de calins nous paye pas mal de coups, et demande des plaquages dans la cour aux ernests ! [...]

Ensuite petite session podium, et le fameux moments ou tous les porcelets présents sont montés sur le comptoir, les couilles à l'air. Un grand moment de romantisme ! [...]

On en redemande des soirées comme ca ! ! [...] »

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 06:54

http://okde.org/eikones/linter.jpg 

À tout seigneur, tout honneur : “ L’Internationale ”. Mais avant – ne zappez pas – quelques brefs rappels contextualisants.

Paris est d’abord assiégé durant quatre mois d’un hiver épouvantable. Toutes les usines sont fermées, sauf celles qui travaillent pour la défense. Pour l’ouvrier, la solde de garde nationale est de 30 sous par jour. Le ravitaillement profite surtout aux riches : Blanqui parle de « rationnement par l’argent ». Les grands traiteurs, comme Brébant, croulent sous les victuailles. Dans les faubourgs, on mange du chien, du chat et du rat.

En 1871, les deux tiers des députés sont des monarchistes ou des bonapartistes. La révolte de la Commune est prolétarienne, anticléricale et jacobine. Antihausmanienne, elle marque une volonté de se réapproprier l’espace urbain. Alors qu’il était ministre de Louis-Philippe, Thiers avait commandé des fortifications ceignant Paris (avant de la saigner). Il s’agissait, certes, de défendre la ville contre des ennemis étrangers mais aussi de faciliter l’écrasement de révoltes populaires en enfermant les insurrectionnels.

Le gouvernement de la Commune va œuvrer dans l’esprit de la Révolution  de 1789 et de la constitution de 1793 : « les membres de l'assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l'opinion, sont révocables, comptables et responsables ». Leur mandat est impératif. Reposant sur une citoyenneté active, la démocratie est donc directe. Le droit à l’insurrection est « sacré et imprescriptible ». Les citoyens étrangers sont français car « le drapeau de la Commune est celui de la République universelle. »

Des mouvements féminins de masse réclament l’égalité du droit au travail et des salaires. L’union libre est reconnue. La liberté de la presse (souvent hostile) est réaffirmée. L’enseignement est totalement laïcisé.

On sait qu’avec l’aide de l’Allemagne de Bismarck les Versaillais écraseront le mouvement populaire. 20000 personnes seront fusillées sans jugement. Les Communards exécuteront 47 otages, des religieux pour la plupart.

Raoul Rigault, qui avait œuvré toute sa vie pour le rapprochement entre intellectuels et ouvriers, saluera les Communards qui font face au peloton d’exécution le sourire aux lèvres : « Si on meurt, il faut au moins mourir proprement. Ça sert pour la prochaine. » Il sera abattu le 24 mai, pendant la Semaine sanglante. Gustave Courbet saluera ceux qui sont morts « en riant, comme des hommes sûrs de l’avenir et qui avaient foi en leurs convictions. » Le comte Albert de Mun sera le seul homme de droite à protester contre la répression sanglante.

Verlaine réécrit, en hommage aux Communards, “ Les vaincus ”, un texte dédié au poète socialiste Louis-Xavier de Ricard où il espère en une vengeance possible :

Nous n'avons plus, à l'heure où tombera la nuit,

Abjurant tout risible espoir de funérailles,

Qu'à nous laisser mourir obscurément, sans bruit,

Comme il sied aux vaincus des suprêmes batailles.

Vous mourrez de nos mains, sachez-le, si la chance

Est pour nous. Vous mourrez, suppliants, de nos mains.

La justice le veut d'abord, puis la vengeance,

Puis le besoin pressant d'opportuns lendemains.


Et la terre, depuis longtemps aride et maigre,

Pendant longtemps boira joyeuse votre sang


Dont la lourde vapeur savoureusement aigre

Montera vers la nue et rougira son flanc,


Et les chiens et les loups et les oiseaux de proie

Feront vos membres nets et fouilleront vos troncs,

Et nous rirons, sans rien qui trouble notre joie,

Car les morts sont bien morts et nous vous l'apprendrons.

Les écrivains de droite ont eu très peur pour les privilèges de la classe dominante. Alphonse Daudet qualifie la Commune de « ramassis de bien vilain monde » et il voit Paris « au pouvoir des nègres ». Évoquant les femmes des insurgés, Alexandre Dumas fils écrit : « Nous ne dirons rien de leurs femelles, par respect pour les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes. » Dans une lettre à sa chère George Sand, Gustave Flaubert ne verra dans les Communards que des « sauvages du Moyen Âge ». Même Zola, plutôt de gauche, sera effrayé par « le côté féroce et avide de la bête humaine ». Seul Victor Hugo, après quelques hésitations, se rangera pleinement du côté des Communards, au point que Barbey d’Aurévilly, franchement d’extrême droite, lui lancera un méprisant : « Vous pouvez renoncer à la langue française qui ne s’en plaindra pas, car depuis longtemps vous l’avez éreintée. Écrivez votre prochain livre en allemand. »

“ L’Internationale ” fut dédié à Gustave Lefrançais, instituteur, élu de la Commune, réfugié en Suisse, condamné à mort par contumace. À son retour en France, proche d’Élisée Reclus, il défendra des conceptions anarchistes. Eugène Pottier en écrivit les paroles en 1871, sur l’air de … “ La Marseillaise ”. Ce texte sera publié avec d’autres, en 1887, sous le titre Chants révolutionnaires, avec une préface d’Henri Rochefort, ancien déporté à Nouméa d’où il s’était évadé. Un type un peu bizarre, cela dit (il finira boulangiste et antidreyfusard). Sans cette publication, ce texte aurait vraisemblablement été oublié.

