Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 06:26

Dans 1984, Dieu est mort. Pas de religion révélée. Pas de transcendance. Dans cette dystopie, les valeurs sont inversées. La trinité, le nombre 3 sont utilisés de manière perverse. L’instabilité (2 + 1, 2 contre 1) est la norme. Le monde du livre est divisé en trois continents (l’Océanie, l’Eurasie et l’Estasie). Chaque continent est dirigé par un parti unique. Le parti d’Océanie est l’Angsoc (Ingsoc pour English Socialism). Les trois superpuissances sont en état de guerre permanente, selon des alliances mouvantes – et incompréhensibles. La subdivision d’Océanie où vit Winston Smith est composée de trois classes: les “ Proles ” (les prolos), 85% de la population qui partagent leur temps entre un travail abrutissant et des loisirs superficiels, le Parti Extérieur, auquel appartient Winston, les exécutants (13% de la population), et le Parti Intérieur, l’élite intellectuelle dévoyée (2% de la population). Les classes ne communiquent pas et ne connaissent pas d’ascenseur social.

 

L’idéologie de l’Angsoc est résumée en trois slogans :

 

La Guerre c’est la Paix

La Liberté c’est l’Esclavage

L’Ignorance c’est la Force

 

Des propositions a priori incompréhensibles, sauf pour les initiés. Par ailleurs, l’Angsoc est régenté par trois « principes sacrés » : la double pensée qui permet de croire en même temps une chose et son contraire, la mutabilité du passé qui amène une réécriture perpétuelle de l’Histoire, et la dénégation de la réalité objective par lequel un passé en perpétuelle mutation est imposé à un présent immobile. Le roman comporte trois personnages principaux, deux membres du Parti Extérieur (Winston et Julia) et un membre du Parti Intérieur (O’Brien), alliés de manières changeantes selon les exigences de la diégèse et du point de vue.

 

Dans ce monde, le sentiment qui domine est la peur, une peur ancestrale puisque tout vient d’en haut de manière inattendue, et l’absence de règles stables, ce qui fait que rien n’est donné comme illégal ou légal.

 

La nourriture est insuffisante et mauvaise, la pensée est contrôlée, tout comme les pratiques sexuelles (un membre du Parti Intérieur qui a recours à une prostitué eencourt 25 années de prison). La capitale est régulièrement bombardée, sans qu’on sache réellement par qui ni pourquoi, le rationnement est généralisé et inexplicable. L’amitié n’existe plus. Les enfants sont embrigadés, au besoin contre leurs parents. Il est interdit d’exprimer des émotions personnelles ou des pensées autonomes. On ne peut donc concevoir, rêver un monde autre. Comme l’Histoire est constamment réécrite, l’individu n’a plus de mémoire.

 

Ce monde sans Dieu est un monde sans Père : Big Brother, le grand frère est à la fois Jésus et le Père. Dans les familles du Parti Extérieur, les pères n’ont aucune autorité. Par le télécran, les affiches, les films, les timbres, les livres, les drapeaux, les pièces de monnaie, Big Brother est partout à la fois (je reviendrai sur cette omniprésence de l’image plus bas). Le visage de Big Brother est énorme, sa moustache est menaçante et son regard inquisiteur (« Big Brother te (vous) regarde »). Personne ne l’a jamais vu, tout comme personne n’a jamais vu Goldstein, l’ennemi public n° 1, l’ancien compagnon qui a trahi et qui tente de mettre le système en péril (paradoxalement – et à front renversé, si je puis dire – les cheveux de Big Brother sont noirs tandis que ceux de Goldstein, ainsi que les poils de son bouc, sont blancs). Goldstein est un ange déchu qui bêle de manière hystérique alors que la voix de Big Brother est profonde et calme, parfois brutale. Le Parti a toujours raison et il possède le droit de vie et de mort.

 

Dans 1984, le profane et le sacré ne font qu’un. Dans ce monde incompréhensible et insupportable, le héros poursuit une quête : il veut comprendre et défier au nom du bon sens (le common sense cher à Orwell). Le monde solide existe, pense-t-il contre un système qui a décrété que 2 et 2 peuvent être égaux à 5 et qu’il est possible d’abolir l’orgasme. Les pierres sont dures, maintient-il, l’eau est liquide, la loi de la gravitation existe. Il n’y a pas de quête sans transgression, sans dépassement des interdits, sans une démarche vers la beauté, la sensualité. Le journal qu’achète Winston pour écrire sa vie est « lisse et crémeux ». Le presse-papier qui, plus tard, volera en éclats, est lui aussi fort beau et lui rappelle les sensations de l’enfance. La nature est clémente parce que le chant d’un oiseau est porteur d’espoir.

 

 

 

 

Julia, c’est Eve, la tentatrice. Féminine, quoique de manière ambiguë : elle porte un uniforme qui signifie la chasteté, ce qui excite d’autant plus Winston. C’est elle qui fait le premier pas. Elle désinhibe Winston qui en vient à admettre qu’il « hait la bonté et la pureté » et qui pense que la pourriture pourra saper le système. O’Brien aussi est un tentateur. Winston est fasciné par son intelligence. Il se laisse aller aux aveux : « nous avons commis le crime de la pensée et l’adultère ». Lors d’une messe parodique, Winston se déclare prêt à commettre les pires crimes, à commencer par la lecture du livre “ de ” Goldstein, la Bible des opposants.

 

Après cette transgression, Winston devra être purifié, « sauvé ». O’Brien va l’enjôler avant de l’éduquer selon un processus en trois étapes : « apprendre, comprendre et accepter ». Winston est alors torturé physiquement, non pour qu’il avoue des crimes connus depuis longtemps par le pouvoir, mais pour qu’il soit brisé. Il apprend ensuite que la vérité objective n’existe pas. Le Parti produit et contrôle une vérité mutante et fonctionnelle. Enfin, O’Brien va briser l’amour que Winston voue à Julia, pour ne plus aimer que Big Brother. En trahissant celle qu’il a aimé, Winston atteindra la Rédemption.

 

Revenons à Big Brother en tant qu’image. Hobbes disait que gouverner c’est faire croire. Par exemple faire croire que Big Brother existe car le pouvoir n’existe que par l’idée que l’on s’en fait et les mots qui le signifient. Dans Le voyage sentimental à travers la France et l’Italie (1768), Sterne avait décrit l’effet que faisait la Bastille sur les Parisiens : la Bastille n’est qu’un mot pour désigner une tour, écrivait-il, mais « la terreur est dans le mot ». En tant qu’imago, en tant qu’idole, en tant qu’abstraction (Hervé Bazin définissait l’image cinématographique comme l’abstraction par l’Incarnation), Big Brother est le principe exclusif et ultime de l’Histoire. Personne ne l’a jamais vu, il ne figure ni dans l’espace ni dans le temps, il est le masque par lequel le Parti se montre aux humains. Il n’est pas plus visible que les financiers du CAC 40. Il EST le parti. Tels les gnostiques qui postulaient que le Verbe se fût fait chair, le totalitarisme océanien impose l’image d’un Big Brother pur esprit. Vouloir comprendre la nature de Big Brother est anxiogène.

