Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 06:33


Rachid El-Daïf. Qu’elle aille au diable, Meryl Streep !. Traduit de l’arabe par Edgard Weber, Actes Sud 2010.

 

Ce roman a été publié en arabe à Beyrouth en 2001, puis en français en 2004 par Actes Sud, un éditeur qui a peu en commun avec les productions Dorcel. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman licencieux ou pornographique. Comptant parmi les auteurs les plus importants du monde arabe, El Daïf est traduit en 16 langues. Un de ses romans figura au programme de l’agrégation d’arabe en 2005.

 

Discret, le tropisme étasunien est omniprésent. L’incipit du texte nous tend la toile de fond politique de l’intrigue : « Non ce n’est pas à l’écran de ma propre télévision que je vis le président américain George Bush annoncer la naissance du nouvel ordre mondial. » Comme bien d’autres pays, le Liban est sous la domination du modèle culturel et des fantasmes des États-Unis (« la mondialisation signifie-t-elle que nous sommes devenus une fraction de l’Amérique ? »). Quant à l’invective contre Meryl Streep, c’est celle d’un narrateur bouleversé par le charme de l’actrice et ne comprenant le désastre de son mariage qu’après avoir vu Kramer contre Kramer.

 

Le mariage du narrateur a été arrangé par sa tante. Son épouse est une inconnue pour lui. Pour la conquérir, il va alterner gestes tendres et brutaux, pensant que tout lui est dû, puisqu’il est l’homme, tandis que son épouse excellera dans les stratégies de ruse et d’évitement. L’auteur décrit, ce faisant, un contexte passablement glauque, sans aucun morceau de bravoure vraiment érotique ou amoureux, et où les axes syntagmatique et paradigmatique se coupent dans ce qui tourmente et détermine tout être normalement sexué au Liban, homme ou femme : la virginité de l’épouse et ses corollaires de défloration et de virginité reconstituée. Pour le narrateur, qui est moins dans la modernité que sa femme, « la chose la plus importante qui puisse arriver à une femme dans sa vie est la perte de sa virginité ». La défloration – brutale et rapide ou lente et délicate – est un droit.

 

Dans cette société, avant le mariage, on parle beaucoup de sexe mais on pratique fort peu. Et quand on pratique – surtout les jeunes filles – on n’en parle guère. Le discours est souvent graveleux ou misérable, y compris chez les femmes, comme celle du narrateur qui compare « la tête de sa bi… » à un soleil et qui lui propose de le « vidanger ». Les trois trous de la femme sont l’objet d’interminables discours médiocres sur la pénétration vaginale, la sodomie et la fellation. Et c’est là que la narrateur, enclin à s’émouvoir de la douceur du sentiment maternel de Meryl Streep, tremble sur ses bases quand il découvre que sa femme en sait largement autant que lui sur la sexualité en général et sur le désir du mâle en particulier. Il n’aurait voulu la voir (et l’avoir) que soumise et humiliée alors qu’elle est parfaitement capable de prendre langue avec un avocat pour entamer, sèchement, une procédure de divorce.

 

Au Liban, hommes et femmes sont dans l’impasse. La virilité, en actes ou en paroles, est un carcan. Les femmes ont beau fumer des Gauloises, comme les militants de gauche des années soixante, elles ont beau bien connaître le pénis, le sperme et la jouissance masculine, une jouissance souvent bien triste, elles restent en état d’infériorité. Elles peuvent, à la limite, braver l’homme frontalement, cela ne mène jamais bien loin.

 

              *                                                                                                                                         *

 

J’ai rédigé une recension de ce roman déjà ancien pour deux raisons. Bien que ne connaissant pas le Liban, j’ai fréquenté de nombreux Libanais durant mon séjour d’une décennie en Côte d’Ivoire et cela m'a fait plaisir de me replonger dans une ambiance levantine. Mais, surtout, ce roman ayant servi de pièce violemment à charge contre un professeur de Lyon 2, « susceptible » d’avoir harcelé sexuellement une de ses étudiantes, j’ai voulu savoir ce qu’il en était de cette « pièce à conviction ». Je n’ai aucune autorité en matière juridique, mais ayant enseigné la littérature pendant quarante ans et ayant publié des milliers de pages sur de nombreux auteurs – et sans parler d’un prix Goncourt récent que j’ai quelque peu contribué à mettre en forme – je peux dire sans forfanterie que je sais lire un roman.

 

L’affaire suit son cours. La plainte déposée par la doctorante (de 35 ans) et le signalement réglementaire de l’université à la Justice ont été classés sans suite le 5 octobre 2018 par le Procureur de la République de Lyon, pour « infraction insuffisamment caractérisée ». L'étudiante n'a pas déposé plainte au pénal « pour se protéger psychologiquement ».  Mais l'universitaire « susceptible » d’avoir harcelé a été condamné par la section disciplinaire de l’université à une année de retenue de salaire et d’interdiction d’enseigner, accompagnée d’une interdiction de pénétrer dans les locaux de l’université. Avant le prononcé de cette condamnation, aucune reconstitution des faits présumés n'avait eu lieu. Á noter, pour ne plus y revenir, que la doctorante a produit comme pièces à « conviction », ce qui est légalement discutable et en tout cas pas très élégant, des enregistrements de conversations téléphoniques entre elle et son professeur. Comparaison n’est pas raison mais, en 2005, Bruno Gollnisch avait été condamné par l’université Lyon 3 pour propos négationnistes sur l’extermination des Juifs à cinq ans d’interdiction d’enseigner, mais à une simple diminution de moitié de son salaire. Mon collègue Alain Morvan, à l’époque recteur de l’université, avait joué un rôle moteur dans cette affaire et avait salué une « sanction inespérée qui rompt avec le passé de Lyon-III , un avertissement pour tous ceux qui seraient tentés par le révisionnisme ou le négationnisme ». Alors, petite question prosaïque : si notre professeur condamné par ses pairs (mais pas par la Justice) avait été célibataire ou veuf, il vivrait comment aujourd'hui ?

 

Le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) a confirmé la condamnation du professeur incriminé. Celui-ci s’est pourvu en cassation devant le Conseil d’État (qui a bien voulu se saisir du cas, ce qu’il est loin de faire systématiquement) et se réserve le droit d’attaquer au pénal la présidente de l’université, un des vice-présidents et l’étudiante accusatrice. La sanction de Lyon 2 est donc clairement sans proportion avec les accusations portées, même si elles avaient toutes été avérées, ce qui ne semble pas être le cas.

 

Le professeur a été condamné par son université pour quatre motifs : une « susceptibilité » de harcèlement et trois motifs, disons techniques, qu’il réfute, et sur lesquels je n’insisterai pas en détail pour ne pas alourdir le débat. Cela dit, le Conseil d’État se prononcera sur ces trois motifs, mais d'abord sur la demande de sursis à exécution que le CNRS a refusée en juillet.

