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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 06:32

 

 

… Et éventuellement par le terrorisme comme quand certain.e.s président.e.s (sic) d’université l’imposent en toute illégalité.

 

32 linguistes répertorient ses défauts.

 

 

"Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral." Bien que favorables à la féminisation de la langue, plusieurs linguistes estiment l'écriture inclusive profondément problématique.

 

Présentée par ses promoteurs comme un progrès social, l’écriture inclusive n’a paradoxalement guère été abordée sur le plan scientifique, la linguistique se tenant en retrait des débats médiatiques. Derrière le souci d'une représentation équitable des femmes et des hommes dans le discours, l’inclusivisme désire cependant imposer des pratiques relevant d’un militantisme ostentatoire sans autre effet social que de produire des clivages inédits. Rappelons une évidence : la langue est à tout le monde.

 

Les défauts de l’écriture inclusive

 

Les inclusivistes partent du postulat suivant : la langue aurait été "masculinisée" par des grammairiens durant des siècles et il faudrait donc remédier à l’"invisibilisation" de la femme dans la langue. C’est une conception inédite de l’histoire des langues supposant une langue originelle "pure" que la gent masculine aurait pervertie, comme si les langues étaient sciemment élaborées par les locuteurs. Quant à l"invisibilisation", c’est au mieux une métaphore mais certainement pas un fait objectif ni un concept scientifique.

 

Si la féminisation est bien une évolution légitime et naturelle de la langue, elle n’est pas un principe directeur des langues.

 

Nous relèverons simplement ici quelques défauts constitutifs de l’écriture inclusive et de ses principes.

 

La langue n’a pu être ni masculinisée, ni féminisée sur décision d’un groupe de grammairiens, car la langue n’est pas une création de grammairiens — ni de grammairiennes. Ce ne sont pas les recommandations institutionnelles qui créent la langue, mais l’usage des locuteurs. L’exemple, unique et tant cité, de la règle d’accord "le masculin l’emporte sur le féminin" ne prétend posséder aucune pertinence sociale. C’est du reste une formulation fort rare, si ce n’est mythique, puisqu’on ne la trouve dans aucun manuel contemporain, ni même chez Bescherelle en 1835. Les mots féminin et masculin n’ont évidemment pas le même sens appliqués au sexe ou à la grammaire : trouver un quelconque privilège social dans l’accord des adjectifs est une simple vue de l’esprit.

 

Si la féminisation est bien une évolution légitime et naturelle de la langue, elle n’est pas un principe directeur des langues. En effet, la langue française permet toujours de désigner le sexe des personnes et ce n’est pas uniquement une affaire de lexique, mais aussi de déterminants et de pronoms ("Elle est médecin"). Par ailleurs, un nom de genre grammatical masculin peut désigner un être de sexe biologique féminin ("Ma fille est un vrai génie des maths") et inversement ("C’est Jules, la vraie victime de l’accident"). On peut même dire "un aigle femelle" ou "une grenouille mâle"...

 

Une écriture excluante

 

La langue n’est pas une liste de mots dénués de contexte et d’intentions, renvoyant à des essences. Il n’y a aucune langue qui soit fondée sur une correspondance sexuelle stricte. Autrement, le sens des mots serait déterminé par la nature de ce qu’ils désignent, ce qui est faux. Si c’était le cas, toutes les langues du monde auraient le même système lexical pour désigner les humains. Or, la langue n’a pas pour principe de fonctionnement de désigner le sexe des êtres : dire à une enfant "Tu es un vrai tyran" ne réfère pas à son sexe, mais à son comportement, indépendant du genre du mot.

 

 

Les formes masculines du français prolongent à la fois le masculin (librum) et le neutre (templum) du latin et font donc fonction de genre "neutre", c’est-à-dire par défaut, ce qui explique qu’il intervienne dans l’accord par résolution (la fille et le garçon sont partis), comme indéfini (ils ont encore augmenté les impôts), impersonnel (il pleut), ou neutre (c’est beau). Il n’y a là aucune domination symbolique ou socialement interprétable. Quand on commande un lapin aux pruneaux, on ne dit pas un.e lapin.e aux pruneaux…

 

 

​​​​​​​La langue a ses fonctionnements propres qui ne dépendent pas de revendications identitaires individuelles. La langue ne détermine pas la pensée – sinon tous les francophones auraient les mêmes pensées, croyances et représentations. Si la langue exerçait un pouvoir "sexiste", on se demande comment Simone de Beauvoir a pu être féministe en écrivant en français "patriarcal". L’évidence montre que l’on peut exprimer toutes les pensées et les idéologies les plus antithétiques dans la même langue.

 

 

Ces formes fabriquées ne relèvent d’aucune logique étymologique et posent des problèmes considérables de découpages et d’accords.

 

 

​​​​​​​En français, l’orthographe est d’une grande complexité, avec ses digraphes (eu, ain, an), ses homophones (eau, au, o), ses lettres muettes, etc. Mais des normes permettent l’apprentissage en combinant phonétique et morphologie. Or, les pratiques inclusives ne tiennent pas compte de la construction des mots : tou.t.e.s travailleu.r.se.s créent des racines qui n’existent pas (tou-, travailleu-).Ces formes fabriquées ne relèvent d’aucune logique étymologique et posent des problèmes considérables de découpages et d’accords.

 

 

​​​​​​​En effet, les réformes orthographiques ont normalement des objectifs d’harmonisation et de simplification. L’écriture inclusive va à l’encontre de cette logique pratique et communicationnelle en opacifiant l’écriture. En réservant la maîtrise de cette écriture à une caste de spécialistes, la complexification de l’orthographe a des effets d’exclusion sociale.Tous ceux qui apprennent différemment, l’écriture inclusive les exclut : qu’ils souffrent de cécité, dysphasie, dyslexie, dyspraxie, dysgraphie, ou d’autres troubles, ils seront d’autant plus fragilisés par une graphie aux normes aléatoires.

 

 

​​​​​​​Tous les systèmes d’écriture connus ont pour vocation d’être oralisés. Or, il est impossible de lire l’écriture inclusive : cher.e.s ne se prononce pas. Le décalage graphie / phonie ne repose plus sur des conventions d’écriture, mais sur des règles morales que les programmes de synthèse vocale ne peuvent traiter et qui rendent les textes inaccessibles aux malvoyants.

 

 

 

Ne pouvant s’imposer que par la propagande, l’écriture inclusive est excluante

 

L’écriture inclusive pose des problèmes à tous ceux qui ont des difficultés d’apprentissage

 

 

 

On constate chez ceux qui la pratiquent des emplois chaotiques qui ne permettent pas de produire une norme cohérente. Outre la prolifération de formes anarchiques ("Chere.s collègu.e.s", "Cher.e.s collègue.s", etc.), l’écriture inclusive est rarement systématique : après de premières lignes "inclusives", la suite est souvent en français commun... Si des universitaires militants ne sont pas capables d’appliquer leurs propres préceptes, qui peut le faire ?

 

 

L’écriture inclusive, à rebours de la logique grammaticale, remet aussi radicalement en question l’usage du pluriel, qui est véritablement inclusif puisqu’il regroupe. Si au lieu de "Les candidats sont convoqués à 9h00" on écrit "Les candidats et les candidates sont convoqué.e.s à 9h00", cela signifie qu’il existe potentiellement une différence de traitement selon le sexe. En introduisant la spécification du sexe, on consacre une dissociation, ce qui est le contraire de l’inclusion. En prétendant annuler l’opposition de genre, on ne fait que la systématiser : l’écriture nouvelle aurait nécessairement un effet renforcé d’opposition des filles et des garçons, créant une exclusion réciproque et aggravant les difficultés d’apprentissage dans les petites classes.

 

Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à tous ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. La circulaire ministérielle de novembre 2017 était pourtant claire et, tout en valorisant fort justement la féminisation quand elle était justifiée, demandait "ne pas faire usage de l'écriture dite inclusive" : des administrations universitaires et municipales la bafouent dans un coup de force administratif permanent. L’usage est certes roi, mais que signifie un usage militant qui déconstruit les savoirs, complexifie les pratiques, s’affranchit des faits scientifiques, s’impose par la propagande et exclut les locuteurs en difficulté au nom de l’idéologie ?

 

 

Tribune rédigée par les linguistes Yana Grinshpun (Sorbonne Nouvelle), Franck Neveu (Sorbonne Université), François Rastier (CNRS), Jean Szlamowicz (Université de Bourgogne).

