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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 06:24


 Á gauche une représentation, par Maître Talbot en 1445, de Marguerite d'Anjou, française et reine d'Angleterre. Marguerite avait 15 ans. A droite, Sophie Okonedo, l'actrice qu'a choisie la BBC pour l'incarner. Très bonne actrice, Sophie Okonedo est née à Londres d'un père nigérian et d'une mère juive ashkénaze d'origine russe et polonaise. Sophie Okonedo a 51 ans.

 

Le premier qui me fait observer que Sarah Bernhardt était une femme de 56 ans quand elle incarna l'Aiglon, un jeune homme de 19 ans, est un mauvais joueur !

Politiquement correct et/ou connerie de la BBC
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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 06:17

 

 

Dans les années soixante, la ville de Lyon a consacré ce monument aux frères Lumière.

 

Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

 

Les deux frères furent assurément des inventeurs de génie (170 brevets) mais, contrairement à ce qui est gravé dans la pierre, ils ne furent pas les inventeurs du cinématographe. En revanche, ils organisèrent la première projection collective gratuite de films photographiques sur grand écran le 22 mars 1895 à Paris.

 

 

Par parenthèse, les Lumières furent des experts en fascisme. Louis proclama son « admiration » pour Benito Mussolini et prôna la collaboration : « Il faut que les conditions imposées par le vainqueur ne laissent pas un ferment d'hostilité irréductible contre lui. Nul ne saurait mieux atteindre ce but que notre admirable Chef d'État. » Parenthèse dans la parenthèse, la manière dont les Universités Lyon II et Lyon III ont été baptisées par les universitaires m’a toujours laissé pantois. Les gens de gauche et d’extrême gauche de Lyon II voulurent l’appellation “ Université Lumière Lyon II ”, tandis que les gens de droite et d’extrême droite (avec quelques révisionnistes dans le lot) choisirent “ Université Jean Moulin Lyon III ”.

 

 

Des deux côtés de la Manche et de l’Atlantique, ils furent quelques-uns à vouloir être les « premiers » inventeurs du cinématographe. Celui qui franchit la ligne largement en tête fut le français Louis le Prince, qui vivait et travaillait dans le Yorkshire et qui présenta son invention à Leeds en octobre 1888. On peut voir le premier film (trois ans avant Edison et sept ans avant les frères Lumière), environ 2 secondes et demi, ici. La scène est tournée le 14 octobre 1888 dans le une demeure bourgeoise près du jardin de Roundhay à Leeds. La date du tournage est incontestable : la vieille dame du film n’est autre que la belle-mère de Louis Le Prince, qui décéda à 72 ans le 24 octobre 1888 et fut inhumée le 27 octobre 1888. Le Prince ne parviendra pas à projeter ce film, ni même, semble-t-il à le visionner.

 

 

Deux ans plus tard, alors qu'il est sur le point de breveter un projet d'appareil de projection à Londres, Le Prince disparaît lors d'un voyage en train entre Dijon et Paris. En 1902, deux ans après avoir témoigné sur la disparition de son père, Alphonse Le Prince (l’homme de bonne taille que l’on voit dans le film) est tué par balle près de New York.

 

 

Très mystérieux, le mystère de la disparition de Le Prince n’a jamais été résolu. On a évoqué un suicide, ce qui est peu probable car Le Prince était très heureux en ménage et avait de nombreux projets en tête. On a évoqué une disparition organisé par la famille, Le Prince aurait été homosexuel, mais cette hypothèse ne repose sur rien. Le grand historien du cinéma français Jean Mitry avança en 1976 l’idée selon laquelle Le Prince aurait été assassiné à l’instigation de son frère pour un problème d’héritage. Selon une dernière hypothèse, la mort de Le Prince aurait été commanditée par des intérêts cinématographiques étasuniens, ce qui est peu probable car, industriellement parlant, le Français ne faisait pas le poids face à un Edison.

 

 

Un documentaire sur la vie et l’œuvre de Le Prince a été réalisé sous le titre The first film par David Wilkinson en 2015. Le DVD de ce film très bien fait peut être obtenu chez AMAZON.UK (zone 2).

 

Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon
Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon
Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

 

Un correspondant m'écrit ceci : “ Bravo pour avoir eu le courage de pointer cette falsification !

J'en avais fait la remarque jadis à Bertrand Tavernier qui s'en était offusqué...et avait vite changé de conversation. ”

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 06:13

 

 

Samedi 18 janvier, le journal de France 2 de 20 h traitait de 12 sujets :

 

1. Sept de ces sujets étaient des sujets d'actualité : "Emmanuel Macron : une soirée au théâtre perturbée" - "Opérations coup de poing : une nouvelle forme de revendication ?" - "Grève à la RATP : le bout du tunnel ?" - "Gilets jaunes : une fin de manifestation mouvementée" - "Éducation : les premières épreuves du nouveau bac reportées" - "Incendies en Australie : quels facteurs déclenchent les incendies en série ?" -  "En Californie, la ville de Paradise, théâtre d'un incendie dévastateur, se prépare à l'été."

 

2. Les cinq autres sujets étaient des sujets "anecdotiques" ou "tendance", du type de ceux qui font l'ordinaire des journaux télévisés de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Je cite les trois premiers, car c'est sur aux deux autres que je consacrerai mes observations : "Tendance : louer ses meubles, une solution commode" - "Fabriqué en France" : des produits plébiscités ?" - "Musique : ils reprennent leurs groupes favoris."

