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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 05:10
Ci-dessous, la première partie d'un article (larges extraits) publiée il y a une bonne dizaine d'années.
 
 
Orthodoxies, whether of the Right or the Left, flourish chiefly among the literary intelligentsia, the people who ought in theory to be the guardians of freedom of thought.
 
George Orwell
 
Intellectuals […] take their cookery from Paris and their opinions from Moscow. […] England is perhaps the only great country whose intellectuals are ashamed of their own nationality.
 
George Orwell
 
Anglicité, classification générique du monde en termes d’odeurs, socialisme, souci d’honnêteté constituent le hochepot de la démarche orwellienne dans la deuxième moitié des années trente, au moment où l’ancien combattant de la Guerre d’Espagne se démarque des intellectuels britanniques, les communisants en particulier, et se constitue en tant que directeur de conscience d’un lectorat intellectuel et de gauche gagné, en grande partie, lors de la publication par le Left Book Club de The Road to Wigan Pier.
 
Cette constitution de l’image publique s’est opérée après qu’Eric Blair eut, en position défensive, reconnu qu’il était coupable d’appartenir à la classe des exploitants1, et, sur le mode offensif, décidé de s’en prendre à l’intelligentsia des années trente, à ses yeux irresponsable. A la première phase correspondent les premiers ro­mans qui expriment, de manière plus ou moins explicite, le syndrome de l’homme vaincu, ainsi que les premiers essais où une conscience innocente découvre et révèle les horreurs du monde2. A la seconde phase correspondent un roman3 où l’auteur est largement parvenu à dissocier ses affres et réflexions personnelles de celles de son narrateur s’exprimant en “je”, et des essais où Orwell se démarque, sur des bases principalement politiques, de tous ceux qui, culturellement, socialement et idéologiquement lui sont proches4.
 
Pour ce qui me préoccupe ici, la différence entre l’Angleterre des années trente et celle des années vingt est l’absence de ce qu’Orwell appelle une «intelligentsia libérale». Il voit en Bertrand Russell le parangon de l’intellectuel libre, le modèle édifiant de l’homme intelligent, concentré d’esprit de tolérance et de force de caractère, courtois, magnanime, autonome, capable de faire un sort aux idées à la mode (Collected Essays, Journalism and Letters – CEJL, I, p. 413). Mais, déplore-t-il, le culte de la force est devenu la religion universelle.
 
Avant même de rendre publiques ses réflexions substantielles sur le totalitarisme, Orwell pose qu’il convient, à la suite de Russell — ou, avant lui, de Charles Dickens, d’être profondément moral quand on souhaite mettre son intelli­gence au service des autres, et il allègue que l’intelligence doit être une composante de la morale. Bien sûr, dans ce cas, l’épistémologie ne risque pas d’être rompue. On en voudra pour preuve le vibrant obit qu’Orwell écrit à l’occasion de la mort de Rudyard Kipling. Si l’impérialisme de la fin du dix-neuvième siècle était aux yeux d’Orwell ignorant et dangereux, il n’en était pas pour autant «entièrement méprisable». Il était encore possible d’être à la fois «un colon et un gentle­man», ou encore un écrivain populaire, consensuel, véritable dieu lare des classes moyennes (CEJL, I, pp. 183-84). Inversement, la trop grande intelligence d’un H.G. Wells ne pouvait qu’aveugler un penseur manichéen, incapable d’ac­cepter que le fanatisme puisse être plus fort que la raison, que les ténèbres du passé aient fait irruption dans le présent, simplement parce que sa vision du monde était commandée par la dualité simpliste d’un scientisme mondialiste subis­sant les assauts d’une anarchie réactionnaire et passéiste (CEJL, II, p. 169). Ayant observé que le haut niveau de la science allemande n’avait pas empêché la barbarie hitlérienne, Orwell conteste formellement l’affirmation de Wells selon la­quelle le bon sens finira par l’emporter sur le totalitarisme. En conséquence, alors qu’Orwell soutient moralement la vi­sion impérialiste, vertueuse de Kipling, c’est au nom d’une certaine rationalité politique qu’il pourfend le discours scientiste wellsien.
 
Moraliste mais sans système moral, homme d’idées se méfiant des idéologies, contempteur de l’obscurantisme ou des replis lawrenciens vers un passé mythique ou un plexus cul-de-sac, Orwell joue sans relâche de ses hésitations entre les impulsions d’un sujet moral généreux, ouvert aux difficultés de l’autre, et les raisonnements lucides — quoique paradoxaux — d’un activiste de la pensée constamment sur ses gardes.
 
Dans sa préface à The Road to Wigan Pier, l’éditeur Gollancz avait tenu à se démarquer de son jeune auteur :
 
Emotional Socialism must become scientific Socialism — even if some of us have to concern ourselves with what Mr Orwell, in his extremely intellectual anti-intellectualism, calls «the Sacred Sisters» — Thesis, Antithesis and Synthesis5.
 
Les émotions pourfendues par un Gollancz qui, à l’époque, dialectisait sa pensée, Orwell va leur trouver un singulier substrat : les odeurs. Dans les œuvres d’Orwell des années trente et, à un degré moindre, des années quarante, l’expéri­ence, puis le discours sur l’expérience sont particularisés par des odeurs. Rarement, est-il besoin de le préciser, des fumets enivrants. Ainsi, les indigènes de Burmese Days produisent des «exhalaisons de fauve», tandis que dans les maisons des mineurs de The Road to Wigan Pierl’enquêteur est agressé par des odeurs de sueur de classes inférieures (italiques d’Orwell). Mais si les émanations peuvent provoquer une prise de conscience, elles ne sauraient produire de l’art. Dans un débat l’opposant à Desmond Hawkins sur “l’écrivain prolétaire” (CEJL, II, p. 54 sq.), Orwell doute qu’on puisse fonder une littérature sur des «plafonds qui gouttent et des éviers qui puent». Sinon on crée une nouvelle con­vention, des archétypes qui dureront moins longtemps que le Siège de Troie. Malgré cette lucidité, les odeurs constituent un obsédant paradigme dans la fiction comme dans la diction d’Orwell, ce qui contribue à l’éloigner de ses pairs. Dans la célèbre chute de son essai sur Charles Dickens où, après avoir brossé en filigrane un portrait de lui-même qu’on n’attendait pas nécessairement, il s’en prend aux «misérables orthodoxies nauséabondes qui tentent de s’emparer de nos âmes» (CEJL, I, p. 504). La liste est longue, selon Orwell, des auteurs qui sombrent dans la crasse intellectuelle parce qu’ils pensent au niveau de l’expertise médico-légale (CEJL, II, p. 478), des magnats de la presse qui font de l’argent comme les sconses sentent mauvais (CEJL, III, p. 157), de ces gens à l’haleine fétide qui répugnent davantage que les assassins ou les sodomites6, d’un monde malade de ses boîtes de conserve et de ses mitrailleuses (CEJL, I, p. 548), de la nourriture industrielle, cette «saleté qui vous explose comme une bombe dans la bouche»7, et aussi de tous les minables «lécheurs et baiseurs de cul» qui tiennent le monde de l’édition sous leur coupe (Keep the Aspidistra Flying). Sans parler de tous les concepts et mots en isme aux odeurs de toilettes, des écoles privées qui ne sont que des «escroqueries crasseuses», tandis que Gandhi, malgré bien des réserves orwelliennes, a réussi à laisser flotter derrière lui une «odeur de propreté» que bien des hommes politiques peuvent lui envier. Que Dorothy Hare soit agressée par des odeurs de fosses d’aisance8, que le roman Pas d’Orchidées pour Miss Blandish soit lui-même une fosse d’aisance porte moins à conséquence que la démarche fécale d’Orwell quand il s’agit d’évaluer un adversaire politique d’envergure aussi redoutable que le Parti Communiste Espagnol et ses alliés soviétiques et anglais. Si les souvenirs les plus frais remontant à la mémoire d’Orwell après l’expérience catalane sont des odeurs de latrines (CEJL, II, p. 287), c’est peut-être parce que se plonger dans le maquis de la vie politique espagnole re­vient à s’engloutir dans une «cesspool»9.
 
Renifler l’autre pour s’en démarquer n’a pas empêché Orwell d’opérer un mouvement inverse, le premier pas qui l’a mené vers les déchus, vers les ouvriers ou les combattants de la liberté. Conscient que comme Dickens ou Priestley il observe et pense, malgré tous ses efforts, à partir de sa classe, il lui faut, pour ne pas donner l’impression de parler de haut en bas10, forcer le ton, hausser la voix d’une manière parfois artificielle11, et marquer grossièrement le mouvement descendant qui le conduit vers les victimes et l’éloigne des nantis. Orwell s’en va ainsi «down and out» à Paris et à Londres parce qu’il veut «s’immerger» dans les bas-fonds de la société avant de descendre, après avoir reçu le baptême du charbon et de la chique, au fond des mines du Lancashire. Ce faisant, il peut tenter d’échapper à toute forme de domination de l’homme par l’homme, tout en vérifiant que les travailleurs de force trans­pirent désagréablement (Wigan, chap. 9). Curieusement peut-être, le chemin vers le socialisme a passé pour Orwell par cette descente, cette agression d’un appendice nasal trop sensible, tandis que Ravelston, le mécène socialiste de Keep the Aspidistra Flying, ne se résignait pas à boire de conserve avec des ouvriers dans un pub(Wigan, p. 96). Alors, par un habile re­tournement des choses, c’est parce que les «parlour Bolchos», les «mingy little beasts» ne peuvent manger avec des prolétaires qu’avec une longue cuiller, que le socialisme «pue» (Wigan, chap. 11).
 
NOTES
 
1 Gensane, George Orwell: vie et écriture (Nancy: Presses Universitaires de Nancy, 1994).
 
2 Premiers romans : Burmese Days (New York: Harper, 1934), A Clergyman’s Daughter (Londres: Gollancz, 1935), Keep the Aspidistra Flying (Londres: Gollancz, 1936). Parmi les premiers récits ou essais : Down and Out in Paris and London (Londres: Gollancz, 1933), “The Spike”, “A Hanging” (1931), “Shooting an Elephant” (1936) (The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell, eds Sonia Orwell et Ian Angus, vol. I (Londres: Secker and Warburg, 1968). Par la suite abrégé en CEJL avec référence à l’édition Penguin de 1970.
 
3 Coming Up for Air (Londres : Gollancz, 1939).
 
4 Exemples : Homage to Catalonia (Londres: Secker and Warburg, 1938) ; “Inside the Whale”, “My Country Right or Left” (1940) (CEJL, I), “Prophecies of Facsism” (1940) (CEJL, II), “The Lion and the Unicorn” (1941) (CEJL, II), “Literature and Totalitarianism” (1941) (CEJL, II).
 
5 Ruth Dudley Edwards, Victor Gollancz: a Biography (Londres: Gollancz, 1987), p. 247.
 
6 George Orwell, The Road to Wigan Pier, 1937 (Harmondsworth: Penguin Books, 1963), p. 112. Par la suite abrégé en Wigan.
 
