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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 12:20

Cela faisait un bon moment que je n'avais pas emprunté sa réflexion et sa prose à mon ami Philippe Arnaud.

 

http://media.koreus.com/200803/23-insolite-14.jpgLe traitement, par les médias, de la catastrophe nucléaire au Japon n'est pas sans me rappeler le traitement de la catastrophe financière de septembre 2008.

1. Dans les deux cas, on a invité des "spécialistes" du nucléaire ou des  partisans déclarés du nucléaire (hier, par exemple, sur France 2, Anne Lauvergeon et Claude Allègre) qui nous ont expliqué que l'accident tenait à des "causes externes", donc que (comme le krach financier de 2008), il n'était pas intrinsèque au type d'énergie lui-même. Par ailleurs, il a été dit que l'on n'était pas dans le cas de Tchernobyl (ou de Three Miles Island) et que, depuis ces accidents, on disposait de  systèmes de sécurité. Comme, depuis la crise de 1929, on dispose de  systèmes de sécurité pour éviter qu'une crise financière ne se propage.

[Ce qui est frappant, dans la métaphore, c'est qu'il existe des  "coupe-circuits" dans les deux cas : aujourd'hui, dans la finance, comme  tout est fait par ordinateur - souvent hors de l'intervention humaine - ces ordinateurs sont programmés pour s'arrêter lorsque la baisse boursière dépasse un certain seuil. De même, les centrales nucléaires sont-elles programmées pour couper certains mécanismes - ou en enclencher d'autres - lorsqu'un séisme dépasse un certain seuil. Et, dans les deux cas, on injecte quelque chose : un liquide de refroidissement (eau douce, eau purifiée ou eau de mer) pour la centrale nucléaire, dans le cas de la crise financière, de l'argent, qui est aussi appelé "liquide" ou liquidités".].

2. Dans les deux cas aussi, les partisans du "système" (financier ou nucléaire) ont dit que leurs opposants profitaient de l'affaire pour remettre en cause le principe même de ce système : le capitalisme ou le nucléaire. Et, dans les deux cas, ils sont montés aux extrêmes :

- Pour les partisans du capitalisme, ceux qui profitaient de la crise financière pour critiquer le système dans son principe veulent nous ramener au système communiste, avec son "manque de liberté", son "inefficacité", ses "pénuries", ou bien, pour ceux qui prônaient une reprise en main, une nationalisation du système par les collectivités politiques, un remède pire que le mal, parce que, poureux, c'était précisément "l'excès de réglementation" qui avait amené le krach financier.

- Pour les partisans du nucléaire, ceux qui profitent de l'accident de la centrale japonaise pour critiquer le système dans son principe veulent nous ramener à l'époque de la brouette et de la bougie, avec sa "pauvreté", son "retard", ses "pénuries", ou bien au retour du charbon, qui est de dizaines (voire des centaines) de fois plus polluant, plus réchauffant pour l'atmosphère que le nucléaire.

3. Dans les deux cas aussi, on a affaire à une minorité très spécialisée (dans la technique financière ou nucléaire), qui, en raison de ses connaissances et de sa mainmise sur un instrument indispensable à la vie contemporaine (l'énergie ou la finance), tient en son pouvoir l'immense majorité de la population et ne veut pas lâcher ce pouvoir.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 07:43

Pour les lecteurs anglophones (j'ai la flemme de traduire). Il s'agit là d'une grande revue scientifique qui se présente à ses contributeurs potentiels. Naturellement, nous sommes en présence d'un canular mais, dans les faits, le résultat serait tout à fait le même – le marché de l'édition universitaire étant ce qu'il est devenu – si nous n'étions pas dans du bidonnage.

"Vous pouvez formater votre article comme vous voulez : de vous à nous, on n'en a rien à cirer."

 

About the Journal | Editorial Board | Instructions for Authors | Subscriptions | Archives| BlogNEW

 http://fait21.free.fr/JOURNEES%20NATIO/jt21112004/presse/47%20L%20et%20G/041120%20Le%20Petit%20Bleu.JPG

About the Journal

 

The founding principle of the Journal of Universal Rejection (JofUR) is rejection. Universal rejection. That is to say, all submissions, regardless of quality, will be rejected. Despite that apparent drawback, here are a number of reasons you may choose to submit to the JofUR:

You can send your manuscript here without suffering waves of anxiety regarding the eventual fate of your submission. You know with 100% certainty that it will not be accepted for publication.

There are no page-fees.

You may claim to have submitted to the most prestigious journal (judged by acceptance rate).

The JofUR is one-of-a-kind. Merely submitting work to it may be considered a badge of honor.

You retain complete rights to your work, and are free to resubmit to other journals even before our review process is complete.

Decisions are often (though not always) rendered within hours of submission.

 

Editorial Board

Founder and Editor-in-ChiefCaleb Emmons, Pacific University, USA (Mathematics and Poetry).

Associate EditorsMichael Baranowski, Northern Kentucky University, USA (Political Science)
Lois A. Butcher-Poffley, Temple University, USA (Kinesiology and Sport Psychology)
Michael M. Chemers, Carnegie Mellon University, USA (Theatre and Performance Studies)
Eric Chicken, Florida State University, USA (Statistics)
David Deane, Atlantic School of Theology, Canada (Theology and Religious Studies)
Matt J. Duffy, Zayed University, United Arab Emirates (Communications)
Carsten Elbro, University of Copenhagen, Denmark (Linguistics)
David J. Elton (bio), Auburn University, USA (Civil Engineering)
Jason Eriksen, University of Houston, USA (Pharmacology and Pharmacy)
Silvia Florea, Lucian Blaga University of Sibiu, Romania (British and American Studies)
Louise Heslop, Carleton University, Canada (Business)
Jeffrey Hoch, University of Toronto, Canada (Health Policy, Management and Evaluation)
Manfred J. Holler, Universität Hamburg, Germany (Economics)
Jeffrey Lacasse, Arizona State University, USA (Social Work)
Charlotte P. Lee, University of Washington, USA (Human Centered Design & Engineering)
Samuel R. Lucas, University of California-Berkeley, USA (Sociology)
Karl Maton, University of Sydney, Australia (Education)
Alexander Maxwell, Victoria University of Wellington, New Zealand (History)
Luca Moretti, University of Aberdeen, Scotland, UK (Philosophy)
Judith Ogilvie, Saint Louis University, USA (Biology)
Karl M. Petruso, University of Texas at Arlington, USA (Archaeology)
Charles M. Shub (bio), University of Colorado at Colorado Springs, USA (Computer Science)
Christophe Tzourio, University of Bordeaux 2, France (Neurology and Epidemiology)
Kip Williams, Purdue University, USA (Psychology)

Instructions for Authors

The JofUR solicits any and all types of manuscript: poetry, prose, visual art, and research articles. You name it, we take it, and reject it. Your manuscript may be formatted however you wish. Frankly, we don't care.

After submitting your work, the decision process varies. Often the Editor-in-Chief will reject your work out-of-hand, without even reading it! However, he might read it. Probably he'll skim. At other times your manuscript may be sent to anonymous referees. Unless they are the Editor-in-Chief's wife or graduate school buddies, it is unlikely that the referees will even understand what is going on. Rejection will follow as swiftly as a bird dropping from a great height after being struck by a stone. At other times, rejection may languish like your email buried in the Editor-in-Chief's inbox. But it will come, swift or slow, as surely as death. Rejection.

Submissions should be emailed to editor@universalrejection.org (We have recently become aware that this email address is acting up sometimes, so as a backup you may also use our old address j.universal.rejection@gmail.com.). Small files only, please. Why not just send the first couple pages if it is long? If you are lucky, your eventual rejection letter will appear on the Journal's blog. Please let us know in your cover letter if you would not mind being identified, otherwise most identifying information will be redacted.

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An individual subscription may be secured for £120 per year (four issues). Institutional and library subscriptions are also available; prices will be provided upon enquiry. It is unknown whether the subscription will be delivered in print or as electronic content, because no one has yet ordered one.

 

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June 2009 (Vol 1, No 2) contents:

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September 2009 (Vol 1, No 3) contents:

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December 2009 (Vol 1, No 4) contents:

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December 2010 (Vol 2, No 4) contents:

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 23:46
[INTERVIEW] "Le 2e ou 3e plus grand accident nucléaire de l'histoire"

 

 

http://imalbum.aufeminin.com/album/D20080327/408717_2UYQ5YNTKU2WSYFPX5B7CG6EFMO4UN_1drapeau-americain2_H021959_L.jpg

 

Ah ! vraiment ?

 

"le deuxième ou troisième plus grand accident". (The second or third biggest accident).

 

Ils sont "grands", les accidents, chez vous ?

 

Et puis, vous connaissez le deuxième ou troisième "plus petit" accident ?

 

C'est comme "la deuxième meilleure performance mondiale de l'année" (the second best performance). Comme s'il y avait la deuxième plus mauvaise. "La deuxième performance" suffit.

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 08:39

http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2009/11/06/h_4_ill_1263624_25d0_bayart.jpgL'opinion se préoccupe de la liberté de la presse, de l'indépendance de la Justice. Elle est moins attentive à la défense de la liberté de la science, qu'elle tient pour acquise ou naturelle. Pourtant, le scandale du Mediator, en France, ou, en Grande-Bretagne, la démission de Sir Howard Davies, le directeur de la prestigieuse London School of Economics, à la suite de la révélation du financement de l'un de ses programmes par la Libye, nous rappellent que la science doit elle aussi savoir se protéger 

Cinq dangers la menacent, de nature différente.


1) Le plus évident d'entre eux est celui de la répression politique directe des chercheurs qui pensent mal dans des situations autoritaires ou totalitaires, voire dans certaines démocraties que polluent des législations liberticides ou des dispositions d'exception. La Chine, la Russie, l'Iran, Cuba, la plupart des pays subsahariens n'hésitent pas à enfermer leurs universitaires supposés dissidents ni à censurer leurs écrits. Mais c'est aussi dans une démocratie parlementaire, candidate à l'adhésion à l'Union européenne, la Turquie, qu'une sociologue, Pinar Selek, peut être accusée d'un attentat imaginaire, incarcérée, torturée, condamnée à la prison à vie, trois fois acquittée par les tribunaux, et néanmoins faire quatre fois l'objet d'un appel du parquet, désireux de mettre hors d'état de nuire une auteur qui s'intéresse de trop près à la question kurde et à l'institution militaire !

