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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 05:26

 

Quand j’étais jeune (qui a dit « et beau » ?), on disait « De Gaulle ». Quand on était un de ses chauds partisans, on disait « le général De Gaulle ». C’est ainsi que lui-même se nommait parfois à la troisième personne. Sur sa tombe, que partagent sa femme Yvonne et sa fille Anne, le chef de la France libre a fait inscrire « CHARLES DE GAULLE ».

 

Les gens de ma génération, qui n’ont pas connu la guerre, n’éprouvaient aucune révérence ou fascination particulière pour cet homme. Je me souviens d’une chanson qu’on entonnait dans les cours d’école à la fin des années cinquante en se tapant sur les cuisses (sur l'aire de "Et voilà l'général qui passe") :

 

Et voilà l’général De Gaulle

Tout poilu

Tout tordu

La médaille au trou du cul

 

Hé oui !

 

Quand on était, comme moi, issu d’une famille de gauche, on lui était évidemment reconnaissant d’avoir – après quelques palinodies – mis un terme à la guerre d’Algérie et accordé l’indépendance à ce pays qui l’avait payée bien cher. On l’admirait pour savoir tenir tête aux États-Unis et à l’URSS. On sentait bien qu’il avait raison de refuser au Royaume-Uni l’entrée dans un Marché commun qu’il souhaitait pulvériser de l’intérieur pour en faire une zone de libre échange à sa main. Mais De Gaulle, c’était aussi la France catholique (De Gaulle, président de la République, assistait à des messes es qualité), le choix, sans précédent au XXe siècle, d’un Premier ministre fondé de pouvoir de la banque Rothschild qui saurait – avec toute la brutalité que l’on rencontre parfois chez les esprits les plus fins – faire rendre gorge aux travailleurs, les mineurs de charbon en particulier.

 

Bref, c'était De Gaulle.

 

Aujourd’hui, les mânes du général sont régulièrement convoquées par des gens authentiquement de gauche. Cela signifie tout simplement que le curseur politique s’est durablement déporté vers la droite. Car ce que les jeunes de gauche apprécient  aujourd’hui en De Gaulle, c’est qu’il a sorti la France de l’Otan, qu’il ne s’est pas focalisé sur « l’Europe, l’Europe ! » de Robert Schuman et Jean Monnet, de droite comme lui mais autrement, et qu’il a su opposer aux capitalistes et banquiers de son cher Pompidou un État fort et régulateur.

 

Voilà où nous en sommes : les gens de gauche aujourd’hui en sont malheureusement réduits, pour sauver les meubles, pour contenir les digues que veulent faire sauter les Fillonistes et les Solfériniens, à faire appel à un général catholique légitimiste, nourri par la pensée de Barrès, et à inscrire une partie de son discours dans le marbre.

 

Et ce De Gaulle, ils le nomment, ils l’écrivent « Charles de Gaulle ». Nous les vieux n’utilisions jamais son prénom, sauf pour le moquer : « Le Grand Charles », «Charlot ». Et puis il y a cette erreur sur ce que les djeuns d’aujourd’hui pensent être une particule de noblesse. Les De Gaulle n’ont aucun titre de noblesse. « De Gaulle» vient du flamand « De Walle », qui signifie, vraisemblablement, l’étranger, celui qui n’appartient pas au peuple germanique, tout comme «Wealas », mot du Vieil-Anglais qui a donné « Wales », le Pays de Galles. Mais « Gaulle » n’est pas de la même famille que le mot « Gaule » qui servait à désigner les Celtes qui avaient colonisé ce qui est aujourd’hui le nord de l’Italie. Chez les nobles (en République, il n’y a pas de nobles mais c’est un autre débat), la particule ne prend pas de majuscule : « Philippe Leclerc de Hautecloque », « Dominique François Marie Galouzeau de Villepin », « Philippe Marie Jean Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon ». Lorsque l’on veut faire court, on omet la particule : « Villepin », «Villiers » (mais on a toujours dit « Giscard » et non « Estaing »). Mais certainement pas « Gaulle ».

 

Passionnant que tout cela !

 

 

Nommer De Gaulle
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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 05:26

Avant de l’avoir évoqué lors du débat des cinq principaux candidats à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait longuement développé dans son blog la collaboration des ciments Lafarge avec l’État Islamique (depuis, Lafarge s'est, retiré) :

 

« Le géant du sable et du ciment Lafarge-Holcim vient d’admettre d’avoir conclu des arrangements «inacceptables», à savoir, avoir indirectement financé l’organisation État Islamique pour poursuivre l’exploitation d’une cimenterie en Syrie, en 2013 et 2014.

 

Évidemment, le chœur de ceux qui m’ont nargué et calomnié sans relâche sur ce thème est désormais aux abonnés absents. Je compatis !

 

C’est le journal Le Monde qui avait révélé l’affaire du ciment sanglant fin juin 2016. Dans la sphère politique, seule Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de Gauche, s’était engagée dans une action concrète. Elle avait relayé ces informations au sein du Conseil de Paris. Car au moment où l’affaire était révélée, la ville de Paris devait voter une convention avec Lafarge pour le sable de Paris Plages. Seule Danielle Simonnet a voté contre. Elle seule ! Les amis de la guerre juste avaient des raisons de regarder ailleurs peut-être ? Leur immoralité était pourtant éclatante ! Car ce vote est incompréhensible !

 

Si le géant du ciment avoue c’est parce qu’il ne peut plus faire autrement. Car il fait l’objet d’une enquête à Paris sur ces relations criminelles avec les terroristes. Il est visé par une plainte de Bercy et de plusieurs ONG. La gravité des faits reconnus est sidérante ! Ils portent directement atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Il ne peut donc être question que cette affaire ne concerne que le Ministère du Budget. Les responsables de Lafarge doivent faire l’objet de l’ouverture d’une enquête judiciaire ! L’entreprise, a collaboré avec l’organisation ennemie que le gouvernement a désigné comme responsable notamment des massacres du Bataclan et du 14 juillet a Nice. Elle a encore recueilli cette année des bénéfices records. Elle se prépare a augmenter fortement les dividendes reversés à ses actionnaires. »

 

 

Revue de Presse (199)

Res Publica publie un Appel pour lier le combat laïque au combat social et pour fédérer le peuple :

 

« La crise économique que nous traversons depuis 2007-2008 nous entraîne, toujours plus vers des conflits sociaux et politiques. Il est clair que les fausses oppositions ourdies par les communautaristes sont des machines de guerre pour diviser le peuple afin de le neutraliser.

 

En effet, nous sommes dans une conjoncture particulière caractérisée par la récession comme dispositif de pouvoir. Le combat social et le combat laïque doivent former un seul bloc pour résister. Combattre sur le front social sans lutter sur le front laïque, et vice et versa, est voué à l’échec. La laïcité est notre outil pour fédérer les luttes sociales et lutter pour la justice sociale, la citoyenneté et la véritable égalité qui caractérisent la République sociale. Car les communautaristes, vieilles marionnettes des oligarchies financières, se servent en particulier de l’appauvrissement des quartiers populaires et des discriminations qui y sont subies pour justifier le fait politico-religieux (Manif pour tous, intégristes chrétiens, islamistes, etc.), et détourner les citoyens de ces quartiers du combat social et citoyen. »

 

 

Dans son blog, Catherine Kintzler problématise le rapport entre la laïcité et l’intégrisme :

 

« La laïcité va jusqu’aux racines de la disjonction entre foi et loi. Au-delà même de la séparation des églises et de l’État, elle rend le lien politique totalement indépendant de toute forme de croyance ou d’appartenance : il ne se forme pas sur le modèle d’un lien préexistant, religieux, coutumier, ethnique. L’appartenance préalable à une communauté n’est pas nécessairement contraire au lien politique, mais elle n’est jamais requise par lui. Et si une appartenance entend priver ses «membres » des droits ou les exempter des devoirs de chacun, l’association politique la combat. On voit alors que, si l’intégrisme peut encore s’accommoder d’une association politique « moléculaire » où les communautés en tant que telles sont politiquement reconnues, il ne peut que haïr celle qui réunit des atomes individuels, qui accorde aux communautés un statut juridique jouissant d’une grande liberté mais leur refuse celui d’agent politique ès qualités. »

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 06:34

Il y a une petite dizaine d’années, j’ai publié dans Le Grand Soir un article intitulé “Power without Responsibility” (le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir) à l’occasion d’un entretien entre Jean-Luc Mélenchon et Olivier Duhamel, européiste acharné (ancien membre du Parti socialiste), Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, et, si je me souviens bien, Jérôme Jaffré, directeur d’un grand institut de sondages français. Il s’agissait en fait d’un affrontement entre Mélenchon et trois personnalités partageant exactement les mêmes vues sur – entre autre – l’Europe.

 

Dans cet article, j’écrivais ceci :

 

« Je voudrais insister ici sur le mélange des genres, c’est-à-dire le débat entre des hommes politiques et des observateurs de la politique. Élus, les hommes politiques sont responsables de leurs actes et de leurs paroles. Les observateurs, quant à eux, sont responsables devant leurs actionnaires, mais pas devant les citoyens. Le discours d’un homme politique ne peut donc pas être de même nature que celui d’un observateur. Le pouvoir médiatique n’ayant cessé de s’étendre depuis une quarantaine d’années, à mesure que celui des politiques diminuait, les figures de proue de la presse, de la radio et de la télévision ont pu exercer un magistère de la parole sans aucune sanction citoyenne. L’homme politique rend des comptes politiques, l’homme des médias rend des comptes économiques.

