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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 06:16

Le titre est de moi. Ce qui suit est de Philippe Arnaud, bien sûr, champion de France des téléspectateurs du service public.

 

Les journaux télévisés de France 3 de 19 h 30 et de France 2 de 20 h 25 mars 2020 annonçaient que le gouvernement allait adopter des ordonnances qui "assouplissent" le droit du travail.  Les salariés pourront travailler 60 heures sur une semaine au lieu de 48 heures aujourd'hui. Et, sur une période consécutive de 12 semaines, ils pourront travailler 48 heures au lieu de 44 heures. Le travail du dimanche pourra être assoupli pour travailler 7 jours sur 7. Des règles qui pourraient s'appliquer jusqu'en décembre prochain. [Et un bandeau portant "la semaine des 60 heures" défilait sur l'écran].

 

Remarque 1. Le verbe assouplir est révélateur par ses connotations positives, c'est-à-dire par ce à quoi il s'oppose, par ce à quoi il est contraire. Il est révélateur par ses antonymes, ses opposés. "Assouplir", c'est rendre plus souple. Or, quels sont les contraires de souple ? Ce sont les adjectifs buté, cassant, dur, empesé, gourd, inflexible, intraitable, intransigeant, lourd, rigide, sévère, strict...

 

C'est-à-dire des termes à connotation négative, qu'ils soient pris au sens propre (physique) ou au sens figuré (moral). On peut donc en déduire que si on "assouplit" le droit du travail ce droit est quelque chose de buté, cassant, dur, empesé, gourd, inflexible, intraitable, intransigeant, lourd, rigide, sévère, strict... donc, de souverainement antipathiquedésagréablegênantanti-naturel, etc.

 

Remarque 2. Il est à cet égard révélateur - et, au passage scandaleux - que le droit (et, spécialement le droit du travail) soit présenté d'une façon aussi négative alors que, selon la belle formule de Lacordaire "entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit". En effet, depuis le XIXe siècle, tout le droit du travail a été élaboré pour encadrer et limiter les pouvoirs discrétionnaires du patron en matière de salaire ou de condition de travail. Si, au journal télévisé, on présente ainsi le droit c'est donc qu'implicitement, au journal télévisé, on se place du point de vue patronal...

 

Remarque 3. Le journal ajoute que les syndicats sont inquiets et l'on donne la parole à une porte-parole de la CFDT, qui dit qu'il y a des risques d'épuisement et d'accident de travail... mais le tout en quelques secondes, après un panoramique sur l'immeuble de la CGT et un autre sur celui de F.O. Ce que l'on peut noter, au passage, c'est que la communication de la télévision est pour ainsi dire uniquement gouvernementale. On entend très peu les syndicats, les partis de gauche, les journaux de gauche, les intellectuels de gauche, les associations de gauche.

 

Remarque 4. Il est dit, dans le reportage, que les mesures (des 60 heures, du travail le dimanche...) pourraient s'appliquer jusqu'en décembre prochain. Or, décembre, c'est bien au-delà des dates de fin probable de l'épidémie et du confinement, prévus en mai ou en juin. [Déjà, le journal signale que la situation sanitaire a arrêté de se dégrader en Italie, pays le plus touché au monde]. 

 

Il est néanmoins possible que le gouvernement affirme qu'en décembre le pays n'aura toujours pas remonté la pente et qu'il faudra rattraper les retards de production. Mais pourquoi, sur sa lancée, ne prolongerait-il pas la période de rattrapage jusqu'à la mi-2021 ? Jusqu'à décembre 2021 ? Jusqu'à l'été 2022 ? Et pourquoi, tant qu'il y serait, n'en reviendrait-il pas en catimini aux 39 heures, voire aux 40 heures ? Après tout, il pourrait prétendre que 40 heures, c'est moins que 60 heures et pourrait même présenter cette régression subreptice comme un cadeau ! Même chose pour le travail du dimanche : une fois qu'on aura travaillé tous les dimanches jusqu'à la Saint-Sylvestre 2020, pourquoi ne pas étendre le travail du dimanche à tous les corps de métier ? Notamment à ceux auxquels les syndicats s'opposaient le plus fermement ?

