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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:56

Ne plus enseigner le français en France présenterait, entre autres, l'avantage suivant : les Français ne seraient plus capables de décrypter les finesses langagières d'un Claude Guéant, par exemple (voire la note précédente).

J'ai reçu hier cet appel urgent : 


http://img.clubic.com/0118000000068274-photo-imperialisme-jacquette.jpg


 

Langue française : Opération Chatel
Tous ensemble devant le ministère de l'Éducation  Anglo-saxonne
dirigé (et détourné) par M. Luc Chatel, 110 rue de Grenelle - 75007 Paris, pour un
RASSEMBLEMENT
samedi 30 avril à 15h.
Nous ne les laisserons pas instrumentaliser l'École !
 Refusons l'endoctrinement impérialiste et linguistique de nos enfants !


 
 

 

 

M. Chatel, pédagogue bien connu, aime tant l'anglais qu'il tient à en faire partager sa passion à tous nos enfants, dès 3 ans, -et tout au long de leur scolarité. M. Chatel est un homme de convictions : il est seulement à déplorer que le patriotisme et la loyauté n'en fassent partie,  -ou plutôt que ce patriotisme exacerbé, franchement chauvin et péniblement exclusif, s'exerce vis à vis des États-Unis -probablement la patrie "de cœur", pour l'ancien DRH de la multinationale Lauréal.
 Mais ce n'est pas le seul projet du gouvernement dont il est l'homme de peine. Notre tâcheron de l'endoctrinement devra bientôt répondre au souhait présidentiel de voir les mathématique, l'Histoire (et le sport !) enseignés "en langue étrangère" (langue dont le choix n'est plus un mystère...) dans les lycées, rendant de facto la langue de Business Europe, le syndicat du patronat européen, LA matière principale pour avoir son bac, puisque celle qui conditionne l'accès et la compréhension de toutes les autres ! Un jeune britannique de passage aura ainsi plus de facilités que nos enfants à réussir son bac en France -une délicatesse rare et très ciblée en matière d'intégration, sans doute le véritable sens de l'  "immigration choisie" chère à M. Sarkozy- mais surtout une façon de faire comprendre très efficacement à tout parent et tout écolier la véritable hiérarchie des langues en France : rater le français c'est perdre une matière -bien marginalisée qui plus est, avec la division par deux dès l'an prochain de son volume horaire en première et terminale L, au profit d'un apprentissage "de la littérature étrangère en langue étrangère" dont n'a peine à deviner, là encore, quelle langue en bénéficiera. Échouer en anglais c'est louper son bac.
 
[Quelques précisions très officielles -la partie émergée, celle déjà mise en œuvre, pour le reste relire les discours de nos gouvernants : http://www.education.gouv.fr/cid55664/installation-du-comite-strategique-des-langues.html. On y parle beaucoup "des langues étrangères", d'ailleurs, mais pour ce qui est des stages gratuits au lycée, les masques tombent : c'est pour l'anglais seulement].

 Après avoir été, selon les vœux de Jules Ferry, le moyen de notre unité et le premier service de la République française, l'École publique, laïque et obligatoire, est donc en passe de devenir l'instrument par excellence de notre formatage linguistique et culturel, de la "normalisation" de notre "exception culturelle" -de la relégation accélérée de notre langue maternelle au rang d'idiome local pour nostalgiques d'un réservoir de travailleurs qualifiés interchangeables qui s'est appelé un jour France.
 
 Car autant les causes d'une mesure aussi brutale et délétère sont profondes et ramifiées -créer de toute pièce un peuple européen dont la langue "nationale" serait l'anglais, ce qui aurait l'avantage de donner une apparence de légitimité à la construction bruxelloise tout en favorisant les rapprochements ultérieurs avec les "modèles" anglo-saxons ; rendre nos enfants plus à l'aise avec l'anglais qu'avec toute autre langue (y compris... la nôtre, si possible !), pour que la nouvelle génération n'est plus de réticences à voir cette langue s'imposer ; rendre l'anglais naturel pour eux, puisque connu dès le plus jeune âge et légitimé par l'École, étape indispensable au remplacement pur et simple du français...- autant les raisons de s'y opposer sont simples. Évidentes. Parmi elles, conserver la capacité à accéder notre patrimoine littéraire -ces textes qui ont forgé notre pensée à travers les âges et infléchis notre histoire collective-, mais aussi plus immédiatement, nos propres concepts pour décrire le monde et ses possibles, car une langue est tout sauf objective ! Préserver ce creuset particulier de définitions et de non-dits, de connotations, d'usages, d'abstractions et de descriptions imagées qui donne à une langue toutes ses nuances pour décrire la réalité de ses locuteurs : la nôtre, notre pacte social,  et cet humanisme des Lumières que l'on voudrait bien extirper de nos têtes. Conserver, d'ailleurs, simplement une langue pour s'exprimer, revendiquer s'il le faut, car ce qu'on nous propose n'est qu'un code formaté, toiletté, neutralisé. Du globish plus que de l'anglais. Un jargon mercatique politiquement corrigé, une boussole faussée qui indiquera toujours  la droite plutôt que le nord...
 
 
 Vous voudrez bien trouver en pièce-jointe l'appel à ce rassemblement -qui reprend certains aspects de celui du 19 mars, dont il est un prolongement.
 En pièce-jointe également, le compte-rendu du Rassemblement de la fontaine Molière, qui fut une belle réussite pour ce tout premier coup d'essai. Merci à tout ceux qui en furent !

 A vous retrouver le 30 avril,
 salutations militantes,
 
       M.V., pour le COURRIEL. 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 08:04

Feu sur les enseignants, par Gilles Balbastre pour Le Monde Diplomatique

 

http://blogpro.toutantic.net/wp-content/uploads/2006/12/gestionDeProjet.pngAlors qu’aux États-Unis certains dirigeants – dont une ancienne vice-ministre américaine de l’éducation – critiquent la mise en compétition des établissements et l’évaluation des élèves, cette logique inspire les réformes françaises. Le gouvernement tente d’affaiblir le statut des enseignants, un corps traditionnellement revendicatif, en individualisant les carrières.

« Dynamique et réactif », « disponible », « grand sens de l’autorité naturelle, alliant fermeté et souplesse », « ouverture d’esprit », « capacité à mener des projets », « capacité à innover ». Les exigences des employeurs qui déposaient à la veille de l’été 2010 leurs « fiches de recrutement » sur Internet n’étonnent guère. Plus inhabituelle, cependant, est la catégorie professionnelle à laquelle ils s’adressent : les enseignants. Un bouleversement ? Pas vraiment.

Depuis une petite dizaine d’années, différents ministres se sont évertués à accommoder le service public de l’Education nationale aux principes du management « moderne ». Avec la volonté d’imiter le modèle de relations sociales du secteur privé, en transformant chaque établissement en petite entreprise autonome.

Annoncé à bas bruit par le ministre de l’éducation, M. Luc Chatel, au cours des États généraux de la sécurité à l’école, en avril, le programme Clair (Collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) constitue le dernier avatar de cette « révolution ». Encore expérimental et restreint à une centaine d’établissements « concentrant le plus de difficultés en matière de climat scolaire et de violence », ce dispositif donne la possibilité aux chefs d’établissement de « recruter les professeurs sur profil ». En d’autres termes, les enseignants, y compris les détenteurs du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) ou de l’agrégation, seront désormais nommés sans passer par le mouvement national de mutations qui leur garantissait depuis des décennies une indépendance d’action par rapport à leur direction administrative.