En 1888, la chorale lilloise du Parti Ouvrier Français demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour faire de “ L’Internationale ” l’hymne de ce parti. Né à Gand, Degeyter est un Belge dont les parents ont émigré en France lorsqu’il était enfant. Jeune ouvrier du textile, il prend des cours de musique à l’Académie de musique de Lille. Son frère Adolphe lui intentera un procès – qu’il perdra – pour lui contester la paternité de cette musique. Il se suicidera. Adolphe avait été d’autant moins inspiré que la musique « originale » de Pierre ressemblait fortement au final des “ Bavards ” d’Offenbach, une opérette créée en 1863. En 1889, le chant devient l’hymne de la Deuxième Internationale. Puis de l’URSS. Sans le cinquième couplet (plutôt anarchiste) :

Les Rois nous saoulaient de fumées.

Paix entre nous, guerre aux tyrans !

Appliquons la grève aux armées,

Crosse en l’air et rompons les rangs !

S’ils s’obstinent, ces cannibales,

A faire de nous des héros,

Ils sauront bientôt que nos balles

Sont pour nos propres généraux.

 

Degeyter mourra en 1932 à Saint-Denis. Sa dépouille sera suivi par 50000 personnes.

“ L’internationale ” servira d’hymne de ralliement aux étudiants de Tien’anmen en 1989.

Je propose ici le refrain en anglais, en allemand, en italien, en espagnol et en catalan :

 

The Internationale unites the human race.

So comrades, come rally

And the last fight let us face

The Internationale unites the human race.

 

Volker, hoert die Signale!

Auf, zum letzten Gefecht!

Die Internationale

Erkaempft das Menschenrecht

 

Su lottiamo, l’ideale

Nostro fine sarà

L’Internazionale

Future umanità !

 

Agrupémonos todos,

En la lucha final.

El género humano

Es la internacional.

 

És la lluita final,

Unim-nos i demà

La internacional

Serà el gènere humà.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 16:04

http://static.skynetblogs.be/media/65120/202_f542f4e53c5ccd1d67012517699a2bb6.jpgTélérama (n° 3234) publie un portrait d'Eva Joly par Éric-Emmanuel Schmitt. J'ai beaucoup aimé le passage suivant :

 

Par sa phonation zézayante qui détache les consonnes, elle réveille les vieux démons xénophobes : devant ces sonorités nordiques, les crétins – qui généralement ne parlent aucune langue étrangère –, au lieu d'apprécier l'hommage qu'apporte tout accent exotique à notre idiome, se moquent d'une polyglotte. En entendant leurs remarques acerbes, j'ai l'impression d'écouter une assemblée de limaces se moquer des animaux qui ont des jambes.

 

Devant sa double nationalité – phénomène précurseur du monde à venir –, certains éructent puis jubilent en se désignant en tant que "vrais Français" ! Comme s'ils gagnaient du mérite à être nés quelque part et à n'avoir jamais voyagé … Comme si la France "choisie" par Eva Joly ne valait pas la France "subie" qui demeure la leur. En face d'une femme qui a plusieurs cultures, ils se sentent supérieurs de n'en avoir qu'une !

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 06:57

Ce qui m'a particulièrement plu dans cet article du Courriel publié par Le Grand Soir, c'est la dernière note de bas de page : pourquoi, en effet (indeed), alors que l'on s'efforce de sauver la biodiversité et l'ours des Pyrénées, ne bandons-nous pas tous nos efforts pour sauver les langues, ce qui nous sert tout bêtement à parler ?


Encore une fois, l'usage massif de l'anglais n'est pas technique mais politique et économique. L'anglais n'est pas une langue facile. Si l'on ne la compare qu'aux langues européennes, on s'aperçoit que son orthographe est l'une des plus difficiles et des plus illogiques qui soit (ce qui n'est pas le cas de celle de l'italien). Quant à la grammaire, apparemment plus simple que celles de l'allemand ou du français, à un certain niveau, elle s'avère piégeuse.


J'ai commencé à m'intéresser à ce problème de domination linguistique, de "glottophagie"     (Louis-Jean Calvet) – quand une langue dévore d'autres langues – au début des années soixante-dix. Justement parce que j'étais angliciste, je m'étais rendu compte que la maîtrise de l'anglais, du sabir atlantique, était une arme redoutable, un moyen de dominer l'autre. Un jour, dans un restaurant d'Amiens, j'avais vu un cadre français de Goodyear se faire déposséder de ses prérogatives, puis se faire humilier par un cadre allemand en visite en Picardie, simplement parce que celui-ci parlait très couramment un anglais naturel alors que celui-là bafouillait aussi mal que Sarkozy.


