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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 07:00

 

 

Serge Halimi évoque les peuples qui descendent dans la rue dans le monde entier :

De Santiago à Paris, les peuples dans la rue.Est-ce déjà la troisième ou la quatrième vague de protestations de masse contre l’ordre néolibéral et ses gouvernants ? De Beyrouth à Santiago, sans oublier Paris, le pouvoir politique paraît en tout cas incapable de rétablir la situation. Y compris quand il recourt à la manière forte

 

Feurat Alani analyse la situation de l’Irak face à l’Iran :
Les Irakiens contre la mainmise de l’Iran
L’Irak connaît un important marasme social, aggravé par la corruption et la déliquescence des institutions. En révolte depuis trois mois, la population remet en cause le système politique, fondé sur le sectarisme et le confessionnalisme. La contestation, qui pour l’heure est essentiellement le fait des chiites, dénonce l’omniprésence de l’influence iranienne.

 

Philippe Descamps et Xavier Montéard font le point sur la situation linguistique au Luxembourg : Comment s’invente une langue
Place forte des banques et des institutions européennes, le Luxembourg est aussi une tour de Babel où la population parle communément trois, voire quatre langues. La part croissante des étrangers favorise paradoxalement un engouement pour le lëtzebuergesch (luxembourgeois), à côté du français et de l’allemand.

 

Alain Accardo se demande si le petit-bourgeois gentilhomme n’est pas en train de mourir : Vie et mort du petit-bourgeois gentilhomme
Comment combattre un ordre social qui a installé en nous-même ses manières de voir le monde ? Ce dilemme traverse l’œuvre du sociologue Alain Accardo, tout comme la figure qui l’incarne : celle du petit-bourgeois gentilhomme, tiraillé entre ses aspirations déçues et sa révolte empêchée. La crise climatique et l’exigence d’une écologie anticapitaliste sonneront-elles le glas de ce type humain ?

 

Pour Maxime Lancien, l’Australie vient de vivre une saison en enfer : « La Terre brûle. » Jusqu’ici, l’expression n’était qu’une image. En Australie, elle décrit précisément les incendies géants qui ravagent depuis trois mois le continent rouge. Au point que les pompiers ont renoncé à éteindre ce brasier hors de contrôle. Peut-on encore qualifier de « naturelles » de telles catastrophes, quand s’accumulent les preuves de leur origine industrielle ?

 

Pour Anne-Cécile Robert, il y a urgence écologique : Aucun décideur public ou privé de premier plan ne peut désormais faire l’impasse sur le défi climatique… du moins en paroles. Cette victoire idéologique du mouvement écologiste doit, certes, se traduire en mesures concrètes. Mais elle ouvre aussi un autre champ de réflexion, du fait de son instrumentalisation contre la démocratie par les tenants du capitalisme vert.

 

En Belgique, un véhicule sur dix est un véhicule de fonction (Vincent Doumayrou) : C’est un héritage des années 1970 que nul, ou presque, ne songe à remettre en question : la voiture de fonction dont bénéficient des cadres supérieurs d’entreprise. En Belgique, ces salariés vont et viennent, seuls au volant ; ils représentent plus d’un dixième de la circulation totale, polluent, favorisent les encombrements. Des pistes se dessinent pour rompre avec cette aberration.

 

Un droit au travail peu connu : celui des diplômés en Biélorussie (Loïc Ramirez) : Pour lutter contre le chômage des jeunes, la Biélorussie applique une recette plutôt atypique en Europe : son gouvernement garantit un premier emploi aux diplômés. Héritage de l’économie planifiée soviétique, cette institution fait partie d’un socle de droits auxquels la population reste attachée.

 

Un très bon dossier sur les retraites, la réforme de trop : « La couleur politique ne fait rien à l’affaire : les gouvernements successifs enchaînent les réformes des retraites, aggravant les régressions au point d’ouvrir toujours plus la porte aux fonds de pension. Il serait temps de reconsidérer complètement ce moment particulier de la vie. Et de repenser l’ensemble de la carrière, en apportant, par exemple, un salaire de base aux étudiants. En attendant, les salariés, dont le malaise au travail va grandissant, ne veulent pas reculer l’âge de leur départ, ni laisser leurs enfants sans droits. Ce rejet de l’individualisme suscite des manifestations durement réprimées qui entrent en résonance avec d’autres mobilisations dans le monde.

 

Pour Nicolas Castel et Bernard Friot, le statut des retraites est nommé désir : En dépit de toutes les attaques qu’il a subies depuis trois décennies, le régime de retraite français reste pensé comme un droit au salaire continué. Une logique qui mériterait d’être non seulement préservée, mais étendue.

 

On l’a oublié mais En 1951, l’Assemblée faillit adopter le salaire étudiant :
Comment remédier à la misère étudiante ? Après la guerre, des forces syndicales et associatives avaient fait émerger une idée aujourd’hui oubliée : salarier ces « jeunes travailleurs intellectuels ». (Aurélien Casta).

 

Hajar Alem et Nicolas Dot-Pouillard décortiquent les racines économiques du soulèvement libanais
Dans un contexte de grave crise économique, la population libanaise occupe les rues pour exiger de profondes réformes, ainsi que la fin du clientélisme et de la corruption des élites politiques. L’atonie de la croissance et la baisse des recettes en devises étrangères font courir au pays le risque d’une banqueroute.

 

Que ne ferait-on pas pour tout l’or du Sahel (Rémi Carayrol) : Équipés à peu de frais, des milliers d’hommes creusent le Sahara à la recherche d’or depuis la découverte de filons au Soudan, au Tchad, au Niger… Aussi récente que rapide, cette ruée a pris de court les États du Sahel, déjà déstabilisés par les mouvements djihadistes et les trafics en tout genre, notamment de drogue. Si l’orpaillage artisanal peut se révéler rapidement lucratif, il constitue aussi une activité dangereuse et précaire.


Aux Etats-Unis il est des vies plus précieuses que les autres : Quand quelqu’un subit un préjudice, la justice doit fixer le montant de l’indemnité qu’il recevra. Aux États-Unis, elle s’appuie pour cela sur des critères tels que son salaire, son espérance de vie… Les inégalités existant dans la société se répercutent mécaniquement sur les compensations, si bien qu’un notaire touchera plus qu’une infirmière, un Blanc qu’un Noir, un homme qu’une femme, etc. (Charlotte Recoquillon).

 

Qui décide vraiment au Mexique ?, demande Alberto Reygada :
Le président du Mexique, M. Andrés Manuel López Obrador, est entré en fonctions il y a un an, à la suite d’une victoire électorale écrasante. Si, depuis, Mexico a effectué un retour remarqué en matière de politique étrangère, la faiblesse de l’État, l’activisme des marchés financiers et un voisin américain particulièrement encombrant menacent les ambitions de l’équipe au pouvoir.

 

En Bolivie, la filière lithium est à l’encan (Maëlle Mariette) :
En octobre 2019, un coup d’État a renversé le président bolivien Evo Morales. Alors que le gouvernement de facto promet des élections pour le mois de mars, l’un des projets les plus ambitieux de l’ancien dirigeant semble d’ores et déjà enterré : permettre à la Bolivie de ne pas se contenter d’exporter le lithium dont elle est riche, mais d’en assurer elle-même l’industrialisation.

 

Un auteur de romans doit payer de sa personne :
Certains ingrédients sont indispensables à un succès éditorial rapide. Ainsi, l’auteur de romans doit mobiliser l’attention sur sa personne, tant par sa présence sur les réseaux sociaux et dans les médias que par le récit de ses chagrins et expériences, sur fond d’empathie, de transgression des limites, etc. Un spectacle bien rodé, souvent couronné par un prix littéraire. (Vincent Kaufmann).

 

Les riches sont génétiquement modifiés : La médecine génétique et les manipulations d’ADN suscitent de nombreuses craintes. Sitôt ces mots prononcés, certains imaginent des développements effrayants, à base d’expériences qui tournent mal, de créatures de Frankenstein, de mondes dominés par des surhommes génétiquement modifiés. Mais, en se projetant dans des scénarios aussi lointains, ne risque-t-on pas de passer à côté d’une menace immédiate et bien réelle ? Car, en modifiant notre conception de la maladie, la médecine génétique contribue au creusement des inégalités. (Laura Hercher)

Le Monde Diplomatique (236)
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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:30

 

 

Si je m’écoutais, cette rubrique serait sans fin. Je me contenterai de quelques exemples. Et l'on verra que, bien souvent, discours dominant oblige, ces mots nous viennent des Anglo-Ricains ou sont inspirés par leur idiome – et leurs travers.

 

Notre société devenant de plus en plus inégalitaire, nous avons désormais une école “à deux vitesses”. Marrant cette métaphore – fatiguée – sportive. Il y a donc une école pour les enfants de 90 Français sur 100 et une école pour une minorité de privilégiés, souvent l’enseignement privé, comme le collège de la Providence à Amiens qui forma le banquier éborgneur contre l’avis de sa chère grand-mère, pur produit de l’Ecole laïque et républicaine. Et, mieux encore, l’étranger : la Suisse, les Etats-Unis etc. Je  crois me souvenir que le premier ministre de l’Education nationale à avoir envoyé ses gosses dans le privé fut, dans les années soixante, Olivier Guichard, baron du gaullisme comme disait la presse servile, représentant d’une droite dure.

 

Victor Hugo en a parlé avec son génie créatif : la justice à deux vitesses est bien connue et il est inutile de s’y étendre. Dans les années 70, on parlait souvent de justice de classe. Cette expression a quasiment disparu de tous les médias. Et ce n’est pas parce que les magistrats sont davantage de sexe féminin et davantage issus de la petite bourgeoisie que quoi que ce soit a changé en la matière.

 

Désormais, on peut évoquer sans complexes, mieux sans tabous car elle existe réellement, la médecine à deux vitesses. Depuis trente ans, nos gouvernements successifs ont tout mis en œuvre pour rendre les soins de plus en plus inégalitaires. Outre-Manche, le Service National de Santé est massacré méthodiquement alors qu’il y a 50 ou 60 ans tous les soins étaient gratuits. Un des résultats de cette politique scandaleuse est qu’en un an 5 000 malades sont décédés au seuil des services d’urgence.

 

Ma génération se souvient de l’introduction vers 1970 des timbres à deux vitesses : les verts lents et les rouges rapides. Une fumisterie sans nom qui permit à l’entreprise, comme on dit désormais, de se libérer du carcan de la distribution du courrier selon J+1. Les directeurs de centres postaux donnaient l’ordre aux employés de retenir deux ou trois jours les lettres affranchies en vert. Ça faisait les pieds à ceux qui voulaient faire des économies. Le système s’est complexifié autant que celui des billets de train. On a aujourd’hui 36 vitesses pour la distribution du courrier.

 

Les mots chéris des médias et des politiques (1)
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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 06:23

 

Il y a quelques semaines, je me suis promené trois heures à Paris, du côté de Nation/Daumesnil, un quartier que je n’avais pas revu depuis une cinquantaine d’années.

 

Première surprise : la circulation automobile était à peine plus dense que ce qu’elle était il y a un demi siècle.

 

Deuxième surprise : l’air était moins pollué qu’à Lyon, ce qui, en soi, n’est pas un exploit.

 

Troisième surprise : sur les trottoirs, je n’ai pas croisé une seule trottinette électrique.

 

Á Lyon, le pouvoirs publics (municipalité et police) ont laissé les usagers des trottinettes électriques (sans parler des cyclistes, voire des motocycliste) dicter leur loi. C’est aux piétons, à qui, normalement, les trottoirs sont réservés, d’être sur le qui-vive, de s’effacer, d’éviter des engins qui peuvent atteindre 30km/heure.