 

Remarque 5. Ces questions posent le problème des faits accomplis et des habitudes acquises. Une fois que l'on a fait passer dans la réalité un certain nombre de choses, il est très difficile de revenir à la situation antérieure. Cela se vérifie dans les deux sens : il y a 76 ans (depuis la Libération) que la droite, les riches et le patronat ne cessent de miner, saboter, détruire, annihiler les conquêtes sociales du C.N.R. Et ils se disent peut-être que l'actuelle pandémie constitue une occasion rêvée (une "divine surprise") pour en finir avec les régimes honnis existant depuis 1944.

 

France 2 et France 3 aiment les virus qui cassent le Code du Travail (Philippe Arnaud)
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:12

Dans Res Publica, Kyle Harper, professeur d’histoire à l’Université d’Oklahoma, explique que le climat et les épidémies ont précipité la chute de Rome : « Ce ne sont pas les épidémies seules qui se sont avérées aussi disruptives mais la conjonction de ces épidémies et de faiblesses structurelles sous-jacentes ou d’autres événements géopolitiques. Prenons l’exemple de la Peste de Cyprien, une épidémie du milieu du IIIe siècle. Nous ne savons pas quel agent pathogène l’a provoquée, mais nous avons les preuves qu’il s’agissait d’un microbe particulièrement mortel. Pourtant, la Peste n’a pas agi seule. L’économie romaine était déjà affaiblie. L’agriculture avait déjà souffert de sécheresse. Le système politique était traversé de tensions et de faiblesses intrinsèques, et l’Empereur bataillait pour maintenir sa légitimité à travers l’ensemble d’un immense territoire. C’est la combinaison de tous ces facteurs au même moment qui a emporté la résilience de l’Empire romain. Le résultat, ce fut la « première chute de l’Empire romain ». Le système impérial qui a émergé après cette crise s’est révélé assez différent, avec un empereur d’un autre type, un nouveau système monétaire, et même un nouveau Dieu. »

 

Revue de Presse (314)

 

Dans Le Grand Soir, Georges Gastaud conseille de « virer la mondialisation virale » : « La pandémie en cours montre que la mondialisation capitaliste a tout d'un fleuve en crue rompant ses digues et arasant tout sur son passage. L'alternative à la désegmentation sauvage et néolibérale du monde n'est pas dans la juxtaposition nationaliste d'étangs d'eau croupie (= l'emmurement du "on est chez nous !" lepéniste), mais dans un internationalisme re-segmentant rationnellement le monde à la manière d'écluses canalisant un fleuve. Le but est de permettre l'échange durable par la mise à niveau égalitaire des dénivelés territoriaux existants : la coopération égalitaire d'Etats souverains et solidaires planifiant leur sortie du capitalisme et s'orientant vers un communisme de nouvelle génération. La crise du coronavirus ouvre un nouveau cycle historique de lutte entre les partisans d’un système obsolète, le capitalisme-impérialisme-exterminisme, et les porteurs d’un mode de production tourné vers l’homme, le socialisme-communisme. Après une période d’abattement prévisible, où il faudra surmonter la tentation du chacun pour soi et résister à la tentation de fascisation du système capitaliste en faillite, des millions de gens se mettront inévitablement en mouvement contre la mondialisation capitaliste, contre la « construction » européenne et contre l’oligarchie capitaliste. »

 

 

L’1dex nous rappelle comment l’Académie française définit le verbe “ confiner ”, et ce n’est pas gai :

 

« xiiie siècle. Dérivé de confins.

1.  V. tr. Reléguer dans un endroit précis, dans un espace limité. Confiner un prisonnier dans sa cellule. Confiner quelqu’un dans un bureau. Il vivait confiné au fond de sa province. Pron. Il se confinait dans sa chambre. Fig. Confiner quelqu’un dans un emploi subalterne. Pron. Se confiner dans la solitude.

 

Spécialement. Air confiné, qui n’a pas été renouvelé. L’atmosphère confinée de la chambrée.

