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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 05:43

 

 

Olivier Guez. La dispartion de Joseph Mengele. Paris : Grasset, 2017

 

Imaginez un pauvre type, qui avait été la terreur du camp d’Auschwitz où il avait droit de vie, de mort, de torture, d’expérimentations médicales, où il collectionnait des yeux de nourrissons qu’il épinglait au mur de son bureau en écoutant du Bach et en laissant les bébés agoniser, imaginez donc ce pauvre type, vers la soixantaine, traqué par divers services secrets et polices, hé bien figurez-vous qu’il doit être opéré en urgence d’une terrible occlusion intestinale. Pourquoi ? Parce que, depuis des années, il tire constamment sa moustache avec sa lèvre inférieure et qu’il s’est constitué une grosse boule de poils dans son ventre, sans que les Juifs parasitaires en soient le moins du monde responsables. Il ne pense plus au règne de 2 000 ans promis à la race supérieure. Il n’est qu’un pauvre hère, dans une extrême solitude, qui souffre le martyre. Et encore ne sait-il pas à ce moment-là que son corps, son squelette plus précisément, finira dans une faculté au Brésil, pour le grand bonheur d’étudiants en médecine. L’expérimentateur expérimenté, autrement dit.

 

Note de lecture (170)

 

C’est ce parcours final, avec quelques hauts et beaucoup de bas, que raconte Olivier Guez dans son dernier roman. Une « disparition » qui n’en fut jamais une car Mengele put parcourir le monde sous des noms d’emprunt et son vrai nom (il semble qu’il se soit trouvé à Dallas le jour de l’assassinat de Kennedy), protégé qu’il fut par les autorités des États-Unis, de l’Argentine, du Paraguay et du Brésil. Sous le regard inattentif des gouvernements allemand, et même israélien car, après l’exécution d’Eichmann, l’État juif avait d’autres chats à fouetter (les Palestiniens au premier chef).

 

Ce qui fit la force des SS en général et de Mengele en particulier, c’est que ces hommes (peu de femmes parmi ces barbares), généralement cultivés, diplômés, furent capables, par la raison, de ne « jamais s’abandonner à un sentiment humain ». Guez décrit avec talent le recul phénoménal d’un Mengele capable d’éliminer 400 000 juifs pendant sa lune de miel et de faire des confitures de myrtille tandis que ses sbires brûlaient des hommes, des femmes et des enfants encore vivants dans des fosses.

 

Comme tous les autres expatriés nazis, Mengele profita de l’arrivée au pouvoir de Juan Perón en février 1946. Si l’on veut savoir ce qu’est le populisme, c’est vers cet homme et son régime qu’il faut se tourner. Avec l’appui de la CGT (hé oui !) et de Dieu (bien sûr !), Perón et Madame (idole milliardaire des sans-chemise) purgèrent toute l’administration, triplèrent les effectifs des services secrets et proclamèrent «Espadrilles, oui ; livres, non ! ». Avant de promouvoir l’écrivain bibliothécaire Borges inspecteur des lapins et volailles sur les marchés publics. Perón offrit au peuple la synthèse entre « le monastère et le supermarché ». Mengele ne pouvait qu’apprécier une telle orientation chrétienne, nationale et socialiste.

 

L’Argentine accueillit des dizaines de milliers de nazis de haut niveau : des officiers, des médecins, des ingénieurs invités à fournir au pays des barrages ou des centrales nucléaires. Avec le secret espoir que, les soviétiques et les Étasuniens s’étant mutuellement détruits, le pays deviendrait la première puissance mondiale. Le brillant médecin Mengele (sa thèse de médecine de 1938 avait été reconnue par la communauté scientifique internationale) pourrait alors revenir dans une Allemagne avachie dans le matérialisme et la démocratie et réutiliser la schlague d’antan. S’inspirant d’Hitler, les exilés souhaitent prendre le pouvoir par les urnes, déloger légalement le « rabbi Adenauer ». Ils échoueront définitivement lors des élections de 1953.

 

Pour l’heure, Mengele – qui ne désespère pas d’obtenir un poste de professeur des Universités – visite au Paraguay la colonie Nueva Germania, fondée par l’antisémite hystérique Elizabeth Nietzsche (sœur du philosophe) et son mari. Merveilleux pays que ce Paraguay qui connut la fondation d’un parti nazi dès 1927 ! Le pays regorge de terres bien grasses possédées par des colonies de fermiers allemands. Mengele pourra leur vendre des moissonneuses-batteuses et des épandeurs à fumier. Tout en aidant, contre rétribution, des jeunes bourgeoises de Buenos Aires à se débarrasser de fœtus encombrants.

 

Pour les exilés, la vie est douce. Le consulat de RFA a rendu son passeport à Joseph Schwammberger, ancien chef du camp de concentration de Cracovie et qui mourra à 92 ans (en prison, tout de même !). L’Allemagne a versé des milliards de Mark à Israël mais elle n’entrave en rien les activités économiques et politiques des anciens assassins en Amérique latine et au Moyen-Orient. Les « victimes de la dénazification » sont amnistiées. L’heure est à l’amnésie générale dans le cadre de la cohésion nationale.

 

Les Argentins finissent par incarcérer Mengele. Dans des conditions inhumaines. C’est en fait le médecin avorteur qu’ils ont pincé. Il s’en sort grâce à un pot-de-vin. Mais il apprend qu’un journaliste a porté plainte contre lui à Ulm. Les temps changent un peu. Le procureur de la ville a fait condamner neuf SS qui avaient sévi en Lituanie. Mengele s’installe à Asunción. Il est désormais traqué par Hermann Langbein, communiste autrichien, ancien combattant de la guerre d’Espagne, déporté à Auschwitz où il fut le secrétaire du médecin-chef Eduard Wirths. Le procureur de Fribourg lance un mandat d’arrêt contre lui pour meurtres prémédités. Langbein demande l’extradition de Mengele affolé. La procédure traîne. En novembre 1959, Mengele est naturalisé paraguayen. Il dispose d’une petite milice privée qui l’accompagne dans tous ses déplacements.

 

En 1964, coup de poignard dans le dos : il est déchu de tous ses diplômes universitaires pour meurtres et violation du serment d’Hippocrate. Il est furieux, d’autant que ses anciens collègues d’Auschwitz, tous les profiteurs de la grande industrie de l’extermination, coulent des jours heureux en Allemagne en se préparant de confortables retraites. Sur les 350 professeurs d’université, médecins et biologistes qui ont œuvré dans les camps, une poignée se sont suicidés tandis que les autres faisaient carrière. Mengele vomit l’Europe, avec l’Allemagne dirigée par « le déserteur Willy Brandt » et l’Autriche par « le juif Bruno Kreisky ».

Note de lecture (170)

Mengele n’a pas vu son fils Rolf depuis des années. Celui-ci s’affirme de gauche, anticapitaliste, anti-fasciste. Après avoir longuement hésité, le fils accepte de rencontrer le père. Il lui demande de s’expliquer ou, plus simplement, d’expliquer. Mengele n’exprime ni regrets ni remords. Le fils abrège la visite. Il vit aujourd'hui sous un autre nom.

