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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 15:21

http://www.hugoetcie.fr/var/hugoetcie/storage/images/tous-les-livres/humour/le-petit-aleveque-illustre/2016-2-fre-FR/Le-petit-Aleveque-illustre_lightbox_zoom.jpgJe ne l'ai vu qu'une seule fois sur scène. J'ai pu vérifier que les vrais humoristes vraiment de gauche sont rares en France, mais ils existent.

 

Ce soir-là, Alévêque avait clos son spectacle par une bouleversante et tonitruante version de Bella Ciao.

 

Son dernier ouvrage, Les monstrueuses actualités, m'a mis en joie. Je vous en livre un court extrait, pour la bonne bouche :

 

Eric Woerth : viré après service rendu à la nation de droite.

 

Mis à la retraite anticipée, on est très triste pour lui* mais, rassurons-nous, avec toutes les casseroles qui lui collent au cul et beaucoup de temps libre entre deux procès, il va pouvoir se lancer dans la cuisine. L'homme qui "n'a pas une tête à..." (remplir la case vide suivant l'affaire en cours) estime qu'il a payé cher le prix de la réforme de la retraite. Moins que le monde du travail tout de même.

 

 

* Observez cette superbe anacoluthe (link). M'étonnerait qu'il l'ai faite exprès...

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 06:28

http://www.aeronogaro.com/images/vues/gers1.jpgPour les Gersois, les Gersois d’adoption et les autres, la revue Plaisirs du Gers est un délice. On y découvre des paysages, de l’histoire, des recettes de cuisine et des entretiens avec des non Gersois célèbres qui ont choisi ce département pour y résider à temps plein ou partiel.

La dernière livraison (le n° 7) offre en couverture Jean-Charles de Castelbajac, descendant d’une très vieille famille noble de Bigorre. Voulant faire passer un message, le styliste ne peut s’empêcher de le faire passer en anglais. Pourquoi pas en Gascon ? Il célèbre :

 

 

Le Gers

Home of the braves

 

(Le Gers, patrie des braves)

 

Je passe rapidement sur le fait que ceci ne veut pas dire grand-chose et renseigne encore moins que « Vire, la capitale de l’andouille ». Le problème est qu’en anglais, l’adjectif est invariable. Il ne s'accorde avec le nom ni en genre ni en nombre.

 Quand on veut briller à l’international, on prend ses précautions. Et je ne félicite pas les responsables de la revue pour avoir accepté ce slogan en langue anglaise.

 

Je profite de ce bref article pour dénoncer le chansonnier (il déteste cette appellation) Bernard Mabille. Lui aussi a été conquis par le Gers, il y a une douzaine d’années. Non seulement, Mabille n’est pas clair, pas franc du collier, politiquement parlant, mais en plus il se montre un adepte des coups bas. Il dit ainsi, dans ce numéro de Plaisirs du Gers, qu’il a pitié de Guy Bedos lorsque celui-ci « court » après la Légion d’honneur. Bedos court d’autant moins que Mitterrand la lui avait proposée sur son contingent personnel et que l’humoriste la refusa.

 

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 05:55

J'ai publié il y a trois ans ce texte consacré à Guy Mollet, jeune, sur mon blog censuré par nouvelobs.com. Il suscita d'intéressantes réactions.

 

Pour les gens de ma génération, ainsi que pour celle qui a précédé, Guy Mollet incarne à merveille la figure du traître, du responsable politique qui, avec ses comparses Lejeune, Lacoste et autres, a envoyé la jeunesse française se faire tuer pour la cause injuste et perdue de l’Algérie française. Sans oublier le fiasco de l’expédition de Suez, au service des intérêts des grands groupes pétroliers. Cette présentation n’est malheureusement pas caricaturale.

c2a83ea48341cd76f3f78be75b9db842.jpg

Je voudrais cependant parler de Guy Mollet autrement, car il se trouve que ma famille l’a connu avant qu’il accède à la célébrité comme député-maire d’Arras, comme principal responsable du parti socialiste de l’époque, comme Président du Conseil, bref comme l’homme politique le plus influent des années cinquante.