 

Dans Océanie, les ascenseurs ne fonctionnent pas, les lames de rasoir sont rouillées mais le système dispose des techniques les plus perfectionnées pour asservir, c’est-à-dire surveiller et punir selon le principe freudien que la culpabilité ne suit pas crime mais qu’elle le précède. Dans La violence et le sacré, René Girard a montré comment la violence fondatrice, inhérente à toute société, est canalisée par les dictateurs « résolus à perpétuer leurs conflits afin de mieux perpétuer leur emprise sur les populations mystifiées. » Le monde étant vide de sens, regarder l’image de Big Brother, c’est regarder … rien. Souvenons-nous, dans cette optique, de l’évolution de la médiatisation de la guerre. Celle du Vietnam montra des soldats en pieds, des blessés, des cercueils, des victimes civiles. La guerre du Golfe ne livra que les effigies des leaders et des images de jeux vidéos pour adultes. On en est toujours au même stade à l’occasion de la guerre au Proche-Orient. L’image s’est déplacée de l’agora pour entrer dans les espaces mentaux, ou alors elle a transformé l’agora en un espace qui abolit les distances physiques et mentales, qui préfigure le télévangélisme et le village global, qui prétend unir et ne fait que niveler.

 

Le regard de Big Brother est aussi un sexe : « Nous allons vous vider et vous emplir de nous-mêmes », dit O’Brien à Winston. C’est aussi une bouche qui fait des sujets de simples bouches, des caquets se confessant à l’infini. Le monde matériel et immatériel a été atomisé. Les individus ont été fractionnés en mille morceaux. Le sujet est une « cellule » qui n’a d’autonomie que dans la mesure où il « cesse d’être un individu ».

 

Big Brother ne ressemble en rien aux bourreaux de l’Inquisition. Il est un dictateur post-moderne (au sens où il efface le temps, l'espace, les hiérarchies culturelles et où le monde réel est squatté par un monde fictionnel) qui agit sans règles préétablies, qui travestit le rapport du passé au présent et qui pose non ce qui est et qui a été, mais ce qui aura été. Big Brother est un deus absconditus, un dieu caché et tapi en chacun des individus. Il ne console pas, il soumet. Il est « terrible et secret », comme disait Le Clézio dans Les géants. Autrefois, le roi avait deux corps, l’un physique, l’autre juridique et symbolique. En coupant la tête du corps physique, on pouvait ne pas fracasser le symbole (« le roi est mort, vive le roi ! »). On ne peut pas couper la tête de Big Brother ; on ne peut ni attenter à son corps ni à sa représentation. Ottokar n’a pas à montrer son sceptre pour justifier son pouvoir. Comme on ne peut pas fermer les écrans dans les appartements, le discours et les images coulent sans interruption en déversant de la stérilité, de la mort et de l’éternité.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 06:40

Selon Marianne.fr, 765 licenciements ont été annoncés par la direction de General Electric début janvier. Parmi les sites touchés : Levallois et Massy. Sur les 300 salariés licenciés à Massy, 113 verront par ailleurs leurs activités – la réalisation de chaudières pour centrales électriques – délocalisées aux… Etats-Unis.

 

L’entreprise « embauchait » pourtant « et répondait à des appels d’offres en Europe et dans le monde ». Comment expliquer alors un tel choix ? La logique est purement financière. La pérennité de la technologie hexagonale est par conséquent en jeu.

 

 

Le Monde cite un rapport de l’OIT. Entre 1995 et 2015, « le taux mondial de participation des femmes à la population active est passé de 52,4 % à 49,6 % ». En 2015, 1,3 milliard de femmes étaient présentes dans le monde du travail contre 2 milliards d’hommes. Elles sont surreprésentées « parmi les travailleurs qui contribuent à l’entreprise familiale », c’est-à-dire travaillant pour leur conjoint ou leur famille, notamment dans les entreprises agricoles, dans l’artisanat, le commerce. Les écarts salariaux ne s’expliquent pas seulement par les différences d’éducation ou d’âge. « Ils sont aussi liés à la sous-évaluation du travail accompli par les femmes et des compétences requises dans les professions et les secteurs dominés par les femmes », notent les auteurs du rapport.

 

 

 

On sait qu’on débaptise aujourd’hui des rues en Ukraine. Mais Kiev n’a pas l’apanage du politiquement correct. Presse Océan nous explique qu’à Nantes il est des noms de rues ou de bâtiments publics très douteux. Faut-il débaptiser la rue du négrier nantais Guillaume-Grou ? Ou celle de l’ancien maire de la ville, Danyel de Kervégan ? Et la rue Montaudouine ? Ces hommes ont pour point commun d’avoir participé à la traite négrière en tant qu’armateurs.

 

À Orvault, une petite rue porte le nom de Charles Richet, médecin, prix Nobel en 1913. Il considérait « les Noirs comme étant inférieurs aux singes ».

 

L’ancien stade de football de Nantes porte le nom de Marcel Saupin. Saupin adhéra au groupe « Collaboration » en 1942, un mouvement qui prônait la rénovation française, la réconciliation franco-allemande. Ce mouvement antisémite était dirigé par Alphonse de Châteaubriant, directeur du journal La Gerbe.

 

Préfet de police en 1927, Jean Chiappe réprima les manifestations communistes et ne cacha pas son amitié pour les milieux d’extrême droite tels que l’Action française et l’hebdo nationaliste Gringoire. Il censura le film L’Âge d’or de Luis Buñuel. Nommé haut-commissaire au Levant par le maréchal Pétain, il trouvera la mort en avion quelques mois plus tard. Une avenue portera son nom à Paris en 1941 mais sera rebaptisée avenue Georges-Mandel en 1945. La cour d’honneur de la Préfecture de police, baptisée cour Jean-Chiappe, fut renommée cour du 19-Août à la Libération. À Nantes, la rue Jean-Chiappe a survécu.

 

J’ajouterai pour ma part que « Penny Lane », l’allée Penny, tire son nom de James Penny, notable liverpoolien du XVIIIe siècle, propriétaire de vaisseaux négriers et farouche antiabolitionniste. Dans une démarche politiquement correcte, la municipalité de Liverpool débaptisa tous les noms de rue rappelant son passé esclavagiste mais, vu l’importance de la rue rendue célèbre par Paul McCartney, Penny Lane garda son nom.

 

 

Un article remarquable de Télérama sur la brutalité du capitalisme qui « expulse les hommes hors de la société et laisse les terres exsangues » : « L’expulsion est devenue le nouveau modèle de nos sociétés capitalistes. Neuf millions de familles étasuniennes ont perdu leur toit à cause de la crise des subprimes. Les classes moyennes sont chassées hors du centre des villes. Des millions de paysans ont été évincés de leurs terres. La finance a développé la capacité de tout financiariser. Les exclus étaient jadis des victimes rejetées par le système. Les expulsés sont aujourd’hui produits par le système lui-même, par la dynamique de l’expulsion inscrite dans le fonctionnement normal de l’économie et de la société.

 

 

Du coup, je n’ai plus le temps de vous parler de Clémentine Célarié et de ses problèmes d’argent !

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 06:30

 

L’immense réforme de l’orthographe, concernant en particulier le terrassant problème de la suppression de l’accent circonflexe, m’a remémoré ce passage de 1984 où le héros est décrit comme travaillant pour la sous-commission d’un sous-comité devant déterminer s’il faut placer les guillemets en-deçà ou au-delà des parenthèses. Comme j’ai par ailleurs été récemment invité par France Inter à m’exprimer sur Orwell pour l’émission “ Affaires sensibles ”, je me suis replongé – ce que je n'avais pas fait depuis une bonne vingtaine d'années – dans cette œuvre clé (malgré quelques imperfections dont Orwell était pleinement conscient). Le verdict est sans appel : c’est vraiment un livre hors du commun.