 

Récemment, une jeune femme m’est arrivée droit devant sur son engin de mort, à environ 15m/heure (la tolérance est de 6 km/h). Il était clair, dans son esprit de danger public, que je devais faire un pas de côté. Comme je restai sur ma ligne, je vis clairement dans son regard quelque chose comme : il va se bouger, ce vieux con ! Hé bien non, je restai droit dans mes bottes.

 

Au dernier moment, elle fit un léger écart. Trop tard : nos épaules se heurtèrent. Elle valdingua à trois mètres en se cognant à un lampadaire. Elle eut certainement très mal.

 

Alors elle m’engueula : « vous ne pouviez pas vous bouger ? », demanda-t-elle furibarde et livide.

 

« C’est simple », lui répondis-je. « Si vous voulez vraiment savoir qui était dans son droit, on appelle les flics. Entre une jeune femme qui roule illégalement, à grande vitesse, sur un trottoir et un vieux de 72 ans qui se promène tranquillement à pied, vous êtes mal barrée. »

 

La foldingue s’en alla, tout en me balançant : « la prochaine fois, faites attention. » Je n’eux pas le temps de l’informer que Sartre avait écrit des pages merveilleuses sur la mauvaise foi.

 

Pour l’instant, la municipalité lyonnaise donne la faveur aux trottinettistes. Le groupe de pression des loueurs est puissant. En bonne logique marxiste, ces loueurs ne seront bientôt plus que deux, puis un qui aura les faveurs du maire.

 

Pour l’instant, comme les utilisateurs savent qu’ils font la loi, ils abandonnent leurs engins au gré de leur fantaisie, ce qui complique encore plus la vie des piétons.

 

Dans sa grande bonté, le capitalisme nous a promis des relations apaisées dans les villes. My foot...

 

 

Lyon : l’impérialisme des trottinettes électriques

 

Les trottinettes électriques, hoverboard et autres engins de déplacement personnel motorisés sont considérés par le Code des Assurances (L211-1) comme des véhicules terrestres à moteur et le conducteur doit obligatoirement être assuré, au même titre qu’un conducteur de voiture ou de moto, c’est-à-dire au minimum en responsabilité civile (au tiers).

 

L’absence d’assurance est passible d’une amende de 3 750 €.

 

En agglomération Obligation de circuler sur les pistes et bandes cyclables lorsqu’elles existent. À défaut, possibilité de rouler dans des rues où la vitesse maximale autorisée est inférieure ou égale à 50 km/h. Interdiction de rouler sur les trottoirs.

 

Hors agglomération : Sauf autorisation explicite, interdiction de circuler sur la chaussée. Seules les voies vertes et pistes cyclables sont autorisées.

 

L’équipement obligatoire : un éclairage avant et arrière, un frein, un avertisseur sonore, des dispositifs rétro-réfléchissants. La nuit ou quand la luminosité est faible, port obligatoire d’un vêtement ou équipement rétro-réfléchissant. Interdiction de porter des écouteurs ou un casque audio.

 

Même si le port du casque n’est pas obligatoire, il est chaudement recommandé, tout comme l’usage de gants.

 

La vitesse est limitée à 25 km/h (1.500 € d’amende si ce n’est pas le cas).

 

Les enfants de moins de 12 ans n’ont pas le droit de conduire ces nouveaux véhicules.

 

RIEN DE TOUT CELA N'EST RESPECTÉ Á LYON.

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 06:26

Le titre de l'article est de moi. J'avais hésité avec : “ Derrière le sourire forcé de Marie-Sophie Lacarrau : les banques ”.

 

J’ai suivi, ce 14 décembre, au journal télévisé de France 2 de 13 h, ce qui se disait des grèves contre la (soi-disant) réforme des retraites. Et j’ai beau y être habitué, j’ai quand même vu un grand moment de propagande télévisuelle.

 

Remarque 1. Le sujet des grèves et manifestations arrive en troisième position dans le journal. Mais il n’arrive pas après n’importe quoi. Les deux premiers sujets, en effet, sont intitulés d’une part "Les intempéries, dégâts et foyers privés d’électricité dans le Sud-Ouest", et, d’autre part, "La Défense : après avoir menacé des policiers à l’arme blanche, un homme est abattu".

 

Cette succession est tout sauf innocente. En effet, avant le sujet sur les grèves, qui ne va quasiment parler que de "la galère des usagers", on met le téléspectateur en condition avec les intempéries en présentant ses compatriotes atteints dans leurs conditions de vie : leurs voitures écrasées, leurs toits envolés, leur demeure privée d’électricité. Tout comme les usagers des transports tassés comme des anchois sur les quais des gares et dans les wagons du métro. On suggère ainsi (de façon peu discrète), et que les effets de la grève sont identiques à ceux des éléments, et que dans une période où les Français sont accablés par la Nature, il est très mal venu de leur infliger, en plus, des avanies pour préserver des revendications de "privilégiés"...

 

Même effet psychologique recherché avec l’homme menaçant de la Défense. On pourrait opérer une substitution de termes à termes avec la situation sociale et titrer le sujet : "La défense (indue) des privilèges : après avoir menacé les Français avec l’arme de la grève, les syndicalistes sont remis au pas par l’état d’urgence". Ainsi, quand, au bout de quelques minutes, la journaliste en arrive aux grèves, le téléspectateur est psychologiquement préparé pour regarder les grévistes d’un œil mauvais.

 

Remarque 2. Au début du journal, lorsque Marie-Sophie Lacarrau présente le sujet, elle prononce ces mots : "Neuvième jour de grève contre la réforme des retraites et des usagers épuisés. Scènes de cohue dans les transports. La vice-présidente des DRH alerte sur la fatiguedes salariés. Des médecins disent voir en consultation de plus en plus de travailleurs exténués.

 

A noter : la grève n’est pas présentée pour le maintien des principes des retraites découlant du programme du CNR de 1944, mais contre la réforme. Et ces deux prépositions ne sont pas choisies au hasard. "Contre" a une connotation négative, "pour" une connotation positive, comme le substantif "réforme" : quand on réforme quelque chose, c’est pour que ce quelque chose fonctionne mieux, qu’il s’adapte à de nouvelles conditions. Conclusion implicite : les grévistes sont pour le statu quo, pour la routine, contre le progrès. Pour le reste, le ton est donné : les journalistes adoptent résolument le point de vue des usagers. On n’entendra pas les grévistes...


Premier sujet de la grève. Qui commence ainsi : "Au bord de l’asphyxie, à perte de vue, les files de passagers s’étendent et progressent difficilement vers les quelques trains disponibles, aiguillés par les gilets verts, chargés de la régulation dans le métro parisien. Neuvième jour de perturbation, neuvième jour à jouer des coudes pendant de longues minutes ; pour certains voyageurs, la patience est à bout. [...] Le trafic est encore plus chaotique qu’à l’accoutumée à cause d’une tentative de suicide sur les voies. Partout l’énervement des usagers progresse, certains sont à bout de nerfs [Ici, la caméra saisit un passager qui vocifère]. Pagaille sur les rails mais aussi sur le bitume. Massés sur le trottoir dans l’espoir d’arriver à l’heure au travail et pour avoir un bus, on n’a pas le choix, il faut se lever aux aurores. [Ici, micro-trottoir avec deux femmes qui racontent leurs difficultés] La moitié des bus roule aujourd’hui en région parisienne. La moindre arrivée engendre la bousculade. Il se remplit en moins d’une minute mais pour se retrouver quelques mètres plus loin, pris dans les embouteillages. Même lassitude, chez les automobilistes. Beaucoup craignent désormais que la grève s’éternise à maintenant sept jours du coup d’envoi des vacances de Noël.

 

Remarque 3. Les mots soulignés en gras (asphyxie, difficilement, énervement, à bout de nerfs, lassitude, s’éternise...) sont là pour exciter le public contre les grévistes, diviser l’opinion, et, s’il le faut, justifier des mesures de force contre les grévistes : réquisitions, matraquages, prison, emploi de flash-balls, en bref, des mesures autoritaires qui seraient alors présentées comme nécessaires et salutaires.

 

Deuxième sujet de la grève. "Épuisés, bloqués plusieurs heures dans leur voiture, ou face à des métros bondés. Aller au travail est devenu désormais de plus en plus difficile pour ces usagers. Dans cette entreprise en banlieue parisienne, même si les salariés se sont organisés, la fatigue commence à peser. [Ici interview d’une salariée qui évoque sa vie de maman]. Pour la directrice des ressources humaines, c’est donc toute l’organisation de l’entreprise qu’il faut revoir. Des salariés plus stressés, plus fatigués, et qui, désormais sont aussi plus nombreux à poser des arrêts-maladie. C’est ce que remarque ce médecin depuis quelques jours. Des cabinets médicaux qui risquent de ne pas désemplir si la grève se poursuit."


Remarque 4. Les salariés – ou les actifs en général – sont présentés comme des victimes (épuisés, bloqués, fatigués, stressés, malades...) d’acteurs ou d’agents étrangers à eux et qui leur causent de multiples tourments pour des causes qui ne concernent que ces grévistes. A la façon des djihadistes, qui commettent des attentats parce qu’ils interprètent de façon délirante les préceptes d’une religion étrangère à la majorité des Français. Mais – suggère insidieusement le reportage – ne s’agit-il pas ici de la même chose ? En effet, qu’ont à voir les usagers "victimes" des grèves avec le programme du CNR et toutes ces vieilleries datant de plus de trois quarts de siècle ? Ne sommes-nous pas à l’ère d’Internet, de la globalisation et de la dématérialisation des tâches ? Or cette insinuation des journalistes est perverse : car en quoi les grévistes sont-ils étrangers aux usagers du métro ? Ne sont-ils pas, eux aussi, des salariés ? Et leur grève, si elle est victorieuse, ne profitera-t-elle pas à tout le monde, y compris à ceux qui, actuellement, pestent contre elle ?

 

Troisième sujet de la grève. La présentatrice commence ainsi : "Faut-il y voir une première victoire, pour l’exécutif, sur cette réforme des retraites. Hier soir les policiers ont suspendu leur mouvement de protestation, ils disent avoir obtenu des garanties de leur ministre Christophe Castaner ; ce matin c’est Jean-Michel Blanquer qui recevait, lui, les syndicats enseignants. Simon Ricottier, vous êtes sur place, le gouvernement cherche à déminer branche par branche et là, qu’en est-il sorti ? [Simon Ricottier : "Eh bien les syndicats enseignants attendaient du concret, dès aujourd’hui, dès cette première rencontre avec Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation. Ils ont discuté près de trois heures et les premiers sortis se disent plutôt satisfaits des échanges de ce matin, même si, eux aussi, attendent des garanties. Les promesses ont été réaffirmées, nous ont-ils dit, à savoir, notamment une sanctuarisation du niveau des pensions et une enveloppe conséquente qui sera consacrée aux revalorisations salariales à partir de 2021. Les syndicats attendent des précisions sur le montant de cette enveloppe et un calendrier un peu plus précis. En attendant, ils maintiennent l’appel à la manifestation du 17 décembre, car ils estiment qu’ils ne sont pas les seuls concernés par cette réforme des retraites"].

 

Remarque 5. Ce troisième sujet commence sur un ton triomphaliste (première victoire). Car qui dit "première victoire" sous-entend une deuxième, puis une troisième, puis une quatrième, jusqu’à la victoire définitive du gouvernement sur toute la ligne. Ce ton semble se confirmer par la suite (plutôt satisfaits). Mais, dès qu’on entre dans le concret, les syndicats, en revanche, ne se "satisfont plus" de bonnes paroles, ils veulent du concret. [Car le diable, on le sait, se cache dans les détails...]. Remarque incise : déminer branche par branche, cela veut dire distribuer des aumônes à droite et à gauche, des "pièces jaunes" à la Bernadette Chirac, pour faire cesser les criailleries des gueux, et une fois qu’on aura calmé les plus tendres, écraser les plus durs. Ce qui s’appelle "diviser pour régner"... Autre remarque incise sur laquelle les journalistes se gardent bien d’insister : l’appel à la grève que les syndicalistes lancent, précisément, par solidarité...


