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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 15:14

http://www.pieter-bruegel.com/salles/tableau/beggars.jpgParce que la notion d'école de la République ne les concernait plus (alors qu'ils en avaient été nourris et qu'ils en avaient largement profité), parce qu'ils avaient vu dans ce tournant sarkozyste un moyen d'augmenter leur pouvoir et leurs émoluements, et parce qu'ils étaient majoritairement de droite, les présidents d'universités ont accepté la LRU et l'ont appliquée sans états d'âme.


Depuis 2007, j'ai dénoncé ces reniements. J'ai annoncé (avec d'autres) la transformation des universités en entreprises, la fin des pratiques démocratiques dans les établissements, l'avènement du pouvoir des technocrates et de certains administratifs, la précarisation de tous les personnels, l'arbitraire, la misère à petit feu.


La Tribune est un journal de qualité. Bien que de droite, il lui arrive d'être plus hostile au gang du Fouquet's que ne le sont les présidents d'université, et de montrer du doigt, avec lucidité, des problèmes présents ou à venir. C'est ce qu'il fait ci-dessous en expliquant pourquoi les universités vont désormais devoir se coltiner avec la finance qui dictera sa loi et qui décidera de leur salut.


La mutualisation des universités, c'est un peu comme la Grèce : on coupe les têtes qui dépasse ("Vire-moi ce département de portugais, cette filière de Grec ancien"), et alors seulement, les banques vous prêtent.


J'en profite pour renvoyer à un article de synthèse sur la privatisation, la financiarisation et la défonctionnarisation de l'université publié dans ce blog début juillet 2011 (link).


 

Faute de moyens, les universités françaises se tournent vers la mutualisation

La Tribune, Enseignement supérieur, 21/09/2011



Des discussions sont en cours avec la Caisse des dépôts afin de pouvoir financer des programmes de mutualisation d'outils et de services.


A une semaine de la présentation du budget 2012, les universités sont inquiètes. Malgré l'engagement présidentiel d'augmenter les moyens de l'enseignement supérieur et de la recherche de 9 milliards d'euros entre 2007 et 2012, et un gel des suppressions de postes pour 2011-2013, le passage à l'autonomie met les universités, qui doivent désormais gérer leur masse salariale, face à des contraintes budgétaires mal anticipées. Lors de sa conférence de presse de rentrée, ce mercredi, la conférence des présidents d'université (CPU) s'en est émue. "Les universités pourront-elles faire face à leurs dépenses d'investissements ?


Certaines sont contraintes de geler des postes et des projets de développement", constate Louis Vogel, président de la CPU. Certaines souffrent d'une pyramide des âges défavorable (ce que l'on appelle le "glissement vieillesse technicité") et doivent parfois supprimer des postes face à une masse salariale qui progresse. Rien que pour ces problèmes de pyramide des âges (la masse salariale est plus élevée si l'université doit rémunérer beaucoup d'enseignants-chercheurs ayant de l'ancienneté), il manque "entre 15 et 20 millions d'euros", estime Louis Vogel.  Quant au rattrapage prévu en matière de postes et de budget lors de la mise en place du système de financement à la performance en faveur des universités les moins bien dotées, "il est bloqué", dénonce Anne Fraïsse, vice-président de la CPU. Les ministres de l'Enseignement supérieur et du Budget se renverraient la balle. Selon les présidents d'université, Valérie Pécresse, qui était autrefois à l'Enseignement supérieur, argue auprès de Laurent Wauquiez que les universités disposent d'un fonds de roulement total de 1,5 milliard d'euros. Mais de leur côté, les recteurs ne veulent pas que les universités puisent dans leur fonds de roulement, véritable marge de sécurité qui équivaut à un voire deux mois de salaire...


Compétences élargies


Dans ce contexte tendu, les universités réfléchissent à mutualiser certains outils (systèmes d'informations notamment) et services (formation des personnels en contrôle de gestion, laboratoires de recherche communs, achats...), à l'image de ce qui se fait déjà dans les fonctions publiques hospitalière et territoriale. L'agence de mutualisation des universités et établissements (Amue) est en train d'élaborer un plan stratégique visant à élargir ses compétences. Il sera finalisé à la fin de l'année. "Le défi de l'autonomie ne pourra être relevé que si les universités ont les moyens techniques et de formation de ses personnels adéquats. Or l'Amue ne peut pas y faire face aujourd'hui. Elle est sousdimensionnée", insiste Louis Vogel. La CPU et l'Amue négocient donc avec l'Etat et la Caisse des Dépôts. Selon son directeur, Claude Ronceray, l'Amue, qui est un groupement d'intérêt public, pourrait créer une filiale dotée d'un capital destiné à lancer des programmes de mutualisation. Les besoins de préfinancement sont évalués entre 40 et 80 millions d'euros.


Clarisse Jay - 21/09/2011, 15:49

 

Illustration : Les Mendiants, de Pieter Bruegel (Musée du Louvre).

 L'effervescence règne parmi les culs-de-jatte. Les différents couvre-chefs renvoient aux classes sociales : la mitre (les ecclésiastiques), la toque de fourrure (les bourgeois), le bonnet (les paysans), le bassinet (les soldats), la couronne (les nobles). Selon un proverbe flamand "le mensonge [de Pécresse et des présidents d'université?] marche comme l'estropié avec des béquilles".

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:09

Mon collègue Jean Kempf me fait passer cette forte analyse. Elle s'adresse en particulier à ceux qui n'auraient toujours pas compris ou qui feraient toujours semblant de ne pas comprendre.


http://zoom61.z.o.pic.centerblog.net/7kge1ipo.jpg

 

La prolétarisation des enseignants, au-delà du salaire
par GUY DREUX et FRANCIS VERGNE, Membres de l'Institut de recherches de la FSU,
Libération 16 septembre 2011


Selon Marx l'analyse de l'exploitation capitaliste ne se résumait pas à déplorer simplement une paupérisation des travailleurs. Elle consistait aussi à comprendre un mouvement de dépossession des «puissances intellectuelles de la production» au profit du capital. Marx distinguait ainsi nettement l'outil de la machine : «Le travailleur animait [l'outil] de son art et de son habileté propre, car le maniement de l'instrument dépendait de sa virtuosité. En revanche, la machine, qui possède habileté et force à la place de l'ouvrier, est elle-même désormais le virtuose, car les lois de la mécanique en elle l'ont doté d'une âme [Š]. L'activité de l'ouvrier, réduite à une pure abstraction, est déterminée en tous sens par le mouvement d'ensemble des machines ; l'inverse n'est plus vrai.»