 

En Angleterre, autrefois, on disait des maîtresses des rois (ou de leurs mignons) qu’elles ou ils exerçaient le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir (« power without responsibility »). C’est exactement le cas, aujourd’hui, des Barbier, Colombani, Joffrin, Duhamel (Alain), Giesbert, July et d’une petite poignée d’autres journalistes « prestigieux » qui tournent dans tous les médias, se renvoient l’ascenseur, s’invitent, disent du bien les uns des autres.

 

Bref, les politiques sont piégés. Piégés devant l’irresponsabilité de leurs contradicteurs, piégés par un système de discours et de représentation qu’ils ont accepté, quand ils ne l’ont pas encouragé, comme le démontrait, il y a plus de trente ans, Roger-Gérard Schwartzenberg dans L’État spectacle. »

 

Depuis, rien n’a changé, bien au contraire.

 

Pluralistes, cela va de soi, les médias audio-télévisuels invitent les hommes et femmes politiques toutes tendances confondues, en particulier lors des grandes campagnes électorales. Quantitativement, cela a été prouvé à maintes reprises, ces hommes et ces femmes sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres. Voir, par exemple, cette démonstration récente de Jean-Baptiste Clément dans Le Grand Soir.

 

Mais les médias ne jouent pas que sur le temps de parole. Ils utilisent la tactique insidieuse que je dénonçais en 2008 : ils se placent sur le même plan que le personnel politique, ils n’hésitent pas à jouer à trois ou quatre contre un et ils partent quasiment toujours du même présupposé, en gros celui de la vérité du dogme du capitalisme financier. Si cela ne suffit pas – il est des politiques coriaces et qui ne viennent pas sans biscuits du style Mélenchon, Philippot ou Dupont-Aignan – deux techniques sont alors utilisées, l’une muette, l’autre de paroles. Par des mimiques plus ou moins méprisantes ou de surprise feinte mais outragée, les journalistes expriment leur grand doute, leur effarement face aux propos tenus par ceux des politiques qui ne se situent pas dans la grande mouvance centriste, bien-pensante, capitaliste et européenne. Anne-Sophie Lapix est passée maîtresse en la matière (avec ses complices Lemoine et Cohen). D’où la réaction de Mélenchon suite à son dernier passage dans leur émission, du service public, rappelons-le : « c’était parfumé mais puant ». Malmené par la même petite bande, Philippot avait réagi sèchement après-coup : « Après, il n’y a pas eu de violence ou quoi que ce soit. Moi, je ressens cette interview comme une forme de violence. Quand on me parle avec ce ton-là, je sens un mépris pour moi. Mais, ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de tout cela ». Il avait été plus cinglant encore pendant l’émission : « Vous trouvez que vous êtes élégante madame ? Vous êtes d’une arrogance permanente. Vous me regardez avec un mépris terrible ». Par parenthèse, voilà où nous en sommes aujourd’hui : éprouver une certaine compassion pour le dirigeant d’un parti d’extrême droite qui fut autrefois chevènementiste. La deuxième technique consiste à empêcher celui qu’il faut soumettre de développer sa pensée. Il peut être brutalement interrompu au milieu d’une phrase au prétexte qu’il faut « rendre l’antenne », qu’on n’a « plus le temps », qu’on doit « aborder une autre question ». Lorsque les interviewers sont en bande organisée, un questionneur en second peut poser une question dans la question ou une question hors de la question. L’interviewé doit, en un dixième de seconde pour garder la parole, choisir la question à laquelle il doit répondre, ce qui est déstabilisant et amoindrit la force du raisonnement. Et puis il y a la méthode Lenglet, particulièrement fielleuse, qui consiste, en prétextant « poser une simple question », à transformer le questionnement en un débat dont le cadre est la pensée dominante. Et je ne parle pas des jeunes gens hystériques du style Fabien Namias (fils de son père) qui transforment leurs entretiens en combats de boxe.

 

Alors que faire ? J’ai une petite idée : interrompre le journaliste au beau milieu de sa question par un « je vois où vous voulez en venir », une fois, deux fois, trois fois. Et conclure par un « vous voyez ce que cela donne quand on a affaire à des méthodes de malotru ».

 

 

Parfumé mais puant
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 06:42

David L. a publié le 22 février 2017 ce long et édifiant article dans son blog Mediapart.

 

 

Je suis prof de lycée. Une «concertation» a lieu cette année dans mon établissement autour du «projet d’établissement». J’ai participé à un atelier sur l’orientation, où il était question de «fluidifier et sécuriser les parcours»; j'en ai tiré ces réflexions, un peu polémiques, sur ce que l’Éducation nationale attend des enseignants, et sur sa façon de mobiliser la main d'œuvre enseignante.

 

 

L’atelier auquel j’ai participé était présenté ainsi :

"AXE 1 – MIEUX FORMER POUR MIEUX REUSSIR A L’ECOLE

La réussite de tous les élèves : devant un public scolaire en constante évolution, il nous faut adapter nos pratiques pédagogiques, montrer clairement le sens des apprentissages et associer davantage l’élève dans la construction de son parcours.

 

OBJECTIF 2 – AMELIORER LA FLUIDITE ET LA SECURISATION DES PARCOURS

La fluidité implique d’accompagner les élèves dans leur parcours vers l’obtention d’un diplôme. Elle doit également permettre d’éviter les redoublements et réorientations qui peuvent décourager les élèves.

 

Pistes à explorer :

- Proposer aux élèves des positionnements réguliers et des parcours personnalisés pour compléter leurs acquis.

- Assurer une bonne continuité collège/lycée/enseignement supérieur.

- Valoriser l’implication des élèves et reconnaître les compétences développées.

- Favoriser les dispositifs passerelles entre les voies (générale, technologique et professionnelle).

- Former les enseignants à développer une posture visant à accompagner l’élève : « être devant et à côté de l’élève ».

- Favoriser la mise en place des trois parcours éducatifs au cœur des apprentissages : « parcours avenir », « parcours citoyen » et « parcours d’éducation artistique et culturel ».

- Ecole inclusive : poursuivre la dynamique engagée en faveur des élèves en situation de handicap.

- Assurer la cohérence des modalités de soutien et d’accompagnement des élèves."

 

 

I- Le problème du sens des mots

C’est un peu facile, mais j’appelle Nicolas Boileau à la rescousse : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». On est loin du compte, malheureusement...

 

1) Les titres ne veulent rien dire…

Mieux former (qui?) pour mieux réussir à l’école

 

Améliorer la fluidité et la sécurisation des parcours : s’il s’agit du parcours vers l’obtention d’un diplôme, comme semble le sous-entendre ce qui suit, je vois à peu près ce que signifie la fluidité (surtout pas de redoublement!), mais la notion de sécurisation m’échappe franchement.

 

2) Certaines pistes à explorer ont un intitulé incompréhensible

Proposer aux élèves des positionnements réguliers et des parcours personnalisés pour compléter leurs acquis.

Former les enseignants à développer une posture visant à accompagner l’élève : « être devant et à côté de l’élève ».

Favoriser la mise en place des trois parcours éducatifs au cœur des apprentissages : « parcours avenir », « parcours citoyen » et « parcours d’éducation artistique et culturel ».

Assurer la cohérence des modalités de soutien et d’accompagnement des élèves.

 

Un dictionnaire bilingue français / jargon bureaucratique est à produire au plus vite pour qu’on y comprenne quelque chose...

 

3) D’autres enfoncent des portes ouvertes...

Valoriser l’implication des élèves et reconnaître les compétences développées.

École inclusive : poursuivre la dynamique engagée en faveur des élèves en situation de handicap.

 

Qui ne valorise pas l’implication des élèves et ne reconnaît pas les savoir-faire et les connaissances qu’ils « développent » ? Puisque la « dynamique » est engagée, quelle piste y-a-t’il vraiment à « explorer » en faveur des élèves en situation de handicap ? Proposer de véritables contrats stables aux Assistants d’élèves en situation de handicap est peut-être une « piste », alors...

 

4) Les dernières sont confuses ou contradictoires !

Assurer une bonne continuité collège/lycée/enseignement supérieur.

Favoriser les dispositifs passerelles entre les voies (générale, technologique et professionnelle).

 

Qu’est-ce qu’une « bonne » continuité collège/lycée/enseignement supérieur ? Il semble qu’il s’agisse du parcours des élèves/étudiants, donc il y a forcément une continuité pour les élèves qui poursuivent des études supérieures. Quelle formule pour la rendre « bonne » ? Des visites de collégiens au lycée, des visites de lycéens à l’université ? Oui, mais alors on entre en contradiction avec la piste des « parcours personnalisés », car il faudrait alors proposer à chaque élève une visite dans l’établissement qu’il souhaite fréquenter par la suite, et comme les élèves hésitent souvent entre plusieurs voies, il faudrait donc que nous organisions ces visites sans arrêt !