Autre mesure essentielle du dispositif : « Un préfet des études est désigné pour chaque niveau. Elément central de la cohérence des pratiques, du respect des règles communes et de l’implication des familles, il exerce une responsabilité sur le plan pédagogique et éducatif. » Avec la création de ces « préfets », sorte de contremaîtres, une hiérarchie intermédiaire voit ainsi le jour dans le corps des enseignants, jusqu’à présent relativement égalitaire.

Derrière le prétexte d’une consensuelle lutte contre la violence scolaire, « les choses sont claires, si je peux me permettre ce jeu de mots, grimace M. Willy Leroux, professeur de technologie depuis seize ans à Grande-Synthe, près de Dunkerque. Cette réforme est là pour remettre en cause notre statut » – un statut hérité des années 1950.

Des machines à 
fabriquer du projet

M. Leroux a de quoi être inquiet, lui qui travaille dans un établissement classé depuis cinq ans « RAR » (réseau ambition réussite). Il a pu observer la mise en place de cette politique de dérégulation – enclenchée par les gouvernements de MM. Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin et François Fillon – par petites touches, par accumulation de réformes successives.

L’instauration par M. Gilles de Robien, alors ministre de l’éducation nationale, du dispositif RAR, sans aucun doute le plus emblématique, remonte à la rentrée 2006. Elle faisait suite, déjà, à des violences urbaines largement médiatisées : la révolte des banlieues de l’automne 2005. Cette année-là, le ministère, inspiré par la commission du débat national sur l’avenir de l’école (2003-2004), présidée par M. Claude Thélot, invente un « super-prof », baptisé à l’époque « professeur référent ». Celui-ci voit sa présence dans les classes ramenée à neuf heures hebdomadaires (au lieu de dix-huit pour un certifié), mais doit en échange, selon la nouvelle rhétorique entrepreneuriale, « impulser une dynamique pédagogique » et « favoriser la dynamique du projet de réseau ».

Ces « postes à profil » ouvrent une première brèche dans le statut de fonctionnaire. Recrutés par lettre de mission et non plus à la suite de mutations administratives, ces « professeurs référents » dépendent désormais de leur chef d’établissement ou de leur inspecteur, et sont soumis à une évaluation par objectifs.

À la façon des agents de maîtrise en entreprise, une partie de ces professeurs RAR ont servi de courroie de transmission entre les directions – soucieuses de faire appliquer les velléités réformatrices du ministère – et les équipes pédagogiques. Jusqu’alors, « l’idée générale, chez les profs, c’est une égalité de fait : je respecte tes cours car tu respectes les miens, observe Mme Hélène Dooghe, professeure de lettres modernes à Roubaix. On fait le même boulot, avec le même nombre d’heures, les mêmes conditions de travail. Ce genre de profs, avec un statut différent, avec une présence moindre devant les élèves, avec un rapport particulier à la hiérarchie, a amené une certaine division dans les salles de profs. Ce qui peut être préjudiciable, car, dans ces collèges, nous avons avant tout besoin de solidarité. »

« J’ai voulu l’autonomie des réseaux ambition réussite comme un moyen de libérer les énergies, de stimuler les projets innovants, l’invention pédagogique et aussi la création de partenariats avec des acteurs de la vie économique et de la société civile », s’enflammait en janvier 2007 M. de Robien. Sans surprise, ces « superprofs » se sont bien souvent transformés en véritables machines à fabriquer du « projet », comme les sixièmes « à thème » (Egypte, musique, théâtre… astrologie, etc.).

Mais l’enthousiasme de M. de Robien n’est pas unanimement partagé. « En réalité, les projets répondent surtout à une volonté de la hiérarchie, qui veut donner une image positive des établissements difficiles, particulièrement dans une période où les moyens ont diminué drastiquement et où la carte scolaire a été supprimée », glisse Mme Cécile Poullelaouen, professeur d’anglais. « Personne ne semble se soucier d’évaluer sérieusement l’efficacité pédagogique de ces projets, notamment en termes de progrès scolaires des élèves, confirme Mme Dooghe. Le concept de projet suffit bien à sa propre justification… ».

« Nous avons un 
public à conquérir »

Les rapports d’activité dans les RAR, rédigés par les professeurs référents, illustrent parfois jusqu’à la caricature la prédominance de cette nouvelle norme pédagogique. Un exemple parmi tant d’autres : « La mise en place de projets transversaux à un ensemble d’établissements scolaires du réseau reflète la réalité de la mobilisation des moyens et du travail en partenariat au service de la réussite des élèves dans un domaine donné », écrit l’académie de Clermont-Ferrand dans une note où le mot « projet » figure vingt et une fois sur neuf pages.

Il n’est guère surprenant de voir la réforme « ambition réussite » de 2006 associer des mesures favorisant à la fois la prise de pouvoir des chefs d’établissement, la création d’une hiérarchie intermédiaire et l’utilisation surabondante de concepts creux. Les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello avaient montré en 1999 comment, depuis une vingtaine d’années, le capitalisme s’était modernisé en se parant de colifichets tels que les concepts de « réseau » et de « projet ».

Franck Lepage, militant de l’éducation populaire, a observé les effets mercantiles de cette contamination rhétorique dans le secteur socioculturel : « Aujourd’hui, on réunit un groupe de jeunes. Avec eux, on monte un “projet”. Ce projet dure un an. On défend ce projet en échange d’une subvention, en concurrence avec d’autres porteurs de projets. Ce projet n’est pas fini qu’on est déjà en train de préparer le projet suivant pour obtenir la subvention suivante. À partir du moment où l’on fait ça, mesdames et messieurs, on entre dans la définition marxiste de la marchandise. La marchandise, c’est un bien ou un service réalisé dans des conditions professionnelles, qui teste sa pertinence sur un marché en concurrence avec d’autres biens ou services équivalents. Eh bien, mesdames et messieurs, le mot “projet” est un mot qui, insidieusement, transforme notre vie en un processus de marchandise. »

C’est maintenant le tour de l’Education nationale : « Le principal de notre collège nous a annoncé, à la rentrée, que nous pouvions déposer des projets, mais qu’il ne pourrait en faire subventionner que cinq par le conseil général, raconte Mme Dooghe. Il est évident que cette mise en concurrence risque de diviser les professeurs et de fragiliser ceux qui ne feront pas partie du projet gagnant. Sans compter qu’elle accroît le pouvoir du chef d’établissement et diminue d’autant notre liberté pédagogique. »

Par ailleurs, ces « projets » deviennent les arguments sur la base desquels principaux et proviseurs cherchent désormais à « vendre » leur établissement aux parents d’élèves. On ne s’étonnera donc pas d’entendre le responsable d’un collège de Roubaix déclarer le jour de la rentrée : « Nous n’avons pas fait une campagne énorme de publicité. Nous avons un public à conquérir… » À conquérir grâce au relais complaisant de la presse régionale.

Ainsi, pour l’académie de Lille, La Voix du Nord et Nord Éclair font régulièrement l’éloge de ce type d’initiatives : « Une boutique du RC Lens ouvre au collège Langevin d’Avion », « Concours de calcul mental au collège Michel-de-Swaen », « Éducation musicale au collège Camus : une dernière année en fanfare », « Au collège Van-der-Meersch, on parle excellence et intégration », « L’éducation à l’écocitoyenneté au collège du Westhoek », etc.

Et ce d’autant plus qu’une enquête de la Cour des comptes révélait en 2009 que 186 des 254 collèges du RAR avaient perdu jusqu’à 10 % de leurs élèves du fait de l’assouplissement de la carte scolaire. Il est vrai que le label « ambition réussite » paraît peu attractif à des parents un tant soit peu conscients de l’exacerbation des compétitions scolaires. Tous les établissements, du nord au sud, se retrouvent ainsi engagés dans une concurrence effrénée.