On pourrait très bien transposer ce mouvement à la condition faite aujourd'hui aux enseignants. Des enseignants qui se prolétarisent non pas seulement au regard des conditions matérielles d'exercice de leur métier et du déclassement social subi et reconnu officiellement depuis plus de vingt ans. Ils se prolétarisent parce qu'ils sont de plus en plus dépossédés du sens et du contenu de leur mission.

Le principe de concurrence est devenu le principe de régulation du système éducatif. Chaque établissement scolaire ou universitaire doit se penser comme une entreprise au service de «clients» et doit développer des stratégies pour s'assurer une position sur le marché de la formation. Au sein de chaque établissement la généralisation des techniques de management vise à intérioriser ces logiques concurrentielles en responsabilisant - sous prétexte d'autonomie - et en évaluant - sous prétexte d'efficacité - chaque enseignant pour mettre en évidence son apport dans la «valeur ajoutée» de son établissement.

Enfin, la définition des contenus, des programmes scolaires repose de moins en moins sur des logiques disciplinaires, des savoirs constitués et partagés au sein d'une communauté savante, mais assure la promotion de la logique de «compétences» défendue par le Medef et la Commission européenne. Cette logique réduit toute connaissance, tout savoir à des éléments utiles - ou non - à l'employabilité des élèves et des étudiants.

La concurrence comme principe de régulation, le «new public management» dans l'organisation interne de chaque établissement et l'utilitarisme dans la définition des programmes scolaires, sont aujourd'hui les grandes «machines» qui dictent de plus en plus précisément la nature, l'ordre et le sens du travail des enseignants. Ce sont ces machines qui font émerger un travail de plus en plus prescrit, de plus en plus «abstrait», de plus en plus contrôlé et évalué selon des normes totalement étrangères au monde des idées, des savoirs et de la culture. Longtemps restés des «artisans», reconnus par leur statut, les enseignants deviennent des prolétaires, c'est-à-dire des travailleurs exerçant un métier dont l'intelligence et le sens passent du côté du capital ou plus précisément du côté de l'Etat-entreprise (corporate state) ; du côté de ce que nous appelons la «nouvelle école capitaliste».

C'est aujourd'hui ce statut qui, selon le mot de Luc Chatel, n'est plus un «tabou». Et le thème de la «revalorisation» du métier d'enseignant, qui semble s'imposer à gauche, risque d'être bien insuffisant pour contrarier ce mouvement si celle-ci n'est envisagée que sous la forme d'une compensation en échange d'un élargissement des missions et des tâches des enseignants ; élargissement qui ne contredit en rien les évolutions les plus désolantes qui touchent le métier actuellement.

Pour leur part, les enseignants ont à reconnaître dans la situation nouvelle qui leur est faite ce qu'elle doit au mouvement du capitalisme contemporain qui affecte l'ensemble du monde du travail et singulièrement les «professions du lien», selon l'expression de «l'Appel des appels». Pour y résister efficacement, il leur faut penser, comme le proposait Jacques Derrida pour l'université, de nouvelles alliances avec des «forces extra-académiques» (1).

(1) Jacques Derrida, «l'Université sans condition», Galilée, Paris, 2001. Coauteurs avec Christian Laval et Pierre Clément de «la Nouvelle Ecole capitaliste», éditions la Découverte, 2011
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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 06:00

http://www.rue89.com/files/2008009223troymamOK.jpgLe comité des grâces de Georgie a refusé de gracier Troy Davis, malgré l’absence de preuves véritables et bien que la plupart des témoins accusateurs se soient rétractés.

Davis étant noir, la première réaction qui vient à l’esprit est que nous avons affaire à une justice de classe. Mais nous sommes peut-être au-delà d’une telle construction raisonnée. La décision des juges ne relève-t-elle pas de l’idéologie et de la folie à l’état pur ? Un pays dont le dirigeant suprême estime que l’assiette fiscale n’a rien à voir avec la lutte des classes mais avec les mathématiques est un pays qui ne pense plus. Ni aux vertus civilisatrices de l’abolition de la peine de mort, ni même au martyre d’un être qui, même s’il a tué, n’avait certainement pas mérité de passer la moitié de sa vie à la porte de la chambre d’exécution.

Tout exécuté devient une figure christique. C’est ce qu’avait très bien exprimé Orwell lorsque, après avoir servi l’impérialisme britannique dans ce qu’il avait de plus répressif, écrivit “ Une pendaison ” pour rejoindre, en 1931, les abolitionnistes de son pays.

Je dédie à Troy Davis un extrait de ce puissant texte :

À un moment, malgré les deux hommes qui le tenaient par les épaules, le prisonnier fit un léger pas de côté pour éviter une flaque d’eau. Jusque-là je n’avais jamais réalisé tout ce que signifie l’exécution d’un homme conscient et en parfaite santé. Lorsque je vis le prisonnier faire cet écart pour éviter la flaque, je vis le mystère, l’injustice indicible qu’il y a à faucher une vie en pleine sève. Cet homme n’était pas à l’agonie. Il était aussi vivant que nous. Tous les organes de son corps fonctionnaient – les intestins digéraient les aliments, la peau se renouvelait, les ongles poussaient, les tissus se formaient – tous continuaient à travailler avec une solennelle absurdité. […] Ses yeux voyaient le gravier jaune et les murs gris, et son cerveau se souvenait, prévoyait et raisonnait toujours – il raisonnait même sur les flaques d’eau. Lui et nous nous formions un groupe d’hommes qui marchaient ensemble, voyaient, entendaient, ressentaient, comprenaient le même monde ; et d’ici deux minutes, d’un coup sec, l’un de nous aurait disparu – un esprit de moins, un univers de moins.

 

 

Traduction : Éditions Ivréa.

En photo : Troy Davis et sa sœur

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 15:12
http://www.iconovox.com/blog/wp-content/uploads/2008/12/sine_hebdo_jiho.jpgSiné Mensuel est arrivé avec une équipe de dessinateurs et journalistes de haute volée. Et l'envie de virer « les foutriquets du Fouquet's ».