C'était l'époque de l'invasion des produits, de la technique et de la technologie japonaises. Tout le monde se demandait comment contrer Sony, Honda, JVC etc. Un ami anglais, professeur de japonais, m'apprit que 99% de la recherche japonaise était libre d'accès, pas du tout secrète. Le problème, c'est qu'elle était rédigée … en japonais. Je téléphonai au ministère de l'Éducation nationale et demandai combien d'élèves de sixième étudiaient le japonais en première langue. Réponse : onze.


Et voilà pourquoi notre fille était muette.


Je me permets de renvoyer aux chroniques que j'ai publiées pour Le Grand Soir ces dernières années : link

 

 


Association progressiste et internationaliste luttant contre le tout-anglais patronal, le COURRIEL (COllectif Unitaire Républicain pour la Résistance, l’ Initiative et l’ Emancipation Linguistique) réagit vertement à la tentative de Sarkozy de s’approprier Jeanne d’Arc à l’occasion de son 600ème anniversaire. Alors que le gouvernement UMP "cauchonne" l’ensemble de l’héritage national progressiste issu des Lumières, de la Révolution française et du CNR, que plusieurs ministres UMP travaillent avec acharnement à basculer notre pays à la langue de l’Empire états-unien, défendons la langue de la République et l’ensemble des langues de France et du monde contre la langue unique destructrice de diversité et facteur de politique, d’économie et de pensée uniques.




Il y a exactement 600 ans, dans un village nommé Domrémy que l’occupant anglais n’allait pas tarder à mettre à sac, naissait Jeanne Darc (sans particule), la jeune fille patriote qui symbolise universellement la fierté des peuples qui combattent l’occupation étrangère et qui s’insurgent contre l’esclavage national.


Depuis que cette héroïne populaire, - livrée aux flammes anglaises à l’âge de 19 ans par l’évêque « français » Cauchon - , est devenue une figure éminente du « roman national » français, elle a souvent été récupérée par l’extrême droite et la réaction monarchiste (alors que l’opposition entre républicains et royalistes n’avait aucun sens au 15ème siècle…) ; mais la libératrice d’Orléans n’en fut pas moins ardemment célébrée par des révolutionnaires en lutte contre le fascisme et l’impérialisme.


Bête noire de Hitler, Dimitrov évoque ainsi la jeune patriote française dans un rapport fameux prononcé en 1937 à la tribune de l’Internationale communiste ; quant au Procès de Jeanne d’Arc de Brecht et d’Anna Seghers, il célèbre la signification profondément politique et populaire des « voix » qui ordonnaient à la cette fille de laboureur de faire sacrer un roi français pour mieux chasser l’occupant anglais ; et cette pièce de Brecht se conclut par cet appel qui vaut aujourd’hui pour tous les peuples qui, à notre époque, sont encore soumis à l’occupation d’une puissance étrangère : « Français, libérez votre terre, vous qui la cultivez ! ».


 

Il n’en est que plus consternant de constater qu’historiquement, politiquement, et surtout, linguistiquement, ce n’est pas la jeune patriote martyrisée qui triomphe aujourd’hui symboliquement sur notre sol, mais les glauques héritiers du traître Cauchon et de son commanditaire, le cruel Duc de Bedford. Non seulement en effet nos « élites » politico-économiques ne savent plus que faire pour aligner notre modèle social-républicain issu du CNR, de 1936, de 1905 et de 1789-94 sur les « modèles » anti-sociaux allemand ou anglo-saxon, non seulement ces « bons Français » cauchonnent nos conquêtes sociales, nos services publics, nos industries et notre production agricole, non seulement ils font table rase de notre souveraineté politique et budgétaire en rampant devant les Diktats d’Angela Merkel, non seulement ils mettent l’armée française au service des croisades néo-coloniales de l’OTAN, non seulement ils défigurent le message universaliste de 1789 et du CNR en harcelant les immigrés et leurs descendants français, mais ils s’acharnent sur la langue française à laquelle ils rêvent de substituer le tout-anglais patronal porté par le capital euro-mondialisé. Et les « élites » de la Suisse romande, de la Belgique « francophone » et du Québec se comportent exactement de la même manière avec une seule obsession en tête : s’aligner sur tous les plans, social, politique et linguistique, sur les normes régressives de la mondialisation néo-libérale et de l’Europe des financiers.