2.  V. intr. Être contigu à, toucher aux confins d’un pays, d’une terre. La France confine à la Belgique, au Luxembourg, à l’Allemagne, à la Suisse, à l’Italie et à l’Espagne. Ces prés confinent à la forêt. Fig. Leur imprudence confine à la folie. »

 

 

Dans un article repris par de nombreux médias, Frédéric Lordon se demande si nous n’allons pas vers un krach général : « Jusqu’à présent cependant, les crises financières se présentaient comme des événements propres à leur sphère seulement – la sphère des marchés, des banques, etc. Or la situation présente offre ce caractère remarquable, et inédit, que la crise financière y est, non pas « isolée », mais comme la métonymie d’une multitude de crises sectorielles arrivant à synchronisation : les crises du néolibéralisme, en cours de fusion-totalisation ; l’ensemble de la construction au bord du syndrome chinois. L’hôpital, l’école, la recherche : tout comme à propos de la finance, on peut dire que le virus est le choc de trop survenant sur des institutions tellement démolies – par le néolibéralisme – qu’un supplément de tension les menace d’effondrement. S’il y a coronakrach, il ne s’agira pas « simplement » de krach financier : mais de krach général : tout était déjà au bord de craquer, tout va craquer pour de bon. »

 

 

 

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 06:20

Au journal de 19 h 30 de France 3 (17 mars), il a été question, entre autres, de l'autorisation nécessaire pour sortir de chez soi, ne serait-ce que pour acheter une baguette ou faire uriner le chien. Il est curieux (et sans doute prudent...) qu'aucun journaliste n'ait eu l'idée de rapprocher cette mesure de son équivalent, imposé en France par les Allemands, entre 1940 et 1944. Cette mesure était connue sous le nom de "Ausweis" (autrement dit de "Laissez-passer"). 

 

 

Ce qui est frappant, c'est le parallélisme des formes entre le document réclamé par le gouvernement Macron/Philippe, d'une part, et celui de la Kommandantur, d'autre part :

 

 

1. Les résidents sur le territoire français doivent, outre l'autorisation de sortir, être munis d'une pièce d'identité avec photo. Mais les Ausweisse des années d'Occupation comportaient également deux volets où se trouvaient tous les éléments d'une carte d'identité : nom, prénom, date et lieu de naissance, éléments anthropométriques, et, bien entendu, photo.

 

 

2. Sur le document que j'ai trouvé sur Internet, se trouve la reproduction d'un Ausweis délivré à un résident de Vierzon (à la limite de la ligne de démarcation), ayant pour justification générale  : "Für den kleinen Grenzverkehr" (autrement dit pour les petits va-et-vient frontaliers). L'adjectif "petits" renvoie précisément à ce qui est accordé aux résidents français de mars 2020 : des déplacements dans un périmètre limité autour de leur domicile.

 

 

3. De même, les motifs autorisés de déplacement ressemblent beaucoup, en 2020, à ce qu'ils étaient en 1942. Le deuxième motif actuel est le déplacement pour effectuer des achats de première nécessité. Et sur l'Ausweis auquel je me réfère, le motif du déplacement du titulaire de la carte est "Verproviantierung" (autrement dit "ravitaillement", "approvisionnement"), ce qui est cohérent avec la profession de l'intéressé : "Gastwirt" (c'est-à-dire aubergiste").

 

 

Mais il n'y a pas que ces aspects techniques, car, au-delà, l'esprit qui préside à cette mesure est le même :

 

 

4. Le gouvernement a appelé la mesure "confinement" mais, pour les Français nés avant 1939, ou pour ceux qui ont vécu des épisodes de la guerre d'Algérie, cette mesure porte un autre nom : "le couvre-feu", qui interdit à la population de sortir durant une certaine période de la journée - en général la nuit - afin de mieux assurer la sécurité de la zone et d'interdire, par exemple, la circulation des mineurs. [Laquelle circulation est, de facto, interdite auxdits mineurs depuis plusieurs jours par la suspension des activités scolaires]. Et, à certains égards, la mesure est même plus large que le couvre-feu, car alors que celui-ci prohibe la circulation de nuit, l'actuel confinement la prohibe 24 heures sur 24.