 

 

Signée par les linguistes :

 

 

  • Jacqueline Authier-Revuz (Sorbonne nouvelle)
  • Mathieu Avanzi (Sorbonne Université)
  • Samir Bajric (Université de Bourgogne)
  • Elisabeth Bautier (Paris 8-St Denis)
  • Sonia Branca-Rosoff (Sorbonne Nouvelle)
  • Louis-Jean Calvet (Université d’Aix-Marseille)
  • André Chervel (INRP/Institut Français de l’Éducation)
  • Christophe Cusimano (Université de Brno)
  • Henri-José Deulofeu (Université d’Aix-Marseille)
  • Anne Dister (Université Saint-Louis, Bruxelles)
  • Pierre Frath (Univesité de Reims)
  • Jean-Pierre Gabilan (Université de Savoie)
  • Jean-Michel Géa (Université de Corte Pascal Paoli)
  • Jean Giot (Université de Namur)
  • Astrid Guillaume (Sorbonne Université)
  • Pierre Le Goffic (Sorbonne Nouvelle)
  • Georges Kleiber (Université de Strasbourg)
  • Mustapha Krazem (Université de Lorraine)
  • Danielle Manesse (Sorbonne Nouvelle)
  • Luisa Mora Millan (Université de Cadix)
  • Michèle Noailly (Université de Brest)
  • Thierry Pagnier (Paris 8- St Denis)
  • Xavier-Laurent Salvador (Paris 13-Villetaneuse)
  • Georges-Elia Sarfati (Université d’Auvergne)
  • Agnès Steuckardt (Université Paul Valéry, Montpellier)
  • Georges-Daniel Véronique (Université d’Aix-Marseille)
  • Chantal Wionet (Université d’Avignon)
  • Anne Zribi-Hertz (Paris 8- St Denis)

 

​​​​​​​Publié dans ce blog en septembre 2020, mais on ne s'en lasse pas !

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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 06:12
Retrouvé cet article publié par Le Grand Soir le 1er avril 2016.
 
 
Attention au beurnaout si vous podcastez le ouan-mann-cho en laïv’ ou en praym’ taym à la tivi.
 

L’appauvrissement de la langue française se poursuit dans le quotidien. 


On connaît déjà l’invasion des échanges verbaux par la langue anglaise. Pendant un temps la francisation a limité les dégâts : le challenge, le gazole, le mel ont pris leur place dans la langue française.

 

Je me souviens de la participation de la maison d’enfants dans laquelle j’étais hébergé pour le « challenge du nombre » organisé par le journal l’Humanité pour les enfants de la région parisienne dans les années 50. On disait challenge. Un challenge c’était un défi, un record à battre. Il fallait être le plus nombreux possible. On aurait pu en rester là. Mais maintenant il faut dire « tchallench’ ». Le gazole, francisation de gas-oil n’est pas encore remodelé. Le mel (pour e-mail) tient le coup et même s’il a justifié le néologisme courriel.

 

L’informatique et l’internet sont un royaume pour les débarquements de mots anglais : par exemple, la play-station (dire pléstéchon) remplace la console de jeux, vidéos évidemment ; les fichiers renvoyés sont forwardés.

 

Mais les problèmes de société ou de santé trouvent une nouveauté avec les mots anglais : la dépression réactionnelle devient le burn-out (dire beurnaout), le « pétage de plombs » devient un breaking-down (brékinngdaoun), les artistes qui font un récital seuls en scène font un one-man-show (ouan-man-cho) ; les personnages publics qui révèlent leur homosexualité font un coming-out (cominngaout) ; les acteurs sont choisis au cours d’un casting tandis que les émissions de radio téléchargées sont podcastées. Et ainsi de suite…

 

En outre, l’utilisation de mots anglais à la place de mots français finit même par constituer un jargon spécifique dans certains domaines comme celui du spectacle télévisé : on annonce ainsi à la radio un ouan-mann-cho en laïv’ en praym’ taym’. Il s’agit d’un numéro ou un récital en solo enregistré en public et qui passera en début de soirée.

 

À noter que cette manière d’écrire est choquante pour les lecteurs habituels : l’intériorisation des mots en anglais est suffisamment répandue pour que l’absence de correspondance entre orthographe et phonétique spécifique de cette langue rende incompréhensible une transcription phonétique.

 

La langue vernaculaire emprunte de plus en plus de mots anglais en remplacement de mots français parfaitement adaptés. Il n’est pas rare d’entendre quelqu’un dire qu’il a fait un break (brec) pour aller au fast-food (fassfoud) car il a fait une pause dans un restaurant rapide, ou à un food-truks (fouttreuk) qui désigne une camionnette aménagée en cuisine.

 

La dernière mouture de cette invasion constitue en plus un appauvrissement par l’utilisation de mots français constituant, dans le langage, ce que les professeurs de langue appellent des « faux amis ».

 

Aujourd’hui, « incroyable » remplace systématiquement et indifféremment les mots : fantastique, extraordinaire, merveilleux, inattendu, etc. mais rarement réellement sa signification de difficile à croire. C’est la traduction du mot anglais incredible qui signifie tout cela à la fois.

 

En français, dire de quelqu’un qu’il est excité par une situation ou une idée renvoie soit à une attitude d’agitation excessive soit à une érection imminente chez un homme ou une humidification des muqueuses génitales en cours chez une femme. Aujourd’hui, être excité signifie être intéressé, vivement motivé par quelque chose ou situation. Ainsi on est « excité par une chose incroyable ». Et ce raccourci angliciste, totalement inconscient parce qu’intériorisé comme expression nouvelle, est en fait totipotent, pouvant se rapporter à n’importe quoi.

 

Et le discours est émaillé en outre de « voilà » à tout bout de champ. Il renvoie tout naturellement à cette gentille moquerie pour le parler toulousain où le « voilà » est depuis des lustres remplacé par « con », plus ou moins accolé à putain ou à boudu : c’est pas une injure, con, c’est une virgule.

 

Comptez le nombre de « incroyable », de « excité » ou « excitant » et de « voilà », vous serez surpris de la quantité d’occurrences de ces vocables et cela dans n’importe quel domaine du discours.

 

En Français, la spécificité de chaque mot est le plus souvent avérée et le vocabulaire de la langue est riche de plus de 200.000 vocables différents. Les plus courants, contenus dans le dictionnaire dit Petit Larousse sont au nombre de 35.000. Les mieux définis, dans le dictionnaire de l’Académie Française sont environ 59.000.

 

Organiser la confusion mentale

Utiliser indifféremment pour la multitude de qualificatifs possibles de tout ce qui sort de l’ordinaire par un seul qui les remplacerait tous, c’est non seulement rendre l’ensemble de ces qualificatifs obsolètes de fait, mais c’est surtout appauvrir le lexique mental de la pensée. Car même si au départ, l’assimilation de sens se fait inconsciemment avec le vocable adapté, la disparition progressive de ce vocable lui-même tend à uniformiser la pensée elle-même par indifférenciation.

 

Certes, les mots ont dans la pensée une double caractéristique : leur sens est ce qui est conscient pour le locuteur dans le moment et dans le lieu, leur signification est ce qui est commun à l’ensemble des locuteurs d’une langue déterminée. Et du coup, on peut argüer du fait que, dans une conversation, ce qui compte, c’est le sens que donne le locuteur au mot qu’il utilise au moment où il l’utilise. C’est alors le contexte du discours qui permettra à l’auditeur de comprendre, ou du moins d’approcher ce sens dans ce qu’il en reçoit. Lui aussi donne un sens personnel, conscient, au mot qu’il entend ainsi prononcer. Même avec l’utilisation de mots précis à la signification spécifique par rapport au discours tenu, on sait qu’il n’est pas certain que les deux locuteurs de la conversation entendent la même chose exactement. Là cependant, le recours possible à la précision lexicale s’impose parfois pour garder une compréhension correcte ou au moins efficace de ce que l’autre veut dire. Ce recours lexical est le plus souvent inconscient mais il exige parfois un temps de latence avant la réponse ou la compréhension.

 

Reprenons le mot incroyable. Sa signification est : qui ne peut être cru. Le sens qu’on lui donne aujourd’hui est exceptionnellement celui-là.

 

On l’utilise maintenant dans des sens extrêmement divers : 


descriptif : extraordinaire, pas courant, étonnant, teinté de qualité très positive : magnifique, fabuleux, merveilleux, fantastique, très beau teinté de qualité très négative : abominable, dégueulasse, très laid.

 

Le résultat, c’est la confusion mentale, au sens où les mots ne sont plus les éléments fixes de la construction d’une pensée. La conversation reste en apparence possible avec les autres. Les échanges verbaux superficiels restent possibles. L’absence de spécificité du propos accentue cependant le phénomène de mise en place du sens pour chacun. Le flou de sens, avec l’absence de signification avérée, accentue le risque d’un décodage inadapté. En cas de nécessité, le recours au lexique est peu efficace.

