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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 05:02

 

 

Serge Halimi donne quelques exemples de fausses indépendances sous l’égide des États-Unis : « a Maison Blanche, vendredi 4 septembre 2020. La scène dure moins d’une minute (1). M. Donald Trump trône derrière un énorme bureau encombré de dorures et de téléphones que jouxtent deux petites tables nues qu’on pourrait prendre pour des pupitres d’écolier. Derrière l’une, le président serbe Aleksandar Vučić ; derrière l’autre, le premier ministre kosovar Avdullah Hoti. M. Trump interprète sans finesse le rôle du faiseur de paix. Manifestement enchanté, il vient de contraindre deux pays qui se sont fait la guerre à s’accorder dans une région où l’Union européenne avait jusqu’ici la main. Il est d’autant plus ravi de son coup — au point d’estimer mériter le prix Nobel de la paix — qu’un peu plus de vingt ans plus tôt c’est une administration démocrate, celle de M. William (« Bill ») Clinton, qui avait bombardé l’ex-Yougoslavie.

 

Et puis, subitement, M. Trump déclare : « La Serbie s’engage à ouvrir un bureau commercial dès ce mois-ci à Jérusalem et à y transférer son ambassade en juillet prochain. » Derrière sa petite table, le président Vučić paraît surpris par une annonce sans rapport avec l’objet de la cérémonie (un simple accord économique entre Belgrade et Pristina). Il jette un œil sur le document qu’il va signer puis se tourne vers ses conseillers, l’air inquiet. C’est déjà trop tard : M. Benyamin Netanyahou, apparemment mieux informé que lui, vient de le féliciter… »

 

 

Thomas Frank estime que les États-Unis sont saisis par la folie : « L’Amérique saisie par la folie. La désignation par M. Donald Trump d’un nouveau juge à la Cour suprême divise les États-Unis, d’autant plus violemment que celle-ci pourrait jouer un rôle décisif en cas de contestation des résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre. Or aucun des deux camps n’est disposé à accepter une défaite. »

 

 

Evegneny Morozov annonce la bataille géopolitique autour de la 5G : « À la veille de son déploiement, la téléphonie mobile de cinquième génération — la 5G — suscite un flot de questions liées à son impact écologique, sanitaire et, plus fondamentalement, aux développements technologiques hors de contrôle. Mais le « grand jeu » de la 5G se mène aussi sur le terrain géopolitique avec, en toile de fond, l’affrontement toujours plus âpre entre les États-Unis et la Chine. »

 

 

Anthony Galuzzo a capté le moment où les journaux ont vendu des publics aux annonceurs publicitaires :  «En deux siècles, l’économie de marché a produit un type humain nouveau : le consommateur. Mais comment la famille autosuffisante du XVIIIe siècle qui possédait quelques objets utilitaires s’est-elle changée en un foyer-entrepôt où s’amoncellent plusieurs milliers de choses ? Il a fallu pour cela forger de toutes pièces un imaginaire. La presse joua dans ce processus un rôle décisif. »

 

 

Pour Anne-Cécile Robert, on vient d’assister au Mali à un coup d’État dans un pays sans État : « Coup d’État ? Coup de grâce ? Coup de génie ? La presse malienne rivalise de jeux de mots pour qualifier les événements du 18 août 2020 qui ont vu un groupe d’officiers supérieurs déposer le président Ibrahim Boubacar Keïta et son premier ministre Boubou Cissé. Que les mutins rejettent la qualification de coup d’État pour prétendre avoir « pris [leurs] responsabilités » face au « chaos », à l’« anarchie » et à l’« insécurité » qui règnent dans le pays par la « faute des hommes chargés de sa destinée » ne surprend pas. En revanche, la répugnance d’acteurs politiques et sociaux de premier plan à utiliser l’expression en dit long sur le malaise teinté de soulagement de nombreux Maliens. De fait, l’opération militaire, qui s’est déroulée rapidement et presque sans heurt, clôt provisoirement une période de tensions politiques et sociales aiguës. Les résultats contestés des législatives d’avril empêchaient la formation d’un nouveau gouvernement depuis le mois de juin, tandis que des manifestations massives organisées par la plate-forme d’opposition regroupant le Mouvement du 5 juin et le Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) réclamaient, en plein cœur de la capitale Bamako, la démission du chef de l’État, ou du moins le départ de son gouvernement. Les putschistes affirment d’ailleurs s’inscrire dans un soulèvement « populaire  », leur coup de force ayant été salué par l’imam salafiste Mahmoud Dicko, figure de proue de la contestation contre le pouvoir. »

 

 

Pour Georges Corm, le Liban est en quête de nation depuis deux siècles : « En exhortant fermement la classe politique libanaise à se doter d’un nouveau gouvernement apte à conduire des réformes, le président français Emmanuel Macron a perpétué la tradition d’ingérence des grandes puissances dans les affaires internes du pays du Cèdre. Pour autant, les élites politiques locales échouent à édifier un État solide capable de répondre aux défis économiques et sociaux. »

 

 

Pour Doha Chams il faut qu’au Liban tombe le régime des banques : « Beyrouth, à la mi-juillet. Une petite foule se masse sur le trottoir opposé à l’hôpital dépendant de l’Université américaine (AUB). Les visages sont graves, livides ou désemparés. La veille, ou plus tôt dans la matinée, mille cinq cents employés ou ouvriers de l’AUB ont appris leur licenciement « en raison de la crise économique », comme cela leur a été signifié. Au total, 20 à 25 % des effectifs de l’établissement sont concernés. Les syndicats dénoncent « un massacre ».

 

Une quinquagénaire sort du bâtiment et hurle « révolution ! révolution ! révolution ! ». Encombrée par un carton contenant ses effets personnels, elle arrive tout de même à dresser le poing, mais son cri ressemble plus à un appel à l’aide qu’à une incitation à la révolte. En pleurs, elle finit par tomber à genoux, ses affaires s’éparpillant au milieu de la rue. Quelques compagnons d’infortune se précipitent, mais elle refuse de se lever. « Mon Dieu, avec qui es-tu ? », s’étrangle-t-elle. Un soldat se détourne et essuie une larme. Avec une solde équivalant à 70 dollars, conséquence de l’effondrement de la livre libanaise, sa situation matérielle n’est guère meilleure, mais lui et ses collègues obéissent aux ordres. Soucieuse d’éviter tout débordement, l’université a fait appel à un impressionnant dispositif de sécurité mobilisant l’armée et les forces antiémeutes. « Il fallait se prémunir contre de graves menaces extérieures », se justifie M. Fadlo Khouri, le président de l’établissement, tout en reconnaissant que les licenciements « auraient pu et dû être mieux gérés».

 

 

 

Antoine Ory évoque le sort des “ harkis ” de Kaboul : « Depuis son départ d’Afghanistan en 2014, la France n’a délivré de visas qu’à une faible partie des civils qu’elle avait employés pendant son intervention. Considérés comme des traîtres par les talibans, aujourd’hui aux portes du pouvoir, ils vivent avec la peur d’être tués. À l’inertie de l’État français a succédé la volonté politique de s’opposer au rapatriement de ses anciens auxiliaires. »

 

 

 

Anne-Dominique Correa évoque, à propos de la Bolivie, une “ fake news ” de taille: « Les Boliviens sont appelés à élire leur président le 18 octobre. Reporté à deux reprises par un pouvoir en difficulté, le scrutin est organisé par un régime issu du renversement de M. Evo Morales, il y a un an. Depuis, les médias privés et une partie de la gauche s’emploient à taire la nature de cette rupture de l’ordre constitutionnel. Jusqu’à un article du « New York Times », en juin dernier… »

 

 

 

Loïc Ramirez nous dit pourquoi, en Biélorussie, les jeunes urbains sont en première ligne : « Sommé par la rue de quitter le pouvoir, le président biélorusse s’est plié aux exigences de Moscou, qui demandait l’organisation d’une réforme constitutionnelle. Quelques semaines auparavant, les contestataires, éclairés par le précédent ukrainien, refusaient toute ingérence, espérant que leur seul nombre suffirait à déposer le dirigeant. »

 

 

 

Et ce, sous l’œil de Moscou (Hélène Richard) : « C’est une révolution démocratique, pas géopolitique. » En prononçant ces mots lors d’une vidéoconférence avec les eurodéputés, le 25 août dernier, Mme Svetlana Tikhanovskaïa, qui revendique la victoire à la dernière élection présidentielle biélorusse contre le président sortant Alexandre Loukachenko — officiellement réélu avec 80 % des voix —, entendait faire passer un message à Bruxelles comme à Moscou. Comprendre : la Biélorussie n’est pas l’Ukraine, ce pays voisin où un cocktail de contestations, de répression brutale et d’ingérences étrangères, russes et occidentales, a débouché en 2014 sur une guerre civile et l’annexion de la Crimée par la Russie. »

 

 

 

