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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 06:04

 

À faire étudier dans les bonnes écoles de journalisme (s’il en reste)

 

http://www.passioncompassion1418.com/bibliotheque/imagesBiblio/Site%20romans%20et%20temoins/SiteContreBourrageCrane.jpgEn quatre jours, les médias ont mis en scène [au sens propre du mot]  trois événements différents, dont je souhaite établir les liens : le  mariage du petit-fils de la reine d'Angleterre, la béatification du pape  Jean-Paul II et la mort d'Oussama Ben Laden.

 

Ces trois événements n'ont rien à voir les uns avec les autres. Ils se  déroulent dans des pays différents (Angleterre, Italie, Pakistan), deux d'entre eux étaient prévus, le troisième était inopiné. L'un était mondain, l'autre religieux, le troisième politique. Les deux premiers étaient pacifiques, le troisième violent. Les deux premiers ont donné lieu à une foule d'images, tournées sous tous les angles, le troisième a été (par nécessité, par nature) dépourvu d'images.

Qu'ont-ils néanmoins en commun ?

 

1. D'abord leur absence totale de conséquences.

 

- Le mariage du prince William (au fait, pourquoi ne dit-on pas Guillaume, alors que l'historiographie française nomme ainsi les trois rois d'Angleterre qui ont porté  ce nom ?) est celui d'un individu qui, vraisemblablement (vu la longévité de son arrière-grand-mère, la robustesse - au moins apparente - de l'actuelle reine et les 90 ans encore verts du duc d'Edimbourg) ne sera roi, au mieux, que d'ici 30 ou 40 ans, et juste pour une fonction honorifique.

 

- La béatification du pape ne concerne que les catholiques pratiquants (et encore que ceux qui sont attachés au culte de dulie) et la béatification n'est que la deuxième des étapes qui conduisent à la canonisation, la première étant l'élévation au niveau de vénérable. [Il y a trois niveaux menant au sommet de la vénération, comme il y a trois niveaux menant au sommet de la hiérarchie militaire : officiers subalternes, officiers supérieurs, officiers généraux. Les saints sont des vénérables à cinq étoiles].

 

- La liquidation de Ben Laden, enfin, risque de ne pas changer grand chose ni aux contestations islamistes (qui ne se limitent pas à Al-Qaida), ni à l'opposition résolue et parfois violente d'une partie du monde musulman (opposition qui ne se réduit pas aux islamistes) aux Occidentaux.

 

2. En contrepoint, ce que ces trois événements ont en commun est leur portée symbolique.

 

- Le symbole du mariage princier est celui de la majesté du pouvoir, qui ne prend pleinement ses effets que dans une monarchie, où se mêlent lignée, tradition, hiérarchie et (la reine étant chef de l'Eglise anglicane), religion. [Ce qui est rappelé, entre les lignes, c'est que le pouvoir, ce n'est pas seulement, ici un président de la République inculte et mal éduqué, là un président du conseil qui entretient une prostituée mineure, ailleurs un souverain sanguinaire ou corrompu, ou même, dans le pays concerné, un membre de la famille royale (le frère du marié) en tenue nazie.]

 

- Le symbole de la béatification du pape est aussi celui de la majesté de la religion, du pouvoir (l'Eglise catholique étant hiérarchisée et également reconnue comme Etat en son chef), de la tradition, de l'ancienneté et, si j'ose dire, de la lignée, la suite des papes étant (en dépit des schismes) ininterrompue depuis saint Pierre.

 

- Le symbole de l'exécution de Ben Laden, c'est celui de la toute-puissance américaine, dontle bras vengeur frappe au-delà des lustres, au-delà des murs et au-delà des mers [A la manière dont le supplice de Jacques de Molay, grand maître des Templiers, était censé être vengé sur la personne de Louis XVI, descendant de son bourreau Philippe le Bel]. C'est une manifestation de toute-puissance, destinée à conférer aux exécuteurs un statut quasi-divin... et une sainte frousse à ceux qui osent défier l'Empire !

 

3. Outre cette portée symbolique, ces événements ont une portée idéologique à plusieurs dimensions :

 

- Alors que l'actualité récente extra-européenne, c'est le malheur (séisme, tsunami, désastre nucléaire au Japon), le désordre et la violence (révolte et répression des pays arabes, attentats à Marrakech), l'actualité européenne s'impose par la pérennité de rites pacifiques, lents - le mariage princier et la béatification résultent d'une préparation de plusieurs années - et qui répètent des cérémonies déjà connues. Il ne peut donc rien se passer de malheureux : la béatification, comme le mariage royal (à l'instar du couronnement du roi ou de l'élection du pape) sont des événements qui reviennent comme la floraison des cerisiers ou les hirondelles du printemps. La paix, la joie sont associées aux notions de hiérarchie, de tradition et de religion.

 

- La béatification de Jean-Paul II et l'exécution de Ben Laden sont là, en soutien de ce qui précède, pour rappeler que l'Occident (blanc, capitaliste, chrétien et propre sur lui), pour défendre cette "tranquillité" [qui fait l'impasse sur les ravages de l'ultralibéralisme] sait se défendre contre ses "ennemis". Et ses "ennemis", qui sont-ils ? Le communisme et l'islamisme. Or, bien que cela soit délibérément minimisé, le "mérite" principal de Jean-Paul II n'est pas religieux, il est politique et idéologique ! Il est d'avoir fait "chuter le communisme" par le soutien puissant que son pontificat est censé avoir apporté à la dissidence dans les pays de l'Est. ["Censé avoir" car peu importe que cela soit vrai et que le pontificat de Jean Paul II n'entretienne, avec la chute du communisme, que des rapports de corrélation et non de cause à effet, l'essentiel est que c'est la croyance qui a cours et que propagent les médias dominants].

 

- L'exécution de Ben Laden s'insère dans une tradition, dont l'histoire, la littérature, le cinéma, les actualités, nous ont appris à regarder le déroulement à travers une perspective cinématographique, voire hollywoodienne : "l'ennemi public n° 1" éliminé au bout d'une longue traque : Cartouche, Mandrin, Jules Bonnot, Jacques Mesrine. Pour les États-Unis, Bonnie et Clyde, Dillinger et, sur le plan politique, des personnages aussi divers qu'Adolf Eichmann, Che Guevara, Carlos, Klaus Barbie, Abimaël Guzman (le chef du Sentier Lumineux), Milosevic, Karadzic et Saddam Hussein. Cette exécution s'insère aussi dans toutes les fictions (littéraires ou cinématographiques) où sont opposés à la fois le caractère foncièrement mauvais de l'individu poursuivi et le professionnalisme et le prestige des services secrets (CIA, Mossad, Shin Beth, MI5, DGSE...), proposés à l'admiration des foules. Cette mort illustre la morale simpliste des bandes dessinées, romans, et films américains : les bons ("nous") l'emportent toujours sur les méchants ("eux"), de préférence si ces "méchants" sont pauvres, basanés, communistes ou - pour changer - islamistes...

 

4. Il ne manque même pas, dans les trois cas, les vivats et les

acclamations (à l'apparition des époux princiers, à l'annonce de la

béatification, à l'annonce de la mort de Ben Laden). Ces acclamations

ont la même fonction de renforcement d'adhésion à l'événement (comme les

téléspectateurs d'un match de football et de rugby se sentent confortés

par les acclamations des spectateurs du stade).