 

Pourquoi ce livre a-t-il résonné aussi fort à l’époque de sa parution et pourquoi est-il toujours aussi topique près de sept décennies plus tard, en un mot pourquoi n’a-t-il pas vieilli ? Voilà la question à laquelle je vais tenter d'apporter quelques éléments de réponses ici.

 

Lorsqu’il publie ce livre, Orwell est partagé quant à sa portée politique, à ce qu’on appellerait pour simplifier son message. Pour lui, 1984, c’est ce qui pourrait arriver si… Assurément, il cible les régimes totalitaires, mais il n’éprouve aucune sympathie pour le capitalisme – beaucoup moins débridé à son époque qu’aujourd’hui – et son corollaire, la démocratie parlementaire car elle a produit l’impérialisme à l’extérieur et des sociétés terriblement inégalitaires à l’intérieur. Il est partagé car il envisage la possibilité de l’installation d’un régime totalitaire dans son pays mais, dans le même temps, il n’y croit guère car il a foi dans l’honnêteté profonde (la common decency – Orwell est plus un moraliste qu'un politique) de ce qui constitue pour lui le peuple anglais : la classe ouvrière et la petite bourgeoisie. Il pense que si les Anglais comprennent le comment, mais surtout le pourquoi du système totalitaire, ils seront vaccinés.

 

Alors, pourquoi cette œuvre, qui n’est pas du tout d’anticipation, mais qui est une dystopie plutôt réaliste ?  Parce qu’Orwell avait prévu le retour du référent. Parce qu’il postulait que les réalités dont parle la fiction ont un analogon dans la réalité extra-linguistique, donc qu’une horloge qui sonne 13 heures, comme celle que l’on entend dans la première page du livre, renvoie à toutes les horloges, malgré le décalage glaçant. Orwell va donc installer un espace-temps à la fois familier et source d’ostranenie, de réel fantastique mystérieux et inquiétant. Les lieux de son texte, pour étranges qu’ils soient, proclament la véridicité de l’histoire par un reflet métonymique qui court-circuite le suspens d’incrédulité. Sans trop se fatiguer les méninges, le lecteur est dans le Battersea des années trente. Donc tout est vrai. Si les lieux sont véridiques, les personnages, en tant que parcelles de ces lieux, sont eux aussi véridiques. Orwell nous parle de ses contemporains.

 

Dans le monde de 1984, la solitude est impossible mais les personnages sont seuls et, à l’exception des proles marginalisés, les catégories ne communiquent jamais. Océanie est le contraire d’un lieu de mémoire, individuelle ou collective. Le totalitarisme déchire inlassablement tout discours autonome et coupe l’individu de ses repères spatio-temporels.

 

Le discours officiel de et sur la communauté se métamorphose sans arrêt. Sa justification est comprise dans cette mutation qui, elle même, n’a d’autre apologétique que le cercle fermé de sa propre prédication. Se révolter c’est être immédiatement aspiré par le regard de Big Brother, cet image à l’état pur (une imago, le masque de cire que portait les morts), cet omniprésent qu’on ne voit jamais pour de vrai, cet ordonnateur d’un monde parfait mais en perpétuel devenir.

 

Pour les membres de la base de l’appareil, comme Winton, un temps sans jalon a remplacé un temps structuré (« Winston n’arrivait pas à se souvenir. Rien ne lui restait de son enfance. »), l’austérité a suppléé le désir d’avoir (« Depuis des mois, une disette de lames de rasoir sévissait. Il y avait toujours quelque article de première nécessité que les magasins du Parti étaient incapables de fournir »), un puritanisme officiel s’est substitué à la satisfaction des pulsions (« Winston l’avait détestée dès le premier coup d’œil. C’était à cause de l’atmosphère de terrain de hockey, de bains froids, de randonnées en commun, de rigoureuse propreté morale qu’elle s’arrangeait pour transporter avec elle. »).

 

La Novlangue n’est pas une démence verbale. Nous sommes dans un lieu où les signifiants peuvent se passer de signifiés parce que les signes n’obéissent plus à aucun code. Le nouveau langage sert à détruire l’ancien, avant de se détruire lui-même. Le télécran est le point focal de la vie communautaire. Il a été inspiré à Orwell par les affiches publicitaires des années trente (celle, au premier chef, d’un cours par correspondance suggérant « Let Me Be Your Big Brother »), et avant cela par la célèbre affiche de 1914 où le Secrétaire d’Etat à la Guerre Lord Kitchener incitait au recrutement dans l’armée : « Your Country Needs You ».

 

 

 

 

Le télécran rappelle le panopticon de l’utilitariste Jeremy Bentham. Pour Bentham, il importait qu’un surveillant placé au centre d’un bâtiment circulaire puisse tout voir et que l’œil de la raison pénétrât dans les coins et recoins des consciences. Un peu comme Coco Chanel qui, du haut de son escalier pouvait, par un jeu subtil de miroir, voir tous ses ateliers.

 

Dans 1984, l’espace n’est pas euclidien. L’individu est privé de tout repère. La perfection est atteinte dans la Pièce 101, cette salle de torture éclairée en permanence où l’individu est nié (0), coincé entre les deux répliques d’une même réalité, les deux 1 de 101 symbolisant le couple prétendument antithétique Big Brother-Goldstein (Goldstein, l'ennemi “ historique ” n'ayant pas plus d'existence que Big Brother). Winston est incapable de calculer la surface de la cellule où il est prisonnier. Mais – car il faut toujours des soupapes – le système totalitaire a permis la perpétuation d’espaces communautaires où l’imaginaire et les pulsions peuvent se cramponner. Dans certains pubs, on chante les refrains d’avant.

 

Winston veut résister par l’écriture. Il entame la rédaction d’un journal intime, qu’il commence le 4 avril 1984, sans d’ailleurs être sûr de cette date « à un ou deux ans près ». Il écrit pour des gens à naître, pour communiquer avec l’avenir, pour « transcrire l’interminable monologue ininterrompu » se poursuivant depuis des années dans son esprit. Mais il n’y a rien à comprendre dans un système où « celui qui contrôle le passé contrôle le présent », dans un discours qui ne renvoie à rien d’objectif. Il n’y a pas de société à décrire, seule compte la métaphore du pouvoir par l’image de Big Brother multipliée à l’infini. L’observé n’a rien à répondre, à opposer à l’observateur. Aucune rétroaction ne perturbe le système.

 

Au tout début des années quarante, en fait dès son retour des tranchées catalanes, Orwell a estimé que socialisme et utopie étaient désormais dissociés. D’où l’écriture de cette dystopie, avec un personnage qui prend conscience que son sort est insupportable mais qui échoue dans sa révolte. Cette dystopie ordonne le monde car le verbe devient la réalité évoquée : passer de 25 grammes de chocolat par jour à 20 grammes est un « progrès » (pour Myriam El Khomry, donner 40 milliards aux entreprises n’est pas un « cadeau »). Le solipsisme de la parole officielle s’impose (Walter Cronkite, l’ancien présentateur de CBS, terminait son journal par « That’s the way it is »). Le réel a tué l’imaginaire. Comme le discours est la représentation dans sa totalité, 2 et 2 peuvent faire 5. La possibilité de l’écart et de la symbolisation n’est plus permise.