 

 

5. L'autre parallèle est le déploiement de la police et de la gendarmerie, (presque) toutes affaires cessantes, pour faire respecter les mesures du confinement, comme, en 1940-44, les Français pouvaient être contrôlés par la police ou la gendarmerie française, ou, dans d'autres circonstances, par la Milice ou la Wehrmacht.

 

6. On rétorquera que la France n'est pas en guerre, qu'elle n'est pas bombardée, qu'elle n'est pas menacée par une puissance étrangère, qu'elle n'est pas occupée par une armée ennemie, comme entre 1940 et 1944 (et 1945 pour certaines portions du territoire). Et que le mot "guerre" – sans doute pas innocemment – prononcé à plusieurs reprises par le président de la République dans son discours du 16 mars n'est que métaphorique puisqu'il ne s'agit pas de combattre une armée ennemie mais un virus. Mais comme le Covid-19 se moque assurément des péroraisons d'Emmanuel Macron, le message subliminal en réalité adressé aux Français semble plutôt être : "Attendez-vous à ce qu'on vous applique des mesures de guerre si vous n'obéissez pas au doigt et à l'oeil...".

 

 

7. Ces mesures de confinement, de surveillance généralisée de la population, de "flicage" n'éveilleraient pas autant la suspicion si elles n'émanaient pas d'un gouvernement qui, par de multiples aspects, s'est comporté en ennemi de ses concitoyens : lois fiscales outrageusement favorables aux riches et aux entreprises, dégradation des conditions d'indemnisation du chômage, aggravation des lois El-Khomri prises sous François Hollande, sabotage méthodique des retraites par répartition, via une loi très mal ficelée, usage de l'article 49.3, répression violente des manifestations - peines de prison sévères, usage de LBD (lanceurs de balles de défense qui mutilent des yeux ou des mains, voire tuent), arrestations préventives de citoyens avant même que ceux-ci aient entamé la moindre manifestation...

 

 

8. La nécessité de juguler l'épidémie pour justifier les actuelles mesures de confinement apparaît plutôt comme un prétexte hypocrite pour tester, grandeur nature, un rêve de nombreux gouvernements - et pas seulement seulement des dictatures : la surveillance, le flicage, la mise au pas de la population. Les techniques modernes actuelles (surveillance d'Internet, de l'usage des cartes de crédit, caméras urbaines, drones, logiciels de reconnaissance faciale...) y pourvoient déjà largement. Il ne suffirait que d'un événement, même mineur, d'ordre géopolitique, social ou économique, pour que cette société se mette en place.

 

 

 

 

9. Certes, le gouvernement peut invoquer les meilleures raisons - ici, la protection de ses concitoyens contre une pandémie - pour justifier ses agissements. Mais ses raisons ne sont peut-être pas la raison et sans doute, dans la haute Administration, dans ceux qui constituent l’État profond, certains ne sont-ils pas dupes des raisons qu'ils invoquent. L'enfer est pavé de bonnes intentions : lorsque le bras séculier ou l'Inquisition livrait des hérétiques au bourreau, c'était pour sauver leur âme...

 

Philippe Arnaud

 

Philippe Arnaud a-t-il connu l'Occupation ?
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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 06:21
La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons (4)

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 06:34

 

Selon le site Communistes Hebdo, les troisièmes élections législatives en un an en Israël ont été marquées par un taux de participation important de plus de 70 % et par le succès de la liste du premier Ministre sortant Benjamin Netanyahu qui devance clairement celle du parti qualifié de centriste « bleu et blanc » de Benny Gantz. Ces résultats ne sont guère étonnants tant les politiques menées par les gouvernements israéliens successifs avec le soutien des EU et de l’Union Européenne ont été axées sur la liquidation des accords d’Oslo et l’accentuation de la colonisation de la CisJordanie au détriment du peuple palestinien.Les récentes positions des EU concernant l’avenir de la Palestine et qui sont la négation de l’existence d’un État palestinien ont donc reçu un appui de masse de la population juive israélienne. Ce climat de violence entretenu par les dirigeants israéliens est en rapport avec leur volonté d’en finir avec leurs obligations internationales de constitution de deux États souverains sur le territoire de la Palestine.

