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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 15:10
stock photo : Schizophrenia. Panorama face

Le philosophe Luis de Miranda a été récemment interrogé par

 

 

 

La Tribune  a interrogé le philosophe Louis de Miranda sur les conséquences, pour le PS, de l'affaire Strauss-Kahn.

 

Extraits :

 

 

DSK semblait incarner des tendances complémentaires, un deux-en-un pratique qui dispensait d'inventer un avenir autre, le héraut d'une social-démocratie gestionnaire. C'était en apparence le candidat sécuritaire du non-choix et de la gestion tranquille. Il défend un socialisme de l'émancipation, mais aucune réelle émancipation ne peut advenir si l'on maintient au cœur de la machine sociale la loi capitaliste de la plus-value financière plutôt que celle d'une existence active ayant réellement prise sur la société. La biographie de DSK est plutôt celle d'un opportuniste : un individu qui sacrifierait ses idéaux pour gagner en puissance sociale personnelle. Il séduisait par son charisme et son côté deux-en-un, et illusionnait par sa carte du PS. Or le PS français est pris dans la même schize, le même clivage mental que DSK : il semble avoir peur de rêver des modèles nouveaux, obnubilé qu'il est par la prise de pouvoir. Aujourd'hui c'est à la fois la capacité d'action et de création de sa propre vie qui doit être bien assumée par la gauche, bref une certaine forme d'entrepreneuriat existentiel, mais aussi une participation de chacun à un ordre social novateur où le pouvoir et l'argent ne soit pas nos idoles.

 

Il faut cesser de diaboliser à gauche aussi bien l'esprit utopique que l'ordre, l'audace individuelle, la territorialisation de son désir, comme par exemple le fait de vouloir créer son entreprise, mais aussi de vouloir se reconnaître ses rêves dans le monde qu'on habite plutôt que de le subir. La gauche français est trop réaliste. Nous sommes en France dans cette situation paradoxale, dans laquelle Marine Le Pen apparaît presque comme une candidate de gauche, parce que la gauche est empêtrée dans une position molle, notamment quant à la nécessité de refonder une Europe culturelle forte, civilisationnelle - idéaliste et pragmatique à la fois. A l'échelon européen, il est évident que tôt ou tard nous allons subir - nous subissons déjà - le retour de boomerang d'une Europe trop financière et qui avance à la traîne des Etats-Unis, comme un continent mineur. Il serait souhaitable de retrouver l'esprit d'une Europe de la connaissance, de l'action novatrice, faite de valeurs d'appartenance à une histoire audacieuse, faite d'élitisme généreux et de fidélité à un idéal utopiste et culturel qui existait par exemple chez Victor Hugo.

 

On ne peut pas changer le monde tous les matins, mais sans désir de le faire on ne va pas très loin. Le problème de fond de l'Europe c'est qu'elle n'est plus assez fière d'elle-même, que ceux qui y détiennent le pouvoir sont trop académiques et conformistes tandis que sa jeunesse reste trop superficielle, mal organisée (bien qu'elle commence à se réveiller) et beaucoup moins intellectuellement formée qu'on le croit. Or un corps social qui n'aurait plus de fierté et perdu son culte du savoir ne porte plus de valeurs régénératrices. Compte tenu de son Histoire, l'Europe doit redevenir un territoire de connaissance et d'audace, et Paris, rêvons-le, la capitale des Nouvelles Lumières. Je suis politiquement optimiste : ce processus est en cours, en tous cas c'est le sens de mon action personnelle, et je loin d'être le seul.

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 14:32

Un petit recul de cinquante ans :

 

Vendredi 27 mai, un habitant de Rennes a été condamné à 40 h de TIG et 200 euros d'amende pour avoir chanté “ Hécatombe ”, la chanson de Brassens, du haut de son balcon. Hélas, trois représentants de la force publique passaient en dessous.

 

 

En fait, il s'agit d'un recul de 150 ans. Souvenons-nous de la nouvelle d'Anatole France “Crainquebille ”.


Un jour Crainquebille est injustement accusé par un policier d'avoir crié "Mort aux vaches". Crainquebille, qui n'a pas le même avocat que DSK, écope d'un mois de prison. C'est le début de la chute d'un honnête travailleur. Il se fait déposséder de ses maigres biens. Son fils, contraint de renoncer à son mariage par sa belle-famille, se pend. Crainquebille retombe dans l'alcool et finit dans la misère la plus noire, sans ressources et sans toit.
 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 05:59

http://www.rfi.fr/radiofr/images/100/432px_White_Shark_South_Australia.jpgMédiapart vient de publier un appel d'universitaires mathématiciens qui dénoncent la mainmise du privé sur la recherche publique.

 

L'APPEL DE LA CHAIRE

 En décortiquant les mécanismes induits par la mise en place de chaires qui permettent à des opérateurs privés d'employer, en contrepartie de financements, des équipes de recherche publiques, un collectif de mathématiciens dénonce la mainmise du privé sur la recherche publique que ce dispositif construit silencieusement.

À une époque où les pouvoirs publics cherchent à transformer radicalement la recherche française, où ce sont de plus en plus des projets de courte durée que les agences de moyens financent, où les crédits récurrents des laboratoires de recherche diminuent au profit de ces financements et où, en contrepartie, nous entendons en permanence dire qu'il faut créer des synergies entre recherche publique et entreprises privées, voire que nos laboratoires doivent trouver une partie de leurs financements dans les entreprises, il peut être utile d'essayer de comprendre où mènent ces évolutions. Nous nous proposons de mettre en évidence les côtés pervers d'un tel système sur un exemple, celui des chaires.

Qu'est-ce qu'une chaire?

Une grande entreprise privée peut se faire opérateur de recherche à divers titres: en possédant son propre département de recherche; en employant sous contrat à durée déterminée et/ou partielle des chercheurs du secteur public; ou en finançant une partie des travaux de recherche d'une équipe de chercheurs du secteur public.

Dans le premier cas, l'entreprise définit ses propres objectifs, elle emploie ses propres salariés et elle oriente leurs travaux suivant des stratégies qui sont en accord avec les intérêts particuliers de ses dirigeants et de ses actionnaires. Dans le deuxième cas, elle définit ses objectifs conjointement avec les chercheurs du secteur public, dans un équilibre à trouver entre ses intérêts particuliers et l'intérêt général poursuivi par les chercheurs du secteur public. Dans le dernier cas, celui du mécénat, soit l'entreprise contribue à un fonds abondé par plusieurs autres bailleurs et on parle alors de fondation, soit elle alloue des moyens dans le cadre d'un partenariat bilatéral souvent appelé chaire (à ne pas confondre avec une chaire en Sorbonne ou au Collège de France, ici la chaire n'est pas personnifiée).

Étude de cas

Prenons l'exemple imaginaire du groupe Wotanis, géant des industries phytosanitaire et pharmaceutique. À côté de son département de recherche et développement, à côté des contrats de recherche que ce groupe signe régulièrement avec des chercheurs et des doctorants de divers établissements publics et universités, le groupe Wotanis finance une partie du programme de recherche et d'enseignement d'une équipe de recherche, fictive elle aussi, disons l'équipe d'épidémiologie de l'École Supérieure de Sciences, et ce à hauteur d'un million d'euros répartis sur cinq ans. Sur le papier, la «chaire Wotanis» ne donne pas d'ordres concernant les activités de l'équipe de recherche puisque celles-ci sont toujours déterminées par contrat avec l'État. Elle finance simplement, sans autre contrepartie que la publicité de ce partenariat, missions, équipement ainsi que contrats à durée déterminée en lien avec ces activités. Sur le papier seulement, car en filigrane se dessine clairement le danger de l'ingérence sans garde-fous d'intérêts particuliers dans l'orientation de la recherche publique.

Étant par nature opportuniste, au sens où elle ne prend pas de direction privilégiée a priori, la recherche est particulièrement vulnérable à la présence d'offres substantielles sur des thèmes choisis à l'avance, comme par exemple «la promotion de la recherche dans le domaine de l'alimentation dans ses dimensions biologiques, sociales et humaines» (fondation Nestlé), «l'encouragement à la recherche dans le domaine de l'art d'être et de paraître» (fondation d'entreprise l'Oréal), «les approches systémiques des différences individuelles de longévité» (chaire Axa), «un enseignement à la pointe de la recherche dans des secteurs hautement innovants tels que: les nano- technologies, l'informatique, les réseaux de communication, le transfert et le cryptage de données» (chaire d'innovation technologique Liliane Bettencourt). Sans une réflexion préalable sur la part, y compris financière, de l'effort de recherche consacrée à des thèmes imposés, la recherche publique, parce qu'elle ne sait pas dire non, s'expose à un détournement, une captation de ses ressources, en défaveur de l'inconnu et du long terme, si ce n'est du bien public.

Un exemple récent en est donné par les déboires des mathématiques en finance. L'effet de séduction provoqué par l'intérêt des banquiers pour un domaine des mathématiques qui s'était développé jusqu'alors loin des applications aura permis à ce thème de prendre une importance démesurée, aussi bien en termes de filières d'enseignement et de diplômés qu'en termes de publications et de recrutements universitaires, avec les effets désastreux que l'on sait, sinon pour l'économie mondiale, en tous cas pour l'image des mathématiques dans la société. Combien plus précieuse pour tous – sauf sans doute pour les catégories les plus fortunées de la société – eût été une posture plus indépendante et critique, posture qu'au moins en principe, le statut de chercheur du secteur public permettait pourtant.

