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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 05:01

Serge Halimi analyse les « sécessions américaines » : « des deux grands partis américains prétend que la démocratie périra s’il ne l’emporte pas le 8 novembre prochain lors des élections de mi-mandat. Car son adversaire ne défend pas seulement des idées impraticables ou répréhensibles ; c’est un ennemi, un corps étranger, immoral et subversif (1). Autrefois réservée aux Indiens, aux Noirs et aux communistes, cette mécanique mentale paranoïaque cible à présent des dizaines de millions de « déplorables », de « semi-fascistes », de « totalitaires ». Républicains selon les démocrates, démocrates selon les républicains. Des références aux années 1930, aux affrontements entre chiites et sunnites ou à la guerre de Sécession envahissent le discours politique. »

 

Pierre Rimbert conseille à ‘Ukraine de se méfier de ses « faux amis » : « Référendum dans les régions occupées, menace de nucléarisation, mobilisation partielle : la Russie a choisi l’escalade face aux contre-offensives ukrainiennes menées avec des armes occidentales. Cobelligérants de fait, certains États de l’Union européenne concrétisent un vieux projet : ancrer l’Ukraine à l’Ouest et en faire un laboratoire pour les délocalisations de voisinage. »

 

 

Marc Endeweld pointe l’enjeu du nucléaire entre Kiev et Moscou : « Les affrontements entre Russes et Ukrainiens autour de la centrale de Zaporijia ont ravivé le spectre d’une catastrophe nucléaire, et conduit l’Agence internationale de l’énergie atomique à dénoncer une situation « intenable ». Dans son dernier ouvrage, le journaliste Marc Endeweld montre pourquoi le nucléaire représente dans ce conflit un enjeu énergétique autant que stratégique. »

 

 

Pendant ce temps (Christophe Trontin), en Russie, le mot “ guerre ” n’est plus tabou : « Fragilisé par un revers spectaculaire dans la région de Kharkiv, M. Vladimir Poutine a ordonné, le 21 septembre, la mobilisation des réservistes. La décision a provoqué des manifestations dans plusieurs villes du pays. Le Kremlin, qui comptait sur l’endurance des Russes face aux difficultés économiques, a pris le risque de les mécontenter en exigeant un prix du sang encore plus lourd.»

 

 

Un dossier sur le handicap, première cause de discrimination (Lætitia Delhon) : « La France compte près de 12 millions de personnes en situation de handicap, dont 500 000 sont accueillies dans des établissements spécialisés. Ces structures font l’objet de multiples critiques, notamment de l’Organisation des Nations unies, qui réclame leur fermeture. Institution ou inclusion ? Ce débat, parfois caricatural, a fini par éclipser tous les autres… »

 

 

« Bioéthique, es-tu là ? », demande Jacques Testart : « La biologie moléculaire a ouvert ces dernières décennies des perspectives vertigineuses : il est désormais possible de modifier le patrimoine génétique d’un embryon. En le corrigeant pour son bien, expliquent certains chercheurs ; au risque d’alimenter un marché de l’humain sur mesure, rétorquent d’autres. Comment informer la population et fixer des limites à ces pratiques ? »

 

 

Pour Lou-Eve Popper, l’Ecosse hésite entre le pétrole ou le chômage : « Alors que le Parti national écossais (SNP) a longtemps misé sur le pétrole pour asseoir l’indépendance de l’Écosse, la première ministre Nicola Sturgeon, issue de ses rangs, a récemment semblé opérer une volte-face. Mais remplacer un tissu productif organisé autour de l’« or noir » s’avère d’autant plus difficile que les énergies renouvelables peinent à tenir leurs promesses. »

 

 

Pour Jean-Christophe Servant, le Kenya conteste de plus en plus la présence de l’armée britannique : « Investi le 13 septembre 2022, le président William Ruto a rendu hommage à Élisabeth II en saluant une « icône ». Mais la presse kényane n’a pas manqué de rappeler la révolte des Mau-Mau réprimée dans le sang en 1956, sous le règne de la souveraine. Et la manne générée par la présence du plus gros contingent de militaires britanniques à l’étranger ne suffit plus à museler ceux qui dénoncent leurs exactions. 

 

 

Eva Thiébaud observe la course à l’atome au Proche-Orient : « Malgré leur reprise après l’élection de M. Joseph Biden aux États-Unis, les négociations entre les pays occidentaux et Téhéran au sujet du nucléaire iranien n’ont guère progressé. Persuadés que la République islamique cherche à se doter de la bombe, les pays de la région, Arabie saoudite en tête, développent eux aussi des programmes, dont rien ne dit qu’ils ne s’étendront pas au domaine militaire. 

 

 

En Chine, le président tout-puissant semble fragilisé (Martine Bulard) : « Quand, en 2018, M. Xi Jinping introduit dans la Constitution ses « pensées sur le socialisme à la chinoise » et la possibilité d’être élu à vie, nul n’imagine que la préparation du XXe Congrès, qui se tient le 16 octobre, sera agitée. Le malaise de la classe moyenne, le sort de Taïwan, les relations avec les États-Unis et la Russie, ont mis en évidence des failles jusque-là discrètes. »

 

 

Hélène Ferrarini nous parle de l’or maudit du Surinam : « Le lancement par Netflix d’une série télévisée associant le Surinam au trafic de drogue a suscité les protestations des autorités du pays. Jusque-là, le petit État coincé entre la Guyane française et le Guyana faisait rarement l’actualité. Ses réserves en métal précieux intéressent pourtant depuis longtemps les multinationales et exacerbent les conflits. Comme celui qui a déchiré le pays entre 1986 et 1992, et dont la nation sud-américaine peine à se relever. »

 

 

Selon Renaud Lambert, au Chili, la gauche est déçue par le peuple : « Lorsque les médias sont aussi concentrés qu’au Chili, organiser un référendum sans réformer le secteur revient à élever les patrons de presse au rang de grands électeurs. Mais ce phénomène suffit-il à élucider le rejet, en septembre dernier, d’un projet de nouvelle Constitution ? Ou existe-t-il d’autres raisons pour expliquer que le peuple ne vote pas toujours comme les progressistes le souhaiteraient ? »

 

 

Pour Raul Sampognaro, l’économie mondiale est en état de choc : « La guerre en Ukraine et les sanctions contre Moscou attisent l’inflation, notamment sur le Vieux Continent. Pour y répondre, la Banque centrale européenne (BCE) organise le ralentissement de l’activité au risque d’un taux de chômage plus important. La zone euro glisse vers la récession alors que le cœur de l’économie chinoise bat déjà au ralenti. Seuls les oligopoles de l’énergie se frottent les mains. »

 

 

Clothilde Dozier explique ce que cache l’autonomie des étéblissements scolaires : « Adapter la manière d’enseigner à chaque élève en fonction de ses difficultés et de ses spécificités semble frappé au coin du bon sens. Pourtant, l’individualisation pédagogique préconisée par le président Emmanuel Macron recèle bien des pièges. En son nom, on enjoint aux établissements de définir un projet destiné à séduire leur public. Au détriment d’une réflexion sur la transmission des savoirs. »

 

 

Quant à Cédric Hugrée et Trixtan Poullaouec, ParcourSup renforce la sélection : « Les lycéens de terminale utilisent depuis quatre ans la plate-forme Parcoursup pour obtenir une place à l’université. En généralisant la sélection des candidatures sur dossier, cet outil compromet la liberté de choisir et de poursuivre ses études. Un phénomène qui amplifie les inégalités scolaires. »

 

 

Jean-Yves Mollier décrit le vaste mouvement de concentration dans l’édition : « Alors que les bienfaits de la lecture sont régulièrement célébrés par les divers représentants du pouvoir, le secteur de l’édition est depuis des décennies soumis aux calculs d’hommes d’affaires milliardaires. Outre l’appauvrissement de la diversité des idées et des formes, cette emprise financière peut s’accompagner d’un autre type de contrôle, idéologique et moral. »

 

 

Pour Raphaël Kempf, les procureurs font ce qu’ils veulent en termes de rappel à la loi : « Quand une personne est déférée au parquet à l’issue de sa garde à vue, le procureur dispose d’une grande latitude : il peut décider de classer le dossier sans suite, d’engager des poursuites, de prononcer une interdiction de séjour ou un « rappel à la loi ». Cette procédure, qui échappe à tout débat contradictoire, s’avère fort commode pour réprimer les manifestants. »

 

 

Combien vaut la crypto-Joconde, demandent Marie-Noëlle Rio et Franz W. Kaiser ? : « Vendre un fichier JPEG peut rapporter une fortune, si du moins il est unique, irremplaçable, non échangeable avec un autre fichier : il possède ainsi certaines caractéristiques de l’œuvre d’art. L’authentification numérique et le paiement en cryptomonnaie légitiment alors ce « jeton non fongible » (NFT). 