 

 

Dans les colonnes du Grand Soir, Jean-Luc Mélenchon réfléchit – il est l’un des rares politiques français à réfléchir – à l’après pandémie : « De nos jours, ce qui sera remarquable c’est que les chaînes d’interdépendance dans la production, qui se seraient autrefois rompues et réparées à échelle locale, seront rompues à échelle du monde parce que l’atelier général de notre époque est en Chine. Il faudra quelques semaines pour observer concrètement cette rupture et il en faudra de nombreuses autres pour rétablir les circuits antérieurs à l’épidémie. Le sol de la production est malgré tout réuni par des canaux très divers avec celui de la bulle financière mondiale et du système des valeurs fictives qui s’y trouvent. Le nuage des dettes innombrables des États et des particuliers peut percer à tout moment par quelque créancier des plus improbables, quelque part dans cette nébuleuse de valeurs plus ou moins fictives. Nos sociétés sont donc promises à une rude mise à l’épreuve de la validité de leurs principes d’organisation, de la hiérarchie de leurs normes et des cultures collectives qui les animent. Dès lors, tout est possible : le meilleur comme le pire. Solidarités impérieuses ou violences du « chacun pour soi ». La logique de ce que nous observons dans le monde depuis que déferlent partout des révolutions citoyennes donne une idée du meilleur. C’est cette volonté d’auto-organisation et d’autocontrôle dont sont saisies des masses humaines immenses. Elles ont résisté contre tous les types de pouvoirs et à toute la violence que ceux-ci sont capables de déchaîner contre les gens. Cet épisode pourrait venir à nous en France où se conjuguent le discrédit profond du pouvoir et des institutions politiques avec une mobilisation sociale motivée et argumentée comme celle qui vient de se dérouler à propos du droit à la retraite. Je ne me risquerais pas aujourd’hui à prévoir quoi que ce soit à ce sujet. Mais la pente est prise et je ne vois pas pourquoi elle s’inverserait.

 

 

Sputnik évoque les nombreux pays qui se méfient comme de la peste de la France et de son Corona : « Quoi qu’il en soit, alors qu’hier la France se refusait à prendre des mesures à ses frontières, aujourd’hui d’autres pays les prennent à l’égard de ses ressortissants. C’est notamment le cas du Brésil, qui a mis en place des contrôles pour les passagers des vols en provenance de France. En Égypte, que Sibeth Ndiaye accusait de mal dépister les cas, les Français doivent à présent remplir une fiche d’information sanitaire et se soumettre à un contrôle de température à leur arrivée. En Colombie, au Laos, à Macao, aux Samoa, au Burundi, au Congo, au Tchad, en Ouganda, au Liberia, au Vietnam ou encore dans la ville de Moscou, c’est la quarantaine qui attend ceux qui rentrent de France. Par ailleurs, le Népal ne délivre plus de visa aux ressortissants Français. Quant à Israël, qui impose une quarantaine à domicile, elle interdit l’entrée des non-résidents arrivant de l’Hexagone. Le Salvador, la Jordanie, l’Irak ou encore les îles Marshall ont quant à eux interdit toutes entrées de Français sur leur territoire.

 

Revue de Presse (313)
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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 06:04

 

 

Lors de sa création en 1915, Le Canard Enchaînéavait popularisé le concept de « bourrage de crâne ». Ses fondateurs, les époux Maréchal, avaient vite repéré à quel point le gouvernement et la presse dominante mentaient à propos de l’évolution de la guerre mondiale en cours.

 

La langue française dispose de plusieurs mots pour désigner, non pas les erreurs que peuvent commettre les journalistes ou les politiques, mais la manière dont ils trompent sciemment le public : désinformation, mésinformation, canular, intoxication, propagande, contre-vérité, ragot. Des mots simples, clairs, qui enrichissent la pensée au lieu de l’appauvrir par un concept vague d’origine étrangère. Car dans notre pays, comme dans le reste du monde, c’est l’expression – d’origine étasunienne – fake news qui s’est imposée, parce que reprise par nos médias et nos politiques paresseux et inféodés au grand Maître d’outre-Atlantique.

