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7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 06:01

Res Publica constate que Lula l’a emporté sur la violence d’État : « Lula l’emporte face à une organisation de l’État mise en place par Bolsonaro dès son arrivée au pouvoir et basée sur la violence dans tous les sens du terme. 


Violence verbale à l’encontre des minorités, des malades du Covid, des opposants… à l’encontre également de certains homologues du président brésilien dans le monde. Violence sociale envers les plus démunis. 


Violence physique exercée par ses milices dans les favelas, qui passent des accords avec les mafieux et vont jusqu’à obliger des citoyens à aller voter « correctement ». 


Violence menant parfois au crime, quand des militants bolsonaristes n’hésitent pas à tuer pour intimider leurs adversaires politiques. Violence des évangélistes allant jusqu’à s’introduire dans des églises pour s’en prendre aux prêtres catholiques et à leurs fidèles. Violence des mensonges dans les spots publicitaires de campagne. 


Violence contre les institutions avec le vote électronique dénigré, les représentants du Tribunal suprême électoral injuriés et diffamés. 


Violence même contre les forces de l’ordre : à cinq jours du second tour, Roberto Jefferson, ex-député bolsonariste, recevait à coups de fusil et lancers de grenade la police fédérale venue l’interpeller dans sa résidence près de Rio tandis que Bolsonaro dépêchait son ministre de la Justice en personne pour négocier ses conditions de détention !

 

 

Le Grand Soir révèle que – privatisation oblige – EDF a embauché une centaine des soudeurs étasuniens pour réparer ses réacteurs rouillés : « Ces ouvriers de Westinghouse, qui débarquent par dizaines par avions depuis début octobre, sont spécialisés dans les soudures de haute précision que la nucléocratie française ne possède pas, ni la technique de soudage ni les outils. Tous les experts s’accordent là-dessus. Les soudures à réaliser sur des tuyaux du système de sécurité sont si complexes que la répétition des gestes et l’attention à porter exténuent. Mais les ouvriers étasuniens doivent s’adapter aux modifications apportées au fil des années par les ingénieurs d’EDF sur les plans et schémas initiaux achetés à Westinghouse et pour lesquels la France a payé des royalties pendant quatre décennies. Aussi EDF a dû ouvrir un centre d’adaptation-formation pour jouer carte sur table et tenter de retrouver la mémoire des bricolages effectués. C’est que les soudeurs de Westinghouse vont devoir travailler plusieurs mois sur le parc nucléaire vétuste français et ne veulent pas être impliqués dans une catastrophe. »

 

 

L’Obs nous invite à relire La Recherche du temps perdu : « « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, […] mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : “Je m’endors.” Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait. » Une première phrase célébrissime, et voilà c’est parti… Les rituels familiaux à Combray, la clochette du jardin qui tintinnabule quand Swann arrive, la chambre de la tante Léonie (avec une métaphore de deux pages, un morceau de bravoure) et l’épisode de la madeleine, qui arrive au bout d’une centaine de pages. 

 

Revue de Presse (431)

 

Enfin, le site L’1dex nous donne une raison de plus de boycotter la Coupe du Monde de football : « Une enquête de «SRF Investigativ» diffusée mercredi et relayée à l’international révèle que l’État du Qatar aurait espionné de hauts fonctionnaires de la FIFA pendant neuf ans. L’objectif : atténuer les critiques et s’assurer que l’organisation du Mondial, qui lui avait été attribuée en 2010, ne lui échappe pas. »

Ainsi un état souverain, emmené par son principal organe, aurait pendant neuf années consécutives organisé en Suisse, dans ce pays si cher à Ueli Maurer, un système approfondi d’espionnage tendant à l’obtention de l’organisation de la CM 2022 et à l’abandon des critiques contre le Qatar.

Que ces gens-là, nos dirigeants et leurs serviles penseurs, ne viennent plus me dire leur amour du pays, leur fierté souveraine, leur attachement à l’État et autres sempiternelles galéjades s’ils s’évertuent à siroter leur bière, à se gaufrer de chips et de pizzas tièdes, devant leur poste de télévision, gavant encore plus ceux-là mêmes qui nous ont tourné en ridicules par la grâce de leur gaz ou de leur pétrole argentés.

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 06:01

J'ai trois universitaires à la maison. Ayant quitté l'Université il y a une quinzaine d'années pour une retraite bien méritée, j'ai été témoin de profonds bouleversements dans cette institution, tous négatifs, et tous dans le sens d'une démission du corps enseignant – qui a abandonné le pouvoir aux administratifs – et des étudiants pour qui l'Alma Mater est devenu un simple lieu de passage obligé, sans aucune charge émotionnelle ou symbolique.

 

Ci-dessous un article de Jennifer Simoes, repris du site Rapport de force.

 

 

L’explosion des prix de l’énergie et la revalorisation non financée du point d’indice promettent d’enfoncer l’université plus profondément dans la crise. Celles-ci, abîmées par quinze ans de réformes néolibérales et de sous-financement chronique sont le théâtre de vives tensions en interne, où chaque nouvelle réforme vient accentuer la précarité des agents et des étudiants. Dans le sillage des grèves initiées par les raffineurs de Total et d’Esso -ExxonMobil, certains rêvent d’une mobilisation d’ampleur qui permette de rebattre les cartes.

 

 

À L’université de Lille, récemment transformée en établissement public expérimental, une pétition portée par l’intersyndicale FSU, CGT, SUD dénonçait la semaine dernière une rentrée en mode dégradée. Pour compenser l’explosion du prix de l’énergie, ainsi que l’augmentation du point d’indice non financée par l’État, l’établissement envisage de puiser dans son fonds de roulement et de supprimer des postes. Cette pétition peut-elle accoucher d’une mobilisation plus globale, alors que les universités semblent atones ? « Les mobilisations sont difficiles, elles ne se décrètent pas, concède Thomas Alam, enseignant en science politique à l’université de Lille. Cela demande un travail de politisation et c’est ce que permet la pétition : informer les collègues, connaître leurs problèmes, leur faire comprendre les injustices qu’ils vivent… »

 

Mardi dernier, plusieurs syndicats de l’enseignement supérieur avaient appelé à la grève, certains ont défilé aux côtés d’étudiants, d’ouvriers de la chimie ou de la construction dans les rues de plusieurs villes de France, rêvant que les assemblées générales tenues le soir venu transforment un frémissement en soulèvement. Car les raisons d’une mobilisation universitaire ne manquent pas : sélection accrue, précarité des agents en hausse continue, fusions et restructurations qui minent la démocratie universitaire.

 

Pourquoi l’explosion n’a-t-elle pas déjà eu lieu ?