Comme dans cette émission culturelle, l'équipe permanente de Siné Mensuel est majoritairement féminine, « la “marité” règne » –, à commencer par la rédactrice en chef, Emmanuelle Veil.

 

Revue internationale utopie critique

Un article de Daniel BACHET, Professeur à l’université d’Evry, sur les pratiques actuelles du capitalisme financier :

 

La crise qui débute en 2007 a montré la nécessité de faire reculer le financement de l’économie par le marché financier et de revenir à un financement bancaire plus équilibré  à partir de l’épargne. Sur les marchés financiers, la monnaie s’échange non pas contre des biens et des services mais contre des titres de créances ou de propriété représentant des actifs qui rapportent un revenu. La préférence des investisseurs s’oriente vers les titres  qui comportent la plus grande probabilité de générer un profit important pour une mise de fonds initiale donnée.

Pour un opérateur dans une salle de marchés, il s’agit de dégager en fin d’année le revenu le plus élevé possible pour le Capital dont la gestion lui est confiée. Quel que soit l’employeur, que ce soit un fonds spéculatif, une banque, un groupe industriel, une maison de titres ou une compagnie d’assurance, la recherche du rendement maximal des fonds placés est la règle qui va structurer son comportement professionnel au quotidien.

 

Sami Naïr, dans Mémoires des Luttes, nous parle de la pollution des esprits due à la montée de l’extrême droite en Europe :

La montée d’une extrême droite raciste, xénophobe, de plus en plus décidée à utiliser la violence pour faire prévaloir son idéologie, est devenue une réalité en Europe. Écho effrayant, en vérité, des années 1930 du XX siècle. Et l’on sait comment cela s’est terminé. On croyait cette extrême droite disparue à jamais après la Deuxième Guerre mondiale ; on l’a vue pourtant réapparaître à partir des années 1980, d’abord en France, puis, de proche en proche, partout ailleurs en Europe. L’extrême droite a retourné cette situation sociale en question identitaire, en question de valeurs, en question de race et de nation. Et ni la droite conservatrice ni la gauche libérale ne peuvent répondre à ce retournement idéologique : elles ne veulent pas comprendre que la cause en réside dans l’insécurité sociale et professionnelle et la paupérisation qui résultent des politiques économiques qu’elles défendent.

Evariste, dans Respublica,  s’en prend à l’évaluation qui sévit désormais partout et surtout à l’école :

Il faut savoir comment seront « évaluées » les connaissances. On voit bien là que les élites ordo-libérales (la droite bien sûr, mais aussi ceux qui à gauche acquiescent sous cape) avancent rapidement dans l’entreprise de conformation visant à restreindre la liberté de penser et de conscience du futur citoyen au profit des intérêts des couches dirigeantes.

Partout, nos élites ordo-libérales appuyées sur leurs alliés obscurantistes tentent, par tous les moyens, de définir une nouvelle norme à laquelle tout le monde doit se conformer. Et bien sûr cette norme ne vient pas du bon sens, mais sert directement ou plus généralement indirectement l’objectif des élites ordo-libérales d’empêcher la baisse tendancielle du taux de profit par des politiques d’austérité où les couches populaires et les couches moyennes intermédiaires sont priées de financer cette politique au service des puissants.

 

Je voudrais pour finir dire tout le bien que je pense du site des Aliboffis, un site plein d’humour, de politique et d’esthétique décalée. Extrait d’une composition du responsable de ce site :

Je vous parle d’un temps

Que les plus de quatre ans

Risquent de tous connaître

La France maintenant

Est donnée aux ruffians

Et à leur petit maître

En votant Sarkozy

Les veaux n’ont pas saisi

Dans leur crasse bovine

Qu’avec ce parvenu

Les pauvres crient famine

Et les gosses sont nus

 

Le problème, le problème

C’est que Sarko est dangereux

Le problème, le problème

C’est que les Français sont peureux

 

La suite sur le site des Aliboffis. À la semaine prochaine.

Siné Mensuel est arrivé avec une équipe de dessinateurs et journalistes de haute volée. Et l'envie de virer « les foutriquets du Fouquet's ».

Comme dans notre émission culturelle, l'équipe permanente de Siné Mensuel est majoritairement féminine, « la “marité” règne » –, à commencer par la rédactrice en chef, Emmanuelle Veil.

 

Revue internationale utopie critique

Un article de Daniel BACHET, Professeur à l’université d’Evry, sur les pratiques actuelles du capitalisme financier :

 

La crise qui débute en 2007 a montré la nécessité de faire reculer le financement de l’économie par le marché financier et de revenir à un financement bancaire plus équilibré  à partir de l’épargne. Sur les marchés financiers, la monnaie s’échange non pas contre des biens et des services mais contre des titres de créances ou de propriété représentant des actifs qui rapportent un revenu. La préférence des investisseurs s’oriente vers les titres  qui comportent la plus grande probabilité de générer un profit important pour une mise de fonds initiale donnée.

Pour un opérateur dans une salle de marchés, il s’agit de dégager en fin d’année le revenu le plus élevé possible pour le Capital dont la gestion lui est confiée. Quel que soit l’employeur, que ce soit un fonds spéculatif, une banque, un groupe industriel, une maison de titres ou une compagnie d’assurance, la recherche du rendement maximal des fonds placés est la règle qui va structurer son comportement professionnel au quotidien.

 

Sami Naïr, dans Mémoires des Luttes, nous parle de la pollution des esprits due à la montée de l’extrême droite en Europe :

La montée d’une extrême droite raciste, xénophobe, de plus en plus décidée à utiliser la violence pour faire prévaloir son idéologie, est devenue une réalité en Europe. Écho effrayant, en vérité, des années 1930 du XX siècle. Et l’on sait comment cela s’est terminé. On croyait cette extrême droite disparue à jamais après la Deuxième Guerre mondiale ; on l’a vue pourtant réapparaître à partir des années 1980, d’abord en France, puis, de proche en proche, partout ailleurs en Europe. L’extrême droite a retourné cette situation sociale en question identitaire, en question de valeurs, en question de race et de nation. Et ni la droite conservatrice ni la gauche libérale ne peuvent répondre à ce retournement idéologique : elles ne veulent pas comprendre que la cause en réside dans l’insécurité sociale et professionnelle et la paupérisation qui résultent des politiques économiques qu’elles défendent.