 
Avant cela, je rappellerai – en renvoyant à l’excellente biographie que lui a consacré François Lafon (chez Fayard) – qu’il fut, au plan intérieur, un homme de progrès (on lui doit, par exemple, la troisième semaine de congés payés) qui doit se retourner dans sa tombe en observant tous les reniements des socialistes français depuis vingt-cinq ans.

 
Issu d’un milieu très modeste (il passa son enfance dans les deux pièces du logement de fonction en demi sous-sol de sa mère concierge), Mollet réussit à sortir de la pauvreté par l’éducation et à devenir pleinement citoyen par le syndicalisme. Angliciste, il sera l’auteur d’une grammaire plutôt innovante (il fréquentera André Martinet), et laissera à ses élèves le souvenir d’un fort bon pédagogue.


Pendant la guerre, il parviendra, malgré son engagement syndical et franc-maçon, à poursuivre son métier d’enseignant. Pour qu’on ne le soupçonne pas d’activités de résistance, il dirigera une troupe de théâtre amateur d’un bon niveau et animera un club d’aéro-modélisme. C’est en jouant L’École des femmes sous sa direction que ma mère (voir photo de Robert Gensane) appréciera celui qu’elle et ses camarades appelleront « le petit Mollet ». Mon grand-père paternel sera un de ses amis. Mon père sera un de ses élèves et verra en lui – jusqu’à l’intervention algérienne – une référence politique, un père spirituel.


J’ai rencontré Guy Mollet en une circonstance sociologiquement intéressante. Un dimanche matin de 1956, mon père et moi étions à Arras, sur la Grand-Place. Guy Mollet était sorti de chez lui pour acheter du pain. Lui et mon père, qui ne s’étaient pas vus depuis plusieurs années, tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Mollet nous invita à prendre le café chez lui. J’ai encore dans l’oreille la voix assombrie par le tabac (il fumait comme un pompier) de cet homme inflexible qui avait réussi à sortir indemne des locaux de la police après avoir été interrogé pendant quarante-huit heures par la Gestapo. Je découvris qu'il vivait très simplement dans un petit appartement de la ville dont il était maire. J’ajoute qu’il passait ses vacances à La Napoule, dans une colonie de vacances de la ville d’Arras. Les dirigeants politiques des quarante dernières années nous ont habitués à d’autres Rolex©.

 

 

Guy Mollet et mon blog

Lorsqu’on crée un blog sur le site du Nouvel Observateur, on bénéficie quotidiennement de renseignements fort intéressants : nombre de visiteurs, nombre de pages lues, nombre de visiteurs par entrées et, enfin et surtout, ce que l’internaute a tapé sur son moteur de recherche pour parvenir, par hasard, jusqu’à nous.


Mon blog comporte quelques textes politiques (de moi ou d’analystes dont je me sens proche et qui produisent des papiers que j’aurais aimé écrire moi-même), des textes de littérature, des textes culturels, un texte sur le sport et des textes sur la pop music. En deux mois, j’ai reçu environ 1500 visites. Aucun lecteur ne m’a écrit, ce que je regrette : à l’inverse du journal intime, le blog, journal "extime", vise à l’exposition maxima, donc on dialogue. En revanche, étant assez connu comme universitaire spécialiste des Beatles (mon premier article sur le groupe date de 1969), je constate que des internautes discutent (pardon : chattent) autour de ma prose, sur des sites spécialisés, en particulier autour d'une longue analyse consacrée au « White Album » – que j’aime beaucoup et que j'ai précédemment publiée sur la revue en ligne de mon laboratoire de recherches, le MIMMOC.


Ce qui motive plus particulièrement cette note, ce sont les lectures de ma page consacrée à Guy Mollet. J’ai été très étonné de constater le nombre très important (relativement) de ces lectures. Qui peut encore s’intéresser, me suis-je demandé, à cet homme politique de la Quatrième République, méprisé aujourd'hui par la droite (alors qu'elle le redoutait du temps de sa splendeur) et honni par quantité de gens de gauche ? Ce bref texte n’était d’ailleurs pas politique, mais plutôt de nature privée.