Que signifie traiter les animaux avec humanité, amande Jacques Bouveresse : « En marge de ses combats contre la veulerie journalistique, les capitulations de la social-démocratie et le militarisme, le satiriste viennois Karl Kraus (1874-1936) a développé une réflexion sur le traitement des animaux lors de la première guerre mondiale. Un siècle plus tard, son écho rencontre les voix qui s’élèvent contre une maltraitance animale parvenue, en temps de paix, à un stade industriel. »

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (245)

 

Pourquoi la Chine et l’Inde s’affrontent sur le toit du monde, demande Vaiju Caravane : « En marge de la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghaï qui s’est tenue à Moscou le 10 septembre, les ministres des affaires étrangères chinois et indien ont adopté une déclaration commune proclamant leur volonté d’apaiser les tensions sur leur frontière himalayenne. Pas sûr que cela suffise à calmer les surenchères nationalistes des dirigeants des deux pays. Dans la nuit du 15 au 16 juin 2020, sur les redoutables reliefs himalayens formant la « zone grise », âprement disputée, de la frontière sino-indienne, les soldats indiens et chinois se sont livré un combat digne des guerres médiévales. Pendant plus de sept heures, dans une nuit d’un noir d’encre, à 4 200 mètres d’altitude, ils se sont battus à coups de pierres, de bâtons cloutés, de tiges de fer entourées de fil barbelé, mais aussi à mains nues, dans des corps-à-corps d’une extrême violence.

 

Au lever du jour, on dénombrait côté indien soixante-dix-huit blessés et vingt morts, la plupart d’hypothermie ou noyés après avoir été précipités dans les eaux glacées de la Galwan, en contrebas. Certains corps, emportés par le courant, ont été repêchés plus au sud, là où la Galwan rejoint les eaux de la rivière Shyok. Pékin s’est refusé à communiquer le moindre chiffre, mais des sources indiennes bien informées affirment que l’Armée populaire de libération (APL) aurait perdu plus de quarante hommes. »

 

 

 

Pour Marylène Patou-Mathis, il faut sortir la femme préhistorique de l’ombre : « Et si nos ancêtres féminines avaient peint Lascaux, chassé des bisons, taillé des outils ? En calquant sur leur objet d’étude le modèle patriarcal et son ordre divin, les premiers préhistoriens ont construit des mythes infériorisant les femmes. La démarche scientifique conduit à prendre des distances avec ces présupposés pour reconsidérer le rôle du « deuxième sexe » dans l’évolution humaine. Aucun argument archéologique ne conforte l’hypothèse qu’au paléolithique les femmes avaient un statut social inférieur à celui des hommes. Des archéologues, se fondant sur l’abondance des représentations féminines, suggèrent même qu’étant au centre des croyances elles avaient une position élevée dans ces sociétés. Ce qui semble se vérifier pour au moins certaines d’entre elles, mais était-ce uniquement pour cette raison ? D’autres chercheurs soutiennent que, dans ces temps reculés, les sociétés étaient matrilinéaires, voire matriarcales. »

 

 

 

Anne Debrégeas se prononce pour une retraite vraiment universelle : « Contre l’avis des organisations de salariés et d’employeurs, le président de la République s’entête à vouloir réformer le système de retraite. Sous prétexte d’uniformisation, le modèle proposé, entérinant un recul du départ à taux plein, risque de conduire à un appauvrissement pour une majorité. La réflexion sur une possible architecture universelle passe par un tout autre chemin. Lors de la mobilisation d’ampleur de l’hiver dernier contre le projet de réforme des retraites, les revendications sont restées très majoritairement calquées sur le système existant, visant au maintien du niveau de vie des retraités par un remplacement du meilleur ou du dernier salaire perçu. Ce faisant, on acte la reproduction des inégalités du monde du travail pour ceux et celles qui le quittent. »

 

 

 

Sachons utiliser les eaux usées, demande Mahamed Larbi Bougherra : « On pensait connaître le scénario de l’arrivée du coronavirus en Europe avec les premiers cas graves détectés à la fin janvier et les premiers morts à la fin février. En Italie, l’Institut supérieur de la santé a découvert une autre histoire, rendue publique le 18 juin dernier : « Les résultats, confirmés dans les deux laboratoires par deux méthodes différentes, ont montré la présence de l’ARN de SRAS-CoV-2 dans des échantillons [d’eaux usées] prélevés à Milan et à Turin le 18 décembre 2019, explique Giuseppina La Rosa, du département de la qualité de l’eau et de la santé. Les échantillons d’octobre et novembre 2019, ainsi que tous les échantillons de contrôle, ont donné des résultats négatifs. » Cette découverte précieuse pour comprendre les mécanismes de diffusion de la pandémie venue de Chine a été recoupée par l’étude rétrospective d’échantillons respiratoires de la fin décembre 2019 en France ou dans les eaux de Barcelone, positives quarante jours avant le premier cas recensé officiellement. »

 

 

 

Selon Ludovic Simeille, il semble que les mutuelles soient devenues des assureurs comme les autres : « Selon le gouvernement, la pandémie et le report de soins ont permis aux complémentaires santé de faire des économies. Il annonce donc une taxe, que les mutuelles promettent de répercuter dans leurs tarifs. Lesquels affichent déjà une hausse de 4 à 5 % en 2020. En conséquence, les bas revenus souscrivent des contrats peu chers… et peu protecteurs. Ainsi va la Mutualité française. »

 

 

 

Qu’en est-il du monde selon James Bond ? (Aliocha Wald Lasowski) : « Impeccable modèle de l’homme blanc occidental à son maximum de performances, indestructible défenseur du monde libre : voilà ce que l’agent 007 paraît symboliser sans faiblir. Or, en soixante ans et vingt-cinq films, le très « british » espion s’éloigne souvent de ces clichés, et franchit des frontières inattendues. »

 

 

Alain Deneault évoque une cabale au Canada : « An juillet dernier, une professeure de l’université Concordia, à Montréal, a dû s’excuser pour avoir prononcé le « N. word », le mot « nègre » : elle avait cité, en classe, le titre d’un classique de la pensée politique québécoise, Nègres blancs d’Amérique (1968), de Pierre Vallières. Visée par une pétition d’étudiants, la coupable a publiquement admis avoir abusé du « pouvoir » que lui confèrent ses « privilèges » de Blanche et d’enseignante. Plus tôt cet été, une journaliste de la télévision publique avait été suspendue pour avoir mentionné ce livre lors d’une réunion de production. Au moment de sa parution, l’ouvrage entendait associer les mouvements d’émancipation noirs aux États-Unis et québécois du Canada. En 1966, Vallières était même venu à New York rencontrer les Black Panthers. Depuis, son essai est devenu littéralement innommable.

 

En début d’année, un professeur d’une école secondaire montréalaise avait quant à lui dû retirer de son programme une chanson de Félix Leclerc qui assimilait, par métaphore, le chômage à une mise à mort. Choqué, un parent a obtenu l’annulation de l’étude de 100 000 façons de tuer un homme. La vague qui grossit emporte avec elle des idoles. En 2016, il a fallu moins d’une semaine pour que disparaisse de la toponymie québécoise toute référence à l’un des plus grands réalisateurs du pays, Claude Jutra. Trophées baptisés en son honneur, appellation d’une salle de la Cinémathèque et des rues de plusieurs villes : plus rien ne devait porter le nom de celui à qui on doit des chefs-d’œuvre tel Mon oncle Antoine (1971). La damnatio memoriae a été exécutée quelques jours après la parution d’une biographie du cinéaste révélant qu’il avait commis des actes de pédophilie. Or son cinéma n’en porte aucune trace. Qui pâtit de cette situation ? L’intéressé, décédé au moment des révélations, ou le public, soudain privé de références à des joyaux patrimoniaux ? »

 

 

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 05:00

 

 

Dans Le Grand Soir, Dominique Muselet décrit le monde orwellien dans lequel nous vivons : “ Pour ce qui est de la Vérité, nous ne sommes pas non plus en reste. Même un enfant de CM2 connaît la vérité sur la Seconde Guerre mondiale. Il sait qu’elle été menée contre les Juifs et gagnée par les Américains. Comment se pourrait-il en effet que les Soviétiques aient vaincu Hitler ? Les Etats-Unis dont nous sommes les fidèles alliés ne pourraient jamais l’accepter. Ou que les Allemands nous aient attaqués ? L’Europe de la paix ne s’en remettrait pas. Quant aux 21 millions de Soviétiques tombés sous les bottes allemandes ? Voyons, c’est de la propagande russe !

 

Chez nous, il n’y a pas de propagande. Nous avons Big Media qui nous enseigne le politiquement correct. Nous savons que tout ce que disent les pays hostiles et les réseaux sociaux complotistes, sont des fake-news. Tout comme nous savons que « La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». C’est sûrement parce que nos médias sont capables de tout transmuer en Vérité que Jupiter les a exemptés du masque, à l’heure du sanitairement correct.