 

 

Pour Lucie Elven, dans les pubs anglais, on n’a jamais autant bu : « eux mois à peine après le confinement de la population britannique, le chef de cabinet de l’ancien premier ministre britannique Boris Johnson convie plus de cent collaborateurs à une fête dans le jardin de Downing Street. « Apportez votre bouteille », précise le courriel d’invitation. Débute ainsi une série de réjouissances secrètes qui, entre 2020 et 2021, se poursuivent à la résidence officielle et Whitehall alors même que la population est cloîtrée chez elle. Le scandale éclate dans la presse au début de l’année 2022. La police de Londres adresse 126 amendes aux fêtards, au premier rang desquels le chef du gouvernement et son ministre de l’économie. Les révélations sur ce que les médias baptisent le « partygate » renvoient l’image d’une suffisance grossière qui n’a pas surpris les observateurs : agents de sécurité moqués pour avoir objecté aux agapes illégales ; personnel de nettoyage lessivant les taches de vin rouge sur les murs ; collaborateurs ministériels pleins comme des barriques se battant entre eux et quittant le bureau à 4 heures du matin après avoir pris soin de cacher leurs bouteilles. La fonction sacrée de l’alcool comme facteur de lien social est apparue précocement dans la carrière de M. Johnson. À l’instar de son prédécesseur, M. David Cameron, à la tête du gouvernement de 2010 à 2016, M. Johnson agrémenta ses études à Oxford par une appartenance enthousiaste au Bullingdon Club, une confrérie étudiante réunie par un même goût pour les dîners huppés, les beuveries et le vandalisme, et dont le budget sert en partie à rembourser les dégâts commis par ses membres. Dans un documentaire de 2013, M. Johnson, interrogé sur ses frasques, exprimait l’espoir que « l’éponge bénie de l’amnésie [ait] effacé l’ardoise ».

 

Le Monde Diplomatique (276)
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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 05:01

Myanmar (ex Birmanie). Les systèmes de Facebook ont promu la violence contre les Rohingya, selon le site de l’1dex, reprenant un argumentaire d’Amnesty International.

 

Les algorithmes de Meta, qui détient Facebook, ainsi que la recherche effrénée du profit ont considérablement contribué aux atrocités perpétrées par l’armée du Myanmar contre le peuple rohingya en 2017. 

En 2017, des Rohingyas ont par milliers été tués, torturés, violés et déplacés dans le cadre de la campagne de nettoyage ethnique menée par les forces de sécurité du Myanmar. Dans les mois et les années ayant précédé ces atrocités, les algorithmes de Facebook ont intensifié la vague de haine contre les Rohingyas, contribuant ainsi à la survenue de violences dans la vraie vie.

Pendant que l’armée du Myanmar commettait des crimes contre l’humanité contre les Rohingyas, Meta tirait profit de cette caisse de résonance créée par ses algorithmes qui a induit une hausse vertigineuse du sentiment de haine.

Sawyeddollah, réfugié rohingya âgé de 21 ans, a dit à Amnesty International : « J’ai vu un tas de choses ignobles sur Facebook. Et je me disais simplement que les gens qui publiaient ces propos étaient de mauvaises personnes […] J’ai ensuite réalisé que ce n’étaient pas seulement ces gens-là mais aussi Facebook qui en étaient responsables. »

En août 2017, plus de 700 000 Rohingyas ont fui l’État d’Arakan quand les forces de sécurité du Myanmar ont lancé une campagne ciblée d’homicides, de viols, de destruction d’habitations.

 

 

 

Selon le World Socialist Website, La Russie n’avait aucune raison de détruire le gazoduc Nord Stream. Le conglomérat russe Gazprom possédait la moitié du gazoduc, aux côtés d’actionnaires allemands, français et néerlandais. Le gazoduc était au cœur des plans de Moscou pour reconstruire les liens économiques avec l’Europe, si et quand la guerre avec l’OTAN en Ukraine prendrait fin.

 

Pour Washington, le bombardement présentait deux avantages. Premièrement, sur fond d’escalade militaire de l’OTAN contre la Russie en Ukraine, il contribuerait à alimenter la propagande de guerre anti-russe. Deuxièmement, en rendant l’Europe plus dépendante des importations de gaz naturel américain pour remplacer le gaz russe, il correspondait à un objectif majeur des États-Unis dans la guerre en Ukraine depuis le début : placer l’Europe plus fermement sous leur contrôle.

 

Des millions de travailleurs européens risquent de geler cet hiver, les prix du gaz ayant été multipliés par dix, l’Europe remplaçant le gaz russe bon marché transporté par gazoduc par du gaz naturel liquéfié américain. Les entreprises européennes de l’acier, de la chimie et autres, note le Wall Street Journal, déplacent leurs activités vers les États-Unis, attirées par des prix de l’énergie plus stables et un soutien gouvernemental musclé.

 

Si Berlin a officiellement mis fin à son soutien à Nord Stream 2 après l’invasion russe, elle soulève la question de la reprise des liens énergétiques avec la Russie. Cette semaine, Merkel a déclaré qu’il ne fallait jamais perdre de vue le jour d’après. Elle a appelé à réfléchir à ce qui est tout à fait inimaginable à l’heure actuelle – à savoir, comment quelque chose comme des relations envers et avec la Russie peuvent être développées à nouveau

 

Revue de presse 426

Pourquoi Neymar et d’autres vedettes du football brésilien ont-elles soutenu Bolsonaro, demande L’Humanité ? Socrates doit se retourner dans sa tombe ! Historiquement, au Brésil, les footballeurs ont certes souvent pris des positions politiques, mais elles étaient loin d’approuver des régimes aux idées extrêmes. On se souvient des convictions antidictatoriales du même Socrates dans les années 70 et 80. On garde en mémoire que Romario (star du Brésil et du FC Barcelone) était devenu député de gauche, après la fin de sa carrière. Aujourd’hui Juninho et Raï ont aussi pris position contre Jair Bolsonaro et appellent à voter Lula.

 

« La majorité des joueurs viennent des classes défavorisées » et pensent à défendre leurs biens dans un pays en crise perpétuelle, avait expliqué Carlos Alberto, l’entraîneur du Brésil, vainqueur de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis.

 

Á noter également, la toute-puissance de la religion et tout particulièrement de celle des évangélistes aux idées proches de l’extrême droite. Les joueurs attachent beaucoup d’importance au religieux, observait le sociologue Marcel Diego Tonini, avant d’ajouter que Jaïr Bolsonaro avait un programme machiste qui rencontre un franc succès dans un milieu très « viriliste où sa violence verbale est aussi très bien vue ».

 

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29 septembre 2022 4 29 /09 /septembre /2022 05:01

Je reprends ici un article de Michel Feltin-Palas pour L'Express.

