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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 15:33

http://storage.canalblog.com/78/62/139268/53832031.jpgSi mon grand-père ou mes parents, qui furent instituteurs, revenaient sur terre, ils seraient stupéfaits de voir des enseignants, même blanchis sous le harnais, démissionner de l'Education nationale. Ils ne manqueraient pas, évidemment, de relier ces drames individuels à la casse de la Fonction publique et des valeurs républicaines commencée sous Chirac/Raffarin/Villepin et amplifiée sous Sarkozy.

 

La lettre de démission ci-dessous a été publiée par Rue 89 le 2 septembre 2011.

 

Je souhaite par ce courrier, monsieur l'inspecteur, vous présenter ma démission. Depuis la fin des années 80, je n'ai pu qu'assister à la dégradation de la liberté éducative et pédagogique de l'enseignant, et à l'appauvrissement du champ éducatif à l'école.

 

Sous couvert d'un « recentrage » perpétuel vers l'acquisition de « fondamentaux », de socle, l'école primaire s'est appauvrie, s'est repliée sur elle-même ; elle s'est coupée des ressources de son environnement naturel, à la fois urbain, familial et social.

 

Le temps et le champ de l'enseignement se sont retrouvés de plus en plus quadrillé d'objectifs, d'injonctions et de contrôles. Les possibilités pour les enseignants comme pour les élèves, de faire preuves d'initiative et d'autonomie sont progressivement et toujours plus rognées par des injonctions dans tous les domaines et une inflation de règlementations dissuasives.

Restriction de la liberté éducative

Le plan Vigipirate, l'alourdissement des procédures d'autorisation de sortie, ou d'intervention de tiers, la règlementation des activités physiques […] ont constitué autant d'entraves au développement d'un climat éducatif souhaitable, dans les classes et dans les écoles.

 

Qui peut encore en effet, dans sa classe et dans son école, sortir en toute simplicité, faire la cuisine, utiliser les transports en commun, faire participer les parents au quotidien de la classe, faire une sortie vélo avec ses élèves ou organiser un séjour avec eux ?

 

Sans que l'on y prenne garde, c'est toute la liberté éducative nécessaire à l'apprentissage de l'autonomie et au développement des relations éducatives de base qui se sont retrouvées progressivement rejetée hors de l'école.

Inflation des évaluations en tous genres

A la place, nous avons connu une inflation des évaluations en tous genres, nationales, de circonscription ou exceptionnelles, qui prennent de plus en plus de temps, de plus en plus de place et qui déterminent lourdement le quotidien des élèves, comme celui des enseignants.

 

Cette tendance est allée si loin, que l'on peut se demander si l'enseignement à l'école n'est pas en train de perdre tout sens en se réduisant à la simple préparation… de ses propres évaluations.

En vingt-quatre ans, je n'ai observé également aucun progrès dans la formation ou l'accompagnement des jeunes enseignants.

 

La formation éducative, l'accès à une formation consistante dans les domaines de la connaissance du développement psycho-affectif de l'enfant, de la connaissance des réalités sociales et contraintes des familles les plus précaires, sont toujours refusés aux jeunes enseignants qui subissent de plein fouet les peurs, les préjugés, auxquels les expose leur impréparation.

Des relations d'autoritarisme et de servilité

Membre de l'Icem pédagogie Freinet [pédagogie fondée fondée sur l'expression libre des enfants, ndlr] de longue date, j'aurais souhaité contribuer à l'intérieur de l'Education nationale au développement d'une pédagogie respectueuse de l'enfant, de ses besoins et de ses aspirations.

 

Je suis malheureusement aujourd'hui forcé de constater que de telles pratiques pédagogiques n'ont plus de place dans l'Education nationale, telle qu'elle est devenue.

 

Les sanctions, ou plus banalement les brimades et dénis de reconnaissance pleuvent sur nos collègues et camarades qui, partageant nos principes, refusent les modes d'évaluation néfaste, l'absurdité du » soutien scolaire » obligatoire, ou le fichage des enfants dans Base Élèves.

 

La relation avec la hiérarchie s'est tellement dégradée qu'il n'y a plus de place aujourd'hui dans notre institution que pour des relations d'autoritarisme et de servilité qui empêchent le développement de toute créativité nécessaire à l'acte d'éduquer. Aujourd'hui, Monsieur l'Inspecteur, il devient clair que c'est en dehors de l'école que peuvent se développer de véritables innovations pédagogiques et éducatives.

