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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 06:14

Le site Cerises n’apprécie pas du tout la proposition de constitutionnalisation de la déchéance de nationalité :

 

« Les terroristes, nous dit-on, ne méritent pas la nationalité française. Une telle idée repose implicitement sur celle, plus que contestable, que le terrorisme serait par essence étranger. Qu'un terroriste ne peut pas être vraiment français. Elle repose aussi sur l'idée qu'être français, cela se mérite. Droit du sol, droit du sang, peu importe : l'appartenance à la Nation, dont on affirme par ailleurs qu'elle est un attribut essentiel de la personnalité, ne saurait dans cette conception être un droit acquis.

 

En toute hypothèse, il est par ailleurs faux d'affirmer qu'il ne s'agirait là que de punir les terroristes : la proposition de Manuel Valls et Christiane Taubira est bien plus large, et laisse au législateur à venir toute latitude pour priver de leur nationalité les Français qui auraient été condamnés « pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Une formule vague s'il en fut autorisera tout et le reste.

 

 

Sur le site de Mémoires des Luttes, Christophe Ventura nous dit qu’il vient d’un monde en train de mourir : « Je viens d’un monde qui est en train de mourir et qui n’a pas encore donné naissance à celui qui va lui succéder. Pour reprendre la fameuse réflexion d’Antonio Gramsci, ce monde « clair-obscur [dans lequel] surgissent les monstres », c’est l’Europe.

 

Il s’agit d’un monde sans révolution politique et sociale possible du point de vue de l’avancée du progrès humain. Pour le moment ai-je envie d’ajouter. Nous y reviendrons plus avant car cette observation ne doit pas condamner au défaitisme, au contraire. Elle nous engage à nous préparer car les combats pour l’égalité, la justice et la démocratie en société reprendront de l’ardeur à mesure que fermentera le futur chaotique, liberticide et sécuritaire – libéral-sécuritaire – que nos « élitocraties » préparent pour nos sociétés. De nombreux périls sont déjà parmi nous. D’autres, notamment géopolitiques, nous attendent indéniablement. Mais l’avenir aussi est en nous. »

 

 

L’Essonne menace de ne plus payer les aides sociales. Est-ce le signe d’une détresse financière ou le résultat d’un coup politique, demande Le Monde ? Le département de l’Essonne assure être dans l’impossibilité de procéder au paiement de l'aide sociale légale pour une partie de l’année 2015. Dans un courrier, adressé fin décembre aux associations de protection de l’enfance et aux établissements médico-sociaux pour les personnes âgées ou les adultes handicapés, François Durovray (LR), le président du conseil départemental, annonce que sa collectivité ne sera pas en mesure de régler ses factures et propose d’étaler les versements sur les six prochaines années, avec les intérêts. Ces coupes concerneraient également le secteur des services à domicile, l’allocation personnalisée d’autonomie et la prestation de compensation du handicap.

 

François Durovray accuse son prédécesseur socialiste d’avoir plombé les finances du département par des dettes toxiques, ce que réfute Jérôme Guedj.

 

Selon Guillaume Quercy, directeur en Île-de-France de l’Union régionale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux, « Tout ça n’est qu’une histoire de règlement de comptes et c’est l’aide sociale qui est prise en otage. »

 

 

Après la condamnation des Goodyear à deux ans de prison, dont neuf mois ferme, Jean-Emmanuel Ducoin (qui a publié récemment un très beau livre sur la France du temps de Bernard Hinault dont j’ai rendu compte sur le site du Grand Soir) s’insurge sur son blog :

 

« L’affaire est pour le moins surréaliste. Et honteuse. Primo : deux salariés seulement étaient poursuivis pour “ violences en réunion ”, seule la qualification de “ séquestration ” était commune. Secundo : le procès s’est déroulé sans plaignant, puisque Goodyear avait retiré sa plainte, tout comme les deux cadres séquestrés d’ailleurs ! Comment ne pas s’étonner du silence de Christiane Taubira, alors qu’une de ses collègues, Pascale Boistard, secrétaire d’État aux Droits des femmes et élue d’Amiens, a exprimé son “ émotion fraternelle ” devant “ une si lourde condamnation ” ? Elle ne croit pas si bien dire, d’autant que le projet de loi constitutionnelle qui se prépare risque d’introduire la notion de “ crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation ”, ce qui laisserait au législateur la liberté de définir lesdits crimes. La volonté de criminaliser un peu plus l’activité syndicale est bien réelle, la preuve. 

 

 

 

PS : J'ai vécu 12 ans dans la Somme. Lorsque j'étais étudiant en 1966, les travailleurs de Goodyear faisaient déjà l'objet d'agressions patronales. Que les obsédés de la violence syndicale lèvent le doigt ! Ils ont gagné une boîte de macarons de la patisserie des beaux-parents du ministre Macron.

 

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 06:30

Robert Chaudenson. Putain ! Trois ans ! (mai 2012-mai 2015). Paris : Les Impliqués Editeur, 2015.

 

Un homme qui élabore mentalement ses articles de blog, le matin, en promenant son chien, ne peut pas être totalement mauvais. C’est le cas de Robert Chaudenson, linguiste de renommée internationale, qui a la courtoisie de ne pas trop nous éclabousser de sa science mais, en revanche, de nous faire profiter de son immense culture.

 

Je déguste tous les matins son blog Mediapart en me demandant comment il fait pour nous apporter une réelle substance, en se renouvelant, à chaque fois qu’il s’installe devant son clavier.

 

Agrégé de lettres, docteur d’Etat, Chaudenson s’est spécialisé dans le créole, langue de contact, langue de synthèse, surgeon d’autres langues. Bien souvent langue des dominés. Et, justement, lorsqu’il rassemble, pour l’écrit, 150 de ses textes, il nous donne à voir l’image d’un homme à l’écoute – pour qu’un créole existe il faut bien partir de l’écoute d’une autre langue – et d’un homme qui, sans être dominé, ne se place jamais du côté du manche. Sur le site de L’Obs, Robert Chaudenson signe ses interventions du pseudonyme Usbek, le philosophe persan de Montesquieu, le penseur au regard « étranger »,  l’un des fondateurs du relativisme culturel, une démarche qui pose que l’individu, dans ses actes, dans ses croyances, est déterminé en priorité par sa culture. Raison pour laquelle Chaudenson se cantonne, brillamment, à la surface des choses et – on le regrette parfois – se maintient toujours au bord d’une explication supérieure qui nous donnerait une vision réellement globale du monde. Ecoutons-le, par exemple, railler Jacques Delors, « ce syndicaliste de gauche farouche » qui envoie sa fille Martine au « Collège privé Notre-Dames-des-oiseaux ». C’est là que le bât comportemental blesse. Delors n’a jamais été farouchement de gauche. Il a milité au début des années cinquante dans un syndicat de droite avant de chercher sa voie dans une expression plus progressiste. Il est donc au centre d’énormes contradictions qui le dépassent, d’autant qu’il envoie sa fille – à moins qu'elle ne s'envoie toute seule, ce qui est à mes oreilles encore plus parlant – en sciences économiques à la fac d’Assas dominée par l’extrême droite. Mais, comme on dit à La Réunion, île qui est si chère à notre blogueur, « Foutan i angress pa koshon » : la critique est facile, l'art est difficile (les paroles ironiques n'engraissent pas les cochons).

 

Alors, ne boudons pas notre plaisir et lisons cet homme dont l’attitude (la posture comme on dit désormais) me fait un peu penser à celle de Dickens, vu par Orwell qui se regardait lui-même : un moraliste qui avance que si les hommes étaient « décents » le monde serait « décent », un observateur qui rejette les « petites orthodoxies nauséabondes », un écorché qui souffre d’une « colère généreuse », un auteur à la recherche du « détail superflu » mais ô combien parlant, qui voudrait que les personnes d’en haut ou d’en bas soient « finies et parfaites », un essayiste qui aurait sûrement souhaité retourner d’URSS avec un livre semblable à celui d’André Gide.

 

On l’a compris, Chaudenson n’est pas franchement de gauche (dix exemples de fraude sociale commis par des salariés contre un exemple de fraude patronale). Et pourtant, il offre des analyses qui frôlent le marxisme. Tout ce qu’il écrit sur la condition des immigrés en France, qu’ils soient de la première, deuxième ou troisième génération, leur exploitation par ce qu’il dénomme après d’autres « le Grand Capital » (l’expression lui écorche la bouche mais il l’utilise à maintes reprises parce qu’il n’y en a pas vraiment de meilleure) relève d’une analyse “ classiste ”. On lira également dans la même veine les propos toniques sur les carrières post-syndicales des hauts responsables de la CFDT.

 

Universitaire sa vie durant, Chaudenson produit des textes très pertinents sur la loi LRU, sur les pouvoirs exorbitants de présidents d’université (« à vendre ») que Pécresse puis Fioraso ont alléchés par de vulgaires mais très substantielles pépettes (les primes dans la Fonction publique font sourire les bénéficiaires de parachutes dorés dans le privé mais elles sont un scandale en soi, une insulte à la démocratie). Il faut écouter le linguiste Chaudenson déconstruire les illusions “ francophonistes ” de notre cher et vieux pays (son analyse sur « email, mail ou courriel » est un modèle du genre). Il faut également suivre ce consommateur dans les dédales où se perdent les canassons roumains transformés en viande innommable et innommée.

 

Les articles de Chaudenson sur la traite des Noirs sont remarquables. Il s’appuie sur les très bons auteurs, Serge Daget, par exemple, qui fut mon collègue à Abidjan, et il pose les bonnes questions, par delà l’approche politiquement correcte de la repentance. Il ne craint pas de poser la question qui tue : le rôle « considérable » joué par les Africains eux-mêmes dans la traite des esclaves avant même les débuts de la colonisation, qui n’a pas arrangé les choses, on le sait. Si, en 1999, l’ancien président du Bénin en visite à Baltimore est tombé à genoux en implorant le pardon des Afro-Américains pour le rôle que les Africains avaient joué dans la traite, ce ne fut pas simplement pour faire joli sur la photo. Spécialiste chevronné de l’étude des textes, Chaudenson nous propose une longue critique d’une loi dont tout le monde rira dans vingt ans, rédigée par Christiane Taubira en 2001, sur le « crime contre l’humanité » commis par la République française, texte qui comporte cinq postulats aberrants en cinq lignes.

 

Mais là où Robert Chaudenson est au sommet de son art, c’est quand il s’en prend à la figure – dérangeante au point d’en devenir malsaine – de Jacques Vergès. Auteur de l’indispensable Vergès père, frères & fils : une saga réunionnaise, notre blogueur ne part pas sans biscuits pour narrer, en commençant par l'intra-utérin de ce descendant de marchand d'esclaves, la vie d’un homme que l’on peut définir par un seul mot : le mensonge. Mensonge dans sa vie politique, mensonge dans sa vie privée, à commencer par le mystère de sa naissance. Les deux sont en coalescence. Concernant ce bifron, je m’en tiendrai à une seule question posée par Chaudenson à propos de la disparition de huit années de ce proche de François Génoud, d’Eyadéma, de Tshombé : « Jacques Vergès a toujours refusé de dire où il était allé pour détourner l’attention de la seule vraie question qui tient, non pas au lieu où il était réfugié mais aux raisons réelles de cette disparition qui en indiqueraient naturellement les causes, probablement peu avouables. » A propos de ce lieu, Chaudenson émet une hypothèse assez inattendue que je vous laisse le soin de découvrir.

