Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 05:10

 

Serge Halimi doute que l’Europe puisse être à la fois libre-changiste et écologiste : « En remportant 10 % des sièges lors de l’élection du Parlement européen, les écologistes ont réveillé un vieux débat sur le positionnement politique de leur mouvement. Est-il plutôt de gauche, comme le suggèrent la plupart des alliances qu’il a nouées jusqu’ici, ou plutôt libéral, comme l’indiquent à la fois le ralliement à M. Emmanuel Macron de plusieurs anciens dirigeants écologistes (MM. Daniel Cohn-Bendit, Pascal Canfin, Pascal Durand) et certaines coalitions qui, en Allemagne, incluent déjà la droite et les Verts ? »

 

 

Peut-on réconcilier l’industrie et la nature, demande Jean Gadrey : « Ayant associé le développement économique et l’amélioration des conditions de vie, les forces politiques progressistes ont longtemps négligé l’impact des activités humaines sur l’environnement. L’urgence de protéger la planète impliquerait-elle de renoncer aux bienfaits de la société industrielle ? Pas nécessairement, dès lors que mutent certaines des habitudes de consommation auxquelles elle a donné naissance. »

 

 

Benoît Bréville dénonce l’obsession de la race aux Etats-Unis : « Êtes-vous « noir », « blanc », « amérindien », « asiatique »… ? Depuis plus de deux siècles, les résidents américains doivent déclarer leur « race » aux agents du recensement. Instrument des politiques de lutte contre la discrimination, les statistiques ethniques ainsi obtenues ont fini par renforcer le sentiment d’appartenance identitaire. Au risque de légitimer les divisions qu’elles étaient supposées combattre. »

 

 

 

Alain Garrigou et Jean-Paul Guichardréévaluent le rôle néfaste de Keynes lors du Traité de Versailles : « Un siècle après sa signature, le 28 juin 1919, le traité de Versailles est généralement abordé à la lumière de ses conséquences supposées : accablant l’Allemagne, il aurait favorisé la montée du nazisme. Les conditions concrètes de son élaboration sont en revanche souvent négligées, et notamment le rôle de certains personnages-clés, tel l’économiste John Maynard Keynes. »

 

 

Jean-François Bernardinia repéré qu’il y avait un éléphant dans le salon en Corse : « Après l’adieu aux armes et les victoires électorales, les autonomistes corses sont confrontés à l’exercice du pouvoir depuis 2015. La relance de la production locale et la lutte contre la désertification des zones rurales restent des défis majeurs. Et, si le projet de réforme constitutionnelle consacre la reconnaissance d’un statut particulier, les relations avec Paris demeurent marquées par la défiance. »

 

 

Geneviève Clastresdécrit le cadeau empoisonné du tourisme culturel : « Chaque année, une cinquantaine de sites naturels ou culturels se portent candidats à l’inscriptionsur la liste du patrimoine mondial pour se voir accorder une protection au bénéfice de toute l’humanité. Cependant, en délivrant ce label, l’Unesco oriente aussi fortement les flux touristiques. Un appel d’air rémunérateur, mais qui peut s’avérer ravageur. »

 

 

Massimo Perinelli et Christopher Pollmann dénoncent le non-procès de la violence néonazie : « Une cellule néonazie, des meurtres en série, une police qui regarde ailleurs : tels sont les ingrédients d’un drame qui hante l’Allemagne depuis le début des années 2000. Instruit de 2013 à 2018 à Munich, le procès a révélé par ses carences mêmes les ambiguïtés des services de sécurité ainsi que de l’institution judiciaire vis-à-vis de la violence d’extrême droite. »

 

 

Alexander Mainbrosse un descriptif de la géopolitique de la crise vénézuélienne : « L’offensive de Washington contre le président vénézuélien Nicolás Maduro s’est appuyée sur l’assentiment des dirigeants conservateurs de la région, désormais majoritaires. Grâce à eux, l’interventionnisme américain a pu se grimer en préoccupation humanitaire… Mais le jusqu’au-boutisme de l’administration Trump semble être parvenu à exaspérer la droite latino-américaine, pourtant docile. »

 

 

Anne-Dominique Correaa repéré le retour despieuvres médiatiques en Amérique latine : « Argentine, Équateur, Brésil : partout, le même scénario. Des dirigeants conservateurs parviennent au pouvoir après une longue période de gouvernements de gauche. À peine sont-ils élus qu’une urgence les anime : détricoter les mesures de réglementation de la presse qu’avaient instaurées leurs prédécesseurs pour encadrer le pouvoir politique des médias privés. »

 

 

En Inde, selon Christophe Jaffrelot, on peut remporter les élections avec un bilan désastreux : « À la suite de sa victoire électorale de 2014, le premier ministre indien Narendra Modi avait convié son homologue pakistanais à sa prestation de serment, laissant espérer des négociations de paix. Cinq ans plus tard, il l’a exclu des cérémonies d’investiture. Lors de la campagne des législatives, M. Modi a misé surla peur de l’ennemi traditionnel, ainsi que sur le nationalisme hindou.

 

 

Quand s’intéressera-t-on réellement aux éternels disparus du Liban (Emmanuel Haddad ) : « Le sort des disparus durant la guerre civile libanaise (1975-1990) – pour la plupart victimes d’enlèvement – ne semble guère intéresser des autorités politiques soucieuses de tourner la page pour favoriser la reconstruction du pays. Mais la mobilisation des familles concernées empêche l’oubli de s’installer et contribue à documenter l’un des épisodes les plus tragiques du conflit. »

 

 

Au Sahel, les militaires ont évoncé le Quai d’Orsay (Rémi Carayol ) : « Malgré un important déploiement armé (opération française « Barkhane », mission des Nations unies, etc.), les massacres de civils se multiplient au Mali et dans la sous-région. Cause méconnue de cette impasse : le Sahel est devenu la chasse gardée des militaires, qui imposent aux diplomates du Quai d’Orsay une vision trop étroitement sécuritaire pour être efficace. »

 

 

Éloi Valat revient sur l’histoire des Louise, des pétroleuses : « Blanchisseuses, relieuses, cantinières, journalistes… celles que leurs adversaires appelleront les « pétroleuses » interviennent splendidement dans les combats de la Commune : ceux qui se mèneront lesarmes à la main, ceux qui entreprennent de construire un monde plus juste et plus heureux. Elles sont privées du droit de vote, mais elles se font entendre dans les clubs de quartier, demandent l’égalité des salaires et la création de crèches, engagent la reconnaissance de l’union libre. La Commune fut exterminée, les idées et les idéaux survécurent. »

 

 

Pour Philippe Leymarie, l’Europe de la défense est une armée de papier : « Le 18 avrildernier, le Parlement de Strasbourg a approuvé la création du Fonds européen de la défense. Doté de 13 milliards d’euros, il financera des projets industriels intéressant plusieurs États. Mais au service de quelle vision stratégique ? Depuis trente ans, l’Union bricole des outils militaires et techniques sans parvenir à donner corps à une véritable politique de sécurité. »

 

 

Laura Raim évoque quelques idées reçues sur la relance : « À quoi bon s’opposer au sens de l’histoire ? L’industrie suit tout simplement le chemin parcouru par l’agriculture avant elle. Le développement consistant à passer du secteur primaire au secteur secondaire, puis du secondaire au tertiaire, les pays du Nord s’achemineraient vers une économie immatérielle, fondée sur les services et animée par des « entreprises sans usines » (selon l’expression du président-directeur général d’Alcatel en 2001, M. Serge Tchuruk), tandis que la production industrielle — polluante et pénible — serait délocalisée dans les pays à bas salaires.

Industrie et services ne s’opposent pas : il s’agit de secteurs d’activité imbriqués et complémentaires. Depuis vingt ans, l’externalisation de fonctions jusque-là assurées au sein des entreprises industrielles (restauration, nettoyage ou encore comptabilité) explique en partie la chute du nombre d’emplois directs dans l’industrie et son augmentation dans les services. A contrario, les entreprises industrielles offrent de plus en plus de services, telles que l’installation et la maintenance, mais aussi la location. Michelin propose par exemple de louer ses pneus au kilomètre. »

 

 

Il fut un temps où le Sud misait sur la « bourgeoisie nationale » (Vivek Chibber) : « Suffit-il à l’État de venir en aide aux entrepreneurs nationaux pour développer son secteur industriel ?Au cours des années 1960 et 1970, plusieurs pays ont opté pour cette stratégie, se heurtant à chaque fois aux mêmes difficultés. »

 

 

Lucile Leclairraconte la bagarre de l’hectare : « Le désengagement de l’État en milieu rural etle dévoiement de ses outils de régulation se manifestent par l’inflation des prix des terres cultivables. En abandonnant au marché cette ressource limitée et non reproductible, les pouvoirs publics entravent l’installation de jeunes exploitants et fragilisent la profession agricole, qui peine à assurer son renouvellement générationnel. »

 

 

Article très salutaire de Thierry Discepolo   sur l’art de détourner George Orwell : « Lesréférences à l’auteur de « 1984 » se sont multipliées depuis une vingtaine d’années. Alors que ses engagements revendiqués l’ancraient à gauche, c’est désormais une pensée néoconservatrice qui se revendique de son œuvre. Récupération d’ambiguïtés possibles ou dévoiement ? Tout et son contraire a été dit sur George Orwell. Surtout son contraire. Condamner le colonialisme britannique et témoigner de la vie des travailleurs pauvres et des vagabonds ; se convertir à un socialisme radicalement égalitaire après une enquête sur les ouvriers anglais ; pourfendre la tiédeur sociale-démocrate et être internationaliste jusqu’à combattre pendant la guerre d’Espagne dans les rangs du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) ; espérer que la résistance du peuple britannique contre l’Allemagne nazie débouche sur une révolution ; rejoindre l’aile gauche du Parti travailliste ; et, enfin, mourir trop tôt pour être gâté par le succès de 1984 : non seulement tout cela n’a pas suffi à une partie de la gauche pour qu’elle compte Orwell parmi les siens, mais cela n’a pas non plus empêché son annexion par les néoconservateurs. Comment en est-on arrivé là ?