 

Mais la disparition de paroles spécifiques au profit de ces vocables totipotents, et dont le sens possible n’est plus lié qu’au contexte dans lequel ils sont utilisés, hypothèque la possibilité d’une pensée organisée. En ce sens, elle crée un décrochage de la pensée et de la langue, de la représentation et du langage. Elle interdit de fait la structuration et l’articulation des concepts. C’est cela que j’appelle la confusion mentale. Confondre tous les sens avec une seule signification elle-même détournée, c’est rendre confuses les consciences. Et même si pour le moment cette confusion ne touche que des domaines limités de la pensée, le risque que ce processus contamine d’autres domaines est évident et doit être redouté.

 

Après la novlangue, l’orthographe

Le brave Orwell nous avait averti sur le risque de dénaturation de la langue dans ce qu’il appela la « novlangue ». Il s’agit là de l’utilisation de mots dont la signification elle-même est détournée pour embrouiller la pensée de l’interlocuteur. Le chef du personnel devenu directeur des ressources humaines, la femme de ménage devenue technicienne de surface, répondent au chômeur devenu demandeur d’emploi, au patron devenu employeur, et au poste de travail devenu simplement un emploi. Le poste de travail est le lieu de la réalisation par l’individu de sa spécificité humaine de création de valeur par le travail ; en même temps, dans le système capitaliste, c’est le lieu de son exploitation. L’emploi est devient un cadeau non spécifique fait par le patron à son employé. L’ouvrier est noyé dans la masse des salariés, le salaire socialisé est devenu charges sociales, toujours trop lourdes etc… Dans une société capitaliste où seule compte la plus-value du travail devenue profit aux mains du détenteur des moyens de production, cette novlangue est un outil d’exploitation aux mains des dominants.

 

Et maintenant on s’attaque à l’orthographe. Toujours avec le souci du nivellement vers le bas. Il y a déjà longtemps que les animateurs de radio et de télévision ont adopté un style de discours qui ignore les liaisons. On parle sans problème des « zétrumin » pour les êtres humains. Et ceci n’est pas anodin. Au contraire, l’influence est très importante : aux caisses du supermarché, la caissière (pardon, l’hôtesse de caisse) vous annonce le prix de « di’euros » [quand ce n'est pas cenzeuros, BG].

 

Quelles chances y a -t-il qu’elle soit capable de l’écrire si en plus, comme c’est probable, elle est une des innombrables laissés pour compte de l’éducation dite nationale. Pour l’orthographe, on commence doucement, avec les accents circonflexes, les trémas et les traits-d’union qui sautent, le redoublements de voyelles qui disparaissent, dénommées anomalies de la langue (sic) de même que certaines orthographes spéciales comme oignon, eczéma, nénuphar qui deviennent ognon, exéma et nénufar. À quand l’analphabète (Étymologiquement a ou an : privatif, alpha et bêta, les deux premières lettres de l’alphabet grec : ne connaissant pas les lettres) devenu analfabête (de anal , relatif à l’anus, fa note de musique et bête pas très malin : imbécile qui fait de la musique avec son trou du cul) ?

 

Et pourquoi pas, très vite, demain, le langage des messages désignés par l’acronyme (acronime ?) SMS : tu sé coi ? je tem tu sé . a +.

 

Ce serait acceptable si cette modification orthographique était le fait d’une évolution de la langue dans son utilisation quotidienne. L’histoire humaine et l’histoire des langues sont liées et l’évolution d’une langue est un phénomène culturel « normal », un de ces phénomènes que nous avons pour notre part qualifiés de « naturel » tant la nature humaine est authentiquement culturelle.

 

Mais ce n’est pas le cas. Il n’y a pas d’évolution orthographique repérable. Il y a une volonté administrative de niveler les difficultés orthographiques de la langue française par le bas. J’ai cité plus haut la seule « évolution » repérable car massivement utilisée de l’orthographe dans la pratique des SMS. Cela paraissait une boutade. La réforme en cours de l’orthographe n’est qu’une amorce de transformation du « bien écrire » (orthographe) au profit du « n’importe comment écrire ». L’idée est que c’est bien suffisant pour les « jeunes qui dealent (dilent) du chit », jeune étant déjà entendu comme comme mauvais garçon des cités ghettos quel que soit son âge. Qu’avons-nous à faire de la façon dont ils écrivent. D’ailleurs ils ne savent pas ou peu écrire.

 

Sur quelle base sont mises en place ces mesures de simplification orthographique ?


« l’illettrisme … qualifie la situation de personnes qui ont été scolarisées en France mais ne maîtrisent pas la lecture ou l’écriture pour être autonomes dans des situations simples de la vie quotidienne » (INSEE enquête 2013) .

 

Ce sont ainsi 2,5 millions de personnes de 18 à 25 ans qui, en France, qui correspondent à ce critère, soit 7 % de la population testée. Ce chiffre monte à 14 % dans les ZUS (Zones Urbaines Sensibles) et à 20 % chez les allocataires du RSA. »

 

« les résultats aux épreuves terminales en écriture en 6e année montrent une augmentation du nombre d’élèves en situation d’échec entre 2000 et 2005, passant ainsi de 10 % à 20 %. Notons également que ces mêmes données (MELS, 2005) soulignent que le rendement spécifique en orthographe a connu une baisse importante passant de 8 % à 26 % entre 2000 et 2005. »

 

« la proportion globale d’élèves en difficulté de lecture à l’entrée en sixième passe de 14,9 % à 19 % entre 1997 et 2007. »

 

« cet accroissement touche particulièrement les collèges en zones d’éducation prioritaire (ZEP) où le pourcentage d’élèves en difficulté de lecture a augmenté de 20,9 % à 31,3 %…


En 2009, 32,9 % des élèves de fin de 3e sont ainsi en difficulté dans le secteur de l’éducation prioritaire, contre 17,7 % dans les collèges publics hors éducation prioritaire et 8,5 % dans les établissements privés ».

 

En ZEP, les élèves en difficulté en fin de 3éme sont un bon tiers, soit 3 fois plus que chez les élèves du privé (plus riches ?).

 

« le niveau baisse. Et par conséquent, il empire dans les zones ZEP, où nos élèves ont tout au plus 200 mots de vocabulaire. »

 

C’est pour ceux-là que l’on va « simplifier l’orthographe » au lieu de travailler pour les remettre au niveau, de compenser les difficultés que leur impose leur origine sociale. La réforme des collèges a carrément remis en cause les ZEP au profit des REP. Le résultat c’est une diminution drastique des dotations en heures d’enseignement et donc de suivi plus attentif pour ceux qui en ont le plus besoin.

 

On peut ajouter à cela le mode d’approche de la langue que constitue l’écoute de la radio ou de la télévision. Le discours de ces gens qui sont censés « parler bien » est dénué de ponctuation possible. Il est haché, scandé sans rapport avec la phrase énoncée. Il s’agit probablement de la conséquence du fait que, ne sachant pas exactement ce qu’il doit dire, le locuteur lit son texte sur un « prompteur » qui affiche les mots sans ponctuation. Du coup, la ponctuation avec son intérêt orthographique (respiration pour les virgules, changement de phrase pour les points) n’a plus aucun sens pour personne.

 

Enfin, au lieu de consacrer du temps à enseigner correctement la lecture et l’écriture (orthographe comprise) on dilue l’enseignement dans des activités diverses, dans des classes surchargées où la prise en compte des particularités de chacun est volontairement rendue impossible par les conditions dans lesquelles il est dispensé. Après avoir quasiment balayé l’enseignement de l’histoire, c’est l’histoire de la langue qui est directement visée. La lecture et l’écriture sont réduites à la portion congrue.

 

Car l’orthographe n’est pas une simple difficulté pour la lecture et l’écriture. Elle porte l’histoire de la langue par l’histoire du mot.

 

On veut simplifier.

 

Eczéma en exéma : or cela vient du latin eczema lui-même issu du grec ekhdzema, girolle vient de l’ancien provençal girolla de gir qui tourne. Quant au nénuphar c’est un mot d’origine arabe. N’est-il pas intéressant de s’intéresser à son orthographe pour identifier son origine plutôt que de balayer cette origine dans une « simplification » qui perturbera ceux qui possèdent ce mot dans leur vocabulaire et ne changera rien pour ceux qui ne le possèdent pas. Pense-t-on que ce mot fait partie des 200 possédés par les élèves de ZEP cités plus haut ?