 

Favoriser les dispositifs passerelles entre les voies : ne s’agit-il pas de « réorientations », qu’on nous demande d’éviter plus haut ???

 

II- Les injonctions contradictoires qui se cachent derrière les affirmations consensuelles

Une fois qu’on a fait un effort soutenu pour essayer d’interpréter le sens des grandes lignes de notre atelier, on est plongé dans une certaine perplexité.

 

1) Des parcours personnalisés ?

Parmi les pistes à explorer on nous parle de proposer aux élèves des parcours personnalisés, qui font écho à l’accompagnement « personnalisé ». 

Certes le parcours de l’élève doit être « personnalisé », mais pas trop quand même, puisque qu’on nous dit qu’il faut « éviter les redoublements et les réorientations », sous prétexte que cela peut décourager les élèves. 

De même la « fluidité » des parcours est une contrainte qu’on fait peser collectivement puisqu’il s’agit de faire disparaître le redoublement, y compris, comme plusieurs élèves du lycée ont pu en souffrir cette année, lorsque des élèves sont primo-arrivants. 

Donc, il faudrait qu’on sache, doit-on proposer un parcours vraiment personnalisé aux élèves ? Ou doit-on respecter les consignes parvenues de la hiérarchie rectorale ? 

 

Parler de personnalisation des parcours, au vu des effectifs de classe sous notre responsabilité, est une fumisterie comparable à l’appellation d’accompagnement personnalisé attribuée à des cours où les effectifs sont équivalents à une classe entière. Une chose est certaine, cependant : nos élèves vont avoir bien plus de mal à personnaliser leur parcours à l’heure où les services de l’orientation subissent des restructurations qui les rendent de moins en moins accessibles.

 

2) La réussite de tous les élèves ?

Qui peut décemment s’opposer à ce beau projet, à part des salauds ? Sauf que…

 

Il faudrait déjà définir ce qu’on entend par « réussite » pour nos élèves, ce qui est très loin de faire consensus entre nous, et encore moins entre nous et la hiérarchie de l’éducation nationale.

 

Je propose donc mon interprétation de ce qu’est la réussite d’un élève, selon moi : c’est le succès de l’école à en faire un adulte libre, épanoui, capable d’exercer son esprit critique, ainsi que de construire sa réflexion personnelle par lui-même.

 

Si on reporte cette ambition à l’échelle collective, comme le fait l’intitulé du premier axe, la réussite de tous les élèves doit donc être la capacité, pour le système éducatif, à assurer le droit à l’instruction pour tous les enfants du pays, conformément à la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 (article 26) et au préambule de notre constitution.

 

Le problème est que, d’après les attendus de notre atelier, la finalité du parcours scolaire est « l’obtention d’un diplôme ». Tous les diplômes dispensés par l’EN répondent-ils vraiment à la finalité que je vois à ma mission d’enseignant ? Je n’en ai pas l’impression…

 

En effet, au fur et à mesure, depuis une vingtaine d’années, les diplômes voient leur valeur dégradée selon un double-processus :

- la généralisation de ce qui est enseigné dans les formations professionnalisantes, leur faisant perdre leur valeur de qualification dans des métiers.

- la diminution des contenus associés aux diplômes des formations généralistes, au bénéfice des « compétences » dans le secondaire, au bénéfice de périodes de stages de plus en plus longues dans l’enseignement supérieur.

 

Si, comme le sous-entend l’intitulé de notre « atelier », la finalité réelle de l’école est de dispenser des diplômes en vue d’éviter le chômage, la consultation des statistiques du chômage démontre l’inanité de cet objectif… La vraie question qui se pose donc, pour nous, travailleuses et travailleurs de l’éducation est de savoir si nous admettons sans broncher l’absurdité de la mission qui nous est assignée ? Au-delà, il faut nous interroger sur ce que nous pensons être notre mission, notre responsabilité sociale, afin de proposer un contre-modèle si nous désapprouvons l’utilitarisme économique.

 

3) Qui décide du parcours scolaire des élèves ?

Il faudrait donc « associer davantage l’élève dans la construction de son parcours » pour « améliorer la fluidité et la sécurisation des parcours »… 

 

Ayant l’habitude d’être confrontés à des erreurs de syntaxe, tout en comprenant l’idée énoncée, nous pouvons partir du principe qu’il s’agit en fait d’ associer davantage l’élève à la construction de son parcours. Là-aussi la généralité énoncée est incontestable : il y a trop d’élèves qui subissent leur parcours scolaire et leurs orientations successives.

 

Cependant, les attendus de l’atelier semblent être qu’à partir du moment où les élèves seront « acteurs » de leur orientation, les problèmes vont se résoudre, selon un adage très prisé de la philosophie de bistrot : « quand on veut, on peut ! » Malheureusement, c’est faire bien peu de cas de beaucoup d’éléments qui déterminent la « réussite » ou l’« échec » d’un « parcours » :

- le milieu familial et social : son approche et sa connaissance de l’institution scolaire, son habitude des systèmes bureaucratiques, sa vision de la mobilité éventuelle de l’élève, sa capacité à aider l’élève dans son travail, et à le conseiller dans ses choix d’orientation.

- la carte des formations : elle détermine souvent les choix d’orientation des élèves. En effet, en tant que professeur principal de seconde, quasiment à chaque fois que j’ai « associé un élève à la construction de son parcours », j’ai été confronté aux réalités suivantes :

1- il n’y a pas de place en bac pro esthétique-cosmétique-parfumerie dans les établissements publics pour une élève de seconde.

2- il n’y a pas de place en première STAA, parce qu’il faut s’inscrire dès la seconde dans l’établissement concerné, alors que les enseignements de seconde ne sont pas des enseignements de détermination si on respecte les textes réglementaires.

3- il n’y a pas de place en bac STIDD, option architecture dans le département, et les élèves venus de notre département arrivent après les « autochtones » pour intégrer les lycées du département voisin qui le font.

4- les formations STIDD dispensées dans le département sont situées dans des villes distantes de 25 km, et rares sont les familles qui souhaitent inscrire leur enfant dans un lycée aussi éloigné (temps de transport ou coût et contraintes de l’internat).

 

Résultat des courses : des élèves qui font le choix d’une orientation subie, vers la filière technologique locale, STMG, quand bien même je n’ai pas compté mes heures pour en discuter avec eux… 

 

Là-aussi, admettre que les bons ou mauvais choix d’orientation reposent essentiellement sur l’attitude de l’équipe pédagogique et sur la capacité de jeunes gens de 15 ans à saisir et assumer tous les enjeux de celle-ci est une mauvaise prémisse. 

Faut-il rappeler, en outre, que l’enjeu de l’orientation ne se pose quasiment que pour des élèves qui connaissent des difficultés ? Ils ont donc de réelles réticences à faire confiance à un interlocuteur perçu, à tort (j’espère) ou à raison (malheureusement ça arrive…), comme quelqu’un qui le déconsidère à cause de ses difficultés scolaires. 

 

 

Novlangue administrative et orientation scolaire

III- Le droit à l’erreur est-il voué à disparaître du système éducatif ?

À mon tour d’enfoncer une porte ouverte : les élèves du lycée sont des adolescents qui ont entre 14 et 18 ans pour l’immense majorité. Il semble nécessaire de faire preuve d’un peu d’empathie, de tâcher de nous rappeler quelles étaient nos certitudes durant ces années-là de notre vie. Ça, y est ? Tout le monde se rappelle les affres de sa propre adolescence ? Allons-y, donc...

 

Il est donc question de l’implication de ces élèves, ces adolescents, dans la construction de leur parcours, et à toute la pression supplémentaire que cela induit, sachant qu’il faut que les parcours soient « fluides », et que, comme je l’ai dit précédemment, tout parcours qui ne cadre pas avec la « voie royale » de la filière générale revêt très vite l’apparence d’un grand casino pour un joueur qui n’a qu’une seule mise en poche…

 

Le discours que l’institution veut nous voir relayer vis-à-vis de ces élèves, généralement ceux dont la scolarité a été la plus fragile, va donc être : « c’est à toi de décider ! Nous ne sommes là que pour te donner des conseils… Mais attention à ne pas te tromper, parce que sinon, il ne te restera guère que l’apprentissage ou le monde du travail [comprendre « chômage »] ». 

 

Dans le même temps, l’institution a éloigné progressivement les interlocuteurs les plus compétents, avec lesquels les élèves sont certains de ne pas avoir de relations conflictuelles au quotidien, les conseillers d’orientation psychologues. 

 

Dans ce contexte, quelle est la place de l’erreur ? Il faut la chercher dans tous les non-dits des attendus de notre bel atelier… Pourquoi, au juste, la principale priorité est-elle d’éviter les redoublements et les réorientations ? La présentation de l’atelier nous dit qu’ils peuvent « décourager les élèves ». Ensuite on nous dit qu’il faut favoriser les dispositifs passerelle entre les filières, qui, bizarrement, ne sont pas considérés comme des réorientations. Donc un professeur principal qui parle de faire une passerelle au bout d’un mois de cours ne peut pas décourager un élève ?