 

Après s'être caché dans des planques de plus en plus miteuses, usé, souffrant de partout, Mengele parvient le 7 février 1979 à se rendre à la plage de Bertioga, près de São Paulo. Épuisé, il entre dans l’eau et il meurt. Un ami qui l’accompagnait sort son cadavre de la mer. On l'enterre sous une fausse identité. Ses seuls amis, les Bossert, finissent par craquer et révèlent le lieu de la sépulture de Mengele. En 1992, des tests ADN confirment l’authenticité du cadavre.

 

Le squelette est stocké dans un placard de l’institut médico-légal de São Paulo qui en devient le légataire en 2016.

 

Mengele ou, comme l’écrit si justement l’auteur, « l’histoire d’un homme sans scrupules à l’âme verrouillée, que percute une idéologie venimeuse et mortifère dans une société bouleversée par l’irruption de la modernité ; elle n’a eu aucune difficulté à séduire le jeune médecin ambitieux, à abuser de ses penchants médiocres, la vanité, la jalousie, l’argent, jusqu’à l’inciter à commettre des crimes abjects et à les justifier. »

 

Dans la ville natale de Mengele, il y a une usine Mengele, une rue Mengele, une place Mengele, une école Mengele.

 

PS : Á découvrir ce documentaire passionnant :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=2435&v=IctJ5Y2zWkA

 

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 05:52

 

 

Ayant voulu critiquer Jean-Luc Mélenchon qui n’avait pas souhaité assister au Congrès de Versailles, le président Macron en a appelé à la mémoire de Sieyès et de Mirabeau qui, selon lui, n’avaient pas « déserté ». Dans Res Publica, Bernard Tepper nous rappelle qui furent ces deux révolutionnaires : « Mirabeau : Non élu par la noblesse, il fut élu par le Tiers Etat. Après avoir eu cette phrase célèbre : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes », il est devenu un homme du roi contre la Révolution en défendant le veto suspensif du roi et en poussant le roi à reprendre le pouvoir contre la Révolution.
 Sieyès : il fut le propagateur du gouvernement représentatif contre la démocratie et la souveraineté du peuple, l’auteur de la proposition de séparation entre les citoyens passifs et les citoyens actifs, favorable au suffrage censitaire (loi du 29 octobre 1789 et constitution de septembre 1791) avec un collège de citoyens « actifs » élisant un collège de deuxième degré qui lui élisait les députés, chaque niveau demandait de prouver une capacité de payer une somme à chaque fois supérieure, inspirateur de la constitution dictatoriale et anti-républicaine de l’an VIII et défenseur du césarisme contre la Révolution. »

 

 

Dans Le Grand Soir, Jonathan Cook explique comment le gouvernement d’Israël «veut fabriquer des Juifs en série pour dépasser en nombre les Palestiniens » : « La pénurie de Juifs pousse le gouvernement Netanyahou à envisager une solution désespérée pour vaincre les Palestiniens au plan démographique. Le rapport qui a fuité conseille d’ouvrir les portes à une nouvelle catégorie de « juifs » à partir de non juifs. Selon Haaretz, cela concernerait des millions de personnes dans le monde. Le nouveau statut s’appliquerait aux « crypto-juifs », dont les ancêtres se sont convertis au judaïsme ; aux communautés « juives émergentes » qui ont adopté des pratiques juives ; et à ceux qui prétendent descendre des « tribus perdues » d’Israël. Bien qu’au départ il ne leur soit offert que des séjours de longue durée en Israël, l’idée est que cela servira de prélude à l’élargissement de leur droit à finalement obtenir la citoyenneté. L’avantage pour Israël est que la plupart de ces non juifs « Juifs » vivent actuellement dans des parties du monde reculées, pauvres ou déchirées par la guerre, et pourraient être attirés par une nouvelle vie en Israël – ou dans les territoires occupés. »

 

 

Marianne évoque la grande tristesse des élus Modem et UDI au Parlement : « Fadila Mehal, conseillère MoDem de Paris, s'inquiète : "Vous en connaissez, vous, des noms de députés MoDem ?". On ne peut pas vraiment dire que nos députés ont percé dans l'opinion, on est un peu noyé dans la masse", reprend-elle. Avant de s'extasier en revanche devant les débuts du petit groupe des Insoumis : "C'est vrai qu'ils sont très forts, eux, à la France insoumise. Il faut dire que leur communicante Sophia Chirikou est très bonne !". Une com' qui a permis aux 17 nouveaux députés de se faire rapidement un nom, à la différence des 43 du MoDem.

 

Toujours dans Marianne, le Medef prépare les travailleurs à la suite de la loi Travail : « Logiquement, au vu des réformes mises sur la table, son patron Pierre Gattaz s'est réjoui d'un "changement de philosophie" de nature à donner "confiance" aux chefs d'entreprise. "C'est une première étape importante dans la construction d'un droit du travail plus en phase avec la réalité des entreprises", a développé le premier syndicat patronal. Lisez bien : "première étape", seulement. "Il n'y aura pas de vague d'embauches", prévenait d'ailleurs déjà la veille son vice-président Thibault Lanxade sur Europe 1. »

 

 

Enfin, dans l’émission de Yann Barthès “ Quotidien ”, le septuagénaire Michel Sardou confesse qu’il est toujours partisan de la peine de mort et qu’il a chez lui un Beretta : « Je sais très bien tirer, je suis même tireur d’élite ! J’ai appris ça durant mes deux ans à l’armée », a dévoilé Michel Sardou. « Vous avez des flingues chez vous ? », a alors demandé Barthès. Le chanteur a mollement nié.

 Revue de Presse (212)
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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 05:34

Tout cela est bien beau, mais ne pas oublier que Macron va lancer une attaque terrible contre la Fonction publique. Avec l'aide de Jean-Claude Mailly ? FO = “Fesses Ouvertes” ?

Détente et politique (2)
Détente et politique (2)
Détente et politique (2)
Détente et politique (2)
Détente et politique (2)
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Détente et politique (2)
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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 06:13

 

 

 

Paul Ariès prévient : les quinquennats passent … les indignés aboient toujours ! Le P “ S ”, ajoute-t-il, plus jamais ! « La défaite de ce parti aux législatives est la sanction logique du quinquennat de Hollande. »

 

 

Thierry Bruqvin dénonce la course effroyable aux terres agricoles : « La famine sévit actuellement dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est, elle touche 20 millions de personnes, notamment parce que la sècheresse frappe depuis fin 2016 et se conjugue avec la pauvreté économique, les guerres … Avec le réchauffement climatique et la croissance de la population, les enjeux alimentaires et agricoles deviennent progressivement de plus en plus tendus. Cette tension touche donc aussi les terres agricoles disponibles. »

 

 

Jean-Marc Sérékian évoque ces Néo-Néga Watts qui valent des milliards : « C’est un secret de Polichinelle … En tant qu’entreprise vendant de l’électricité atomique, EDF, criblée de dettes, survit dans son parc délabré. Même si la présentation soignée de l’état de ses finances apparaît moins préoccupante que celle d’Aréva, après Fukushima, il n’y a plus d’illusion possible sur l’avenir du fleuron national. »