M. Stéphane Rio, secrétaire adjoint du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) dans l’académie d’Aix-Marseille, en poste dans le Nord pendant huit ans, témoigne de ce virage : « Nombre de collègues ont relevé en cette rentrée 2010 un discours managérial chez les chefs d’établissement. Ils n’ont à la bouche qu’objectifs à atteindre, compétences et actions à évaluer. Ça nous éloigne franchement de la mission de service public de l’Education nationale. »

Après EDF, la SNCF 
et France Télécom, 
l’Education nationale

Face à ces attaques répétées et à ces menaces, la profession semble plongée dans le doute. « En trente ans de métier, je n’ai jamais vu un tel bazar, confie M.Michel Devred, professeur d’histoire-géographie en lycée et militant syndicaliste. Tout se fait en plus dans la précipitation, avec une baisse de moyens drastique. La réforme de la formation des stagiaires, par exemple, est un vrai casse-tête. Les nouveaux professeurs se retrouvent dix-huit heures devant les élèves sans aucune préparation. » Seize mille suppressions de postes s’ajoutent en effet cette année aux trente-quatre mille quatre cents enregistrées depuis trois ans. Quant aux enseignants stagiaires, qui avaient jusque-là un service de six heures afin de découvrir le métier et d’acquérir des méthodes pédagogiques et didactiques, ils assument désormais d’emblée une charge de cours presque équivalente à celle de leurs aînés titulaires.

Pourtant, la mobilisation lors de la journée de grève du 6 septembre n’a pas été à la hauteur des espérances syndicales. Il est vrai qu’elle précédait la grande journée du 7 contre la réforme des retraites, beaucoup plus suivie par les enseignants. « On assiste à un véritable travail de sape, constate M. Devred. Chaque année, des lois, des réformes sont imposées aux enseignants. En 1989 déjà, la mise en place d’une hiérarchie intermédiaire, avec la création d’un super-prof, avait été tentée par un certain Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale. Cela avait déclenché une grève massive. Mais, avec l’accumulation des réformes, les défenses faiblissent peu à peu. Les collègues font le dos rond, en se disant : “Oh ! après tout, celle-là, elle finira aux oubliettes.” C’est une erreur : en face, ils ne font que gagner du terrain. »

En effet, à Grande-Synthe, M. Leroux ne sent pas vraiment ses collègues prêts à se mobiliser. Une minorité s’est opposée à la réforme « ambition réussite », une autre y a adhéré, mais, dans l’ensemble, la majorité s’est comportée en ventre mou. Peut-être, effectivement, à cause de la multiplication des attaques ; peut-être aussi à cause du flou momentané de la réforme. Et certainement à cause d’une réalité plus dure.

« Je n’ai jamais vu 
un tel bazar »

Mme Martine Boidier, professeur d’anglais à Lille dans un collège à la fois RAR et Clair, souligne les difficultés du métier dans ce genre d’établissement : « Les collègues se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Ils veulent croire, au moins en partie, aux annonces de ces réformes, et ne voient pas forcément tout de suite leurs conséquences négatives. Tout est bon pour espérer un quotidien de travail meilleur. »

Le sociologue Christophe Hélou, professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée d’Angers, y décèle surtout le signe d’une souffrance grandissante : « L’usure morale, le sentiment d’échec et d’inutilité sociale caractérisent l’expérience professionnelle des enseignants, qui se sentent à la fois en butte à la critique des usagers et abandonnés par l’institution. »

Cette politique de dérégulation du service public, qui, avant de s’attaquer à l’éducation, a visé les salariés de France Télécom, d’Electricité de France (EDF) ou de la Société nationale des chemins de fer (SNCF), atteint aujourd’hui une intensité inédite dans ce secteur.

Elle ne pourrait se mettre en place sans un contexte idéologique favorable. « Le postulat avancé par un certain milieu intellectuel et politique qui va de la “deuxième gauche” à la droite, et notamment par des personnalités comme Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris et concepteur de la réforme des lycées, c’est que le corps professoral, avec son statut et son élitisme disciplinaire, serait un vecteur de conservatisme. Sauf que ce postulat ignore volontairement d’une part les attaques politiques portées contre le corps professoral et le service public de l’Education nationale, qui n’ont jamais été aussi violentes, et, d’autre part, les dégâts considérables d’une économie ultralibérale que subissent les classes populaires et leurs enfants », dénonce ainsi M. Rio.

Précariser le statut enseignant pour enseigner à des populations précarisées. Et si c’était cela, le « projet » ?

Gilles Balbastre

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 09:40

Prochainement, je vous parlerai d'Ali Coulibaly, le Frédéric Lefebvre de Ouattara. Coulibaly est beaucoup plus cultivé que Lefebvre mais il partage avec le degré zéro de la politique française l'irrépressible besoin aveugle de servir en bon godillot.

http://jessfarrugia.blog.sudouestjob.com/public/mesdossiers/Mes%20images/BILLETS%20DU%20JOUR/bonnetdane.jpg

Ces deux derniers jours, les internautes se sont déchaînés suite à l'erreur (pas au lapsus) commis par Lefebvre dans un lieu de culture.

Le livre préféré de Frédéric Lefebvre ? Celui dans lequel il se replonge souvent ? Sans hésiter, il répond : « Zadig et Voltaire » , car c'est une « leçon de vie ».

Seulement, Zadig et Voltaire est une chaîne de magasin de prêt-à-porter.

Les internautes ont proposé, entres autres, ces titres :

  • « La vache qui rit » , de Victor Hugo
  • « L'Audi 7 » de Homère
  • « Auchan en emporte le vent » de Margaret Mitchell
  • L'assassin habite au Century 21 de S.A. Steeman
  • « Triste Tropicana » de Claude Lévi-Strauss
  • « Le Spécial K » de Dino Buzzati
  • « Le désert des steaks tartares » de Dino Buzzati
  • « Le Cidre » de Corneille
  • « En rouge et noir » de Stendhal
  • « Ainsi parlait Zara », de Nietzsche
  • « Les justes prix » d'Albert Camus
  • « Les frères Bogdanov » de Dostoïevski
  • « L'école des fans » de Molière
  • « Le Monde selon Gap » d'Irving
  • Le dernier livre de Christine Mango
  • « Ushuaïa, mon amour », de Duras
  • « Les Versace sataniques » de Rushdie
  • « Les Fables de Bataille et Fontaine »
  • « Les Misérables » de Hugo Boss
  • « Omelette » de Shakespeare
  • « Alpha Roméo et Juliette » de Shakespeare
  • « Légumes du jour » par Boris Viande
  • « La possibilité d'une île flottante » de Michel Houellebecq (variante fumeuse :La possibilité Dunhill)
  • Philippe Bouvard et Pécuchet, de Flaubert
  • « On ne badine pas avec Zemmour » d'Alfred de Musset
  • « 1664 » de George Orwell
  • « L'Être et le Guéant » de Jean-Paul Sartre
  • « Le Capital » de Marks and Spencer
  • « La Graille et le pain » de DSK
  • « Les brèves de comptoir » de Nadine Morano
  • « Don Quishoote » de Jean-Luc Delarue
  • « Blanche-Neige » du même Delarue
  • « Madame Beaumari » de Carla Bruni
  • « Le Vieux rhum et l'amer » de Jean-Louis Borloo
  • « Les Fourberies d'Escarpin » de Rachida Dati
  • « La possibilité Dunhill » de M. Houelbecque