 

5. Dernier point : la présence "d'experts" ou de commentateurs qui, en fait, commentent pour enjoliver : dans le cas du mariage princier, la coupe de la robe de la mariée, la robe des chevaux, le composition des bonnets à poil, le menu servi pour la noce ; dans le cas de la béatification, la liste des cardinaux, les dimensions du portrait de Jean Paul II ; dans le cas de l'exécution de Ben Laden, les détails d'une opération dont ils ne savent strictement rien, ainsi que ses conséquences, dont ils disent les mêmes banalités que les astrologues à l'orée d'une nouvelle année.

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 12:59

Emmanuel Todd est, à mes yeux, l'un des analystes les plus importants de notre temps. Ce qu'il a écrit sur les bouleversements démographiques, sur l'avenir des États-Unis, sur le prétendu “ choc ” des civilisations – parmi d'autres thèmes – est d'une utilité absolue.

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/images/nizan20avec20rirette20foire1.jpgEn revanche, lorsqu'il se confronte à la politique de terrain, il perd les pédales, contredit ses propres théories. Il se déstructure et ne produit que de la bouillie. Je l'ai vu récemment débattre avec Jean-Luc Mélenchon (qu'il s'était permis précédemment de traiter de “ gugusse ” – c'est celui qui le dit qui l'est, Emmanuel !) sur le site d'Arrêt sur Images. Par parenthèse, merci à Daniel Schneiderman de faire s'exprimer pendant une heure et demi des personnes d'une telle qualité (link). Je ne sais trop pourquoi, mais j'eus honte pour Emmanuel Todd : bourré de tics, bafouillant, incapable de regarder son antagoniste dans les yeux. Est-il écrasé par son histoire familiale : fils d'Olivier Todd, petit-fils de Nizan ? Ça ne m'étonnerait guère, mais, à dire vrai, je n'en sais rien. Entendre un penseur aussi radical confesser son appartenance au camp social-démocrate et ne voir aucun salut hors du marché a quelque chose de pathétique.

Je voudrais ici proposer quelques brèves et lumineuses analyses d'Emmanuel Todd sur l'appauvrissement de toute la société, sur les “ élites ”, sur le cynisme en politique, sur le militantisme à la mode XXIe siècle :

 

Ce qui est tout à fait particulier dans la situation la plus récente, ce que je décris, c’est la façon dont les effets négatifs du libre-échange remontent du bas vers le haut de la société. Nous avons eu la phase des années 1980 durant laquelle c’étaient les ouvriers qui subissaient le plus. Nous avons ensuite vu le décrochage des classes moyennes inférieures au moment du traité constitutionnel européen. Nous avons vu que sur les sept dernières années, les gains d’argent dus au libre-échange ne bénéficiaient plus finalement qu’aux 1 % supérieurs de la société. […] Nous sommes confrontés à une idéologie dominante qui ne produit plus aucun bien pour aucun secteur de la société, y compris les riches !

 Pour la première fois, les "éduqués supérieurs" peuvent vivre entre eux, produire et consommer leur propre culture […] le monde dit supérieur peut se refermer sur lui-même, vivre en vase clos et développer […] une attitude de distance et de mépris vis-à-vis des masses, du peuple, et du populisme qui naît en réaction à ce mépris.

 La disparition des idéologies traditionnelles renvoie chaque strate éducative, chaque profession à ses déterminations propres […] Le métier devient un objet d'identification primordiale, fragmentant encore plus finement le corps social. En 2008, les défections socialistes vers le sarkozysme ont révélé l'existence d'un métier politique indifférent à l'idéologie. […] en 1988, Franz-Olivier Giesbert ouvrait une ère nouvelle du journalisme en passant directement du Nouvel Observateur au Figaro, en véritable pionnier de la mort des idéologies dans ce milieu.

Au narcissisme individuel des membres de l'élite répond un narcissisme du groupe de l'élite, reniant ses responsabilités économiques et sociales, méprisant les humbles et enfermé dans une politique économique libre-échangiste, qui dégage des profits pour les riches et implique lastagnation puis la baisse des revenus pour les autres.

Le militant ancien faisait vivre  le Parti dans la collectivité, et vivre la collectivité par le Parti. Le militant nouveau vient pour contribuer, certes, mais surtout pour s'exprimer, "s'épanouir" personnellement. Il est, dans sa section socialiste, l'un des millions de nouveaux narcisses engendrés par la révolution éducative supérieure. 

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 07:27

http://home.nordnet.fr/~jdujardin/haubourdin/mcravaux.jpg
La loi permet désormais à l’État et aux régions de financer les lycées privés sous contrat. Ces financements se montent actuellement à 7 milliards d’euros. Il s’agit là d’une atteinte, d’une mise en danger de l’école publique et laïque.

 

La région Île de France (à majorité socialiste) va au-delà de ce que permet la loi. 37% des financements régionaux versés aux lycées privés ne découle d'aucune obligation légale.

 

Depuis 1982, l’entretien, la rénovation et la construction des lycées publics est à la charge des collectivités territoriales. Ce qui, pour la région Île de France, représente 22% de son budget. Depuis 2004, les régions sont par ailleurs responsables du recrutement et de la gestion d’une partie du personnel non-enseignant.

 

La loi impose aux régions des obligations quant au financement des lycées privés : rémunération des personnels non enseignants, dépense de fonctionnement en matériel. Le législateur a considéré que les deux contributions de fonctionnement versées aux établissements privés doivent être "calculées selon les mêmes critères que pour les classes correspondantes de l'enseignement public". Les deux contributions sont majorées d'un pourcentage permettant de couvrir les “ charges sociales et fiscales ” des personnels de droits privé ainsi que les “ charges ” dont les établissements publics sont dégrevés, comme si la loi considérait que les deux enseignements méritent un même soutien financier et que la collectivité doit payer en lieu et place des établissements privés, tout ou partie de leurs impôts locaux. On note que le législateur utilise le registre patronal lorsqu’il parle de « charges » et non de cotisations. Enfin, la loi a supprimé le taux de majoration de 5 % pour couvrir les charges diverses (impôts et taxes) accordés aux lycées privés pour le remplacer par un “taux non imposé”, lequel reste à définir par les conseillers régionaux. Ce taux peut être revu … à la baisse. Or en 2008 le Conseil régional d'Ile-de-France a « choisi de reconduire le même taux de majoration de 5% », alors qu'il n'y était pas contraint et qu'il pourrait ramener ce taux à zéro. En ces périodes de disette de l'argent public est-ce dans les priorités d'une Région de maintenir cette majoration accordée aux lycées privés sous contrats ? Concernant la construction des bâtiments, leur rénovation ou les gros travaux, la Région n'est dans l'obligation de les prendre en charge que pour les établissements publics. L'article L 214-7 du Code de l'Education précise : « La Région est propriétaire des locaux dont elle a assuré la construction et la reconstruction ». La Région Île-de-France finance les 470 lycées publics et contribue à des financements obligatoires mais également facultatifs pour 202 lycées privés sous contrat (chiffres 2009).

 

Prenons l’exemple des 1,36 M d’euros débloqués par la Région pour la construction du lycée Jean Paul II de Sartrouville auxquels se sont ajoutés 776 960 euros pour les locaux d’un Centre de Formation en Apprentissage (CFA), comme par hasard installé dans le lycée... Ainsi la Région a utilisé l'argent public, celui de tous pour la construction d'un lycée privé. Cela a été rendu possible par un subterfuge juridique. Ce nouveau lycée a été présenté comme une annexe d’un lycée existant. Il ne s’agissait plus juridiquement de la création d’un nouveau lycée, mais du financement de places nouvelles dans un lycée professionnel privé existant.