 

C'est un phénomène a priori incompréhensible : dans l'ouest de la Bretagne, une population entière a changé de langue en l'espace d'une ou deux générations. Or aucun peuple n'abandonne de gaîté de coeur sa langue naturelle. Il y faut un motif impérieux, sur lequel s'est penchée l'historienne Rozenn Milin dans une thèse qu'elle va soutenir à l'Université de Rennes 2 ce 29 septembre (1).

 

Ce renversement paraît d'autant plus étrange qu'il n'y a pas eu dans cette région de violence physique extrême, comparable à celle subie par les Amérindiens lors de l'arrivée des Anglais, des Espagnols et des Portugais, par exemple. Les Bretons ne se sont pas non plus trouvés dans la même situation que les migrants, contraints d'apprendre l'idiome de leur nouveau pays. Non. Eux sont restés sur place et, sans contrainte apparente, ont cessé de transmettre la langue de leurs ancêtres à leurs enfants. Un supposé "suicide linguistique".

 

Pour tenter de percer à jour ce mystère, certains chercheurs ont mis en avant les effets conjugués de la Première Guerre mondiale, du service militaire et de l'urbanisation, qui ont brassé les populations, phénomène encore amplifié par les médias, agents majeurs de diffusion du français. D'autres encore ont estimé que ce renoncement de masse aurait été librement consenti, soutenant que les Bretons auraient opté pour la langue nationale dans une sorte d'élan volontaire leur permettant d'embrasser la modernité et de s'élever socialement.

 

Certains de ces facteurs doivent être pris en compte, écrit Rozenn Milin, mais, selon elle, ils ne suffisent pas à comprendre ce qu'il s'est passé. Et cela pour une raison simple : les Bretons auraient très bien pu apprendre le français en plus et non à la place de leur langue historique. Après tout, le bilinguisme se pratique dans une bonne partie du monde. S'ils ont opté pour le monolinguisme, brisant ainsi le lien séculaire qui les reliait à leurs aïeux, il a donc fallu une autre raison, extrêmement profonde. Et cette raison, démontre l'historienne, est celle-ci : la volonté de l'Etat d'éliminer les langues régionales en ayant recours à des procédés humiliants au sein des écoles de la République, véritable bras armé de cette opération d'éradication culturelle.

 

Certains seront surpris par les termes employés ci-dessus. A tort. Car il faut toujours le rappeler : en faisant du français la seule langue de l'instruction et des diplômes, la France a empêché les langues dites régionales de devenir des langues de promotion sociale. Ce faisant, elle les a associées dans les représentations collectives à l'inculture, à la grossièreté, à l'ignorance. Seul le français est devenu synonyme d'élévation intellectuelle et morale.

 

Mais il y a eu pire. A juste titre, Rozenn Milin s'est penchée avec minutie sur un objet souvent considéré comme anecdotique alors qu'il a été utilisé par des milliers d'instituteurs. Cet outil, c'est le "symbole" - que l'on appelle aussi "le signal", "le sabot" ou "la vache". Peu importe son nom, en réalité, car la méthode, particulièrement perverse, était toujours la même. Elle consistait, écrit l'historienne, à "affubler d'un objet dégradant les enfants laissant échapper un mot en leur langue maternelle dans la cour de récréation. Les fautifs devaient ensuite épier leurs petits camarades afin d'en dénicher un autre qui, à son tour, commettrait "l'erreur" ou "la faute", afin de lui remettre l'objet. Le "symbole" circulait ainsi tout au long de la journée, et le dernier à le porter était puni.

 

Le “ suicide linguistique ” des Bretons

C'est ainsi que, chez ces petits élèves, la pratique de la langue bretonne a été rapprochée des notions de punition, de coups, de douleur, etc. C'est là, insiste Rozenn Milin, l'un des arguments qui ressort le plus pour justifier la non-transmission, comme le montrent les centaines de témoignages qu'elle a rassemblés dans sa thèse. "Il s'agissait d'une ficelle à laquelle on suspendait une bobine de fil, se souvient l'une de ces pauvres enfants. On l'accrochait autour du cou de la coupable. Ainsi tous les élèves pouvaient constater sa faute. "Tiens donc, celle-ci (...) ne sait pas encore le français. Quelle arriérée !""

 

Ce que l'on apprend encore en lisant Rozen Milin, c'est que le "symbole" n'a pas été une exclusivité de l'école publique française. La même méthode avait été employée jusqu'au XVIIIe siècle pour interdire aux élèves de parler... français et favoriser la langue de prestige de l'époque : le latin ! On apprend aussi que la technique a été "exportée" dans certaines colonies, notamment en Afrique, où elle a parfois encore cours (avec des crânes de singe, par exemple). On apprend enfin que d'autres pays - le Royaume-Uni, l'Espagne, le Japon - en ont également fait usage.

 

Conclusion ? Oui, au cours du XXe siècle, des milliers et des milliers de parents bretons ont "décidé" de ne pas transmettre leur langue à leurs enfants. A ceci près qu'il s'est agi d'un choix sous contrainte ! Leur décision aurait évidemment été différente si la France n'avait pas rendu le breton "inutile" pour trouver un emploi et sortir de la misère ; si son école n'avait pas recouru avec le symbole à des méthodes dignes d'un autre âge et si ces méthodes n'avaient pas développé chez les enfants un sentiment que les linguistes appellent la "honte de soi".

 

Dès lors, oser dire que les Bretons (ou les Normands ou les Auvergnats ou les Francs-Comtois ou les Guyanais) ont "choisi" de passer au français revient à commettre une erreur de raisonnement fondamentale. Et à reprocher aux victimes d'avoir fait ce qu'elles ont pu pour s'adapter à un système profondément injuste.

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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 05:01

Selon le Blog d’El Diablo : « Désignée le 6 septembre 2022, Liz Truss, la nouvelle Première ministre du Royaume-Uni, tire sa légitimité des seuls 172 000 adhérents du parti conservateur. Cet « électorat », majoritairement âgé et riche, a voté pour un programme de baisses d’impôts et de dérégulation de l’économie britannique. La nouvelle Première ministre a annoncé, peu après son élection, qu’elle n’était pas là pour « distribuer des subventions ». Dans le même temps, le nouveau Chancelier de l’Échiquier, Kwasi Kwarteng, définissait l’objectif principal du gouvernement de la façon suivante : « Stabilité monétaire et discipline budgétaire à moyen terme ». Tout cela n’a rien de surprenant de la part d’une nouvelle Première ministre qui prend pour modèle Margaret Thatcher. Cette dernière avait violemment durci les conditions nécessaires pour organiser une grève au Royaume-Uni, la première souhaite augmenter le pourcentage minimum de présence des membres d’un syndicat lors de la consultation officielle qui précède une grève. Liz Truss veut également qu’un service minimum soit assuré sur les infrastructures nationales comme le train ou les bus quand il y a une grève, ce qui permettrait de casser les grèves en tout légalité. »

 

 

Le World Socialist Website analyse la manière grotesque dont le New York Times a loué la défunte reine d’Angleterre : « La longue notice nécrologique de la reine Elizabeth, publiée par le Times le 8 septembre, faisait l’éloge de cette dernière comme « l’ancre de la nation » et de sa défense de la famille royale comme « un rare bastion de permanence dans un monde aux valeurs changeantes ». Cette notice nécrologique a été accompagnée de nombreux articles flatteurs célébrant « la grâce, l’humour et la longévité » du monarque défunt et d’innombrables « mises à jour en direct » décrivant avec enthousiasme tous les rituels entourant ses funérailles et le couronnement du roi Charles III. Le Times a même publié un plan de cours pour les étudiants intitulé « La vie et l’héritage de la reine Elizabeth ».