Quatrième sujet de la grève. Marie-Sophie Lacarrau reprend la parole : "Merci, Simon Ricottier. Et ce matin, un sondage pour France Info nous apprend que 6 Français sur 10 n’ont pas été convaincus par les annonces d’Édouard Philippe. Cela veut dire que 4 sur 10 le sont. Ces Français qui trouvent du sens à la réforme, on les entend peu. Marie-Candice Delouvrié et Olivier Combes sont allés à leur rencontre à Toulouse. "Beaucoup de retraités sur ce marché toulousain, mais aussi des actifs, plus ou moins proches de la retraite. La réforme pourrait-elle profiter à certains d’entre eux ? C’est l’espoir de cette agricultrice de 59 ans, encore en activité, elle accepte volontiers l’idée d’une retraite minimum à 1000 euros la concernant. [L’agricultrice : "C’est déjà bien parce que ce sera pratiquement doubler le montant de la retraite". Question : "Vous espérez y avoir accès, vous, en tant qu’agricultrice ?" Réponse : "Bien sûr, bien sûr, j’espère. On verra" Question : "Vous avez cotisé suffisamment ?" Réponse : "J’espère. Jamais assez pour avoir 1000 euros, c’est certain."] Reprise de parole de la journaliste : "Espoir aussi du côté des mères de famille, qui saluent la majoration des retraites, accordée dès le premier enfant. Question : "5 ¨% de majoration par enfant, c’est pas rien, quand même ?" Réponse : "Ah non, ah non, ah non ! C’est beaucoup, je crois que c’est normal, c’est bien". Reprise : "Quant à la création d’un âge-pivot, à 64 ans, pour toucher une pension sans décote, commerçants et clients n’y sont pas tous opposés". Une cliente : "Si on est dans un bureau, comme moi j’ai été, 64 ans, ça doit être possible, bien que moi, je me sois arrêtée à 62, mais bon, c’était parce que j’avais envie de m’arrêter, mais je pense que, derrière un bureau, c’est possible". Interview d’un commerçant : "J’ai 62 ans, j’ai commencé à travailler à 15 ans, regardez-moi, hein, tout va bien. Quand on fait quelque chose qui plaît, c’est que l’important, c’est ça, c’est d’expliquer aux gens que le travail est une vertu, qu’on peut se régaler au travail. Je comprends qu’il y ait des travaux qui sont compliqués. Mais si on se régale au boulot, à mon avis, l’âge de la retraite sera moins important." Ce commerçant comprend malgré tout que des exceptions puissent être faites pour les professions particulièrement pénibles, mais il reste convaincu, comme d’autres, de la nécessité d’une réforme et de la suppression de certains régimes spéciaux".

 

Quand Philippe Arnaud démontre que Marie-Sophie Lacarrau est vraiment un être malfaisant

 

Remarque 6. Cette remarque, liée à ce quatrième sujet, sera plus longue, car elle se subdivisera en plusieurs sous-remarques.

 

Sous-remarque 6.1. L’insistance sur le "4 Français sur 10" est destinée à donner du poids à ces 40 % d’opposants aux grèves et à relativiser les 60 % qui sont en faveur de ces mêmes grèves. Mais si ces 40 % sont si importants, pourquoi, plus tard dans le journal, Marie-Sophie Lacarrau insiste-t-elle autant sur la victoire de Boris Johnson au Royaume-Uni (il remporte haut la main), alors qu’il n’a recueilli, lui, que 43 % des suffrages exprimés ? Comment (en dehors des règles du scrutin majoritaire), ces 43 % au Royaume-Uni conféreraient-ils plus de légitimité à Johnson qu’aux les 60 % de Français qui se prononcent en faveur des grèves ?

 

Sous-remarque 6.2. Les Français qui sont pour les réformes donnent du sens aux réformes du gouvernement. Ce qui implique, corrélativement, que les opposants à ces réformes, eux, n’en donnent pas. Ils sont contre ces réformes par esprit de contradiction, parce qu’ils sont opposés, par principe, à tout ce que fait le gouvernement. Ils sont contre par haine de la nouveauté, par instinct, de façon animale, comme un chien qui montre les dents à un inconnu. Alors que les partisans des réformes, eux, réfléchissent.

 

Sous-remarque 6.3. "Ces Français qu’on entend peu", c’est la reprise, sous une autre forme, de la fameuse "majorité silencieuse" si prisée des gouvernements de droite, pas seulement parce qu’elle est majorité, mais surtout parce qu’elle est "silencieuse". C’est ce trait qui plaît aux politiciens, idéologues et journalistes de droite en ce qu’elle correspond à leur "sagesse" à courte vue, irriguée de proverbes du terroir et de "bon sens populaire". Du genre "Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien" et qui les conforte dans la croyance que la gauche n’est formée que de braillards improductifs, alors que la droite, elle, travaille en silence (pour nourrir les "parasites" de gauche...). 

 


Sous-remarque 6.4. L’agricultrice qui s’émerveille d’avoir une pension de 1000 euros, parce que cela représente le double de ce qu’elle escompte avoir à la retraite. Mais comment peut-on s’émerveiller d’une pension à 1000 euros, qui n’est même pas au niveau du SMIC ? Cette courte remarque illustre le mot selon lequel "au royaume des aveugles, les borgnes sont rois". Comment s’émerveiller d’une pension de 1000 euros, déjà prévue depuis 2003 - et jamais appliquée - mais qui ne serait accordée qu’à ceux qui auraient travaillé plus de 40 ans au SMIC sans interruption ? Mais comment, au cours de ces dernières décennies, peut-on n’avoir connu aucune période de chômage, surtout quand on a toujours été au SMIC ?

 

Sous-remarque 6.5. Lorsque la journaliste demande à une mère de famille "5 % de majoration par enfant dès le premier, ce n’est pas rien, quand même ?", elle sollicite honteusement une réponse positive, comme la dame patronnesse qui, ayant l’habitude de donner sa "pièce jaune" de 10 centimes au même mendiant, lui demande de se confondre en remerciements lorsqu’elle lui tend une pièce de 50 centimes : "Eh bien, mon ami, que dites-vous à votre bienfaitrice ?"

 

Sous-remarque 6.6. L’âge-pivot à 64 ans est ce que l’on appelle un "élément de langage", c’est-à-dire, dans la novlangue des communicants, un euphémisme destiné à camoufler une réalité désagréable. Quelle est cette réalité ? C’est que, sous couvert de maintenir l’âge officiel de départ à la retraite à 62 ans, en fait, on le fixe à 64 ans ! On dit aux gens : vous pouvez toujours partir à 62 ans, mais si vous le faites, vous allez sentir passer la décote ! Or, comme les retraites ne sont déjà pas bien généreuses quelle conclusion en tirent les futurs retraités : ils partent à 64 ans... On procède comme si on laissait un choix mais on pèse fortement dans un sens. Et après, dans quelques années, lorsqu’on aura constaté qu’une très grande majorité de salariés partent à 64 ans, on promulguera une loi qui fixera officiellement, cette fois, l’âge de départ à 64 ans. En attendant 65, 66, 67, 68... 70 ans.

 


Sous-remarque 6.7. Le commerçant reste convaincu, comme d’autres, de la suppression de certains régimes spéciaux. Ce "certain" est hypocrite et il l’est à deux titres :

 

- Il l’est d’abord en ce qu’en tant que déterminant, il est employé par euphémisme pour ne pas dire "des régimes spéciaux", c’est-à-dire du maximum de régimes spéciaux. Un peu comme lorsque la droite dit vouloir lutter contre l’immigration "clandestine", l’adjectif clandestine est de trop. En fait, elle est contre l’immigration tout court.

 

-  Il est ensuite hypocrite en ce que, en ne définissant pas les professions dont on supprimera les régimes spéciaux, il en vise en fait quelques-uns, qui suscitent la vindicte de la droite : ceux des cheminots, des conducteurs du métro, du RER, et, en général, de presque tous ceux des fonctionnaires ou assimilés.
 


Sous-remarque 6.8. Le commerçant qui dit que le travail est une vertu, qu’on se porte bien quand on fait ce que l’on aime, suit la même pente qu’Emmanuel Macron lorsqu’il s’est opposé à la notion de pénibilité du travail. Parce que, pour lui, le travail, étant émancipateur, ne peut être pénible. Apparemment Macron n’a aucune idée de ce que peut-être de nettoyer des dizaines de chambres d’un hôtel au pas de courses. Et ce n’est qu’un exemple parmi plusieurs milliers...


Je n’ai pas traité les quatre autres sujets liés à la grève, d’abord pour ne pas lasser les lecteurs, et, ensuite, parce que les journalistes s’y montraient moins outrageusement partiaux. Je relève seulement cette remarque dans le sujet sur l’impact économique de la grève, où une journaliste, se référant à la grève de 1995, dit que les conséquences de cette grève avaient été moins graves que prévu. D’abord parce que les consommateurs avaient reporté leurs achats, et, ensuite, parce qu’il y avait eu, par réaction, un rebond de l’activité économique au cours des mois suivants. France 2 voudrait encourager les grévistes à poursuivre leur mouvement qu’elle ne s’y prendrait pas autrement...

 

Je terminerai en relevant deux "éléments de langage" du gouvernement en contradiction l’un avec l’autre.

 

- D’un côté Macron feint de s’indigner que les Français protestent contre sa réforme des retraites alors que, dit-il, il avait clairement annoncé la couleur et donc qu’en votant pour lui, les Français avaient implicitement voté pour cette réforme. C’est oublier d’une part que le nombre de Français qui a voté pour lui au premier tour ne représente que 15 % du corps électoral et qu’au second tour les Français ont moins voté pour lui que voté contre Marine Le Pen. Mais c’est aussi passer sous silence qu’en 2017, cette réforme avait été présentée de façon très générale, très vague, et que, comme elle prétendait corriger des injustices, tout le monde pouvait imaginer y gagner.

 

- D’un autre côté, aujourd’hui, il feint aussi de s’indigner que les Français se révoltent avant que le Premier ministre en ai présenté le détail. Et de dire (sans voir la contradiction avec les propos précédents) qu’on ne peut condamner une réforme, par principe, sans la connaître. C’est là aussi méconnaître que, depuis 2017, beaucoup de détails ont fuité sur l’esprit et la philosophie de cette réforme et que les Français ont été édifiés par les autres décisions de Macron, qui composent un ensemble cohérent : suppression de l’ISF, démantèlement du Code du travail... Comment la réforme des retraites n’irait-elle pas dans le même sens ? Comment croire un président lorsque BlackRock, le plus gros fonds de pension américain, a table ouverte à l’Élysée ?