 

3. Les deux sujets restants avaient pour titres : "Meghan et Harry : ils renoncent à leurs titres royaux" et "Grand format : Saint-Pétersbourg, dans le tourbillon des bals russes".

 

Remarque 1. Aucun des sujets possibles de politique étrangère : guerre civile en Libye, manifestations au Liban, tensions Iran - États-Unis (et toutes relations extérieures de l'Iran), Brexit, etc., n'a été traité, alors que c'est plutôt le cas dans le journal du soir, contrairement à celui de 13 h. Et je n'évoque même pas les sujets structurels, qui peuvent à tout moment fournir de solides sujets : l'Amérique latine (et, au sein de celle-ci, le Chili et le Venezuela, la Corée du Nord, Hong Kong, l'Irak...)

 

Remarque 2. A cet égard, les deux sujets ayant pour siège des pays étrangers (l'Australie et la Californie) sont moins à ranger sous la rubrique de la "Politique étrangère" que sous celle des "catastrophes", vieille, très vieille rubrique remontant aux gazettes d'Ancien Régime, friandes du spectaculaire, de l'inhabituel, de l'effrayant et de l'horrible. [Et à susciter chez les téléspectateurs la peu charitable pensée du "Suave mari magno..."].

 

Remarque 3. Ces deux sujets ("Meghan et Harry" et "Les bals de Saint-Pétersbourg") témoignent d'une fascination - à tous égards déplacée - pour l'Ancien Régime. Qui est, en effet, ce prince "Harry" (qui s'appelle en fait Henry, comme huit rois d'Angleterre) ? C'est le second fils de Charles, prince de Galles, actuel héritier de la couronne. Le prince Henry, dans le protocole, est le sixième dans l'ordre de succession au trône, après son frère aîné William et les trois enfants de celui-ci : autant dire qu'il ne s'appellera jamais Henri IX. Or, la reine, sa grand-mère, n'ayant déjà aucun pouvoir, il n'est donc, pour filer la métaphore, que la sixième roue du carrosse (et même pas la roue de secours)... Et le fait que le journal télévisé ne le nomme familièrement que par son diminutif, témoigne de son statut effectif aux yeux des médias : celui d'une espèce de vedette, d'un Beckham... sans ballon. Mais, dans les 1 mn 39 s du reportage, on entend deux fois "monarchie", une fois "prince", deux fois "altesse royale", quatre fois "reine", une fois "duc et duchesse", une fois "titre royal" et une fois "famille royale". 

 

Même si c'est pour parler d'une dissension dans la famille royale, il n'en reste pas moins que le journal parle de cette famille. Et qu'en en parlant, il met l'information au même niveau que les luttes sociales qui agitent la France. Et que ce que retient l'oreille, tout autant que le fond de l'affaire, c'est la suite de ces noms protocolaires, qui appellent la révérence. Or, cette litanie de titres, complaisamment énumérés, tranche de façon assez déplaisante avec la façon plutôt péjorative, voire hostile, dont - quelques minutes plus tôt - ont été présentés les grèves, les grévistes et leurs actions.

 

Remarque 4. Le reportage sur les bals de Saint-Pétersbourg dure 4 mn 22 s. C'est un temps considérable pour un sujet de journal télévisé : par exemple le reportage sur les opérations coup de poing dure 2 mn 08 s, sur la perturbation des épreuves du bac, 1 mn 52 s, et même sur la fin des grèves (qui, in petto, réjouit Laurent Delahousse...) seulement 1 mn 08 s. Le reportage a duré largement plus de deux fois plus de temps que le plus long des sujets consacré aux luttes sociales [au cours desquels, on le notera, pas une seule fois n'ont été présentés, ni même évoqués, les arguments des opposants à la réforme des retraites...].

 

Remarque 5. Le reportage sur les bals à Saint-Pétersbourg s'ouvre par une vue aérienne du palais impérial et sur une musique de valse. Et cette vue, ainsi que cette musique, ne sont pas fortuites : elles sont là pour susciter, à moins de trois semaines du Nouvel an, un rappel tout frais avec le concert du même nom à Vienne, au cours duquel se produisent des danseurs qui valsent. Et où on ne manque pas de présenter des vues aériennes de la capitale autrichienne, avec ses palais de la Hofburg, de Schönbrunn ou du Belvédère. Et le rappel indirect de cette monarchie renforce l'impression de "retour béni" à l'Ancien Régime, lorsqu'il y avait encore, dans les grands pays européens (en Allemagne, en Russie, en Autriche-Hongrie), les successeurs des monarques qui terrassèrent la France de l'Empire (c'est-à-dire aussi, et surtout, celle de la Révolution), et qui, en 1848-1849, écrasèrent les Révolutions d'Allemagne, d'Autriche, de Hongrie, de Bohême et d'Italie.

 

Remarque 6. De même que dans le reportage sur la famille d'Angleterre, on entend ici des mots-repères, des mots-fétiches : "Romanov", "tsar", "tradition retrouvée", "impérial", "marbres" [dont le journaliste signale, admiratif, qu'il y en a dix-sept sortes qui ornent les murs de la salle de bal], "princesse", "débutante", "privilégiés", "authentiques nobles pétersbourgeois" [prononcé avec le même tremblé dans la voix que l'expression "or 24 carats"], "une ville qui vibre de nouveau", etc.