 

Ces choix s’inscrivent dans le contexte de la mise en concurrence de tous les établissements et de l’offensive anti-laïque menée par la droite depuis le discours de Latran. Les « diplômes du Vatican » sont désormais automatiquement reconnus (l’État n’a plus le monopole de la délivrance des diplômes nationaux, c’est Kouchner qui a signé cette forfaiture au nom du gouvernement). Le développement des écoles privées hors contrat se verra défiscalisé. Pendant ce temps-là, des dizaines de milliers de postes sont supprimés dans l’enseignement public (dix fois plus que dans le privé). Dans 520 communes françaises, l’école publique est absente, mais pas l’école privée (en contravention avec la loi du 30 octobre 1886 et avec la Constitution).

 

Le cadre égalitaire de l’Éducation nationale est plus qu’en danger. Le recours au privé encourage les ségrégations et aggrave encore les inégalités déjà amplifiées par la suppression de la carte scolaire. En Ile-de-France le coût d'une scolarité dans le privé, surtout dans certains établissements, ne laisse pas de doute sur la sélection par l'argent qui en découle. Ainsi l'Ecole Active bilingue étoile située près des Champs-Élysées sélectionne ouvertement ses élèves : 4500 euros de frais de scolarité auxquels il faudra ajouter 630 euros de préparation à la Mention Européenne et 975 euros l'option internationale au Bac !

 

L’idée selon laquelle l’enseignement privé  exerce une mission de service public est un mythe. Une école privée peut fermer quand bon lui semble. C’est arrivé récemment à un lycée privé parisien car le diocèse avait besoin des liquidités obtenues par la vente de terrains (link).

 

En Ile de France, 19% des élèves sont scolarisés dans le privé et 81% dans le public. Avec 470 lycées publics, les 202 lycées privés sous contrat représentent 30% des établissements. Il suffit d'un calcul mathématique assez simple pour constater que 19% d'élèves bénéficient de 30% des établissements.

 

Les manuels scolaires mis à disposition de l'ensemble des lycéens du privé représentent près de 4 Millions d’euros de dépenses. Cette somme est souvent présentée comme « une aide aux familles » mais elle est versée directement aux lycées et c'est ainsi une aide supplémentaire accordée à des établissements dont certains n'hésitent pas à faire payer aux familles jusqu'au coût de l'organisation des “ bacs blancs ”. Le lycée Saint Dominique à Neuilly-sur-Seine facture, ainsi les oraux de 1ere et de terminale 66 euros pour l'année.

 

À ces inégalités, il convient d’ajouter le problème des bourses : moyenne il y a moins de 10% d’élèves boursiers dans le privé, quand le public en accueille plus de 30%.

 

En usant d’un subterfuge de classe, le gouvernement vient enfin de faire un superbe cadeau au privé : l'association d'entraide des établissements privés (AEE) d’Île-de-France a récemment bénéficié d’une transformation lourde de conséquence. Par décret du 16 février 2010, cette association c’est transformée en “Fondation saint Matthieu pour l'école Catholique” (link), reconnue d’utilité publique. Par le biais de cette Fondation, les Évêques de France et le Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique peuvent récolter des dons qui permettent aux plus favorisés de s'exonérer de leur obligation de contribution au financement des services publics. Et ceux qui sont visés par cette fondation sont ciblés : « Si vous êtes assujettis à l'ISF, vous pouvez en affecter tout ou partie à la Fondation Saint Matthieu jusqu'à 50 000 euros ». « Le don libre favorise la création d’un cercle vertueux d’entraide », annonce cette brave fondation. Mais cette politique fiscale et les financements facultatifs organisent l'injustice !

 

En conclusion, disons qu’avec la complicité active de la gauche d’Île de France l’École publique est aujourd'hui déshabillée et dénigrée et son affaiblissement ouvre la voie à une marchandisation accrue des savoirs. L’enseignement privé profite d’une dégradation considérable de l’image de l’enseignement public.

 

 

 

Note réalisée à l’aide d’une réflexion du Front de Gauche d’Île de France

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 06:40

Une fois encore, je vole une pépite au courrier des lecteurs de Télérama (n° 3196) :

 

http://images.jedessine.com/_uploads/membres/articles/20070416/plombier_mq4.jpgMonsieur Luc Chatel estime envisageable le remplacement des professeurs absents par des parents d'élèves ou toute autre personne n'ayant reçu aucune formation pédagogique.

 

Je propose donc que l'on étende cette idée à tous les corps de métier. Ainsi, la prochaine fois que Monsieur Chatel aura une fuite d'eau à son domicile et que son habituel plombier sera indisponible, envoyons-lui un journaliste sportif, un boulanger ou, pourquoi pas, un prof.

 

Un professionnel n'étant visiblement pas nécessaire pour assurer le bon déroulement d'une tâche, je suis bien certaine que la fuite de Monsieur Chatel sera parfaitement maîtrisée par des personnes n'ayant aucune formation en plomberie.

 

Et un urologue ?

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 06:14

http://www.wacochildrenstheatre.com/Graphics/JungleBookImages/JB064.jpgRécemment, plusieurs classes de plusieurs écoles primaires de Toulouse se sont retrouvées dans une MJC afin de répéter et de peaufiner des saynètes, sous la direction d’un responsable de cet établissement, spécialiste de théâtre.


Un exercice extrêmement formateur.


En père d’élève intéressé, j’ai assisté à une partie de ce travail.


Une petite majorité des élèves étaient issus des classes moyennes. Une minorité de milieux nettement défavorisés.


Il se trouve que ces derniers enfants avaient travaillé des morceaux très concrets, alors que certains des enfants issus des classes moyennes avaient présenté des textes, des jeux de scène plus conceptuels, plus abstraits.


Les petits-bourgeois furent copieusement sifflés par les défavorisés. Une maîtresse d’école “ classes moyennes ” assise à mon côté s’en offusqua. Je lui dis :


— C’est tout bête : vous venez d’assister à un épisode de la lutte des classes … et des classes.

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 14:47

Le 12 mars dernier,  l'Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette   occasion fut donnée, à l'opéra de Rome, une représentation de l'opéra   le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi,   dirigé par Riccardo Muti.


http://graphics8.nytimes.com/images/2007/01/20/arts/20muti.650.jpgNabucco de Verdi est une oeuvre autant musicale que politique : elle   évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux   chant « Va pensiero » est celui du Choeur des esclaves opprimés. En   Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui   dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par   l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de   l'Italie unifiée.


Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est   monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans  le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu'Alemanno est   un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi. Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus  symboliques pour l'Italie, allait produire un effet inattendu,  d'autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la  représentation...


Selon le Times, Riccardo Muti, raconte ce  qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a   eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé  l'opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j'ai immédiatement senti que l'atmosphère  devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez  pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c'est le silence du  public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va  Pensiero allait démarrer, le silence s'est rempli d'une véritable  ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la  lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et  perdue ! ».


  Alors que le Choeur arrivait à sa fin, dans le public certains  s'écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive  l'Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout  en haut de l'opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de  messages patriotiques - certains demandant «Muti, sénateur à vie ».

 

Bien qu'il l'eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en  1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui,  un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire  simplement jouer un bis. Il fallait qu'il y ait une intention  particulière. », raconte-t-il. Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans  un geste théâtral, le chef d'orchestre s'est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà  ce qui s'est produit :
  [Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus,  
on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"]

Ricardo Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays.
 Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue". [Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]


 

Muti : « Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. »


Muti invita alors le public à chanter avec le Choeur des esclaves. « J'ai vu des groupes de gens se lever. Tout l'opéra de Rome s'est levé. Et le Choeur s'est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l'opéra. Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l'attention des  politiciens. »

 

http://g.sheetmusicplus.com/Look-Inside/large/3133009_01.jpg

http://niurka39.canalblog.com/archives/2011/04/09/20851216.html
http://www.dailymotion.com/video/xhpdw3_verdi-le-choeur-des-prisonniers_newsiframe

 

 


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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:56

Ne plus enseigner le français en France présenterait, entre autres, l'avantage suivant : les Français ne seraient plus capables de décrypter les finesses langagières d'un Claude Guéant, par exemple (voire la note précédente).