Ce n’est pas en effet un xénophobe conservateur mais un « Européen » convaincu, le philosophe Michel Serres qui observe qu’ « il y a plus de mots anglais désormais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands à l’époque de l’Occupation ». C’est le linguiste Claude Hagège qui classe le français, langue de la francophonie internationale parlée sur cinq continents, parmi les « langues menacées » du monde. Ce pronostic n’a hélas rien d’alarmiste. Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui des « modes » culturelles portées par l’industrie du spectacle au risque de marginaliser la chanson et le cinéma francophones. On n’en est plus aux seuls « emprunts » occasionnels à l’anglais, ni même au franglais naguère dénoncé par Etiemble ; désormais, c’est méthodiquement qu’une majorité de rédactions, de « communicateurs » bornés, d’hommes politiques « branchés », de pubards sans imagination et de grands patrons à la fois colonisés et colonisateurs, substituent en masse des tournures anglaises (souvent bien « improbables » !) à des expressions ancrées depuis toujours dans la langue de Molière. Ce linguicide, - s’il est permis de proposer ce néologisme douteux pour stigmatiser une entreprise exterminatrice sans précédent à cette échelle -, n’est pas seulement ignoré par l’U.E., - que ses traités obligent pourtant théoriquement à protéger l’ « identité » de ses Etats-membres - : clandestinement et dans le dos des peuples, l’UE institutionnalise l’anglais comme l’unique langue véhiculaire de l’Union. Et cet arrachement des langues nationales est ouvertement favorisé par certains « bons Franceuropéens » comme le Baron Seillières : l’ex-patron du MEDEF n’a-t-il pas inauguré ses fonctions à la tête de Businesseurope (le syndicat patronal européen) en déclarant : « je ne vous parlerai plus qu’en anglais, la langue de l’entreprise et des affaires » ? Quant à cet autre « bon Français » qu’est M. Trichet, n’a-t-il pas entamé son discours inaugural au parlement européen en s’exclamant : « I’m not a Frenchman ! »… Un anti-patriotisme que Madame Parisot, qui dispute à A. Merkel le titre envié de Miss Mark, a porté à incandescence dans une récente tribune du Monde : la boss du MEDEF y somme les Français d’opter sans retard pour une « nouvelle patrie » (sic), c’est-à-dire d’abandonner cette République française si ringarde (et sa langue nationale porteuse d’histoire frondeuse ?) au seul profit de cette Europe du business que certes, aucun privilégié n’aura jamais la tentation de trahir !


Les choses en sont désormais au point que l’actuel gouvernement, si soucieux de défendre l’ « identité nationale » menacée comme on sait par le terrassier sénégalais ou par la serveuse « musulmane » francophone (sic), n’a ni yeux, ni langue ni oreilles pour faire respecter la loi et la constitution françaises. Et nos supermarchés peuvent impunément se rebaptiser Simply Market, Carrefour City, Carrefour Planet, nos « services publics » peuvent illégalement promouvoir leurs « produits » Speed, TGV Family, TGV Night, Rail Team (SNCF), leurs Flying Blue, leur AirFrance by Regional, leur everywhere ajustable (France Telecom, sans trait d’union ni accents s’il vous plait !) sans que leurs ministères de tutelle respectifs rappellent jamais ces contrebandiers de l’Oncle Sam au respect de la loi Toubon votée en 1994 par le parlement unanime ! Mais comment compter pour cela sur Lady Lagarde, qui pilotait notoirement son ministère des finances en anglais, sur Borloo, qui veut faire de l’anglais une langue maternelle bis en France, sur Luc Chatel qui veut soumettre step by step, selon sa forte expression, les enfants de maternelle à un « bain linguistique » permanent en anglais, alors qu’à cet âge-là la langue maternelle française est loin d’être acquise ? Un Chatel qui étend illégalement l’enseignement en anglais dans le secondaire (« le français est la langue de l’enseignement », stipule la loi Toubon)… Evoquons à peine l’Université et les Grandes Ecoles où la constitution est allègrement piétinée, notamment par Sciences Po (dont tous les enseignements se délivrent en anglais dans la nouvelle antenne de Reims, sans doute pour rapprocher les futurs élus de la « France d’en bas »…). Le comble de l’odieux est atteint par J.-F. Copé : mariant comme personne l’islamophobie et l’autophobie nationale, le patron de l’UMP exige que la télévision publique projette chaque soir des films américains sous-titrés de manière à forcer nos compatriotes à ingurgiter, non pas la langue de Joyce et de London, mais l’idiome mutilant et mutilé de Rambo et de l’American Way of Life ; en guise de piètre compensation pour les francophones attardés, Sir Copé voulait même initialement substituer le français à l’arabe liturgique dans… les mosquées ! Faut-il citer aussi Gérard Longuet, qui ne voit aucun inconvénient à ce que des prises d’armes de l’armée française s’effectuent en anglais, ou Valérie Pécresse, dont la politique universitaire conduit à privilégier la publication d’articles dans les revues anglophones comme critère majeur pour la promotion des chercheurs ? Et le ministre de la culture n’est pas en reste : ses services subventionnent sans états d’âme les mal-nommées « Francofolies » (sic) qui, de manière provocatrice, ont jugé plaisant de ne programmer que des chanteurs anglophones le… 14 juillet 2011 ! Avant même que n’aient lieu tous ces débordements honteux, l’ancien ministre socialiste H. Védrine s’était publiquement interrogé à propos de cette déferlante américano-maniaque : « le français survivra-t-il à un tel traitement. Peut-être… » !