 

Il existe en anglais des mots au singulier qui renvoient à des items au pluriel. Par exemple, le mot « furniture» signifier « des meubles ».  Un meuble se dira « a piece of furniture ». « Hair », au sens de « cheveu », est toujours au singulier. Tout comme « aircraft » ou « baggage ». Pour ce qui est de « news », c’est le contraire : il s’agit d’un mot qui porte la marque du pluriel mais le verbe qui le suit est au singulier : « The news is excellent. » Autre exemple : « Billiards is a popular game ». Enfin – tout cela pour dire que la grammaire anglaise n’est pas si simple que cela, il y a des mots qui portent uniquement la marque du pluriel, qui sont suivis d’un verbe au pluriel mais qui renvoient à un objet unique : « My trousers [mon pantalon] are of excellent quality », « Those glasses [cette paire de lunettes] are cheap ».

 

Pour ce qui nous concerne ici, le mot « fake » ne manque pas d’intérêt. Son étymologie est un peu confuse mais systématiquement péjorative. L’adjectif apparaît comme adjectif dans la langue anglaise au XVIIIe siècle avec le sens de « contrefait ». Puis comme verbe au début du XIXe siècle avec le sens de « dérober ». Enfin comme substantif, toujours au XIXe siècle, avec le sens d’« escroc ». En vieil anglais, on a le mot « feague », en provenance de l’allemand, qui signifie « enjoliver par des moyens artificiels ». Au milieu du XXe siècle, « to fake » prend le sens qu’il a encore aujourd’hui de « simuler ». Attestée en 1894, l’expression « fake news » a été popularisée par Donald Trump en 2016 à l’occasion de la campagne présidentielle.

 

La « fake news » est une tromperie délibérée, controuvée. Ce n’est pas une erreur, comme le serait une « wrong news », dont le contraire est « true news ». Le contraire de « fake » sera quant à lui « genuine », c’est-à-dire authentique. Dire « fake news » dans la langue de l’Autre que l’on connaît de manière rudimentaire, c’est un peu comme dire « black » et non « noir » : c’est beaucoup moins méchant, parlant, qu’« information fallacieuse ». Dire sans dire tout en le disant. Du politiquement correct à l'état pur.

 

On ne le répètera jamais assez : un mot n’a pas d’équivalent exact à 100% dans une autre langue car il renvoie à une vision particulière du monde, y compris chez les locuteurs d’une même langue. Lorsqu’un habitant du Pas-de-Calais dit : « le ciel est bleu », il ne “ voit ” pas la même chose que l’habitant de la Côte d’Azur. Ce n’est pas le même ciel, ce n’est pas le même bleu. Je rejoins le journaliste William Audurau qui estime que l’expression « fake news » « contribue lui-même à la duperie et au flou sémantique, puisqu'il désigne en même temps un pastiche humoristique, un appeau à clics, une publication engagée politiquement et même, par abus de langage, un article de presse factuellement erroné. »

 

En théorie, une loi du 27 juillet 1849 punit « la publication ou la reproduction faite de mauvaise foi de nouvelles fausses de nature à troubler la paix publique ». Le terme « infox », composé de « information » et de « intoxication », a été proposé par la Commission d’enrichissement de la langue française le 4 octobre 2018. Ce mot-valise semblait fort à propos et bien fichu mais il fut inventé en pure perte car nos médias et nos politiques ne purent résister au rouleau compresseur étasunien, à Donald Trump en particulier qui, en 2016, utilisa l’expression, dans Twitter en particulier, quarante fois en vingt semaines.

 

 

Les mots chéris des médias et des politiques (15)
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12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 06:18

La pub nous prend pour des cons, mais la pub, par elle-même, est conne. Le problème, c’est qu’on ne s’en rend pas compte en temps réel. Mais ce qui est vraiment grave, c’est que la pub a imposé son discours, sa grammaire, à savoir la “ communication ”. Les politiques, les journalistes n’informent plus : ils communiquent. Or informer c’est donner à l’autre alors que l’acte de communication ne renvoie qu’à soi-même. Lorsque je communique, je n’apporte rien aux autres qui ne soit moi-même. J’offre une boucle, un discours clos. Communiquer, c’est en fait se parler à soi-même.