7 Georges Orwell, Coming Up for Air, 1935 (Harmondsworth, Penguin Books, 1962), p. 27.
 
8 Georges Orwell, A Clergyman’s Daughter, 1939 (Harmondsworth, Penguin Books, 1964), p. 48.
 
9 George Orwell, Homage to Catalonia, 1938 (Harmondsworth: Penguin Books, 1962), p. 143.
 
10 Richard Hoggart, Speaking to Each Other, 2 vols (Harmondsworth: Penguin Books, 1973), II, p. 109.
 
11 Bernard Gensane, “Ecriture et transgression chez Orwell, Annales du GERB, 1989.
George Orwell et les intellectuels (1)

 

PS : Pour illustrer cet article, j'ai choisi cette photo prise à Wigan il y a 85 ans, quand Orwell séjourna et travailla dans cette ville du nord de l'Angleterre. Histoire de rappeler à certains qu'il a existé – et existera probablement toujours – des Blancs pauvres qui, en l'espèce, constituait la grande majorité du peuple britannique.

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 04:30

Je l'ai connu comme professeur de psychologie à l'Université Nationale de Côte d'Ivoire vers 1980. J'avais autour de trente ans et lui un peu plus de quarante. L'Université avait confié à Michel la grave et lourde responsabilité de fonder les enseignements et la recherche de psycho, tâche dont il s’était admirablement acquitté. Avec l’estime et la reconnaissance, et des collègues ivoiriens, et des collègues français. Avant cela, il avait longuement enseigné la sociologie. Sa “ cause célèbre ”, d'universitaire et de militant, avait été la dénonciation des camps de regroupements – nos camps de concentration à nous la France – pendant la guerre d'Algérie. Á cette occasion, il s'était opposé à son aîné Pierre Bourdieu qui, à ses yeux, avait fait preuve d'une attitude indigne, en tant qu'universitaire et militant.

 

Je reproduis ci-dessous un article publié en 2018 à l'occasion de la publication de son livre La guerre d'Algérie n'a pas eu lieu : du déni à l'oubli, chronique d'une tragédie.

 

 

 

Bon, je ne vous cacherai rien : je connais Michel Cornaton depuis une petite quarantaine d’années. Nous fûmes collègue à l’Université nationale de Côte d’Ivoire, ce lointain proche où des amitiés très solides pouvaient se nouer entre expatriés. Michel est l’une des personnalités les plus singulières, les plus riches et les plus attachantes qu’il m’a été donné de côtoyer.

Il est l’auteur d’une œuvre importante, dans les deux acceptions du terme. Entre autre d’une étude sur les camps de regroupement en Algérie dont j’ai rendu compte ici. Dans sa dénonciation de ces camps, il s’opposa à Pierre Bourdieu, dont la démarche, ou plutôt l’absence de démarche, fut une faute grave.

Toutes les vies sont des romans. Á condition de savoir les raconter, c’est-à-dire de partager ce postulat de Roland Barthes selon lequel le monde a été créé pour se terminer dans un livre. Avec Michel Cornaton, nous sommes servis. Trop bien, dirais-je. Avec le volumineux récit qu’il nous fournit, il aurait pu écrire deux ouvrages. Le titre est en effet un peu trompeur car la Guerre d’Algérie, qui fut la grande affaire de sa vie, n’occupe en gros que la moitié du livre.

Né dans un milieu modeste de la région de Bourg-en-Bresse, Cornaton fut tout : fils, petit-fils, écolier, séminariste, sportif de bon niveau, soldat, père de famille, travailleur en usine, professeur des universités, syndicaliste, sociologue, psychologue.

Il y a chez Cornaton une force intellectuelle tranquille et désarmante – à laquelle je me suis frotté pendant des années à Abidjan – quand il introduit mine de rien un argument, une réflexion dans la conversation, avec humour et en soulevant, en un effort feint, des montagnes d’esprit qui désarçonnent. « Parler c’est vivre », disait Claude Halmos. Dans cette Guerre d’Algérie n’a pas eu lieu, Cornaton libère la parole, le discours et le langage dont il dénonce la « dénaturation » : « Á leur retour au pays, la plupart des deux millions de jeunes hommes enrôlés n’ont rien pu dire sur l’enfer vécu en Algérie ».

Pour retrouver et dire les mots de ses souvenirs – il a la chance (?) d’être hypermnésique – il a installé dans son récit un double de lui-même qu’il observe avec une distance légère. Mais avec la précision et les exigences d’un entomologue, à la recherche des « vies obscures » (Virginia Woolf) ou des « vies minuscules» (Pierre Michon). Dans le monde bressan du petit Michel, on va au cinéma (le Vox) une fois par an. Alors on en parle avant, pendant et après, pendant des jours. Des cousines s’appellent Anthelmette. On écoute « La famille Duraton » grâce à Radio Luxembourg (ah ! Ded Rysel, Jean Carmet jeune…). On vibre au “Quitte ou double ” de Zappy Max et au “ Radio Crochet ” de Jean Nohain. Au séminaire, chacun est tétanisé par le crime monstrueux de l’abbé d’Uruffe. Mais « Face au “ S ” du Scandale, la stratégie des trois “ S ”, Silence-Sacré-Secret, a parfaitement opéré. » Quant à la vie militaire, c’est « un monde du “ je ne veux pas le savoir ”, du “ marche ou crève ”, le mieux étant, une nouvelle fois, de rentrer dans sa coquille et de brancher le pilotage automatique. » Un monde où, dans les dortoirs, un muret sépare les vrais Français des FSNA (Français de souche nord-africaine). Un monde de conditionnement, de harcèlement dont on s’échappe un instant en allant voir Et Dieu créa la femme (avec « Brigitte Bardot à poil »).

Quant à la sale Guerre d’Algérie qui n’a jamais dit son nom (on parlait d’« événements », de «pacification»), cette horreur traumatisa à jamais Michel : 1500 condamnations à mort, « en ne comptabilisant que ceux qui eurent droit à un procès, sans que figurent non plus dans les statistiques tous ceux qui furent pendus, étranglés, jetés d’avion ou d’hélicoptère, et nombre de ceux qui furent exécutés à l’occasion des “corvées de bois ”. Il y eut 222 hommes guillotinés [et non fusillés car ils ne s’agissait pas de soldats en guerre mais de bandits de grand chemin] entre 1956 et 1962, l’équivalent du quart de l’épuration officielle de la Seconde Guerre mondiale. Sur ces 222, les quarante-cinq premiers le furent sous la responsabilité de François Mitterrand qui, du temps où il fut Garde des sceaux, refusa systématiquement le recours en grâce. » Sans parler des prisonniers abattus en campagne d’une balle dans le dos parce qu’il fallait faire du chiffre. Chaque jour de cette guerre durant laquelle Michel parvint à ne jamais tirer sur un adversaire, dix soldats français moururent, cent furent blessés. La France officielle écrivit l’histoire de la Guerre d’Algérie avec une gomme. Par exemple, en amnistiant en 1962 les coupables d’infractions commises dans le cadre de la répression contre l’insurrection algérienne et en effaçant en 1968 toute peine pénale en lien avec la Guerre d’Algérie.

Cornaton retourna en Algérie pour y étudier, en vue d’une thèse, les centres de regroupement, zones où les occupants français concentrèrent des centaines de milliers de civils. Il trouva sur son chemin Pierre Bourdieu, pour qui l’Algérie était un peu une chasse gardée : « L’histoire ne m’intéresse pas. L’urgence que vous évoquez n’est pas là. Vous pouvez me dire l’intérêt d’étudier des centres de regroupement qui n’existent plus ? Les habitants en sont partis et ils n’y remettront pas les pieds. » Ce à quoi Cornaton répondit : « Ce n’est peut-être plus le cas. Je viens seulement de redécouvrir le pays et m’apprête à y retourner prochainement. Sans les rechercher particulièrement, j’ai pu apercevoir nombre de regroupements habités. Vous avez les nouveaux arrivants qui ont pris la place de ceux qui s’étaient dégroupés.  Vous avez des milliers, pour ne pas dire des millions d’Algériens qui continuent à vivre en marge de leur société. » Michel (ou son double d’écriture ?) fut alors à deux doigts de flanquer une grosse baffe dans la figure du prestigieux sociologue. Il eut, en fin de comptes, le grand mérite de soutenir, en France, la première thèse sur la Guerre d’Algérie.

Le négationnisme de la France officielle poursuivra Cornaton jusqu’à l’université de Lyon 2 où il sera nommé professeur et terminera sa carrière universitaire. Par une ironie dramatique dont la France a le secret, c’est dans la ville de Marc Bloch où s’est illustré Jean Moulin qu’a fleuri le pire des négationnismes. Á Lyon 1 et Lyon 3, l’établissement que la bourgeoisie lyonnaise considère comme « son » université, de manière militante, et à Lyon 2 de manière moins ostentatoire mais pas moins efficace. Dans une page très courageuse, Michel Cornaton fait le tour de la question : « Lyon a revêtu les deux aspects d’une capitale de la résistance et de la collaboration puis du révisionnisme. L’Université Claude Bernard Lyon 1 s’est empêtrée toute seule dans l’affaire de l’eugéniste Alexis Carrel, dont la Faculté de médecine portera le nom avant d’être rebaptisée Laennec, sous la pression de l’opinion publique. L’Université Lyon 3, paradoxalement nommée Jean Moulin, au moment où elle réussissait à se défaire d’une partie de ses oripeaux de la honte, n’a pas été capable de régler par elle-même la question Notin, un enseignant négationniste. Quant à Lyon 2, elle n’a rien trouvé de mieux, en 1987, que de choisir comme parrains deux Bisontins, les frères Auguste et Louis Lumière, au long passé pétainiste [et admirateurs du fascisme italien]. Le palmarès révisionniste de Lyon 2 ne manque pas d’être éloquent lui aussi : Robert Faurisson en lettres, Pierre Zind, un frère mariste enseignant en sciences de l’éducation, plus tard François Robert, un ex-collaborateur d’une revue négationniste. »

Malgré l’utilisation d’un double, d’un intercesseur (ou peut-être grâce à), on peut dire qu’il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre l’œuvre et l’homme. Michel Cornaton ne reconstruit pas son passé : il le déconstruit pour en offrir une vision construite bourrée de sens. L’empathie qu’il éprouve pour son double est contagieuse. Comme Montaigne, c’est lui-même qu’il peint mais il n’a pas besoin d’avertir son lecteur que son œuvre est « de bonne foi ». Comme Montaigne  il « forge son âme ». Il quête ce que les Allemands appellent Erfahrung, c’est-à-dire l’expérience accumulée, et il nous en donne l’origine. Et comme son écriture est aussi précise que limpide, on sort enrichi et heureux de l’avoir lu.