Evariste, dans Respublica,  s’en prend à l’évaluation qui sévit désormais partout et surtout à l’école :

Il faut savoir comment seront « évaluées » les connaissances. On voit bien là que les élites ordo-libérales (la droite bien sûr, mais aussi ceux qui à gauche acquiescent sous cape) avancent rapidement dans l’entreprise de conformation visant à restreindre la liberté de penser et de conscience du futur citoyen au profit des intérêts des couches dirigeantes.

Partout, nos élites ordo-libérales appuyées sur leurs alliés obscurantistes tentent, par tous les moyens, de définir une nouvelle norme à laquelle tout le monde doit se conformer. Et bien sûr cette norme ne vient pas du bon sens, mais sert directement ou plus généralement indirectement l’objectif des élites ordo-libérales d’empêcher la baisse tendancielle du taux de profit par des politiques d’austérité où les couches populaires et les couches moyennes intermédiaires sont priées de financer cette politique au service des puissants.

 

Je voudrais pour finir dire tout le bien que je pense du site des Aliboffis, un site plein d’humour, de politique et d’esthétique décalée. Extrait d’une composition du responsable de ce site :

Je vous parle d’un temps

Que les plus de quatre ans

Risquent de tous connaître

La France maintenant

Est donnée aux ruffians

Et à leur petit maître

En votant Sarkozy

Les veaux n’ont pas saisi

Dans leur crasse bovine

Qu’avec ce parvenu

Les pauvres crient famine

Et les gosses sont nus

 

Le problème, le problème

C’est que Sarko est dangereux

Le problème, le problème

C’est que les Français sont peureux

 

La suite sur le site des Aliboffis. À la semaine prochaine.

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 06:14

Revue-de-presse.JPGUne nouvelle rubrique. Encore !? Il va falloir l'abattre.

Radio Mon Païs m'a proposé  de participer à l'émission “ Excusez-moi de vous interrompre ”, diffusée chaque lundi de 17 à 18 heures. J'y assure une revue de presse. Maxime Vivas, le producteur de l'émission, me laisse carte blanche. Il m'a simplement demandé de ne pas refaire la revue de presse d'Ivan Levaï. Ce sera difficile.

Dans et autour de Toulouse, on capte Radio Mon Païs sur 90.1.

Ailleurs, il y a internet, le podcast et autres merveilles techniques.

 

Le Monde Diplomatique (sept 2011)

Un article très intéressant de Julien Brygo sur la domesticité dans le monde, sur le mirage des services à la personne, suivi d’un dossier très nourri : (“ La malédiction du balai ”, “ Syndicaliser les aides à domicile : un travail de fourmi ”, “ Éternelles invisibles ”) :

« Le gouvernement français et une partie de la gauche voient dans les « services à la personne » un gisement d’emplois providentiel. On compte quelque cent millions de travailleurs domestiques dans le monde. Aux Philippines, l’« exportation » de bonnes est devenue une industrie nationale, avec formation obligatoire et séminaires de préparation à l’exil. Nombre d’entre elles travaillent à Hongkong. »

 

Huxley, Orwell et la fin du capitalisme, par Caleb Irri pour Le Grand Soir

Pour transgresser les règles du capitalisme, les Etats riches ont mis en place de nombreux outils tels que les paradis fiscaux, les chambres de compensation, des subventions agricoles, des bulles spéculatives.... qui ont permis un temps non seulement de cacher le montant réel de leur dette, mais aussi de financer l’existence de la démocratie, à travers « l’Etat social » Mais même ces outils ne suffisent plus aujourd’hui : les émergents ont fini par émerger, et eux-aussi ont soif de démocratie, et eux-aussi veulent profiter de la carotte plutôt que de subir le bâton. Les agences de notation, qui sont elles de « purs » capitalistes, ne s’y trompent pas, et ne peuvent plus faire comme si de rien n’était : il est devenu trop risqué de prêter à des Etats trop endettés, les garanties en retour n’étant plus suffisantes. On court au déclassement, et donc à la restructuration. Les puissances actuelles doivent redevenir « rentables » pour conserver la confiance des marchés, seuls capables de maintenir à la fois le niveau de vie auxquels ses citoyens se sont habitués, et surtout pour continuer à exercer la domination qu’ils font peser sur le monde.

 

Replay 9/11 par André Gunthert pour Mediapart

Pour moi, le 11 septembre, c'est d'abord l'anniversaire de ma belle-sœur, puis la fin tragique du président Allende, et aussi, bien sûr, le drame effroyable qu'ont connu des milliers de familles aux États-Unis. André Gunthert analyse cet événement en termes de production d'images.

Dès le 11 septembre 2001, les images de l'attentat new-yorkais ont été dotées de la valeur d'information maximale. Retransmises en direct, puis indéfiniment reprises, multidiffusées, commentées, republiées, elles ont été elles-mêmes l'instrument de la construction de leur signification, par un effet de saturation sans précédent de tous les canaux informationnels. Catastrophe bien réelle, 9/11 est aussi, indissociablement, une œuvre médiatique.

 

Ariane Massenet au « Grand journal » de Canal Plus : le degré zéro de l’interview politique, par Acrimed

Le « Grand journal de Canal plus » nouvelle formule est arrivé. La grand messe animée par Michel Denisot, diffusée du lundi au vendredi, a fait sa rentrée, avec quelques nouveautés. Ali Baddou est parti, Jean-Michel Aphatie est resté, le « Petit journal » s’institutionnalise... Nous avions déjà apprécié l’art avec lequel le « Grand journal » parvient à transformer la politique en spectacle. Le pire est toujours possible, comme le montre une nouvelle rubrique : le « grand oral d’Ariane Massenet »... ou le degré zéro de l’interview politique. Toutes les apparences de l’impertinence, sans jamais aborder la moindre question de fond.