 

Avant 1984, dans de nombreux articles consacrés au rapport entre la politique et la langue, Orwell dénonçait l’abstraction dans les régimes totalitaires, ainsi que dans les pays capitalistes. La vérité échappe à l’individu lorsqu’il cesse d’avoir accès à de vraies images mentales. On évoquera « l’élimination d’éléments douteux » pour ne pas dire qu’on a laissé mourir de scorbut des centaines de milliers d’innocents dans des camps de travail forcé en Sibérie. La Novlangue étant destinée à réduire la pensée (le mot libre n’existe que dans une expression comme « le chemin est libre », on ne peut avoir de conversation intéressantes que si l’on parle technique. La Novlangue est la matérialisation de la vérité officielle. Le visible et le nommable ne font qu’un : si un individu a été gazéifié dans un « trou de mémoire », il ne peut plus être désigné, rappelé par la mémoire individuelle ou collective. La langue officielle aveugle la pensée (elle désémantise des mots comme « liberté » ou « justice »), tout comme l’architecture officielle, avec ses immenses immeubles parallélépipédiques sans fenêtres ne se laissent pas lire (Orwell s’était inspiré de l’immeuble de la BBC et de la tour du conseil d’administration de l’Université de Londres). Les habitants d’Océania parlent une canelangue qu’Orwell avait repéré dans les années trente dans la bouche de ceux qu’il appelait les gramophones, les exécuteurs des basses besognes verbales des organisations totalitaires (ceux qui fournissent les “ éléments de langage ” aujourd’hui). Dire d’un membre du parti qu’il est doubleplusbon canelangue, empêche toute contradiction dans une société idéologiquement carénée, uniformisée (« Omo lave plus blanc »). L’Histoire est un « palimpseste gratté et réécrit aussi souvent que nécessaire ». Aucune trace du passé ne peut entrer en conflit avec la lecture du présent. A quelques rares exceptions près, les notations de lieux ne fournissent aucun fil d’Ariane pour nous repérer dans les méandres d’Océania. Quant au temps, il explose pour Winston en mille morceaux lorsque les hommes de main du tortionnaire O’Brien fracassent le presse-papier, seul objet inventé, dans tous les sens du terme, par Winston. Dès lors, Winston ne voit plus rien et il ne peut plus calculer le temps ou distinguer le jour de la nuit dans les couloirs du Ministère de l’Amour où, par antiphrase, on torture et brise les opposants.

 

Dans une lettre de juin 1949 à un syndicaliste étasunien, Orwell avait explicité l’intention programmatique de son livre : « Je ne pense pas que le genre de société que je décris adviendra nécessairement, mais je crois, compte tenu du fait, naturellement, que le livre est une satire, que quelque chose  de ressemblant pourrait advenir. L’action se situe en Grande-Bretagne pour bien marquer que les peuples anglophones ne sont pas par essence meilleurs que les autres, et que le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, pourrait triompher n’importe où. » Il ajoutait par ailleurs que les totalitarismes avaient germé dans les esprits d’intellectuels. C’est pourquoi le tortionnaire O’Brien est d’abord un intellectuel (“ organique ”).

 

Tout est volontairement terroriste dans ce livre : le style de l’auteur, la mort annoncée de l’utopie, celle de la communication, la ruine de la représentation romanesque en système totalitaire. Pour aller vers l’autre, il faut une grammaire. Winston tente d’établir une tête de pont avec le passé historique. Il interroge un vieux prole, croyant que tout vieillard est une bibliothèque de souvenirs. Mais ce vieux cockney a désappris la continuité historique qui ne saurait être que collective et vivante, l’apanage de sujets autonomes : « La mémoire du vieil homme n’était qu’un monceau de détails, décombres de sa vie. On pourrait l’interroger tout une journée sans obtenir aucune information réelle. […] La prétention du parti à avoir amélioré les conditions de la vie humaine devaient alors être acceptées, car il n’existait pas et ne pourrait jamais exister de modèle à quoi comparer les conditions actuelles. » Winston découvre donc qu’objectivité et subjectivité peuvent additionner leurs effets pervers. Le passé n’existe qu’à partir du moment où les faits sont incorporés à des ensembles intelligibles par la collectivité. Sinon l’instant est fétichisé, l’Histoire déshistoricisée. D’où sa tentative désespérée « d’extraire de sa mémoire quelques souvenirs d’enfance qui lui indiqueraient si Londres avait toujours été comme il la voyait. » Mais il ne voit rien qu’une « série de tableaux sans arrière-plan et absolument inintelligibles. »

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 06:16

 

Dans ce numéro de février 2016, Paul Ariès nous parle de « la guerre des mots selon George Lakoff » : gagner la bataille des idées suppose de gagner la bataille des mots. En outre, « la gauche doit toujours être du côté de l’empathie contre la pitié qui induit toujours une mise à distance. »

 

Yann Fiévet se demande si au pays de Mickey Donald sera le roi : « L’homme (propriétaire du concours Miss Univers) est dangereux car il croit en ses chances. Et il n’est pas le seul ! Dresser son portrait s’impose, histoire de faire croître notre incompréhension. Donald John Trump est d’abord pétri de suffisance : le 16 juin dernier le milliardaire aux cheveux jaunes, qui a bâti sa fortune dans l’immobilier, a annoncé sa candidature depuis la Trump Tower de New York, l’un des gratte-ciel les plus élevés de la ville, remarquablement situé sur la Cinquième avenue à Manhattan, annonce faite devant un public de comédiens rémunérés. Son ego est bel et bien surdimensionné : « Je suis très riche » ; « Je suis fier de ma fortune. J’ai fait un boulot incroyable » ; « Je suis très fier de ma réussite. Je le suis vraiment. » Le Washington Post a pris la peine de relever toutes les citations d’autosatisfaction de son discours de candidature et a ainsi titré « le festival du narcissisme ». Donald Trump se voit comme un businessman magnifique, une fortune indestructible... selon Forbes, lors de son discours de candidature il s’est en fait déclaré bien plus riche qu’il ne l’est. Ce narcissisme forcené explique aussi la manière avec laquelle il accueille la critique. Il harcèle et insulte copieusement ceux qui se risquent à dire du mal de lui, particulièrement quand il s’agit de femmes. En effet, Donald Trump souffre également de misogynie. Comme il utilise abondamment Twitter, de façon impulsive très souvent, Il commet des ratés significatifs. Ainsi de ce tweet sur Hillary Clinton, d’une rare élégance, très vite escamoté : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » En août 2012, il avait fait le même genre de commentaire à propos d’Arianna Huffington, la fondatrice du Huffington Post. »

 

 

Geneviève Azam (et al.) se demande si les primaires citoyennes consistent à élire un sauveur ou à refonder la politique : « L’appel «Pour une primaire des gauches et des écologistes» (Libération du 11 janvier) est une bonne nouvelle pour beaucoup d’électeurs de gauche. Il tire un bilan sans aucune complaisance de l’échec de l’actuelle équipe gouvernementale. Il crée l’espoir d’avoir, peut-être, en 2017 un bulletin de vote à glisser dans l’urne sans réticences ni regrets. Pourtant, la tâche est titanesque. La gauche est en miettes. Elle n’a pris la mesure ni des défis posés par la mondialisation financière et la crise écologique ni par le discrédit du régime représentatif. »

 

Assiste-t-on en Espagne au début de la fin du bipartisme (Jérôme Duval) ? « Malgré le score du PP (Parti Populaire) qui a récolté le plus de bulletins, les élections de ce 20 décembre 2015 en Espagne dessinent un désir de changement, peut-être de rupture avec le régime de 1978 (transition post-franquiste) ou tout du moins de dépassement de l’alternance libérale du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) au PP et vice-versa... »

 

Thomas Andrieu (et al.) pose une grave question : pourquoi les classes populaires votent de moins en moins ? « Si les Français, particulièrement les classes populaires et les jeunes, se détournent des urnes, la faute en incombe à la classe politique, dont la composition sociologique est de plus en plus élitiste, y compris à gauche. »

 

Selon Laurent Paillard, Valls voudrait remplacer la lutte des classes par la luttes des races : « Il aura suffi d’une nuit pour que la gauche, jusqu’alors comparée à l’extrême droite, soit accusée de complicité avec les terroristes et d’islamo-gauchisme. Toutes les insultes et les simplifications y passent lorsqu’il s’agit de qualifier ceux qui s’interrogent sur les causes sociales et géopolitiques de la violence. Cela relèverait de la “ culture de l’excuse ” ».