En France même, la police n'a jamais été chiche en matière de coopération avec ses homologues des régimes autoritaires nord-africains et subsahariens pour contrôler leurs étudiants fréquentant les universités de l'Hexagone. Les doctorants en sciences sociales ont été des «clients» tout désignés de cette collaboration, dès lors que ces derniers avaient des sujets de thèse de nature à déplaire à leurs autorités. On peut même s'interroger sur les conditions dans lesquelles le bureau de Béatrice Hibou, directrice de recherche au CNRS, dans les locaux de Sciences Po-CERI, au 56 de la rue Jacob, a été ostensiblement «visité» à plusieurs reprises alors qu'elle préparait son ouvrage sur l'économie politique de la répression en Tunisie et retenait toute l'attention des services de Ben Ali: il aura suffi d'une démarche du ministère des Affaires étrangères auprès de celui de l'Intérieur, à la demande du laboratoire, pour que ces agissements prennent fin, comme par enchantement...


2) De toute façon, les démocraties libérales sont menacées en leur sein par un maccarthysme rampant. Les universités américaines sont soumises au Patriot Act qui permet le contrôle des emprunts d'ouvrages dans les bibliothèques et des enseignements au nom de la lutte contre le terrorisme international. En France, le haut fonctionnaire de défense qui siège à la direction du CNRS a provoqué des sanctions administratives contre un chercheur s'intéressant trop à l'islam, Vincent Geisser, et des scientifiques –par exemple l'historien des migrations Patrick Weil– ont vu leur carrière bloquée ou ralentie pour des raisons qui ne pouvaient être que politiques, compte tenu des évaluations très positives dont ils avaient fait l'objet par les seules instances compétentes. Mais c'est sans doute en Israël que le phénomène est le plus préoccupant, maintenant que les universitaires doivent montrer patte sioniste blanche à chaque moment de leur carrière, voire à chaque invitation à l'étranger.


3) La liberté scientifique est également mise en cause par le durcissement constant des dispositions en matière de circulation des personnes, au nom, cette fois-ci, de la lutte contre l'immigration clandestine: chercheurs et universitaires d'Afrique, d'Amérique latine ou d'Asie ne peuvent plus accéder dans des conditions décentes aux congrès et colloques organisés en Europe ou en Amérique du Nord et sont de plus en plus nombreux à devoir y renoncer faute d'obtenir les visas nécessaires.


4) Dans les démocraties libérales, les pouvoirs économiques et politiques ont compris que, faute d'être en mesure d'enfermer ou de tuer les chercheurs, ils pouvaient tenter de les ruiner en leur intentant des procès avec des demandes extravagantes de dommages et intérêts: un conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, s'y est essayé au détriment d'Alain Garrigou, professeur de science politique à Paris X (lire l'article), et la fondation japonaise Sasakawa à celui de Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques.


5) Néanmoins, le danger le plus redoutable qui met en péril la liberté de la création scientifique –car la recherche est un acte de création, tout comme l'art, autant qu'un acte de connaissance– a trait à ses nouveaux modes de financement, depuis que le monde est entré dans l'ère néo-libérale, au tournant des années 1980. L'adoption des règles du New Public Management dans les domaines de l'Enseignement supérieur et de la recherche est lourde de quatre conséquences liberticides : 
- a) elle tend à substituer aux emplois scientifiques stables des contrats à durée très étroitement déterminée qui placent les jeunes chercheurs dans des situations de précarité et de concurrence peu propices à l'indépendance, voire à la résistance, par rapport aux pouvoirs politiques, administratifs et économiques ; 
- b) elle vise aussi à remplacer le financement public stable de la recherche et de l'université par son financement ad hoc, privé ou en tout cas contractuel, sur la base de programmes de plus ou moins courte durée, au risque de soumettre l'agenda de la production de la connaissance à celui des bailleurs, c'est-à-dire à leurs intérêts les plus immédiats, voire les plus douteux, comme l'a tragiquement démontré l'inféodation de la recherche pharmaceutique française à l'industrie pharmaceutique ; 
- c) de même, le New Public Management invite les grandes entreprises et les administrations, voire les gouvernements étrangers, à financer des chaires, des programmes, des thèses, au péril de leur indépendance d'esprit ; 
- d) enfin, il réduit l'évaluation scientifique à des procédures quantitatives, sur le mode de l'obligation de résultats à court terme, dont la bibliométrie, dans le domaine des sciences sociales, est l'illustration la plus atterrante - et la plus propice à tous les trompe l'œil !

Si ce type de gestion de la recherche et de l'Enseignement supérieur devait perdurer, il conduirait le monde, et singulièrement les sociétés démocratiques, à leur suicide intellectuel. D'ores et déjà, le pronostic vital de l'Université, l'une des plus anciennes institutions de la civilisation européenne, qui a essaimé sur la planète entière, est engagé, sans que les opinions publiques ni même sans doute les classes politiques en soient vraiment conscientes, du fait du matraquage ou de l'auto-intoxication idéologique dont elles sont victimes. Il est du devoir des chercheurs de déchirer le voile de l'illusion néolibérale qui, au nom de l' «efficacité», de la «mobilité» et de la «compétition», supposées être des gages «innovants» d' «excellence», livre la science à l'intérêt marchand et financier, c'est-à-dire la préparation de l'avenir au gain immédiat.

En savoir plus:

- Le site de Sciences sans frontière
-

sur Mediapart: Patrick Buisson débouté, des chercheurs s'organisent (24 février 2011)
-

dépêche de l'AFP sur lemonde.fr: Chercheurs sans frontières veut défendre la liberté de recherche dans le monde

 

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 20:11

Dans le numéro de mars 2011 du Monde Diplomatique, Serge Halimi se demande si l’Iran va, lui aussi, basculer vers une révolution démocratique :

« Les balles qui tuent peuvent être chiites ou sunnites, modérées ou radicales, pro-occidentales ou « anti-impérialistes ». Les populations qui meurent, aussi. Mais les régimes qui tirent se ressemblent. Celui de Tripoli a d’ailleurs su remplacer l’appel incantatoire à la révolution mondiale par le gardiennage des frontières de l’Union européenne.

Les mêmes falsifications réunissent aussi des gouvernements que tout semblerait distinguer. Téhéran a ainsi prétendu percevoir dans le soulèvement démocratique arabe les prodromes d’un « réveil islamique » inspiré par la révolution iranienne de 1979 ; Israël a repris ce fantasme, mais pour feindre de s’en alarmer. Toutefois, quand des opposants iraniens ont voulu saluer les manifestants du Caire, la théocratie au pouvoir leur a fait tirer dessus. L’armée israélienne, elle, ne massacre pas des civils aux mains nues — sauf quand ils sont palestiniens (1 400 morts à Gaza il y a deux ans). Mais M. Benyamin Netanyahou n’apprécie pas davantage que Téhéran l’exigence de liberté de la jeunesse arabe. Car elle pourrait priver son pays d’excellents partenaires, autocratiques mais proaméricains. Il ne resterait plus alors à Tel-Aviv qu’à crier au loup en se rabattant sur l’épouvantail iranien.

Or les tensions avec Israël et les sanctions internationales permettent au régime de Téhéran, enhardi par l’affaiblissement de ses grands rivaux régionaux (Egypte et Arabie saoudite), de réactiver son discours nationaliste. Cela lui est d’autant plus utile que le « mouvement vert » de 2009 n’a pas été assommé par la répression qu’il a subie. Le Guide suprême Ali Khamenei espérait que le « vaccin » des pendaisons et des tortures avait détruit les « germes » de la contestation. Hélas pour lui, les soulèvements arabes ainsi que le contraste humiliant entre une population instruite et un système politique moyenâgeux sapent la légitimité déjà ébranlée de son régime. Alors, à défaut de faire mitrailler la foule des mécontents par l’aviation, « à la libyenne », le clan religieux au pouvoir encourage les clameurs meurtrières de ses séides. Au lendemain d’une forte mobilisation de l’opposition, 222 des 290 députés ont ainsi réclamé le procès de MM. Mehdi Karroubi et Mir Hossein Moussavi, deux anciens dignitaires du régime qui vivent en résidence surveillée depuis qu’ils se sont dressés contre le Guide suprême. Et, le 18 février, Téhéran fut le théâtre d’une manifestation destinée à « exprimer sa haine, sa colère et son dégoût devant les crimes sauvages et répugnants des chefs de la sédition et de leurs alliés hypocrites et monarchistes (2) ». « Agents sionistes » ou « hooligans », ils sont menacés de mort. »

 

Alain Gresh analyse les conséquences du « réveil arabe » :

« Si les craintes d’une immigration massive venant de Libye dominent dans l’Union européenne, les Etats-Unis s’intéressent plutôt aux retombées du réveil arabe sur l’ordre régional. Ils redoutent les conséquences de la chute de M. Hosni Moubarak, pilier de leur politique, qu’il s’agisse du dossier iranien ou du conflit israélo-arabe. Mais tous ces calculs pourraient être chamboulés par l’irruption des opinions publiques, sensibles au calvaire des Palestiniens.

Plusieurs semaines de grèves et de manifestations submergent ce grand pays musulman. La crise économique et sociale, le pillage de l’Etat par la famille du président, un autoritarisme sans bornes ébranlent ce pilier de la politique américaine dans la région. Washington lâche pourtant son vieil allié. La secrétaire d’Etat demande au dictateur de démissionner afin d’« ouvrir la voie à une transition démocratique ».

Nous ne sommes pas en Egypte en février 2011, mais en Indonésie en mai 1998. C’est Mme Madeleine Albright, et non Mme Hillary Clinton, qui s’exprime. Suharto, arrivé au pouvoir avec l’aide de la Central Intelligence Agency (CIA), en 1965, après avoir fait massacrer un demi-million de communistes ou supposés tels, doit quitter la scène. Avec la chute du mur de Berlin (1989) et la fin de l’Union soviétique (1991), l’Indonésie a perdu sa place d’avant-poste de la lutte contre le communisme et, à Washington, on préfère accompagner un mouvement de démocratisation, l’orienter dans un sens favorable aux intérêts des Etats-Unis. D’autant que le président William Clinton veut déjà donner au monde une image plus ouverte de l’Amérique. Finalement, le choix s’avère habile, et Djakarta maintient des relations étroites avec Washington, même si l’Indonésie, membre actif de l’Organisation de la conférence islamique, fait preuve d’indépendance, par exemple sur le dossier nucléaire iranien. »

 

Jean-Christophe Le Duigou, que l’on a connu plus réformiste, à propos de la « réforme » des retraites notamment, enjoint de « réhabiliter l’impôt » :

« Alors que les déficits publics s’accumulent, la course au moins-disant fiscal se poursuit. M. Barack Obama a prolongé les baisses d’impôts pour les plus riches. En France, M. Nicolas Sarkozy veut supprimer l’impôt sur la fortune. Des économistes socialistes cherchent un peu plus de justice, tout en restant dans le même cadre. N’est-il pas temps d’aller plus loin ?