 

« Pour les précaires comme pour les personnes titulaires il y a une impression de marche ou crève,rapporte Estelle, post-doctorante à l’université Aix-Marseille et membre du Collectif Précaires. Quand je demande à des titulaires pourquoi ils ne réagissent pas, alors même qu’ils constatent que rien ne va, ils répondent qu’ils craignent de perdre tel financement, tel poste, au détriment d’un autre département ou d’un autre établissement. » Les propos de cette chercheuse illustrent la mise en concurrence de tous contre tous, accentuée par les différentes réformes visant une autonomie toujours plus grande des établissements. « On est tellement à composer avec des petits morceaux de rien pour essayer de faire que ça marche, qu’on a peur. La brutalité des réformes, on la ressent chaque jour », assure-t-elle.

 

Jean-Luc Schwartz, directeur de recherche au CNRS et membre du collectif « Et Maintenant On Fait Quoi » à l’université Grenoble-Alpes, ne met pas tant l’accent sur la concurrence, que sur une surchauffe générale du fonctionnement universitaire. « On est inondés d’appels à projets en recherche, comme en formation ; il y a des situations hallucinantes où les mêmes enseignants-chercheurs qui n’ont plus les moyens de faire cours normalement doivent en parallèle se bagarrer pour monter un nouveau projet de formation innovant afin de décrocher un projecteur qu’ils n’ont plus les moyens d’acheter. Les collègues sont écrasés de charges et de pressions pour s’adapter à ce monde très désorganisé, de moins en moins vivable. » Pour lui, cette mobilisation intellectuelle très profonde des agents mine leur capacité de prise de recul et de politisation.

 

« La plupart de mes collègues travaillent facilement plus de 60 heures par semaine, tous les soirs,raconte Anne-Laure Amilhat-Szary, géographe et enseignante à l’Université Grenoble-Alpes. On est dans des métiers où les gens ne savent plus ce que c’est que le loisir. Faire du sport, un truc où on arrête le cerveau, ça n’existe plus. Ce n’est pas complètement normal. » Pour l’enseignante-chercheuse, il est nécessaire de se mettre à considérer collectivement l’université comme un lieu de souffrance au travail. « Tout le monde est en souffrance au travail. Je ne connais pas un collègue qui aille bien dans son métier. On est tous contents de transmettre, on fait un métier de passion, et il y reste beaucoup de belles choses. On ne sait pas ce qu’on irait faire ailleurs, mais à côté de ça, je vois des gens qui pleurent tous les jours. »

 

Tenter de lutter contre une précarité systémique

 

Chez les contractuels et les vacataires, cette souffrance est renforcée par une grande précarité matérielle. « C’est délicat de dire ça quand on a bac+8, mais on passe notre temps à essayer d’obtenir des petits contrats ici ou là, des vacations payées en dessous du SMIC, tout en publiant nos recherches et en cherchant un travail », dénonce Alex, précaire lui-même qui a choisi de rejoindre l’Association nationale des candidat·es aux métiers de la science politique [ANCMSP]. Ce dernier rappelle que de nombreux vacataires occupent des jobs alimentaires à côté de leurs cours : « Certains attendent 4 ans, avec un peu de RSA, un peu de chômage, avant d’être recrutés ! Est-ce que vous imaginez ce que ça signifie, 5 ans sans post-doc ! »

 

Afin de lutter contre l’isolement et pour de meilleures conditions de travail, des collectifs précaires fleurissent un peu partout en France. « L’idée c’est de mettre du liant et de tenir ensemble un réseau politique qui nous permette de parler d’une voix », détaille Antoine, membre également de l’ANCMSP. Un réseau qui permette de se connaître et de relayer des informations. « On essaie tant bien que mal d’aider juridiquement les précaires qui en ont besoin. Très peu iront jusqu’au tribunal administratif, par peur d’être black-listés par la suite, prévient Alex, mais on leur donne des billes. On fait aussi un peu de shaming, c’est-à-dire qu’on pointe les universités qui ont de mauvaises pratiques. » Un travail politique extrêmement difficile, tant les précaires sont mobiles et leurs statuts éclatés.

 

« Quand tu es parisien et que tu vas jusqu’à Montpellier pour donner des cours, tu arrives dans un lieu où tu ne connais personne, tu ne sais même pas ce qu’est un collectif de travail et d’ailleurs tu ne te retrouves jamais dans des espaces dédiés avec des collègues à réfléchir au sens de ce que tu fais, analyse Antoine. Alors, organiser des mobilisations collectives, c’est à des années-lumière de ton quotidien ! » « On aimerait être plus dans la revendication, confie Estelle, mais il y a une phase tampon… Les gens qui arrivent chez nous ont un énorme besoin de parler. Beaucoup arrivent avec des traumatismes, 50 % du temps liés à des comportements oppressifs de la part de personnes titulaires – des directeurs de recherche à l’encontre des doctorantes par exemple. D’où la nécessité de se mobiliser entre nous, mais bien sûr on réfléchit à la façon de concrétiser tout cela dans une véritable lutte. »

 

Unir titulaires et vacataires reste un challenge

 

Car se mobiliser au sein de collectifs précaires, c’est aussi une façon de défendre des modalités de lutte plus radicales, comme le blocage et l’occupation des facs avec les étudiants. « Il y a un manque criant de radicalité dans les revendications et dans les mobilisations, notamment chez les collègues titulaires qui se contentent d’une journée de grève par an, quand il y en a une », critique la post-doctorante. Cette dernière dénonce le manque de solidarité des enseignants-chercheurs, qui se contentent trop souvent de signer des textes et des tribunes dans la presse. « J’aimerais bien que les enseignants se mettent en grève pour dénoncer la précarité des étudiants, lance Estelle. J’ai souvent envie de demander à mes collègues : Comment faites-vous pour poursuivre votre travail tout en sachant que certains étudiants vont à des collectes alimentaires ? Comment faites-vous pour aller en cours et faire fonctionner l’université comme si de rien n’était ? »

 

Pour Antoine, il est nécessaire de prendre en compte le rapport au travail, structurant dans cette question du manque de combativité. « Ça nous fait mal d’arrêter la machine. Les universitaires, et en particulier les titulaires, ont un rapport “fucked up” au travail. Il faut travailler, beaucoup, tout le temps ! Si tu t’arrêtes de travailler, ce n’est pas normal. Dire à des gens comme ça de faire grève, c’est assez compliqué. » Un autre facteur à prendre en compte, d’après Anne-Laure Amilhat-Szary, est que l’université est pleine d’anciens bons élèves : « Ils réfléchissent, critiquent, mais ce sont des personnes tout à fait conventionnelles dans leur mode d’être, et pas du tout combatives politiquement. Ils et elles sont très peu structurés, syndiqués, notamment les enseignants-chercheurs. Ce sont des gens qui ne sont jamais sortis de l’école, où ils ont toujours été bons, puis ils ont validé ces mêmes façons de faire pour arriver là où ils en sont. Avant qu’ils ne se rendent compte, ou même qu’ils acceptent qu’ils ne peuvent plus, il se passera beaucoup de temps, ils et elles seront malheureusement allés au bout de leurs capacités physiologiques et psychologiques. »

 

 

L’université peut-elle se soulever ?