Mon attachement profond à l'éducation et à la pédagogie

C'est pour cette raison, que dans le cadre de l'action associative, je contribue à promouvoir de nouvelles formes de travail éducatif qui, répondant à des besoins sociaux pressants, ne trouvent pas de place à l'école.

 

C'est également pour cette raison que dans le cadre de la formation professionnelle, je contribue à développer des actions de formation propres à aider les éducateurs d'aujourd'hui à devenir les véritables promoteurs et ingénieurs de leur pratique professionnelle et éducative.

 

Constatant que ces objectifs n'ont plus aujourd'hui de place dans l'Education nationale, je vous prie donc de prendre en compte ma démission. Dans cette perspective, je vous prie de croire en mon attachement profond à l'éducation et à la pédagogie.

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 14:50

http://madjyc.com/images/ane.jpgJ'ai plaisir à publier ci-dessous ce texte de mon camarade et ami Xavier Lambert (Université du Mirail) :

 

Construire l’économie de la connaissance en faisant l’économie des connaissances ?

 

Concrétisé par le processus de Bologne, notamment, cela fait plusieurs années que l’enseignement en général et l’enseignement supérieur en particulier a vocation à rejoindre le secteur marchand autour du fameux concept de « l’économie de la connaissance ». Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire accroire parfois ici et là, n’est pas seulement l’organisation économique de la connaissance, mais bien son intégration à terme dans le système marchand.


Les différentes réformes entreprises ces dernières années, en Europe notamment, ont pour objectif de mettre en place les conditions de cette marchandisation et, là comme dans d’autres domaines, la crise financière sert de prétexte à une accélération du processus par la diminution drastique des dépenses publiques, et l’affaiblissement des secteurs publics qui en découle dans chaque pays.


La France n’est bien sûr pas à l’abri, cette logique procède de la même logique que celle des choix résolument ultralibéraux de Sarkozy.


C’est la raison pour laquelle, aussi bien dans le primaire, dans le secondaire que dans le supérieur, le gouvernement Sarkozy a mis en place des réformes structurelles profondes qui visent fondamentalement à instaurer une culture d’entreprise dans les différents niveaux du système éducatif. Le modèle initial en est celui de la loi LRU qui a été imposé aux universités en 2009. Pour l’essentiel, il s’agit de créer des établissements autonomes dans leur gestion financière (y compris pour la masse salariale en ce qui concerne les universités), avec des chefs d’établissement aux pouvoirs considérablement renforcés (avec la possibilité de recruter leur personnel, enseignant inclus) dont la mission tient davantage du management que de la pédagogie, et dont le recrutement pourra se faire de plus en plus hors du sérail.


Pareillement, de plus en plus nombreux sont les coups portés au statut de fonctionnaire. D’une part, notamment pour les universités, sous prétexte de « recentrer sur le cœur du métier », de plus en plus d’emplois de BIATOSS sont externalisés et cela va probablement s’accentuer avec le développement des PPP (Partenariat Public/Privé) qui dévoloiront la gestion et l’entretien des locaux ainsi construits au privé.


Mais c’est ce qui est en train de se dessiner aussi pour les personnels enseignants du premier et du second degré. La réforme de la formation des enseignants laisse envisager la disparition des concours, ce qui est somme toute dans la même logique que l’abandon du cadre national qu’on retrouve à différents niveaux. La diminution drastique du nombre d’enseignants titulaires n’est pas dictée que par des raisons d’économie, on le voit bien cette année par exemple où le ministère recrute autant de vacataires via Pôle Emploi qu’il supprime de postes. Et, corollairement, des centaines d’étudiants vont sortir chaque année de l’université avec des masters enseignement qui leur reconnaîtront la compétence pour enseigner sans en avoir la qualification parce qu’ils ne seront pas reçus aux concours du fait du faible nombre de postes ouverts.


Les suppressions de postes s’inscrivent aussi dans un projet de recentrage des disciplines enseignées défini par le fameux « socle commun de connaissances et de compétences ». Exit, donc, à plus ou moins court terme, les petites disciplines, jugées non essentielles aux acquis attendus par rapport aux besoins de l’entreprise. Et l’intitulé même de ce « socle » montre que la mission première de l’enseignement n’est plus l’éducation, mais la formation à l’acquisition de connaissances et de compétences.