 

Et puis, parmi mille autres points toujours intéressants, vous vous remettrez en mémoire les sinuosités grotesques et glaçantes de la carrière de Dieudonné M’bala M’bala et vous réfléchirez avec l’auteur à une question qui, mine de rien, n’est pas sans importance : pourquoi dans les sphères intellectuelles et politiques le mot “ genre ” (théorie du “ genre ”) a-t-il remplacé le mot “ sexe ” ?

 

Je souhaite une longue vie au chien de Robert Chaudenson.

Note de lecture (154)
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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 06:20

Un an après l'assassinat des collaborateurs de Charlie Hebdo, mon amie Mireille Azzoug, collègue de Bernard Maris à l'université Paris 8, a rédigé cet hommage qu'elle me propose de publier sur mon blog.

 

 

Il y a tout juste un an, le mercredi 7 janvier 2015,  Bernard Maris (né à Toulouse le 23 septembre 1946), professeur des universités, économiste, essayiste et chroniqueur au journal Charlie Hebdo, était froidement exécuté, avec neuf autres membres de l’équipe de cet hebdomadaire et deux policiers.

 

Le 19 mai 2015, l’Université Paris 8 et l’Institut d’études européennes (IEE, Paris 8) organisaient, avec le soutien des laboratoires LED-EA 331, CRESPPA-Labtop UMR-CNRS 7217 et de l’Association Charles Gide pour l’étude de la pensée économique, une Journée d’études en hommage à Bernard Maris, qui fut professeur à l’IEE de 1999 à son départ à la retraite en 2013.

 

Ci-après, le texte de l’hommage prononcé à cette occasion par Mireille Azzoug, directrice honoraire de l’Institut d’études européennes, qui retrace le parcours universitaire et intellectuel de Bernard Maris, et son approche, très critique, de l’économie dominante.

 

Nous saluons par ailleurs la création de la Chaire Unesco « Bernard Maris Economie-Sociétés », à l’initiative de l’association ALLISS (Pour une Alliance sciences sociétés), la Fondation Maison sciences de l’Homme et l’Unesco, qui sera inaugurée prochainement.

 

 

 

Bernard Maris était non seulement l’un de nos collègues, c’était, pour beaucoup d’entre nous, un ami : il avait rejoint l’Institut d’études européennes (IEE) en 1999 – après avoir été invité par Bernard Cassen à y présenter sa candidature – et y resta jusqu’à son départ à la retraite en 2013. Il y dirigea un temps le doctorat d’études européennes et, jusqu’en 2010, le Centre d’études des mutations en Europe, l’équipe pluridisciplinaire de recherche de l’IEE, que nous avons codirigée avec lui. Notre collaboration a donc duré plus de dix ans, au cours desquelles nous avons travaillé avec lui et appris à le connaître, avec ses nombreuses qualités et ses défauts aussi. Mais ce sont les éloges seuls, et il en mérite beaucoup, qui feront la trame du portrait qui suit, tissé non seulement partir de notre expérience personnelle mais aussi des hommages qui lui ont été rendus et de certains de ses livres, dont le dernier, Et si on aimait la France. Inachevé, publié à titre posthume en avril 2015, il a, en quelque sorte, valeur de testament : il y retrace son cheminement personnel.

 

Bernard nous disait souvent, « je ne suis qu’un petit paysan », issu du peuple – qui ne l’est pas – revendiquait-t-il. Son grand-père était maréchal-ferrant, « une sorte d’anar de droite », vaguement monarchiste, sa grand-mère, couturière à domicile, et son père instituteur, anticlérical, croix de guerre, prisonnier évadé, résistant. Occitan par son père et alsacien d’origine par sa mère, il vécut son enfance à Muret, petite commune de la Haute-Garonne, dans le Midi-Pyrénées, au Sud de Toulouse. Muret, qui devait compter à l’époque 5 000 à 6000 habitants, la ville du Président Vincent Auriol, précise-t-il.

 

De par ses origines, Bernard Maris se sentait appartenir à cette nation de paysans qu’est la France, dont il a conscience qu’elle n’est plus qu’un rêve nostalgique, une fable : « elle n’a plus que 500 000 agriculteurs exploitants et moins de 200 000 salariés agricoles », constate-t-il, « les paysans ayant laissé place à une agro-industrie délétère et destructrice, abreuvée aux subventions, hideuse dans ses immenses élevages pour animaux»

 

A la fac on lui enseigna que la « ‘productivité’  exigeait du remembrement, de grandes surfaces, le nivellement des haies et des fossés, des engrais et des machines. […] J’étais donc convaincu qu’il fallait niveler et mécaniser. Je pense aujourd’hui le contraire » écrit-il.

 

Le mythe de la France rurale « est un vieux pacte entre le pouvoir central et les régions, un vieux pacte qui se méfie des villes, des bourgeois, des intellectuels, des marchands. » 

 

« Mais le vieil équilibre de l’ordre éternel des champs, qui est tellement important parce qu’il signifie l’‘éternité d’un pays’, ne reviendra plus. Quel nouvel équilibre porterait une autre éternité ? », s’interroge-t-il.

 

Diplômé de Sciences Po Toulouse en 1968, il soutient en 1975 son doctorat en sciences économiques à l'université Toulouse-I sous la direction de Jean Vincens. Sa thèse, intitulée « La distribution personnelle des revenus : une approche théorique dans le cadre de la croissance équilibrée », montre déjà son souci d’une croissance maîtrisée. Il passe l’agrégation du supérieur en sciences économiques en 1994 à l’IEP de Toulouse et souligne au passage qu’il regrettait que l’enseignement de l’économie, pluridisciplinaire dans le secondaire – sous l’intitulé « sciences économiques et sociales » – devienne strictement disciplinaire dans le supérieur. Entré dans la carrière universitaire comme assistant en 1968, puis maître de conférences à l’Université des sciences sociales de Toulouse (UT-1 Capitole) en 1976, il est promu professeur en sciences économiques à l’Institut d’études politiques de Toulouse I en 1994. Sa nomination comme professeur se passa non sans difficultés, précisent ses collègues du LEREP (Laboratoire d’études et de recherches en économie de la production, dont il fut le directeur de 1994 à 1996), car l’hétérodoxe qu’il était trouva difficilement grâce aux yeux de ses pairs, qu’il avait fustigés avec une cocasse férocité, quelques années auparavant, dans deux livres : Des économistes au-dessus de tout soupçon ou la grande mascarade des prédictions (1990) et Les Sept Péchés capitaux des universitaires (1991).

 

Dans Des économistes au-dessus de tout soupçon, Bernard Maris « traque les sophismes, lieux communs, approximations, contre-vérités qui constituent la trame des oracles que nous dispensent nos économistes. […] L’économiste, en cette fin de XXe siècle a, dans notre société, le statut du médecin au XVIIe. … [Les économistes] sont les descendants directs des Diafoirus père et fils. Née de l'utilité, l'économie est devenue la science de l'inutile. Une fausse science au demeurant, plutôt l'exercice préféré des casuistes contemporains. Comme leurs religieux prédécesseurs, ils nous racontent savamment des choses invérifiables. Ils se sont progressivement installés dans une fonction magique, substituant la dictature du chiffre au discours politique et tarissant ainsi le débat démocratique.»

 

Quant aux universitaires, il passe en revue leurs « péchés capitaux » : « Chez eux, la luxure n’est qu’un penchant à la luxure et s’appelle lascivité ; l’avarice devient l’ignorance, la conservation jalouse de sa petite cassette de savoir ; la paresse reste la paresse, mère des vices, et l’envie, l’envie, mère des ulcères ; la gourmandise le cède à l’absence, qui permet d’arrondir ses fins de mois ; l’orgueil, dilué de vanité, devient la fatuité ; la colère n’existe pas, ils sont bien trop peureux, mais ils baignent dans la complaisance ».

 

Reconnaissant que la satire était un rien cruelle, il expliquait plus sérieusement :
« Nous sommes les derniers hommes libres, et je pense en effet que l’université a la chance, si elle le veut, de porter les derniers hommes libres dans la société actuelle. Ce qui me gênait, c’était cet asservissement de l’université, la disparition de l’esprit critique. L’université est un lieu, non de conformisme, mais de querelles, de débats. Je dénonçais les consensus mous, cette médiocrité qui est le contraire de l’esprit universitaire, de l’esprit de recherche autonome, indépendant, original, vivant.»

 

« En France – rappelle-t-il – il y avait traditionnellement plusieurs courants qui coexistaient en économie, à côté du courant libéral : un courant juridique, un courant historique, un courant philosophique. Tout cela, pour l’essentiel, a été laminé. Ne reste plus que l’économie libérale, c’est-à-dire raconter le marché, l’offre et la demande, l’équilibre, l’efficacité. C’est tout, et c’est toujours la même chose. De plus, tout cela est très formalisé puisque la France a une longue tradition d’ingénieurs qui se sont emparés de la formalisation. Résultat ? Plus du tout d’esprit critique. Ce qui est gravissime, d’autant que le niveau culturel des économistes français est désespérant. Ce sont des gens qui sont absolument acculturés, qui n’ont aucune lecture. À tel point qu’il y a des courants américains (aux États-Unis, il y a des institutionnalistes, des courants philosophiques, etc., relativement développés) qui échappent tout à fait à l’enseignement en France.» 

 

Allez, après cela, briguer un poste de professeur et vous faire adouber par un jury d’universitaires, économistes de surcroît. Même si un an plus tard (1995), l’hebdomadaire Le Nouvel Économiste lui décernait le prix du « meilleur économiste ».

 

 

 

Iconoclaste, humaniste, féru d’art et de culture, Bernard Maris était viscéralement attaché à la pluridisciplinarité, démarche rare, bien que souvent convoquée, chez les universitaires aujourd’hui : il assortissait ses analyses d’une kyrielle de références à de multiples disciplines – histoire, démographie, anthropologie, ethnologie, psychologie, psychanalyse – ainsi qu’à la culture, aux arts, à la littérature. Il n’est, pour s’en convaincre, que de feuilleter son Antimanuel d’économie, dont Olivier Pastré a dit qu’il est, par ses illustrations, une anthologie des arts. Pourfendeur à la plume caustique mais élégante, Bernard Maris était aussi un maître en rhétorique, qui mêlait aux figures de style tous les registres du langage, de l’ironie à la poésie, de la langue châtiée au parler vulgaire.

 

Étant nous-même linguistes à l’origine, nous sommes sensible à cet intérêt pour la langue et le discours. « Écrire est une passion française », intitule-t-il le chapitre II de Et si on aimait la France. C’est aussi une passion à laquelle Bernard Maris s’adonnait avec délectation, sous toutes ses formes : productions universitaires, journalistiques, chroniques, pamphlets, essais, romans. Il en écrivit plusieurs, dont un, L’enfant qui voulait être muet, fait une large part à la question du langage et de la langue. (Nous n’avons malheureusement pas lu ce roman, épuisé et difficile à trouver, mais, selon l’annonce éditoriale, il raconte l’histoire d’un petit garçon, Julien, né  du côté du Pré-Saint-Gervais, « qui baragouinait toutes les langues, mais s'obstine à ne plus parler depuis cinq ans. Perdu entre une mère jeune et fugueuse, un grand-père, joyeux pied-nickelé, la DASS, les orphelinats, les petits durs, il rencontre par hasard un philosophe égoïste et mondain qui s'acharne désormais à être son pygmalion et bouleverse leurs deux vies. De leur complicité et de leurs conflits naît un conte insolite sur l'impossibilité à dire et à aimer .

