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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 06:30

Revue de presse (297)

 

 

Marianne se demande ce que la France va faire dans la galère de la reconnaissance faciale. Alicem, le projet d'identification par reconnaissance faciale de l'Etat français, est attendu dans les mois à venir. Curieux, que la France se porte à la pointe d'une telle technologie tandis qu'en Californie, par exemple, plusieurs villes interdisent déjà son usage par les services publics au nom des libertés civiles…

 

En fait, le système Alicem ne choque pas tant dans son application prévue à ce stade que dans ce qu'il représente pour le futur. "Alicem ne crée pas la surveillance généralisée mais elle normalise la reconnaissance faciale dans l'esprit des gens", selon Benoît Piedallu, membre de La Quadrature du net. "C'est un énième avatar de la vidéosurveillance, dont nous voyons les premiers essais industriels depuis les attentats de 2001", remarque Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS. Pour ce sociologue, spécialiste des politiques de sécurité, le risque de voir le champ d'application d'Alicem dépasser celui de la simple identification est bien réel : "Il y a toujours un risque que, dans deux ou trois ans, une nouvelle vague d'attentats pousse des politiques à demander la connexion de ce fichier aux fichiers de police", avance-t-il. "Dans le contexte post-attentats de 2015, on observe un grignotage régulier des libertés civiles, en particulier sur Internet où, à certains égards, il y a un alignement de facto des pratiques des Etats démocratiques sur celles des régimes plus autoritaires, abonde Julien Nocetti, chercheur associé à l'IFRI. Il ne faut pas être naïf : nous ne sommes pas immunisés à d'éventuelles dérives".

 

 

 

Également dans Marianne, Raquel Garrido, qui est d’origine chilienne, replace en perspective le mouvement de contestation actuel au Chili : « Le 11 septembre 1973, le coup d’Etat contre le président élu Salvador Allende a été motivé par des intérêts économiques. L’oligarchie nationale ne voulait pas partager. Les États-Unis ne voulaient pas qu’une nation latino-américaine s’émancipe. Avec l’aide de l’économiste de Chicago Milton Friedman, Pinochet a mis en place un modèle d’économie ultra-libérale. L’école, la santé, l’eau, ont été privatisées. Un système de retraite par capitalisation a été créé, au bénéfice de fonds de pensions. Le ministre du travail et des retraites s’appelait José Piñera. Son petit frère, Sebastián, qui a fait fortune pendant la dictature, est aujourd’hui le Président du pays. Il a été élu dans un océan d’abstention. Les Chiliens sont plutôt dégoûtés de la politique. »

 

 

Toujours à propos du Chili, Le Grand Soir reprend un éditorial de La Jornada : “ Les grandes avenues s’ouvrent enfin ” : «Si ce soulèvement populaire peut paraître surprenant dans un pays où, à l’exception de mouvements sectoriels ponctuels, la population avait montré une capacité de résignation quasi illimitée face à la détérioration continue des conditions de vie du plus grand nombre, il l’est moins au prisme du contexte régional actuel. En effet, quelques jours seulement avant que la bourde de Piñera ne pousse les Chiliens dans la rue, la société équatorienne avait forcé le président Moreno à reculer dans sa tentative de sacrifier le pays pour satisfaire l’oligarchie et le Fonds monétaire international, tandis qu’en Argentine, la droite dure de Mauricio Macri se dirige vers une confirmation de l’écrasante défaite électorale subie lors des primaires d’août dernier, résultat du rejet du coût social de ses politiques néolibérales. En plus de montrer la généralisation d’un ras-le-bol d’un système économique prédateur devenu insoutenable, l’unité affichée par la société chilienne est un écho retentissant des dernières paroles du président Salvador Allende qui, peu avant sa mort, prédisait la réouverture des grandes avenues par lesquelles l’homme libre marcherait de nouveau pour construire une société meilleure. »

 

 