J'ai reçu hier cet appel urgent : 


http://img.clubic.com/0118000000068274-photo-imperialisme-jacquette.jpg


 

Langue française : Opération Chatel
Tous ensemble devant le ministère de l'Éducation  Anglo-saxonne
dirigé (et détourné) par M. Luc Chatel, 110 rue de Grenelle - 75007 Paris, pour un
RASSEMBLEMENT
samedi 30 avril à 15h.
Nous ne les laisserons pas instrumentaliser l'École !
 Refusons l'endoctrinement impérialiste et linguistique de nos enfants !


 
 

 

 

M. Chatel, pédagogue bien connu, aime tant l'anglais qu'il tient à en faire partager sa passion à tous nos enfants, dès 3 ans, -et tout au long de leur scolarité. M. Chatel est un homme de convictions : il est seulement à déplorer que le patriotisme et la loyauté n'en fassent partie,  -ou plutôt que ce patriotisme exacerbé, franchement chauvin et péniblement exclusif, s'exerce vis à vis des États-Unis -probablement la patrie "de cœur", pour l'ancien DRH de la multinationale Lauréal.
 Mais ce n'est pas le seul projet du gouvernement dont il est l'homme de peine. Notre tâcheron de l'endoctrinement devra bientôt répondre au souhait présidentiel de voir les mathématique, l'Histoire (et le sport !) enseignés "en langue étrangère" (langue dont le choix n'est plus un mystère...) dans les lycées, rendant de facto la langue de Business Europe, le syndicat du patronat européen, LA matière principale pour avoir son bac, puisque celle qui conditionne l'accès et la compréhension de toutes les autres ! Un jeune britannique de passage aura ainsi plus de facilités que nos enfants à réussir son bac en France -une délicatesse rare et très ciblée en matière d'intégration, sans doute le véritable sens de l'  "immigration choisie" chère à M. Sarkozy- mais surtout une façon de faire comprendre très efficacement à tout parent et tout écolier la véritable hiérarchie des langues en France : rater le français c'est perdre une matière -bien marginalisée qui plus est, avec la division par deux dès l'an prochain de son volume horaire en première et terminale L, au profit d'un apprentissage "de la littérature étrangère en langue étrangère" dont n'a peine à deviner, là encore, quelle langue en bénéficiera. Échouer en anglais c'est louper son bac.
 
[Quelques précisions très officielles -la partie émergée, celle déjà mise en œuvre, pour le reste relire les discours de nos gouvernants : http://www.education.gouv.fr/cid55664/installation-du-comite-strategique-des-langues.html. On y parle beaucoup "des langues étrangères", d'ailleurs, mais pour ce qui est des stages gratuits au lycée, les masques tombent : c'est pour l'anglais seulement].

 Après avoir été, selon les vœux de Jules Ferry, le moyen de notre unité et le premier service de la République française, l'École publique, laïque et obligatoire, est donc en passe de devenir l'instrument par excellence de notre formatage linguistique et culturel, de la "normalisation" de notre "exception culturelle" -de la relégation accélérée de notre langue maternelle au rang d'idiome local pour nostalgiques d'un réservoir de travailleurs qualifiés interchangeables qui s'est appelé un jour France.
 
 Car autant les causes d'une mesure aussi brutale et délétère sont profondes et ramifiées -créer de toute pièce un peuple européen dont la langue "nationale" serait l'anglais, ce qui aurait l'avantage de donner une apparence de légitimité à la construction bruxelloise tout en favorisant les rapprochements ultérieurs avec les "modèles" anglo-saxons ; rendre nos enfants plus à l'aise avec l'anglais qu'avec toute autre langue (y compris... la nôtre, si possible !), pour que la nouvelle génération n'est plus de réticences à voir cette langue s'imposer ; rendre l'anglais naturel pour eux, puisque connu dès le plus jeune âge et légitimé par l'École, étape indispensable au remplacement pur et simple du français...- autant les raisons de s'y opposer sont simples. Évidentes. Parmi elles, conserver la capacité à accéder notre patrimoine littéraire -ces textes qui ont forgé notre pensée à travers les âges et infléchis notre histoire collective-, mais aussi plus immédiatement, nos propres concepts pour décrire le monde et ses possibles, car une langue est tout sauf objective ! Préserver ce creuset particulier de définitions et de non-dits, de connotations, d'usages, d'abstractions et de descriptions imagées qui donne à une langue toutes ses nuances pour décrire la réalité de ses locuteurs : la nôtre, notre pacte social,  et cet humanisme des Lumières que l'on voudrait bien extirper de nos têtes. Conserver, d'ailleurs, simplement une langue pour s'exprimer, revendiquer s'il le faut, car ce qu'on nous propose n'est qu'un code formaté, toiletté, neutralisé. Du globish plus que de l'anglais. Un jargon mercatique politiquement corrigé, une boussole faussée qui indiquera toujours  la droite plutôt que le nord...
 
 
 Vous voudrez bien trouver en pièce-jointe l'appel à ce rassemblement -qui reprend certains aspects de celui du 19 mars, dont il est un prolongement.
 En pièce-jointe également, le compte-rendu du Rassemblement de la fontaine Molière, qui fut une belle réussite pour ce tout premier coup d'essai. Merci à tout ceux qui en furent !

 A vous retrouver le 30 avril,
 salutations militantes,
 
       M.V., pour le COURRIEL. 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 08:04

Feu sur les enseignants, par Gilles Balbastre pour Le Monde Diplomatique

 

http://blogpro.toutantic.net/wp-content/uploads/2006/12/gestionDeProjet.pngAlors qu’aux États-Unis certains dirigeants – dont une ancienne vice-ministre américaine de l’éducation – critiquent la mise en compétition des établissements et l’évaluation des élèves, cette logique inspire les réformes françaises. Le gouvernement tente d’affaiblir le statut des enseignants, un corps traditionnellement revendicatif, en individualisant les carrières.

« Dynamique et réactif », « disponible », « grand sens de l’autorité naturelle, alliant fermeté et souplesse », « ouverture d’esprit », « capacité à mener des projets », « capacité à innover ». Les exigences des employeurs qui déposaient à la veille de l’été 2010 leurs « fiches de recrutement » sur Internet n’étonnent guère. Plus inhabituelle, cependant, est la catégorie professionnelle à laquelle ils s’adressent : les enseignants. Un bouleversement ? Pas vraiment.

Depuis une petite dizaine d’années, différents ministres se sont évertués à accommoder le service public de l’Education nationale aux principes du management « moderne ». Avec la volonté d’imiter le modèle de relations sociales du secteur privé, en transformant chaque établissement en petite entreprise autonome.

Annoncé à bas bruit par le ministre de l’éducation, M. Luc Chatel, au cours des États généraux de la sécurité à l’école, en avril, le programme Clair (Collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) constitue le dernier avatar de cette « révolution ». Encore expérimental et restreint à une centaine d’établissements « concentrant le plus de difficultés en matière de climat scolaire et de violence », ce dispositif donne la possibilité aux chefs d’établissement de « recruter les professeurs sur profil ». En d’autres termes, les enseignants, y compris les détenteurs du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) ou de l’agrégation, seront désormais nommés sans passer par le mouvement national de mutations qui leur garantissait depuis des décennies une indépendance d’action par rapport à leur direction administrative.