Il y a là un glissement qui me paraît très important quant aux enjeux qu’il recouvre. On le voit clairement à l’université dans le cadre, notamment de la nouvelle licence définie par l’arrêté de juillet dernier. Ce qui se dessine clairement, c’est que la licence n’est plus tant le lieu de l’acquisition d’un savoir scientifique cohérent que celui d’un parcours individualisé qui articule acquisition de connaissances, sans référentiel national, et construction de compétences qui, elles, n’ont rien à voir avec un quelconque contenu scientifique. Significativement, le diplôme n’est plus un objectif en tant que tel puisque l’objectif annoncé est celui du niveau licence pour 50% d’une classe d’âge.


Si le principe d’une approche épistémologique de l’acquisition des connaissances est une bonne chose en soi, le dispositif annoncé relève davantage du supermarché que d’un parcours structuré, accentué encore par l’extension des mesures de compensation. En fait, la structure de la nouvelle licence consiste essentiellement à sectoriser les modules de formation, entre enseignement, stages, et dispositifs d’acquisition de compétences, dans la perspective d’une adaptabilité directe à l’emploi.  Il s’agira donc davantage de vendre des compétences que d’assurer la transmission de savoirs.


L’objectif à terme me semble être celui de placer l’université compétitivement sur le marché de la formation au même titre que les organismes de formation privée de type CFA par exemple.


Ce n’est probablement pas un hasard si un certain nombre d’outils ont été ou vont être mis en place et qui font cohérence à partir de cette grille de lecture :


- Le fait que la loi LRU ait rajouté la professionnalisation aux missions fondamentales de l’université.


- La création des BAIP (Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle) où on a parfois la surprise de voir siéger des représentants de Pôle Emploi.


- L’attribution du label d’excellence aux formations en fonction du taux d’insertion professionnelle de leurs étudiants dans les 3 mois qui suivent leur sortie.


- L’évaluation des enseignements en fonction de leur performance.


Il nous faut plus que jamais réaffirmer la nécessité d’un service public d’enseignement et exiger qu’il soit maintenu hors AGCS.

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 15:32

http://image.toutlecine.com/photos/p/a/c/pacha-07-g.jpgUne récente émission de France 2 consacrée à Jean Gabin « en famille » m’a ramené cinquante ans en arrière. Cette émission revenait sur l’un des événements dramatiques dans la vie de l’acteur et des siens : l’invasion pacifique de sa propriété normande par 700 agriculteurs en 1962.

 

Une fois le succès revenu vers le milieu des années cinquante, Gabin avait décidé de consacrer son argent au développement d’une exploitation agricole. Quand d’autres célébrités boursicotaient ou planquaient leur fortune en Suisse, l’acteur avait choisi de vivre un de ses rêves d’enfance et de devenir paysan. Pas comme Marie-Antoinette, mais comme n’importe quel paysan de France souhaitant se lancer dans la production, s’agrandir, faire des bénéfices, bref vivre de ses terres et de son cheptel.

 

Il faut replacer cette invasion dans son contexte. Elle fit grand bruit, je m’en souviens encore (j’avais 14 ans à l’époque). Nous sommes au début des années soixante. Le pays connaît une croissance économique soutenue. La classe ouvrière, la petite bourgeoisie vivent mieux. Mais pas la majorité des paysans. C’est le début de l’interminable feuilleton agricole « européen ». Au nom de l’Europe des Six et des mutations nécessaires, des centaines de milliers de petites exploitations vont disparaître, les paysans seront subventionnés, une gigantesque montagne de beurre va sortir des étables et du cerveau des technocrates bruxellois et des gouvernants afin de soutenir les cours des produits laitiers.

 

Que Gabin investisse la plus grande partie de sa fortune dans un petit village de l’Orne est insupportable aux gens du cru. Lors de l’invasion, ils lui demandent de louer ses terres aux paysans du village. Gabin refuse. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. Les liens ténus qui le reliaient à la communauté sont rompus. Autrefois homme de gauche, Gabin le conservateur entre en conflit avec des gens tout aussi conservateurs que lui, mais différemment et au nom d’intérêts divergents.

 

Gabin, qui avait déjà très mal vécu sa traversée du désert comme acteur entre 1945 et 1952 (alors qu’il s’était engagé dans la France Libre et avait combattu de manière très exposée, nombre de ses confrères avaient fait le dos rond ou avaient joué pour des studios contrôlés par les nazis), fut traumatisé par ce coup de Jarnac. Il prit un sérieux coup de vieux : à soixante ans, il semblait en avoir au moins soixante-dix.