 

Le Times rappelle cependant les mots de Mark Twain : « Incontestablement, la personne qui peut s’abaisser le plus à ramper devant la royauté et la noblesse, et qui peut tirer le plus de satisfaction à ramper à plat ventre devant elles, est un Américain. Pas tous les Américains, mais quand un Américain le fait, il rend la concurrence impossible. »

 

Revue de presse 425

Res Publica dénonce le nouveau concept fétiche de la classe dominante mondiale : la sobriété. « La sobriété est à la mode ; c’est même elle qui va permettre de lutter contre les dérèglements climatiques, permettre la réduction des rejets de gaz à effet de serre et arriver à la neutralité carbone en 2050. Le terme est utilisé aussi bien par le gouvernement, les grands patrons et banquiers, des universitaires, les partis politiques que par la plupart des associations et ONG se réclamant de l’écologie, de la lutte pour l’environnement, la biodiversité ou contre les dérèglements climatiques ainsi qu’une bonne partie de la presse qui s’en fait un vecteur zélé. Après la résilience, nous sommes devant un nouveau mot qui semble nous offrir la solution aux crises produites par un système d’exploitation sans limites, mais qui, comme souvent, noie le poisson, car les responsabilités y sont diluées, ni explicitées, ni hiérarchisées ; ce qui permet de gloser, de faire accroire que la solution est accessible sans jamais aborder le problème au fond et donc de maintenir le système de production capitaliste en place.

Sobriété ou frugalité pour les uns, sans remettre en cause les fondements du système capitaliste dont la recherche du profit maximum le plus rapidement possible implique structurellement l’exploitation sans frein de la nature, des humains et du vivant dans son ensemble. La croissance infinie est consubstantielle au système lui-même, car il y va du maintien du taux de profit. Sur le long terme, c’est la croissance sous tous ses aspects qui a élevé le niveau de vie dans les pays capitalistes dits développés même si cela s’est fait sur une exploitation éhontée des êtres humains et de la nature par le pillage des ressources naturelles au bénéfice d’une petite minorité possédant les moyens de production. Cela s’est fait dans la violence extrême souvent (colonialisme, guerres quasi constantes, violence sociale, inégalités…). Mais le capitalisme peut aussi s’accommoder, surtout si certaines ressources se font rares, d’une « décroissance », les périodes d’austérité pour les populations, ou les récessions économiques le démontrent même si ces périodes sont temporaires, ce sont toujours les populations notamment les plus fragiles qui en supportent l’essentiel. »

 

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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 05:01

Depuis un bon moment sur Twitter, une rubrique met à l'honneur des résistants, souvent jeunes car la Résistance fut jeune, souvent féminins car la Résistance fut aussi féminine.

Cette fois-ci, Jean-Marc Laurent. Il fut un ami d'une de mes tantes. Un collège porte son nom à Amiens.

Un résistant amiénois
Un résistant amiénois
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24 septembre 2022 6 24 /09 /septembre /2022 05:01

Glané dans L’Express 

 

La novlangue managériale en bonne place dans les offres d'emploi.

Ne dites pas "vendeur" mais "client advisor", pas "chargé de recrutement" mais "talent acquisition specialist": sur les sites d'emploi, les intitulés de poste abscons usant de jargon anglophone fleurissent, considéré comme un gage de modernité mais au risque de "flouter" la réalité.

 

Qu'il s'agisse de Pôle emploi, Indeed ou encore Linkedin, il suffit d'un rapide coup d'œil pour tomber sur des propositions comme "Inside sales representative" (commercial), "consultant social listening" (veille réseaux sociaux), ou encore "customer success manager" (relation clients). 

 

Parfois, le descriptif du poste permet d'y voir plus clair, mais dans certains cas, cela reste tout aussi obscur pour le commun des mortels. Le "chief people officer" que recherche un cabinet de recrutement devra par exemple "driver la transformation groupe au service de la croissance en incarnant le renouveau". Un "scrum master" devra "faire vivre les valeurs de l'agilité" d'un groupe de conseil... 

 

Eric Gras, expert du recrutement chez Indeed France, constate que la tendance s'est "clairement" accélérée ces dernières années. 

 

Dans certains cas, mondialisation oblige, l'anglicisme est devenu la norme, mais dans d'autres, des postes "pas super sexy" sont ripolinés, ce qui n'augmente pas le nombre de candidatures ciblées, donc "n'est au bénéfice de personne", explique-t-il à l'AFP. 

 

De fait, derrière une offre d'"Office & Happiness Manager", le descriptif du poste montre que le salarié sera chargé du standard et de l'accueil... Un poste de "Building & property officer" masque un job de gardien de résidence universitaire. 

 

Comme Pôle emploi, qui prône des intitulés "clairs et précis", Indeed recommande à ses clients de parler français. "Mais la recommandation majeure est de parler le langage du candidat", note Eric Gras. Or, pour certains métiers comme "office manager" qui gèrent la vie du bureau, c'est précisément cette appellation que les salariés utilisent dans leur recherche.  

 

Pour Jean-François Amadieu, professeur de gestion en ressources humaines à Paris 1, "ce vocabulaire utilisé systématiquement dans le management est fait pour faire moderne". "Dès que vous le dites en anglais, c'est plus ronflant", mais "c'est souvent incompréhensible, presque risible". 

 

La sémiologue Mariette Darrigrand note en outre que c'est souvent du globish, du très mauvais anglais, de la novlangue". 

 

Outre l'idée de modernité, "il y aussi une volonté de séduction parce que c'est très dur de recruter aujourd'hui. Dire “ client advisor ” plutôt que “ vendeur ” en est l'exemple parfait. C'est la même idée que “ technicien de surface ” pour “ femme de ménage ”, mais on est passé au globish". 

 

Malgré tout, ces termes abscons peuvent aussi correspondre à "une nouvelle fonction qui n'existait pas auparavant" comme le “ chief impact officer ”, chargé d'évaluer l'incidence de l'activité de l'entreprise en terme d'écologie, note M. Amadieu. 

 

Dans un contexte de tensions sur le marché du travail, le sujet est moins anecdotique qu'il y paraît. 

 

"Le paradoxe est qu'aujourd'hui, on a 50% d'offres d'emploi en plus qu'avant le Covid" et qu'il y a des difficultés de recrutement, donc "je dis aux recruteurs : quelqu'un qui ne comprend pas le titre ne clique même pas sur l'offre", souligne Eric Gras. 

 

"Si ces employeurs veulent attirer des candidats différents", les titres obscurs "ce n'est pas très inclusif", prévient aussi M. Amadieu, tout en regrettant le fait que "beaucoup n'ont pas le souci d'attirer des seniors" en reconversion. 

 

En outre, pour Sophie Binet secrétaire générale de la CGT cadres (Ugict), cela "pose problème" car cela "floute le contenu réel du poste, la classification à laquelle cela se rapporte", avec le risque d'aboutir à "des gens qui peuvent être bons à tout faire parce qu'on ne sait pas ce sur quoi ils sont recrutés". 

 

"Ca fait rêver, ça emporte au loin", mais c'est "une sorte "d'écran de fumée", renchérit la sociologue du travail Danièle Linhart. 

 

Pour Mariette Darrigrand, ces titres ronflants sont aussi "en miroir des grandes écoles": elles diffusent un vocabulaire "pour attirer les parents parce que si on leur dit que leur gamin dans trois ans va avoir une licence de vente, ça ne fait pas signer le chèque!". 

 

 

Rechercher un emploi ? Oui, mais en globish !
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22 septembre 2022 4 22 /09 /septembre /2022 05:01

L'expression reine d'Angleterre (ou roi d'Angleterre) est un syntagme au même titre que "roi", formant un tout prononcé d'un seul souffle : "Reinedangleterre" ou "Roidangleterre". Il est d'autant plus syntagmatique que le déterminant (Angleterre) commence par une voyelle, à l'instar de "roi d'Espagne", et qu'il se prononce donc plus aisément que "roi de France", "roi de Suède" ou "roi du Danemark". [D'un point de vue nominaliste, "un" roi n'existe pas. Un roi est toujours "roi de quelque chose, portant tel numéro d'ordre" et non roi dans l'absolu. Car quel rapport y a-t-il entre Clovis, roi des Francs, et Rama X, actuel roi de Thaïlande ?].