Enfin, le vent a tourné et la réforme fiscale revient au goût du jour. Certains osent même évoquer la perspective d’une « révolution ». Mais sommes-nous au seuil d’une vraie transformation de la fiscalité ou d’un simple aménagement de l’Etat-providence secoué par la crise ?

Pendant trente ans, les gouvernements successifs ont vécu avec l’illusion de la solidité de notre système de finances publiques. Quelles que soient les difficultés, les services publics continuaient à fonctionner. Les budgets assumaient tant bien que mal les conséquences de la montée du chômage. La décentralisation permettait de transférer des charges de financement importantes aux collectivités territoriales. En contrepartie, l’Etat, via un endettement en forte croissance, devenait le principal soutien des marchés financiers — au point de former avec eux un couple indissociable.

En France comme ailleurs, le conformisme a dominé le débat sur la politique économique, les fiscalistes ne contribuant guère à son renouvellement. La réduction des prélèvements sur le capital et ses revenus fut ainsi le nec plus ultra des choix proposés. Gauche et droite, successivement, ont creusé ces fameuses « niches » qui font de notre système de prélèvement un gruyère, où coexistent des taux d’impôts et de cotisations apparemment élevés et des assiettes réduites, au moins pour tout ce qui n’est pas rémunération salariale. Les exonérations ciblées étaient déjà nombreuses. Mais en cinq ans, de 2003 à 2008, l’ampleur des cadeaux octroyés a augmenté de 47 %, passant de 50 à 73 milliards d’euros.

Désormais, en dépit des tentatives d’en reculer l’échéance, l’augmentation des prélèvements paraît inéluctable. Preuve, une nouvelle fois, comme le disaient à la fois Karl Marx et Joseph Schumpeter, que « l’impôt est la base matérielle de l’Etat ».

 

Vincent Drezet et Liem Hoang-Ngoc nous disent ce qu’il en est de « l’obsession patrimoniale de Sarkozy » qui vise, ce qui s’est confirmé à supprimer l’ISF.

 

Géard Duménil et Dominique Lévy analyse ce qu’est désormais devenu le « dissensus » de Washington : « La commission d’enquête crée par Obama en 2009, met au jour les causes de la débâcle qui a commencé en août 2007 et a culminé un an plus tard avec la chute de plusieurs grandes institutions financières américaines. »

 

Depuis l’élection des lib-cons en Grande-Bretagne, l’université souffre (David Nowell-Smith) : « David Cameron avait promis que, pour compenser le retrait de l’Etat, il favoriserait l’avènement d’une communauté de bénévoles : la Big Society ». Selon The Economist, les Britanniques voient dans le projet un camouflage des coupes budgétaires. Lesquelles, sévères, ont commencé. Notamment à l’université. »

 

Et pendant ce temps-là, les chercheurs n’osent plus chercher (Howard S. Brecker) : Il n’y a plus guère de liberté pour la recherche en sciences sociales. Des pressions politiques, judiciaires ou économiques s’exercent sur les chercheurs. Mais le conformisme académique et la crainte des responsables universitaires de troubler l’ordre établi constituent des formes beaucoup plus insidieuses de censure.

 

Un grand reportage de Jean-Arnaud Dérens sur « la sale guerre de l’UCK au Kosovo » : « Des enquêtes révèlent l’ampleur des exactions commises par des membres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Les victimes se comptent aussi bien parmi les civils serbes que dans les rangs des rivaux politiques de l’UCK. »

 

Jean-François Boyer nous raconte quand « le Mexique cessa d’être indépendant » : « Autour du cas de Madame Florence Cassez,  Paris multiplie les gesticulations. Sur ce dossier, le Mexique affiche son inflexibilité et met en avant son indépendance. Vis-à-vis des Etats-Unis, toutefois, il sait se montrer beaucoup plus souple. »

 

Partout dans le monde, des bases militaires étatsuniennes (William Pfaff) : « Le ministre de la Défense Robert Gates a déclaré que les effectifs et l’équipement de l’armée subiraient  les effets de la situation financière de la nation. Néanmoins, avec 553 milliards de dollars prévus en 2012, le budget militaire continuera d’augmenter. Au risque d’aggraver les tensions. »

 

Philippe Rivière explique comment Téhéran subit une cyber-attaque : « Le virus informatique Stuxnet qui a affecté l’Iran aurait été mis au point en Israël avec  l’aide des Etats-Unis. Ciblant des infrastructures industrielles, cette attaque présage-t-elle une nouvelle ère de cyber-guerre ? »

 

Serge Quadruppani (auteur de La Politique de la peur) décrit les restructurations et résistances chez Fiat : « Deux établissement de Fiat subissent une nouvelle mise au pas. Mais le durcissement des conditions de travail entraîne une mobilisation inattendue. »

 

Salam Kawabi et Bassma Kodmani analysent les révoltes arabes selon la thématique des armées, des peuples et des autocrates. Raphaël Kempf décrit les racines ouvrières du soulèvement égyptien. Gilbert Achcar estime que les Frères musulmans sont pour « une transition dans l’ordre ». Quant à Akram Belkaïd, il évoque les attentes sociales et la peur du chaos en Tunisie : « la disparition des forces de l’ordre et les manœuvres des partisans du dictateur déchu pourraient voler la victoire des révolutionnaires. »

 

Plaignons MAM, « emportée par la foule » (Laurent Bonelli, Elwis Potier), cette foule qui «  apparaît comme le pendant conservateur du peuple. Un peuple qui semble aspirer à un autre avenir. »

 

A lire un dossier très intéressant sur le modèle mutualiste « au défi de l’Europe », et de Sarkozy qui envisage (avec son frère ?) toutes les solutions, y compris celles des assurances privées, pour des raisons qui sont aussi idéologiques.

 

François Danglin explique comment des puissances du Sud (Indé, Brésil, Afrique du Sud) s’efforcent de nouer un « pacte démocratique » pour favoriser la coopération Sud-Sud. Les projets communs concerneraient bien évidemment la santé et l’agriculture (Folashadé A. Soulé-Kohndou).

 

SelonMartine Bulard, Pékin « cherche à concilier puissance et stabilité » : « Le pouvoir reconnaît que des changements s’imposent en économie. Il veut en décider le rythme et rejette toute pression extérieure. »

Il existe maintenant un « CNN à la chinoise » (Pierre Luther) : « La chine implante peu à peu, dans le monde entier, des médias d’Etat qui remplissent une double fonction de communication et de renseignement. »

 

Le Diplo publie des bonnes feuilles du dernier livre d’Ignacio Ramonet : L’Explosion du journalisme. Des médias de masse à la masse des médias.

 

Mona Chollet se demande si l’on peut « refaire le monde à coups de bistouri ». Vit-on la crise des subprimes du corps ?

 

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 16:36

Source : Bella Ciao (et OCDE)

 

 

 

SALAIRE ANNUEL BRUT DES ENSEIGNANTS DU SECONDAIRE EN 2004 (EN EUROS)

Pays Rang Salaire fin Rang Salaire début Luxemb. 1er 91 650 1er 52 564 Suisse 2e 64 418 2e 33 461 Corée 3e 61 767 12e 22 416 Pays-Bas 4e 51 959 7e 25 514 France 13e 38 634 19e 20 153

 

Moyenne OCDE 38 120 21 727

 

Suite du tableau en bas de page... Source : "Regards sur l’éducation 2006", OCDE

Un enseignant luxembourgeois qui débute sa carrière est rémunéré deux fois plus que son homologue français, alors qu’il assure moins d’heures de cours et qu’il enseigne à un nombre plus restreint d’élèves. En règle générale, pourtant, les heures et les conditions de travail des enseignants varient considérablement d’un pays à l’autre et compensent parfois les variations salariales. Les instituteurs suédois sont ainsi relativement mal payés, mais leur temps de travail équivaut à peine aux deux tiers de celui des enseignants suisses.

 

Et en France ? Lorsqu’ils débutent, les professeurs des écoles et les professeurs certifiés (titulaires du CAPES) touchent un salaire net mensuel de 1 300 euros. Après 30 ans de carrière, celui-ci peut atteindre la somme de 2 921 euros, contre 3 594 euros pour un professeur agrégé en fin de carrière. Selon l’OCDE, le nombre d’heures moyen que doit assurer annuellement un professeur est de 900 en primaire, 626 au collège et de 602 au lycée. Les mauvais élèves de la classe 703 euros net par an : c’est la somme que touche, en Egypte, un enseignant qui débute. En fin de carrière, un professeur égyptien peut espérer atteindre un salaire annuel net de 1 797 euros. Les enseignants indonésiens se contentent quant à eux d’un salaire annuel compris entre 769 et 1 218 euros net. Mais il faut garder à l’esprit que le niveau de vie dans ces deux pays est bien inférieur à celui des pays de l’OCDE.

SALAIRE ANNUEL BRUT DES ENSEIGNANTS EN 2004 (EN EUROS) (suite) Pays Rang Salaire fin Rang Salaire début Belg. (Fl.) 5e 47 775 13e 22 195 Japon 6e 47 319 20e 19 280 Belg. (Fr.) 7e 45 762 15e 20 918 Autriche 8e 44 323 16e 20 381 Allemagne 9e 42 679 3e 30 842 Espagne 10e 40 317 4e 27 671 Irlande 11e 39 411 14e 21 740 Portugal 12e 39 078 23e 15 129 France 13e 38 634 19e 20 153

 

Moyenne de l’OCDE - 38 120 - 21 727 Moyenne de l’UE-19 - 37 806 - 22 015

Danemark 14e 36 609 5e 26 555 Ecosse 15e 35 898 11e 22 551 Australie 16e 34 736 8e 23 700 Finlande 17e 34 260 6e 25 542 Angleterre 18e 33 089 10e 22 674 Italie 19e 31 581 18e 20 167 Norvège 20e 28 866 9e 23 338 Suède 21e 28 791 17e 20 469 Nouvelle-Z 22e 28 389 24e 14 688 Grèce 23e 27 194 21e 18 677 Islande 24e 25 310 22e 15 249 Rép. tchèq 25e 20 749 25e 11 994 Hongrie 26e 18 838 27e 8936 Israël 27e 18 292 26e 10 729 Chili 28e 14 423 28e 8 610 Pologne 29e 8 385 29e 5 041

Source : "Regards sur l’éducation 2006", OCDE

 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 17:00

D'après Le Canard Enchaîné, Son Excellence l'ambassadeur ne sait pas communiquer quand il n'est pas sensé.