 

Notre pays est béni des dieux parce qu’il est dans le camp du bien et que ses élites sont au service du peuple, et donc nous n’avions rien à craindre du Coronavirus quand il est arrivé de Chine avec les français rapatriés, a déclaré notre apprenti Big Brother. Au cœur de l’épidémie, Il a harangué son peuple avec fougue, envoyé les fantassins au front, mis ses amis à l’abri dans leurs châteaux de province, et enfermé à la maison le reste de la population avec, pour résoudre tous les problèmes, une boîte magique de Doliprane. Tous ensemble, sous sa houlette éclairée, nous avons fait reculer la bête, au péril de nos vies. Evidemment, nous n’avons pas pu sauver tout le monde et beaucoup de vieillards sont morts, seuls, dans nos mouroirs à profit.

 

 

 

Le Site Communistes dénonce le capital qui profite de la situation avec le covid pour imposer de nouvelles régressions. Un article du journal Le Monde critique le discours du gouvernement sur la relocalisation et la réindustrialisation et montre que le gouvernement laisse faire le contraire. Il cite: le 30 juin la fermeture du site de Zodiac à Toulouse -38 postes supprimés - vont en Tunisie - Une usine de tracteurs à St Dizier (Haue-Marne) les 38 derniers salariés de cette usine réduite progressivement depuis 15 ans part en Chine. Général Electric a des projets de restructuration vers la Turquie ( les syndicats craignent 850 suppressions). Rosière aussi dans le Cher arrête la fabrication de cuisinières en france, pour la Turquie…

 

Cette situation est une aubaine pour nombre de patrons qui en profitent pour restructurer à leur convenance. Bridgestone est l’arbre qui cache la forêt.

 

 

 

Evariste, dans Res Publica se demande pourquoi la gauche a participé au progrès social et politique pendant près de deux siècles et depuis plus de 30 ans n’y arrive plus ? Aujourd’hui, elle n’est plus pro-active, elle n’est que réactive, une partie de la gauche devient l’opposition de Sa Majesté, passant son temps à critiquer passivement le recul organisé par le patronat et la droite. De la Révolution française jusqu’au serment de Vincennes de 1961, le principe universel de laïcité est partie intégrante du combat de gauche, aujourd’hui, le néolibéralisme soutenu par une partie de la gauche, opposition de Sa Majesté, produit la fin de l’universel humaniste et le développement du communautarisme, du financement public des cultes, du racialisme indigéniste destructeur des solidarités et de la fraternité, du clientélisme. C’est la gauche qui a créé, par la pression populaire, les systèmes de protection sociale, la sécurité sociale, les services publics, les congés payés pour tous, la journée de 8 heures, Aujourd’hui tout cela est détruit. Et quel est le dirigeant de gauche qui présente un projet désirable de sécurité sociale pour mobiliser ? Pire, toute la gauche aujourd’hui encense Lionel Jospin, le champion toutes catégories des privatisations (avec 26 milliards, il explose Villepin et Balladur – respectivement 20 et 15 milliards), celui qui a tué les mutuelles solidaires avec son code assurantiel de 2001, qui a même réussi à détruire les avancées de sa première loi sur les 35 heures par sa deuxième loi deux années plus tard ! Il n’est pas revenu sur la loi Balladur de 1993 sur les retraites ni sur celle de Juppé sur la Santé-Assurance-maladie de 1995. Il a accentué la désindustrialisation avec sa piteuse position sur Renault Vilvorde où il a théorisé l’incapacité de l’action de l’Etat, pourtant le plus gros actionnaire.

 

Revue de presse (320)
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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 05:16

 

 

Anne Dister, Marie-Louise Moreau. Inclure sans exclure : les bonnes pratiques de rédaction inclusive. Bruxelles : Fédération Wallonie Bruxelles.

 

Un petit livre savoureux, exigeant, non dogmatique, sur l’écriture inclusive. Par deux linguistes belges. Depuis Maurice Grevisse, ce sont souvent les Belges qui défendent (et connaissent) le mieux la langue française. L’ouvrage est préfacé par Bernard Cerquiglini, une autorité en matière de linguistique française.

 

L’objectif de ce livre est clair : dénoncer tout ce qui vise à exclure – le féminin, les femmes en particulier – mais sans tomber dans les horreurs langagières de l’hystérie inclusive de ceux, pardon de ceielles, qui se sont trouvé-e-s à peu de frais une nouvelle Sierra Maestra.

 

Les partisan-e-s de l’écriture inclusive à tout crin oublient d’où ielles viennent, c’est-à-dire de la bourgeoisie éduquée qui vous parlera de tête chercheuse mais de chercheure en sciences sociales, de professeure mais de shampouineuse, de boxeuse et de patineuse. Quant à procureuse, vous n'y pensez pas. Utilisons “procureure” et nous aurons le beurre et l'argent du beurre, l'apanage et les testos qui vont avec.

 

Hé oui, la langue française patine et patauge, pour toutes sortes de raisons, lorsque des questions de préséance sont en jeu. La plupart du temps au détriment du sexe féminin. Qui parfois se venge avec des tournures du style « Cette nana, elle est très con. »

 

La malédiction commence dès le plus jeune âge, à l’école primaire quand les enfants apprennent qu’il y a deux genres grammaticaux en français qui ne rejoignent pas forcément – et c’est la tout le drame –  la distinction mâle-femelle. Les estafettes, les sentinelles, sont plutôt des hommes tandis que les laiderons (shame on me !) sont plutôt des femmes. Quand un Français estime que « les Anglais aiment l’Italie », il inclut des femmes, alors que quand il dit que « les Anglaises aiment l’Italie », il ne parle que de femmes. C’est bien le féminin qui est exclu neuf fois sur dix.

 

Le français n’est pas la seule langue où l’adjectif s’accorde au masculin lorsqu’il précède ou suit un substantif au masculin et un autre au féminin (« Monsieur et madame Trouchmuque sont des instituteurs passionnants »). L’espagnol et l’italien font de même : « un coche y una bicicleta caros », « una casa e un ponte moderni ».

 

Pour les Allemands, quand les gouttent tombent, es regnet, le es étant la marque du neutre. En français, il pleut, c’est dingue, il importe, et on joue au quatre-vingt-et-un.

 

 

Le drame c’est que le genre est arbitraire. Surtout chez les animaux. Taupe et hirondelle sont des mâles autant que des femelles. Un rat de bibliothèque est plutôt un homme, mais pas forcément. En revanche, un père est un homme (oui, je sais, les trans…). On peut s’en sortir en disant « les profs » et non « les enseignants », « les scientifiques » et non « les chercheurs », « la classe patronale » au lieu de « les patrons».

 

Et puis, il y a les expressions toutes faites, produits de l’histoire d’une langue qui s’est un peu fossilisée et où le féminin n’est pas à la fête. Les autrices (je n’écrirai jamais « les auteures » même pour tout l’or du monde) donnent comme exemple : « le panier de la ménagère », « des ouvrages de dame », « les hommes politiques», « les hommes de lettres », « les hommes d’affaires », « en bon père vie famille », « les droits de l’homme ».

 

 

Note de lecture 191

 

 

La réaction emportée des bobos à ces injustices n’est, malheureusement pour eux, franchement pas populaire. Sondage après sondage, en France, en Belgique, en Suisse, leur pratique agressive ne rallie que 10 à 20% de la population. La majorité des gens trouve grotesque qu’on puisse concevoir des mots comme inspecteur-rice-s ou programmeur-euse-s. Et ne parlons pas de proclamation du genre « Ni dieu-eesse, ni maître-esse ». Et puis cette majorité observe que la langue souffre sous les coups de boutoir de ces incluseur-ices. Dans « fermier-e », l’accent grave a disparu. Comme dans « préfet-e ». Mais cela est de la vieille histoire, n’est-ielle pas ? Elle souffre aussi lors d’initiative complètement grotesques. Sur un tract électoral, on a pu lire : « George Machin, 15ème candidat-e, Monique Truc, 14ème candidat-e », alors que Georges ne pouvait être qu’un candidat et Monique une candidate. Les bobos qui ont créé le terme « Amiénoi-s-e-» ont oublié en cours de route que le masculin « Amiénois » possédait un « s » avant même qu’il aient été dans le désire de leurs géniteur-ices.

 

Il faut poursuivre la politique de féminisation de la langue. Dire « Madame l’Ambassadrice » et non «Madame l’Ambassadeur », « une députée », « la femme policière ». Il faut bannir « Mademoiselle » comme on a jeté aux oubliettes « damoiseau ».

 

Et puis, il y a ce conseil des autrices frappé au coin du bon sens : n’écrivez rien qui ne puisse se dire. On attend en effet, désespérément le premier discours d’une orateure qui aurait écrit son texte en écriture inclusive (« Cher-es adolescent-e-s amiénoi-s-es…).