 

Durant l’été 1976, la France connaît une forte canicule. La région qui en pâtit le plus est, bizarrement, la Normandie. Je me souviens de pâturages transformés en paysages sahéliens. Entre alors en débat la question d’un « impôt sécheresse », accepté de manière consensuelle. Un soir, sur un plateau de télévision, deux journalistes, Guy Thomas et Jean-Marie Cavada, reçoivent le président de la FNSEA, Michel Debatisse. Bien qu’en recul, la population agricole française est toujours importante et le chef de son principal syndicat est un homme qui compte. A l’évidence, il défend plutôt les gros que les petits. Quelques années auparavant, il s'est illustré en soutenant l’armée contre les paysans du Larzac. La droite saura s’en souvenir et Raymond Barre le nommera secrétaire d’Etat en 1979. On pense parfois, en écoutant les interviewers de chez Ruquier ou d’ailleurs, que la télé en France a atteint des abysses de vulgarité et de bassesse. Mais, déjà sous le précieux Giscard, des journalistes de droite, eux aussi précieux, pouvaient s’exprimer par des coups bas. Cavada et Thomas demandent à Debatisse si les agriculteurs vont bénéficier de l’impôt. « Oui », répond le syndicaliste comme s’il était ministre.  « Et Jean Gabin ? », s’enquièrent nos deux comparses. « Ah, non, pas Jean Gabin », répond Debatisse. Ce faisant, Thomas et Cavada surfaient sur une vague de démagogie particulièrement vile. Pourquoi nommèrent-ils Gabin ? Pourquoi ne pensèrent-ils pas, par exemple, à la famille princière de Monaco qui possédait, et possède toujours, des propriétés agricoles dans l’Aisne autrement plus importantes que celle de Gabin ?

 

Gabin ne surmontra jamais de cette hostilité et de cette bassesse. Il mettra ses terres en vente. Comme, par ailleurs, il connaîtra des circonstances familiales pathétiques, il déclinera brutalement et mourra à 72 ans. Pas si vieux que cela.

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 14:50

http://cocorico.com/wp-content/uploads/2009/04/La_Grande_Illusion.jpgDans son dernier ouvrage, Plans rapprochés, plaisant mais un peu superficiel, Guy Bedos nous fait part d'une anecdote édifiante.

 

En 1962, il joue dans le dernier film tourné par Renoir, Le Caporal épinglé. La production s'est installée à Vienne, près du parc de Schönbrunn. Les figurants sont autrichiens.

 

" Un jour, au déjeuner, Renoir me dit à l'oreille : "Regardez les figurants dans la salle !". Rien de particulier pour le béotien que j'étais. Il éclate de rire. "Vous ne voyez rien ? Les figurants sont payés exactement le même prix, on leur a distribué au hasard des uniformes, aux uns d'officiers, aux autres de soldats : les oficiers mangent avec les officiers et les soldats avec les soldats !" Et il ajoute, ravi : "Exactement ce que j'avais voulu montrer dans La Grande Illusion : Fresnay, officier français, plus proche, malgré la guerre, de Stroheim, officier allemand, que de Gabin et Dalio, simples soldats français. Affinités de classe."

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 23:00

http://www.d0wn.com/wp-content/uploads/paire-fesses-12.jpg Ah, la belle pomme d'Arnaud !

 

L'ami Arnaud a de belles manches.

 

Dans son clip, il ne nous parle que de délices et de rapine. Et puis d'imports d'Arnaud, tout de même.

 

Sa conquête Jade, il la voit futée, alors qu'elle n'est que folle de fric dès qu'elle est en tournée.

 

Craignant la clim' dans les bacs, DSK, infatigable, aurait gazouillé avec la BERD.

 

Le condamné de Bernadette a été privé de far.

 

Le Luc sent trop Marine.

 

Et espérons que le kleiner Mann ne sera pas plâtré après l'accouchement.

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 06:03

Au camp de concentration de Pithiviers (comme dans celui de Beaune-la-Rolande et de Jargeau, deux autres communes du Loiret), il s’est passé des horreurs (voir les films La rafle de Roselyne Bosch et Elle s’appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner). Construit au début de la Seconde Guerre mondiale pour y héberger des prisonniers allemands, il fut utilisé après la capitulation pour y interner des soldats français avant que le gouvernement de Vichy en fasse un camp de transit. 6079 Juifs (dont Max Jacob) partirent de Pithiviers pour Auschwitz. 115 en revinrent.