 

 

Alors je suis allé à la recherche de publicités françaises, britanniques et étasuniennes datant de quelques dizaines d’années. C’est effarant. Mais quand, dans cinquante ans, des curieux compulseront les publicités qui nous sont imposées aujourd’hui, ils seront tout autant effarés.

 

La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons (2)

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 06:17

 

Dans les colonnes du Grand Soir, Craig Murray décrit le calvaire de Julian Assange jugé au tribunal de première instance de Westminster à Londres. Pour moi qui suis ce qui se passe au Royaume Uni depuis une soixantaine d’années, je puis dire que jamais un inculpé n’a été jugé dans des conditions aussi inhumaines au cours des XXe et XXIe siècles :

 

 

« Je crois que l’enfermement d’Assange, à la manière d’Hannibal Lecter et qui n’a aucun fondement rationnel, est une tentative délibérée de le pousser au suicide. Le tribunal anti-terroriste de haute sécurité se trouve physiquement dans l’enceinte de la forteresse qui abrite la prison de haute sécurité. Il est amené, menotté et sous forte escorte, de sa cellule d’isolement à la cage blindée, via un tunnel souterrain. Dans ces circonstances, quel est le besoin éventuel pour lui d’être fouillé à nu en permanence ? Pourquoi n’est-il pas autorisé à avoir ses documents sur lui ? Le plus révélateur est le fait qu’il n’est pas autorisé à serrer la main ou à toucher ses avocats par la fente de la cage blindée.

 

Ils appliquent sans relâche le déni systématique de tout réconfort humain de base, comme le fait de toucher le bout des doigts d’un ami ou d’empêcher le soulagement qu’il pourrait ressentir simplement en étant aux côtés d’un ami. Ils assurent la poursuite des effets psychologiques extrêmes de l’isolement d’une année par un isolement virtuel. Un tout petit peu de confort humain pourrait faire énormément de bien à sa santé mentale et à sa résilience. Ils sont déterminés à y mettre fin à tout prix. Ils tentent de le pousser à se suicider – ou de créer en lui la condition dans laquelle sa mort accélérée pourrait être expliquée comme un suicide.

 

C’est aussi la seule explication que je puisse trouver pour expliquer pourquoi ils risquent de créer des conditions aussi évidentes d’annulation de procès. Les morts ne peuvent pas faire appel.

 

Je vous rappelle que Julian est un prévenu qui a purgé sa peine d’une durée sans précédent pour avoir violé sa liberté sous caution (50 semaines). Son statut est censé être actuellement celui d’un innocent accusé. Ces accusations n’ont aucun fondement, si ce n’est la publication des révélations de Chelsea Manning sur les crimes de guerre. »

 

Revue de Presse (312)

 

Le site Passamontagna explique comment Eiffage fait son beurre avec les Centres de Rétention : 481 nouvelles places en centre de rétention dans les prochaines années en France hexagonale : l’État s’emploie à enfermer, torturer et expulser de plus en plus d’étrangers.

 

Ainsi, entre la réouverture des centres de Hendaye et de Geispolsheim, l’extension des centres de Nîmes et de Coquelles, le lancement de la construction des centres de l’Olivet, de Bordeaux et du second centres de Lyon, les appels à projets fleurissent sur les plateformes d’annonces de marchés publics, et les promoteurs immobiliers constructeurs de taules partent à la cueillette. 

 

Une poignée d’entreprises se partagent le marché (Thémis – FM [filiale Bouygues], Gepsa [filiale d’Engie], Sodexo, Spie Batignolles, Eiffage). Ciblons plus particulièrement Eiffage.

 

Eiffage gère 100 000 chantiers en France et à l’international ; parmi l’un d’eux, on compte la gestion de la “ réalisation ” du nouveau centre de Lyon à Colombier-Saugnieu (69), dont les travaux vont s’étendre de mai 2020 à septembre 2021. Eiffage sera assisté par l’entreprise ICAMO.