 

Les 74 ans de l'époque soviétique passent à la trappe, sauf pour rappeler, incidemment, que ces bals étaient "passés de monde" [sic !] à cette époque - comme si ladite période soviétique ne s'était traduite que par une transformation vestimentaire ou capillaire, à l'instar des pantalons "pattes d'eph" ou des coiffures "choucroute"... On ne rappelle même plus que la ville, durant sept décennies, s'est appelée Leningrad et a soutenu un des plus longs et plus meurtriers sièges de l'Histoire. 

 

Remarque 7. Une impression désagréable est donnée par l'allure des filles, souvent très jeunes, petites, à peine pubères (celle qui est donnée en exemple a 13 ans), allure qui rappelle fâcheusement les concours de "mini miss" des États-Unis, où les mères affublent leurs enfants de tenues d'adultes, y compris (comble de la vulgarité) des strings, pour des fillettes de moins de 10 ans. On pressent, on discerne ici le même esprit que dans les "rallyes" ou les "bals des débutantes", lorsque les parents de l'hyper-bourgeoisie cherchent à habituer leurs rejetons - garçons ou filles - à fréquenter la meilleure société, à y nouer le maximum de relations et à s'y marier. Et donc à renforcer, par ces liens croisés, la cohésion des classes dominantes. 

 

Remarque 8. Ce qui m'a le plus atterré est une réflexion de la jeune fille : "La vraie chose qui me stresse, c'est la fatigue, parce que le bal dure cinq heures". A ce moment, je me suis remémoré le refus d'Emmanuel Macron d'associer la notion de "pénibilité" à celle de "travail", parce que, selon lui, cela impliquerait que le travail est une douleur - ce qu'à ses yeux, il n'est pas... Ce que seront sans doute ravis d'apprendre les salariés exposés à des postures pénibles, au port de charges lourdes, aux vibrations mécaniques et aux produits chimiques, et qui devront endurer cela jusqu'à 64 ans, ce qui est autrement fatigant que cinq heures de bal pour une adolescente de 13 ans.

Elle est loin, la ville de la Révolution d'Octobre...

 

 

France 2 et les “ people ” de l'aristocratie, par Philippe Arnaud
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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 16:33

 

 

Depuis le vote de la loi LRU (Pécresse), à laquelle j’ai consacré plus de 200 articles, les jours de l’Université française et des universitaires sont comptés. Avec la loi Fiorasso, les Fauxcialistes de Hollande ont complété les basses besognes de la droite. Le banquier éborgneur va parachever le tout en faisant de chaque université un prestataire de services et de chaque universitaire un personnel sans statut, taillable et corvéable à merci, entièrement sous la coupe de son président d’université et de son responsable des services administratifs.

 

Les collègues se doivent de réagir immédiatement et sans prendre de gants. Dans six mois, il sera trop tard : les universitaires connaîtront les mêmes condition de travail, d’évaluation, de retraites que les Britanniques, avec des salaires plus faibles.

 

Ci-dessous : une motionde l’Assemblée générale nationale de coordination des facs et labos en lutte réunie le 18 janvier 2020 - Paris 7 qui explique bien les enjeux.

 

 

L’assemblée générale nationale de coordination des facs et labos en lutte réunie le 18 janvier 2020 à Paris a rassemblé des étudiants, des enseignants-chercheurs, enseignants, chercheurs, personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé et des bibliothèques (BIATSS), venus de nombreux établissements, de toute la France.

 

L’assemblée générale constate une transformation du mouvement social pour le retrait du projet de réforme des retraites à points. Son caractère de plus en plus généralisé et interprofessionnel, qui associe aux cheminots et aux travailleurs de la RATP les personnels hospitaliers, de l'éducation nationale, de la justice, de la culture, les dockers, gaziers, personnels des raffineries, Gilets jaunes, etc. confirme le renouvellement de la mobilisation, après six semaines de grève. La même logique néolibérale conduit aux mêmes problèmes dans tous les secteurs en lutte : mise en concurrence systématique, perte de sens du métier et de son utilité sociale, destruction du service public, maltraitance des agents et des usagers et risques pour leur santé, course à la rentabilité, recul de la solidarité, précarisation, bureaucratisation, répression, discrimination (de genre, classe et race), etc. 

 

Dans ce contexte, les travailleurs et usagers de l'enseignement supérieur et la recherche prennent une part de plus en plus grande à la lutte. Dans les facs et les labos, depuis début janvier, on le sent bien : l'ambiance a changé. Malgré des tentatives d'intimidation et de blocage des mobilisations (fermeture d'universités, atteintes au droit de réunion des personnels et des étudiants, violences policières dans les manifestations...) la mobilisation ne cesse de se développer, dans de nombreux établissements. Des centaines de travailleurs de l'ESR sont en grève reconductible et ont cessé toutes leurs activités professionnelles. Des examens n'ont pas pu se tenir, des enseignements ont été suspendus ou transformés. Chaque jour de nouveaux laboratoires interrompent leurs activités de production et valorisation de la recherche (séminaires, colloques...), des revues se déclarent en grève, les ateliers d'éducation populaire se multiplient, les cortèges universitaires dans les manifestations rassemblent, toujours plus largement, des milliers de personnes, de multiples actions de perturbation et de blocage ont lieu. 