J’ai donc cherché quels mots les internautes avaient tapés sur leur moteur de recherche pour parvenir à la page “Mollet”. Alors, j’ai tout compris. La plupart d’entre eux avaient cherché à partir de l’entrée «La lettre de Guy Mollet». je fus d’abord amusé, puis abasourdi. Ces internautes, plutôt jeunes j’imagine, avaient confondu Guy Mollet et Guy Môcquet. Pour la jeunesse de France, ce valeureux garçon aura longtemps été une station de métro avant de devenir l’auteur d’une lettre lue par des joueurs de rugby à l’instigation de leur patron – dit-on, futur ministre –  multimilliardaire, propriétaire de casinos, de campings, de teintureries, de restaurants etc. Depuis que le Président de la République Française fait référence à d’illustres hommes politiques de gauche (les gens de gauche, il ne les aime que morts ou renégats), l’inconscient collectif est devenu, plus que jamais, un tohu-bohu (au sens biblique du terme), une pétaudière d’incohérence.

 

Photo RG (dr).

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 15:24

 

http://iletaitunefoislecole.fr/IMG/jpg/piquet2.jpgOrwell l’a postulé il y a soixante-dix ans : quand on pense dans une autre langue, on pense d'autant plus mal qu'on connaît mal cette autre langue.

La plupart des journalistes français pensent en anglo-américain (en « sabir atlantique », comme disait Étiemble) parce que c’est plus rapide, moins fatigant et aussi, j’imagine, parce que cela doit rapporter plus.

    
 À propos du carnage d’Oslo, ils nous parlent donc d’« attaque ». En lieu et place d’« attentat ».

   
Parfois la langue anglaise est plus riche et plus précise que le français. Souvent, c’est l’inverse. Le mot anglais attack signifie à la fois attaque et attentat. Les deux vocables français n’ont pas le même sens, la même origine et ne sont pas apparus en même temps dans la langue.

   
Je me plonge dans mon Robert préféré. Attaque vient du verbe attaquer, qui vient lui-même de l’italien attacare, qui signifie assaillir, investir par la violence : attacare battaglia (commencer la bataille). Le mot italien attacare vient soit du gothique tacca (entaille), soit de staccare (détacher), du gothique stakha (pieu).

   
Une attaque est donc l’action de commencer le combat, une attaque, une guerre. Le mot s’emploie aussi pour une attaque au football, une attaque verbale, l’attaque d’un acide, l’attaque d’un morceau de musique. Par extension, on a des expressions du style « être d’attaque », c’est-à-dire être prêt à affronter les fatigues.

   
Le verbe attenter a donné attentat, ces deux vocables étant nettement plus anciens qu’attaque et attaquer. Attentat vient du latin attemptatum, attentatum, participe passé neutre de attemptare (attaquer quelqu’un, entreprendre quelque chose contre quelqu’un). C’est donc la notion d’entreprise qui domine (les journalistes adeptes du capitalisme financier devraient apprécier), de tentative criminelle contre une ou des personnes, contre des biens, ou même contre des droits. Par extension, on trouvera « attentat à la pudeur » et, au figuré, l’idée d’un acte qui heurte les sens, la raison, la morale.

   
Attenter est donc beaucoup plus fort qu’attaquer puisqu’il implique une tentative criminelle (meurtre, viol). De même, on n’attaque pas ses propres jours : on attente à sa vie.

 

PS : il en va des attaques comme des frappes (chirurgicales, comme on sait) qui font moins mal que les bombardements et sont tellement plus précises...

 

 

PPS : un correspondant apporte les précisions suivantes :

abuse en anglais qu’on trouve en association avec sexual devrait être traduit en français par aggression (sexuelle) et non abus sexuel ; il y a aussi en anglais verbal abuse qui veut dire insulte.
En français on peut dire abus d’alcool, de bouffe, de drogues ou abuser de la crédibilité des gens.
On appelle ces mots des faux amis . Par exemple actual (A) = réel ( F) ; fool (A) = idiot ; idiot (A ) = débile , etc...