Mais ce n'est pas uniquement là que le bât blesse.

Une contre-révolution de velours

Tout d'abord, la prise de participation des grandes entreprises transnationales dans la recherche fondamentale constitue un changement de paradigme radical dans l'organisation de la société. La redistribution des bénéfices privés au profit d'activités d'intérêt général est une règle intemporelle de justice sociale, qui passe ordinairement par une double étape cruciale: le prélèvement, puis la ventilation par l'État. Cette charnière garantit un contrôle démocratique de la redistribution.

Mais elle se démode. D'une part, des changements récents de législation favorisent la participation des capitaux privés dans le budget des universités et des grandes écoles et la présence de dirigeants d'entreprises dans leurs conseils d'administration. D'autre part, le mécénat ainsi que les activités privées de recherche et d'innovation sont encouragés fiscalement: sous l'appellation mécénat, les grandes firmes obtiennent des déductions d'impôts égalant 60% de la somme allouée. Les 30% (50% la première année, 40% la deuxième) de déductions éligibles au titre du crédit impôt recherche étant cumulables, il ne demeure plus que 10% du montant initial – de vulgaires frais de gestion – à la charge du mécène, les 90% restants étant à la charge de l'État. L'abandon partiel de la case impôt dans le processus de redistribution constitue ainsi un transfert de prérogatives de l'État au profit des grands groupes privés : non seulement ce sont ces groupes qui décident comment répartir une partie des ressources publiques, mais les mêmes en tirent en termes d'image un bénéfice symbolique qui est usurpé dans des proportions allant de 60 à 100%.

Un tel transfert de pouvoir constitue une vraie contre-révolution, dont ne s'émouvront peut-être que quelques esprits archaïques. Mais cette contre-révolution aura néanmoins de lourdes conséquences qu'il faut anticiper. Car les chaires font florès. En premier lieu, entre la Fédération bancaire française et certaines écoles d'ingénieurs et de commerce, mais également entre lesdites grandes écoles et de grands groupes transnationaux, comme, dans l'exemple type de l'École Polytechnique: Thalès, Suez, EADS, Axa, AGF, la Société Générale, Veolia, etc. Certaines écoles doctorales sont aussi concernées (fondation Bettencourt-Schueller) et le Centre international de rencontres mathématiques (CIRM) à Marseille envisage même la création d'une chaire avec la firme Total.

L'effet papillon de la généralisation des chaires

À s'en tenir aux faits, dans notre exemple fictif de départ, la chaire Wotanis semble une manne dont les épidémiologistes de l'École Supérieure de Sciences auraient peut-être tort de se priver. Mais la multiplication des chaires ne se fera pas sans dommages collatéraux car l'avenir se lit ici en creux.

En premier lieu, le creux des crédits publics. Dans de nombreux cas, ce que la main du privé nous donne aujourd'hui sera tôt ou tard retiré de la main publique. Ce principe des vases communicants qui, malgré les belles annonces gouvernementales, s'est appliqué en son temps à l'Agence nationale pour la recherche (ANR) au détriment du CNRS, s'appliquera aux fondations et aux chaires. Et il accentuera d'autant plus le transfert de compétences entre État et intérêts privés dont il était question plus haut. Dans quelques cas, et ce n'est pas moins grave, c'est au contraire là où est déjà allé l'argent que l'argent retournera, créant de petits pôles mandarinaux aspirant la majeure partie des financements sur projets, publics comme privés.

En deuxième lieu, le creux des inégalités du financement par mécénat. En plus de celles mentionnées plus haut, ces inégalités sont de trois types: inégalités économiques entre institutions, inégalités démographiques entre sous-disciplines, inégalités économiques entre collègues.

Entre institutions, le tableau est déjà clair puisque l'écrasante majorité des partenaires publics des chaires sont des grandes écoles et non des universités. Que la raison en soit sociologique (connivence entre anciens élèves), pragmatique (on ne prête qu'aux riches) ou politique (crainte de voir contestée dans les universités la venue de capitaux privés), cette préférence va creuser un écart qui est déjà très préoccupant. Et son contrôle échappe maintenant aux mains des citoyens et à celles des chercheurs.

L'inégalité entre sous-disciplines résulte du brain-drain des étudiants vers les filières riches et s'apparente de facto à une orientation de la recherche en faveur de ces filières: combien de carrières dans la recherche en mathématiques, les métiers de l'ingénieur ou la haute fonction publique, ont-elles été détournées par l'explosion des offres de recherche en mathématiques financières?

L'inégalité économique entre collègues, enfin, est en train de prendre un tournant historique avec l'apparition des primes individualisées encouragées par la loi dite Liberté et responsabilité des universités (LRU). Elle va bientôt prendre une ampleur sans espoir de retour lorsque les chaires s'accompagneront - la loi le permet déjà même si l'usage n'en est pas encore répandu -d'indemnités individuelles de contrats, compléments de salaires pouvant doubler ou même tripler le traitement d'un chercheur du secteur public.

En troisième lieu, le creux de la vague du mécénat. Car Wotanis n'a certainement pas vocation à distribuer des crédits de façon récurrente à une équipe de recherche fon-damentale. Quelle sera alors la situation d'une équipe subitement privée de centaines de milliers d'euros? Peut-on certifier que Wotanis ne soumettra pas la prorogation de son mécénat à certaines orientations dans les thèmes de recherche de l'équipe, voire dans les thèmes d'enseignement de l'École Supérieure de Sciences? Dans le cas où le manque créé n'est finalement pas comblé, il sera sain de s'interroger, d'une part sur les conséquences scientifiques de ce manque, d'autre part sur la nécessité initiale de la chaire. S'il est comblé, il le sera soit par d'autres mécénats, contribuant ainsi à la généralisation de ce système, soit par des fonds publics, dans ce qui s'apparentera de nouveau à une captation de ressources publiques.

En quatrième lieu, le creux de l'avancée des connaissances. En concentrant l'effort de recherche vers certains thèmes privilégiés, nous allons délaisser une multiplicité de directions potentiellement fructueuses. Du point de vue fondamental, par exemple en mathématiques, la recherche finalisée consiste le plus souvent à ponctionner des gisements de résultats théoriques obtenus dans le passé au prix d'efforts de longue haleine. Pendant ce temps, qui s'occupe d'alimenter de nouveaux gisements? Dans notre exemple, pour des raisons de rentabilité, Wotanis se désintéresse aujourd'hui du traitement de certaines espèces envahissantes qui ne survivent pas sous nos latitudes. Que faire le jour où, changement climatique aidant, ces espèces séviront en Europe?

Les nouveaux pouvoirs accordés au mécène

Et enfin, on ne parle jamais de la stratégie de Wotanis. Ce n'est qu'en partie une stratégie de communication -dont les chercheurs sont les naïves cautions. Une meilleure appréhension de cette stratégie est pourtant indispensable. Un chercheur est aussi un citoyen qui avant de signer doit chercher à savoir si les avantages que Wotanis va tirer de sa chaire sont conformes à l'intérêt général. Et dans une affirmative tout hypothétique, cette compréhension éviterait de concéder dans la négociation des avantages cachés exorbitants.

La stratégie de Wotanis est avant tout une stratégie d'outsourcing de son effort d'innovation et de la formation de ses salariés. Autrement dit, en établissant des liens humains, en jetant des passerelles administratives aujourd'hui, puis demain en pesant dans les programmes de recherche, voire d'enseignement de l'École Supérieure de Sciences, Wotanis obtient que des services de recherche et de formation de haut niveau soient mis à sa disposition. Ces services reposent sur des structures déjà existantes de la recherche publique: structures de réseau entre chercheurs, infrastructures, ressources humaines, chacune étant le fruit d'années de travail collectif et d'investissements publics. Tous ces services, toutes ces structures, Wotanis obtient de pouvoir les utiliser sans aucun recrutement ni investissement.

Et bien sûr, comme dans toute opération de mécénat, la chaire est également censée soigner l'image de Wotanis. Mais cette stratégie de communication n'est que très secondairement destinée aux consommateurs. Elle est principalement destinée à ses futurs salariés et à ses futurs clients, pour certains formés à l'École Supérieure de Sciences. Elle vise à garantir l'adhésion, si ce n'est la docilité, des premiers et la préférence des seconds. Mais elle est également destinée aux futurs décideurs publics. Car le développement d'un géant comme Wotanis est sans cesse soumis au bon vouloir politique: autorisations de mise sur le marché, régulation de la publicité, régulation de la concurrence, obtention de marchés publics, etc. Il est donc crucial de soigner son image parmi les futurs acteurs de la vie publique. Et pourquoi pas avec la caution affichée de nos collègues?

La parole est à la défense

Malgré toutes nos mises en garde, vous entendrez pourtant les zélateurs des chaires en défendre le principe. Nous leur donnons ici la réplique.

«Il faut rapprocher le secteur privé et la recherche publique.» Si cette incantation sempiternelle se trouve un jour exaucée, ce ne sera sûrement pas le fait des chaires, puisqu'elles n'ont pas pour but de faire collaborer les chercheurs des secteurs privé et public. Néanmoins l'idée qu'un dialogue constructif puisse s'établir de temps à autre entre chercheurs du secteur public et entreprises privées dans l'intérêt de chaque partie ne nous est pas totalement étrangère, du moment que nos chercheurs en restent avares et que soit garantie une totale autonomie de la recherche fondamentale, comme dans le cas d'un audit. Maintenant, si les entreprises françaises veulent profiter de la capacité d'innovation de nos docteurs, qu'elles les embauchent, sans contrepartie.