 

La réalité, c’est que le découragement des élèves est accessoire dans cette stratégie, ce qui compte avant tout, c’est le coût d’une année de scolarité supplémentaire. Il y avait encore plus d’un élève sur cinq qui avait un an de retard en troisième en 2013 (au lieu de 35 % en 2006), soit presque 200 000 élèves qui auront coûté une année de scolarité supplémentaire en collège ou dans le primaire. Le coût d’une année de scolarité en lycée étant supérieur, nul doute que la pression financière est désormais encore plus forte pour faire baisser le nombre de redoublements. 

 

Qu’on s’entende bien, je ne cherche pas à défendre le redoublement à tout prix, mais dans les pays où on n’utilise pas (ou plus) le redoublement, les élèves qui présentent des difficultés ont le droit à des dispositifs coûteux pour surmonter ces difficultés, ici on nous parle juste d’ « assurer la cohérence des modalités de soutien et d’accompagnement des élèves ». Le ministère peut bien, par la suite, afficher des statistiques triomphantes sur le taux de réussite aux examens de ces élèves au parcours « fluidifié », en affirmant que ces taux restent les mêmes, alors que toute la machinerie des examens est conçue pour maintenir, vaille que vaille, les pourcentages pré-établis rue de Grenelle. Ça marche peut-être dans les médias, mais apparemment le classement PISA ne valide pas cette situation, sachant que depuis la baisse notable du taux de redoublement, les écarts d’acquisition liés à l’origine sociale se sont aggravés. J’admettrai la lutte contre le redoublement comme un postulat pédagogique le jour où des dispositifs alternatifs crédibles seront proposés : par exemple un enseignement en petits effectifs dans les matières où les élèves rencontrent les principales difficultés, loin de l’AP en classe entière… Le problème est que le ministère a décidé depuis 20 ans de tout faire pour limiter les dépenses liées aux élèves les plus fragiles sur le plan scolaire, qui sont, comme par hasard, les élèves issus de familles globalement plus pauvres.

 

C’est dans ce contexte qu’on nous demande d’accompagner les élèves dans la construction de leur parcours scolaire, en d’autres termes de les pousser à choisir leur orientation au plus vite et au mieux. Admettre d’inscrire cette pratique dans le projet d’établissement, c’est à dire dans les objectifs qu’on se fixe collectivement me pose un sérieux problème, d’ordre épistémologique et pédagogique, cette fois-ci.

 

Dans ma pratique professionnelle, je passe mon temps à dédramatiser la vision que les élèves peuvent avoir de l’erreur, afin de l’intégrer dans le processus d’apprentissage. Je souhaite qu’ils comprennent qu’on « apprend de ses erreurs », cela permet à certains de reprendre confiance en eux, quand bien même leurs résultats tardent à devenir assez satisfaisants pour prétendre à l’orientation qu’ils souhaitent vraiment. C’est aussi une « leçon de vie » pour eux, qui permet d’éviter un travers de plus en plus destructeur dans notre société : le déni. C’est à ce prix qu’une relation de confiance peut s’établir entre les élèves dont j’ai la charge et moi : quand ça fonctionne, ils apprennent à repérer les erreurs qu’ils ont pu commettre dans leur façon de travailler et font appel à moi pour l’améliorer. L’erreur est positive pédagogiquement ! 

 

Malheureusement, l’injonction ministérielle à fluidifier les parcours ne laisse aucune place à l’erreur, ce qui va menacer, au nom de l’ « éducation à l’orientation », le reste de la relation pédagogique établie par les professeurs principaux avec des élèves qui, je le répète, sont des élèves généralement en difficulté sur le plan du travail scolaire.

Novlangue administrative et orientation scolaire

IV- Des exigences néfastes au sein de l’école et pour l’ensemble de la société

Cette recherche illusoire d’une orientation « zéro défaut » a des répercussions négatives pour tous les acteurs, mais aussi des conséquences sociales désastreuses pour le « marché du travail ».

 

1) Une surcharge de travail et de stress pour les enseignants

Alors que l’éducation à l’orientation est soi-disant prioritaire pour l’éducation nationale, les CIO et les Copsy sont gentiment poussés vers la porte de sortie du MEN, cherchez l’erreur ! 

 

Pourtant ces personnels formés dans les deux domaines indispensables à une orientation bien vécue, c’est à dire la connaissance du système éducatif et de ses rouages, ainsi qu’en psychologie, sont les meilleurs interlocuteurs pour définir sereinement une orientation. De plus ces personnels n’ont pas de lien hiérarchique direct avec les chefs d’établissement, ce qui les met relativement à l’abri de leurs pressions.

 

La conséquence pour les professeurs principaux est évidente : il leur est demandé d’intervenir dans un champ qu’ils maîtrisent médiocrement, tout en endossant un rôle ambigu, car ils peuvent être perçus comme juge et partie dans les décisions d’orientation des élèves. Les taux de redoublement étant scrutés par les autorités académiques, les chefs d’établissement répercutent cette exigence auprès des professeurs principaux, qui sont donc encore en moins en mesure d’apporter un conseil objectif aux élèves. 

 

2) Une pression économique intériorisée par les familles dans un « dialogue » faussé

Les familles qui croient à la promotion sociale via l’école considèrent que la filière générale est la voie idéale pour leurs enfants, et sont donc réticentes à renoncer à cette orientation. Pour ces familles, le niveau de qualification est perçu comme un bouclier contre le chômage, et la préparation d’études longues est un sacrifice qu’elles sont prêtes à faire pour garantir un meilleur avenir à leurs enfants. Les statistiques leur donnent raison : plus le niveau de qualification est élevé, moins le taux de chômage l’est.

 

Cependant, dans les cas où le dialogue s’établit entre le professeur principal et la famille, afin de discuter de l’orientation future de l’élève, il s’agit, comme cela a été dit précédemment d’élèves pour lesquels cette « voie royale » apparaît comme compromise. La fonctionnalité économique de l’école n’est pas remise en cause pour autant du point de vue de la famille, mais il en résulte une pression accrue sur l’élève, pour qui la « bulle protectrice » du monde scolaire explose, pour le confronter directement à une exigence de « réussite », seule protection possible face à la menace du chômage. Or, le niveau du chômage pour les salariés dont le niveau de qualification est inférieur à bac+3 contredit cette croyance, et il s’avère que, comme dans la grande majorité des secteurs, c’est l’intégration dans des réseaux qui va primer pour l’intégration professionnelle, d’où la réussite des filières d’apprentissage, qui sont une opportunité d’amorcer la mise en place de ce réseau quand le niveau de qualification ne fait pas du salarié un travailleur pour lequel il y a une forte demande. 

 

3) La réussite de tous les élèves contre le progrès social ?

Si on admet la fonctionnalité purement économique de l’école, il paraît donc raisonnable de privilégier l’orientation vers l’apprentissage pour les élèves qui s’orientent vers des filières courtes. Pourtant, alors que la fonctionnalité économique est implicitement admise par les consignes de l’atelier, on nous conseille de pratiquer les passerelles en-dehors de l’apprentissage, dans le but affiché que tous les élèves obtiennent un diplôme, c’est à dire un niveau de qualification reconnu.

 

Le premier problème posé est celui de la crédibilité des diplômes préparés. Comme cela a été vu précédemment la pression bureaucratique exercée par le ministère influe largement sur les taux de réussite aux examens. Puisque l’objectif est la sortie de tous les élèves du système scolaire avec un diplôme, nul doute qu’on va finir par y arriver… Il va cependant en résulter une hiérarchie accrue parmi les formations dispensées : certaines filières professionnelles dispenseront une qualification totalement « démonétisée », ce qui va mécaniquement augmenter le recours à l’apprentissage pour ces qualifications. D’ailleurs les conseils régionaux, dont le nôtre en PACA, font du développement de l’apprentissage leur priorité, en mettant à la disposition de CFA privés des campus financés par la collectivité. La « réussite de tous les élèves » a donc pour premier effet pervers de créer, de fait, des « filières-poubelles » dans le système de formation initiale.

 

Le deuxième problème que cela pose est plus large encore. À l’heure où le chômage de masse est profondément ancré dans le fonctionnement de l’économie, à quoi peut bien servir cette priorité accordée au diplôme pour tous ? En tout cas, pas à garantir le plein-emploi pour les diplômés… Je propose une interprétation de cette stratégie ministérielle, que j’ai trouvée chez Nico Hirtt : il s’agit d’assouplir le marché du travail au bénéfice du patronat. En effet, avec 100 % de diplômés et un tel niveau de chômage les prochaines générations ne pourraient plus bénéficier de la protection d’un statut ou de conventions collectives, protections déjà sérieusement mises à mal depuis 30 ans. La « réussite de tous les élèves » a donc pour deuxième effet pervers de précariser tous les salariés diplômés. Ainsi la « réussite de tous les élèves » accompagne parfaitement la loi El-Khomri...

 

4) Des adolescents violemment confrontés à une pression socio-économique inacceptable

Il paraît nécessaire de revenir à la conception de notre mission éducative. En tant que travailleur de l’éducation je considère que mon rôle est de favoriser au maximum l’épanouissement de futurs adultes autonomes et libres, indépendamment des contraintes économiques et sociales qu’ils vont subir.