 

 

PPPS : J'ajoute pour ma part ceci :

 

Dans le même domaine, et puis qu’on a beaucoup parlé de DSK et de Tron ces temps-ci, crime signifie à la fois délit et crime. Lorsque, pour une fellation imposée, les anglophones parlent de sexual crime, s’agit-il d’un délit ou d’un crime ? En tout cas en français, un crime est un crime.

Un correspondant me demande de donner des exemples d’imprécisions de l’anglais. Il y en a des milliers. Pensons simplement à fucking machine qui peut signifier putain de machine, machine baisante, machine à baiser, machine en train de baiser. Ou, plus gentiment, flying machine : machine qui vole, machine servant à voler, machine en train de voler. De même, je préfère bombe sexuelle à sex bomb qui pourrait signifier bombe en forme de sexe.

 

L’anglais est souvent plus précis dans le domaine des sensations et des perceptions.
C’est bon, ce truc : it tastes good
Chouette, ce morceau de musique : it sounds nice.
On sait en anglais quels sont les sens sollicités.

 

Plus précis également dans les phrases exprimant du mouvement :
je suis dans la pièce : I am in the room
je vais dans la pièce : I’m going (mieux : walking si j’y vais à pied) into the room.
Mais up the road ou down the road ne sigifient pas forcément que la rue est en pente montante ou descendante. Encore une fois, c’est une question de perception subjective.

 

Autre exemple de meilleure précision de l’anglais :
J’ai une Clio : I drive a Clio.

 

 

 

 

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 06:16

http://pages.infinit.net/crwt/images/fin_du_monde.JPGTrès stimulante livraison que ce numéro 25 du Sarkophage. Dans son éditorial Paul Ariès annonce une bonne nouvelle (un front écologique de gauche visant la décroissance) à condition de rester vigilant : " La décroissance pourrait déboucher sur le pire comme le meilleur. Le pire serait qu'elle soit revisitée par l'extrême-droite ou le Medef, le pire serait aussi une décroissante "ni gauche ni droite", donc de droite.

 

 Article très alarmant de Jean-Claude Paye sur la loi liberticide LOPPSI 2, même si le Conseil constitutionnel a censuré 13 de ses dispositions (link).

 

Florent Bussy établit un astucieux rapprochement entre les subprimes, le Médiator et Fukushima (le retour du réel, selon Antoine Fernandès) : " ces trois événements ont brisé l'illusion, profondément ancrée dans les esprits des élites, que des dissimulations et manipulations opérées à grande échelle pouvaient n'engendrer aucune conséquence grave, alors que quand la catastrophe a lieu, elle les condamne au discrédit et à la faillite." Avec cette idée que les catastrophes sont "imprévisibles".

 

Un article très instructif de Txex Etcheverry sur l'ELA, un syndicat basque méconnu, quoique représentatif et très actif.

 

Caroline Sarrion nous parle "déchets physiques, déchets logiques" : " Avec le "bio" on a trouvé une bonne parade pour "bien consommer" ; avec l'"équitable", on gagne en plus en bonne conscience." Au fait, demande l'auteur, "que dire" des 250000 tonnes de déchets radioactifs dans le monde, qui resteront dangereux pendant 100000 ans?"

 

Une analyse très profonde d'Alain Accardo sur la gauche, la droite et la révolution, avec cette remarque frappée au coin du bon sens : "dans toutes les sociétés de classe de la planète, une gauche digne de ce nom ne peut qu'avoir partie liée avec la révolution".

 

Le sophiste Laurent Paillard nous dit de Guéant quelque chose de très juste : quand le premier flic de France afirme que la place des voyoux est en prison, "il gomme la différence entre le travail de la police et celui de la justice, différence permettant justement à ces deux institutions de ne pas sombrer dans la violence en empêchant leurs agents de se comporter comme des justiciers."

 

Une réflexion novatrice de Daniel Burette sur la nécessité de relocaliser l'énergie" : la France est le seul pays où l'on assimile en les confondant électricité et énergie. Cela s'explique entre autres par l'importance extrême du nucléaire et par le poids du lobby électrique qui a réussi à faire considérer l'électricité comme l'énergie parfaite vers laquelle il fallait porter tous les efforts."