 

Concomitamment à leur action, les autorités universitaires ont, selon moi, clairement utilisé les médias pour faire pression sur l’opinion publique et sur les instances juridiques. Ce n’est pas un hasard si le rejet à exécution par le CNESER en date du 10 juillet 2018 est intervenu le lendemain de la publication d’un article à charge dans Libération. Cet article citait d’abondance le vice-président « en charge de l’égalité et de la vie citoyenne » (sic) qui n’a jamais pris la peine de rencontrer le professeur condamné. Plusieurs collègues de Lyon 2 ont exprimé leur mécontentement devant la condamnation de « comportements susceptibles de constituer un harcèlement sexuel ».

 

Une des « preuves » de la perversité prétendue du professeur est donc sa suggestion à la doctorante de lire Qu'elle aille au diable Meryl Streep ! du Libanais Rachid El-Daïf. Pour les autorités de Lyon 2 qui, à l’évidence, n’ont pas bien lu ce roman, il s’agit d’un texte érotique. Plus ou moins que L'amant de Lady Chatterley enseigné dans le monde entier depuis des décennies malgré des scènes où une aristocrate accepte sans vergogne d'être sodomisée par un homme du peuple, je ne sais ? Disons que ce livre, qui n’a jamais été interdit ou censuré au Liban, est l’œuvre d’un romancier prolifique que l’on qualifiera pour simplifier d'engagé (pour les Palestiniens, pour les homosexuels, pour les droits des femmes). Il n’est donc pas étonnant qu’ici, comme dans d’autres de ses écrits, il dénonce les violences faites aux femmes au Liban, pays dont la société est fortement inégalitaire.

 

Abordons maintenant le problème du harcèlement proprement dit. Le harcèlement est rigoureusement défini par la loi. Il s’agit « d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toutes formes de pression dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers. » Si l’on en croit les dires de l’étudiante, il n’y a eu aucune « répétition », « intimidation », « hostilité », « offense », ni aucune « pression » visant à obtenir un acte de nature sexuelle. Le professeur condamné par ses pairs fait valoir que, dans le dossier, il n’y a pas la moindre invitation de cette étudiante (ne serait-ce que pour prendre un café), la moindre parole sexiste ou dégradante, la moindre pression pour obtenir des faveurs.

 

La doctorante devant se rendre devant un comité de suivi de thèse (une invention récente purement bureaucratique visant à fliquer les directeurs de thèses et à normaliser la recherche), son directeur lui a donné des conseils vestimentaires. Ce que, personnellement je n’ai jamais fait. Mais je sais que, de nos jours, des collègues dont les étudiants se présentent à des concours, à des entretiens de stage ou d’admission à un master, ou encore sont appelés à assurer des vacations à l’université, le font.

 

Revenons au roman libanais, objet capital du délit. Les membres de la section disciplinaire n’ont pas compris, n'ont pas voulu comprendre, que ce texte dénonçait les mentalités masculines dans la région du Levant, ainsi que les violences physiques et psychiques faites aux femmes. Le rite de la défloration est décrit comme un viol conjugal, les poncifs de mentalités archaïques masculines ne manquent pas. La section disciplinaire a néanmoins posé – en se permettant de juger un conseil de lecture que l’étudiante a d'ailleurs refusé – que recommander à la doctorante d’ajouter ce roman à son corpus d’analyse des traductions était une incitation sexuelle. Au fait, pourquoi ce titre ? Parce que le narrateur est fasciné par le personnage joué par Meryl Streep dans Kramer contre Kramer. On se souvient que cette épouse et mère quitte le domicile conjugal, ce que fait également le personnage féminin du roman libanais. Meryl Streep, que le narrateur découvre à la télévision, devient pour lui le symbole d’une modernité féminine inaccessible, qu'il désire et récuse tout à la fois.

 

L’accusation a estimé que le professeur condamné avait « minimisé » les faits et a conclu : « la façon dont Monsieur X persiste à les dénier, alors que leur matérialité est avérée interroge sa capacité à saisir le cadre déontologique auquel il doit s’astreindre en sa qualité de Professeur des Universités et de directeur de thèse. » La déontologie du professeur X est gravement mise en cause, et ce tout au long de sa carrière en tant que professeur. Universitaire durant 33 ans, il a présidé le jury d’agrégation dans sa discipline, des commissions de recrutement de l’enseignement supérieur et a été responsable de relations internationales avec d’autres universités. Le passé du professeur X, un universitaire très en vue car appartenant à une spécialité rare, est donc mis en jugement. Apparemment cela ne suffit pas puisque la présidente de l’université a entamé un procès d’intention quant à l’avenir du professeur au sein de l’institution : dans un texte adressé au CNESER le 2 mai 2018, la présidente affirme que celui qui a failli gravement « ne prend pas la mesure des faits qui lui sont reprochés et s’expose à pouvoir les réitérer en toute impunité. » En d’autres termes, il a harcelé, il harcèlera. La présidente va plus loin encore : le comportement du professeur est « appréhendé, non au regard d’un simple écart de conduite, mais d’un mode global de fonctionnement qui trahit, sans ambages, le rapport qu’il entretient à sa fonction de professeur des universités. » La présidente laisse entendre – sans apporter la moindre preuve –  que le condamné s’est déjà laissé aller à des comportements licencieux et que ce mode de fonctionnement lui est consubstantiel. Il n'est point besoin d'être juriste pour lire de la calomnie dans ces propos, calomnie qui est passible de prison en droit français. Pour nous résumer, le professeur X a, dans le passé, fait preuve de comportements répréhensibles ; dans le présent, il a été accusé d’une attitude « susceptible » d’être assimilée à du harcèlement sexuel ; à l’avenir, il pourrait persévérer car c’est son « mode de fonctionnement ». Bref, la dangerosité perverse est dans ses gênes.

 

Autrefois, du temps où l’université était un havre de liberté et où les professeurs ne s'étaient pas encore laissé infantiliser par leur hiérarchie, l'administration et le ministère, on pouvait utiliser le temps que l’on voulait pour rédiger une thèse. Sous les coups de boutoirs d’universitaires stakhanovistes généralement de gauche, proches de la rue de Solférino, s’est imposée l’idée de rédiger les thèses de lettres en quatre ans. La « gauche américaine » voulait s’inspirer des PhD, moins profonds, moins mûris, plus légers que nos lourdes thèses d'État, et ô combien plus monnayables sur le marché des postes. En quatre ans, la thésarde du professeur X a rédigé 80 pages, ce qui est bien peu. Elle voulait quatre années de plus. Elle les a obtenues. Un collègue du professeur X a accepté – en toute confraternité, cela va sans dire – de la diriger durant cette période. Je leur souhaite à tous les deux bien du plaisir.