«Les crédits publics vont diminuant, il faut diversifier les financements de la recherche.» Doit-on assumer, voire accélérer, cette tendance au désengagement de l'État? Le faire dans des conditions qui accentuent les inégalités de traitement entre universités et grandes écoles et donnent des prérogatives léonines aux grands groupes privés? Un préalable a minima serait alors de privilégier les partenariats multibailleurs qui encadrent mieux les pouvoirs des donateurs, et au moins de doter tout partenariat de type mécénat de conseils de surveillance et d'instances de contrôle scientifiques. En tout état de cause, une muraille doit être dressée entre le bailleur et les chercheurs.
«Cet argent nous est offert, à quoi bon le refuser, faisons-en simplement bon usage,» diront bien sûr les bénéficiaires. Que diront les autres, ceux qui n'auront pu participer à aucun appel d'offres, sans publicité, sans évaluation par les pairs? Et peut-on certifier qu'accepter cet argent n'aura pas de conséquence sur la disponibilité d'autres sources de financement (public)?

« Ces fonds seront plus utiles dans notre escarcelle que dans celle des actionnaires. » Voilà un sophisme qui aurait pu sortir de la bouche de ce fameux personnage humoris- tique qui, pour faire des économies, préfère courir derrière les taxis plutôt que derrière les autobus. Mais pour en rire il faut volontairement se cacher les conséquences prévi- sibles de la multiplication des chaires et se voiler la face devant les nouveaux pouvoirs accordés aux mécènes. On peut aussi pousser le sophisme plus loin : ces fonds, en particulier en période de crise, plutôt que d'atterrir dans notre escarcelle ou dans celle des actionnaires, seraient sans doute mieux dans celle des salariés ou dans celle de l'État.

Alors, que faire?

Peut-on éviter les chaires? Regardons bien, les bénéficiaires d'aujourd'hui sont déjà souvent les mieux dotés par l'État, ils n'ont donc pas besoin d'elles pour exercer convenablement leur métier de chercheur. Ces chaires ne sont souvent qu'un prétexte à des combats entre ces poids-lourds, que ce soit pour le prestige, pour l'attractivité ou pour l'intéressement personnel.

Le monde de la recherche est une société de petites équipes en équilibre fragile entre la compétition et la coopération. Ces nouveaux flux financiers introduisent de nouvelles règles du jeu qui vont perturber cet équilibre, en provoquant la sur-dotation de certaines stars, l'habitude du luxe, la connivence avec les milieux dirigeants, la promotion sur l'aptitude à la levée de fonds (fundraising), l'amalgame entre la qua- lité de la science et celle du champagne, mais aussi et d'abord, tout simplement, en important dans le monde de la recherche une culture de l'accumulation et de l'accaparement ayant peut-être un sens dans le monde de l'entreprise mais radicalement opposée à l'esprit de notre profession.

Pour toutes ces raisons, il nous apparaît clairement que, dans la situation actuelle, il faut dire non aux chaires. L'appropriation de cette question par les chercheurs eux- mêmes et une position claire de refus du principe même de ces chaires sont les seules garanties permettant d'éviter les dérives évoquées ci-dessus ainsi que les pressions, internes ou externes aux laboratoires, qui s'exerceraient immanquablement sur les responsables de nos équipes de recherche.

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Signataires: Yann Bugeaud (professeur à l'université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France), Jean-Baptiste Caillau (professeur à l'université de Bourgogne), Fabienne Castell (professeur à l'université Aix-Marseille 1), Peggy Cénac (maître de conférences à l'université de Bourgogne), Brigitte Chauvin (professeur à l'université de Versailles Saint-Quentin), Dario Cordero-Erausquin (professeur à l'université Paris 6), Jean-Pierre Demailly(professeur à l'université Grenoble 1, membre de l'Académie des sciences),Yves Derriennic (professeur émérite à l'université de Brest), Zindine Djadli(professeur à l'université Grenoble 1), Pascal Hubert (professeur à l'université Aix-Marseille 3), Jean-Pierre Kahane (professeur à l'université Paris Sud, membre de l'Académie des sciences), Amaury Lambert (professeur à l'université Paris 6), Arnaud Le Ny (maître de conférences à l'université Paris Sud), Pierre Mathieu (professeur à l'université Aix-Marseille 1, membre de l'Institut universitaire de France), Marc Peigné (professeur à l'université de Tours, président CNU 25), Didier Piau (professeur à l'université Grenoble 1),Nicolas Pouyanne (maître de conférences à l'université de Versailles Saint-Quentin, vice-président CNU 25), Stéphane Rigat (Maître de conférences à l'université Aix-Marseille 1), Cyril Roberto (maître de conférences à l'université de Marne-la-Vallée), Alain Rouault (professeur à l'université de Versailles Saint-Quentin).

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 06:23

La résistance à la LRU est toujours minoritaire. Mais elle est de qualité (les moutons se contentent de brouter).

Je reproduis ici une réflexion d'enseignants de l'Université Paris-Sud (Orsay).


http://www.mrc-france.org/photo/art/default/1033326-1299945.jpg?v=1289529560

 

Pour l’avenir de l’Université Paris Sud, contre les ravages de « l'excellence » gouvernementale.

 

Principes d'une Université ouverte


Nous défendons le principe d'une Université ayant pour mission, indépendamment de tout pouvoir économique, technocratique ou idéologique, d'accroître la connaissance et de la transmettre au plus grand nombre, et de développer le sens critique de chacun dans une perspective émancipatrice, en s'appuyant notamment sur la formation par la recherche. La priorité première pour l’Université est d’offrir, par la diversité des cursus qu'elle propose, fondamentaux comme appliqués, la possibilité à chaque étudiant d'aller le plus loin possible en fonction de ses choix et de ses capacités. L’insertion professionnelle des étudiants doit également être prise en compte, par des formations spécifiques, mais en aucun cas l’ordre des priorités ne doit être inversé. Par ailleurs l'Université n'est ni au-dessus ni à côté de la société. C'est un service public. Elle a des comptes à rendre aux usagers, aux citoyens dont elle dépend, sur ses missions, sur le partage de la science avec le reste de la société. L’Université est par nature un lieu de débat, de libre expression et pensée.

 

Les prérogatives de l'Université, et en particulier la délivrance des diplômes de L, M et D sont aujourd'hui remises en question au nom de l' « excellence». Or la qualité des formations repose sur la qualité des contenus et sur la capacité à amener le plus grand nombre d’étudiants jusqu'au L3, voire jusqu'au M et au D. A ce titre, la place du L est fondamentale en elle même, et en ce qu’elle détermine la qualité des futurs étudiants de M et D. En aucun cas, la licence ne doit être mise de coté pour mettre en avant une « Graduate school », creuset de masters et de doctorats, et qui reproduirait aveuglément des schémas importés d’outre atlantique [1].

 

Pour ce qui concerne la recherche, la mission de l’Université est de développer celle-ci dans toutes les disciplines présentes en son sein, en étroite coordination avec les EPST, sans donner la priorité à des thématiques qui seraient définies en fonction de critères économiques et financiers, qui peuvent à terme s’avérer éphémères. La culture de la recherche sur projets de court terme, qui a été initiée dans la foulée du « Pacte pour la Recherche », puis amplifiée par la mise en place de l’ANR et qui bat son plein depuis les appels d’offre EquipEX, limite les champs d’exploration. Sa généralisation porte en germe la stérilisation de l’activité scientifique. Il suffit pour s’en convaincre d’étudier la genèse des grandes découvertes du siècle précédent, ou d’écouter les chercheurs qui ont abouti à des avancées majeures (ils sont plusieurs dans l’Université Paris Sud). Ils disent tous que leurs travaux n’auraient pu être soutenus et se développer dans un cadre semblable à celui qui est mis en place actuellement. Il faut ne rien comprendre à la recherche pour croire qu’elle est gouvernable, contrôlable, et que les fleurs pousseront là où on l’a décidé! La recherche est un écosystème de la connaissance : c'est de sa diversité et de sa richesse que vient son développement.

La société peut légitimement définir des domaines prioritaires; il n'en est pas moins nécessaire de maintenir des laboratoires dans toutes les disciplines, correctement soutenus par des crédits récurrents, et où des projets ambitieux, sur le long terme, peuvent être mis en œuvre. Ces laboratoires, uni ou pluri-disciplinaires, sont les garants de la formation de jeunes chercheurs et de la transmission du savoir. Une des chances - et un mérite - de l’Université Paris Sud est de rassembler de nombreux laboratoires très reconnus sur le plan international, dans de nombreuses disciplines. Cette richesse permet de plus de favoriser une véritable interdisciplinarité, comme l’attestent plusieurs projets qui se sont développés ces dernières années au sein de notre Université notamment entre les sciences dures et les sciences de la vie. La démarche des LabEX, par son caractère excessivement sélectif (7 LabEX sur 23 dossiers présentés ont été sélectionnés à Paris Sud) et bêtement darwinien (financer les équipes dites « excellentes » et laisser tomber les autres) risque d’aboutir à l’abandon de nombreux axes de recherche, ce qui serait à la fois un gâchis considérable et une hypothèque pour l’avenir. L’Université Paris Sud doit tout faire pour éviter cela.