Quels chemin pour les luttes

 

En outre, ceux qui se syndiquent, et se structurent font un travail très énergivore dans les instances représentatives. Or, de plus en plus et à la faveur des regroupements qui cassent ce qu’il restait de démocratie universitaire, ils se rendent compte que ce n’est pas dans les conseils d’administration qu’on change les choses. Certains enquêtés parlent même de travail contre-productif qui peut porter préjudice à leurs collègues. « Les marges de manœuvre et de négociations étaient plus importantes avant l’établissement expérimental, affirme Anne-Laure Amilhat-Szary. Là ça s’est tellement rigidifié qu’il est devenu très difficile de négocier de l’intérieur, hormis quelques luttes marginales sur les conditions de travail, mais cela ne va pas au-delà. On pouvait être réformistes jusqu’à l’EPE, mais la dureté des conditions d’exercice du pouvoir dans l’EPE oblige à être révolutionnaire. Et n’est pas révolutionnaire qui veut. »

 

L’hostilité du gouvernement, notamment dans le rapport qu’il entretient avec les corps intermédiaires, renforce encore cette idée. Antoine dénonce notamment les politiques d’excellence scientifique mises en place sur le territoire de manière autoritaire, en imposant des fusions d’établissement : « L’excellence scientifique, c’est financer la recherche brillante de quelques labos dans une perspective de compétition internationale. Mais cela se fait contre les étudiants, contre les précaires, et surtout sans s’inquiéter de la formation des classes moyennes et populaires, sans s’intéresser à l’élévation générale des qualifications, et c’est puissant. » Pour lui, difficile d’envisager une discussion avec un gouvernement porteur de cette grammaire, puisque c’est la grammaire elle-même qu’il faudrait changer.

 

Passer à des répertoires d’action plus offensifs pose également la question de leur préparation dans un contexte de plus en plus répressif des mouvements sociaux. « Regardez ce qui se passe lorsqu’on bloque les universités aujourd’hui, les présidences n’ont aucun problème à décrocher le téléphone et à faire intervenir les forces de l’ordre », s’inquiète Estelle qui nuance tout de même : « À Aix-Marseille, c’est beaucoup plus compliqué parce qu’il y a une solidarité très forte entre les mouvements étudiants et les grandes fédérations syndicales, de la CGT notamment, qui peuvent venir en appui. D’où la nécessité de s’inscrire dans un mouvement social et politique d’ampleur, ce que la loi travail avait commencé à créer. » C’était précisément tout l’enjeu de ce mardi 18 octobre, dont la suite reste à écrire.

 

Jennifer Simoes

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5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 06:01

Pour Serge Halimi, la gauche est désarmée face à la guerre : « De Jean Jaurès à Aristide Briand, de Lénine à Clara Zetkin, lorsqu’une guerre éclatait en Europe et menaçait de l’ensevelir, tribuns de gauche et manifestants pacifistes donnaient de la voix. Rien de tel dans le cas de l’Ukraine. Alors que le conflit s’envenime et que les médias s’enflamment, la gauche européenne est aphone. »

 
Pour Hélène Richard, dans la guerre d’Ukraine, les sanctions sont à double tranchant : « l y a quelques mois, les dirigeants européens voulaient croire que la « guerre économique et financière totale » lancée contre Moscou serait une promenade de santé. « La Russie est un très grand pays et un grand peuple (…) mais c’est à peine plus que le PIB [produit intérieur brut] de l’Espagne », indique le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton sur RTL, le 1er mars, tout en assurant que son « impact sera faible » en Europe. Six mois après la première salve de sanctions occidentales, l’économie russe accuse le coup, mais l’effondrement n’a pas eu lieu. Le Fonds monétaire international (FMI) tablait, en mars, sur une récession de 8,5 %. La Banque mondiale parle désormais d’une chute du PIB de 4 %. À ce rythme, la richesse du pays est loin d’être « divisée par deux », comme l’annonçait le 26 mars dernier, à Varsovie, le président américain Joseph Biden devant un parterre de Polonais. »
 
Marie-Pierre Rey se souvient d’une époque où la Russie avait perdu la guerre de Crimée : « Largement oubliée dans les pays qui, tels la France et le Royaume-Uni, l’ont gagnée, la guerre de Crimée (1853-1856) fait l’objet d’un souvenir vibrant en Russie, qui l’a pourtant perdue… »
 
Jonathan Sperber revient sur Marx et la question d’Orient : « Abject, canaille, reptilien… Karl Marx ne portait pas le tsarisme russe dans son cœur. Aussi, quand la guerre de Crimée éclate, se passionne-t-il pour ce conflit, dont il fait une lecture toute particulière. »
 
Michael Zemmour se demande s’il va bientôt attendre 70 ans pour prendre sa retraite : « Fin 2019, la mobilisation contre la réforme des retraites avait relayé celle des « gilets jaunes ». En sera-t-il de même fin 2022, après que l’automne a été marqué par des grèves dans les raffineries et certains services publics pour obtenir des augmentations salariales ? Les premières annonces du gouvernement suggèrent des mesures qui accéléreraient la baisse du montant des pensions. »
 
Marc Lenormand observe l’été indien du mécontentement au Royaume-Uni : « Boycott des factures d’énergie, grève des dockers, des postiers, dans les usines et les chemins de fer : au Royaume-Uni, l’« été du mécontentement » se prolonge cet automne, alors que le pays s’enfonce dans la crise économique et politique. En fonctions depuis le 6 septembre, la première ministre Elizabeth Truss n’aura tenu que quarante-quatre jours avant d’annoncer sa démission… »
 
Dominique Pinsolle revient sur une époque où les syndicats « empêchaient la grande presse de baver » : « Parce qu’ils mettent en scène la vie publique, les médias bénéficient d’une certaine indulgence de la part des partis et des syndicats : toute critique appuyée du rôle social joué par les journalistes expose ses auteurs au soupçon de saper la démocratie. Tel n’était pas le cas au début du XXe siècle : la Confédération générale du travail (CGT) bataille alors vigoureusement contre la presse dominante. »
 
En Nouvelle-Calédonie, les élections provinciales de 2019 ont acté le retour d’une droite revancharde et affairiste face à des forces indépendantistes peu inspirées. Revendiquant une troisième voie, un jeune parti « océanien » tente de rebattre les cartes. Entre instrumentalisation et réactivation de liens ancestraux, la notion d’« identité océanienne » peut-elle infléchir la sortie de l’accord de Nouméa ? Sylvain Derne explique que la Nouvelle-Calédonie fait « le pari de l’identité océanienne » : « En Nouvelle-Calédonie, les élections provinciales de 2019 ont acté le retour d’une droite revancharde et affairiste face à des forces indépendantistes peu inspirées. Revendiquant une troisième voie, un jeune parti « océanien » tente de rebattre les cartes. Entre instrumentalisation et réactivation de liens ancestraux, la notion d’« identité océanienne » peut-elle infléchir la sortie de l’accord de Nouméa ? »
 