La question se pose alors à tout citoyen conscient : que devient l’Etat de droit tant vanté quand des ministres « français » et de prétendus services publics s’assoient à ce point sur la Constitution qui stipule que la langue de la République est le français ? Où en est la démocratie quand cette politique d’arrachage linguistique est cachée au peuple, quand elle est soustraite au débat public, quand les résistants au tout-anglais sont exclus des médias audiovisuels, quand les milliers de citoyens manifestant à Paris contre le tout-anglais le 18 juin 2011 sont censurés(1) par les chaînes nationales qui leur préfèrent, en prime time, un rassemblement de motards en courroux ? Et à quel rôle indigne d’accompagnement l’opposition parlementaire s’abaisse-t-elle quand Mme Aubry remporte haut la main le Prix de la Carpette anglaise 2010 pour son effort acharné visant à substituer le bien-pensant Care anglo-saxon aux notions révolutionnaires de droits sociaux et de fraternité républicaine ?


Résumons-nous : l’extermination en cours du français et des autres langues nationales n’a rien d’une « mode » anodine : il s’agit d’une guerre d’extermination culturelle portée par l’oligarchie des affaires et relayée par une partie de la fausse gauche : en France, en Europe, à l’échelle du monde, il s’agit d’établir, officieusement d’abord, officiellement ensuite, le monopole du business globish. Et la fonction insidieusement totalitaire de cette langue unique est de consolider la pensée unique, le marché unique, la monnaie unique, l’économie unique, la politique unique et la sous-culture unique dont rêve le « monde des affaires ».


Les effets de cet arrachage linguistique, - que d’aucuns osent présenter comme une « ouverture à la diversité » alors même que les bacheliers britanniques sont dispensés d’étudier une langue étrangère ! – sont prévisibles : effacement programmé des nations comme espaces publics d’une possible souveraineté populaire, alignement des droits sociaux sur les « standards » régressifs des pays anglo-saxons, arasement de la diversité culturelle mondiale (2), promotion d’une élite euro-mondialisée de locuteurs mother tongue english régnant sur les milliards d’individus non anglophones, semi-anglophones (et omni-« jargophones » !) qui hanteront les bas-fonds de la planète ? Confrontés à ces cadres english mother tongue que recrutent déjà illégalement de très grandes entreprises, que deviendront les ouvriers, employés, paysans, artisans, enseignants, cadres moyens, ingénieurs et enseignants de France, sinon des étrangers sur leur propre sol ? Cette discrimination linguistique frappera en priorité les immigrés issus de l’espace africain francophone (dont nos lycées n’enseignent toujours pas les langues d’origine…). Ces travailleurs subiront la double peine linguistique ; eux dont le français n’était déjà pas toujours la langue maternelle, devront apprendre à remiser au second plan la langue de Césaire et de Fanon s’ils veulent travailler en « France », cet étrange pays chaque jour plus semblable au fameux « couteau sans manche dont on a perdu la lame »… Bref, on ne combattra pas l’indigne « préférence nationale » prônée par l’extrême droite, en instaurant en douce la préférence nationale à l’envers au profit du « natif » anglophone, que promeuvent nombre de firmes « françaises » dans le silence des autorités chargées de combattre les discriminations : les deux indignités, - la xénophobe et l’ « autophobe » - , finiront par s’additionner pour exclure les classes populaires en favorisant l’ « élite » euro- et américano-formatée…


Quant aux objections qu’il est habituel d’opposer aux résistants linguistiques au tout-anglais, elles font figure de contrefeux douteux. Que le français, comme l’anglais, l’espagnol, le portugais, etc. aient longtemps été utilisés par les dominants de l’hémisphère nord pour refouler les langues des peuples colonisés ou, en France même, pour marginaliser les « patois » (sic), nul n’en disconvient, et encore moins les initiateurs de ce texte, dont certains sont férus de langue régionale et dont d’autres ont combattu Hitler dans les rangs des FTPF et des FTP de la Main-d’œuvre Immigrée. Mais pas plus qu’il n’était décent en 1940 d’alléguer les massacres de la Grande Guerre pour refuser de résister à Hitler, il n’est loyal aujourd’hui d’invoquer les oppressions linguistiques d’hier pour collaborer au néocolonialisme linguistique d’aujourd’hui. Refusons que le français, ce premier service public de France grâce auquel l’Occitan et l’Alsacienne peuvent faire république avec le fils d’immigrés, le Flamand et la Bretonne, soit pris en tenaille entre, d’une part, le business Globish, et d’autre part l’ultra-régionalisme des nantis qui s’arment de prétextes linguistiques pour lorgner vers Barcelone, Anvers, Milan, et surtout, vers Bruxelles et Francfort. Car les langues régionales, patrimoine de toute la nation, ne sont qu’un prétexte pour casser la république une et indivisible ; le vrai but des ayatollahs de l’euro-régionalisation à prétexte linguistique est d’« ethniciser » le monde du travail pour mieux « re-féodaliser » le territoire national. Du reste, si le français, langue de la francophonie mondiale, était finalement marginalisé sur son sol d’origine, quelle autre langue de France ou du monde n’y « passerait »-elle pas encore plus rapidement ? Au lieu donc d’aider le Ramina-Globish exterminateur, les amoureux des langues de France et d’ailleurs doivent aider l’ex- « belette » francophone et les ex-« petits lapins » basque, breton, catalan, corse, sans oublier les langues honteusement déniées de l’immigration ouvrière, à fédérer leurs contre-attaques ; car il en va des langues comme des luttes sociales : elles sont condamnées à résister ensemble ou à être arrachées séparément.