Autre mesure essentielle du dispositif : « Un préfet des études est désigné pour chaque niveau. Elément central de la cohérence des pratiques, du respect des règles communes et de l’implication des familles, il exerce une responsabilité sur le plan pédagogique et éducatif. » Avec la création de ces « préfets », sorte de contremaîtres, une hiérarchie intermédiaire voit ainsi le jour dans le corps des enseignants, jusqu’à présent relativement égalitaire.

Derrière le prétexte d’une consensuelle lutte contre la violence scolaire, « les choses sont claires, si je peux me permettre ce jeu de mots, grimace M. Willy Leroux, professeur de technologie depuis seize ans à Grande-Synthe, près de Dunkerque. Cette réforme est là pour remettre en cause notre statut » – un statut hérité des années 1950.

Des machines à 
fabriquer du projet

M. Leroux a de quoi être inquiet, lui qui travaille dans un établissement classé depuis cinq ans « RAR » (réseau ambition réussite). Il a pu observer la mise en place de cette politique de dérégulation – enclenchée par les gouvernements de MM. Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin et François Fillon – par petites touches, par accumulation de réformes successives.

L’instauration par M. Gilles de Robien, alors ministre de l’éducation nationale, du dispositif RAR, sans aucun doute le plus emblématique, remonte à la rentrée 2006. Elle faisait suite, déjà, à des violences urbaines largement médiatisées : la révolte des banlieues de l’automne 2005. Cette année-là, le ministère, inspiré par la commission du débat national sur l’avenir de l’école (2003-2004), présidée par M. Claude Thélot, invente un « super-prof », baptisé à l’époque « professeur référent ». Celui-ci voit sa présence dans les classes ramenée à neuf heures hebdomadaires (au lieu de dix-huit pour un certifié), mais doit en échange, selon la nouvelle rhétorique entrepreneuriale, « impulser une dynamique pédagogique » et « favoriser la dynamique du projet de réseau ».

Ces « postes à profil » ouvrent une première brèche dans le statut de fonctionnaire. Recrutés par lettre de mission et non plus à la suite de mutations administratives, ces « professeurs référents » dépendent désormais de leur chef d’établissement ou de leur inspecteur, et sont soumis à une évaluation par objectifs.

À la façon des agents de maîtrise en entreprise, une partie de ces professeurs RAR ont servi de courroie de transmission entre les directions – soucieuses de faire appliquer les velléités réformatrices du ministère – et les équipes pédagogiques. Jusqu’alors, « l’idée générale, chez les profs, c’est une égalité de fait : je respecte tes cours car tu respectes les miens, observe Mme Hélène Dooghe, professeure de lettres modernes à Roubaix. On fait le même boulot, avec le même nombre d’heures, les mêmes conditions de travail. Ce genre de profs, avec un statut différent, avec une présence moindre devant les élèves, avec un rapport particulier à la hiérarchie, a amené une certaine division dans les salles de profs. Ce qui peut être préjudiciable, car, dans ces collèges, nous avons avant tout besoin de solidarité. »

« J’ai voulu l’autonomie des réseaux ambition réussite comme un moyen de libérer les énergies, de stimuler les projets innovants, l’invention pédagogique et aussi la création de partenariats avec des acteurs de la vie économique et de la société civile », s’enflammait en janvier 2007 M. de Robien. Sans surprise, ces « superprofs » se sont bien souvent transformés en véritables machines à fabriquer du « projet », comme les sixièmes « à thème » (Egypte, musique, théâtre… astrologie, etc.).

Mais l’enthousiasme de M. de Robien n’est pas unanimement partagé. « En réalité, les projets répondent surtout à une volonté de la hiérarchie, qui veut donner une image positive des établissements difficiles, particulièrement dans une période où les moyens ont diminué drastiquement et où la carte scolaire a été supprimée », glisse Mme Cécile Poullelaouen, professeur d’anglais. « Personne ne semble se soucier d’évaluer sérieusement l’efficacité pédagogique de ces projets, notamment en termes de progrès scolaires des élèves, confirme Mme Dooghe. Le concept de projet suffit bien à sa propre justification… ».

« Nous avons un 
public à conquérir »

Les rapports d’activité dans les RAR, rédigés par les professeurs référents, illustrent parfois jusqu’à la caricature la prédominance de cette nouvelle norme pédagogique. Un exemple parmi tant d’autres : « La mise en place de projets transversaux à un ensemble d’établissements scolaires du réseau reflète la réalité de la mobilisation des moyens et du travail en partenariat au service de la réussite des élèves dans un domaine donné », écrit l’académie de Clermont-Ferrand dans une note où le mot « projet » figure vingt et une fois sur neuf pages.

Il n’est guère surprenant de voir la réforme « ambition réussite » de 2006 associer des mesures favorisant à la fois la prise de pouvoir des chefs d’établissement, la création d’une hiérarchie intermédiaire et l’utilisation surabondante de concepts creux. Les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello avaient montré en 1999 comment, depuis une vingtaine d’années, le capitalisme s’était modernisé en se parant de colifichets tels que les concepts de « réseau » et de « projet ».

Franck Lepage, militant de l’éducation populaire, a observé les effets mercantiles de cette contamination rhétorique dans le secteur socioculturel : « Aujourd’hui, on réunit un groupe de jeunes. Avec eux, on monte un “projet”. Ce projet dure un an. On défend ce projet en échange d’une subvention, en concurrence avec d’autres porteurs de projets. Ce projet n’est pas fini qu’on est déjà en train de préparer le projet suivant pour obtenir la subvention suivante. À partir du moment où l’on fait ça, mesdames et messieurs, on entre dans la définition marxiste de la marchandise. La marchandise, c’est un bien ou un service réalisé dans des conditions professionnelles, qui teste sa pertinence sur un marché en concurrence avec d’autres biens ou services équivalents. Eh bien, mesdames et messieurs, le mot “projet” est un mot qui, insidieusement, transforme notre vie en un processus de marchandise. »

C’est maintenant le tour de l’Education nationale : « Le principal de notre collège nous a annoncé, à la rentrée, que nous pouvions déposer des projets, mais qu’il ne pourrait en faire subventionner que cinq par le conseil général, raconte Mme Dooghe. Il est évident que cette mise en concurrence risque de diviser les professeurs et de fragiliser ceux qui ne feront pas partie du projet gagnant. Sans compter qu’elle accroît le pouvoir du chef d’établissement et diminue d’autant notre liberté pédagogique. »

Par ailleurs, ces « projets » deviennent les arguments sur la base desquels principaux et proviseurs cherchent désormais à « vendre » leur établissement aux parents d’élèves. On ne s’étonnera donc pas d’entendre le responsable d’un collège de Roubaix déclarer le jour de la rentrée : « Nous n’avons pas fait une campagne énorme de publicité. Nous avons un public à conquérir… » À conquérir grâce au relais complaisant de la presse régionale.

Ainsi, pour l’académie de Lille, La Voix du Nord et Nord Éclair font régulièrement l’éloge de ce type d’initiatives : « Une boutique du RC Lens ouvre au collège Langevin d’Avion », « Concours de calcul mental au collège Michel-de-Swaen », « Éducation musicale au collège Camus : une dernière année en fanfare », « Au collège Van-der-Meersch, on parle excellence et intégration », « L’éducation à l’écocitoyenneté au collège du Westhoek », etc.

Et ce d’autant plus qu’une enquête de la Cour des comptes révélait en 2009 que 186 des 254 collèges du RAR avaient perdu jusqu’à 10 % de leurs élèves du fait de l’assouplissement de la carte scolaire. Il est vrai que le label « ambition réussite » paraît peu attractif à des parents un tant soit peu conscients de l’exacerbation des compétitions scolaires. Tous les établissements, du nord au sud, se retrouvent ainsi engagés dans une concurrence effrénée.

M. Stéphane Rio, secrétaire adjoint du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) dans l’académie d’Aix-Marseille, en poste dans le Nord pendant huit ans, témoigne de ce virage : « Nombre de collègues ont relevé en cette rentrée 2010 un discours managérial chez les chefs d’établissement. Ils n’ont à la bouche qu’objectifs à atteindre, compétences et actions à évaluer. Ça nous éloigne franchement de la mission de service public de l’Education nationale. »

Après EDF, la SNCF 
et France Télécom, 
l’Education nationale

Face à ces attaques répétées et à ces menaces, la profession semble plongée dans le doute. « En trente ans de métier, je n’ai jamais vu un tel bazar, confie M.Michel Devred, professeur d’histoire-géographie en lycée et militant syndicaliste. Tout se fait en plus dans la précipitation, avec une baisse de moyens drastique. La réforme de la formation des stagiaires, par exemple, est un vrai casse-tête. Les nouveaux professeurs se retrouvent dix-huit heures devant les élèves sans aucune préparation. » Seize mille suppressions de postes s’ajoutent en effet cette année aux trente-quatre mille quatre cents enregistrées depuis trois ans. Quant aux enseignants stagiaires, qui avaient jusque-là un service de six heures afin de découvrir le métier et d’acquérir des méthodes pédagogiques et didactiques, ils assument désormais d’emblée une charge de cours presque équivalente à celle de leurs aînés titulaires.

Pourtant, la mobilisation lors de la journée de grève du 6 septembre n’a pas été à la hauteur des espérances syndicales. Il est vrai qu’elle précédait la grande journée du 7 contre la réforme des retraites, beaucoup plus suivie par les enseignants. « On assiste à un véritable travail de sape, constate M. Devred. Chaque année, des lois, des réformes sont imposées aux enseignants. En 1989 déjà, la mise en place d’une hiérarchie intermédiaire, avec la création d’un super-prof, avait été tentée par un certain Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale. Cela avait déclenché une grève massive. Mais, avec l’accumulation des réformes, les défenses faiblissent peu à peu. Les collègues font le dos rond, en se disant : “Oh ! après tout, celle-là, elle finira aux oubliettes.” C’est une erreur : en face, ils ne font que gagner du terrain. »

En effet, à Grande-Synthe, M. Leroux ne sent pas vraiment ses collègues prêts à se mobiliser. Une minorité s’est opposée à la réforme « ambition réussite », une autre y a adhéré, mais, dans l’ensemble, la majorité s’est comportée en ventre mou. Peut-être, effectivement, à cause de la multiplication des attaques ; peut-être aussi à cause du flou momentané de la réforme. Et certainement à cause d’une réalité plus dure.

« Je n’ai jamais vu 
un tel bazar »

Mme Martine Boidier, professeur d’anglais à Lille dans un collège à la fois RAR et Clair, souligne les difficultés du métier dans ce genre d’établissement : « Les collègues se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Ils veulent croire, au moins en partie, aux annonces de ces réformes, et ne voient pas forcément tout de suite leurs conséquences négatives. Tout est bon pour espérer un quotidien de travail meilleur. »

Le sociologue Christophe Hélou, professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée d’Angers, y décèle surtout le signe d’une souffrance grandissante : « L’usure morale, le sentiment d’échec et d’inutilité sociale caractérisent l’expérience professionnelle des enseignants, qui se sentent à la fois en butte à la critique des usagers et abandonnés par l’institution. »

Cette politique de dérégulation du service public, qui, avant de s’attaquer à l’éducation, a visé les salariés de France Télécom, d’Electricité de France (EDF) ou de la Société nationale des chemins de fer (SNCF), atteint aujourd’hui une intensité inédite dans ce secteur.

Elle ne pourrait se mettre en place sans un contexte idéologique favorable. « Le postulat avancé par un certain milieu intellectuel et politique qui va de la “deuxième gauche” à la droite, et notamment par des personnalités comme Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris et concepteur de la réforme des lycées, c’est que le corps professoral, avec son statut et son élitisme disciplinaire, serait un vecteur de conservatisme. Sauf que ce postulat ignore volontairement d’une part les attaques politiques portées contre le corps professoral et le service public de l’Education nationale, qui n’ont jamais été aussi violentes, et, d’autre part, les dégâts considérables d’une économie ultralibérale que subissent les classes populaires et leurs enfants », dénonce ainsi M. Rio.

Précariser le statut enseignant pour enseigner à des populations précarisées. Et si c’était cela, le « projet » ?

Gilles Balbastre

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 09:40

Prochainement, je vous parlerai d'Ali Coulibaly, le Frédéric Lefebvre de Ouattara. Coulibaly est beaucoup plus cultivé que Lefebvre mais il partage avec le degré zéro de la politique française l'irrépressible besoin aveugle de servir en bon godillot.

http://jessfarrugia.blog.sudouestjob.com/public/mesdossiers/Mes%20images/BILLETS%20DU%20JOUR/bonnetdane.jpg

Ces deux derniers jours, les internautes se sont déchaînés suite à l'erreur (pas au lapsus) commis par Lefebvre dans un lieu de culture.

Le livre préféré de Frédéric Lefebvre ? Celui dans lequel il se replonge souvent ? Sans hésiter, il répond : « Zadig et Voltaire » , car c'est une « leçon de vie ».

Seulement, Zadig et Voltaire est une chaîne de magasin de prêt-à-porter.

Les internautes ont proposé, entres autres, ces titres :

  • « La vache qui rit » , de Victor Hugo
  • « L'Audi 7 » de Homère
  • « Auchan en emporte le vent » de Margaret Mitchell
  • L'assassin habite au Century 21 de S.A. Steeman
  • « Triste Tropicana » de Claude Lévi-Strauss
  • « Le Spécial K » de Dino Buzzati
  • « Le désert des steaks tartares » de Dino Buzzati
  • « Le Cidre » de Corneille
  • « En rouge et noir » de Stendhal
  • « Ainsi parlait Zara », de Nietzsche
  • « Les justes prix » d'Albert Camus
  • « Les frères Bogdanov » de Dostoïevski
  • « L'école des fans » de Molière
  • « Le Monde selon Gap » d'Irving
  • Le dernier livre de Christine Mango
  • « Ushuaïa, mon amour », de Duras
  • « Les Versace sataniques » de Rushdie
  • « Les Fables de Bataille et Fontaine »
  • « Les Misérables » de Hugo Boss
  • « Omelette » de Shakespeare
  • « Alpha Roméo et Juliette » de Shakespeare
  • « Légumes du jour » par Boris Viande
  • « La possibilité d'une île flottante » de Michel Houellebecq (variante fumeuse :La possibilité Dunhill)
  • Philippe Bouvard et Pécuchet, de Flaubert
  • « On ne badine pas avec Zemmour » d'Alfred de Musset
  • « 1664 » de George Orwell
  • « L'Être et le Guéant » de Jean-Paul Sartre
  • « Le Capital » de Marks and Spencer
  • « La Graille et le pain » de DSK
  • « Les brèves de comptoir » de Nadine Morano
  • « Don Quishoote » de Jean-Luc Delarue
  • « Blanche-Neige » du même Delarue
  • « Madame Beaumari » de Carla Bruni
  • « Le Vieux rhum et l'amer » de Jean-Louis Borloo
  • « Les Fourberies d'Escarpin » de Rachida Dati
  • « La possibilité Dunhill » de M. Houelbecque

 

 

 


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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 06:30

 

http://argoul.files.wordpress.com/2011/03/revolte-arabe-journal-de-montreal.jpgLe numéro d’avril 2011 est particulièrement dense. Face aux révoltes arabes, au chaos Libyen, Serge Halimi donne quelques avertissements : « Depuis plusieurs mois, les révoltes arabes rebattent les cartes politiques, diplomatiques et idéologiques de la région. La répression libyenne menaçait cette dynamique. Et la guerre occidentale autorisée par les Nations unies vient d’introduire dans ce paysage une donnée aux conséquences imprévisibles. Même une montre cassée donne l’heure exacte deux fois par jour. Le fait que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni aient pris l’initiative d’une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force contre le régime libyen ne suffit pas pour la récuser d’emblée. Un mouvement de rébellion désarmé et confronté à un régime de terreur en est parfois réduit à s’adresser à une police internationale peu recommandable. Concentré sur son malheur, il ne refusera pas ses secours au seul motif qu’elle dédaigne les appels des autres victimes, palestiniennes par exemple. Il oubliera même qu’elle est davantage connue comme une force de répression que comme une association d’entraide. »

 

Ainsi vivent les Cubains Renaud Lambert voit des “ réformes dans la révolution ” à Cuba : « La population cubaine savait que M. Fidel Castro avait cédé la présidence du pays à son frère Raúl. Le 22 mars, elle a découvert qu’il lui avait également confié la direction du Parti communiste. Et ce depuis... cinq ans. Le cadet aborde ainsi le 6e congrès du parti, prévu à la fin d’avril, en situation d’imposer son « pragmatisme » économique. »

 

Pour Harry Harootunian, “ La maison Japon se fissure ” : « Après le choc du tsunami, le monde a vécu au rythme des aléas de la centrale de Fukushima et de ses six réacteurs. Le débat sur la pertinence du nucléaire civil et son contrôle est relancé. Mais il ne suffit pas de fermer un site pour que tout s’arrête, comme le montre l’exemple français du démantèlement de Superphénix. En Inde, la protestation contre l’implantation d’un réacteur européen à eau pressurisée prend de l’ampleur. Au Japon, le gouvernement s’est fait tantôt alarmiste, tantôt rassurant sur les risques de contamination radioactive, au gré des informations fournies par l’entreprise privée Tepco, pour le moins désinvolte. »

 

Praful Bidwai explique pourquoi le projet d’Areva est contesté en Inde : « Longtemps privée des technologies occidentales, l’Inde accélère ses investissements dans l’énergie nucléaire civile. Sans se préoccuper de l’avis des populations. Dans les villages reculés de la chaîne de montagnes du Sahyadri, sur la côte ouest de l’Inde, les noms de l’entreprise nucléaire française Areva et de son modèle de réacteur européen à eau pressurisée (EPR) sont passés dans le langage courant, de même que les termes « radioactivité », « plutonium » et « déchets nucléaires ». Ces villages d’une frappante beauté qui entourent Jaitapur, à quelque quatre cents kilomètres au sud de Bombay, appartiennent à l’un des dix plus grands « points chauds de biodiversité » de la planète. Areva projette d’y construire prochainement six réacteurs nucléaires de 1 650 mégawatts (MW). »

Christine Bergé voit des braises sous la cendre de Superphénix : Dix ans pour la construction, trente pour la déconstruction. La durée de vie utile de Superphénix n’aura été que de onze ans. Mais l’histoire de l’emblème du nucléaire à la française est loin d’être terminée. En arrivant par la route à Creys-Malville, on aperçoit très vite l’imposant édifice du bâtiment réacteur dont la masse de béton s’élance à quatre-vingts mètres de hauteur. Installé dans une boucle du Rhône, au milieu des champs et des forêts de l’Isère, Superphénix est toujours le théâtre d’une intense activité. Quatre cents intervenants y accomplissent, depuis l’annonce de son démantèlement, il y a plus de dix ans, des opérations délicates, retirant une à une ses fonctions vitales dans le but de le désarmer définitivement. Le chantier est prévu pour durer encore une vingtaine d’années. « Volcan aux portes de Lyon », selon les mots du philosophe Lanza del Vasto, le plus grand surgénérateur du monde, dont l’abandon fut décrété par M. Lionel Jospin le 19 juin 1997, suscite encore toute l’attention des ingénieurs du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). »

Une analyse très stimulante de Frédéric Lordon sur “ Extension du domaine de la régression ” : « A la veille d’un Conseil européen consacré à la crise de la dette, le Parlement portugais rejetait, le 23 mars, un plan destiné à réduire le déficit en rognant sur les dépenses sociales. Inébranlables, les gouvernements de la zone euro continuent à prescrire la pilule amère de la rigueur. Comme dans un rêve de Naomi Klein qui rattraperait les malfaçons de sa thèse initiale, le néolibéralisme européen met un soin particulier à se conformer à la « stratégie du choc » — mais d’un choc qu’il a lui-même largement contribué à produire. On croyait déjà avoir vu du pays avec la « réponse » à la crise (financière privée) sous la forme de plans d’austérité (publique) sans précédent. Mais le prolongement du « pacte de compétitivité » nous emmène pour un autre voyage dont on ne voit même plus le terme. Jusqu’où le paradoxe de l’acharnement néolibéral en réponse à la crise néolibérale peut-il aller ?, c’est une question dont la profondeur devient insondable. »

Pour Guillaume Pitron, “ la gomme arabique fait tanguer l’Amérique ” : « New York. A l’angle de Hanover Square et de Pearl Street, au cœur de Manhattan, se dresse une ancienne maison de négoce convertie en club d’affaires : l’India House. Au premier étage, les salons autrefois destinés aux transactions de produits acheminés des Indes ont été réaménagés en un élégant restaurant. Mais l’esprit des marchands de denrées exotiques rôde toujours en ces lieux. Oublié des lumières tamisées et des conversations, s’y niche, tel un messager de ces antiques commerces, un cabinet de curiosités. La commode en bois précieux compte une trentaine de tiroirs gorgés de ces matières premières indispensables à l’économie américaine. Le onzième, préposé aux résines, renferme un amas de granulés qu’accompagne cette mention : «  gomme arabique ». »

 

Très bonne question de Rémy Lefèvre : “ L’histoire vire-t-elle à droite ? ” : « Les valeurs des Français ont évolué vers la droite : pas assez d’autorité, pas assez de sécurité, pas assez de fermeté », déclarait récemment M. Nicolas Sarkozy. Le projet du Parti socialiste ne se démarque pas toujours de cette analyse. Laquelle est en effet bien commode pour justifier des renoncements politiques dont l’extrême droite se nourrit. Qu’elle soit radicale ou réformiste, la gauche n’a pas tiré profit de la crise financière et de la remise en cause du libéralisme économique qui semblait s’amorcer. Aux élections européennes de 2009, alors que le capitalisme financier apparaissait idéologiquement fragilisé, la social-démocratie a enregistré une défaite historique. De l’autre côté de l’Atlantique, un vent droitier a soufflé sur les élections de mi-mandat qui ont vu le parti du président Barack Obama perdre sa majorité à la Chambre des représentants.