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 05:10

Théophraste R., du Grand Soir met en perspective Noam Chomsky et Philippe Val : « La façon la plus intelligente de maintenir la passivité des gens, c’est de limiter strictement l’éventail des opinions acceptables, mais en permettant un débat vif à l’intérieur de cet éventail et même d’encourager des opinions plus critiques et dissidentes. Cela donne aux gens l’impression d’être libres de leurs pensées, alors qu’en fait, à tout instant, les présuppositions du système sont renforcées par les limites posées au débat. » (Noam Chomsky).

 

Juin 2002, Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo : Chomsky ? « Il est gaga. » et « « il est évident que jamais, contrairement à ce que pense Chomsky, les citoyens n’ont disposé d’autant d’informations ».

Septembre 2007, Philippe Val dans sa chronique sur France-Inter (dont il n’est pas encore le Directeur) : « Chomsky-Ben Laden, même combat ! ».

Heureusement qu’on l’a, lui, pour nos alerter sur les mauvais yankees.

 

Théophraste R. Auteur du pamphlet (en gestation) : « Honte à vous si vous avez parfois acheté Charlot Hebdi et jamais Fakir ».

 

 

 

Le site Communistes nous prévient : pas question que les entreprises payent pour la pandémie :

 

L’épidémie a été et reste une formidable opportunité pour le pouvoir et ses mentors capitalistes pour présenter la facture de cette crise qui couvait aux populations.

 

D’autant plus opportune cette épidémie que le mécontentement voire la colère étaient très forts dans les semaines qui précédaient le confinement. Les sondages l’attestaient mais, preuves plus fiables et concrètes, les luttes dans les entreprises et les manifestations contre la réforme des retraites témoignaient de cette situation.

 

Le confinement, l’épidémie ont donc été pour les tenants du pouvoir amplifiée par le poids des médias, répétons-le une opportunité inédite et bénéfique. D’autant plus qu’elle réactualise l’idée avancée par Sarkozy, poursuivie par Hollande et réaffirmée par Macron (et ses 17% de voix) d’une recomposition de la société. En clair, une société répondant exclusivement aux intérêts du capital débarrassé de toute contrainte politique, sociale, économique: le capital roi.

 

Un certain Artus, chef économiste et membre du comité exécutif chez Natixis nous prévient dans un livre et un article qui viennent de sortir: «Que croyez-vous que les entreprises, confrontées à la perte de leur activité, au recul de leurs parts de marché, à la chute de leur profitabilité, vont faire? Elles vont avoir une réaction forte qui passera par des plans d’économies, des suppressions d’emplois, des baisses de salaires des délocalisations encore plus massives. Je suis convaincu pour ma part que le capitalisme néolibéral que l’on critique tant va se durcir encore d’avantage dans les années qui viennent sous l’emprise de la nécessité. C’est le contexte qui l’exige... » etc...et s’en suit une justification des sales coups chiffres et menaces à l’appui. Tout est dit clairement.

 

 

 

 

Toujours dans Le Grand Soir, Bruno Guigue contextualise la pandémie : Que les mesures sanitaires constituent une aubaine pour interdire les manifestations de rue est une évidence, mais on ne peut pas dire que la contestation ait été flamboyante avant l’irruption du virus, ni que celle-ci, à l’inverse, ait empêché des mouvements sociaux virulents, notamment aux États-Unis. Ni complot mondial, ni muselière planétaire, ni Big Brother déguisé en Big Pharma. La vérité est ailleurs : c’est que, contrairement à d’autres, les gouvernements occidentaux sont inopérants dès qu’il s’agit de préserver la vie des populations, parce qu’en temps de crise leur unique préoccupation est de sauver les banques. Il serait temps, en clair, de cesser de pourchasser des fantômes, de voir le monde tel qu’il est, de combattre le véritable impérialisme, et de laisser tomber la lutte des masques pour revenir à la lutte des classes.

Revue de presse (319)
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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 05:11

 

Serge Halimi envisage une restauration à Washington : « Quand M. Barack Obama désigne en 2008 le vétéran centriste Joseph Biden comme son candidat à la vice-présidence, la prudence lui paraît s’imposer : les démocrates ont déjà exprimé leur désir de rupture en choisissant un Noir progressiste opposé à la guerre d’Irak pour succéder à M. George W. Bush. En novembre prochain, c’est M. Biden qui portera leurs couleurs. Or lui n’inspire aucune ferveur. Un bon casting politique réclamait donc qu’il choisisse pour colistière un symbole enthousiasmant. Pas celui de la radicalité politique, mais celui de l’« inclusion ». D’où sa désignation de Mme Kamala Harris, une fille d’immigrants, l’un jamaïcain, l’autre indienne, mariée à un Juif.

 

L’audace s’arrête là. Car, pour le reste, la sénatrice de Californie est une politicienne conventionnelle et opportuniste que nul n’associe à autre chose qu’une solide ambition personnelle et un talent consommé pour lever des fonds auprès de milliardaires. Les cours de Wall Street, qui avaient déjà bondi en mars dernier quand M. Biden l’emporta sur M. Bernie Sanders, ont progressé à nouveau à l’annonce de la désignation de Mme Harris. Ayant essuyé un échec cinglant lors de la campagne des primaires démocrates — elle dut se retirer à la fin de l’année dernière avant le premier scrutin —, elle devra tout à l’homme qui l’a choisie et à qui elle pourrait succéder. Cela tombe bien, elle pense à peu près comme lui : l’Amérique est grande, l’Amérique est belle, quelques réformes la rendront meilleure encore ; ses valeurs inspirent le monde ; ses alliances militaires protègent la démocratie libérale contre les tyrans.

 

 

Qui pilote vraiment le Quai d’Orsay, demande Marc Endeweld ? « Respecter les alliances sans s’aligner sur les États-Unis : la voie diplomatique singulière de la France tracée par le général de Gaulle a été poursuivie jusqu’à la présidence Chirac. Elle fut ensuite abandonnée par MM. Sarkozy et Hollande avec l’arrivée au Quai d’Orsay de diplomates néoconservateurs. M. Macron affirme vouloir renouer avec l’héritage gaullien, notamment vis-à-vis de la Russie, mais sans vraiment s’en donner les moyens. »

 

 

Le Monde Diplomatique (244)

 

Akram Belkaïd et Lamia Oualalou, observant l’expansion de l’évangélisme, dessinent une internationale réactionnaire : « De São Paolo à Séoul, d’Abuja à Houston, une doctrine et des rituels communs rassemblent des foules de protestants évangéliques dans des centaines d’Églises. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce courant a prospéré sur un terrain fertile, auquel il a longtemps offert un bras armé : l’anticommunisme. Nourri par le soutien d’États puissants ainsi que par un prosélytisme efficace, son succès va désormais de pair avec le recul d’idéologies porteuses d’espoirs plus terrestres. Avec plus de 660 millions de membres et des antennes dans la quasi-totalité des pays, les évangéliques constituent l’une des forces politiques les plus puissantes et les plus structurées de la planète. »

 

 

Kang In-Cheol nous parle des évanbgélistes sud-coréens : « printemps 2020, alors que la pandémie de Covid-19 menaçait de s’étendre en Corée du Sud, les évangéliques conservateurs ont poursuivi leurs rassemblements quotidiens pour réclamer la démission du gouvernement et ont refusé de mettre fin aux cérémonies religieuses en passant aux rituels en ligne. À la différence des bouddhistes ou des catholiques, ils ont vu dans cette interdiction une atteinte à la liberté de religion. Et surtout, ils en ont profité pour lancer une offensive contre le président Moon Jae-in, accusé d’être « subordonné à la Chine socialiste » (où est apparu le virus), espérant ainsi regagner le terrain perdu dans la population.

En effet, à l’automne 2016, la société sud-coréenne s’était scindée en deux camps. Des manifestants, bougies à la main, se rassemblaient pour exiger la destitution de la présidente Park Geun-hye, alors que leurs opposants manifestaient en brandissant le Taegeukgi, le drapeau national ; une contre-mobilisation dans laquelle les Églises protestantes ont joué un rôle central. L’affrontement s’est achevé par une victoire écrasante de la « révolution des bougies », à laquelle dix-sept millions de citoyens ont participé. obtenant la démission de Mme Park le 10 mars 2017, un procès en bonne et due forme, puis son emprisonnement. Dans la foulée, en mai, M. Moon, qui incarnait l’esprit des veillées aux chandelles, fut élu président de la République.