 

Pour terminer sur une note plus légère, et pour observer en passant que les fantasmes peuvent se nicher dans des endroits tout à fait inattendus, je rappellerai que, sexuellement parlant, il se passe de drôles de choses à l'Université Lyon 2, où l’usage officiel de l’écriture inclusive est vécu comme une nouvelle Sierra Maestra. Je l’avais brièvement rapporté dans une note de blog de septembre 2016 :

Au palmarès du politiquement correct, l'UFR anthropologie, sociologie et science politique vient de battre tous les records en décidant que le masculin ne serait plus le genre de référence.

Cette (cet ?) UFR est dirigée (dirigé ?) par un directrice : le (la ?) professeur (professeuse ?) des universités (universitées ?) David Garibay.

 Pendant que ces éminences font mumuse, l'université lyonnaise impose depuis des années à ses personnels des conditions de travail uniques dans notre pays, au niveau des obligations d'enseignement en particulier, les universitaires de Lyon 2 acceptant de travailler en gros un tiers de plus que leurs collègues de France. Mais David, qui, sur la photo, a une bonne tête d'homme viril, est directrice. L'honneur est sauf (sauve ?). 

Note de lecture (185), (Balance ton porc à Lyon 2, suite)

Notez également qu'Anne Joëlle Bottemer, responsable des services administratifs et financiers (là où se situe désormais le pouvoir dans les universités depuis Pécresse/Fioraso) est “ cheffe ”. “ Chef ” vient du latin “caput” (capute ?). Son féminin est “chef” (chez les infirmières, les gardiennes de prison en particulier). Depuis 1916, le français connaît “cheftaine” (chez les scouts),  qui vient de l'anglais “chieftain” (chef de clan), qui vient lui-même du vieux français “chevetaine”, féminin de “chevetain”.

 Si les technocrates qui nous gouvernent savaient que nos langues sont nées avant eux et que leur richesse est incommensurable et inépuisable ...

Note de lecture (185), (Balance ton porc à Lyon 2, suite)
Partager cet article
Repost0
7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 06:16

Le site Ça n’empêche pas Nicolas nous présente les « Stylos rouges », pour l’instant au nombre de 44 000 : « que veulent les "stylos rouges" ? D'abord, le dégel du point d'indice des salaires correspondant aux heures de travail, mais aussi moins d'élèves par classe et de contrats précaires. Un florilège de revendications pas forcément nouvelles. Pourquoi les "stylos rouges" ne sont pas liés aux syndicats ? "On a le sentiment que les syndicats sont de moins en moins écoutés. On est là pour les soutenir et on est en parallèle. On regroupe le primaire, le secondaire [les universitaires se réveilleront peut-être dans 35 ans], on est apolitique. Ce n’est pas quelque chose contre les syndicats, mais c'est quelque chose en plus", explique l’une d’entre eux. 

 

 

Sur le site de la CGT Unilever, Elsa Méry nous alerte sur la situation à Geodis, filiale privatisée de la SNCF pour le transport de marchandises ferroviaires par la route. Les travailleurs de la plateforme de Gennevilliers sont en grève depuis le 26 décembre.

Entrepôt connu pour ses conditions de travail déplorables et pour ses méthodes féroces de répression syndicale, les travailleurs de GEODIS sont des habitués des luttes et des grèves.

Cette fois, plus de 90% de grévistes et parmi eux, des chefs d’équipe. L’entrepôt et totalement paralysé et les dizaines de milliers de colis qui circulent chaque jour restent à l’intérieur.

Leurs revendications impliquent l’obtention d’une prime de fin d’année de 1000 euros, une augmentation générale de salaire de 200 euros brut et de 100 euros supplémentaires pour ceux qui n’ont jamais été augmentés, la revalorisation de la prime transport à 50 euros net ainsi que l’embauche de 30 intérimaires.

 

 

Revue de Presse (263)

 

Dans un profond silence médiatique au plan national, des travailleurs mènent une puissante lutte à la centrale EDF de Cordemais, en Loire Atlantique : l’intersyndicale de Cordemais (CGT-FO-CFE) monte en puissance sur les modalités d’actions pour se faire entendre pour la défense des emplois. Selon Presse Océan, une AG du personnel a décidé de bloquer le trafic ferroviaire au niveau de la gare le 10 décembre. 70 salariés grévistes ont paralysé le trafic des trains ainsi que le trafic routier au niveau du passage à niveau de Cordemais. Il s’agissait de manifester contre la fermeture programmée en 2022.

 

 

Le portail de l’Union locale de la CGT-Nancy condamne le licenciement de deux camarades lorrains menacés de radiation des cadres (licenciement) à la SNCF. Il s’agit de Yavuz OZBEK, âgé de 37 ans et cheminot depuis 17 ans, vendeur en gare d’Epinal, secrétaire du CE Lorraine ainsi que Jean Michel Dieudonné, âgé de 53 ans et cheminot depuis 28 ans, agent du Fret en gare de Pont à Mousson, secrétaire à la politique financière du Syndicat de Nancy et ancien secrétaire de Secteur CGT. La lutte est notamment menée parla députée Caroline Fiat (France Insoumise), de la circonscription de J.M. Dieudonné. Ce cheminot est radié de la SNCF pour des faits sans aucun rapport avec la gravité supposée de cette sanction rarissime. Comme d’autres, ces deux syndicalistes s’opposent à la privatisation rampante de la SNCF.

 

 Pour Dieudonné, cette mesure disciplinaire a pour conséquence de le mettre au chômage à 53 ans et de lui retirer le bénéfice de la retraite de la SNCF. Ce qui signifie que l’intégralité des cotisations qu’il a versées ne lui seront pas rendues. Il ne pourra prétendre qu’au minimum vieillesse de la Carsat sans accès à une caisse complémentaire.

 

Une telle sanction n’a pas été prise, depuis les années 50. Cette sanction est humiliante, dégradante. Elle ne s’applique qu’à des agents frappés d’une lourde peine pénale (atteinte à la sûreté de l’Etat, braquage, viol, meurtre…).  En conséquence, les voies de recours contre la sanction sont engagées pour annulation.

 

Le reproche qui est fait à Jean-Michel est ainsi libellé : « comportement anormal émaillé de cris ».

 

 

Sur le site du Grand Soir, un auteur anonyme, membre de la CGT, évoque les grandes sociétés de travail intérimaire, en particulier Randstad, Adecco et Manpower : « Les actionnaires, suisses, hollandais et étasuniens des trois sœurs, majors mondiales du travail temporaire, sont infiniment reconnaissants aux travailleurs précaires français, premiers contributeurs à leur CA mondial !

N’oublions pas les centaines de millions d’euros des exonérations de cotisations sociales des lois Fillon et du CICE !

 

LA précarité tue ! Deux fois plus de morts par accidents du Travail en intérim que dans les entreprises ou les salariés sont en CDI !