 

Les inégalités sociales et culturelles se trouvent ainsi aggravées par la dépendance accrue des illettrés confrontés à l’omniprésence de l’écrit pour les informations. Les médias du son et de l’image suffisent bien à formater les esprits et les consciences. Le caractère univoque de ce qui est transmis par ces moyens dits d’information en dit long sur le projet qui sous-tend ces actions successives. Toutes les radios, toutes les télévisions disent la même chose au même moment avec un ensemble parfait. Ni fausse note, ni différence. Si tu sais lire, si en plus tu as le temps et la patience, et un ordinateur pour te connecter à Internet, tu as quelques chances de pouvoir te nettoyer le cerveau en allant sur des sites alternatifs. Ouvrier, employé, chômeur, éventuellement immigré en plus, tu es majoritaire parmi les illettrés, et donc condamné à ne penser qu’à travers les éléments d’information qui te sont serinés régulièrement par le son ou par l’image, éventuellement truquée.

 

Tu apprends ainsi combien tu coûtes cher à la société avec tes prétentions salariales, les charges sociales qui vont avec, les dépenses de santé que tu induis avec ton inconscience, les coûts de tes arrêts de travail injustifiés, que tu as de la chance si tu as un emploi. Et si tu es au chômage, tu sauras combien est lourde la charge des paresseux comme toi qui devraient chercher du travail et qui ne le font pas. Si tu es immigré, ou enfant d’immigré, et même si ton grand-père est né en France, si tu t’appelles Mohamed ou Aisha, tu sauras pourquoi tu dois continuer à courber l’échine dans ton HLM abandonné à sa décrépitude. On te montrera tous les jours ceux qui vivent carrément dans la rue et qui sont donc plus malheureux que toi. Et on te rentrera cela dans la tête jusqu’à ce qu’elle éclate ou que toi tu éclates et ailles te faire héberger aux frais de la société dans une pièce de 9 m2 avec 4 ou 5 autres détenus comme toi. Tu deviendras alors la proie des marchands d’illusion religieuse, des faux prophètes qui dériveront ta colère, non pas contre tes exploiteurs mais contre tes frères en misère.

 

Voilà à quoi servent les perturbations volontaires de la langue, les approximations, les changements de mots, de sens, les « simplifications » de l’orthographe.

 

Il y aura de plus en plus de distance entre ceux qui vivront avec une langue appauvrie et ceux qui continueront à dominer la société et dont la langue, elle, continuera à s’enrichir.


Alors tu seras de temps en temps « excité » par des choses « incroyables » mais le plus souvent étouffé par une réalité que tu auras peine à qualifier.

 

PS : Ajoutons en terminant que cette imposture de la part de la ministre de l’éducation nationale aurait un raison médiatique. Participant à une émission de télévision le 26 janvier dernier aux côtés d’un individu qui refuse de condamner l’autoproclamé État Islamique, elle ne réagit pas à ces propos. Mise en cause rapidement sur les réseaux sociaux, elle déterre le décret de 1990 portant réforme de l’orthographe et la « liberté d’information » faisant son œuvre, elle fait les grands titres unanimes des médias dès le lendemain. Bel exemple de complaisance des médias aux mains des plus grands capitalistes du pays et d’un gouvernement qui fait leur boulot. Comme disaient les bonimenteurs du XVIIIéme siècle : passez muscade !

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 05:59

 

 

Dans le site Anti-K, Bernard Marx estime que ce n’est pas sur une montagne de dettes publiques mais bel et bien sur un mur de dettes privées que l’économie risque de se fracasser : « Puisque le mur de la dette privée est en voie de constituer l’un des risques économiques majeurs de 2021 et sans doute également de 2022, il s’agira donc d’en faire un levier pour remettre sur la table avec force et acharnement les enjeux posés notamment par les syndicats et les associations réunis dans l’appel du printemps 2020 « Plus jamais cela!».

 

Trois enjeux au moins pourraient être associés au traitement nécessaire dur mur de la dette privée. D’abord le besoin d’apporter sans attendre plus de sécurité dans l’emploi et la formation. Ensuite la nécessité que le plan de soutien et de transformation de l’économie repose massivement sur l’investissement public et sur le renouveau des services publics de la santé de l’éducation et de la recherche, au lieu qu’ils passent encore plus à la trappe à la faveur des aides publiques supplémentaires abondant les restructurations et les annulations de dettes des entreprises. Enfin dès lors qu’il ne s’agit pas de très petites entreprises, les restructurations ou les annulations de dettes accordées, devraient être conditionnées par l’arrêt des plans sociaux, l’imposition de contreparties sociales et environnementales et par l’interdiction de verser des dividendes.

 

 

Pour Jonathan Lefevre dans Le Grand Soir, « il est temps de nettoyer les cabinets » : Les dirigeants libéraux appellent les multinationales de la consultance pour faire des coupes dans les budgets de nos services publics. Comme dans la santé, par exemple. Les consultants conseillent aux gouvernements de couper dans le personnel, le matériel. Puis, quand on se rend compte des effets désastreux pour la population de ces « conseils » mis en pratique par nos gouvernants, qui appellent ces derniers ? Ceux qui leur ont donné ces conseils... Bienvenue dans le monde merveilleux des cabinets de conseils privés. Choisir de faire appel aux cabinets de consultance privés est une manière de sous-traiter la politique. C’est surtout un choix idéologique : demander des « conseils » à McKinsey, c’est pouvoir casser nos services publics, notre sécurité sociale, etc. tout en disant « oui mais c’est pas nous, ce sont des spécialistes qui disent qu’on n’a pas le choix... » C’est pour cela que les libéraux (qu’ils portent une étiquette bleue, rose, verte ou orange) adorent donner plein d’argent public à des gens qui véhiculent l’idéologie néolibérale afin de faire passer leurs politiques antisociales. Dont la crise actuelle nous montre la pertinence… »

 

 

 

 

 

Je pourrais dire aussi les prisonniers de guerre, civils et militaires arméniens que le régime de Bakou, en dépit des lois internationales, refuse toujours de rendre à leurs familles ; raconter comment le patrimoine culturel de l’Artsakh, deux fois millénaire, va disparaître sous les bulldozers azéris. Comme ça a été le cas dans le Nakhitchevan, jadis arménien. Mais peut-être que, cette fois, M. Le Drian bravera l’enclos de la neutralité où il fait si bon vivre et veillera à ce que les prisonniers de guerre reviennent sains et saufs chez eux et que ces trésors architecturaux, qui sont le bien de l’humanité tout entière, ne soient réduits à l’état de gravats par ses « amis », comme il dit, de longue date. »

 

 

Revue de presse (338)

 

Dans L’Humanité, Simon Abkarian pleure l’Arménie, son pays d’origine : « Je pourrais parler, puisque je suis arménien, de cette fin de guerre dans le sud du Caucase, où les dictateurs multimillionnaires Erdogan, Aliyev ont fait main basse sur l’Artsakh et orchestré une guerre de 44 jours, suivie d’un nettoyage ethnique aux dépens de sa population arménienne. Ils célébrèrent leur victoire commune en grande pompe, faisant défiler, façon Moyen Âge (il ne manquait plus que les esclaves enchaînés), le matériel arménien détruit au cours de ce conflit. La victoire fut possible non pas par cette seule coalition turco-azérie suréquipée, où les mercenaires djihadistes syriens payés 2 000 euros prenaient leur part de sang avec, en prime, 100 dollars par tête d’Arménien coupée, mais aussi par le silence « pragmatique » des démocraties occidentales, gardiennes des valeurs humanistes… et économiques.

 

Je pourrais dire aussi les prisonniers de guerre, civils et militaires arméniens que le régime de Bakou, en dépit des lois internationales, refuse toujours de rendre à leurs familles ; raconter comment le patrimoine culturel de l’Artsakh, deux fois millénaire, va disparaître sous les bulldozers azéris. Comme ça a été le cas dans le Nakhitchevan, jadis arménien. Mais peut-être que, cette fois, M. Le Drian bravera l’enclos de la neutralité où il fait si bon vivre et veillera à ce que les prisonniers de guerre reviennent sains et saufs chez eux et que ces trésors architecturaux, qui sont le bien de l’humanité tout entière, ne soient réduits à l’état de gravats par ses « amis », comme il dit, de longue date. »

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24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 06:13
 
Ma fille Raphaëlle a entamé cet année une double licence droit/sciences-po. Elle se plonge dans les arcanes des institutions et de la vie politique françaises.
 
Elle me demande l’autre jour si je connais Jacques Attali. « Bien sûr », lui dis-je, « nous sommes de la même génération. La différence entre lui et moi, c’est qu’il a servi avec empressement tous les présidents de la République depuis Mitterrand, à l’exception, peut-être de Jacques Chirac qui avait ce qu’il faut sous la main comme visiteurs du soir ou conseillers occultes. » Et j’ajoutais que, à un tel niveau de présence, il faut être très intelligent, en tout cas bien plus intelligent que moi.
 