 

L'Assemblée générale s'oppose avec détermination à la politique du gouvernement et de ses alliés sur l'enseignement supérieur et la recherche. En particulier, nous portons la lutte contre trois pans fondamentaux de cette politique qui déstabilisent en profondeur un service public d'enseignement et de recherche déjà malmené par un sous-financement chronique et de multiples réformes régressives (loi LRU, loi Fioraso, loi ORE, Parcoursup, loi de transformation de la fonction publique, etc.). 

 

1° Si elle devait passer, la réforme des retraites affecterait très durement tout le personnel de l'enseignement et de la recherche, un secteur de plus en plus marqué par des carrières tardives et accidentées. Cette réforme toucherait d'autant plus violemment les plus précaires et les moins bien payés, et surtout les femmes.

 

2° La Loi Pluriannuelle de Programmation de la Recherche (LPPR) en préparation, loi « inégalitaire et darwinienne » (dixit Antoine Petit, le PDG du CNRS), loin d'apporter des éléments pour lutter efficacement contre la précarité et la surcharge de travail des personnels des facs et des labos, dégraderait nos statuts et nos conditions de travail : modulation de service obligatoire, CDI-chantier, “ tenure track ”. 

 

3° Avec la réforme de l'assurance-chômage de 2019, qui cible les contrats courts, les précaires de l'enseignement et de la recherche voient leur situation s’aggraver. Cependant, la précarité n'est pas seulement le résultat de ces politiques récentes, mais le résultat d'une dégradation continue des moyens, des conditions de travail et des statuts à l'université. Aujourd'hui, les universités et les laboratoires vivent de l'exploitation des précaires, que ce soit pour l'enseignement, la recherche ou l'administration. La précarité qui marque l'ESR est aussi celle des étudiants, parfois obligés de cumuler études et emploi dans des conditions toujours plus difficiles. 

 

Notre lutte s’inscrit dans la défense du principe de solidarité et des services publics. Elle vise à défendre l’université comme lieu ouvert à tous. Pour une université critique des politiques néolibérales en son sein et dans l’ensemble de la société. Pour une recherche et un enseignement libres et indépendants des intérêts du marché. Créons des lieux et des outils pour produire des savoirs qui nous émancipent !

 

L’Assemblée Générale appelle à amplifier les luttes localement et au niveau national pour étendre la mobilisation au sein de l’ESR et dans les actions interprofessionnelles, et pour faire converger tous celles et ceux qui luttent vers la grève générale et illimitée.

 

Pour cela, l'Assemblée générale demande la démission d’Antoine Petit, PDG du CNRS et à la dissolution de la Conférence des Présidents d’Université (CPU). Elle appelle les travailleurs et travailleuses de l'enseignement supérieur et de la recherche à la rétention des notes, l'arrêt de toutes nos activités et en particulier du recrutement de vacataires. 

 

Cette motion est adoptée à l'unanimité

 

Etablissements représentés : Aix Marseille, Amiens, Angers, Bordeaux Montaigne, Caen, CNAM,  Ecole du Journalisme, EHESS, ENS Ulm, ENSFEA Toulouse, Evry, Paris Saclay, Lille, Lyon 2, Nice, Paris 1, P3, Sorbonne Université, Université de Paris, P8, Dauphine, P10, Paris Saclay, Paris Est Créteil, P13, Paris Est Marne La Vallée,  Université Versailles Saint Quentin, Poitiers, Reims, Rennes 2, Rouen, Saint Etienne,  Strasbourg, Toulouse, Tours, Université de Lorraine,  IFSTTAR, INRA, MNHN, CNRS, INED, INRIA, CEA   

    + à distance : Pau, Grenoble, Bourgogne, Lyon 1, Université Bordeaux, IUT Blagnac, Cergy-Pontoise

 

 

Ici une dénonciation de la manière dont l’État-patron va continuer de baisser indéfiniment les salaires :

 

2)  le ministère de l'ESRI a annoncé fin octobre que l'Etat ne compenserait plus le GVT, c'est-à-dire le "glissement vieillesse technicité" des personnels, soit l'augmentation automatique de la masse salariale des universités du fait de notre progression de carrière (échelon ou HDR menant à la fonction de Professeur des universités par exemple). Cela signifie qu'il leur faudra trouver des marges de manœuvre pour réduire la masse salariale ailleurs pour compenser l'augmentation des traitements des titulaires: soit recourir à davantage de contractuels, soit mettre en œuvre la modulation des services – voire recourir à des augmentations de frais pour les étudiants: lors de l'introduction de frais élevés pour les étudiants non ressortissants de l'UE, de la Suisse et du Canada, les universités réfractaires avaient déjà été menacées de la fin de la compensation de leur GVT, mais le ministère avait reculé devant le tollé. 


Ici par exemple, un article du Monde en date du 4 novembre dernier (tout l'article est d'ailleurs instructif sur la répartition des fonds alloués à l'ESR malgré la progression du nombre d'étudiants).