 

Ce goût pour la belle langue, dont il déplore le déclin, il l’a reçu, écrit-il, de son maître d’école, M. Vergniaud – un maître très sévère (républicain et pacifiste, il fut tué en Algérie, précise-t-il), qui faisait la lecture à sa classe les vendredis soirs. « Il n’abusait pas de « champs lexicaux » ou autres inconvenances : il nous donnait simplement envie de lire ».

 

Bernard Maris déplore les ravages de ce qu’il appelle la « conceptualisation », « cette maladie qui interdit de parler autrement que dans le style administratif… dans un sabir à jamais coupé du trésor de la langue,… cette langue qui permet encore de vitupérer l’époque au comptoir entre Français râleurs et bavards ».

 

Sa révérence pour la langue, fondatrice de la civilisation et de l’identité françaises, qui sont pour lui l’apanage du peuple français toutes origines confondues, il en témoigne encore lorsqu’il écrit  : « Pour moi, les deux plus grands défenseurs de la France sont François Cavanna, anarchiste, fils de maçon immigré italien, fondateur d’Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo, […] incroyable goûteur et apprêteur de la langue, ennemi radical du point-virgule que j’adore et le meilleur conteur de l’histoire et de l’architecture de Paris ; et Mustapha, algérien, correcteur de son métier [à Charlie, lui aussi abattu le 7 janvier], immigré, Mustapha dont la syntaxe est tellement parfaite qu’il en remontrerait au Bon Usage – fait par un Belge, si j’ai bonne mémoire ».

 

Les témoignages et hommages qui lui ont été rendus ont tous souligné sa jovialité, sa gentillesse, le caractère doux et tolérant qui était le sien, son absence d’arrogance, son respect des autres et son exquise politesse. Arrivant à l’université sur son scooter, tel un coursier des années 60, il passait saluer individuellement ses collègues, secrétaires et enseignants, distribuant fièrement à la ronde le dernier numéro de Charlie.

 

A l’égard des femmes, sa considération était sincère : nous n’avons jamais perçu chez lui le moindre machisme. En témoigne ce qu’il écrit de la galanterie et de la politesse dans Et si on aimait la France. Après avoir rappelé que la galanterie française est héritée de l’amour courtois, lequel naquit dans le Midi, avec les chevaliers troubadours, il poursuit : « Cette magnifique exacerbation du désir et du contrôle de soi […] est une hyper-galanterie, une hyper-politesse vis-à-vis des femmes, une reconnaissance absolue de la supériorité féminine et de l’autorité de son corps, telle que, même dénudé, il impose le respect au mâle sauvage, lequel en ayant su se dominer en devient humain… humain comme une femme…  La civilisation commence lorsque l’homme domine ses pulsions » et, haussant son propos à un plan politique, il conclut : « La galanterie est donc, il faut le reconnaître, une des formes de la démocratie. En l’absence de politesse règne la loi du plus fort ».

 

Cette même analyse l’amène à défendre, intelligemment, le refus du port du voile à l’école, « où la société ne doit pas s’exprimer », pas tant par obligation laïque mais, dit-il, parce les garçons doivent apprendre à regarder le corps, les cheveux des filles en se maîtrisant, « à voir autre chose dans une femme qu’un objet sexuel ».

 

Rebelle aux orthodoxies et à l’économicisme libéral ambiant, il voulait redonner à l’économie ses lettres de noblesse, celles du politique. Il admirait Keynes, qu’il convoquait souvent dans ses analyses. Ce qui le séduisait chez celui qu’il appelait l’économiste citoyen, c’était d’avoir su remettre l’économie à sa place, qui est d’être un outil au service de l’humanité. Dans l’introduction de l’ouvrage qu’il lui a consacré, Keynes ou l’économiste citoyen, Bernard Maris écrit : « Keynes est un pur économiste. C’est-à-dire qu’il ne peut envisager la réflexion économique sans l’art, la politique, le bien-être. […] On ne peut comprendre l’économiste Keynes, entrer dans une pensée diverse, riche, contradictoire, mais indiscutablement la plus grande pensée économique du siècle, en dissociant un seul instant les mots « économie » et « civilisation ». Voilà pourquoi l’économie de Keynes est d’une brûlante actualité, bien au-delà des « politiques de relance », des « baisses du taux d’intérêt », des recettes pour cuisines de ministères ou des ponts aux ânes pour étudiant en macroéconomie. Quel économiste aujourd’hui pense à la Cité ? Aucun. ».

 

En évoquant le rapport de Bernard Maris à Keynes, je me dois d’évoquer aussi celui qui fut son complice et ami, que l’IEE invita à deux reprises à son initiative : Gilles Dostaler. Économiste québécois à l’université d’Uqam, Gilles Dostaler était un éminent spécialiste de la pensée économique, et de Keynes en particulier, auteur notamment de Keynes et ses combats. Je me souviens que Bernard Maris fut très affecté par son décès en 2011. Dans l’hommage qu’il lui rendit dans Alternatives économiques, il écrit : « Gilles Dostaler m'avait réconcilié avec l'économie. Avec quelques autres, René Passet, François Morin, Jean-Pierre Dupuy, mais c'est surtout lui qui m'avait relevé du dégoût de l'économie dans lequel j'étais tombé, en ces temps d'imbécillité et d'arrogance pseudo-mathématique qui triomphait dans les années 1980-1990 (et dont on a vu récemment les conséquences dans les théories mathématiques des marchés financiers). [...] C'est de cette passion commune que naquit notre amitié. Keynes nous sauvait, Gilles et moi, moi plus que lui, de la tristesse dans laquelle nous plongeait l'économie orthodoxe, ses prix dits « Nobel », ses experts en ignorance, ignorance dont se délectaient, pour la diffuser, la quasi-totalité des journalistes qui véhiculaient la pensée dominante du laissez-faire. [...] Je n'ai jamais connu personne plus précise, plus minutieuse, plus honnête dans ses références.  [...] Il connaissait les vins. Il aimait la chasse, la pêche et la corrida. C’était, comme Keynes, un épicurien. »

 

Gilles Dostaler avait aussi, comme Keynes, une approche psychanalytique, freudienne de l’argent, qui séduisait Bernard Maris. De leur collaboration naquirent plusieurs publications, notamment Capitalisme et pulsion de mort, qui trace un parallèle entre Freud et  Keynes.

 

Outre Keynes, il est une autre question qui intéressait particulièrement Bernard Maris, celle du discours économique et de sa fonction de légitimation. Il assura régulièrement un séminaire de recherche sur ce thème et organisa, en 2001 à l’IEE, un grand colloque de trois jours intitulé la « Rhétorique de l’économie et légitimation du discours économique », suivi l’année suivante par des journées d’étude à l’Uqam. Comme toute science, l’économie s’auto-légitime, explique-t-il. « ... pour briser le cercle de l’autolégitimation, il faut revenir à l’origine de l’économie savante, qui se développe à l’ombre du pouvoir, lequel est confronté à l’opinion politique. Il apparaît que si l’économie s’auto-légitime comme toute science, elle échappe largement à la contrainte des faits, étant incapable le plus souvent de distinguer le normatif du positif, et surtout de s’abstraire du normatif : ce qui renvoie encore à l’opinion politique. En réalité, la confrontation de l’économie savante se fait avec l’opinion – laquelle exige de l’empirisme – à travers le discours expert. La position de l’économiste est tout sauf inconfortable : il auto-légitime un discours qu’il confronte à l’opinion sans que celle-ci puisse dénier une quelconque vérité à ses propos. Le discours expert, en quelque sorte, protège la science économique vis-à-vis de l’opinion. Ainsi, indépendante de la réalité économique,  la science économique, bien que soumise au pouvoir, peut le demeurer aussi de la réalité politique. »

 

« D’emblée, [les économistes] se posent comme des savants et choisissent un langage technique qui les sépare du commun. Ils relèvent donc de « l’élite », conseillère du Prince. » […] « Le Prince, comme l’opinion, attend de l’empirisme de la part de l’économiste, lequel cède la place à l’expert. [Celui-ci, qui] n’a aucune justification savante [… ], ne subit aucun contrôle puisque ni l’opinion ni le pouvoir n’ont la compétence nécessaire. Il est donc, sans aucun doute, dans une position ‘dictatoriale’ et ‘terroriste’ : il n’existe que parce que juché sur les épaules du pouvoir et parce que ses auditeurs sont dans l’ignorance et la terreur. »

 

Insistant sur le caractère prescriptif de l’économie, il ajoute : « Ne disant pas ‘il y a’, mais ‘il faut’, l’économie n’est pas une science, mais une discipline, au sens premier. »

 

Détachée du réel, l’économie possède pour lui le caractère totalisant des utopies : « La théorie économique est donc un système de représentation à travers laquelle les savants imaginent la cité idéale. Le postulat de rationalité est à la base de la rationalisation du monde. Les économistes donnent au devoir de rationalité des agents et au principe de rationalisation par le marché une aura de transcendance fatale, inévitable [la main invisible]. …

 

« Dans tous les cas, l’économiste dit en substance que l’économie apporte plus de bonheur à l’humanité : croissance, accumulation, expansion, développement sont inséparables de l’économie politique.  L’économie entend conduire l’humanité à son bonheur rationnellement, et souscrit à ce désir ‘d’efficacité qui conduit à plus d’efficacité’ ».

 

Dans l’Antimanuel d’économie, Bernard Maris dénonce le parti pris idéologique de l’économie : « Les économistes ont occulté la question du partage. Ils parlent de marché, de besoins, de services, d’offre et de demande sans se demander d’où viennent ces biens, ces services, ces besoins, ces marchés, ni pour qui ils ont été créés. Ils ont aussi occulté la question du pouvoir ».

 

Mais dès lors, s’interroge-t-il, « Pourquoi occulter le rôle majeur joué par l’altruisme et la gratuité dans le processus économique ? Qui a intérêt à ce que le problème économique (celui de la rareté) ne soit jamais résolu, dépassé, remisé à l’arrière plan comme le souhaitait Keynes ? »

 

Le marché « autorégulateur et pacificateur » est un pur mythe, conclut-il. « Le culte marial du marché est la tentative sournoise de masquer les rapports de l’économie et de la politique, de faire comme si une ‘science’, neutre, objective, indiscutable, avec son principe de ‘marché’ s’imposait à la vie des hommes en société ».

 

Et encore : « Mais le simple fait que le concept de concurrence lui-même, pour la description d’une société, soit un non-sens, un pur non sens, une croyance religieuse, n’est jamais envisagé. Autrement dit, que la société puisse ne pas être définie par rapport à la norme libérale est inenvisageable ».