 

Bernard Duterme demande quel sera le prix du doublement du canal de Panama : « Centenaire, le canal interocéanique de Panama élargit ses écluses. Des travaux colossaux pour hausser le trafic et avaler de plus gros porte-conteneurs, les « post-panamax ». Un peu au Nord, le Nicaragua lance le creusement d’un autre canal, pharaonique, concurrent du premier, plus large et plus profond, pour navires « post-post-panamax ». A qui profite le bras de fer : au développement de l’Amérique centrale ou aux intérêts sino-états-uniens ? Enjeux géopolitiques, commerciaux et écologiques d’une gageure transcontinentale. »

 

Où sont les limites de la gouvernance libérale par les labels environnementaux (Thierry Brugvin) ? « Les labels forestiers ont été mis en œuvre par les entreprises transnationale et la grande distribution avant les labels sociaux et les labels équitables. Il est fort instructif d’en observer les résultats en matière de protection de la forêt. Ils nous permettent d’observer les limites de la régulation privée des normes sociales et environnementales. »

 

Dette de la Grèce : vers un retour aux négociations (Moïsis Litsis) ? Les Nations Unies ont « recommandé que les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique grecque – une commission instituée par l’ancienne présidente du Parlement hellénique, Zoe Konstantopoulou – soient poursuivis. »

 

A Gardanne, les boues rouges sont toujours toxique (Eva Lacoste) : « L’héritage de l’usine Péchiney et de ses successeurs risque de présenter des séquelles irrémédiables à long terme pour la Méditerranée. L’industriel vient d’obtenir une dérogation pour les effluents liquides chargés de métaux lourds. Avec le soutien de l’Etat et l’absence de prise en compte d’un problème de santé publique. »

 

Pour Vinciane Despret, la théorie du deuil affaiblit nos puissances de métamorphose. Rares sont les articles qui expliquent que « la conception dominante, la conception “ désenchantée ” de la mort, joue le rôle du gardien de l’ordre des psychés et des affects. » Au nom de quoi « l’endeuillé devrait-il accepter que le mort n’existe plus d’aucune manière ? »

 

Ivan Segré demande ce qu’est « la réaction philosémite » : « La “ réaction philosémite ” en France, c’est le nom que j’ai donné à une opération particulière, et hautement stratégique, consistant à promouvoir un mot d’ordre xénophobe au nom de la lutte contre un “ nouvel antisémitisme ”. L’étranger faisant les frais de l’opération. »

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 06:41

 

Selon le site Mirador, la santé des travailleurs sera bientôt scrutée par les employeurs :

 

Assureurs, sociétés spécialisées dans le « bien-être » et grandes entreprises pourraient bientôt travailler main dans la main en partageant des données concernant la prescription de médicaments pour leurs employés, les lieux où ils font leurs emplettes ou encore la manière dont ils votent. Une pratique déjà en œuvre outre-Atlantique.

 

Pour les entreprises, officiellement, il s’agit de prévenir les risques de développer certaines pathologies et ainsi contribuer au bien-être des salariés tout en réduisant les coûts de l’assurance-maladie. Du « win-win » comme on pourrait l’entendre dans le jargon de la communication d’entreprise.

 

Le directeur de Deloitte LLP’s Center for Health Solution, la branche recherche de la firme de consultance spécialisée dans les pratiques de santé en entreprises, explique à propos de cette nouvelle méthode : « Je parie que je pourrais mieux prédire une attaque cardiaque en fonction du lieu où vous faites vos courses et où vous mangez qu’avec votre génome ».

 

 

Dans L’Humanité, Sylvie Ducateau estime que 950 000 heures de latin sont en passe de partir en fumée. Pour l’association Arrête ton char 40 % des heures d’enseignement des langues anciennes et cultures antiques pourraient disparaître des emplois du temps, conséquence de la réforme programmée à la rentrée prochaine.

 

«Je suis tout à fait incapable d’évoquer cette situation sans avoir la gorge serrée et les larmes aux yeux. » Marie-Cécile Gohin est professeur de lettres classiques dans un petit collège rural normand classé en éducation prioritaire à Villedieu-les-Poêles. La moitié des collégiens, parfois en grande difficulté, y suivent l’option latin. « Je dois parfois convaincre leurs parents, quand leurs ados sont en échec. Ce cours est l’occasion d’une ouverture culturelle qui leur manque souvent ou de revenir sur une règle de grammaire qu’ils ne sont pas parvenus à assimiler », raconte l’enseignante.

 

 

Dans son blog, Jean-Emmanuel Ducoin rend hommage à Umberto Eco, récemment disparu : Pour Umberto Eco, l’écriture d’articles s’astreignait à deux règles, à ses yeux antagonistes, choisir l’une ou l’autre en modifie d’ailleurs l’intention même: « Soit vous construisez votre lecteur, soit vous suivez son goût présupposé avec des études d’opinions. Des livres disent “je suis comme toi”, d’autres “je suis un autre”. Il faut éviter cette uniformisation du style à laquelle nous assistons, exigée par la nouvelle industrie des médias. (…) On dit que la littérature sert à tenir en exercice le langage, mais la presse devrait avoir le même but. Le poncif paralyse la langue. » Et l’auteur du Nom de la rose ajoutait : « Maintenant, les principales informations peuvent se réduire à une seule colonne du journal, comme le fait le New York Times. C’est pour cette raison que la presse exigeante doit approfondir l’actualité. (…) Le journalisme doit contribuer à déjouer le règne du faux et de la manipulation. Ce doit être l’un de ses combats, comme celui de faire vivre l’esprit critique, loin du nivellement et de la standardisation de la pensée. »

 

 

 

Enfin, dans Le Grand Soir, Jean Ortiz nous offre quelques considérations “ primaires ” sur les primaires : « Opter pour des « primaires à gauche » revient à s’engager une nouvelle fois dans une stratégie au final « socialo dépendante ». Si nous sommes peu lisibles, peu visibles, malgré la nécessité aujourd’hui comme hier d’un puissant parti communiste, de classe, c’est que nous avons en quelque sorte renoncé à être pleinement nous-mêmes, antisystème et propositionnels, à refuser radicalement le capitalisme, à rompre avec lui. Rompre, rupture, radicalité... Etre partisan de la révolution, même si le mot a été tant et tant dégradé, n’est-ce pas revendiquer et commencer à construire, par nos résistances, nos pratiques quotidiennes, des relations et des valeurs nouvelles, une société de partage, non cannibale, libérée du marché. Mais pour cela il convient d’abord de ne pas renoncer aux mots, « socialisme », « révolution », et au sens de la marche. »

 

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 06:37

Pour Serge Halimi, la social-démocratie est en fin de cycle  (« Le temps des colères ») :

Sur fond de crise économique persistante dans la plupart des pays occidentaux, l’émergence de nouvelles forces contestataires témoigne d’une grande impatience politique. Elle se transforme souvent en colère. La gauche gouvernementale constitue dorénavant une de ses cibles principales.

