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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 05:37

 

 

Á plusieurs reprises, j’ai écrit, dans ce blog ou ailleurs, à quel point la pensée et les publications de Bernard Friot étaient indispensables à la compréhension des mécanismes socio-économiques de notre société. Sa réflexion sur les « réformes » des retraites en particulier est indispensable à qui veut démonter le discours de la classe dominante en la matière. Voir, par exemple, iciiciet ici

 

Je suis navré d’avoir à écrire cette note suite aux attaques de Friot contre Le Grand Soir. Je collabore à ce site éminemment politique depuis une petite dizaine d’années, comme auteur, puis comme administrateur. J’y ai publié plus de 600 articles et j’en ai mis en ligne 2 ou 3 000. C’est dire si je connais bien la maison.

 

Le Grand Soir est un site de la gauche de gauche, comme disait Bourdieu. Globalement, on peut dire qu’il est proche de Mélenchon, mais il n’a pas d’ennemis à gauche, étant posé que le parti socialiste – soutien, au même titre que les partis de droite, de la finance internationale et d’une Europe construite contre les peuples – n’est pas un parti de gauche. Deux des administrateurs du Grand Soir étant de fins observateurs de l’Amérique Latine, le site soutient tous les mouvements progressistes du continent. Le Grand Soir défend par ailleurs la cause palestinienne, il est hostile à l’Otan et à l’impérialisme étasunien.

 

A ce jour, le site a publié plus de 20 000 articles sous la plume de près de 2 000 contributeurs. La politique éditoriale des administrateurs est simple : seule la forme fait l’objet de corrections. Si le fond exprime des idées en contradiction avec la charte du Grand Soir (en termes politiques ou éthiques), les articles sont refusés. Ce qui arrive rarement. Sinon, ils sont acceptés, sans jamais être tronqués.

 

Pour des raisons que je ne connais pas et qui ne m’intéressent nullement, Friot est en bisbille avec une collaboratrice très dévouée du site qui nous propose régulièrement des articles traduits de l’anglais. Outre que ses traductions sont précises et élégantes, cette personne, que j’appellerai « D. » ne choisit que des articles qui vont dans le sens de nos luttes.

 

Á propos de cette « D. » et du Grand Soir, Friot a écrit récemment ceci:

 

« Les traductions sont commandées (ou fournies spontanément par D., je n'en sais rien) par des médias alternatifs francophones, en particulier Le Grand Soir et AlterInfo, pour ce que j'ai pu voir dans cette première recension exploratoire, qui diffusent la même vision complotiste du monde (souvent dans une version "de gauche" dans Le Grand Soir, dans une version plus à droite dans AlterInfo, dont le responsable, Zeynel Cekici, a été condamné en 2009 à quatre mois de prison avec sursis pour négationnisme) ».

 

Sociologue habituellement rigoureux, Friot procède ici par amalgame et effet de halo ou, plus prosaïquement effet de tache d’huile. Pour faire simple : je t’ai vu avec A, qui fréquente régulièrement B qu’on repère régulièrement dans les manifs nazies. Tu es donc contaminé par le nazisme.

 

Le Grand Soir n’a strictement rien à voir avec AlterInfo et avec son responsable condamné à quatre mois de prison pour négationnisme.

 

Friot postule dans la foulée que « ces médias, qui font office d’agence de presse alternative, servent de bases de données pour tout ce que la fachosphère compte de sites et des blogs, et là on quitte la vitrine «présentable » pour les lieux les plus puants ».

 

Ces élucubrations ne concernent pas Le Grand Soir qui a publié des centaines d’articles contre la fachosphère, Soral, la famille Le Pen (l’un des administrateurs du Grand Soir est l'auteur de Marine Le Pen amène le pire, préfacé par Paul Ariès). Le site fut l’un des premiers en France à expliquer que Robert Ménard était d’extrême droite. Ce, bien avant son élection à la mairie de Béziers.

 

Le 8 mars, un administrateur du Grand Soir a envoyé à Friot un courriel privé pour lui expliquer respectueusement mais fermement, qu’il se méprenait. Du haut de sa grandeur, Friot n’a pas répondu. Il n’hésite pas à « dialoguer » longuement avec le désormais très douteux Étienne Chouard mais n’a pas la courtoisie de  consacrer dix minutes de son temps précieux d’intellectuel supérieur à étudier honnêtement le site pour ce qu’il est.

 

Donc, pour ce qui concerne ce blog et pour ce qu'il en a à faire, adieu Friot !