Marianne complète le tableau en estimant que la vitesse est devenue un des substrats idéologiques du capitalisme financier: « La vitesse comme idéologie et comme projet. En marche, par tous les moyens et le plus vite possible. Parce que l'abolition des distances et l'immédiateté des communications sont gages de croissance et que la croissance est notre drogue dure. Mais rien ne se passe comme prévu. Tout à coup, les classes moyennes, du Liban au Chili, en passant par la France, s'aperçoivent que, pour colmater les brèches d'un navire mondial qui prend l'eau de toute part, les gouvernements rétablissent l'octroi et le tonlieu, les impôts médiévaux qui limitaient les déplacements des serfs et des commerçants. Le néolibéralisme, qui s'est tant gaussé de ces pays soviétiques où les allées et venues des ouvriers étaient strictement contrôlées, assigne à résidence ceux dont elle a organisé la vie autour de la réduction des distances. »

 

Revue de presse (297)
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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 06:10

 

Pour le Washington Post, qui annonce sa mort, à 48 ans, dans la rubrique “Nécrologie ”, Abou Bakar al-Baghdadi était un austère spécialiste de la religion aux commandes de l'État islamique. Le “prestigieux ” quotidien ajoute que, dès l'adolescence, il fut fasciné par l'histoire de l'islam et les complexités de la loi islamique. Par ailleurs, toujours selon le Post, ses amis gardent de lui le souvenir d'un jeune homme timide, myope, qui aimait le football, mais préférait passer son temps libre dans la mosquée de son quartier.

 

Une des raisons de la victoire de Trump et du retour des États-Unis profonds, c'est bel et bien ce politiquement correct imbécile et pleutre des médias dominants.

 

Le politiquement correct déchaîné à Washington
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29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 03:16

Pour ne pas heurter « certaines sensibilités ». On se demande bien lesquelles…

L'UNESCO, dont le siège est à Paris, a pour rôle de de promouvoir la culture mondiale. 167 Etats en sont membres. En principe à égalité mais certains d'entre eux ont le droit d’exciper de « sensibilités particulières ». On n'en connait pas le nombre exact.

L'UNESCO accueille fréquemment des œuvres d'art contemporaines. Deux statues du sculpteur Stéphane Simon (il est ici sur Facebook) y sont actuellement exposées. Deux nus masculins dans la plus classique tradition gréco-romaine.


Afin de ne pas heurter « certaines sensibilités » (dixit la directrice générale Audrey Azoulay), elles ont été recouvertes, l'une d'un slip, l'autre d'une sorte de couche-culotte. Lee résultat est grotesque et affligeant. Quels sont les Etats qui auraient pu être ainsi offensés par la vision de sexes masculins ? L’artiste n’a pas été informé de cet ajout de sous-vêtements. Stéphane Simon s’était pourtant dit prêt à se munir d’un linge pendant l’exposition pour masquer temporairement le sexe des statues au moment du passage des délégations qui en feraient la demande. Il a donc été le premier surpris des exigences de dernière minute de la vénérable institution.

 

On comprend bien la fonction dissimulatrice – et tellement utile – de ce slip et de cette couche-culotte. Mais à bien y réfléchir ces attributs vestimentaires destinés à ménager des regards pudiques et fragiles risquent d'avoir, involontairement, une fonction érotisante. Ce qui est caché excite l'imagination bien plus que ce qui est révélé.