 

 

Suite à mon article, Michel m’envoya ces quelques remerciements qui m’allèrent droit au cœur :

 

 

« Je te le redis mon ami : dans le désert médiatique qui entoure la guerre d'Algérie et encore plus les camps de regroupement ton compte rendu a  été longtemps la seule manifestation d'intérêt pour cette question et  pour mon livre. Ça ne peut pas s'oublier. Même si, depuis peu, pour  reprendre l'expression éculée, les lignes commencent à bouger. J'ai envoyé le texte de ton blog à mes destinataires, par petits paquets. Apparemment cela a marché. Je n'en reviens pas de découvrir à quel point tu m'as soigné. Grazie mille. Je savais que j'avais un ami avec toi, cette fois j'ai découvert un frère – je n'ai eu que des demi-frères jusqu'à présent ! Tout y est dans ton compte rendu. Et en plus l'inattendu, dont je te remercie infiniment. Comment as-tu eu l'idée d'y associer Roger Vailland et, encore plus émouvant, l'homme avec qui je n'ai passé que trois petites journées, le poète Jean Tardieu, qui m'a laissé un souvenir inoubliable ? En trente ans à peine, j'ai en effet rencontré le pire des hommes, Pierre Bourdieu, en 1964, et la crème des hommes, Jean Tardieu, en 1991. Malgré la rime riche, rien de plus antithétique que ces deux êtres, le sociologue et le poète. Je connaissais ton courage et ta générosité mais, à travers ce compte rendu j'ai mieux pris conscience de ta grande sensibilité. J'ai le sentiment que ce compte rendu facilitera beaucoup la diffusion de l'ouvrage. Or, l'histoire de la guerre d'Algérie a bien été en effet mon principal combat. Je te redis enfin ma grande reconnaissance. »

 

 

 

J’aurais aimé que l’on puisse se voir un peu plus ces deux dernières années mais Michel était très handicapé par diverses maladies. Le téléphone et le courriel ne furent pas la panacée.

 

Sur son lit funéraire, j’ai vu le visage d’un homme serein, en paix avec lui-même.

 

Avec ma fille aînée et mon gendre

 

 

Michel Cornaton n'est plus
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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 05:18

 

Dans Regards.fr, Arthur Brault-Moreau explique pourquoi le confinement à Madrid s’opère selon des critères de racisme social, un confinement sous le signe de la ségrégation. Avec un taux de positivité au Covid-19 de 21,4%, Madrid connaît une deuxième vague de contamination au taux record dans l’État espagnol et en Europe. Si durant la première vague, la gestion de la pandémie relevait de l’État central, c’est aux communautés autonomes – les régions – de gérer la pandémie depuis cet été. Dans la communauté de Madrid, la présidente du gouvernement autonome a instauré un plan de confinement sélectif mis en place depuis lundi dernier.

 

Cette sélection touche exclusivement les quartiers les plus populaires du sud de Madrid. Pourtant, en observant les chiffres de contamination et notamment le taux d’incidence cumulée, on constate que les quartiers confinés ne sont pas aussi éloignés des chiffres du centre. Le nombre de contaminations ne semble pas être l’unique critère de sélection. En outre, lors d’une intervention publique mardi 15 septembre, Isabel Diaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid, attribue la contamination au « mode de vie de [l’]immigration à Madrid ». Le critère raciste stigmatisant les populations immigrées est ici évident. A cela s’ajoute un critère classiste où les quartiers visés sont populaires et souvent composés de précaires venant travailler au centre et au nord de Madrid.

 

Pour les manifestants, il s’agit bel et bien d’une ségrégation raciale et sociale avec une ligne de partage claire entre le sud et le reste de Madrid. Dans un communiqué signé par plus de 80 organisations, le collectif Peruanxs en Madrid dénonce la volonté de Ayuso de justifier « sa gestion inefficace de la pandémie  » en s’en prenant aux communautés de personnes immigrées. Et ce, alors même que des « milliers de personnes migrantes travaillent dans les hôpitaux et dans les services essentiels à la réduction de la pandémie, dans les transports ou dans les services à la personne  ».

 

 

 

Charles Arambourou, de l’Union des familles laïques, se scandalise dans les colonnes de Respublica, de la racialisation de la question sociale : « Nous proclamons, comme Jaurès en 1906 : la République sera sociale ou ne sera pas. Elle ne l’est devenue qu’après 1945, avec la mise en place de la Sécurité sociale. Des droits sociaux égaux pour tous, voilà les combats qu’il faut aujourd’hui mener, contre tous ceux, employeurs et dirigeants politiques de tous bords, qui cassent méthodiquement toutes les conquêtes populaires.

 

La Sécu, la retraite, mais aussi l’assurance chômage, ce ne sont pas des « privilèges de blanc ». Voilà pourquoi la racialisation de la question sociale est une impasse pour le peuple, mais un boulevard pour le néo-libéralisme. »

 

 

 

Robert Hunziker, dans Le Grand Soir, donne la parole à cet extraordinaire journaliste que fut André Vltchek, décédé tout récemment à Ankara dans des circonstances non élucidées : « Je me bats contre tout ce qui pourrait être décrit comme de l’impérialisme... comme quelque chose qui renverse les gouvernements des peuples... qui impose une idéologie aux peuples... en gros, ce que l’Occident fait depuis des décennies et des siècles par la domination colonialiste puis impérialiste du monde... Donc, je vais partout où les pays sont détruits. L’état horrible du monde dont j’ai été témoin dans tous les pays de toutes les régions du globe, dans plus de 160 pays... Je suis convaincu que seule la lutte contre l’impérialisme peut sauver des milliards d’êtres humains qui sont torturés et détruits pendant tous ces siècles... L’impérialisme occidental est le seul problème de cette planète. »

 

 

 

Revue de presse (321)

 

Enfin, dans Anti-K, Amnesty International dénonce un « acharnement judiciaire » contre les manifestants en France : « Dans un rapport accablant publié mardi 29 septembre, Amnesty dénonce un système destiné à « réprimer » des personnes qui, souvent, n’ont pas commis d’infractions. L’ONG recense des dizaines de cas de manifestants pacifiques « arrêtés arbitrairement » et « victimes d’acharnement judiciaire », selon elle, durant la mobilisation des « gilets jaunes » ou contre la réforme des retraites.

 

En 2018 et 2019, plus de 40 000 personnes ont été condamnées pour divers infractions et délits « sur la base de lois vagues », fréquemment « utilisées pour restreindre illégalement les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’expressionLes violences lors des manifestations sont une préoccupation légitime, mais il y a une volonté politique de faire des exemples et dissuader les gens de descendre dans la rue », affirme Marco Perolini, chercheur pour l’ONG. Les infractions, souvent formulées « de manière trop vague », amènent la justice à prononcer des sanctions « disproportionnées » contre des manifestants pacifiques.

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 05:02

 

 

Serge Halimi donne quelques exemples de fausses indépendances sous l’égide des États-Unis : « a Maison Blanche, vendredi 4 septembre 2020. La scène dure moins d’une minute (1). M. Donald Trump trône derrière un énorme bureau encombré de dorures et de téléphones que jouxtent deux petites tables nues qu’on pourrait prendre pour des pupitres d’écolier. Derrière l’une, le président serbe Aleksandar Vučić ; derrière l’autre, le premier ministre kosovar Avdullah Hoti. M. Trump interprète sans finesse le rôle du faiseur de paix. Manifestement enchanté, il vient de contraindre deux pays qui se sont fait la guerre à s’accorder dans une région où l’Union européenne avait jusqu’ici la main. Il est d’autant plus ravi de son coup — au point d’estimer mériter le prix Nobel de la paix — qu’un peu plus de vingt ans plus tôt c’est une administration démocrate, celle de M. William (« Bill ») Clinton, qui avait bombardé l’ex-Yougoslavie.

 

Et puis, subitement, M. Trump déclare : « La Serbie s’engage à ouvrir un bureau commercial dès ce mois-ci à Jérusalem et à y transférer son ambassade en juillet prochain. » Derrière sa petite table, le président Vučić paraît surpris par une annonce sans rapport avec l’objet de la cérémonie (un simple accord économique entre Belgrade et Pristina). Il jette un œil sur le document qu’il va signer puis se tourne vers ses conseillers, l’air inquiet. C’est déjà trop tard : M. Benyamin Netanyahou, apparemment mieux informé que lui, vient de le féliciter… »

 

 

Thomas Frank estime que les États-Unis sont saisis par la folie : « L’Amérique saisie par la folie. La désignation par M. Donald Trump d’un nouveau juge à la Cour suprême divise les États-Unis, d’autant plus violemment que celle-ci pourrait jouer un rôle décisif en cas de contestation des résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre. Or aucun des deux camps n’est disposé à accepter une défaite. »

 

 

Evegneny Morozov annonce la bataille géopolitique autour de la 5G : « À la veille de son déploiement, la téléphonie mobile de cinquième génération — la 5G — suscite un flot de questions liées à son impact écologique, sanitaire et, plus fondamentalement, aux développements technologiques hors de contrôle. Mais le « grand jeu » de la 5G se mène aussi sur le terrain géopolitique avec, en toile de fond, l’affrontement toujours plus âpre entre les États-Unis et la Chine. »

 

 

Anthony Galuzzo a capté le moment où les journaux ont vendu des publics aux annonceurs publicitaires :  «En deux siècles, l’économie de marché a produit un type humain nouveau : le consommateur. Mais comment la famille autosuffisante du XVIIIe siècle qui possédait quelques objets utilitaires s’est-elle changée en un foyer-entrepôt où s’amoncellent plusieurs milliers de choses ? Il a fallu pour cela forger de toutes pièces un imaginaire. La presse joua dans ce processus un rôle décisif. »

 

 

Pour Anne-Cécile Robert, on vient d’assister au Mali à un coup d’État dans un pays sans État : « Coup d’État ? Coup de grâce ? Coup de génie ? La presse malienne rivalise de jeux de mots pour qualifier les événements du 18 août 2020 qui ont vu un groupe d’officiers supérieurs déposer le président Ibrahim Boubacar Keïta et son premier ministre Boubou Cissé. Que les mutins rejettent la qualification de coup d’État pour prétendre avoir « pris [leurs] responsabilités » face au « chaos », à l’« anarchie » et à l’« insécurité » qui règnent dans le pays par la « faute des hommes chargés de sa destinée » ne surprend pas. En revanche, la répugnance d’acteurs politiques et sociaux de premier plan à utiliser l’expression en dit long sur le malaise teinté de soulagement de nombreux Maliens. De fait, l’opération militaire, qui s’est déroulée rapidement et presque sans heurt, clôt provisoirement une période de tensions politiques et sociales aiguës. Les résultats contestés des législatives d’avril empêchaient la formation d’un nouveau gouvernement depuis le mois de juin, tandis que des manifestations massives organisées par la plate-forme d’opposition regroupant le Mouvement du 5 juin et le Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) réclamaient, en plein cœur de la capitale Bamako, la démission du chef de l’État, ou du moins le départ de son gouvernement. Les putschistes affirment d’ailleurs s’inscrire dans un soulèvement « populaire  », leur coup de force ayant été salué par l’imam salafiste Mahmoud Dicko, figure de proue de la contestation contre le pouvoir. »

 

 

Pour Georges Corm, le Liban est en quête de nation depuis deux siècles : « En exhortant fermement la classe politique libanaise à se doter d’un nouveau gouvernement apte à conduire des réformes, le président français Emmanuel Macron a perpétué la tradition d’ingérence des grandes puissances dans les affaires internes du pays du Cèdre. Pour autant, les élites politiques locales échouent à édifier un État solide capable de répondre aux défis économiques et sociaux. »

 

 

Pour Doha Chams il faut qu’au Liban tombe le régime des banques : « Beyrouth, à la mi-juillet. Une petite foule se masse sur le trottoir opposé à l’hôpital dépendant de l’Université américaine (AUB). Les visages sont graves, livides ou désemparés. La veille, ou plus tôt dans la matinée, mille cinq cents employés ou ouvriers de l’AUB ont appris leur licenciement « en raison de la crise économique », comme cela leur a été signifié. Au total, 20 à 25 % des effectifs de l’établissement sont concernés. Les syndicats dénoncent « un massacre ».