 

L'Université Paris Sud dans le projet Paris-Saclay

Notre Université doit affirmer ses prérogatives au sein du projet Paris-Saclay, dont la forme actuelle a été imposée par la volonté du gouvernement, qui n'a pas jugé bon de consulter la communauté scientifique. Nous devons prendre nos responsabilités face à un projet qui menace nos conditions de travail et même nos capacités à remplir nos missions. Les statuts actuels de la FCS, votés par le CA de l’Université le 13 Décembre 2010, sont totalement inacceptables. Ils donnent en effet à la FCS, dans les faits, un rôle de gouvernance sur les grandes orientations scientifiques, par le contrôle d'une part considérable des moyens financiers, tout en ne donnant à l’Université, aux organismes, et aux membres élus par les personnels qu’une place ridiculement faible. À côté des comités de pilotages dont la constitution et les missions sont définies par le règlement intérieur de la fondation, les conseils scientifiques de département de la FCS donneraient une place prépondérante à des personnalités n’étant pas elles-mêmes actrices des laboratoires du campus et nommées par le président de la fondation. Il est par ailleurs symbolique que les personnels techniques soient totalement absents des instances de cette fondation. À la suite de l’échec du premier projet IdEX présenté par la FCS, pour lequel le jury a pointé l’absence d’un schéma de gouvernance convaincant, il est à craindre que le deuxième projet soit encore durci et se place dans la logique d’une « Advanced University », en complète contradiction avec les principes énoncés plus haut. Si tel devait être le cas, nous appelons d’ores et déjà les personnels et les élus dans les conseils centraux à se mobiliser pour s’y opposer.

L’indépendance de l’Université est gravement menacée dans ce projet Paris-Saclay. Cette indépendance n’est possible que si d’une part les crédits ne sont pas conditionnés par des choix thématiques ou idéologiques (ce qui n’empêche pas que les crédits soient évalués a priori et justifiés a posteriori), et d’autre part si les rémunérations et les emplois des personnels ne dépendent pas de leur allégeance au pouvoir politique ou économique (condition qui est à l’origine du statut de fonctionnaire) ou simplement de leur soumission à la mode du moment. L’embauche de salariés sur statuts précaires, au lieu de titulaires dont l’indépendance pourrait freiner la fuite en avant vers une recherche purement finalisée, est au cœur des récentes réformes [2]. Cette volonté de flexibilité se retrouve jusque dans le caractère éphémère donné aux équipes, laboratoires et thématiques. Nous sommes au contraire convaincus que le statut des personnels (chercheurs, enseignants, IATSS, ITA) doit, sauf exception à justifier, relever du statut de la fonction publique d'État pour garantir une indépendance des orientations scientifiques et pédagogiques vis à vis de pressions privées ou étatiques, ainsi que la qualité du service.

 

Pour un autre projet

   Structures

La dichotomie qui existe en France entre Universités d’une part, et Grandes Ecoles (GE) d’autre part est unique au monde et a de lourdes conséquences. Elle permet aux bons élèves au niveau du Bac, le plus souvent issus des milieux favorisés, de trouver un emploi dans de très bonnes conditions à Bac+5, sans avoir bénéficié d’une formation par la recherche, au détriment des jeunes docteurs (à Bac+8). Mais elle pénalise également le monde industriel, dont les dirigeants, très majoritairement issus des GE, sont peu enclins à s’engager dans des processus de recherche qu’ils ne connaissent pas. Dans l’attente de décisions au plan national qui devraient, enfin, harmoniser ce système en rapprochant Universités et GE – ce qui ne signifie en aucun cas décliner à l’université les modes de « fonctionnement » des GE [3] – le site Paris-Saclay pourrait et devrait servir d’expérimentation et de modèle puisqu’il a la chance de regrouper sur un même lieu une grande Université et un grand nombre de GE. Les laboratoires de l’Université, qui concentrent la plus grande part de l’activité de recherche, principalement fondamentale, sont le plus souvent mixtes avec le CNRS ou les autres EPST. Une partie des GE a également une activité de recherche, même si bien souvent elle est, dans les faits, portée par le CNRS et les autres EPST. Ce dénominateur commun constitue ainsi une chance pour favoriser les rapprochements. La recherche finalisée devrait logiquement se développer par des collaborations entre l’Université et d’autres partenaires du campus Paris-Saclay, GE ou sociétés privées. Mais en aucun cas un organe de gouvernance tel que la présente FCS n’est acceptable. À cette conception centralisée et managériale nous opposons l’idée que les relations entre les différents partenaires présents sur le site Paris-Saclay doivent reposer sur des conventions ou accords-cadres, à deux ou plusieurs partenaires, répondant aux besoins de la recherche et de l’enseignement. Une telle structure de coordination n’a pas vocation à s’impliquer dans la gestion des ressources humaines : elle doit rester un outil de soutien administratif et de gestion financière pour les partenariats qui seront créés entre les différents établissements. Son rôle doit être purement technique.

Dans le même temps, de nombreuses mesures concrètes peuvent être envisagées pour faire émerger et donner corps à une cohérence entre les différents partenaires. Certaines ont été avancées par la Présidence de Paris Sud, comme la fédération des Ecoles Doctorales au sein d’un Collège Doctoral unique, ou la mise en place d’un véritable Conseil Scientifique1. Nous considérons que ce type de proposition va globalement dans la bonne direction, étant entendu qu'un tel conseil ne peut être constitué que sur la base d’une élection par les pairs, aux antipodes de la conception de gouvernance renforcée par un très petit nombre de « décideurs » au sein de l’actuelle FCS, et telle qu’exigée par la logique IdEX. La mise en place d’un « Sénat » telle qu’elle a été évoquée par le nouveau Président de la FCS, et qui serait constitué par les directeurs de LabEX est un détournement scandaleux de cette idée, et est en complète contradiction avec les pratiques académiques mondiales où les membres des Sénats Universitaires ne sont pas des dirigeants mais des scientifiques choisis pour leur compétence et leur indépendance.

 

   Infra-structures

Le campus d'Orsay a pour vocation de rester centré dans la Vallée, à la fois pour sa proximité avec le RER et pour sa connexion, aussi modeste qu'elle soit, avec le tissu urbain d'Orsay et de Bures. Le fait du Prince – la montée de l'ensemble de l'Université sur le plateau – est irréaliste financièrement, absurde du point de vue des déplacements, scandaleux du point de vue écologique, et peut-être même en contradiction avec les décisions du Grenelle de l’environnement et le maintien de la « trame verte et bleue ». La seule étude de ces projets dictés par le pouvoir a déjà fait perdre un temps précieux à la communauté universitaire. Il est grand temps de cesser de tirer des plans sur la comète, de réfléchir aux évolutions possibles et souhaitables de la Vallée, ce qui n'exclut pas que l'extension sur le plateau soit poursuivie de manière raisonnée : des besoins d’infrastructures spécifiques peuvent se manifester, sur la base des développements scientifiques, et conduire par exemple à la construction de nouveaux bâtiments qui ne pourraient trouver leur place que sur le plateau de Saclay. La construction du Synchrotron SOLEIL, qui était au départ un projet des scientifiques du LURE à Orsay, illustre bien ce type de démarche. Il a été conçu en étroit couplage avec de nombreux partenaires, aujourd’hui présents sur le site, et financé pour une bonne part grâce aux soutiens de la région et du département, en plein accord avec leurs représentants. Quel contraste avec la méthode actuelle pour le campus Paris Saclay, pour lequel les décisions prises par le gouvernement sont imposées, sans concertation, aux représentants des collectivités territoriales !

Un nouveau regard sur le campus est nécessaire, qui ne parte pas d'un déménagement général toujours plus hypothétique lorsque l’on regarde les financements annoncés, mais qui soit une véritable réflexion sur les évolutions du site, et notamment de la Vallée. Le recensement des locaux qui sont ou seront prochainement disponibles dans la Vallée est la première étape d'une telle réflexion. On peut déjà citer les locaux du LURE non encore restitués, le bâtiment de Maths qui sera libéré lorsque le nouveau bâtiment sera disponible, les locaux actuels de l’IEF, de l’ISMO, de la biologie …etc. Il serait de toute manière parfaitement logique que certains bâtiments de la vallée ou du plateau changent de destination et soient rénovés au fil de l’évolution et des besoins des différentes disciplines scientifiques, des enseignements et des services administratifs. La construction de nouvelles surfaces ne devrait donc être envisagée qu’en cas d’impossibilité de libérer des surfaces existantes.

Le coût de la rénovation des bâtiments actuels de l’Université Paris-Sud dans la Vallée d’Orsay et sur le petit plateau doit faire l'objet d'une étude approfondie, prenant en compte la diversité des situations liées à leur niveau d'entretien au cours des dernières décennies. Une telle étude devrait être transparente et conduite par des experts dont l’indépendance soit indiscutable. Le campus souffre globalement d’un manque d’entretien évident depuis de nombreuses années : vétusté du chauffage, dégradation des routes, problèmes de sécurité dans de nombreux bâtiments... La liste est longue.Il est inadmissible que la plus grande confusion règne actuellement sur ce sujet et que les personnels ne soient pas consultés. Des financements ultra-prioritaires devraient être affectés à la résolution de ces problèmes. Sur le moyen terme, d'importants mouvements peuvent être engagés dans la Vallée dans le cadre d'une politique de site globale en profitant des déménagements successifs afin de mieux répondre aux besoins des équipes de recherche comme des filières d'enseignement.