 

50 ans que ce constat perdure sans que cela interpelle les acteurs de la chaîne Santé et Sécurité au Travail. »
 

 

 

Bonne année militante !

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 06:04

 

Pour Shoshana Zuboff , le capitalisme nous surveille : « L’industrie numérique prospère grâce à un principe presque enfantin : extraire les données personnelles et vendre aux annonceurs des prédictions sur le comportement des utilisateurs. Mais, pour que les profits croissent, le pronostic doit se changer en certitude. Pour cela, il ne suffit plus de prévoir : il s’agit désormais de modifier à grande échelle les conduites humaines. »

 

Igor Delanoë estime que la Russie s’affirme en mer Noire : « Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie renforce son emprise militaire sur la mer Noire. La Turquie s’en accommode. Maîtresse des détroits du Bosphore et des Dardanelles, elle a longtemps joué le rôle de verrou contre l’expansion russe vers les mers chaudes. À couteaux tirés avec Washington, Ankara et Moscou tiennent désormais à distance les forces navales occidentales. »

 

Un fort intéressant dossier sur les Gilets Jaunes. Tout remonte à la surface, selon Serge Halimi : « Avec les « gilets jaunes », un pouvoir trop sûr de lui et prétendant servir de modèle à l’Europe a dû céder devant la révolte de groupes sociaux jusque-là peu mobilisés collectivement. En un mois, transports, fiscalité, environnement, éducation et démocratie représentative ont été remis en cause. »

 

 

Pourquoi maintenant ? demande Layrent Bonelli : « Voilà longtemps qu’un mouvement social n’avait pas à ce point inquiété les gouvernants. L’ampleur, la durée et la détermination de celui des « gilets jaunes » les ont désagréablement surpris. Ils ont également été déstabilisés par son hétérogénéité en matière d’intérêt pour la politique, d’activité professionnelle, de lieu de résidence et d’orientation partidaire. Il n’est pas imputable à des organisations politiques ou syndicales traditionnelles : il rassemble diverses composantes de ce que le pouvoir nomme la « majorité silencieuse », au nom de laquelle il prétend s’exprimer et dont il n’attend d’autre mobilisation que le vote. »

 

 

 
Pour Philippe Descamps , la justice sociale, clé de la transition écologique : « Par ses mesures fiscales, le gouvernement a pris le risque d’opposer pouvoir d’achat et sauvegarde du climat. Mais, signe de l’intelligence collective dégagée par leur mouvement, les « gilets jaunes » ne sont pas tombés dans le piège. »

 

 

 

Les GJ : c’est aussi une crise de la solitude (Pierre Souchon) : « « Avant, j’avais l’impression d’être seuleLe mouvement des « gilets jaunes » refuse toute forme d’organisation, a-t-on dit. En réalité, de multiples tentatives ont été menées. Mais se structurer exige un savoir-faire largement perdu, faute de militants sur le terrain pour le diffuser. »

 

 

 

Annabelle Allouch et Benoît Bréville décrivent des lycéens contre le tri sélectif  qui les attend : « Le monde de l’éducation aura vécu une fin d’année agitée. À la protestation contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers non européens s’est greffée une mobilisation lycéenne inédite, apparue dans la France périurbaine. »

 

 

 

Dans le mouvement des GJ, une formidable présence : celle des travailleuses (Pierre Rimbert : « La présence sur les ronds-points d’une forte proportion de femmes des classes populaires a frappé les observateurs. Ces travailleuses font tourner les rouages des services essentiels : santé, éducation. Au-delà du soulèvement de cet automne, elles représentent le pouvoir ignoré du mouvement social. »

 

 

 

Serge Halimi estime que, dans l’affaire Assange, LeGuardian a perdu son honneur car il a menti à propos d’une prétendue rencontre entre Assange et Donald Trump : « En novembre 2018, une maladresse administrative des autorités américaines confirme que Washington a bien instruit en secret un dossier d’accusation contre M. Julian Assange. Voilà plusieurs années que le fondateur de WikiLeaks, réfugié depuis 2012 dans l’ambassade d’Équateur à Londres, se dit menacé d’extradition vers les États-Unis, où il redoute de purger une interminable peine de prison pour espionnage, voire pis. C’est dans ce contexte que, le 27 novembre, le Guardian,quotidien britannique de centre gauche, choisit de publier un « scoop ». Il révèle que M. Paul Manafort, ancien directeur de campagne du candidat Donald Trump, a rencontré trois fois M. Assange à Londres : en 2013, en 2015 et en 2016. »

 

 

Pour Daniel Zamora , on déplore les inégalités, mais on ignore leurs causes : « Des riches plus riches et des pauvres plus pauvres. De ce constat cent fois formulé on peut déduire des solutions politiquement opposées : adoucir le capitalisme, disent les uns ; socialiser la richesse, rétorquent les autres. Avant de resurgir dans les slogans d’Occupy Wall Street, ce débat a traversé le XXe siècle. La mise en avant des inégalités dans le discours public a elle aussi une histoire.

 

 

 

Pour René Raphaël et Ling Xi , il y a désormais des bons et des mauvais Chinois : « Public ou privé, local ou national, individuel ou sectoriel, un système de notation appelé « crédit social » se déploie en Chine. À l’origine, il imitait le système américain, qui attribue une bonne note aux emprunteurs payant régulièrement leurs échéances. Puis il s’est étendu à d’autres types de comportements. Reportage à Hangzhou, siège de l’entreprise Alibaba, et dans les campagnes du Shandong. »

 

 

Qui arrêtera le pendule argentin ? demande Renaud Lambert : « Le soulèvement des « gilets jaunes » français suscite l’admiration de larges fractions de la population argentine. La politique menée par le président conservateur Mauricio Macri, au pouvoir depuis 2015, a fait monter en flèche les prix de l’énergie et des produits de première nécessité. Alors que la pauvreté augmente, la colère sociale couve sans provoquer d’explosion. Jusqu’à quand ? »

 

 

 

Abdoul Salam Diallo & Raphaël Godechot décrivent un fait sociologique intéressant en Afrique de l’Ouest : La vie rêvée des « repats » guinéens : « Avec la croissance, l’Afrique assiste à un « retour des cerveaux ». Dans un État comme la Guinée, qui compte près de cinq millions de résidents à l’étranger et où 64 % de la population a moins de 25 ans, ce phénomène alimente un espoir de redressement économique. Mais il suscite aussi des déceptions, car il met en lumière les faiblesses structurelles de l’État. »

 

 

 