 

Une quinquagénaire sort du bâtiment et hurle « révolution ! révolution ! révolution ! ». Encombrée par un carton contenant ses effets personnels, elle arrive tout de même à dresser le poing, mais son cri ressemble plus à un appel à l’aide qu’à une incitation à la révolte. En pleurs, elle finit par tomber à genoux, ses affaires s’éparpillant au milieu de la rue. Quelques compagnons d’infortune se précipitent, mais elle refuse de se lever. « Mon Dieu, avec qui es-tu ? », s’étrangle-t-elle. Un soldat se détourne et essuie une larme. Avec une solde équivalant à 70 dollars, conséquence de l’effondrement de la livre libanaise, sa situation matérielle n’est guère meilleure, mais lui et ses collègues obéissent aux ordres. Soucieuse d’éviter tout débordement, l’université a fait appel à un impressionnant dispositif de sécurité mobilisant l’armée et les forces antiémeutes. « Il fallait se prémunir contre de graves menaces extérieures », se justifie M. Fadlo Khouri, le président de l’établissement, tout en reconnaissant que les licenciements « auraient pu et dû être mieux gérés».

 

 

 

Antoine Ory évoque le sort des “ harkis ” de Kaboul : « Depuis son départ d’Afghanistan en 2014, la France n’a délivré de visas qu’à une faible partie des civils qu’elle avait employés pendant son intervention. Considérés comme des traîtres par les talibans, aujourd’hui aux portes du pouvoir, ils vivent avec la peur d’être tués. À l’inertie de l’État français a succédé la volonté politique de s’opposer au rapatriement de ses anciens auxiliaires. »

 

 

 

Anne-Dominique Correa évoque, à propos de la Bolivie, une “ fake news ” de taille: « Les Boliviens sont appelés à élire leur président le 18 octobre. Reporté à deux reprises par un pouvoir en difficulté, le scrutin est organisé par un régime issu du renversement de M. Evo Morales, il y a un an. Depuis, les médias privés et une partie de la gauche s’emploient à taire la nature de cette rupture de l’ordre constitutionnel. Jusqu’à un article du « New York Times », en juin dernier… »

 

 

 

Loïc Ramirez nous dit pourquoi, en Biélorussie, les jeunes urbains sont en première ligne : « Sommé par la rue de quitter le pouvoir, le président biélorusse s’est plié aux exigences de Moscou, qui demandait l’organisation d’une réforme constitutionnelle. Quelques semaines auparavant, les contestataires, éclairés par le précédent ukrainien, refusaient toute ingérence, espérant que leur seul nombre suffirait à déposer le dirigeant. »

 

 

 

Et ce, sous l’œil de Moscou (Hélène Richard) : « C’est une révolution démocratique, pas géopolitique. » En prononçant ces mots lors d’une vidéoconférence avec les eurodéputés, le 25 août dernier, Mme Svetlana Tikhanovskaïa, qui revendique la victoire à la dernière élection présidentielle biélorusse contre le président sortant Alexandre Loukachenko — officiellement réélu avec 80 % des voix —, entendait faire passer un message à Bruxelles comme à Moscou. Comprendre : la Biélorussie n’est pas l’Ukraine, ce pays voisin où un cocktail de contestations, de répression brutale et d’ingérences étrangères, russes et occidentales, a débouché en 2014 sur une guerre civile et l’annexion de la Crimée par la Russie. »

 

 

 

Que signifie traiter les animaux avec humanité, amande Jacques Bouveresse : « En marge de ses combats contre la veulerie journalistique, les capitulations de la social-démocratie et le militarisme, le satiriste viennois Karl Kraus (1874-1936) a développé une réflexion sur le traitement des animaux lors de la première guerre mondiale. Un siècle plus tard, son écho rencontre les voix qui s’élèvent contre une maltraitance animale parvenue, en temps de paix, à un stade industriel. »

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (245)

 

Pourquoi la Chine et l’Inde s’affrontent sur le toit du monde, demande Vaiju Caravane : « En marge de la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghaï qui s’est tenue à Moscou le 10 septembre, les ministres des affaires étrangères chinois et indien ont adopté une déclaration commune proclamant leur volonté d’apaiser les tensions sur leur frontière himalayenne. Pas sûr que cela suffise à calmer les surenchères nationalistes des dirigeants des deux pays. Dans la nuit du 15 au 16 juin 2020, sur les redoutables reliefs himalayens formant la « zone grise », âprement disputée, de la frontière sino-indienne, les soldats indiens et chinois se sont livré un combat digne des guerres médiévales. Pendant plus de sept heures, dans une nuit d’un noir d’encre, à 4 200 mètres d’altitude, ils se sont battus à coups de pierres, de bâtons cloutés, de tiges de fer entourées de fil barbelé, mais aussi à mains nues, dans des corps-à-corps d’une extrême violence.

 

Au lever du jour, on dénombrait côté indien soixante-dix-huit blessés et vingt morts, la plupart d’hypothermie ou noyés après avoir été précipités dans les eaux glacées de la Galwan, en contrebas. Certains corps, emportés par le courant, ont été repêchés plus au sud, là où la Galwan rejoint les eaux de la rivière Shyok. Pékin s’est refusé à communiquer le moindre chiffre, mais des sources indiennes bien informées affirment que l’Armée populaire de libération (APL) aurait perdu plus de quarante hommes. »

 

 

 

Pour Marylène Patou-Mathis, il faut sortir la femme préhistorique de l’ombre : « Et si nos ancêtres féminines avaient peint Lascaux, chassé des bisons, taillé des outils ? En calquant sur leur objet d’étude le modèle patriarcal et son ordre divin, les premiers préhistoriens ont construit des mythes infériorisant les femmes. La démarche scientifique conduit à prendre des distances avec ces présupposés pour reconsidérer le rôle du « deuxième sexe » dans l’évolution humaine. Aucun argument archéologique ne conforte l’hypothèse qu’au paléolithique les femmes avaient un statut social inférieur à celui des hommes. Des archéologues, se fondant sur l’abondance des représentations féminines, suggèrent même qu’étant au centre des croyances elles avaient une position élevée dans ces sociétés. Ce qui semble se vérifier pour au moins certaines d’entre elles, mais était-ce uniquement pour cette raison ? D’autres chercheurs soutiennent que, dans ces temps reculés, les sociétés étaient matrilinéaires, voire matriarcales. »

 

 

 

Anne Debrégeas se prononce pour une retraite vraiment universelle : « Contre l’avis des organisations de salariés et d’employeurs, le président de la République s’entête à vouloir réformer le système de retraite. Sous prétexte d’uniformisation, le modèle proposé, entérinant un recul du départ à taux plein, risque de conduire à un appauvrissement pour une majorité. La réflexion sur une possible architecture universelle passe par un tout autre chemin. Lors de la mobilisation d’ampleur de l’hiver dernier contre le projet de réforme des retraites, les revendications sont restées très majoritairement calquées sur le système existant, visant au maintien du niveau de vie des retraités par un remplacement du meilleur ou du dernier salaire perçu. Ce faisant, on acte la reproduction des inégalités du monde du travail pour ceux et celles qui le quittent. »

 

 

 

Sachons utiliser les eaux usées, demande Mahamed Larbi Bougherra : « On pensait connaître le scénario de l’arrivée du coronavirus en Europe avec les premiers cas graves détectés à la fin janvier et les premiers morts à la fin février. En Italie, l’Institut supérieur de la santé a découvert une autre histoire, rendue publique le 18 juin dernier : « Les résultats, confirmés dans les deux laboratoires par deux méthodes différentes, ont montré la présence de l’ARN de SRAS-CoV-2 dans des échantillons [d’eaux usées] prélevés à Milan et à Turin le 18 décembre 2019, explique Giuseppina La Rosa, du département de la qualité de l’eau et de la santé. Les échantillons d’octobre et novembre 2019, ainsi que tous les échantillons de contrôle, ont donné des résultats négatifs. » Cette découverte précieuse pour comprendre les mécanismes de diffusion de la pandémie venue de Chine a été recoupée par l’étude rétrospective d’échantillons respiratoires de la fin décembre 2019 en France ou dans les eaux de Barcelone, positives quarante jours avant le premier cas recensé officiellement. »

 

 

 

Selon Ludovic Simeille, il semble que les mutuelles soient devenues des assureurs comme les autres : « Selon le gouvernement, la pandémie et le report de soins ont permis aux complémentaires santé de faire des économies. Il annonce donc une taxe, que les mutuelles promettent de répercuter dans leurs tarifs. Lesquels affichent déjà une hausse de 4 à 5 % en 2020. En conséquence, les bas revenus souscrivent des contrats peu chers… et peu protecteurs. Ainsi va la Mutualité française. »

 

 

 

Qu’en est-il du monde selon James Bond ? (Aliocha Wald Lasowski) : « Impeccable modèle de l’homme blanc occidental à son maximum de performances, indestructible défenseur du monde libre : voilà ce que l’agent 007 paraît symboliser sans faiblir. Or, en soixante ans et vingt-cinq films, le très « british » espion s’éloigne souvent de ces clichés, et franchit des frontières inattendues. »

 

 

Alain Deneault évoque une cabale au Canada : « An juillet dernier, une professeure de l’université Concordia, à Montréal, a dû s’excuser pour avoir prononcé le « N. word », le mot « nègre » : elle avait cité, en classe, le titre d’un classique de la pensée politique québécoise, Nègres blancs d’Amérique (1968), de Pierre Vallières. Visée par une pétition d’étudiants, la coupable a publiquement admis avoir abusé du « pouvoir » que lui confèrent ses « privilèges » de Blanche et d’enseignante. Plus tôt cet été, une journaliste de la télévision publique avait été suspendue pour avoir mentionné ce livre lors d’une réunion de production. Au moment de sa parution, l’ouvrage entendait associer les mouvements d’émancipation noirs aux États-Unis et québécois du Canada. En 1966, Vallières était même venu à New York rencontrer les Black Panthers. Depuis, son essai est devenu littéralement innommable.

 

En début d’année, un professeur d’une école secondaire montréalaise avait quant à lui dû retirer de son programme une chanson de Félix Leclerc qui assimilait, par métaphore, le chômage à une mise à mort. Choqué, un parent a obtenu l’annulation de l’étude de 100 000 façons de tuer un homme. La vague qui grossit emporte avec elle des idoles. En 2016, il a fallu moins d’une semaine pour que disparaisse de la toponymie québécoise toute référence à l’un des plus grands réalisateurs du pays, Claude Jutra. Trophées baptisés en son honneur, appellation d’une salle de la Cinémathèque et des rues de plusieurs villes : plus rien ne devait porter le nom de celui à qui on doit des chefs-d’œuvre tel Mon oncle Antoine (1971). La damnatio memoriae a été exécutée quelques jours après la parution d’une biographie du cinéaste révélant qu’il avait commis des actes de pédophilie. Or son cinéma n’en porte aucune trace. Qui pâtit de cette situation ? L’intéressé, décédé au moment des révélations, ou le public, soudain privé de références à des joyaux patrimoniaux ? »

 

 

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 05:00

 

 

Dans Le Grand Soir, Dominique Muselet décrit le monde orwellien dans lequel nous vivons : “ Pour ce qui est de la Vérité, nous ne sommes pas non plus en reste. Même un enfant de CM2 connaît la vérité sur la Seconde Guerre mondiale. Il sait qu’elle été menée contre les Juifs et gagnée par les Américains. Comment se pourrait-il en effet que les Soviétiques aient vaincu Hitler ? Les Etats-Unis dont nous sommes les fidèles alliés ne pourraient jamais l’accepter. Ou que les Allemands nous aient attaqués ? L’Europe de la paix ne s’en remettrait pas. Quant aux 21 millions de Soviétiques tombés sous les bottes allemandes ? Voyons, c’est de la propagande russe !