 

 

 


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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 06:30

 

http://argoul.files.wordpress.com/2011/03/revolte-arabe-journal-de-montreal.jpgLe numéro d’avril 2011 est particulièrement dense. Face aux révoltes arabes, au chaos Libyen, Serge Halimi donne quelques avertissements : « Depuis plusieurs mois, les révoltes arabes rebattent les cartes politiques, diplomatiques et idéologiques de la région. La répression libyenne menaçait cette dynamique. Et la guerre occidentale autorisée par les Nations unies vient d’introduire dans ce paysage une donnée aux conséquences imprévisibles. Même une montre cassée donne l’heure exacte deux fois par jour. Le fait que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni aient pris l’initiative d’une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force contre le régime libyen ne suffit pas pour la récuser d’emblée. Un mouvement de rébellion désarmé et confronté à un régime de terreur en est parfois réduit à s’adresser à une police internationale peu recommandable. Concentré sur son malheur, il ne refusera pas ses secours au seul motif qu’elle dédaigne les appels des autres victimes, palestiniennes par exemple. Il oubliera même qu’elle est davantage connue comme une force de répression que comme une association d’entraide. »

 

Ainsi vivent les Cubains Renaud Lambert voit des “ réformes dans la révolution ” à Cuba : « La population cubaine savait que M. Fidel Castro avait cédé la présidence du pays à son frère Raúl. Le 22 mars, elle a découvert qu’il lui avait également confié la direction du Parti communiste. Et ce depuis... cinq ans. Le cadet aborde ainsi le 6e congrès du parti, prévu à la fin d’avril, en situation d’imposer son « pragmatisme » économique. »

 

Pour Harry Harootunian, “ La maison Japon se fissure ” : « Après le choc du tsunami, le monde a vécu au rythme des aléas de la centrale de Fukushima et de ses six réacteurs. Le débat sur la pertinence du nucléaire civil et son contrôle est relancé. Mais il ne suffit pas de fermer un site pour que tout s’arrête, comme le montre l’exemple français du démantèlement de Superphénix. En Inde, la protestation contre l’implantation d’un réacteur européen à eau pressurisée prend de l’ampleur. Au Japon, le gouvernement s’est fait tantôt alarmiste, tantôt rassurant sur les risques de contamination radioactive, au gré des informations fournies par l’entreprise privée Tepco, pour le moins désinvolte. »

 

Praful Bidwai explique pourquoi le projet d’Areva est contesté en Inde : « Longtemps privée des technologies occidentales, l’Inde accélère ses investissements dans l’énergie nucléaire civile. Sans se préoccuper de l’avis des populations. Dans les villages reculés de la chaîne de montagnes du Sahyadri, sur la côte ouest de l’Inde, les noms de l’entreprise nucléaire française Areva et de son modèle de réacteur européen à eau pressurisée (EPR) sont passés dans le langage courant, de même que les termes « radioactivité », « plutonium » et « déchets nucléaires ». Ces villages d’une frappante beauté qui entourent Jaitapur, à quelque quatre cents kilomètres au sud de Bombay, appartiennent à l’un des dix plus grands « points chauds de biodiversité » de la planète. Areva projette d’y construire prochainement six réacteurs nucléaires de 1 650 mégawatts (MW). »

Christine Bergé voit des braises sous la cendre de Superphénix : Dix ans pour la construction, trente pour la déconstruction. La durée de vie utile de Superphénix n’aura été que de onze ans. Mais l’histoire de l’emblème du nucléaire à la française est loin d’être terminée. En arrivant par la route à Creys-Malville, on aperçoit très vite l’imposant édifice du bâtiment réacteur dont la masse de béton s’élance à quatre-vingts mètres de hauteur. Installé dans une boucle du Rhône, au milieu des champs et des forêts de l’Isère, Superphénix est toujours le théâtre d’une intense activité. Quatre cents intervenants y accomplissent, depuis l’annonce de son démantèlement, il y a plus de dix ans, des opérations délicates, retirant une à une ses fonctions vitales dans le but de le désarmer définitivement. Le chantier est prévu pour durer encore une vingtaine d’années. « Volcan aux portes de Lyon », selon les mots du philosophe Lanza del Vasto, le plus grand surgénérateur du monde, dont l’abandon fut décrété par M. Lionel Jospin le 19 juin 1997, suscite encore toute l’attention des ingénieurs du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). »

Une analyse très stimulante de Frédéric Lordon sur “ Extension du domaine de la régression ” : « A la veille d’un Conseil européen consacré à la crise de la dette, le Parlement portugais rejetait, le 23 mars, un plan destiné à réduire le déficit en rognant sur les dépenses sociales. Inébranlables, les gouvernements de la zone euro continuent à prescrire la pilule amère de la rigueur. Comme dans un rêve de Naomi Klein qui rattraperait les malfaçons de sa thèse initiale, le néolibéralisme européen met un soin particulier à se conformer à la « stratégie du choc » — mais d’un choc qu’il a lui-même largement contribué à produire. On croyait déjà avoir vu du pays avec la « réponse » à la crise (financière privée) sous la forme de plans d’austérité (publique) sans précédent. Mais le prolongement du « pacte de compétitivité » nous emmène pour un autre voyage dont on ne voit même plus le terme. Jusqu’où le paradoxe de l’acharnement néolibéral en réponse à la crise néolibérale peut-il aller ?, c’est une question dont la profondeur devient insondable. »

Pour Guillaume Pitron, “ la gomme arabique fait tanguer l’Amérique ” : « New York. A l’angle de Hanover Square et de Pearl Street, au cœur de Manhattan, se dresse une ancienne maison de négoce convertie en club d’affaires : l’India House. Au premier étage, les salons autrefois destinés aux transactions de produits acheminés des Indes ont été réaménagés en un élégant restaurant. Mais l’esprit des marchands de denrées exotiques rôde toujours en ces lieux. Oublié des lumières tamisées et des conversations, s’y niche, tel un messager de ces antiques commerces, un cabinet de curiosités. La commode en bois précieux compte une trentaine de tiroirs gorgés de ces matières premières indispensables à l’économie américaine. Le onzième, préposé aux résines, renferme un amas de granulés qu’accompagne cette mention : «  gomme arabique ». »

 

Très bonne question de Rémy Lefèvre : “ L’histoire vire-t-elle à droite ? ” : « Les valeurs des Français ont évolué vers la droite : pas assez d’autorité, pas assez de sécurité, pas assez de fermeté », déclarait récemment M. Nicolas Sarkozy. Le projet du Parti socialiste ne se démarque pas toujours de cette analyse. Laquelle est en effet bien commode pour justifier des renoncements politiques dont l’extrême droite se nourrit. Qu’elle soit radicale ou réformiste, la gauche n’a pas tiré profit de la crise financière et de la remise en cause du libéralisme économique qui semblait s’amorcer. Aux élections européennes de 2009, alors que le capitalisme financier apparaissait idéologiquement fragilisé, la social-démocratie a enregistré une défaite historique. De l’autre côté de l’Atlantique, un vent droitier a soufflé sur les élections de mi-mandat qui ont vu le parti du président Barack Obama perdre sa majorité à la Chambre des représentants.