La RIPOSTE :

[Le mouvement social en Israël] marque un tournant dans l’histoire du pays et de la région. Il marque un changement radical dans l’humeur des masses israéliennes. Pendant des décennies, la classe dirigeante a cimenté la population autour d’elle en agitant le spectre de « l’ennemi extérieur ». Ce faisant, elle était confortée par la stratégie insensée du terrorisme individuel et des tirs de roquettes, de la part du Fatah et du Hamas. Cette prétendue « lutte armée » n’a pas même éraflé l’armure de l’impérialisme israélien. Au contraire, elle lui a fourni les arguments nécessaires pour maintenir la « question sécuritaire » au premier rang de sa politique et de sa propagande. Mais à présent, les Israéliens – arabes et juifs – exigent que les questions du logement, des services publics et du coût de la vie soient mises à l’ordre du jour. Israël est le deuxième pays capitaliste développé le plus inégalitaire au monde, derrière les Etats-Unis.

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 06:00

http://static1.purepeople.com/articles/4/31/89/4/@/219641-david-pujadas-et-sa-compagne-ingrid-637x0-3.jpgCe que j'apprécie particulièrement chez Philippe Arnaud, dans ce qui suit, c'est que, bien que n'étant pas enseignant, il est doté d'un talent pédagogique rare qui lui permet de défendre la cause des profs comme nombre de ceux-ci seraient incapables de le faire !

 

 

Hier, au journal de 20 h de France 2, présenté par David Pujadas, un  sujet traitait des salaires des enseignants. Voici comment était  présenté le reportage.

 

David Pujadas : "L'éducation, maintenant, avec une question : combien  gagnent vraiment les enseignants en France, question sensible qui  alimente souvent les débats. Eh bien une grande enquête de l'OCDE sur  les pays dits riches montre que leur salaire, sans les heures  supplémentaires, est nettement inférieur à la moyenne. Le détail, Anne  Ponsinet, Pascal Caron"

 

[Ici début du reportage, avec plan sur une femme qui se rapproche].  "Fanny Brune, bac + 5, professeur d'histoire [une inscription apparaît,  11 ans d'ancienneté] salaire net, 1950 euros par mois. [Autre plan sur  un homme qui se rapproche]. "Antoine  Tresbeau (orthographe supposée),  bac + 5 professeur d'histoire, 1880 euros par mois [Une inscription  apparaît, 9 ans d'ancienneté]". [Autre plan sur une femme] "Nolwen Le  Bouter (orthographe supposée), bac + 6, professeur d'EPS, 2400 euros de  salaire mensuel [inscription à l'écran 10 ans d'ancienneté].

 

"Selon l'OCDE, ces profs sont mal payés par rapport à leurs confrères  étrangers : en France, chaque heure de cours d'un prof de collège est  payée 41 euros [inscription sur l'écran : 15 ans d'ancienneté (2009)]  alors que la moyenne des pays développés est de 45 euros. Et depuis  2005, alors que  de nombreux pays ont augmenté les enseignants, la  France fait partie de ceux où le salaire moyen a baissé."

 

[Ici apparaît sur l'écran un graphique sous forme d'histogrammes  au-dessus et au-dessous d'une ligne horizontale, indiquant, par ordre  décroissant, l'évolution des salaires des enseignants dans les pays de l'OCDE, avec des petits drapeaux au-dessous, pour identifier les pays.

 

Soit, d'abord au-dessus de la ligne horizontale, par ordre décroissant des augmentations ; République tchèque, Irlande, Pays-Bas (ou  Luxembourg), Portugal, Luxembourg (ou Pays-Bas), Grèce, Finlande. Puis,  au-dessous de la ligne, par ordre croissant des pertes de salaire: Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis, France, Hongrie].

 

[Suite du commentaire]. "Nos enseignants-témoins ne sont pas surpris,  surtout ceux qui ont eu l'occasion de rencontrer récemment des collègues  à l'étranger". [Ici, la première enseignante est filmée se dirigeant  vers deux autres femmes]. Puis interview de la deuxième enseignante :

"Je pense par exemple au collègue d'anglais. Il a fallu qu'on lui fasse  répéter trois fois son salaire tellement on était surpris de son niveau  de rémunération, alors qu'il avait [sic] qu'un bac + 3, il avait pas  [sic] un bac + 5 et il était payé 3400 livres par mois. [Conversion par  mes soins, Philippe Arnaud : 3928 euros].

 

[Plan sur la première enseignante]. "ça s'est dégradé. C'est-à-dire qu'effectivement nos salaires n'ont pas augmenté aussi vite que l'inflation".

 

[Plan sur l'enseignant]. "Il y aura probablement des difficultés d'attractivité du métier d'enseignant et si on n'arrive pas à recruter des enseignants, on va avoir beaucoup de mal, au final, à former nos jeunes. Et ça, c'est dramatique].

 

[Nouveau plan où l'on voit des élèves pénétrer dans une classe]. "Non seulement ils sont moins payés à l'heure mais ils font aussi moins d'heures de cours que beaucoup de leurs collègues étrangers. [Plan sur l'enseignant, dos au tableau face aux élèves]. "En France, les enseignants certifiés ont 18 heures de cours par semaine, les agrégés 15 heures.S'ajoutent ensuite des heures de correction et de préparation à la maison, laissées à l'appréciation des professeurs. Pour cette économiste libérale les enseignants doivent passer plus de temps en classe. [Ici, un plan sur l'économiste libérale, Agnès Verdier-Molinié, dans une pièce emplie d'étagères à dossiers. Puis un bandeau précise le nom de l'institution à laquelle elle se rattache : "Fondation pour la recherche sur les politiques publiques"]. "Ce que nous proposons est très simple : c'est déjà d'allonger le nombre d'heures de cours données par les professeurs toutes les semaines, de passer ne serait-ce que de 18 à 20 heures en moyenne, permettrait d'économiser 44 000 postes équivalent temps plein. À ce moment-là, on peut réfléchir à revaloriser leur traitement.

 

[Reprise du commentaire "off" de la journaliste]. "Sans aller jusqu'à ces solutions radicales, tous les partis politiques pensent à des degrés divers qu'une réforme du métier d'enseignant est nécessaire. Ce sera sans doute un des thèmes de la campagne présidentielle."

 

Remarque 1. La présentation des enseignants est traduite dans le langage de l'entreprise privée (bac + 5, bac + 6, etc.) et non dans celui de l'administration. Les notions de certifié et d'agrégé (qui apparaissent dans la suite du reportage) ne sont d'ailleurs pas corrélées au nombre d'années d'études nécessaires pour obtenir ces grades. Par ailleurs, les fonctionnaires, entre eux, ne sont pas des confrères (terme en usage dans les professions libérales) mais des collègues. Enfin, les enseignants ne sont pas payés à l'heure - et, d'ailleurs, que signifie "heure" pour un enseignant ? Cela prend-il en compte les heures de préparation, bien plus difficiles à estimer et, en tout état de cause, bien supérieures aux heures de présence dans l'établissement. Sans préjudice des corrections, conseils de classe, correction des examens et concours, etc.