 

 

Claude Calame analyse la victoire, avec Trump, du néo-libéralisme américain : « Dans le domaine de l’économie, les Etats-Unis sont parvenus à imposer une idéologie de la croissance purement économique et financière, mesurée à la seule aune de l’augmentation du PIB : la valeur d’échange prime sur la valeur d’usage … Hamburgers, hot-dogs, bagels, donuts annonçait à son dernier menu le très parisien bistro “ La chat bossu ”, sis rue du Fg Saint-Antoine. Quant à l’assimilation des valeurs étasuniennes, inspirées qu’elle sont par le plus brut des libéralismes anglo-saxons, la messe est dite. Le programme électoral de (Mac)Donald Trump n’en est que l’expression extrême. »

 

 

Un long entretien de Paul Ariès avec Philippe Vion-Dury sur les algorithmes qui rythmes nos vies : « Il appartiendra à la société civile d’arracher les algorithmes des mains des multinationales, de hacker les GAFA et de proposer des services d’intérêt général qui pourraient mettre à profit les indéniables avantages que peuvent offrir ces systèmes. »

 

 

Les Zindignés ! n° 43

Un autre entretien de Paul Ariès avec Paul Liret sur le retour de l’idée coopérative : « L’économie coopérative est une réalité universelle qui correspond aux besoins inhérents des êtres humains de s’unir pour répondre à leurs besoins économiques communs. »

 

 

Odile Marcel et Régis Ambroise présentent le « paysage de l’après-pétrole » : « Son objectif est de redonner durablement à la question du paysage un rôle central dans les politiques d’aménagement du territoire, dans un contexte de transition énergétique et plus largement de transition vers un développement durable. »

 

 

Florent Bussy nous dit qu’il en a marre de voter utile : « Voter utile, c’est voter pour le candidat le mieux placé pour éliminer celui qu’on ne souhaite pas voir élu. Nous avons voté pour Jacques Chirac pour éviter Jean-Marie Le Pen, pour Ségolène Royal pour éviter Nicolas Sarkozy, pour François Hollande pour éviter de nouveau Sarkozy. Nous sommes nombreux à avoir voté Emmanuel Macron pour éviter Marine Le Pen. Cela fait donc plus de 15 ans que notre démocratie est atteinte du syndrome du vote utile. Il n’est plus un vote qui fasse l’économie de cet argument. Au point que nous soyons nous-même tentés de l’utiliser.

 

Militant de la France Insoumise, je me suis vu cette année expliquer sur les marchés que « cette fois-ci,  le vote utile, c’est Mélenchon ». Et utiliser les arguments qui sont ceux de nos adversaires et qui nous ont empêchés d’exister politiquement. Le « vote utile » nous a privés de toute chance de défendre nos chances face à François Hollande en 2012. La manipulation de son discours du Bourget sur sa lutte contre la finance a achevé de nous rendre impuissants, en reprenant la ligne principale de notre programme, mettre l’humain au centre. »

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 06:09

 

 

Valère Staraselski. Le Parlement des cigognes. Paris : le cherche midi, 2017.

 

On a plaisir à lire Staraselski, son écriture concrète, directe, expressionniste : « Au matin, derrière les hautes et doubles fenêtres de l’hôtel, toutes garnies de lourds rideaux festonnés, le jour n’en finissait pas de se lever. L’aube durait. On aurait dit qu’un reste de nuit gisait au dehors. Cependant, sans que rien ne l’ait laissé prévoir, ce jour gris, ce jour couleur ciment, s’annula brusquement. Une grosse boule, à la fois puissante et resplendissante apparut. Durant l’espace d’un moment, la lumière qu’elle dispensait rendit les toits enneigés de Cracovie d’une incroyable couleur orangée. »

 

 

Âgé de soixante ans, Valère Staraselki a produit une œuvre (romans, essais, nouvelles) aussi multiple et variée que sa vie professionnelle. Avec Le Parlement des cigognes, il nous invite – en faisant se rencontrer un nonagénaire juif polonais et de jeunes Français en voyage professionnel à Cracovie – à un devoir de mémoire concernant le sort des juifs de Pologne sous la botte nazie et, en fin d’ouvrage, sous le régime communiste (les khouligans fascistes).

 

 

Aux Juifs, les nazis disaient ne rien vouloir prendre : seulement la vie. Et ils déployèrent des trésors d’horreur imaginative pour massacrer des dizaines de milliers de civils parfaitement innocents. Avec la participation, résignée ou enthousiaste de nombreux Polonais catholiques.

 

 

Le devoir de mémoire est d’autant plus difficile à accomplir que les assassins ont fait disparaître toutes les traces de leurs crimes : les cimetières juifs avec leurs pierres tombales qui leur servirent à construire des routes, les ultimes témoins de 1945. Les Polonais « de souche » leur prêtèrent main forte par peur des représailles : il fallait tuer les Juifs pour ne pas être tués par eux après la victoire des alliés. Tous ces Polonais se connaissaient : un habitant de Kracovie sur quatre était juif. Un Juif dénoncé rapportait un kilo de sucre.

 

 

Staraselski nous emmène dans le décor naturel de La Liste Schindler de Spielberg, au camp de Płaszów, là où l’espérance de vie était de quatre semaines. Les Russes approchant, les Allemands firent exhumer et brûler 9 000 cadavres par une unité de Juifs contraints. Les exécutants furent ensuite massacrés. Pas de témoins ! Cela dit, autant les Polonais d’aujourd’hui organisent des voyages organisés vers Auschwitz, autant Cracovie ne figure pas – à l’exception de l’usine de Schindler – au programme des tour-opérateurs. Il y aurait pourtant beaucoup à faire, ne serait-ce que respirer la mort « jusque dans les mouvements de l’air et les rayons du soleil ». On comprendrait alors pourquoi les Juifs des ghettos partirent ensemble, résignés, à la mort : « Á quoi bon vivre s’il ne reste plus personne ! Qu’il m’arrive ce qu’il arrive aux autres, voilà ce que nous pensions … Tous ! Plutôt la mort que la séparation ! … »

 

 

Le nonagénaire parviendra par miracle à s’échapper d’un train qui le menait vers un camp d’extermination, à se dissimuler des soldats allemands qui le traquèrent et des Polonais qui le pistèrent. De cette fuite infernale, il gardera les stigmates de taches de vieillesse qu’il baptisera tristement « fleurs de cimetière ».

 

 

Pour le héros du livre, lorsque l’on a tout perdu, il ne reste que la beauté à contempler et à saisir : « les papillons qui voltigent dans les branchages, la brise pure de la forêt et des champs, les crépuscules qui s’allongent au printemps et même le cri des corneilles qui annoncent le soir. » Donc la beauté des cigognes en plein massacre. Dans ce monde de l’abomination, seules les cigognes furent porteuses d’humanité. La Pologne en compte encore 160 000. Quand elles font claquer leur bec, des cigognes en assemblée peuvent faire penser à un débat d’élus en démocratie. Jamais les cigognes, jamais aucun animal ne s’est rendu coupable de massacres à échelle industrielle.