 

Philippe Arnaud

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 06:28

Le Parisien exprime son étonnement : « Le Haut-Commissaire est accusé de conflits d’intérêts dans le cadre de sa réforme pour avoir “oublié” de déclarer ses liens avec le secteur des assureurs, révèle Le Parisien ce dimanche 8 décembre. Si cet “oubli” pose questions, c’est parce que s’il y a une branche qui semble favorable à la réforme contestée, c’est bien celle des assurances. En octobre, le directeur général de l’assurance AG2R La mondiale reconnaissait qu’elle “ouvrait en effet des perspectives” pour les assureurs, sans entrer dans le détail. »

 

[Cette affaire a connu, depuis, des développements aussi savoureux que scandaleux]

 

Dans un long article publié par Res Publica, le professeur Gabuzomeu (un pseudo, n’en doutons pas) explique comment globaliser les luttes : « La lutte pour la défense des retraites associée à la date du 5 décembre 2019 s’ajoute à celle, engagée depuis de longs mois, pour la défense de l’hôpital public, qui est en plein effondrement du fait de l’insuffisance des moyens alloués à son fonctionnement et de son pourrissement de l’intérieur sous le coup des logiques de rentabilité, de concurrence et de management par objectifs chiffrés. Mais la mobilisation pour les retraites est aussi parallèle à celle des précaires contre la réforme de l’assurance-chômage entrée en vigueur au 1er novembre 2019. Cette réforme extrêmement violente, et dont l’état d’esprit est de punir les chômeurs, prévoit notamment une baisse de la durée d’indemnisation et une augmentation à six mois de la durée de travail nécessaire pour recharger ses droits. Enfin, une quatrième lutte sociale affleure à travers le pays dans les mêmes semaines : celle des étudiants contre la précarité et la misère, dont l’un des principaux ressorts est la destruction progressive du système d’aide au logement (APL) par les Caisses d’allocations familiales. »

 

Dans Le Grand Soir, Pierre Lévy hésite entre lucidité et angoisses : « La pensée macronienne est issue du croisement de deux déterminants contradictoires. D’un côté, la négation de la pertinence et de la viabilité politique des nations – un axiome qui ne conçoit l’avenir mondial qu’en termes de grands ensembles voués à confronter leurs influences respectives – bref, une logique d’empires. De l’autre, la prégnance de l’Histoire longue qui ne prédispose pas la France à une posture de vassalité alignée, à l’exception des périodes où elle est dirigée par des caniches de la taille politique de MM. Sarkozy ou Hollande.

Si l’on estime que l’avenir est à la coopération entre Etats indépendants et souverains, on ne choisira pas entre la pure Europe américaine des précédents hôtes de l’Elysée, et l’empire européen autonome rêvé par l’actuel. Pour l’heure l’actuel locataire de l’Élysée estime que l’Union européenne est « au bord du précipice ».

On attend donc avec impatience le prochain pas en avant. »

 

 

Tiré de mon blog. Lyon, ce matin 6 décembre, devant le lycée Ampère : le caudillisme quotidien du banquier éborgneur.

 

Une bonne cinquantaine de flics, pour beaucoup armés de LBD, ont dégagé des lycéens peu nombreux et non violents de l'entrée du Lycée. Un jeune a reçu un projectile de LBD dans la joue, ce qui a nécessité son évacuation par les pompiers. Il a recouvré son intégrité après une opération de plusieurs heures. Une jeune fille a été plaquée au sol sans raison, puis emmenée dans un car de flics où elle a été insultée et giflée avant d'être relâchée. On comprend la stratégie du caudillo banquier : terroriser, humilier pour que les citoyens, les jeunes en particulier, redoutent fortement d'aller manifester. Honte, naturellement, aux cognes qui mettent cela en pratique !

 

L'assaut des CRS a été globalement violent et a duré environ 45 minutes.

 

Un peu plus tard, je marche sur la rive gauche du Rhône quand, soudain, sur la rive droite, se font entendre des hurlements de sirènes de flics. 50 cars de police passent à toute allure sur la rive droite. 50 ! Dividendes et camions de CRS, le “ pognon dingue ” du banquier éborgneur.

 

J'ai raconté à mes enfants qu'il n'était pas toujours facile de manifester en mai 68. Mais :

 

- les matraques étaient moins dures que celles d'aujourd'hui qui vous cassent un avant-bras comme rien

 

- les lacrymos étaient beaucoup moins concentrées qu'aujourd'hui

 

- il n'y avait pas de LBD.

 

Seule point commun entre les deux époques : la jouissance barbare des cognes, en particulier contre des jeunes totalement inoffensifs car sans armes.

 

Revue de presse (302)
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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 06:35

Suite de l'article du banquier sur l'université dans Esprit.

 

Que faire ?

L’innovation et la recherche ne peuvent voir leur situation s’améliorer qu’à la condition de développer trois grands axes d’actions : mieux inciter la recherche privée ; développer les liens public-privé ; avoir une politique de recherche et d’enseignement supérieur plus efficace afin d’améliorer la recherche de base qui est indissociable de l’enseignement.

 

Simplifier et redéployer les aides de l’État à la recherche privée plutôt que les augmenter

La stagnation de l’intensité de recherche privée a été soulignée précédemment. Malgré l’ancienneté de ce phénomène, l’administration ne dispose pas d’évaluations comparatives permettant d’asseoir un diagnostic solide des causes de la faiblesse de la recherche privée.

 

La faiblesse de la recherche privée n’est pas liée à une trop faible intensité de la recherche au sein des entreprises existantes, mais à la spécialisation industrielle de la France dans les secteurs de faible technologie. L’industrie française possède des leaders mondiaux dans le ciment ou le verre, les secteurs de l’aéronautique, de l’agroalimentaire, du luxe, des équipements ferroviaires, mais peu d’entreprises au premier rang international dans les secteurs de haute technologie.

 

Le retard de la France et de l’Europe par rapport aux États-Unis ne serait pas dû à une trop faible spécialisation dans les secteurs technologiques, mais à une intensité moindre de recherche-développement concentrée essentiellement dans l’industrie des technologies de l’information et de la communication (Tic), dans les secteurs des services commerciaux et des prestations de services aux entreprises. L’industrie des Tic est le secteur le plus intense en recherche-développement aux États-Unis, avec 20% de la valeur ajoutée consacrée à la recherche-développement.

 

Ces éléments généraux de diagnostic doivent être complétés par les conclusions d’une étude de l’Ocde, qui avance que le niveau de recherche-développement privée obéit à deux séries de déterminants : l’une tient aux « conditions cadre » de l’économie (niveau de concurrence sur les marchés de produits, conditions macroéconomiques stables et faibles taux d’intérêt réels, existence de systèmes de financement efficaces, etc.), l’autre aux « politiques scientifiques » (accès au stock de connaissances étrangères, collaborations entre recherche publique et recherche privée, offre de ressources humaines pour la recherche, mesures fiscales en faveur de la recherche privée, etc.).

 

 

Pour la France, trois facteurs limitent le niveau de recherche-développement privée :

les faibles liens entre recherche publique et recherche privée. Toutes choses égales par ailleurs, ils font baisser l’intensité de recherche-développement privée en France de 13% par rapport à la moyenne de l’Ocde. Les collaborations public-privé jouent en revanche positivement pour le taux de recherche-développement privée du Royaume-Uni ;

la faible part des personnels de recherche-développement dans les entreprises par rapport à l’emploi total. Alors que le nombre de chercheurs dans les entreprises contribue positivement au taux de recherche-développement privée de l’Allemagne et des États-Unis, il fait baisser de 7% le taux français par rapport à la moyenne de l’Ocde, toutes choses égales par ailleurs ;

les réglementations qui limitent la concurrence sur les marchés de produits. Les faibles réglementations sur les marchés de produits contribuent positivement au taux de recherche privée en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. En France, l’indice de réglementation serait responsable d’un écart à la baisse de 6% du taux de recherche-développement privée par rapport à la moyenne de l’Ocde.

 

La distribution des financements publics directs ne reflète pas la contribution des différents secteurs à l’effort national de recherche-développement. En 2005, quatre branches se partagent ainsi 87% du financement public total alors qu’elles ne réalisent que 35% de la Dird (l’aéronautique et le spatial 47,4%; les instruments médicaux de précision et d’optique 15,9%; les équipements radio, télé et communication 14%; la fabrication de machine et d’équipement 14,4 %). Les industries automobile et pharmaceutique, les deux branches les plus intensives en recherche-développement, ne percevaient pour leur part que respectivement 0,6% et 1,4% du financement public.

 

La répartition par taille des financements publics illustre la prédominance des grandes entreprises (plus de 1 000 salariés) qui bénéficient de 81% des aides alors qu’elles réalisent 65% de la recherche-développement. A contrario, celles de moins de 1 000 salariés perçoivent 20 %, alors qu’elles regroupent 41% des effectifs de recherche-développement, ce phénomène touchant surtout les entreprises de 500 à 1 000 salariés (4% des financements pour 10% de l’effort de recherche). Selon le dernier tableau de bord de la science, de la technologie et de l’industrie de l’Ocde (2007), la France est avec les États-Unis et le Royaume-Uni, le pays qui finance le plus les grandes entreprises.

 

La réforme du crédit impôt recherche (Cir, qui consiste en la détermination du crédit en fonction du volume de la recherche et en un déplafonnement) renforcera massivement le financement par l’État de la recherche privée. Au total (mesures fiscales et aides directes), l’État prendra en charge, à terme, près de 25% de la dépense privée, soit environ le double de la moyenne de l’Ocde. Cette réforme présente l’avantage de rééquilibrer le soutien public entre secteurs en tenant compte de leur contribution effective à l’effort de recherche-développement. Mais dans le même temps, elle profitera surtout aux grandes entreprises et renforcera la concentration des crédits en leur faveur.

 

Même si l’on peut penser qu’elle contribuera également à renforcer l’attractivité du territoire pour le maintien ou l’implantation de centres de recherche, son coût important pour les finances publiques, plus de 3 milliards d’euros en régime permanent, conduit néanmoins à s’interroger sur le dimensionnement de cette mesure et sur son articulation avec le volume des aides directes. Elle semble plutôt s’intégrer dans une politique globale de baisse de la pression fiscale des entreprises. 

 

Au risque de paraître iconoclaste, il est légitime tout d’abord de se demander si l’objectif de Lisbonne (3% pour l’intensité globale de recherche-développement dont 2% du Pib pour les entreprises) constitue une référence commune réaliste pour des pays européens dont la taille, les spécificités et la spécialisation industrielle sont très diverses. 

 

Pour des pays comme la France, le Royaume-Uni et l’Italie, il est évident que, même à dix ans, cet objectif est hors de portée. Un calcul simple montre que pour porter à cet horizon l’intensité de recherche-développement privée en France à 2 %, il faudrait un rythme de croissance de la recherche-développement financée par les entreprises de plus de 10% – soit un quasi-triplement du rythme observé sur la période 1992-2005.

 

En raison de l’internationalisation de leur activité, beaucoup d’entreprises n’envisagent au mieux qu’un maintien au niveau actuel de leur capacité de recherche en France, le développement s’effectuant au plus près des marchés en forte croissance. L’externalisation croissante de leurs activités de recherche les amène à nouer des liens de long terme avec les meilleurs centres de recherche au niveau mondial. La qualité de la recherche publique et sa disponibilité sont des atouts essentiels qu’il est indispensable de valoriser.

 

Les pôles de compétitivité, lancés fin novembre 2004, ont été conçus pour leur part afin de renforcer la compétitivité en développant des dynamiques régionales d’innovation autour de clustersà la française. Chaque pôle a créé un support unique pour regrouper les crédits de soutien à la recherche-développement, des différents financeurs, mais chaque financement est instruit selon chaque procédure spécifique.

 

À l’image de l’organisation adoptée par beaucoup de pays, le dispositif de financement gagnerait à s’organiser autour de deux pôles : l’Anr, qui financerait la recherche fondamentale des laboratoires, et une agence de l’innovation technologique en charge du financement des entreprises et de la recherche collaborative. La fusion d’Oseo et de l’Aii pourrait fournir l’ossature de cette nouvelle agence. Le champ de l’agence ne devrait d’ailleurs pas se limiter au seul financement de la recherche privée, surtout si son axe prioritaire est le développement des entreprises moyennes. L’efficacité de cette politique commanderait de mettre à la disposition de l’agence les leviers essentiels de l’innovation que sont : les aides publiques à la recherche et à l’innovation, les garanties, les synergies avec les dispositifs de soutien au capital-risque qui ont été développés par la Caisse des dépôts et consignations (Cdc Entreprises). L’autre avantage de ce schéma serait d’instituer une séparation claire entre les instances de décision sur les politiques publiques et les structures en charge de leur exécution.