 

Bien avant qu'il ne fonde le Parti de Gauche, j'ai toujours pensé que la différence entre Jean-Luc Mélenchon et la plupart des autres responsables politiques, par-delà les divergences d'opinion, était qu'il ne prenait pas les électeurs-interlocuteurs pour des buses. Il le montre une fois de plus ici dans un long entretien sur son parcours idéologique.

 

A lire, par Annie Weidknnet, un article sur les AMAP (Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne), un concept né au Japon dans les années soixante, repris aux Etats-Unis.

 

Christophe Régina met les pieds dans le plat de la violence féminine, "un tabou social" (à lire son livre publié chez Max Milo). Une violence qui existe, bien qu'il y ait beaucoup plus d'hommes que de femmes en prison.

 

Ca se durcit contre les militants opposés à la construction du nouvel aéroport de Nantes (Josep Rafanell Ora).

 

Quelle est la responsabilité des grandes ONG autoproclamées dans la faillite de l'écologie, demande Fabrice Nicolino ?

 

Une expertise citoyenne, démocratique et alternative est nécessaire (Gustave Massiah) : "A partir des années 80, avec la dictature des actionnaires, une nouvelle rationnalité écvonomique et sociale est imposée. La crise ouverte permet aujourd'hui d'en imposer les conséquences : la pauvreté, les inégalités et les discriminations ; les risques majeurs écvologiques ; les conflits et les guerres largement liés à l'accès aux matières premières ; l'insécurité et les idéologies sécuritaires."

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 14:54

http://referentiel.nouvelobs.com/file/20060929.OBS8638.jpgComme toujours, Philippe Arnaud pose (et nous fait poser) les bonnes questions. Il réfléchit ici sur le massacre d'Oslo. Sa remarque la plus importante me semble concerner le pourcentage de voix réalisé par l'extrême droite en Norvège depuis quelques années. Je ne suis nullement un spécialiste des pays scandinaves, mais je voudrais rappeler deux choses :

- la Norvège a connu l'un des pires collaborateurs des nazis qui soient en la personne de Vidkun Quisling. Fils de pasteur, brillant étudiant, militant de causes humanitaires, Quisling retourna brutalement sa veste en 1933 et finit par diriger son pays sous la férule d'Hitler. Sa collaboration fut à ce point exemplaire que son patronyme devint synonyme de traître (link).

- Depuis quelques décennies maintenant, le roman policier scandinave nous offre des pays du froid une image contrastée. Sous des dehors policés, (social)-démocratiques, des forces fascistes puissantes n'ont cessé de prospérer depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors que le Suède possède l'une des deux ou trois polices les plus efficaces de la planète, elle n'a pas été, bizarrement, capable de mettre la main sur l'assassin du Premier ministre Olaf Palme. En filigrane, le chef-d'oeuvre Millenium ne nous parle que de cela.

  

       Rapprochement avec les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
On compte, actuellement, 92 morts. Les attentats du 11 septembre 2001 avaient causé 2976 morts en additionnant ceux de New York, ceux du Pentagone et ceux de l'avion qui s'écrasa dans la campagne. Que se passe-t-il si l'on rapporte ces pertes aux populations respectives des deux pays ?

 

       

D'après Wikipedia, les Etats-Unis auraient actuellement 317 627 401 habitants et la Norvège 4 644 457. Rapportés à la population américaine, ces 92 morts norvégiens représenteraient près de 6300 tués. Et si l'on devait - malheureusement - ajouter les quatre personnes disparues, cela donnerait 96, c'est-à-dire, rapporté aux Etats-Unis, entre 6500 et 6600 morts. Autrement dit, pour la Norvège, cette perte est, proportionnellement, plus de deux fois plus importante que celle des Etats-Unis il y a 10 ans.

 

      

Rapprochement avec des attentats d'extrême droite. Au journal de France 2 de 20 h (ce jour samedi 23), il avait été évoqué l'attentat d'Oklahoma City du 19 avril 1995, qui avait causé 168 morts et avait été commis par l'activiste d'extrême droite Timothy McVeigh. Mais il n'a pas été question de l'attentat de la gare de Bologne, du 2 août 1980, qui fit 85 morts et 200 blessés. Il n'a pas non plus été évoqué la tuerie du Caveau des Patriarches le 25 février 1994, commis par l'extrémiste israélien Baruch Goldstein, et qui fit 29 morts et 125 blessés parmi les Arabes musulmans israéliens.