 

Charles Enderlin voit Israël à l’heure de l’inquisition : « 

Un projet de loi approuvé par M. Benyamin Netanyahou entend imposer de nouvelles exigences de transparence aux associations israéliennes. Ce texte qui vise à pénaliser les organisations opposées à la politique du gouvernement s’inscrit dans le climat délétère d’une chasse aux sorcières orchestrée par les partis favorables à la colonisation. »

 

Est-ce la fin de l’état de droit en Pologne (Cédric Gouverneur) ? :

« Vainqueur des élections d’octobre 2015, le parti conservateur polonais Droit et justice (PiS) multiplie les démonstrations d’autoritarisme. La Commission européenne a lancé en janvier une « procédure de sauvegarde de l’Etat de droit ».

 

 

Edward Castleton nous compte l’histoire du banquier, de l’anarchiste et du bitcoin :

« Après l’industrie du livre, chamboulée par le vendeur en ligne Amazon, après l’hôtellerie, bousculée par la plate-forme Airbnb, après les taxis, affectés par le succès d’Uber, la tornade numérique atteint Wall Street. Comme le libraire, qui met en contact éditeurs et lecteurs, le financier n’est au fond qu’un intermédiaire entre prêteurs et emprunteurs : une proie bien alléchante pour les jeunes entreprises qui hybrident finance et technologie. La fintech, contraction des deux termes, ambitionne de remplacer les banques traditionnelles par des plates-formes de marché électroniques disponibles à travers une application. Comme souvent en pareille occasion, la panique se mêle à l’enthousiasme. Les consultants promettent aux acteurs classiques une mort d’autant plus rapide que l’essor des procédures numériques permet de contourner les réglementations. Des milliers d’articles expliquent avec une débauche de détails comment la technologie sur laquelle repose la monnaie électronique bitcoin révolutionne les transactions financières. 

 

 

Dans un formidable article, Nicolas de la Casinière explique pourquoi le soleil ne se couche jamais sur l’empire Vinci : « L’entêtement du gouvernement à vouloir construire un aéroport à Notre-Dame-des-Landes s’explique aussi par la nécessité d’honorer une concession accordée à Vinci, multinationale édifiée aux dépens de l’Etat français. Archétype du prédateur de marchés publics, le géant du bâtiment joue sur deux tableaux pour engranger les profits : le rapide retour sur investissement de son activité de construction et les rentes de gestion à long terme. »

 

 

Alexia Eychenne nous dit pourquoi, au Royaume-Uni, les immigrés peuvent être prisonniers des castes : » Lorsque, au milieu du XXe siècle, ils ont émigré au Royaume-Uni pour tenter d’échapper au système de castes, les intouchables indiens n’imaginaient sans doute pas que la structure sociale oppressive de leur terre natale voyagerait avec eux. Certains estiment désormais que Londres devra légiférer contre ce type de discrimination. »

 

En Irlande, il y a un Murdoch, et il est capricieux (Julien Mercille) : « Les élections générales irlandaises du 26 février dernier se sont tenues dans un contexte marqué par la réémergence de deux démons bien connus de la population : le gonflement d’une nouvelle bulle immobilière et le contrôle de la presse par les grandes fortunes du pays. A commencer par le milliardaire Denis O’Brien, que les accusations de censure n’effraient guère. »

 

Emmanuel Raoul doute que l’on puisse fabriquer un téléphone équitable : « Les minerais qui entrent dans la fabrication des téléphones portables sont souvent extraits au mépris des droits sociaux les plus élémentaires, notamment en Afrique centrale. Sans compter les dégâts causés à l’environnement. Une entreprise a donc tenté de créer un « téléphone équitable ». Mais elle se heurte, entre autres, au marché noir et aux lacunes de la certification. »

 

Le Sahel est désormais entre deux feux djihadistes (Philippe Hugon) : « Six jeunes Sénégalais, soupçonnés de djihadisme, ont été extradés de Nouakchott (Mauritanie) vers Dakar, le 20 février dernier. La menace terroriste s’étend en Afrique de l’Ouest sur fond de concurrence entre Al-Qaida et l’Organisation de l’Etat islamique. Les interventions militaires au Sahel, y compris l’opération française « Barkhane », ne s’attaquent pas aux racines de la violence. »

 

La Pakistan, quant à lui, cherche sa place dans une région tourmentée (Jean-Luc Racine) : « Qui aurait pu croire il y a quelques années encore que les dirigeants des deux frères ennemis, l’Inde et le Pakistan, se retrouveraient deux fois en l’espace d’un mois ? Et qui aurait imaginé qu’Islamabad prendrait quelque distance avec son allié de toujours, l’Arabie saoudite ? Deux exemples de ce qui change dans ce pays qu’entourent à la fois l’Iran, l’Afghanistan, la Chine, l’Inde et la mer d’Oman. »

 

Au Yémen, l’Ara        bie saoudite s’enlise (Laurent Bonnefoy) : « L’Arabie saoudite et ses alliés peinent à défaire le mouvement houthiste, qui contrôle toujours la capitale du Yémen, Sanaa. Alors que la diplomatie piétine, les dégâts occasionnés par ce conflit s’aggravent et le pays connaît d’ores et déjà un désastre humanitaire. »

 

Dans une France solférinienne où l’on glisse « du droit du travail au travail sans droi » (Hélène-Yvonne Meynaud), Frédéric Lordon prône la république sociale : « est bien l’esprit de Lampedusa qui plane sur l’époque : tout changer pour que rien ne change. Et encore, « tout changer »… A peine feindre. A moins, ce qui serait presque pire, qu’ils ne soient sincères : on ne peut pas exclure en effet que les protagonistes de la « primaire à gauche » soient convaincus de produire une innovation politique radicale, alors qu’ils bafouillent la langue morte de la Ve République. Le comble de l’engluement, c’est bien sûr de ne plus être capable de penser au-delà du monde où l’on est englué. Présidentialisation forcenée, partis spectraux, campagnes lunaires, vote utile, voilà la prison mentale que les initiateurs de la « primaire à gauche » prennent pour la Grande Evasion. Et pour conduire à quoi ? La fusion de la contribution sociale généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu ? un programme en faveur de l’isolation des logements ? une forte déclaration sur la « réorientation de l’Europe » ? »

 

Aux Etats-Unis, les Démocrates sont envoûtés par la Silicon Valley (Thomas Frank) : « Depuis 2008, les inégalités sociales n’ont cessé de se creuser aux Etats-Unis. Car, bien qu’elle se vante d’avoir fait baisser le chômage, l’administration Obama s’est moins préoccupée du sort des travailleurs pauvres que du confort des innovateurs de la Silicon Valley. »

 

Jacques Bouveresse arbitre le match entre Nietzsche et Foucault : « On a pu dire à propos de Michel Foucault que son principal mérite était de nous avoir enfin débarrassés de l’idée même de vérité. En s’appuyant sur la lecture des premiers écrits de Nietzsche, il a établi qu’elle ne reposerait que sur une distinction entre le vrai et le faux toujours à déconstruire — d’autant plus que cette opposition serait au service de l’ordre en place. La vérité serait-elle donc une variable culturelle ? »

 

John Berger jette un clin d’œil aux fenêtres : « D’immenses vues aériennes qui disent les enchevêtrements de solitudes et d’aliénations de la vie urbaine, mais aussi ses épiphanies et ses moments de grâce — et le tableau tout entier semble alors bruire et s’animer, foisonnant de vie. Une visite dans l’atelier du peintre Rostia Kunovsky, en région parisienne. »