 

Améliorer les liens entre recherche publique et recherche privée pour de meilleures retombées économiques

Les projets communs entre laboratoires publics et entreprises doivent être facilités, en particulier en faisant émerger de nouveaux centres d’excellence en fédérant et en renforçant les laboratoires de recherche technologique existants. Il est proposé de faire émerger des sites leader en matière de propriété intellectuelle et de création d’entreprises, et dans chacun de ces sites de mettre en place des offices mutualisés de transfert de technologie professionnalisés et ayant atteint la taille critique nécessaire. 

 

P. Llerena et M. Sylos-Labini soutiennent que la recherche fondamentale décroche en qualité dans certains secteurs par rapport à son homologue américain et affiche une productivité apparente plus faible que celles de l’Allemagne et du Royaume-Uni. D’après ces auteurs, la réponse européenne et française en matière de valorisation devrait passer prioritairement par l’amélioration de la qualité de la recherche de base, fondée sur le modèle d’open-science. Même si ces analyses peuvent être contestées, elles ont le mérite de rappeler que la bonne recherche fait la bonne valorisation.

 

Ce lien est reconnu de longue date dans beaucoup d’établissements étrangers parmi la promotion de l’excellence scientifique et la valorisation des connaissances constituent les deux facettes d’une même politique. Nombre de directeurs d’offices universitaires de transfert de technologie mettent ainsi en exergue, comme au Mit, leur rattachement au vice-président chargé de la recherche. Les études économétriques, toutes de source américaine, confirment cette relation. C’est ainsi que la qualité, mesurée par le classement du National Research Council américain des départements universitaires délivrant des thèses, est un élément significatif d’explication des montants des redevances de brevets perçus par ces établissements.

 

Bien que ces questions fassent toujours l’objet de discussions au sein de la communauté scientifique, les études économiques tendent à infirmer la plupart des craintes exprimées. Les collaborations de recherche entre les entreprises et les laboratoires publics ne poussent pas nécessairement ces derniers vers davantage de recherche appliquée. Au contraire, des laboratoires engagés dans la valorisation sont à l’origine de plus de publications dans les revues orientées vers la recherche de base. En outre, la protection de la propriété intellectuelle des inventions de la recherche publique permet aux entreprises d’investir dans des développements coûteux et risqués, dont certains n’auraient pas lieu en l’absence de protection.

 

Réorganiser la recherche et l’enseignement supérieur pour accroître les performances académiques

Il est difficile aujourd’hui de soutenir que la spécificité du modèle français n’est pas un obstacle à son rayonnement international. De plus, la France connaît une érosion de ses positions scientifiques. Celle-ci, mesurée à travers le nombre de publications comme le nombre de citations, se vérifie dans la plupart des domaines aussi bien à l’échelle mondiale qu’à l’échelle européenne. 

 

La priorité est donc aujourd’hui de s’organiser afin de mettre en place un système d’enseignement supérieur et de recherche performant permettant de remédier à cette situation. Cette politique passe par deux priorités : faire émerger des universités aptes à affronter la compétition internationale, financées de manière significative et fonctionnant en s’appuyant sur un dispositif adapté alliant autonomie et évaluation ; redonner de la souplesse à l’organisation et au financement de la recherche publique en s’attachant à définir des priorités et à articuler l’appareil de recherche autour de projets plutôt que des structures.

 

Une dizaine d’universités autonomes, bien financées, bien évaluées

Les exemples étrangers témoignent du rôle fondamental que joue l’enseignement supérieur dans les performances de recherche et la valorisation. Les grandes universités européennes qui ont réussi dans ce domaine présentent des caractéristiques communes : une masse critique en matière de recherche et un champ scientifique pluridisciplinaire ; des règles de gouvernance qui leur donnent la capacité de définir leur propre stratégie, notamment leur politique scientifique ; l’autonomie dans la définition et l’exécution de leur politique de recrutement ; ce qui leur permet d’attirer les meilleurs enseignants ; le libre choix de leurs étudiants ; un cadre de gestion souple et des instruments de pilotage efficaces.

 

Des choix courageux doivent donc être effectués pour faire évoluer rapidement le système français et susciter l’émergence d’une dizaine d’universités de recherche compétitives au niveau mondial dotées de l’autonomie et d’un mode de gouvernance analogue à ceux de leurs concurrentes étrangères. Prenant conscience de son retard, l’Allemagne a affiché clairement une politique de sélectivité et d’excellence.

 

Le travail récent mené dans le cadre du centre Bruegel ne montre pas autre chose, qui met en évidence que les universités européennes souffrent d’une faible gouvernance et d’une autonomie insuffisante. Plus encore, les corrélations établies par cette même étude soulignent que la performance en matière de recherche d’une université est améliorée par une autonomie accrue. Enfin, confortant les constats précédemment établis, cette même étude montre l’existence d’un lien positif entre le budget par étudiant et la performance en matière de recherche. En effet, les trois facteurs déterminants sur les performances (tant en termes de recherche que de formation pour une université) sont l’âge, la taille et le budget. Viennent ensuite d’autres facteurs liés à la gouvernance au premier rang desquels l’autonomie budgétaire.

 

L’autonomie est un levier – d’incitation déterminant aussi – dans la mesure où elle responsabilise les acteurs locaux en leur octroyant un budget et en les intéressant aux performances obtenues. Aussi l’autonomie doit-elle à terme aller plus loin que la loi du 10 août ne l’a prévu. En effet, il importe que l’embauche, la gestion des personnels et des carrières comme la sélection des étudiants puissent être faites par les universités. Une plus grande autonomie n’a de sens que si elle s’accompagne d’une évaluation plus exigeante et conduite au niveau national voire international. C’est la condition pour éviter le clientélisme. L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aéres), dont le fonctionnement est régi par le décret 2006-1334 du 3 novembre 2006, est chargée de procéder à l’évaluation des établissements, des unités de recherche et des formations supérieures. C’est cette agence qui devrait être le principal outil de l’évaluation des universités.

 

Il importe ainsi que dans son application la loi du 10 août 2007 mette en œuvre et fasse vivre un système d’évaluation pertinent. Les universités doivent être jugées tout à la fois sur leurs performances en matière de recherche (publications et impact), de valorisation (brevets, contrats, créations d’entreprises) et de formation. Sur ce dernier point, il importe qu’une évaluation des structures, des formations comme des enseignants puisse être mise en place, qui sanctionne les performances de chacun. Cette évaluation devrait pouvoir prendre en compte la réussite des étudiants mais aussi leur capacité à entrer sur le marché du travail, leur employabilité.

 

Les principaux pays de l’onde ont introduit depuis de nombreuses années des mécanismes de concurrence pour promouvoir l’excellence des laboratoires. L’émulation entre les établissements a été renforcée par les règles qui lient l’attribution des ressources à l’évaluation des performances scientifiques. Ces procédures ont entraîné un classement explicite des établissements et une concentration des moyens sur les équipes les plus reconnues. Aussi l’évaluation des universités selon des critères de recherche, de réussite aux examens, d’employabilité aurait, elle, vocation à être rendue publique afin de susciter une compétition entre établissements. Outre cette publicité, il importera aussi que l’allocation des moyens dédiés aux universités prenne en compte ces évaluations dans le cadre d’une dotation à la performance.

 

Si le caractère élitiste des grandes écoles fait l’objet d’un large consensus, l’idée de différencier les universités suscite plus de remous. La logique d’aménagement du territoire, qui a parfois prévalu, a conduit à une dispersion des moyens qu’on retrouve également dans le trop grand nombre de pôles de compétitivité labellisés. Il faut réaffirmer avec force que l’enseignement supérieur et la recherche n’ont pas vocation à être le levier d’une politique d’aménagement du territoire, même si un maillage territorial au niveau de la licence demeure indispensable.

 

Ceci conduit à revoir deux coupures profondes qui structurent le système français et contrarient cet enrichissement mutuel. D’abord, la coupure entre universités et grandes écoles prive aujourd’hui les universités des meilleurs étudiants. Il importe sur ce point, comme cela est évoqué depuis de trop nombreuses années, de rapprocher universités et grandes écoles. Un premier pas pourrait être franchi en regroupant les écoles de premier rang dans un Mit à la française qui leur donnerait une véritable visibilité internationale et une taille suffisante pour développer des collaborations de recherche avec les universités et la mobilité des étudiants et des enseignants.

 

Les pôles de recherche et d’enseignement supérieur ont été également l’occasion de rapprochements (comme à Paris-Est) entre grandes écoles et universités. Il importe d’aller plus loin en rapprochant par exemple les classes préparatoires de l’université. Ce rapprochement est décisif afin de conforter la place des universités dans le dispositif de formation.

 

La coupure entre enseignement supérieur et recherche est elle aussi problématique. La différence de statut entre chercheurs et enseignants-chercheurs comme le cloisonnement entre organismes de recherche et universités ne fait plus vraiment sens. Ainsi, le lien entre recherche et enseignement supérieur est-il déterminant car il assure le statut même des unités mixtes de recherche, composées de personnels enseignants-chercheurs relevant des universités et de personnels chercheurs relevant des organismes. Si la logique de l’autonomie est conduite à son terme, les unités mixtes de recherche devraient relever entièrement de l’université. Ceci devrait progressivement conduire à revoir le statut des personnels travaillant dans ces unités, plus rien ne justifiant la dualité d’aujourd’hui.

 

En d’autres termes, des laboratoires propres à chaque organisme de recherche demeurent parfaitement légitimes mais les unités mixtes de recherche devraient avoir vocation à intégrer l’université tandis que les chercheurs qui y travaillent seraient associés aux charges d’enseignement de l’établissement.

 

Enfin, il importe de souligner que les universités, quand bien même elles seraient autonomes et évaluées, n’ont pas vocation à piloter la recherche française. Les axes stratégiques doivent être définis au niveau du ministère voire de l’Union européenne et les grandes actions structurées par les organismes de recherche. Toutefois, les principaux campus (associant universités, grandes écoles, laboratoires, Iut, etc.) devraient progressivement pouvoir jouer un rôle décisif en matière de recherche.

 

 

 

Le banquier éborgneur et la recherche universitaire (II)

 

Organiser la recherche autour des projets et non pas des structures

Le deuxième axe de la politique proposée s’appuie sur une transformation significative du mode de financement de la recherche fondamentale. La recherche française est déjà largement financée sur fonds publics récurrents tandis que le financement par projet demeure limité. Le système actuel de financement des structures restreint les marges de manœuvre du ministère de la Recherche pour redéployer les moyens entre champs disciplinaires et entre équipes.

 

Tout d’abord, la recherche française a l’ambition de couvrir tout le champ disciplinaire (certains observateurs parlent d’un modèle américain à échelle réduite). L’affectation des moyens budgétaires n’échappe pas à une dispersion sur un grand nombre de laboratoires, parfois de taille insuffisante, et le redéploiement des crédits entre unité et secteurs scientifiques reste très limité. C’est ainsi que la Cour des comptes et l’Igf ont mis en évidence que les effectifs des départements scientifiques du Cnrs étaient restés constants au pourcentage près depuis dix ans. La faiblesse du financement sur projets ne permettait pas jusqu’à présent de différencier de façon significative les équipes en fonction de leur performance scientifique. Enfin, la masse salariale représente une part de plus en plus importante du budget des organismes au détriment du fonctionnement et de l’investissement.

 

Rigidités, absence de choix stratégique de la tutelle, financement des structures plutôt que des projets : autant de freins au dynamisme de la recherche publique française. Il importe donc que la recherche soit davantage financée par projet à l’image de ce qui ce pratique partout à l’étranger. Même si dans certains domaines le temps long est requis, la recherche ne peut être organisée tout entière sur le modèle de la recherche libre. La vie de la recherche est une vie de projets même si les organismes de recherche doivent conserver des unités propres qui poursuivent une recherche fondamentale orientée sur des axes stratégiques de long terme. Mais il faut permettre à des enseignants-chercheurs, une fois leurs projets retenus, d’obtenir des financements importants, des moyens humains supplémentaires et éventuellement la capacité de racheter des heures d’enseignement.