Pour Abdoul Salam Diallo & Raphaël Godechot, Bolloré est désromais rattrapé par les juges : « En avril 2018, la mise en examen de l’industriel Vincent Bolloré par la justice française pour corruption d’agent étranger, complicité d’abus de confiance, faux et usage de faux a fait l’effet d’une bombe dans le monde des affaires. Il aura fallu attendre 2018 pour que l’attribution controversée du terminal à conteneurs du port de Conakry au groupe Bolloré, en 2011, fasse la « une » des médias français. Pourtant, il y a presque onze ans déjà (édition du 11 février 2008), l’hebdomadaire guinéen Le Lynx, sous la signature de son rédacteur en chef Souleymane Diallo, journaliste connu pour sa pugnacité, soupçonnait le gouvernement de Lansana Conté de se préparer à offrir un cadeau inestimable à Bolloré Transports and Logistics : la concession du port sans appel d’offres. »

 

 

 

Très intéressant reportage de Gwenaëlle Lenoir sur les pas de George Orwell dans le Lancashire : « Présenté comme une simplification par la fusion d’allocations diverses, le « crédit universel » britannique plonge de nombreux foyers vulnérables dans le désarroi. Sur les quais de Wigan, dans le Lancashire, ce fiasco s’ajoute à la décomposition sociale due à quatre décennies de libéralisme. Comme au temps où George Orwell arpentait ces lieux, nombreux sont aujourd’hui les Anglais emmurés dans la pauvreté. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (225)

 

Un jour,  la SDN rejeta l’« égalité des races » (Miho Matsunuma) : « Il y a cent ans s’ouvrait la conférence de la paix, qui consacra la disparition des empires allemand, austro-hongrois et ottoman au sortir de la première guerre mondiale. Les conséquences funestes du traité de Versailles en Europe ont été largement analysées. On connaît moins le ressentiment ambigu du Japon, qui échoua à faire reconnaître l’« égalité des races » par la Société des nations (SDN). »

 

 

 

Quand tout est fiction et que reste le marché (Evelyne Pieiller) : « Nourri d’anecdotes et de précisions savantes, « Sapiens », de Yuval Noah Harari, se présente à la fois comme une séduisante entreprise de vulgarisation portant sur l’histoire de notre espèce et comme une réflexion sur le sens de cette histoire. La pédagogie se double ainsi de considérations qui, sous couvert de science, trahissent une banale défense de l’idéologie dominante. »

 

 

 

Un jour, on inventa un journal de combat (Marie-Noël Rio) : « Afin de défendre les conquêtes du Front populaire et de fédérer dans la lutte contre le péril fasciste, le Parti communiste français décide, à la fin de 1936, de fonder un quotidien qui, contrairement à « L’Humanité », ne lui sera pas étroitement lié. «Ce soir , codirigé par Louis Aragon, sera un grand journal populaire, nourri par des intellectuels et des artistes. »
 
Gérard Mordillat revient sur une révolution sans révolution : « Une étrange malédiction semble frapper ceux qui se risquent à réaliser un film sur la Révolution française, comme en témoigne le dernier en date, Un peuple et son roi, de Pierre Schoeller, sorti en 2018. Au nom d’une illusion, celle de l’objectivité historique, voire de la neutralité scientifique, cette malédiction se manifeste par une absence de parti pris. Les cinéastes se veulent au-dessus de la bataille. « Il est doux, quand la mer est haute et que les vents soulèvent les vagues, de contempler du rivage le danger et les efforts d’autrui : non pas qu’on prenne un plaisir si grand à voir souffrir le prochain, mais parce qu’il y a une douceur à voir des maux que soi-même on n’éprouve pas », écrivait Lucrèce (De la nature des choses).Filmant la Révolution, les cinéastes s’interdisent de défendre l’une ou l’autre cause, ou soutiennent mollement la cause du peuple, sans que ce choix s’affirme autrement que dans les intentions. Au bout du compte (malédiction !), cela n’aboutit qu’à des films décevants. Pas des mauvais films, mais des films décevants. Paradoxalement, les films contre-révolutionnaires, comme Les Mariés de l’an II, de Jean-Paul Rappeneau (1971), ou L’Anglaise et le Duc, d’Éric Rohmer (2001), font preuve d’une plus grande fantaisie visuelle et d’une plus grande invention formelle ! »
Partager cet article
Repost0
30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 06:42
 
Je reprends ici de larges extraits d'un article de Lucien Marboeuf, professeur des écoles.
  •  

Il y a quelques jours, une prof de lycée s’est retrouvée convoquée par sa hiérarchie pour avoir dit sur Internet le mal qu’elle pensait de l’allocution télévisée du président Macron. Il n’en fallait pas plus pour relancer le débat sur le fameux « devoir de réserve » des enseignants, dans un contexte particulier : le ministre JM Blanquer aimerait bien, 35 ans après les textes sur les droits et obligations des fonctionnaires, inscrire dans la loi qu’il prépare un article permettant de mieux contrôler la parole enseignante.

La tribune du grand chef blanc

Le 12 décembre dernier une prof d’un lycée dijonnais signe sur le site d’info alternatif disjoncter.info une tribune intitulée « Le grand chef blanc a parlé ». Offensive, satirique, engagée, la tribune lui vaut une convocation le 20 décembre au rectorat. Là, l’enseignante a selon une syndicaliste droit à « un rappel au devoir de réserve », à « une incitation à la plus extrême prudence », le rectorat lui explique qu’« un fonctionnaire ne doit pas critiquer sa hiérarchie et l’Etat employeur », lui reproche surtout d’avoir indiqué dans sa tribune qu’elle était enseignante ainsi que le nom de son lycée, mais finalement, aucune sanction n’est donnée.

 

Sur les réseaux sociaux, l’affaire est abondamment commentée, on lit beaucoup d’incompréhension, d’inquiétude, de colère chez les enseignants.

 

A quelques semaines d’intervalle, donc, un même message, une même volonté de la hiérarchie et de l’institution de contrôler la parole des enseignants, de les inciter à se faire discrets, à garder leur opinion pour eux. Pourtant quand on consulte les textes, les choses sont claires : il n’y a pas, dans la loi, d’obligation de réserve pour les enseignants.

 

Neutralité, discrétion professionnelle et devoir de réserve

 

La seule Loi qui fixe les droits et obligations du fonctionnaire est la Loi n°83-634 du 13 juillet 1983, et dans le cas qui nous concerne, le chapitre IV consacré aux obligations et à la déontologie :

 

- dans l’exercice de ses fonctions, le fonctionnaire « est tenu à l’obligation de neutralité » et « au respect de la laïcité » (article 25 modifié le 20 avril 2016).

- « les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel dans le cadre des règles instituées par le code pénal. Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions » (article 26).

 

- tout fonctionnaire « est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public » (article 28).

 

Comme le résume Paul Devin sur son blog (à lire ici et aussi ) : « Pour être très concret, c’est donc dans sa pratique professionnelle, vis-à-vis des élèves et de leurs parents que l’enseignant fonctionnaire est essentiellement concerné par cette neutralité. La jurisprudence a même parfois considéré que la neutralité était encore davantage requise pour ceux qui ont la charge de l’encadrement et de la formation des élèves ». « La loi contraint les enseignants à se conformer aux instructions (art.28), à la discrétion, au secret professionnel (art.26), à la neutralité (art.25) mais pas à la réserve. La volonté du législateur s’est au contraire centrée sur l’inscription de la liberté d’opinion dans le statut sans que la loi ne vienne statuer sur les formes d’expression possibles de cette opinion ».