Nous réaffirmons les principes de notre Université qui sont rappelés tout au long de ce texte. Les restructurations en cours, qui se mettent en place au travers des LabEX, EquipEX et autres IdEX, sont orthogonales à ces principes, et c’est pourquoi nous les refusons ainsi que les déménagements qui les accompagneraient.

 

 

[1] interview de C. van Effenterre, Président de Paris Tech dans Educpro, 1/04/11.

[2] P.E.C.R.E.S., 2011 : Recherche précarisée, recherche atomisée (éditions Raisons d’Agir)

[3] Bertrand Collomb et Denis Ranque , Dépêche AEF n°149275

 

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 06:24

Pauvre-poete-copie-2.jpg

 

 

J’ai découvert le tableau ci-dessus il y a une dizaine d’années seulement. Certes, je ne suis pas un spécialiste de peinture, mais j’ai tout de même visité quelques musées et lu un bon nombre de livres d’art.

Ce Pauvre poète (“ Der arme Poet ”) de Carl Spitzweg est l'œuvre picturale la plus connue, la plus aimée, de nos voisins d’outre-Rhin, après la Joconde et devant Le jeune lièvre des champs d’Albert Dürer. Il fut peint en 1839, en plein romantisme allemand, à une époque de censure assez pesante, dite “ Biedermeier ”, quand, prudemment, l’art s’embourgeoisa et s’éloigna de la critique politique. Le grand poète Jean Paul parla de « bonheur total dans la limitation » (Vollglück in der Beschränkung). L’œuvre du peintre Spitzweg se caractérise par une satire prudente et détournée.

Ici est subvertie la figure du pauvre poète romantique, confiné dans sa chambre. On observe qu'il a noué sa cravate (son ninnin peut-être). « Tant vaut l’homme, tant vaut la cravate », disait Balzac, en ce temps. Oscar Wilde renchérira avec « Une cravate bien nouée est le premier pas sérieux dans la vie. » Notre homme possède une canne à deux sous, sans fioritures et un haut-de-forme quelconque.

Nous sommes sous les toits, dans la mansarde de quelques mètres carrés d’un kleiner Mann qui observe le monde par une étroite fenêtre, loin des tumultes et de la nature. Allongé sur un pauvre matelas posé à même le sol, ce poète est gentiment ridicule. Il n’écrit pas puisque sa plume est dans sa bouche, tandis qu’il écrase une puce entre ses doigts (à moins qu’il ne scande ses pauvres rimes). Il a froid (quatre larcins sur cinq en Allemagne à l’époque concernaient le combustible). Devant le trou du poêle, on distingue ficelés “ Operum meor. Fesc. III et IV ”. On imagine que les parties I et II ont déjà servi à réchauffer leur auteur. Tel qu’il est accroché, le parapluie (jamais peint avant Spitzweg, ouvert, en Allemagne) protège le peintre de l'air froid qui tombe du plafond et de gouttes de pluie éventuelles. Des brouillons de poèmes seront bientôt brûlés dans le poêle. Le bonnet de nuit et le pince-nez nous rendent le personnage moins pathétique que grotesque. Un tel créateur ne peut écrire que de la poésie parfaitement prosaïque.

Ce petit tableau de 36 centimètres sur 45 fut mentionné pour la première fois en 1840 dans une revue confidentielle pour gens cultivés, le Morgenblatt für gebildete Leser. Il fut qualifié de « tableau intimiste ». Spitzweg (patronyme qui signifie “ le chemin vers la cime ” !) était un sujet de Louis Ier de Bavière, un souverain fort peu partisan des libertés individuelles. Face à l’autocratie, le poète se défend par la lecture d’ouvrages volumineux, ce que réprouvaient les romantiques de l’époque pour qui la vérité résidait dans l’expérience personnelle.

L’immense popularité de ce tableau est peut-être due au fait qu’il signifie le repli sur soi, la fuite devant la réalité, le petit confort individuel. Au moment où Spitzweg fait se terrer ce rimailleur sous une couverture et un parapluie, Delacroix, citoyen (et non sujet) d’un pays où tout bouge, peint La Liberté guidant le Peuple.

Il y a peu, je discutais avec un ami anglais, plus exactement anglo-français. Il avait épousé une Française, avait pris notre nationalité et avait passé l’agrégation. Je mentionnai fortuitement le tableau de Géricault Le Radeau de la Méduse. Dans sa langue, The raft of the jellyfish sonnait plutôt bizarrement. Mon ami me regarda interloqué. Ce groupe de mots lui parut aussi surréaliste qu’insensé. Comment une méduse pouvait-elle avoir un radeau ? Je lui expliquai que cette œuvre était l’une des plus connues et des plus mythiques de la peinture française. Il n’en avait jamais entendu parler, y compris durant ses études à Cambridge.

Nous sommes voisins et pourtant tellement différents. Même chez les Européens normalement cultivés, il y a des fossés culturels considérables. Nos référents sont à mille lieues les uns des autres. Au lieu de casser les liens sociaux et d’imposer la sous culture des financiers transatlantiques, l’Europe institutionnelle devrait servir à nous rapprocher en ajoutant la culture à la culture, en nous aidant à comprendre nos différences, en nous faisant aimer ce que nous ne comprenons pas.

C’est mal barré. « Schlecht weggegangen », aurait peut-être dit Spitzweg.

 

 

 

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 15:08

Chems Eddine Chitour vient de publier sur le site du Grand Soir un article très intéressant sur le téléphone portable et l'addiction qu'il engendre . Ci-dessous : de larges extraits.

 

 

http://1.bp.blogspot.com/_Y5AiBAW3PkM/SwJ8naz7maI/AAAAAAAABPM/YYqJh5pJDas/s1600/cigarette_box_mobile_phone.jpgLe téléphone portable brouille la limite, auparavant assez imperméable, entre vie professionnelle et vie privée, notamment en période de vacances. Le téléphone portable, devenu objet multimédia généraliste, provoque des phénomènes de dépendance psychologique personnelle. Certains lui reprochent de supprimer les « temps morts », désormais consacrés à des conversations, des SMS ou des jeux, et qui permettaient notamment l’observation, la réflexion, etc. Le mobile a habitué le citoyen du début du XXIe siècle à pouvoir joindre n’importe qui n’importe quand. Certains lui reprochent de créer un sentiment d’urgence et d’impatience artificiel, brouillant la hiérarchie entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas.


Il faut reconnaître que les téléphones portables permettent de s’exprimer de diverses manières, qui se sont beaucoup développés ces dernières années. Cette polyvalence, ce renouvellement constant des fonctionnalités, vise la cible privilégiée des adolescents. Sans doute l’adolescent est-il un individu idéologiquement malléable, mais il n’empêche que tout est mis en oeuvre pour qu’il achète, renouvelle ses achats, consomme en masse.


En 2005, une étude de la London Business School affirmait aussi que, chaque fois que le taux d’équipement en mobiles d’un pays augmente de 10%, le PIB croît de 0,5%. Voilà pour la doxa néo-libérale. Il n’empêche que cette information de l’OMS a jeté la panique ; On parle maintenant de kit main libre pour sauver le marché juteux des portables tout en créant un autre segment pour la fabrication de ces kit main libre ; Pourtant, beaucoup de scientifiques disent que l’oreillette et le fil qui la relie au portable agissent comme antenne décuplant ainsi le flux d’onde. Faisons confiance aux fabricants ; nul doute qu’ils proposeront une autre question qui leur permettra de gagner du temps et de l’argent.


On peut s’interroger sur la valeur ajoutée d’un portable à coté d’autres priorités, notamment pour les citoyens des PVD qui en face du monde des technologies de l’information et de la communication à défaut, de la voie royale du savoir utile, ils y entrent par une voie dérobée et par effraction, ne goutant que le côté ludique sans lendemain et c’est là la grande arnaque.


L’addiction, à titre d’exemple est particulièrement significative en Algérie où on compterait plus de 20 millions de portables pour 35 millions d’habitants. Est-ce pour autant que le portable crée de la richesse ? Nous ne le croyons pas. L’Algérie transfère chaque année l’équivalent de 2 milliards de dollars et on comprend que la bataille soit féroce entre les différents opérateurs. L’utilité du portable est discutable, elle crée des habitudes de consommation qui ne sont pas le fruit d’un effort. Un portable scotché à l’oreille pour parler dans le vide comme le recommande un opérateur, est non seulement inutile, coûteux mais pourrait amener à de nouvelles pathologies coûteuses pour la société. Est-ce cela le développement ?


Des technologies de plus en plus dangereuses, du fait qu’elles n’ont pas été éprouvées sur la durée, sont mises sur le marché pour le plus grand bien de cette mondialisation-laminoir qui fabrique des consommateurs qui ne pensent pas mais qui dépensent en victimes consentantes. Ces découvertes insuffisamment matures doivent être mieux encadrées et les docteurs Faust qui proposent ces nouvelles technologies doivent prendre toutes leurs responsabilités. Doit-on laisser, la mondialisation, cette machine du diable, pour reprendre l’expression du philosophe Dany-Robert Dufour, broyer dans sa marche vers l’abîme des rapports sociaux qui ont littéralement explosé alors qu’ils ont mis des siècles à se sédimenter disparaître en une ou deux générations ? La question reste posée.