 

       

Rapprochement avec un climat ambiant. Lorsqu'une vie politique est fortement polarisée, autour d'un conflit idéologique, il n'est pas rare que la haine entretenue atteigne un point d'ignition tel qu'il finit par susciter un criminel. Sans remonter à Jacques Clément (assassin d'Henri III) ou à François Ravaillac (assassin d'Henri IV), tous les deux baignés dans un climat ultracatholique (celui de la Ligue), on peut signaler l'assassinat d'Abraham Lincoln par le sudiste John Wilkes Booth, celui de Jean Jaurès par le nationaliste Raoul Villain, celui de Gandhi par le nationaliste hindou Nathuram Godse, l'attentat contre De Gaulle au Petit Clamart et l'attentat contre Yitzhak Rabin par Ygal Amir.

Ce qui lie les deux rapprochements (extrême droite et climat ambiant) est l'ensemble des voies de fait (meurtres ou tentatives) commis par suite par suite d'une propagande effrénée de cette extrême droite : je pense à l'attentat contre Léon Blum perpétré par des membres de l'Action française le 13 février 1936, ou Brahim Bouarram, Marocain jeté dans
la Seine, le 1er mai 1995, par des militants provenant du défilé du Front National.

Je signale enfin que le Monde diplomatique de janvier 2011 signalait déjà que la Norvège est l'un des pays européens possédant une extrême droite qui a dépassé les 10 % aux élections européennes de 2009 ou à d'autres élections. Dans le cas de la Norvège, ce taux a été de 22,9 %, ce qui situe le pays juste derrière la Suisse (29 %), qui s'est fait connaître par plusieurs décisions islamophobes ou xénophobes. Ce chiffre est supérieur à celui de la Hongrie. Ceci (cette forte présence de l'extrême droite en Norvège) expliquerait-il cela (la tuerie d'Oslo) ?

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 09:03

http://oputaing.free.fr/indy/cochon-bureaucrate.jpgJe faisais observer récemment que pour Canal+ et d’autres, l’anglais était une langue tellement évidente (et qu’il massacrait avec tellement d’allégresse) qu’ils ne prenait pas la peine de traduite les titres de films ou de séries anglo-américaines qu’ils diffusaient (link).

 

On a parfois – et c’est heureux – des contre-exemples. Arte a récemment programmé une délicieuse comédie britannique de 1985 avec Michael Palin et Maggie Smith. Dans le Yorkshire de l’après-guerre où le rationnement est terrible (les Anglais ont plus souffert de la faim entre 1945 et 1950 qu’entre 1940 et 1945), des notables d’une petite ville font élever en cachette, par un paysan du cru, un cochon qu’ils destinent au banquet local qui sera donné en l’honneur du mariage de la princesse Élisabeth et du prince Philippe d’Édimbourg. Un membre obsessionnel de l’administration tente de déjouer leur entreprise, ainsi qu’un pédicure qui a vent de cette coupable activité.

 

En anglais, le film s’intitule A Private Function (une fonction privée). Malgré son apparence banale, le titre connote à fond la caisse. Function peut avoir le sens de rite, de cérémonie religieuse, ou simplement de cérémonie publique. Et, bien sûr, ce cochon, il va falloir le tuer avant de le manger en l’honneur de la princesse et de son mari. Mais function renvoie également au sens très prosaïque de fonction humaine, comme les fonctions rénales ou urinaires. Il se trouve que cette brave bête, lorsqu’elle atterrit dans la cuisine et le salon du pédicure, est affligée d’une courante de compétition.

 

Faisant aujourd’hui l’achat de ce film, Canal+ et les  autres nous auraient balancé directement le titre du film en anglais. Le suc du titre aurait échappé à 99 spectateurs sur 100. En 1985, les distributeurs français ont demandé aux adaptateurs de « traduire » le titre anglais. Ceux-ci ont eu la très bonne idée d’adapter A Private Function à la sauce française, ce qui a donné Porc Royal.