 

Chez nous, il n’y a pas de propagande. Nous avons Big Media qui nous enseigne le politiquement correct. Nous savons que tout ce que disent les pays hostiles et les réseaux sociaux complotistes, sont des fake-news. Tout comme nous savons que « La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». C’est sûrement parce que nos médias sont capables de tout transmuer en Vérité que Jupiter les a exemptés du masque, à l’heure du sanitairement correct.

 

Notre pays est béni des dieux parce qu’il est dans le camp du bien et que ses élites sont au service du peuple, et donc nous n’avions rien à craindre du Coronavirus quand il est arrivé de Chine avec les français rapatriés, a déclaré notre apprenti Big Brother. Au cœur de l’épidémie, Il a harangué son peuple avec fougue, envoyé les fantassins au front, mis ses amis à l’abri dans leurs châteaux de province, et enfermé à la maison le reste de la population avec, pour résoudre tous les problèmes, une boîte magique de Doliprane. Tous ensemble, sous sa houlette éclairée, nous avons fait reculer la bête, au péril de nos vies. Evidemment, nous n’avons pas pu sauver tout le monde et beaucoup de vieillards sont morts, seuls, dans nos mouroirs à profit.

 

 

 

Le Site Communistes dénonce le capital qui profite de la situation avec le covid pour imposer de nouvelles régressions. Un article du journal Le Monde critique le discours du gouvernement sur la relocalisation et la réindustrialisation et montre que le gouvernement laisse faire le contraire. Il cite: le 30 juin la fermeture du site de Zodiac à Toulouse -38 postes supprimés - vont en Tunisie - Une usine de tracteurs à St Dizier (Haue-Marne) les 38 derniers salariés de cette usine réduite progressivement depuis 15 ans part en Chine. Général Electric a des projets de restructuration vers la Turquie ( les syndicats craignent 850 suppressions). Rosière aussi dans le Cher arrête la fabrication de cuisinières en france, pour la Turquie…

 

Cette situation est une aubaine pour nombre de patrons qui en profitent pour restructurer à leur convenance. Bridgestone est l’arbre qui cache la forêt.

 

 

 

Evariste, dans Res Publica se demande pourquoi la gauche a participé au progrès social et politique pendant près de deux siècles et depuis plus de 30 ans n’y arrive plus ? Aujourd’hui, elle n’est plus pro-active, elle n’est que réactive, une partie de la gauche devient l’opposition de Sa Majesté, passant son temps à critiquer passivement le recul organisé par le patronat et la droite. De la Révolution française jusqu’au serment de Vincennes de 1961, le principe universel de laïcité est partie intégrante du combat de gauche, aujourd’hui, le néolibéralisme soutenu par une partie de la gauche, opposition de Sa Majesté, produit la fin de l’universel humaniste et le développement du communautarisme, du financement public des cultes, du racialisme indigéniste destructeur des solidarités et de la fraternité, du clientélisme. C’est la gauche qui a créé, par la pression populaire, les systèmes de protection sociale, la sécurité sociale, les services publics, les congés payés pour tous, la journée de 8 heures, Aujourd’hui tout cela est détruit. Et quel est le dirigeant de gauche qui présente un projet désirable de sécurité sociale pour mobiliser ? Pire, toute la gauche aujourd’hui encense Lionel Jospin, le champion toutes catégories des privatisations (avec 26 milliards, il explose Villepin et Balladur – respectivement 20 et 15 milliards), celui qui a tué les mutuelles solidaires avec son code assurantiel de 2001, qui a même réussi à détruire les avancées de sa première loi sur les 35 heures par sa deuxième loi deux années plus tard ! Il n’est pas revenu sur la loi Balladur de 1993 sur les retraites ni sur celle de Juppé sur la Santé-Assurance-maladie de 1995. Il a accentué la désindustrialisation avec sa piteuse position sur Renault Vilvorde où il a théorisé l’incapacité de l’action de l’Etat, pourtant le plus gros actionnaire.

 

Revue de presse (320)
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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 05:16

 

 

Anne Dister, Marie-Louise Moreau. Inclure sans exclure : les bonnes pratiques de rédaction inclusive. Bruxelles : Fédération Wallonie Bruxelles.

 

Un petit livre savoureux, exigeant, non dogmatique, sur l’écriture inclusive. Par deux linguistes belges. Depuis Maurice Grevisse, ce sont souvent les Belges qui défendent (et connaissent) le mieux la langue française. L’ouvrage est préfacé par Bernard Cerquiglini, une autorité en matière de linguistique française.

 

L’objectif de ce livre est clair : dénoncer tout ce qui vise à exclure – le féminin, les femmes en particulier – mais sans tomber dans les horreurs langagières de l’hystérie inclusive de ceux, pardon de ceielles, qui se sont trouvé-e-s à peu de frais une nouvelle Sierra Maestra.

 

Les partisan-e-s de l’écriture inclusive à tout crin oublient d’où ielles viennent, c’est-à-dire de la bourgeoisie éduquée qui vous parlera de tête chercheuse mais de chercheure en sciences sociales, de professeure mais de shampouineuse, de boxeuse et de patineuse. Quant à procureuse, vous n'y pensez pas. Utilisons “procureure” et nous aurons le beurre et l'argent du beurre, l'apanage et les testos qui vont avec.

 

Hé oui, la langue française patine et patauge, pour toutes sortes de raisons, lorsque des questions de préséance sont en jeu. La plupart du temps au détriment du sexe féminin. Qui parfois se venge avec des tournures du style « Cette nana, elle est très con. »

 

La malédiction commence dès le plus jeune âge, à l’école primaire quand les enfants apprennent qu’il y a deux genres grammaticaux en français qui ne rejoignent pas forcément – et c’est la tout le drame –  la distinction mâle-femelle. Les estafettes, les sentinelles, sont plutôt des hommes tandis que les laiderons (shame on me !) sont plutôt des femmes. Quand un Français estime que « les Anglais aiment l’Italie », il inclut des femmes, alors que quand il dit que « les Anglaises aiment l’Italie », il ne parle que de femmes. C’est bien le féminin qui est exclu neuf fois sur dix.

 

Le français n’est pas la seule langue où l’adjectif s’accorde au masculin lorsqu’il précède ou suit un substantif au masculin et un autre au féminin (« Monsieur et madame Trouchmuque sont des instituteurs passionnants »). L’espagnol et l’italien font de même : « un coche y una bicicleta caros », « una casa e un ponte moderni ».

 

Pour les Allemands, quand les gouttent tombent, es regnet, le es étant la marque du neutre. En français, il pleut, c’est dingue, il importe, et on joue au quatre-vingt-et-un.

 

 

Le drame c’est que le genre est arbitraire. Surtout chez les animaux. Taupe et hirondelle sont des mâles autant que des femelles. Un rat de bibliothèque est plutôt un homme, mais pas forcément. En revanche, un père est un homme (oui, je sais, les trans…). On peut s’en sortir en disant « les profs » et non « les enseignants », « les scientifiques » et non « les chercheurs », « la classe patronale » au lieu de « les patrons».

 

Et puis, il y a les expressions toutes faites, produits de l’histoire d’une langue qui s’est un peu fossilisée et où le féminin n’est pas à la fête. Les autrices (je n’écrirai jamais « les auteures » même pour tout l’or du monde) donnent comme exemple : « le panier de la ménagère », « des ouvrages de dame », « les hommes politiques», « les hommes de lettres », « les hommes d’affaires », « en bon père vie famille », « les droits de l’homme ».

 

 

Note de lecture 191

 

 

La réaction emportée des bobos à ces injustices n’est, malheureusement pour eux, franchement pas populaire. Sondage après sondage, en France, en Belgique, en Suisse, leur pratique agressive ne rallie que 10 à 20% de la population. La majorité des gens trouve grotesque qu’on puisse concevoir des mots comme inspecteur-rice-s ou programmeur-euse-s. Et ne parlons pas de proclamation du genre « Ni dieu-eesse, ni maître-esse ». Et puis cette majorité observe que la langue souffre sous les coups de boutoir de ces incluseur-ices. Dans « fermier-e », l’accent grave a disparu. Comme dans « préfet-e ». Mais cela est de la vieille histoire, n’est-ielle pas ? Elle souffre aussi lors d’initiative complètement grotesques. Sur un tract électoral, on a pu lire : « George Machin, 15ème candidat-e, Monique Truc, 14ème candidat-e », alors que Georges ne pouvait être qu’un candidat et Monique une candidate. Les bobos qui ont créé le terme « Amiénoi-s-e-» ont oublié en cours de route que le masculin « Amiénois » possédait un « s » avant même qu’il aient été dans le désire de leurs géniteur-ices.

 

Il faut poursuivre la politique de féminisation de la langue. Dire « Madame l’Ambassadrice » et non «Madame l’Ambassadeur », « une députée », « la femme policière ». Il faut bannir « Mademoiselle » comme on a jeté aux oubliettes « damoiseau ».

 

Et puis, il y a ce conseil des autrices frappé au coin du bon sens : n’écrivez rien qui ne puisse se dire. On attend en effet, désespérément le premier discours d’une orateure qui aurait écrit son texte en écriture inclusive (« Cher-es adolescent-e-s amiénoi-s-es…).

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 05:10

Théophraste R., du Grand Soir met en perspective Noam Chomsky et Philippe Val : « La façon la plus intelligente de maintenir la passivité des gens, c’est de limiter strictement l’éventail des opinions acceptables, mais en permettant un débat vif à l’intérieur de cet éventail et même d’encourager des opinions plus critiques et dissidentes. Cela donne aux gens l’impression d’être libres de leurs pensées, alors qu’en fait, à tout instant, les présuppositions du système sont renforcées par les limites posées au débat. » (Noam Chomsky).

 

Juin 2002, Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo : Chomsky ? « Il est gaga. » et « « il est évident que jamais, contrairement à ce que pense Chomsky, les citoyens n’ont disposé d’autant d’informations ».

Septembre 2007, Philippe Val dans sa chronique sur France-Inter (dont il n’est pas encore le Directeur) : « Chomsky-Ben Laden, même combat ! ».

Heureusement qu’on l’a, lui, pour nos alerter sur les mauvais yankees.

 

Théophraste R. Auteur du pamphlet (en gestation) : « Honte à vous si vous avez parfois acheté Charlot Hebdi et jamais Fakir ».