 

 

Anouk Batard décrit la “ République pentecôtiste du Nigeria ” : « Au Nigeria, épicentre du réveil chrétien en Afrique et dans le monde, le néopentecôtisme, couramment appelé christianisme born again, nourrit le renouveau évangélique. Puissance démographique et économique, ce pays d’Afrique de l’Ouest a produit un nombre important de pasteurs riches et célèbres dans le monde entier. Parmi eux, M. David Oyedepo, évêque de la Living Faith Church (Église de la foi vivante), communément appelée Winners Chapel (Chapelle des vainqueurs), dont la fortune était évaluée à 150 millions de dollars (138 millions d’euros) en 2015, et M. Chris Oyakhilhome, fondateur de l’Église Christ Embassy (30 à 50 millions de dollars d’avoirs personnels). Leurs « méga-églises », « camps de rédemption » et « cités sacrées » rassemblent régulièrement des dizaines voire des centaines de milliers de fidèles. En plus d’espaces dédiés au culte, ces entreprises religieuses transnationales sont dotées de centres de formation théologique, de maternités, de cliniques, de médias, d’écoles et même d’universités. »

 

 

Anne Vigna met en garde contre la deuxième télévision brésilienne : « Dès 5 h 30 du matin, dans les locaux du 22e bataillon de la police militaire de Rio de Janeiro, les membres d’une équipe de télévision enfilent leurs gilets pare-balles. Parmi eux, la star du journalisme Ernani Alves, qui travaille pour l’émission « Cidade Alerta » (Alerte sur la ville), diffusée en fin d’après-midi, du lundi au vendredi. Sa thématique ? Le crime, sous tous les angles possibles : durant deux heures s’enchaînent, sans ordre ni hiérarchie, des reportages qui vont du viol le plus sordide au simple cambriolage. Le ton est toujours sensationnaliste, les gentils toujours en uniforme. « Cidade Alerta » réalise les meilleures audiences de Record TV, la deuxième chaîne de télévision du pays en matière de couverture territoriale et d’audience. »

 

 

 

Pour Claire Scodellaro, l’anorexie est une maladie sociale frappant davantage les jeunes femmes des milieux aisés : « Les inégalités sociales face à la santé pénalisent le plus souvent les hommes des classes populaires. L’anorexie mentale constitue une des exceptions à cette règle : ce trouble grave du comportement alimentaire, pouvant mener à la mort, menace particulièrement les jeunes filles des milieux aisés, exposées à des normes de minceur plus strictes et plus enclines à penser pouvoir maîtriser leur destin social. Ainsi, les filles des classes supérieures (parents cadres, exerçant une profession libérale ou chefs d’entreprise) ont 1,6 fois plus de risque d’être touchées que les filles d’ouvriers, et celles de classes moyennes (professions dites intermédiaires, employés), 1,3 fois. Enfin, le profil par âge diffère d’autres troubles mentaux : l’anorexie débute rarement après 25 ans, et la probabilité de sa survenue diminue avec l’avancée en âge, alors que la dépression reste fréquente à l’âge adulte. »

 

 

Jean-Michel Morel perçoit la Libye comme le terrain de jeu russo-turc où il n’y a jamais eu autant de mercenaires : « le soulèvement populaire de février 2011 suivi de l’intervention aérienne des forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et de la mort de son chef d’État, Mouammar Khadafi, la Libye est en proie au chaos, à la fracturation et aux ingérences extérieures. Les trois régions traditionnelles du pays se sont transformées en isolats fratricides. À l’est, la Cyrénaïque, où siège la Chambre des représentants, à Benghazi, est devenue le fief du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, à la tête de ce qu’il appelle l’Armée nationale libyenne (ANL). À l’ouest, dans la Tripolitaine, règne le bien mal nommé gouvernement d’accord national (GAN), reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) et dont la couleur politique l’apparente aux Frères musulmans. Quant à la région multiethnique du Fezzan au sud, contrée d’où est extrait un quart du pétrole libyen, les miliciens toubous y règnent en maître, se répartissant entre les deux camps. »

 

 

Alain Gresh se souvient du “ septembre noir ” : « Après sa défaite face à Israël, en 1967, le monde arabe connaît d’importants bouleversements politiques. Les différentes factions palestiniennes profitent de ces changements pour accroître la lutte armée contre l’État hébreu. La Jordanie devient leur base arrière et les combattants entrevoient même de faire tomber la monarchie hachémite. Fort du soutien occidental, le roi Hussein matera la menace dans le sang. »

 

 

André-Michel Essoungou observe les manipulations numériques en Afrique : « Un temps rangées au musée des utopies, les élections démocratiques se sont répandues en Afrique au cours des trois dernières décennies. Mais, à mesure que le continent s’arrime au réseau Internet, le risque de la manipulation numérique grandit, principalement par le biais des réseaux sociaux. La menace paraît d’autant plus grave qu’elle passe souvent inaperçue. 

Un détail le confirme : c’est en Afrique, notamment au Nigeria et au Kenya, que Cambridge Analytica a testé ses techniques frauduleuses d’aspiration de données utilisées lors du référendum sur le Brexit et l’élection présidentielle américaine en 2016 . Les électeurs de ces pays ont servi, à leur insu, de cobayes d’une stratégie en trois étapes. D’abord, récolter, principalement sur Facebook, les données personnelles en ligne de millions de citoyens : âge, sexe, préférences esthétiques, culturelles ou politiques. Ensuite, analyser ces informations pour définir des microcatégories. Enfin, orienter les choix individuels, à l’aide d’algorithmes, par le biais d’une propagande taillée sur mesure, sur les plates-formes numériques.

 

 

Pour Jean-Arnaud dérens et Laurent Geslin, l’Albanie est un “ bon élève ” à la dérive : « Considérée comme un « État failli » après des émeutes en 1997, l’Albanie est aujourd’hui présentée comme un pilier de la stabilité des Balkans. Mais, en grattant le vernis de la « transition », on découvre un pays ravagé par un néolibéralisme autoritaire et par l’hémorragie de ses forces vives. Le front de mer qui s’étend au sud de Durrës, sur les bords de l’Adriatique, offre un condensé de l’histoire récente de l’Albanie. Du temps de la dictature nationale-communiste, entre 1945 et 1991, des pinèdes jouxtaient la longue plage de sable fin qui s’étend sur une vingtaine de kilomètres n’abritant alors que quelques hôtels d’État et les villas du Bllok, le quartier réservé aux dirigeants. Dès la chute du régime — le plus fermé d’Europe. de nouveaux bâtiments ont commencé à remplacer les arbres, et le rythme des constructions s’est vite intensifié, des hôtels et des immeubles bloquant tous les accès vers la mer. Mais, depuis le tremblement de terre du 26 novembre 2019, des « dents creuses » sont apparues.

 

 

Marlène Laruelle met en garde contre l’illusion d’un nouveau monde en Asie centrale : « La plupart des pays d’Asie centrale n’ont connu qu’un seul dirigeant pendant plusieurs décennies. Après le départ de ces autocrates, leurs successeurs tentent de garder le contrôle de transitions politiques à haut risque. Face à la pression de sociétés jeunes et inégalitaires, ils redoutent des scénarios comparables aux « printemps arabes ». Et hésitent entre ouverture et continuité. »

 

 

Quand Gisèle Halimi affrontait la justice coloniale : « Lors des procès de Bobigny (1972) et d’Aix-en-Provence (1978), Gisèle Halimi a mis en accusation les lois criminalisant l’avortement et sanctionnant insuffisamment le viol. Auparavant, l’indépendance de l’Algérie et la dénonciation des tortures furent les grandes causes de l’avocate, morte le 28 juillet dernier. »

 

 

Marie Morgan est allée à la rencontre des petites mains des grands hôtels : « Dans les hôtels de luxe, les femmes de ménage sont aussi soumises à des cadences infernales. Au point que certaines profitent de l’heure du déjeuner pour fuir. Ainsi qu’on le constate dans une résidence de prestige de la Côte basque.

 

Il est 8 h 30, au rez-de-chaussée d’une résidence hôtelière « prestige » de la Côte basque. Dehors, les touristes profitent de l’air marin, de la plage et du soleil après de longues semaines de confinement dues à la pandémie. L’activité bat son plein : les quelque deux cents appartements et chambres d’hôtel de la résidence affichent complet. Âgées de 18 à 57 ans, les femmes de ménage récupèrent leurs feuilles de travail du jour. L’objectif n’est pas tant de nettoyer réellement les chambres que de « montrer qu’on est passé », explique Mme Michelle T., une femme de ménage proche de la soixantaine, qui livre volontiers quelques précautions et « astuces » : ne pas oublier de baisser le couvercle des W.-C., faire briller la robinetterie, retourner le pommeau de douche, fermer les rideaux. »

 

 

Pour Rachel Knaebel, les hôpitaux allemands sont trop rentables : « Pendant le pic épidémique de Covid-19, le système de santé allemand a fait figure de modèle grâce à son meilleur équipement en lits de soins intensifs. Pourtant, de l’autre côté du Rhin, les soignants et les hôpitaux dénoncent depuis des années un manque structurel de moyens et de personnel. En cause, entre autres, un système de financement tout à fait similaire à la tarification à l’activité française. »

 

 