Mais, en Tunisie, il a plein de rêves sur le sable.

Des mauvaises langues (hum... en existe-t-il?) susurrent qu'il serait investi et aride.

 

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 16:04

Les IDEX : Une analyse de Xavier Lambert


 http://philanthropie.files.wordpress.com/2009/12/excellence.jpg


Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche a lancé, il y a peu, les IDEX (Initiatives D’EXcellence). Ce nouveau dispositif qui vient s’installer dans le paysage de la recherche française s’inscrit dans le droit fil des réformes qui ont émaillé la « reconstruction » de l’université française ces dernière années, et, notamment, sous le gouvernement Sarkozy.

La loi LRU était déjà une machine de guerre contre le service publique d’enseignement supérieur en transformant les universités en services de gestion financière décentralisée mais politiquement plus encadrées que jamais. Les IDEX, elles, sont une véritable machine de guerre contre l’indépendance de la recherche et le maillage territorial qui la caractérisait jusqu’alors, le tout procédant de sa richesse intrinsèque.

Ce qui caractérise avant tout le principe des IDEX, c’est l’idéologie du struggle for life (qu’on me pardonne cet anglicisme) à partir d’une politique de niche. La mise en compétition des laboratoires, des chercheurs entre eux, déjà bien engagée par les méthodes d’évaluation de l’AERES (Agence d’Évaluation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche), qui note les laboratoires sur des critères essentiellement publimétriques, se trouve considérablement renforcée par les IDEX et leurs avatars, LABEX (LABoratoires d’EXcellence) et EQUIPEX (EQUIpements d’EXcellence). Il ne s’agit plus de mettre en concurrence entre eux laboratoires et chercheurs dans une même université, mais d’organiser une compétition au niveau international (l’idéologie des top 10).

Les IDEX sont directement issus de la mascarade qu’est le Grand Emprunt. Pour rappel, le Grand Emprunt, c’est ce grand projet Sarkozien , conjointement rédigé par M. Rocard et A. Juppé en 2010 pour « relancer l’industrie française. L’objectif était de drainer 35 milliards de capitaux pour : « la défense, l’innovation, la recherche scientifique et l’enseignement supérieur ». 21,9 milliards étaient annoncés pour l’enseignement supérieur et la recherche. Au-delà de l’effet d’annonce, il faut rappeler que tout cet argent récolté est en réalité placé et « non consuptible », ce ne sont donc que les intérêts qui sont réellement disponibles.

Le fait que le financement de l’ESR à partir du Grand Emprunt s’inscrive dans une perspective de relance de l’industrie française suffit déjà en soi à connoter les attendus du dispositif IDEX. Il ne s’agit pas de permettre le développement de l’innovation et de la recherche en soi, mais de faire en sorte que l’innovation et la recherche servent à relancer l’industrie française. Cela ne constitue pas forcément un problème en tant que tel, même si on peut s’interroger sur les causes qui nécessitent cette relance et les choix économiques et sociaux qu’elle suppose. La définition des orientations des IDEX est très claire de ce point de vue puisqu’elle s’articule essentiellement à l’innovation et au développement.

Dans la logique des pôles de compétitivités, il s’agit de mettre en place une recherche sur un tout petit nombre de niches porteuses de perspectives, de profits, dans le cadre de la compétition économique internationale, sur un tout petit nombre de sites (10 à 15 au maximum) et, comme le souligne Gilbert Casamatta, président du PRES de Toulouse, « les sites qui ne seront pas élus seront durablement rayés de la carte de la recherche française ».

Résultat de l’opération, les sites, les laboratoires, les chercheurs et les enseignants chercheurs sont condamnés à une lutte sans merci entre eux pour pouvoir survivre. Cela signifie d’une part que des zones entières seront rayées de la carte du paysage de la recherche en France. Et, d’autre part, que dans les rares zones retenues, ce sont des laboratoires, des équipes de recherche qui seront soit contraints de tordre complètement leurs axes de recherche pour tenter de subsister, soit condamnés à terme à disparaître parce que leur recherche ne sera plus financée.

On comprend bien que dans ce contexte sont particulièrement menacées la recherche fondamentale et la recherche en ALL-SHS (Art, Lettres, Langues-Sciences Humaines et Sociales) qui, à de rares créneaux près, ont peu de chance de s’intégrer à ce nouveau paysage.

Comme d‘habitude depuis quelques années, cette réforme a été menée tambour battant, pressant les structures concernées (les PRES de manière générale) de monter les projets, qui se sont constitués à la fois dans une très grande approximation en matière de contenu scientifique, et dans l’opacité la plus totale vis-à-vis des équipes et des instances universitaires. Les structures élaborées sont généralement pensées davantage en terme d’organigramme que de réel contenu, avec des instances décisionnelles d’où sont absents les chercheurs et enseignants chercheurs du site. En revanche, le « monde économique » sera bien représenté, et le monde scientifique par des « notables » extérieurs aux sites.

Outre le fait que c’est une aberration totale d’un point de vue scientifique (la Recherche ne se construit pas sur la compétition, mais sur la coopération), ce dispositif va avoir des conséquences extrêmement graves, d’une part pace qu’il déconstruit complètement le maillage territorial de la recherche, avec les conséquences évidentes sur les universités (universités d’ « excellence » vs universités de « proximité »), mais aussi sur le tissu économique régional. Mais il va avoir aussi des conséquences durables sur la Recherche elle-même en France, d’une part parce que la Recherche, ça ne se saucissonne pas, d’autre part parce que les grandes découvertes n’ont souvent de véritable application que bien longtemps après.

Sauf à se placer dans la vision de rentabilité à très court terme sans souci de ce qu’il en sera après, qui caractérise l’économie mondiale actuelle, cette réforme est même totalement contre-productive à terme. Et ce n’est pas l’achat de « cerveaux » à prix d’or, tel le prévoient les IDEX, qui résoudra le problème. Quelle que soit la qualité des cerveaux en question, un cerveau ne peut pas se nourrir tout seul et est condamné à s’épuiser rapidement s’il n’est pas baigné dans un milieu nourricier.

 

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 16:00

 Censure et Pop Music en Angleterre

 

 

Nulle part on ne modifie les lois de la musique sans modifier en même temps les dispositions civiles les plus importantes. C'est ici que les gardiens doivent édifier leur poste. (Platon)

 

En Grande-Bretagne, Mein Kampf, publié en anglais, dans son intégralité en 1939, n’a jamais été inquiété. Ulysse, de Joyce, ou L’amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence, furent longtemps interdits.

Un institut de sondage a-t-il demandé récemment aux Britanniques si la censure existait dans leur pays ? Gageons que si cela a été fait, la réponse a due être massivement “ non ”.[i] Il n'existe pas outre-Manche de censure gouvernementale ou étatique chargée de donner son accord à la diffusion de productions intellectuelles ou artistiques. On vérifiera dans ce qui suit qu'en matière de pop music, une censure a bel et bien fonctionné selon des pratiques le plus souvent “ douces ”, reposant sur le sentiment consensuel de la population et de la profession ou, plus exactement sur l'idée que les instances censurantes se faisaient de ce sentiment.

Dans un pays démocratique comme la Grande-Bretagne, où les libertés formelles sont largement garanties mais où règnent la société marchande et les freins ou entraves qu'elle impose à la création, il y a censure lorsqu'il y a tentative d'interférer avant ou après la publication d'une production afin de l'interdire ou de la modifier. Il peut y avoir interdiction, marginalisation, exclusion des systèmes de distribution. Dans la production d'œuvres populaires, la censure peut être politique, économique ou morale. Elle peut être imposée ou consentie.

 

 BeggarsBanquet.jpg

 

Pour des raisons historiques, culturelles et sociologiques qui mériteraient une importante étude, l'État s'est le plus souvent déchargé de la censure pour la confier à des structures de médiation, officielles ou officieuses, la plus connue étant aujourd'hui le BBFC (British Board of Film Censors). On n'oubliera pas cependant que le pays dispose d'un arsenal législatif assez fourni, avec des lois sur l'obscénité, les publications indécentes, les secrets officiels, la diffamation séditieuse.

Le principal outil légal de censure est l'“ Obscene Publications Act ” de 1959, une législation libérale mise en œuvre à l'initiative du député travailliste Roy Jenkins, dont l'objectif majeur était de « protéger la littérature » et de « renforcer l'arsenal concernant la pornographie ». Selon ce texte, est obscène toute production pouvant « pervertir et corrompre » tout individu susceptible d'être touché par cette production. Le produit peut être détruit et son créateur encourir une amende, voire une peine de prison. Toute personne (« a member of the public ») se sentant concernée peut déposer plainte, la police et lalennon

justice étant obligées d'instrumenter cette plainte. On note que le législateur a introduit une disposition assez étrange dans cette loi selon laquelle une œuvre jugée obscène peut néanmoins être portée à la connaissance du public si elle est d'intérêt ou de qualité. En d'autres termes, la loi a redonné corps à l'idéal romantique qui veut que l'art se situe au-delà du bien et du mal.[ii] Mais le fond et la forme étant un tout, qui veut évaluer et censurer l'un évalue et censure l'autre. Donc – et ceci est particulièrement valable dans la production d'œuvres culturelles de masse – on ne peut s'en prendre à la manière de dire sans attenter à ce qui est dit.

Bizarrement – dans la mesure où la pop music est l'un des plus important phénomène culturel de masse du siècle – les livres qui lui sont consacrés parlent assez peu de censure et les livres consacrés à la censure parlent très peu de pop music, bien plus de littérature, de cinéma et de théâtre.