 

Eiffage, c’est des millions d’euros amassés sur le dos des sans-papiers qui subissent la violence de l’enfermement dans les centres de rétention. PDG d'Eiffage depuis 2016, Benoît de Ruffray aurait perçu un salaire global de 1 515 416 € en 2016 quand son groupe présente un chiffre d’affaire pour l’année 2018 de 16.6 milliards d’euros. Faire trimer des ouvriers pour faire construire des lieux d’enfermement, ça paie. L’entreprise reçoit de l’argent de l’État qui, lui, s’endette durablement (c’est le principe des fameux partenariats public-privés).

 

Les populations pauvres, racisées, sans papiers, construisent ces lieux et risquent d’y être enfermées.

 

 

Enfin, au procès des époux maudits, François « J’aime ma femme » Fillon vole au secours de Penelope, avec des sabots de deux tonnes :« Ce que je demande à Penelope, c’est d’être attentive à ce que les dossiers avancent. C’est très important. Cela ne nécessite pas une grande intelligence… »

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 05:48

Une petite note pour faire bisquer les féministes. Je tiens cela de mon ami linguiste Patrick G. qui dévore pour moi les grammaires danoises. Je ne pense pas qu'il y ait un rapport de cause à effet mais, au Danemark, plus l'islamisme avance plus l'essence du féminin recule. Ainsi, le marquage du féminin semble en voie de régression dans ce beau pays.

 

Certains féminins ont été raccourcis au nom du politiquement correct :

lærer, masc. professeur et lærerinde, fém. professeure → lærer professeur(e), enseignant(e)
nabo, masculin voisin et naboerske, féminin voisine → nabo voisin, voisine.

 

Dans le même esprit, certains termes neutres ont été introduits, par exemple medlem, neutre (membre) au lieu de mand, masculin (homme) :

Donc : folketingsmand membre du parlement (littéralement homme du parlement) → folketingsmedlem membre du parlement.

 

Masculin-Féminin au Danemark
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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 06:19

Cet apophtegme est de Cavanna. Il figurait en lettres d’or (noires et blanches) sur la couverture d’un Hara Kirihebdo historique. Le premier numéro du mensuel parut en septembre 1960, à une époque de croissance économique soutenue et d’envahissement massif de la publicité. Ainsi, il ne faudrait pas longtemps pour que L’Express cessât d’être un journal d’opinion pour devenir un news, c’est-à-dire un support de publicité, à l’image des news étasuniensJean-Jacques Servan-Schreiber avait flairé le bon coup.


 

La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons (1)

Nous fûmes abreuvés de publicités pour les voitures et pour les lessives « aux enzymes gloutons ». Non pas pour nous faire acheter des paquets d’Omo ou de Persil car nous les aurions acheté de toute façon, mais pour créer une vision du monde esthétique, dynamique et rassurante où les jeunes femmes blondes représentaient l’archétype de la beauté et où les cadres dynamiques montraient le chemin vers la réussite virile.

 

Cavanna et sa bande décidèrent de réagir par les premiers détournements publicitaires de l’histoire. Le professeur Choron se déchaîna dans le domaine du pipi-caca.

 

La pub nous prend pour des cons, mais la pub, par elle-même, est conne. Le problème, c’est qu’on ne s’en rend pas compte en temps réel. Mais ce qui est vraiment grave, c’est que la pub a imposé son discours, sa grammaire, à savoir la “ communication ”. Les politiques, les journalistes n’informent plus : ils communiquent. Or informer c’est donner à l’autre alors que l’acte de communication ne renvoie qu’à soi-même. Lorsque je communique, je n’apporte rien aux autres qui ne soit moi-même. J’offre une boucle, un discours clos. Communiquer, c’est en fait se parler à soi-même.

 

 

Alors je suis allé à la recherche de publicités françaises, britanniques et étasuniennes datant de quelques dizaines d’années. C’est effarant. Mais quand, dans cinquante ans, des curieux compulseront les publicités qui nous sont imposées aujourd’hui, ils seront tout autant effarés.

 

La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons (1)
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