 

 

 

Dans un débat télévisé, il argumentait : « L’économie, c’est une nouvelle morale et, contrairement à ce qu’on croit, c’est une morale très dure : tu dois être compétitif, tu dois être concurrentiel, tu dois marcher sur les autres, tu dois être dans la compétition de tous contre tous… Cette nouvelle morale, cette nouvelle religion… – aujourd’hui il n’y a pas d’autre vérité que de vérité économique…. On sait que désormais la richesse n’appartient qu’aux entreprises. Il y a d’autres façons de voir la richesse. Lorsqu’on aura vu que cette richesse n’est qu’une pseudo-richesse, que le roi est nu comme dans la fable... eh bien je pense que les passions vont se réveiller, et des passions relativement mauvaises. Et je crois qu’une des raisons pour lesquelles justement on voit une renaissance de certains nationalismes ou de certaines vieilles passions ou de vieilles rancœurs ou de passions tristes…, c’est justement que l’économie et l’économisme ont pris le pas sur toute autre forme de discours. Désormais, vous n’êtes plus qu’un taux de rentabilité, vous n’êtes plus qu’un chiffre dans des graphiques qui sont dressés en général par des gens qui ne sont pas très très compétents… ».

 

Et il ajoutait, avec une certaine nostalgie : « Mais ce n’est pas ça la vie d’une société. La vie d’une société, c’est quelque chose qui a besoin...  ceux qui n’ont pas Dieu, c’est le cas de la France – malheureusement ou heureusement… – il faut bien qu’ils aient d’autres passions. Et la République en avait d’autres : c’était, l’éducation, c’était l’universalité, c’était le modèle français, c’était encore la culture, c’était la littérature… Et on dit, tout ça c’est subalterne, au fond... On ne peut plus dire aucune chose qui ne soit pas mesurée par un chiffre, un ratio de rentabilité, un calcul, etc. »

 

Le « partageux » qu’il était par conviction militait pour le revenu minimum d’existence, l’économie sociale et solidaire, le développement durable, l’État providence et la gratuité des services publics, parce qu’ils font reculer l’insécurité, qui disait-il, « est le moyen de domination des humains, le moyen de les maintenir sous la botte. Les progrès sociaux comme la sécurité sociale donnent de la sécurité, donc nous rendent moins peureux. »

 

Attaché au bien commun, à la solidarité, à l’autonomie des citoyens aussi, il déclarait : « Il y a des choses qui ne sont pas négociables. L’écologie, par exemple. Il n’est pas question que le marché s’occupe de ça, pas question de créer un marché des droits de pollution. L’éducation, idem : pas un sou ne doit venir du privé. L’éducation est un bien collectif et public, l’éducation, c’est les droits de l’homme, c’est l’universalité du savoir, c’est le détachement vis-à-vis du marché. La monnaie, enfin : non négociable. Elle doit être contrôlée par les États de manière souveraine, pas question que ce soient des banques privées qui en contrôlent l’émission : derrière la monnaie, il y a la répartition de la richesse, l’activité économique, la croissance.»

 

Bien qu’ayant voté « oui » au traité de Maastricht et « oui » à l’euro, il écrivait, en avril 2014, dans un article paru dans Charlie Hebdo : « Je vire ma cuti. J’ai voté oui à Maastricht, oui au traité Constitutionnel. Aujourd’hui je pense qu’il faut quitter la zone euro. Il n’est jamais trop tard (même s’il est bien tard) pour reconnaître qu’on s’est trompé. J’ai cru, pauvre nigaud, qu’une monnaie unique nous mettrait dans la voie d’une Europe fédérale. […]

 

Les Etats conservaient l’autonomie fiscale, il n’y avait pas de budget fédéral. Dès lors au lieu de s’unir, à cause de la monnaie unique, les Etats allaient se lancer dans une concurrence fiscale et budgétaire …

 

Comme d’autres pays européens, « les Français ont également payé affreusement cher la politique de l’euro fort. Pourquoi une politique de l’euro fort ? Une monnaie forte est faite pour les prêteurs (les rentiers), une monnaie faible pour les emprunteurs (les ménages, les entreprises si elles sont situées en bas de l’échelle de production, si leurs produits sont en concurrence).

 

Chroniqueur sous le pseudonyme d’Oncle Bernard à Charlie Hebdo (dont il était le directeur adjoint de la rédaction) et à France Inter, collaborateur à Marianne, aux Échos, au Nouvel Observateur, au Monde, très souvent invité sur les plateaux de télévision, il développait partout ses analyses décapantes et lucides avec un humour facétieux et une bonhomie tranquille et joviale.

 

Libre penseur, anticonformiste, antimonétariste, ennemi de la financiarisation de l’économie, du productivisme, écologiste et altermondialiste, Bernard Maris, dont Jacques Sapir a pu dire « qu’il reste un modèle d’économiste citoyen », était aussi un militant. Il fut vice président du conseil scientifique d’ATTAC, dont il promut les combats, participa au forum social mondial de Porto Alegre en 2001 et, en 2002, fut candidat des Verts aux élections législatives à Paris dans le 5e arrondissement.

 

 Mais Bernard Maris était-il peut-être surtout, et avant tout, un chercheur, un enseignant et un pédagogue, ce qu’a voulu consacrer l’université Paris 8 en donnant son nom à sa salle des thèses lors d’une cérémonie solennelle, le 4 mars 2015.

 

On lui demandait souvent ce que lui, qui n’arrêtait pas de fustiger l’économie et les économistes, pouvait bien enseigner. « Je réponds – écrit-il – ‘d’abord l’histoire économique’. Et avec quel plaisir ! Les faits économiques. […] Ensuite un économiste doit raconter l’histoire sociale »

 

A l’IEE, il enseigna avec brio le fonctionnement des marchés, les rouages de l’économie financière et boursière, l’économie du développement durable, la rhétorique de l’économie et sa fonction de légitimation du discours dominant. Et il fit des étudiantes et des étudiants particulièrement heureux.

 

Deux collègues, spécialistes d’histoire économique et d’économie sociale ont aujourd’hui pris la relève de Bernard Maris à l’IEE : Gilles Raveaud et Arnaud Orain. La filiation de l’économie, au sens que souhaitait Bernard Maris, se trouve ainsi assurée. Un effet de sa main invisible ?

 

Mireille Azzoug

Directrice honoraire de l’Institut d’études européennes (Paris VIII)

Maître de conférences hors classe retraitée

 

 

 

 

Parcours universitaire et professionnel de Bernard Maris (établi d’après son curriculum vitae, complété par les informations publiées sur Internet par Wikipédia :

 

 

Diplômé de Sciences Po Toulouse en 1968.

 

Doctorat en sciences économiques à l'université Toulouse-I en 1975. Thèse intitulée « La distribution personnelle des revenus : une approche théorique dans le cadre de la croissance équilibrée », sous la direction de Jean Vincens.

Agrégation (science économique générale) en 1994 à l’IEP de Toulouse.

Assistant (1968), puis maître de conférences (1984) à l’Université des sciences sociales de Toulouse (UT1-Capitole), puis professeur (1994)  de sciences économiques à l’Institut d’études politiques de Toulouse.

Professeur à l’Institut d’études européennes, Université Paris 8, de 1999 à 2012.

 

Fonctions universitaires

 

Directeur du Centre universitaire de Montauban : 1994-1999 et Directeur du DEA « Économie industrielle et de l'emploi ».

Directeur du LEREP (Laboratoire d’études et de recherches en économie de la production) de 1994 à 1996, Institut d’études politiques, Université de Toulouse 1.

Directeur du doctorat « La construction européenne. Enjeux géopolitiques, économiques et socioculturels »,  Institut d’études européennes, Paris 8, de 1999 à 2006.

Directeur du Centre d’études des mutations en Europe, Institut d’études européennes, Paris 8, 2000 à 2011.

Membre élu du Conseil national des universités (CNU) de 1999 à 2002.

Membre du comité scientifique  des revues : Sciences de la Société, Cahiers de l'Innovation, Ecorev-Revue critique d'écologie politique.

 

Distinctions

 

Le magazine Le Nouvel Économiste lui attribue en 1995 le titre de « meilleur économiste de l’année ».

Coordinateur du Schéma régional d'aménagement du territoire de la région Midi-Pyrénées, 1996-1997.

Vice-président du Conseil scientifique de l’association ATTAC, 1998-2001.

Directeur de la collection « Albin Michel Économie » aux Éditions Albin Michel (Paris) à partir de 1999.

Nommé membre du conseil général de la Banque de France en décembre 2011.

Président d’honneur de « Je me souviens de Ceux de 14 » et de la Société des amis du Mémorial de Verdun.

 

Publications

 

Outre de très nombreux articles et chroniques, Bernard Maris est l’auteur de :

 

Économie

Éléments de politique économique : l'expérience française de 1945 à 1984, Privat, 1985.

Des économistes au-dessus de tout soupçon ou la grande mascarade des prédictions, Albin Michel, 1990.

Politiques économiques conjoncturelles, PUF, 1991, coll. « Que sais-je ? » , coécrit avec Alain Couret.

Les Sept Péchés capitaux des universitaires, Albin Michel, 19991.

Jacques Delors, artiste et martyr, Albin Michel, 1993.

Parlant pognon mon petit. Leçons d’économie politique, Syros, 1994.

Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie !, Albin Michel, 1998, coécrit avec Philippe Labarde.

Keynes ou l'économiste citoyen, Presses de Sciences Po, coll. « La bibliothèque du citoyen », 1999 et 2007.

Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles, Albin Michel, 1999,  et Seuil,  coll. « Points-Économie », 2003.

La Bourse ou la vie - La grande manipulation des petits actionnaires, Albin Michel, 2000, coécrit avec Philippe Labarde.

Malheur aux vaincus : Ah, si les riches pouvaient rester entre riches, Albin Michel, 2002, coécrit avec Philippe Labarde.

Direction de La légitimation du discours économique, Sciences de la société, n° 55, Presses universitaires du Mirail, 2002 (Actes du colloque international du même nom organisé par B. Maris à l’IEE en 2001).

Antimanuel d'économie : Tome 1, les fourmis, Bréal, 2003.

Antimanuel d'économie : Tome 2, les cigales, Bréal, 2006.

Gouverner par la peur, Fayard, 2007, coécrit avec Leyla Dakhli, Roger Sue et Georges Vigarello.

Le Making of de l’économie, Perrin, 2008, coécrit avec Philippe Chalmin et Benjamin Dard.

Petits principes de langue de bois économique, Charlie Hebdo, 2008

Capitalisme et pulsion de mort, Hachette, coll. « Pluriel », 2010, coécrit avec Gilles Dostaler.

Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné ? Éditions Les Échappés, 2010 et Champs actuel, 2012.

Plaidoyer (impossible) pour les socialistes, Albin Michel, 2012.

Journal d’un économiste en crise, Les Échappés/Charlie Hebdo, 2013 (sélection de textes d’Oncle Bernard (Bernard Maris) publiés dans Charlie Hebdo depuis 2005).

Préface à La reprise tranquille,  Charlie Hebdo, l’Année 2014 en dessins, 2014.

Et si on aimait la France, Grasset, à paraître en avril 2015.

 

 

Essais

 

L’Homme dans la guerre. Maurice Genevoix face à Ernst Jünger, Grasset, 2013.

Houellebecq économiste, Flammarion, 2014.

 

 

Romans

 

Pertinentes Questions morales et sexuelles dans le Dakota du Nord, Albin Michel, 1995.

L'Enfant qui voulait être muet, Albin Michel, 2003.