Note de lecture (169)

Œuvre de Monique Lauray, inspirée par “ Nuit et Brouillard ” de Jean Ferrat, offerte au Musée national de la Résistance.

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 05:57

Dans le numéro de septembre 2017, Serge Halimi estime que Donald Trump est débordé par le parti antihausse : « Après la Corée du Nord et l’Afghanistan, la Russie ? Des points de conflit internationaux se rallument, souvent à l’initiative des États-Unis. Empêtré dans ses difficultés intérieures, décuplées par des propos provocants, le président américain est de plus en plus tenté de confondre solution diplomatique et fuite en avant militaire. Dans le cas de la Russie, il est même débordé par un parti de la guerre au sein duquel ses adversaires politiques, les services de renseignement et les médias jouent un rôle-clé. »

 

 

La miracle allemand, c’est aussi l’enfer (Olivier Cyran) : « La population allemande, appelée aux urnes le 24 septembre, n’a jamais compté aussi peu de demandeurs d’emploi. Ni autant de précaires. Le démantèlement de la protection sociale au milieu des années 2000 a converti les chômeurs en travailleurs pauvres. Ces réformes inspirent la refonte du code du travail que le gouvernement français cherche à imposer par ordonnances. »

 

Mireille Court et Chris Den Hond nous parlent d’une utopie au cœur du chaos syrien : « Fers de lance de la bataille de Rakka contre l’Organisation de l’État islamique, les Kurdes du nord de la Syrie tentent de mettre en place au Proche-Orient un projet politique original. Mais leur « confédéralisme démocratique » se construit sur un champ de ruines, dans un contexte d’affrontements ethnico-religieux et d’alliances avec les grandes puissances qui hypothèque son avenir. »

Le Monde Diplomatique (110)

 

 

 

Moderniser les armes, c’est bien. Augmenter les performances humaines, c’est mieux (La quête du soldat augmenté, Ioana Puscas) : « La course aux armements se diversifie. En plus des équipements conventionnels et nucléaires, constamment renouvelés et perfectionnés, les automates de combat connaissent un développement fulgurant. Mais les machines ne sont pas tout. Dans les coulisses, les chercheurs travaillent à augmenter les performances du soldat humain, trop humain, et donc trop faible aux yeux des états-majors. À quel prix ? »

 

 

Philippe Descamps évoque le Désenchantement européen en Slovaquie : « Située au centre de l’Europe géographique, la Slovaquie joue les bons élèves de la zone euro. Mais la grève des ouvriers de Volkswagen révèle une forte frustration vis-à-vis de la division internationale du travail établie à Bruxelles et à Francfort. Plus on pénètre à l’intérieur du pays, plus l’ampleur des disparités maintient la population en lisière d’un Occident désacralisé. »

 

 

Enfin, une victoire ouvrière chez Volkswagen (Philippe Descamps) : « Une demande irresponsable », avait jugé Mme Lucia Kovarovič Makayová, la porte-parole de Volkswagen (VW) en Slovaquie, lorsque les ouvriers avaient réclamé une augmentation de salaire de 16 %. Pourtant, le 26 juin dernier, après six jours d’une grève largement suivie, les 12 500 employés du groupe ont obtenu 14,1 % sur deux ans, assortis d’une refonte de la grille des bas salaires, d’une prime immédiate de 500 euros et d’un jour de congé additionnel.

« La grève a grondé comme une tempête après un très long silence, raconte M. Ján Macho, chargé du contrôle technique des moteurs dans l’usine de Martin et délégué de Moderné Odbory (Syndicat moderne). Les investisseurs savent que les Slovaques travaillent bien et ne protestent jamais. Ils ont bénéficié au maximum du fort taux de chômage et de la peur des salariés de perdre le peu qu’ils avaient. Mais, aujourd’hui, notre niveau de qualification nous permet de ne plus nous laisser intimider par les menaces de délocalisation. »

 

 

Les « routes de la soie » passent par le Kazakhstan (Arthur Fouchère) : « Lancées en 2013 par le président Xi Jinping, les « routes de la soie » doivent relier, par terre et par mer, la Chine au Proche-Orient, à l’Afrique et à l’Europe, en passant par l’Asie centrale. Si la Russie y a d’abord vu une ingérence chinoise dans son arrière-cour, elle table aujourd’hui sur une coopération dont elle espère des retombées positives. Le Kazakhstan, lui, cherche un équilibre entre les deux géants. »

 

 

Rémi Carayol nous informe de la bataille autour des semences transgéniques en Afrique : « Inquiètes du développement des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le monde, plusieurs associations accusent les grands semenciers d’« écocide », ou crime écologique. En avril 2017, elles ont symboliquement fait condamner le géant américain Monsanto sur ce fondement par un « tribunal citoyen » organisé à La Haye. En Afrique, l’affrontement entre les pro- et les anti-OGM ne fait que commencer. »

 

 

Anne Vigna  décrit, au Brésil, les ramifications du scandale Odebrecht : « Depuis 2014, le Brésil vit au rythme des révélations autour d’un scandale de corruption sans précédent. Contrairement à Mme Dilma Rousseff, destituée — à tort — en 2016, l’actuel président Michel Temer, dont la culpabilité ne fait plus vraiment de doute, a pour l’heure échappé à la justice. Bien des pays de la région seraient concernés. Au centre de l’une de ces affaires, le groupe industriel Odebrecht. »

 

 

Renaud Lambert nous montre les deux visages de la crise vénézuélienne : « Profonde, sanglante, la crise vénézuélienne passionne. Dans les grands médias, elle sert une obsession : la critique de M. Jean-Luc Mélenchon en France, de M. Jeremy Corbyn au Royaume-Uni et de M. Pablo Iglesias (Podemos) en Espagne. Mais elle interpelle également les progressistes, qu’elle plonge dans le désarroi. Comment interpréter les événements ? Quelle attitude adopter ? Quelle issue souhaiter ? »

 

 

L’étau chinois se resserre sur Hongkong (Jean-Jacques Gandini ) : « Deux décennies après son retour dans le giron chinois, Hongkong voit ses marges d’autonomie se restreindre et la répression s’accroître. En témoigne l’emprisonnement de trois dirigeants du mouvement en faveur du suffrage universel intégral, qui avait mobilisé les jeunes à l’automne 2014. Pourtant, un courant politique multiforme, appelé « localiste », commence à s’ancrer dans la société. »

 

 

Rodney Benson analyse les métamorphoses du paysage médiatique américain : « M. Donald Trump et les médias américains cultivent une relation d’amour-haine : les journalistes qui ont offert à ses frasques une formidable publicité gratuite dissèquent à présent sa présidence ; lui les étrille sans relâche. Ces rapports tendus masquent une homogénéisation de l’économie des médias. Même les nouveaux sites d’information adoptent un modèle qui décourage l’enquête sociale et le reportage. »