Violette Goarant se demande s’il fait toujours bon vivre en Suède : « Passé de 5,7 % à 20,5 % des voix en douze ans, le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède, Sverigedemokraterna (SD), occupe depuis septembre une place privilégiée au Parlement et soutient la coalition de droite. Sa percée peut surprendre dans un pays synonyme de social-démocratie. Paradoxalement, elle s’explique par le souvenir d’une facette peu connue de l’État-providence. »
 
Philippe Pataud-Célérier nous emmène chez les Papous où s’est installé un géant du cuivre très menaçant : « Freeport-McMoRan figure parmi les plus gros groupes miniers cotés à Wall Street. Loin de la légende du patron de génie parti de rien pour dominer le monde du cuivre, les dirigeants ont bénéficié de l’appui d’élus américains corrompus, des coups bas de la Central Intelligence Agency, de complicités diverses en Amérique du Nord, en Papouasie occidentale… Et cela continue. »
 
Romain Droog répertorie les nombreux conflits de voisinage en Amérique Latine : « Héritées des indépendances, les frontières latino-américaines sont bien loin d’être intangibles. De nombreux différends opposent des pays à leurs voisins ou à une puissance européenne. Les récits nationaux, souvent renforcés par les programmes scolaires, entretiennent la sacralisation des territoires. Et appellent à la récupération des terres perdues. »
 
Pour Thierry Brésillon, la transition tunisienne est en ruine : « « Retour de la dictature », « contre-révolution », « fin du “printemps arabe” » : les verdicts ne manquent pas pour condamner à raison la démarche autoritaire du président Kaïs Saïed, dont le pays subit une grave crise financière. En réalité, la démocratie tunisienne naissante s’était enlisée depuis bien longtemps dans les arrangements mercantiles et la dépolitisation de la question sociale. »
 
Le Monde Diplomatique (277)
Mitra Keyvan est allé enquêter chez les Iraniennes qui « allument un brasier social » : « Une révolte contre le port obligatoire du voile ? Assurément. Mais le soulèvement qui ébranle la République islamique ne se limite pas à cela. Les fondements du régime sont attaqués et plusieurs catégories de la population sont unies par un ras-le-bol généralisé. Si l’issue du soulèvement est incertaine en raison d’une brutale répression, la volonté de changement demeure intacte. »
 
50 ans après le procès de Bobigny, Le Monde Diplomatique publie des témoignages de femmes qui voulurent se faire avorter alors que c’était sévèrement puni par la loi : « Tribunal de Bobigny, 8 novembre 1972. L’avocate Gisèle Halimi appelle Paul Milliez à témoigner en faveur de Michèle Chevalier, accusée, avec trois autres femmes, d’avoir aidé sa fille Marie-Claire à se faire avorter. « Si Mme Chevalier était venue me trouver, je l’aurais sûrement aidée », annonce le célèbre professeur de médecine, catholique pratiquant et opposant à la légalisation de l’avortement. Dans les semaines qui suivent cette déposition — décisive dans le dénouement du procès qui contribuera, en 1975, à autoriser l’interruption volontaire de grossesse —, Paul Milliez reçoit des centaines de lettres. Des attaques de confrères, des messages de soutien, des commentaires philosophiques… Mais aussi des lettres de femmes désespérées, qui implorent son aide. »
 
Pour Ilioné Schultz, l’arme du viol est désormais au banc des accusés : « La Cour pénale internationale devra établir si les viols commis par les soldats russes en Ukraine constituent des crimes contre l’humanité. En attendant, bien des obstacles demeurent pour rendre justice aux victimes. »
 
Michaël Jean analyse le malentendu croissant entre la France et la francophonie : « Le XVIIIe Sommet de la francophonie se tient les 19 et 20 novembre à Djerba, dans une Tunisie en pleine dérive autocratique. Tandis que les Français ne représentent plus qu’une minorité parmi les francophones, la France tente de corseter une organisation internationale qui se voulait émancipatrice pour tous les locuteurs de cette langue-monde, regrette une témoin privilégiée de ce reniement. »
 
Pour Éric Dussert, il faut désormais désherber les bibliothèques : « Désherber : éliminer les mauvaises herbes d’un terrain. Synonyme : sarcler ». Le dictionnaire Larousse ajoute une définition moins connue : « Retirer les ouvrages vétustes ou obsolètes des collections d’une bibliothèque ». Cette pratique a toujours eu cours. L’écrivain et spécialiste des bibliothèques Eugène Morel (1869-1934) en faisait déjà en 1908 la promotion, pour des raisons d’efficacité et de coût d’une logique imparable : « Le plus grand nombre de livres n’augmente pas seulement le chemin à faire pour les trouver, les rayons pour les mettre, et les bâtiments, et l’entretien des bâtiments, nettoyage et ce qui s’ensuit, mais rend plus difficiles le classement, les remaniements, plus long et plus coûteux le Catalogue »
 
Pour Akram Belkaïd, la Coupe du monde de football est la “ coupe de trop ” : « Le 2 décembre 2010, à Zurich, un vote du comité exécutif de la Fédération internationale de football association (FIFA) désigne le Qatar pour organiser la Coupe du monde de 2022. À Doha, la capitale de l’émirat, c’est une explosion de joie. Les sirènes des navires retentissent dans le port, les klaxons des berlines rutilantes qui longent la corniche leur font écho et les médias locaux célèbrent en boucle une reconnaissance internationale consacrant l’entrée du pays dans la cour des grands. L’émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani, père de l’actuel souverain, qui lui a succédé en 2013, exulte. Son royaume est désormais connu de la planète entière. »
 
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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 06:01

Philippe Escande, dans Le Monde, s’est penché sur les variations des prix dans le transport maritime : « En novembre 2020, au cœur de la pandémie de Covid-19, le transport d’un conteneur de 6 mètres de long (20 pieds) entre Shanghaï et Rotterdam ou Le Havre était facturé 1 600 dollars (1 600 euros, au cours actuel). Quand l’économie est repartie, en 2021, on a manqué de bateaux pour faire face à la demande soudaine et le prix est monté à plus de 7 500 dollars en janvier 2022. C’est cette multiplication par plus de quatre du prix de transport qui a été l’un des facteurs et des symptômes de la pénurie qui s’installait et de l’inflation qui s’en est suivie. Les ports étaient engorgés et les étiquettes valsaient dans les magasins. Une situation qui a fait quelques heureux, comme le transporteur français CMA-CGM, numéro un mondial du conteneur. Ses bénéfices ont frôlé les 20 milliards d’euros sur la seule année 2021. Du jamais-vu.

 

La fête est finie. Mercredi 26 octobre, le prix « spot », pour une commande immédiate, d’un transport de Shanghaï à Los Angeles est redescendu à son niveau de 2019. Même tendance pour la route vers l’Europe, où le prix est redescendu sous les 3 000 dollars en septembre et chute encore, alors que nous sommes en plein pic d’activité à la veille des fêtes de Noël. Silencieusement, une bulle éclate, symbole de la normalisation de la logistique mondiale, grande responsable, avec la guerre en Ukraine, du désordre économique de la planète.