Ma fille me communique alors un lien qui m’avait échappé. Nous sommes en 2004. Attali, débat avec Étienne Chouard. Pour les plus jeunes, Chouard fut ce professeur qui, en travaillant méthodiquement, de manière très pédagogique, déconstruisit le projet de Constitution européenne et contribua fortement à la victoire du “ non ” au référendum. On sait que tous les présidents de la République successifs, tous le gouvernements et toutes les assemblées traitèrent avec mépris cette expression populaire. Pour la petite histoire, j’ajouterai qu’à part Étienne Chouard, l’autre grand responsable du “ non ” fut le président d’ATTAC de l’époque, mon professeur, mon ami et mon grand frère Bernard Cassen.
 
Lorsque je disais plus haut qu’Attali avait « débattu » avec Chouard, ce n’est pas tout à fait exact. Au lieu de l’affronter réellement, argument contre argument, il se comporta en petit roquet hargneux, l’interrompant, travestissant sa pensée, l’insultant même. Cet échange fut repris par YouTube. Chouard resta digne, posé, ferme défenseur de ses convictions. Attali qui, sans le dire bien sûr, défendait les banques et l’hyperbourgeoisie, fit semblant d’en appeler au futur traître Robert Hue, se montra désobligeant, chafouin, se retranchant systématiquement, en guise de démonstration, derrière le mot « évident ».
 
Comme avec les enfants il faut toujours avoir raison, il me revint en mémoire que j’avais publié dans mon blog en 2013 une analyse du comportement mielleux et fielleux d’Attali face à Jean-Luc Mélenchon. J’expliquai à ma fille que pour être « en haut d’en haut », comme on dit en Côte d’Ivoire, il faut être prêt à toutes les bassesses.
 
PS : J'aurais sûrement pu (ou dû) ajouter que, depuis, Chouard a dérivé vers des eaux politiques plutôt fangeuses (Soral) et a soutenu des gens comme Asselineau.
 
Souvenir de Jacques Attali
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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 06:19

Dans son blog, Pierre Verhas donne une très bonne synthèse de l’affaire Olivier Duhamel : « La confession d’une famille comptant dans une classe sociale aisée, s’estimant puissante, mais en réalité loin des vrais centres de décisions, pourtant hantant les allées du pouvoir, influente dans le monde universitaire et chérie des médias. Famille de soixante-huitards adepte de la libération sexuelle se pensant dénuée de tabous,  mais où il est de bon aloi que les enfants fassent de brillantes études et conquièrent les hauts postes dans l’administration et l’université. L’idéal est sociétal et très loin d’être social. Libération des mœurs, mais pas un mot sur l’aliénation des travailleurs dénoncée il y a plus d’un siècle par Karl Marx qui est pourtant leur référence. Le féminisme de Simone de Beauvoir, mais guère de préoccupation pour les ouvrières qui se battent pour l’égalité des salaires. La liberté absolue, mais on parle peu des peuples opprimés ou des prisonniers politiques un peu partout dans le monde. En réalité, dans la belle propriété d’Olivier Duhamel à Sanary sur Mer, à l’Est de Marseille, liberté de baiser ou de se faire baiser par qui on veut, « interdit d’interdire », « sous les pavés la plage ». On connaît, merci ! Les bains de minuit à poil, bas la culotte, on pisse hommes comme femmes sur le gazon. « La liberté, les femmes, le couple, l’infidélité joyeuse, la modernité intelligente ». Quelle belle définition de ce milieu ! »

 

 

Le site Le Comptoir revient sur le “ curieux traitement médiatique ” du procès Sarkozy : « Sur le papier, rien de moins qu’un procès historique. Que l’on mesure la gravité de l’accusation : un ancien Président de la République, un ancien magistrat parmi les plus hauts placés de France, et un avocat, autrement dit trois piliers symboliques de la démocratie, accusés d’avoir, ensemble, porté atteinte à la probité des institutions dont ils sont pourtant censés être les garants. Même en période de populisme rampant, d’extrêmes menaçants et de séparatismes à l’affût, on imagine peu d’événements plus graves pour la bonne santé démocratique du pays. On attendait donc, à tout le moins, flashs spéciaux, émissions exclusives 24h/24h, débriefs et analyses, nuits des experts etc., comme cela avait d’ailleurs été si bien fait, et avec une justesse jamais démentie, lors de la si capitale « affaire Daval ». Un autre exemple de ce traitement médiatique on ne peut plus prudent. Le Canard enchainé rapportait que le jour de l’ouverture du procès, le reportage diffusé au journal de 20h de TF1 devait initialement être lancé par ces mots : « C’est la première fois qu’un ancien président de la République est jugé pour corruption ». Mais juste avant la diffusion, la hiérarchie de la chaine appartenant au groupe Bouygues tousse un peu, et l’introduction du reportage est transformée en : « Il avait promis qu’il ferait face à ses juges. Il a tenu parole ».

 

 

 

 

Revue de presse (336)

 

Communistes Hebdo estime que « Macron se sert de la situation pour renforcer l’Europe capitaliste. Il se tourne vers l’Europe pour gérer la pénurie des stocks de médicament, il se tourne également vers l’Europe pour financer le privé en annonçant se servir de doctolib pour organiser la vaccination ! Dans le domaine industriel, Macron se tourne également vers l’Europe, par exemple en favorisant la multinationale de l’automobile Peugeot-Citroën–Fiat Chrysler, dont le siège ne sera pas en France mais aux Pays-Bas, pays plus attractif financièrement. Un autre exemple, la production de pneus. Après Continental, Goodyear, c’est maintenant Michelin qui veut « délocaliser » « externaliser » pour le profit, en plein cœur de la pandémie !

 

A propos de Michelin, Berger le dirigeant de la CFDT déclare « c’est pas le bon moment ». Mais « Michelin tient ses engagements » ajoute-t-il. Il se vante d’avoir de bonnes relations avec la ministre du travail Elisabeth Borne « qui fait bouger les lignes ». Quelles « lignes » ? Elle s’attaque à la santé au travail en liquidant la médecine du Travail pour la livrer à la médecine de ville dont ce n’est pas la fonction mais cela coûtera moins cher au patronat, en libérant des profits supplémentaires ! L’accord est signé par toutes les organisations syndicales, sauf par la seule la CGT qui s’honore de ne pas apporter sa signature à cette liquidation en rase campagne de la santé au Travail !

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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 06:13

 

 

Une de mes préférées : Aliénor d’Aquitaine.

 

Née en 1122. Á 13 ans, héritière de l’Aquitaine et du Poitou, elle épouse le roi de France Louis VII avec qui elle a deux filles. Elle est alors une jeune femme moderne, très à l’aise dans la compagnie des hommes. Elle favorise les troubadours, l’amour courtois (qui est un amour adultère, tout de même) et la langue d’oc, et elle participe à la deuxième croisade, un échec. Son mari est très amoureux d’elle mais, semble-t-il peu attaché aux plaisirs de la chair. La reine et ses suivantes portent des tenues jugées indécentes.

 

Le mariage est annulé au motif qu’il n’y a pas d’héritier mâle. Aliénor épouse en 1152 Henri II Plantagenêt, futur roi d’Angleterre. Ils auront trois filles et cinq garçons. Aliénor règne alors sur un empire qui s’étend de l’Espagne à l’Écosse. Mais le roi la trompe avec Rosemonde Clifford, sa maîtresse préférée.

 

La suite est dramatique. Avec ses trois fils, Aliénor ourdit un complot contre l’époux et père.  Ce complot est soutenu par les barons anglais. Mais Aliénor est capturé et l’un des fils, Richard, rejoint le camp de son père. Aliénor est emprisonnée pendant 15 ans à Chinon puis à Salisbury. Henri tente de faire annuler le mariage mais essuie un refus du nonce apostolique.

 

Á la mort du roi en 1189, Richard, le fils préféré et futur Cœur de Lion, hérite du trône et fait libérer sa mère. Celle-ci parcourt le royaume d’Angleterre, y libère les prisonniers d’Henri II et leur fait prêter serment au nouveau roi. Alors que Richard est aux croisades, Aliénor empêche son plus jeune fils, Jean sans Terre, de trahir son frère. De fait, elle va occuper les quatorze dernières années de sa vie à régler les conflits entre les deux frères.

 

Sur le chemin du retour des croisades, Richard est capturé en Autriche. Aliénor apporte elle-même au roi d’Autriche Henri VI une rançon équivalente à deux années de recette du Royaume.

 

Aliénor jette les bases du droit maritime moderne et se retire à l’abbaye de Fontevraud en 1200. Elle y meurt à l’âge de 82 ans et y repose. Son gisant en tuffeau polychrome (que j’ai vu) a quelque chose de saisissant. La reine y est représentée à l’âge d’une trentaine d’années. Ses yeux sont fermés mais elle lit un ouvrage, vraisemblablement religieux. C’est la première fois en Occident qu’une femme est représentée avec un livre.