De surcroît, davantage que le mot Royaume-Uni, le mot Angleterre a, pour les Français, une connotation émotive forte (à la fois positive, se manifestant par l'anglomanie, et négative, par l'anglophobie, en raison de l'opposition des intérêts, des tempéraments, et du rappel des souvenirs douloureux du passé - douloureux, au demeurant, surtout pour les Français : Jeanne d'Arc, Trafalgar, Waterloo, Sainte-Hélène, Fachoda, Mers-el-Kébir...). L'Angleterre est d'ailleurs, avec l'Allemagne, le pays qui, en France, suscite le plus de réactions émotionnelles. L'Angleterre est le pays contre lequel la France s'est battue au Moyen âge, sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, sous la Révolution et sous l'Empire. Avant de se réconcilier avec elle à l'époque de Louis-Philippe, puis de Napoléon III, puis de la IIIe République, amenant les deux pays à être compagnons d'armes au cours des deux guerres mondiales. Non sans, néanmoins, une sourde rivalité : Ainsi, Aristide Briand disait-il : "L'Angleterre et la France doivent être unies comme le cheval et son cavalier", puis il marquait une pause et ajoutait : "... l'essentiel est de ne pas être le cheval !" [Ce qui, implicitement, désignait le pays qui, dans son esprit, l'était en réalité...].

Et il en reste des traces dans le langage. Ainsi dans la Ballade des dames du temps jadis, de Villon, mise en musique par Brassens : "Et Jeanne, la bonne Lorraine, qu'Anglais brûlèrent à Rouen". Ou, de façon plus gaillarde, dans le refrain du chant de marin "Au 31 du mois d'août" : "Buvons un coup / Buvons-en deux / A la santé des amoureux !/ A la santé du roi de France / Et merde au roi d'Angleterre / Qui nous a déclaré la guerre". [Chant qui relate, en l'enjolivant, la prise de la frégate Kent par le corsaire Robert Surcouf en 1800.]

La fascination à l'égard des fastes et cérémonies de la monarchie britannique et de certaines de ses prérogatives, peut tenir à une raison extrinsèque qui n'est peut-être pas évidente et que j'entends, ci-après, justifier.

Cette raison est sa ressemblance avec les fastes et cérémonies d'une institution semblant très éloignée d'elle, culturellement socialement, idéologiquement et politiquement, et qui, pendant longtemps, a même été son ennemie : la papauté. Institution qui, pourtant, par ses formes, par son apparat, par la mobilisation médiatique, amène, presque nécessairement à penser à l'autre. Qu'est-ce qui peut bien rapprocher ces institutions, de prime abord si dissemblables ?

D'abord ceci : ce sont, en Europe et dans le monde de culture européenne (Europe de l'ouest, Amérique du Nord et du Sud, Océanie, éventuellement ex-colonies africaines), les plus anciennes et les plus prestigieuses institutions traditionnelles (plus que les monarchies espagnole, belge, hollandaise, suédoise ou monégasque), celles qui déploient le plus de faste et de pompe. Ces institutions s'alimentent à des racines à la fois monarchiques et chrétiennes (qui, cependant, irriguent de moins en moins la mentalité collective).

Ensuite, si la royauté britannique peut mettre en scène les couronnements, les mariages royaux, les naissances royales (avec les jeunes époux ou les nouveaux-nés présentés depuis le balcon du palais royal), les obsèques royales (celles de la reine, du duc d’Édimbourg, de la princesse de Galles, de la reine-mère, épouse de George VI), les relèves de la garde, les anoblissements, la papauté peut mettre en scène les obsèques du pape, l'élection de son successeur, les bénédictions urbi et orbi (depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre), les canonisations. Même si la population n'a pas toutes ces manifestations en tête, le parallélisme des formes amène, inconsciemment, une remémoration et le renforcement d'une cérémonie par l'autre.

Paradoxal, d'abord, parce que les populations qui s'y intéressent (notamment en France) se passionnent pour un personnage (la souveraine britannique, le pape) soit qui n'a plus aucun pouvoir politique (la souveraine britannique) soit qui représente une croyance à laquelle presque plus personne n'adhère (en France, seulement 4 % de la population pratique encore le catholicisme, les séminaires se vident, il y a de moins en moins de baptêmes, de mariages religieux, d'obsèques religieuses, de catéchisme) ou dont les prescriptions, en matière de morale, suscitent plus de rejet que d'adhésion. Les Britanniques savent bien que la reine ne gouverne plus et les Français voient bien que la pratique catholique fond comme neige au soleil.

Paradoxal, ensuite, parce que les deux personnages (le pape, le souverain britannique) bénéficient d'un engouement médiatique commun (et, on pourrait presque dire, réciproque) alors qu'il y a près de cinq siècles, ils ont été séparés – et violemment – par un conflit. C'est en effet le roi Henri VIII qui, au début du XVIe siècle, détacha l'Angleterre de l’Église catholique, c'est lui qui érigea l’Église anglaise en institution autocéphale (l’Église anglicane), dont il se proclama chef (titre que ses successeurs portent jusqu'à nos jours). C'est aussi en Angleterre que les catholiques furent longtemps mal vus (c'est une des raisons qui amenèrent le renversement de Jacques II, en 1688) et persécutés (ils ne furent émancipés, au Royaume-Uni, qu'en 1829).

Ressemblances matérielles.

1. Comme jadis, où l'imperator était juché sur le scutum, ou le chef franc élevé sur le pavois, le cercueil de la reine est porté sur les épaules et surmonté de la couronne impériale (et non royale), tout comme, jusqu'à Jean Paul Ier inclus, (en 1978), les papes furent véhiculés, coiffés de leur tiare, sur la sedia gestatoria, sorte de trône hissé sur les épaules de porteurs. On faisait l'ostension du pontife (aujourd'hui en papamobile), comme en Grande-Bretagne, lors des obsèques, on fait l'ostension du cercueil de la reine (ou du roi). La tiare pontificale, comme la couronne impériale de la reine, sont les plus hauts symboles du pouvoir (spirituel et symbolique) de ceux – ou celles – qui en sont coiffés.

2. Dans l'ordre vestimentaire, le changement de statut entraîne un changement d'aspect (comme le lion qui, devenant adulte, se voit pousser une crinière). Pour distinguer la reine d'Angleterre on lui a fait arborer des tenues claires, pastel, se distinguant de loin, à l'instar du pape qui, lorsqu'il est élu, endosse la tenue blanche des dominicains, suivant en cela l'exemple de son lointain prédécesseur Pie V (1566-1572) qui, issu de l'ordre dominicain, continua, après son élection, à porter l'habit blanc de son ordre, fondant ainsi une tradition qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. [Ce qui a d'ailleurs donné lieu, il y a quelques années, à un plaisant jeu de mots : on murmurait que l'archevêque de Milan, le cardinal Martini – les cardinaux sont vêtus de rouge – était "papabile" (c'est-à-dire susceptible de devenir pape), et il se disait que "ce Martini rouge se serait bien vu en Martini blanc"...].