 

C’est pourquoi je suis attaché à un certain nombre de principes dans ma pratique professionnelle, que je mets en œuvre dans la mesure du possible : 

  • Respecter le droit à l’erreur des élèves dans tous les domaines, 

  • Protéger des mineurs sous ma responsabilité des pressions économiques, ce qui est un droit qu’on peut lier à la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, mais qu’il faut défendre.

  • Protéger le droit à une scolarisation sûre et de qualité pour tous les élèves

 

Exercer des pressions sur des adolescents pour les obliger à faire des choix d’orientation dont la portée dépasse souvent leur capacité de projection heurte de plein fouet ces principes. Je considère que je ne suis pas dans mon rôle d’éducateur quand je contrains un élève à s’orienter alors qu’il n’est pas prêt à le faire, l’« éducation à l’orientation » ne fait pas partie de l’éducation, selon moi.

 

Cette position de principe ne m’empêche pas de répondre à mes obligations de service dans ce domaine. 

 

Il me semble cependant que, même pour les personnes qui adhèrent à la dimension éducative de l’orientation, deux questions se posent :

1- Peut-on faire reposer le destin économique d’une personne sur une décision prise entre 14 et 17 ans, sous la pression d’événements défavorables ?

2- Peut-on faire reposer l’équilibre des filières du système de formation initiale sur des décisions prises par des adolescents de 14 à 17 ans, sous la pression d’événements défavorables ?

 

« Associer les élèves à la construction de leur parcours scolaire » c’est en réalité les rendre responsables de leur échec, et donc accroître la pression exercée sur eux par l’institution scolaire, alors que celle-ci a failli à honorer leur droit à l’instruction. Au-delà, toute la rhétorique de l’individualisation des parcours participe de ce processus d’isolement des élèves qui connaissent des difficultés. On baigne en pleine idéologie victorienne sur la responsabilisation des pauvres. Parce que c’est en majorité d’enfants issus de familles pauvres dont on parle.

D’autre part, non contente d’exercer cette pression psychologique, l’institution scolaire fait du « dialogue » entre l’élève en difficulté et le professeur principal le réceptacle des tensions internes propres à l’organisation du système scolaire : faire reposer les équilibres du système de formation initiale sur ce faux dialogue est proprement suicidaire ! 

 

V- Qu’est-ce qu’un projet dans l’Éducation nationale ?

J’aborde ici le dernier problème de ces « ateliers », qui sont censés préparer ce qu’on désigne sous le terme de « projet d’établissement ». Naïvement peut-être, je pars du principe que définir un projet est une initiative dont l’impulsion vient des gens qui vont agir afin de réaliser ce projet. Le dictionnaire Larousse définit d’ailleurs le projet comme « but qu’on se propose d’atteindre », donc j’aurais tendance à considérer que notre projet d’établissement est le but que nous nous fixons de la façon la plus consensuelle possible, afin qu’on le mette en œuvre tous ensemble. Je pense en tout cas que c’est ce sens que chacun attribue à ce que doit être, en toute logique, un « projet d’établissement ».

 

Quand avons-nous discuté, tous ensemble, du but que nous cherchons à atteindre collectivement ? 

 

Pour en avoir discuté avec un certain nombre de collègues, les termes utilisés pour désigner les thématiques des ateliers, mais aussi parfois les pistes à explorer dans ces thématiques, j’ai l’impression que mon incompréhension par rapport au vocabulaire bureaucratique utilisé est partagée par beaucoup d’entre eux.

 

Comment s’explique un tel hiatus ? En préparant l’atelier auquel j’allais participer, j’ai fait ce que j’ai fait quand je suspecte les élèves d’avoir fait des copiés/collés dans des travaux qu’ils m’ont rendus, et j’ai donc tapé ces phrases improbables sur un moteur de recherche, et j’ai retrouvé les intitulés de mon atelier dans le « projet académique »…

 

Je ne m’attarderai pas sur la validité d’un tel oxymore (comment diable pourrait-on convenir, à l’échelle de l’académie d’Aix-Marseille, d’un projet dont le but est fixé par ceux qui vont le mettre en œuvre?), mais sur la place de ce « projet académique », et l’utilisation qui est faite du « projet » dans le cas présent, qui s’appuie, en fait, sur un autre sens du mot projet. En effet, si on lit toutes les définitions possibles du mot « projet » dans le dictionnaire Larousse, on se rend compte, qu’on peut aussi considérer qu’un projet est « une étude de conception de quelque chose, en vue de sa fabrication », qui est la seule définition possible du mot qui colle avec une initiative qui ne vient pas des gens qui vont véritablement mettre en œuvre le « projet ».

 

Car pour le rectorat, pour le ministère dans son ensemble, le « projet éducatif », ou le « projet d’établissement » n’est pas considéré comme une initiative conçue par les acteurs de terrain, afin de mener au mieux leur mission d’éducation, mais comme un cadre contraignant pour un processus de « fabrication ». C’est pourquoi il est essentiel de fixer, par avance, les cadres bureaucratiques, à l’intérieur desquels nous allons « produire » : ainsi tous nos « projets pédagogiques» doivent intégrer cette grille pré-établie, afin d’être validés administrativement, étape indispensable pour recevoir les moyens de les mettre en œuvre.

 

Ce problème sémantique est un malentendu majeur qui contribue à obscurcir le sens de notre métier, ainsi qu’à dégrader la qualité des enseignements, tout en accroissant les inégalités entre les établissements. 

 

En effet, pour que les « projets d’établissement » entrent tous dans une grille pré-définie à une échelle beaucoup plus large, il faut que celle-ci soit assez générale pour permettre un maximum d’adaptations locales, ce qui explique le vide de sens concret de beaucoup des « axes », des « objectifs » et même des « pistes à explorer ». Une fois fixé les lignes de force du cadre contraignant, c’est aux équipes, localement, de voir comment adapter leurs pratiques quotidiennes, ou au minimum la description administrative de ces pratiques, afin qu’elles entrent dans les « cases » du projet général. Dans la mesure où les dotations des établissements en moyens d’enseignement sont de plus en plus conditionnées par les « projets », ce processus est très contraignant. Donc, dans le cadre de ces prescriptions générales, tel établissement de centre-ville bourgeois va accentuer les processus de sélection scolaire, tel établissement de l’éducation prioritaire va mettre l’accent sur le « socle » et la « sociabilité », le tout étant légitimé par l’adoption « démocratique » du « projet d’établissement » par le CA.

 

Ces prescriptions contraignantes sont à l’opposé de l’interprétation la plus répandue du « projet » parmi les enseignants, que l’on conçoit comme une marque d’autonomie véritable des acteurs : un enseignant élabore un « projet pédagogique » pour faciliter l’apprentissage des élèves de sa classe.

 

La collision entre ces deux conceptions, incompatibles, du même terme est inévitable. Pourtant cette polysémie du mot « projet » nous empêche de comprendre la nature de l’affrontement hiérarchique qui est à l’œuvre dans le cadre des « projets d’établissement » ou des « projets d’école ».

 

C’est pourquoi il me semble préférable de nous débarrasser de ce terme ambigu :

- ce que le ministère désigne sous l’appellation de « projet » est en réalité un « plan », à la rigueur un « plan d’action ». Ça rappelle un peu Staline, mais c’est comme ça… Ainsi nous discutons actuellement entre collègues, de la « stratégie d’adaptation de l’établissement au plan d’action académique ».

- ce que les acteurs de terrain désignent sous l’appellation de « projet » est plutôt une « démarche pédagogique », dont il est évidemment essentiel de discuter démocratiquement vers où elle tend.

 

À bas le projet ! Vive la pédagogie !

Novlangue administrative et orientation scolaire
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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 06:35

C'est une décision assez rare qu'a prise Jean Ortiz de refuser la médaille de la ville de Pau. Universitaire, membre du Parti communiste et du Front de Gauche, Ortiz est le fils d'un combattant républicain de la Guerre civile espagnole, puis membre de la Résistance française. Il a beaucoup écrit sur Cuba et les Républicains espagnols.

 

Personne n'étant parfait, Ortiz est un fervent défenseur de la tauromachie. Il a dirigé un ouvrage collectif sur le sujet, Tauromachies en Amérique latine, Paris, Atlantica 2004.

 

C'est tout naturellement que le collectif de culturAmerica avait songé à le faire récompenser lors de son festival qui se tiendra fin mars. Ils proposé à François Bayrou de remettre à Ortiz la médaille d'or de la ville. Ortiz a décliné cette récompense et vient d'en aviser le maire de la ville.

 
Quand un citoyen militant refuse une médaille

 

« Cette médaille d’or, ou de chocolat, de la Ville... Encore faudrait-il qu’elle m’aille... Et en ces temps d’austérité, gaspiller l’or à Pau serait mal vu par M. Macron, grand ordonnateur jadis des ors rothschildiens ».

 

Je remercie mes amis et la Mairie, mais je ne puis accepter aucune médaille. D’abord, je n’aime pas le chocolat. Et plus sérieusement, je ne puis concevoir de recevoir une médaille pour un engagement altruiste de militant. Nous, les militants, nous sommes plus rompus à recevoir des coups que des louanges. D’ailleurs, mon vieux père guerrillero me disait : « Attention, lorsqu’on te loue, il y a un loup. Tu n’es pas sur le bon chemin. 

En revanche, en guise de médaille, j’aimerais, je vous le redis, que vous donniez le nom de « rue des Républicains espagnols » ou « rue de la IIe République espagnole » à une rue de Pau, et si possible la rue du Hédas [une rue du vieux Pau], compte tenu de l’histoire locale. Je suis prêt, à cette occasion, à vous remettre un drapeau républicain espagnol. »

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 06:34

Le blog de Canaille le Rouge évoque l’assassinat de Pierre Sémard à l’instigation de Vichy :

 

« Il y a 75 ans, le 7 mars 1942, le patronat français et la droite pétainiste faisait exécuter Pierre Sémard par les nazis. Le 1er janvier 1938, lors de la création de la SNCF, seule nationalisation du Front Populaire, il devient l’un des 4 administrateurs salariés. 11 mois plus tard il sera révoqué de son poste en décembre 1938 pour avoir appelé à la grève contre les décrets- lois Daladier de novembre 1938. Pour s'en débarrasser le gouvernement au prix de provocations, cabales et diffamations engage une phase supplémentaire de répression. Ce gouvernement, issue de la même majorité qu'en 36, pour servir ce qui sera la bourgeoisie collaboratrice française emprisonne Pierre Sémard le 20 octobre 1939. Après deux ans et demi de prison, le gouvernement de Pétain le livre à l’occupant nazi. Le 7 mars 1942, à Evreux, Pierre Sémard tombe sous les balles d’un peloton d’exécution.

 

La fédération CGT poursuit ainsi dans son communiqué :

 

« Cet acte, qui visait à museler et soumettre au joug des nazis la corporation et la fédération clandestine, va à l’inverse renforcer les cheminots dans leur résistance, leur combat revendicatif jusqu’à la grève générale et l’insurrection en 1944. »

 

 

Revue de Presse (197)

 

Très engagé dans la vie politique picarde, François Ruffin revient dans Fakir sur l’affaire Whirlpool : « En 1989, Whirlpool (alors Philips) comptait 38 usines dans l’Europe des douze. Il lui en reste aujourd’hui sept dans l’Europe réunifiée.

 

Des « économies d’échelle », se félicite le PDG. Et grâce à quoi ? Au transport pas cher. Qui rend les délocalisations rentables.

 

C’était le premier plan social que je suivais, en 2002, chez Whirlpool. Les lave-linge partaient d’Amiens pour Poprad, en Slovaquie, avec 360 emplois en jeu. A la conférence de presse, les syndicats racontaient des histoires de « Livre 4 », de « comité d’établissement », « d’hygiène et de sécurité », j’avais pas tout compris.

 

Le prétexte, selon le directeur de l’entreprise, était qu’ « en déplaçant notre production vers l’Europe centrale, on se rapproche de nos marchés ». Délocaliser ne semblait, dès lors, que justice : puisque ce sont les Tchèques, les Polonais, les Bulgares, qui achètent, comment s’étonner qu’ils héritent aussi des emplois ? Certes. Sauf que, à l’époque, 70% des lave-linge fabriqués à Amiens (plutôt du haut de gamme) étaient vendus en France. Et les 30% restants, au Bénélux, en Allemagne, en Italie, etc. Désertant pour la Slovaquie, la multinationale s’éloignait de ces marchés, plus qu’elle ne s’en « rapprochait ».

 

Une autre variable jouait, évidemment : la « masse salariale ». Et là, les ouvriers picards « manquaient de compétitivité » : eux s’engraissaient avec leurs 1 000 € par mois, tandis que les travailleurs slovaques acceptaient, d’après les documents, des « salaires dix fois moins élevés »... Sans compter des cotisations maladie, directement payées par l’Etat. Au final, en France, la main-d’œuvre représentait 12% de la valeur d’un lave-linge. Contre 2% en Slovaquie.

 

 

Rappelant qu’en 2016 il y avait ainsi sur terre 7,377 milliards d’abonnements de téléphonie mobile pour 7,4 milliards d’humains, Le Monde cite une étude de la revue Cyberpsychology, Behavior and Social Networking sur la manière dont les téléphones portables nous parlent de notre personnalité : « Si vous passez des heures à regarder des vidéos de chatons sur YouTube, si vous entendez sonner ou sentez vibrer votre portable dans votre poche alors qu’il est éteint, si Facebook est votre meilleur ami, si vous êtes incollable sur les sextapes de starlettes et de footballeurs, bref, si vous avez oublié l’époque où il fallait mettre des pièces dans une cabine téléphonique pour appeler dans la rue ou bien celle où l’on envoyait une carte postale avec des mots écrits au stylo pour donner de ses nouvelles, si vous ne parvenez pas à lire une phrase aussi longue que celle-ci parce que vous ne pouvez plus vous concentrer plus de trois secondes, ce journal parle de vous.

 

 

Pour vous détendre, je ne saurais trop vous recommander d’écouter la chanson “Flexible” par le groupe Les Douceurs.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:36

 

Le bimensuel change de format mais est toujours aussi indispensable et stimulant.

 

Dans son éditorial, Paul Ariès fait le point sur les débats économiques et sociaux qui concernent directement les travailleurs : robots, revenu universel, réduction du temps de travail, gratuité.

 

Éva Lacoste lance un signal d’alarme à propos des réfugiés climatiques : «Inondations, tempêtes, montée des eaux obligent déjà des millions de personnes à se déplacer. De nouveaux flux migratoires s’annoncent, et les premiers touchés seront les plus pauvres. Au moins 18 îles ont été submergées, principalement dans l’océan indien. Mais nul n’est à l’abri d’un phénomène qui se présente comme le défi majeur du XXIe siècle. »


 

Les Zindignés n° 41

La même Éva Lacoste nous parle de la Roya, vallée de la dolidarité : « Entre frontière italienne et Pays niçois, des habitants ont fait le choix de la résistance et prennent le risque de poursuites judiciaires. Ils assistent et accueillent des hommes, des femmes, des enfants dans la souffrance et le dénuement, qui ont fui les guerres, violences et oppression. Tout simplemenbt par devoir d’humanité, parce qu’il faut tendre la main. »

 

Faut-il avoir peur des robots ? « On nous dit que les robots vont détruire 3 millions d’emplois en France, 18 millions en Allemagne. Les Zindignés (Jean Gadrey) proposent deux épisodes marquants de la longue histoire des mythes sur la fin du travail humain balayé par d’implacables technologies. »

 

Michel Husson évoque les débats sur la productivité et ses paradoxes, ainsi que sur un nouveau modèle social à inventer : « Les discours prophétiques sur les destructions d’emplois ne datent pas d’aujourd’hui. On a eu droit au même refrain avec la “nouvelle économie” au début de ce siècle puis avec les prédictions sur la “fin du travail” de Jeremy Rifkin. »

 

Paul Ariès s’entretient avec le sociologue Raphaël Liogier, auteur de Sans emploi. Les échecs à répétition des politiques de l’emploi reflètent le refus d’accepter l’irrésistible réduction de la part du travail humain dans le système de production. Pour Liogier il est urgent de revoir de fond en comble nos conceptions du revenu, du travail, de la production, de la propriété, de la solidarité et de la fiscalité. Á noter que Liogier considère l’allocation universelle comme « salutaire ».

 

Yvon Quiniou s’intéresse au « cas Onfray », un »véritable phénomène médiatique, nourri par ses succès de vente qui prouvent qu’il intéresse.

 

Pour Florent Bussy, le droit international fait preuve d’« errances ». Il estime que, malgré ses imperfections, la Cour Pénale Internationale « constitue une pierre pour l’édification d’un droit qui soit à la hauteur des défis de notre temps, où l’humanité pourraity devenir le sujet de sa propre Histoire. »

 

Thierry Bruvin explique pourquoi l’humain est déterminé par la société. En mariant Marx et Freud, il faut se demander pourquoi « la structure psychologique des êtres humains détermine en partie les structures sociétales », même si ces structures n’évoluent pas à la même vitesse.

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 06:45

Pour Perry Anderson, il faut être très vigilant par rapport au bouillonnement antisystème :

 

« Pas de flonflons pour célébrer le soixantième anniversaire du traité de Rome et du Marché commun, le 25 mars. La bannière européenne a perdu son éclat, tant les politiques de l’Union se sont révélées désastreuses. Partout ont fleuri des mouvements antisystème. Dans quelques pays, ils se situent résolument à gauche. Mais nombre d’entre eux font de la xénophobie leur fonds de commerce. »

 

 

En banlieue, on est autoentrepreneur faute de mieux (Hacène Belmessous :

 

« Au terme du mandat de M. François Hollande, les espoirs ont cédé place à la désillusion dans les banlieues populaires : les relations avec la police se sont détériorées, les inégalités scolaires demeurent abyssales et le chômage atteint des sommets. Exclus du marché du travail, nombre de jeunes issus de l’immigration aspirent à « créer leur boîte ». Les discriminations servent alors de carburant à l’idéologie patronale. »

 

 

Serge Halimi dénonce de nouveau l’acharnement européen :

 

« Consultés directement, les peuples occidentaux rejettent le libre-échange ; le Parlement européen vient pourtant de voter un nouveau traité — cette fois avec le Canada. Ses principales dispositions s’appliqueront sans attendre l’éventuelle ratification des Parlements nationaux. Une deuxième expérience aurait instruit des imbéciles, même endurcis. Saignée depuis mai 2010 par les « remèdes » de cheval de l’Eurogroupe, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, la Grèce est proche d’un nouveau défaut de paiement. Des seringues mal nettoyées se succèdent pourtant dans son corps labouré d’ecchymoses, en attendant que la droite allemande décide d’expulser Athènes de l’hôpital-caserne de la zone euro. Un dernier exemple ? Les budgets sociaux sont sous tension dans plusieurs États de l’Union, qui déjà rivalisent d’imagination pour moins payer les chômeurs et cesser de soigner les étrangers. Au même moment, tous semblent néanmoins s’accorder pour augmenter les crédits militaires, afin de répondre à... la « menace russe », bien que le budget de la défense de ce pays représente moins du dixième de celui des États-Unis. »

 

 

Pierre Rimbert s’étonne que les Britanniques mangent des salades qui ont fait 9 000 km en avion :

 

« Panique à Londres : au début du mois de février, plusieurs chaînes de supermarchés rationnaient les laitues iceberg, une variété aux feuilles fermes et croquantes dont les Britanniques raffolent. « Nous limitons les achats à trois par personne », indiquait un panneau laconique posé sur les rayons de l’enseigne Tesco. « Hier, sur le site de petites annonces Gumtree, un homme vendait pour 50 livres sterling un carton de laitues qui en coûte normalement 5 », s’alarmait le Telegraph (3 février 2017) dans un article au titre évoquant les heures sombres du Blitz : « Apparition d’un marché noir de la laitue dans un contexte de pénurie nationale de salades ».

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (104)

Pour Bruno Amable, la majorité sociale est une minorité politique :

 

« Étrange démocratie française : depuis trente-cinq ans, les programmes des grands partis de gouvernement ne correspondent pas aux attentes économiques des classes populaires, qui représentent pourtant plus de la moitié du corps électoral. Contrairement aux idées en vogue sur l’effacement des clivages idéologiques, les aspirations des ouvriers et des employés dessinent un bloc social de gauche. »

 

 

 

Romain Pudal décrit les pompiers français confrontés à la misère :

 

« Les pompiers – majoritairement de jeunes hommes blancs peu diplômés – sont en contact permanent avec les plus défavorisés. Ils assistent depuis une vingtaine d’années à la dégradation simultanée de leurs conditions de travail, sous l’effet des politiques de rigueur, et des conditions de vie de ceux qu’ils aident. Avec des conséquences politiques dont les progressistes peinent à mesurer l’ampleur. »

 

 

Mona Cholet se méfie du revenu garanti :

 

« Après s’être laissé séduire par les militants de longue date du revenu de base en France, qui l’ont convaincu de promouvoir cette mesure, le candidat socialiste Benoît Hamon a confié ce dossier à l’économiste Julia Cagé. Comme Thomas Piketty, également membre de l’équipe de campagne de M. Hamon, celle-ci propose de cette idée une version vidée de sa substance. Quel effet aura cette campagne sur l’avenir du revenu garanti, projet qui continue de diviser la gauche ? »

 

 

Pour François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, Emmanuel Macron est un homme neuf habillé de vieux habits :

 

« Étroitement associé à la politique économique du président François Hollande, le candidat du mouvement En marche ! se présente pourtant comme un homme « hors système », loin des partis et des coteries. Cautionnée par la presse, la métamorphose de M. Emmanuel Macron en évangéliste politique masque mal la trajectoire banale d’un technocrate dont l’entregent lui a permis de brûler les étapes. »

 

 

Les Maghrébins du Québec sont de plus en plus désenchantés (Akram Belkaïd) :

 

Accueillis par la Belle Province parce qu’ils sont diplômés et qu’ils parlent français, les immigrés originaires d’Algérie, du Maroc et de Tunisie rencontrent d’importantes difficultés pour échapper au chômage ou pour trouver un emploi correspondant à leurs compétences. Le débat tendu et récurrent autour de la question identitaire et l’attentat contre une mosquée de Québec en janvier ont aggravé leur mal-être. »

 

 

Oû en est la situation des réfugiés en Allemagne après deux ans (Olivier Cyran) ?:

 

« Avec l’entrée en scène de M. Martin Schulz, candidat du Parti social-démocrate à la chancellerie contre Mme Angela Merkel, l’Allemagne s’installe dans la campagne pour les élections fédérales de septembre prochain. Les questions liées à la politique migratoire y occupent une place importante, tant l’accueil dans le pays de plus d’un million de réfugiés depuis deux ans a polarisé la société. »

 

 

Michel Le Bris a relu Jack London :

 

« Jack London (1876-1916) aura longtemps souffert des étiquettes qu’on lui a accolées : cette figure d’auteur héros de sa vie, durablement minorée comme romancier pour enfants (« Croc-Blanc »…), fut également et vigoureusement célébrée en tant que modèle d’écrivain engagé. Or il conjugua toutes sortes de contradictions. Bien plus qu’un idéologue, il fut, obstinément, au service d’une œuvre qui cherchait à dire les forces du vivant. »

 

 

Pour Frédéric Le Marcis, « Les maladies du Nord migrent en Afrique.

 

« Signe des profondes transformations à l’œuvre en Afrique, les maladies dites « de pays développés », comme le diabète ou les défaillances cardio-vasculaires, se répandent dans la plupart des États du continent. Si les nouvelles habitudes alimentaires sont aussi en cause, cette dégradation de la santé des populations trouve sa source dans l’urbanisation accélérée et les pratiques de l’agro-industrie. »

 

 

Et si les écrivains wolof écrivaient en wolof, suggère Bobacar Boris Diop :

 

« La promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique figure en tête des missions de l’Organisation internationale de la francophonie. Écrivain sénégalais d’expression française, Boubacar Boris Diop écrit également en wolof depuis 2003. Il interpelle les auteurs africains : Prenez la francophonie au mot ! Défendez aussi les langues du continent noir ! »

 

 

Les autorités russes fêtent la révolution de 1917 très discrètement (Korine Amacher) :

 

« Le centenaire de la révolution de 1917 embarrasse les autorités russes, qui se félicitent de son retentissement mondial mais exècrent toute idée de renversement du pouvoir. Les rares commémorations doivent être l’occasion de réaffirmer l’importance de l’unité nationale, antidote à la lutte des classes. Les événements organisés en marge du cadre officiel pourraient cependant infléchir ce récit. »

 

 

Comment se débarrasser des robots-tueurs (Édouard Pfimlin) ?:

 

« Les premières discussions formelles des Nations unies pour interdire l’utilisation des systèmes d’armes létaux autonomes doivent se tenir l’été prochain à Genève. Sans un consensus pour encadrer les développements de l’intelligence artificielle en matière d’armement, la réalité pourrait bientôt rejoindre les fictions où sévissent des machines capables de tuer sans intervention humaine. »

 

 

Christophe Ventura note que la droite reprend du poil de la bête en Amérique Latine :

 

« Il s’en est fallu de peu qu’en Équateur le candidat de la gauche soutenu par l’ancien président Rafael Correa l’emporte au premier tour. Il n’en reste pas moins qu’en Amérique latine la droite gagne du terrain, y compris lorsqu’elle s’en remet aux rouages démocratiques qu’elle avait par le passé travaillé à discréditer. Rencontre avec l’un des artisans de ce renouveau stratégique. »

 

 

Pour les dirigeants chinois, la Chine sera une démocratie quand le peuple sera mûr (Jean-Louis Rocca) :

 

« À Pékin, la presse officielle a ironisé sur les élections américaines et leur contestation aux États-Unis mêmes. Une occasion de vilipender le système politique occidental. Si nombre d’intellectuels chinois débattent des voies démocratiques à imaginer pour leur pays, ils estiment que le peuple n’est pas prêt. Une réflexion qui n’est pas sans rappeler celle de certains politistes français. »

 

 

Pékin est devenue une scène rock (Léo de Boisgisson) :

 

« Fini le temps où les jeunes amateurs de musique occidentale devaient s’échanger sous le manteau les disques des groupes venus d’Europe ou d’Amérique. Les rockeurs les plus en vue sont désormais chinois et se produisent parfois sur les scènes internationales. Devenus très créatifs, ils découvrent les joies du marché sans être toujours à l’abri de la censure. »

 

 

Alain Garrigou narre une vieille histoire qui nous fait penser à une autre très récente :

 

« Le châtelain et la châtelaine. Si nous faisions la part de nos faveurs, le comte aurait nos voix, la comtesse nos cœurs », disait une brochure électorale du comte Joseph Dominique Aldebert de Chambrun, en Lozère, sous le Second Empire. L’essor de la démocratie parlementaire au XIXe siècle n’a pas convaincu les nobles d’abandonner la politique. Ces anciennes élites, souvent monarchistes, s’employèrent à être élues sous la république. Elles habitaient le château familial, plus ou moins constamment, et prétendaient avoir une légitimité naturelle à représenter les gens de leur pays. L’attachement de populations locales et rurales aux notables faisait de leur élection la « ratification de l’autorité sociale évidente », non sans qu’ils dépensent et se dépensent pour la communauté : gérer la mairie, accomplir les formalités administratives d’une population souvent illettrée, tenir un compte pour les pauvres chez les commerçants, pourvoir aux œuvres de bienfaisance de la paroisse. »