 

http://www.legrandsoir.info/la-revolution-du-portable-les-dangers-de-l-addiction.html

 

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 05:53

Le CNU (Conseil National des Universités est une instance nationale très importante pour les universitaires. Il se prononce sur la qualification aux fonctions de maître de conférences ou de professeur, sur le recrutement des enseignants. Il attribue des congés pour recherches et des promotions indiciaires. Il est divisé en sections qui correspondent à des disciplines (la 11e section couvre le champ des études des pays de langues anglaises). Chaque section comprend, en nombre égal, des représentants des professeurs et des maîtres de conférences. Deux tiers sont élus par leurs pairs, un tiers est nommé par le ministre de l’enseignement supérieur (une réelle entorse à la démocratie).


Il n’y a pas si longtemps, pour être élu au CNU, il fallait simplement être électeur, c’est-à-dire professeur ou maître de conférences. Il se constituait des listes de candidats (sur base syndicale ou non), transmises au ministère. Se porter candidat prenait trois minutes, le temps d’indiquer sur une feuille de papier blanche ses noms et prénom, sa fonction, son université de rattachement, de signer et d’envoyer ce document à sa tête de liste.


Ceci était naturellement beaucoup trop simple et beaucoup trop responsable.


En s’aidant des conseils techniques de quelques universitaires, le ministère a donc mis au point une procédure insensée, informatisée bien sûr, qui implique une dizaine d’heures d’attention soutenue. Bien sûr, comme dans tout ce qui est informatique, la moindre erreur se paye au prix fort : il faut repartir à zéro après avoir sollicité un nouveau mot de passe, etc.


Cette procédure ne sert strictement à rien : recevant des milliers de candidatures, les employés du ministère n’ont ni le temps ni la compétence pour vérifier la validité de ce qui leur est soumis.


Il s’agit, parmi d’autres, d’une entreprise d’infantilisation d’universitaires qui, désormais, consacre un temps considérable à remplir de la paperasse inutile, à constituer des dossiers qui n’aboutissent à rien.

 

 

   1  

Mode   d'emploi   pour   s'inscrire   sur   Helios  

  

REMARQUES   GÉNÉRALES  

  

VOTRE  FI CHE  BI OGRAPHIQUE  NE   DOIT   AS  ÉPASSER  3  PAGES,  TRE  ECRITE  E N  

POLICE  DE  TAILLE  12,  ET  RESPECTER  LE  MODELE  SNESUP  

  

SUR  LE   MODELE  DE  FI CHE  BI OGRAPHIQUE,  LE S  I NDICATIONS  EN  BLEU  NE   SONT  

QUE  DES  COMMENTAIRES  À  SUPPRIMER      VOIR  AVEC  L ES  R ESPONSABLES  D E  VOTRE  LISTE  S'IL  Y  A  UNE   PROFESSION  D E  FOI  

SPÉCIFIQUE  À  LA  SE CTION  À  INSERER  PAGE   2  DE  LA  FI CHE        

UTILISATION   DE  HELIOS        

-•• aller  à  la  page  http://tlti.homeftp.net/helios/      -•• vous  obtenez  l'écran  suivant  (obtenu  par  collage  de  copies  d'écran  ;  il  se  peut   donc   que  le  texte   sur  la  droite   ne  soit  pas   exactement  identique)  

  

   2  

      -•• Vous   devez  ensuite   entrer  votre   NUMEN.   Si   vous   ne   le   connaissez  pas,   il  faut   le  demander   au   service   de   gestion   du   personnel  de  votre  établissement.  Entrez   aussi   le   mot   de   passe   qui   est   votre   date   de   naissance  par  exemple  01/01/1968.   Puis   vous  cliquez   sur  le   bouton   "connexion".  Vous  obtenez   l'écran  suivant   (avec   vos   informations   personnelles   bien   sur)  

   -•• Vous   devez  ensuite   personnaliser   votre  mot   de  passe   en  choisissant   le  lien   "identifiants  "   dans   le  menu   "Profil"  de   la  partie   gauche   de  l'écran.    ( attention  d ans  le  menu   de   gauche,   il  est   possible  que   la  choix   "Actualisation  de  la  notice   biographique  apparaisse,  du   fait  de   la   récente   modification  de  l'application   Helios)  

   3  

      -•• Puis   vous   cliquez   sur   "modifier".   Vous   obtenez   l'écran   suivant   avec   votre   nom   et   votre   NUMEN.   (J'ai   effacé   les   miens   ici)     

      -•• Entrez   ensuite   les   informations  demandées   et   essayez   de   mémoriser   votre   nouveau   mot   de   passe  quelque  part.      -•• Si   dans   le   menu   de   gauche  vous   choisissez  "Données   électeur"   vous   retrouvez   les   informations   vous  concernant  

   4  

      -•• Il  'agit  à  pr ésent  d'enregistrer  votre  candidature.        -•• Dans   le  menu   de  gauche   choisir  "Marche   à   suivre"      dans   la  partie   "Candidature"  ( vous  ouvez   sauter   cette  étape   et  passer  directement   à   "Données  candidature").  Vous   obtenez   ainsi   quelques  explications  et  un   bouton   "Se  porter   candidat"  sur  lequel   il   faut   cliquer  pour   commencer   l'enregistrement        

      -•• Puis  choisir  "Données  candidature".  Vous  devez   fournir   des   informations   comme  celles   ci   dessous  (j'ai   effacé   mes   informations   personnelles)  

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      -•• Une   fois   les   informations   entrées,   cliquez   sur   "Enregistrer"   ou   sur   "Annuler"   pour   recommencer      -•• Choisissez   ensuite   dans   le   menu   de   gauche   "Notice   biographique".   Vous   obtenez   l'écran   suivant  

      -•• Il   vous   aura   fallu   remplir   préalablement   votre   fiche   biographique   suivant   le   modèle   fourni   par   le   SNESUP   et   en   accord   avec   les   candidats   de   votre   future   liste.   Vous   devez  aussi   enregistrer   ce   modèle   au   format   pdf.  Pour   cela  vous   avez  de   très  nombreuses   solutions,  tant  sur   un   macintosh  que  sur  un  pc.  En  cas   de   problème,  envoyez   un   message  à   cnu@snesup.fr.   Sauvegardez   votre   fiche   avec   un   nom   à   votre   convenance,   par   exemple   Fiche_bio_dominique.pdf      -•• Cliquez   sur   le   bouton  "Parcourir"   et   retrouvez   le   fichier  que   vous   venez   de   créer  au   format   pdf.      -•• Le  nom   du  fichier  apparaît  alors   dans   la   zone  à  gauche  du   bouton   "Parcourir".  

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   -•• Cliquez   alors   sur   "Televerser"   afin   d'enregistrer   votre   fiche   biographique   sous   Helios.   Un   nom   très   étrange   apparaît   :   c'est   le   nom   de   votre   fiche   attribué   automatiquement   par   l'application.   Il   est   composé   de   votre   NUMEN,   suivi   d'un   tiret   inférieur,   suivi   d'un   numéro   d'ordre   (année+mois+jour+identifiant),   suivi   des   deux   extensions   pdf   (défaut   de   la   procédure)     

   -•• Vous   pouvez   supprimer   ce   fichier   et   en   téléverser   un   autre,   en   choisissant   "Supprimer"   et   en   recommençant   l'opération   précédente.   Le   bouton   "éditer"   est   à   ce   jour   inutile.      -•• Choisissez   "Déclaration"   dans   le   menu   de   gauche  

        

-•• Il   vous  faut   cocher  les   3   cases   à   cocher   "Données   électeur",   "Données   de   candidature"  "Notice   biographique"   et   choisir   à   droite   si   vous   préférez   recevoir   des   document   s   éventuels   (dossiers   de  futurs   candidats   par   exemple   en   cas  d'élection)  à  votre   adresse   personnelle  ou  votre   adresse  pr ofessionnelle  

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-•• Cliquez  enfin   sur   "Télécharger"   qui   vous   permet   d'obtenir   votre   déclaration   de   candidature   en   4   pages   (fiche   administrative  +   fiche   biographique)   à   imprimer,   à   signer   et   à   envoyer   au   secteur   cnu   du   snesup.         VOUS   DEVEZ   SIGNER   LES   PAGES   1   ET   4        

SNESUP   –  s ecteur  cnu   78   rue   du  faubourg   St  Denis   75010  Paris      -•• Envoyez  votre   numéro  de  dossier   à  cnu@snesup.fr  e t  a u  r eprésentant  d e  v otre  l iste  s 'il  a   é té   désigné        

 

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 05:57

http://www.ralentirtravaux.com/images/javert.jpgJe reprends ici un article du site Educpro (letudiant.fr) concernant les charges de travail des universitaires. Le flicage s’institutionnalise, les présidents d’université deviennent des garde-chiourme (y compris certains qui se sont fait élire grâce au SNESUP). Tout cela dans le flou et l’arbitraire.

 

Modulation de services des enseignants-chercheurs : chaque université joue sa partition.