 

Jacques Bouineau, du réseau Antiquité Avenir qui soutient cet événement, est furieux : « Cela fait quatre siècles et demi que le Braghettone a voilé les fresques de la Sixtine, sur ordre de l’Église ! Et c’est à Paris, capitale d’un État laïque, qu’on impose, en 2019, une censure du même ordre à un artiste. Faudra-t-il un jour enfouir dans les réserves de nos musées, ôter des jardins ou des façades de nos monuments publics, les œuvres représentant les chairs, masculines ou féminines, car jugées inopportunes par “ certaines sensibilités ” ? Va-t-on envelopper la statue de David de Michel-Ange, recouvrir les nombreuses fontaines arborant les trois Grâces, telles celles de Raphaël, emmitoufler les femmes nues de Rubens ou d’Ingres ? Le choix qui a été effectué est un choix politique, au sens grec du terme. Et il est extrêmement grave : il porte atteinte à la liberté du créateur, il bafoue un patrimoine artistique majeur de nos civilisations, celui de l’Antiquité. »

 

L’Unesco s’est contentée, jusqu’à présent, de réponses évasives et dilatoires.

 

 

Des slips et des couche-culottes sur des statues de nus à l'UNESCO ! 
Des slips et des couche-culottes sur des statues de nus à l'UNESCO ! 
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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 06:15

Selon le Guardian, repris par de nombreux journaux français, au Qatar 2 700 ouvriers sont morts sur les chantiers des stades de la Coupe du monde 2022.

 

2 700 ouvriers népalais et indiens sont morts entre 2012 et 2018 sur les chantiers des stades pour la Coupe du monde 2022 au Qatar. Parmi eux, 2 000 seraient décédés de « mort naturelle ». Beaucoup seraient des jeunes hommes morts dans leur sommeil.

 

Pour le Foreign Employment Board, l’agence népalaise responsable du bien-être des travailleurs immigrés, qui tire ses chiffres des certificats de décès que délivre le Qatar, les décès sont dus à des arrêts ou des crises cardiaques, des insuffisances respiratoires ou des « maladies », sans plus de précisions.

 

 

 

Revue de presse (296)

 

Le site Communistes.org critique durement les acceptations par la CFDT de toutes les contre-réformes des retraites : « Laurent Berger sait que non seulement le capital ne veut plus rien payer pour les retraites mais qu’il veut récupérer un marché de 325 milliards annuel pour augmenter ses profits (avec la capitalisation, les assurances privées). La CFDT refuse évidemment toute action des travailleurs contre cette réforme de régression sociale. Déjà :

 

- en 2003 et 2007, Raffarin sous Chirac et Fillon sous Sarkozy, allongent la durée de cotisations et s’attaquent aux régimes spéciaux. Chérèque avec la CFDT accepte les décisions du gouvernement et refuse d’appeler aux mobilisations.

 

- en 2010 : Sarkozy-Fillon portent la durée de cotisations à 41,5 ans et l’âge de départ à 62 ans. Chérèque, alors que des millions de salariés manifestent, écrit dans Le Monde : « Le nouveau système devra prendre en compte l’augmentation progressive de l’espérance de vie, à la fois par l’augmentation de la durée de la cotisation et si nécessaire, des taux de cotisations. »

 

- en 2015 : les retraités manifestent dans toute la France contre le gel des retraites complémentaires, contre la baisse des pensions de réversion, contre les attaques contre le système des retraites. La CFDT refuse l’action commune.

 

Laurent Berger avec la CFDT est partenaire du Gouvernement et du MEDEF ; il refuse tout ce qui peut contribuer à l’action des travailleurs, du peuple, pour stopper Macron et imposer des revendications.

 

 

Frédéric Lordon, dans Le Monde Diplomatique, évoque une vraie prise d’otages dont les grands médias ne parlent jamais : la prise d’otages n’est pas celle qu’on croit – celle dont les médias jouissent si fort de se faire une obsession : la grève (des cheminots, des éboueurs, de qui on veut, tous des preneurs d’otages de toute façon). La vraie prise d’otages, c’est celle du capital, celle qui dit «  ce sera l’emploi avec les bidons, ou rien du tout  » – et qui, pour finir, empile les bidons mais détruit les emplois !

 

Quand le macronisme accorde tout à «  l’entreprise  » au motif qu’«  elle crée l’emploi  », il ajoute au contresens économique  au contresens économique une licence sans frais : un droit élargi à «  ce qu’on veut  », piétiner les salariés, piétiner l’environnement, piétiner la morale, piétiner la société.