 

Remarque 2. La traduction en euros des salaires des fonctionnaires n'indique pas quel est leur pouvoir d'achat. Ainsi, un salaire nominalement plus élevé peut-il (par exemple dans telle grande capitale étrangère) représenter un pouvoir d'achat moindre qu'un salaire nominalement plus bas. La moyenne, par ailleurs, n'indique pas grand chose : mieux vaudrait mentionner la ventilation des salaires par déciles et dire, par exemple, les 10 % les plus bas gagnent tant, les 20 % les plus bas gagnent tant, et ainsi de suite jusqu'aux 100 %. Il faudrait aussi savoir quel est l'écart des revenus des enseignants, à l'intérieur de chaque pays, entre chaque catégorie (par exemple, en France, entre un professeur des écoles et un professeur de faculté) et le rythme de progression dans la carrière. Ce n'est pas la même chose d'arriver au dernier échelon au bout de 25 ans ou de 40 ans. On ne sait pas non plus à partir de quel niveau de rémunération les augmentations ont eu lieu. Bref, la présentation de cette étude est pour le moins, très lacunaire.

 

Remarque 3. L'annonce du (bas) niveau de rémunération des enseignants français a un aspect ambivalent. Dans l'esprit général du public (conditionné par des années de matraquage ultralibéral), c'est plutôt la croyance inverse qui a cours : les enseignants sont trop payés (sous-entendu : pour ce qu'ils font, pour leurs grèves, pour leurs congés maladie de complaisance, pour leur propagande gauchiste, etc.) et les impôts "nous" [= la France du privé, qui bosse dur] saignent aux quatre veines pour nourrir ces feignants. Mais, paradoxalement, dans une opinion mal disposée, l'annonce de basses rémunérations peut avoir des conséquences tout aussi désastreuses : l'opinion étant conditionnée à juger (et à jauger) chacun en fonction de sa rémunération, une basse rémunération suscitera inévitablement des commentaires du type : "S'ils sont si peu payés, ce sont des minables", ou bien "S'ils sont enseignants, c'est qu'ils ne sont pas capables de faire autre chose, etc." Donc, quelle que soit l'annonce, elle sera toujours interprétée dans le sens le plus défavorable aux enseignants - et, par extension, aux fonctionnaires.

 

Remarque 4. Subrepticement, cette enquête opère un glissement pour substituer un problème à un autre. Tout se passe comme si on suggérait au public : "Le malaise des enseignants ? C'est parce qu'ils ne sont pas assez payés ! Tout simplement !". Autrement dit, à la trappe les effectifs surchargés, les suppressions de classes, etc. Tout cela, ce n'est que du vent ! Il suffira de payer les professeurs un peu plus (et, sous-entendu, de les faire travailler encore davantage - comme cela est dit explicitement dans la suite du reportage) et l'enseignement marchera comme sur des roulettes.

 

Remarque 5. La présentation de "l'économiste libérale" Agnès Verdier-Molinié est, pour le moins, trompeuse par omission. Sous le titre anodin de "Fondation pour la recherche sur les politiques publiques", se cache en effet une officine ultralibérale, l'iFRAP fondée par un certain Bernard Zimmern, dont les titres des publications sont éloquents : "À tout fonctionnaire son chômeur" (autrement dit, chaque création d'un poste de fonctionnaire suscite automatiquement un chômeur), "La dictature des syndicats", "Les profiteurs de l'Etat", etc. Dire, par ailleurs, qu'Agnès Verdier-Molinié est "économiste" est une hyperbole : elle est titulaire d'un diplôme d'histoire économique (de quel niveau, d'ailleurs ?), ce qui n'est pas la même chose... Elle n'est, en tout cas, pas du tout au même niveau qu'un Frédéric Lordon, un Laurent Cordonnier, un Jacques Généreux, un Jean-Marie Harribey ou un René Passet.

 

Remarque 6. En prétendant qu'avec deux heures de cours de plus par semaine on économiserait [sic...] 44 000 postes d'enseignants, Agnès Verdier-Molinié profère une énormité. En effet, elle "raisonne" (si on peut dire...) comme si tous les enseignants et tous les élèves de France étaient rassemblés au même endroit et qu'il suffisait de diviser le nombre des seconds par celui des premiers pour faire l'économie. Alors que deux heures de plus à une enseignante de l'Ardèche n'aideront en rien sa collègue de Seine-Saint-Denis.

 

Remarque 6 bis. Il faut bien relever la formulation de "l'économiste libérale" : "'est déjà d'allonger le nombre d'heures de cours données par les professeurs toutes les semaines, de passer ne serait-ce que de 18 à 20 heures en moyenne..." Les termes révélateurs sont "déjà", "ne serait-ce que" et "en moyenne", ce qui signifie que, dans l'esprit de l'intéressée, cette augmentation du nombre d'heures de cours est le "minimum minimorum", et qu'elle envisage des chiffres bien plus élevés...

 

Remarque 7. Après cette phrase, la même "économiste" dit : "A ce moment-là, on peut réfléchir à revaloriser leur traitement". Si elle dit "A ce moment-là", c'est que, dans son esprit, l'augmentation du nombre d'heures des enseignants s'est faite sans augmentation de salaire (ce qui correspond, en fait, à une baisse). Puis elle emploie le verbe "pouvoir", qui est un verbe de modalité". On "peut", certes, mais on pourrait aussi "ne pas pouvoir"... Enfin, elle ne dit pas "on peut revaloriser leur salaire" mais "on peut envisager de revaloriser leurs salaires". Envisager, c'est réfléchir, mais réfléchir de façon vague et sans mettre une décision au bout...

 

Remarque 8. Au cours de ce journal télévisé, c'est la deuxième fois qu'un "économiste" libéral est convié à donner son avis. Au début du journal, pour discuter de la dette de la Grèce, c'était déjà Michel Godet, présenté lui aussi comme "économiste libéral", qui disait tout le mal qu'il pensait de ces incapables et paresseux de Grecs...