C’est pourquoi, que l’on se reconnaisse ou pas dans le souvenir injustement dénigré ou récupéré d’une patriote de 19 ans torturée à mort pour ses idées, il est urgent que tous les résistants à l’ogre néolibéral cessent de regarder de haut le combat linguistique. « Désobéisseurs » et « indignés », réapprenons à crier, dans le français frondeur du « 9-3 », de Tunis et du Caire, « dégagez ! » à tous les destructeurs de peuples. Car si demain les revendications populaires elles-mêmes devaient s’ânonner dans la novlangue mondiale des maîtres, ceux-ci auraient atteint leur but final : forcer les peuples à clamer leur résistance dans la langue indigne, dérisoire et soumise, de la new collaboration !


SIGNATAIRES : Georges Hage, député honoraire du nord, co-président d’honneur du COURRIEL ; Léon Landini, co-président d’honneur du COURRIEL, ancien officier des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre Immigrée, Médaille de la Résistance ; Georges Gastaud, président du COURRIEL, philosophe ; Matthieu Varnier, chercheur en robotique, secrétaire général du COURRIEL ; Gilles Bachelier, animateur du Comité Républicain des Gaullistes de Gauche ; Claude Beaulieu, animateur du Comité Valmy ; Danielle Bleitrach, sociologue, militante communiste ; Michèle Chopard, artiste en photomontage, Belgique ; Aurélien Djament, chercheur en mathématiques ; Olivier Denhez, agrégé d’histoire ; Barbara Y. Flamand, écrivain, Belgique ; Vincent Flament, professeur de français ; Jean-Pierre Hemmen, fils de Fusillé de la Résistance, vice-président du Pôle de Renaissance Communiste en France ; Patrick Kaplanian, ethnologue ; Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine ; Maurice Le Lous, vice-président du Cercle Littéraire des Ecrivains Cheminots ; Pierre Lévy, journaliste, directeur de Bastille-République-Nations ; Elisabeth Loubet-Gauthier, professeur de philosophie retraitée ; Laurent Nardi, professeur de lettres (74) ; Jacques Nikonoff, universitaire, président du M’PEP ; Pierre Pranchère, a. maquisard FTPF, a. député de Corrèze ; Lakis Proguidis, écrivain ; Jean-Luc Pujo, président des Clubs Penser la France ; Pierre Roche, historien (Paris) ; Yves Vargas, philosophe.



(1) Le 18 juin 2011, une manifestation réunissant des milliers de personnes venues de France, d’Afrique, de Suisse, du Québec, de Belgique, du Liban, etc. a défilé à Paris pour défendre le français face au tout-anglais. Le soir, aucun J.T. ne leur a accordé une image…


(2) Pourquoi serait-il honorable de défendre la biodiversité et odieusement « nationaliste » de défendre les langues menacées par la novlangue américaine unique ?


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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 07:08

Une nouvelle rubrique en ces temps, peut-être, de kleiner Mannisme finissant.

À la fin d’Une saison en enfer, Rimbaud assénait qu’il fallait être « absolument moderne ». Son recueil était un agrégat de poèmes, de textes de contestation, de réflexion. Être moderne, c'était dire les bouleversements sans se focaliser sur les thèmes apparemment “ poétiques ”, tel l’amour, la mort. C'était même poser que le laid pouvait être beau et poétique. C'était reconnaître que le poète et son dire pouvaient être produits par le monde qui les entouraient. Les temps avaient changé et le vers classique, régulier ne pouvait plus en rendre compte. On verra Lautréamont (dans Les Chants de Maldoror) à la recherche d’une « poétique future ». Que de souffle dans cet extrait du Chant 1 :

« J'ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul,

les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions: la gloire. En voyant ces spectacles, j'ai voulu rire comme les autres; mais, cela, étrange imitation, était impossible. J'ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volonté! C'était une erreur! Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures empêchait d'ailleurs de distinguer si c'était là vraiment le rire des autres. Mais, après quelques instants de comparaison, je vis bien que mon rire ne ressemblait pas à celui des humains, c'est-à-dire que je ne riais pas. J'ai vu les hommes, à la tête laide et aux yeux terribles enfoncés dans l'orbite obscur, surpasser la dureté du roc, la rigidité de l'acier fondu, la cruauté du requin, l'insolence de la jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de l'hypocrite, les comédiens les plus extraordinaires, la puissance de caractère des prêtres, et les êtres les plus cachés au dehors, les plus froids des mondes et du ciel; lasser les moralistes à découvrir leur coeur, et faire retomber sur eux la colère implacable d'en haut. Je les ai vus tous à la fois, tantôt, le poing le plus robuste dirigé vers le ciel, comme celui d'un enfant déjà pervers contre sa mère, probablement excités par quelque esprit de l'enfer, les yeux chargés d'un remords cuisant en même temps que haineux, dans un silence glacial, n'oser émettre les méditations vastes et ingrates que recélait leur sein, tant elles étaient pleines d'injustice et d'horreur, et attrister de compassion le Dieu de miséricorde; tantôt, à chaque moment du jour, depuis le commencement de l'enfance jusqu'à la fin de la vieillesse, en répandant des anathèmes incroyables, qui n'avaient pas le sens commun, contre tout ce qui respire, contre eux-mêmes et contre la Providence, prostituer les femmes et les enfants, et déshonorer ainsi les parties du corps consacrées à la pudeur. Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs abîmes les planches; les ouragans, les tremblements de terre renversent les maisons; la peste, les maladies diverses déciment les familles priantes. Mais, les hommes ne s'en aperçoivent pas. Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de honte pour leur conduite sur cette terre; rarement. Tempêtes, soeurs des ouragans; firmament bleuâtre, dont je n'admets pas la beauté; mer hypocrite, image de mon coeur; terre, au sein mystérieux; habitants des sphères; univers entier; Dieu, qui l'as créé avec magnificence, c'est toi que j'invoque : montre-moi un homme qui soit bon!... Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d'étonnement: on meurt à moins. »