Le nouveau statut des enseignants-chercheurs est entré en vigueur depuis la rentrée 2009. Comment les universités ont-elles mis en application cette réforme fort contestée ? Zoom sur les pratiques RH de trois universités, à Limoges, Strasbourg et Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Deuxième volet de notre série sur les ressources humaines dans les universités.

 

Université de Limoges : de 53 à 62 % de publiants

 « Le constat que nous avions fait en 2009 tenait en deux points : nous étions sous-dotés en personnels et nous avions une grande marge de progression en termes de nombre de publiants : ils ne représentaient alors que 53 % des enseignants-chercheurs. Nous avons élaboré notre politique de gestion des ressources humaines en prenant en compte ces deux éléments : encourager nos enseignants-chercheurs à faire de la recherche pour augmenter nos performances et donc les moyens globaux de l’établissement », explique Jacques Fontanille, président de l’université de Limoges qui faisait partie des premières universités à passer à l’autonomie au 1er janvier 2009.

Partant de ce constat, l’université a mis en place une fiche d’engagement annuel dans laquelle l’enseignant indique ses objectifs en matière d’enseignement, de recherche et de participation à la vie administrative de l’établissement. Ces fiches sont conçues comme un outil de planification des services : « Il y a un aller-retour entre les services généraux et l’enseignant-chercheur. Nous n’acceptons pas les fiches d’engagement qui ne sont pas équilibrées. Il n’y a pas l’enseignement d’un côté et le luxe de la recherche de l’autre », soutient Jacques Fontanille.

Un accompagnement pour les non-publiants

 Il n’empêche, tous les efforts sont bien mis sur la recherche : « Certains se sont laissé enfermer et ne publient plus car ils n’ont plus de pression, plus de regard extérieur. Nous avons encouragé les équipes à identifier les personnes qui méritent selon elles un vrai accompagnement. L’université finance à hauteur de 3.000 € des actions spécifiques pour aider la personne à se réintégrer dans des projets de recherche collectifs. » Par ailleurs, il est proposé aux jeunes maîtres de conférences récemment recrutés un « contrat d’accueil » (renouvelé chaque année pour trois ans, si les engagements sont tenus), avec une décharge d’enseignement : ils s’engagent à n’effectuer que deux tiers de leur service d’enseignement, en contrepartie du maintien d’un bon niveau de publication.


 

Aux critiques qui ont émané de la communauté des enseignants-chercheurs, Jacques Fontanille répond avec pragmatisme : « Si les engagements ne sont pas respectés, il n’y a pas de sanction immédiate, mais il est vrai que le système repose sur une sorte de pression managériale continue. Ce n’est pas à moi de décider une modulation de services à la hausse de l’enseignement car, de toute façon, il faut l’accord de l’intéressé. Mais si des aides sont mises en place sans résultat, il faudra réfléchir, à terme, à trouver une solution. D’après l’évaluation de l’AERES [Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur] de cette année, nous sommes désormais à 62 % de publiants. Cela prouve bien que nous avions une vraie marge de progression. »


 

Université de Strasbourg : les mutations du métier d’enseignant-chercheur anticipées

 La réflexion sur le temps de travail des enseignants-chercheurs date de bien avant l’adoption du nouveau référentiel. Dès janvier 2009, à la création de l’université unique, la toute nouvelle Université de Strasbourg (UdS) a instauré un ensemble de mesures : une décharge d’un semestre d’enseignement pour les nouveaux maîtres de conférences recrutés (à prendre sur les cinq premières années), une augmentation des CRCT (congés de recherche et de conversion thématiques) pour permettre aux MCF de bénéficier au cas par cas d’une décharge de six mois, voire un an.


« Le référentiel va dans le même sens : il s’agit de réfléchir à ce qu’est le métier d’enseignant-chercheur aujourd’hui, note Hugues Dreyssé, vice-président de l'Université de Strasbourg en charge des ressources humaines et de la politique sociale. Sa vraie variable d’ajustement, c’est le temps. » Le nouveau référentiel qui va s’appliquer à la rentrée 2011 (et de façon rétroactive en 2010) a été établi dans le cadre d’un groupe de travail sur plus d’un an regroupant des représentants syndicaux, élus des conseils, personnes qualifiées : « Le nouveau cadre prend en compte des tâches qui n’avaient pas encore été identifiées et qui seront désormais rémunérées, au-delà des primes déjà existantes [primes pédagogiques, primes pour charges administratives]. Mais, à chaque fois que les responsabilités administratives deviennent trop importantes, comme le fait de devenir directeur de composante, je mets toujours en garde le collègue pour éviter qu’il n’y sacrifie une partie de sa carrière de chercheur », ajoute Hugues Dreyssé.

 

Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense : moduler les charges administratives à défaut de pouvoir financer des décharges d’enseignement

 « Les récents effets d’annonce sur les modulations de services ont créé des attentes génératrices de tensions internes très fortes. En effet, ces attentes ne peuvent toutes être satisfaites ni du point de vue réglementaire, ni du point de vue financier. D’autant que cela est intervenu dans un environnement très concurrentiel entre les universités bien dotées et les autres», souligne Bernard Laks, vice-président recherche de l’université Paris-Ouest-Nanterre.



 

Le principal problème est le financement d’éventuelles décharges d’enseignement : « La seule marge de manœuvre qui reste aux présidents d’université est très inégalitaire. Comme il est impossible de dégrader le potentiel d’enseignement de l’université, soit celle-ci dispose d’une capacité de financement forte pour compléter, à travers notamment le système de fondations, soit, de fait, elle ne peut rien faire », mentionne Bernard Laks.

Dans ce contexte, l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense a mis en place un nouveau référentiel (transitoire en 2010 et opérationnel en 2011). L’objectif est de comptabiliser le temps passé par les enseignants-chercheurs à faire des tâches administratives, ce qui est d’autant plus chronophage dans un établissement comme Paris 10 où le déficit en personnels administratifs est estimé entre 110 et 130 postes. « La notion de référentiel n’est pas là pour faire bouger le ratio enseignement/recherche, mais pour intégrer la prise en compte de charges administratives, poursuit Bernard Laks. Nous avons établi une typologie de ces “charges pour fonction” et construit un barème pour définir chacune d’entre elles en termes de temps. »

 

 Place aux dialogues de gestion

À chaque printemps, un dialogue de gestion s’instaure entre le responsable de l’UFR et les services de l’université : l’UFR y présente ses besoins en matière d’enseignement et de tâches administratives. Ces dernières se traduisent en charges supplémentaires à financer, dont une partie peut être compensée par les services centraux. Dans une première phase, une enveloppe de 600.000 à 800.000 € a été débloquée sur le budget État.

Au niveau de l’UFR elle-même, un dialogue s’établit entre le responsable et l’enseignant-chercheur. Celui-ci doit effectuer un minimum de 96 heures d’enseignement sur son service réglementaire, soit 192 heures équivalents TD. Ensuite, il peut choisir soit de compléter le reste de son service par des charges administratives, soit de faire son service complet en enseignement et d’être rémunéré pour son travail administratif en heures supplémentaires. « Le collègue opère un arbitrage en fonction de ses intérêts et de ceux de l’UFR entre le temps et l’argent », précise Bernard Laks.

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:04

http://www.journaldunet.com/economie/reportage/les-sieges-sociaux-des-entreprises-du-cac-40/image/26810.jpgOrwell disait que lorsqu’on pense ou lorsqu’on parle dans une autre langue alors qu’on a la possibilité de s’exprimer dans sa langue maternelle, c’est que l’on pense mal ou que l’on veut tromper son interlocuteur.

Il y a peu, dans la France républicaine, on mettait en place, une fois par an, des « concours de recrutement » pour permettre à de jeunes diplômés d’enseigner à nos enfants après avoir intégré la Fonction publique. On notera qu’il est quasiment impossible de traduire parfaitement l’expression « concours de recrutement » dans une langue étrangère car nous sommes en présence d’un concept très français et très républicain.

Avec le gang du Fouquet’s, tout a changé. Il ne s’agit plus de recruter à date fixe, de manière démocratique, avec rigueur,     des postulants qui connaissent les règles du jeu mais de constituer, au fil de l’eau (comme on dit joliment dans les couloirs des ministères), des « viviers », des « stocks » d’ultraprécaires sans perspective de carrière, à qui on demandera, de manière « réactive », au pied levé, de boucher des trous pour des durées (quelques semaines, quelques mois) déterminées par l’employeur, sans même bénéficier des garanties que le Code du Travail accorde aux travailleurs du privé.

Les candidats sont donc invités à se vendre au Pôle Emploi, qui fonctionne désormais totalement dans la perspective de l’entreprise privée. En quelques minutes, ils doivent se transformer en parfaits petits communicants, mais sûrement pas en pédagogue (une formation de deux ou trois jours est « possible » ).

Que l’employé de Liliane Bettencourt recrute les enseignants comme il recruterait des videurs de boîte de nuit ou des VRP en cacahouètes montre le mépris dans lequel la bourgeoisie tient l’École publique et ses « clients » (ne parlons plus d’usagers). Qu’un ministre, son administration, utilisent une expression barbare de la langue de dollar, une horreur de la novlangue de la société de marché pour qualifier et organiser l’embauche de professeurs, est la preuve que toute leur politique repose sur le mensonge.

Il y a actuellement des besoins criants dans l’enseignement secondaire. Mais comme le DRH de l’Oréal va encore supprimer 16000 postes à la rentrée, il a mis en place cette méthode singulière, avec pour objectif, à moyen terme, de la généraliser.