 

 

Dans L’Humanité, Jean-Yves Masson, professeur à la Sorbonne, cerne un des aspects du mal-être généralisé des enseignants : « Peut-être l’analyse d’un mot suffit-elle à cerner ce mal-être  : le mot «profs » !

Un professeur (trois syllabes) était quelqu’un de respectable. Un instituteur (quatre syllabes) en imposait presque plus encore. Les instituteurs sont devenus « professeurs des écoles » en jargon officiel, mais, dans la langue courante, des « instits » et, finalement, eux aussi… des « profs ». Qui a envie de respecter un « prof » ? Personne, je pense.

Depuis quarante ans, l’instituteur, le professeur ont cessé d’incarner le savoir, qui a lui-même cessé de toute façon d’apparaître comme important. Le mépris règne, même à l’intérieur du système où les enseignants sont en général lâchés par leurs supérieurs au moindre problème. Bien des suicides s’expliquent par cet abandon, mais les directeurs d’école, principaux et proviseurs, sont eux-mêmes accablés par la hiérarchie ministérielle. La forme administrative du mépris a pour nom « évaluation » : elle consiste à demander aux responsables (à tous les niveaux) de fournir sans cesse des statistiques sans aucun intérêt. Du directeur de centre de recherche aux directrices de maternelle, tous doivent la pratiquer. Christine Renon, la directrice de maternelle de Pantin, en est morte.

 

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 06:00

 

 

Avec la loi LRU, Chirac et Pécresse ont officialisé la privatisation de l’enseignement supérieur. Ayant publié plus de 250 articles sur le sujet, je n’y reviens pas, sauf pour dire qu’Hollande a amplifié le mouvement. Le banquier éborgneur va aller encore plus loin.

 

Je reprends ici des argumentaires de collègues universitaires en poste.

 

Jeudi 17 octobre s’est tenue une réunion du COPIL du CLES (Certification de compétences en Langues de l’Enseignement Supérieur) à laquelle ont participé des représentants du Ministère et de la Conférence des présidents d’universités. Au cours de cette réunion, il a été question du prochain décret (présenté au CNESER mi-novembre) visant à subordonner l’obtention de la licence à la passation d’une certification en langue anglaise (cf. arrêté licence juillet 2018 + p.16 du document “ Projet de loi de finance 2020 ”).

 

Au cours de cette rencontre, il a été confirmé que l’obtention de la licence deviendra conditionnée par la passation d’une certification reconnue internationalement en langue anglaise à compter des toutes prochaines sessions. Cette certification sera gratuite pour les étudiants car elle sera financée par l’État.

 

Les conséquences de ce décret seront très graves :

 

- La disparition du plurilinguisme à l’Université dans les formations LANSAD (langues pour spécialistes d’autres disciplines). La certification étant en anglais, et toutes les composantes n’ayant pas les moyens de financer des LV2, les étudiants devront nécessairement choisir anglais puisque c’est dans cette langue qu’ils passeront la certification afin d’obtenir leur licence.

 

- Le décret mentionne « une certification reconnue internationalement ». Il faut envisager que les certifications choisies seront l’IELTS (International English Language Testing System) de Cambridge, le TOEIC (Test of English for International Communication ), géré par un organisme géré aux États-Unis et le TOEFL (Test of English as a Foreign Language), également géré par un organisme privé étasunien. L’évaluation des étudiants sera donc déléguée à des organismes privés, financés par l’État (pour une durée de validité qui ne dépasse pas 2 ans). On passe sur le fait que ces certifications n’évaluent pas l’ensemble des compétences, et surtout pas des savoirs.

 

- Le décret n’impose aucun niveau mais seulement une passation. L’étudiant n’aurait donc aucune obligation de résultat. Quelle Université osera imposer un niveau minimum en anglais si l’Université de la région voisine ne le fait pas ?