 

 

 

Le site Communistes nous prévient : pas question que les entreprises payent pour la pandémie :

 

L’épidémie a été et reste une formidable opportunité pour le pouvoir et ses mentors capitalistes pour présenter la facture de cette crise qui couvait aux populations.

 

D’autant plus opportune cette épidémie que le mécontentement voire la colère étaient très forts dans les semaines qui précédaient le confinement. Les sondages l’attestaient mais, preuves plus fiables et concrètes, les luttes dans les entreprises et les manifestations contre la réforme des retraites témoignaient de cette situation.

 

Le confinement, l’épidémie ont donc été pour les tenants du pouvoir amplifiée par le poids des médias, répétons-le une opportunité inédite et bénéfique. D’autant plus qu’elle réactualise l’idée avancée par Sarkozy, poursuivie par Hollande et réaffirmée par Macron (et ses 17% de voix) d’une recomposition de la société. En clair, une société répondant exclusivement aux intérêts du capital débarrassé de toute contrainte politique, sociale, économique: le capital roi.

 

Un certain Artus, chef économiste et membre du comité exécutif chez Natixis nous prévient dans un livre et un article qui viennent de sortir: «Que croyez-vous que les entreprises, confrontées à la perte de leur activité, au recul de leurs parts de marché, à la chute de leur profitabilité, vont faire? Elles vont avoir une réaction forte qui passera par des plans d’économies, des suppressions d’emplois, des baisses de salaires des délocalisations encore plus massives. Je suis convaincu pour ma part que le capitalisme néolibéral que l’on critique tant va se durcir encore d’avantage dans les années qui viennent sous l’emprise de la nécessité. C’est le contexte qui l’exige... » etc...et s’en suit une justification des sales coups chiffres et menaces à l’appui. Tout est dit clairement.

 

 

 

 

Toujours dans Le Grand Soir, Bruno Guigue contextualise la pandémie : Que les mesures sanitaires constituent une aubaine pour interdire les manifestations de rue est une évidence, mais on ne peut pas dire que la contestation ait été flamboyante avant l’irruption du virus, ni que celle-ci, à l’inverse, ait empêché des mouvements sociaux virulents, notamment aux États-Unis. Ni complot mondial, ni muselière planétaire, ni Big Brother déguisé en Big Pharma. La vérité est ailleurs : c’est que, contrairement à d’autres, les gouvernements occidentaux sont inopérants dès qu’il s’agit de préserver la vie des populations, parce qu’en temps de crise leur unique préoccupation est de sauver les banques. Il serait temps, en clair, de cesser de pourchasser des fantômes, de voir le monde tel qu’il est, de combattre le véritable impérialisme, et de laisser tomber la lutte des masques pour revenir à la lutte des classes.

Revue de presse (319)
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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 05:11

 

Serge Halimi envisage une restauration à Washington : « Quand M. Barack Obama désigne en 2008 le vétéran centriste Joseph Biden comme son candidat à la vice-présidence, la prudence lui paraît s’imposer : les démocrates ont déjà exprimé leur désir de rupture en choisissant un Noir progressiste opposé à la guerre d’Irak pour succéder à M. George W. Bush. En novembre prochain, c’est M. Biden qui portera leurs couleurs. Or lui n’inspire aucune ferveur. Un bon casting politique réclamait donc qu’il choisisse pour colistière un symbole enthousiasmant. Pas celui de la radicalité politique, mais celui de l’« inclusion ». D’où sa désignation de Mme Kamala Harris, une fille d’immigrants, l’un jamaïcain, l’autre indienne, mariée à un Juif.

 

L’audace s’arrête là. Car, pour le reste, la sénatrice de Californie est une politicienne conventionnelle et opportuniste que nul n’associe à autre chose qu’une solide ambition personnelle et un talent consommé pour lever des fonds auprès de milliardaires. Les cours de Wall Street, qui avaient déjà bondi en mars dernier quand M. Biden l’emporta sur M. Bernie Sanders, ont progressé à nouveau à l’annonce de la désignation de Mme Harris. Ayant essuyé un échec cinglant lors de la campagne des primaires démocrates — elle dut se retirer à la fin de l’année dernière avant le premier scrutin —, elle devra tout à l’homme qui l’a choisie et à qui elle pourrait succéder. Cela tombe bien, elle pense à peu près comme lui : l’Amérique est grande, l’Amérique est belle, quelques réformes la rendront meilleure encore ; ses valeurs inspirent le monde ; ses alliances militaires protègent la démocratie libérale contre les tyrans.

 

 

Qui pilote vraiment le Quai d’Orsay, demande Marc Endeweld ? « Respecter les alliances sans s’aligner sur les États-Unis : la voie diplomatique singulière de la France tracée par le général de Gaulle a été poursuivie jusqu’à la présidence Chirac. Elle fut ensuite abandonnée par MM. Sarkozy et Hollande avec l’arrivée au Quai d’Orsay de diplomates néoconservateurs. M. Macron affirme vouloir renouer avec l’héritage gaullien, notamment vis-à-vis de la Russie, mais sans vraiment s’en donner les moyens. »

 

 

Le Monde Diplomatique (244)

 

Akram Belkaïd et Lamia Oualalou, observant l’expansion de l’évangélisme, dessinent une internationale réactionnaire : « De São Paolo à Séoul, d’Abuja à Houston, une doctrine et des rituels communs rassemblent des foules de protestants évangéliques dans des centaines d’Églises. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce courant a prospéré sur un terrain fertile, auquel il a longtemps offert un bras armé : l’anticommunisme. Nourri par le soutien d’États puissants ainsi que par un prosélytisme efficace, son succès va désormais de pair avec le recul d’idéologies porteuses d’espoirs plus terrestres. Avec plus de 660 millions de membres et des antennes dans la quasi-totalité des pays, les évangéliques constituent l’une des forces politiques les plus puissantes et les plus structurées de la planète. »

 

 

Kang In-Cheol nous parle des évanbgélistes sud-coréens : « printemps 2020, alors que la pandémie de Covid-19 menaçait de s’étendre en Corée du Sud, les évangéliques conservateurs ont poursuivi leurs rassemblements quotidiens pour réclamer la démission du gouvernement et ont refusé de mettre fin aux cérémonies religieuses en passant aux rituels en ligne. À la différence des bouddhistes ou des catholiques, ils ont vu dans cette interdiction une atteinte à la liberté de religion. Et surtout, ils en ont profité pour lancer une offensive contre le président Moon Jae-in, accusé d’être « subordonné à la Chine socialiste » (où est apparu le virus), espérant ainsi regagner le terrain perdu dans la population.

En effet, à l’automne 2016, la société sud-coréenne s’était scindée en deux camps. Des manifestants, bougies à la main, se rassemblaient pour exiger la destitution de la présidente Park Geun-hye, alors que leurs opposants manifestaient en brandissant le Taegeukgi, le drapeau national ; une contre-mobilisation dans laquelle les Églises protestantes ont joué un rôle central. L’affrontement s’est achevé par une victoire écrasante de la « révolution des bougies », à laquelle dix-sept millions de citoyens ont participé. obtenant la démission de Mme Park le 10 mars 2017, un procès en bonne et due forme, puis son emprisonnement. Dans la foulée, en mai, M. Moon, qui incarnait l’esprit des veillées aux chandelles, fut élu président de la République.

 

 

Anouk Batard décrit la “ République pentecôtiste du Nigeria ” : « Au Nigeria, épicentre du réveil chrétien en Afrique et dans le monde, le néopentecôtisme, couramment appelé christianisme born again, nourrit le renouveau évangélique. Puissance démographique et économique, ce pays d’Afrique de l’Ouest a produit un nombre important de pasteurs riches et célèbres dans le monde entier. Parmi eux, M. David Oyedepo, évêque de la Living Faith Church (Église de la foi vivante), communément appelée Winners Chapel (Chapelle des vainqueurs), dont la fortune était évaluée à 150 millions de dollars (138 millions d’euros) en 2015, et M. Chris Oyakhilhome, fondateur de l’Église Christ Embassy (30 à 50 millions de dollars d’avoirs personnels). Leurs « méga-églises », « camps de rédemption » et « cités sacrées » rassemblent régulièrement des dizaines voire des centaines de milliers de fidèles. En plus d’espaces dédiés au culte, ces entreprises religieuses transnationales sont dotées de centres de formation théologique, de maternités, de cliniques, de médias, d’écoles et même d’universités. »

 

 

Anne Vigna met en garde contre la deuxième télévision brésilienne : « Dès 5 h 30 du matin, dans les locaux du 22e bataillon de la police militaire de Rio de Janeiro, les membres d’une équipe de télévision enfilent leurs gilets pare-balles. Parmi eux, la star du journalisme Ernani Alves, qui travaille pour l’émission « Cidade Alerta » (Alerte sur la ville), diffusée en fin d’après-midi, du lundi au vendredi. Sa thématique ? Le crime, sous tous les angles possibles : durant deux heures s’enchaînent, sans ordre ni hiérarchie, des reportages qui vont du viol le plus sordide au simple cambriolage. Le ton est toujours sensationnaliste, les gentils toujours en uniforme. « Cidade Alerta » réalise les meilleures audiences de Record TV, la deuxième chaîne de télévision du pays en matière de couverture territoriale et d’audience. »

 

 

 

Pour Claire Scodellaro, l’anorexie est une maladie sociale frappant davantage les jeunes femmes des milieux aisés : « Les inégalités sociales face à la santé pénalisent le plus souvent les hommes des classes populaires. L’anorexie mentale constitue une des exceptions à cette règle : ce trouble grave du comportement alimentaire, pouvant mener à la mort, menace particulièrement les jeunes filles des milieux aisés, exposées à des normes de minceur plus strictes et plus enclines à penser pouvoir maîtriser leur destin social. Ainsi, les filles des classes supérieures (parents cadres, exerçant une profession libérale ou chefs d’entreprise) ont 1,6 fois plus de risque d’être touchées que les filles d’ouvriers, et celles de classes moyennes (professions dites intermédiaires, employés), 1,3 fois. Enfin, le profil par âge diffère d’autres troubles mentaux : l’anorexie débute rarement après 25 ans, et la probabilité de sa survenue diminue avec l’avancée en âge, alors que la dépression reste fréquente à l’âge adulte. »

 

 

Jean-Michel Morel perçoit la Libye comme le terrain de jeu russo-turc où il n’y a jamais eu autant de mercenaires : « le soulèvement populaire de février 2011 suivi de l’intervention aérienne des forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et de la mort de son chef d’État, Mouammar Khadafi, la Libye est en proie au chaos, à la fracturation et aux ingérences extérieures. Les trois régions traditionnelles du pays se sont transformées en isolats fratricides. À l’est, la Cyrénaïque, où siège la Chambre des représentants, à Benghazi, est devenue le fief du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, à la tête de ce qu’il appelle l’Armée nationale libyenne (ANL). À l’ouest, dans la Tripolitaine, règne le bien mal nommé gouvernement d’accord national (GAN), reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) et dont la couleur politique l’apparente aux Frères musulmans. Quant à la région multiethnique du Fezzan au sud, contrée d’où est extrait un quart du pétrole libyen, les miliciens toubous y règnent en maître, se répartissant entre les deux camps. »

 

 

Alain Gresh se souvient du “ septembre noir ” : « Après sa défaite face à Israël, en 1967, le monde arabe connaît d’importants bouleversements politiques. Les différentes factions palestiniennes profitent de ces changements pour accroître la lutte armée contre l’État hébreu. La Jordanie devient leur base arrière et les combattants entrevoient même de faire tomber la monarchie hachémite. Fort du soutien occidental, le roi Hussein matera la menace dans le sang. »

 

 

André-Michel Essoungou observe les manipulations numériques en Afrique : « Un temps rangées au musée des utopies, les élections démocratiques se sont répandues en Afrique au cours des trois dernières décennies. Mais, à mesure que le continent s’arrime au réseau Internet, le risque de la manipulation numérique grandit, principalement par le biais des réseaux sociaux. La menace paraît d’autant plus grave qu’elle passe souvent inaperçue. 