 

Georges Corm pense que les peuples arabes ont retrouvé une forme d’unité : « Depuis le 18 décembre 2010, date à laquelle Mohammed Bouazizi s’est immolé par le feu dans une petite ville de l’intérieur tunisien, un acteur qui semblait s’être volatilisé de la scène politique arabe depuis des décennies a refait son apparition : les pancartes brandies par des centaines de milliers de manifestants, à Tunis, au Caire, à Bagdad, Manama, Benghazi, Sanaa, Rabat, Alger et ailleurs, font étalage de la volonté du « peuple ». Ce que l’on dénommait jusqu’ici avec dédain « la rue arabe » s’est transformé en « peuple », toutes classes sociales et toutes tranches d’âge confondues. Les revendications sont simples et claires, loin de tout jargon idéologique et de toute tentation démagogique, religieuse ou particulariste. Dans une langue dépouillée et directe, les slogans lapidaires font mouche partout : d’un côté, la revendication de la liberté politique, de l’alternance au pouvoir, de la fin de la corruption, du démantèlement des appareils de sécurité ; de l’autre, la demande de dignité sociale et donc de possibilités de travail et de salaires décents. »

 

Jean-Pierre Séréni s’intéresse au passé et à l’avenir du pétrole libyen : « A travers l’histoire du pétrole apparaissent les batailles menées pour le contrôle de cette ressource stratégique et la manière dont les compagnies occidentales se sont forgé un fief en Libye. Bien avant l’intervention. A priori, c’est inexplicable. Ses rares partenaires le tenaient pour imprévisible, incohérent et capricieux. En 1986, le président américain Ronald Reagan l’avait traité de « chien fou du Proche-Orient », avant d’envoyer la VIe flotte bombarder la Libye et de lui imposer un embargo pétrolier sévère. L’homme faisait alors figure de paria... Pourtant, le colonel Mouammar Kadhafi a réussi, vingt ans après, à ramener son pays dans le peloton de tête des exportateurs de pétrole brut, grâce, entre autres, aux grandes compagnies pétrolières américaines. Comment une telle prouesse a-t-elle été possible ? »

 

Rachid Khechana interroge les racines de la révolte libyenne : « La révolte libyenne n’est pas née spontanément. Elle a été préparée aussi bien par les tentatives de réforme du régime que par les initiatives courageuses de militants. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Al-Arabiya le 19 février, Saïf Al-Islam, fils de M. Mouammar Kadhafi, a déclaré qu’avec l’aide de son père, il projetait d’entreprendre des réformes profondes du système politique. Il a également annoncé qu’une semaine avant le déclenchement du soulèvement, le « Guide » avait rencontré certains des opposants et leur avait promis des modifications radicales de la Constitution, la convocation d’élections libres et la promulgation de nouvelles lois. Ce qu’il oubliait de dire, c’est que l’ouverture qu’il avait lui-même tentée en 2003 avait échoué en 2008. »

Samir Aita se demande comment libérer l’État dans les pays arabes : « L’affaiblissement de l’Etat, la libéralisation de l’économie et l’appauvrissement de la société ont nourri les révoltes arabes. Les fondements du « printemps » sont à rechercher bien au-delà des seules revendications pour les libertés publiques et la démocratie. C’est par l’économie politique que s’explique le rejet de cette « exception arabe », à laquelle le nouveau réveil veut mettre fin : des régimes autoritaires et stables depuis les années 1970. Car si, dans cette partie du monde, les monarchies sont absolues et les républiques verrouillées par des présidents à vie (et par des charges héréditaires), c’est qu’un pouvoir suprême s’est érigé au-dessus de l’Etat et des institutions bâties à l’indépendance, se donnant les moyens de durer. »

Quid du Maroc ?, interroge Ignace Dalle : « A l’appel du Mouvement du 20 février, des dizaines de milliers de Marocains de tendances très diverses continuent, en manifestant, de dire leur insatisfaction, malgré les réformes annoncées par le souverain le 9 mars. Ils demandent aussi le départ de ses principaux conseillers et du premier ministre. »

 

Rick Fantasia analyse le sursaut du mouvement social américain : « A Washington, le triomphe électoral des républicains aux élections de novembre dernier a ouvert la voie aux réductions des dépenses publiques, sans mettre en cause les baisses d’impôts. Loin de la capitale, dans des Etats de plus en plus désargentés, les gouverneurs républicains vont plus loin encore pour équilibrer leurs comptes sur le dos des fonctionnaires. Leur tentative ne reste pas sans réponse. »

Par Gergely Simon évoque le vide juridique dans les pays de l’Est : « Résidu de la production d’aluminium, les « boues rouges » toxiques échappées d’une usine hongroise ont causé, en octobre 2010, une catastrophe majeure. Apparaissent désormais les conditions qui l’ont rendue possible. Parmi lesquelles une législation qui n’impose ni contraintes ni sanctions aux entreprises polluantes — une véritable aubaine pour les sociétés étrangères. Jusqu’au 4 octobre 2010, les Hongrois ignoraient l’existence des boues rouges. Ce jour-là, la digue qui protégeait le bassin de rétention de l’usine d’aluminium d’Ajka cède ; un million de mètres cubes d’un épais liquide vermeil engloutissent sept communes, entraînant la mort de onze personnes et l’hospitalisation de centaines de blessés. Au-delà de la tragédie humaine, cet accident industriel a détruit la faune et la végétation sur un périmètre de huit cents hectares, et provoqué l’extinction complète de la vie dans les cours d’eau avoisinants, parmi lesquels plusieurs affluents du Danube. »

En Corée du Sud, on expulse les sans papiers à tour de bras (Frédéric Ojardias) : « Le gouvernement sud-coréen a entamé il y a trois ans une chasse aux « clandestins ». Originaires d’autres pays d’Asie, ceux qu’il expulse – à leurs frais – sont souvent entrés légalement sur le territoire ; mais leur visa de travail temporaire comporte des restrictions intenables. Le 29 octobre 2010, lors d’une descente des services de l’immigration dans un atelier de Séoul, un travailleur vietnamien sans papiers de 35 ans tente de s’échapper en sautant d’une fenêtre. Il décède à l’hôpital cinq jours plus tard, laissant une femme, en situation irrégulière comme lui, et un fils de 4 mois. Il travaillait en Corée du Sud depuis 2002. »

Yasmina Hamlawi décrit la répression sociale et politique au Bangla Desh : « Alors que les grandes marques occidentales de vêtements s’approvisionnent dans les usines bangladaises, les ouvriers du textile multiplient grèves et manifestations pour obtenir des salaires décents. »

David Montero demande quand les responsables des massacres commis lors de la partition du Pakistan en 1971 seront jugés équitablement : « En janvier dernier, la première ministre de la République populaire du Bangladesh, Mme Hasina Wajed, lançait une offensive sans précédent contre l’ordre religieux qui pesait jusqu’alors sur son pays. S’appuyant sur la Cour suprême pour rayer d’un trait de plume l’amendement constitutionnel qui, en 1979, avait fait du Bangladesh une république islamique, elle rendait au troisième plus grand pays musulman du monde son statut originel d’Etat séculier. »

En dernière page, l’écrivain Jerome Charyn parle de l’art du polar : « S’il fallait résumer l’Amérique à quelques clichés, le personnage du « privé » serait parmi les premiers à s’imposer : imper et chapeau mou, il découvre la proximité des notables et des gangsters avec flegme. Nourri de réalité et stylisé comme une légende, le « privé » fut créé par Dashiell Hammett, auquel Jerome Charyn, également auteur de polars, rend hommage. »

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 15:56

S'engager pour les évaluations nationales

Par Sébastien Rome pour Mediapart

"Les évaluations CM2 sont passées, les évaluations CE1 se profilent, l’heure est aux grandes décisions !" Un peu d'ordre n'a jamais fait de mal. Le site de "soutien" à la politique de N.S., "Quelle école pour demain ?", propose enfin des idées simples pour faire fonctionner les fonctionnaires !