 

La montée en puissance de l’Anr ne doit cependant pas conduire à promouvoir un modèle uniforme. Il importe de conserver des unités de chercheurs à temps plein, de mettre en place des statuts de chercheurs pour des durées données de quatre à douze ans par exemple et avec des postes permanents pour les directeurs, sur le modèle de ce que fait le Max Planck en Allemagne. Toutefois il est indispensable, pour développer les incitations et la performance dans le système de recherche français, de promouvoir une organisation de la recherche davantage pilotée sur la base d’un financement par projet.

 

La compétitivité française d’aujourd’hui et plus encore de demain passe donc par une réforme en profondeur des politiques d’innovation et de recherche. Le défi présent est de concevoir à nouveau le système de recherche qui s’est structuré autour d’organismes ad hoc au cours du XXe siècle et qui, après avoir fait notre réussite, est en passe de devenir un handicap.

 

Emmanuel Macron et Henri Guillaume

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13 décembre 2019 5 13 /12 /décembre /2019 06:21

 

En 2007, le banquier (et Henri Guillaume) confiait à la revue Esprit leurs vues quant à la recherche universitaire. Inspecteur général des Finances, Henri Guillaume fut “ correspondant ” au sein de l'IGF du ministère de l'Enseignement supérieur et conseiller du Premier ministre terre Mauroy de 1981 à 1984.

 

Ci-dessous, de larges extraits. Dans le texte, le gras des mots est le mien :

 

Si la France soutient sa recherche de manière assez analogue à ses principaux partenaires, elle se distingue par le maigre profit qu’elle en retire. Pour lutter contre la relative dégradation de sa capacité d’innovation, il ne suffit pas d’en appeler à un surcroît de financement public. En effet, la particularité française réside dans la faiblesse de sa recherche privée. C’est donc sur l’organisation générale de la recherche et sur les liens entre le public et le privé qu’il faut s’interroger.

 

Si l’on attend toujours du monde académique qu’il forme les esprits et qu’il nourrisse le progrès des connaissances, il reçoit désormais un surcroît d’attention en raison de la prise de conscience du rôle du capital humain  de l’innovation technologique comme facteurs clés de la réussite d’une économie dans le monde contemporain.

 

Mais toutes les comparaisons internationales suggèrent que l’une des principales faiblesses de notre économie réside dans un système d’innovation et de recherche moins dynamique que celui de nos principaux concurrents, ce qui pèse sur notre potentiel de croissance à moyen terme.

 

Il est avant tout important de distinguer recherche et innovation. Afin de faire face à la compétition internationale, il importe de repenser les politiques publiques dans ce domaine selon trois axes forts : redéployer les aides et incitations à la recherche privée en particulier vers les petites et moyennes entreprises (Pme), améliorer et accroître les liens entre recherche publique et acteurs privés, enfin et surtout réorganiser la recherche publique et l’enseignement supérieur afin d’accroître l’autonomie, les incitations et l’évaluation des acteurs.

 

La politique de l’innovation ne se réduit pas au soutien public à la recherche

En France, le débat sur la recherche et l’innovation est souvent confus car il identifie trop facilement ces deux notions. En schématisant, on peut considérer que le processus d’innovation technologique compte quatre étapes : la recherche fondamentale, la recherche technologique de base, le développement préindustriel, le lancement industriel et commercial. La recherche technologique constitue le maillon indispensable entre la recherche académique dont elle utilise les résultats et le développement industriel. Elle vise à montrer qu’une nouvelle idée peut faire l’objet d’un développement technologique et à déclencher des applications. Sa faiblesse relative en France est très pénalisante pour la valorisation de la recherche publique.

 

L’innovation est l’un des moteurs les plus puissants du dynamisme de l’économie de marché, qu’il s’agisse des innovations de procédés (qui, par la mise au point de nouvelles méthodes de production, améliorent de façon significative la productivité des entreprises) ou des innovations de produits (qui, par la mise sur le marché de produits ou de services nouveaux, permettent aux entreprises d’accélérer le développement de leur chiffre d’affaires et de se procurer un avantage concurrentiel). L’innovation est donc avant tout un mécanisme économique et non scientifique. Comme pour tout investissement, sa raison d’être demeure la rentabilité la conquête d’un marché solvable.

 

Enfin, les dépenses d’innovation sont loin de se limiter aux seuls investissements de recherche-développement. On inclut ainsi dans ces dépenses l’acquisition d’équipements de haute technologie, les achats de brevets, les frais de licence, les coûts d’acquisition de savoirs extérieurs, la formation et l’essai de produits. Dans une conception plus extensive, il serait concevable de leur ajouter les dépenses d’industrialisation et de commercialisation des nouveaux produits qui sont souvent d’un ordre de grandeur dix fois plus élevé que les seules dépenses de recherche-développement. Les seuls crédits d’intervention de l’État sont donc loin d’assurer le financement de l’innovation qui repose sur la mobilisation de capitaux privés importants, notamment en fonds propres.

 

Néanmoins au plan macroéconomique, l’intensité de la recherche privée par rapport au produit intérieur brut (Pib) est généralement considérée comme un indicateur pertinent de la capacité d’innovation d’un pays. À titre d’exemple, une étude récente de l’Ocde estime qu’un accroissement durable de 0,1% du Pib de l’intensité de recherche-développement privée se traduirait à long terme, en moyenne pour la zone, par une hausse d’environ 1,2% du Pib par tête.

 

La mondialisation de l’économie a renforcé l’importance stratégique de cet effet de levier. L’externalisation de la recherche vers les laboratoires académiques [sic] est parfois décisive pour les Pme qui ne disposent pas de capacités suffisantes en interne. Les ruptures technologiques sont de plus en plus issues de la recherche fondamentale menée dans les laboratoires publics, alors que les travaux de développement des entreprises visent surtout l’amélioration des technologies existantes. Il est donc vital pour ces dernières d’accéder dans les meilleures conditions à ces connaissances fondamentales.

 

Nul ne conteste que le progrès des connaissances issues de la recherche publique et de l’enseignement supérieur soit un investissement fondamental pour l’avenir de notre économie et de notre société. Mais il serait simpliste d’accréditer dans l’opinion l’idée qu’un accroissement massif de ses crédits entraînerait automatiquement des retombées importantes pour la croissance et l’emploi à moyen terme. Comme le montrent les meilleures pratiques étrangères, c’est l’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur ainsi que la qualité du couplage entre les entreprises et la recherche publique qui sont déterminantes pour l’innovation à cet horizon.

Innovation et recherche : le recul français

Périodiquement, l’Ocde établit un classement des performances nationales en matière d’innovation. Il situe la France à un niveau intermédiaire, assez loin derrière les pays scandinaves, le Japon, les États-Unis, l’Allemagne et la Suisse. La France occupe une médiocre 10e place au sein de l’Europe (8e dans l’Union européenne et derrière la Suisse et l’Islande). Tendance plus inquiétante encore : cette performance globale se dégrade depuis cinq ans par rapport à la moyenne de l’Union européenne et de façon plus marquée par rapport à l’Allemagne.

 

Le nombre de brevets déposés par les acteurs publics et privés constitue, malgré ses limites, un indicateur de référence pour évaluer la position technologique d’un pays. À cette aune, la France perd aussi du terrain. Les parts mondiales de demandes de brevets américains et européens d’origine française sont en baisse constante depuis 1988. Rapporté non plus à l’ensemble des demandes mondiales, mais seulement aux demandes des pays européens, le nombre de brevets d’origine française décline également depuis 1992.

 

Ce constat est confirmé par les données de l’Ocde centrées pour leur part sur les brevets triadiques. La France se place toujours au 4e rang derrière les États-Unis, le Japon et l’Allemagne. Cependant, de 1996 à 2002, sa part a baissé de 13%, tandis que celle de l’Allemagne restait stable et celle des États-Unis augmentait de 7 %.

 

Plus récemment, le Conseil européen de mars 2000 a assigné à l’Union européenne l’objectif de combler son retard en matière d’innovation par rapport aux États-Unis et au Japon, en devenant en 2010 l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde. L’agenda de Lisbonne a défini à cet effet un ensemble de mesures ciblées formant une stratégie de stimulation à moyen terme de l’innovation.

 

La cible quantitative la plus emblématique était de porter à cette échéance l’effort d’investissement consacré à la recherche-développement à 3% du Pib ; le Conseil européen de Barcelone précisant par la suite que la priorité devait être donnée aux investissements privés (2% du Pib).

 

Malheureusement, ces conditions cadres ne sont pas réunies aujourd’hui en France. La perte de compétitivité du système national d’innovation est liée à l’existence d’handicaps structurels déjà anciens, mais que notre pays n’a toujours pas réussi à surmonter. Le diagnostic sur deux d’entre eux méritent d’être approfondi : l’insuffisance de la recherche des entreprises, les liens trop faibles entre la recherche académique [sic] et le secteur privé.

 

La recherche des entreprises demeure largement insuffisante en France

La dépense intérieure de recherche-développement (Dird) financée par les entreprises se situe en 2005 au même niveau qu’en 1995, soit de l’ordre de 1,2% du Pib. L’effort des entreprises françaises stagne sur longue période, alors que dans le même temps son intensité augmente dans les autres pays.

 

La recherche-développement privée est concentrée principalement sur quatre secteurs qui représentaient, en 2005, 53% de la dépense intérieure de recherche-développement des entreprises implantées sur le territoire national, contre 47% en 1992 : l’industrie automobile (15,5 %), la pharmacie (13,6 %), la fabrication d’équipements de radio, de télévision et de communication (12,7%), la construction aéronautique et spatiale (11,5 %). L’aéronautique, première branche de recherche jusqu’en 1997, est aujourd’hui en quatrième position.

 

Le tableau de bord de l’Ocde 2005, fondé sur des statistiques 2002, montre que la part de la recherche-développement dans les entreprises de plus de 250 salariés en France est analogue à celle des États-Unis et inférieure à celle de l’Allemagne et du Japon, alors que la part des entreprises de moins de cinquante salariés chez nous est supérieure à celle de l’Allemagne, du Japon et des États-Unis.

 

Avec 7,7 chercheurs et 13,9 personnels de recherche-développement pour 1 000 emplois, la France se situe dans la moyenne de l’Union européenne, au-dessus de l’Allemagne, mais loin derrière les pays scandinaves et les États-Unis. Au cours des dix dernières années, la part des chercheurs dans l’emploi total a augmenté au même rythme que la moyenne de l’Union européenne et des États-Unis (+ 16% de chercheurs pour mille emplois), mais plus rapidement qu’en Allemagne ou au Japon. Les effectifs de l’ensemble du personnel de recherche-développement sont restés stables.

La France se différencie surtout des pays dans lesquels la recherche-développement privée est la plus élevée par la part plus faible des chercheurs en entreprises (52% en 2003 contre 86% aux États-Unis, 68% au Japon, 60% en Allemagne). Cette caractéristique est une limite importante à la capacité d’absorption par l’économie des flux de connaissances produits en France et à l’étranger. Les analyses de l’Ocde montrent en effet que si le niveau de la Dird est fortement influencé par le stock de connaissances accumulées à l’extérieur, il est indispensable de disposer des compétences pour les absorber et pour les exploiter avec profit.

 

Alors que l’emploi de doctorants, de docteurs ou de chercheurs en cours d’activité est considéré à l’étranger comme le mode principal de transfert de technologie, le recours par les entreprises françaises aux docteurs et aux chercheurs issus de la filière universitaire demeure faible et a même tendance à décroître sur la période 2001-2004.