Un dernier point qui, a priori, n'a rien à voir, mais bien sûr tout se tient : une étudiant sur trois ne se soigne plus, faute de moyens. L'année dernière, c'était un sur trois.

 

Je reproduis ci-après de larges extraits d'un article de Catherine Paris, pour Rue 89 (27/05/2011). Cette jeune journaliste pigiste s'est rendue, par nécessité, aux comices agricoles de Luc Chatel pour trouver du travail.


"Ma journée dans le grand marché aux profs de Pôle emploi


Récit édifiant d'une participante à la journée organisée avec l'Education nationale pour le recrutement d'enseignants remplaçants.

Etiez-vous aux soldes de l'Education nationale ? Moi si ! Comment, vous ne savez pas ? Le ministère a organisé des soldes de profs remplaçants. Enfin, soyons précis, pas des soldes, plutôt un grand dépôt-vente de matériels expérimentaux non testés, et d'autres qui ont un peu, beaucoup servi à d'autres usages : nous, les aspirants au professorat vacataire et non-titulaire.

Le paradoxe est tragicomique. Le vrai but de ce recrutement est de raser le mammouth de l'Education nationale jusqu'au sang, en raréfiant les « vrais » profs qui coûtent chers et ouvrent beaucoup trop leur gueule, et d'amener à l'éducation des simili-profs (pas forcément pires et même parfois meilleurs que les titulaires, car ceux-là auront au moins l'expérience du monde du travail dans le privé, de l'échec, du chômage et du combat) payés une misère, corvéables à merci, et fantomatiques au niveau d'une pseudo représentation syndicale.

Que du bonheur !

La foire aux vacataires pour combler les brèches du système

Mardi, 7h05. Je chope l'info sur l'antenne d'une radio nationale : l'Education nationale, en partenariat avec Pôle emploi (étrange couple formé pour la circonstance) organise une (une seule ! ) journée de recrutement de professeurs vacataires.

Je suis contre ce recrutement, il est immonde. Il est contraire à toutes mes valeurs, contraire à l'engagement du syndicat de parents pour lequel je me suis engagée, la FCPE.

Oui, mais… Journaliste pigiste depuis vingt-cinq ans, écrivain publiée mais pas encore reconnue, mère sur le tard d'une enfant que j'élève en solo, j'ai bien du mal à retrouver des piges, des contrats d'édition dans mon contexte personnel et celui du tiercé contre l'emploi qui sévit partout : plans de licenciements à gogo ; emploi systématique de kyrielles de stagiaires hyper compétents, hyper disponibles et impliqués, mal ou pas payés du tout ; protectionnisme fielleux des personnels seniors en place.

Et j'ai fait valider mon inscription sur le site du Système d'information des agents temporaires de l'Education Nationale (Siaten), l'organe online du mammouth, dédié justement au recrutement de vacataires. Je m'étonne bien un peu de n'avoir jamais été contactée, avec mes diplômes et états de services, surtout que j'ai un numéro d'enregistrement et que j'accepte même de travailler en ZEP.

La foule se presse devant le centre, c'est le bordel calme

 

Je finis par trouver la page de Pôle emploi où le directeur des ressources humaines de l'académie de Paris, Benoît Verschaeve, moustache en avant et regard bleu un peu perdu, explique face à une caméra mal positionnée comment se déroulera le recrutement.

Je finis par trouver ce qu'il faut apporter : original et copie de son diplôme le plus élevé, lettre de motivation, CV et… c'est tout.

Jeudi 11h15. Je me rends au Centre d'information et d'orientation (CIO) du boulevard du Montparnasse deux heures après l'ouverture. Là, c'est le bordel calme. Devant l'adresse, 150 personnes environ sur la gauche se massent dans une queue approximative, tandis que 150 personnes ont opté pour le flanc droit.

A vue de nez, il y a plus de candidats de trente à cinquante ans que de jeunes diplômés. Tout le monde est paisible, tout en s'étonnant tout de même, sans hausser le ton, de l'absence d'organisation.

Devant la porte, un agent de Pôle emploi parle sans micro aux personnes qui l'interpellent une à une. Les délégués syndicaux de SNIIPP-FSU et SE-Unsa sont à pied d'œuvre, banderoles pliées, dépliées puis repliées. Mais pour l'heure, ils papotent dans les bourrasques de poussière et de pollen. Deux équipes de télé patientent.

Je parviens à demander au gars de Pôle emploi où se trouve la queue : à gauche ou à droite ? Il me fait un moulinet du bras et me répond :

« C'est égal, des deux côtés et au milieu, dans la masse quoi. »

Jeudi, 14h10. Je reviens sur les lieux. Cette fois, une quarantaine de personnes seulement attendent devant l'entrée. Un, puis deux agents, un gars et une fille, continuent à parler sans micro et distribuer des feuilles et des petits mots.

A force de jouer doucement des coudes et de l'oreille, l'on finit par comprendre que face à l'afflux incroyable de candidats, il y a pléthore de dossiers et plus aucune possibilité aujourd'hui d'entretien, à part pour certaines disciplines.

On finit par nous tendre un vague formulaire à remplir

Nous finissons par apprendre, à l'arrache, que toutes les disciplines ou presque sont chargées jusqu'à la gueule, à part professeur d'espagnol. Deux ou trois hispanisants passent le barrage pour aller à l'entretien.

L'agent fille nous donne des feuilles volantes. C'est quoi ? On ne parvient pas à le savoir. Nous finissons par comprendre que nous pouvons déposer nos dossiers dans ses blanches mains, assortis de la feuille remplie. Et sur cette feuille, qu'est-ce qu'il y a ? Rien ou presque. Juste une ligne pour mettre notre nom, mais pas notre adresse !

Plus bas, cocher si l'on a pu ou non assister à la réunion et passer un entretien, et puis un espace de six lignes pour coucher nos « observations » (morte de rire ! ).

« Nous avons été débordés par l'afflux de candidats »

Je donne à l'agent fille mon dossier avec la feuille, où j'ai inscrit mon nom et coché « non » aux deux cases, avant de vider les lieux en disant tout de même à l'agent garçon que je ne comprends pas pourquoi l'on fait ce recrutement organisé n'importe comment et à la dernière minute, et en une journée, alors qu'il existe déjà un organe sur internet, qui s'appelle le Siaten pour recruter des vacataires ?

Le gars me répond : « Oh, vous savez le Siaten, cela ne sert pas vraiment… C'est un peu… »

Un peu quoi ? Mort ? Voilà l'explication à mes inscriptions répétées et qui n'ont donné aucun résultats. A quoi sert le Siaten alors ?

Comment finaliser ce non-recrutement ? Qui sera choisi et sur quels critères ? Ceux de la première heure, dont je n'étais pas pour cause de dentiste matinal ? Ou bien le choix reposera-t-il sur la pertinence d'un dossier laissé à « quelqu'un » et par un email inconnu ?

L'agent fille me dit en finissant de se remplir les mains de nos futures vies de chair à ados : « Nous avons été débordés par l'afflux de candidats » (re-morte de rire ! ) Comme si faire une seule journée de recrutement pour tout le rectorat de Paris allait faire venir deux touristes !

Le mammouth est bien rasé, mais il peut encore sursauter

La masse formée de jeunes diplômés (bac +5, +6, +10) et de seniors dotés de doctorat pour certains, et de cinq, dix, vingt ans d'expérience pour la plupart, à ce que j'en écoute et questionne, se dissipe lentement, sans râler.

Je rentre. Le mammouth est bien rasé, mais il pourrait bien nous surprendre par un antépénultième sursaut avant la saignée.

Avec l'aide des parents exaspérés par le manque de personnel, les grèves récurrentes de la crèche au lycée qui nuisent gravement à la santé et l'éducation de leurs enfants, à leur propre quiétude de salarié, et le délire des boîtes privées qui se permettent pour cause d'afflux de n'enseigner qu'aux meilleurs élèves et aux plus sages et de virer tous les autres.

La rentrée 2011 et le vent d'automne qui fera claquer les étendards sanglants du mammouth seront chauds !"

 

 

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 15:15

Franklin.jpgOn part de l’idée qu’il s’est passé quelque chose dans la suite du Sofitel. Un ami psy me dit alors ceci :


« La conduite de DSK ressemble à celle des jeunes qui veulent absolument réussir le permis de conduite et qui le ratent parce qu’ils appréhendent de se retrouver lâchés dans la nature. Le conscient de DSK voulait être président de la République, mais son inconscient freinait des quatre fers. »


Ça se tient. Quelques jours avant les faits, DSK avait rencontré des journalistes (Nicolas Domenach entre autres) à qui il avait fait part de sa sérénité et de sa détermination. Mais, auparavant, il avait exprimé la crainte que, dès qu’il se serait lancé, il subirait des attaques sur ses frasques sexuelles et sur sa judéité. C’est-à-dire sur son identité profonde.


C’est peut-être mieux comme cela. Un membre du Parti socialiste me disait récemment que le seul socialiste qui avait vraiment voulu gagner la présidentielle fut Mitterrand. Jospin, sûrement pas. Fabius, Hollande, Lang, Royal ça reste à démontrer. Aubry, peut-être.


Pour en revenir à DSK, l’est-il pas mieux dans cette rue ensoleillée et pleine de camions ?

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