 

Dans une tribune célèbre, Anicet Le Pors, l’homme qui a conduit l’élaboration du statut général des fonctionnaires en 1983, rappelle le principe fondamental posé par l’article 6 de cette même Loi : « La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires » et leur statut, ajoute Le Pors, « ne leur impose pas d’obligation de réserve ». Cette liberté d’opinion a pour conséquence « de permettre au fonctionnaire de penser librement, principe posé dès l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui vaut pour les fonctionnaires comme pour tout citoyen : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi." »

 

Ce que l’Assemblée nationale avait rejeté dans la Loi de 1983 – l’obligation de réserve pour les fonctionnaires – Jean-Michel Blanquer semble vouloir l’inscrire pour les enseignants dans la Loi qu’il prépare.

Sanctionner les enseignants qui dénigrent l’institution

 

Il est assez signifiant que l’affaire de Dijon et l’histoire de la formation en e-réputation aient lieu fin 2018, dans un contexte où s’accumulent les signes d’une gouvernance dirigiste et autoritaire de l’EN (voir ce post de blog), au moment où le ministère met le point final à son projet de Loi « pour une école de la confiance », dont le Parlement a commencé le 5 décembre dernier la procédure accélérée demandée par le gouvernement. Ce projet de Loi débute par un article visant à insérer dans le Code de l’éducation ces deux phrases : « Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique également le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels ».

 

Énoncé ainsi, de manière sibylline, ça pourrait presque passer. Mais, comme le Café pédagogique l’a parfaitement noté, il faut examiner "l’étude d’impact" du projet de Loi, un document obligatoire fourni par au Parlement qui en dit bien plus long sur ce que le ministère souhaite mettre en place : on peut y lire, s’agissant de cet article 1er, que la confiance de la société en l’école « reste intimement liée aux comportements de l’ensemble des membres de la communauté éducative » ; dans la foulée l’étude d’impact regrette qu’ « aucune disposition législative ne consacre à ce jour l’importance de ce lien et la nécessité de le protéger » et explique que le Gouvernement « souhaite inscrire, dans la loi, la nécessaire protection de ce lien de confiance qui doit unir les personnels du service public de l’éducation aux élèves et à leurs familles. Compte tenu de son importance, il serait en effet déraisonnable de s’en tenir à une simple consécration jurisprudentielle ». S’appuyant sur une décision du Conseil d’état (18 juillet 2018) qui a permis de révoquer un enseignant, l’étude d’impact établit que la Loi pourra être invoquée comme dans cette décision « dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’éducation nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public. Il en ira par exemple ainsi lorsque des personnels de la communauté éducative chercheront à dénigrer auprès du public par des propos gravement mensongers ou diffamatoires leurs collègues et de manière générale l’institution scolaire », y compris sur les réseaux sociaux.

 

Quand une affaire d’agression sexuelle est utilisée pour faire passer un projet de loi

 

Mais quelle est donc cette affaire à laquelle renvoie l’étude d’impact au titre de la jurisprudence et qui nécessite de sanctionner des enseignants qui dénigreraient l’institution scolaire ? Il s’agit du jugement au Tribunal administratif d’un professeur de SVT coupable d’agressions sexuelles sur élève… C’est sur ce jugement extrêmement spécifique et particulier que s’appuie l’étude d’impact, qui s’empare pour argumenter d’une phrase du Conseil d’état, lequel a rappelé dans cette affaire « l’exigence d’exemplarité et d’irréprochabilité qui incombe aux enseignants dans leurs relations avec des mineurs, y compris en dehors du service » et l’importance de l’atteinte portée « à la réputation du service public de l’éducation nationale ainsi qu’au lien de confiance qui doit unir les enfants et leurs parents aux enseignants du service »C’est sur cette phrase, prononcée dans une affaire d’agression sexuelle, que le ministère fonde son argumentaire pour convaincre le Parlement d’inscrire dans la Loi « la nécessaire protection de ce lien de confiance qui doit unir les personnels du service public de l’éducation aux élèves et à leurs familles » !

 

Fort heureusement, le Conseil d’état a demandé le retrait de l’article 1er du projet de loi : à son sens, ces dispositions « ne produisent par elles-mêmes aucun effet de droit et réitèrent des obligations générales qui découlent du statut des fonctionnaires », elles ne constituent que des dispositions « manifestement dépourvues de toute portée normative » et n’ont donc pas leur place dans une loi.

 

En attendant le vote final de la loi, un enseignant a toujours le droit de dire ce qu’il pense. Dans l’école de la confiance, bien sûr.

 

Suivez l'instit'humeurs sur Facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf.

 

Un prof a-t-il le droit de dire ce qu’il pense ?
Partager cet article
Repost0
25 décembre 2018 2 25 /12 /décembre /2018 06:42

 

 

J’assistai récemment à une soutenance d’Habilitation à Diriger des Recherches en linguistique française. Avec le jury et la candidate, nous étions en présence de la crème de la crème des manieurs de la langue française. Dix fois j’entendis le verbe “ implémenter ” et le substantif “ implémentation ”. “ To simplement ” c’est tout simplement exécuter (une tâche), mettre en œuvre ou en pratique. L’utilisation du barbarisme implémenter écorche les oreilles, n’enrichit en aucun cas la langue française, surtout quand on se souvient que le terme a été imposé il y a une quarantaine d’années par les informaticiens français, dont on sait qu’ils sont particulièrement soucieux de notre patrimoine langagier.

 

Mais je voudrais évoquer ici l’adjectif “ inapproprié ”. Dans le français du XXIe siècle, tout est inapproprié : un barbon viole une enfant de 14 ans, sa conduite est inappropriée ; tel menu d’une cantine scolaire est inapproprié ; une marge bénéficiaire de plus de 10% est inappropriée ; la détention préventive est un mode de justice inapproprié ; une utilisation massive de médicaments peut être inappropriée. Nous avons ici affaire au calque de l’anglais “ inappropriate ”. Mais l’anglais lui-même se méfie de ce mot. Dans les exemples ci-dessus, un anglophone pourra fort bien utiliser les adjectifs “ improper ”, “ unsuitable ”, “ inadequate ”.