 

Ainsi, sans avoir l'air d'y toucher, France 2 a fait passer un message fort orienté...

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:54

Ça se durcit (123)

 

http://www.lafermedubuisson.com/IMG/jpg/la-guerre-des-boutons_01.jpgAinsi, deux producteurs, deux metteurs en scènes, deux équipes d’acteurs et techniciens ont décidé de refaire La guerre des boutons d’Yves Robert. Pourquoi pas, si les projets en valaient la peine et si les films sont bons ? D’autant que le roman de Louis Pergaud étant tombé dans le domaine public, cela permettait quelques économies aux financiers de ces remakes.

 

Dans l’original, il y a une scène où l’on voit des petits garçons se battre, disons : à poil. La scène n’a pas été reprise car la DDASS interdit de montrer à l’écran des enfants nus.

 

Nous sommes ici dans une forme de censure imbécile (pléonasme) à l’anglo-saxonne. Les États-Unis produisent 95% de la pornographie mondiale, visible sur l’internet et sur quelques chaînes de télévision françaises, sans grande difficulté, mais les « mots de quatre lettres », comme on dit en anglais (« fuck », « cunt », « cock », « shit »…) sont systématiquement bipés à la télé, ce qui les fait « entendre » de manière encore plus assourdissante. Un peu comme quand Mussolini avait décrété que les statues de nus masculins dans les parcs publics seraient dotés d’un cache-sexe. Des employés municipaux affublèrent les Apollon de petits carrés d’aluminium qui eurent l’heur de briller au soleil, de tintinnabuler dans le vent au grand bonheur des enfants (et de leurs nourrices) qui vaquaient dans les parages. Sans parler de Daniele da Volterra, peintre moyen de la Renaissance, qui produisit des œuvres inspirées de celles de Michael-Ange et qui, après la mort de ce dernier, recouvrit les parties génitales du Jugement final par des repeints grâce auxquels il récolta le surnom d’Il Braghettone.

 

On peut utiliser le nu, y compris celui d’un enfant, de manière esthétique, en parfaite harmonie avec la diégèse d’un film, ou d’une manière complètement perverse. Au nom de la censure de la dépravation, on censure l’art.

 

Dans le cinéma Étatsunien, on enfourne par tous les trous, mais, dans ce pays phare, les parents d’un petit garçon de cinq ans qui avait montré son zizi à sa voisine de quatre ans ont été condamné à une lourde amende.

 

Tout individu libre est redevable à tous les créateurs qui ont osé repousser les limites artistiques, morales et idéologiques. Dans les dictatures, en payant parfois de leur personne, mais aussi dans les démocraties où les paradigmes sont trop souvent inscrits sur du sable.

La liberté est d’abord un sentiment intérieur, l’expression d’une volonté individuelle, une action pour soi-même. Lily Briscoe, dans Promenade au phare de Virginia Woolf analyse parfaitement ce sentiment quand elle comprend que le moindre coup de pinceau peut entraîner des risques innombrables, des décisions irrévocables, bref qu’il peut engager toute sa vie. La liberté est aussi une action pour autrui, une intelligence du dépassement individuel, un don fait aux autres qui implique le respect et des règles de bonne conduite.

 

Un acte de censure révèle la nature du censeur et du censuré. En matière de représentation du corps social, de liberté sexuelle, de religion, de politique, les tabous en vigueur ne sont pas nécessairement le produit de préjugés ou d'actes de défense. Dans un univers de communication de masse, l'art est le lieu d'une tension entre un besoin d'exprimer ou de susciter des changements et la réception ou la résistance à cette expression. L’art est aussi consolation dans la mesure où il permet la manifestation de sentiments ou de comportements impossibles à extérioriser dans la vie réelle.

 

Dans un système totalitaire, le pouvoir emplit tout l’espace réel ou imaginaire. Dans une démocratie, au contraire, des forces peuvent repousser les limites du consensus, du permis. Les interdits, les tabous, sont parfois tournés en dérision, ce qui, en retour, provoque souvent un resserrement des valeurs, une reconstruction du social. Cette réaction peut déboucher sur des affirmations identitaires ou communautaires, carcans bien plus rigides – parce que librement consentis – que les lois et règles démocratiques.

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 15:00

http://www.premiumbeautynews.com/IMG/jpg/600_l_oreal_factory_russia.jpgNicolas Sarkozy et la bande du Fouquet's ne visent pas à proprement parler à détruire l'État mais à en faire une machine fonctionnant selon les règles de l'entreprise privée au service de l'ordre de la finance internationale. Dans cet ordre, toutes les institutions publiques sont en compétition les unes contre les autres, tout comme les individus. Dans le cadre d'une compétition "libre et non faussée", cela va sans dire. C'est à cela que sert la LRU.


Il en va de même dans l'enseignement primaire, avec l'institution de l'auto-évaluation. Je rappellerai que l'évaluation n'est pas une pratique technique neutre. Elle a été mise en œuvre il y a plusieurs dizaines d'années aux États-Unis dans des universités privées fonctionnant comme des entreprises. Elle a été introduite en France alors que Bayrou était ministre de l'Éducation nationale.


On lira ci-dessous un article de Marianne.fr sur une pratique qui se répand désormais dans l'enseignement primaire, et qui relève à la fois de l'entreprise privée et d'une démarche quasi stalinienne.


Ceci se passe dans l'académie d'Orléans-Tours, là où la rectrice a tenu des propos plus que limites sur le rapport entre échec scolaire et présence d'enfants immigrés. Mais la pratique a désormais cours partout en France.

 

Non M. Chatel, l'Education nationale n'est pas une entreprise!

 

Jean-Paul Brighelli - blogueur associé | Lundi 12 Septembre 2011 à 18:01 | Lu 3024 fois

 Guy Morel, secrétaire national du Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes (GRIP), publie une tribune sur le blog de Jean-Paul Brighelli, notre blogueur associé, au sujet de la grille d’auto-évaluation avec laquelle toute inspection, dans le Primaire, se prépare désormais. Une initiative du Ministère de l'Education qui ressemble à s'y méprendre « à ces auto-critiques que les gouvernements du Rideau de fer exigeaient de leurs dissidents ».