Frank Poupau nous révèle ce qu’un arbre peit véritablement cacher : « Les forêts vivent-elles ? Que ressentent les arbres ? Depuis une décennie, la préoccupation environnementale nourrit ces interrogations dans la presse et l’édition grand public. De leur côté, des anthropologues et des sociologues ont remis en cause la coupure entre nature et société héritée des Lumières. Certains considèrent les non-humains comme des « acteurs » à part entière. Où conduit cette approche  ? »

 

 

Philippe Person évoque des pionnières qui redeviennent célèbres : « En 1896, un an après la naissance du cinématographe, la Française Alice Guy, 23 ans, tourne La Fée aux choux. Ce film de 51 secondes en fait l’auteure de la première fiction fantastique de l’histoire du cinéma et aussi bien la première femme cinéaste. Elle poursuit son activité de réalisatrice pendant une vingtaine d’années, en France et aux États-Unis où, avec son mari Herbert Blaché, elle crée sa propre compagnie de production près de New York. Elle réalise des centaines de courts et quelques longs-métrages avant de jeter le gant, ruinée, pour n’avoir pas vu à temps que l’avenir se situait à Hollywood. Elle a longtemps été à tout le moins négligée, oubliée, voire dépossédée de son œuvre, comme on le voit chez l’historien du cinéma Georges Sadoul, qui ne la cite même pas. Après avoir enfin retrouvé en France quelque audience — depuis 2018, un prix à son nom vient récompenser des réalisatrices pour pallier le manque de visibilité de celles-ci dans les cérémonies —, elle est aujourd’hui aux États-Unis l’objet d’un documentaire de Pamela R. Green, Be Natural, sous-titré L’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché,bénéficiant d’un commentaire enthousiaste d’actrices féministes comme Jodie Foster. Cependant, cette reconnaissance ne modifie en rien l’idée qu’on continue à se faire du monde du cinéma : un univers d’hommes, où Alice Guy n’a pu s’immiscer que grâce à ses qualités exceptionnelles. »

 

 

Pour Richard Keiser, la peur est blanche aux Etats-Unis : « Á partir de la seconde guerre mondiale, la « grande migration » des Afro-Américains du Sud vers les villes industrielles du Nord et du Midwest avait provoqué une « fuite des Blancs ». Ils préféraient céder en vitesse leur patrimoine immobilier, par souci de rester entre eux et par crainte qu’un voisinage noir rende leur quartier moins sûr, moins attrayant, et que le niveau des écoles se dégrade. Aujourd’hui, une nouvelle « fuite blanche » se déroule parmi les classes moyennes et supérieures, en réaction cette fois à l’installation de familles d’origine asiatique dans leurs zones résidentielles huppées. D’un point de vue strictement financier, quitter un voisinage convoité en raison de sa sécurité, de son prestige et de ses écoles de haut rang n’a guère de sens. Mais les Blancs entendent préserver la place de leurs enfants au sommet de la hiérarchie méritocratique. 

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 05:18

 

 

Serge Halimi décrypte (comme disent dans un réflexe pavlovien les médias neuneux) le mot « systémique : « Les multinationales américaines ont très souvent recours à la philanthropie pour cacher les méfaits qui les ont enrichies. Depuis mai dernier, elles versent donc des centaines de millions de dollars à diverses associations afro-américaines, dont Black Lives Matter. De telles libéralités envers une structure militante qui combat le « racisme systémique » font un peu penser au paiement d’une police d’assurance. Apple, Amazon, Walmart, Nike, Adidas, Facebook, Twitter, qui savent mieux que personne ce que « systémique » signifie, doivent redouter que la mise en cause d’iniquités structurelles aux États-Unis cible bientôt d’autres infamies que les violences policières — et situées plus près de leur conseil d’administration. Dans cette hypothèse, les protestataires ne se satisferont pas très longtemps de gestes « symboliques » consistant à s’agenouiller devant des Afro-Américains, à déboulonner des statues, à rebaptiser des noms de rue, à se repentir de son « privilège blanc ». Or c’est bien à ce répertoire, inoffensif pour eux, que les patrons de multinationales souhaitent cantonner le mouvement populaire ayant réveillé la société américaine après la diffusion des images de la mort d’un homme noir étouffé sous le genou d’un policier blanc.

 

 

Laurent Bonelli décrit la violence des forces de l’ordre social : «  Tout le monde déteste la police. » Courant dans les manifestations françaises, ce slogan exprime une exaspération qui n’est plus cantonnée aux groupes les plus militants. Trop souvent requises pour réprimer des mouvements sociaux, avec une brutalité remarquée, les forces de l’ordre ont vu leur mission se confondre avec celle d’une garde prétorienne du pouvoir. Leur popularité n’y a pas résisté. »

 

 

Pour Philippe Descamps, l’aviation civile traverse la tempête du siècle : « Le transport aérien représente le principal vecteur de la diffusion mondiale du Covid-19 et le secteur d’activité le plus affecté par la pandémie. Porté par la croissance débridée du tourisme, il se retrouve au carrefour des crises sanitaire, économique, sociale et environnementale. En Occitanie, on redoute l’effondrement d’une industrie qui structure le développement régional, tout en espérant sa transformation. »

 

 

Félix Tréguer nous présente les deux visages de la censure : « En France, le Conseil constitutionnel a invalidé le 18 juin 2020 l’essentiel de la loi Avia, un texte qui organisait la censure extrajudiciaire d’Internet sous l’égide du gouvernement et des grandes plates-formes numériques. Cette décision n’est cependant pas de nature à remettre en cause la relation multiséculaire entre l’État et le capitalisme informationnel. »

 

 

Maelle Mariette nous emmène « En Bolivie, sur la route avec l’élite de Santa Cruz.

Du « Wall Street Journal » aux franges les plus écervelées de la gauche internationale, la quasi-totalité des commentateurs ont défendu l’idée que le président bolivien Evo Morales avait fraudé lors du scrutin présidentiel de novembre 2019. Leur erreur a contribué à priver le chef d’État sortant de sa victoire au premier tour, au profit d’une élite réactionnaire, établie à Santa Cruz. Cette dernière rêve de prendre les rênes du pays, mais ses espoirs devraient être douchés lors du nouveau scrutin, prévu le 6 septembre. »

 

 

André Singer suit les traces de « La cavalcade autoritaire de Jair Bolsonaro : « Ancien parachutiste, le président brésilien Jair Bolsonaro sait que l’une des meilleures stratégies de défense consiste à attaquer. Accablé par les institutions du pays pour sa gestion calamiteuse de la pandémie de Covid-19, il profite de l’épisode pour accuser le Congrès, la justice et les gouverneurs d’opposition de dérive dictatoriale, alors que les appels à la destitution se multiplient. »

 

 

Pour Richard Keiser, les Etats-Unis sont « Un pays miné par les homicides policiers. Aux États-Unis, le maintien de l’ordre relève des autorités locales. Comment dès lors expliquer qu’une ville réputée progressiste comme Minneapolis soit le théâtre d’exactions policières racistes à répétition ? Dotés d’un lourd passif en matière de violences contre les habitants noirs, ses services de police y jouissent d’une impunité presque totale. Du moins jusqu’à la mort de George Floyd. »
 
 

Pierre Rimbert déconstruit le mythe Taubira : « Si chacun connaît la militante anticolonialiste engagée contre les discriminations de genre et de couleur de peau, souvent cible d’attaques racistes, la ministre qui a défendu la loi du « mariage pour tous », peu se souviennent que Mme Christiane Taubira, députée de Guyane, vota la confiance au premier ministre de droite Édouard Balladur en 1993 et se présenta l’année suivante aux élections européennes sur la liste de l’homme d’affaires Bernard Tapie. Candidate à la présidence de la République en 2002, partisane de Mme Ségolène Royal en 2007, ministre de M. François Hollande en 2012, y compris quand M. Manuel Valls était premier ministre (elle démissionna en janvier 2016), elle participe depuis aux recompositions incessantes du centre gauche français, où, désormais, le rose et le vert convergent pour ripoliner l’ordre économique aux couleurs du temps. » J’en profite lâchement pour signaler un article que j’avais publié en 2013 sur cette éminence de notre République : http://bernard-gensane.over-blog.com/2013/11/sainte-taubira.html

 

 

Pour Jamal Bukhari et Ariane Lavrilleux, l’armée éguptienne est vorace : « Depuis l’arrivée au pouvoir, en 2013, du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, l’armée égyptienne est engagée dans une expansion économique qui semble sans limites. Menant une diversification à tout-va, elle supervise des milliers de chantiers et accapare les contrats publics au détriment des entreprises étatiques et privées. Cette omniprésence ne profite guère au pays. »

 

 

Boubacar Boris Diop espère un réveil pour l’Afrique après la pandémie : « La pandémie de Covid-19, piteusement gérée par les Occidentaux, a révélé les limites de leur hégémonie. Désormais, l’Europe et les États-Unis ont perdu leur autorité morale. Mais un ordre international plus juste reste à imaginer. Pour l’Afrique, ces événements réveillent le sentiment d’un destin commun et une certaine combativité. Les obstacles restent nombreux. »