 

 

Les ordures, nouvel or noir aux Etats-Unis (Pierre Rimbert) : « Aussi sûrement que l’aiguille d’une boussole pointe vers le nord, le trajet des poubelles indique le sens de la domination : le faible recueille les restes du fort. Le commerce international n’échappe pas à la règle. Les États-Unis, qui achètent à la Chine des téléphones portables et du travail bon marché, lui revendent... des ballots d’emballages défraîchis, des compressions de bouteilles en plastique, des chiffons et de la ferraille. Ces sous-produits de consommation destinés au recyclage représentent l’une des vitrines mondiales méconnues du made in USA : six des dix premières entreprises exportatrices américaines prospèrent dans ce secteur (1), qui a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires de 5,6 milliards de dollars (4,8 milliards d’euros) rien qu’avec l’empire du Milieu. Et qui expédie sur les océans plus d’un million de conteneurs remplis de vieux papiers — le produit américain le plus exporté par ce mode de transport. Première importatrice mondiale, la Chine a pour sa part acheté pour 18 milliards de dollars de déchets l’année dernière, dont 7,3 millions de tonnes de plastique usagé. Lequel, une fois trié par des petites mains sous-payées, puis reconditionné, voguera à nouveau vers les supermarchés sous forme d’objets flambant neufs. »

 

 

La bureaucratie règne désormais sur l’université française (Alain Garrigou) : « Des élèves en quête d’université, des professeurs exaspérés, des facultés au bord de l’asphyxie… On ne peut pas dire que la rentrée s’annonce sous les meilleurs auspices. Pour diminuer les fonds publics consacrés à l’enseignement supérieur français, les gouvernements ont imaginé des normes quantitatives et des dispositifs qui tous conduisent à un renforcement de la bureaucratie. Jusqu’à l’absurde. »

 

 

Patrick Herman dénonce les pratiques criminelles dans l’agroalimentaire : « Comment un pays producteur tel que la France peut-il se retrouver avec des millions d’œufs infectés au fipronil, un insecticide dangereux, et des tonnes de produits contaminés ? L’industrialisation de l’agroalimentaire connaît ainsi des scandales à répétition. En Bretagne, l’évolution des coopératives conduit parfois à mettre en danger la vie de leurs salariés tout en marginalisant les paysans. »

 

 

Anne-Cécile Robert & Romuald Sciora évoquent une fonction peu connue de l’ONU (Dans les coulisses de l’Assemblée générale des Nations unies) : « Moins connue que le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale des Nations unies est le seul forum universel rassemblant tous les États de la planète. Si elle n’échappe pas à la légendaire bureaucratie onusienne, elle contribue à construire un droit international progressiste. Elle est également le théâtre vivant de la compétition des acteurs mondiaux. »

 

 

Dans les années 60, 20 000 travailleurs français émigrèrent en Afrique du Sud (Charlotte Grabli et Thomas Lesaffre ) : « Les grandes migrations de travail parties d’Europe vers les États-Unis ou du Sud vers le Nord montrent souvent des migrants soumis au mépris ou au racisme des populations d’accueil. Le cas peu connu des milliers de Français recrutés par l’industrie sud-africaine dans les années 1960 renverse la perspective. Car, ici, les immigrés venaient consolider la domination des Blancs… »

 

 

par Gilles Balbastre brosse le portrait d’un fantassin du dialogue social : « Le grand Pierre-André Imbert, disciple du non moins grand Raymond Soubie, orfèvre de la loi travail, sera conseiller social du président. » Daté du 19 mai 2017, ce message a été retweeté le plus sérieusement du monde par une société spécialisée en stratégie sociale, Alixio. Créée en 2010 par M. Raymond Soubie, conseiller social du président Nicolas Sarkozy de 2007 à 2010, Alixio avait de quoi se réjouir : M. Pierre-André Imbert, ancien directeur du cabinet de la ministre du travail Myriam El Khomri et rédacteur officieux de la loi travail du 8 août 2016, a été son employé. Pour égaler la « grandeur » de son mentor et parvenir au poste de conseiller du président, le disciple a effectué un long, très long voyage… »

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 05:50

J'ai plaisir à reproduire ici un travail de fond du Grand Soir :

 

Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)

(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ».

Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le marché, vous ne trouverez pas ici une liste (qui se voudrait impressionnante) de 600 médias... Pour deux raisons :

1) Un peu de sérieux, quand même... vous croyez réellement que quelqu’un a passé le temps nécessaire et indispensable pour analyser, un par un, 600 médias ? 
2) En ce qui concerne les médias mainstream, ils sont tous détenus par une poignée de groupes aux idéologies et intérêts convergents et interchangeables. L’analyse des uns vaut donc largement pour les autres. Qu’on se le dise.

Le Grand Soir

PS : Les lecteurs et responsables de sites dits alternatifs sont invités à compléter le tableau.

LE DECODEX ALTERNATIF


Le Monde

Détenu par une poignée de membres du 1% (Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse) qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Pseudo-quotidien de référence, le Monde est souvenu qualifié dans les milieux des spécialistes de la solidarité internationale de « torchon » (Le Général De Gaulle l’avait surnommé « L’Immonde »). Sous couvert de « sérieux », les journalistes du Monde sont connus pour publier régulièrement des articles de propagande (cf Bertrand de la Grange) et même des articles inventés de toutes pièces (cf. Paulo Paranagua).

Souffre d’un « syndrome du larbin Atlantiste » qui l’amène à publier des articles aux titres volontairement trompeurs tels que « Des soldats américains déployés en Pologne en réponse à l’activité militaire russe dans la « région » (sic) » (13 janvier 2017).

Connu comme le quotidien de « ceux qui savent déjà tout » 
Anti-progressiste lorsqu’il s’agit de régimes qui déplaisent à Washington.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Atlantisme : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes enseignant ou parce que vous portez un Loden), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Libération

Détenu par une poignée de membres du 1% (Bruno Ledoux, Patrick Drahi) qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Pseudo-quotidien de gauche, Libération est souvenu qualifié dans les milieux des spécialistes de la solidarité internationale de « torchon », voire de L’Aberration ou (mais nous désapprouvons) de « Libérachion ». Sous couvert d’ « informer », les journalistes de Libération sont connus pour publier régulièrement des articles de propagande et/ou mensongers (Armengaud/Haski).

Connu comme le quotidien de la « gauche réactionnaire ». 
Anti-progressiste lorsqu’il s’agit de régimes qui déplaisent à Washington.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Bars Gays : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes artiste ou parce que vous portez un jean déchiré), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

TF1

Détenue par un membre du 1% (Bouygues) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Ancienne chaîne du service public, privatisée en 86 par le gouvernement Chirac avec un cahier de charges très strict en matière de services culturels.

Son journal de 20h a longtemps été présenté par Patrick Poivre d’Arvor, connu pour sa fausse interview de Fidel Castro, l’affaire du bébé irakien qu’il a tenté de sortir du pays, l’affaire de l’interview du faux « garde du corps de Saddam Hussein » et plusieurs fois cité dans des affaires de plagiat.