Bernard Friot, l’amalgameur
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 05:28

 

Dans les colonnes du journal suisse Le Temps, Gabriel Galice, Daniele Ganser et Hans von Sponeck estiment que « Ce n’est pas la Russie qui menace l’Europe, mais les Etats-Unis et ses alliés de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) qui déstabilisent le monde. Après l’illégale guerre d’Irak, l’extension du nombre de pays membres de l’OTAN et l’expansion tous azimuts de son aire d’action, le renversement du régime de Kadhafi en Libye, puis ce que nous considérons comme un coup d’Etat en Ukraine organisé et soutenu par les Etats-Unis, auront été les lignes rouges déclenchant les ripostes russe et chinoise qui avaient déjà constitué l’Organisation de Coopération de Shanghai après le premier élargissement de l’OTAN. » Et les pays neutres, demandent les auteurs ? « La Suède rétablit la conscription. L’Etat-major suédois manœuvrait naguère de concert avec l’OTAN et les Etats-Unis, ce à l’insu du gouvernement d’Olof Palme qui préconisait la détente avec Moscou… et qui en mourut assassiné. »

 

 

Pour Politis, l’évasion fiscale constitue un casse permanent : « Un an après les révélations d’un consortium de médias, les banques et les multinationales font toujours échapper des centaines de milliards d’euros des États où elles sont imposables.

 

Le dernier rapport d’Oxfam laisse pantois. L’ONG britannique révélait lundi dernier que les vingt plus importantes banques européennes généraient 26 % de leurs profits dans des paradis fiscaux. Grâce à des montages financiers et des sociétés écrans, elles déplacent une partie de leur chiffre d’affaires dans les îles Caïmans, aux Bahamas, au Luxembourg, etc., où l’imposition est très faible, voire nulle. En 2015, les sommes échappant au fisc des pays où ces banques sont réellement actives totalisaient 25 milliards d’euros. Leurs filiales des paradis fiscaux sont deux fois plus rentables qu’ailleurs, et avec des effectifs salariés réduits. Oxfam décerne le pompon à la Barclays : au Luxembourg, son bureau affiche 13 millions d’euros de bénéfices avec un seul employé. Certaines filiales des vingt banques européennes sont même dépourvues d’employés et cumulaient cependant 628 millions d’euros de profits en 2015. La BNP Paribas occupe le premier rang du palmarès : aux îles Caïmans, sa coquille vide génère 134 millions de bénéfices. La Société générale n’est pas en reste, qui dégage 22 % de ses profits dans les paradis fiscaux, où ne sont employés que 4 % de ses effectifs. En Irlande, ses bénéfices y sont quatre fois supérieurs au chiffre d’affaires déclaré !

 

 

Dans Res Publica, Bernard Tepper nous recommande chaudement d’acheter, ou de racheter dans sa nouvelle édition, le Dictionnaire amoureux de la laïcité d’Henri Pena-Ruiz : « Rappelons, comme cela se voit à la lecture du Dictionnaire (à l’entrée Karl Marx par exemple), qu’Henri Pena-Ruiz est l’intellectuel contemporain qui lie le combat laïque et le combat social, contrairement à la gauche de la gauche décomposée et à d’autres intellectuels pour qui le combat laïque est indépendant des autres combats. Nous savons pourtant que les avancées laïques n’ont eu lieu que lors des avancées sociales et politiques et que, symétriquement, les reculs laïques ont eu lieu lors des périodes régressives du capitalisme, comme lors de l’actuelle période néolibérale. »

 

 

Le site Mirador, spécialisé dans l’étude des multinationales, brosse un portrait complet de Bayer, ex IG Farben. J’en extrais ceci : « [Dans les années trente], IG Farben constitue une aubaine pour la quête autarcique allemande. Sous l’occupation, un bloc économique couvrant une zone allant de Bordeaux à Santa Sofia (Italie) est mis en place et IG Farben tentera d’en occuper le leadership avec succès. La firme contrôle progressivement la moitié de l’industrie des colorants français, prenant ainsi sa revanche sur le diktat de Versailles. En 1942 le cartel tente la création d’une Union européenne du Caoutchouc avec des industriels français et italiens. Ce cartel servira à rationaliser les besoins de production et renforcer les positions allemandes. La firme met au point le Zyklon B, initialement un pesticide, qui sera utilisé dans les chambres à gaz. Les prisonniers des camps de concentration participeront également à l’effort de guerre : le cartel emploie 83 000 travailleurs forcés en 1944.