 

 

Jordan Pouille et Lei Yang nous font visiter un village chinois en Italie : « Prato, haut lieu européen de la diaspora chinoise, n’a déploré que très peu de décès liés au coronavirus. Artisans de ce succès sanitaire, les Chinois de cette ville italienne, engagés dans l’industrie locale du prêt-à-porter, jouissent d’une reconnaissance tardive, après plus de vingt ans de désamour. »
 
 

Camille Bortolini se demande si la guerre des terres rares aura lieu : « Alors qu’elle semblait avoir le monopole des terres rares, indispensables à la fabrication des produits de haute technologie, la Chine en a importé en 2018 et 2019 plus qu’elle n’en a exporté. Mais peut-on vraiment parler de retournement alors que ses clients restent très dépendants de sa production ? Du reste, Pékin n’a pas renoncé à menacer les États-Unis de stopper les livraisons. »

 

 

Akram Belkaïd nous fait découvrir la face honteuse du métal bleu : « Indispensable pour la fabrication des batteries électriques, le cobalt fait partie des matières premières les plus convoitées. Sa rareté alimente les inquiétudes quant à d’éventuelles pénuries. En République démocratique du Congo (RDC), principal producteur mondial, des enfants travaillent dans les mines pour fournir les grandes entreprises des secteurs de l’automobile, de l’informatique et de la téléphonie. »

 

 

Il fut un temps (HélèneRichard) où les Soviétiques étaient quête de bons plans : « Les Soviétiques en quête de bons plans

À la faveur de la pandémie de Covid-19, l’idée de planifier le développement économique est revenue dans le débat public. Assimilée au « totalitarisme stalinien », l’expérience soviétique, qui s’installa sous la forme de plans quinquennaux à partir de 1929, demeure néanmoins un repoussoir. L’urgence climatique invite à l’alléger de quelques clichés. »

 

 

 

Qui en douterait, le livre est  une sacrée valeur (Thierry Discepolo) : « La multiplicité des titres et des maisons d’édition inciterait à croire que « le livre n’est pas un produit comme les autres ». Pourtant, là comme ailleurs, la concentration du capital s’exerce avec vigueur et n’a pas pour seules conséquences d’aimables prises de bénéfice. »
 
 

Renaud Lambert (“ Pompiers en blouse blanche ”) s’interroge sur le rôle politique des médecins pendant la pandémie : « Transformer un pays en prison à ciel ouvert sans soulever d’émeute constitue à coup sûr un tour de force. Réussir cette prouesse alors qu’on vient d’essuyer un puissant mouvement social relève de l’exploit. De nombreux dirigeants y sont pourtant parvenus à l’occasion de la pandémie de Covid-19. Dans certains pays, le pouvoir opta pour la force ; en France, il s’effaça derrière une poignée d’experts en blouse blanche, alors qu’il avait ignoré les revendications des soignants à l’automne 2019. Depuis quelques mois, pas une déclaration politique qui ne s’accompagne d’un « suivant l’avis des scientifiques » ou d’un « sur décision collégiale des médecins ». Les savants ont « pris le pouvoir », s’alarme Éric Zemmour. Mais ne se sont-ils pas plutôt évertués à le servir ?

 

 

Á lire un gros dossier sur « Tourisme année zéro » : Affaiblis par la crise de l’euro, meurtris par le Covid-19, les pays du sud de l’Europe redoutent désormais un effondrement du tourisme. La paralysie de la circulation mondiale révèle la vulnérabilité de cette activité et oblige à repenser son développement, fondé sur un échange marchand inégal. Derrière un discours volontariste se cache souvent une impuissance à changer en profondeur un modèle destructeur, alors même que l’État le conforte (« À la recherche du voyage “écoresponsable” »). Relocaliser les loisirs s’avère moins urgent que d’imaginer autrement le temps libre en s’ouvrant à la mondialité (« Le bout du monde en bas de chez soi »). Tandis que les perspectives climatiques hypothèquent un retour à la croissance d’hier dans l’aéronautique (« Aviation civile, la tempête du siècle »), la critique de la « massification » mérite d’être débarrassée de ses préjugés sociaux (« Des loisirs à la chaîne »). »

 

 
Le Monde Diplomatique (242)
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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 05:07

 

Dans Res Publica, Philippe Hervé historicise la pandémie du Covid : « La « grippe de Hong Kong » en 1968-69, avec ses 30 000 morts en France, était contemporaine de l’année du plus fort taux de croissance du PIB dans notre pays. Le dispositif économique était à l’époque souple et pouvait encaisser les chocs. Aujourd’hui c’est le contraire. La globalisation n’est pas un dispositif évolutif, souple et adaptable. C’est un système extrêmement rigidifié, ne servant que les intérêts des groupes multinationaux et palliant la baisse de leurs taux de profit. Production de matières premières, transformations de celles-ci et enfin consommation finale se sont retrouvées dans des aires géographiques différentes, espaçant et masquant ainsi la réalité des rapports de production. Cette nouvelle organisation de la production et de la consommation exige des flux tendus et des parcours de longues distances permettant une rotation du capital variable et une circulation fluide des masses monétaires. Cet ultime capitalisme est la résultante des années 1960 et 1970 en Europe, et particulièrement en France et en Italie où la lutte des classes n’était plus tenable pour les bourgeoisies nationales. Le deal du siècle avec le Parti communiste chinois, représenté par Deng Xiaopin, à la fin des années 1970 fut une divine surprise qui semblait résoudre une fois pour toute l’extorsion massive du profit en s’évitant l’affrontement de classe direct et au quotidien dans l’usine de la Région parisienne, de Milan ou de Chicago.

 

 

Pour le site Communistes, La loi pluriannuelle pour la recherche : un passage en force pour assujettir la recherche publique aux stratégies des entreprises.La LPPR prévoit toute une série de dispositifs amenant les personnels des laboratoires du public à travailler avec et pour le privé. De telles dispositions permettraient aux entreprises de limiter la part de leurs investissements et la prise de risque inhérente à la recherche tout en conservant la main sur les innovations qui ressortiront des travaux de recherche. Cette loi est un outil pour relancer les grands groupes français dans la guerre commerciale acharnée qui se joue entre les capitalistes sur l’ensemble de la planète. En abaissant leur coût de recherche et développement, elle leur donne un sérieux avantage compétitif sur le marché mondial. C’est un des outils du plan de relance de Macron.

 

 

Dans Le Grand Soir, Bruno Guigue réfléchi à l’homme-marchandise selon Marx : « Ce que Marx a mis au jour dans le Capital, c’est ce qu’on pourrait appeler la consubstantialité du capitalisme et de l’esclavage ; derrière la diversité de ses formes, il a perçu la profonde unité de la servitude moderne ; il a vu, dans l’esclavage direct des Noirs, la vérité de l’esclavage indirect des prolétaires européens ; loin d’ériger l’opposition du travail libre et du travail servile en symbole de la modernité, il y a décelé la manifestation de son hypocrisie, car l’hétérogénéité apparente des statuts ne l’a pas aveuglé sur les mécanismes mis en œuvre sous l’empire de la valeur d’échange ; il a vu en somme, dans l’intensification des rapports marchands, la véritable origine d’une emprise de l’homme sur l’homme qui ne connut ni les frontières ni la différence des temps ; ce faisant, il a bâti une théorie de l’esclavage dont la connaissance nous est précieuse, à l’heure où la mondialisation libérale enfante les formes contemporaines de la servitude ; et il a défait, du coup, les faux prestiges du postulat aujourd’hui dominant selon lequel la liberté ne fait qu’un avec le marché, anéantissant par anticipation la folle prétention du libéralisme contemporain à incarner l’ultima ratio de l’histoire. »

 

 

Enfin, Russia Today se demande si l’universalisme français n’est pas menacé par le racialisme anglo-saxon : « il y a une philosophie – avec un vocabulaire venant tout droit des États-Unis – qui souhaite imposer un modèle de société où les rapports humains seraient essentiellement fondés sur des origines raciales, mais aussi, selon les tendances, sur la différenciation religieuse, sexuelle ou culturelle. Ces combattants de la lutte intersectionnelle procèdent ici au comptage du nombre de “ racisés ” (non-blancs) dans une assemblée, une œuvre ou dans la classe politique, et soutiennent des stages ou des rencontres excluant les “ Blancs ”.

 

Revue de presse (328)
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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 05:29

 

Selon le site Révolution, « Macron n’a rien dit sur la réforme des retraites et la réforme de l’assurance chômage, ce qui signifie qu’elles ne seront pas abrogées. Il n’ose pas encore le dire ouvertement, car il redoute un embrasement social. Dans l’immédiat, le chef de l’Etat voulait parer au plus urgent : apporter un soutien sans faille aux policiers – ou, plus exactement, aux éléments les plus réactionnaires de la police, qui exigeaient de Macron une claire condamnation des manifestations contre le racisme et les violences policières. C’est chose faite : aux centaines de milliers de jeunes et de travailleurs qui se sont mobilisés à travers le pays, ces 15 derniers jours, Macron a répondu en fustigeant le « communautarisme » et le «séparatisme », tout en bafouillant des choses sur les statues, l’Afrique, la méditerranée et la « réécriture haineuse ou fausse du passé ». Rien sur les violences policières. Rien sur le racisme dans la police et la gendarmerie.