3. Parmi les ressemblances, il y a celle des gardes d'apparat. Les papes ont la garde suisse, dont la tenue ne remonte pas à Michel-Ange, comme on le dit parfois, mais au début du XXe siècle. Toutefois, par son allure (culotte bouffante, pourpoint, morion, hallebarde), l'uniforme de cette garde s'inspire des fresques de Raphaël et rappelle la tenue des lansquenets, militaires caractéristiques du XVIe siècle. Or, de l'autre côté de la Manche, certains des gardes royaux, les Yeomen of the Guard ont une tenue qui s'inspire des vêtements de l'époque Tudor, dynastie qui régna sur l'Angleterre au XVIe siècle. Il est assez remarquable que les costumes d'apparat des gardes de ces deux institutions (la papauté et la monarchie britannique) remontent chacune à ce XVIe siècle.

L'autre point de ressemblance visuel est le rouge, couleur très visible, très symbolique du pouvoir et des honneurs (le tapis rouge, la couleur de l'ordre de la légion d'honneur). Autour du pape et dans les cérémonies officielles, siègent les cardinaux, vêtus de rouge. Tout comme sont rouges, parmi les gardes de la reine, les Yeomen of the Guard et les gardes du palais, en tuniques écarlates et bonnets à poil. [J'ai longtemps rêvé d'un rédacteur facétieux qui glisserait subrepticement une virgule après bonnets...].

4. Une ressemblance est le parcours du cercueil de la reine, depuis le château de Balmoral, où elle est décédée, puis à Aberdeen, puis au palais de Holyrood, à Edimbourg, puis de là au palais de Buckingham, puis à l'abbaye de Westminster, enfin, au château de Windsor, où elle sera inhumée.

Cette longue suite de stations, amène, dans le rite catholique,l'image des processions avec arrêt à des stations, les plus courantes étant les chemins de croix. Ou, moins connu, ce que l'on nomme, à Rome, le pèlerinage des Sept églises, auprès des quatre basiliques majeures (Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre-du-Vatican, Saint-Paul-hors-les-Murs, Sainte-Marie-Majeure) et des trois basiliques mineures (Sainte-Croix-de-Jérusalem, Saint-Laurent-hors-les-Murs, Saint-Sébastien-hors-les-Murs).

Pourquoi ce rappel ? Pour cette raison curieuse, que lors de ces obsèques, qui seront évidemment des obsèques religieuses (la reine étant le chef de l’Église anglicane), tout se passe - de façon presquesacrilège - comme si les honneurs du culte n'étaient pas rendus à Dieu, comme le prescrit le dogme, mais à la simple créature humaine qu'était Élisabeth Windsor. On se croirait presque revenu quelque 2000 ans en arrière, lorsque les empereurs romains étaient divinisés. Et parfois, de leur vivant même !

[N'est-ce pas, d'ailleurs, ce qui se passe également, lorsque, à l'occasion des obsèques d'un pape, des voix s'élèvent pour crier : "Santo subito !" [Qu'on le canonise tout de suite !]. Et qu'est-ce qu'un canonisation, sinon un culte rendu à cette divinité mineure qu'est le pape, autrement concret, palpable (si j'ose cette métathèse...), que le Dieu de la Bible – si abstrait – ou que Jésus de Nazareth – si loin dans l'Histoire ? On dirait presque que, la foi en Dieu (dans le catholicisme ou l'anglicanisme) se dissolvant jour après jour, il s'est opéré un transfert d'une divinité lointaine et abstraite au profit d'une personnalité bien réelle.

Je risque ici une hypothèse : se pourrait-il que les médias mettent en scène ces événements (à Londres et à Rome), pour instiller dans l'esprit des populations la révérence à l'égard du petit nombre, des "élites" ? Les journalistes, avec leurs commentaires confits en servilité, en obséquiosité, commenceraient ainsi par habituer leurs compatriotes à révérer les rois, les empereurs, les papes, pour les préparer à admirer les milliardaires, les hommes d'affaires [qui "créent-des-emplois-et-tirent-la croissance"] et les "experts", par exemple les "prix Nobel d'économie", qui expliquent doctement qu'il faut baisser le SMIC, retarder l'âge de la retraite et privatiser la Sécurité Sociale. On suivrait dévotieusement les obsèques de la reine ou du pape avant d'acquiescer docilement à la disparition du SMIC, de la Sécu, et de tout le programme du CNR de 1944...

Ressemblances immatérielles.

5. Le changement de nom à l'entrée en fonction. On sait, par exemple, que Paul VI, avant le conclave était le cardinal Giovanni Battista Montini, Benoît XVI le cardinal Joseph Ratzinger, etc. Ce changement tient à ce que le nouveau pontife, pour diverses raisons, est plus particulièrement attaché à l'un de ses prédécesseurs, et qu'il entend se placer dans sa continuité. Ainsi, Paul VI reprit-il le prénom de Paul, qui n'avait plus été porté depuis 1621 (avec Paul V, né Camillo Borghese), pour se placer dans la continuité de ce même Paul V qui avait canonisé Charles Borromée, lointain prédécesseur de Montini à l'archevêché de Milan. De même Benoît XVI voulut-il se placer dans la continuité de son prédécesseur Benoît XV, le pape de la guerre de 14-18, qui avait essayé de s'entremettre entre les belligérants.

Ce que l'on sait moins, c'est que, parfois, pour des raisons voisines, les souverains britanniques font de même. Chez les Britanniques, la reine Victoria s'appelait Alexandrina. Le roi George VI, père de la reine Élisabeth II, se prénommait (par son prénom d'usage) Albert. Et il choisit de s'appeler George (le 6e du nom), pour assurer la continuité avec son père George V. Et Édouard VIII, prédécesseur et frère de George VI, qui ne régna que 10 mois avant d'abdiquer (et devenir duc de Windsor) avait pour prénom d'usage David, et il choisit Édouard comme nom de règne, se plaçant ainsi dans la continuité de son grand-père Édouard VII. Et ce même Édouard VII, fils de la reine Victoria, avait comme premier prénom Albert (comme son père, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha) et il choisit Édouard, qui n'avait plus été porté depuis le XVIe siècle.

 

6. La possibilité, pour les deux personnages (le pape et le souverain britannique) de procéder à des changements de statut "social" qui, au XXIe siècle, apparaissent de plus en plus "exotiques", voire, pour certains, anachroniques, ou même déplacés : pour le souverain britannique, l'anoblissement et, pour le pape, la canonisation. Avec, parfois, des "ratés", la distinction ne récompensant pas toujours le plus digne. Par exemple, José Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei, canonisé en 2002 par Jean-Paul II. Ou Carlos Ghosn, ex-PDG de Renault-Nissan, nommé chevalier commandeur honoraire de l'empire britannique (KBE) par la reine.

7. Un élément supplémentaire de rapprochement est la proclamation des jubilés. C'est-à-dire, sans se référer à la tradition biblique, des solennités revenant périodiquement (et liées soit à des années de règne, pour les souverains, soit à des années calendaires, pour les papes) et cadencées de telle sorte que tout sujet (ou tout fidèle) peut en vivre au moins une dans sa vie, sinon deux et, vu l'allongement de l'espérance de vie, peut-être même trois.

- La reine d'Angleterre, qui fut proclamée reine en 1952, fêta son premier jubilé, le jubilé d'argent, en 1977, 25 ans après son avènement. Puis, en 1992, 15 ans après le premier jubilé (et 40 ans après son avènement), vint le jubilé de rubis. Puis, en 2002, pour les 50 ans de règne, le jubilé d'or. Enfin, en 2022, pour les 70 ans de règne, le jubilé de platine.

- Les papes, depuis 1300 et Boniface VIII, proclament des jubilés (ou Années saintes) liées non à leur pontificat, mais, sauf exceptions (et accidents...), à des dates rondes (1300, 1350... 1400, 1425, 1450... 1975, 2000, 2025), séparées par des intervalles de 25 ans. Ces jubilés (ou Années saintes), avec les autres cérémonies, permettent de ressortir les carrosses, les papamobiles, les dais, les tapis rouges, les chœurs, les trompettes, les grandes orgues, les gardes suisses, les yeomen of the guard, et sont comme des piqûres de rappel préservant le bon peuple des épidémies de républicanisme et d'anticléricalisme.