 

- Quel sera alorsle rôle des enseignants ? Continuer à enseigner selon une offre de formation issue de réflexions didactiques menées depuis des années au sein des laboratoires ou proposer des formations standardisées à la passation de tests ? 

 

- La mise en application de ce décret est prévue pour les étudiants de 3ème année des filières commerce international, LEA et LLCER, BTS et DUT dès 2020. Les étudiants des autres formations seront concernés à compter de la session 2022 (c’est à dire les entrants 2019). Certains étudiants devront donc passer une certification en anglais alors qu’ils ont reçu une formation dans une autre langue. 

 

Le Bac 2021 prévoit également que l'Etat paye la passation d'une certification en langue auprès d'officines privées. Les étudiants seront donc sans doute tentés de repasser le même test que celui qu'ils avaient passé en classe terminale. L'Etat va donc payer le privé pour fournir des certifications  qui amoindriront la liberté pédagogique et la dignité du métier d'enseignant de langue puisque c'est le résultat du test international, davantage que la note des universitaires, qui importera le plus du fait du prestige présumé de la reconnaissance internationale.

 

L'enseignant de langue, dans cette perspective aura tôt fait de devenir le sous-traitant chargé de préparer les élèves aux tests sans que son savoir-faire pédagogique et docimologique soit reconnu.  Pour les formations de langues LEA et LLCE, la seule formation universitaire reçue par les étudiants valait à ce jour certification de bon niveau.

 

 

Privatisation de la licence de langue
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 05:20

 

 

J'ai publié hier dans ce blog une pétition d'artistes et de gens de culture hostiles à toute interdiction des corridas. Je l'ai également publié sur le site du Grand Soir. Á ma grande surprise, je fus pris de haut par de nombreux lecteurs avec des réactions du style : ce site n'est pas fait pour cela, ne sombrons pas dans la morale ou la chochotitude.

 

Antonio, lecteur, du GS, écrivait – et j'étais plutôt d’accord avec lui – « Je ne suis pas pour l’ouverture d’un débat sur les corridas ». Pour moi, le débat est clos depuis ce jour de mon adolescence où j’ai été traîné de force à une corrida où officiait El Cordobés, fou et génial en tant que torero, happé par le franquisme, contrairement à Manolete ou Luis Miguel Dominguin. El Cordobés venait d’un milieu très modeste (son père était un ouvrier républicain), les deux autres de familles relativement aisées. Le front renversé dont je reparlerai plus bas.

 

Par cette démarche nullement « morale » mais politique, je souhaitais interroger une liste de signataires dans les colonnes du Grand Soir qui est, rappelons-le, un “ Site d'Information ”. Contrairement à ce que dit un lecteur, nous ne sommes pas en présence d’un « attelage de “ célébrités ” hétérogènes et inconnues ». Ces personnalités sont connues, au minimum dans leur chapelle. Á commencer par Dupont-Moretti, cet avocat qui sauve plus volontiers des humains coupables que des animaux innocents.

 

J’ai été également interpellé par le fait qu’une bonne minorité de ces esthètes étaient de gauche, comme par exemple Ernest Pignon-Ernest, ancien membre du parti communiste, cégétiste, mélenchoniste ayant appelé à voter pour la liste Brossat lors des dernières élections européennes. Mais, après tout, Picasso assista à de nombreux massacres de taureaux avant de les sublimer sur la toile ou en des sculptures.