Le Journal, Albin Michel, 2005.

 

 

Articles

 

« La reconquête de l’économie dans ses dimensions politiques et éthiques », Cosmopolitiques n° 5, « L’économie peut-elle être solidaire ? », ouvrage collectif, L’Aube, coll. « Essai », 2003.

 

 

Mes illustrations (BG).

 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 06:25

Paul Ariès se lance à juste titre dans un éloge de l’athéisme « face au terrorisme et à la destruction de la planète » : Notre résistance au terrorisme et à la barbarie doit nous porter toujours plus du côté du vivant, de tout ce qui permet de fonder une société ouverte, libre, égalitaire et fraternelle, ce qui suppose de défendre la laïcité et l’athéisme. »

 

Philippe Godard se demande si le numérique sert à la lutte contre les terroristes ou contre les populations, avec le constat que la surveillance informatique n’a strictement pas empêché les massacres que nous avons connus depuis 2001. L’antiterrorisme, avance-t-il, est « avant tout un modèle de profilage des populations. »

 

Dans “ Culture de masse et narcissismes numériques ”, le même Philippe Godard propose l’analyse suivante : « Dans un monde global comme le nôtre, ce que l’on appelle la “ culture numérique ” jour un rôle crucial. Elle doit, comme toute culture dans toute société, donner des cadres intellectuels au monde, esquisser des ouvertures éthiques, politiques ou esthétiques, penser les événements, être le ciment de la collectivité. »

 

Godard poursuit avec “ La mégamachine à l’âge digital » : « Le modèle que Lewis Mumford a proposé de notre système économique et social en tant que Mégamachine fonctionne à l’évidence dns le monde numérique qui se met en place sous nos yeux. »

 

Pour Thierry Brugvin, “ Les élites n’ont pas besoin de réguler le climat ” : « les élites ne trouvent pas véritablement d’intérêt à la régulation des émissions de CO2. […] Les plus riches estiment que le réchauffement climatique ne les empêchera pas de vivre. »

 

Jean-Marc Sérékian pousse un cri : « Paix au charbon ! Face à la supercherie de la COP 21, il faut briser le faux consensus » et admettre qu’il y a pire que le charbon dans les « entreprises climaticides : les gaz de schistes, les TIC et la voiture électrique. »

 

Pour Moins, journal roman d'écologie politique, le parlement suisse et l’écologie dans le pays, se sont droitisés. La droite dure et populiste représente 30% de l’électorat. Les verts ont perdu 10 sièges. La Suisse est à l’image de l’Europe.

 

Marion Baralles s’entretient avec Taslima Nasreen, écrivaine et féministe bengalaise, à l’occasion de sa traduction de French Lover, dernier roman de l’autrice publié aux éditions Utopia. Où l’on découvre, par exemple que les Indiens ne veulent pas se marier avec des femmes à la peau foncée. Ou alors contre une dot considérable. Mais, comme d’habitude, dans Les Zindigné(e)s, ce genre de petite horreur qui fait diantrement avancer la cause des femmes : « tou-tes les lecteurs/trices, même les moins instruit-es. »

 

Jacques Leclercq auteur de De la droite décomplexée à la droite subversive. Dictionnaire 2010-2012 et Néo-nazis et ultra-droite, « décrypte » (comme on dit maintenant) le phénomène des Rouges-Bruns. Ce courant est né dans l’Allemagne des années trente, avec des scissions de “ gauche ” au sein du parti nazi. Certains dissidents rejoindront le parti communiste. Des flux inverses se produiront. Lors des élections législatives de 1932, Walter Ulbricht se vantera d’avoir constitué « un front unique de classe avec les prolétaires nazis ».

 

Jean-Claude Olivier (membre de la Confédération paysanne) explique pourquoi « il faut préférer le veau et le bœuf au porc et à la volaille » : « Les ruminants, grâce à leur système de digestion, transforment les aliments grossiers à base d’herbe en protéines intéressantes pour les humains, sur des surfaces où il n’est pas possible de réaliser du maraîchage ou des cultures de céréales destinées à l’alimentation humaine. […] Les ruminants sont des alliés des couches populaires. »

 

Le même Jean-Claude Olivier explique dans un autre article que « la graine est un enjeu de domination mondiale de l’humanité. » Les paysans ont interdiction de semer ce qu’ils veulent, en particulier les semences de ferme ou des variétés non inscrites au catalogue. Six sociétés multinationales se partagent le marché mondial. Lorsque les semences étaient simplement prélevées sur la récolte précédente, il n'existait pas de marché. Ça n’allait pas…

 

Dans “ De la différence à l’indifférence, vices et vertus du libéralisme ”, Florent Bussy (j’aime beaucoup la photo de la page d’accueil de son blog) expose que « Le libéralisme est au cœur de notre temps. Il étend son ombre (ou sa lumière) sur l’ensemble des activités humaines. Il fait de la liberté un principe indiscutable. Mais il la réduit à la propriété d’un individu autonome, ne devant rien à personne. De force progressiste qui secoue le joug de tous les conservatismes sclérosants, il s’est mué en une nouvelle puissance inégalitaire sans complexe. Doit-on choisir entre liberté et égalité et le libéralisme constitue-t-il aujourd’hui l’ennemi de tout combat pour l’égalité ? »

 

Laurent Paillard l’affirme en se moquant : « L’Europe et l’écologie ne sont ni de gauche ni de droite ! ». La question européenne « serait un combat entre de gentils progressistes et de méchants réactionnaires – comme l’a rappelé Daniel Cohn-Bendit le 5 novembre sur Francfe Inter ».

 

Arnaud Parienty (auteur de School Business. Comment l’argent dynamite le système éducation. Éditions La Découverte) nous met en garde contre le “ School business : l’éducation face au danger de l’argent roi ” : « La formation des élites coûtent cher. Un sociologue a calculé que la formation d’un brillant diplômé comme Laurent Wauquiez avait coûté autour de 300 000 euros à la collectivité. […] Les étudiants des grandes écoles qui ne respectent pas l’obligation de servir l’Etat pendant dix ans ne sont plus tenus de rembourser ce qu’ils ont touché (cas de l’école Polytechnique).

 

Yann Fiévet dénonce la nouvelle lubie des projets pharaoniques : « Face à l’emballement climatique sur lequel « la communauté internationale » n’aura probablement pas la volonté de peser vraiment comme la preuve en sera bientôt dramatiquement administrée à Paris/Le Bourget, un autre emballement – largement responsable du premier – déroule ses effets désastreux : la frénétique mise en chantier de projets pharaoniques d’aménagement. Ces chantiers sont impulsés par des élus nationaux et/ou locaux incapables d’imaginer les moyens de contenir les effets dévastateurs du « modèle » productiviste de la croissance sans fin. Leur réalisation est souvent confiée aux mastodontes du BTP. Ainsi, à la Réunion, deux firmes de « taille mondiale » sont unies pour la réalisation de la Nouvelle Route du Littoral […]. Là comme ailleurs en métropole, le dossier est entaché d’irrégularités administratives et juridiques. »

 

Les Zindigné(e)s n° 30
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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 06:47

Dans Politis, le syndicat Solidaires finances publiques souhaite « Bonne année » à la fraude fiscale :

 

Alors que la fraude fiscale coûte chaque année entre 60 et 80 milliards d’euros, Solidaires Finances Publiques, force syndicale de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), évalue dans un communiqué à 3 173 le nombre de suppressions d’emplois au sein des différents services de contrôle de la DGFIP en cinq ans. 32 000 postes depuis 2002. 10 000 emplois menacés en 2016.

 

Dans Les Zindigné(e)s de décembre 2015, Arnaud Parienty nous met en garde contre le “ School business ” : « La formation des élites coûtent cher. Un sociologue a calculé que la formation d’un brillant diplômé comme Laurent Wauquiez avait coûté autour de 300 000 euros à la collectivité. […] Les étudiants des grandes écoles qui ne respectent pas l’obligation de servir l’Etat pendant dix ans ne sont plus tenus de rembourser ce qu’ils ont touché (cas de l’école Polytechnique).

 

Dans ce même mensuel, Yann Fiévet dénonce la nouvelle lubie des projets pharaoniques : « Face à l’emballement climatique sur lequel « la communauté internationale » n’aura probablement pas la volonté de peser vraiment, un autre emballement – largement responsable du premier – déroule ses effets désastreux : la frénétique mise en chantier de projets pharaoniques d’aménagement. Ces chantiers sont impulsés par des élus nationaux et/ou locaux incapables d’imaginer les moyens de contenir les effets dévastateurs du « modèle » productiviste de la croissance sans fin. Leur réalisation est souvent confiée aux mastodontes du BTP. Ainsi, à la Réunion, deux firmes de « taille mondiale » sont unies pour la réalisation de la Nouvelle Route du Littoral […]. Là comme ailleurs en métropole, le dossier est entaché d’irrégularités administratives et juridiques. »

 

 

 

L’Humanité a consacré un article à Gisela Mota, maire de la ville mexicaine de Temixco au Mexique (100 000 habitants), assassinée dans son salon, devant sa famille, au lendemain de sa prestation de serment. La veille, elle promettait de lutter contre la criminalité.

 

Gisela Mota vivait avec ses parents. Son domicile, situé dans un quartier modeste de la ville de Temixco, se remarque par sa porte en bois rustique et son four en argile, le long de la façade extérieure. La jeune femme de 33 ans était encore en pyjama ce samedi matin. La veille, elle avait fêté son entrée en fonction lors d'une soirée dansante avec musique traditionnelle. Sa mère préparait un biberon pour un cousin de Gisela, né la veille, lorsqu'un commando armé a sauté par-dessus le mur de sa maison et fait irruption. "Je leur ai dit que s'ils voulaient me tuer, qu'ils me tuent en premier", a expliqué Juanita Ocampo, la mère de la défunte, lors d'un hommage devant le congrès de l'Etat de Morelos. "Mais elle leur a dit « je suis Gisela ». Ils l'ont prise parce qu'elle était très courageuse". Les hommes armés l'ont alors emmenée dans le salon où ils l'ont abattue de six balles devant ses parents. Son père, désespéré, a poursuivi en courant les tueurs.

 

On termine par une note culturelle. Théophraste R. du Grand Soir, révèle que La mort de Michel Galabru a bouleversé Fleur Pellerin qui a déclaré : « Michel Galabru portera à jamais dans le cœur des Français l’uniforme singulier d’un humour tendre et populaire. Immense comédien ».

 

Elle aurait ajouté (c’est à vérifier) : Dès que j’aurai fini de lire le livre de Modiano, j’irai voir Le Gendarme de Cinq trompettes qu’il a tourné avec Louis de Finesse, un autre immense acteur qui a marqué le cinéma français et contribué à son rayonnement planétaire ».

 

Pour sa part, Nadine Morano aurait dit l’avoir surtout aimé dans Les sous-doués, Nicolas Sarkozy dans Le juge et l’assassin, Michel Sapin dans La bourse ou la vie, Manuel Valls dans Soigne ta droite et François Hollande dans Elle cause plus… elle flingue (avec Valérie Trierweiler).

 

Tout cela reste à vérifier et Le Grand Soir n’hésitera pas à faire amende honorable si s’est glissée ici une erreur sur cet immense acteur, génial et populaire, qui a été glorifié dès ses débuts par l’intelligentzia germanopratine, “ Le Masque et la Plume ” et Télérama.