 

 

Enfin, voici une mesure permettant facilement de “ défonctionnariser ” ceux qui ont encore la chance d’être fonctionnaires dans l’Université d’aujourd’hui :

 

 

La rupture conventionnelle est étendue aux fonctionnaires, mais il est important de savoir que l'agent peut la refuser. 


Surtout, cette nouvelle procédure est étroitement liée à la LPPR : si la référence aux 192h statutaires est abrogée, les heures complémentaires pourront ne plus être payées; si la modulation de service sans l'accord de l'agent est actée, on pourra lui proposer une rupture conventionnelle en cas de refus. Le "choix" sera alors d'accepter la modulation, soit le non-paiement des heures complémentaires, soit la rupture conventionnelle. 


Enfin, d'autres instances nationales ont aussi été supprimées par la loi de modernisation de la fonction publique comme les commissions administratives paritaires qui permettaient d'avoir un recours ; les CHSCT sont menacés alors que l'approche managériale de la LPPR risque de mener beaucoup d'entre nous - et encore plus nos doctorants et (futurs) jeunes docteurs s'ils sont encore davantage soumis à la précarisation de leur situation - au burn-out. (voir ici par exemple, pour les effets de la précarisation dans l'ESR britannique )

 

Enseignement supérieur : ça va être un massacre
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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 06:16

 

 

Cette chanson date de 1959 et fut son premier très grand succès. On a longtemps cru qu’il l’avait écrite alors que la chanteuse et chansonnière Susanne Grabriello, peut-être le grand amour de sa vie, avait décidé de le quitter. Or c’est vraisemblablement pour sa femme, Miche, lassée de ce ménage à trois, qu'il écrivit ce texte unique qu’Édith Piaf détesta car, selon elle, un homme ne pouvait s’abaisser de la sorte.

 

Je dirai quelques mots sur ce qui a pu influencer Brel dans l’écriture de ce chef-d’œuvre.

 

Pour ce qui est de la musique, il est absolument clair que, pour chanter « Moi je t’offrirai des perles de pluie », il avait dans l’oreille un court fragment de la rhapsodie hongroise n° 6 de Liszt (celui-ci fortement influencé par un thème de musique populaire tzigane), clé de fa, quatre bémols à la clé (fa-fa-sol-la-si bémol).

 

 

Á propos de “ Ne me quitte pas ” de Jacques Brel

 

Concernant les paroles, Brel puisa dans ses souvenirs de Robert Desnos et de Federico Garcia Lorca.

 

Desnos est mort dans le camp de concentration de Terezin en 1945. Pour annoncer ou accompagner cette mort, des admirateurs tchèques traduisirent dans leur langue un poème de 1926, “ J’ai tant rêvé de toi ”, écrit en l’honneur d’Yvonne Georges. C’est la traduction (et légère adaptation) en français de cette traduction qui parvint au grand public après la mort de Desnos :

 

 

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

 

Dans la mythologie desnosienne, ce bijou est devenu « le dernier poème ».

 

Autre victime du fascisme, Federico Garcia Lorca fut fusillé sommairement le 19 août 1936 et enterré dans une fosse commune. Peu avant sa mort, Lorca écrivit un magnifique poème d’amour, le “ Sonnet de la douce plaine ” (“ Soneto de la dulce queja ”), récité ici par Maria Casarès en français. Brel fut influencé par ce passage :

 

 

 

Si tú eres el tesoro oculto mío, 

si eres mi cruz y mi dolor mojado, 

si soy el perro de tu señorío, 

 

 

Si tu es mon trésor caché,

Si tu es ma croix et ma douleur humide,

Si je suis le chien de ton manoir,

 

 

Le poème se poursuivait et s’achevait ainsi :

 

Je m’attriste de n’être en cette rive

qu’un tronc sans branche et mon plus grand tourment

est de n’avoir la fleur ou la pulpe ou l’argile

qui nourrirait le ver de ma souffrance.

 

Si tu es le trésor que je recèle,

ma douce croix et ma douleur noyée,

et si je suis le chien de ton altesse,

 

ah, garde-moi le bien que j’ai gagné

et prends pour embellir ta rivière

ces feuilles d’un automne désolé

 

 

Federico tomba sous les balles franquistes pour des raisons politiques, mais surtout parce qu'il était homosexuel.

 

Alors, plagiaire, Jacques Brel ? Bien sûr que non. C’est justement grâce à son génie qu’il avait su saisir ces moments exceptionnels de la création humaine, se les approprier et les épurer en retrouvant leur quintessence.

 

Ci-dessous, la dernière photo de Desnos vivant :

 

Á propos de “ Ne me quitte pas ” de Jacques Brel
Á propos de “ Ne me quitte pas ” de Jacques Brel
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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 06:15

 

 

 France 2 a interrogé des femmes de combattants de Daech. J’ai relevé ce témoignage : « «Oui on était des femmes de combattants de Daesh  (...) on était des femmes au foyer, à faire des enfants et à espérer vivre dans un environnement qui serait peut-être meilleur pour notre religion qu'en France. Mais on a été bluffées, et quand on s'est rendu compte de la supercherie, il était trop tard. (...) Je regrette de les avoir crus. Je leur en veux. Mais je ne suis pas une repentie, je ne regrette pas ce que j’ai fait, j’assume.»