 

 

 

Rigolez, vous êtes exploité, prévient Julien Brygo « Vous êtes éreinté ? Votre activité professionnelle vous plonge dans la dépression ? Vous songez à mettre fin à vos jours ? Nous avons la solution : ri-go-lez ! » Voilà en substance le message de la direction des ressources humaines (DRH) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse au personnel de l’établissement. La solution arrive à point nommé, car la situation menaçait de devenir dramatique…

Un peu comme France Télécom hier ou la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) aujourd’hui, le CHU toulousain est confronté à une recrudescence de suicides de salariés. Le rapport d’un cabinet de conseil établi en 2016 est formel : les quatre personnes ayant mis fin à leurs jours en quelques semaines la même année (dont une dans les locaux du CHU) l’ont fait à cause de leurs conditions de travail. L’année suivante, dans un des 26 000 documents internes révélés par la presse. une infirmière en gynécologie décrit ainsi son quotidien : « Mise en danger de la vie des patientes, mauvaise prise en charge de la douleur, dégradation de l’image des patientes (patientes laissées plusieurs minutes souillées de vomis)(…) mauvaise prise en charge psychologique (annonce de cancer faite récemment, pas le temps de discuter).(…) Une équipe épuisée physiquement (même pas cinq minutes de pause entre 13 h 30 et 23 heures) et moralement (sentiment de travail mal fait et de mettre en danger la vie des patients). »

 

Le Monde Diplomatique (231)
Partager cet article
Repost0
3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 05:15
Les mots du peuple et ceux de la finance

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 05:39

 

 

Dans Le Monde Diplomatique, Thierry Discepolo démontre avec brio comment la droite néoconservatrice s’est accaparée George Orwell qui, sa vie durant, fut un homme qui se situa à la gauche de la gauche dans son pays : « Tout et son contraire a été dit sur George Orwell. Surtout son contraire. Condamner le colonialisme britannique et témoigner de la vie des travailleurs pauvres et des vagabonds ; se convertir à un socialisme radicalement égalitaire après une enquête sur les ouvriers anglais ; pourfendre la tiédeur sociale-démocrate et être internationaliste jusqu’à combattre pendant la guerre d’Espagne dans les rangs du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) ; espérer que la résistance du peuple britannique contre l’Allemagne nazie débouche sur une révolution ; rejoindre l’aile gauche du Parti travailliste ; et, enfin, mourir trop tôt pour être gâté par le succès de 1984 : non seulement tout cela n’a pas suffi à une partie de la gauche pour qu’elle compte Orwell parmi les siens, mais cela n’a pas non plus empêché son annexion par les néoconservateurs. »

 

 

 

Politisestime que la réforme de l’assurance chômage est éminemment politique car elle est : « destinée à permettre chaque année à l’État de fixer le cadre financier consacré à l’indemnisation des chômeurs, qu’ils soient salariés ou indépendants, et le montant des économies souhaité. Ce faisant, il transforme la caisse paritaire en chambre d’enregistrement, sorte de coquille qui se fissure à vue d’œil (dernièrement, son directeur a d’ailleurs pris la fuite…) Car en substituant l’impôt à la cotisation, le gouvernement ne dénature pas seulement le système mutualisé et assuranciel de l’assurance-chômage, il se dote aussi d’armes infaillibles : rendre invisible aux travailleurs la perte de leur salaire différé destiné à couvrir les risques liés au chômage ; vider de son sens la présence des syndicats de salariés dans la défense et la gestion des droits des chômeurs ; permettre la mise en place, à terme, d’une indemnisation chômage forfaitaire, de type assistanciel, dont le montant serait complètement indépendant du salaire antérieur. »

 

 

Dans Le Grand Soir, Piere Verhas explique pourquoi la Libra, la nouvelle monnaie des GAFA va sonner le glas du capitalisme « classique » : « Ainsi, ce ne seront plus les Etats, ni les banques qui contrôleront la masse monétaire et sa circulation. Ce sera une entreprise transnationale qui disposera de tous les pouvoirs même si, au départ, Facebook se cachera derrière le système des chaînes de bloc. Quid en cas d’échec ? Sans doute des dégâts importants si la sauce a pris, mais ne nous faisons aucune illusion, d’autres reprendront l’idée en tirant les leçons d’un éventuel revers du plus célèbre des réseaux sociaux.

Ainsi, on se rend compte qu’il s’agit d’une révolution fondamentale qui mettra hors-jeu les Etats et toutes les institutions financières. Cela risque de sonner le glas du capitalisme « classique » pour faire place à un capitalisme absolu tel que le rêvent les libertariens qui accroissent leur influence et leur pouvoir face à des institutions politiques et financières sclérosées qui se sont avérées incapables à répondre à la crise financière de 2008 qui est loin d’être terminée. Mais, Libra est-elle un élément de la solution ? Certes non. Elle représente un danger majeur, car l’économie ne sera plus contrôlée, les échanges n’auront plus de garde-fou comme les banques centrales et le FMI. À terme, l’économie pourra tomber entre les mains de puissantes mafias, de lobbies et d’entreprises transnationales avec toutes les conséquences que l’on imagine. »

 

 

L’Humanité pleure la disparition de la comédienne Édith Scob : « Elle était de ces actrices dont la seule présence dans une scène éclaire l’espace cinématographique. Et le transforme. Par sa force d’expression d’une grâce infinie, Édith Scob imprimait son esthétique à chaque plan d’un film, à chaque réplique d’une pièce. Jamais elle n’a joué de façon affectée et tenait sa modernité d’interprétation d’un dégagement de tout effet psychologique propre à empeser le travail d’un acteur, et de la chose subtile que conjuguaient son intelligence et sa beauté. »

 

J’ajoute que le frère d’Édith Scob, Michel, fur un grand champion cycliste (pistard), ardent syndicaliste et pourfendeur du dopage.

 

 

 

 

 

Revue de presse (288)
Partager cet article
Repost0
24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 05:20

 

Viktor Dedaj, du Grand Soir, pose une quinzaine de questions aux médias dominants peu soucieux de traiter comme il convient le harcèlement inhumain que subit Julian Assange de la part des autorités britanniques, étasuniennes, équatoriennes et suédoises. J’en ai retenu trois, avec les réponses de Dedaj :

  • « Considérant que vous avez largement et longuement écrit que Julian Assange était accusé – et donc recherché – pour viol par la Suède,
  • Considérant que j’ai lu les dépositions et les rapports de police de l’époque, qui ont fuité et sont disponibles sur Internet, et que le mot « viol » n’y figure pas,
  • Considérant que le terme « viol » fut d’abord lancé par un tabloïd suédois,
  • Considérant que l’affaire fut close en quelques jours par la procureuse générale de Stockholm,
  • Considérant que Julian Assange a quitté la Suède avec l’autorisation de la justice suédoise,

Pouvez-vous, ou un de vos spécialistes en « fake news », offrir à vos lecteurs l’acte d’accusation contre Julian Assange, ou un mandat d’arrêt signé par un juge, ou tout document officiel suédois, traduit ou non, relatif à ou mentionnant un viol ?

 

 

  • Considérant qu’il est souvent reproché à Wikileaks de publier des choses « qui ne devraient pas l’être »...

Pouvez-vous nous donner un seul exemple, parmi les 10 millions de documents publiés par Wikileaks, d’un document qui, selon vous, n’aurait pas dû être révélé au public ?

Si oui, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

 

  • Considérant que Julian Assange n’a violé aucune loi d’une juridiction dont il dépendait,
  • Considérant que Julian Assange n’est pas citoyen des Etats-Unis,
  • Considérant que Julian Assange n’a pas opéré sur ou à partir du territoire des Etats-Unis,
  • Considérant qu’une « extradition » est le renvoi d’un accusé/coupable vers le pays où le crime aurait ou a été commis,
  • Considérant ce qui précède, l’action entreprise par les Etats-Unis – avec la complicité de la Grande-Bretagne, du nouveau gouvernement de l’Equateur et d’une partie de l’appareil judiciaire suédois – ne saurait en aucun cas être qualifiée d’extradition stricto sensu,

Pouvez-vous nous suggérer un terme plus approprié pour désigner ce qui est en train d’être manigancé contre Julian Assange ? (Un indice enlèvement/kidnapping sous couvert de légalité).

 

 

Que le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, soutien efficace des lobbies agricoles, se prononcent pour les hublots pour vaches se comprend à la limite mais que la ministre à la Transition écologique Brune Poirson fasse de même surprend. Je cite Paris Match : « "C'est choquant", mais "ce sont des pratiques scientifiques et qui ne font pas souffrir l'animal. On en est sûr car on sait mesurer le stress chez les animaux", a assuré Mme Poirson. "C'est utile, parce que nous avons besoin de la science" a-t-elle insisté, tout en estimant qu'il faudrait "mieux encadrer ces pratiques là". »

 

 

 

 

Revue de presse (287)

 

Marianne s’est penchée sur les conditions de vie de plus en plus désastreuses des étudiants français : « S'ils sont 60% à ne pourtant pas être boursiers, ils sont tout autant à devoir exercer une activité rémunérée pour s'en sortir, dont un sur deux plus de douze heures par semaine. Malgré ces efforts, le montant du budget qu'ils allouent chaque jour à leur alimentation reste bien maigre : 12,20 €. Alors, il n'est pas rare qu'ils sautent des repas, de temps à autre, comme l'avouent 68% d'entre eux. Et, sur ce total, plus d'un tiers confessent même le faire au moins une fois par semaine. Un quart des étudiants interrogés ont déjà rejoint une distribution de repas effectuée par des associations du genre Secours populaire, Restos du cœur ou épicerie solidaire sur les campus. 79% se disent « régulièrement stressés », principalement à cause de leurs études, des relations sociales ou même en raison de leurs problèmes de santé. Un stress qui, disent-ils, a eu quelques conséquences : perte d'appétit, isolement… Jusqu'à causer des épisodes dépressifs au cours de l'année écoulée pour 24% des sondés. Un peu plus d'un sur cinq a consommé du cannabis au cours de l'année écoulée. L'usage de codéine (7%) ou d'ecstasy et de MDMA (3%) est heureusement plus limité.

 

Partager cet article
Repost0
23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 05:21
 
Ci-dessous un article très intéressant de Jérôme Henriques pour Le Grand Soir sur la barbarie du monde du cirque, en France tout particulièrement.

 

 

Mowgli (désignant un bâton muni d'un crochet) : "Ca sert à quoi ça ?" Baghera : "Ca a été conçu par les humains pour s'enfoncer dans la tête des éléphants ..." Mowgli : "Mais, pourquoi veulent-ils quelque chose qui s'enfonce dans la tête des éléphants" Baghera : "Pour leur apprendre leurs règles ... les humains font ces choses, et même pire ..." Le Livre de la Jungle (Rudyard Kipling, 1894).

Un spectacle grand public

En Europe, on compte aujourd’hui environ 900 cirques (1), lesquels totalisent un effectif de plusieurs dizaines de milliers d’animaux sauvages. Parmi les espèces couramment "utilisées", on peut notamment citer les fauves (lions, tigres, léopards ...), les éléphants (d’Afrique, d’Asie), les singes (chimpanzés, babouins, macaques ...), ainsi que les ours, girafes, chameaux, zèbres, hippopotames, otaries, autruches, perroquets ... Les chapiteaux européens attirent chaque année des dizaines de millions de spectateurs (environ 15 millions, rien qu’en France), lesquels viennent s’émerveiller devant des tigres qui sautent à travers des cerceaux en feu, des éléphants qui s’assoient sur des tabourets, ou encore des ours qui font du vélo ... bref, devant des animaux sauvages qui effectuent des numéros précis avec une discipline et une rigueur déconcertantes.