 

Lorsque j’avais une douzaine d’années, je ne m’intéressais guère aux langues. En revanche, je connaissais bien l’abattoir d’Hénin-Liétard où m’emmenait de temps en temps le père d’un copain, boucher de son état. J’y ai assisté, il y a une soixantaine d’années donc, à des scènes insoutenables. Quand je parvenais à demander pourquoi une telle sauvagerie existait, on me répondait – sans tout de même aller jusqu’à évoquer une démarche artistique – qu’on ne pouvait pas faire autrement. De fait, l’horreur était dans le mot : dans un abattoir, on « abat ». L’anglais va encore plus loin avec slaughterhouse : le verbe to slaughter charrie des notions de massacre, de tuerie, de carnage. L’allemand est bien aussi, avec Schlachthof (même origine anglo-saxonne que slaughter), qui évoque des concepts de combat, de bataille, de guerre. Le simple fait de prononcer correctement schlacht vous arrache la gueule, alors que slaughter est presque doux. Quant à la langue espagnole, elle dit tout avec matadero.

 

Les combats sont parfois menés à front renversé. Je me souviens comme si c’était hier des premières prises de parole, vers 1960, de Brigitte Bardot, alors au faîte de sa gloire, contre la violence infligée aux animaux. D’être déjà bien à droite ne l’empêchait pas de prêcher dans le désert, tout en laissant entendre au public complètement incrédule que ce combat était plus important que sa carrière d’actrice. Je me souviens également très bien des réactions du bon peuple du genre « occupe-toi de tes fesses », « Brigitte, sois belle et tais-toi ». Dans sa lutte, Bardot fut toujours soutenue par Delon et Belmondo. Comme quoi…

 

Cette lutte sera longue. Le 18 septembre 2019, saisi par l'Œuvre assistance aux bêtes d'abattoirs (OABA), le Conseil d'État s'est prononcé dans un premier temps, par le biais de son rapporteur Laurent Cytermann, en faveur de l'égorgement rituel halal et kacher (sans endormissement) des bovins et des ovins au motif que “ même si l'abattage rituel est la cause d'un plus grand degré de souffrance, la minimisation de la souffrance animale ne justifie pas une telle atteinte à la liberté religieuse. ” Ce contre une loi de 1964. Cet abattage concerne actuellement  14% des bovins et 22% des ovins, des chiffres en constante augmentation. Ce n'est pas la première fois que le Conseil d'État recule devant les religions. D'autant que, dans un deuxième temps, le Conseil a, suivant son rapporteur, validé le 8 octobre l'abattage sans étourdissement. Pour la haute juridiction française, il faut simplement prévoir “ un étourdissement complémentaire si l’animal reste conscient au-delà de quatre-vingt-dix secondes après la jugulation. ” Mais elle estime que l’OABA n’est pas fondée à soutenir que la règlementation existante méconnaîtrait le droit de l’Union dont l’article 13 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui impose aux Etats membres de tenir pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles.

 

Cela dit, Anne Clergue (la fille de Lucien), Charles Berling, Bartabas (qui préfère ses chevaux aux taureaux et aux intermittents du spectacle), François Marthouret, Philippe Caubère, ça fait tout de même mal aux seins, comme on disait quand j’étais gosse.

 

 

Esthétisme, corrida et boucherie

PS : on pourrait parler un peu aussi des cochons. Un groupe contre l'esclavagisme animal a publié ce texte :

 

“ Un projet d’exploitation d’un élevage intensif de cochons est en préparation à Durmignat (Puy-de-Dôme).

Si ce projet voit le jour, 1 008 cochons seront enfermés dans un hangar de 961 m² sans accès à l’extérieur. Chaque animal disposera donc de moins de 1 m². Plusieurs cycles d’élevage sont prévus, plusieurs milliers de cochons seront donc exploités chaque année.

 

Ce projet soulève des questions quant aux conditions d’élevage des cochons

Ces animaux, destinés à l’engraissement puis à l’abattoir, auront subi à un jeune âge de nombreuses mutilations telles que le meulage des dents, la coupe des queues ou la castration. Ces opérations, réalisées le plus souvent sans anesthésie, causent des douleurs avérées aux cochons. Cela n’empêche pas des agressions parfois violentes entre les animaux au sein même de l’élevage tant les animaux sont stressés par leurs conditions de vie.