Si l'on s'en tient simplement aux variétés, on observe que les chansons de guerre, pendant la Première Guerre mondiale, étaient soigneusement écoutées par la police dans les music halls[iii] où l'on encourageait bien entendu des chansons patriotiques et anti-allemandes, et que durant la Seconde Guerre mondiale on évita sur les antennes de la BBC des chansons nostalgiques, mais aussi Beethoven ou Wagner tandis que les œuvres du compositeur marxiste Alan Bush furent interdites d'antenne pendant deux ans.[iv]

La pop music est, depuis le début des années soixante, avec Cliff Richard puis les Beatles, le média le plus populaire en Grande-Bretagne, celui qui concerne le plus vaste public, celui qui rapporte le plus d'argent. EMI fut longtemps la première entreprise de disques au monde.

De même qu'un succès commercial chasse l'autre à la vitesse des hit parades hebdomadaires, l'opprobre, la censure évoluent rapidement et de manière très relative. Le temps d'une génération, ce qui était totalement inacceptable aux yeux des parents (les contorsions scéniques d'Elvis Presley, la chanson “ Great Balls of Fire ” de Jerry Lee Lewis, le brûlot “ communisant ” de Pete Seeger “ If I Had a Hammer ”) est accepté par les grands-parents dans les maisons de retraite.

Il est très difficile d'évaluer l'impact d'une production esthétique. Une œuvre pop n'a pas de sens donné et n'établit pas de rapport direct de cause à effet. Lorsque les Who – dont le contenu idéologique des chansons était assez ténu – cassaient leur matériel sur scène, ils incitaient peut-être davantage à la révolte que les chansons contestataires du Dylan du début des années soixante. La pop music n'est pas que de la musique et des paroles, c'est, aurait pu dire Nietzsche, « le miroir dionysiaque du monde » ou, plus prosaïquement, un contexte, une scène, un rapport à la vie, une attitude. La pop music, ce sont aussi des stars, perçues comme figures exemplaires, et qui, à ce titre, font l'objet de la vigilance des censeurs.

Cocteau disait que lorsqu'un mystère nous échappait, il fallait feindre d'en être les organisateurs. C'est plutôt une stratégie de dénigrement qu'ont adoptée les adultes, les faiseurs d'opinion après avoir constaté qu'ils n'avaient aucune prise sur une culture de masse qui était l'apanage des adolescents. Après les rockers américains des années cinquante, les Beatles, les Stones, les groupes punks ont tous, à un moment donné, fait l'objet de la commisération de la critique dominante. Pour n'en donner qu'un seul exemple historique, le célèbre journaliste Paul Johnson publia en 1964 dans le New Statesman (avant de virer définitivement à droite quelques années plus tard) un article ignoble et à très courte vue, “ The Menace of Beatlism ”[v]. Pour masquer son sentiment d'être, au vrai sens du terme, largué, il dénonça une “ musique de sauvages ” mettant en péril la moralité d'enfants facilement manœuvrables. À gauche comme à droite, une autre technique fut de taxer la pop musique d'“ américaine ” juste après que le pays eut, pour partie, confié sa défense nucléaire au grand partenaire d'outre-Atlantique, “ américain ” signifiant à la fois étranger, infantile et bassement commercial.

Ce qui, dans le domaine de la pop music, rend la censure ou les pressions de toutes natures plus urgentes qu'ailleurs, c'est que ce média est – par le biais du disque, de la radio, de la télévision et des concerts – immédiatement en relation avec le contexte social. Dans une perspective macluhanienne, la pop music est un média chaud qui se vit et se consomme à chaud.

La censure dans la pop music s'exerce tout d'abord dans la phase de production, quand les compagnies décident d'elles-mêmes qu'une chanson ou une couverture de disque ne peuvent être commercialisées. Censurer la couverture d'un disque est une décision sérieuse dans la mesure où, depuis 1965 avec Rubber Soul des Beatles[vi], les chanteurs les plus en vue se sont approprié la maîtrise de la fabrication des pochettes de leurs disques, auxquelles ils ont conféré un maximum de sens, impliquant que le disque en tant qu'objet influe sur l'écoute de la musique. Déjà en 1964, les Rolling Stones avaient engagé une épreuve de force avec leur compagnie Decca à propos de la couverture de leur deuxième 33 tours The Rolling Stones, n° 2 (avec “ Everybody Needs Somebody to Love ”), la firme ayant refusé un encouragement de leur imprésario écrit au dos du disque visant à voler de l'argent à un aveugle pour se payer cet objet. En 1966, les Stones durent substituer le titre Aftermath au titre prévu Could You Walk on Water ?.[vii] En 1968, Decca n'apprécia pas du tout le projet de couverture pour Beggars Banquet (une photo représentant des toilettes avec les titres de chansons sous forme de graffiti). Mick Jagger ayant argué que Decca avait accepté pour Tom Jones une pochette représentant un champignon atomique, le groupe repoussa le compromis selon lequel chaque disque aurait été emballé dans du papier kraft. Finalement, Beggars Banquet fut mis en vente avec une couverture unie, jaune pâle.[viii] Dernier exemple fameux : en 1988, la firme Epic refusa un projet de couverture des Godfathers pour leur disque Cause I Said représentant Madame Thatcher affublée des moustaches de Hitler.

La censure préalable dans les maisons de disques est d'autant plus préoccupante que le monde de la variété est dominé par quelques grandes compagnies (Sony, EMI, Warner, BMG). Leur censure s'exerce principalement dans une optique commerciale, dans une recherche d'équilibre entre les lois du marché et ce qu'elles considèrent comme étant la morale dominante.

Un disque qui risque de ne pas couvrir ses coûts de production aura beaucoup de mal à s'imposer à la direction artistique. De fait, 10% seulement des artistes font faire des bénéfices aux compagnies. Ceci installe un climat de conformisme. Les artistes doivent souvent trouver un équilibre, une voie moyenne entre ce qui plaira au public et à leur maison de disques et ce qu'ils ont vraiment envie de créer.[ix] Les firmes peuvent non seulement dicter un style de musique, mais aussi un style tout court. Les habits que portaient les Beatles de 1962 à 1964 ont été imposés par leur entourage professionnel.[x] Les compagnies peuvent également censurer en fonction de l'air du temps. En 1967, il était relativement risqué de faire l'apologie de la drogue ou même tout simplement d'en faire le thème d'une chanson. Lorsque The Game sortit The Addicted Man, EMI retira le disque de la vente après une mauvaise critique dans l'émission Juke Box Jury alors que le disque critiquait l'usage de la drogue.

Bien que le critique de théâtre Kenneth Tynan ait prononcé le mot “ fuck ” en direct sur les antennes de la BBC en novembre 1965,[xi] il faudra attendre 1969 pour que ce même mot ne pose plus problème dans un disque pop. Le mot figurait dans un disque d'Al Stewart, Love Chronicles, et il n'avait été accepté que parce qu'il n'intervenait pas de manière gratuite. Toujours en 1969, Philips retira de la vente le “ Je t'aime, moi non plus ” de Serge Gainsbourg alors qu'il était en troisième position dans le hit parade au motif que ce disque portait à controverse.

En 1970, après qu'une exposition de ses lithographies érotiques eurent été censurées trois mois par Scotland Yard, John Lennon enregistra “ Working Class Hero ”. EMI accepta quelques “ fuckings ” assez répétitifs mais refusa de les voir publiés sur la pochette du disque.[xii] En 1971 la même EMI (alors la plus grande compagnie de disques et d'appareillage électrique mondiale) ne distribua pas The Black Man's Burdon d'Eric Burdon car l'album contenait une référence très désobligeante à la Reine. Toujours en 1971, EMI exerça une nouvelle forme de censure à l'égard de Lennon et de sa femme Yoko Ono. Le couple sortit une chanson ouvertement gauchiste, “ Power to the People ”, inspirée de conversations tenues avec le militant trotskiste Tariq Ali. Sur la face B du disque, Yoko chantait “ Open your Box ”. La compagnie demanda que les mots “ trousers ” (open your trousers), “ skirts ”, “ legs ”, “ thighs ” fussent remplacés par “ houses ”, “ church ”, “ lakes ” et “ eyes ”, ce que John et Yoko acceptèrent malgré l'altération du sens de l'œuvre en question. EMI avait donc laissé passer le très subversif “ Power to the People ”, davantage dans l'air du temps, mais avait imposé sa volonté pour une chanson graveleuse, et ce malgré le statut exceptionnel des auteurs.

En 1976, les Sex Pistols produisirent “ God Save the Queen ”, une chanson aux dénotations politiques particulièrement violentes :

 

God save the Queen

The fascist regime

[…] The fascist regime

[…] made you a moron

A potential H-bomb

(Dieu protège la reine, le régime fasciste a fait de toi un débile, une bombe H en puissance) 

 

On ne notait dans ces paroles aucune transcendance de la réalité. Précédemment, EMI, après la promesse de son directeur artistique qu'aucune censure ne serait exercée quant au contenu des chansons, avait retiré des étals Anarchy in the UK malgré des ventes très prometteuses. EMI prendrait médiocrement prétexte de frasques assez vulgaires du groupe pour se débarrasser de leurs punks les plus rentables. “ God Save the Queen ” fut proposé à A&M Records, qui accepta puis se rétracta. La chanson fut finalement mise en vente par Virgin. L'ironie de l'histoire est qu'en 1992 EMI acheta Virgin Records avec son catalogue des succès des Sex Pistols.

Parfois, les pressions sont périphériques. En juin 1978, les Sex Pistols devaient sortir un disque sur l'attaque du train postal ayant pour titre Cosh the Driver (le chauffeur de la locomotive était mort de ses blessures). Après une ferme délégation d'ouvriers à l'usine de pressage, le disque se dénomma No One Is Innocent. En 1981, Années des Handicapés, Ian Dury sortit un disque contenant la chanson “ Spasticus Autisticus ”. Les radios censurèrent ce titre à cause du mot “ spastic ”. Avec l'accord du chanteur, Polydor supprima la chanson du disque.