 

Une vieille tradition

Les spectacles d’animaux ne datent pas d’hier. On peut notamment remonter aux jeux du cirque sous la Rome antique (combats de fauves) ou encore évoquer la présence de montreurs d’ours dès le moyen-âge. Cependant, ce n’est qu’à partir du XVIIIème siècle que l’on va véritablement assister à l’essor du cirque dit "moderne", c’est à dire du cirque tel que nous le connaissons aujourd’hui. Si les premiers spectacles comprennent surtout des numéros équestres (le premier de ce genre est celui présenté Philip Astley à Londres en 1769), il faut attendre la fin du XIXème pour voir apparaître les premières "ménageries de cirque", soit l’exhibition au sein de cirques d’animaux sauvages importés des colonies ; des ménageries qui ne cesseront de croître par la suite (début XXème, celles de Ringling Bros/Barnum & Bayley aux Etats-unis ou de Krone en Europe totalisent chacune plusieurs centaines d’animaux). Viendront ensuite, dans la seconde moitié du XXème siècle, les premiers numéros de dressage et de domptage.

 

Pourquoi une telle fascination ?

Des animaux exotiques déambulant sous des tentes et/ou effectuant des numéros imposés par l’homme, cela n’a à priori rien de naturel ni d’authentique. Pourquoi les cirques fascinent-ils autant alors ? Hormis la curiosité de pouvoir observer ces animaux "pour de vrai" (ce qui peut être fait plus simplement en allant au zoo), on peut principalement trouver deux raisons à cela. D’un côté, il y a un aspect "domination des forces de la nature" qui est probablement flatteur pour l’espèce humaine : "regardez ces bêtes féroces et imposantes, et bien moi, j’appartiens à l’espèce qui arrive à les dompter". D’un autre côté, il y a aussi un imaginaire dans lequel certains (les plus jeunes notamment) veulent se projeter : la prétendue "complicité entre l’homme et l’animal" par exemple. Ajoutez à cela une touche d’anthropomorphisme (des ours faisant du vélo en tutu ...) et une pointe de rhétorique (désigner les dresseurs comme des "entraineurs", les animaux comme des "partenaires" ...) et le tour est joué. Le cirque, finalement, c’est que du bonheur !

 

Un environnement inadapté par nature

Il suffit pourtant de se pencher sur quelques considérations éthologiques pour se rendre compte de l’inadaptation, par nature, des cirques. Dans la nature, chaque animal développe toute une palette de comportements liés aux besoins de son espèce : cela comprend notamment les interactions sociales (organisation de groupe, hiérarchie), la sexualité (recherche de partenaires, accouplement), l’alimentation (exploration, chasse, fouille au sol ...), mais aussi les comportements territoriaux (marquage), locomoteurs (sauter, courir ...), de confort (repos, toilette, bains de boue/poussière ...) et maternels (allaitement, protection, éducation ...). Or, qu’en est-il dans les cirques ? Les groupes sociaux sont déstructurés ou inexistants, les stimuli externes (partenaires, nourriture ...) annihilés, les activités d’exploration et de locomotion réduites à quelques mètres carrés, les comportements maternels entravés et l’établissement de toute distance de fuite rendue impossible.

 

Le cas des fauves

Lions, tigres, léopards, jaguars ... Prenons l’exemple des fauves. Dans la nature, ils explorent des territoires allant de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de kilomètres carrés. Course, saut, nage, escalade, la plupart utilisent l’espace en trois dimensions et sont presque toujours en mouvement. Comment, dès lors, concevoir leur vie en cirque, où l’espace et la locomotion sont limités aux seuls 3 ou 4 mètres carrés de la voiture-cage (ou occasionnellement un peu plus, lorsqu’un accès à une zone de repos extérieure leur est permis) ? Idem en ce qui concerne l’organisation de groupe, dont il n’est pas tenu compte non plus. Ainsi certains animaux naturellement grégaires, comme les lions (qui ont l’habitude de vivre en famille), sont-ils souvent contraints de vivre seul, tandis que d’autres plutôt solitaires, comme les tigres, peuvent-ils au contraire être contraints de cohabiter (parfois même avec des individus d’autres espèces) (2).

 

... des éléphants

Les éléphants sont des animaux à la fois très sociaux et très intelligents. Ils ont conscience d’eux-mêmes (cf le test du miroir), font preuve d’empathie et ont conscience de la mort (cf leurs rites funéraires). Quant à leur mémoire prodigieuse, elle n’est pas que légendaire (un éléphant peut par exemple se mettre soudainement en colère si un évènement ou un lieu lui rappellent un souvenir traumatique passé). Communiquant entre eux par des contacts tactiles et olfactifs, les éléphants forment des groupes sociaux pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines d’individus (la "harde", assez stable, est généralement organisée autour d’une matriarche). Nomades, ils parcourent environ une dizaine de kilomètres par jour et passent près de 80 % de leur temps en mouvement (leur anatomie est antinomique avec un maintien en position immobile). La toilette enfin : immersion dans l’eau, frottements contre des arbres, bains de boue ... c’est un véritable rituel ! Et dans les cirques alors ? Rien de tout ça forcément : des animaux souvent détenus seuls, parfois enchainés au sol ou enfermés dans des camions.

 

... et autres

On pourrait aussi parler des singes (babouins, macaques ...), habitués à vivre en groupe au sein de grandes forêts ; des ours, habitués à vivre seuls au milieu des montagnes ; des hippopotames, qui passent leurs journées à moitié immergés dans les eaux stagnantes des marais ; des girafes, dont la structure anatomique est particulièrement adaptée à la vie en savane, des oiseaux, capables de s’orienter sur de très longues distances dans le ciel, etc. En réalité, les problèmes liés à la captivité concernent tous les animaux sauvages ... même ceux (majoritaires au sein des cirques) qui n’ont jamais connu la vie en liberté. La domestication d’un animal prenant plusieurs milliers d’années, les espèces sauvages disposent logiquement d’un moindre potentiel d’adaptation que les espèces domestiques. En captivité, elles conservent ainsi globalement les mêmes besoins que dans la nature.

 

Une vie remplie de manques

Besoins alimentaires, grégaires, sexuels, maternels, autant de manques subis par les animaux captifs. Dans la nature, les espèces prédatrices telles que les fauves passent la majeure partie de leur temps à explorer et marquer leur territoire, à chasser. Quant aux espèces végétariennes (éléphants ...), elles peuvent passer jusqu’à 80 % de leur temps à "fourrager" (pour sélectionner différents types de végétaux, racines, etc.). Dans les cirques, toutes ces espèces doivent généralement se contenter d’une nourriture identique (quartiers de viande pour les unes, foin ou croquettes pour les autres) et distribuée à heures fixes. Une privation territoriale (et exploratoire) donc, laquelle s’ajoute à d’autres : privation sociale (groupes sociaux annihilés, absence de congénères), sexuelle (partenaires à proximité pendant les phases de chaleur, phases de reproduction en dehors des cycles biologiques) ou encore familiale (séparations précoces, elles-mêmes causant des comportements maternels déficients à l’âge adulte).

 

... dans un univers de nuisances

Là-dessus, se greffent d’autres problèmes. Des nuisances précisément. Nuisances thermiques d’abord, quand des espèces habituées aux climats chauds (comme les éléphants ou les lions) et d’autres habituées aux régions plus froides (comme les ours), doivent toutes supporter les températures imposées par les cirques (elles-mêmes variant selon les lieux et périodes d’itinérance). Nuisances olfactives ensuite, quand certaines espèces doivent supporter l’odeur de leurs prédateurs, d’autres celle de leurs proies et toutes celle des humains (odeurs stressantes ou frustrantes donc). Nuisances lumineuses et sonores enfin, lesquelles découlent de l’activité humaine : éclairage inadapté et discontinu, va et vient du personnel, bruits de la foule, des camions. Rappelons que le champ auditif de nombreuses espèces est beaucoup plus large que le nôtre, ce qui implique aussi une démultiplication des nuisances sonores (infrasons émis par les moteurs de camions etc.).

 

Des troubles psychologiques

Dans cet environnement de misère, où l’absence de stimuli va de pair avec l’infliction de nuisances, on assiste logiquement à une dégradation de la santé psychologique des animaux. Soit des troubles mentaux (apathie, dépression, névroses, psychoses ...) couramment accompagnés de déviances comportementales, au premier rang desquelles les stéréotypies. Il en existe de plusieurs sortes : les stéréotypies de type déambulatoire (va et viens incessants, que l’on trouve principalement chez les félins), celles caractérisées par des balancements continuels (du corps chez les singes, de la tête chez les éléphants ou les ours), celles qui consistent en des mouvements de langue ou de léchage (girafes, antilopes), ou d’autres plus spécifiques (tic à l’appui chez le cheval, comportements de régurgitation-réingestion chez certains singes).

 

... marqueurs d’un mal-être chronique

Aussi fréquents que durables (ils concernent la plupart des animaux et peuvent les occuper des journées/nuits entières), ces mouvements répétitifs sont caractéristiques de l’enfermement. Les explications qu’en donnent les éthologiques & zoologues vont d’ailleurs toutes dans le même sens : ils sont "marqueurs d’un état de mal-être chronique", selon I. Hannier ; la "preuve d’une souffrance chronique", pour Françoise Wemelsfelder ; les "manifestations d’un échec à s’adapter de façon appropriée" selon Mac Bride et Craig ; "une espèce de pansement du système nerveux du cerveau et qui permet de supporter l’insupportable" pour Marie-Claude Bomsel ; ou encore des mouvements "pouvant être apparentés à la folie humaine" selon F. Kurt. A propos de folie, notons que les stéréotypies ne sont pas les seuls comportements pathologiques observés en cirque. Entre autres exemples, citons ceux d’animaux qui mordent les barreaux de leur cages (ours), se cognent la tête contre les parois (singes), s’arrachent les poils ou les plumes (oiseaux) ou encore maltraitent (voire tuent) leur progéniture (félins et autres).

 

Et le dressage ?

Les seuls moments où les animaux échappent à leurs cages ou leurs chaines (3), c’est lors des séances de dressage (ou plus brièvement lors des spectacles). Et là encore, ce n’est pas Byzance. On peut classer les méthodes de dressage en deux catégories : celles basées sur un "renforcement négatif" d’un côté et celles basées sur un "renforcement positif" de l’autre. Les premières utilisent la contrainte et la punition (en gros, la force et la violence) tandis que les secondes, réputées plus douces, jouent sur la motivation et la récompense (alimentaire notamment). C’est un point sur lequel les circadiens communiquent beaucoup : selon eux, les méthodes coercitives étant moins efficaces, seules subsisteraient aujourd’hui celles basées sur la confiance et l’échange. Un propos qu’il faut bien sûr modérer ; tant sur son aspect rhétorique (un animal qui a faim ne serait-il pas prêt à effectuer n’importe quoi en échange d’un peu de nourriture ? de fait, n’y a-t-il pas contrainte là aussi ?) que sur sa véracité ...