Les cochons seront élevés sur caillebotis, au-dessus de leurs excréments, dans des bâtiments nus et saturés d’ammoniac. Les dimensions des enclos les condamnent à l’enfermement dans des espaces extrêmement restreints. Leurs besoins fondamentaux, comme l’exploration, la recherche de nourriture, la pratique d’activités variées ne sont en aucune façon respectés. Dans les élevages intensifs, il est impossible pour les cochons d’exprimer pleinement leurs comportements sociaux.

Ces animaux ne sortiront que pour partir à l’abattoir.

 

Ce projet soulève également des problèmes sanitaires et environnementaux

Les maladies qui se développent dans les élevages intensifs engendrent une surconsommation de médicaments : 499 tonnes d’antibiotiques ont été vendues en France en 2017 pour un usage vétérinaire, dont 181 tonnes utilisées par les élevages porcins. Aucune estimation de l’utilisation d’antibiotiques n’a été présentée au dossier soumis à la consultation du public par cette exploitation. L’antibiorésistance qu’engendre l’utilisation massive d’antibiotiques dans les élevages est pourtant une réalité qui pourrait tuer une personne humaine toutes les 3 secondes d’ici à 2050 (2).

Les rejets d’ammoniac, les odeurs dues notamment aux épandages, les nuisances sonores ont aussi des conséquences directes sur la qualité de vie des riverains. 

L’impact environnemental des élevages intensifs est également conséquent et aujourd’hui bien documenté : pollution de la terre, de l’eau, de l’air… Ce modèle d’élevage contribue aux émissions de gaz à effet de serre, d’ammoniac, de nitrates, à la pollution des nappes phréatiques, à la déforestation (causée majoritairement par la culture d’aliments à destination des animaux d’élevage).

 

L’implantation de nouveaux élevages intensifs est en total décalage avec les attentes sociétales. En effet, 88 % des Français se sont déclarés opposés à l’élevage intensif (3). 90 % d’entre eux considèrent que la protection des animaux d’élevage devrait être renforcée et 94 % pensent qu’il est important de les protéger. ”

 

 

 

On finira tout de même par une note optimiste :

 

 

Esthétisme, corrida et boucherie
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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 05:21

 

Arnaud Agnel, comédien ; Olivier Ansellem, photographe; Pierre Arditi, comédien ; Bartabas, scénographe ; Charles Berling, comédien ; Dominique Bluzet, directeur de théâtres ; Myriam Boisaubert, poète ; Jean-Paul Capitani, éditeur ; Philippe Caubère, comédien ; Mathieu Cesar, photographe de mode ; Yves Charnet, écrivain ; Anne Clergue, galeriste ; Frédéric Coudron, romancier ; Martine d’Anglejan Chatillon, galeriste et productrice ; Patrick de Carolis, journaliste et écrivain ; Hubert de Watrigant, peintre ; Denis Declerck, ancien directeur de théâtre ; Éric Dupond-Moretti, avocat et auteur ; Jean-Pierre Formica, peintre ; Gil Galliot, comédien et metteur en scène ; Pauline Guerrier, sculpteur; Georges Heinz, professeur des écoles d’architecture ; Kostia, designer ; Marie-Sara Lambert, productrice de spectacles taurins ; Jacques-Olivier Liby, écrivain ; Jean-Marie Magnan, écrivain ; José Manrubia, peintre ; François Marthouret, comédien et metteur en scène ; Marion Mazauric, éditrice ; Vera Michalski-Hoffmann, éditrice ; Françoise Nyssen, éditrice, Loren Pallatier, peintre ; Ernest Pignon-Ernest, plasticien ; Denis Podalydès, comédien ; Diego Ramos, peintre ; Jean Reno, comédien ; Rudy Ricciotti, architecte ; Patrick Siméon, peintre ; Jean Varela, comédien et directeur de théâtres ; Laurent Weil, journaliste.

 

Pétition publiée dans Le Figaro sous le titre “ La corrida est un art et nul ne doit en être exclu ”.