 

Les retombées socio-économiques de la recherche publique demeurent insuffisantes

Malgré les mesures prises depuis la loi sur l’innovation et la recherche de 1999, la valorisation de la recherche n’a pas progressé significativement en France et n’a pas su combler l’écart par rapport aux pays les plus performants. Certes, le tableau d’ensemble ne doit pas être noirci à l’extrême. Depuis 1998, la situation a évolué : d’un côté, des progrès ont été accomplis, dans le sens d’une meilleure sensibilisation des organismes et des chercheurs aux opportunités offertes par le développement de collaborations plus étroites avec les entreprises. Une dynamique s’est mise en place, comme l’attestent l’accroissement continu du nombre de brevets déposés par les personnes publiques ou l’augmentation des créations d’entreprises issues des laboratoires publics. La valorisation, longtemps considérée comme suspecte dans le monde scientifique français, devient progressivement un élément favorable dans l’évaluation individuelle des chercheurs. Enfin, des laboratoires associant des équipes de chercheurs publics et privés voient le jour, en particulier dans les grands organismes de recherche comme le Cnrs, le Cea ou l’Inria et dans certaines écoles d’ingénieurs.

 

Le volume des contrats effectués pour le compte des entreprises par la recherche publique n’a pas connu d’augmentation depuis 1992 et tend même à diminuer en valeur réelle. Cette faiblesse est particulièrement marquée pour la recherche académique [sic] (enseignement supérieur et Cnrs). La part des contrats des entreprises dans son financement stagne depuis 1995 au niveau de 2,7 %, alors qu’elle est passée de 8% à 13% en Allemagne sur la même période. Sur vingt et un pays répertoriés par l’Ocde en 2003, seuls trois d’entre eux (le Portugal, la République tchèque et la République slovaque) obtiennent des résultats inférieurs à la France.

 

Une perte progressive de compétitivité de la recherche française se dessine dans le cadre européen : sur les trois premières années du sixième programme cadre de recherche-développement, les laboratoires français ont perçu annuellement 180 millions d’euros de moins que les laboratoires publics allemands et 78 millions d’euros de moins que les laboratoires britanniques. En revanche, les laboratoires communs, qui sont un mode privilégié de transfert de technologie avec les entreprises, sont plus nombreux depuis deux ans. Malheureusement, leur évaluation n’est pas réalisable, car ils ne font l’objet d’aucun suivi spécifique, ni de la part du ministère de la Recherche, ni des organismes concernés.

 

Les revenus de propriété intellectuelle sont en baisse sur les dernières années, autour de 1% de la dépense de recherche, phénomène révélateur d’une stagnation du transfert de technologie de la recherche publique vers le tissu socioéconomique. Le ratio est proche de 3% pour les universités américaines et de 5% pour les institutions européennes les plus performantes. Ces revenus sont également très concentrés : le Cnrs, le Cea et l’institut Pasteur représentent près de 90% des revenus nationaux. Cette situation révèle des degrés divers de maturité des stratégies de propriété intellectuelle.

Ces facteurs de succès ne sont pas réunis dans la plupart des autres établissements, y compris au Cnrs, où la gestion de la propriété intellectuelle est peu pilotée et repose sur des intervenants nombreux et éloignés des laboratoires de recherche. Les revenus élevés cachent dans ce dernier cas une forte dépendance à l’égard d’une découverte unique, le « Taxotère », qui engendre 90% des revenus pour 0,2% des licences.

 

Le système des unités mixtes de recherche donne en outre lieu à une augmentation continue depuis quinze ans de la copropriété des brevets entre établissements, ce qui entraîne des lourdeurs de gestion qui se traduisent au bout du compte par la moindre valorisation de la propriété intellectuelle auprès des entreprises.

 

Les échanges humains constituent l’un des modes les plus efficaces de la valorisation de la recherche. Plusieurs études étrangères menées auprès des entreprises montrent que l’emploi de doctorants, de docteurs ou de chercheurs en activité est considéré comme le canal le plus important du transfert de technologie, ainsi que les publications, conférences et contacts déterminants que les contrats, la recherche en consortium ou l’exploitation de brevets. De ce point de vue, la situation de la France est particulièrement inquiétante. Malgré les mesures favorables dérogatoires au statut général de la fonction publique, la mobilité des chercheurs publics vers les entreprises est demeurée symbolique. Elle est passée de 122 personnes par an en 1997 à 196 en 2005, soit 0,2% des effectifs de chercheurs et d’enseignants-chercheurs. Le nombre de chercheurs en entreprises recrutés après une formation universitaire a décru de 2000 à 2004, alors que le recrutement d’ingénieurs a, pour sa part, augmenté. L’emploi des docteurs demeure faible. Sur la même période, on constate que la proportion des chercheurs publics embauchés dans les entreprises de plus de 500 salariés demeure néanmoins faible et baisse de 2000 à 2004 (de 1% à 0,5 %). Ce phénomène est moins marqué pour les petites entreprises. La France paie dans ce domaine le dualisme de son système d’enseignement supérieur entre universités et écoles.

 

Dans la grisaille de ce constat général, la création d’entreprises issues de la recherche publique fait exception, et s’est révélée particulièrement dynamique depuis 1999, puisque le rythme annuel de créations a été multiplié par plus de trois entre le milieu des années 1990 et la période 1999-2002. Le ratio du nombre d’entreprises créées par million d’euros de dépenses de recherche se situe au meilleur niveau international.

 

L’augmentation des crédits publics pour la recherche, une solution de facilité

La France investit aujourd’hui 2,14% de son Pib dans la recherche publique et privée. Mais son retard résulte avant tout de la faiblesse de la recherche privée qui représente aujourd’hui 1,11% du Pib, alors que l’objectif de Lisbonne est de 2 %. Cette intensité n’a pas varié, rappelons-le, depuis 1995, alors qu’elle croissait sur la même période en Allemagne, au Japon et aux États-Unis.

 

 

Le banquier éborgneur et la recherche universitaire (I)

 

Pour sa part, l’État a fait son devoir budgétaire puisque, depuis plus de vingt ans, les dépenses publiques consacrées à la recherche font figurer la France en tête du peloton des principaux pays développés, qu’il s’agisse du soutien public à la recherche privée ou du financement public de la recherche académique. En 2004, la France a consacré à la recherche, à travers ses crédits budgétaires, 0,96% de sa richesse. Elle se situe derrière les États-Unis (1,08 %), mais devant l’Allemagne (0,76 %), le Japon et le Royaume-Uni (0,7%). Même si on se limite aux crédits civils, la France garde un niveau budgétaire élevé (0,75 %) supérieur à celui de l’Allemagne (0,72 %) et du Japon (0,68 %).

 

Dans cet ensemble, le financement consacré à la recherche publique en France se compare avantageusement à celui de ses principaux partenaires. La recherche académique [sic] représente en 2004 environ 0,4% du Pib des principaux pays de l’Ocde (0,45% au Japon et au Royaume-Uni, 0,4% en France, 0,41% en Allemagne et 0,37% aux États-Unis). C’est en France que le taux de financement par l’État de la recherche académique est le plus élevé (90 %).

 

Le panorama est le même pour la recherche menée au sein des organismes publics et des laboratoires gouvernementaux. La France se classe au premier rang (0,37 %) devant l’Allemagne (0,34%) et la Finlande (0,33 %). Il est donc légitime de s’interroger sur l’efficacité économique de ces crédits.

 

Le soutien important de l’État aux entreprises, par exemple, n’a pas empêché le décrochage de l’effort national de recherche-développement privée par rapport à nos principaux concurrents. Ce dispositif se caractérise par la juxtaposition et la sédimentation de mesures qui, au fil du temps, ont rendu le système de plus en plus complexe sans évaluation de son impact final.

 

Le constat de l’importance du financement budgétaire de la recherche publique se heurte quant à lui au sentiment justifié de paupérisation éprouvé par les chercheurs. Toutefois, cette situation ne s’explique pas par la faiblesse des ressources globales mais par le grand nombre de chercheurs français, la rigidité de la masse salariale et la dispersion des crédits sur un trop grand nombre de laboratoires dont la qualité scientifique est variable. L’accroissement des effectifs et le saupoudrage des crédits ont donc mobilisé l’essentiel des dépenses publiques, empêchant ainsi d’équiper ou de donner des moyens de fonctionnement satisfaisants aux laboratoires et de rémunérer décemment des chercheurs qui pour certains appartiennent à l’élite scientifique de leur discipline.

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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 06:28

 

 

 Différents organes de presse ont publié un rapport détaillé sur la sécurité, qui révèle que 5 981 agressions sexuelles ont été rapportées par des utilisateurs ou des conducteurs du transporteur Uber, ainsi que des tiers, sur le territoire des États-Unis en 2017 et 2018. Ce chiffre comprend des attouchements, des tentatives d'agression et des viols. Le même rapport dénombre 19 homicides sur la même période.

Bien que rares, ces signalements représentent tous un individu qui a partagé une expérience très douloureuse. Même un seul signalement serait un signalement de trop déplore Uber.

« Cette année, il y a eu chaque jour près de 4 millions de trajets sur Uber aux États-Unis », remarque Tony West, le directeur juridique du groupe. « La plateforme reflète le monde dans lequel nous opérons, avec ses bons et ses mauvais aspects ».

Pas sûr que cela suffise à rassurer les utilisateurs, qui appellent souvent une voiture justement pour se déplacer en sécurité.

 

France Culture nous le rappelle : « À l’origine, le régime spécial des cheminots a été une volonté patronale ». Les compagnies de chemin de fer, qui sont des structures privées au milieu du XIXe siècle, vont très vite s'apercevoir que beaucoup de métiers du rail – mécaniciens, aiguilleurs, lampistes, brigadiers de la voie – sont des métiers qui n'existent pas sur le marché du travail. Il faut donc former sur le tas, jusqu'à des niveaux de compétence très élevés, on pense notamment aux mécaniciens d'une locomotive à vapeur. Pour cette première génération d'agents, les compagnies prennent conscience qu'elles ne peuvent pas gérer cette main d'œuvre comme le fait une entreprise industrielle classique, qui met à la porte les ouvriers à la première récession ou crise économique. Elles se rendent compte que si elles jouent à ce jeu là, ces agents qui en auront bavé pour apprendre ces métiers difficiles ne reviendront plus émarger dans ces compagnies. Pour tenir en main ces agents, on leur offre alors la garantie de l'emploi, ce que l'on appelle à l'époque le commissionnement, dont bénéficient les fonctionnaires et les militaires. On leur donne un papier, une commission, qui atteste leur entrée dans une catégorie privilégiée. Ils ont un traitement et une place affectée dans un organigramme.

 

Deuxième considération à prendre en compte, ces cheminots sont exposés à des conditions de travail particulièrement délicates : en plein air, soumis aux aléas du climat, aux intempéries, à la neige et en plus aux accidents. Tout cela en fait une corporation exposée aux accidents et à la blessure, plus que tout autre, évidemment. En conséquence, pour attirer ces gens là, les compagnies disent : « Rassurez-vous, si vous êtes blessé, vous bénéficierez d'une caisse de secours. Vous serez payé pendant six mois à taux plein. Et puis, si vous mourrez, rassurez-vous, on s'occupera de votre veuve, à qui on trouvera un emploi », dame lavabo par exemple. On crée donc des caisses de secours, sachant qu'à l'époque, il n'y a ni syndicats, ni État social pour peser face aux compagnies. 

 

Troisièmement, pour tenir et garder les agents qu'elles ont formés jusqu'à la fin de leur carrière, les compagnies créent un système de retraite, de pension. À 50 ans, par exemple, à la compagnie du Nord pour les mécaniciens ; 55 ans pour certaines, 60 ans pour d'autres.  Chaque compagnie considère qu'il faut créer des caisses de retraite qui n'existent nullement ailleurs dans le privé à l'époque.