 

Merci pour eux.

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 06:15

J'ai retrouvé dans un grenier familial des exemplaires d'une revue de qualité : Relations PTT. Éditée par les PTT au temps où les postes, les télégraphes et les télécommunications étaient une administration florissante (jusque dans les années 80), servie par des fonctionnaires qui œuvraient pour les usagers. Où, par exemple, les personnes âgées et handicapées ne passaient pas, dans les bureaux de poste, après de jeunes chefs d'entreprise ayant payé un coupe-fil.

 

Il y a maintenant quelques lustres, la gauche et la droite se sont entendues pour privatiser les PTT. Outre leur statut, les fonctionnaires ont perdu du liant social et culturel. Les revues comme Relations PTT ont disparu. Les bibliothèques ont été bradées, bazardées, jetées dans le Gers comme celle que j'ai connue à Auch. Et je ne parle pas des voyages culturels, des innombrables rencontres sportives, des colonies de vacances. Fini, tout cela.

 

Merci la droite, merci les sociaux-libéraux !

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 13:15

Il n'y a pas que l'anglais "parfait" de Christine Lagarde qui dégouline (L’Anglais « parfait » de Lagarde, suite ) : il y a le français de Jean-Pierre Pernaut.. Son idiome est, pour finir, moins comique qu'ignoble :

 

Quand je pense que ce type a fréquenté le même lycée que moi, la honte m'habite !
 
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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 06:42

http://laguerredetrois.aurali.eu/public/Couvertures/Servitude1.jpgDans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, les choses se mettent en place, dans l'université aussi. Un vote très important vient d'avoir lieu au CNESER sur les modalités des connaissances. Le syndicat étudiant UNEF (relais du PS), le syndicat étudiant Cé (proche de la CFDT) ont voté avec le patronat (MEDEF), le MET (syndicat proche de l'extrême droite et soutenu par l'UMP), les parents d'élèves de droite (PEEP) et la très vigoureuse CFTC qui, depuis, sa naissance, a fait trembler tous les gouvernements. Se sont prononcés contre : la FSU, la CGT, FO, SUD. Furieuse, Qualité de la Science Française a quitté la salle pendant la séance. Ce qui n'était pas très malin.

 

Spinoza s'étonnait  que trop d'humains se battent pour leur servitude avec plus d'énergie que pour leur libération. Il ne connaissait pas l'Unef, capable de dialectiser cette problématique (je parle comme dans les grands médias).

 

Ci-dessous, un communiqué de Sauvons l'Université qui explique les enjeux de ce vote :


Le 12 juillet 2011 a eu lieu au CNESER un événement d'une grande importance par ce qu'il révèle de la nouvelle université. Face aux syndicats et associations d'enseignants-chercheurs unanimes pour ne pas accepter les nouveaux arrêtés sur la licence tels qu'ils ont été préparés à la hussarde sans tenir compte de l'avis des organisations représentatives, une alliance inédite entre certains syndicats d'étudiants (UNEF, FAGE et CE unies pour l'occasion) et le gouvernement a réussi à faire adopter par le CNESER le texte de Valérie Pécresse, repris docilement par son successeur Laurent Wauquiez. L'arrêté relatif au diplôme de la licence modifiant celui de 2002 a été approuvé par 26 voix pour, 20 contre et 14 abstentions. Bien sûr, les syndicats étudiants représentés au CNESER n'ont pas vendu leur consentement pour rien : quelques lentilles ont été obtenues dont la nature est riche de sens.


1) De manière à focaliser l'attention des organisations étudiantes sur les modalités du contrôle des connaissances, jouant sur leur conception réductrice du rapport entre ces modalités et les cours, Valérie Pécresse laissé entendre à plusieurs reprises qu'elle entendait promouvoir le contrôle continu intégral. Bien entendu, c'est sur ce point que l'arrêté est en retrait par rapport aux déclarations ministérielles, ce qui a permis d'obtenir l'accord de ces organisations étudiantes, satisfaites d'obtenir la compensation la plus large possible entre les bons et les moins bons résultats.