Un détail le confirme : c’est en Afrique, notamment au Nigeria et au Kenya, que Cambridge Analytica a testé ses techniques frauduleuses d’aspiration de données utilisées lors du référendum sur le Brexit et l’élection présidentielle américaine en 2016 . Les électeurs de ces pays ont servi, à leur insu, de cobayes d’une stratégie en trois étapes. D’abord, récolter, principalement sur Facebook, les données personnelles en ligne de millions de citoyens : âge, sexe, préférences esthétiques, culturelles ou politiques. Ensuite, analyser ces informations pour définir des microcatégories. Enfin, orienter les choix individuels, à l’aide d’algorithmes, par le biais d’une propagande taillée sur mesure, sur les plates-formes numériques.

 

 

Pour Jean-Arnaud dérens et Laurent Geslin, l’Albanie est un “ bon élève ” à la dérive : « Considérée comme un « État failli » après des émeutes en 1997, l’Albanie est aujourd’hui présentée comme un pilier de la stabilité des Balkans. Mais, en grattant le vernis de la « transition », on découvre un pays ravagé par un néolibéralisme autoritaire et par l’hémorragie de ses forces vives. Le front de mer qui s’étend au sud de Durrës, sur les bords de l’Adriatique, offre un condensé de l’histoire récente de l’Albanie. Du temps de la dictature nationale-communiste, entre 1945 et 1991, des pinèdes jouxtaient la longue plage de sable fin qui s’étend sur une vingtaine de kilomètres n’abritant alors que quelques hôtels d’État et les villas du Bllok, le quartier réservé aux dirigeants. Dès la chute du régime — le plus fermé d’Europe. de nouveaux bâtiments ont commencé à remplacer les arbres, et le rythme des constructions s’est vite intensifié, des hôtels et des immeubles bloquant tous les accès vers la mer. Mais, depuis le tremblement de terre du 26 novembre 2019, des « dents creuses » sont apparues.

 

 

Marlène Laruelle met en garde contre l’illusion d’un nouveau monde en Asie centrale : « La plupart des pays d’Asie centrale n’ont connu qu’un seul dirigeant pendant plusieurs décennies. Après le départ de ces autocrates, leurs successeurs tentent de garder le contrôle de transitions politiques à haut risque. Face à la pression de sociétés jeunes et inégalitaires, ils redoutent des scénarios comparables aux « printemps arabes ». Et hésitent entre ouverture et continuité. »

 

 

Quand Gisèle Halimi affrontait la justice coloniale : « Lors des procès de Bobigny (1972) et d’Aix-en-Provence (1978), Gisèle Halimi a mis en accusation les lois criminalisant l’avortement et sanctionnant insuffisamment le viol. Auparavant, l’indépendance de l’Algérie et la dénonciation des tortures furent les grandes causes de l’avocate, morte le 28 juillet dernier. »

 

 

Marie Morgan est allée à la rencontre des petites mains des grands hôtels : « Dans les hôtels de luxe, les femmes de ménage sont aussi soumises à des cadences infernales. Au point que certaines profitent de l’heure du déjeuner pour fuir. Ainsi qu’on le constate dans une résidence de prestige de la Côte basque.

 

Il est 8 h 30, au rez-de-chaussée d’une résidence hôtelière « prestige » de la Côte basque. Dehors, les touristes profitent de l’air marin, de la plage et du soleil après de longues semaines de confinement dues à la pandémie. L’activité bat son plein : les quelque deux cents appartements et chambres d’hôtel de la résidence affichent complet. Âgées de 18 à 57 ans, les femmes de ménage récupèrent leurs feuilles de travail du jour. L’objectif n’est pas tant de nettoyer réellement les chambres que de « montrer qu’on est passé », explique Mme Michelle T., une femme de ménage proche de la soixantaine, qui livre volontiers quelques précautions et « astuces » : ne pas oublier de baisser le couvercle des W.-C., faire briller la robinetterie, retourner le pommeau de douche, fermer les rideaux. »

 

 

Pour Rachel Knaebel, les hôpitaux allemands sont trop rentables : « Pendant le pic épidémique de Covid-19, le système de santé allemand a fait figure de modèle grâce à son meilleur équipement en lits de soins intensifs. Pourtant, de l’autre côté du Rhin, les soignants et les hôpitaux dénoncent depuis des années un manque structurel de moyens et de personnel. En cause, entre autres, un système de financement tout à fait similaire à la tarification à l’activité française. »

 

 

Frank Poupau nous révèle ce qu’un arbre peit véritablement cacher : « Les forêts vivent-elles ? Que ressentent les arbres ? Depuis une décennie, la préoccupation environnementale nourrit ces interrogations dans la presse et l’édition grand public. De leur côté, des anthropologues et des sociologues ont remis en cause la coupure entre nature et société héritée des Lumières. Certains considèrent les non-humains comme des « acteurs » à part entière. Où conduit cette approche  ? »

 

 

Philippe Person évoque des pionnières qui redeviennent célèbres : « En 1896, un an après la naissance du cinématographe, la Française Alice Guy, 23 ans, tourne La Fée aux choux. Ce film de 51 secondes en fait l’auteure de la première fiction fantastique de l’histoire du cinéma et aussi bien la première femme cinéaste. Elle poursuit son activité de réalisatrice pendant une vingtaine d’années, en France et aux États-Unis où, avec son mari Herbert Blaché, elle crée sa propre compagnie de production près de New York. Elle réalise des centaines de courts et quelques longs-métrages avant de jeter le gant, ruinée, pour n’avoir pas vu à temps que l’avenir se situait à Hollywood. Elle a longtemps été à tout le moins négligée, oubliée, voire dépossédée de son œuvre, comme on le voit chez l’historien du cinéma Georges Sadoul, qui ne la cite même pas. Après avoir enfin retrouvé en France quelque audience — depuis 2018, un prix à son nom vient récompenser des réalisatrices pour pallier le manque de visibilité de celles-ci dans les cérémonies —, elle est aujourd’hui aux États-Unis l’objet d’un documentaire de Pamela R. Green, Be Natural, sous-titré L’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché,bénéficiant d’un commentaire enthousiaste d’actrices féministes comme Jodie Foster. Cependant, cette reconnaissance ne modifie en rien l’idée qu’on continue à se faire du monde du cinéma : un univers d’hommes, où Alice Guy n’a pu s’immiscer que grâce à ses qualités exceptionnelles. »

 

 

Pour Richard Keiser, la peur est blanche aux Etats-Unis : « Á partir de la seconde guerre mondiale, la « grande migration » des Afro-Américains du Sud vers les villes industrielles du Nord et du Midwest avait provoqué une « fuite des Blancs ». Ils préféraient céder en vitesse leur patrimoine immobilier, par souci de rester entre eux et par crainte qu’un voisinage noir rende leur quartier moins sûr, moins attrayant, et que le niveau des écoles se dégrade. Aujourd’hui, une nouvelle « fuite blanche » se déroule parmi les classes moyennes et supérieures, en réaction cette fois à l’installation de familles d’origine asiatique dans leurs zones résidentielles huppées. D’un point de vue strictement financier, quitter un voisinage convoité en raison de sa sécurité, de son prestige et de ses écoles de haut rang n’a guère de sens. Mais les Blancs entendent préserver la place de leurs enfants au sommet de la hiérarchie méritocratique. 

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 05:18

 

 

Serge Halimi décrypte (comme disent dans un réflexe pavlovien les médias neuneux) le mot « systémique : « Les multinationales américaines ont très souvent recours à la philanthropie pour cacher les méfaits qui les ont enrichies. Depuis mai dernier, elles versent donc des centaines de millions de dollars à diverses associations afro-américaines, dont Black Lives Matter. De telles libéralités envers une structure militante qui combat le « racisme systémique » font un peu penser au paiement d’une police d’assurance. Apple, Amazon, Walmart, Nike, Adidas, Facebook, Twitter, qui savent mieux que personne ce que « systémique » signifie, doivent redouter que la mise en cause d’iniquités structurelles aux États-Unis cible bientôt d’autres infamies que les violences policières — et situées plus près de leur conseil d’administration. Dans cette hypothèse, les protestataires ne se satisferont pas très longtemps de gestes « symboliques » consistant à s’agenouiller devant des Afro-Américains, à déboulonner des statues, à rebaptiser des noms de rue, à se repentir de son « privilège blanc ». Or c’est bien à ce répertoire, inoffensif pour eux, que les patrons de multinationales souhaitent cantonner le mouvement populaire ayant réveillé la société américaine après la diffusion des images de la mort d’un homme noir étouffé sous le genou d’un policier blanc.

 

 

Laurent Bonelli décrit la violence des forces de l’ordre social : «  Tout le monde déteste la police. » Courant dans les manifestations françaises, ce slogan exprime une exaspération qui n’est plus cantonnée aux groupes les plus militants. Trop souvent requises pour réprimer des mouvements sociaux, avec une brutalité remarquée, les forces de l’ordre ont vu leur mission se confondre avec celle d’une garde prétorienne du pouvoir. Leur popularité n’y a pas résisté. »

 

 

Pour Philippe Descamps, l’aviation civile traverse la tempête du siècle : « Le transport aérien représente le principal vecteur de la diffusion mondiale du Covid-19 et le secteur d’activité le plus affecté par la pandémie. Porté par la croissance débridée du tourisme, il se retrouve au carrefour des crises sanitaire, économique, sociale et environnementale. En Occitanie, on redoute l’effondrement d’une industrie qui structure le développement régional, tout en espérant sa transformation. »

 

 

Félix Tréguer nous présente les deux visages de la censure : « En France, le Conseil constitutionnel a invalidé le 18 juin 2020 l’essentiel de la loi Avia, un texte qui organisait la censure extrajudiciaire d’Internet sous l’égide du gouvernement et des grandes plates-formes numériques. Cette décision n’est cependant pas de nature à remettre en cause la relation multiséculaire entre l’État et le capitalisme informationnel. »

 

 

Maelle Mariette nous emmène « En Bolivie, sur la route avec l’élite de Santa Cruz.