 

 

L’Obs Au Japon, à peine 6% des pères prennent des congés paternité. Un taux très faible, considéré comme l’une des multiples causes du taux très bas de natalité dans l’archipel. Le ministre japonais de l’Environnement, Shinjiro Koizumi, benjamin du gouvernement, a fait part de son intention d’aménager dans la mesure du possible un congé de paternité dans son emploi du temps, une première dans le pays. Aucun ministre japonais en fonction n’avait jusqu’à présent fait une telle demande, sachant par ailleurs que l’on obtient généralement un portefeuille ministériel à un âge avancé dans l’archipel nippon.

 

Selon Le Monde,le gouvernement accusé de vouloir « maquiller » les résultats des élections municipales de 2020. Pour l’opposition, la décision de mettre un terme au nuançage politique pour les villes de moins de 9 000 habitants revient à rayer de la carte 96 % des communes. De droite comme de gauche, l’opposition est vent debout contre la décision de l’exécutif de ne plus attribuer de couleur politique aux candidats sans étiquette dans les communes de moins de 9 000 habitants lors des municipales de mars. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a adressé un courrier, daté du 7 janvier, au président de l’Association des maires ruraux pour l’informer de cette mesure.

 

 

De nombreux médias ont repris cette analyse fulgurante de Sibeth Ndiaye au micro de France Inter : « Je ne pense pas qu’on puisse dire dans un état de droit, dans une démocratie extrêmement solide comme celle de notre pays, qu’il y a des violences policières [...] Quand il y a eu des fautes, elles sont systématiquement sanctionnées. » J’en entends qui rient au fond de la classe…

 

 

Dans un communiqué en date du 17 janvier 2020, la CGT dénonce le fait que La répression syndicale s’organise administrativement sous de nombreuses formes : « violences, intimidations, menaces, criminalisation, et procédures judiciaires expéditives. La CGT constate une recrudescence de signalements pour violences commises sur les manifestants ainsi qu’une augmentation du nombre d’arrestations. Elle constate de nouvelles formes d’intimidations pour affaiblir la mobilisation : les préfets tentent avec force d’imposer de nouveaux parcours de manifestations voire d’interdire certains tronçons ou zones de centre de ville au motif du maintien de l’ordre. Les préfets proposent systématiquement des parcours alternatifs qui sont en l’occurrence soit plus dangereux, soit en périphérie des axes passant pour que la CGT soit moins visible.

 

 

Nathalie Quintane raconte dans Mediapart l’intrusion d’Axa dans un collège : « Cet automne, ce ne sont pas les éditions Mazenod qu'on attendait, mais les représentants d'Axa, la fameuse compagnie d'assurance, dont on a récemment appris qu'elle faisait partie du panier Blackrock – ce fonds d'investissement qui siège dans les conseils d'administration de la moitié des entreprises du CAC40. Les Axa, ils avaient pris rendez-vous dès le mois d'octobre, pour nous proposer leurs produits. On avait trouvé ça fort, qu'avant même que la réforme des retraites ne soit votée, et même discutée (s'il était envisageable qu'elle le soit), ils passent le pied dans la porte, entrent dans la salle des profs, et s'installent à la table, ouvrent leurs grandes mallettes, disposent leurs petites brochures, d'un seul mouvement prévu se relèvent tendant le bras pour inviter à s'asseoir. Il paraît qu'à la lettre que la compagnie avait envoyée au chef d'établissement pour l'informer de sa venue, celui-ci avait répondu en poliment déclinant l'offre, et qu'il lui avait été en substance dit qu'on prenait bonne note de sa décision, mais que comme Axa avait l'autorisation de son ministère de tutelle pour pénétrer notre établissement, elle se voyait contrainte d'en référer à sa hiérarchie.

 

 

 

 

Revue de presse (305)
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16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 06:27

 

 

Il se passe actuellement quelque chose d’absolument scandaleux à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse. Etant toujours en relation avec plusieurs collègues de cette université, je peux assurer que les informations apportées par Mediapart à ce sujet sont totalement attestées.

 

Je cite Mediapart :

 

« L’université Jean-Jaurès de Toulouse est secouée par la récente révélation d'un échange de courriels internes datant de 2018 invitant à pénaliser des personnels engagés dans le mouvement de grève. Une authentique « liste noire » qui pose la question du fichage politique et celle de la mainmise technologique exercée sur les personnels de la fac.

 

Dans un courriel daté du 14 mai 2018, et adressé à plusieurs dirigeants d’UFR, l’adjoint au directeur général des services (DGS) de l’université Jean-Jaurès de Toulouse (UT2J), François Pelisset, est on ne peut plus explicite : « Comme cela a été fait en UFR SES, et à titre préventif pour limiter toutes nouvelles perturbations, nous vous invitons à nous indiquer d'éventuels agents de vos UFR auxquels il conviendrait de limiter les droits d'accès sur leur badge Salto au regard de leur engagement dans le mouvement de blocage de l'Université. » Soit, tracée noir sur blanc, une invitation à établir des listes d'enseignants et personnels administratifs grévistes, pour mieux les punir.

 

Ce courriel, écrit juste cinq jours après l'évacuation des grévistes-bloqueurs du campus par les CRS, fait suite à un autre adressé deux jours auparavant par Michèle Saint-Jean, directrice de l'UFR Sciences espaces société (SES – qui regroupe cinq départements, 200 enseignants et 5 000 étudiants) dans lequel elle dresse une liste nominative de 24 personnes (10 enseignants du département de sociologie, 8 de Sciences de l'éducation, 1 d'éco/gestion et 5 personnels administratifs) « en prévision de la réouverture de l'université et en vue de restreindre la capacité de leur badge Salto ».