Les points de vente peuvent également exercer des formes plus ou moins nettes de censure. Trois catégories de magasins vendent des disques : les chaînes spécialisées comme Our Price, les grandes surfaces où les disques ne sont que des produits assez marginaux (comme Boots), des magasins indépendants ne vendant que des disques. C'est dans cette troisième catégorie qu'on trouve le plus vaste choix. Et c'est bien sûr dans les grandes surfaces que l'éventail est le plus limité, les disques en tête des hit parades étant privilégiés. Des faits de censure de la part des magasins relèvent de décisions ponctuelles. En 1968, de nombreux magasins refusèrent de mettre en vente Electric Ladyland de Jimmy Hendrix car la pochette représentait des femmes nues. Au même moment, le disque de Lennon et Ono Wedding Album ne fut pas vendu dans les points de vente, mais uniquement disponibles par courrier, car la photo de couverture représentait le célèbre couple dans la tenue d'Adam et Eve.


Wedding-Album.jpg

 

En 1972, Boots refusa de proposer Son of Schmillsonde Nillson car l'une des chansons comportait l'expression “ Fuck You ”. Le magasin justifia sa fermeté de la sorte : « The situation will remain that way until the word on the record and the booklet of lyrics is removed. »[xiii] Boots refusa de vendre le “ God Save the Queen ” des Sex Pistols et Never Mind the Bollocks. Smith fit de même et certains de ses détaillants allèrent jusqu'à matérialiser par un espace vide l'endroit où le disque aurait dû figurer dans les rayons.[xiv] En 1987, W.H. Smith refusa de vendre Appetite for Destruction de Guns 'n' Roses car la couverture représentait le viol d'une femme par un robot.[xv]

La politique commerciale frileuse et les actes de censure des grandes chaînes ont encouragé les petits magasins indépendants à occuper ces créneaux délaissés. Autant Boots peut se permettre de ne pas mettre en vente les Sex Pistols autant des petits disquaires ne sauraient faire l'impasse sur des groupes populaires. La censure commerciale ne suffisant pas, la censure légale entra alors en jeu. Les Sex Pistols furent les premiers créateurs pop poursuivis pour obscénité avec Never Mind the Bollocks en 1977. Le 5 novembre, un agent de police de Nottingham informa le gérant d'un concessionnaire Virgin que la couverture du disque tombait sous le coup de la Loi sur l'affichage contraire aux bonnes mœurs (Indecent Advertising Act) de 1899. Quatre jours plus tard, les disques étant toujours dans la vitrine, le gérant fut arrêté et inculpé.[xvi] L'affaire fut jugée le 24 novembre. Après qu'un professeur d'université eut exposé que le mot “ bollocks ” venait du saxon, la cour classa l'affaire.

La radio puis la télévision s'en sont souvent prises aux variétés en général et à la pop music en particulier. Selon sa Charte, la BBC est tenue à « ne pas outrager le bon goût et la pudeur » et à ne pas véhiculer des œuvres susceptibles de « choquer les sentiments du public ». Une loi de 1990 étend à la télévision les dispositions de la loi de 1959 sur les publications obscènes. La “ Radio Authority ” et la “ Independent Television Commission ” qui ont pour mission d'accorder et de renouveler des autorisations d'émettre, ont tout pouvoir pour fermer une station de radio diffusant des œuvres contraire aux bonnes mœurs. La loi stipule que le “ Broadcasting Standards Council ” (BSC, créé en 1988) a la charge d'évaluer la qualité morale de toutes les émissions de radio et télévision du pays. Le BSC s'intéresse de très près à la pop music en recommandant par exemple – forme de censure la plus douce – que certains disques soient programmés à des heures tardives.

Chaque fois qu'elle a cru bon de censurer de la musique populaire (ce qui n'était pas officiellement de son ressort), la BBC l'a fait de manière biaisée, soit en feignant de ne pas connaître les œuvres en question, soit en déclarant qu'elles n'étaient d'aucun intérêt pour le grand public. L'instance censurante à la BBC est le “ Controller ” qui œuvre sous la surveillance du “ Board of Governors ” (conseil d’administration), lui-même responsable devant le Parlement. Dans son histoire de la BBC, Asa Briggs a bien montré à quel point le jazz dans les années trente, le rock dans les années cinquante et le rhythm and blues dans les années soixante ont été marginalisés par la “ Corporation ”.[xvii] Les radios pirates des années soixante (Caroline et Luxembourg) ont quelque peu changé la donne en amenant la BBC à créer Radio One en septembre 1967, même si elles se sont surtout cantonnées dans le commercial en visant principalement le public jeune de Londres et du sud-est du pays. Étant en position d'illégalité, elles ont cherché la respectabilité en s'imposant une autocensure parfois plus contraignante que celle de la BBC.[xviii] Une loi de 1967 déclara cependant ces stations illégales. Malgré diverses manifestations devant le Ministère de la Poste et à Trafalgar Square, les pouvoirs publics tinrent bon. Un programmateur fut même condamné à deux mois de prison pour avoir refusé de payer une amende de 500 livres car il avait apposé un autocollant à la gloire de Radio Caroline sur son pare-brise.[xix]

Le succès de Radio One ne s'est jamais démenti : elle est écoutée depuis sa création par 20 à 25% des auditeurs britanniques. Bien que très populaire, on lui reproche son conformisme commercial quand elle avantage les disques 45 tours aux dépens des 33 tours. Or depuis Rubber Soul des Beatles (décembre 1965) et plus encore Aftermath des Rolling Stones (avril 1966), les groupes pop ont choisi d'investir artistiquement dans le “ Long Player ” (puis dans le CD) en s'affranchissant des critères commerciaux de la programmation radiophonique, les Stones n'hésitant pas, par exemple, à enregistrer une chanson de 11 minutes (“ Going Home ”). En 1977, le rapport de la Commission Annan reprochait à Radio One de reproduire trop servilement les classements des hit parades et de ne pas suffisamment diffuser des musiques minoritaires mais néanmoins représentatives comme le Punk ou le Reggae. Dans les années quatre-vingt, le Rap eut toutes les peines du monde à se faire entendre.

A la BBC, les cas de censure claire ne furent pas rares ces trente dernières années. Des chansons furent interdites pour des motifs sociétaux, d'autres pour des raisons politiques. On se souvient entre autres des chansons des Beatles “ Lucy in the Sky with Diamonds ” et “ A Day in the Life ” (du disque Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band) en 1967, à qui la vénérable maison reprocha d'inciter à la consommation de drogues.[xx] Autre cas de censure moins connu en 1967 : “ Jacky ” de Scott Walker, la version anglaise de la chanson éponyme de Jacques Brel, le texte étant jugé graveleux par la BBC. Tenons-nous bien, la version anglaise disait ceci :

 

Il me faudrait me saouler tous les soirs

Et parler de virilité

Avec quelque vieille grand-mère

Décorée comme un arbre de Noël

Et même si je voyais des éléphants roses

Parce que je suis rond comme une pelle

Hé bien je me chanterais ma chanson

Celle du temps où on m’appelait “ Jacky ”

 

Insupportable, wasn’t it ? Après des protestations des admirateurs du chanteur, la BBC accepta de programmer ce titre après 9 heures du soir. En 1969, la BBC censura “ Wet Dream ” de Max Romeo à cause de paroles très explicites : « Lie down girl, let me push it up ». La censure la plus spectaculaire de l'année 1969 concerna l'énorme succès de Serge Gainsbourg “ Je t'aime, moi non plus ”. Ce disque fut numéro 2 des ventes et la BBC eut le front de déclarer qu'elle en programmerait une version instrumentale si le disque atteignait la première place des hit parades.[xxi] En 1973, la BBC censura une chanson de Procol Harum sur les maladies vénériennes, “ Souvenir of London ”. Pour se dédouaner, elle programma la face B du disque.[xxii]

La censure de la BBC fut également – quoique moins fréquemment – politique. L'énorme succès du chanteur d'outre-Atlantique Barry McGuire “ Eve of Destruction ” (1965) fut censuré. Cette interdiction surprit d'autant plus que McGuire avait clairement et de manière très opportuniste composé une chanson politique commerciale dans le sillage de Bob Dylan et Joan Baez. En 1967, “ Street Fighting Man ” des Stones fut censurée, tout comme, un an plus tard, par “ Happiness is a Warm Gun ” des Beatles.[xxiii] En 1972 ce fut le tour de “ Give Ireland Back to the Irish ” de Paul McCartney, la chanson ayant été mise en vente quelques jours après le dimanche sanglant de Derry (13 victimes dans un affrontement entre troupes britanniques et manifestants).[xxiv] Cette même année, la “ Corporation ” censura “ Let the People Go ” de McGuiness Flint, une chanson contre les emprisonnements politiques en Irlande. La BBC justifia ces deux interdictions par le fait que les chansons prenaient nettement parti.[xxv]

En décembre 1976, “ Anarchy in the UK ” des Sex Pistols fut interdit de programmation dans la journée, la BBC estimant que le soir l'audience était de meilleur qualité. La BBC censura également le 45 tours des Pistols “ God Save the Queen ” pour « mauvais goût flagrant », le groupe avait eu la bonne (ou mauvaise) idée de faire coïncider la sortie du disque avec les célébrations du Jubilé Royal. En 1981, une chanson sur le président Reagan (“ We Don't Need this Fascist Groove Thing ”) fut également interdite. Durant la guerre des Falklands, la BBC censura “ Don't Cry for Me Argentina ” de Julie Covington tandis que “ Malvinas Melody ” de Alan Hull était boycottée par toutes les stations de radio de Grande-Bretagne. Pendant la Guerre du Golfe, les responsables de la programmation de la BBC conseillèrent aux présentateurs d'éviter de passer une série de chansons à connotation pacifiste plus ou moins avérée. Il ne s'agissait pas à proprement parler de censure, mais, hors du contexte de l'époque, cette liste fait aujourd'hui plus que sourire : “ Waterloo ” de Abba, “ The Night they Drove Old Dixie Down ” de Joan Baez, “ We Got to Get Out of This Place ” des Animals, “ Back in the USSR ” des Beatles, “ Bang Bang ” de Sonny et Cher, “ I Shot the Sheriff ” d'Eric Clapton, “ I Just Died in Your Arms Tonight ” de Cutting Crew, “ Light My Fire ” des Doors, “ Give Peace a Chance ” de John Lennon, “ I'm on Fire ” de Bruce Springsteen, “ Heaven Help Us All ” de Stevie Wonder.