Connu comme une « télé de merde » dont la patron confessa que les programmes abêtissants avaient pour fonction de libérer de l’espace dans les cerveaux pour qu’ils s’imprègnent mieux des pubs pour Coca-Cola.
Anti-progressiste en tous lieux et en toutes circonstances.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Poids des cartables aux rentrées scolaires : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous avez beaucoup de temps de cerveau disponible), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

BFMTV

Détenue par une poignée de membres du 1% qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Proche de l’extrême-droite.

Connue comme la « télé du CAC40 ».

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 6/5
Rubrique Marine Le Pen : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes un peu raciste sur les bords), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Paris Match

Détenu par un membre du 1% (Arnaud Lagardère) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Dévoué depuis quelques mois à un ancien banquier de chez Rothschild (candidat à la présidence de la République) auquel il a consacré 4 couvertures et des articles dont se seraient satisfaits Amin Dada et Bokassa.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Macron : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous allez souvent chez le dentiste et que sa lecture y est gratuite) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui ont une bonne dentition et par ceux qui savent de quoi ils parlent.

i-Télé

Détenue par un membre du 1% (Vincent Bolloré) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

L’image de marque est un ou une journaliste debout dans la rue avec un micro et qui vous explique ce qui se passe derrière le mur auquel il ou elle tourne le dos, tandis que défile en bas de l’écran un texte sans aucun rapport avec le sujet et fâché avec l’orthographe.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Morandini : 5/5
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes adepte du décervelage et des castings masturbatoires), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

L’Express

Détenu par un membre du 1% (Patrick Drahi) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Après avoir connu les plumes d’Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Malraux, Françoise Sagan, François Mauriac, ses lecteurs doivent se contenter de l’écharpe rouge de Christophe Barbier.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Virage à droite sans le dire : 5/5
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous allez souvent chez le médecin et que sa lecture y est gratuite) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui sont en bonne santé et par ceux qui savent de quoi ils parlent.

L’Obs (Nouvel-Observateur)

Détenu par des membres du 1% (cf. Le Monde : Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse) qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Contraint plusieurs fois de changer de nom afin de masquer sa dégringolade à droite, cet hebdomadaire s’appelait France Observateur quand il était de gauche, puis Le Nouvel Observateur, puis l’Obs.

Lu par les bobos qui auraient honte de lire l’Express ou le Point, il s’est rendu indispensable par sa page immobilière bidon qui propose de vastes demeures et des manoirs aux prix d’un 2 pièces à Paris.

Son plus récent coup d’éclat a été la publication d’un article où sa correspondante en Chine (Ursula Gauthier) soutenait que les attentats des groupes islamistes ouïghours qui ont massacré des touristes, des passants, des voyageurs dans une gare, des mineurs, des policiers, n’avaient rien de terroristes, mais exprimaient une colère compréhensible (« probablement pour venger un abus, une injustice, une expropriation « ) Voir : https://www.legrandsoir.info/pourquoi-ursula-gauthier-de-l-obs-a-du-qu...

Son Directeur de la publication (Jean Daniel) est connu pour avoir palpé un chèque de 10.000 euros offert par l’ambassade du Qatar (en compagnie d’une soixantaine de personnalités des médias et du show-biz). Publia peu après une tribune appelant à armer les « rebelles » syriens (armés par le Qatar, justement).

Crédibilité 
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Le Prix de l’Immobilier : 5/5
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous avez l’intention d’acheter un pied-à-terre à Paris, parce que vous aimez les pages de publicité de luxe pour des bijoux ou des voitures que vous ne pourrez jamais vous payer), n’hésitez pas à découper ces pages, celles des programmes télé, à jeter le reste et à faire recouper ses informations par ceux qui refusent les paiements par chèque et par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Charlie Hebdo
Détenu à 70 % par Riss, directeur de la publication qui n’hésite pas à investir le pactole d’une dizaine de millions d’euros tombés dans l’escarcelle du journal par la grâce de l’émotion après la tuerie, dans l’unique but de défendre le droit de rire de tout, y compris des enfants noyés.

Depuis des décennies déjà, Charlie hebdo s’est positionné discrètement dans le camp impérialiste, soutenant toutes les guerres de l’OTAN, fustigeant les Arabes sous couvert d’une religion, dénonçant à coups de mensonges les pays d’Amérique latine qui se libèrent de l’emprise des EU.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Néoconservatisme : 5/5
Rubrique Prout-prout-graffitis de WC publics : 6/5.
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous aimez les dessins avec de grosses bites ou parce que vous vous appelez Caroline Fourest) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Le Point

Détenu par un membre du 1% (François Pinault) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Fixations sur l’immigration, les services publics, les syndicats (pas tous), l’islam, les salaires des cadres.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Salaire des Cadres : 5/5
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous pensez que les syndicats contrôlent la France) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Courrier international

Détenu par une poignée de membres du 1% qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Ramasse et publie, sans vérification des faits, les articles de la presse droitière et extrême-droitière étrangère. Son rédacteur en chef est Jean-Hébert Armengaud qui s’illustra dans Libération en tronquant une phrase du président du Venezuela afin de justifier un article bidonné intitulé : « Le credo antisemite d’Hugo Chavez » (voir https://www.legrandsoir.info/Chavez-antisemitisme-et-campagne-de-desin... ethttp://www.acrimed.org/Chavez-antisemite-Liberation-persiste-et-signe )

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Probité du rédac’chef : 0/5
Rubrique « A beau mentir qui vient de loin » : 6/5
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous avez honte de lire directement en V.O les tracts de la droite, fascistes et putschistes étrangers) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui voyagent et qui savent de quoi ils parlent.

France-Inter

Radio du service public. Appelée aussi « La Voix de Son Maître », France-Inter a connu une profonde purge de voix discordantes depuis l’arrivée de certains néo-conservateurs (Ph. Val). Ecoutée principalement pour prendre le pouls des pouvoirs en place et aussi pour échapper aux publicités et présentateurs hystériques des autres radios. La tranche matinale est un modèle de la pensée « Il n’y a pas d’alternative » et les commentateurs qui se succèdent sont présentés comme des « journalistes » (une vieille tradition sans doute).

Après une campagne anti-russe féroce lors du siège d’Alep-est (Syrie), la rédaction a soudainement décidé de parler d’autre chose. Dernier îlot où les journalistes croient encore que Daech finance son armée par la vente de poteries volées sur les sites archéologiques et de subventions du gouvernement syrien.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Politiquement Correct : 5/5
Notre jugement 
A éviter si vous pouvez. Faites-vous réveiller par un réveil classique. Si vous ne pouvez pas (parce que vous ne savez pas ce qu’est "un réveil" ou parce qu’écouter Bernard Guetta est plus épuisant qu’un bon quart d’heure de gym) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 06:28

Avec de tels violeurs de langue française, incapables d'appliquer leur propre logique imbécile, le maquillé de Bri-Bri d'amour peut dormir sur ses deux oreilles.

 

Sans parler du (de la, c'est peut-être féminin ?) # à la place de ... à la place de quoi, au fait ? Soyons amerloques jusqu'au bout du goût...

Bien-pensance et ineptie grammaticale
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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 06:18

 

 

Michela Marzano. Extention du domaine de la manipulation. De l’entreprise à la vie privée. Paris : Fayard 2010.

 

 

Je n’ai découvert que tout récemment une chercheuse (pardon : une chercheure) italienne particulièrement stimulante, qui a choisi de résider et travailler en France (elle a intégré le CNRS en 2000) et, ce qui ne gâte rien, de publier en français.

 

 

Ce qui m’a, de prime abord, bien plu chez elle, c’est sa sidération lorsque, arrivant dans notre beau pays sous Chirac, elle entendit le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin (« l’âne du Poitou », comme on l’appelle affectueusement dans sa région) en appeler à la « positive attitude » comme devoir national. La pauvre Michela n’imaginait pas que la politique française était tombée aussi bas. Ce qui conforta naturellement sa thèse selon laquelle, la nature ayant horreur du vide, le pouvoir, les vrais débats importants, ne se situaient plus dans l’espace de la res publica mais dans celui de l’entreprise et de la finance. Pour le patronat, la société peut et doit, on le sait bien, faire l’économie du politique.

 

 

Née en 1970, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Pise, Michela Marzano est professeur de philosophie morale à l’université Paris Descartes. Engagée par ailleurs dans la gauche italienne, elle a été élue députée au parlement italien en février 2013 sous les couleurs du Parti démocrate (centre gauche, oui, bon, d'accord). Elle a quitté le groupe parlementaire de ce parti car il ne voulait pas faciliter l’adoption d’enfants par des couples homosexuels.

 

 

Elle s’est débord intéressée au statut du corps humain, puis à la place qu’occupe l’individu, en tant qu’être de chair, dans la société. Illustrant parfaitement ma théorie selon laquelle un chercheur n’a qu’un seul objet de recherche dans la vie, à savoir lui-même, jusques et y compris s’il travaille sur le théorème de Pythagore ou les anacoluthes, Marzano a longuement évoqué ses problèmes d’anorexie dans Légère comme un papillon. Très concernée par la fragilité de la condition humaine, elle a beaucoup réfléchi sur la violence de l’idéologie et des pratiques libérales et sur le mythe aliénant de la « confiance en soi » en mettant en regard la construction par le capitalisme d’une prétendue entreprise à visage humain et les raisons pour lesquelles on ne s’est jamais autant suicidé sur les lieux de travail.

 

 

J’évoquerai ici son ouvrage de 2010 : Extension du domaine de la manipulation.

 

 

« Que faire », demandait Lénine ? Le capitalisme pense avoir définitivement ringardiser cette question en proposant un « Qui être ? » qu’il estime beaucoup plus radical. L’entreprise se veut à la pointe de cette nouvelle métaphysique. Pensons à Carlos Gohn, le PDG de Renault-Nissan qui, dans un texte de 1999, le « Nissan Revival Plan », affirmait la nécessité de « redonner une âme à l’entreprise » en lui insufflant « de la flamme, de l’intensité, de la lumière ». Dans cette envolée angélique, qui a sûrement dû inspirer Royal (dans sa période tunique bleue) ou Macron, il n’évoquait pas les licenciements à venir ni son salaire annuel de 7 millions d’euros. La médiacratie relaya à l’envie ce beau discours tenu par un milliardaire au statut de fonctionnaire en béton armé qui, à la différence de Roland de Roncevaux, ne s’envisageait sûrement pas en preux sacrifié mais plutôt en « tueur de coûts » obsessionnel.

 

 

Dans la vulgate libérale, celui qui réussit sa vie réussit d’abord en tant qu’entrepreneur. C’est alors qu’il peut, naturellement, prendre les rênes d’un pays qu’il gèrera comme une entreprise. Marzano cite évidemment le cas de Berlusconi, précurseur de Trump. Il est malheureusement vrai que la majorité des peuples italien et étasunien ont pu croire que ces leaders, qu’ils avaient choisis démocratiquement (hum !), feraient des miracles.

 

 

Au XXIe siècle, explique l’autrice, le travail n’est plus un moyen de subsistance dont la valeur est « instrumentale » : il possède une valeur « intrinsèque ». Comme on vit désormais pour travailler, pour « être », le chômage, la précarité sont des échecs personnels. Les auto-entrepreneurs, mais en fait tous les travailleurs (on ne dit plus « travailleur » mais « collaborateur ») s’entreprennent eux-mêmes, sont les entrepreneurs de leur vie, dans un monde sans cesse en mouvement vers un avant toujours provisoire quoique définitif. J’ai été personnellement témoin de la prise de pouvoir dans l’université française de stakhanovistes complètement névrosés qui, courroies de transmission des politiques de droite comme de « gauche », ont imposé à l’enseignement supérieur une véritable schlague libérale où individus et institutions seraient en perpétuelle compétition avec comme seul objectif, nullement atteint, bien au contraire, de progresser dans le classement de Shanghai. Même le CNRS s’y est mis, qui organisa des séminaires pour « conduire et animer des réunions efficaces ». Apprendre aux chercheurs à être de bons chercheurs eût été superfétatoire...

 

 

Dans le public comme dans le privé (le modèle prescripteur étant celui du privé), cette schlague se caractérise par la double contrainte, ces injonctions paradoxales repérées en 1956 par un sociologue – évidemment étasunien – sous l’appellation de « double bind ». Le « collaborateur » doit systématiquement se conformer à une chose et à son contraire : l’autonomie dans l’initiative et la conformité par rapport au groupe, la performance au service du groupe et l’épanouissement personnel, l’engagement dans l’entreprise et la flexibilité (en d’autres termes, l’acceptation d’être viré à la demande expresse de l’actionnaire). Le piège le plus redoutable est celui de l’autonomie au travail : « l’entreprise propose, voire exige, de plus en plus d’autonomie, mais en même temps elle leur fixe des objectifs et des calendriers qui ne sont pas discutables. Les salariés sont dits autonomes dans la mesure où ils organisent leur travail comme ils le veulent pour parvenir aux résultats attendus.  Cette belle affirmation ne servira finalement qu’à une chose : rendre les travailleurs intégralement responsables de leurs échecs éventuels. De l’incohérence de ces injonctions contradictoires naît le malaise contemporain. » Et l’augmentation des suicides sur les lieux de l’entreprise. 3 à 400 chaque année en France, alors que, jusqu’en 1990, les suicide sur les lieux de travail n’existait quasiment pas. L’autrice cite l’indispensable sociologue du travail Christophe Dejours : « Ces suicides sont liés à la manière dont les solidarités, les phénomènes d’entraide ont été désagrégés dans le monde du travail. » Assurément, le collaborateur est de plus en plus seul. En particulier s’il n’adhère pas au principe moral selon lequel on ne peut exister socialement que si l’on travaille tout le temps, si l’on est connecté et connectable en permanence, alors que, depuis trente ans, les salariés ont cru conquérir l’allègement de leurs horaires de travail et l’allongement de leurs congés.