 

Ces fameux badges Salto « sont nominatifs, explique Mireille Bruyère. En début d’année, on dit quel est notre département et à quelles salles et espaces on doit accéder. Mais ensuite ils ont la possibilité, à distance, de nous bloquer l’accès à des salles sans nous prévenir et sans nous en donner la raison ». Exactement ce qui s’est passé en mai 2018, les responsables de cette entrave volontaire à la circulation des 24, se réfugiant alors derrière un « bug informatique » bien pratique. »

 

*                                            *

 

 

L’Université Jean-Jaurès, ce n’est pas encore la Stasi. Mais il n’est pas exagéré de relever qu’il y règne une forme de terreur douce. Mediapart signale que la plupart des enseignants, étudiants et personnels administratifs rencontrés ou interrogés au téléphone ont souhaité que leur nom n’apparaisse pas dans l’article. La seule enseignante ayant accepté de rompre l’anonymat ambiant est – je n’en suis pas surpris – Mireille Bruyère, membre des Économistes atterrés.

 

La raison fondamentale pour laquelle tout cela a été rendu possible tient à la posture des enseignants. Dans cette fac comme ailleurs, ils constituent depuis une bonne dizaine d’années un ventre mou qui s’est dévalorisé, autoculpabilisé et qui a accepté – la nature ayant horreur du vide – la prise du pouvoir par l’administration.

 

Depuis la fondation de la Sorbonne, l’Université, ce sont les professeurs et les étudiants. Nullement les administratifs qui ne sont pas universitaires et qui travaillent là alors qu’ils pourraient être ailleurs, dans les rectorats, les inspections académiques, les lycées, ou dans toute autre administration de la Fonction publique. L’administration est au service des universitaires. Pas le contraire.

 

C’est dire qu’il est selon moi inadmissible que la « direction générale des services » puisse avoir autorité sur les allées et venues des professeurs. Il y a dans toute université des endroits très sensibles où tout un chacun ne peut se rendre : une salle de coffres-forts, une salle renfermant les serveurs informatiques, des salles où certaines expériences confidentielles, voire secrètes, sont menées. L’accès à ces lieux doit forcément être réglementé. Á ces exceptions près, les universitaires ont le droit de se rendre partout où bon leur semble. C’est ce qui se passait il n’y a pas encore si longtemps.

 

L’infantilisation des universitaires se poursuivra tant que le caquet des administrateurs n’aura pas été rabaissé, tant que les premiers n'auront pas indiqué clairement aux seconds quelle était leur place.

 

 

Université Jean-Jaurès de Toulouse : des professeurs fichés et suivis à la trace par des administratifs
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15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 06:03

 

 

Le mot déclin est un déverbal de décliner, verbe apparu dans La Chanson de Roland en 1080.  Aujourd’hui, on ne compte plus les déclinantes et les antidéclinistes.

 

Décliner vient du latin et signifie incliner (clinare = pencher), ainsi que détourner. Par extension changer la forme, d’où les déclinaisons.

 

Au sens propre, mais surtout au sens figuré, le mot déclin fait peur. Le grand La Bruyère avait peut-être déjà envisagé les lèvres siliconées : ” Les femmes du pays précipitent le déclin de leur beauté par des artifices. Qu’elles croient servir à les rendre belles.” Et vlan ! Gide craignait les effets du déclin des peuples sur les individus : ”On ne peut demander à un peuple très prolifique d’avoir les mêmes égards pour la vie humaine et le même respect de l’individu qu’une race sur le déclin.”

 

Aujourd’hui, les valeurs sont dans un déclin que l’on peut associer à de la dégénérescence, de la décadence. Les médias regorgent de déclinologues qui dissertent sur le déclinisme des déclinistes. Les politiques n’aiment pas ces déclinologues. Ils leur opposent l’assurance de leur discours bardé de certitudes, ce qui renforce la diffusion du ressenti du déclin.

Les mots chéris des médias et des politiques (7)
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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 06:47

 

 

Ah, le “débat” mis à toutes les sauces. Surtout dans des phrases négatives: ”Il n’y a pas de débat.” Circulez, pas de discussion, ce que je dis est parole d’Evangiles, incontestable.

 

Débat est un déverbal de débattre, qui l’a précédé de deux bons siècle (1050). Dans débat, il y a battre, donc une certaine idée de violence. Il faut se méfier du débat : “ Il s’appliquait à ne pas passionner le débat, à lui garder un tour spéculatif ” (Roger Martin du Gard). En même temps, un débat implique une certaine organisation au préalable et un certain objectif a posteriori. Les débats les plus âpres sont peut-être les débats intérieurs, qui taraudent nos consciences parce qu’ils sont cornéliens.

 

La politique adore les débats : voir les débats parlementaires qu’on espère sans incidents et qu’il faut bien clôturer. Le Journal des Débats fut le premier organe de presse à rendre compte de ce qui se passait au Parlement. A noter également une acception purement juridique : le débat est “ la phase du procès qui débute par les plaidoiries des avocats et les conclusions du Ministère public et qui s’achève par la clôture prononcée par le Président avant de rendre le jugement ”.