8. Conclusion... (provisoire ?). On évoque parfois, au vu d'un certain nombre de "prophéties" (Nostradamus, saint Malachie), souvent apocryphes, et rédigées de façon assez sibylline pour signifier toutes choses et leur contraires, la fin de la papauté (qu'on a parfois fixée à l'actuel pape François). Mais, au Royaume-Uni, on peut aussi se questionner sur le choix du prénom de l'actuel monarque : Charles. Il n'a eu que deux prédécesseurs à porter le même prénom, Charles Ier et Charles II, de la dynastie Stuart, au XVIIe siècle...

Charles Ier fut le premier monarque d'Europe occidentale à être jugé, condamné et décapité, le 30 janvier 1649, presque 154 ans, jour pour jour, avant Louis XVI (21 janvier 1793). Mais son fils Charles II fut, en 1660, le monarque de la Restauration des Stuarts, auquel succéda, en 1685, son frère Jacques II... qui fut, lui, définitivement chassé, trois ans plus tard, en tant que roi prétendant à gouverner. Charles III a-t-il reçu un prénom propitiatoire, pour augurer d'une poursuite de la royauté, ou sera-t-il le monarque de sortie de la monarchie ?

La reine et son encombrante famille (par Philippe Arnaud)
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20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 05:01

Á rien ou pas grand-chose diront ceux qui, se référant à Walter Bagehot, ont à l’esprit la célèbre définition des pouvoirs royaux. Pour le constitutionnaliste du XIXe siècle, le souverain a « le droit d'être informé, le droit d'encourager et le droit de mettre en garde ».

 

S’il ne s’agissait que de cela et de la distribution d'“ honneurs ” nous n’aurions pas eu ce déferlement politique et médiatique mondial autour d’un personnage, très éminent certes, mais dont les pouvoirs et le rôle vont bien au-delà du triptyque cité ci-dessus.

 

Chez nous, depuis que les chaînes d’information carburent à plein régime, il n’est question, depuis le décès d’Élisabeth 2, que de portraits hagiographiques, d’éloges de toute nature des royals, jusques et y compris du prince Andrew malgré les énormes turpitudes qu’il a commises. Les chaînes nationales ont emboité le pas, consacrant la moitié (ou plus) de leurs journaux télévisés à des personnages traités en icones, en symboles. Bien sûr, on se souvient des funérailles de Lady Diana, où la reine n’avait pas voulu se rendre jusqu’à ce que le premier ministre Anthony Blair lui explique que son absence aurait, pour elle, des conséquences désastreuses. On se souvient peut-être aussi que, l’année suivant l’enterrement de la princesse, son frère avait voulu organiser une grandiose réplique de l’événement qui lui aurait rapporté beaucoup d’argent. Il essuya un vrai échec pour, selon moi, une raison majeure : malgré sa personnalité réelle, Diana n’était que de l’image. Et dès lors qu’une image n’a plus de support, ne renvoie plus à rien de concret, elle s’évapore. Pour la petite histoire, Diana descendait de deux fils illégitimes de Charles II, Henry Fitzroy, 1er duc de Grafton, et Charles Lennox, 1er duc de Richmond. Le fils de Diana, William, sera le premier monarque descendant de Charles II. Sarah Ferguson (l’ancienne épouse du prince Andrew) était également une descendante d’un des bâtards de Charles. Tout comme Camilla Parker-Bowles (inceste quand tu nous tiens !), ainsi que Samantha Cameron, la femme de l’ancien Premier ministre. À noter que Louise-Renée de Pénancoët de Kéroual (ascendante de Lady Di, qui est donc bretonne, Pénancoët signifiant « bout de bois »), qui – tous les soirs – partagea la couche du roi pendant quinze ans, œuvra comme espionne de Louis XIV à la cour d’Angleterre. Louise-Renée inventa la robe à panier. William, un prochain souverain du Royaume-Uni, sera donc breton !

 

Mais revenons à la reine. Les Britanniques qui, comme l’ancien footballeur David Beckham, ont fait la queue pendant 12, 15, 20 heures pour s’incliner devant la dépouille d’Élisabeth, éprouvent une réelle et sincère affection (ou plus encore) pour leur souveraine, même ceux qui apprécieraient que leur chef d’État fût élu. On peut dire qu’Élisabeth est, par ses qualités personnelles, son savoir-faire et sa personnalité, devenue plus populaire que la royauté. Le paradoxe est que cette femme, qui est la plus célèbre au monde et qui est l’une des plus riches de la planète, surtout parce qu’elle était formidablement bien née et parce qu’elle a su faire prospérer son magot, aura eu une importance historique dérisoire. En 70 ans de règne, elle influa une seule fois de manière déterminante sur le cours politique des choses. En 1957, le premier ministre conservateur Anthony Eden démissionne pour raisons médicales. Le parti conservateur ne connaît pas alors de procédure rigoureuse pour élire son chef, à part le doigt mouillé dans le vent. Deux personnalités s’imposent : Richard Austen Butler, un modéré qui avait été un grand ministre de l’Éducation nationale après la guerre, et Harold Macmillan, plus conservateur. Il revient à la jeune reine de trancher, avec l’aide de son conseil privé, bien sûr. Elle choisit Macmillan.

 

Qu’a apporté cette personne respectée, adulée, à la vie de ses “ sujets ” (les Britanniques ne sont pas gênés d’être des “ sujets ”) ? Rien. Que de belles images. Sans parler des embrouilles, souvent sordides, qui ont émaillé la vie de sa famille. C’est dire la puissance de feu de la presse qu’on appelle “ populaire ” outre-Manche et people chez nous. Mais cette presse ne peut prospérer – parfois à des millions d’exemplaires, quotidiennement – que parce qu’elle s’adresse à des esprits dépolitisés, déconscientisés, qui sont en demande de rêve et de superficialité. Et qui n’aspirent, fantasmatiquement parlant, qu’à un perpétuel retour vers le passé. Qu’à un spectacle qui les déconnecte en permanence de la vie et qui, en cette circonstance historique précise, leur fait oublier la hausse calamiteuse des prix, les difficultés dans les entreprises (quand on pense que des travailleurs syndiqués ont arrêtés une grève à la mort de la reine !), l’hiver qui s’annonce froid dans des millions de foyers.


 

Á quoi sert le monarque britannique ?

Bien qu'inoxydable, la monarchie est une institution archaïque. Pour tout le monde, sauf pour la classe dirigeante qui se sert plus que jamais des colifichets royaux pour gouverner de manière autoritaire afin de défendre et renforcer ses privilèges. La Révolution française, et d’autres comme la révolution aux États-Unis qui l’avait précédée, ont voulu mettre un terme au principe de l’hérédité (tu es roi parce que tu es fils de roi, tu es juge parce que tu es fils de juge), au droit divin et à ces monstruosités que constituent l’endogamie, la consanguinité. La famille royale britannique fut spécialiste en la matière, avec un fort tropisme à l’est et vers la réaction : l’oncle d’Élisabeth Édouard VIII et sa mère, “ Queen Mum ”, sympathisèrent avec le nazisme.

 

La génération suivante en a remis une couche. Selon Paris Match, pourtant peu suspect d’anti-windsorisme (11 juin 2020), « Andrew s’est lié avec tout ce que la planète compte de dictateurs et de personnages sulfureux ». Parmi eux, Muammar Khadafi et ses fils, un gendre de l’ex-président tunisien Ben Ali, un marchand d’armes libyen ou des oligarques du Kazakhstan. Envoyé spécial du Royaume-Uni pour développer les relations commerciales partout sur la planète, jusqu’en 2011 et le début du scandale Epstein, Andrew en a aussi profité pour nouer des amitiés financièrement avantageuses sans toujours savoir fixer une limite entre ses missions de représentations et sa vie privée. Et on n’a bien sûr pas oublié la chemise au bandeau nazi portée par le prince Harry, avec l’assentiment de son frère William que la perspective de cette “ farce ” avait bien amusé.