Du « Wall Street Journal » aux franges les plus écervelées de la gauche internationale, la quasi-totalité des commentateurs ont défendu l’idée que le président bolivien Evo Morales avait fraudé lors du scrutin présidentiel de novembre 2019. Leur erreur a contribué à priver le chef d’État sortant de sa victoire au premier tour, au profit d’une élite réactionnaire, établie à Santa Cruz. Cette dernière rêve de prendre les rênes du pays, mais ses espoirs devraient être douchés lors du nouveau scrutin, prévu le 6 septembre. »

 

 

André Singer suit les traces de « La cavalcade autoritaire de Jair Bolsonaro : « Ancien parachutiste, le président brésilien Jair Bolsonaro sait que l’une des meilleures stratégies de défense consiste à attaquer. Accablé par les institutions du pays pour sa gestion calamiteuse de la pandémie de Covid-19, il profite de l’épisode pour accuser le Congrès, la justice et les gouverneurs d’opposition de dérive dictatoriale, alors que les appels à la destitution se multiplient. »

 

 

Pour Richard Keiser, les Etats-Unis sont « Un pays miné par les homicides policiers. Aux États-Unis, le maintien de l’ordre relève des autorités locales. Comment dès lors expliquer qu’une ville réputée progressiste comme Minneapolis soit le théâtre d’exactions policières racistes à répétition ? Dotés d’un lourd passif en matière de violences contre les habitants noirs, ses services de police y jouissent d’une impunité presque totale. Du moins jusqu’à la mort de George Floyd. »
 
 

Pierre Rimbert déconstruit le mythe Taubira : « Si chacun connaît la militante anticolonialiste engagée contre les discriminations de genre et de couleur de peau, souvent cible d’attaques racistes, la ministre qui a défendu la loi du « mariage pour tous », peu se souviennent que Mme Christiane Taubira, députée de Guyane, vota la confiance au premier ministre de droite Édouard Balladur en 1993 et se présenta l’année suivante aux élections européennes sur la liste de l’homme d’affaires Bernard Tapie. Candidate à la présidence de la République en 2002, partisane de Mme Ségolène Royal en 2007, ministre de M. François Hollande en 2012, y compris quand M. Manuel Valls était premier ministre (elle démissionna en janvier 2016), elle participe depuis aux recompositions incessantes du centre gauche français, où, désormais, le rose et le vert convergent pour ripoliner l’ordre économique aux couleurs du temps. » J’en profite lâchement pour signaler un article que j’avais publié en 2013 sur cette éminence de notre République : http://bernard-gensane.over-blog.com/2013/11/sainte-taubira.html

 

 

Pour Jamal Bukhari et Ariane Lavrilleux, l’armée éguptienne est vorace : « Depuis l’arrivée au pouvoir, en 2013, du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, l’armée égyptienne est engagée dans une expansion économique qui semble sans limites. Menant une diversification à tout-va, elle supervise des milliers de chantiers et accapare les contrats publics au détriment des entreprises étatiques et privées. Cette omniprésence ne profite guère au pays. »

 

 

Boubacar Boris Diop espère un réveil pour l’Afrique après la pandémie : « La pandémie de Covid-19, piteusement gérée par les Occidentaux, a révélé les limites de leur hégémonie. Désormais, l’Europe et les États-Unis ont perdu leur autorité morale. Mais un ordre international plus juste reste à imaginer. Pour l’Afrique, ces événements réveillent le sentiment d’un destin commun et une certaine combativité. Les obstacles restent nombreux. »

 

 

Jordan Pouille et Lei Yang nous font visiter un village chinois en Italie : « Prato, haut lieu européen de la diaspora chinoise, n’a déploré que très peu de décès liés au coronavirus. Artisans de ce succès sanitaire, les Chinois de cette ville italienne, engagés dans l’industrie locale du prêt-à-porter, jouissent d’une reconnaissance tardive, après plus de vingt ans de désamour. »
 
 

Camille Bortolini se demande si la guerre des terres rares aura lieu : « Alors qu’elle semblait avoir le monopole des terres rares, indispensables à la fabrication des produits de haute technologie, la Chine en a importé en 2018 et 2019 plus qu’elle n’en a exporté. Mais peut-on vraiment parler de retournement alors que ses clients restent très dépendants de sa production ? Du reste, Pékin n’a pas renoncé à menacer les États-Unis de stopper les livraisons. »

 

 

Akram Belkaïd nous fait découvrir la face honteuse du métal bleu : « Indispensable pour la fabrication des batteries électriques, le cobalt fait partie des matières premières les plus convoitées. Sa rareté alimente les inquiétudes quant à d’éventuelles pénuries. En République démocratique du Congo (RDC), principal producteur mondial, des enfants travaillent dans les mines pour fournir les grandes entreprises des secteurs de l’automobile, de l’informatique et de la téléphonie. »

 

 

Il fut un temps (HélèneRichard) où les Soviétiques étaient quête de bons plans : « Les Soviétiques en quête de bons plans

À la faveur de la pandémie de Covid-19, l’idée de planifier le développement économique est revenue dans le débat public. Assimilée au « totalitarisme stalinien », l’expérience soviétique, qui s’installa sous la forme de plans quinquennaux à partir de 1929, demeure néanmoins un repoussoir. L’urgence climatique invite à l’alléger de quelques clichés. »

 

 

 

Qui en douterait, le livre est  une sacrée valeur (Thierry Discepolo) : « La multiplicité des titres et des maisons d’édition inciterait à croire que « le livre n’est pas un produit comme les autres ». Pourtant, là comme ailleurs, la concentration du capital s’exerce avec vigueur et n’a pas pour seules conséquences d’aimables prises de bénéfice. »
 
 

Renaud Lambert (“ Pompiers en blouse blanche ”) s’interroge sur le rôle politique des médecins pendant la pandémie : « Transformer un pays en prison à ciel ouvert sans soulever d’émeute constitue à coup sûr un tour de force. Réussir cette prouesse alors qu’on vient d’essuyer un puissant mouvement social relève de l’exploit. De nombreux dirigeants y sont pourtant parvenus à l’occasion de la pandémie de Covid-19. Dans certains pays, le pouvoir opta pour la force ; en France, il s’effaça derrière une poignée d’experts en blouse blanche, alors qu’il avait ignoré les revendications des soignants à l’automne 2019. Depuis quelques mois, pas une déclaration politique qui ne s’accompagne d’un « suivant l’avis des scientifiques » ou d’un « sur décision collégiale des médecins ». Les savants ont « pris le pouvoir », s’alarme Éric Zemmour. Mais ne se sont-ils pas plutôt évertués à le servir ?

 

 

Á lire un gros dossier sur « Tourisme année zéro » : Affaiblis par la crise de l’euro, meurtris par le Covid-19, les pays du sud de l’Europe redoutent désormais un effondrement du tourisme. La paralysie de la circulation mondiale révèle la vulnérabilité de cette activité et oblige à repenser son développement, fondé sur un échange marchand inégal. Derrière un discours volontariste se cache souvent une impuissance à changer en profondeur un modèle destructeur, alors même que l’État le conforte (« À la recherche du voyage “écoresponsable” »). Relocaliser les loisirs s’avère moins urgent que d’imaginer autrement le temps libre en s’ouvrant à la mondialité (« Le bout du monde en bas de chez soi »). Tandis que les perspectives climatiques hypothèquent un retour à la croissance d’hier dans l’aéronautique (« Aviation civile, la tempête du siècle »), la critique de la « massification » mérite d’être débarrassée de ses préjugés sociaux (« Des loisirs à la chaîne »). »

 

 
Le Monde Diplomatique (242)
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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 05:07

 

Dans Res Publica, Philippe Hervé historicise la pandémie du Covid : « La « grippe de Hong Kong » en 1968-69, avec ses 30 000 morts en France, était contemporaine de l’année du plus fort taux de croissance du PIB dans notre pays. Le dispositif économique était à l’époque souple et pouvait encaisser les chocs. Aujourd’hui c’est le contraire. La globalisation n’est pas un dispositif évolutif, souple et adaptable. C’est un système extrêmement rigidifié, ne servant que les intérêts des groupes multinationaux et palliant la baisse de leurs taux de profit. Production de matières premières, transformations de celles-ci et enfin consommation finale se sont retrouvées dans des aires géographiques différentes, espaçant et masquant ainsi la réalité des rapports de production. Cette nouvelle organisation de la production et de la consommation exige des flux tendus et des parcours de longues distances permettant une rotation du capital variable et une circulation fluide des masses monétaires. Cet ultime capitalisme est la résultante des années 1960 et 1970 en Europe, et particulièrement en France et en Italie où la lutte des classes n’était plus tenable pour les bourgeoisies nationales. Le deal du siècle avec le Parti communiste chinois, représenté par Deng Xiaopin, à la fin des années 1970 fut une divine surprise qui semblait résoudre une fois pour toute l’extorsion massive du profit en s’évitant l’affrontement de classe direct et au quotidien dans l’usine de la Région parisienne, de Milan ou de Chicago.

 

 

Pour le site Communistes, La loi pluriannuelle pour la recherche : un passage en force pour assujettir la recherche publique aux stratégies des entreprises.La LPPR prévoit toute une série de dispositifs amenant les personnels des laboratoires du public à travailler avec et pour le privé. De telles dispositions permettraient aux entreprises de limiter la part de leurs investissements et la prise de risque inhérente à la recherche tout en conservant la main sur les innovations qui ressortiront des travaux de recherche. Cette loi est un outil pour relancer les grands groupes français dans la guerre commerciale acharnée qui se joue entre les capitalistes sur l’ensemble de la planète. En abaissant leur coût de recherche et développement, elle leur donne un sérieux avantage compétitif sur le marché mondial. C’est un des outils du plan de relance de Macron.

 

 

Dans Le Grand Soir, Bruno Guigue réfléchi à l’homme-marchandise selon Marx : « Ce que Marx a mis au jour dans le Capital, c’est ce qu’on pourrait appeler la consubstantialité du capitalisme et de l’esclavage ; derrière la diversité de ses formes, il a perçu la profonde unité de la servitude moderne ; il a vu, dans l’esclavage direct des Noirs, la vérité de l’esclavage indirect des prolétaires européens ; loin d’ériger l’opposition du travail libre et du travail servile en symbole de la modernité, il y a décelé la manifestation de son hypocrisie, car l’hétérogénéité apparente des statuts ne l’a pas aveuglé sur les mécanismes mis en œuvre sous l’empire de la valeur d’échange ; il a vu en somme, dans l’intensification des rapports marchands, la véritable origine d’une emprise de l’homme sur l’homme qui ne connut ni les frontières ni la différence des temps ; ce faisant, il a bâti une théorie de l’esclavage dont la connaissance nous est précieuse, à l’heure où la mondialisation libérale enfante les formes contemporaines de la servitude ; et il a défait, du coup, les faux prestiges du postulat aujourd’hui dominant selon lequel la liberté ne fait qu’un avec le marché, anéantissant par anticipation la folle prétention du libéralisme contemporain à incarner l’ultima ratio de l’histoire. »

 

 

Enfin, Russia Today se demande si l’universalisme français n’est pas menacé par le racialisme anglo-saxon : « il y a une philosophie – avec un vocabulaire venant tout droit des États-Unis – qui souhaite imposer un modèle de société où les rapports humains seraient essentiellement fondés sur des origines raciales, mais aussi, selon les tendances, sur la différenciation religieuse, sexuelle ou culturelle. Ces combattants de la lutte intersectionnelle procèdent ici au comptage du nombre de “ racisés ” (non-blancs) dans une assemblée, une œuvre ou dans la classe politique, et soutiennent des stages ou des rencontres excluant les “ Blancs ”.

 

Revue de presse (328)
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