 

Olivier Namias nous parle de l’architecte de l’année, Alejandro Aravena : « Le 13 janvier 2016, à Chicago, l’homme d’affaires Thomas Pritzker dévoilait le nom du 39e lauréat du prix portant son nom. A la surprise générale, il couronnait un architecte chilien, Alejandro Aravena, de l’agence Elemental. Souvent présentée comme le Nobel de l’architecture, la récompense attribuée par la fondation de la chaîne d’hôtels Hyatt, que dirige M. Pritzker, distingue habituellement des professionnels confirmés : le précédent lauréat, Otto Frei, était décédé dans sa 90e année quelques jours avant la proclamation officielle…Âgé de 48 ans, Aravena ne doit pas sa distinction à sa présence sur les couvertures des magazines en papier glacé, mais à des réalisations qui viseraient à l’éradication de la pauvreté et se mettraient au service du plus grand nombre. « Ses constructions procurent un avantage financier aux moins favorisés, atténuent les effets des catastrophes naturelles, réduisent la consommation d’énergie et offrent des espaces publics accueillants », a déclaré M. Pritzker. »

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 06:44

Dans Le Grand Soir, Michel Raimbaud (ancien ambassadeur de France) ne pleure pas le départ de Laurent Fabius :

 

Le pire ministre des Affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire.

 

Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

 

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’OTAN sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ».

 

 

Le Progrès social évoque la mort programmée du principe de faveur

 

Détruire le droit du travail passait obligatoirement par une inversion de ce que l’on appelle la « hiérarchie des normes » et par la suppression du « principe de faveur », tous deux issus des grandes conquêtes sociales du XXe siècle.

 

Dans le droit du travail français, la hiérarchie des normes est un système pyramidal : tout en haut se trouve la Constitution, en dessous, la loi, puis les règlements (ordonnances, décrets, arrêtés), puis les conventions et accords collectifs, les usages, les règlements intérieurs et enfin, le contrat de travail. La norme située sur une strate supérieure de la pyramide s’impose donc à celle située en dessous ; par exemple, la Constitution prime sur la loi et la loi sur le règlement. Mais le plus important dans cette hiérarchie, c’est le principe de faveur : une norme inférieure ne peut déroger à la norme supérieure que si elle est plus favorable au salarié. Pour que le système puisse fonctionner, il est nécessaire que la norme ne provienne pas seulement d’en haut comme en droit pénal, mais qu’elle soit négociée à la base, au niveau de la branche, du groupe, de l’entreprise. On comprend aisément pourquoi ce système, qui a longtemps protégé les travailleurs, se trouve depuis dix ans dans la ligne de mire du MEDEF et fait l’objet d’une destruction morceau par morceau.

 

Le Progrès social fait également le point sur le travail dominical :

 

Un seul accord de branche, des salariés qui refusent de sacrifier leur vie personnelle, une intersyndicale combative, une possible scission à la CFDT : alors que de nouvelles mobilisations se préparent, l’application de la loi Macron provoque des remous et patine.

 

 

L’extension du travail dominical, la mesure emblématique de la loi Macron, a du plomb dans l’aile. Bien sûr, quelques accords ont depuis été signés : un seul au niveau d’une branche, celle de la bijouterie, par la CFDT et FO de la métallurgie, avec une majoration de salaire pour le travail dominical égale à 50 %, un montant décevant au regard des moyens du secteur en question. Au niveau des entreprises, on compte Etam, Zara, Marks & Spencer et Nature et Découvertes, le plus souvent avec l’aval de la CFDT et de la CFTC. Le cas de Darty, mérite qu’on s’y attarde : l’enseigne prétend appliquer les dispositions issues de l’accord de la négociation annuelle obligatoire de 2010 pour ses sept magasins parisiens ouverts chaque dimanche, dont deux ne sont même pas situés en zone touristique internationale (ZTI).

 

L’Inspection du travail s’est depuis saisie de cette situation. Les accords en question prévoient le plus souvent le doublement du salaire par dimanche travaillé, mais tendent à entériner deux catégories de salariés : ceux déjà en place, qui verraient le travail dominical comme une occasion, et les nouveaux embauchés, pour lesquels il ferait partie des clauses inscrites dans le contrat de travail, au risque d’avoir bien du mal à revenir en arrière en cas d’évolution de leur situation, alors que c’est bien le volontariat qui est censé prévaloir quel que soit le type d’ouverture.

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 06:30

Un peu moins de 10 000 personnes se suppriment chaque année en France. Créé en 2013, l’Observatoire national du suicide, créé en 2013, a publié le 2 février son deuxième rapport. Ces données ont été reprises par Dominique Pouchard pour Le Monde.

 

Trois suicidés sur 4 sont des hommes. La catégorie la plus à risque est celle des 75 ans (30 suicides pour 100 000 habitants) suivie de celle des 40 à 60 ans (25 suicides pour 100 000 habitants).

 

Un suicidé sur deux (53,5%) se pend. Les hommes utilisent nettement plus les armes à feu que les femmes (18,3 % contre 2,6 %), les femmes ayant nettement plus recours aux médicaments que les hommes (23,2 % contre 6,2 %).

Le suicide en France : toujours plutôt une histoire d’hommes

La pendaison est, de loin, le mode opératoire le plus utilisé. Des différences notables apparaissent toutefois entre hommes et femmes quant aux autres moyens. Les premiers utilisent beaucoup plus les armes à feu (18,3 % contre 2,6 % pour les femmes) tandis que les secondes ont recours plus massivement aux médicaments (23,2 % contre 6,2 % pour les hommes).

Le suicide en France : toujours plutôt une histoire d’hommes

Un agriculteur se suicide tous les deux jours (plus de 20% au-dessus de la moyenne nationale, trois fois plus que les cadres).

 

Les tentatives de suicide sont vingt fois plus nombreuses que le nombre de suicides. Parmi les causes évoquées lors des appels à SOS Amitié figurent la solitude, la dépression, la maladie physique et les problèmes de couple ou de famille.

Le suicide en France : toujours plutôt une histoire d’hommes
Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 06:36

La France et les Français sont tout de même dans un drôle d’état. Le Parisien TV rapporte l’initiative d’un restaurateur de Rueil-Malmaison :

 

Depuis mardi, un restaurateur interdit à tous les banquiers de venir manger dans son établissement. Sur une ardoise, exposée à l’entrée de ce restaurant, la consigne est claire et sans détour : « Chiens acceptés, banquiers interdits ».

 

« Ce n’est pas une blague. Aucun banquier ne passera cette porte », prévient le patron des lieux. Parce qu’il s’est vu refuser à plusieurs reprises un crédit qui lui aurait permis d’ouvrir un deuxième établissement, Alexandre Callet, gérant des « Écuries de Richelieu » a saisi sa plus belle craie. « A moins que l’un d’entre eux ne vienne avec un chèque de 70.000 euros, assure-t-il, je refuse de les servir ».

 
Revue de Presse (157)

 

 

Selon BFMTV, les parlementaires français doivent jouer les James Bond pour avoir accès à la documentation concernant le TAFTA (Traité transatlantique).

 

Le député Jean-Frédéric Poisson a dénoncé à l’Assemblée nationale le manque de transparence qui entoure les négociations du traité de libre-échange transatlantique. Pour consulter les compte rendus des négociations, il faut se rendre « dans un de services du Premier ministre dans une salle fermée, escorté par un fonctionnaire de Matignon qui sert de surveillant, en prenant soin déposer son téléphone portable pour ne pas s’en servir en consultant les documents ».