 

Ce faisant, Macron a délivré une précieuse leçon à ceux qui pouvaient avoir de sincères illusions sur la « neutralité » de l’Etat bourgeois. En effet, la police est bien un pilier de « l’ordre », de l’ordre capitaliste (couvert d’un voile « républicain »). Les policiers, ce sont « des hommes en arme qui protègent la propriété bourgeoise » disait Marx. Et le racisme – dans la police, dans les médias, dans la bouche des politiciens réactionnaires – est aussi l’un des principaux piliers de l’ordre établi. Sous couvert de laïcité, de sécurité ou de lutte contre le terrorisme, la bourgeoisie française alimente sans cesse le racisme. C’est son arme de diversion massive : elle livre les immigrés à la vindicte populaire dans le but de protéger les véritables responsables de la misère et du chômage (c’est-à-dire : elle-même). »

 

 

Éric Fassin a adressé une longue lettre ouverte au banquier éborgneur, reprise dans plusieurs sites, dont Regard.fr : « Monsieur le Président, vous avez peur de votre police. C’est que vous en avez besoin pour imposer votre politique. Tout le monde l’a bien compris lorsqu’à la veille des mobilisations contre la réforme des retraites, les forces de l’ordre ont obtenu d’être épargnées : elles conservent leur “ régime spécial ” pour mieux réprimer dans la rue l’opposition à un projet prétendument universel. Votre peur est incarnée par le ministre de l’Intérieur qui recule à chaque fois que les syndicats de policiers élèvent le ton. Le contraste avec la campagne médiatique lancée par le ministre de l’Éducation contre les professeurs « décrocheurs » est frappante : Christophe Castaner est le ministre des policiers ; à l’évidence, Jean-Michel Blanquer n’est pas celui des enseignants.

 

Or les idées d’extrême droite sont aujourd’hui majoritaires parmi les forces de l’ordre. Pour se faire entendre, des policiers n’hésitent pas à participer à des manifestations illégales. Si celles-ci se multiplient, c’est qu’elles ne sont jamais sanctionnées. Ils se sentent en position de force – quitte à endosser la posture de victimes. La ministre de la Justice elle-même s’abstient de condamner des consignes syndicales contraires à la loi : « Non, c’est pas légal ; mais la question n’est pas celle-là ! », a-t-elle osé déclarer. Autrement dit, la police est au-dessus des lois. Vous avez peur de la jeunesse, et vous la réprimez ; vous avez peur de la police, et vous capitulez. Votre régime de la peur fait peur pour la démocratie.

 

 

Danny Sjursen disserte longuement dans Le Grand Soir (longue vie à ses infatigables administrateurs bénévoles !) sur les guerres menées actuellement par les Etats-Unis : « Comme c’est étrange. Les États-Unis se battent en Somalie par intermittence depuis le début des années 1990. Près de 30 ans plus tard, alors que le secrétaire général de l’ONU, soutenu par des dizaines de pays, a raisonnablement appelé à un cessez-le-feu mondial afin que l’humanité puisse se recentrer sur "le vrai combat de nos vies", en mettant Covid-19 sous contrôle, les Etats-Unis y sont toujours en guerre. Alors que les navires de la marine étasunienne se transforment en zones de pandémie et que l’homme de la Maison Blanche a dénoncé à plusieurs reprises les “guerres sans fin ridicules ” de ce pays, la guerre du Pentagone en Somalie contre un groupe terroriste insurgé du nom d’al-Shabaab s’intensifie en fait. » 

 

 

Revue de presse (327)
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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 05:36

Vous connaissez bien sûr « le florilège des coulisses du tournage » de la dernière série de Canal +. Y a-t-il beaucoup de mots français plus jolis que « florilège », ce vocable apparu vers 1700 et qui signifie « choix de fleurs » ? Et comme vous aimez cette expression « les coulisses du tournage » qui nous emmène clandestinement là où nous ne devrions pas être, dans l’intimité du travail des acteurs et des techniciens, avec leurs réussites, leurs joies, leurs ratés !

 

Mais soyons modernes. Contrebalançons-nous de cette poésie, de cette précision, du génie de notre langue. Et disons « le best of du making of » de la dernière série de Canal +.

 

Il fut un temps où, dans ce contexte, on utilisait l’expression « le film du film », avec cette subtile mise en abyme d’un réalisateur qui filme un autre réalisateur. C’était moins joli mais on voyait clairement ce à quoi on avait affaire : un petit film documentaire sur le tournage d’un plus grand film.

 

Le plus triste c’est que les anglophones n’utilisent pas spontanément cette expression que nous leur avons singée. On trouvera « making of » dans, par exemple, « the making of beer » (le brassage de la bière) ou «the makings of a revolution » (les caractéristiques d’une révolution), ou encore « the makings of new songs » (les ébauches de nouvelles chansons).

 

Les mots chéris des médias et des politiques (20)
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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 05:29

 

 

 

 Dans Le Grand Soir, Tristan Cork explique qu’en 2015 les contribuables de Bristol payaient encore des dettes aux propriétaires d’esclaves de la ville. Depuis 1833, ils ont versé308 milliards de livres, en «compensation » aux propriétaires d’esclaves, a admis le Trésor. Les 20 millions de livres sterling que le gouvernement a dépensés en 1833 pour rembourser les riches propriétaires d’esclaves étaient si importants qu’il a fallu 182 ans au contribuable pour les rembourser.

 

L’information a été révélée par le Trésor dans le cadre d’une demande de liberté d’information – mais lorsque les fonctionnaires ont décidé de tweeter la révélation, la façon dont ils l’ont fait a déclenché une réaction si furieuse qu’ils ont rapidement supprimé le tweet.

 

Le Trésor a confirmé que lorsque le gouvernement britannique a aboli l’esclavage et interdit aux gens de posséder des esclaves en Grande-Bretagne ou dans les colonies britanniques partout dans le monde, ces propriétaires d’esclaves ont tous reçu une compensation.

 

 

 

Toujours dans Le Grand Soir, Dominique Muselet analyse le sentiment de culpabilité qui nous taraude depuis le début de la pandémie : D’après les psychologues, c’est d’abord le confinement lui-même qui engendre des sentiments de culpabilité... Le confinement peut causer un fort sentiment d’isolement, de rejet et de culpabilité. Pour d’autres personnes, la première image qui leur vient à l’esprit lorsqu’ils sont à l’isolement, c’est la prison. Ce qui signifie symboliquement qu’ils sont dangereux pour l’autre et qu’ils ont fait quelque chose de mal. D’où le sentiment de culpabilité alors que nous sommes victimes. 

Il y a aussi la peur de contaminer ses proches : des soignants en grande détresse qui ont peur de transmettre le virus à leurs patients et à leurs proches.

 

Les enfants aussi peuvent ressentir des émotions fortes, comme la peur, la culpabilité, la honte, après l’annonce de la fermeture de leur école. Comment en parler avec eux ? Comment les rassurer ? Et comment vivre ce confinement de manière enrichissante ?

 

 

Dans son blog du Monde Diplomatique, Frédéric Lordon ironise sur les clusters : Il faut être capable de le reconnaître : il y a des clusters en France. Des clusters de violence institutionnelle, de racisme, de mensonge et de déni. Nous ne sommes pas complètement démunis : nous pouvons les localiser avec une grande certitude : la préfecture de police, la Place Beauvau, l’Élysée – on a repéré également des super spreaders : CNews, LCI, France Télévision, BFM, Radio France (notamment à l’étage de France Info). Nous devons aussi admettre que nous n’avons pas été assez vigilants pendant trop longtemps : nous n’avons pas appliqué convenablement les gestes barricades, pas assez porté nos masques. Et voilà où nous en sommes. Mais nous pouvons nous ressaisir. Nous le devons même : nous sommes en guerre.

 

 

Res Publica nous remet en mémoire un extrait du formidable livre de Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, paru en 1952 : « Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est supérieure ou inférieure à une autre race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de me préoccuper des moyens qui me permettraient de piétiner la fierté de l’ancien maître. Je n’ai pas le droit ni le devoir d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués. Il n’y a pas de mission nègre ; il n’y a pas de fardeau blanc. Je me découvre, moi homme, dans un monde où les mots se frangent de silence. Dans un monde où l’autre, interminablement, se durcit. Non, je n’ai pas le droit de venir et de crier ma haine au Blanc. Je n’ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance au Blanc. Il y a ma vie prise au lasso de l’existence. Il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même. Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir. […] Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve. Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. »

 

Revue de presse (326)
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