 En tant qu’enseignant-fonctionnaire-qui-fonctionne, je m’engage donc :

- à stresser mes élèves, en leur imposant des épreuves et un protocole de passation totalement inadaptés à leur âge,

- à respecter un codage binaire de correction qui transforme, de façon très arbitraire, chaque élève en une ligne de "zéro" et de "un" (les autres codes ne sont pas pris en compte lors du relevé),

 - à faire remonter les résultats obtenus, dont je sais qu’ils ne veulent rien dire, pour que les inspecteurs s’en saisissent et "pilotent" artificiellement les écoles et les personnels,

- à utiliser les résultats obtenus, dont je sais qu’ils ne veulent rien dire, pour trier mes élèves,

- à envoyer, sur cette base, des enfants à des stages et des heures de soutien qui ne leur apporteront aucune aide spécialisée efficace,

- à mentir aux parents en leur assurant que les résultats sont anonymés, alors qu’ils sont joints au dossier de leur enfant, et que ce dossier sera dès l’an prochain informatisé,

- à laisser croire que l’ensemble du dispositif est scientifique et rigoureux.

 

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Pour améliorer les résultats de mes élèves, et gagner l’estime de mes cadres hiérarchiques, je pourrai toujours :

- éviter de prendre dans ma classe / mon école, des élèves qui risqueraient de trop faire baisser mon taux moyen de réussite ;

- consacrer la plus grande partie de l’année scolaire à dresser mes élèves à répondre à des questions sans intérêt, au détriment des autres apprentissages ;

- faire bachoter mes élèves sur la version 2011 dès qu’elle sera diffusée ;

 - apporter, en cours d’épreuve, une aide plus ou moins ciblée et détaillée, pour éviter toute défaillance qui porterait préjudice au score global...

Cependant, si mon objectif est d’obtenir un classement de type "éducation prioritaire", et si j’espère le maintien des subventions spécifiques qui y sont associées, je veillerai à inverser tous ces choix, et j’appliquerai sans pitié les temps et consignes de passation de la façon la plus stricte.

Ainsi, la politique actuelle appliquée à l’école sera cautionnée.

Ainsi, les effets néfastes de la surcharge des classes, de la suppression des remplaçants, de la déscolarisation des 2 ans en zones défavorisées, de la suppression des RASED et de la destruction des petites structures seront masqués.

Ainsi, les fichiers informatiques des élèves pourront être alimentés.

Je recevrai, si le budget de l’éducation nationale le permet encore, une prime de 400€, en paiement de ma docilité.

 

**********************************************************

ou bien

Tout cela m’écœure et me rend malade.

- Je n’en peux plus d’attendre une consigne syndicale unifiée qui n’arrivera pas.

- Je n’en peux plus d’essayer d’adapter à la marge les consignes de passation de ces évaluations, en espérant que les effets néfastes sur les élèves et sur la gestion de l’école resteront limités.

- Je n’en peux plus de voir à quel point ces évaluations influent de façon négative sur ma pédagogie et celles de mes collègues.

 - Je n’en peux plus de voir l’impact qu’elles prennent malgré moi sur les élèves et leurs familles...

 - Je n’en peux plus de recevoir cette prime de 400€, qui ne représente rien d’autre que le prix de ma soumission.

 - Je n’en peux plus de m’astreindre à ne pas trop penser aux dérives que le pilotage par le chiffre ne va pas manquer de provoquer.

 - Je n’en peux plus de m’astreindre à ne pas trop penser.

 J’ai décidé de ne pas/de ne plus être un rouage de ce dispositif. Je boycotterai ces évaluations.

Je n’en ferai pas remonter les résultats.

 

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Si je n’enseigne pas dans le niveau concerné, je me rendrai solidaire de ceux et celles qui les boycotteront. Je demanderai à être mis en cause à mon tour si l’un d’entre eux est convoqué ou sanctionné pour cette action.

 Je peux aussi donner un sens collectif à cet engagement, et signer la charte de résistance pédagogique.

 Je rejoindrai ainsi ceux qui construisent une action concrète et efficace pour alerter les parents et les enseignants sur les dangers de ces évaluations nationales et pour contrer ce dispositif.

 

N.B. Les illustrations nous sont offertes par le talentueux Jacques Risso. Merci à lui !

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 06:26

http://blog.dalipas.fr/wp-content/uploads/2008/09/capitalisme.jpgDimanche dernier, avaient lieu des élections régionales, en Allemagne,  dans le land de Bade-Bade-Wurtemberg. Ces élections ont été marquées par  la victoire des Verts sur les conservateurs de la CDU, qui détenaient  cette région depuis 1953 (soit 58 ans !). Ce double choc – à la fois  celui de la défaite d'un parti au pouvoir, dans la région, depuis près  de 60 ans et celui de l'accession concomitante, dans cette région, d'un  parti (les Verts) qui, jusqu'à présent, n'avait jamais exercé de  responsabilité à ce niveau, est, bien entendu (pas seulement, mais en  bonne partie), à mettre en relation avec l'explosion de la centrale  nucléaire de Fukushima, survenue il y a quelques jours.

 

Je ne peux m'empêcher d'opérer un rapprochement avec un événement du  même ordre (je dis bien "ordre") qui avait vu, il y a quelques années, la défaite très rapide d'un autre parti de droite européen, survenue  également après un "choc". Je veux parler de la défaite du Parti

Populaire espagnol, consécutive aux attentats de la gare d'Atocha, à  Madrid (qui avaient fait 200 morts et 1400 blessés). On notera,  d'ailleurs, que le séisme et le tsunami au Japon ont également eu lieu  un 11 mars, soit 7 ans exactement, jour pour jour, après les attentats  de Madrid.

 

Il me semble qu'il y ait eu, dans les deux cas, répétition d'un même  phénomène.

 

En Espagne, les manifestations contre la guerre d'Irak de 2003 avaient  été les plus fortes du monde. Et, malgré cela, José Maria Aznar, le  dirigeant conservateur, avait engagé son pays dans cette guerre aux  côtés de George Bush et de Tony Blair. En Allemagne, l'opposition à  l'industrie nucléaire est l'une des plus fortes du monde et le parti "Vert" est celui qui, en Europe, détient la plus forte position dans le  pays le plus important.

 

J'ai pensé, en liant ces situations, à un paragraphe de Julien Gracq sur  Stendhal (dans En lisant en écrivant, La Pléiade, tome II, pages 598  et 599) consacré non à la guerre mais à l'amour :

 

J'ai lu le traité de Stendhal, De l'amour aux environs de ma  vingtième année. Puis je l'ai peu à peu oublié. Il est curieux (je m'en suis aperçu récemment en rouvrant le livre) que la théorie fameuse de la  cristallisation – en fait la page, entre toutes celles du livre, à  laquelle on se réfère à satiété – ait subi avec le temps dans mon esprit  une transmutation inconsciente : l'image du rameau de Salzbourg peu à  peu recouvert de gemmes avait cédé la place dans mon souvenir à une  autre : celle du choc infime qui fait cristalliser instantanément une  solution sursaturée : symbole non plus de la sédimentation embellissante de l'amour, mais d'une disposition à aimer toute montée à laquelle n'importe quelle femme peut servir de déclencheur....