 

Á voir le film Le Lion en hiver de 1968 avec Katharine Hepburn, Peter O'Toole et Anthony Hopkins.

 

Femmes au pouvoir (4)
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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 06:25

Sur le site du Grand Soir, Chris Hedges revient sur un épisode sordide quoi a contribué à l’incarcération de Julian Assange : « Assange venait de rentrer à Londres de Suède où il avait tenté de créer le cadre juridique nécessaire pour protéger les serveurs de WikiLeaks en Suède. Peu après son arrivée à Stockholm, ses cartes bancaires personnelles ont été bloquées. Il n’avait pas accès à des fonds et dépendait de ses partisans. Deux de ces partisans étaient des femmes avec lesquelles il avait des relations sexuelles consenties. Alors qu’il s’apprêtait à partir, les médias suédois ont annoncé qu’il était recherché pour être interrogé sur des allégations de viol. Les femmes, qui n’ont jamais accusé Assange de viol, voulaient qu’il passe un test de dépistage. Elles avaient demandé à la police de l’obliger à se soumettre à ce test. "Je ne voulais pas inculper Julian Assange", a écrit l’une d’entre elles le 20 août alors qu’elle était encore au poste de police, mais "la police tenait à mettre la main sur lui". Dans les 24 heures, le procureur général de Stockholm a abandonné l’accusation de viol, en déclarant : "Je ne crois pas qu’il y ait de raison de suspecter qu’il ait commis un viol." Assange, bien que non accusé d’un crime, a annulé son départ et est resté en Suède pendant cinq semaines supplémentaires pour coopérer à l’enquête. Un procureur spécial, Marianne Ny, a été nommé pour enquêter sur les allégations d’inconduite sexuelle. Assange a reçu l’autorisation de quitter le pays. Il s’est envolé pour Berlin. Lorsque Assange arrive à Berlin, trois ordinateurs portables cryptés contenant des documents détaillant les crimes de guerre américains ont disparu de ses bagages. »

 

 

On a tendance à l’oublier, mais The Indian Express de Bombay nous rappelle que 100 000 soldats sont cantonnés entre l’Inde et la Chine sur le toit du monde : « Les forces indiennes et chinoises déployées le long de la ligne de contrôle effectif se regardent en chiens de faïence. Ici, les sommets culminent à plus de 5 500 mètres. Le déploiement en hiver de plus de 100 000 soldats appartenant à deux armées étirées sur plus de 872 kilomètres est tout simplement sans équivalent dans l’histoire militaire. En cette période de l’année, les températures peuvent descendre entre −30 °C et −40 °C.

 

Le mal aigu des montagnes, les œdèmes pulmonaires de haute altitude, des formes sévères de thrombose veineuse, de thrombose cérébrale, des troubles psychologiques : ce ne sont là que quelques-uns des dangers qui les guettent. Avec la chute des températures viendront les gelures, l’éblouissement causé par la neige, les engelures, sans parler de la peau qui pèle à cause de l’extrême sécheresse de l’environnement. Même aujourd’hui, alors que les mois les plus durs sont encore à venir, les conditions “liées au froid” causent quotidiennement des pertes, dit-on de source militaire – beaucoup de soldats étant renvoyés en première ligne dès qu’ils sont rétablis. Si les informations sur les troubles dus à l’altitude sont confidentielles, une source officielle explique que ces pertes non létales n’ont “rien d’alarmant” et qu’elles correspondent “au taux prévu”.

 

 

 

Revue de presse (335)

 

Anti-K revient sur une lutte syndicale particulièrement vigoureuse. Gaël Quirante, militant du mouvement ouvrier, secrétaire départemental de Sud Poste 92 est de ces militants syndicaux et politiques combatifs, mobilisés dans toutes les grandes dernières batailles, des Gilets Jaunes aux grèves contre la réforme des retraites. Suite à une lutte acharnée avec sa direction (dix tentatives de licenciement et près d’un an de mises à pied cumulées) d’au moins 10 ans, il est licencié le 25 mars 2018.

 

150 facteurs, factrices des hauts de seine ont entamé une grève dès le 26 mars 2018 qui a duré près de 15 mois. Une grève qui a permis à Gaël Quirante de garder son rôle syndical, de rester auprès des travailleurs et de continuer à lutter à leurs côtés.

 

L’inspection du travail et les services du Ministère du Travail avaient pris position contre ce licenciement. Mais les patrons de La Poste ont fait appel à Muriel Pénicaud pour contourner les décisions qui rejetait le licenciement.

 

La décision de l’ex-ministre a été attaquée au tribunal administratif. Une audience au tribunal aura lieu le 14 janvier à 9h30 au tribunal de Cergy.

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4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 06:10

 

Thierry Bodin, du site Les Cerises la Coopérative, veut qu'on se débarrasse des actionnaires de Sanofi : "Paul Hudson, le D.G. de Sanofi, veut une marge opérationnelle dépassant les 32% en 2025.Abandon d’axes thérapeutiques majeurs, où les besoins non satisfaits sont légion : médicaments anti-infectieux, système nerveux central, diabète et cardiovasculaire, jugés moins rentables, sans compter le plan d’économie de 2 milliards € à coup de suppression d’emplois et d’externalisation.

 

Arrêts de 200 médicaments sur les 300 actuels du groupe.

 

Externalisation de 6 sites de production en Europe dont 2 en France qui fabriquent des médicaments de synthèse.

 

Ce sont déjà 5000 emplois directs supprimés en 12 ans, des expertises abandonnées ; c’est toute la filière pharmaceutique qui est attaquée.

 

Pourtant SANOFI c’est plus de 20 ans d’augmentation de dividendes (4 milliards versés en 2020 soit en un seul versement plus de 40 années de dons au téléthon). SANOFI c’est aussi, cumulés sur 10 ans, plus de 1,3 milliards € d’argent public perçus sous forme de crédit d’impôt.

 

Avec de telles dépenses la France maîtrise-t-elle la chaîne du médicament ? La réponse est non !"

Revue de presse (334)

 

Le blog de Jean Lévy reprend une lettre ouverte d’Henri Peña-Ruiz à son « ami » Régis Debray sur la laïcité : « Quand il s’agit de laïcité, nombre de polémistes déguisent leur hostilité en se présentant comme "sociologues". Mélange des genres. La scientificité supposée du propos dissimule plus ou moins bien l’idéologie qui le sous-tend. Quand un livre rédigé par un "sociologue" s’intitule Pour une laïcité apaisée la charge idéologique est à mille milles du principe d’objectivité, et elle frise le scandale. Qui doit s’apaiser ? Les terroristes qui font la guerre au nom d’une religion, ou le cadre laïque qui assure à toute personne le libre choix de sa conviction spirituelle ? La laïcité n’a jamais tué personne. Ce n’est pas le cas de l’Inquisition catholique, hier, et du terrorisme islamiste, aujourd’hui. »

 

 

Le site ResPublica lance une pétition contre l’extension du fichage policier : « Du “ Livret ouvrier ” de Napoléon Ier aux fichiers de police actuels (le rapport Bauer en avait dénombré 37 en 2008), en passant par le “ fichier Tulard ” recensant les supposés communistes ou Juifs à la fin de la IIIe République qui fut remis gracieusement à la Gestapo à Paris en 1942, ou le carnet anthropomorphique des “ nomades ” créé par une loi de 1912, remplacé en 1969 par un “ carnet de circulation ” des “ gens du voyage ” (supprimé en 2015), l’histoire du fichage de la population en France s’est trop souvent confondue avec des outils de répression, voire d’extermination des personnes ainsi répertoriées. Les présents décrets sont une boîte de Pandore qui ne peut être mise entre les mains des dirigeants d’aujourd’hui et a fortiori entre celles de ceux de demain.  Cette extension du fichage doit être abrogée en ce qu’elle viole non seulement le principe constitutionnel de sûreté qui implique que tout citoyen soit protégé des éventuels abus du pouvoir, mais aussi le principe de laïcité qui contient le respect de la liberté absolue de conscience et le droit de changer à tout moment de “ convictions ”. »

 

Dans Médiapart, Aymen Barhoumi, un Tunisien de 35 an en situation irrégulière, décrit les violences qu’il a subies dans le commissariat de police de Nice le 13 décembre 2020 : « C’est alors qu’il m’a saisi par la gorge d’une main et plaqué contre le mur. Comme j’avais la gorge serrée, j’ai bavé. Ils ont cru que je crachais. Ils m’ont menotté dans le dos après m’avoir fait tomber au sol. Ils m’ont mis un casque de boxeur sur la tête et m’ont serré les chevilles et les genoux avec du Velcro. L’un d’eux m’a écrasé la tête par terre avec son pied, un autre a posé son genou sur mes bras, au niveau des menottes. Alors que j’étais а plat ventre sur le sol, j’ai reçu des coups de pied sur le côté droit de mon corps, dans les côtes et les parties génitales. » Á l’hôpital, les chirurgiens ont dû procéder à l’ablation d’un de ses testicules.