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 06:23

Dans le cadre de la polémique suscité par les propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation génocidaire, N. Krim, dans Le Grand Soir, écrit ceci :

 

« Nous avons amené la civilisation par effraction. » Encore un euphémisme ! La colonisation œuvre civilisatrice en Algérie ? Parlons-en ! Quelle civilisation la France a-t-elle apportée à l’Algérie ? En 1830 – arrivée des Français – la population de l’Algérie était estimée, selon diverses données de l’époque entre 9 et 10 millions d’habitants. Le Bulletin des Lois de 1856, avançait le chiffre de 2330 000 «indigènes» (Algériens). En prenant uniquement l’estimation la plus basse en 1830, selon d’autres sources, de trois millions d’Algériens, et celui de 1856, 2 330 000 «indigènes », nous avons donc 670 000 personnes manquantes. Où sont-elles passées ? En 1962 la population totale de l’Algérie était de 11 690 000 habitants (dont un million d’Européens). En janvier 2016, la population algérienne a dépassé les 41 millions d’habitants. Ce qui veut dire que la population algérienne avait stagné durant 132 ans, alors qu’elle a plus que quadruplé en 54 ans. A l’indépendance, l’espérance de vie des Algériens était de 47,04 ans. Elle est évaluée à 75,34 ans en 2016. Entre 1900 et 1960 la peste, le choléra, la gale, les poux, induits par l’extrême pauvreté de la population, tuaient en masse les Algériens. Ces pandémies ont totalement disparu d’Algérie dès les années 1970. Ce sont celles-là les réalités des bienfaits de la colonisation : jusqu’à 1882 (52 ans après l’arrivée des Français) la scolarisation des musulmans était nulle, en 1921 on ne comptait que 84 garçons, d’âge scolaire, sur 1 000 à être inscrits dans une école. Ce chiffre tombait à 7 sur 1 000 pour les filles. Une seule petite université de 500 places pour les seuls colons. Pour faire des études supérieures, les Algériens étaient contraints d’aller à l’étranger. En 2016, il y a plus de 50 universités et une trentaine de grandes écoles en Algérie avec plus de 2 millions d’étudiantes et d’étudiants.

 

 

L’allocution de François Ruffin aux Césars (reprise par de nombreux médias) a fortement marqué les esprits : « Mon film, il parle d’une usine qui part en Pologne et qui laisse derrière un paquet de misère et un paquet de détresse. Et au moment où je vous parle, c’est une usine d’Amiens, qui s’appelle Whirlpool, qui fabrique des sèche-linges, qui subit la même histoire puisque maintenant ça part là aussi en Pologne. Ça fait maintenant trente ans que ça dure dans l’ameublement, dans le textile, dans la chimie, dans la métallurgie, ainsi de suite. Pourquoi ça dure depuis trente ans ? Parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés, et donc on n’en a rien à foutre. Si c’étaient des acteurs qui étaient mis en concurrence de la même manière avec des acteurs roumains, ça poserait problème immédiatement. Si c’étaient des journalistes, quand on touche à l’avance fiscale des journalistes, ça fait des débats. Mais imaginons que ce soit les députés, qu’on dise que les députés ne sont pas assez compétitifs. Un député français coûte 7610 euros par mois, un député polonais coûte 2000 euros par mois. Mais imaginons qu’on dise : demain, il faut délocaliser l’hémicycle à Varsovie. »

 

 

Dominique, un des lecteurs suisses du Grand Soir, explique comment son pays a vendu toutes ses données sensibles à de grandes sociétés étasuniennes : « En Suisse notre administration pléthorique a simplifié le problème : l’ensemble de l’informatique de la Confédération est gérée par une société étrangère, IBM. Nous savons tous, grâce à des affaires comme Snowden ou Wikileaks, que l’ensemble des géants étasuniens sont parties prenantes dans cette entreprise globale d’espionnage et de scannage de nos données qu’est Big Data. Big Brother est mort, vive Big Data.

 

Nous savons par ailleurs que la Confédération collabore avec le Mossad au développement des logiciels utilisés par Big Data, et grâce aux Spy Files 3 de Wikileaks dans l’entité sioniste qui colonise la Palestine. Ce qui implique que les secrets de la Confédération sont bien gardés par des agences comme le Mossad, la CIA ou la NSA.

 

Pendant ce temps, notre même administration fédérale est en train de construire des camps pour y mettre les expatriés étrangers pauvres dès qu’ils se présentent à nos frontières, et dans le même temps, elle offre des procédures accélérées d’admission aux expatriés étrangers riches. »

Revue de Presse (196)
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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 06:45

 

Pour Marianne, Emmanuel Macron n’a pas besoin de chaîne YouTube, il a BFMTV. BFMTV diffuse autant de Macron que de Fillon, Hamon, Mélenchon et Le Pen réunis ! Macron a cumulé 7 heures de meetings sur BFMTV, contre 3 pour Fillon. Les discours de Macron ont été retransmis pendant un total de 426 minutes ces quatre derniers mois, 135 de Jean-Luc Mélenchon. Alors que ses meetings sont nettement plus longs que ceux de ses rivaux, BFMTV s'est toujours refusée à couper les interventions du fondateur d'En Marche. Ce dernier est par ailleurs le seul candidat à compter comme conseiller spécial un ancien haut-gradé de Altice Média, le groupe qui possède BFMTV

 

Le Monde nous parle d'une nouvelle passée presque inaperçue : l’ex-président du FMI Rodrigo Rato a été condamné à quatre ans de prison. L’ex-ministre espagnol de l’économie, figure éminente du Parti populaire (droite) a été condamné dans l’affaire dite des « cartes Black », pour laquelle étaient jugés 65 anciens dirigeants et membres des conseils d’administration de Caja Madrid et Bankia pour avoir détourné 12 millions d’euros grâce à des cartes bancaires non déclarées entre 2003 et 2012.


 

Revue de Presse (195)

Rodrigo Rato plonge avec l'argent détourné...

 

Selon L’Humanité, dans les Hauts-de-Seine, les PMI redoutent une mort subite. Le département le plus riche de France projette de déconventionner les structures de santé préventives destinées aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 6 ans. Les professionnels du secteur s’organisent pour éviter la casse de ce service public.

Depuis quelques années déjà, le conseil départemental dirigé par le député (LR) Patrick Devedjian traîne des pieds. En 2016, il a attendu le mois de décembre pour finalement signer la convention avec la ville pour le financement des PMI. Il a également déjà commencé à réduire le personnel dans les deux PMI départementales, faisant passer le nombre de puéricultrices de 9 à 4,5 et celui d’auxiliaires de puériculture de 10 à 5. Quatre heures de vacations médicales ont aussi été supprimées, ainsi qu’un poste de psychologue. Si la décision de déconventionnement des deux PMI devient effective, elles ne pourront plus fonctionner, avec un impact important sur les habitants. La crainte est aussi alimentée par l’exemple du département des Yvelines, qui doit fusionner avec celui des Hauts-de-Seine : là-bas, le nombre de PMI a fondu de 55 à 22…

 

Selon le Huffington Post, une quarantaine d'employés de l'usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux, ont manifesté le 22 février, devant le ministère de l'Économie à Paris. À l'intérieur de Bercy, une réunion sur l'avenir de leurs emplois avait lieu entre les dirigeants de l'entreprise étasunienne et des responsables du gouvernement.

Le candidat à l'élection présidentielle Philippe Poutou, lui-même ouvrier à l'usine de Blanquefort, était présent parmi les manifestants. Depuis plusieurs mois, les salariés du géant de l'automobile craignent la fermeture de leur lieu de production et le licenciement des 930 personnes en CDI qui y travaillent actuellement. En 2013, Ford s'était engagé au maintien des emplois sur le site pendant cinq ans, engagement conditionnant le versement d'aides publiques.

 

Dans Slate, Laurent Sagalovitsch rend un vibrant hommage à Jacques Brel qui «aimait tous les hommes. Quand il s'est tu, c'est qu'il n'en pouvait plus. Il avait trop donné, il lui fallait s'éloigner de la société des hommes pour permettre à son cœur et à son esprit de respirer et de respirer encore, de bouffer cette vie qui ne sert à rien mais dont on n'est jamais rassasié, cet inlassable combat pour toujours se dépasser, tenter d'aller au bout de ses rêves afin de mourir sans regret. Avant de partir, il est revenu dans la grande ville, il a déposé à nos portes un dernier disque qui a la beauté grave d'une oraison funèbre et l'élégiaque splendeur d'un chant écrit par un homme revenu de tout, fatigué mais assez lucide pour célébrer encore et toujours l'amitié, l'amour, la tendresse, l'infinie compassion d'un poète qui aura passé son existence à consoler le cœur chagrin des hommes. »

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