 

"Hurt him ! Make him scream !"

"Frappe le ! Fais le crier ! Si tu es effrayé à l’idée de le frapper, c’est que tu n’as rien à faire ici". Ces mots sont ceux prononcés par Tim Frisco, directeur de "l’animal care" (bien-être animal) au cirque Carson & Barnes, en 1999. Filmé en caméra cachée par l’un des membres de l’association Peta, on le voit ainsi frapper violemment un éléphant tout en encourageant ses recrues à faire de même. S’en suivront d’autres scandales de même type : certains de portée internationale, révélés par de grandes associations (celui des 3 éléphants, Vana Mana, Sonja et Delhi, battues par leur dresseur Lars Hölscher au sein du Great British Circus / ADI ; celui de l’éléphante Anne, régulièrement battue par le personnel d’un cirque itinérant britannique / ADI ; celui des éléphants de Ringling Bros / Peta) et de nombreux autres (moins retentissants) remontés par des gens lambda grâce à leur smartphone.

 

De la complicité en public, des coups en privé

Si le fait de violenter (ou même de contraindre) un animal en public semble toujours contre-productif (perte de sympathie de la part des spectateurs), il n’en va pas de même en privé. En témoigne l’utilisation de l’ankus. Outil indissociable des numéros d’éléphants, ce bâton muni d’un crochet permet de les diriger en les piquant derrière les pattes ou les oreilles (renforcement positif où es-tu ?). Mais comme la gestuelle est toujours travaillée et que le crochet est généralement recouvert d’ornements (rubans, fleurs ...), le public ne se rend compte de rien. En témoignent aussi les aveux d’anciens dresseurs : Mikhaïl Simonov expliquant comment faire danser le twist à un ours en le piquant successivement des deux côtés ; Georges Lewis racontant l’épisode d’une éléphante s’étant mise à pleurer après avoir été frappée ; ou encore Vladimir Deriabkine soulignant que la peur des coups et la privation de nourriture sont les deux seuls leviers employés par les dompteurs pour obtenir ce qu’ils veulent. Des témoignages renforçant l’idée d’une pratique courante de la violence en coulisse.

 

Le dressage particulièrement cruel des éléphants

Ancien dresseur au sein de la compagnie Ringling Bros (l’un des plus grands cirques au monde), Sam Haddock est celui qui a révélé au public la grande cruauté du programme de dressage des éléphants. Grâce son témoignage (photos à l’appui), on a ainsi pu découvrir des méthodes assez proches de celle du "brushing" (broyer, anéantir) pratiquée en Asie (en Thaïlande et au Cambodge notamment). Le but ? Amener les éléphants vers leur point de rupture psychologique afin d’obtenir d’eux une soumission totale. Comment ? En arrachant les éléphanteaux à leurs mères dès le plus jeune âge puis en les soumettant à tout un tas de violences physiques (coups, étirement avec des cordes ...). Extrait d’une vidéo commentée par Sam Haddock : "cette corde blanche est reliée à son cou et à sa patte arrière". Puis Gary donne l’ordre de tirer sur la corde pendant qu’il appuie sur la tête avec un crochet. Le bébé éléphant est alors projeté au sol" ...

 

Des cirques chinois au summum de l’horreur

S’il y avait un "prix de l’horreur", c’est peut-être aux cirques chinois qu’il faudrait le décerner. En 2017, un enquêteur de PETA Asie s’est rendu dans 10 cirques (et établissements de dressage) de la ville de Suzhou en Chine (qui, à elle seule, comprend plus de 300 cirques) pour y tourner en caméra cachée. Les images rapportées sont effrayantes : on y voit des oursons forcés à rester debout pendant des heures (sous peine de s’étrangler), des ours (adultes) forcés à marcher sur des barres parallèles, des félins presque incapables de bouger dans leurs enclos minuscules, des singes en train de devenir fous ... Les animaux sont frappés, trainés avec des cordes, secoués, fouettés ; ils crient, grognent, gémissent, certains implorant désespérément du regard, d’autres tentant frénétiquement de s’enfuir.

 

Un physique soumis à rude épreuve

A la douleur paroxystique des coups, s’ajoute celle, plus chronique, apparaissant sur le long terme. Problèmes communs et récurrents, ceux liés à la dureté des sols, lesquels sont notamment responsables de lésions sur les pattes ainsi que sur le reste du corps (la plupart des animaux dormant allongés). Ou encore les problèmes d’articulations, liés à la répétition d’exercices contre-nature. Chez les éléphants par exemple, les numéros classiques (tenir en équilibre sur deux pattes, s’asseoir, monter sur des tabourets ...) sont à la fois source de blessures aux articulations (coude et genou principalement), de problèmes vertébraux et de fissuration d’ongles. Notons que la simple position assise peut avoir des conséquences tragiques chez l’éléphant : en exerçant une pression excessive sur le diaphragme, elle peut causer une hernie, laquelle pouvant elle-même entrainer la mort (si étranglement et nécrose des organes sous-jacents).

 

Des transports stressants et accidentogènes

Un cirque sillonne jusqu’à 10 villes par mois, ce qui représente des milliers de kilomètres parcourus chaque année. Là encore, l’épisode n’est pas de tout repos. Un premier problème est lié à la satisfaction des besoins biologiques. En effet, les longues traversées sont généralement autant d’heures passées sans manger ni boire, à devoir uriner ou déféquer sur place, et ce, parfois dans la plus totale obscurité. Un autre problème est lié à la mobilité et aux secousses ; avec deux possibilités : soit laisser les animaux brinquebaler dans leurs box (avec les cramponnements, réajustements de posture, que cela suppose), soit les contentionner afin d’éviter qu’ils ne tombent (plutôt pour les gros animaux) ; une situation stressante dans les deux cas. Dernier problème enfin : celui lié à la taille exceptionnelle des convois ; des convois qui sont parfois la source de graves accidents.

 

 

 

Un environnement morbide

Si l’on devait résumer en quelques lignes le principe de la maladie (pourquoi elle se déclenche, dans quelles circonstances etc.), on pourrait dire ceci : une maladie apparaît lorsqu’il y a défaut d’adaptation (physique, psychologique) à son environnement ; ou, d’une certaine façon, lorsqu’il y a rupture avec son environnement. Ainsi le fait d’ôter un être vivant à son environnement naturel pour lui imposer celui d’une autre espèce (l’être humain en l’occurrence) est-il logiquement un facteur de morbidité. On passera rapidement sur les nombreux cas d’animaux sauvages qui succombent peu après leur capture ; ou sur le fait que les animaux captifs peuvent eux-mêmes être amenés à changer régulièrement d’environnement (échange entre cirques) pour rappeler un principe simple : l’importation d’animaux sauvage représente un risque important pour la santé des animaux et des humains ; et l’illustrer par un exemple : celui des éléphants qui attrapent la tuberculose ou l’herpès, maladies réputées rares dans la nature.

 

Des animaux hors de contrôle

Habituellement bien confinée à l’abri des regards, la tragédie animale s’immisce parfois de façon fracassante dans la société humaine. L’un des exemples les plus connu et emblématique est probablement celui de l’éléphante Tyke. Rappel : battue et humiliée pendant près de 20 ans, cette éléphante décide de se venger un jour de juin 1994 ; en pleine représentation, elle tue alors son dresseur Allen Campbell (et blesse son assistant Dallas Beckwith) avant de s’enfuir et de semer la panique dans les rues d’Honolulu (Hawaï) ; elle finira sa course 30 minutes plus tard, abattue de 86 balles par la police locale. Plus récemment et plus proche de nous, il y a aussi le cas de Samba (renommée Tania), du nom de cette éléphante ayant tué un homme après s’être enfuie d’un cirque à Lizy-sur-Ourcq (près de Paris) en 2013 ; ou celui de ce tigre errant, abattu en plein Paris en novembre 2017. En réalité, il existe là encore une multitude d’accidents recensés, avec des conséquences plus ou moins dramatiques selon les cas.

 

L’avis des vétérinaires

Plusieurs organismes vétérinaires ont donné leur avis sur les cirques. Regroupant les principales organisations professionnelles du continent, la Fédération des Vétérinaires d’Europe (FVE) a notamment pris position contre en 2015, appelant "toutes les autorités compétentes nationales et européennes à interdire l’utilisation de mammifères sauvages dans les cirques", précisant qu’il n’était "pas possible, par aucun moyen, que leur besoins physiologiques, mentaux et sociaux soient correctement satisfaits". Une déclaration allant dans le même sens que d’autres, plus anciennes, émanant d’organisations nationales (comme la British Vetenary Association, par exemple, l’une des plus ancienne et des plus passionnée sur le sujet). En France, la position de l’Ordre des Vétérinaires est nettement moins tranchée. Ainsi confirme-t-il "la recommandation prise par la FVE de promouvoir l’interdiction ... dans le cadre de cirques itinérants qui ne peuvent satisfaire aux besoins physiologiques et sociaux de ces animaux". Surtout ne pas se mettre les lobbies à dos.

 

Une réglementation existante

Dans notre pays, il existe pourtant une réglementation spécifique concernant les cirques ; réglementation qui, une fois n’est pas coutume, est plus contraignante au niveau français qu’européen. Ainsi l’arrêté ministériel du 18 mars 2011 prescrit-il non seulement des règles de sécurité applicables au personnel et au public, mais aussi des règles régissant les conditions de vie des animaux. Entre autres exemples : "Les animaux doivent avoir la possibilité de se déplacer librement dans les installations extérieures" (article 23), "les installations intérieures concernant les fauves doivent mesurer un minimum de 7 m2 par animal", "les installations extérieures concernant les éléphants doivent ménager un espace d’au minimum 250 mètres carrés pour un maximum de trois animaux" ou encore "les otaries et lions de mer doivent bénéficier de piscines intérieures et extérieures" (annexes III) (4).

 

... mais bien difficile à faire appliquer

Des règles qui sont malheureusement bien difficiles à faire appliquer. Premier problème : la rareté des contrôles. Ainsi, les deux organismes dévolus à cette tâche, la direction départementale de la protection des populations (DDPP) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) effectuent-ils en moyenne moins d’un contrôle par an et par cirque. Autre problème : la difficulté des contrôles. Car entre les prête-noms (il y a au moins une dizaine de Zavatta, autant de Bouglione ...) et les va-et-viens entre cirques (bon nombre de numéros sont ceux d’artistes indépendants travaillant tantôt dans un cirque, tantôt dans un autre), la constitution de bases de données est un véritable casse-tête. Dernier problème enfin : le manque de moyens. Car, même en cas de constatation de maltraitances, il arrive que les autorités ne sachent pas quoi faire des animaux (où les replacer ...) et que, par facilité, ces derniers soient finalement laissés à leur propriétaire. Sans oublier les problèmes liés à la mobilité : difficile en effet de poursuivre un établissement qui peut facilement et rapidement changer d’endroit (5).