 

Pour le site de Leverkusen la guerre s’arrête le 14 avril 1945, avec l’arrivée des troupes américaines avant que l’armée britannique n’occupe la zone. »

 

Revue de Presse (201)
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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 05:35

Question de Serge Halimi : « Et cette fois encore, le piège du vote utile ? »

 

Le premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, opposera onze candidats aux opinions très diverses. Ce pluralisme a été en partie éclipsé par les affaires judiciaires et par la place que les médias ont consacrée au bal incessant des sondages. Néanmoins, la perception de la nature profondément antidémocratique des institutions françaises et européennes gagne les esprits. Mais la traduction en termes électoraux de cette conscience nouvelle risque d’être dévoyée par le piège d’un « vote utile » qui choisirait comme opposant à l’extrême droite un adorateur de la mondialisation.

 

 

L’assurance-maladie universelle en questions (Martine Bulard) : « Parmi les plus performants du monde, le système français de santé n’arrive pourtant plus à compenser les inégalités. La Sécurité sociale a vu son rôle marginalisé au profit des complémentaires, dont les coûts de gestion et de publicité explosent. Et si on en revenait au « tout-Sécu » ? »

 

 

Jean Marcou estime que le président Erdoğan signe la fin du « modèle turc » : « Entre deux polémiques avec les dirigeants européens, le président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui cherche à renforcer son pouvoir sur le plan intérieur, se rapproche de l’Arabie saoudite et de la Russie. Ce recentrage témoigne de la situation délicate de la Turquie dans son environnement régional. Le temps où elle apparaissait comme l’un des grands bénéficiaires des « printemps arabes » semble révolu. »

 

 

Il évoque aussi « La quête obsessionnelle d’un pouvoir fort » : « Élaborée à la suite du coup d’État militaire de 1980, la Constitution de 1982 a toujours été contestée en Turquie, l’armée s’y étant octroyé le rôle de véritable régulateur du système. Mais cette remise en question, qu’illustrent les nombreuses révisions ou les projets de nouvelle Constitution, a changé de nature depuis la montée en puissance du parti islamo-conservateur de M. Recep Tayyip Erdoğan, le Parti de la justice et du développement (AKP). »

 

 

Heureusement, peut-être, La Constitution des Etats-Unis joue contre Donald Trump : (Anne Deysine) « Immigration, droits des femmes : depuis sa prise de fonctions, M. Donald Trump affronte une résistance tous azimuts, même si sa base électorale lui demeure fidèle. Certains contestataires ont choisi d’utiliser les possibilités offertes par la Constitution américaine, conçue par les Pères fondateurs dans l’objectif d’empêcher que le président puisse bouleverser l’ordre social existant. »

 

 

Assistons-nous à « La fin des partis politiques » ? (Allan Popelard ) : « Conçues par les proches du général de Gaulle pour mettre à bas le régime des partis, que celui-ci jugeait responsable d’avoir conduit la France à l’abîme en 1940, les institutions de la Ve République ont produit la « scène de contradiction sur un théâtre d’impuissance » qu’il avait dénoncée. Mais, loin de résulter du jeu des appareils, la décomposition du champ politique semble aujourd’hui plutôt due à un affaiblissement des partis sous l’effet du présidentialisme. »

 

« Nous ne sommes pas un protectorat américain », affirment les Mexicains (Andrés Manuel López Obrador) : « Les propos injurieux de M. Donald Trump à l’égard du Mexique ont accéléré la campagne présidentielle dans ce pays. Le scrutin n’aura lieu qu’en juillet 2018, mais un candidat se détache déjà : M. Andrés Manuel López Obrador, qui incarne les espoirs de la gauche. »

 

 

James M. Cypher estime que « Le piège de la dépendance se referme sur le Mexique » : « Les États-Unis n’ont pas déclaré la guerre au Mexique ; ils souhaitent simplement renégocier l’accord commercial qui les lie à leur voisin. Le projet a néanmoins plongé Mexico dans l’effroi. Depuis le début des années 1980, le pays a fait le choix d’arrimer son économie à celle des États-Unis. Un virage à 180 degrés au nord du Rio Bravo pouvait-il manquer de créer des remous au sud ? »

 

 

Dans les démocraties occidentales, les dirigeants font de plus en plus face à « Ce monstre anonyme, l’homme de la rue » (Angela Nagle) : « Alors que le populisme de droite qu’incarne M. Donald Trump a pris le pouvoir aux États-Unis, une vague de mépris des classes populaires, qui auraient mal voté, monte chez les démocrates. Des militants démoralisés par leur débâcle à l’élection présidentielle de 2016 pansent leurs plaies en se berçant de l’illusion de leur supériorité. Sans toujours le savoir, ils ravivent ainsi une vieille idée. »