Il a également fait état de « sanctions pénales à la clef pour tout parlementaire qui divulguerait des informations qu’il a recueillis en consultant ces documents ».

 

 

Politis a rendu hommage à Thérèse Clerc, récemment disparue :

 

Femme de toutes les luttes, Thérèse Clerc s’est éteinte mardi 16 février, à l'âge de quatre-vingt huit ans. Nourrie par ses combats féministes, de l’avortement à la parité, la militante fait partie de cette première génération de femmes qui s'engagent, éprises de liberté et d'indépendance. C'est à ce titre qu'elle fonde la Maison des Femmes de Montreuil, ouverte aux victimes de violence de tous âges. En 2013, après une quinzaine d'années de lutte, Thérèse Clerc réussit à créer La Maison des Babayagas : une résidence ouverte sur la ville et la connaissance, qui accueille des retraitées à faibles revenus, attachées à leur autonomie. Une « utopie réaliste », selon ses dires.

 

 

A noter que Politis a publié une lettre ouverte adressée le 19 janvier à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, par la Ligue des Droits de l’Homme, la CGT et l’Association France Palestine Solidarité :

 

Madame la ministre,

 

Depuis maintenant plus de trois ans, nous vous alertons au sujet des circulaires Alliot-Marie et Mercier invitant les procureurs à engager des poursuites contre les militants de la campagne internationale BDS appelant au boycott, au désinvestissement et aux sanctions à l’égard d’Israël.

 

Le moment dramatique que nous vivons après les monstrueux attentats de Paris ne rend que plus nécessaire la suppression de cette circulaire. Il est impératif, si l’on veut s’opposer de façon crédible par tous à toutes les formes de racisme et singulièrement à l’antisémitisme, de marquer que la critique de la politique d’un État ne saurait être confondue avec la mise en cause d’une population. Ne pas oser le faire ne pourrait que renforcer une fracture et une incompréhension graves dans toute une partie de la population et de notre jeunesse alimentant les fantasmes antisémites que nous combattons.

 

 

Dans Res Publica, Evariste nous interpelle sur la « néolibéralisation » de l’école :

 

Que dire d’une société qui distribue davantage d’argent par élève à l’école privée confessionnelle qu’à l’école publique, alors que seule cette dernière peut prétendre devenir l’école de la république sociale ?

 

Que dire d’une « réforme des rythmes scolaires » dont le résultat est le remplacement fréquent d’enseignants par des animateurs qui ne sont pas tous titulaires du BAFA et la fin de la gratuité des activités dans 40 % des cas ?

 

Que dire de la confection de nouveaux programmes d’enseignement dont le but est d’empêcher le développement d’un esprit critique ?

 

Que dire d’une école qui a supprimé à la fin du siècle dernier la liberté pédagogique des enseignants chargés de transmettre les connaissances, en leur imposant un pédagogisme visant à formater la jeunesse ?

 

Que dire aujourd’hui du développement par le « mouvement réformateur néolibéral » d’une « école des compétences » définie par le patronat, au lieu d’être un lieu de construction du futur citoyen émancipé des pouvoirs constitués et capable d’esprit critique argumenté ?

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:06

Dans l’Humanité, Pierre Khalfa se demande si la Cour des comptes n’est pas devenue l’organe officiel de l’ordre libéral :

 

En aucun cas, la Cour ne peut prescrire des politiques publiques, qui relèvent du seul débat démocratique et de la décision politique.

 

Or, depuis quelques années, la Cour tend à outrepasser son rôle, évolution qui s’est encore aggravée depuis la nomination de Didier Migaud à sa tête, et les rapports se multiplient qui promeuvent une orientation politique ultralibérale. On y retrouve tous les poncifs concernant les dépenses publiques. Les recommandations, qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux plans d’ajustement structurel du FMI ou aux mémorandums de la troïka en Grèce, sont à l’avenant : réduction des dépenses d’intervention de l’État, baisse du nombre de fonctionnaires et de leurs salaires et ralentissement des déroulements de carrière, désindexation des retraites, des allocations chômage et de la plupart des prestations sociales par rapport à l’inflation, augmentation de la durée du travail.

 

La Cour des comptes est, de fait, devenue un organe faisant, sous le couvert de l’objectivité, l’apologie des politiques néolibérales. Avec des orientations présentées comme une évidence indiscutable, la Cour participe ainsi à la crise démocratique actuelle, dont l’une des racines est l’exclusion du débat public et de la décision citoyenne de tout ce qui relève des politiques économiques et sociales.

 

 

Dans Le Grand Soir, Vanessa Codaccioni, maître de conférences à Paris VIII, explique pourquoi « L’antiterrorisme est l’héritier direct de la justice politique d’exception » :

 

Il y a une tradition en France de contourner ou d’utiliser politiquement la justice. Dans l’histoire de l’antiterrorisme, le pouvoir exécutif a toujours eu tendance à contourner l’autorité judiciaire pour donner plus de pouvoirs aux agents qui travaillent avant le procès. Ce qui compte, c’est l’enquête, la surveillance, le fichage, tout ce qui constitue l’avant-crime.

 

L’antiterrorisme est l’héritier direct de la justice politique, qui visait les ennemis intérieurs. Officiellement, la justice politique n’existe plus en France depuis 1981, lorsqu’on a cessé, juridiquement, de considérer qu’il existait des crimes politiques. Mais, en réalité, elle n’a jamais cessé. De multiples dispositions antiterroristes sont réutilisées contre des militants radicaux. Par exemple, l’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, créée pour soi-disant empêcher les réseaux d’acheminement au djihad au milieu des années 1990, a été réutilisée contre les activistes de Tarnac.

Revue de presse (156)

 

Pour Bernard Cassen (sur le site des Mémoire des luttes), l’Europe est une terre d’immigration. Il faut en tirer toutes les conclusions :

 

Dans la mesure où toutes les hypothétiques mesures de redistribution des richesses à l’échelle du globe prendront du temps, l’Europe va devoir accueillir des millions de nouveaux immigrants dans les années à venir. Cela va lui poser des problèmes de tous ordres, dont le plus aigu sera l’intégration de personnes aux cultures très différentes de celles du Vieux Continent, en premier lieu dans les rapports hommes-femmes et dans le statut de la religion. C’est un immense défi, et les événements, aux conséquences dévastatrices pour l’accueil des migrants, de la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne – plus de 800 plaintes déposées par des Allemandes pour agressions sexuelles de masse commises par de jeunes étrangers, résidents ou réfugiés présumés musulmans – montrent qu’il est urgent de s’y préparer.

 

Paris Match nous apprend que leurs altesses royales le prince Guillaume et sa femme Catherine aiment à se retrouver dans l’Est-Anglie, avec leurs semblables :

 

Le nord du Norfolk n’est pas un trou perdu pour le premier gueux de passage. C’est l’image de l’Angleterre éternelle, celle où un seigneur, lord Leicester, peut détenir depuis des générations autant d’hectares de terres que la Reine. Ce cercle, qui mélange aristocrates, gens bien nés, fortunés, éduqués dans les meilleurs pensionnats du pays, a un surnom dans le Norfolk : les « Turnip Toffs », difficilement traduisible. Les amis de Kate et William en font tous partie. 

 

[Je précise « Turnip Toffs » peut se traduire par « Snobinards à la tête de navet ». Dans cette région très agricole de l’Angleterre, les navets poussent à profusion. On appelle turnip quelqu’un d’un peu bas du chapeau, un aristo un peu consanguin, par exemple].

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche