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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 06:02

 

 

On commence cette année sur les chapeaux de roue avec l’Union de Reims.fr qui s’intéresse aux sextos, des textos sexuels qui permettent d’érotiser notre quotidien routinier. Le site propose, pour un coût d’1 euro 25 la minute, de canaliser nos fantasmes en répondant à quelques questions essentielles. Rappelons que l’Union de Reims fut fondé en 1944 par des résistants du groupe Libération-Nord dont deux furent assassinés en 1945 au camp de concentration de Neuengamme. Alors, avec quelle actrice pourriez-vous sortir ?

 

Découvrez avec quelle actrice de cinéma votre personnalité est compatible. Bien que le monde pailleté des célébrités semble inatteignable, l’amour n’a pas de limite, alors ne faites pas le timide, découvrez la star que vous avez le plus de chance de faire craquer !

 

Quelle sportive est faite pour vous ?

 

En plus d'avoir un corps de rêve les sportives ont un caractère bien trempé.

 

Madame, êtes-vous douée en préliminaires ?

 

Chaque corps n’est pas parfait et peut présenter un petit défaut. Ne laissez pas ces petits détails vous intimider. Concentrez-vous plutôt sur les caresses et vos ébats amoureux et tout se déroulera à merveille.

 

L’Union de Reims.fr élève le débat en brossant le portrait de l’homme ou de la femme infidèle : « Contrairement aux idées reçues, les infidèles, qu'ils soient homme ou femme, sont plutôt châtains aux yeux marrons, répondent à des critères physiques classiques et ont en commun d'être romantiques et sensuels. Chez l'homme, il approche la quarantaine et mesure 1,80 m pour 80kg. Cheveux châtains courts, yeux marron sont ses attributs physiques.

 

Du côté des femmes, guère de différence dans la typologie standard. Elle a en moyenne 34 ans, mesure 1,70m pour 60kg. Sa chevelure châtain est de longueur moyenne et ses yeux sont également marron. Verseau est son signe zodiacal. Si la femme infidèle partage le romantisme et la sensualité avec son homologue masculin, elle est plus attentive. Son signe astrologique est le Taureau.

 

Revue de presse (135)

Zora Ramdane, dans Res Publica, revient sur des problèmes de restauration scolaire :

Les partisans de l’identité nationale-chrétienne, nostalgiques de la « France fille aînée de l’Église », ont une vision inquiétante de la restauration scolaire. Pour eux, le problème se réduit à pouvoir placer du poisson le vendredi et imposer les autres jours un menu unique, avec cochon pour tous lorsque le maire le décide. Cette droite nationale-chrétienne, dans laquelle de nombreux chrétiens ne se retrouvent pas, ne compte pas que des chrétiens. Mais, comme Barrès, ils utilisent le catholicisme comme arme contre la République laïque, libre, égalitaire et fraternelle. S’agissant de restauration scolaire, il convient pourtant raisonner en termes d’offre de repas, de sécurité alimentaire, de diététique, de découverte, de plaisir partagé et d’éducation au goût. Pour un nombre croissant d’élèves, le repas pris à la cantine constitue le seul véritable repas de la journée, faisant de la restauration scolaire un système solidaire de cohésion sociale. La qualité de la cantine scolaire, son adaptation aux besoins des élèves, à leur équilibre et leur développement, ne forme pas un problème idéologique mais social, qui mérite d’être d’abord traité en lui-même et positivement, d’une façon sécularisée, indépendamment des questions de normativité religieuse. Les deux parties qui se sont affrontées dans la bataille juridique de Chalon ont exclusivement fait valoir leur communautarisme ou leur sectarisme, qui, tous deux, divisent le peuple.

 

Dans L’Humanité, Christophe Prudhomme souhaite une réforme profonde des soins urgentistes en France : « Le bon modèle, c’est le centre de santé où les généralistes se retrouvent avec d’autres professionnels, infirmiers, kinés… Cette structure pourrait accueillir des petites urgences en soirée, disposer d’un plateau technique, permettre de réaliser des prises de sang, des radios… Les postes de médecins doivent aussi devenir plus attractifs. Quand vous êtes urgentiste à bac + 9 et qu’on ne vous propose que des CDD de trois mois renouvelables, ce n’est pas possible ! La solution passe également par l’augmentation du nombre de médecins en formation. Seules quelques centaines d’urgentistes sont formées chaque année. Il y a trente ans déjà, on avait alerté sur la pénurie, avec un numerus clausus excessivement bas jusqu’aux années 1990. Le numerus clausus a été augmenté dans les années 2000 mais comme il faut dix ans pour devenir docteur, là, on paie encore les années où seules 4 000 personnes par an étaient en formation (contre 7 800 aujourd’hui). Résultat, sur les 200 000 médecins exerçant en France, 40 000 ont eu leur diplôme à l’étranger. Il est temps de sortir de ce système consumériste où les patients ne sont pas bien pris en charge.

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 05:37

Aucun doute pour Serge Halimi (Le Monde Diplomatique, sept 2015), la primaire du parti républicain sera celle des milliardaires : « En 2012, MM. Barack Obama et Willard Mitt Romney avaient consacré environ 1 milliard de dollars chacun au financement de leur campagne présidentielle. Plutôt que de verser son écot à un candidat, le milliardaire new-yorkais Donald Trump a décidé d’entrer lui-même dans l’arène : « Je gagne 400 millions de dollars par an, alors quelle différence cela fait-il pour moi ? » Un autre milliardaire, M. Ross Perot, promettait dès 1992 « d’acheter la Maison Blanche pour la rendre aux Américains qui ne peuvent plus se la payer ».

M. Trump va probablement échouer à son tour, mais non sans avoir éclairé à sa manière le fonctionnement du système politique américain : « Je suis un businessman. Quand [des candidats] m’appellent, je donne. Si j’ai besoin de quelque chose deux ou trois ans plus tard, je les appelle et ils sont là pour moi. » Ancienne sénatrice de New York et candidate aux primaires démocrates, Mme Hillary Clinton fut « là » elle aussi : « Je lui ai dit de venir à mon mariage, elle l’a fait. Vous savez pourquoi ? J’avais versé de l’argent à sa fondation. » Afin d’obtenir un président incorruptible, suggère M. Trump, choisissez-le dans la liste des grands corrupteurs ! »

 

Vivrons-nous demain dans un monde entièrement uberisé (Evgueni Morozov) ?: « Voici près de dix ans que nous sommes otages de deux bouleversements. Le premier est le fait de Wall Street ; le second, de la Silicon Valley. L’un et l’autre se complètent à merveille dans le numéro du mauvais et du bon policier : Wall Street prône la pénurie et l’austérité ; la Silicon Valley exalte l’abondance et l’innovation.

Premier bouleversement : la crise financière mondiale, qui s’est soldée par un sauvetage du système bancaire, a transformé l’Etat social en un champ de ruines. Le secteur public, ultime rempart contre les avancées de l’idéologie néolibérale, en est sorti mutilé, voire totalement anéanti. Les services publics ayant survécu aux coupes budgétaires ont dû augmenter leurs tarifs ou se sont vus contraints d’expérimenter de nouvelles tactiques de survie. Certaines institutions culturelles ont ainsi dû, faute de mieux, faire appel à la générosité des particuliers en recourant au financement participatif : les subventions publiques ayant disparu, elles n’avaient plus de choix qu’entre le populisme de marché et la mort. »

 

Pour Jean-Michel Dumay, le pape François s’attaque au « fumier du monde » : « Voici près de dix ans que nous sommes otages de deux bouleversements. Le premier est le fait de Wall Street ; le second, de la Silicon Valley. L’un et l’autre se complètent à merveille dans le numéro du mauvais et du bon policier : Wall Street prône la pénurie et l’austérité ; la Silicon Valley exalte l’abondance et l’innovation.

Premier bouleversement : la crise financière mondiale, qui s’est soldée par un sauvetage du système bancaire, a transformé l’Etat social en un champ de ruines. Le secteur public, ultime rempart contre les avancées de l’idéologie néolibérale, en est sorti mutilé, voire totalement anéanti. Les services publics ayant survécu aux coupes budgétaires ont dû augmenter leurs tarifs ou se sont vus contraints d’expérimenter de nouvelles tactiques de survie. Certaines institutions culturelles ont ainsi dû, faute de mieux, faire appel à la générosité des particuliers en recourant au financement participatif : les subventions publiques ayant disparu, elles n’avaient plus de choix qu’entre le populisme de marché et la mort. »

 

Razmig Keucheyan et Renaud Lambert, nous invitent à mieux connaître Erneto Laclau, inspirateur de Podemos : « Contre la corruption, les diktats européens, les grands projets inutiles : la multiplicité des mobilisations contraste avec le sentiment d’impuissance politique. Comment faire vibrer ces batailles particulières sur une corde collective ? En cultivant une forme renouvelée de populisme, expliquait l’intellectuel argentin Ernesto Laclau. Influentes auprès de la gauche radicale espagnole, ses réflexions appellent une lecture critique. »

 

Pour Maxime Robin, aux Etats-Unis, on sait rançonner les pauvres : « Impossible, ou presque, de vivre aux Etats-Unis sans contracter un emprunt. Devant les difficultés de leurs clients à rembourser, les banques augmentent les pénalités et... leurs profits. En revanche, dans certains quartiers défavorisés, elles refusent d’ouvrir des agences. Les habitants doivent alors avoir recours aux échoppes de « prêteurs rapaces ». »

 

Cédric Gouverneur explique pourquoi la Bolivie a les yeux « tournés vers les flots » : « La Cour internationale de justice devra trancher dans les prochaines semaines un contentieux de plus d’un siècle. Défaite lors de la guerre du Pacifique (1879-1883), la Bolivie a perdu son littoral au bénéfice du Chili. L’enjeu économique, lié à la création d’un corridor qui faciliterait les relations commerciales de toute la région avec l’Asie, éclipse aujourd’hui les considérations politiques. »

 

Pour Florent Détroit, La course à l’Arctique passe par Reykjavik : « Encore hypothétique, l’ouverture de routes maritimes dans l’océan Arctique suscite un intérêt croissant parmi les puissances commerciales. Pour se rapprocher des ressources naturelles de la région polaire, la Chine courtise l’Islande, premier pays européen à avoir signé avec elle un traité de libre-échange. »

 

Est-ce pour cela que l’ours polaire est devenu un animal géopolitique (Farid Benhammou et Rémy Marion) : « L’ours polaire est devenu le symbole d’une biodiversité en péril, sous la menace du réchauffement climatique. Impossible toutefois de dissocier la protection de l’espèce des enjeux géopolitiques liés à un territoire convoité, l’Arctique. Une dimension dont les organisations environnementales ne sont pas toujours conscientes, pas plus qu’elles ne mesurent le rôle des peuples autochtones. »

 

Camelia Entekhabifard estime que Les Iraniens sont dans l’incertitude du lendemain : « 

Après l’accord sur le nucléaire signé en juillet, la perspective d’une levée des sanctions contre Téhéran devrait permettre, à terme, le redémarrage d’une économie sinistrée. Mais les dirigeants de la République islamique auront à choisir la nature des réformes qu’ils souhaitent mener pour accompagner cette relance. L’ouverture politique intérieure, très incertaine, dépendra de deux scrutins majeurs en 2016. »

 

Akram Belkaïd explique pourquoi le président turc s’en prend désormais violemment aux forces progressistes : « Sans lui et son parti, point de salut... Le 11 août 2015, lors d’une allocution télévisée, M. Recep Tayyip Erdogan, usant d’un ton à la fois martial et paternaliste, donne le signal implicite de la campagne pour les élections législatives anticipées, qui devraient avoir lieu le 1er novembre. Evoquant successivement la fin du processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la décision de s’attaquer militairement à celui-ci, mais aussi à l’Organisation de l’Etat islamique (OEI), et la nécessité pour le Parti de la justice et du développement (AKP) de gouverner seul pour continuer à mener les réformes, le président turc revendique un bilan positif. « Il agit comme s’il n’avait enregistré aucun revers depuis deux ans, observe Taha Akyol, éditorialiste à Hürriyet, quotidien de centre droit. Il relativise même l’incapacité de l’AKP à obtenir la majorité absolue au scrutin législatif du 7 juin dernier, disant qu’il ne lui a manqué “que” 18 députés. »

 

Lors de la cérémonie de l’humiliation en Palestine, Abaher El Sakka était présent : « Vivre en Palestine, c’est s’habituer à être arrêté à tout moment. Les barrages ne se résument pas aux personnes abattues, aux femmes enceintes qui perdent leur bébé et aux malades morts d’avoir trop attendu ; ils constituent un lieu privilégié pour observer le spectacle de l’occupation. Selon les périodes, les organisations humanitaires recensent jusqu’à plus de cinq cents barrières de tout type rythmant nos vies : permanentes, provisoires, volantes, mobiles, saisonnières... Le colonisateur les désigne à sa guise. Certaines sont « internationales », comme entre la bande de Gaza et Israël. D’autres découpent la Cisjordanie en une multitude d’entités séparées appartenant en théorie à trois zones discontinues : la première relève des prérogatives de l’Autorité palestinienne en matière de sécurité ; la seconde est cogérée ; la troisième est totalement contrôlée par Israël. Cette classification donne à l’Autorité palestinienne un pouvoir illusoire, car, en pratique, soldats et policiers israéliens peuvent dresser un obstacle mobile militarisé où et quand ils le veulent, comme on a pu le voir à Al-Bireh, à quelques centaines de mètres de la Mouqata’a, le siège de la présidence palestinienne à Ramallah. »

 

 

Pour Gavan McCormack, La base américaine d’Okinawa est une épine dans le pied du premier ministre japonais : « Sous prétexte de s’émanciper des Etats-Unis, M. Abe Shinzo veut contourner la Constitution pacifiste de son pays. Le premier ministre japonais masque ainsi sa volonté de renforcer l’armée, malgré une forte opposition de la population. Du reste, il a accepté l’extension des bases militaires réclamée par Washington dans l’île d’Okinawa, qui abrite déjà les deux tiers des troupes américaines déployées au Japon. »

 

Baptiste Dericquebourg évoque Syriza et les chausse-trapes du pouvoir : « En remettant en jeu son mandat de premier ministre après avoir accepté les conditions draconiennes des autorités européennes, M. Alexis Tsipras a précipité la scission de Syriza. La Plate-forme de gauche s’est aussitôt constituée en un mouvement, Unité populaire, favorable à la sortie de l’euro. Les leçons que les uns et les autres tirent des six mois de pouvoir de Syriza en Grèce diffèrent… »

 

Dans l’est de l’Allemagne, de grands investisseurs font main basse sur les terres agricoles : « Après avoir connu la noblesse prussienne, la collectivisation, les coopératives et la transition, l’agriculture est-allemande suscite désormais l’appétit de grands investisseurs souvent étrangers au secteur. Une situation paradoxalement favorisée par les structures héritées du régime communiste. »

 

À Bruxelles, les pantoufles sont confortables (Vicky Cann) : « Les institutions européennes accordent une place exorbitante à la bureaucratie au détriment du pouvoir politique. Intervenant à tous les stades du processus de décision, ces fonctionnaires concentrent l’attention des lobbys. Faute de règles précises dont l’application serait effectivement contrôlée, la vie bruxelloise voit aussi se multiplier les conflits d’intérêts, tant chez les députés que chez les commissaires. »

 

Et puis, Les élus passent, les eurocrates restent (Sylvain Laurens) : « Pourquoi perdre son temps avec un député lorsque l’on peut s’adresser directement à ceux qui détiennent le pouvoir ? Dans un restaurant chic de Bruxelles, le lobbyiste Erik Polnius ne s’embarrasse pas de simagrées : « Pour moi, il y a deux types de lobbyistes : d’abord, ceux qui, quand ils ont une proposition de texte, viennent voir un membre du Parlement... » Une moue moqueuse suggère ce que lui inspire la démarche et appelle la question : mais qui sont ces personnes si puissantes auxquelles préfère s’adresser la seconde catégorie de lobbyistes ? La grimace se transforme en sourire satisfait : « Les bureaucrates de la Commission, bien sûr. »

 

Comment la Corse peut-elle se développer (Dominique Franceschetti) ?: « Le plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc) doit être soumis au vote de l’assemblée territoriale cet automne. En adaptant les modalités d’application des lois montagne et littoral aux spécificités locales, ce texte renvoie à la question de la relation des Corses avec le milieu naturel. Il implique aussi de revenir sur une forme d’organisation sociale singulière. »

Daniel Paris-Clavel revient sur la révolution du western italien : « Expression d’une lucidité politique, le « western spaghetti » a profondément renouvelé un genre à bout de souffle tout en démythifiant la fondation de l’Amérique. Décliné en « western Zapata », avec pour toile de fond les révolutions mexicaines, il donne le beau rôle au paysan basané du sud du Rio Grande, qui vole la vedette au héros yankee... »

 

Aminata D. Traoré, femme politique malienne, évoque, dans une lettre à sa sœur, le martyre des naufragés africains : « Deux cents de tes concitoyens et presque autant des miens figurent parmi les huit cents morts du naufrage du 18 avril 2015 au large de la Sicile. Nombreux sont ceux dont on ne parle déjà plus, ceux dont on ne parlera jamais, enfouis dans ces fosses communes que sont devenus le désert du Sahara et la Méditerranée.

Ton fils unique est un jour parti pour l’Europe avec quatre-vingt-neuf autres jeunes de Thiaroye (Sénégal) à bord d’une embarcation que la mer a engloutie. Nous nous sommes rencontrées parce que, dans mon pays, d’autres mères de migrants disparus qui ne veulent ni oublier ni baisser les bras m’ont interpellée : « Nous n’avons pas revu nos enfants ni vivants ni morts. La mer les a tués. Pourquoi ? » Elles ne savaient rien non plus de cette mer tueuse, notre pays le Mali étant enclavé. »

 

 

 

 

 

 

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 05:37

Il y a longtemps que je voulais consacrer une chronique à l'expression “ capital humain ”. Cela a été fait récemment par Élisabeth Beague, beaucoup mieux que je n'aurais su le faire, sur le site Investig'Action :

 

Le « capital humain » fut précédemment appelé « ressources humaines » et, il y a plus longtemps encore, « personnel ». Pourquoi cette évolution ? Sans prendre le risque de se tromper lourdement, il est permis d’avancer que la transformation du lexique est au cœur d’un vaste travail politique de marchandisation de la relation salariale.

La définition du dictionnaire

 

Le personnel est l’ensemble de personnes employées dans une catégorie d’activités. La gestion du personnel est entendue dans une perspective opérationnelle, il s’agit de l’administrer selon ses différents niveaux de qualification. Les ressources sont les moyens matériels (hommes, réserves d’énergie) dont dispose ou peut disposer une collectivité ou une entreprise. La gestion des ressources humaines est l’ensemble des pratiques mises en œuvre pour les administrer, les mobiliser et les développer au bénéfice de l’activité d’une organisation. Et, dans certaines organisations, elle est considérée comme coresponsables de la production et de la qualité. Le capital est une richesse destinée à produire un revenu ou de nouveaux biens, c’est aussi l’ensemble des choses qui servent à la satisfaction de besoins. Plus spécialement, en économie, le capital est un instrument de travail employé à la production.

 

La dérive néo-libérale

 

Le capital humain est un réservoir de ressources au service de l’entreprise. Ce capital désigne des aptitudes, physiques ou intellectuelles, d’une main d’œuvre pouvant être exploitée avec profit dans la production économique. Dans ce sens, le capital humain est un investissement qui a un coût mais qui augmente la productivité et est censé rapporter un revenu bien supérieur au coût. Dans la dérive économique actuelle, le capital humain est un facteur de production au même titre que le capital physique et, comme les coûts de production doivent être « maîtrisés », la rémunération de ce capital, le salaire, évolue en fonction de la fluctuation des marchés, c’est-à-dire à la baisse. La suppression d’emplois devient alors un mode de gestion, une variable d’ajustement, une source d’économies, un agent essentiel du profit. Tous les séminaires organisés pour amener les managers à optimaliser la gestion du capital humain ont pour but de rendre ce « capital » responsable des aléas de son parcours professionnel. On fait donc appel à son principe de responsabilité et d’exemplarité, à son désir de reconnaissance et d’appartenance, à son souci du dépassement des limites et à l’exigence de sa mobilisation totale. L’assujettissement du salarié sera complet sauf quand, sans doute insuffisamment formaté et au risque de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins vitaux les plus élémentaires, celui-ci fera comprendre au capitaliste que le jeu ne l’amuse plus.

 

Donc, en réalité

 

L’employé est le plus parfait exemple du capital « circulant » : transformé ou détruit pendant le cycle de production. La gestion du capital humain confiée aux entreprises a pour but de diminuer progressivement ce capital qui est par trop aléatoire. Puisque l’employeur désire maximiser ses profits, il exigera beaucoup de son salarié et lui donnera peu en retour. L’individu aura la responsabilité du choix : soit être exploité au travail, soit être exclu du travail. Une situation très confortable pour l’employeur magnanime qui ne pourra qu’entériner la responsabilité du travailleur et, en fonction de la décision de celui-ci, faire rédiger par un de ses subordonnés une belle lettre de préavis. S’il n’est pas complètement dégoûté, l’individu s’inscrira alors à une « bourse de l’emploi » pour se remettre sur le « marché » du travail.

 

 

 

 

 

 

 

Chef du personnel, DRH, capital humain
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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 05:16

 

 

 

Comment se fait-il que les gens des médias se mettent soudain à utiliser les mêmes mots, les mêmes tournures, à bon ou à mauvais escient, quand ce n’est pas à contresens. Cela dure quelques mois, quelques années et puis les modes passent, les tics sont fatigués, le pavlovisme émoussé.

 

Je n’ai pas de réponse très assurée à cette question. Peut-être est-ce parce que les gens des médias veulent avant tout être d’accord. D’accord avec les autres gens des médias, d’accord avec le discours dominant, d’accord avec l’air du temps. Parfois ce sont les gens des médias qui suggèrent aux politiques de nouvelles manières de s’exprimer, parfois c’est l’inverse. Au milieu, les consommateurs du « parler ensemble », du « parler comme il faut », du « parler de connivence », c’est-à-dire nous.

 

Je donne ici quelques exemples, multiples et surtout variés.

 

Je commence par un tic qui tend à disparaître, l’utilisation exagérée de la préposition « sur », que j’ai appelé précédemment la « surite », une maladie peu grave mais irritante causée par une contamination de l’anglais. Il se trouve qu’en anglais « on » est d’un usage plus fréquent que « sur » : « on his departure » (lors de son départ), « he works on a farm » (il travaille dans une ferme), « on the high seas » (en pleine mer). Ainsi, pendant des années, les gens des médias chargés de la météo nous ont informé qu’il faisait 19 sur Lyon, en oubliant que « 19 sur Lyon » et « 19 à Lyon » ne signifiaient pas la même chose. 19 étant, selon ces mêmes gens des médias une « normale saisonnière » (un adjectif devenant un substantif) et non une « norme saisonnière ». La disparition n’est pas totale puisqu’il reste, par exemple, « sur mon portable » (on my cellular phone), comme dans la phrase un peu bizarre : « appelle moi sur mon téléphone portable » ou, mieux encore, « à partir de 20 heures, je serai sur mon portable ».

 

 

Si j’emploie à dessein l’expression « gens des médias » et non pas « journalistes », ce n’est pas entièrement de ma faute : c’est surtout celle des intéressés. En effet, ceux-ci n’informent plus : ils « communiquent » et attendent des gens d’en haut mais dont ils sont tout à fait contigus qu’eux aussi « communiquent » : « le ministère a décidé de ne pas communiquer pour le moment », « dans l’entreprise dont le PDG vient d’être mis en examen, le responsable de la communication a refusé de s’exprimer ». Les gens des médias n’ont pas compris – ou font semblant de ne pas comprendre – que la communication suit un parcours inverse de celui de l’information. Informer c’est donner à l’autre. Communiquer, c’est amener l’autre à soi. D’où, toujours dans la perspective de l’être d’accord, la soumission des gens des médias à la langue des dominants, celle de l’impérialisme anglo-saxon au premier chef. Je rappellerai pour la bonne bouche, et parce que c’est facile « le marché de l’éducation », « les frappes chirurgicales », « les dégâts collatéraux » (surtout quand il s’agit de véritables carnages, c’est-à-dire de la transformation d’êtres humains avec un corps, un esprit, un passé, un présent et un avenir en chair animalière), les « partenaires sociaux » (expression d’abord CFDTiste, puis CGTiste, qui date des peurs engendrées par la révolution industrielles outre-Manche et qui constitue désormais le ba-ba de toute amorce de réflexion niant la lutte des classes), naturellement les « charges sociales » qui sont bien évidemment des cotisations, du salaire différé, donc de la solidarité.

 

Je ne sais trop qui est l’âne pervers qui a lancé l’expression « changer de logiciel ». Cette fois, je ne suis pas certain que l’expression anglaise « change software » soit utilisée comme chez nous au sens figuré. Ce vocable est doux pour les politiques qui n’ont plus de programmes politiques mais des « plates-formes », des « perspectives », et pour les gens des médias qui, consciemment ou non, associent « logiciel » à l’idée de logique. Quand on veut à tout prix être d’accord sur tout, on apprécie que le monde puisse se lire en langage binaire et que la pensée ne soit pas erratique ou contradictoire mais performante, raisonnable, inscrite dans un cadre intangible.

 

Allons faire un tour du côté des gens des médias sportifs. Le flot de tics est un véritable Niagara. Contentons-nous de quelques gouttes. Le coureur cycliste s’est échappé « pour la gagne » (gagner). On a ainsi apprécié le « déroulé » (le déroulement) d’une étape nerveuse tout en appréciant le « rendu » (la remise) du marchand de barbe à papa. Il y a là une évolution qui devrait intéresser les sociolinguistes. Ce recours à des déverbaux signifie, me semble-t-il, quelque chose de profond. Un  déverbal est un substantif créé en retirant le suffixe verbal d’un verbe à l’infinitif. On a tendance à penser qu’en français les verbes ont été tirés de noms. Or c’est le plus souvent l’inverse qui s’est produit. C’est « marcher » qui a donné « marche » ou « crier » qui a donné « cri ». Lorsque « gagne » remplace « gagner », lorsque « déroulé » remplace « déroulement », c’est le « procès » (pardon : le process) qui est oblitéré. Il n’y a plus que le résultat qui compte. Le chemin n’existe plus. Idem pour « rendu » qui est l’argent qui se retrouve soudain dans ma main, alors que le mot « remise » renvoie à un acte. Puisqu’on est dans le sport, on ne saurait oublier l’insupportable « il est le troisième meilleur nageur de tous les temps » (« third best ») alors que « troisième nageur » suffisait amplement il y a trente ou quarante ans. Tandis qu’en français il ne saurait y avoir de « troisième pire nageur de tous les temps », l’Anglais a besoin de se rassurer. Il importe en tout cas que nos nageurs soient « aux taquets ». Cette expression est pour moi un mystère car, n’existant pas (voir le Gros Robert), elle ne saurait signifier ce qu’elle est censée vouloir dire dans la bouche des gens des médias qui en usent et abusent. S’ils sont « aux taquets », ils « répondront présent » et gagneront s’ils sont « fréquents ». Ces nageurs devront assurément s’inspirer de l’exemple d’« un certain » Alex Jany qui dominait toutes les « problématiques » et les « thématiques » de la natation (problèmes et thèmes sont beaucoup trop bouseux pour les gens des médias), même s’il ne disposait pas de la « technologie » d’aujourd’hui. Hé non, bananes ! La technologie, c’est le discours, la réflexion sur la technique. Le béton précontraint est une technique, pas une technologie.

 

 

Je terminerai provisoirement par (pardon : « sur ») l’infinitif séparé, le split infinitive cher à nos amis d’outre-Atlantique, donc du monde entier. L’infinitif anglais étant constitué de deux mots, le split infinitive intercale un adverbe entre « to » et le verbe infinitif. On aura donc « afin de pleinement comprendre la dimension du problème » (so as to fully understand the dimension of the problem).

 

PS : le dessin à la moussaka est tiré d'un article intitué “ Pourquoi trop de tics de langage juste insupportables tuent les tics de langage juste insupportables (ou pas) ? ” J'aurais naturellement dû mentionner dans mon article le « juste » contaminé de l'anglais (« it's just impossible » = c'est juste impossible) et le (« ou pas ») qu'un vrai gens des médias, « un certain Delahousse » utilise toutes les cinq minutes.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 17:38

Quand on est une soubrette de l’impérialisme étasunien dans sa tête, on écrit dans la langue du maître.

 

Suite à la déclaration – qui ne mange pas de pain – d’Obama sur « nous sommes la dernière génération qui peut encore faire quelque chose pour sauver la planète », Ségolène s’est fendue d’un tweet à l’adresse du Président des Etats-Unis :

 

@POTUS congratulations to président Obama for his engagement before Paris#COP21.French parlement transition energetique bill

 

Dans ce message, on relève une ou deux fautes par mot.

 

-       Deux fautes dans « président » qui ne prend pas d’accent mais où la majuscule s’impose.

 

-       « For » : « congratulations » est plutôt suivi de « on » que de « for ». Faute légère.

 

-       « Engagement » en anglais signifie « engagement » au sens d’obligation, et surtout « fiançailles ». Oh Michelle… Le seul mot que Ségolène aurait dû utiliser spontanément était « commitment ».

 

-       « Parlement » en anglais se dit « Parliament ».

 

-       « Energetique » n’existe pas avec cette orthographe. Ségolène à genoux aurait dû écrire « energy transition ».

 

Quand je pense que, jeune salarié, je payais des impôts pour que Ségolène apprenne l'anglais à l'ENA... Cela dit, l'anglais de François est pire !

 

 

 

 

PS : puisque nous sommes dans la langue anglaise ou ce qui s'y apparente, trois brèves remarques qui n'ont rien à voir avec la correspondance de Ségolène Royal.

 

Ainsi donc, il a été découvert à la Réunion, un morceau de l'épave d'un Boing 777. Je note au passage que les journalistes branchés ne disent pas "Sept-cent-soixante-dix-sept" mais "triple sept". Ces mêmes journalistes branchés ont imédiatement parlé d'un "flaperon", comme si toute la francitude connaissait ce vocable depuis la plus tendre enfance. Or ce mot ne figure pas dans mon Gros Robert (2001), ni dans mon édition du Shorter Oxford (1990) qui fait tout de même 2 500 pages. Flaperon est un mot-valise apparu depuis peu dans la langue anglaise. Il est composé de "flap" (rabat) et "aileron", emprunt direct récent (mais je ne sais pas exactement de quand) au français. Félicitons les anglophones qui savent créer des vocables compréhensibles par tous, sans trop se creuser la tête. Et ne félicitons pas les francophones, beaucoup moins réactifs dans ce domaine.

 

Par ailleurs, les championnats du monde de natation se déroulent dans la ville russe de Kazan. Depuis ma plus tendre enfance, j'avais toujours entendu parler de "Kazan" se prononçant comme du "zan". Les journalistes de la branchitude, colonisés dans leur tête comme Ségolène, nous parlent de "Kazanne", ce qui, évidemment, fait plus yankee. Ils doivent sûrement connaître le grand cinéaste Elia Kazanne et l'actrice française Alexandra Kazanne. Avec leurs primes, ils s'achètent peut-être des manteaux ou des toques astrakhannes.

 

J'en ai absolument ras la casquette des journalistes sportifs qui nous parlent de la "troisième meilleure performance de l'année". Pour des raisons fort respectables, les anglophones disent "third best performance". Ils doivent éprouver un léger besoin de se sécuriser en imaginant l'inimaginable, à savoir la "third worst performance". Mais nous, en bons cartésiens (si on ne s'auto-congratule pas, ce ne sont pas autres qui le feront), nous ne concevons pas un instant ce que pourrait être la "troisième plus mauvaise performance".

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 06:00

Un dossier très nourri sur la situation en Grèce (« Le révélateur grec »). À commencer par un article de Yannis Varoufakis : “ Leur seul objectif était de nous humilier ” : 

Soucieuse d’éviter le défaut de banques françaises et allemandes déjà fragiles, qui avaient prêté des milliards à des gouvernements grecs aussi irresponsables qu’elles, l’Europe a décidé d’accorder à Athènes le plus important plan d’aide de l’histoire. A une condition : que le pays procède à une consolidation budgétaire (phénomène plus connu sous le nom d’austérité) d’une ampleur jamais imaginée auparavant. Sans surprise, l’opération a provoqué une chute du revenu national sans précédent depuis la Grande Dépression. C’est ainsi que s’est enclenché un cercle vicieux : la déflation. conséquence directe de l’austérité, a alourdi le fardeau de la dette et propulsé l’hypothèse de son remboursement dans le domaine du chimérique, ouvrant la voie à une crise humanitaire majeure.

Pendant cinq ans, la « troïka » des créanciers – le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne représentant les Etats membres qui avaient prêté à Athènes – s’est entêtée dans cette impasse, pour laquelle les spécialistes de la finance ont un nom : extend and pretend, ou stratégie du « comme si ». Cela consiste à prêter toujours davantage à un débiteur insolvable comme s’il ne l’était pas, afin de ne pas avoir à enregistrer des pertes sur ses titres. Plus les créanciers s’obstinaient, plus la Grèce s’enfonçait dans la crise économique et sociale, et moins elle devenait réformable. Pendant ce temps, les pertes potentielles des créditeurs gonflaient et gonflaient encore.

 

 

A lire également l’article de Serge Halimi : “ L’Europe dont nous ne voulons plus ” :

Un mouvement jeune et plein d’énergie entendait transformer une nation et réveiller le Vieux Continent. L’Eurogroupe et le Fonds monétaire international (FMI) ont écrasé cette espérance.

Au-delà du choc que les événements grecs représentent pour certains des partisans du projet européen, trois enseignements s’en dégagent. D’abord, la nature de plus en plus autoritaire de l’Union à mesure que l’Allemagne y impose sans contrepoids ses volontés et ses obsessions. Ensuite, l’incapacité d’une communauté fondée sur une promesse de paix à tirer la moindre leçon de l’histoire, même récente, même violente, dès lors qu’il lui importe avant tout de sanctionner les mauvais payeurs, les fortes têtes. Et enfin, le défi que pose ce césarisme amnésique à ceux qui voyaient dans l’Europe le laboratoire d’un dépassement du cadre national et d’un renouveau démocratique.

 

 

Pour Renaud Lambert, “ le système a absorbé le virus ” :

Aux yeux de M. Schaüble et de ses collègues européens, le militantisme libéral de Londres – des nouvelles entraves au droit de grève à l’encadrement de l’audiovisuel public – justifie certaines concessions ; pas les options politiques de Syriza, pourtant modérées. Au contraire : « Une grande partie des dirigeants européens partagent le sentiment qu’assouplir les règles pour satisfaire un gouvernement de gauche en Grèce créerait un dangereux précédent et fragiliserait sans doute la zone euro davantage qu’une défection du pays », rapporte le journaliste américain Jack Ewing (...).

 

 

Pour François Denord (et al.), L’ordolibéralisme allemand est une cage de fer pour le Vieux Continent :

 

« Si quelqu’un voulait encore une preuve du danger que font peser les référendums sur le fonctionnement des démocraties modernes, la voilà », fulminait le site de l’hebdomadaire Der Spiegel le 6 juillet 2015, après l’annonce des résultats de la consultation grecque. La sidération provoquée en Allemagne par ce « non » retentissant s’explique par la collision frontale entre deux conceptions de l’économie et, plus largement, des affaires publiques.

La première approche, qu’incarnaient début juillet les dirigeants grecs, reflète un mode de gouvernement proprement politique. Le suffrage populaire prime sur la règle comptable, et un pouvoir élu peut choisir de changer les règles. La seconde, à l’inverse, subordonne l’action gouvernementale à la stricte observance d’un ordre. Les politiques peuvent agir comme ils l’entendent pourvu qu’ils ne sortent pas du cadre, lequel se trouve de facto soustrait à la délibération démocratique. Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble personnifie cet état d’esprit.

 

 

Laurent Bonelli s’est intéressé aux djhadistes partis combattre à l’étranger :

Quels points communs entre un militant de gauche se rendant en Espagne en 1936 pour défendre la république et un individu qui part combattre aux côtés de l’Organisation de l’Etat islamique ? Sur le plan des objectifs, aucun. Mais l’observation des étapes de leurs parcours révèle quelques similitudes qui éclairent les ressorts d’un engagement. Et, dans le cas des djihadistes, les risques liés à leur retour.

 

 

Agnès Sinaï explique pourquoi les conflits peuvent avoir une origine climatique :

Ne pouvant plus nier les effets des activités humaines sur le climat, les dirigeants de la planète vont se retrouver à la fin de l’année à Paris pour la 21e conférence des Nations unies sur le climat (COP21). Mais ils ne semblent pas prendre toute la mesure du problème, alors que les accidents se multiplient. Les mauvaises récoltes en Chine, par exemple, pourraient avoir attisé les « printemps arabes ».

 

 

Sahar Khakifa étudie la représentation des femmes arabes dans les médias occidentaux :

Des créatures faibles et opprimées disparaissant sous un tchador ou une burqa. Telle est l’éternelle représentation des femmes arabes que proposent les médias occidentaux, en mélangeant allègrement les contextes et les nationalités. Ces femmes seraient-elles donc hors de l’histoire ? Et si elles ne le sont pas, comment expliquer la grande régression qu’ont connue leurs droits au cours des dernières décennies ?

 

 

Pour Benoît Bréville, les fast-foods d’aujourd’hui nous illusionnent autant que ceux d’avant :

Mois après mois, les ventes de McDonald’s s’effondrent. Associée à la malbouffe et à l’obésité, la multinationale pâtit également de la concurrence de marques qui se présentent comme différentes : elles proposeraient des aliments naturels, traiteraient leurs employés avec respect, favoriseraient le commerce équitable, etc. Apôtres de ces nouvelles manières de consommer, les chaînes Starbucks et Subway sont parvenues à conquérir la planète.

 

 

Pas très rationnel, l’usage de la voiture à Moscou (Hélène Richard) :

La généralisation rapide de l’automobile après la chute du mur de Berlin a eu raison du réseau routier de la capitale russe. Moscou figure aujourd’hui parmi les villes les plus embouteillées au monde, avant Istanbul ou Rio de Janeiro. Chaque véhicule y dispose de quatre fois moins d’asphalte que dans les grandes villes occidentales. Il est loin, le temps où Nikita Khrouchtchev promettait à ses concitoyens de faire en Union soviétique « un usage plus rationnel des voitures que les Américains »…

 

 

 

Sergio González Rodríguez donne son témoignage sur la torture au Mexique :

Des protestations ont émaillé la visite du président mexicain Enrique Peña Nieto en France, lors des festivités du 14 juillet. Actes de torture, massacres, disparitions : diverses organisations ont dénoncé la responsabilité de l’Etat dans ce qui constitue le quotidien des Mexicains.

 

 

Pour Michel Didier, les bergers sont les prolétaires de l’élevage :

La présence du loup dans les montagnes françaises est une bonne nouvelle pour la biodiversité. Mais le retour de ce prédateur a révélé la vulnérabilité des troupeaux et la fragilité d’un mode d’élevage devenu très extensif. Sensibles à la préservation du pastoralisme et à la majesté des paysages, les promeneurs ignorent généralement ce que les alpages doivent à la persévérance des bergers.

 

 

Pour Pierre Souchon, Disneyland est toujours un vrai paradis :

Les révélations de LuxLeaks ont donné un coup de projecteur sur les pratiques de contournement de l’impôt chez Disney. Embarrassantes, ces informations sont occultées dans le parc d’attractions de Marne-la-Vallée, où prospère la vision d’une entreprise consensuelle, soudée autour de valeurs communes. Un vrai conte de fées...

 

 

Pierre Daum explique comment les musulmans sont ségrégués en France :

Décrit tantôt comme une menace pour l’identité nationale, tantôt comme une idéologie guerrière, l’islam fait l’objet d’attaques incessantes dans les médias ou de la part de dirigeants politiques. Mais on aborde rarement cette religion dans sa pratique quotidienne : qu’est-ce qu’être musulman dans une société qui condamne les immigrés et leurs descendants à la ségrégation ? Exemple à Montpellier.

Les habitants de la Paillade, selon l’ancien nom que tout le monde continue d’utiliser, se retrouvent entre eux : quinze mille personnes, pour la plupart issues des immigrations postcoloniales. Et, parmi elles, une proportion importante de familles venues du sud du Maroc. En juin 2000, lors de l’inauguration de cette ligne de tramway, Georges Frêche, le maire de l’époque (décédé en 2010), avait lancé une plaisanterie qui avait fait beaucoup rire les élus municipaux : « Ici, c’est le tunnel le plus long du monde [il parlait du passage souterrain situé à l’extrémité de la place de la Comédie]  : vous entrez en France et vous ressortez à Ouarzazate ! » Et, pour ceux qui auraient encore pu douter de la connotation raciste de son propos, il avait ajouté en désignant une passagère qui portait le foulard : « Ne vous inquiétez pas pour la dame, elle n’a que les oreillons ! »

 

 

Martine Bulard est allée se promener « sous bonne garde en Corée du Nord :

Il a fallu deux ans pour obtenir un visa d’entrée en tant que journaliste en République populaire démocratique de Corée. Ce sésame ne signifie pas pour autant liberté de mouvement, ni même choix du programme, et encore moins discussions spontanées dans la rue. A quelques exceptions près, les autorités décident de ce que vous devez voir. Mais elles ne peuvent pas tout cacher...

 

 

Julien Mercille revient sur la crise immobilière en Irlande et sur le rôle des médias :

Le Parlement et le Sénat irlandais ont décidé en novembre 2014 la création d’une commission d’enquête sur l’implosion de la bulle immobilière en 2008. Il s’agissait d’« enquêter sur les raisons pour lesquelles l’Irlande a connu une crise bancaire systémique, notamment sur les facteurs politiques, économiques, sociaux, culturels, financiers et comportementaux, ainsi que sur les décisions qui y ont contribué ». Dans le cadre de leurs travaux, les parlementaires ont auditionné en mars 2015 le chercheur canadien Julien Mercille sur la responsabilité des médias. Voici un extrait de son intervention.

 

Peu avant de mourir, Boris Vian écrivit En avant la zizique et par ici les gros sous. Les choses n’ont pas changé (David Commeillas) :

Avec l’essor des smartphones, l’écoute légale de musique en ligne, sans téléchargement, connaît un succès croissant. Se pose maintenant la question de la qualité de l’offre, mais aussi de la répartition équitable des gains, à la fois entre les artistes et les maisons de disques et entre les artistes eux-mêmes.

 

 

Dominique Pinsolle se demande comment faire la révolution à l’ère de l’interconnection du monde :

« Le pouvoir ne réside plus dans les institutions. Il réside désormais dans les infrastructures de ce monde» De ce constat, le Comité invisible tire dans son dernier livre une conclusion pratique aussi simple que séduisante : les révolutionnaires doivent s’organiser pour bloquer les flux qui parcourent et composent notre univers, dont la structure serait désormais celle d’un réseau aux dimensions planétaires. Bonne nouvelle : cet ensemble de nœuds interconnectés serait particulièrement vulnérable, et quelques actions bien ciblées suffiraient à le déstabiliser. Sous l’effet de son développement réticulaire, le capitalisme se trouverait ainsi menacé par des groupes d’individus ingénieux décidés à pirater des serveurs informatiques, à bloquer des raffineries, à occuper des places au cœur des métropoles, etc.

 

 

 

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 05:11

 

Je reviens un instant sur le baccalauréat. Après l’épreuve de français et Flaubert, la natation.

 

Plusieurs personnes de mon entourage ayant présidé des jurys sont d’accord sur un point : ne pas obtenir le bac aujourd’hui est, pour les candidats, une activité à plein temps pendant 10 mois. Il faut en effet beaucoup de méthode et d’acharnement pour rater cette épreuve quand on voit que tel élève ayant eu un 5 généreux en philo à l’écrit devient un authentique penseur avec un 14 au repêchage ou que tel autre, qui n’avait pas du tout les points nécessaires, reçoit néanmoins la peau d’âne car il a déjà redoublé une fois et que tripler, vu sa médiocrité, ne servirait à rien. De nombreuses universités ont désormais beau jeu d’organiser des modes de sélections aussi illégaux que biaisés et incompréhensibles pour le pékin de base.

 

Mais il est des épreuves où les examinateurs savent faire preuve de rigueur, pour ne pas dire de vacherie. Par exemple dans l’épreuve de natation, facultative donc source de bonus dès lors que le candidat obtient au moins 11/20. Il y a en France des jeunes de 17/18 ans qui brillent dans bien des domaines sportifs. Mais il ne faut tout de même pas les favoriser autant que des philosophes nullards en leur accordant des 20/20 parce qu’ils réalisent dans les bassins ou dans les stades des temps que les profs d’EPS rêveraient d’égaler. Alors on s’efforce, par exemple, de leur faire perdre des points en leur demandant, avant qu’ils se mettent à l’eau, de prévoir quel sera leur temps à l’arrivée.

 

Connaissant d’assez près le monde de la natation depuis quelques années, je pense pouvoir affirmer que Florent Manaudou n’aurait pas forcément décroché la meilleure note. Je cite le texte officiel :

 

Le 800 mètres est obligatoirement effectué en crawl. La performance chronométrique est notée sur 12 suivant le barème ci-dessous.

 

GARCONS

NOTE

FILLES

12'46

12

14'00

12'54

11.5

14'10

13'02

11

14'20

13'10

10.5

14'30

13'18

10

14'40

13'26

9.5

14'50

13'34

9

15'00

13'42

8.5

15'10

13'50

8

15'20

14'00

7.5

15'32

14'10

7

15'44

14'20

6.5

15'56

14'30

6

16'08

14'40

5.5

16'20

14'50

5

16'32

15'00

4.5

16'44

15'10

4

16'56

15'20

3.5

17'08

15'32

3

17'20

15'44

2.5

17'35

15'56

2

17'50

16'08

1.5

18'05

16'20

1

18'20

 

Par ailleurs, il existe 4 critères techniques et de gestion de l'épreuve notés sur deux points chacun :

 

  • Les virages. Pour obtenir ces points, le candidat devra maîtriser le virage « culbute ».
  •  
  •  
  • La régularité. L'écart entre les différentes portions de 100 mètres doit être le plus faible possible. Un écart de moins de 4 secondes entre le 100 mètres le plus rapide et le 100 mètres le plus lent permet d'obtenir les deux points. Le premier et le dernier 100 mètres ne sont pas pris en compte dans ce calcul.
  •  
  •  
  • La gestion de l'effort. Le candidat doit nager les 100 derniers mètres plus rapidement que les autres 100 mètres (mis à part le premier 100 mètres qui n'est pas pris en compte).
  •  
  •  
  • L'échauffement. La préparation réalisée avant la course est notée sur deux points. Elle doit notamment être suffisamment longue, avec une intensité progressive et une prise de repères techniques.
  •  

La note obtenue lors de cette épreuve pratique est ramenée sur 16 points tandis que l'entretien avec le jury est noté sur 4 points.

 

Photo : BG, dr.

 

 

 

L’épreuve de natation au baccalauréat
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 06:01

Jean-Paul Vespini. Gino le Juste. Bartali, une autre histoire de l’Italie. Toulouse, Editions Le Pas d’Oiseau, 2014

 

L’historien Jean-Paul Vespini a écrit une bonne quinzaine de livres sur le cyclisme. Cet ouvrage consacré à Gino Bartali tranche sur le reste de sa production en ce qu’il nous propose une histoire de l’Italie, celle des années fascistes et de l’après-guerre, par le biais de cette biographie consacré au cycliste de légende.

 

Bartali fut très discret sur cet aspect fondamental de son existence : au risque de sa vie, il joua un rôle réel dans la résistance au fascisme et contribua à sauver plusieurs centaines de Juifs, d’où son accession (post mortem) au rang de « Juste parmi les nations ». Profondément catholique, proche de Pie XII, il entra dans l’ordre du Carmel à l’âge de 20 ans. Il refusa par ailleurs de porter la chemise noire, contrairement à la majorité des cyclistes professionnels de l’époque.

 

Aujourd’hui, le sport professionnel est conditionné, écrasé par le capitalisme financier et les grands médias. Dans l’Italie des années vingt et trente, le sport subit la loi d’airain du totalitarisme dont il est le serviteur zélé. Et l’on a peine à imaginer à quel point, même pour un très grand sportif populaire, il put être difficile de résister aux desiderata fascistes, tout sportif étant, directement ou indirectement, sous les ordres du Duce. Lorsque les cyclistes italiens courent à l’étranger, ils sont étroitement chaperonnés par une éminence fasciste qui a rang de général. En 1937, Bartali domine dans l’épreuve de la tête et des épaules. Relevant de maladie, il n’avait pas souhaité prendre le départ de la grande boucle. Sous la menace du président du Comité national olympique italien, il s’était finalement aligné. Il fait une lourde chute et perd la tête du classement. Son chaperon, le journaliste de la Gazzetta dello Sport, ainsi que son directeur sportif, lui demandent d’abandonner. L’ordre vient du Duce, qui ne veut pas d’un Italien « battu sur la terre de France ». En 1938, le Duce lui interdit de participer au Giro (qui eût été une formalité pour lui) afin qu’il se réserve pour le Tour de France. Il écrase ses adversaires dans les Alpes. A l’arrivée à Briançon, de nombreux supporters italiens l’acclament. Le général Antonelli  écarte la foule en s'écriant : « N'y touchez pas, c'est un Dieu ! » Après la victoire à Paris, le régime fasciste exulte : « Le nom de Bartali est lié à celui de l’Italie, dans lequel tout au long des routes de France on a reconnu, dans l’athlète victorieux, le représentant de la jeunesse mussolinienne. » Et puis cette victoire fait un peu oublier celle d’Ottavio Bottechia en 1924, un antifasciste notoire peut-être assassiné par des nervis mussoliniens.

 

 

Pendant la guerre, Bartali sera l’auxiliaire du cardinal de Florence Elia Dalla Costa, nommé, en novembre 2012, Juste parmi les nations pour avoir contribué à sauver de très nombreux Juifs. Sous couvert de ses entraînements de coureur cycliste, Gino va servir de messager pour Dalla Costa, acheminant des faux papiers dans le tube de selle et à l’intérieur du guidon de son vélo. Il n’est de meilleur clandestin que celui qui ne se cache pas. Gino accomplit plus de quarante missions vêtu d’un maillot sur lequel l’inscription « Bartali » est très visible. Une lettre que Pie XII lui a adressée en guise de remerciement est interceptée. Gino est convoqué dans un lieu de détention et de torture de Florence. Il ressort libre grâce à l’intervention de deux jeunes fascistes auprès du major qui l’interroge. Il quitte Florence pour s’installer dans les Apennins. Il est arrêté en novembre 1943 en voulant chercher refuge au Vatican et reste emprisonné pendant 45 jours. Il est considéré comme déserteur mais les tribunaux de guerre ont dû plier bagage.

 

Après guerre, Bartali va traquer le dopage dans le peloton. Dans ce domaine, les sportifs italiens ont quelques longueurs d’avance. Sa popularité, comme celle de Coppi (cet anti Bartali qui a une épouse et une maîtresse légitime mère de son fils, et n’est pas très éloigné des communistes) est immense. La démocratie chrétienne voit en lui un rempart contre le bolchévisme. Pendant le Tour de France 1948, le principal responsable du parti communiste Palmiro Togliatti est victime d’un attentat. Le Premier ministre Alcide de Gasperi téléphone à Bartali, son ami qu’il a connu à l’Action catholique, et lui demande de gagner l’épreuve pour calmer les esprits en Italie. Contre Bobet et Robic, Bartali dévale les cols et gagne. Il Popolo, l’organe de la démocratie chrétienne, se pâme : « Il est protégé par la madone ». Quelques jours plus tard, Togliatti est sorti d’affaire. Comment douter de l’existence de Dieu dans ces conditions ? A la fin du Tour, il a gagné 3 millions de Francs (le salaire mensuel d’un instituteur débutant était de 25 000F) qu’il partage avec ses coéquipiers. Comment douter… ? Son ami le pape le fait chevalier de l’ordre de saint Sylvestre : « Bartali est le champion de l’Italie et de la foi. Il réunit l’amour pour la patrie et l’amour pour la religion, ces deux choses vont très bien ensemble », déclare le saint Père avant de le bénir.

 

Dans le Giro de 1949 (le Giro du siècle), Gino termine à la deuxième place, à 24 minutes de Fausto. La roue a tourné. Curzio Malaparte oppose les deux personnalités hors norme en qui il voit « deux visages de l’Italie » : « Bartali est un homme dans le sens ancien, classique, métaphysique aussi, du mot. C’est un ascète qui méprise et oublie à tout instant son corps, un mystique qui ne croit qu’à son esprit et au Saint-Esprit. Il sait qu’un seul raté dans le moteur de la Providence peut lui valoir une défaite. Il prit en pédalant. Il ne lève la tête que pour regarder le ciel. Il sourit à des anges invisibles. Fausto Coppi, au contraire, est un mécanicien. Il ne croit qu’au moteur qu’on lui a confié, c’est-à-dire son corps.  Du départ à l’arrivée, du commencement à la fin de la course, il ne cesse un seul instant de surveiller ce moteur précis, délicat et formidable qu’est son corps à lui. » Quant à Dino Buzzati, il décrira en ces termes le déclin essentiellement humain de ce champion d’exception : « Il pédalait, il pédalait comme s’il s’était senti talonné par une terrible bête, comme s’il avait su qu’en se laissant rejoindre tout espoir eût été perdu. Ce n’était que le temps, le temps irréparable, qui lui courait après. Et c’était un grand spectacle que cet homme seul, dans cette gorge sauvage, en train de lutter désespérément contre les ans. [...] C’est un vaincu, Bartali, aujourd’hui. Pour la première fois. Voilà qui nous remplit d’amertume, car cela nous rappelle intensément notre sort commun à tous. »

 

 

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 05:23

 

Sur les pierres du Parthénon
et sur l'écume de la mer, j'écris ton Non,
Sur la traite du créancier
et sur la boîte vide du médicament, j'écris ton Non,
Sur l'injonction du FMI
et sur le marbre de Paros, j'écris ton Non,
Sur la face de Merkel
et sur le mépris de Lagarde, j'écris ton Non,
Sur la Grèce revenue
et sur la Dette disparue, j'écris ton Non

Dignité


 

 

Philippe Arnaud

 

 

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 05:38

Comment s’inspirer de Podemos, demande Pablo Iglesias en première page du Monde Diplomatique de juillet 2015 ? :

 

Crise financière, paupérisation massive, discrédit des professionnels de la politique : tout aurait dû conduire à un regain de la gauche en Europe. Et pourtant elle piétine presque partout. Cela explique sans doute que les regards se tournent vers l’Espagne, où le parti Podemos a fait preuve d’inventivité stratégique. Un pari que présente ici son secrétaire général.

 

L’attitude de Berlin vis-à-vis d’Athènes lors des négociations ne m’a pas surpris. Même si la Grèce est un Etat faible, le gouvernement Tsipras remet en question le mode de fonctionnement de l’Union européenne sous hégémonie allemande. L’ampleur de la provocation est donc sans commune mesure avec la taille du pays. Par ailleurs, Podemos apparaît désormais comme un acteur politique important en tant que candidat au pouvoir dans la quatrième économie de la zone euro. Or nos camarades grecs nous l’ont dit : nos bons résultats dans les sondages ne constituent pas nécessairement une bonne nouvelle pour eux. Nos adversaires craignent en effet que toute victoire enregistrée par Syriza dope nos propres résultats, qu’elle nous alimente en oxygène. Leur objectif ne se borne donc pas à tenir en échec le gouvernement grec : il s’agit également de barrer la route à d’autres menaces, comme celle que nous représentons à leurs yeux. Mettre Syriza sous pression revient à faire de même avec Podemos, à démontrer qu’il n’y a pas d’alternative. « Vous voulez voter Podemos ? Regardez ce qui se passe en Grèce » : voilà, en substance, le refrain que l’on sert aux Espagnols à l’heure actuelle.

 

 

Selon Philippe Descamps, la Conférence Paris Climat 2015 est mal partie :

 

En Occident, la sobriété s’oppose frontalement à l’austérité, qui apparaît comme un subterfuge pour répartir plus inéquitablement encore les richesses. Le chemin de la décroissance de nos émissions de gaz carbonique passe par des investissements massifs dans l’habitat, les transports publics, les énergies renouvelables — à la hauteur, par exemple, des sommes mobilisées pour renflouer les banques en 2008... Tant la recherche d’une efficacité énergétique que l’amélioration concrète des conditions de vie peuvent créer de nombreux emplois, réduire les nuisances et générer dans chaque foyer des économies substantielles.

La sobriété conduit aussi à définir le bien-être autrement : moins de matière, plus de main-d’œuvre ; moins de machines, plus d’intelligence. Taxer le kérosène pour réduire l’usage intempestif de l’avion ; renchérir le transport maritime pour entraver la dérive du libre-échange et favoriser les circuits courts ; renoncer à certaines ressources du sous-sol.

 

Nada Maucourant évoque « l’autre combat des femmes Kurdes » :

 

Elle est devenue l’un des emblèmes de la lutte acharnée des Kurdes contre l’Organisation de l’Etat islamique (OEI). Helly Luv, de son vrai nom Helan Abdulla, multiplie les chansons pop pour exalter le sentiment patriotique. Avec un succès international. Réalisé en 2015, le clip de Revolution appelle à défendre le Kurdistan contre des envahisseurs dont le spectateur comprend qu’il s’agit des troupes de l’OEI. En tenue de combat et talons dorés, cheveux rouge sang et keffieh vermillon, la chanteuse, qui porte des bracelets en balles de mitrailleuse, arrête à elle seule la progression d’une colonne de chars. Dans une autre vidéo, celle de la chanson Risk It All, elle apparaît entourée de guerrières aux yeux maquillés, leurs mains aux ongles vernis brandissant des kalachnikovs. Ces images illustrent bien le charisme prêté aux guerrières du Kurdistan. Nul doute que leur diffusion planétaire contribue à renforcer l’intérêt récurrent et enthousiaste pour les combattantes kurdes.

 

… Tandis que Florence Beaugé revient sur la condition des femmes en Tunisie :

Elles vivaient sur une image : celle de la femme émancipée, bénéficiant depuis la présidence de Habib Bourguiba d’un statut unique dans la région. Le code du statut personnel (CSP), adopté dès 1956, avait fait d’elles une exception dans le monde musulman : interdiction de la polygamie, de la répudiation et des mariages forcés, droit au divorce. Elles votaient depuis 1959, pouvaient avorter depuis 1973, et plusieurs étaient devenues ministres. M. Zine El-Abidine Ben Ali vendait partout cette image de « la » femme tunisienne.

Au lendemain de la chute du dictateur, en janvier 2011, il a fallu admettre qu’il y avait non pas « une », mais « des » Tunisiennes, et surtout qu’il existait un gouffre entre les textes et les usages. A quelques kilomètres de Tunis et de ses brillantes femmes médecins, avocates ou chefs d’entreprise, se battent pour survivre des femmes analphabètes, dont le sort a pour noms pauvreté, précarité et violence. Dans le contexte d’une économie chancelante, de conflits sociaux à répétition et d’épisodes sanglants réguliers, les Tunisiens ont pris la mesure du conservatisme de leur société. A Tunis, dans les milieux libéraux, on n’évaluait pas jusque-là l’ampleur du phénomène.

 

 

Furibarde parce qu’écoutée, l’Élysée ne fait rien (Serge Halimi) :

 

Le 24 juin dernier, M. Barack Obama a sans doute recouru à quelques civilités de son cru lorsqu’il a, une nouvelle fois, promis au président François Hollande qu’il n’espionnerait plus les conversations téléphoniques de son « partenaire indispensable ».

Est-ce parce qu’il redoutait des poursuites judiciaires françaises, une amende de quelques milliards d’euros (comme celle que la BNP Paribas a réglée au Trésor américain), l’arrêt des négociations de libre-échange avec l’Europe, la mise en cause de l’Alliance atlantique ? Assurément pas. Pour un président des Etats-Unis, rien n’est en effet plus malléable et moins redoutable qu’un socialiste français. D’ailleurs, peu après la révélation de l’espionnage par les services de renseignement américains de trois chefs d’Etat français successifs, M. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, a réagi avec une placidité admirable : « Il faut qu’on garde la mesure de tout cela, il faut qu’on cadre les choses. On n’est pas là pour déclencher des ruptures diplomatiques ; il y a trop de liens. » Puis il s’envola pour Washington afin d’y discuter du grand marché transatlantique. Ses interlocuteurs avaient sans doute déjà une petite idée de l’exposé qu’il ferait...

 

 

 

Dans “ Michel Onfray ou l’amour de l’ordre ”, Evelyne Pieiller tente de recadrer le philosophe de plus en plus inclassable :

 

« Qui se cache derrière l’intellectuel le plus populaire de France, bête noire de Manuel Valls ? » Question judicieuse que celle posée par Le Point, l’hebdomadaire où officie son ami Franz-Olivier Giesbert, à l’occasion de la parution du dernier ouvrage de Michel Onfray, Cosmos. La pensée et les opinions du personnage ont assez de rayonnement pour faire de ses essais des best-sellers ; il lui suffit d’apparaître en couverture d’un magazine pour en redynamiser les ventes. Mieux encore, quand il dénonce la « terreur idéologique activée par cette mafia qui se réclame de la gauche » et affirme préférer « une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL », ou « une analyse juste de BHL à une analyse injuste d’Alain de Benoist », le premier ministre lui-même se sent tenu de réagir. A l’évidence, M. Valls a été perturbé par la référence à Alain de Benoist, principal représentant de ce que l’on a nommé la Nouvelle Droite, cofondateur jadis du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece). Car si Onfray, qui se dit de gauche, et même proudhonien, peut être d’accord avec un homme dont le chef du gouvernement estime qu’il a « d’une certaine manière façonné la matrice idéologique du Front national », alors « ça veut dire qu’on perd les repères ». En bref, concluait sobrement un autre membre du gouvernement, M. Jean-Marie Le Guen : « Mais où va-t-on ? »

 

 

A lire, un dossier sur la Grèce, ou comment la sauver :

En apparence, le projet est simple. Depuis cinq mois, les créanciers d’Athènes s’emploieraient à sauver la Grèce de la banqueroute. Au fil des négociations, une autre ambition s’est toutefois dessinée : discréditer un projet politique identifié comme « radical ». En conditionnant leur soutien à de nouvelles mesures d’austérité, les interlocuteurs de M. Alexis Tsipras l’ont placé entre les deux mâchoires d’une tenaille. Soit le premier ministre grec défend son programme de campagne et s’expose alors à des représailles financières, soit il cède à ses « partenaires », au risque de perdre sa majorité parlementaire et de voir son parti imploser.

 

Pour Cecilia Valdez, un bâillon a été posé sur la colère en Espagne :

 

La manœuvre visant à casser le thermomètre pour faire chuter la température n’a jamais fait la démonstration de son efficacité. C’est toutefois celle qu’a choisie Madrid pour enrayer les mobilisations que connaît le pays depuis mai 2011 : l’occupation des places, la distribution de tracts ou le collage d’affiches seront désormais interdits. Au risque de souffler un peu plus sur les braises.

 

 

Chloé Maurel estime qu’il est possible de donner une existence légale à dix millions d’êtres humains :

 

En France, des dirigeants politiques ont évoqué l’idée de déchoir de leur nationalité certains militants salafistes, créant par là de nouveaux apatrides. Au même moment, le maire de New York Bill de Blasio vient de fournir une carte d’identité municipale aux sans-papiers de sa ville. Une initiative qui n’est pas sans rappeler le passeport Nansen, inventé au lendemain de la première guerre mondiale.

 

 

 

 

Pierre Rimbert explique pourquoi les tongs voyagent à l’œil :

 

Un cabinet de curiosités réunissant les idées folles de la pensée de marché souffrirait d’encombrement. La cotation en Bourse d’êtres humains voisinerait avec le paiement d’élèves pour qu’ils acceptent de lire, avec les produits dérivés sur les catastrophes climatiques ou avec la privatisation des baleines. En juin dernier, le jeu réputé infaillible de l’offre et de la demande a engendré une nouvelle bizarrerie, cette fois dans le domaine d’ordinaire peu excentrique du transport maritime : le coût du trajet Asie-Europe était… négatif.

Le prix d’un emplacement de conteneur standard sur le pont d’un navire amarré à Shanghaï et à destination de Rotterdam se reflète dans un indice, le Shanghai Containerized Freight Index (SCFI). Sur cette route Asie-Europe, l’indice gravite depuis quelques années autour de 1 000 dollars pour une boîte de trente mètres cubes, soit un volume correspondant à environ 21 000 paires de tongs. A ce tarif, chaque paire parcourt un trajet de plus de 22 000 kilomètres pour un coût inférieur à 5 centimes. Sans cette quasi-gratuité du transport, les délocalisations n’auraient pas été si nombreuses ni le dumping social si profitable. C’est pourquoi les progressistes de tout bord insistent pour taxer massivement le déplacement de marchandises à faible valeur ajoutée. Ralentir les flux pour raccourcir les circuits : revanche des sandales artisanales.

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin estiment que les Balkans sont la nouvelle ligne de front entre la Russie et l’Occident :

Après l’Ukraine, les Balkans deviendront-ils le théâtre d’un nouvel affrontement Est-Ouest ? La Russie réinvestit dans la région, pour des raisons autant commerciales que géopolitiques. Mais, même en entretenant l’influence qu’il y exerce traditionnellement, Moscou ne peut guère fonder d’espoir sur une région qui se tourne toujours davantage vers l’Union européenne.

 

 

Allan Popelard et Paul Vannier expliquent pourquoi Panama existe sans les Panaméens :

Il y a tout juste un an, un homme d’affaires cédait la présidence du Panamá à un chef d’entreprise. Alors qu’une grande partie de l’Amérique latine revendique sa souveraineté en contestant le pouvoir de l’argent, la petite nation centraméricaine se spécialise dans le commerce de sa soumission. Finance, spéculation et conteneurs organisent ici l’espace, notamment dans la capitale.

 

 

Christelle Gérand nous parle de ces très nombreux Étasuniens qui possèdent un puits de pétrole dans leur jardin :

 

La chute du prix du baril de brut, quasiment divisé par deux en un an, n’affecte pas seulement les multinationales de l’or noir et les pays producteurs. Aux Etats-Unis, elle touche également des millions de particuliers qui possèdent des puits de pétrole sur leur terrain et les louent à des compagnies privées. Lesquelles entendent profiter de cette période de vaches maigres pour obtenir des contrats plus avantageux.

 

 

A lire une bonne synthèse de Guy Scarpetta sur le roman historique autour de l’an 2000 :

 

Autour de l’an 2000, la plupart des grands romanciers ont éprouvé le besoin de se confronter à des sujets historiques. Effet d’une date propice aux bilans ? Ou mutation durable de la littérature elle-même, qui s’approprie de nouveaux territoires ?

 

 

Pour Laura Raim, il existe une véritable Police de la pensée économique à l’Université :

L’enfermement idéologique des dirigeants européens trouve ses racines dans une bataille pour l’hégémonie intellectuelle qui ne se livre pas seulement dans les médias. Malgré ses impasses et l’échec des politiques qu’elle inspire, la doctrine économique néoclassique domine plus que jamais à l’Université. Ses promoteurs, parmi lesquels Jean Tirole joue les premiers rôles, contrecarrent toute volonté de pluralisme.

 

 

… Ce que confirme Gilles Rotillon à propos de Jean Tirole :

 

Jean Tirole, président de l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE), est un économiste reconnu par ses pairs, comme en atteste son récent « prix Nobel », en 2014. Ses recherches sur la régulation des monopoles et des oligopoles, les imperfections de marché ou la finance, lui ont en outre valu la reconnaissance des industriels et des dirigeants politiques, à qui il fournit expertises et avis. Il a ainsi formulé des propositions de simplification des licenciements, de « contrat de travail unique » ou encore de prix unique mondial pour le carbone. En 2008, après l’éclatement de la crise des subprime, il déclarait également, lors d’une audition devant une commission de l’Assemblée nationale à propos de la régulation bancaire : « Il ne faudra pas jeter le bébé avec l’eau du bain : il est hors de question de revenir sur la titrisation ou sur l’existence des produits dérivés, car ces innovations ont des effets positifs. Il faudra en revanche prendre les dispositions techniques nécessaires pour que les abus ne puissent pas se renouveler. » Les millions de personnes qui ont perdu leur emploi, leur retraite ou leur logement à cause de la crise financière pourraient discuter cet avis ; mais du moins restait-il jusque-là dans son rôle d’économiste s’intéressant au marché du travail et à la finance.

 

 

Y aura-t-il Bientôt des yuans dans toutes les poches ? (Yfan Ding)

Première exportatrice mondiale, la Chine dépend du dollar pour ses échanges commerciaux, sa monnaie n’étant pas convertible. Une subordination financière – et politique – dont elle cherche à se dégager par une internationalisation du yuan. La monnaie chinoise est d’ores et déjà devenue la cinquième devise mondiale pour le commerce. Devenue la deuxième puissance économique du monde, la Chine doit surmonter deux obstacles : la non-convertibilité du yuan, qui implique que ses échanges internationaux s’effectuent essentiellement en dollars ; et un réseau bancaire étatisé et gangrené qui ne prête qu’aux grandes entreprises et aux collectivités locales, sans être très regardant sur la qualité des investissements. D’où un gâchis de capital sans précédent (villes nouvelles jamais habitées, investissements de prestige, surcapacités de production, etc.) et des emprunteurs locaux incapables de rembourser leurs dettes. Les petites et moyennes entreprises, elles, doivent passer par des circuits parallèles (« shadow banking »), fort chers et risqués. Pour l’heure, les énormes réserves financières de la Chine permettent d’éponger les « créances pourries » ; c’est la deuxième fois en une décennie. Mais cela ne peut durer : l’argent ainsi stérilisé pourrait être consacré à des projets plus utiles, et les réserves risquent de s’amenuiser en raison du ralentissement économique.

 

 

Le Mali pourra-t-il préserver son intégrité ? (Daniel Bertrand)

 

Plus de deux ans après l’intervention militaire française, le Mali peine à renouer avec la paix. Porteur d’espoir, l’accord d’Alger du 1er mars 2015 ouvre un espace pour le dialogue entre des communautés fragmentées dans un Etat en déshérence. Mais la volonté de négocier l’emportera-t-elle sur les dynamiques de conflit qu’attisent les trafics en tout genre et la raréfaction des ressources ?

 

 

Les hommes se sont-ils toujours fait la guerre (Marylène Patou-Mathis) ?

 

La violence humaine est-elle innée ou induite par le contexte ? Les recherches anthropologiques et archéologiques permettent aujourd’hui de répondre un peu mieux à cette question qui divisa les plus grands philosophes. La guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le bouleversement des structures sociales du néolithique, il y a environ dix mille ans.

 

 

Un mémorial de l’esclavage à Pointe-à-Pitre (Jacques Denis) : Le Mémorial ACTe (MACTe), centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, ouvrira ses portes le 7 juillet sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier, à Pointe- à-Pitre, dans le quartier de Carénage. Si les murs en moellons de l’usine ont disparu, le lieu et les témoignages des plus âgés rappellent comment, en Guadeloupe, l’exploitation industrielle prolongea l’esclavagisme.

 

 

Sébastien Lapaque revient sur l’œuvre de Panaït Istrati, roi des vagabonds :

Il fait partie de ces écrivains rares et précieux qui ont chanté les marginaux et choisi le camp des pauvres. Panaït Istrati, autodidacte né en Roumanie, fit ainsi passer un grand souffle lyrique sur la littérature française. Inclassable et intrépide, il ne renonça jamais à croire que la révolution devait être faite sous le signe de l’enfance.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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