Lorsque l’on séjourne dans la ville, on « sent » quelque chose : un non-dit souterrain qui fait que rien n’est jamais dit. D’abord par les très nombreux gendarmes cantonnés dans cette petite cité du Loiret. Veulent-ils savoir que nombre de leurs collègues d’il y a soixante-dix ans ont commis des infamies durant l’été 1942 ? Sont-ils conscients que ces collègues ont appliqué avec zèle la consigne de Laval de "ne pas oublier les enfants" (2300 d’entre eux partirent de Pithiviers) ? Quant aux Pithivériens de souche, on a l’impression qu’ils vivent hors du temps historique. Il faut dire qu’ils ne sont pas aidés : le camp a été entièrement rasé. Un monument a été élevé tardivement rue de l’ancien camp, près de la voie ferrée d’où partirent les victimes innocentes.

Pithiviers.jpg

Photos BG (d.r.)

Pithiviers fut affecté à la concentration et à l’extermination des Juifs par Vichy, un régime ultra-réactionnaire et officiellement antisémite. Mais il est un camp de concentration dont on ne parle jamais, sûrement pas dans les livres d’histoire : celui de Montreuil-Bellay. Construit avant la guerre, ce camp fut destiné, par un décret du président de la République Lebrun, à la concentration des Tsiganes.

Ancien instituteur, Jacques Sigot est un homme de convictions. Ainsi, il refusa d'aller se battre en Algérie. Il s'installe en Anjou en 1973. Il écrit deux livres régionalistes sur cette province, puis Ces barbelés oubliés par l’histoire. Un camp pour les Tsiganes et les autres (Wallada, Port de Bouc, 2011). Ce sont les recherches de Sigot qui inspireront à Tony Gatlif son film Liberté (link).

Comme les habitants de Pithiviers, les Montreuillois avaient oublié leur camp jusqu’à ce que Jacques Sigot en exhume le souvenir. Dans ce camp furent enfermés des Républicains espagnols durant l’hiver 1939-40, des civils anglais au cours de l’été de cette même année, des femmes allemandes retenues comme otages en 1945. Mais surtout des Tsiganes que la IIIe République interna avant l’invasion et l’occupation allemandes, et qu’elle « oublia » de relâcher après la Libération.

Du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945, l’État français fit de Montreuil-Bellay un camp pour « individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani ». Il s’agissait donc d’une décision ouvertement raciste. Ces Tsiganes venaient pour la plupart de petits camps d’internement ouverts suite à la loi du 6 avril 1940 signée par Albert Lebrun, selon laquelle ils devaient être rassemblés dans des communes désignées sous surveillance des forces de l’ordre. Jusqu’en janvier 1943 les Tsiganes furent gardés par des gendarmes, puis par des jeunes civils qui échappèrent ainsi au STO. Fin 1944, des Italiens, des Allemands et des Russes blancs rejoignirent les « Romanis » qui quittèrent le camp en 1945 pour être transférés dans les camps de Jargeau et d’Angoulême jusqu’en 1946.

De ce camp vendu aux Domaines en octobre 1946, il ne reste aujourd'hui qu’une modeste plaque commémorative. Des ruines du camp ont disparu après la création d’un rond-point et l’élargissement d’une route.

http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/camp-poitiers-plaque1985.jpg

Photo D. Natanson

Plus du quart des Tsiganes de France furent exterminés (la totalité des Tsiganes des Pays-Bas, du Luxembourg  et de Lituanie).

 


St-le-Montreuil-Bellay-Camping-3--toiles-Clich--J.-Sigot.j.jpeg

La photo ci-dessus m'a été fournie par Jacques Sigot, avec les commentaires suivants :

La stèle quelques jours après l'inauguration le 16 janvier 1988. J'avais demandé le retrait du panneau publicitaire, mais on m'a répondu que c'était un terrain privé... J'ai publié cette photo dans la presse : le panneau disparaissait aussitôt.

 

Le texte de la stèle : En ce lieu se trouvait le camp d'internement de Montreuil-Bellay. De novembre 1941 à janvier 1945, plusieurs miliers d'hommes, de femmes et d'enfants tsiganes y souffrirent victime d'une détention arbitraire.

 

- On nous imposa le texte : interdiction d'écrire "camp de concentration", terme pourtant employé à l'époque ; refus de citer les autres internés ; refus de citer les vraies responsabilités de la France (République, Vichy et Gouvernement Provisoire de la République) pour l'internement : remplacé par le terme très efficace et trompeur "arbitraire".

 

- Nous devions assumer les frais de cette stèle, suite au refus des personnes et organismes contactés. 