 

 

Dans ResPublica, Richard Haller soutient l’attribution du Nobel de littérature à Annie Ernaux : « Oui, il faut se réjouir de la notoriété acquise par Annie Ernaux depuis une quinzaine d’années et souhaiter que sa notoriété s’accroisse par de nouvelles traductions. Oui, il faut souhaiter que les adolescents soient conduits à la lire. Non seulement par exigence d’analyse formelle liée à leur programme de français, mais parce que le contenu de son œuvre est l’occasion de connaître la France de l’époque de leurs grands-parents et de bénéficier d’une transmission que leur famille n’apporte pas toujours. »

 

 

Le site Initiative Communiste se gausse de la manière dont le pouvoir compte les manifestants qui lui sont hostiles : « Le 16 octobre dernier pour la marche contre la vie chère organisée à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise, la polémique sur les chiffres a fait rage. Commençons par rétablir la chronologie. La veille, les médias des milliardaires, ainsi que l’audiovisuel du régime Macron diffusent, selon des « sources autorisées venant des renseignements » un chiffre de participation de 30 000 manifestants. Avant même que les personnes ne participent à la manifestation, le régime Macron fait donc circuler un chiffre de participation : 30 000 manifestants. Le jour même, en fin d’après-midi les organisateurs annoncent un chiffre, 140 000 manifestants, soit une très forte participation, plus importante que pour la précédente manifestation de ce type appelée par la FI. Un succès donc. La préfecture de police de Paris, instrument du ministre de l’Intérieur, elle communique sur… 30 000 manifestants. Quelle surprise c’est le chiffre annoncée la veille ! Devant les images d’une foule considérable massée sur la place de la Nation et défilant sans discontinuer par la rue du faubourg Saint Antoine, les éditorialistes des chaines d’info en continu sont d’ailleurs obligés de reconnaitre une très forte participation. Qu’à cela ne tienne, les voilà sauvés lorsque l’officine Occurrence fait son office en annonçant selon un soit-disant décompte précis et scientifique une participation de 29 500 manifestants. Tout rond le chiffre du régime Macron. Bizarre, vous avez dit bizarre ? »

 

Revue de presse 430
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24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 05:01

Rachel Haller, dans ResPublica, dresse un bilan cinq ans après MeToo : Ce qu’ont montré me too et les nombreuses prises de paroles qui ont suivi, qu’elles soient publiques ou privées, c’est qu’aucun milieu n’est épargné par la question des agressions sexuelles et notre représentation du viol a changé.

 

La question des violences sexuelles nous interroge également en tant que société sur notre conception des rapports hommes-femmes – de nombreuses réflexions très intéressantes à ce sujet ont permis notamment de réexaminer avec un œil nouveau la représentation de la séduction dans notre culture littéraire et cinématographique –,

 

Les affaires Adèle Haenel, Patrick Poivre d’Arvor ou Nicolas Hulot, ont mis en avant des mécanismes similaires de domination qui ont abouti à la répétition des actes de violence. Dans ces affaires, on constate que la position de pouvoir des agresseurs a rendu difficile voire impossible la possibilité de se défendre pour les victimes. D’abord dans certains milieux, comme le cinéma ou les médias, l’existence plus ou moins assumée d’un droit de cuissage pour les hommes en position de pouvoir a conduit l’entourage professionnel à banaliser ou à fermer les yeux sur ces actes de violence, pourtant souvent connus.

 

Un petit retour en arrière montre que certaines femmes qui ont eu le courage de porter plainte en ont payé le prix fort : en 2001, l’actrice Noémie Kocher portait plainte pour harcèlement sexuel contre le réalisateur Jean-Claude Brisseau. Deux comédiennes se sont jointes à sa plainte en 2003 et une quatrième a préféré abandonner les poursuites. En 2005, Jean-Claude Brisseau a été condamné pour « harcèlement en vue d’obtenir des faveurs sexuelles », mais sur les quatre femmes, seules deux ont continué leur carrière d’actrice et la médiatisation de l’affaire a été très éprouvante pour Noémie Kocher « à quelques rares exceptions, la presse a été terrible. Je n’imaginais pas le tsunami qui en découlerait. Notre parole a été niée, décrédibilisée. C’était violent. Et ce que j’ai vécu, à ce moment-là, ça a été presque pire que le harcèlement en lui-même. Voilà pourquoi je redoute tellement de parler. ». Une pétition avait même été lancée en faveur du cinéaste « artiste blessé » signée par de nombreuses personnalités du monde du cinéma.

 

Aujourd’hui, c’est souvent grâce à la parole d’autres femmes que de nouvelles victimes se manifestent et osent dénoncer leur agresseur dans des enquêtes très fouillées réalisées par plusieurs médias et où le nombre de victimes ne laisse guère place au doute. Malheureusement, la dénonciation de ces violences intervient dans la plupart des cas trop tard pour permettre la poursuite en justice des agresseurs en raison des délais de prescription.

 

 

Á titre très personnel, je voudrais reprendre l’hommage de La Nouvelle République à mon vieil ami le linguiste Claude Désirat qui vient de nous quitter à 91 ans : “ Claude Désirat était un linguiste reconnu et un enseignant dévoué qui a touché de nombreux étudiants et jeunes collègues tourangeaux. Il était connu pour des ouvrages clé sur la langue française :il était contributeur au Grand Robert de la langue française, co-auteur du Dictionnaire des synonymes (Larousse) et aussi de La Langue française au 20º siècle (Bordas).

 

Il a fait l'ensemble de sa carrière universitaire à l'Université de Tours, à partir de 1971, au département de lettres modernes, et ensuite, dès sa création, au département de sciences du langage jusqu'à sa retraite en 1994.

 

Passionné par l'histoire de l'éducation, la formation des enseignants et l'épistémologie de la linguistique, il a produit plusieurs dizaines d'articles scientifiques dans ces domaines. Ayant été instituteur avant son parcours universitaire, il tenait à cœur la formation en linguistique pour de futurs enseignants de français."

 

Photo BG, 2017.

 

Revue de presse 429
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17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 05:01

 

Suite à l’attribution du Prix Nobel de Physique au chercheur français Alain Aspect, le site Communistes Hebdo relève que : « Tout ce travail a été tiré par des motivations fondamentales, la compréhension de la nature de la physique quantique, même si aujourd’hui on en voit des applications en termes de cryptographie inviolable, ou pour les ordinateurs quantiques. Le prix Nobel vient témoigner du haut niveau de la recherche en France sur l’optique quantique, 10 ans après celui qui avait été décerné à Serge Haroche pour ses recherches sur les atomes froids et leur couplage avec les photons.

Il est intéressant de noter que les travaux ainsi récompensés ont été menés avant 2009, date à laquelle le couple Sarkozy/Pécresse, prétextant une soi-disant faiblesse de la recherche française, la transformait de fond en comble pour la diriger vers la compétitivité des entreprises, quitte à sacrifier une grande partie de la recherche fondamentale. Ainsi ont été instaurés le fléchage généralisé, la concurrence entre équipes et individus, alors que ce qui faisait l’atout de la France c’était son système collectif de recherche. Cette politique a été poursuivie sous les quinquennats de Hollande et Macron …elle est toujours en vigueur.