On ne dira pas que toute poésie est a priori révolutionnaire, même si elle est, de toute façon, subversion de quelque chose. Le fait est que, lors du printemps arabe, de nombreux manifestants qui, ne l’oublions jamais, risquaient à tout instant leur vie, avaient sur les lèvres ce premier vers du poète tunisien Abu l-Qasim Chabbi, que la figure de Prométhée fascinait :


« Lorsqu’un peuple veut vivre, force est pour le destin de répondre. »

 

Dans ses “ Thèses sur le concept d’histoire ”, Walter Benjamin qui traduisit Baudelaire, évoquait ainsi une aquarelle de 1920 de Paul Klee qu’il possédait :

 

http://27.media.tumblr.com/tumblr_lc35my0s6w1qd7q2ao1_500.jpg

 

«Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner du lieu où il se tient immobile. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où se présente à nous une chaîne d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

Dès lors, la poésie post-romantique se construirait sur cette base. Francis Ponge dira qu’écrire, « c’est plus que connaître analytiquement, c’est refaire ». Pour Octavio Paz, la poésie doit être « un langage qui coupe la respiration, un langage de lames exactes [...] poignards infatigables, éclatants, méthodiques ».

Dans cette rubrique, je partirai des Poètes de la Commune, présentés par Maurice Choury, avec une préface de Jean-Pierre Chabrol. Une petite remarque anecdotique : j’ai récupéré ce livre publié par Seghers en 1970 lors de la dispersion – tenez-vous bien – de la “ Bibliothèque départementale PTT du Gers ”. Hé oui ! Il fut un temps, 2000 ans avant France Télécom, où la poste et les télécommunications étaient regroupées dans un service public qui disposait, dans chaque département, d’une riche bibliothèque. Ce patrimoine a été dispersé aux quatre-vents lors du changement de statut de ces “ entreprises ”. La plupart des ouvrages (des centaines de milliers dans toute la France) ont fini à la poubelle. C’est cela aussi la privatisation et la casse de la Fonction publique.

Pour vous faire patienter avant le n° 2 de cette rubrique, je vous livre ce poème de Victor Hugo :

 

Le poète dans les révolutions

Le vent chasse loin des campagnes

Le gland tombé des rameaux verts ;

Chêne, il le bat sur les montagnes ;

Esquif, il le bat sur les mers.

Jeune homme, ainsi le sort nous presse.

Ne joins pas, dans ta folle ivresse,

Les maux du monde à tes malheurs ;

Gardons, coupables et victimes,

Nos remords pour nos propres crimes,

Nos pleurs pour nos propres douleurs. "

 

Quoi ! mes chants sont-ils téméraires ?

Faut-il donc, en ces jours d'effroi,

Rester sourd aux cris de ses frères !

Ne souffrir jamais que pour soi !

Non, le poëte sur la terre

Console, exilé volontaire,

Les tristes humains dans leurs fers ;

Parmi les peuples en délire,

Il s'élance, armé de sa lyre,

Comme Orphée au sein des enfers.

 

" Orphée aux peines éternelles

Vint un moment ravir les morts ;

Toi, sur les têtes criminelles,

Tu chantes l'hymne du remords.

Insensé ! quel orgueil t'entraîne ?

De quel droit vien§-tu dans l'arène

Juger sans avoir combattu ?

Censeur échappé de l'enfance,

Laisse vieillir ton innocence,

Avant de croire à ta vertu. "

 

Quand le crime, Python perfide,

Brave, impuni, le frein des lois,

La Muse devient l'Euménide,

Apollon saisit son carquois.

Je cède au Dieu qui me rassure ;

J'ignore à ma vie encor pure

Quels maux le sort veut attacher ;

Je suis sans orgueil mon étoile ;

L'orage déchire la voile

La voile sauve le nocher.

 

" Les hommes vont aux précipices.

Tes chants ne les sauveront pas.

Avec eux, loin des cieux propices,

Pourquoi donc égarer tes pas ?

Peux-tu, dès tes jeunes années,

Sans briser d'autres destinées,

Rompre la chaîne de tes jours ?