 

 

Aucune description de photo disponible.
 
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19 octobre 2019 6 19 /10 /octobre /2019 05:23

Pour comprendre ce titre, il faut bien connaître la Picardie. Les Cabotans sont des marionnettes en bois (d'bos) très célèbres dans cette région. Le personnage principal, équivalent du Guignol lyonnais, est Lafleur, personnage complètement inclusif puisque cet homme porte un nom très féminin. Sa femme s'appelle Sandrine. Ils s'expriment en Picard alors que les autres personnages parlent en français. C'est sûrement parce qu'ils furent créés au XIXe siècle que ces Cabotans ne furent pas appelés des cabotan.e.s.

 

 

 

 

Le Fonds régional d’art contemporain Picardie a récemment passé une longue annonce de recrutement que j’ai découverte dans Téléraman° 3634.

 

C’est une pure horreur qui a eu certainement l’heur de plaire à de nombreux journalistes de l’hebdomadaire qui, eux aussi, pratiquent l’écriture inclusive. Je cite quelques exemples : « Le fonds régional recrute son/sa futur(e) directeur/rice … la directrice/le directeur a la responsabilité … le/a candidat.e pré-sélectionné.e. sera … il/elle sera doté(e) … le/la candidat.e est invité.e à consulter … les candidat.e.s présélectionnés seront invité.e.s … » 

 

Le problème, qui est toujours le même, c’est que le rédacteur (la rédactrice ?) a été incapable d’écrire correctement dans son propre idiome imbécile. C’est très dur de faire du vélo avec une seule jambe. C’est fatiguant, on finit par lâcher prise. Il faut redoubler de vigilance quand on décide d’écrire en chinois alors qu’on ne connaît pas le chinois. C’est un métier que d’être maso et de s’infliger un silice langagier.

 

Outre le fait qu’il (ou elle ?) viole la langue française en utilisant l’anglicisme désormais archi rebattu («vous aurez à initier une coopération »), le rédacteur (la rédactrice ?) de cette annonce ne tient pas sa route de zélote de l’inclusivité. On citera « la responsabilité du chef d’entreprise », « le/a candidat.e. sera un cadre supérieur », « les candidats.e.s [présenteront] les moyens qu’ils entendent mettre en œuvre », «information des candidats pré-sélectionnés (sic) », « la note de présentation des candidats », « le jury sera composé ”…] d’un représentant d’Amiens ».

 

Pitoyable !

Chés Cabotans ou Ché.e.s Cabotan.e.s ?
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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 05:21

Ces voitures sont garées devant un bel hôtel de Pékin. Pas un palace 5 étoiles. Un hôtel fréquenté par des cadres, des ingénieurs, des universitaires, des hommes d'affaires moyens.

 

Ces voitures sont briquées comme des yuans neufs. Mais, surtout, ce sont de grosses cylindrées. Nous sommes en plein fétichisme, comme les Étatsuniens dans les années cinquante ou les Français dans les années soixante. “ Ma BMW est plus grosse que ta Lancia mais moins chère que sa Mercedes ”. La grosse et belle voiture comme signe extérieur de richesse, de réussite, de satisfaction personnelle.

 

Le parc automobile est d'environ 300 millions de voitures, le sixième du parc automobile mondial. A Pékin, on compte 63 voitures pour 100 ménages. Un milliard de Chinois n'ont pas de voiture.

 

L'Inde compte une quinzaine de millions de voitures, avec une progression de 15% par an. Mais l'industrie est fondée sur des véhicules très bon marché (1 600 euros). Ce qui n'empêche pas de rêver. Quand tous les Chinois et tous les Indiens pourront passer du rêve à la réalité, la Terre risque de fondre comme neige au soleil.

 

 

L’image contient peut-être : voiture, arbre et plein air
 

 

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 05:25
Pour La Part-Dieu de Lyon, le français est la langue des ilotes

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