 

 

Les Français d’origine chinoise s’affirment en tant que communauté (Zhang Zhulin ) : « Longtemps restés discrets, les Chinois de France ont fait irruption dans le paysage en organisant une puissante manifestation en septembre 2016 : ils réclamaient plus de protection à la suite de l’agression mortelle d’un des leurs. Une unité qui n’allait pas de soi. À la différence de ses aînés, la deuxième génération veut combattre les préjugés dont elle est victime. »

 

 

Jordan Pouille évoque les oubliés chinois de la Grande Guerre : « Le 17 février 1917, près de Malte, un sous-marin allemand torpillait le paquebot français « Athos », faisant 754 morts, majoritairement des Chinois. Ces hommes devaient rejoindre un contingent de 140 000 travailleurs de leur pays. Une main-d’œuvre à l’histoire largement méconnue. »

 

 

Maxime Audinet explique pourquoi la voix de Moscou trouble le concert de l’information internationale : « Accusée d’être un instrument dans les mains du Kremlin, RT a repris les codes, et les défauts, des chaînes d’information en continu, nombreuses à se faire concurrence dans une arène désormais mondiale. La forte progression de son audience aux États-Unis ou en Europe tient à une ligne éditoriale ouvertement critique à l’égard des politiques occidentales, qu’elle décline en fonction des régions. »

 

 

Benoît Bréville explique pourquoi la gauche est embarrassée par l’immigration : « La stratégie conservatrice visant à opposer les plus démunis entre eux est parvenue à faire de l’immigration une question décisive pour nombre de Français. Aubaine pour la droite, cette situation impose à la gauche d’évoluer sur un terrain miné… et la divise. »

 

 

Le Monde Diplomatique (105)

Selon Philippe Leymarie, la canonnière est demeurée une passion française : « Le président Hollande aura envoyé les troupes sur de nombreux terrains difficiles. Est-ce vraiment leur vocation de se substituer si souvent aux diplomates ? Celui qui lui succédera devra mesurer le coût de ces ingérences, tant en matière de dépenses militaires que pour l’image de la France. »

 

 

La culture occupe une place plus que modeste dans la campagne pour la présidentielle (Evelyne Pieiller) : « Figure obligée des programmes électoraux, les projets relatifs à la culture reflètent les dispositions idéologiques des partis. Certains y voient un terreau identitaire, d’autres un bagage éducatif qu’il s’agirait de distribuer à chacun. Son rôle moteur dans la transformation sociale semble toutefois oublié. »

 

 

Un article inattendu de Nicolas Escach sur les déserts danois : « La spécialisation des économies nationales entraîne un déclin de nombreux territoires périphériques. Au Danemark comme chez ses voisins. Mais les menaces pesant sur la cohésion sociale ont conduit à une riposte contre la concentration du pouvoir dans les grands centres urbains et à une relance de la démocratie locale favorisant les coopérations novatrices. »

 

 

En Afrique, les entreprises françaises sont défiées dans leur pré carré (Olivier Piot ) : « Après des décennies d’expansionnisme tranquille, soutenu par le gouvernement français, les entreprises hexagonales doivent affronter la concurrence chinoise, indienne ou turque sur le continent noir. Si elles se risquent désormais hors de l’ancien pré carré colonial, en ont-elles pour autant terminé avec la connivence qui les liait aux régimes autoritaires « amis de la France » ? »

 

 

Sylvie Aprile analyse les origines du présidentialisme : « Fondé sur l’élection directe du chef de l’État, le régime présidentiel français découle d’une révision constitutionnelle adoptée par référendum le 28 octobre 1962. De tradition bonapartiste, le général de Gaulle choisit de revenir à un mode de désignation qui, dès sa naissance en 1848, avait posé le problème du respect de la souveraineté populaire par le pouvoir exécutif. »

 

 

« Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées », disait Buffon. Dans l’édition, le style devient une affaire mystérieuse (Sophie Divry) : « Trouver son style » constitue pour l’écrivain à la fois une injonction, un objectif et une morale. Le mot de Buffon datant de 1753 a fait florès : « Le style est l’homme même. » Un écrivain qui veut jouer dans la cour des grands cherche à mettre au point un style bien à lui, pour être à la fois identifié et distingué. Le summum du chic est d’être reconnaissable en quelques lignes. L’écrivain qui n’y parvient pas contracte un complexe : serait-il médiocre, dilettante ou schizophrène ? »

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 05:26

Une équipe de La France insoumise, dirigée par Bernard Cassen, vient de proposer un livret sur la francophonie : « Passer à la francophonie politique ».