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 06:24

Cette photo retrouvée sur le site de L’Humanité m’a remis en mémoire un attentat de l’OAS aux conséquences horribles qui contribua à discréditer définitivement les partisans fascistes de l’Algérie française.

 

L’OAS visait Malraux et c’est une petite fille de quatre ans, Delphine Renard, qui fut criblée de morceaux de verre et perdit un œil ce jour-là.

 

Je me souviens parfaitement de ce drame de 1962 et, comme tous les gosses de mon âge, j’eus peur que cela puisse m’arriver d’autant que l’OAS affirmaient, à juste titre, pouvoir « frapper partout ».

 

Je suis allé voir sur Wikipédia quelle avait été la vie de Delphine après ce drame. Elle devient totalement aveugle en 1988. En 2011, elle soutient une thèse de psychologie intitulée “ Judïsme et psychanalyse : les « discours » de Lacan, publiée par les éditions du Cerf en 2012. Elle publie en 2013 Tu choisiras la vie, le récit de cet attentat. Elle exerce comme psychanalyste.

 

Elle est par ailleurs l’autrice de La Grande Maison de brique rose : la mémoire blessée dans l'attentat de l'OAS contre André Malraux, Tirésias, 2014 et Après Micheline : lettre à ma mère morte, Lyon, Éditions Baudelaire, 2016.

 

Éternelle vigilance contre les menées du fascisme
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2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 06:04

 

 

Qui sera le prochain ennemi, demande Serge Halimi : « La carte de vœux de M. Anders Fogh Rasmussen n’a pas attendu la Saint-Sylvestre. L’ancien secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) a résumé ainsi la mission que celle-ci devrait remplir, selon lui, sitôt que M. Donald Trump aura quitté la Maison Blanche : « En 2021, les États-Unis et leurs alliés auront une occasion qui ne se présente qu’une fois par génération. Celle d’inverser le repli global des démocraties face aux autocraties comme la Russie et la Chine. Mais il faudra pour cela que les démocraties principales s’unissent (1). » Ce qu’ont fait nombre d’entre elles, il y a une génération, justement, en envahissant l’Afghanistan, puis l’Irak. Il est donc temps de s’attaquer à des adversaires plus puissants… »

 

 

Laurent Cordonnier nous projette vers le monde d’avant : « À quoi ressemblera l’après-pandémie ? Les politiques déployées pour faire face à la crise sanitaire ont accéléré les tendances de fond qui traversaient les sociétés et inquiétaient les populations : incertitude, précarité, machinisme dévorant, désincarnation des rapports humains. Pour l’essentiel, cette transition vers le capitalisme numérique aura été pilotée par l’État. »

 

 

Pour Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, les politiques identitaires sont dans l’impasse : « S’il s’enracine dans une longue histoire, le langage identitaire a explosé avec les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu. Jadis réservé à la droite, il imprègne désormais les discours des militants et dirigeants politiques de tous bords, au point de transformer la « race » en variable bulldozer, qui écrase toutes les autres. ».

 

 

Alessia Lo Porto-Lefébure décrit la formation à l’américaine pour les dirigeants chinois : « Le président Xi Jinping ne cesse de vilipender les valeurs occidentales et de mettre en avant les « caractéristiques chinoises ». Pourtant, les autorités de son pays ont adopté le programme de l’école d’administration publique de la prestigieuse université Harvard pour former leurs fonctionnaires. Des milliers d’agents suivent ce master, inauguré au début des années 2000 et adapté au contexte national. »

 

 

Élisa Perrigueur nous emmène à la frontière gréco-turque, « épicentre des tension » : « L’Union européenne entend sanctionner la politique de plus en plus expansionniste de la Turquie, qui ravive en Grèce les souvenirs des conflits du passé. Ligne de rupture, mais aussi d’échanges entre Orient et Occident, la frontière gréco-turque ne respire plus depuis la crise sanitaire. De Kastellorizo à la Thrace en passant par Lesbos, les deux pays ont pourtant tant de choses en commun, autour de cette démarcation qui fut mouvante et rarement étanche. »

 

 

Pour Olfa Lamloum, les braises persistantes de l’esprit de révolte brûlent toujours en Tunisie : « En janvier 2011, la révolte des Tunisiens contre le pouvoir de Zine El-Abidine Ben Ali provoquait une onde de choc dans le monde arabe. Du Maroc à Bahreïn en passant par la Libye, l’Égypte ou la Syrie, le slogan « Le peuple veut la chute du régime » témoignait de la vigueur de la tempête. Aujourd’hui, seule la Tunisie demeure engagée dans une transition démocratique – décevante aux yeux de la population. »

 

 

… Où « il n’y a que des faux-culs et des vendus qui veulent te palper : « En janvier 2011, la révolte des Tunisiens contre le pouvoir de Zine El-Abidine Ben Ali provoquait une onde de choc dans le monde arabe. Du Maroc à Bahreïn en passant par la Libye, l’Égypte ou la Syrie, le slogan « Le peuple veut la chute du régime » témoignait de la vigueur de la tempête. Aujourd’hui, seule la Tunisie demeure engagée dans une transition démocratique — décevante aux yeux de la population. »

 

 

Pour Pierre Bernin, les menées saoudiennes au Yémen vont vers le fiasco : « Malgré l’intervention militaire d’une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les puissances occidentales, la rébellion houthiste accroît son emprise sur le Yémen. Au-delà des ressorts locaux du conflit, ses implications régionales, avec la rivalité irano-saoudienne et l’émergence des Émirats arabes unis en tant que puissance militaire, transforment les équilibres du Proche-Orient et du Golfe. »

 

 

Au Cameroun, selon Fanny Pigeaux, Bolloré est en disgrâce : « Soupçonné par la brigade financière italienne d’avoir manipulé les cours de titres financiers, accusé de promouvoir l’extrême droite sur sa chaîne de télévision CNews, l’homme d’affaires français Vincent Bolloré voit également son étoile pâlir dans le fleuron de son empire logistique africain : le Cameroun. S’il y demeure puissant, la perte de la concession du port de Douala signe la fin d’une époque. »

 

 

Arnaud Dubien se demande sir le retour de la Russie en Afrique n’est qu’un trompe-l’œil : « Après une longue éclipse, la Russie reprend pied en Afrique, comme le montre son soutien militaire appuyé à la Centrafrique. Présenté par Paris comme une manœuvre sournoise, ce retour signe en réalité la banalisation de la puissance russe. Moscou, qui, par le passé, a soutenu la décolonisation, se contente de remplir son carnet de commandes et de renforcer ses partenariats sécuritaires. »

 

 

Pour Owen Hatherley, le parti travailliste britannique se purge et vire à droite : « L’ancien chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn vient d’annoncer le lancement du Projet pour la paix et la justice, manière de poursuivre son combat contre les inégalités et l’impérialisme. L’initiative profitera sans doute de la dérive droitière de son successeur à la tête du Labour, M. Keir Starmer, élu pour réconcilier un parti divisé, mais qui s’emploie à en museler l’aile gauche. »

 

 

Marlène Benquet et Théo Bourgeron reviennent sur le rôle de la finance britannique lors de la campagne pour le Brexit : « « Folie », « erreur », « coup de poker »… Depuis le référendum de 2016, le Brexit a souvent été présenté comme le fruit d’un malheureux concours de circonstances. Il répond toutefois parfaitement aux attentes d’une frange émergente de la finance, que la réglementation européenne – pourtant soucieuse de cajoler les puissants – dérange encore trop. »

 

 

 

Le Monde Diplomatique (248)

 

Un dossier d’Étienne Peyrat sur l’origine des conflits en Transcaucasie : « Une haine féroce, des récits irréconciliables : la guerre du Haut-Karabakh a vu s’affronter deux nations que tout semble opposer. Pourtant, Arméniens et Azerbaïdjanais ont longtemps cohabité au sein des empires russe, ottoman ou perse. Dans un espace de peuples mêlés au sud du massif du Grand Caucase, la fondation d’États sur une base territoriale ethno-religieuse a mis le feu aux poudres. »

 

 

Pour Martine Bulard, le libre-échangisme contribue au dynamisme économique en Asie : « Pas de trêve attendue dans la confrontation sino-américaine. En signant avec quatorze autres pays asiatiques le partenariat économique régional global, le plus grand accord de libre-échange jamais conclu dans le monde, Pékin a marqué un point. Plus que des retombées économiques, cet accord apporte l’image d’une Asie dynamique, qui sait s’entendre malgré ses divergences politiques et stratégiques. »

 

 

Eugénie Mérieau explique pourquoi la jeunesse thaïlandaise est dans la rue : « a jeunesse thaïlandaise est dans la rue. Le 24 juin 2020, ils n’étaient qu’une petite cinquantaine à se retrouver au Monument de la démocratie, dans le centre de Bangkok, pour commémorer l’anniversaire de la révolution de 1932 ayant mis fin à la monarchie absolue dans ce qui s’appelait encore le « Siam », alors seul État indépendant d’Asie du Sud-Est. Trois mois plus tard, le 19 septembre, jour anniversaire du coup d’État militaire de 2006 qui mit un coup d’arrêt à la « transition démocratique », ils étaient plusieurs dizaines de milliers face au Palais royal.