 

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 06:39

Jean-Emmanuel Ducoin. Bernard, François, Paul et les autres… Paris, Editions Anne Carrière, 2015

 

Rédacteur en chef du quotidien L’Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin est l’un des meilleurs chroniqueurs du cyclisme français actuel. Je cite régulièrement son blog dans ma revue de presse. Il fut proche de Laurent Fignon, de Cyrille Guimard et, pour ce présent et remarquable ouvrage, a quelque peu côtoyé Bernard Hinault.

 

Né en 1966, Ducoin avait donc 19 ans lorsque Hinault remporta son cinquième et dernier Tour de France en 1985. Le jeune homme va accompagner cette épopée dramatique (Hinault se blessa durement au visage dans l’étape de Saint-Etienne) en compagnie de son grand-père, groupie de François Mitterrand, alors que lui, militant communiste lucide, ne passe rien aux socialistes qui ont fait le choix de “ L’Europe, l'Europe, l'Europe ” (comme disait De Gaulle) contre les intérêts des classes populaires. On l’a compris : ce livre sur le cyclisme s’inscrit – comme on dit – dans un contexte social et politique qui n’a guère changé depuis, celui de la prise en main de la politique mondiale par le capitalisme financier. Longwy s'effondre, le savoir-faire sidérurgique français disparaît à jamais. La classe ouvrière lorraine meurt à moyen feu sous un gouvernement de gauche, sous l’autorité de Louis Schweitzer (petit-neveu d’Albert Schweitzer et de Charles Munch, cousin de Jean-Paul Sartre, mais ceci est une autre histoire), directeur de cabinet du ministre de l’Industrie Fabius, qui enverra 21 000 lettres de licenciement, comme autant de flèches assassines, à des travailleurs « blêmes » qui se souvenaient que Giscard et Barre avaient nationalisé Usinor et Sacilor pour repousser une liquidation industrielle néanmoins voulue. La CFDT va jouer un rôle mortifère et grotesque. Ancien responsable syndicaliste, Jacques Chérèque, le père moustachu de son fils zozotant, devenu « préfet délégué pour le redéploiement industriel en Lorraine » propose des Schtroumpfs pour remplacer les laminoirs ! Deux ans et 107 millions de francs de déficit plus tard, la couillonnade à Schtroumpfs fait faillite. En 1995, il ne reste plus que 500 métallurgistes dans le bassin de Longwy.

 

Nous sommes à une époque où, selon l’auteur, la classe ouvrière n’a pas encore été tout à fait placée « hors champ ». Ils y ont cru, ils y croient peut-être encore. On peut tout de même penser qu’ils ne sont pas tout à fait dupes du Tapie de l’époque qui s’abat, tel un charognard, sur les entreprises en difficultés et qui, en réalisant deux ou trois très gros coups dans le cyclisme français, va en changer la nature pour toujours. Hinault, LeMond et les autres vont servir et se servir de « l’artefact publicitaire », du « sponsoring » à la petite semaine, de la « glorification » de personnages complètement fabriqués. Ils seront à l’image de ce qu’en 1981 Baudrillard exprimera comme un simulacre, « une liquidation de tous les référentiels » (Simulacres et simulations).

 

Heureusement qu’à l’opposé du simulacre, il est des Pierre Chany, ancien résistant, conscience du XXe siècle cycliste : « Depuis sa création en 1903, le Tour nous paraît immuable, grand et grandiloquent, mythique et mystique. Nous ne pouvons le comprendre qu’en l’installant dans les pas de l’histoire, avec un grand H, pour l’incarner dans quelque chose de plus grand que nous. » C’est sûrement pour cela, précise Ducoin, que depuis la naissance du Tour, et plus encore depuis 1936 et les congés payés, les Français « font allégeance au rendez-vous de juillet en tant que dernier terrain d’expression collective authentiquement populaire. » Ou, pour l’exprimer comme le philosophe Robert Redeker, la grande boucle est une incarnation de la France, « il partage avec Michelet et le nationalisme de gauche l’idée de la France engendrée par la Révolution. Il répand le sentiment d’une consistance charnelle de la France, un nationalisme de chair. »

 

Autant Ducoin admire sans réserve le champion exceptionnel (« les hommes à vélo ressemblent à ce qu’ils sont », écrit-il), autant il n’éprouve guère de sympathie pour l’homme, « conservateur réac ». Hinault fut vraisemblablement le plus formidable athlète de l’histoire du cyclisme. Comme Coppi, il avait des fémurs démesurés par rapport à ses tibias. Il avait la puissance lombaire d’un Anquetil et un VO2 max record inégalé de 97 (celui d’un homme jeune et en bonne santé est de 45). Il nourrira sans peine la machine à fantasmes qu’est le Tour de France, alors qu’un Armstrong ou un Indurain avaient un tout petit peu plus de charisme qu’une porte de prison. Mais, comme Muhammad Ali, Hinault a « un désir, un rêve, une vision ». Son talent est plus fort que sa technique. Et puis il va profiter (et en plus ça rime) du dernier mythe de la France industrielle : la Régie Renault, avec « le lien quasi charnel qui l’unit aux Français ». Demandez aujourd’hui à votre voisin de palier qui est le propriétaire de Renault. Cela lui sera aussi facile que de déterminer qui possède les équipes cyclistes Movistar Team, Canondale ou Orica GreenEdge.

 

Hinault vire un contestataire mais ne tombe pas !

 

 

Lorsqu’Hinault se fracasse quelques centaines de mètres avant l’arrivée à Saint-Etienne, les pouvoirs publics ont laissé mourir la Manu, le commanditaire phare de l’équipe de football mythique de l’époque. Feuilleter ses catalogues revenait à stimuler une mémoire personnelle et collective, enchanter l’imaginaire de nos lares, faire revivre les objets de nos vies. En 1973, 4 000 salariés de la Manu produisent 30 000 machines à coudre Omnia et 80 000 fusils. Six ans plus tard, la société est mise en règlement judiciaire. En 1985, l’entreprise est liquidée, totalement abandonnée par le pouvoir qu’on appelle pas encore “ solférinien ”. A la même époque, Peugeot-Talbot avait annoncé sa volonté de supprimer 8 000 emplois. Même la CFDT s’était mobilisée. C’était tout dire… L’équipe cycliste Peugeot était la dernière grande équipe professionnelle dont le commanditaire avait vendu des vélos depuis 1905. Elle fut dans les années 60, l’équipe de Merckx ; dans les années 70, l’équipe de Thévenet, dans les années 80, celle de Millar, de Duclos-Lassalle, de Sean Yates. Malheureusement, les salariés des autres entreprises automobiles ne se mobilisèrent pas à la hauteur de l’enjeu. Le patron Calvet, proche de Giscard, encouragea un syndicat de nervis, jaunes comme le maillot du Tour, qui fit régner la terreur. Pour faire oublier leur trahison en matière sociale, les socialistes amusèrent la galerie avec SOS Racisme, une association au nom tellement ambigu (fallait-il lancer un SOS contre le racisme ou pour le racisme ?).

 

Question superfétatoire : Hinault s’est-il dopé ? Comme Poulidor, Hinault n’a jamais triché. Comme Poulidor, il possédait un moteur de Ferrari quand les autres roulaient en Picasso. Il n’a certainement jamais eu besoin de “ saler la soupe ”, d’autant qu’à l’inverse d’Edouard Louis Joseph, baron Merckx, il ne voulait pas tout gagner, alors qu’il aurait pu. Et avec encore plus de panache que le citoyen de Tervuren. Elevant le débat, Ducoin propose une réflexion politique sur le dopage : « Le dopage, qui épouse quasi mécaniquement l’évolution de la société, ruine toute conception d’égalité. Les inégalités se sont creusées dans le cyclisme aussi. On connaît l’histoire : les plus fortunés disposent des meilleurs produits à la mode ; l’ascenseur social monte moins aisément au septième siècle […]. » Je me souviens avoir rencontré en 1998 un commercial de Festina au moment du scandale du même nom. Je lui dis : « Ça cogne pour vous en ce moment. » Il me répond : « Pas du tout ! La popularité de Virenque et ses pleurs en direct à la télé, tout cela nous fait une pub’ d’enfer. »

 

 

Salarié de Tapie, Hinault sait être le patron de choc du Tour

 

 

Bref, Hinault acheva sa carrière dans la France des années fric, dont Jean-Emmanuel Ducoin dresse un portrait bien sombre : « Une épreuve sportive pour titans, un racheteur d’entreprises manipulateur, un président qui se tournait le dos lui-même, une brassée de roses fanées tendues par des Brutus et des Judas de la gauche, une génération qui se prétendait morale pour mieux cacher sa vilénie politique et ses goûts de caviar et de lambris dorés. »

 

Moins de panem, plus de circenses.

 

 

 

Sur le monde du cyclisme en général, j’ai rendu compte du très puissant livre de Philippe Bordas Forcenés .

 

Sur le dopage, j’ai rendu compte du livre bien utile de Jean-Pierre Mondenard Tour de France, 33 vainqueurs face au dopage entre 1947 et 2010.

 

Sur Gino Bartali (et Fausto Coppi), j’ai rendu compte du livre de Jean-Paul Vespini Gino le juste.

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 06:10

 

Le Monde Diplomatique de janvier 2016 est bien sombre. Peut-on s’en étonner ?

 

Dans son éditorial Serge Halimi estime que le FN « verrouille l’ordre social » :

 

Tout profite à l’extrême droite française : une économie en panne, un chômage dont la courbe s’envole au lieu de s’inverser, la hantise du déclassement et de la précarité, une protection sociale et des services publics menacés, un « projet européen » aussi savoureux qu’une gorgée d’huile de ricin, une vague migratoire que gonfle le chaos de plusieurs Etats arabes, des attentats de masse dont les auteurs se réclament de l’islam… Sans oublier, depuis près de trente ans, un Parti socialiste qui partage avec la droite à la fois la responsabilité de politiques néolibérales désormais cadenassées par les traités européens et le projet de se maintenir indéfiniment au pouvoir (ou, pour la droite, d’y revenir) en se présentant, élection après élection, comme le barrage ultime contre le Front national (FN).

 

 

Benoît Bréville déplore le « haro sur Schengen » :

 

Plus d’un million de demandes d’asile ; des dizaines de bateaux accostant chaque jour sur les plages grecques ou maltaises ; un nombre record de morts en Méditerranée ; des pays qui envoient l’armée pour surveiller leurs frontières… D’une ampleur exceptionnelle, la vague migratoire de 2015 a sérieusement enrayé le fonctionnement de l’Union européenne. Entre les mois d’août et octobre derniers, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie ont toutes rétabli des contrôles à leurs frontières pour bloquer l’arrivée de réfugiés.

 

 

Jean-Jacques Gandini redoute un « état d’exception permanent » :

 

Après plus d’un mois d’état d’urgence, le bilan apparaît bien maigre : une seule mise en examen pour terrorisme et aucune information judiciaire. Alors que les meilleurs connaisseurs réclamaient davantage de moyens techniques, humains et financiers pour la justice, le gouvernement français a donné tout pouvoir à une police sans boussole, au mépris de l’efficacité et des libertés fondamentales.