 

Georges Corm pense que les peuples arabes ont retrouvé une forme d’unité : « Depuis le 18 décembre 2010, date à laquelle Mohammed Bouazizi s’est immolé par le feu dans une petite ville de l’intérieur tunisien, un acteur qui semblait s’être volatilisé de la scène politique arabe depuis des décennies a refait son apparition : les pancartes brandies par des centaines de milliers de manifestants, à Tunis, au Caire, à Bagdad, Manama, Benghazi, Sanaa, Rabat, Alger et ailleurs, font étalage de la volonté du « peuple ». Ce que l’on dénommait jusqu’ici avec dédain « la rue arabe » s’est transformé en « peuple », toutes classes sociales et toutes tranches d’âge confondues. Les revendications sont simples et claires, loin de tout jargon idéologique et de toute tentation démagogique, religieuse ou particulariste. Dans une langue dépouillée et directe, les slogans lapidaires font mouche partout : d’un côté, la revendication de la liberté politique, de l’alternance au pouvoir, de la fin de la corruption, du démantèlement des appareils de sécurité ; de l’autre, la demande de dignité sociale et donc de possibilités de travail et de salaires décents. »

 

Jean-Pierre Séréni s’intéresse au passé et à l’avenir du pétrole libyen : « A travers l’histoire du pétrole apparaissent les batailles menées pour le contrôle de cette ressource stratégique et la manière dont les compagnies occidentales se sont forgé un fief en Libye. Bien avant l’intervention. A priori, c’est inexplicable. Ses rares partenaires le tenaient pour imprévisible, incohérent et capricieux. En 1986, le président américain Ronald Reagan l’avait traité de « chien fou du Proche-Orient », avant d’envoyer la VIe flotte bombarder la Libye et de lui imposer un embargo pétrolier sévère. L’homme faisait alors figure de paria... Pourtant, le colonel Mouammar Kadhafi a réussi, vingt ans après, à ramener son pays dans le peloton de tête des exportateurs de pétrole brut, grâce, entre autres, aux grandes compagnies pétrolières américaines. Comment une telle prouesse a-t-elle été possible ? »

 

Rachid Khechana interroge les racines de la révolte libyenne : « La révolte libyenne n’est pas née spontanément. Elle a été préparée aussi bien par les tentatives de réforme du régime que par les initiatives courageuses de militants. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Al-Arabiya le 19 février, Saïf Al-Islam, fils de M. Mouammar Kadhafi, a déclaré qu’avec l’aide de son père, il projetait d’entreprendre des réformes profondes du système politique. Il a également annoncé qu’une semaine avant le déclenchement du soulèvement, le « Guide » avait rencontré certains des opposants et leur avait promis des modifications radicales de la Constitution, la convocation d’élections libres et la promulgation de nouvelles lois. Ce qu’il oubliait de dire, c’est que l’ouverture qu’il avait lui-même tentée en 2003 avait échoué en 2008. »

Samir Aita se demande comment libérer l’État dans les pays arabes : « L’affaiblissement de l’Etat, la libéralisation de l’économie et l’appauvrissement de la société ont nourri les révoltes arabes. Les fondements du « printemps » sont à rechercher bien au-delà des seules revendications pour les libertés publiques et la démocratie. C’est par l’économie politique que s’explique le rejet de cette « exception arabe », à laquelle le nouveau réveil veut mettre fin : des régimes autoritaires et stables depuis les années 1970. Car si, dans cette partie du monde, les monarchies sont absolues et les républiques verrouillées par des présidents à vie (et par des charges héréditaires), c’est qu’un pouvoir suprême s’est érigé au-dessus de l’Etat et des institutions bâties à l’indépendance, se donnant les moyens de durer. »

Quid du Maroc ?, interroge Ignace Dalle : « A l’appel du Mouvement du 20 février, des dizaines de milliers de Marocains de tendances très diverses continuent, en manifestant, de dire leur insatisfaction, malgré les réformes annoncées par le souverain le 9 mars. Ils demandent aussi le départ de ses principaux conseillers et du premier ministre. »

 

Rick Fantasia analyse le sursaut du mouvement social américain : « A Washington, le triomphe électoral des républicains aux élections de novembre dernier a ouvert la voie aux réductions des dépenses publiques, sans mettre en cause les baisses d’impôts. Loin de la capitale, dans des Etats de plus en plus désargentés, les gouverneurs républicains vont plus loin encore pour équilibrer leurs comptes sur le dos des fonctionnaires. Leur tentative ne reste pas sans réponse. »

Par Gergely Simon évoque le vide juridique dans les pays de l’Est : « Résidu de la production d’aluminium, les « boues rouges » toxiques échappées d’une usine hongroise ont causé, en octobre 2010, une catastrophe majeure. Apparaissent désormais les conditions qui l’ont rendue possible. Parmi lesquelles une législation qui n’impose ni contraintes ni sanctions aux entreprises polluantes — une véritable aubaine pour les sociétés étrangères. Jusqu’au 4 octobre 2010, les Hongrois ignoraient l’existence des boues rouges. Ce jour-là, la digue qui protégeait le bassin de rétention de l’usine d’aluminium d’Ajka cède ; un million de mètres cubes d’un épais liquide vermeil engloutissent sept communes, entraînant la mort de onze personnes et l’hospitalisation de centaines de blessés. Au-delà de la tragédie humaine, cet accident industriel a détruit la faune et la végétation sur un périmètre de huit cents hectares, et provoqué l’extinction complète de la vie dans les cours d’eau avoisinants, parmi lesquels plusieurs affluents du Danube. »

En Corée du Sud, on expulse les sans papiers à tour de bras (Frédéric Ojardias) : « Le gouvernement sud-coréen a entamé il y a trois ans une chasse aux « clandestins ». Originaires d’autres pays d’Asie, ceux qu’il expulse – à leurs frais – sont souvent entrés légalement sur le territoire ; mais leur visa de travail temporaire comporte des restrictions intenables. Le 29 octobre 2010, lors d’une descente des services de l’immigration dans un atelier de Séoul, un travailleur vietnamien sans papiers de 35 ans tente de s’échapper en sautant d’une fenêtre. Il décède à l’hôpital cinq jours plus tard, laissant une femme, en situation irrégulière comme lui, et un fils de 4 mois. Il travaillait en Corée du Sud depuis 2002. »

Yasmina Hamlawi décrit la répression sociale et politique au Bangla Desh : « Alors que les grandes marques occidentales de vêtements s’approvisionnent dans les usines bangladaises, les ouvriers du textile multiplient grèves et manifestations pour obtenir des salaires décents. »

David Montero demande quand les responsables des massacres commis lors de la partition du Pakistan en 1971 seront jugés équitablement : « En janvier dernier, la première ministre de la République populaire du Bangladesh, Mme Hasina Wajed, lançait une offensive sans précédent contre l’ordre religieux qui pesait jusqu’alors sur son pays. S’appuyant sur la Cour suprême pour rayer d’un trait de plume l’amendement constitutionnel qui, en 1979, avait fait du Bangladesh une république islamique, elle rendait au troisième plus grand pays musulman du monde son statut originel d’Etat séculier. »

En dernière page, l’écrivain Jerome Charyn parle de l’art du polar : « S’il fallait résumer l’Amérique à quelques clichés, le personnage du « privé » serait parmi les premiers à s’imposer : imper et chapeau mou, il découvre la proximité des notables et des gangsters avec flegme. Nourri de réalité et stylisé comme une légende, le « privé » fut créé par Dashiell Hammett, auquel Jerome Charyn, également auteur de polars, rend hommage. »

 

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