 

Le Ministère de l’Education pense à tout. D’un côté, il vient de supprimer la (maigre) subvention qu’il accordait au GRIP, tout en disant qu’il faut valoriser les « bonnes pratiques » (et je ne connais personnellement pas de pratique meilleure, au moins en Primaire, que celle du GRIP). À ma gauche, il veille à infantiliser au mieux ses personnels : ainsi, toute inspection, dans le Primaire, se prépare désormais avec une grille d’auto-évaluation qui ressemble, à s’y méprendre, à ces auto-critiques que les gouvernements du Rideau de fer exigeaient de leurs dissidents (voir l’Aveu de Costa-Gavras).

 

Que Luc Chatel et ses managers s’inspirent de vieilles pratiques stalieniennes est plein de sel, quand on y pense. Pascal Dupré, dont les pratiques pédagogiques sont au-dessus de tout soupçon, refuse de s’y soumettre. Et Guy Morel — par ailleurs secrétaire national du GRIP, même s’il s’exprime ici en son nom propre — raconte ci-dessous son entrée en dissidence. Ou comment toute hiérarchie, du moment qu’elle est bornée, se brise en éclats de rire, comme le verre du Poète.

 

Le néo-libéralisme impose partout ses règles d’or, et un management sauvagement destructeur sévit dans les entreprises de services publics, privatisées ou non. Son but : associer les employés à la dégradation de leurs conditions de travail et de rémunération. L’un de ses moyens favoris : l’humiliation par l’auto-évaluation.

 

Comme de bien entendu, ainsi que l’on chantait dans Circonstances atténuantes, l’Éducation nationale ne pouvait pas rester à l’écart de cet incontestable progrès, et ces pratiques inquisitoriales s’y installent à petit bruit. Pour preuve, ce qui arrive à un instituteur de mes amis en exercice depuis trente ans — Pascal Dupré, pour ne pas le nommer.

 

Voici l’histoire, aussi cocasse à dire vrai qu’extravagante. Pascal Dupré reçoit, il y a quelques jours un avis d’inspection, ce qui n’a rien d’extraordinaire, mais un avis accompagné, ce qui est nouveau, d’une grille d’auto-évaluation qui vaut son pesant d’arachides et que vous pouvez découvrir ici : link (1) :

 

Vous avez bien lu : l’inspecteur demande à un instituteur chevronné, et donc déjà inspecté moult fois, de dire si, à son avis, il maîtrise la langue française, s’il sait organiser sa classe, s’il voit les élèves qui sont devant lui et s’il sait enseigner. Et qui serait bien ennuyé si cet instituteur, pris soudain de doute à l’égard de lui-même, se rendait compte qu’il n’est pas fait pour le métier et cochait la case 1 - on n’a pas osé le zéro - à toutes les rubriques ?

 

Mais rassurons tout de suite monsieur l’Inspecteur : cela ne se produira pas.

 

Pascal Dupré sait qu’il maîtrise la langue française, au moins assez pour publier un manuel de Grammaire CE2, il sait aussi qu’il maîtrise l’enseignement du calcul — curieusement la grille n’a pas prévu cet item ! —, en tout cas suffisamment pour avoir rédigé deux manuels Compter-calculer au CP et au CE1, manuels d’ailleurs salués par deux mathématiciens de pointure internationale, dont un membre de l’Académie des sciences. Quant au travail en équipe, à la maîtrise des TIC et des TAC, à la formation et à l’innovation, son action comme coordinateur du réseau SLECC répond de sa maîtrise.

 

Reste évidemment la première rubrique, cet « Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable » aux relents pétainistes qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Là, je ne suis pas sûr que Pascal Dupré réponde aux critères du « bon fonctionnaire ». La preuve en est que cet insoumis, si ce n’est cet asocial, a fait savoir qu’il refusera de remplir cette grille infamante pour deux raisons ; la première étant — je le cite — qu’elle « relève du management d'entreprise pas d'une mission d'instruction publique. » ; la seconde, c’est que « l'opinion que j'ai de moi-même ne regarde en rien mon supérieur hiérarchique. »

 

J’invite ici tous les collègues professeurs des écoles, qu’ils soient débutants ou plus ou moins chenus, à suivre son exemple et à refuser de remplir ce type de document. Ils défendront ainsi et leur dignité et l’Instruction publique.

 

Guy Morel *

 

* De l'auteur, on peut lire l’Horreur pédagogique, avec Daniel Thual-Loizeau (Ramsay, 1999), et le Petit vocabulaire de la déroute scolaire (Ramsay, 2000).

 

(1) Ce document inepte est une version simplifiée de l’interminable arrêté du 12-5-2010 - J.O. du 18-7-201 énumérant les « compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d'éducation pour l'exercice de leur métier »

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 06:11

Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience (René Char).

 

http://imagecache.allposters.com/images/pic/NIM/AR093~Bicentenaire-Revolution-Francaise-Posters.jpg

 

Les journalistes ne se contentent pas de simplifier en focalisant sur des oppositions largement artificielles, ils braquent aussi les projecteurs sur les détails extrêmes, sur le paroxysme des crises, laissant dans l'ombre la quasi-totalité de la réalité, coupable d'être trop banale, terne, sans intérêt (Pierre Bourdieu).

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 06:15

http://a7.idata.over-blog.com/3/42/93/56/personnalites/Jean-Jaures.jpgUne nouvelle rubrique, donc. Mais jusqu'où ira-t-il ?


Écrire m'est très facile quand je puise chez les bons auteurs (mais je n'ai tout de même pas le talent de pompage de Macé-Scaron). Cette foi-ci, dans un petit livre de Viktor Dedaj et Maxime Vivas : 200 citations pour comprendre le monde, suivies du programme du Conseil National de la Résistance (Éditions : La Brochure).


L'ouvrage est préfacé par Jean-Luc Mélenchon. La première phrase de son texte (on reconnaît bien notre Jean-Luc national) mérite de devenir une citation impérissable : "Citer est ridicule".


 

Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. (Jean Jaurès)*

 

Dans toute idée, il faut chercher à qui elle va et de qui elle vient; alors seulement on comprend son efficacité. (Bertolt Brecht)

 

*Tout récemment, le potentat du Sud-Ouest Jean-Michel Baylet a essayé de s'annexer Jaurès. Presque aussi convaincant que Sarkozy...

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