 

La famille royale britannique est immensément riche. Ceux qui se sont baptisés “ La Firme ” dans les années trente sont à la tête d’un empire d’au moins 20 milliards de livres. Pendant longtemps, la reine n’a pas payé d’impôts, tout en percevant une très confortable Sovereign Grant, une allocation payée par les contribuables. Depuis le départ d’Harry et Meghan aux États-Unis, le nombre des personnes œuvrant pour la firme avait été réduit à huit : la reine, le prince Charles, sa femme Camilla, le prince William et sa femme, la princesse Ann et le prince Edward et son épouse. Exit le prince Andrew, déchu par ailleurs de ses titres militaires pour agression sexuelle sur mineure.

 

Ce type de famille ne tient que par « la soumission snob, l’admiration de la richesse et du rang, les survivances corrompues des inégalités du féodalisme ». Cette analyse est de John Atkinson Hobson, critique de l’impérialisme britannique qui inspira Lénine dans la rédaction de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Á partir de là, tout est possible parce que tout est permis. Ainsi en 1966, à Aberfan, au Pays de Galles, l’écroulement d’un terril causa la mort de 144 personnes, dont une bonne centaine d’enfants. La reine y dépêcha son mari et son beau-frère Lord Snowdon. Mais il lui fallut une semaine, après toutes sortes de supplications, pour qu’elle se rende sur les lieux de cette catastrophe. Des âmes charitables dirent qu’elle ne voulait être associée qu’à des événements positifs et non négatifs. Certainement, oui…

 

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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 05:01

Dans Initiative communiste, Georges Gastaud revient sur son combat pour la défense de la langue française : « La justice a débouté l’AFRAV, une association de défense de la langue française, qui demandait que l’État français fût condamné pour avoir mis en place une nouvelle carte d’identité conforme aux exigences de la despotique UE et qui, par la bande, institue l’anglais comme langue officielle bis de la France.

 

Au mépris de la Constitution, dont l’article II-a dispose que « la langue de la République est le français », et de la loi Toubon qui stipule que lorsqu’il existe une nécessité absolue de traduire une inscription officielle en d’autres langues que le français, il faut au moins utiliser une autre langue que l’anglais (allemand, italien, espagnol, néerlandais…) de manière à ne pas lui conférer en douce le statut de langue officielle auxiliaire (un statut qui, en peu de temps, a conduit à liquider le gaélique en Irlande).

Tout cela s’inscrit dans le processus complètement verrouillé, soustrait au débat et subrepticement totalitaire qui, sous l’égide de l’UE (qui veut faire de l’anglais sa seule langue officielle « de travail »), et tend à substituer l’anglais aux autres langues nationales d’Europe. Le but étant d’installer l’État fédéral européen en marche (en clair, un nouvel Empire !), et avec lui un Grand Marché Transatlantique de la force de travail qui serait une catastrophe sociale, économique et culturelle pour des millions de travailleurs.

 

Or force est de constater que, en dehors du PRCF, et aussi, soyons justes, du PARDEM et du MS 21, aucune organisation de gauche, aucun grand syndicat confédéral ou de branche, y compris dans le secteur de l’Éducation, ne bouge un doigt contre cette énorme expropriation linguistique du et des peuple(s) (qui vise aussi l’allemand en Allemagne et en Autriche, l’italien en Italie, etc.). 

 

Pire, « PCF is back! » était le slogan d’ouverture de campagne de Roussel, et Mélenchon, qui pourfendait naguère l’anglais en le traitant, outrancièrement du reste, de « langue de l’occupant », juge désormais que la prolifération maligne des enseignes en anglais dans Paris est un signe heureux de la « créolisation » (qu’il confond avec la colonisation étatsunienne !) de notre pays.

 

Bref, il faut davantage bouger sur cette question linguistique qui n’est en rien un « à-côté » du combat social. Ceux qui en doutent encore devraient d’urgence relire Gramsci ou Aragon sur ces questions. 

 

 

 

Revue de presse 423

Selon le baromètre publié par le réseau Vélo & Territoires, l’utilisation du vélo progresse régulièrement en France. Elle est de +33 % par rapport à 2019. Strasbourg, Grenoble, Nantes ou Lille ont connu une forte augmentation.

 

En milieu rural et périurbain, la pratique du vélo demeure « fragile », précise Vélo & Territoires. Les compteurs affichent -1 % de passages en zones périurbaines et un chiffre stable en zones rurales par rapport à 2021, mais toujours en hausse par rapport aux chiffres de 2019, avant la crise sanitaire. « Sans doute davantage orientées vers le loisir, (ces pratiques) sont plus sensibles à la météo », souligne l’association. En Alsace, chez les pionniers de l’œnotourisme écologique, le vélo progresse également : la fréquentation des itinéraires EuroVelo, pensés pour la longue distance, a augmenté en France de 13 % sur un an. Après un début d’année mitigé avec une météo peu avantageuse, la fréquentation de ces itinéraires a connu une forte progression en mai et une augmentation de 7 % en juillet août.

 

 

Le site Communistes dénonce les projets budgétaires du gouvernement : « De l’argent il y en a pour le capital :

 

*Le plan de relance c’était 100 milliards d'euros, ce flot d'argent public et de subventions a profité aux grands groupes, y compris étrangers, et pas aux TPE-PME.


*Autres plans d'action pour les entreprises, le "plan climat" une enveloppe de 40 milliards d'euros. Il en reste 23 milliards à prendre d'ici 2024, dont 10,4 Md€ seront fléchés vers la transition écologique des entreprises « gourmandes » en énergie.


*Un fond de 3 milliards d'euros dispositif "bouclier tarifaire" pour les entreprises est prolongé jusqu'à la fin de l'année et pourrait même être reconduit en 2023.


*Baisse des impôts de production (10 milliards en 2021, 2022 et une nouvelle tranche supplémentaire de 10 milliards annoncée pour 2023), suppression en 2023 de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (8 milliards). 


* Une rallonge entre 3 et 6 milliards d'euros, en plus des 3 milliards déjà budgétés dans la Loi de programmation militaire pour reconstituer les stocks français de munitions. « On n'est pas en guerre, mais malheureusement, il faut s'y préparer. » Tel est le mot d'ordre du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, à l'issue d'une table ronde réunissant les représentants des entreprises françaises de défense, industriels et armées françaises.

*Rien pour les services public, l’école, la santé… mais 15 milliards d’euros de plus pour le budget du ministère de l’Intérieur sur 5 ans.

 

 

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6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 05:01

Depuis la première guerre d'Irak, accessoirement depuis que les États-Unis ont verrouillé les médias en temps de guerre, on ne bombarde plus : on frappe. Un peu comme Obélix lorsqu'il donne des baffes aux soldats romains.

Ce flou sémantique vient de l'anglais “ to strike ” qui signifie frapper, donner un ou des coups. On utilise également ce verbe lorsque l'on pince des cordes de violon, quand on trouve du pétrole, quand on craque une allumette, quand on trouve un équilibre, quand une pendule sonne, quand on tourne à gauche, ou à droite.

Naturellement, comme en français, on utilise ce verbe au sens figuré (j'ai été frappé par cette nouvelle).

La langue anglaise n'est donc pas toujours aussi précise qu'elle veut le faire croire.

Les frappes, surtout quand elles sont chirurgicales, comme on dit depuis trois décennies, visent à être les plus précises possibles. Ce n'est que rarement le cas. Les victimes collatérales sont toujours des civils innocents.

 

Ne dites plus “ bombarder ” mais “ frapper ”
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