 

 

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 15:21

http://www.hugoetcie.fr/var/hugoetcie/storage/images/tous-les-livres/humour/le-petit-aleveque-illustre/2016-2-fre-FR/Le-petit-Aleveque-illustre_lightbox_zoom.jpgJe ne l'ai vu qu'une seule fois sur scène. J'ai pu vérifier que les vrais humoristes vraiment de gauche sont rares en France, mais ils existent.

 

Ce soir-là, Alévêque avait clos son spectacle par une bouleversante et tonitruante version de Bella Ciao.

 

Son dernier ouvrage, Les monstrueuses actualités, m'a mis en joie. Je vous en livre un court extrait, pour la bonne bouche :

 

Eric Woerth : viré après service rendu à la nation de droite.

 

Mis à la retraite anticipée, on est très triste pour lui* mais, rassurons-nous, avec toutes les casseroles qui lui collent au cul et beaucoup de temps libre entre deux procès, il va pouvoir se lancer dans la cuisine. L'homme qui "n'a pas une tête à..." (remplir la case vide suivant l'affaire en cours) estime qu'il a payé cher le prix de la réforme de la retraite. Moins que le monde du travail tout de même.

 

 

* Observez cette superbe anacoluthe (link). M'étonnerait qu'il l'ai faite exprès...

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 06:28

http://www.aeronogaro.com/images/vues/gers1.jpgPour les Gersois, les Gersois d’adoption et les autres, la revue Plaisirs du Gers est un délice. On y découvre des paysages, de l’histoire, des recettes de cuisine et des entretiens avec des non Gersois célèbres qui ont choisi ce département pour y résider à temps plein ou partiel.

La dernière livraison (le n° 7) offre en couverture Jean-Charles de Castelbajac, descendant d’une très vieille famille noble de Bigorre. Voulant faire passer un message, le styliste ne peut s’empêcher de le faire passer en anglais. Pourquoi pas en Gascon ? Il célèbre :

 

 

Le Gers

Home of the braves

 

(Le Gers, patrie des braves)

 

Je passe rapidement sur le fait que ceci ne veut pas dire grand-chose et renseigne encore moins que « Vire, la capitale de l’andouille ». Le problème est qu’en anglais, l’adjectif est invariable. Il ne s'accorde avec le nom ni en genre ni en nombre.

 Quand on veut briller à l’international, on prend ses précautions. Et je ne félicite pas les responsables de la revue pour avoir accepté ce slogan en langue anglaise.

 

Je profite de ce bref article pour dénoncer le chansonnier (il déteste cette appellation) Bernard Mabille. Lui aussi a été conquis par le Gers, il y a une douzaine d’années. Non seulement, Mabille n’est pas clair, pas franc du collier, politiquement parlant, mais en plus il se montre un adepte des coups bas. Il dit ainsi, dans ce numéro de Plaisirs du Gers, qu’il a pitié de Guy Bedos lorsque celui-ci « court » après la Légion d’honneur. Bedos court d’autant moins que Mitterrand la lui avait proposée sur son contingent personnel et que l’humoriste la refusa.

 

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 05:55

J'ai publié il y a trois ans ce texte consacré à Guy Mollet, jeune, sur mon blog censuré par nouvelobs.com. Il suscita d'intéressantes réactions.

 

Pour les gens de ma génération, ainsi que pour celle qui a précédé, Guy Mollet incarne à merveille la figure du traître, du responsable politique qui, avec ses comparses Lejeune, Lacoste et autres, a envoyé la jeunesse française se faire tuer pour la cause injuste et perdue de l’Algérie française. Sans oublier le fiasco de l’expédition de Suez, au service des intérêts des grands groupes pétroliers. Cette présentation n’est malheureusement pas caricaturale.

c2a83ea48341cd76f3f78be75b9db842.jpg

Je voudrais cependant parler de Guy Mollet autrement, car il se trouve que ma famille l’a connu avant qu’il accède à la célébrité comme député-maire d’Arras, comme principal responsable du parti socialiste de l’époque, comme Président du Conseil, bref comme l’homme politique le plus influent des années cinquante.

 
Avant cela, je rappellerai – en renvoyant à l’excellente biographie que lui a consacré François Lafon (chez Fayard) – qu’il fut, au plan intérieur, un homme de progrès (on lui doit, par exemple, la troisième semaine de congés payés) qui doit se retourner dans sa tombe en observant tous les reniements des socialistes français depuis vingt-cinq ans.

 
Issu d’un milieu très modeste (il passa son enfance dans les deux pièces du logement de fonction en demi sous-sol de sa mère concierge), Mollet réussit à sortir de la pauvreté par l’éducation et à devenir pleinement citoyen par le syndicalisme. Angliciste, il sera l’auteur d’une grammaire plutôt innovante (il fréquentera André Martinet), et laissera à ses élèves le souvenir d’un fort bon pédagogue.