 

Le combat des associations : actions en justice et libération d’animaux

Restent les associations de protection animale. Des associations qui, grâce à leur combat déterminé, arrivent parfois à obtenir le retrait d’animaux malmenés (6). Comme ces deux hippopotammes (Aldo et Tonga) détenus illégalement par le cirque Luigi Zavatta, retirés (puis finalement placés dans un sanctuaire) en 2007 grâce à l’action en justice des fondations Brigitte Bardot et 30 millions d’amis. Ou ces trois lions, libérés du cirque Lamberty en 2010 pour les mêmes raisons (pas de certificat de capacité) par les fondations 30 millions d’amis et Assistance aux animaux. Ou ces quatre baboins et un puma, retirés du cirque Katia Ullman en 2015 (30 millions d’amis) car vivant dans des conditions déplorables (cages non-conformes, vétustes et insalubres). Ou encore ces deux éléphantes (Vicky et Maya), retirées de leur cirques respectifs en 2016 et 2018 suite aux enquêtes déterminées de One Voice (mise en évidence de postures douloureuses, de problèmes de paralysies partielles, plaies non soignées, gestes stéréotypés ...).

 

Le combat des associations : révélations auprès du grand public

Si la décision de justice est parfois nécessaire, elle ne l’est pas toujours. Ainsi y a t-il des cas où, craignant la mauvaise publicité, certains cirques décident par eux-mêmes de retirer leurs animaux des pistes. Ou de mettre fin au contrat d’un dresseur un peu trop brutal. Exemple avec l’éléphante Anne, dont le calvaire, filmé en caméra cachée par ADI (Animal Defenders International), n’a laissé d’autre choix à ses geôliers (un petit cirque anglais) que d’accepter sa libération. Ou avec l’éléphante Vana-Mana, dont le bourreau (là encore filmé en caméra cachée par ADI) s’est finalement vu remercier par le cirque qui l’employait (Francesco Bouglione). Mais l’exemple le plus frappant est celui donné par "le plus grand spectacle du monde", le cirque Ringling Bros/Barnum & Bailey qui, après 9 ans de polémique face à Peta, a décidé en 2016 de retirer tous ses éléphants des pistes.

 

L’action de certains maires

Depuis quelques années, la cause animaliste a pu commencer à bénéficier d’un soutien inattendu : celui de certains maires. Avec les lois de décentralisation, et notamment la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 (article 72 : "les collectivités s’administrent librement ... et disposent d’un pouvoir réglementaire pour l’exercice de leurs compétences"), les maires sont désormais une autorité compétente (comme le préfet) pour prendre et faire respecter des mesures de sécurité, tranquillité et salubrité publiques sur le territoire de leur commune. Qu’il s’agisse de plaintes d’administrés (confrontés à la vue d’animaux faméliques, attachés et/ou exposés à des températures inadaptés), de non-respect de l’espace public (affichage sauvage, stationnement gênant, détériorations) ou encore de danger aux personnes, les motifs d’interdiction ne manquent pas. D’autant que le Code général des collectivités permet déjà de quoi faire : "les animaux sauvages doivent être placés dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de leur espèce et qui garantissent leur sécurité, leur bien-être et leur santé" peut-on notamment y lire. (7) (8)

 

A quand une interdiction nationale ?

Tourcoing, Narbonne, Pessac, Mérignac, Villeurbanne, Lille, Strasbourg, Montpellier ... les arrêtés d’interdiction fleurissent et touchent désormais de nombreuses grandes villes. Au point qu’il n’est pas si absurde, aujourd’hui, de se poser la question : à quand une interdiction nationale ? Plusieurs pays ont déjà franchi le cap. Certains (comme la Belgique, la Grèce, l’Italie, l’Irlande, le Portugal, les Pays-bas, la Bulgarie, la Roumanie, la Lettonie, la Slovénie, la Croatie, Chypre, Malte, le Pérou, le Costa Rica, le Guatemala, la Bolivie, le Mexique, Israël, l’Iran, le Liban, l’Inde et Singapour) ont totalement interdit la présence d’animaux sauvages dans les cirques, tandis que d’autres (l’Autriche, le Danemark, la Suède, la Finlande, la République Tchèque, la Hongrie, l’Estonie, la Colombie) ont promulgué des autorisations partielles (avec des listes d’espèces autorisées/interdites plus ou moins restrictives).

 

Une évolution des mentalités

Peut-on commencer à espérer la fin du cirque traditionnel (avec animaux) ? En tous cas, les choses avancent. Partout. Même dans les pays où la question de l’interdiction n’est pas encore posée (souvent des pays de longue tradition circassienne). Car partout les initiatives locales se multiplient et forcent le débat. Qu’il s’agisse d’interdictions administratives (grandes villes étasuniennes, canadiennes, allemandes, françaises ..., parlement écossais, communautés espagnoles ...) ou de manifestations de la société civile (happenings/tractage devant les cirques, photos/vidéos chocs remontées sur internet ...) (9), pas une semaine ne passe sans que la question des cirques ne fasse l’actualité. De fait, une certaine prise de conscience semble désormais en train de s’opérer. En témoigne la baisse de fréquentation des cirques ; ou encore les sondages d’opinion : selon un sondage IPSOS réalisé en 2017, "67 % des Français demandent une réglementation qui mette fin à l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques" (10).

 

L’avenir : les cirques sans animaux

Et si le cirque était en train de se réinventer ? Car face au cirque traditionnel, on trouve désormais ce qu’on appelle le "nouveau cirque" ou "cirque contemporain". Un type de cirque qui, à l’inverse du premier, mise plus sur le côté artistique et créatif que sur le côté récréatif et spectaculaire. Et qui, surtout, n’utilise pas d’animaux ! Apparu dans les années 1970-1980, avec des compagnies historiques telles que Plume, Archaos ou encore Baroque ..., le nouveau cirque n’a cessé de se développer depuis (11). Au point qu’il compte aujourd’hui de nombreuses formations : Eloize, les 7 Doigts de la main, Phénix, Flying High Circus, New Shanghai Circus ... jusqu’au monumental Cirque du Soleil. Parallèlement, certains cirques traditionnels ont eux aussi commencé à s’adapter. Des cirques comme Pinder, Arlette Grüss ou encore Roncallli qui, à l’instar du changement opéré par André-Joseph Bouglione en 2017, envisagent désormais eux aussi un avenir sans animaux. (12)

 

*****

Les cirques traditionnels sont-il voués à disparaître ? Assurément oui. Déjà parce que tout le monde sait, au fond, que la place d’un animal sauvage n’est pas dans un cirque. Ensuite parce que personne ne peut plus ignorer, aujourd’hui, la réalité de misère et de souffrance qui se cache derrière la "magie du cirque". Enfin parce qu’à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, cette réalité est omniprésente et frappe les esprits. Les spectacles avec animaux cesseront un jour, c’est le sens de l’histoire. Ils cesseront comme ont cessé avant eux les spectacles dégradants pour l’espèce humaine (scènes de torture sur la place publique, zoos humains, exhibitions de monstres etc.). Il en va de la morale et du progrès, de la lutte de la civilisation contre l’obscurantisme. Heureusement les choses avancent. Très (trop) lentement, mais elles avancent. Entre la mobilisation croissante de militants animalistes, la multiplication des arrêtés d’interdiction et la prise de conscience du public, les cirques traditionnels connaissent depuis quelques années une baisse de leur fréquentation. Signe des temps, au moment où j’écris ces lignes, je viens de récupérer (sur l’essuie-glace de ma voiture) le tract d’un petit cirque itinérant "100 % humain" (13). De quoi rester optimiste non ?

 

 

 

Notes

(1) On peut classer les cirques en deux catégories :
- les cirques entreprises : Pinder, Amar, Medrano, Grüss ; numéros qui peuvent être loués à la saison ; disposent généralement d’un siège social ; sont gérés par le Syndicat national du cirque.
- les cirques familiaux : direction familiale (généralement transmise de père en fils depuis des générations) ; souvent des noms d’emprunt (toutes les déclinaisons de Zavatta ...) pour attirer le public ; animaux rattachés à l’établissement.

(2) On pourrait aussi parler de chronobiologie : certaines espèces (les lions par exemple) sont diurnes, tandis que d’autres, comme les tigres, sont plutôt nocturnes.

(3) Les animaux sont enfermés/attachés la majeure partie du temps
- Ils passent 1-9 % de leur temps en entraînement ou spectacle et le reste du temps enfermés
- Les éléphants passent entre 72 et 96 % de leur temps enchaînés, les fauves entre 75 et 99 % de leur temps en cage et les chevaux 98 % de leur temps attachés sous des tentes

(4) Autres réglementations concernant les cirques :
- L’article L214-1 du code rural stipulant que "tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce".
- Le règlement n°1/2005 du conseil de l’UE du 22 décembre 2004 relatif au transport d’animaux (et qui supplante la législation française : décret n°99-961 du 24 novembre 1999 ...)
- Le règlement n° 1739/2005 de la commission européenne du 21 octobre 2005 définissant les conditions de police sanitaire relatives aux mouvements d’animaux de cirque.
- Le règlement n° 865/2006 de la commission européenne du 4 mai 2006 relatif à la protection des espèces de faune sauvage par le contrôle de leur commerce.
- La convention de Washington (CITES)

(5) Parmi les problèmes notamment rencontrés :
- des problèmes administratifs : défaut de certificat de capacité (détention illégale d’animaux sauvages), défaut d’autorisation d’ouverture
- des problèmes de mauvais traitements : animaux faméliques et/ou mal soignés, cages trop petites et/ou sales, installations extérieures non montées ...
Des problèmes qui, de l’avis de beaucoup, concerneraient davantage les petits cirques familiaux que les grands cirques.
Un exemple de défaut d’installation des cages extérieures chez Medrano dans ce reportage de France 5 (6’10)

(6) Des animaux qui sont alors généralement placés dans des zoos ou des sanctuaires (Refuge de l’Arche en Mayenne, Elephant Haven en Haute-Vienne, Tonga Terre d’accueil dans la Loire)

(7) Se pose ensuite le problème des installations sauvages (sans autorisation) et de la difficulté pour les maires d’expulser les cirques en question
Quelques exemples : iciici ou ici. Un problème faisant l’objet d’une question au sénat.

(8) Devant gérer cette montée en tension, Matignon a créé fin 2017 une Commission nationale des professions foraines et circassiennes, une instance de dialogue associant les représentants de l’État, des élus locaux et des représentants des cirques.