 

[Si l'on veut bien oublier l'adjectif – le choc "infime" – il semble que  l'on ait eu affaire, dans les deux cas, à une population sursaturée  (sursaturée de guerre, de politique de droite, de mépris de l'opinion  publique et de suivisme à l'égard d'un autre pays, anglo-saxon de  surcroît, pour l'Espagne, et sursaturée de politique de rigueur et  d'approbation du nucléaire par la CDU et les classes dirigeantes pour  l'Allemagne) pour laquelle le choc (de l'attentat de Madrid dans un cas,  de l'explosion de Fukushima dans l'autre) a servi de déclencheur.]

 

La sursaturation, en effet, n'était pas telle qu'elle ne laissait à la  solution une certaine viscosité, dans laquelle se mouvait – difficilement mais se mouvait toujours – le gouvernement, qui pouvait  imaginer perdurer dans cette situation durant des années. Or tout s'est  passé comme si le choc avait conféré à ce milieu encore fluide, à cet environnement encore "mou", la dureté instantanée d'une cristallisation adamantine, au sein de laquelle le gouvernement, désormais, était  entièrement figé...

 

Question : dans une France sursaturée de politique de droite dure depuis quatre ans, d'une politique de droite dans tous les domaines (social,  économique, international, culturel, politique, judiciaire, sécuritaire, religieux...), d'une politique qui prend à rebrousse-poil, comme à  plaisir, presque toutes les catégories sociales (y compris celles qui votent régulièrement à droite) quel choc (que, pour le coup, on espère infime !) cristallisera l'opinion française ?

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 15:46

À noter cette excellente initiative de Rue 89.

 

Aidez-nous à compléter la carte des "écoles mortes"

 

Pour protester contre les suppressions de postes, des parents d'élèves occupent des écoles avec leurs enfants.

Mathieu Glaymann est un père en colère. Membre de la FCPE 93, il se bat contre l'Education nationale, notamment en envoyant des e-mails énergiques aux rédactions (« Nous ne lâcherons pas l'affaire ! »).

Dans l'école de son fils, à Epinay-sur-Seine, la situation ne s'arrange pas : cette semaine, il y a trois profs absents non-remplacés. Le papa-militant tient un compte des jours d'école perdus depuis la rentrée (plus de 600 dans l'ensemble des établissements de sa commune).

Du 11 janvier au 15 mars, Mathieu Glaymann a occupé, avec d'autres parents d'élèves, l'école maternelle Jean-Jaurès-Sud. Pacifiquement. Le 15, il a déposé avec eux un recours à la Halde pour discrimination territoriale. Jeudi, il participera à la très grande journée « école morte » prévue en Seine-Saint-Denis. Une vingtaine d'écoles du département sont mobilisées.

En ce moment, c'est une épidémie. Partout en France, des écoles « meurent ». Pour les « tuer », les parents occupent l'école avec leurs enfants, généralement une journée. Les classes restent vides.

Suppression de 16 000 postes

A Boulogne-sur-Mer, au Havre, au Mans et à Paris, ils drapent les écoles de banderoles rouges. Ils organisent des « goûters revendicatifs », comme ce jeudi, à l'école maternelle Pali-Kao à Paris.

Les parents se mobilisent contre la suppression de 16 000 postes à la rentrée prochaine, prévue dans le cadre de la loi de finance. Dans l'enseignement public seront supprimés 8 967 postes d'enseignants en primaire, dont 5 600 au titre d'une « résorption » d'un actuel « surnombre » d'enseignants :

  • 4 800 postes d'enseignants en collèges et lycées ;

  • 600 postes au sein des personnels administratifs.

Agnès Verdier-Molinié, directrice de la fondation Ifrap (un think tank ultralibéral), minimise l'impact de la mesure :

« Il faut quand même rappeler que ce ne sont pas des licenciements, mais des non-remplacements de fonctionnaires. »

 

Quid de l'enseignement et des enfants ?

« Le budget de l'Education nationale est passé de 60 à 63 milliards, cette année. En pleine crise, les dépenses n'ont pas été gelées. »

 

Peu de marge avant les vacances

Le sort des collèges et lycées est presque réglé : les dotations globales horaires, appelées « DGH », ont été communiquées à la plupart des directeurs d'établissement par leurs académies. Ils doivent les « convertir » en nombre de postes d'enseignant.

Pour les écoles maternelles et primaires, les informations sont tombées plus tard, début avril (sauf à Paris). Selon les syndicats, le gouvernement a jugé plus prudent de reporter après les élections cantonales toute communication officielle concernant la carte scolaire. Un représentant FSU :

« Même s'il y a eu des fuites et que des écoles du premier degré ont commencé à se mobiliser, cela va aussi nous laisser très peu de marge avant les vacances de Pâques. Le timing était idéal pour eux. »

 

► Aidez-nous à placer sur la carte les actions « école morte » à venir en remplissant ce formulaire (l'icône rouge indique les actions en cours ou à venir, la noire les actions passées).

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 08:15

Chaque fois qu'un blogueur de nouvelobs.com est censuré, Caquedrole (qui fut lui-même censuré) prend sa défense avec courage. Et bon sens. Ils ne sont pas nombreux, sur ce site, à prendre ainsi leurs responsabilités. Et je ne parle même pas des tricoteuses qui enfoncent les censurés.

Tout récemment, Caquedrole publiait ceci sur son site :

Photo

Rendez-nous le blog de Bernard Gensane, Les modernes persaneries... et bien d'autres !

Allez ! un petit coup de gueule en passant...

Depuis dix-huit mois, probablement suite à des maladresses frisant parfois le risque d'accusation de diffamation, suite parfois à des outrances de langage, l'encadrement de nos blogs (les internautes du site NouvelObs.Com) par les responsables de la modération du site s'est resserré et certains d'entre nous ont été punis, soit de disparition temporaire du "TRAC", voire de disparition systématique, soit même de suspension ou suppression de leur(s) blog(s).

 

Nous avions, à plusieurs, il y a... oh... euh... trois ans, quatre ans (plus ?) réclamé suite au déferlement passé minuit des blogs pornographiques ou plutôt des liens avec des sites pornographiques sur le site. Et avions obtenu gain de cause.

 

J'ai plusieurs fois mentionné, en plein jour, des publicités pour des entrepreneurs de plomberie, de serrurerie... sous couvert de blogs sur ce site.

Après tout, nous, internautes acceptés par "Nonobs" ne sommes pas les "patrons" et avons à respecter une charte mais pas à nous mêler de la politique éditoriale du site.

 

Certes !

 

Mais qu'un Bernard Gensane, qu'un blog comme "les modernes persaneries" (avec lequel j'ai été plusieurs fois en désaccord et ai échangé de façon constructive, mais dont le moins que l'on puisse en dire est qu'il était littérairement d'excellente facture), que l'outrancier Marius et son écho Vlad, et tant d'autres aient disparu ou soient obligés de jouer à cache-cache (tout comme j.michel qui signe "le censuré", qui pourtant ne m'apprécie guère) me semble critiquable, et révoltant, et notamment à l'aune de ce qui suit :

 

Ce mardi, 10H35, je trouve un moment pour me connecter, je glisse immédiatement sur "INTERNAUTES" et regarde le sommaire des blogs récemment mis à jour. Et, là, trois blogs au moins m'interpellent.

Le post http://lovelively.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/03/29/... du blog « Make love lively » affiche trois liens menant à un site commercial (de sex toys)

http://www.lovelively.com/

http://www.lovelively.com/vibrators-c-1.html

http://www.lovelively.com/vibrators-rabbit-vibrators-c-1_...