 

La contestation actuelle s’inscrit dans la continuité du mouvement des « chemises rouges ». né en opposition à ce coup d’État — lequel appelait à « achever » la révolution de 1932 et à réhabiliter sa figure historique, Pridi Panomyong, juriste formé en France dans les années 1920, dans une IIIe République devenue le centre de formation des jeunes révolutionnaires de toute l’Asie. Mais, en 2010, ce mouvement est réprimé dans le sang : l’armée ouvre le feu sur les manifestants, en tuant quatre-vingt dix et en blessant près de deux mille, de quoi faire taire la contestation sociale. »

 

 

 

Pour Richard Keiser, les États Unis d’Amérique sont de plus en plus désunis : « a jeunesse thaïlandaise est dans la rue. Le 24 juin 2020, ils n’étaient qu’une petite cinquantaine à se retrouver au Monument de la démocratie, dans le centre de Bangkok, pour commémorer l’anniversaire de la révolution de 1932 ayant mis fin à la monarchie absolue dans ce qui s’appelait encore le « Siam », alors seul État indépendant d’Asie du Sud-Est. Trois mois plus tard, le 19 septembre, jour anniversaire du coup d’État militaire de 2006 qui mit un coup d’arrêt à la « transition démocratique », ils étaient plusieurs dizaines de milliers face au Palais royal.

La contestation actuelle s’inscrit dans la continuité du mouvement des « chemises rouges ». né en opposition à ce coup d’État — lequel appelait à « achever » la révolution de 1932 et à réhabiliter sa figure historique, Pridi Panomyong, juriste formé en France dans les années 1920, dans une IIIe République devenue le centre de formation des jeunes révolutionnaires de toute l’Asie. Mais, en 2010, ce mouvement est réprimé dans le sang : l’armée ouvre le feu sur les manifestants, en tuant quatre-vingt dix et en blessant près de deux mille, de quoi faire taire la contestation sociale. »

 

 

Romain Migus analyse la confusion politique au Pérou : « Les Péruviens éliront leur prochain chef d’État en avril 2021, pour la plupart sans grand espoir. Après une cascade de démissions et de destitutions, quatre présidents se sont succédé à la tête du pays depuis la dernière élection, en 2016. Des quatre précédents, élus à partir de 2001, trois ont été inculpés pour corruption et le dernier a préféré se suicider. Comment expliquer une telle instabilité ? »

 

 

Sonia Combe pose la question de l’antisémitisme en Allemagne de l’Est : « Dans le débat sur le racisme et la xénophobie qui agite l’Allemagne, l’antisémitisme occupe une place à part. Son écho résonne parfois bruyamment, comme en juillet dernier, à l’ouverture du procès de l’auteur de l’attaque contre la synagogue de Halle, le 9 octobre 2019, qui fit deux morts parmi les passants.

 

Halle se trouve sur le territoire de l’ex-République démocratique allemande (RDA), cette Allemagne communiste née en 1949 et disparue en 1990. Bien que l’assassin soit né après la chute du Mur, ce fait a conforté les partisans d’une thèse à la mode : si les Juifs sont à nouveau en danger en République fédérale, la faute en incombe à la défunte RDA, comme l’affirme par exemple le professeur de sciences de l’éducation (ouest-)allemand Micha Brumlik. Dans un article intitulé « À quel point la RDA était-elle brune ? » (c’est-à-dire « nazie »), l’universitaire avance plusieurs éléments à charge : cet État reposait sur des « structures hiérarchiques autoritaires » qui attesteraient une continuité avec le IIIe Reich ; il aurait refusé de procéder à une « confrontation avec son passé » ; il aurait réintégré d’anciens nazis pour s’assurer de leur fidélité en les faisant chanter. Enfin, la RDA, non contente de ne pas indemniser les victimes du génocide et l’État d’Israël, aurait mené une politique antisioniste douteuse avec le soutien de Juifs est-allemands. « L’antisémitisme est le “socialisme des imbéciles”, avait déclaré le dirigeant social-démocrate Auguste Bebel. L’antisémitisme est le socialisme d’une dictature nommée RDA, est-on tenté de compléter », conclut Brumlik. »

 

 

 

Laurent Binet nous propose un retour salutaire sur les Versets sataniques : « La fatwa prononcée en 1989 par l’imam Rouhollah Khomeiny contre Salman Rushdie a transformé « Les Versets sataniques » en un objet de scandale dont on continue de discuter sans l’avoir lu. Or, si cette œuvre de sept cents pages, qui mêle aventures vécues et rêvées, a été jugée blasphématoire, c’est simplement, estime l’écrivain Laurent Binet, parce qu’un bon roman est le contraire d’un texte sacré. »

 

 

Agathe Mélinand revient sur la “ génération de l’inquiétude ” après la Première Guerre mondiale : « Mil neuf cent vingt et un. Ouverte deux ans auparavant, la conférence de la paix a redessiné l’Europe ; Paris semble la capitale artistique du monde. La Grande Guerre a massacré dix millions de soldats, la grippe espagnole fait cinquante millions de victimes. « Plus jamais ça ! » La vie humaine ne valait plus grand-chose, les vieilles valeurs s’étaient écroulées. Les Américains entraient sur la scène internationale, la révolution d’Octobre ouvrait un horizon nouveau et annonçait la polarisation des antagonismes. L’horreur des tranchées accouchait paradoxalement d’une explosion de fête et de créativité.

 

Dans la France du surréalisme et de dada, le neurasthénique président Paul Deschanel venait de démissionner, le premier congrès du Parti communiste se réunissait. Dans l’Amérique de la Prohibition, le président Warren G. Harding se noyait dans les scandales ; sur fond de grèves et d’attentats, un tribunal du Massachusetts condamnait à mort les anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti ; une voiture piégée faisait sauter les bureaux de la banque JP Morgan à Wall Street — quarante morts, des centaines de blessés.»

 

 

 

Nathalie Quintane expose les bienfaits de la dictée : « Personnellement, j’ai jamais vraiment arrêté de donner des dictées. C’est un moment vraiment sympa. Les mômes sont extrêmement concentrés, à faire une seule chose à la fois, impossible de lever le nez sinon tu rates un mot, tout le monde est bien aligné dans la même position, on entend les mouches. Bref, c’est très reposant. Et puis ils sentent qu’ils font quelque chose d’important. En tout cas, ils font comme s’ils le sentaient. La tentation, ce serait de tout dicter histoire d’avoir la paix. Mais ça marche pas. Si tu dictes autre chose qu’une dictée, t’as le bordel. Le bordel, le brouhaha, ou un peu de bruit, c’est ce que tu as quand tu ne dictes pas une dictée, et ça, faut bien se le mettre dans la tête et le plus vite possible si on veut pas être déçu. Après, il y a des moments de concentration très aigus, seuls ou à plusieurs, mais la qualité de silence que t’as avec la dictée, y a rien de comparable. Seuls les profs qui font régner la terreur l’obtiennent. Je suppose qu’on pense que ces profs-là n’existent plus, mais y en a encore, par petites unités, un par bahut. Y a un deuxième avantage que t’as avec la dictée c’est à la correction. Rien de plus cool à corriger qu’une dictée : ça demande zéro concentration. Tu peux très bien écouter la radio ou regarder la télé en même temps ; c’est de la mécanique. Toujours les mêmes fautes sur les mêmes mots, du coup tu finis par passer à vitesse grand V sur toutes les copies et t’abats un paquet de trente en une demi-heure max. Y a rien de plus rapide à corriger qu’un paquet de dictées. T’as des notes, tu les rends, les parents comprennent et tout le monde est content. On a pu faire chier des profs pour une phrase dans Artaud ou dans Zola, un geste ou de l’humour mal compris, mais on a jamais emmerdé personne parce qu’il donnait trop de dictées — en tout cas, j’en ai jamais entendu parler. »

 

 

 

 

 

 

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