 

Selon le New York Times, Les États-Unis transforment Taïwan en « dépôt d'armes géant » : « Alors même qu'il intensifie sa guerre contre la Russie en Ukraine, Washington se prépare de plus en plus ouvertement et de manière provocante à une guerre avec la Chine au sujet de Taïwan. La semaine dernière, un article du New York Times intitulé « US aims to turn Taiwan into giant weapons depot » (Les États-Unis visent à transformer Taïwan en dépôt d'armes géant) révèle l'ampleur de la planification et des préparatifs militaires en cours pour transformer Taïwan en une caserne lourdement armé, alors que l'administration Biden incite Pékin à déclencher une action militaire. »

 

Selon Bernard Teper dans Res Publica, la gauche se divise dans des stratégies perdantes face à la progression de l’extrême droite en Europe : « Un autre phénomène est nocif pour la gauche, c’est la croyance au fait que la guerre fait partie du passé, que l’Union européenne est là pour nous sauver. Pourtant les 200 000 morts dans l’explosion de l’ex-Yougoslavie n’ont pas suffi pour que la gauche comprenne dans sa majorité que la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens (rappelez-vous le bombardement de l’OTAN sans accord de l’ONU dans l’ex-Yougoslavie). Qu’il faut à côté de la lecture des grands ancêtres de la gauche, lire aussi Sun Tzu, Machiavel et Clausewitz. Car sinon, la gauche, et y compris les extrêmes gauches, continueront à voir passer les trains comme des soumis aux impérialismes. Pourtant dans notre imaginaire, nous avons le Conseil national de la Résistance (CNR) qui a marqué une autonomie au sein des alliés et qui nous a sauvés de l’Amgot étasunien et permis la grande création de la Sécurité sociale avec ses quatre conditions révolutionnaires aujourd’hui détruites. Force est de constater que les droites européennes ont choisi rapidement l’alignement sur l’OTAN y compris l’Allemagne en privilégiant le moyen terme à ses intérêts court-terme. Et comme la gauche ne développe aucun discours de positionnement politique sur les guerres en dehors d’un « campisme » flou, elle apparaît beaucoup moins crédible.

 

Enfin, Le Grand Soir révèle que dans certaines de nos écoles, des policiers enseignent la répression à des enfants de 10 ans : « Des coups de matraque, des gilets pare-balles, des entraînements au tir… pour des enfants de CM1 et CM2, âgés d’une dizaine d’années ! La scène, tout simplement ahurissante, a eu lieu en France, à Saint-Denis le 27 septembre dernier. Des élèves de primaire de l’école Paul Langevin ont participé à une journée présentée comme « sportive citoyenne ». Elle était animée par une association, ou plutôt un lobby policiers baptisé « Raid Aventure ». En réalité, il s’agissait d’une initiation à la répression, un endoctrinement d’enfants aux violences d’État. Les élèves ont pu enfiler des casques, donner des coups de tonfa, prendre une arme en main… En présence de policiers, sans que les parents n’aient été informés.

 

Des parents d’élèves ont protesté publiquement, par une lettre ouverte adressée au maire de la ville, à l’inspecteur d’éducation et au préfet. Ils expliquent que « sur le temps scolaire, nos enfants ont été emmenés par l’école à une journée présentée très brièvement comme “sportive et citoyenne” [...]. » Tous ont été scandalisés par « le retour des enfants à l’issue de cette journée » : cet « atelier » n’avait rien de « citoyen » : « les enfants ont été déguisés en policiers et équipés d’une matraque, voire d’un gilet pare-balle, et encouragés à courir, d’autres ont été entraînés à tirer avec des pistolets laser. L’atelier consacré aux premiers secours n’était pas en service. Et les élèves n’étaient même pas accompagnés d’un enseignant ! » Pour couronner le tout, « des policiers ont demandé et noté sur leur portable le nom, l’âge, voire l’adresse de certains enfants. »

 

Revue de presse 428
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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 05:53

André Gorz (qui signait fréquemment ses articles – en particulier dans Le Nouvel Observateur – sous le nom de Michel Bosquet) avait prévu, dans ce texte paru en 1974, la récupération de l’écologie par l’industrie, les groupes financiers – en un mot, le capitalisme.

 

Evoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change.

 

La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

 

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

 

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich],dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (…)

 

Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques, que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.

 

Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo). Chaque complexe combine les facteurs suivants :

 

— des ressources naturelles (air, eau, minéraux) qui passaient jusqu’ici pour gratuites parce qu’elles n’avaient pas à être reproduites (remplacées) ;

 

— des moyens de production (machines, bâtiments), qui sont du capital immobilisé, qui s’usent et dont il faut donc assurer le remplacement (la reproduction), de préférence par des moyens plus puissants et plus efficaces, donnant à la firme un avantage sur ses concurrents ;

 

— de la force de travail humaine qui, elle aussi, demande à être reproduite (il faut nourrir, soigner, loger, éduquer les travailleurs).

 

En économie capitaliste, la combinaison de ces facteurs, au sein du processus de production, a pour but dominant le maximum de profit possible (ce qui, pour une firme soucieuse de son avenir, signifie aussi : le maximum de puissance, donc d’investissements, de présence sur le marché mondial). La recherche de ce but retentit profondément sur la façon dont les différents facteurs sont combinés et sur l’importance relative qui est donnée à chacun d’eux.

 

La firme, par exemple, ne se demande jamais comment faire pour que le travail soit le plus plaisant, pour que l’usine ménage au mieux les équilibres naturels et l’espace de vie des gens, pour que ses produits servent les fins que se donnent les communautés humaines. (…)

 

Mais voici que, dans la vallée du Rhin notamment, l’entassement humain, la pollution de l’air et de l’eau ont atteint un degré tel que l’industrie chimique, pour continuer de croître ou même seulement de fonctionner, se voit obligée de filtrer ses fumées et ses effluents, c’est-à-dire de reproduire des conditions et des ressources qui, jusqu’ici, passaient pour « naturelles » et gratuites. Cette nécessité de reproduire l’environnement va avoir des incidences évidentes : il faut investir dans la dépollution, donc accroître la masse des capitaux immobilisés ; il faut ensuite assurer l’amortissement (la reproduction) des installations d’épuration ; et le produit de celles-ci (la propreté relative de l’air et de l’eau) ne peut être vendu avec profit.

 

Il y a, en somme, augmentation simultanée du poids du capital investi (de la « composition organique »), du coût de reproduction de celui-ci et des coûts de production, sans augmentation correspondante des ventes. Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien le taux de profit baisse, ou bien le prix des produits augmente. La firme cherchera évidemment à relever ses prix de vente. Mais elle ne s’en tirera pas aussi facilement : toutes les autres firmes polluantes (cimenteries, métallurgie, sidérurgie, etc.) chercheront, elles aussi, à faire payer leurs produits plus cher par le consommateur final. La prise en compte des exigences écologiques aura finalement cette conséquence : les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises.