 

 

 

Revue de presse (301)

 

L’Est Eclair s’est penché sur les vols en série de GPS agricoles. Selon la gendarmerie nationale,  « les régions Grand Est, Hauts-de-France, et Centre – Val-de-Loire sont les territoires les plus touchés. Le préjudice cumulé pour les exploitants agricoles est estimé à plus de 6 millions d’euros ». 

Ce type de vols de GPS agricoles avait été détecté dès 2015, les malfrats provenant en général de l’ex URSS. Et c’est grâce à un dispositif de coordination nationale du renseignement criminel, que cette filière de recel a été remontée. L’implication d’un groupe criminel international organisé et itinérant a rapidement été mise en évidence.

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6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 06:22
 

Depuis environ une semaine il n’est bruit, dans tous les médias, que de la grève nationale du 5 décembre motivée par la (contre)-réforme des retraites. J’ai été frappé par une chose : le parallélisme de forme entre la présentation de cette manifestation sociale et un autre événement de l’actualité. Je veux parler des inondations, glissements de terrain, pluies diluviennes et autres catastrophes naturelles.

 

1. En effet, on ne peut manquer de noter que cette grève est traitée comme s’il s’agissait d’un événement météorologique prévu plusieurs jours à l’avance : un cyclone tropical, des pluies diluviennes, de gros orages de grêle, des vents violents, un froid intense, une canicule marquée, une sécheresse chronique, comme celles de l’été dernier. Comme cette grève et les inondations ont lieu en même temps, il est d’autant plus facile d’instiller subrepticement dans l’esprit des auditeurs et téléspectateurs que : "grève = catastrophe naturelle".

 

2. L’identification est confortée, dans le vocabulaire, par l’usage de couleurs-codes désignant le degré de danger (comme les drapeaux sur les plages), notamment l’alerte (ou la vigilance) orange et l’alerte (ou la vigilance) rouge. "Rouge" comme le feu, rouge comme le sang, rouge comme le signal d’arrêt au carrefour, rouge comme la Révolution. En matière de grève, la seule couleur est le noir. "Journée noire pour les usagers des transports", noir comme la nuit, noir comme le deuil, noir comme les idées (celles qui dépriment et qu’on rumine). Ces deux couleurs ont l’une et l’autre, dans leur contexte, une forte connotation émotionnelle. Et ce qui est le plus prégnant, en ce mois de décembre, est que les catastrophes naturelles et la grève sont traitées dans le même journal : on passe d’un sujet à l’autre dans le journal télévisé et le spectateur est laissé dans la même impression.

 

3. L’autre identification est le parallélisme entre les voies ou les les lignes le long desquelles vont se concentrer les éléments ou la grève. Pour la pluie ou les inondations, les lignes sont les bords de cours d’eau ou les littoraux. Pour la grève, les lignes, ce sont les rues, avenues ou boulevards où vont cheminer les manifestations. Et dans les deux cas, les précautions sont les mêmes : on ferme les magasins, on les barricade ici avec des planches, on les protège là avec des sacs de sables. Dans l’un et l’autre cas, on évite de se déplacer, on accumule des provisions (on s’éclaire à la bougie ou on se chauffe au bois) si la situation doit se prolonger. Car, dans les deux cas, comme nous sommes devenus une civilisation des réseaux et des transports, ce sont les déplacements et le ravitaillement qui sont le plus touchés.

 

4. Encore une identification : la grève tout comme la perturbation des éléments (pluies intenses, canicule, sécheresse) sont traitées comme des événements sans cause. Ou plutôt d’une cause – dans les deux cas la même – que l’on tait : l’avidité, la rapacité des riches à gagner de l’argent vite, leur frénésie à exploiter les ressources naturelles et les humains. Dans un cas, cela accélère le réchauffement climatique (et ses subséquents dérèglements), dans l’autre, cela accélère l’appauvrissement des classes moyennes et populaires au profit des très riches, des grandes entreprises, des banques, des fonds d’investissements, des spéculateurs en Bourse.

 

5. Mais l’une comme l’autre sont traitées sur le mode du curatif et non du préventif : on ne cherche qu’à parer aux conséquences sans vouloir les empêcher à l’avenir. Pour les éléments naturels, on élève des barrières de sac de sable, on transporte les meubles à l’étage, on les surélève au lieu de continuer à extraire du pétrole, à accorder des permis de construire en zone inondable, à bétonner de grandes surfaces, ce qui empêche l’infiltration des eaux et intensifie le ruissellement. Pour parer à la grève, on conseille aux gens de prendre leur vélo ou leur planche à roulettes plutôt que de rétablir l’ISF, d’élever le taux marginal de l’impôt sur le revenu et les sociétés, et de passer les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) au couperet de la "guillotine fiscale".

 

6. Dernier point. Au journal télévisé de France 2 de 13 h, Nathalie Saint-Cricq était invitée à commenter la grève à venir, en comparant, notamment la situation de l’automne 1995 et celle d’aujourd’hui. Dans ce qu’elle disait, une phrase m’a retenu en raison de sa mauvaise foi et de sa fausseté : Nathalie Saint-Cricq disait qu’il y a aujourd’hui une colère et une exaspération qui n’existaient pas en 1995. En revanche, elle disait "qu’une majorité de Français étaient pour la fin des régimes spéciaux de retraites". Et c’est cette phrase qui est particulièrement horripilante.

 

7. Elle est d’abord particulièrement horripilante en ce que ces fameux "régimes spéciaux" ne représentent qu’une minorité dans les retraites (le régime général de la Sécurité sociale, l’agira et l’Arc, plus le régime des fonctionnaires en représentent plus de 84 %). Leur invocation apparaît comme un prétexte pour passer tout le monde à la toise du régime de la retraite par points, qui est une arnaque (l’exemple suédois, dont on nous vantait les merveilles, s’est avéré être une escroquerie, et l’Agirc et l’Arrco, qui fonctionnent par points, ont perdu, au fil du temps, beaucoup plus que le régime général, qui fonctionne par annuités).

 

8. Elle est ensuite horripilante en ce que ces régimes spéciaux ont été obtenus (pour des classes moyennes et populaires) à un moment où les métiers qu’ils concernaient groupaient plus de bénéficiaires, où l’on avait plus besoin d’eux, où leurs syndicats étaient plus puissants, où leur pouvoir de pression était plus grand, où la bourgeoisie, les patrons et les riches étaient obligés de céder. Aujourd’hui, les métiers concernés ne rassemblent plus grand monde, le syndicalisme s’est effiloché, les secteurs ont été délocalisés à l’étranger. Les classes dominantes se sentent de nouveau les plus fortes, elles ne se gênent plus, elles se déboutonnent complètement. Comme en 1871, après l’écrasement de la Commune, lorsque les bourgeois de Paris, qui avaient eu une trouille mortelle des Communards, faisaient la haie de chaque côté du cortège de ceux qu’on emmenait au bagne pour leur crever les yeux à coups de parapluie.
9. Elle est enfin horripilante en ce qu’elle n’évoque pas les vrais régimes spéciaux, ceux des riches : la suppression de l’ISF, qui a offert l’équivalent d’une Maserati aux plus fortunés, ou les dispositions fiscales complaisantes qui ont permis à Bernard Arnault de faire prendre en charge par la collectivité 500 millions d’euros de son musée sur les 800 millions que celui-ci a coûtés. Par la collectivité, cela veut dire y compris par les Français les plus modestes, qui devraient travailler pendant des temps géologiques pour accumuler une petite partie de sa fortune et qui ne mettront jamais les pieds dans cet édifice dont, sans vergogne, il s’enorgueillit...

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 06:21

 

 

 Á l’occasion de cette 300ème revue de presse, je m’aperçois (« on n’aperçoit qu’un “ p ”, disait mon père instituteur) que je n’ai jamais cité Famille chrétienne. Je le fais avec grand plaisir, alors que l’on commémore les 800 ans de la Cathédrale d’Amiens : « Notre-Dame d’Amiens, la plus grande cathédrale gothique d’Europe, veut tirer parti du jubilé de ses 800 ans, du 6 décembre au 22 novembre 2020, pour incarner l’éclat du christianisme français et le faire briller. Pour don Édouard de Vregille, recteur de la cathédrale, l’année jubilaire est « une chance formidable pour entretenir le regain d’intérêt à l’égard du patrimoine et de son histoire, mais aussi pour le christianisme lui-même. Notre-Dame d’Amiens, épargnée et intacte, ouvre son havre de paix à ses visiteurs. Chacun peut y sentir palpiter le cœur du christianisme. Il bat encore dans les poitrines ». Il s’agit également, plus prosaïquement, de s’appuyer sur l’élan du jubilé pour attirer un million de touristes en cinq ans. »

 

J’ajoute que cette cathédrale est pour moi la plus belle au monde de style gothique et je recommande à ceux qui ne la connaissent pas d’aller admirer la statue de “ L’ange pleureur ”, unique en son genre.

 

 

 

 

Revue de presse (300)

 

Dans Le Grand Soir, des Gilets Jaunes font le bilan de leur action : « Notre époque bouge. Les insurrections aux quatre coins du monde, qui émergent chacune dans des contextes particuliers, mais se retrouvent sur l’essentiel (lutte contre le déficit démocratique, la corruption, et surtout les inégalités persistantes et montantes), nous le prouvent assez. Le siècle de profonds troubles qui s’annonce ne sera pas forcément joli. Il s’agira de tenter de participer aux activités de crises insurrectionnelles et conflictuelles qui s’annoncent, en tant que prolétaires parmi les prolétaires, avec, pour notre part, l’objectif d’en faire des moments où l’anarchie/le communisme se construit. Non pas comme projet à mettre en place après avoir convaincu la majorité de la population, mais plutôt comme une des réactions, subie, mais « saine » celle-là, de la part de populations confrontées à des catastrophes, des répressions d’État, des paupérisations croissantes et persistantes en bloquant la circulation de marchandises et en s’accaparant des éléments du capital pour en faire autre chose au service de la lutte : produire sans productivité, réagencer les circuits de distribution, abolir la division du travail existante, mélanger les mondes sociaux et en finir avec nos séparations respectives, mettre en communs les savoirs et les pratiques en les étendant un maximum.

 

 

 

Le site Regard.fr dénonce un mensonge grossier de Dominique Seux, qui sévit tous les matins sur les antennes de France Inter : « Se référant aux données de la page 181 de l’édition 2019 du « Panorama des pensions » publié par l’OCDE, il a affirmé que la France bat tous les records du temps passé à la retraite. Selon lui, : « ce temps à la retraite est de presque 23 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes – on arrondit à 25 ans en moyenne donc. C’est environ CINQ ans de plus que la MOYENNE des autres pays. » C’est écrit en majuscule, à la Trump, dans la transcription de son édito, sur le site de France inter. La manipulation des données de l’OCDE est assez grossière. La statistique ne porte pas sur la durée moyenne de vie passé à la retraite par l’ensemble des Français. L’âge moyen de liquidation des droits à la retraite est de 62,7 ans. L’espérance de vie moyenne des personnes, nées en France il y a 60 ans, était à la naissance de 66 ans pour les hommes et de 71,5 ans pour les femmes. Si l’on exclut celles et ceux qui sont morts avant 20 ans cela rajoute un peu plus d’un an d’espérance de vie moyen. On a donc pour tous les Français qui ont pu cotiser pour leur retraite, une durée moyenne de temps passé à la retraite de l’ordre de 5 à 6 ans pour les hommes et inférieure à 10 ans pour les femmes. On est très loin des Français qui passeraient 25 ans en moyenne à la retraite. Et bien sûr, comme un éditorialiste économique digne de ce nom devrait informer, cette moyenne cache d’amples inégalités en fonction du métier exercé et du niveau de vie.

 

 

 

Photo du chroniqueur et de ses filles prise en 2014.

 

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