(9) Ce qui déclenche parfois l’agressivité de certains circassiens. Quelques exemples : iciiciiciiciiciici, ou encore ici

(10) Ailleurs en Europe, les résultats vont dans le même sens. Exemples : AngleterreEspagneMalte

(11) Le match reste pour l’instant inégal (environ 1 million de spectateurs par an pour le cirque contemporain versus 13 millions pour le cirque traditionnel) ; mais les choses évoluent : entre 2016 et 2017, les recettes des cirques traditionnels ont par exemple baissé de 40%.

(12) D’autres cirques, en utilisant uniquement des animaux domestiques, ont une position "entre-deux" : c’est le cas de Zingaro (chevaux) ou de Romanès (chats).

(13) Cirque Eurasia.

Références

The welfare of wild animals in travelling circuses
CCEA : Une image de dignité pour la France avec des cirques sans captivité ni dressage d’animaux sauvages ou domestiques
RSPCA : A review of the walfare of wild animals in circuses
Ethique animale : Les cirques et autres spectacles
Iossa, G ; Soulsbury, CD ; Harris, S : Are wild animals suited to a travelling circus life ?
Code Animal : Derrière les paillettes, les stress
Sciences et Avenir : De la sociabilité des éléphants
L’Express : Intelligence animale : les éléphants "pleurent" énormément
Elephants are super intelligent and affectionate creatures
Le Monde : "La situation des éléphants dans les cirques est gravement préoccupante"
The Telegraph : Elephants in zoos at risk of abnormal behaviour because of small groups
Huffington Post : Un éléphant qui pleure après 50 ans de captivité

Maxisciences : Un puma secouru après avoir passé 20 ans enchaîné dans un cirque
La Dépêche : Les animaux du cirque Fratellini
Nice matin : Les fauves en cage du cirque Muller font polémique à Carros

Quelques vidéos d’animaux confinés et/ou attachés : iciiciiciiciiciiciiciiciiciiciiciici

Quelques exemples d’animaux qui stéréotypent : éléphantéléphant (1)éléphant (2)tigreslionslionnesdromadairechevauxzèbres

Wikipedia : Elephant goad ou bullhook
Peta Exposes Ringling Bros Cruelty
Peta : La violence du dressage des éléphants révélée par Sam Haddock
The Telegraph : RSPCA outrage as elephants (Sonja, Delhi and Vana Mana) return to the circus
One Voice : Traitement infligé par Anton Gartner à ses éléphantes (Diana, Pira, Belinda, Thaï et Baby) en public ...
Mail Online : Anne’s agony
The Guardian : Bobby et Moira Roberts du Great British Circus accusé de maltraiter leur éléphant
France Culture : Violence et maltraitance au cirque : pénétrez dans la cage du dresseur de fauves
20 minutes : Le cirque Ringling Bros accusé devant la justice de maltraiter les éléphants (à propos de la plainte de Tom Rider, un ancien dresseur)
The Guardian : Circus trainer Mary Chipperfield guilty of cruelty to chimpanzee
Holidog Times : Un ours battu avec un bâton en plein spectacle de cirque (Russie)
France 24 : Animaux maltraités au cirque Fontanka de Saint-Pétersbourg
Washington Post : Circus Trainer Mark Oliver Gebel of Ringling Bros Accused Of Abusing Elephant

La violence du dressage, quelques exemples : iciiciiciiciiciiciiciiciiciici

Generation Voyage : L’horrible vérité que vous cachent les dresseurs d’éléphants en Thaïlande
Wikipedia : Elephant crushing
Le Monde : Dans les cirques chinois, des méthodes de dressage cruelles et violentes

Partager cet article
Repost0
20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 05:30

L'actuel ministre de l'Éducation nationale n'est pas n'importe qui et n'est pas n'importe quoi. Il a été formé sept années durant à Stanislas, établissement catholique où les formateurs ne font pas que violer les élèves. Les Evangiles sont enseignés à tous les étages à des enfants de bonne famille. Qu'un tel individu s'occupe, au plus haut niveau depuis Sarkozy, de l'enseignement public est en soi une provocation. C'est par l'entremise de Brigitte Macron, elle-même professeuse dans l'enseignement catholique à Amiens puis à Paris, qu'il a été présenté au banquier éborgneur.

 

 

En France, la dépense nationale d’éducation est d’environ 150 milliards d’euros. Un marché très important que les financiers qui nous gouvernent veulent s’approprier, aidés par le gouvernement et l’Union européenne. Á la condition que baissent le coût incontournable des salaires (3/4 des 150 millions que l'éborgner et sa bande veulent précariser, sachant que les salaires des enseignants français sont déjà globalement inférieurs de 20% à ceux de la moyenne européenne).

 

Les 120 000 suppressions de postes prévues par le gouvernement dans la Fonction Publique sont inscrites dans les directives européennes.

 

Dans l’école de la République, tous les élèves reçoivent théoriquement les mêmes enseignements à l’issue desquels sont délivrés des diplômes nationaux. Ceci est insupportable à notre banquier, pourtant petit-fils de Manette, pur produit de l’école républicaine.

 

Le dogme des macroniens, Blanquer au premier chef, c’est la sélection. Sélection dès l’école primaire, sélection avant le baccalauréat, d’où une “ réforme ” concoctée dans la précipitation et qui ne répond à aucune logique pédagogique. Des changements totalement arbitraires sont imposés dans les programmes. Le premier degré est lui aussi “ réformé ”, sans aucune cohérence. Les parents qui ont les moyens retirent leurs enfants d’un enseignement public terriblement affaibli depuis 20 ans – et auquel le banquier veut donner le coup de grâce – pour les beaux yeux du privé. Á Lyon, par exemple, les élèves du secondaire sont plus nombreux dans le privé que dans le public. Comme les enfants du maire, qui fut socialiste, fils d’un ouvrier CGTiste et d’une femme de ménage, pur produit de l’école républicaine lui aussi puisqu’agrégé de lettres ayant enseigné une vingtaine d’années dans des lycées d’État.

 

Les filières s’effacent devant des “ spécialités ”, sésames obligatoires pour accéder à l’enseignement supérieur. Comme en Grande-Bretagne depuis des dizaines d’années, ce sont les universités qui choisissent les étudiants, et non plus l’inverse. Le ParcourSup est un parcours d’aveugles. Des sociétés spécialisées monnaient – fort cher – la compréhension du dédale cryptique qui mène au graal.

 

Nous allons assister à la fin des diplômes nationaux, à des enseignements de plus en plus différenciés selon les exigences socio-économiques des territoires où les universités sont situées. Le destin des étudiants sera, selon le concept cher à l’ancien Premier ministre britannique Anthony Blair, l’employabilité.

 

Le monde de l’école maternelle que – je ne plaisante pas – le monde entier nous enviait, va être bouleversé. Cette école proposait, entre autres, un préalable à l’enseignement de la lecture, la socialisation de l’enfant, un gros travail sur la motricité. Pour allécher les électeurs de la prochaine élection présidentielle, le gouvernement propose de rendre obligatoire la scolarité dès trois ans. Effet d’annonce puis qu’actuellement 97% des enfants sont scolarisés en maternelle. Mais cet accueil plus important se fera sans dotation supplémentaire pour les communes. L’enseignement privé se frotte les mains, qui pourra ouvrir de nouvelles classes financées pour une large part par l’argent public.

 

Une spécialisation toujours plus forte dans l’enseignement secondaire aura des conséquences lourdes. Des élèves devront suivre des cours dans d’autres lycées que le leur, parfois à 30 kilomètres de leur lieu d’habitation. Ils pourront toujours se replier sur leurs particularismes. Les Alsaciens peaufineront leur alsacien, les Corses leur corse, les Bretons leur breton. Le latin et le grec continueront d’agoniser puisque, de toute façon, ces langues sont mortes. Les classes bi-langues ou internationales, quant à elles, vont à terme disparaître du public et faire les choux gras du privé. Les options artistiques comme le théâtre ou la musique sont en voie de disparition. Et ne parlons pas des enfants handicapés, de plus en plus maltraités par le système.

 

Le directeur d’école, actuellement primus inter pares, va devenir un vrai manager supérieur hiérarchique, responsable de la gestion comptable des moyens matériels et humains. Les écoles seront évaluées par un Conseil d’Évaluation composé de dix personnes dont huit nommée par le ministre. Une évaluation permanente, dès le cours préparatoire, s’inscrira dans une culture du résultat, autre dogme cher au macronisme.

 

Dans l’enseignement public, l’expérimentation, la liberté pédagogique vont se tarir. Pour ce qui est de la lecture, les méthodes syllabiques seront imposées, en contradiction avec un rapport de l’Inspection Générale de l’Éducation Nationale

 

Les postes au concours de professeur des écoles sont en chute libre : moins 9% alors que le privé bénéficie d’une hausse de postes de 35%.

 

Dans la France autocratique du banquier éborgneur, la liberté d’expression des fonctionnaires va être réduite comme peau de chagrin. Les personnels seront empêchés de s’exprimer dans les réunions de parents. Plusieurs enseignants ont déjà été sanctionnés pour avoir critiqué la réforme Blanquer.

 

Éducation nationale : un bref bilan
Partager cet article
Repost0
17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 04:58

Le site de France Culture présente brièvement le dernier livre de Sarah Chiche, Une histoire érotique de la psychanalyse : de la nourrice de Freud aux amants d'aujourd'hui : « Sans les femmes, il n'y aurait pas de psychanalyse. Elles en sont le moteur dès le début, comme inspiratrices, mais aussi comme créatrices et théoriciennes. Tel est le fil rouge de ce livre qui raconte, en cinquante-trois histoires, du temps de Freud à nos jours, la relation de la psychanalyse – et donc la nôtre – au sexe, à l'amour et à la liberté. Comment se réinventer après un chagrin d'amour, comme le fit Anna O. ? Que faire quand, comme Anna Freud, nos parents ne comprennent rien à notre orientation sexuelle ? [Il semble bien pourtant que Freud ait accepté que sa fille Anna élève les enfants de sa compagne Dorothy Burlingham et il a considéré qu’il s’agissait là d’une famille.] En quoi la vie de Lou Andreas-Salomé nous indique ce qu'est l'indépendance affective ? Pourquoi acceptons-nous parfois que la personne qu'on aime en aime une autre sans cesser pourtant de nous aimer, comme le firent Virginia Woolf et les membres du groupe de Bloomsbury ? Peut-on rester sur le divan de la personne avec qui l'on vit une histoire d'amour, comme le fit Catherine Millot avec Jacques Lacan ? 

 

 

 

Revue de presse (286)

 

Sur le site Réveil communiste, Gilles Questiaux articule les relations complexes entre les communistes, l’extrême droite et les prolétaires : « Pour un révolutionnaire communiste, il ne peut faire aucun doute que l’extrême droite est l'ennemi absolu, au sens de mortel. La raison d'être d'un fasciste, c'est de nous tuer. Il a été inventé pour cela, en Italie, il y a cent ans exactement. Mais cela fait-il de lui l'ennemi principal ? Si je suis attaqué par un pitbull, je dois affronter le chien, mais c'est le maître qui est l'ennemi véritable.