Épargne ta vie éphémère :

Jeune homme, n'as-tu pas de mère ?

Poëte, n'as-tu pas d'amours ? "

 

Eh bien, à mes terrestres flammes,

Si je meurs, les cieux vont s'ouvrir.

L'amour chaste agrandit les âmes,

Et qui sait aimer sait mourir.

Le poëte, en des temps de crime,

Fidèle aux justes qu'on opprime,

Célèbre, imite les héros ;

Il a, jaloux de leur martyre,

Pour les victimes une lyre,

Une tête pour les bourreaux.

 

" On dit que jadis le poëte,

Chantant des jours encor lointains,

Savait à la terre inquiète

Révéler ses futurs destins.

Mais toi, que peux-tu pour le monde ?

Tu partages sa nuit profonde ;

Le ciel se voile et veut punir ;

Les lyres n'ont plus de prophète,

Et la Muse, aveugle et muette,

Ne sait plus rien de l'avenir ! "

 

Le mortel qu'un Dieu même anime

Marche à l'avenir, plein d'ardeur ;

C'est en s'élançant dans l'abîme

Qu'il en sonde la profondeur.

Il se prépare au sacrifice ;

Il sait que le bonheur du vice

Par l'innocent est expié ;

Prophète à son jour mortuaire,

La frison est son sanctuaire,

Et l'échafaud est son trépied.

 

" Que n'est-tu né sur les rivages

Des Abbas et des Cosroës,

Aux rayons d'un ciel sans nuages,

Parmi le myrte et l'aloès !

Là, sourd aux maux que tu déplores,

Le poëte voit ses aurores

Se lever sans trouble et sans pleurs ;

Et la colombe, chère aux sages,

Porte aux vierges ses doux messages

Où l'amour parle avec des fleurs ! "

 

Qu'un autre au céleste martyre

Préfère un repos sans honneur !

La gloire est le but où j'aspire ;

On n'y va point par le bonheur.

L'alcyon, quand l'océan gronde,

Craint que les vents ne troublent l'onde

Où se berce son doux sommeil ;

Mais pour l'aiglon, fils des orages,

Ce n'est qu'à travers les nuages

Qu'il prend son vol vers le soleil !

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 16:08

Par Bernard Cassen pour Mémoires des Luttes


On savait que le Prix de la Carpette anglaise 2011, décerné le 15 décembre dernier, avait fait l’objet d’une compétition acharnée, remportée de haute lutte par Jean-François Copé. De toute évidence, les états de service du secrétaire général de l’UMP le qualifiaient pleinement pour cette distinction très recherchée par les membres de la France d’en haut.


 

 

 

 

 

 

Certains se sont cependant demandé si, pour ne pas prêter le flanc à l’accusation de favoritisme, le jury n’avait pas écarté dès le départ deux autres candidatures de très haut niveau : celles de Dominique Strauss-Kahn et de François Hollande. Le Prix 2010 avait en effet été attribué à la première secrétaire du Parti socialiste (PS), Martine Aubry, pour sa promotion du « care » et pour ce questionnement qui donne le vertige : « What would Jaurès do ? ». Il pouvait paraître délicat d’honorer deux années de suite des dirigeants de la même formation politique.


Cet hommage à l’alternance PS/UMP force le respect, mais on ne nous empêchera pas de penser qu’il ne rend pas justice aux mérites de l’ancien directeur général du FMI et au candidat du PS à l’élection présidentielle.

 

Avec son « Yes we Kahn », Dominique Strass-Kahn s’inscrivait dans une prestigieuse trajectoire qui avait mené Barack Obama à la Maison Blanche et qui l’aurait lui-même conduit à l’Elysée s’il n’avait trop fréquenté certains hôtels de luxe.

 

Quant à François Hollande, le slogan « H is for Hope » imprimé, avec son portrait, sur sa ligne d’élégants maillots (communément appelés T-shirts en français) garantit que la campagne présidentielle abordera enfin les problèmes de fond. On notera au passage que le candidat s’est d’emblée placé dans une posture de rassemblement : tout comme Lionel Jospin qui avait déclaré en 2002 que son programme n’était pas socialiste, « H » n’ a pas seulement fait fabriquer des maillots roses. Il y en a de toutes les couleurs.

 

A côté de ces deux personnalités qui ont bien compris que les affaires du monde - et celles de l’Europe et de la France en particulier - devaient se traiter dans la langue de Wall Street et de la City, le grand argentier de Bercy, François Barouin, fait pâle figure et ne rehausse pas le prestige international de son pays. DansL’Express daté 21 décembre-3 janvier (page 18), il nous fait part de son lâche soulagement en constatant, sans le déplorer, « l’utilisation raréfiée de l’anglais entre les ministres de l’économie et des finances de la zone euro. Si les politesses d’usage sont toujours exprimées dans la langue de Shakespeare, chacun use de sa langue maternelle dès que les discussions sérieuses commencent ». Est-ce que François Barouin a bien conscience qu’il avait ainsi naufragé ses chances de remporter le Prix de la Carpette anglaise 2012 ?

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