On peut dire que la censure radiophonique – en particulier à la BBC – est fonction de l'air du temps. Le plus grave est que, quelles que soient les raisons qui poussent la compagnie à censurer, ces raisons ne sont pas connues, explicitées et n'obéissent en fait à aucune logique. L'arrivée sur les ondes de stations commerciales n'a pas vraiment libéralisé le paysage pop, ces stations craignant, lorsqu'il y a risque politique, pour le renouvellement de leur licence d'émettre. Mais la forme de censure la plus importante relève du commerce, les stations indépendantes prenant moins de risques que la BBC et programmant environ cinq fois moins de titres différents que cette dernière.

Bien que portant moins à conséquence que la censure radiophonique, la censure télévisuelle porte néanmoins préjudice aux artistes. La grande émission pop de la BBC est Top of the Pops, lancée en 1964.[xxvi] Il s'y est commis quelques actes de censure assez caractérisés. Par exemple, en 1967, la BBC refusa un film promotionnel des Rolling Stones montrant Mick Jagger, Marianne Faithfull et Keith Richards (déguisés en Oscar Wilde, Lord Alfred Douglas et le Marquis de Queensberry) dans un tribunal, allusion à leurs récents démêlés avec la vraie justice.[xxvii] Il faut dire qu'en cet « été de l'amour » (Summer of Love) les autorités avaient fini par évaluer à leur juste mesure les potentialités subversives de la contre culture aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, et avaient décidé de museler ses figures les plus représentatives. Décoré du MBE, John Lennon fut épargné tant qu'il en resta à des comportements clownesques. Dès lors qu'il passa à la vitesse supérieure avec son disque Two Virgins, la police déboula chez lui et, selon certains témoins, découvrit de la drogue qu'elle avait elle-même apportée. En 1969, Top of the Pops censura une chanson des Kinks car elle contenait le mot “ bum ”.[xxviii] Bien sûr, Gainsbourg et Birkin ne furent pas invités par l'émission. En 1977, les Sex Pistols ne purent chanter leur “ God Save the Queen ”. En 1987, un film de David Bowie représentant une femme agressée sexuellement à l'arrière d'une voiture fut interdit.

Les télévisions commerciales ne firent pas toujours preuve de discernement. Une des affaires les plus sordides fut, en décembre 1976, l'interview des Sex Pistols par Bill Grundy pour l'émission Today de Thames Television.[xxix] Les membres du groupe s'étant exprimés de manière assez ordurière à propos de leur maison de disques, Grundy voulut en rajouter et leur demanda : « Dites quelque chose de scandaleux. » L'un des Sex Pistols dit alors : « sale con, baiseur de merde, pourriture. » La presse fut scandalisée par un tel langage à une heure de grande écoute. Lorsque, six mois plus tard, le groupe produisit la chanson “ God Save the Queen ” l'Independent Broadcasting Authority imposa facilement une censure totale de la chanson sur toutes les chaînes privées.

Lorsque Channel Four fut lancée en 1982, elle était censée répondre aux attentes des sensibilités minoritaires. Elle produisit une émission d'une heure et demie consacrée à la pop music, The Tube, puis The Saturday Night Live. Le premier cas (malheureusement peu net) de censure se produisit en avril 1988 quand la chanson des Pogues consacrée aux “ Birmingham Six ” fut interrompue par une page publicitaire. À part une ou deux autres bavures, Channel Four fit preuve d'un libéralisme plus avéré que celui des autres chaînes.

On ne saurait parler de censure à la télévision sans évoquer l'action opiniâtre de Mary Whitehouse et de la National Viewers and Listeners Association qu'elle présida jusqu'en 1994. Pour cette catholique convaincue, fortement marquée par la réflexion de l'Oxford Group, les “ Swinging Sixties ” furent un désastre.[xxx] Celle qui voyait en Hugh Greene une « figure du démon » lança en 1964 une campagne d'assainissement (“ Clean Up TV Campaign ”) rassemblant rapidement 40.000 sympathisants, puis, l'année suivante, son association d'auditeurs et de téléspectateurs. Elle intenta des procès contre diverses publications, milita (en vain) pour que le film Gorge Profondene fût pas diffusé en Grande-Bretagne et pour que La Dernière Tentation du Christ ne fût point programmé à la télévision. Elle fut également à l'origine de la création du “ Broadcasting Standards Council ”. Pour Whitehouse, la pop music représentait le mal absolu, le lavage de cerveau le plus perfectionné. Il faut dire qu'elle qualifiait le langoureux calypso “ It's Now or Never ” (D’après “ O Sole moi ”) d'Elvis Presley de chanson pornographique car elle ne supportait pas le passage suivant :

 

Be mine tonight

Tomorrow will be too late

My love won't wait

 (Sois à moi ce soir, demain il sera trop tard, mon amour ne peut attendre)

 

En 1967, elle essaya (en vain) d'empêcher la chaîne BBC 2 de diffuser le film des Beatles Magiscal Mystery Tour parce que dans la chanson “ I'm the Walrus ” le narrateur dit à une petite fille « You let your knickers down » (tu as fait tomber ta culotte).[xxxi] Elle tenta également de faire censurer des émissions avec Jimi Hendrix, Alice Cooper, Chuck Berry, les Rolling Stones et les groupes punk. Elle ne parvint jamais à ses fins.[xxxii]

La pop music est également censurée lorsqu'elle est jouée en public. En 1967, la police fit fermer de nombreux clubs où il se consommait parfois de la drogue et le Parlement vota le “ Private Places Entertainment Act ” qui contraignit tout organisateur de spectacle à demander une licence. Des propriétaires de dancing ou discothèques exercèrent alors certaines formes de censure préalables : la chaîne Rank refusa d'accueillir The Move en 1967 ; l'Orchid Ballroom de Purley dans le Surrey refusa Max Romeo auteur de la chanson “ Wet Dream ”. En 1977, la chaîne Mecca refusa tout groupe punk. Le Royal Albert Hall (où les Beatles avaient connu leur premier succès londonien) censura en 1968 The Nice et Emerson, Lake and Palmer pour antiaméricanisme. L'illustre salle prit également prétexte du comportement intempestif des admirateurs pour ne plus inviter Ten Years After ou les Who. En 1972, les Who ne purent jouer leur opéra rock Tommy avec le New Symphony Orchestra au motif que cette création était « de mauvais goût ».[xxxiii] Tout comme Frank Zappa à qui il fut interdit de jouer (pour cause d'“ obscénité ”) 200 Motels avec le Royal Philarmonic Orchestra.[xxxiv]

En plein air, les groupes pop connurent également quelques mésaventures. Les premiers grands rassemblements pop (ou festivals) se déroulèrent en Grande-Bretagne en 1967. Le plus spectaculaire eut lieu à Hyde Park en juillet 1969 quand les Rolling Stones réunirent 500.000 personnes. En revanche, ce même groupe ne put se produire au château de Carnavon en 1973, la municipalité ayant refusé son accord. En 1978, la Fédération de Tennis refusa de prêter Wimbledon au groupe Queen. En 1981, un très important festival de reggae qui devait se tenir à Battersea fut annulé après des menaces du National Front. Certaines “ rave parties ” furent interdites, en particulier après que le Parlement eut voté l'Entertainment Increased Penalties Act en 1990, prévoyant de lourdes amendes pour toute “ rave " organisée sans autorisation de la police.

 

Toute société connaît des limites et revendique, avec plus ou moins de précision, ses limites. En pays démocratique, la censure est politique dès lors qu'elle veut devancer, prévenir, voire interdire des expressions perturbant ou contestant les valeurs dominantes.[xxxv] La censure est vécue comme une prophylaxie d'autodéfense. Un acte de censure révèle la nature du censeur et celle du censuré. On sait depuis Freud qu'une personne condamne d'autant plus certains comportements qu'elle est fascinée, tentée par ces conduites. Il en va de même pour les groupes humains. Mais l'idéal d'une société démocratique est, d'une part, de reconnaître et d'encourager la différence et, d'autre part, de viser à la raison en oubliant les sentiments ou les préjugés moraux lorsqu'il s'agit de légiférer, de décider ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. En matière de représentation du corps social, de liberté sexuelle, de religion, de politique, les tabous en vigueur ne sont pas forcément le produit de préjugés ou d'actes de défense. Surtout quand il est de masse, l'art est le lieu d'une tension entre un besoin d'exprimer ou de susciter des changements et la réception ou la résistance à cette expression ; il est aussi consolation dans la mesure où il permet la manifestation de sentiments ou de comportements impossibles à extérioriser dans la vie réelle.[xxxvi] Face à cette dynamique, la société institue des repères, des jalons, des freins. Par delà l'illusion de l'universalité, un pouvoir d'expression démocratique peut avoir recours à une censure directe et officielle s'il estime qu'il doit protéger ceux qui ne peuvent se protéger eux-mêmes. Là où il n'y a pas de loi il ne peut y avoir de liberté.[xxxvii] Le risque étant alors de pénaliser des créations de valeur alors qu'il sera difficile de sévir contre des artistes plus médiocres mais experts en matière de guérilla provocatrice. Dans une perspective moins dramatique, les créateurs sont eux-mêmes encouragés à se discipliner, tandis que les spectateurs sont invités à respecter les codes de bonne conduite institués dans un esprit consensuel. La pop music (créateurs, maisons de disques) a donc choisi cette deuxième branche de l'alternative, favorisant la recherche d'une voie moyenne, du bon goût, de ce que les Britanniques appellent decency, avec une tendance à écarter l'excès, mais aussi l'ambigu, le symbolique, l'absurde, l'incohérent chaque fois qu'il y avait risque de défamiliarisation ou de difficulté pour le public à participer pleinement. Naturellement, des créateurs s'insurgèrent contre les limites de l'institution autocensurante censée refléter ou devancer les préférences des spectateurs, mais qui, volens nolens, défendait les piliers de l'ordre existant. Mais même si les artistes ont pu être frustrés par certaines décisions, la pop music britannique, n'a pas connu de cause célèbre identique à celle de la chanson de Boris Vian “ Le Déserteur ”.

Censurer, c'est tenter de résoudre par des réactions névrotiques et en s'installant dans un fantasme de puissance, ce qui dérange ou semble de guingois. C'est aménager et introniser un “ blanc ” dont le rôle est de masquer les refoulements, ou au contraire – mais ce qui revient au même – la montée du désir. Souhaiter dire “ I'd love to turn you on” dans une chanson revient à dialectiser une tentation, à formaliser un dire, à socialiser une parole. Remplacer “ trousers” par “ houses”, “ thighs ” par “ eyes ”, c'est vouloir évacuer la mise en forme du fantasme avant de censurer le moi et — dans le cas d'un art de masse — la morale collective.