 

La production de celles-ci tendra donc à stagner ou à baisser ; les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées. Et ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.), aura des effets entièrement négatifs : les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches.

 

La prise en compte des coûts écologiques aura, en somme, les mêmes effets sociaux et économiques que la crise pétrolière. Et le capitalisme, loin de succomber à la crise, la gérera comme il l’a toujours fait : des groupes financiers bien placés profiteront des difficultés de groupes rivaux pour les absorber à bas prix et étendre leur mainmise sur l’économie. Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société : des technocrates calculeront des normes « optimales » de dépollution et de production, édicteront des réglementations, étendront les domaines de « vie programmée » et le champ d’activité des appareils de répression. (…)

 

Direz-vous que rien de tout cela n’est inévitable ? Sans doute. Mais c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer si le capitalisme est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation. Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles.

 

Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser « au-dessus » des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as « mieux » que les autres.

 

Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres.

 

 

André Gorz est décédé en septembre 2007. Ce texte, paru en avril 1974 dans le mensuel écologiste Le Sauvage, a été publié en 1975 aux éditions Galilée, sous le nom de Michel Bosquet, en introduction du recueil Ecologie et politique.

 

 

 

Leur écologie et la nôtre, par André Gorz
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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 05:06

La résistance à l’occupant nazi a suscité toutes sortes de comportements : normaux, héroïques, lâches, inattendus. Avec la famille de La Rochefoucauld, nous sommes dans le destin.

Un matin de juillet 1943, ; Yvonne, comtesse de La Rochefoucauld, âgée de 41 ans, se retrouve à Paris au Cercle des Officiers en compagnie de son mari Bernard, ancien officier de cavalerie, ingénieur, membre actif de la Résistance. Ils font semblant de ne pas se connaître car ils sont entre les mains de la Gestapo. Arrêtés sur dénonciation, Bernard murmure à sa femme : « il faut que je t’embrasse ». Yvonne lui répond que ce n’est pas possible, on les observe. Elle vient d’être appréhendée par les Allemands, juste avant de s’enfuir vers l’Angleterre.

Bernard descendait en ligne directe de François de La Rochefoucauld, prince, militaire, écrivain (Les Maximes).

Yvonne est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Pour acte de rébellion, elle reçoit trente coups de fouet et sert de cobaye à des « médecins » aux fins d’expérimentations médicales. Il lui est administré huit piqûres dans l’œil droit (qui deviendra aveugle), d’autres injections qui lui détruiront le système nerveux d’une de ses oreilles, ainsi que du typhus dans le sang pour fabriquer du sérum. Le dernier souvenir qu’elle garde du camp est sa lutte désespérée contre une prisonnière qui était devenue folle et qui tentait de la manger.

Yvonne est libérée par la Croix-Rouge suédoise à la toute fin de la guerre. Son mari était mort dans le camp de Flossenburg le 4 juin 1944. La France décerna à Yvonne la Croix de guerre (avec trois palmes) ; le Royaume-Uni la Médaille royale (attribuée aux civils, agents de renseignement et membres de filières d'évasions, essentiellement non britanniques) pour services rendus aux services secrets britanniques.

Les bijoux de la famille, cachés par Bernard, ne furent jamais retrouvés. Yvonne se retrouva sans le sou, incapable d’exercer son métier de médecin à cause des séquelles de ses blessures.

En 1950, on découvrit que les bijoux avaient été « empruntés » par la comtesse Fidès de Marliave, membre du Jockey-Club, championne de jumping. Le comte Bernard lui avait confié pour trente millions de bijoux. Madame de Marliave les avait vendus un à un dès qu’elle avait appris que le comte était mort en déportation. Madame de Marliave résista (sic) quatre ans au juge d’instruction avant d’avouer après avoir été dénoncée par ses domestiques.

Pour l’anecdote, et pour vérifier que la contestation peut se transmettre de génération en génération, Yvonne de La Rochefoucauld a pour petite-cousine (ou petite nièce, je me perds un peu dans l’arbre généalogique de la famille) l’actrice Sophie Nathalie Jeanne (dite Sophie) de La Rochefoucauld, née en 1965 à Boulogne-Billancourt. Sophie est proche de Jean-Luc Mélenchon car elle fut suppléante et attachée parlementaire de Sophia Chikirou. Elle s’est notamment impliquée dans la lutte contre la réforme du statut d’intermittent. En 2004, elle s’était présentée sur la liste Gauche Populaire et citoyenne aux côtés de Marie-George Buffet et de Claire Villiers, fondatrice du réseau de collectifs Agir Ensemble contre le Chômage. En 2017, elle est suppléante de Danièle Simonnet aux élections municipales à Paris. Elle est membre du parlement de l’Union populaire. Elle a de qui tenir. Elle est la fille du réalisateur Jean-Dominique de La Rochefoucauld, membre du parti communiste, collaborateur de Roberto Rossellini et de Maurice Failevic. Sa mère est Michèle Podroznik, fille d’immigrés juifs polonais, scénariste et productrice (Plus belle la vie,  Les Cordier juge et flic)

 

Connaissez-vous Yvonne, Comtesse de La Rochefoucauld ?
Connaissez-vous Yvonne, Comtesse de La Rochefoucauld ?
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10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 05:01

Pourquoi tant de pays africains refusent-ils de suivre la ligne des EU dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine, demande Le Correspondant socialiste dans le site du Grand Soir ?

 Il y a des facteurs historiques importants.

 

Ce sont l’Union soviétique, la RDA, Cuba et d’autres pays socialistes qui ont aidé tant de pays africains à se débarrasser de leurs chaînes coloniales. L’URSS a facilité la formation de combattants de la libération de pays tels que la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique, l’Angola, la Namibie et la Tanzanie.

 

En raison des expériences des combattants de la liberté en URSS et du soutien que la Russie a apporté et continue d’apporter à l’Afrique avec la Chine, vous n’entendrez pas beaucoup de critiques sur la Russie et le communisme sur le continent. De nombreux dirigeants africains actuels ont étudié dans des universités russes des années 1950 aux années 1990. Le fusil d’assaut russe Kalachnikov, l’AK47, fait même partie des armoiries du Mozambique et du Zimbabwe. Et l’Afrique reste un importateur majeur d’armes et d’équipements militaires russes.

 

Pendant la guerre froide, la plupart des pays africains étaient des membres actifs du Mouvement des pays non alignés, qui s’est engagé à maintenir son autonomie stratégique et à éviter d’être partie des blocs de pouvoir politique. Aujourd’hui, l’Ouganda doit prendre la présidence du Mouvement des non-alignés en 2023, un moment potentiellement significatif.

 

Outre les raisons historiques du refus de l’Afrique de l’étreinte de l’Occident, la Russie fournit un contrepoids contemporain à la domination occidentale.