2) Du côté des enseignants-chercheurs, c'est l'annonce du rassemblement des licences existantes dans des « portails » pluridisciplinaires qui suscitait l'inquiétude. Tout en prévoyant leur existence, le projet ne les rend pas obligatoires, de façon tactique là encore. Mais il faut toutefois remarquer que l'arrêté prévoit que dans le cadre du contrôle des connaissances, l'évaluation de plusieurs disciplines puisse se faire par une seule épreuve orientée vers la validation des compétences (si chère à la FAGE et au SGEN). L'évaluation des enseignements - et donc des enseignants - devient en outre obligatoire.


3) Mais ce que l'on n'avait pas vu venir, c'est l'abolition pure et simple des libertés académiques. Déjà au printemps, des référentiels de compétences aussi autoritaires et idéologiques qu'ineptes avaient circulé (la fuite vers les sociétés savantes étant censée tenir lieu de concertation). Mais ce que l'on découvre aujourd'hui, c'est que l'application par les universitaires (regroupés désormais en « équipes ») de ces référentiels sera supervisée par le recteur qui sera informé chaque année des résultats et des évaluations et pourra imposer les ajustements qu'il jugera nécessaires. Par ailleurs, des comités de suivi seront instaurés aux échelons des rectorats et du MESR. On voit ainsi une fois de plus ce que signifie «l'autonomie » dans la novlangue à la fois bonapartiste et ultralibérale qui caractérise le sarkozysme. À quand la fusion des fonctions de recteur et de préfet ?

Certes l'UNEF regrette que « la lisibilité des formations et l'absence de moyens » restent problématiques, ou plus exactement admet benoîtement que la « faiblesse du cadre national des intitulés de formation est maintenue » et que rien n'est vraiment fait dans ces domaines essentiels. Cela ne l'empêche pas d'approuver le texte du ministère. Qu'on se rassure cependant : « l'UNEF demande qu'un plan de création de postes accompagne ce nouvel arrêté» et remarque avec un certain bon sens que « C'est une condition sans laquelle le suivi individualisé, l'augmentation du nombre d'heures de cours ou l'amélioration de l'orientation resteront inopérantes ». Laurent Wauquiez doit trembler, rue Descartes, devant la force de cette requête très policée.


Ces syndicats étudiants ont montré par leur vote qu'ils se soucient comme d'une guigne des conditions et de la nature des enseignements dès lors qu'ils obtiennent satisfaction sur un certain nombre de slogans et d'exigences strictement verbales et sur ce que l'on pourrait appeler « le traitement social de la loi LRU » (promesses - le plus souvent non tenues ou tenues partiellement - sur les bourses, les logements, les conditions de restauration, les conditions d'examen, etc.). Comme si bannir le mot de sélection du lexique autorisé dans les « concertations » et affirmer abstraitement le bien fondé du cadre national des diplômes suffisaient pour se protéger de la première et garantir le second. Le vrai échec de l'université, la vraie sélection entre les étudiants sont déjà là et le seront encore davantage, dans un des systèmes les plus sélectifs au monde : ils se nichent dans la distinction entre des universités de première catégorie et des universités de seconde catégorie, dans la multiplication des cours dispensés par des vacataires exploités et recrutés de façon aléatoire, dans une pluridisciplinarité désancrée des savoirs disciplinaires  dans des référentiels nationaux qui accorderont plus d'importance aux compétences qu'aux connaissances et aux savoirs.


Le vote de ces syndicats étudiants a pour effet de faire croire à une opposition entre les intérêts des étudiants et ceux des enseignants-chercheurs. En fait, elle ouvre la voie aux soixante-dix pôles universitaires de proximité, lycées-bis peuplés d'étudiants mal formés mais heureux, on l'espère, des nouvelles modalités de contrôle des «connaissances », délestées de tout risque d'échec. Les responsabilités sont claires : ces syndicats étudiants viennent d'apporter une contribution importante à la dévaluation des formations et à la précarisation accrue de l'entrée des jeunes diplômés sur le marché du travail.

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