 

 

 



[i] Cela dit, un sondage réalisé pour l'Observer en 1995 (auprès d'un échantillon de 518 personnes) montrait qu'un tiers seulement des Britanniques était opposé à toute forme de censure et que 40% d'entre eux estimaient que le Gouvernement avait le droit de censurer ce que les gens voyaient ou lisaient. Voir Televioon and Censorship, Cambridge, Independence, 1996.

[ii] Selon Waugh, Patricia, Harvest of the Sixties, (Oxford, Oxford U.P., 1995) 49.

[iii] Voir Cheshire, D.H., Music hall in Britain, Londres, 1974.

[iv] Voir O' Higgins, P., Censorship in Britain, Londres, 1972.

[v] 28 février 1964.

[vi] Photographiés avec un grand angle, les Beatles ont un air très sombre. Le jeu de mots du titre du disque est très énigmatique (âme de caoutchouc, semelle de caoutchouc, trou dans le préservatif ?). La typographie annonce l'ère psychédélique et l'absence du nom “ Beatles ” sur la pochette peut signifier soit une très grande marque d'orgueil, soit au contraire que les individus sont moins importants que leur musique et que John, Paul, George et Ringo veulent casser le processus de Beatlemania.

[vii] Les Stones prendraient leur revanche en 1970 en enregistrant une chanson naturellement refusée par Decca mais abondamment piratée : “ Cocksucker Blues ”.

[viii] A l'intérieur du disque, une photo couleur sépia figurait les membres du groupe comme s'ils sortaient d'un repas plantureux et bien arrosé. Le “ double blanc ” des Beatles, The Beatles, ne fut pas le résultat d'une censure mais d'un choix du groupe.

[ix] En 1975 Warner fit un procès à Alice Cooper, coupable de ne pas produire suffisamment de disques commerciaux. Ses débuts avaient été aussi prometteurs que lucratifs même s'il avait placé la barre assez haut : outrageusement maquillé, il fouettait ses musiciens sur scène et faisait glisser entre ses jambes un boa constrictor du nom d'Yvonne. La pochette de ses quatre premiers disques contenait une culotte de femme.

[x] La batteur Pete Best fut remplacé par Ringo Starr pour des raisons artistiques. On note cependant qu'il avait été le seul à vouloir garder un style “ Teddy-Boy ”.

[xi] Le mot était venu naturellement dans la bouche de Tynan, non comme une grossièreté mais comme un élément d'une explication pédagogique sur la censure des relations sexuelles au théâtre.

[xii] En 1969-70, Lennon était un des personnages les plus en vue et les plus sulfureux de la planète. Son hymne “ Give Peace a Chance ” (où il avait remplacé — dans la version en direct — “ masturbation ” par “ mastication ” pour prévenir les foudres de la censure états-unienne) fit le tour du monde. La chaîne de télévision ATV l'avait désigné l'Homme de la Décennie en compagnie de John Kennedy et de Mao Tse Toung.

[xiii] Melody Maker, 29/7/72. Woolworth censura de même.

[xiv] Selon Coon, Christopher., The New Wave Punk Rock Explosion, (Londres, Omnibus, 1988) 90.

[xv] Mais le T-Shirt se vendit fort bien.

[xvi] Savage, John, England's Dreaming : Sex Pistols and Punk Rock, (Londres, Faber and Faber, 1991) 425.

[xvii] Briggs, Asa, The BBC : the First 50 Years, Oxford, Oxford U.P., 1985.

[xviii] Voir Barnard, Stephen, On the Radio, Londres, Open University Press, 1989.

[xix] New Musical Express, 10 décembre 1977. Les stations pirates refleurirent à la fin des années 80 avant de profiter de la loi de 1990 créant de nouvelles stations commerciales.

[xx] Sans nier que la chanson “ Lucy in the Sky... ” ait été influencée par le LSD, les auteurs ont toujours argué qu'elle devait beaucoup au chapitre “ Wool and Water ” de Through the Looking Glass de Lewis Carroll :

                        A boat, beneath a sunny sky,

                        Lingering onward dreamily

                        In an evening of July

Quant à “ A Day in the Life ”, les Beatles n'ont jamais caché que « He blew his mind out in a car », « I'd love to turn you on » et « had a smoke, somebody spoke and I went into a dream » en faisaient — pour partie — une chanson sur la drogue. Voir Miles, Barry, Paul MacCartney. Many Years from Now, (Londres, Secker and Warburg, 1997) 312. Concernant “ A Day in the Life ”, chanson, à proprement parler, extraordinaire, voir Gensane, Bernard, “ Les Transgressions du Sgt Poivre ”, Annales du GERB, Université de Bordeaux III, 1989. Le disque Sgt Pepper a fait l'objet d'une étude très savante dans une collection où l'on retrouve la Missa Solemnis de Beethoven ou Oedipus Rex de Stravinski : Moore, Alan F., The Beatles Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, Londres, Cambridge U.P., 1997.

La BBC censura à l'époque d'autres grands succès inspirés par la drogue ou la culture hippy : par exemple “ Eight Miles High ” des Byrds, “ We Love You ” ou “ Mother's Little Helper ” des Rolling Stones, “ Have a Whiff on Me ” de Mungo Jerry. En revanche, “ Purple Haze ” de Jimi Hendrix ou “ Cocaine ” d'Eric Clapton furent abondamment programmées.

[xxi] Melody Maker, 4 octobre 1969. Au grand soulagement de la BBC, le titre de Gainsbourg ne fut pas n° 1. Radio Luxembourg passa cette chanson à de très nombreuses reprises.

[xxii] Melody Maker, 18 août 1973.

[xxiii] John Lennon avait emprunté le titre de cette chanson à une publicité états-unienne (et non censurée) pour des armes à feux. Sur le sens (à peine caché) de cette chanson et ses connotations sexuelles, lire Bernard Gensane, “ Les Années Pop ”, Les Années Wilson, 1964-1970, sous la direction de Bernard Gilbert, Paris, Les Editions du Temps, 1998.

[xxiv] Pour la première fois, McCartney (dont la famille est d'origine irlandaise) utilisait son immense notoriété pour assumer une position politique ferme. Très surpris par cette acte de censure, il enregistra dans la foulée, par dérision, “ Mary Had a Little Lamb ”. Il s'est par la suite engagé dans la cause écologiste. McCartney fut censuré par MTV en 1988 pour une chanson comprenant les paroles : « Big Boys bickering/ Fucking it up for everyone. »

[xxv] Melody Maker, 13 mars 1972.

[xxvi] Cette émission succédait à Hit Parade, Cool for Cats et Juke Box Jury.

[xxvii] Condamnés à une peine de prison pour usage et détention de cannabis et d'amphétamines, les deux chanteurs avaient été relaxés en appel. La condamnation faisait suite à une ignoble campagne de presse de journaux “ populaires ” comme le News of the World. La relaxation fut peut-être la conséquence d'une mobilisation importante des admirateurs des Stones auxquels le groupe dédia dans la foulée “ We Love You ” et de prises de position en leur faveur de journaux de qualité comme le Times, un éditorial du quotidien se demandant, en reprenant la jolie interrogation d'Alexander Pope : « Who Breaks a Butterfly upon a Wheel ? » La place manque pour évoquer l'action de la presse écrite depuis trente ans. S'il n'y eut jamais d'acte de censure véritable, on peut dire que la presse à grand tirage fut systématiquement hostile à la pop music (le Daily Mirror dans les années soixante, les publications du groupe Murdoch dans les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix). La presse de qualité (Times, Sunday Times et surtout Guardian) présenta la pop music, la culture pop sous un angle globalement favorable, surtout dès lors qu'elle était acceptée par l'Establishment. Voir Bertrand Lemonnier, L'Angleterre des Beatles ; une histoire culturelle des années soixante. Paris, Kimé, 1995.

[xxviii] Melody Maker, 3 mai 1969.

[xxix] Voir J. Savage, op. cit.

[xxx] On se reportera à ses ouvrages : Cleaning Up TV : From Protest to Participation, Londres, 1967 ; Whatever Happened to Sex ?, Londres, 1977 ; A Most Dangerous Woman ?, Londres, 1982 ; Mightier than the Sword, Londres, 1985. Le 25 août 1971, elle fut reçue en audience privée par le Pape qui la félicita pour son action. Elle avait apporté au Saint-Père un exemplaire du sulfureux Little Red Schoolbook et le n° 28 du magazine Oz (un “ spécial enfant ”), deux ouvrages condamnés par la justice à qui elle fit donc passer la douane illégalement… Dans John Sunderland, Offensive Literature. Decensorship in Britain, 1960-1982, (Londres, Junction Books, 1982) 116.

[xxxi] Mais cette chanson fut interdite un temps sur les ondes de la radio nationale.

[xxxii] Elle réussit cependant à faire condamner l'écrivain James Kirkup pour un poème évoquant un fantasme sexuel mettant en jeu le Christ.

[xxxiii] Melody Maker, 4 novembre 1972.

[xxxiv] Melody Maker, 13 février 1971.

[xxxv] Ainsi, il apparaît que la censure fut moins sourcilleuse autour de 1960 qu'autour de 1970.

[xxxvi] Selon certains analystes, le développement du cinéma a contribué à faire chuter l'alcoolisme en Grande-Bretagne : 189.000 personnes furent condamnées pour délit d'ivresse en 1913 contre 53.000 en 1930. Voir Henry Pelling, Modern Britain, 1885-1955, Londres, Sphere Books, 1960.

[xxxvii] Selon P. M. W. Thody, Four Cases of Literary Censorship, Leeds, Leeds U.P., 1968.

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 15:47

Ce texte est vraisemblablement un faux. On serait alors en présence d'une mise en abyme vertigineuse : une manipulation dans la manipulation. 

 

Par Noam Chomsky


Le linguiste nord-américain Noam Chomsky a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les média. Nous la reproduisons ici. Elle détaille l'éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu'à maintenir le public dans l'ignorance et la médiocrité.

http://2.bp.blogspot.com/_4skqFpB4HMM/Sopru-uCbXI/AAAAAAAAIok/MZMY6M-1LvY/s400/noam+chomsky.jpg


 

 1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une «situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

 

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

 

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

 

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