 

     

    Note de lecture n° 169

     

    Pour faire des « collaborateurs » de véritables galériens au service de l’entreprise, le capitalisme a inventé le concept (repris par le secteur public) de « ressources humaines ». Marzano dénonce cet oxymore redoutable. On parlait autrefois simplement de « personnel ». Les chefs du personnel ont ainsi laissé la place aux DRH. Comment peut-on traiter « humainement » des « ressources » qui, par définition, sont faites pour être exploitées ? Les DRH sont désormais les caïds de l’entreprise ou des administrations. Des « Salons » leur sont consacrées, des «Masters » leur enseignent le métier. Ils doivent repérer les « compétences », un acquis jamais acquis, toujours remis en question malgré la professionnalisation des études, « toujours plus vite obsolètes ». Ils doivent veiller à l’observation de la prétendue éthique des entreprises. L’autrice donne un exemple saisissant de la fausseté de ce miroir aux alouettes : « Après avoir énoncé l’un de ses principes clés – Toute personne travaillant pour, ou avec, L’Oréal a droit à un environnement de travail sain, sur et sans risque – la Charte donne des exemples sous forme de question/réponse : « Q : Ma responsable hiérarchique m’a dit qu’elle pensait que je ne dormais pas assez et m’a conseillé de ne pas sortir si souvent le soir. Elle craint que je ne m’assoupisse et sois victime d’un accident. N’ai-je pas droit au respect de ma vie privée ? Je pense qu’elle va un peu loin. Que dois-je faire ? R : Ce que vous faites de vos soirées ne regarde que vous. Mais si votre fatigue vous met, ou met vos collègues, en situation de danger, votre responsable hiérarchique a raison de vous en parler. Bien que nous respections la vie privée de nos collaborateurs, nous ne pouvons pas accepter des comportements pouvant engendrer une situation de danger. Il n’y a pas de compromis en matière de sécurité. » On jettera un voile public sur la condamnation de l’Oréal pour discrimination raciale à l’embauche en juillet 2007.

     

    Les collaborateurs courbent la tête car, désormais, tous les emplois, sans exception, sont délocalisables. Les services juridiques de grandes entreprises britanniques ont été exportés en Inde. Plus un seul salarié n’est protégé. Tout travailleur est aujourd’hui un soldat de « l’armée de réserve » (Marx) du capital. Et c’est à ce petit soldat que le patronat va enseigner, en exclusivité ce qu’il devra être et ce qu’on attend de lui.

     

    Le monde n’est plus à changer. C’est à chaque individu de changer, en jetant au panier toute pensée critique, surtout si elle est d’inspiration collective. Vive le coaching et à bas toute démarche psychanalytique, lente et lourde.

     

     

    Ouvrages de Michela Marzano :

     

     

    • Penser le corps, PUF, 2002 (ISBN 2130506836)
    • La Pornographie ou l’Épuisement du désir, Buchet-Chastel, 2003 (ISBN 2283019354)
    • La Fidélité ou l’Amour à vif, Buchet-Chastel, 2005 (ISBN 2283020603)
    • Alice au pays du porno (avec Claude Rozier), Ramsay, 2005 (ISBN 2841147037)
    • Le Corps: Films X : Y jouer ou y être, entretien avec  Ovidie, Autrement, 2005 (ISBN 2746706547)
    • Malaise dans la sexualité, JC Lattès, 2006 (ISBN 2709628147)
    • Je consens, donc je suis... Éthique de l’autonomie, PUF, 2006 (ISBN 2130556515)
    • Philosophie du corps, PUF, 2007 (ISBN 9782130555063)
    • Dictionnaire du corps, PUF, 2007 (ISBN 2130550584)
    • L’Éthique appliquée, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2010
    • Extension du domaine de la manipulation, de l'entreprise à la vie privée, Grasset, 2008 (ISBN 9782246733713)
    • Le Fascisme. Un encombrant retour ?, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2009.
    • Le Contrat de défiance, Grasset, 2010. publié ensuite chez Pluriel en mai 2012 sous le titre "Eloge de la Confiance (ISBN 9782818502181)
    • Légère comme un papillon, Grasset, 2012.
    • Tout ce que je sais de l'amour, Stock, 2014.
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    25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 06:17

     

     

    J’avoue que j’ai été quelque peu turlupiné par la finale du 800 mètres féminin des championnats du monde d’athlétisme 2017 à Londres. Et ce ne sont pas les jérémiades bien pensantes de l’épais Patrick Montel, pleurant sur les malheurs personnels de la nouvelle championne, qui m’ont fait spontanément accepter un résultat du 3ème type. D’autant que se superposait au physique de déménageur yorouba de la championne sud-africaine le visage d’angelot quelque peu féminin du vainqueur du 800 mètres masculin, le Français Pierre-Ambroise Bosse.

     

    Pourquoi les instances internationales ont-elles finalement autorisé Caster Semenya à participer à des épreuves féminines ?

     

    Quelques heures avant les championnats du monde de Berlin de 2009, la Fédération internationale d’athlétisme décide de soumettre l’athlète à la voix décidément masculine à des tests de féminité. Il en ressort que Caster Semenya est « intersexué (e) ». A l’heure actuelle, la génétique définit l’intersexuation (ou ambiguïté sexuelle) comme l’état d’un être humain, ou de tout autre animal dont les organes génitaux sont difficiles ou impossibles à définir. En 2013, l’Allemagne a autorisé la qualification d’« indéterminé » en plus des sexes masculin et féminin. En 2015, un jugement du Tribunal de grande instance de Tours a permis à une personne intersexuée de voir indiquée la mention « sexe neutre » sur son état civil.

     

    Caster Semenya fut déclarée intersexuée car sa production de testostérone était très inhabituelle pour une femme et que son génotype était XY. Ce qui en faisait un homme. Restait le paramètre de ses attributs sexuels : ils étaient mixtes.

     

    Après moult travaux de commissions il fut décidé que Caster courrait dans une catégorie spécifiquement créée dans le handisport. Mais le 6 juillet 2010, Caster fut de nouveau autorisé(e) à s’inscrire dans des compétitions féminines après ablation des testicules et à condition que ses taux de testostérone soient en dessous de la limite de la normale pour un homme. Dès lors, Caster remporta de nombreuses courses internationales chez les femmes.

     

    Apparemment, Caster est respecté(e) par ses compétitrices. Donc, aussi, en tant que femme. Mais cette histoire laisse un goût étrange dans la bouche. Si l’on considère qu’il y a trois sexes, le sexe masculin, le sexe féminin, et le sexe indéterminé, pourquoi ne pas avoir fait courir Caster dans une catégorie spéciale ? Pourquoi lui avoir conseillé (imposé ?) cette boucherie et cette transformation génétique ?

     

    En tout état de cause, la confusion demeure quand on a à l’esprit que « Caster » est un prénom masculin et que l’athlète est désormais mariée à … une femme.

     

     

     

    Politiquement correct et championnats du monde d’athlétisme
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