 

 

En Amérique latine, la gauche est « en panne » (Renaud Lambert) :

 

Défaite cinglante au Venezuela, virage à droite en Argentine, crise économique et politique au Brésil, manifestations de rue en Equateur : la gauche est à la peine en Amérique latine. Les manigances de Washington ne suffisent pas à expliquer un tel essoufflement. De la Caraïbe à la Terre de Feu, les forces progressistes se trouvent une nouvelle fois confrontées à leurs vieux démons.

 

 

Le même Renaud Lambert estime que le continent n’a jamais « résolu sa dépendance aux matières premières » :

 

Lorsque les Etats-Unis éternuent, l’Amérique latine s’enrhume », disait-on autrefois. Les miasmes ne descendent plus du nord : ils traversent le Pacifique. Mais la menace demeure. Dès les années 1950, l’économiste argentin Raúl Prebisch avait analysé les dangers de cette dépendance vis-à-vis des soubresauts d’économies étrangères — le Royaume-Uni, les Etats-Unis, puis la Chine.

 

 

 

Yoletty Bracho et Julien Rebotier réfléchissent à la révolution bolivarienne :

 

Au cours des seize années qui ont suivi l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, en 1999, la révolution bolivarienne a créé les conditions de sa propre mise à l’épreuve, par le bas, à travers la promotion du « pouvoir populaire ». Cette mobilisation, l’Etat chaviste ne l’invente pas. Il lui reconnaît une place qui devient progressivement significative. Surgissent au premier plan de nouveaux citoyens : ils ont la peau mate, comme Chávez ; ils sont pauvres et vivent dans les quartiers populaires. Si le chavisme n’est pas parvenu à opérer les transformations structurelles nécessaires à un Etat rentier son legs historique pourrait être d’avoir élevé cette frange de la population au rang de catégorie centrale de la vie politique.

 

 

Selon Angelina Montoya, l’Argentine est en pointe en matière de transsexualité :

 

Il y a quelques années, M. Mauricio Macri, aujourd’hui président de l’Argentine, comparait l’homosexualité à une « maladie ». Son ton a changé : il sait que douze années (2003-2015) de gauche au pouvoir ont transformé le pays, notamment sur la question des identités civiles et sexuelles.

 

 

 

Alvaro Garcia Linera invite à ce propos la gauche à tirer « sept leçons » :

Les révolutions ressemblent moins à des Escalators sans fin qu’aux vagues qui déferlent sur le rivage. Elles se dressent, avancent, paraissent suspendues dans leur mouvement, puis retombent, avant de se lever à nouveau. Les étapes de ce mouvement continu dépendent de la vigueur des mobilisations populaires, qui détermineront l’avenir de notre continent. Or les forces progressistes se trouvent confrontées à diverses difficultés qu’il faudra dépasser.

 

 

Pour Gregory Wilpert, il y a « un avis de tempête au Venezuela » :

 

Après dix-neuf victoires sur les vingt scrutins organisés depuis l’élection d’Hugo Chávez, en 1998, le terme « défaite » avait presque disparu du vocabulaire de la gauche vénézuélienne. Sa déroute face à la droite lors des législatives de décembre 2015 la prive-t-elle du contrôle du pays ?

 

 

 

Pour Rachel Saada, et quoiqu’en pense la majorité des médias, le code du travail est garant de l’emploi :

 

Feu sur le droit et sur le code du travail, qui angoisseraient patrons et salariés et seraient responsables du chômage ! Ils doivent être réduits, ramenés à quelques grands principes, entend-on partout. Pourtant, avant de chercher à les déconstruire, il serait judicieux de voir comment ils se sont construits. Rien n’est là par hasard. Comme dans un écosystème, chaque élément est utile à certains, et le tout, utile à tous.

 

 

Martine Bulard se demande si la Corée sera un jour réunifiée :

 

Soixante-trois ans après la fin de la guerre qui a divisé la Corée en deux, aucun traité de paix n’a été signé pour normaliser les relations entre les deux pays. Au Sud, les dirigeants conservateurs imaginent une absorption du Nord sur le modèle de la réunification allemande. L’histoire coréenne ne présente pourtant que peu de points communs avec celle de l’Allemagne.

 

 

Tandis que Sung Ilkwon repère un « virage autoritaire à Séoul » :

 

Quelques 40 000 personnes ont manifesté sur l’immense place de la mairie de Séoul, le 5 décembre 2015, pour protester contre la répression menée par la présidente Park Geun-hye, au pouvoir depuis février 2013. Le 14 novembre, à l’appel de 118 organisations affiliées à la Confédération coréenne des syndicats (Korean Confederation of Trade Unions, KCTU), 130 000 Coréens s’étaient en effet rassemblés pour dénoncer la réforme du droit du travail, la reprise en main des manuels scolaires d’histoire et l’accord de libre-échange avec la Chine. La police avait utilisé des canons à eau, faisant une trentaine de blessés, dont un grave.

 

 

Laura-Maï gaveriaux nous parle de la « Tunisie abandonnée » :

 

Marginalisées de longue date, les régions intérieures de la Tunisie continuent d’être livrées à elles-mêmes et n’ont guère tiré profit de la révolte de 2011. Une situation qui alimente colère et désenchantement, dans un contexte marqué par les incertitudes politiques et la persistance de la violence.

 

 

Une Tunisie où Thierry Brésillon voit se profiler « une alliance conservatrice à l’ombre de la menace djihadiste » :

 

En dépit de la douceur exceptionnelle de ce début d’hiver, une humeur maussade flotte dans l’air de Tunis. La vie continue, mais la joie des semaines qui suivirent la chute du régime de M. Zine El-Abidine Ben Ali, en janvier 2011, s’est dissipée. La Tunisie a connu une année 2015 éprouvante, durant laquelle elle a subi trois attentats majeurs revendiqués par l’Organisation de l’Etat islamique (OEI) contre des cibles emblématiques du tourisme et de l’Etat. Conséquence : la saison touristique s’achève sur un bilan catastrophique. Les entrées de janvier à novembre ont diminué de 26 % et les recettes, de plus de 33 % par rapport à l’année précédente. La croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait être quasiment nulle. Et, pour l’année 2016, rien ne permet d’espérer que la conjoncture offrira des perspectives d’amélioration sociale à des Tunisiens épuisés par l’augmentation des prix et par la persistance d’un chômage massif.

 

 

 

Ça ne s’arrange pas au Bénin, qui « carbure à la contrebande » (Sabine Cessou) :

 

Pionnier de la démocratie en Afrique, le Bénin est en campagne pour l’élection présidentielle de février prochain. Mais, si l’alternance est une tradition dans ce petit pays frontalier du Nigeria, l’économie s’affranchit des règles et repose sur un trafic d’essence à grande échelle. Symptôme d’un Etat fragilisé.

 

 

Pour Frédéric Lemaire et Dominique Plihon, Bruxelles « rallume la mèche » en matière de finance :

 

Selon ses promoteurs, la mise en place d’une union des marchés de capitaux d’ici à 2019 devrait améliorer le financement des entreprises et stimuler l’investissement dans l’Union européenne. Mais ce projet, défendu par le lobby bancaire et élevé au rang de priorité par la nouvelle Commission européenne, fait craindre le retour de la crise financière.

 

 

Anne-Cécile Robert décrit le parcours sans fin de la directive maternité à Bruxelles :

 

Un certain mystère entoure l’enlisement, depuis sept ans, de la directive harmonisant le congé maternité dans l’Union européenne. Pour une fois, la Commission n’est pas en cause : ce sont les gouvernements des Etats membres qui, au sein d’une instance méconnue – le Comité des représentants permanents , ont enterré le projet, au risque de susciter une crise institutionnelle.

 

 

La meilleure de l’année, peut-être : un socialiste (Bernie Sanders) se lance à l’assaut de la Maison blanche (Bhaskar Sunkara) :

 

Les primaires pour l’élection présidentielle américaine de novembre 2016 débuteront le 1er février. Côté démocrate, Mme Hillary Clinton est donnée favorite, mais son adversaire socialiste Bernie Sanders a réalisé une percée remarquée au cours des derniers mois. S’il suscite l’opposition des médias et de l’establishment de Washington, ses idées ont su catalyser une part du mécontentement populaire.

 

 

Gilles Bouvais explique comment s’est créé en Allemagne un syndicat de détenus :

 

Certes, bagnes et travaux forcés appartiennent au passé. Pour autant, le travail n’a pas disparu de l’univers carcéral. On le présente désormais comme un outil de réinsertion. Mais un détenu est-il un travailleur comme un autre ? Quels sont ses droits, et qui les défend ? En Allemagne, ces questions ont franchi les murs des maisons d’arrêt depuis la création d’un syndicat de prisonniers.

 

 

A lire, de Guy Scarpetta, un article sur la « fulgurance » de Tadeusz Kantor :

 

Négligé par les célébrations officielles, le metteur en scène polonais Tadeusz Kantor n’en demeure pas moins une référence mythique dans le théâtre d’aujourd’hui. Mais quelle mémoire pouvons-nous garder d’un art qui a disparu en même temps que son créateur ?

 

 

Le Monde Diplomatique (90)

Gérard Mordillat analyse la financiarisation du cinéma (« Le sujet ! le sujet ! le sujet ! ») :

 

Une nécessité absolue de l’œuvre littéraire ou cinématographique s’est perdue. Chaque année, des centaines de livres, de films, de téléfilms sont écrits, produits et réalisés ; mais à quel besoin impérieux cette profusion répond-elle ? Une nécessité profondément politique, au sens de « qui concerne la cité » ? Une nécessité intime, où la vie même des auteurs serait en jeu ? Une nécessité intellectuelle de porter le fer dans la plaie ? Non. Désormais, une seule et unique nécessité domine la création : la nécessité financière. La presse publie régulièrement le classement des meilleures ventes, des meilleures entrées, comme un palmarès où l’excellence se mesure sur l’échelle du profit.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 06:43

 

 

« En 2020, on comptera donc 25 millions de seniors, soit deux fois plus que les moins de 20 ans » (Le Monde, 6 septembre 2000).

 

 

A l’origine, « senior » est en anglais un comparatif qui signifie « le plus vieux des deux » (« John Smith senior ». A partir du XVIe siècle, le mot « senior » est apposé à la personne qui, dans une communauté, a la plus forte ancienneté. Aux Etats-Unis, « senior » s’applique aux étudiants de dernière année (« senior year » : la classe de terminale). Le terme a donc diverses acceptions. Dans les universités, la « senior common room » est la salle des professeurs. Un « senior executive » est un cadre supérieur. Dans les affaires, un « senior partner » est un associé majoritaire. Dans les institutions politiques, un « senior minister » est un ministre d’Etat. En Angleterre, le sens de « personne âgée » date du moyen âge.