 

Dans son blog, Jean Lévy montre les résistances des salariés britanniques à la politique réactionnaire du gouvernement Truss. « De puissants mouvements de grève, lancés par les cheminots, créent la division au sein du Parti Conservateur et mettent en péril le plan de la récente Première ministre, Liz Truss, destiné à faire payer le prix fort le peuple, déjà en souffrance au bénéfice des plus riches, exonérés d'impôts.

 « Le Monde » nous en donne un aperçu :

« Le 23 septembre, Kwasi Kwarteng, le chancelier de l'Echiquier a présenté un « mini-budget » , en réalité de considérables cadeaux aux ménages  les plus riches (suppression du taux d'imposition à 45%, fin du plafonnement du bonus des banquiers etc...) en suggérant sans chiffres à l'appui, qu'il les financeraient par la dette publique ».

Cette annonce a créé la panique jusque dans les rangs des Conservateurs, réunis en Congrès. Les sondages sont catastrophiques à leur égard. Aussi, certains de leurs leaders ont affronté le nouveau gouvernement, soit par la critique et dire publiquement leur désaccord, soit par l'absence au Congrès, tel l'ex-Premier ministre Boris Johnson.

Comme quoi les mouvements sociaux, toujours très suivis, font réfléchir la bourgeoisie. Et qu'il n'est pas si simple, de nos jours, de vouloir jouer les Margaret Thatcher. »

 

Dans le blog Réveil communiste, Gilles Questiaux demande si Marx était « de gauche » : « Il était de gauche si on considère d’où il provenait, du mouvement révolutionnaire bourgeois de l’époque romantique, mais il avait déjà dépassé complètement ce concept quand il écrivit le Manifeste du Parti Communiste avec Engels. La meilleure critique de la gauche qui existe, c’est lui qui l’a faite, en décrivant les révolutionnaires de 1848 qui rejouent 1793 au lieu d’agir concrètement. Dans la mesure où Marx considère que ce ne sont pas les idées qui conduisent le monde mais au contraire qu’elles sont déterminées par les conditions matérielles, il n’est ni de gauche ni de droite. Et Lénine non plus, l’homme de « l’analyse concrète des situations concrètes ».
 
Les médias du monde entier, et les réseaux sociaux, ont fêté la semaine dernière le soixantième anniversaire de deux événements qui, s’ils ne sont pas passés inaperçus à l’époque (je peux en témoigner) n’ont pas été perçus comme devant bouleverser la culture populaire mondiale : le film Dr No, premier “ James Bond ” avec Sean Connery, et la chanson “ Love Me Do ” des Beatles, écrite par Paul McCartney quand il avait une quinzaine d’années.

 

https://www.youtube.com/watch?v=83wO_d4Jp9M

https://www.youtube.com/watch?v=0JWl_wUOQc4

 

Revue de presse 427
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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 05:01
Michel Pinçon ou l’art de démasquer l’oligarchie. 
Repris du blog L'Insoumission

Les riches ont des noms, des adresses, des goûts et une idéologie : il faut les nommer, les montrer

Le couple Pinçon-Charlot (puisque c’est sous cette dénomination que la plupart d’entre nous les avons découvert) se forme à Lille en 1965. Monique témoigne : « Ça a été un coup de foudre réciproque, entre deux boiteux qui avaient des névroses de classe inversées ». Elle est fille de magistrat, il vient d’une famille ouvrière. Leur camp sera celui des opprimés contre les dominants, les bourgeois, les capitalistes. Ils suivent les traces du sociologue Pierre Bourdieu. « Michel a toujours été habité par cette volonté de comprendre les injustices, qu’elles soient sociales, économiques, et surtout symboliques, celles dont il a le plus souffert lui-même » raconte Monique.

Michel et Monique Pinçon-Charlot ont remis au goût du jour l’étude des classes sociales. La plupart de leurs confrères, eux, théorisaient la fin de classes et la « moyennisation » de la société. Ils font partie des premiers à avoir eu cette intuition : les riches ont des noms, des adresses, des goûts et une idéologie. Ils ont UNE culture, ancrée dans un milieu social, une histoire et non pas le monopole de LA culture. Il faut les nommer, les montrer. Il faut connaître la cause de nos malheurs si l’on veut y mettre un terme. 

Les ultra-riches n’aiment pas la lumière. Ou seulement lorsque ce sont eux qui décident de l’angle des projecteurs. Depuis Dans les beaux quartiers (PUF, 1989) en passant par Les Ghettos du gotha (Seuil, 2007) jusqu’à Notre vie chez les riches (La Découverte/Zones, 2021),le couple de sociologues a écrit ensemble 28 ouvrages. Voilà autant de cailloux dans les bottines en daim de l’oligarchie.

Leurs ouvrages des études sociologiques sérieuses, poussées, qui permettent de situer socialement et historiquement la grande bourgeoisie. Ils donnent des armes. Ils permettent de critiquer cette idée selon laquelle le goût des bourgeois serait LE bon goût. Leur culture serait LA haute culture, leurs valeurs seraient universelles, quand les autres gens n’auraient le droit qu’à des sous-cultures, des opinions relatives et surtout, surtout du mauvais goût. 

 

Quand j’ai entendu leur nom pour la première fois en cours de SES en classe de terminale, j’ai su que je devais m’intéresser à leurs écrits. À contre-courant de leurs confrères théorisant la fin des classes sociales, Michel Pinçon et sa femme Monique ont rappelé qu’elles existaient toujours. Bel et bien. J’ai eu le privilège de les recevoir en conférence à la Sorbonne en 2018, lors de mes années à l’université. C’est là que j’ai mesuré leur célébrité au sein de ma génération. C’est à ce moment que mon admiration pour leurs travaux s’est confirmée une bonne fois pour toute.

Un de leurs derniers ouvrages s’intitule Les prédateurs au pouvoir. Michel Pinçon me l’a dédicacé à la fin de cette conférence. Il a écrit : « Pour Nadim. Pour que les prédateurs au pouvoir aient quelques ennemis. » Michel, merci pour tout ce que tu as enseigné. Nous continuerons ton combat, compte sur nous. Toutes mes pensées à sa femme, Monique Pinçon-Charlot.

Par Nadim Février

J’ai le cœur lourd. Je me souviens d’une journée de 2018. J’avais croisé Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot en gilets jaunes, place de la Bastille à Paris. Je me souviendrai toujours de l’humilité de celui qui a tant donné pour démasquer la grande bourgeoisie, bataille qu’on essaie modestement de poursuivre à l’insoumission. Un monument de la lutte des classes s’en va. Un homme qui s’est battu avec sa compagne, à un moment où l’immense majorité des intellectuels français avaient enterrés Marx. Ils ont participé tous les deux à ma formation intellectuelle, de Pierrot Bourdieu à Karlito Marx, à l’amour de la sociologie. Et en plus d’une humilité ! Toujours à mettre en avant celles et ceux qui ne se mettent jamais en avant. Les invisibles d’en bas comme ceux d’en haut. Très forte pensée pour tes proches Michel, ton combat continue.

Hommage à Michel Pinçon
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