 

En janvier 2019, le banquier éborgneur a organisé un “ grand débat national ” en espérant éteindre la révolte des gilets jaunes et des travailleurs en lutte en général, durant lequel il a beaucoup parlé. Il avait sûrement choisi le vocable “ débat ” en pensant qu’il fallait libérer un peu la parole des  gueux, des alcooliques et de ceux qui regardent passer les trains – le peuple vil selon lui. Mais de ce grand débat, la lumière n’a point jailli. Pas même une petite étincelle d’intelligence politique chez nos responsables. 

Les mots chéris des médias et des politiques (6)
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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 06:14

 

 

A l’occasion du nouvel An, le président de la République française (que d’aucuns surnomment “le banquier éborgneur”) en prend pour son grade. Pour Théophraste du Grand Soir : “Maintenant, il dit comprendre les grévistes et il renonce à sa retraite de président. Et chacun de ricaner. Macron pédale à vide. La chaîne du vélo France a déraillé. A peine plus d’un tiers des Gaulois fainéants alcooliques le trouve honnête et sincère. S’il annonçait demain, par rétropédalage, qu’il renonce à sa « réforme » des retraites, il est possible que personne n’y croie et que le peuple continue à protester."

 

 

Même Serge Raffy, de l’Obs, se montre caustique : “dans l’obscurité, mais, droit dans ses bottes, n’ayez aucun doute, rien ne le fera trembler face au tumulte de la rue. Inflexible, inoxydable, il tiendra le cap sur la réforme des retraites, ne cédant que des miettes sur la pénibilité, renvoyant son Premier ministre au charbon, dès la rentrée. Donc, pour beaucoup de Français, la grève la plus longue de l’histoire du pays, a encore de beaux jours devant elle. Que le président n’a pas appuyé sur le bouton « Stop ». Il est resté avec une main de fer dans un gant de velours.”

 

 

Pour Le Monde, les allocutions présidentielles de fin d’année augurent rarement de la situation sociale à venir du pays. Lors de ses premiers vœux, le 31 décembre 2017, Emmanuel Macron avait dit vouloir faire de 2018 une année de « cohésion de la nation ». « Les débats sont nécessaires, les désaccords sont légitimes, mais les divisions irréconciliables minent notre pays. Je veux plus de concorde pour la France en 2018 », avait expliqué le chef de l’Etat. Dix mois plus tard commençait le mouvement des « gilets jaunes », l’une des crises sociales les plus intenses connues par la France depuis Mai-68.

 

 

Le Figaro donne la parole à Jean-Luc Mélenchon: «Ce ne sont pas des vœux mais une déclaration de guerre aux millions de Français qui refusent sa réforme. Tout le reste de son discours sonne faux et creux. Un extraterrestre a parlé.»

 

 

La Libre Belgique (qui connaît mieux la France que la presse française la Belgique) note les incohérences de la politique macronienne: ”Autre source d'interrogations: les concessions accordées ces derniers jours à une dizaine de catégories, allant des policiers aux pilotes de ligne en passant par les marins et les danseurs de l'opéra qui conserveront pour longtemps des régimes spéciaux. De quoi faire dire à la droite que la réforme, vidée de son contenu, redevient catégorielle.”

 

 

Dans cette même optique, La Dépêche du Midi ajoute : ”Sans entrer dans le détail de la réforme, sans prononcer les mots d'âge pivot ou de pénibilité, le président a indiqué que les "tâches difficiles" seront prises en compte : "Nous prendrons en compte les tâches difficiles pour permettre à ceux qui les exercent de partir plus tôt sans que cela soit lié à un statut ou à une entreprise".

 

 

Dans L’Humanité Dimanche, Gérard Noiriel en appelle à la résistance face à la politique menée par le président de la République: ”La résistance, c’est quand on subit une domination et qu’on s’y oppose.  Aujourd’hui, le peuple français est engagé dans un processus de résistance face à une offensive néolibérale comme on n’en a pas connu dans le passé, même avec Sarkozy. Le libéralisme triomphant qui s’était installé à partir des années 1980 avec Reagan, Thatcher et la social-démocratie européenne a du plomb dans l’aile.

 

C’est vraiment le rôle majeur des syndicats que de coordonner l’action et de montrer qu’ils sont toujours présents et capables de peser sur la réalité et la société pour s’opposer aux mesures qui sont prises.

 

Ce qu’on a vu, au bout d’un an du mouvement des gilets jaunes, c’est aussi les limites de ce type d’action. Il ne suffit pas de défiler les samedis après-midi dans les rues de Paris et puis dire non à la récupération. Il faut aussi être capable de structurer un mouvement pour être efficace contre ceux qui ont le pouvoir. Le moyen qui reste aujourd’hui le plus efficace pour contrer le capitalisme, c’est d’intervenir dans les lieux où il fait son profit, c’est-à-dire dans les entreprises, comme le montre le mouvement actuel en mettant en avant la grève.

 

En tout cas, quelle que soit l’issue de ce mouvement, il est certain que nous sommes entrés dans une période qui va être marquée par un fort développement des mouvements sociaux, non seulement en France, mais partout dans le monde.

 

Revue de presse (303)
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