L’extrême droite a des idées racistes et anticommunistes, et profère un discours qui est le plus souvent bien loin de ses idées, en bonne élève de Goebbels qu'elle est. Mais dans la situation de l'Europe avant-guerre, l'ED, fasciste ou non, jouait clairement le rôle de défenseur du capitalisme. Pour ce faire, elle avait obtenu l'appui massif du patronat, en Italie, en Allemagne et France notamment. Son programme, c'était de détruire par la violence le PCF en France, l'URSS et la IIIème Internationale dans le monde. Maintenant une situation durable toute autre s’est installée, depuis 1983 : l’extrême droite s'est emparée du rôle d'opposant électoral populaire (« populiste » disent les médias) au libéralisme et de la mondialisation capitaliste. »

 

Marianne s’est procuré le rapport de la commission d’enquête sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite. On y trouve par exemple ceci : « Ce qui a vraiment changé ces dernières années, c’est finalement la présence des membres de cette ultradroite sur le Web et les réseaux sociaux. Et s’érigent en défenseur de la nation dans des domaines où les pouvoirs publics auraient capitulé... « De fait, certaines opérations ont effectivement été menées avec l’intention affichée de se substituer aux autorités publiques dans l’exercice de leurs compétences régaliennes, tandis que les travaux de la commission ont soulevé la question de la participation à des mouvements d’extrême droite de certains membres actifs, de réserve ou retraités des forces armées et de sécurité intérieure », poursuit le rapport.

 

 

Le site Anti-K et toute la presse nous rappellent qu’un référendum est en vue et que le compte à rebours a commencé : « L’opposition conteste la privatisation controversée du groupe aéroportuaire, inscrite dans la loi pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte), adoptée définitivement par le Parlement le 11 avril. Les initiateurs du référendum d’initiative populaire doivent donc recueillir en neuf mois, par voie électronique, l’approbation d’au moins 10% du corps électoral, soit plus de 4,7 millions de personnes.

Si le nombre de signatures requis est atteint, le Conseil constitutionnel devra intervenir une nouvelle fois pour valider ces soutiens. Enfin, si la proposition de loi n’a pas été examinée au moins une fois par chacune des deux assemblées parlementaires dans un délai de six mois – dernière restriction, le président de la République devra soumettre cette proposition aux Français par référendum.

Partager cet article
Repost0
14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 05:23

 

« You’re welcome », me dit le youtuber un peu yuppie sur les bords. J’avais le blues. Je venais de me faire squeezer à cause du staff turnover rate de ma boîte. J’avais beau être stainless, mature, les réunions professionnelles étaient devenues de vrais mauls. On ne prenait plus la peine d’échanger le moindre greeting. Moi, je ne pensais plus qu’à mon fonds de pension, une perspective un peu just, pas vraiment dopante. En plus je venais d’être victime d’un dognapper. Adieu, mon labrit des Pyrénées ! Je venais au bureau en casual Friday – surtout en cas de shitstorm – et je ne lisais plus que de la celebrity gossip press.

 

Ma mère, en bonne housewife ambitieuse pour sa progéniture, m’avait poussé à être un broker, ce qui n'était pas ma tasse de thé. Tout comme un buddy un peu fake, un chap complètement nerd, dont je découvrirai qu’il n’était pas secure. J’avais réalisé un lip dub envoyé à des talent scouts. J’avais assisté à plusieurs master classes pour savoir si je matchais pour le poste. Peanuts ! Je m’étais retrouvé en stand-by. Comme quelques autres clones, d’ailleurs, en provenance de la bobosphère, connaissant à fond le body language, le trekking et la slow food. Je me souviens que l’un d’entre eux portait un t-shirt qui mettait en valeur son corps de body buildé, tandis qu’un autre, habillé d’une sorte de body bag, avait un gabarit de musher. Quelle femme aurait eu envie d’échanger un hug avec lui et de le prolonger par une séance de necking ?

 

Suite à la réception d’un mail shooté par un Human Resources aux chaussures glossy, mon interview n’avait rien donné. J’avais eu beau patenter mes réponses. Je n’avais pas repéré les allusions furtives. Pire qu’un screen test. J’avais été payé cash dans un open tournament où, avec ma face de six pieds de long, j'avais fait un flop. Sans avoir eu le temps de mettre en valeur mon personal branding, de performer. Game over. Malgré ma bonne connaissance du globish et de tout ce qui était global : les agreements, la fashion, mon positioning system. Á un moment de ce qui m’est resté comme un simple job dating, les échanges avaient été tendus : on avait frôlé le Godwin lorsque j’avais évoqué la possibilité d’un golden handshake. « Vous finirez homeless si vous n'êtes pas corporate, si vous n'êtes pas quick win, si vous ne connaissez pas les prérequis», m’avait menacé le HR.

 

J’avais brièvement visité la compagnie, ses open spaces paraboles d’un open world d’opportunités. En fait, un monde de stalkers un peu new-age avec leur laptop, des têtes de faux latin lovers, hurlant avec les loups dès le power breakfast quand il ne faut pas rater le lead.

 

Lors d'un cakewalk, j’avais rencontré un copain de fac. Un type plus hip que moi. N’aimant les femmes qu'hyper make-upées. Assez à l’aise dans son scope. Un hurdler que rien ne rebutait. On avait échangé un highfiver. Dans mon fog cérébral, je ne me souvenais plus de son ranking à la sortie de l’École de management. Il avait été victime – justement –  d’un lean management. Clairé, le buddy ! Il aimait bien s’agréger à une team déjà constituée, genre start-up, comme un pick-up orchestra. Après l’entretien, on s’était dit qu’on se reverrait ASAP. Je ne sais trop si c’était relevant.

 

Avant de retrouver mon pal youtube pour chatter un moment, j’étais passé par le shopping mall après avoir donné un lift à un type dans mon genre, la loose sur la face. J’avais besoin d’un bag pour mon PC. J’étais tombé sur une vendeuse hyper cool et hyper glamour. J’avais appuyé un ou deux sourires mais elle m’avait dit qu’elle avait un significant other. Victime de la freelancisation mais toujours foreground.  Pas de love affair en vue, donc. Même pas une fuck-friend. J’avais choisi un modèle de bag dont la strappe ne me scierait pas l’épaule. Un bag tout neuf, pas refit, en toile de jeans.

 

Chez mon pal, je m’étais effondré sur un hide-a-bed fluffy, scotché un verre de scotch à la main, en guise d’apéro avant un brunch light en attendant le drunch avec un petit cupcake et un cherry-brandy. Je lui avais scrollé les détails de mon interview ratée dans un debrief aussi précis que possible, un executive summary. Il avait trouvé fucké que je m’en sois sorti aussi mal. Manque de feeling, de fighting spirit de ma part. Pas assez rough. Et puis j’étais nul en story telling. Trop straight. Il me trouvait de plus en plus déconnecté. Pour être bankable pour le millenium à venir, il me faudrait abandonner le zoning de zero gravity dans lequel je me trouvais. Il faudrait que je m’offre un SUV. Un crossover c’est tellement swag ! Il faudrait surtout que je repense ma routine. Dans mon job, il devait y avoir un côté performance. Bien finalisé. Surtout si j’envisageais de manager des motor shows. « FYI », me dit-il, « au hit-parade des hipsters, tu as l’élégance d’un ferry. Et pourtant tu n’as pas drop-outé pendant tes études ? »

 

 

Fed up with French ! (Ras-le-bol du français !)

 

Après le scotch, je passai à un dry Martini. La bouteille que mon buddy avait acheté sur un cruise liner venait d’un duty-free. « Il va falloir que tu patches tout ce qui ne va pas », me dit mon hôte. « Si tu veux rester dans la middle-class, si tu ne veux pas être broyé par le dumping social, être un mickey qui se prend un missile jabbé en pleine tronche parce qu'il n’est pas en free diving, il faudrait que tu te jackes les fesses. Mais ce qui serait vraiment groovy, ce qui ne t’obligerait plus à faire le forcing pour éviter le prochain flop débouchant sur un flip, il faudrait que tu n'hésites pas à bosser off the clock. » La vie professionnelle était un racing sans railing. Pourquoi ne pas fréquenter des start-up weekends où je serais boosté par des jeunes gens next-gen ? Pourquoi ne pas créer mon site internet et clutcher sur du linkbuilding ? Créer quelques hashtags bien sentis et savoir photoshopper comme un boss en envoyant régulièrement des newsletters. Et puis me trouver une girlfriend qui n’ait pas l’air d’une au pair sur le retour ou d’une script-girl à la ramasse. Bref, prendre définitivement ma life en main après m'être désimlocker mes neurones compactés. Faire en sorte que mon futur ne soit pas le permafrost stérile de ceux qui font du phubbing pour se donner un look pas trop niais. Je serais alors la star des lounge bars, hyper cool. En freestyle all day long. On ne pourrait plus basher ma life remastérisée. J’aurais tous les newbies à mes pieds.

 

Tel seraient donc les guide-lines de mon road book.

Partager cet article
Repost0
10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 05:28

Le journal Révolution s’est entretenu avec Guillaume Lahellec, secrétaire du syndicat Sud à l’hôpital psychiatrique Marchant de Toulouse, en grève.

« La députée FI soutient notre mouvement de grève et nos revendications. La députée LREM était « de tout cœur avec nous », mais elle nous a expliqué que nous n’étions pas confrontés à un problème d’effectifs ou de lits disponibles. Selon elle, c’est un problème d’organisation. Si l’hôpital était organisé de manière plus « efficiente » (quel terme !), on pourrait mieux fonctionner. C’est absurde. Aujourd’hui, c’est plus du tout des questions d’organisation ; on en est à essayer de mettre des carrés dans des ronds. Notre demande principale, c’est bien des moyens urgents alloués à l’hôpital psychiatrique Marchant et, en général, à l’hôpital public. »

 

Dans notre unité d’admission, qui compte 20 lits pour 22 patients, on a un mi-temps d’assistante sociale. Imaginez : elle est là deux ou trois jours par semaines pour gérer les dossiers – souvent lourds – de 22 patients. On demande que soit renforcés l’ensemble de nos professions, nos effectifs en médecins, infirmiers, aides-soignants, psychologues… Dans mon unité, la psychologue n’est là que deux à six heures par semaines. Et elle est censée s’occuper de 22 patients, sachant qu’un entretien dure environ une heure.

 

Pour gérer l’affluence des hospitalisations, on joue au jeu des chaises musicales. On utilise les chambres d’isolement, qui sont des outils de soin intensif, pour hospitaliser des patients qui n’en ont pas besoin. Et donc ils se retrouvent dans des chambres avec porte blindée, lit cloué au sol, toilettes sans chasse d’eau…

 

Depuis un an ou deux, l’hôpital ferme des lits ! On a des services de suite qui vont fermer : un en fin d’année, un autre dans deux ans. Pour participer à ce qu’ils appellent un « retour à l’équilibre financier », l’hôpital se transforme peu à peu en entreprise. On fait du soin à la chaîne et on n’a plus du tout de temps pour créer du lien et pour faire du soin relationnel avec le patient, ce qui est pourtant au cœur de notre métier.