Pendant la guerre, il parviendra, malgré son engagement syndical et franc-maçon, à poursuivre son métier d’enseignant. Pour qu’on ne le soupçonne pas d’activités de résistance, il dirigera une troupe de théâtre amateur d’un bon niveau et animera un club d’aéro-modélisme. C’est en jouant L’École des femmes sous sa direction que ma mère (voir photo de Robert Gensane) appréciera celui qu’elle et ses camarades appelleront « le petit Mollet ». Mon grand-père paternel sera un de ses amis. Mon père sera un de ses élèves et verra en lui – jusqu’à l’intervention algérienne – une référence politique, un père spirituel.


J’ai rencontré Guy Mollet en une circonstance sociologiquement intéressante. Un dimanche matin de 1956, mon père et moi étions à Arras, sur la Grand-Place. Guy Mollet était sorti de chez lui pour acheter du pain. Lui et mon père, qui ne s’étaient pas vus depuis plusieurs années, tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Mollet nous invita à prendre le café chez lui. J’ai encore dans l’oreille la voix assombrie par le tabac (il fumait comme un pompier) de cet homme inflexible qui avait réussi à sortir indemne des locaux de la police après avoir été interrogé pendant quarante-huit heures par la Gestapo. Je découvris qu'il vivait très simplement dans un petit appartement de la ville dont il était maire. J’ajoute qu’il passait ses vacances à La Napoule, dans une colonie de vacances de la ville d’Arras. Les dirigeants politiques des quarante dernières années nous ont habitués à d’autres Rolex©.

 

 

Guy Mollet et mon blog

Lorsqu’on crée un blog sur le site du Nouvel Observateur, on bénéficie quotidiennement de renseignements fort intéressants : nombre de visiteurs, nombre de pages lues, nombre de visiteurs par entrées et, enfin et surtout, ce que l’internaute a tapé sur son moteur de recherche pour parvenir, par hasard, jusqu’à nous.


Mon blog comporte quelques textes politiques (de moi ou d’analystes dont je me sens proche et qui produisent des papiers que j’aurais aimé écrire moi-même), des textes de littérature, des textes culturels, un texte sur le sport et des textes sur la pop music. En deux mois, j’ai reçu environ 1500 visites. Aucun lecteur ne m’a écrit, ce que je regrette : à l’inverse du journal intime, le blog, journal "extime", vise à l’exposition maxima, donc on dialogue. En revanche, étant assez connu comme universitaire spécialiste des Beatles (mon premier article sur le groupe date de 1969), je constate que des internautes discutent (pardon : chattent) autour de ma prose, sur des sites spécialisés, en particulier autour d'une longue analyse consacrée au « White Album » – que j’aime beaucoup et que j'ai précédemment publiée sur la revue en ligne de mon laboratoire de recherches, le MIMMOC.


Ce qui motive plus particulièrement cette note, ce sont les lectures de ma page consacrée à Guy Mollet. J’ai été très étonné de constater le nombre très important (relativement) de ces lectures. Qui peut encore s’intéresser, me suis-je demandé, à cet homme politique de la Quatrième République, méprisé aujourd'hui par la droite (alors qu'elle le redoutait du temps de sa splendeur) et honni par quantité de gens de gauche ? Ce bref texte n’était d’ailleurs pas politique, mais plutôt de nature privée.


J’ai donc cherché quels mots les internautes avaient tapés sur leur moteur de recherche pour parvenir à la page “Mollet”. Alors, j’ai tout compris. La plupart d’entre eux avaient cherché à partir de l’entrée «La lettre de Guy Mollet». je fus d’abord amusé, puis abasourdi. Ces internautes, plutôt jeunes j’imagine, avaient confondu Guy Mollet et Guy Môcquet. Pour la jeunesse de France, ce valeureux garçon aura longtemps été une station de métro avant de devenir l’auteur d’une lettre lue par des joueurs de rugby à l’instigation de leur patron – dit-on, futur ministre –  multimilliardaire, propriétaire de casinos, de campings, de teintureries, de restaurants etc. Depuis que le Président de la République Française fait référence à d’illustres hommes politiques de gauche (les gens de gauche, il ne les aime que morts ou renégats), l’inconscient collectif est devenu, plus que jamais, un tohu-bohu (au sens biblique du terme), une pétaudière d’incohérence.