 

 

 

Le mot a été emprunté à l’anglais vers 1890. D’abord dans le domaine sportif (un senior est plus âgé qu’un junior), puis, par le biais de la publicité, dans le sens de retraité ou même d’actif en fin de carrière professionnelle. Le marché de l’emploi étant ce qu’il est, on est désormais « senior » à partir de 50 ans. Dans les pays de langue anglaise, l’expression « l’emploi des seniors » s’exprime par « jobs for older people ». Lorsque, dans un long document, Manpower utilise des dizaines de fois le mot « senior » (« Comprendre et recruter les seniors », « Aider les seniors à faire le bon choix »), on ne sait jamais très bien à qui on a affaire. Là est le problème : les entreprises, comme les responsables politiques, cherchent des expédients pour prendre en charge les personnes plus ou moins âgées, afin que les dernières années de leur carrière professionnelle ne soit pas un enfer. En français, le mot « senior » est devenu un terme négatif, de défensive, contrairement à des expressions à la fois plus volontaristes et plus douces telles « les tempes grises », le « troisième âge » (voir l’expression canadienne « l’âge d’or » : « J'ai eu le privilège de participer à plusieurs soupers de l'âge d'or. »

 

Préférer : personne âgée, troisième âge, aîné, doyen, salarié âgé, âge d'or.

 

PS : Joël Martin, la Comtesse du Canard Enchaîné, me donne ce conseil :

 

Ne pas confondre "l'écho des seigneurs" et "les queues des seniors".

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 06:09

 

On commencera 2016 en citant Maxime Vivas dans Le Grand Soir, qui s’est intéressé de près à la vraie carrière d’Ursula Gauthier, correspondante de L’Obs en Chine et expulsée de ce pays. Je reprends la conclusion de son long article, fort bien argumenté :

 

« Il y a quelque chose de glaçant dans le raisonnement d’Ursula Gauthier pour qui des ouvriers chinois qui extraient du charbon au Xinjiang sans être originaires de cette région chinoise ne méritent pas plus de compassion (ou alors, qu’elle l’exprime enfin !) que celle que manifestait chez nous l’extrême droite dans les pogroms meurtriers anti-italien de 1893 à Aigues-Mortes, ou dans le racisme anti-polonais dans le Nord ou dans les récentes exactions corses contre les lieux de culte musulmans.

Malgré une hostilité envers la Chine que ses articles précédents attestent, Ursula Gauthier aurait sans doute obtenu une fois de plus la prolongation de son visa, si elle ne s’était avisée de tracer les frontières de la Chine, de délivrer des droits du sol, d’insinuer qu’il y a des Chinois moins Chinois que d’autres (les Han) et qui feraient bien de rester chez eux, de déguiser en patriotes (jusqu’à les absoudre) des terroristes vérolés par le nationalisme, le racisme, l’intégrisme religieux, la sauvagerie, le mépris de la vie des autres Chinois. »

 

 

Sur son blog, Jean-Emmanuel Ducoin nous rappelle ce que Gramsci disait du nouvel an :

 

« Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. […] La  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. »

 

 

Pour Bernard Cassen, dans Mémoires des Luttes, il existe un fil rouge entre climat, réfugiés et terrorisme :

 

« Le lien de cause à effet est évident entre, d’un côté, les guerres qui, de l’Afghanistan au Proche-Orient, ont créé les conditions locales d’émergence d’un terrorisme islamiste qui se projette également dans d’autres zones géographiques et, d’un autre côté, les immenses déplacements de population en cours et à venir : 3 millions de réfugiés prévus en Europe dans les prochaines années, sans parler des millions qui se trouvent entassés dans des camps en Turquie, en Jordanie et au Liban. Mais ces réfugiés des zones de conflits ne font que s’ajouter à ceux en provenance des zones de misère, en premier lieu d’Afrique. Même si, par miracle, le Proche-Orient retrouvait la paix, ces flux sont potentiellement sans limites car ils renvoient à la situation de non développement et d’explosion démographique de bon nombre d’Etats africains. »

 

 

 

Le déversement des boues rouges ayant de nouveau été autorisé dans les calanques de Marseille, Politis cite Eric Gilli, de l’université Paris 8 : « un phénomène d’aspiration d’eau de mer permet à ces boues de remonter de quelques kilomètres à l’intérieur de l’aquifère des Calanques. On les retrouve donc dans la rivière souterraine qui alimente la source de Port Miou près de la zone des rejets ». Politis précise qu’il s’agit d’un phénomène en cours d’extension qui a également des effets très nocifs sur la faune maritime. Au nom, argument classique, de la préservation de l’emploi. La multinationale ALTEO, va donc continuer à polluer la mer alors qu’il existe des solutions techniques pour arrêter les rejets et traiter les effluents à terre. Mais le changement de technologie (promis depuis des lustres) représenterait un investissement que refusent ses actionnaires.

 

 

 

 

En 2007, une étude menée par Richard Wiseman de l’université de Bristol impliquant 3 000 personnes a montré que 88% des résolutions de la nouvelle année échouaient. Concernant le taux de succès, il serait amélioré sensiblement lorsque les résolutions sont rendues publiques et qu'elles obtiennent le soutien des amis. Et comme n’a pas dit François Mitterrand, « trop de bonnes résolutions tuent la bonne résolution ».

 

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 06:02

Sans CO2, la vie sur terre, telle que nous la connaissons, n'existerait pas. Entre autres bienfaits, le CO2 permet la biomasse à travers la photosynthèse. Sans CO2, pas de chlorophylle.

 

 

Il y a une trentaine d’années, j’enseignais à l’université d’Abidjan. Je côtoyais journellement une bande de djeuns docteurs, spécialisés en physique de l’atmosphère, ce qu’on appelle plus communément la météorologie. Déjà à l’époque, on parlait du réchauffement, des émissions de gaz carbonique. Un peu pour se donner bonne conscience, les Blancs d’Afrique disaient que la cause principale du problème était les émissions de méthane des bovidés africains, en clair les pets des vaches, ainsi que les brûlis effectués par les paysans. Assurément, cela entrait en ligne de compte. J’avais personnellement du mal à imaginer que trois pets de zébu pouvaient polluer davantage que les usines de la Ruhr.

 

Lorsque je demandais à mes amis si nous nous dirigions vers une catastrophe écologique, eux qui avaient Bac + 10 me répondaient qu’ils n’en savaient rien, qu’il leur était impossible de trancher.

 

Aujourd’hui, on tranche, au nom du politiquement correct, d’un réel fascisme intellectuel. Ainsi, une chaîne de télévision publique a-t-elle viré un de ses collaborateurs qui pensait à contre-courant.

 

Je n’ai personnellement aucune opinion parce que je n’ai aucune compétence. Je propose ci-après les analyses d’un scientifique suisse à qui je ne conseillerais pas de fréquenter les couloirs de France 2.

 

En matière de sciences, le scepticisme est un devoir. Cette forte assertion n'est pas de moi mais d'un ancien directeur de recherches au CNRS, ancien élève de Pierre-Gilles de Gennes, et qui tient le blog Pensée unique.

 

Un entretien de Werner Munter et Laurent Grabet pour Le Matin.ch

 

Il y a une semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pointait une nouvelle fois d’un doigt accusateur l’homme et le CO2 qu’il produit comme principaux coupables du réchauffement climatique. Pour Werner Munter, spécialiste mondialement reconnu des avalanches, qui se penche compulsivement sur le phénomène depuis trois ans, «ces gens sont des imbéciles qui répètent en boucle des bêtises, le savent et sont payés pour ! » Le Bernois nous a longuement reçus pour étayer ces accusations entre une tranche de viande séchée et deux verres de Cornalin. Son diagnostic climatosceptique, loin d’être celui d’un hurluberlu, est partagé par d’éminents scientifiques dont deux Prix Nobel. Il nous l’explique.

 

Vous affirmez que l’homme n’a rien à voir avec le réchauffement. Pourquoi ?

 

Précisons tout d’abord que je ne conteste pas le réchauffement lui-même. Je l’ai d’ailleurs constaté en tant que guide de montagne en voyant les glaciers reculer. Celui qui nous fait face par exemple a perdu 100 m depuis que j’ai acheté cet appart en 1989. En 2005, le pilier Bonatti des Drus s’est effondré à cause du réchauffement du permafrost. Ce que je remets en cause, ce sont les causes de ce réchauffement. Elles n’ont rien à voir avec l’homme ou avec le CO2 comme on nous le serine. Je suis arrivé à cette conclusion pour trois raisons.

 

Quelles sont ces raisons ?

 

La première, c’est tout simplement l’analyse des données climatiques reconstituées sur des millions d’années. Rien que dans les 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Au Moyen Age, il était par exemple possible d’aller en vallée d’Aoste depuis Arolla avec les troupeaux car le glacier n’existait plus. Lors des deux premiers optima, le Sahara était une savane avec des lacs, des arbres et des éléphants. Avant cela, pendant des centaines de milliers d’années, il a fait plus chaud qu’aujourd’hui. Et parfois jusqu’à 7 degrés plus chaud! Or le GIEC se concentre sur les 150 dernières années. Autant dire qu’il regarde autour de son nombril. Les reconstructions paléoclimatiques montrent aussi que, pendant des centaines de millions d’années, il n’y a pas eu de corrélations entre le CO2 dans l’atmosphère et la température sur terre.

 

Votre second argument ?

 

La concentration de CO2 – qui est soit dit en passant un gaz vital et non pas un poison – dans l’atmosphère est négligeable. Il y en a un peu moins de 0,5‰ dans l’atmosphère, et au maximum 5% de cette quantité est imputable à l’homme. Pour un million de molécules d’air, il y a seulement 20 molécules de CO2 produites par l’homme. Et chaque année, notre industrialisation rajoute 4 molécules de CO2 pour chaque million de molécules d’air, mais la moitié est absorbée par les océans et les plantes. Et on veut nous faire croire que cette infime proportion due à l’homme est une catastrophe? J’ai beaucoup de peine à le croire (rires).

 

 

 

Pourquoi dès lors la thèse officielle fait quasi consensus ? Vos collègues scientifiques ne sont pas tous des imbéciles !

 

Ces théories visent à nous culpabiliser. Quand des scientifiques comme ceux du GIEC disent qu’ils veulent sauver la planète, je dis qu’ils ne sont pas crédibles. Ils mentent pour préserver des intérêts économiques dont les leurs. Car il y a tout un business derrière la lutte contre le réchauffement. Il y a une volonté de faire peur aux gens par exemple en dramatisant la montée des océans, alors que ceux-ci ne s’élèvent que de 2 à 3 mm par an! C’est aussi une manipulation intellectuelle de parler de CO2 en tonnes plutôt qu’en proportion. Des tonnes, ça impressionne, mais rappelons que l’atmosphère pèse 5 000 000 000 000 000 tonnes !

 

Votre dernier argument est que la thèse officielle contredit les lois de la physique. C’est-à-dire ?

 

Celle de la thermodynamique en particulier. Pour faire simple: la terre fait 15° en moyenne. L’atmosphère censément polluée de CO2 est grosso modo à -30° à 10 km d’altitude. Qu’elle réchauffe la Terre qui est bien plus chaude qu’elle est une aberration. La thermodynamique nous dit que la chaleur va toujours vers le froid et jamais dans le sens inverse, ce que correspond à notre expérience quotidienne.

 

Finalement, comment expliquez-vous ce fichu réchauffement ?

 

Je n’ai pas de réponse car trop de facteurs entrent en jeu. Par contre, j’ai des hypothèses. Je soupçonne par exemple les variations de l’intensité du rayonnement solaire – qui répondent à des cycles – de jouer un rôle central, tout comme les processus nucléaires complexes et méconnus qui sont à l’œuvre au centre de notre Terre. Quoi qu’il en soit, c’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat. La nature est bien plus forte que l’homme, nous ne sommes pas les maîtres de la Terre!

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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