 

Débarqué en provenance de l’anglais vers 1975, je dirais que l’usage abusif d’“ inapproprié ” nous vient de l’ancien président des Etats-Unis William Clinton. Lorsqu’après avoir nié toute relation sexuelle au sens étroit du terme avec une stagiaire de la Maison Blanche – autrement dit, comme disait Bukowsky, sans avoir pu tremper son biscuit – il lui avait bien fallu avouer que Miss Lewinsky lui avait prodigué quelques gâteries à base de cigares mouillés. Il avait alors reconnu le caractère « inappropriate » de cette pratique. Les médias, les faiseurs d’opinion, s’engouffrèrent dans cette litote béante et nous la servirent à qui mieux-mieux, dans le domaine sexuel, puis dans tous les champs sémantiques. Au-delà de nos frontières, l’espagnol “ inapropriado ” tendit à remplacer, entre autres, “ inadecuado ”. Même chose en italien ou en portugais. 

 

Vont donc disparaître de notre usage “ inadéquat ”, “ non pertinent ”, “ déplacé ”, “ impropre ”, “ boiteux ”, “ malséant ”, “ inadapté ”, “ indigne ”, “ incorrect ”, “ malhonnête ”, “ incongru ”, “ indécent ”.

 

C’est vous qui voyez.     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 

Inapproprié

Dans leur livre L'Elysée off, les journalistes Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri affirment que le ministre Michel Sapin, voyant une journaliste penchée pour ramasser un stylo, "ne put retenir sa main en murmurant : 'Ah, mais qu'est-ce que vous me montrez là ?' et (...) fit claquer l'élastique de la culotte de la reporter en pantalon taille basse".

 

Sapin nia les faits et affirma avoir  “ touché le bas du dos de la journaliste ”, ce qui était “ inapproprié ”.

 

Les “ maladresses ”, le harcèlement sexuel, sont politiques. Comme le commentent fort à propos les deux auteurs mentionnés ci-dessus : “ Quand les pratiques de harcèlement – ou discriminatoires – sont à ce point passées sous silence, elles ont tendance à se banaliser. A l'Elysée comme ailleurs, elles visent le plus souvent les personnels précaires. Les petites mains du Château sont ainsi les premières victimes des économies réalisées sur le train de vie de l'Elysée. "L'entourage du président de la République est très dur", dénonce un cuisinier. "Je connais l'Elysée depuis dix ans. Jamais il n'y a régné une telle violence sociale. Ils ne regardent que les chiffres et serrent la vis, mais que sur les petits. On n'en revient pas de tant de dureté, de la part d'un gouvernement de gauche." ”

Partager cet article
Repost0
19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 04:25

Le banquier supprime des filières dans les lycées. À tour de bras. 

La "réforme" fait disparaître les filières des séries du bac général. Les élèves devront construire eux-mêmes leur parcours. Si tu ne sais pas ce que tu veux faire dans la vie à 15 ans, tu meurs.

L'objectif est de mettre les lycées en concurrence, de faire des économies, de faire baisser le nombre d'heures de cours, d'augmenter les effectifs par classe, de diminuer le choix des spécialités et des options.

Nombreux seront les enfants qui suivront des cours dans deux lycées différents. A la limite, l'algèbre se fera ici, et la géométrie là-bas. Pour les gosses de Lozère, ce sera très pratique.
Le banquier casse les lycées
Partager cet article
Repost0
17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 06:32

 

 

 

Le site Révolution analyse « l’enfumage présidentiel » lors de l’intervention du président Macron : « Si le grand Capital n’est pas mis à contribution, s’il bénéficie même de nouvelles ristournes fiscales, qui va payer la facture des annonces de Macron ? La réponse est dans la question : si ce n’est pas le Capital, c’est le Travail qui payera, ainsi que les classes moyennes. Sous quelle forme ? Macron a eu la prudence de n’en rien dire. Mais on le sait bien : la masse de la population payera la facture sous la forme de coupes dans les dépenses publiques et de hausses de taxes diverses. Autrement dit, le peu qui a été donné de la main gauche, hier soir, sera repris de la main droite, demain. Et bien sûr, la main droite prendra beaucoup plus que la main gauche n’a donné, conformément à l’agenda des contre-réformes drastiques prévues dans les années à venir : retraites, assurance chômage, fonction publique. Macron lui-même l’a dit : « Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent. » Précisément. Mais il ne pourra pas dissiper quarante années de malaise, de souffrances et d’humiliations en distribuant quelques dizaines d’euros par mois à telle et telle catégorie de la population. Par exemple, beaucoup de retraités qui payeront moins de CSG, en 2019, ne cesseront pas pour autant d’être pauvres, voire très pauvres, après toute une vie de dur labeur. Et quid des fonctionnaires, des travailleurs payés au-dessous du SMIC, des chômeurs, des temps partiels imposés, mais aussi des artisans, des petits commerçants, des petits agriculteurs, etc. ? Pour eux, Macron n’a rien annoncé. Par contre, ils seront mis à contribution pour payer la facture. »

 

Après avoir cité La Rochefoucaud (« La promptitude à croire le mal sans l’avoir examiné est un effet de l’orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d’examiner les crimes ! »), Évariste expose ses priorités dans Res Publica : « On nous rétorquera qu’ici ou là, il y a eu des dégradations et des propos critiquables de certains gilets jaunes. Certes ! Et nous ne les excusons pas ! Mais est-ce qu’un tag sur un édifice public est plus important que l’impossibilité de manger correctement, de se soigner, de vivre, ou de hurler aux injustices sociales, etc. ? Plus de 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté ! Voilà ce que nous devons questionner dans le débat. Oui, il faut lutter contre le racisme et l’homophobie, mais il faut aller aux causes et agir sur les causes. Et de ce point de vue, les pouvoirs publics ont une grande responsabilité car ils n’agissent pas sur l’ensemble des causes du racisme et de l’homophobie. Et est-ce que les organisations associatives, syndicales et politiques de gauche sont toutes immunisées contre le racisme ? Bien sûr que non ! Le racisme anti-arabe, anti-musulman, anti-juif, anti-blanc est malheureusement présent dans ces organisations. Conclusion provisoire avec Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire ! » »

 

 

 

 

 

Revue de presse (261)

 

Sur le site Anti-Ka, Olivier Petitjean a une pensée émue pour Albert Frère, l’homme le plus riche de Belgique (5,8 milliards d’euros), décédé le 3 décembre : « Il a été l’un des principaux mentors de Nicolas Sarkozy, qui lui a remis la Grande croix de la Légion d’honneur dès son arrivée à l’Élysée. Alors que ce dernier n’était encore que ministre de l’Économie, l’homme d’affaires a été accusé de bénéficier d’une mansuétude inexpliquée de la Caisse des dépôts et consignations. L’établissement financier public lui avait racheté ses parts dans le groupe de BTP Eiffage et, surtout, dans la chaîne de restauration rapide Quick à un prix anormalement élevé, qui lui aurait permis ensuite de se renforcer au capital de Suez juste avant sa fusion avec GDF. Les plaintes déposées par un homme d’affaires brouillé avec Albert Frère ont été cependant déclarées irrecevables.