 

Mediapart explique la décision de l’exécutif de faire fusionner les minimas sociaux, ce qui signifie que « les pauvres vont payer pour les pauvres. Le plan pauvreté a accouché, en septembre dernier, d’un acronyme, le RUA, revenu universel d’activité. La gestation sur son contenu a démarré lundi 3 juin 2019 par une concertation sur fond de profondes divergences entre le gouvernement et les principales associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. » Pour enfoncer davantage les miséreux, le gouvernement, selon Les Échos, « va allonger considérablement la durée de travail nécessaire pour qu’un salarié puisse bénéficier de l’assurance-chômage. Pour être indemnisé, il faudra avoir travaillé l’équivalent de 6 mois sur les 24 mois précédents, alors qu’aujourd’hui, seuls 4 mois travaillés sur 28 sont nécessaires. »

 

 
 

Les pauvres sont comme les esclaves noirs aux Amériques : il faut qu’ils mangent. Les médias, dont Marianne, ont rapporté que 780 tonnes de « faux steaks hachés » ont été livrées à la Croix-Rouge, aux Restos du cœur, au Secours populaire français et à la Fédération française des banques alimentaires. Ces steaks hachés étaient en réalité composés d’une mixture d’amidon, de soja, de peau et de gras, sans trace de viande bovine. Ils avaient été achetés grâce à une dotation du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD).

 

 

Revue de presse (285)

 

Dans La Revue des deux mondes du 23 février 2018, Xavier Darcos, ancien ministre de l’Éducation nationale de Sarkozy, se félicite de la réforme Blanquer : « Sa réforme est celle que j’avais souhaité mettre en œuvre en tant que ministre. En 2007-2010, l’image du pouvoir et celle de Nicolas Sarkozy n’attiraient pas la sympathie naturelle des milieux de la culture, des enseignants et des étudiants. Si je proposais, comme le fait Jean-Michel Blanquer aujourd’hui, de passer de sept à quatre épreuves au baccalauréat, tout le monde me tombait dessus en disant que cela n’était pas dans l’intérêt des élèves, qu’il s’agissait d’une mesure destinée à justifier les suppressions d’emplois et que j’étais un ennemi du savoir. Aujourd’hui, personne ne considère qu’Emmanuel Macron est un ennemi de la culture. La réforme peut donc passer, à la fois car ce qu’elle propose est intéressant et parce qu’elle intervient dans un kairos, un moment favorable qui la rend possible. »

Partager cet article
Repost0
4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 05:13

 

 

 Remarquable livraison du mensuel en ce mois de juin 2019

 

Pour Serge Halimi, la politique étrangère étasunienne est un art permanent de la provocation : « Un État qui, sans motif réel, dénonce un accord international de désarmement qu’il a longuement négocié peut-il ensuite menacer d’agression militaire un autre État signataire ? Peut-il ordonner à tous les pays de s’aligner sur ses positions capricieuses et belliqueuses, faute de quoi eux aussi subiront des sanctions exorbitantes ? Quand il s’agit des États-Unis, la réponse est « oui ». En somme, il est parfaitement inutile de perdre son temps à étudier les raisons invoquées par la Maison Blanche pour justifier son escalade contre l’Iran. On imagine que M. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, et M. Michael Pompeo, secrétaire d’État, ont confié aux diplomates et aux services de renseignement américains une mission du genre : « Cherchez des prétextes, je me charge de la guerre. »
 

Un gros dossier sur les magouilles qui entourent la privatisation de l’aéroport de Paris (Marc Endeweld) : « La perspective d’un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris constitue un camouflet pour le président de la République. Dès son passage au ministère de l’économie, M. Emmanuel Macron avait tout mis en œuvre pour céder ce joyau de l’État français. Mais son empressement, la faiblesse des arguments financiers comme les réseaux à la manœuvre ont cristallisé les soupçons et coalisé les oppositions. » Lire également un article sur les barrages électriques).

 

 

Avec Matteo Salvini, les nationalistes européens ont trouvé leur héraut (Matteo Pucciarelli) : « Quand M. Matteo Salvini en a pris la direction, en 2013, la Ligue du Nord se trouvait dans une impasse, incapable de convaincre les électeurs du Sud, dont elle disait pis que pendre. L’actuel ministre de l’intérieur italien a donc changé de cible, préférant stigmatiser les technocrates bruxellois et les « immigrés profiteurs » plutôt que les « Calabrais fainéants ». Une stratégie gagnante, qui a transformé son parti en pivot de la politique italienne, et peut-être européenne. »

 

 

Pourquoi et comment Jeremy Corbyn passe-t-il pour un antisémite après avoir été accusé d’être un espion russe (Daniel Finn) : « « Incompétent », « espion russe », « dangereux radical », « illuminé »… Le chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn aura tour à tour été tout cela, à en croire ses adversaires. Bien qu’aussi infondée que les autres, une accusation semble être parvenue à s’imposer dans les médias dominants : celle d’antisémitisme. Un procédé qui vise à disqualifier d’emblée tout opposant. »

 

 

Rémi Carayol décrit ce qu’est devenue la nasse d’Agasez pour les migrants : « Située aux portes du Sahara, Agadez est devenue un poste de contrôle des mouvements de population vers l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Sous la pression de l’Union européenne, qui y a installé une force militaire, le Niger a interdit l’aide à la migration, plongeant l’économie locale dans le chaos. »

 

 

Gilbert Achcar se demande si le Soudan et l’Algérie ont repris le flambeau du printemps arabe : « Les mouvements populaires qui s’opposent aux régimes algérien et soudanais tranchent avec la régression contre-révolutionnaire que connaît le monde arabe depuis 2011-2012. Dans les deux cas, des pouvoirs bâtis autour d’une charpente militaire ne peuvent prétendre mener eux-mêmes une transition destinée à éliminer leur emprise sur l’État et ses ressources. »

 

 

Akram Kharief se demande si Téharan pourrait résister à une attaque des Etats-Unis : « La montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran pourrait annoncer une intervention militaire américaine. N’ayant pas la capacité de se projeter à l’extérieur du pays, l’armée régulière de la République islamique est entièrement vouée à empêcher une invasion étrangère. De son côté, le Corps des gardiens de la révolution a les moyens de mener des opérations d’envergure dans toute la région. »

 

 

Pour Rémy Madinier, l’Indonésie a choisi la démocratie : « Aux prises avec une montée de l’intolérance islamiste, l’Indonésie, pays qui compte le plus de musulmans, a misé sur la démocratie et réélu M. Joko Widodo, dit Jokowi. Toutefois, ce dernier a consenti à quelques accommodements, s’adjoignant notamment comme vice-président un conservateur qui avait contribué à faire tomber le gouverneur de Djakarta pour blasphème. »

 

 

Pjilippe Poutou fait la chrique d’un combat contre le fatalisme à l’ »usine Ford de Blanquefort : « « Les entreprises vivent et meurent : c’est la vie. » C’est ainsi, en substance, qu’un président français justifia la fermeture d’une usine Renault à Vilvorde, en Belgique, en 1997. En 2019, c’est le tour de Ford à Blanquefort, près de Bordeaux. Mais l’apathie des pouvoirs publics se heurte à une résistance ouvrière dont témoigne ici Philippe Poutou, délégué syndical de l’usine. En juillet, la justice devrait trancher. »

 

 

Apparemment le mot “ socialisme ” n’est plus un mot cochon aux Etats-Unis (Edward Castleton) : « Ni l’élection d’un milliardaire à la Maison Blanche ni la forte croissance de l’économie américaine n’ont entamé la popularité de personnalités se réclamant du socialisme aux États-Unis. Les inégalités de revenus et la précarité de l’emploi expliquent ce paradoxe apparent. Pourtant, au siècle dernier, alors que le capitalisme américain n’était pas non plus un modèle social, peu le combattaient. »

 

 

Simone Garnet et Grégoire Varlex explique les débats autour de la nouvelle Constitution à Cuba : « Dès son arrivée à la tête de l’État, en 2006, M. Raúl Castro avait plaidé pour l’« actualisation » du modèle cubain. Il a d’abord limité ses ambitions aux réformes économiques, mais en assurant qu’elles ouvraient la voie à une transformation de l’organisation politique du pays. Un premier pas a été fait dans ce sens en février 2019, quand les Cubains ont été invités à se prononcer sur un nouveau texte constitutionnel. »

 

 

Macron veut instaurer la concurrence de la maternelle à l’université (Laurence de Cock) : « Réforme du lycée et du baccalauréat, projet de loi pour une école de la confiance, instauration du principe de sélection à l’université… Depuis deux ans, le gouvernement a entrepris de bouleverser le modèle éducatif français. Son objectif ? Instaurer, de la maternelle à la faculté, un système concurrentiel au profit des élèves les plus « méritants ». »

 

 

Finie la démocratie, nous allons être désormais gouvernés par des algorithmes (Félix Tréguer) : « Les outils policiers fondés sur le big data et l’intelligence artificielle se déploient dans de nombreuses villes françaises. À travers des expérimentations pilotées par des groupes privés qui cherchent à se hisser au niveau de la concurrence américaine ou chinoise, la « ville intelligente » révèle son vrai visage : celui d’une cité sous surveillance. »

 

 

Pendant ce temps, notre urbanisme est à la dérive (Pierre Pastoral) : « Pour rénover la cathédrale Notre-Dame de Paris, le gouvernement envisage de contourner certaines règles régissant les commandes publiques et la protection du patrimoine. Cette décision, qui a suscité une levée de boucliers dans la profession, ne fait que prolonger un mouvement de dérégulation engagé depuis une dizaine d’années. »

 

 

Enfin, Serge Halimi évoque les tristes métamorphoses de Bob Woodward, ancien héros du Watergarte, un vieil homme qui aime trop l’argent pour être encore un journaliste authentique et scrupuleux : « Le crédit du Washington Post doit par conséquent être bien entamé pour que le quotidien qui a sorti l’affaire du Watergate en 1972, et donné au tandem d’enquêteurs légendaires Carl Bernstein-Bob Woodward les moyens de contraindre un président puissant à la démission, doive aujourd’hui engager, comme Monsanto, une campagne de relations publiques. Mais on comprend pourquoi. À peu près au moment où son journal s’invitait au Super Bowl, Woodward publiait un nouveau livre, Fear, sur les premiers mois de la présidence de M. Donald Trump. Cette fois, il ne prenait aucun risque, tant la critique de M. Trump, de ses obsessions et de ses mensonges est devenue une industrie. »

 

Le Monde Diplomatique (230)
Partager cet article
Repost0