 

Le post http://jimgreen0035.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/03/2...

du blog « Jimgreen0035 » affiche deux liens menant à un site commercial (de lingerie sexy) :

http://www.australia-sexy-lingerie.com/

http://www.australia-sexy-lingerie.com/Australia-sexy-lin...

 

Le post http://scarvesilk.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/03/29/... du blog « Scarvesilk » affiche cinq fois le lien menant au site commercial accessoires informatiques) http://www.r4dsnds.com/ps3

 

 

Deux poids deux mesures ? Ou baisse de vigilance de la veille ?

 

 

Mille fois merci, cher Caque.

Cela fait 35 ans que le Nouvel Observateur préfère le porno léger au politiquement incorrect, donc au politique tout court.

Mon blog nouvelobs.com est fermé depuis plus d'un mois. En mars, j'aurai eu 22000 visiteurs et plus de 50000 pages lues. Sur overblog, je n'en suis pas encore là. Cela viendra peut-être. Et si cela ne vient pas, ce n'est pas grave. L'important pour moi est de m'exprimer et d'entretenir un dialogue constructif avec ceux qui veulent bien me lire.

Il ne faut jamais retourner sur les lieux du crime. Regardez Elizabeth Taylor et Richard Burton qui convolèrent une seconde fois en justes noces. En pure perte.

Réintégrer nouvelobs.com signifierait pour moi que, à tout instant, je me demanderais si je suis bien dans la ligne, si je ne déplais pas aux bègues, aux unijambistes, aux militants socialistes, aux groupies de Sarko, aux lesbiennes juives et noires, aux adorateurs de la fesse gauche.

Cela ne m'est pas possible.

Si tous les blogeurs de nouvelobs.com avaient le courage de Caquedrole, nous n'en serions pas là.

Encore une fois, merci Caque.

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 06:54

Il ne s'agit pas , cette fois-ci, de l'université mais d'une pratique autoritaire qui a de plus en plus cours dans le secondaire.

Un ancien collègue m'écrit ceci :

http://www.pasdesarkozy.fr/images/feodalite.jpg

"Le proviseur du lycée où travaille mon épouse a institué un rituel :

Quand un enseignant a été inspecté, il est convoqué chez le  proviseur qui lui lit à voix haute le contenu du rapport  d'inspection. On ne demande pas encore à l'enseignant de mettre un  genou à terre, mais le symbole est le même.

Ma femme comptait bien refuser de se prêter au rituel, mais les  syndicalistes du lycée, pourtant combatifs, l'ont dissuadé de le  faire, parce qu'elle est néo-titulaire.

De telles pratiques sont-elles légales ? "

 

Bien sûr que non, mais ici, comme ailleurs, tout est rapport de force.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 15:29

Sur deux ménisques et Jean Degros

 

Au début des années soixante-dix, plusieurs sociologues ont développé la thèse selon laquelle il y avait quelque chose d'intrinsèquement fasciste dans le sport de compétition. On sait l'utilisation que les pays totalitaires ont fait du sport. Mais l'on sait également que les fondateurs du sport de compétition en pays capitaliste furent, le plus souvent, des gens de droite ou d'extrême droite. Pensons au baron Pierre de Coubertin qui modernisa les Jeux Olympiques, à Henri Desgranges, l'inventeur du Tour de France, au Marquis de Queensberry qui codifia les règles de la boxe. Cela n'empêcha pas cet aristocrate très irascible, pas du tout "fair-play" à titre personnel, de collectionner les prostituées de luxe, mais surtout d'avoir deux fils homosexuels, l'un étant l'amant du grand écrivain Oscar Wilde. Par la faute de ce gandin et de son père culotte de peau, l'auteur du Portrait de Dorian Gray et du Prince heureux et autres contes qui égaya mon enfance, sera condamné aux travaux forcés alors qu'il n'avait peut-être jamais essuyé une tasse à café. Il ne s'en remettra pas. Il mourra à 46 ans, malade, dans la misère et la solitude.

http://2.bp.blogspot.com/_4wK3KtlDw-Y/S-i-xKuL50I/AAAAAAAAHBE/BOsQ30gT4zU/s1600/Queensbury_1.jpgJe connais très mal  l'univers du sport de compétition. Je ne sais s'il est d'essence fasciste, mais j'observe à l'œil nu que son contexte physique est de plus en plus pesant, carcéral. Un seul exemple : je fréquente régulièrement la piscine municipale Nakache de Toulouse ([->http://www.legrandsoir.info/Daniel-Baud-Alfred-Nakache-le-nageur-d-Auschwitz.html]). Cette piscine est située à deux pas du Stadium, où l'équipe de football du TFC et, naturellement, celle de rugby se produisent régulièrement. Entre la piscine et le stade, on trouve de multiples aires de jeux (football, athlétisme). À côté de Nakache, un bassin olympique où s'entraîne une partie de la fine fleur de la natation française. Tous ces espaces sont clos par des grillages en dur, des portes fortement cadenassées, des murs infranchissables. Et je ne parle pas des caméras de surveillance. Derrière cela, il y a beaucoup d'argent. Ce casernement a été précédé d'appels d'offres extrêmement juteux. Il dut y avoir des luttes féroces chez les fournisseurs d'autant qu'on retrouve ce type d'équipement, à l'identique, dans de nombreuses villes françaises. Dans quelle mesure la "concurrence libre et non faussée" a-t-elle prévalu ?

Jean Degros fut le capitaine de l'équipe de France de basket à la fin des années cinquante et au début des années soixante. Je ne suis pas sûr qu'un seul basketteur français ait joué aussi bien que lui depuis. Quand je l'ai connu, quand j'ai joué au foot dans la cour du lycée de Douai avec lui (je ne figure pas sur la photo ci-dessous), son statut était celui d'amateur à 100%. Je crois me souvenir que la Fédération lui fournissait un survêtement par an et deux paires de baskets, ce qu'on appelle des "converses" aujourd'hui.

L'article qui suit n'est plus visible sur mon blog censuré par nouvelobs.com mais est toujours en tête de gondole google.


Un couple d’amis a un garçon ado qui joue au basket-ball comme il respire, depuis l’âge de 5 ans. Il est vraiment brillant. Il évolue en scolaire et en civil. Il a été sélectionné à plusieurs reprises dans l’équipe de sa région.


Récemment, ses entraîneurs le convoquent avec ses parents à qui ils tiennent à peu près ce langage : « Votre fils est au bord de l’équipe de France cadet. Il est tout à fait au niveau, mais a un léger problème : une réelle faiblesse dans les ménisques. Pour que sa carrière se poursuive, il faudrait opérer et remplacer les deux ménisques naturels par deux ménisques artificiels. Pas d’inquiétude, c’est comme pour la cataracte : on change un ménisque, puis l’autre.


— Oui, oui, dis le gosse, je veux me faire opérer !


Effarés, les parents se lèvent, emmènent leur champion et disent aux entraîneurs de ne plus jamais tenter de les contacter.


Lorsque j’étais gosse, j’avais comme copain de lycée le meilleur basketteur français de l’époque, capitaine de l’équipe de France. J’ai souvenir d’une raclée que notre lycée avait infligée au lycée d’Arras ; nous avions gagné par 221 à 25. Jean Degros avait passé 106 points. Avec lui, je jouais au foot, dans la cour du lycée, ou au volley-ball, sur la plage de Stella.


Degros.jpg

 

 

Je ne l’ai jamais revu. On me dit qu’il est très perturbé par la tournure prise par le sport professionnel en général, le basket en particulier.

 

Évoquer dans un même article Oscar Wilde et Jean Degros, il fallait l'oser !

 

 

 

 

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