 

À la fin des années 1980, Albert Frère a échappé miraculeusement à toute poursuite suite à la faillite retentissante de la banque de Wall Street Drexel Burnham Lambert, dont il était pourtant l’un des actionnaires de référence. Plus récemment, une autre société contrôlée par Albert Frère s’est retrouvée impliquée dans les scandales de corruption entourant la compagnie pétrolière nationale du Brésil, Petrobras. En 2008, cette dernière avait en effet accepté de racheter à Albert Frère une raffinerie au Texas pour la somme de 800 millions de dollars – près de vingt fois plus que ce que l’homme d’affaires belge avait déboursé pour l’acquérir seulement trois ans plus tôt…

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 06:25

Je suis étonné de voir comment, dans les médias ou les réseaux sociaux, on nomme le fondateur de la Vème République : “ Charles De Gaulle ”, ou encore “ Charles de Gaulle ” (ce qui est absurde car la famille n'était pas noble). Nous qui l'avons aimé ou subi l'appelions De Gaulle ou le général De Gaulle ou le président de la République. Par moquerie, le grand Charles, Charlot. J'imagine, mais ne saurais jurer de rien, que cette dénomination d'aujourd'hui l'historicise.


Je suis également surpris de le voir bénéficier d'un réel crédit auprès de gens de gauche, au nom de l'indépendance nationale. Fortement influencé par les grands penseurs de droite et d'extrême droite du XIXème siècle, De Gaulle fut un vrai homme de droite. Il eut beau fanfaronner, en une seule occasion, en déclarant que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille, il nomma premier ministre un banquier ayant quitté la Fonction publique (tiens, tiens) qui succéda à un autre premier ministre férocement de droite. Son dernier premier ministre, Maurice Couve de Murville, avait été haut fonctionnaire de Vichy chargé d'avaliser tous les mouvements financiers franco-allemands tout en devant « réduire l'influence juive dans l'économie française ». Il considéra toujours les gaullistes autoproclamés de gauche comme de la roupie de sansonnet. Il envisagea le comte de Paris comme nouveau roi de France. En 1968, il tomba à droite. L'énorme défilé de mai ( j'y étais) était à 98% de gauche.

 

René Andrieu a fait remarquer à juste titre que de 1954 à 1958, puis de 1958 à 1962, la guerre d'Algérie a duré aussi longtemps sous De Gaulle que sous la IVe République. Les massacres de Sétif, qui firent 45 000 morts, se déroulèrent alors que De Gaulle était chef du gouvernement provisoire. En Indochine, les choix stratégiques et diplomatiques de De Gaulle empêchèrent un règlement pacifique, ce qui déboucha sur une guerre de trente ans. En particulier, De Gaulle avait confié les pleins pouvoirs civils et militaires, non à Leclerc, mais à l'amiral d'Argenlieu, colonialiste fanatique hostile à tout compromis avec Hô Chi Minh. Pour ce prêtre, religieux carme, le communisme devait être combattu “ pour des raisons aussi spirituelles que politiques ”. Lucide, Leclerc prévint : « De Gaulle va perdre l'Indochine comme il a perdu la Syrie. »


Il est indéniable que, sa vie durant, De Gaulle sut tenir tête aux Étasuniens, mais cela n'en fit jamais un homme de gauche.

 

J'ai visité Colombey il y a une quarantaine d'années. J'ai été frappé par le style des pièces qu'on nous donnait à voir : classe, simplicité et sobriété. Le contraire de Sarkozy ou Macron. Il ne s'est effectivement pas enrichi avec la politique. A l'Élysee, il y avait un compteur électrique pour son appartement.

 

 

 

 

Nommer De Gaulle
Partager cet article
Repost0
11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 06:35

 

Un vif débat – une altercation verbale – a opposé le 8 décembre à 20h 45 le gilet jaune Christophe Couderc à Bruno Jeudy, pilier de BFM-TV. Jeudy a accusé Couderc d’être un faux gilet jaune car militant politique. Couderc n’a pu alors rétorquer que Jeudy était un faux journaliste.

 

On pourrait tout de suite donner raison à Couderc dans la mesure où Jeudy est l’un des responsables d’un magazine qui ne brille pas par la qualité de ses analyses politiques, à savoir Paris Match. Mais là, on friserait le procès d’intention et les mânes de l'atlantiste et anticommuniste viscéral Raymond Cartier en seraient dévastées.

 

Non, Jeudy est un faux journaliste parce que, comme les piliers de BFM (ou de CNEWS), il ne respecte pas les règles du journalisme. Un journaliste en plateau de télévision est censé accueillir un invité, avec courtoisie si possible, lui poser des questions, attendre la fin des réponses et relancer s’il estime que ces réponses sont insuffisantes. Telle n’est pas du tout la pratique de Jeudy et des autres piliers.

 

Authentique marathonien, Jeudy a du souffle, ce qui lui permet de couper la parole de ses invités et de se lancer, pendant plusieurs minutes si nécessaire, dans un argumentaire complètement personnel. Point n’est besoin de se demander vers quel côté penche notre fringant coureur à pied, lui qui est l’auteur de Nicolas Sarkozy de Neuilly à l'ÉlyséeSarkozy et ses femmeset Sarkozy côté vestiaires (on attend Sarkozy et son bidet ou encore Macron est-il hétéro ?).

 

En plateau comme ailleurs, Jeudy est le chien de garde qui aboie contre tout ce qui n’est pas de droite – donc ce qui n’est pas macroniste – et monte la garde auprès des banques et de ses employeurs milliardaires, propriétaires de BFM-TV.

 

Il suffirait que les hommes et femmes politiques appartenant à la vraie gauche boycottent les plateaux de BFM-TV et de CNEWS en réservant leur prestation pour le Canal 27 de France Info, disons pendant un mois, pour déstabiliser l’arrogance de ces chiens de garde des milliardaires.

 

Si le personnel politique tentait de mettre au pas les médias, on crierait au scandale. Le fait que les médias aient mis au pas le personnel politique ne scandalise plus personne.

 

Bruno Jeudy, vrai marathonien et faux journaliste

PS : Licia Meysenq, une jeune journaliste, a regardé BFM pendant 3 jours. Son témoignage, brut de décoffrage :

 

J'avais du mal à comprendre la défiance des gens vis à vis de BFM. Je suis journaliste et diplômée d'une école. J'ai donc décidé de regarder exclusivement BFM pendant trois jours. La suite va vous étonner.

 

Premier jour de mon long calvaire : surlendemain de la manif du 1er décembre. On apprend que plusieurs personnes sont blessées par des tirs de lacrymo. Une personne est décédée (Marseille) une autre a perdu sa main Pendant ce temps BFM passe en boucle un reportage sur ...

 

Les CRS agressés par "les manifestants". Oui ... Les manifestants. Aucune personne ne parle des blessés, ni des conditions de travail desdits CRS (qui ont bossé plus de 20H. Ce sera le seul reportage de la journée.