 

Photo RG (dr).

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 15:24

 

http://iletaitunefoislecole.fr/IMG/jpg/piquet2.jpgOrwell l’a postulé il y a soixante-dix ans : quand on pense dans une autre langue, on pense d'autant plus mal qu'on connaît mal cette autre langue.

La plupart des journalistes français pensent en anglo-américain (en « sabir atlantique », comme disait Étiemble) parce que c’est plus rapide, moins fatigant et aussi, j’imagine, parce que cela doit rapporter plus.

    
 À propos du carnage d’Oslo, ils nous parlent donc d’« attaque ». En lieu et place d’« attentat ».

   
Parfois la langue anglaise est plus riche et plus précise que le français. Souvent, c’est l’inverse. Le mot anglais attack signifie à la fois attaque et attentat. Les deux vocables français n’ont pas le même sens, la même origine et ne sont pas apparus en même temps dans la langue.

   
Je me plonge dans mon Robert préféré. Attaque vient du verbe attaquer, qui vient lui-même de l’italien attacare, qui signifie assaillir, investir par la violence : attacare battaglia (commencer la bataille). Le mot italien attacare vient soit du gothique tacca (entaille), soit de staccare (détacher), du gothique stakha (pieu).

   
Une attaque est donc l’action de commencer le combat, une attaque, une guerre. Le mot s’emploie aussi pour une attaque au football, une attaque verbale, l’attaque d’un acide, l’attaque d’un morceau de musique. Par extension, on a des expressions du style « être d’attaque », c’est-à-dire être prêt à affronter les fatigues.

   
Le verbe attenter a donné attentat, ces deux vocables étant nettement plus anciens qu’attaque et attaquer. Attentat vient du latin attemptatum, attentatum, participe passé neutre de attemptare (attaquer quelqu’un, entreprendre quelque chose contre quelqu’un). C’est donc la notion d’entreprise qui domine (les journalistes adeptes du capitalisme financier devraient apprécier), de tentative criminelle contre une ou des personnes, contre des biens, ou même contre des droits. Par extension, on trouvera « attentat à la pudeur » et, au figuré, l’idée d’un acte qui heurte les sens, la raison, la morale.

   
Attenter est donc beaucoup plus fort qu’attaquer puisqu’il implique une tentative criminelle (meurtre, viol). De même, on n’attaque pas ses propres jours : on attente à sa vie.

 

PS : il en va des attaques comme des frappes (chirurgicales, comme on sait) qui font moins mal que les bombardements et sont tellement plus précises...

 

 

PPS : un correspondant apporte les précisions suivantes :

abuse en anglais qu’on trouve en association avec sexual devrait être traduit en français par aggression (sexuelle) et non abus sexuel ; il y a aussi en anglais verbal abuse qui veut dire insulte.
En français on peut dire abus d’alcool, de bouffe, de drogues ou abuser de la crédibilité des gens.
On appelle ces mots des faux amis . Par exemple actual (A) = réel ( F) ; fool (A) = idiot ; idiot (A ) = débile , etc...

 

 

PPPS : J'ajoute pour ma part ceci :

 

Dans le même domaine, et puis qu’on a beaucoup parlé de DSK et de Tron ces temps-ci, crime signifie à la fois délit et crime. Lorsque, pour une fellation imposée, les anglophones parlent de sexual crime, s’agit-il d’un délit ou d’un crime ? En tout cas en français, un crime est un crime.

Un correspondant me demande de donner des exemples d’imprécisions de l’anglais. Il y en a des milliers. Pensons simplement à fucking machine qui peut signifier putain de machine, machine baisante, machine à baiser, machine en train de baiser. Ou, plus gentiment, flying machine : machine qui vole, machine servant à voler, machine en train de voler. De même, je préfère bombe sexuelle à sex bomb qui pourrait signifier bombe en forme de sexe.

 

L’anglais est souvent plus précis dans le domaine des sensations et des perceptions.
C’est bon, ce truc : it tastes good
Chouette, ce morceau de musique : it sounds nice.
On sait en anglais quels sont les sens sollicités.

 

Plus précis également dans les phrases exprimant du mouvement :
je suis dans la pièce : I am in the room
je vais dans la pièce : I’m going (mieux : walking si j’y vais à pied) into the room.
Mais up the road ou down the road ne sigifient pas forcément que la rue est en pente montante ou descendante. Encore une fois, c’est une question de perception subjective.

 

Autre exemple de meilleure précision de l’anglais :
J’ai une Clio : I drive a Clio.

 

 

 

 

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