 

Je propose ici la première partie du livret qui établit l’état des lieux.

 

 

Cette oligarchie qui parle le dollar

 

Dans son ouvrage Combats pour le français, Claude Hagège, professeur au Collège de France, cite l’écrivain britannique T. B. Macaulay qui, en 1835, assignait à la colonisation de l’Inde la mission de former « une classe d’individus indiens de sang et de couleur, mais anglais par leurs goûts, leurs opinions, leurs valeurs et leur intellect ».

 

 

Un peu moins de deux siècles plus tard, l’entreprise de colonisation des esprits des « élites » est devenue planétaire. Elle sert cependant moins les intérêts politiques du Royaume-Uni que ceux des États-Unis en tant que promoteurs et premiers bénéficiaires de la mondialisation néolibérale. Mais elle a toujours comme principal vecteur la diffusion de l’anglais, ou plus exactement de l’angloaméricain. Claude Hagège montre bien la « solidarité naturelle » qui, depuis l’économiste écossais Adam Smith (1723-1790) et son collègue britannique David Ricardo (1772-1823), «unit l’idéologie libre-échangiste et la langue anglaise ». Ces « assises libérales communes » sont confortées par les actions volontaristes de la nébuleuse des décideurs politiques et économiques anglo-saxons qui, eux, ont parfaitement compris les avantages – en premier lieu le formatage des esprits sur leur « modèle » – et la rente financière qu’ils retirent de l’imposition d’une langue unique mondiale, la leur, qui joue le même rôle que celui du billet vert comme monnaie de réserve dans le système financier international.

 

 

En France, les situations quotidiennes où le libéralisme impose l’anglais sont nombreuses : industrie du divertissement, publicités, documents de travail dans les grandes entreprises, ou encore pratique de naming de produits, etc.

 

 

Une langue est plus qu’un simple code pour l’échange d’informations : elle constitue le creuset même de l’identité de chacun. Nombreuses sont même les personnes qui en maîtrisent plusieurs. On ne voit pas et on ne pense pas le monde, pas plus que l’on ne crée ou n’invente de manière identique à travers le prisme du norvégien et à travers celui du quechua ou du chinois. Ce qui est vrai des individus l’est aussi des communautés et des nations. Pour le grand historien Fernand Braudel, « la France, c’est la langue française ». Tout comme, pour Umberto Eco,

« l’Italie c’est avant tout une langue ». Pourtant, en France, les « élites » ont tôt fait de qualifier de « nationalisme » l’attachement des peuples à leur langue, alors que c’est parfois tout ce qui leur reste pour « faire société » et s’inscrire dans une histoire partagée.

 

 

Passer à la francophonie politique

Un exemple affligeant entre mille de la démission de ces « élites » est le choix d’un slogan en anglais (Made for sharing), projeté sur la Tour Eiffel, pour le dossier de candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 et cela dans la patrie de Pierre de Coubertin, initiateur des Jeux olympiques modernes dont le français est la langue officielle ! Pire encore, en choisissant de basculer leur documentation interne à l’anglais des entreprises s’affranchissent de la loi Toubon, qui stipule pourtant que « le français est la langue du travail et des échanges ». C’est même le cas dans des entreprises dans le conseil d’administration desquelles des représentants de l’État siègent. C’est une souffrance au travail supplémentaire pour des francophones d’être contraints de travailler dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas aussi bien que leur langue maternelle. L’indignité va jusqu’à mener des réunions en anglais en France, dans des firmes françaises, très souvent entre des salariés qui sont tous francophones ou français.

 

 

Les instances européennes cherchent à casser les jugements contre les délinquants linguistiques condamnés en France au titre de la loi Toubon et qui allèguent au niveau européen la « concurrence libre et non faussée ». Mais outre-Atlantique la solidarité anglophone est un puissant ciment politique. Ainsi, ce n’est certainement pas un hasard si le réseau d’espionnage de la National Security Agency (NSA), employant plusieurs dizaines de milliers d’agents et doté de puissants moyens de communication dématérialisé comme Internet ou par satellites, a pour seuls partenaires à part entière des pays anglo-saxons – l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni – pour lesquels les États-Unis sont une seconde patrie. Nous aussi faisons de la francophonie un grand espace géopolitique !

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 05:35

200ème revue de presse. Maxime, on sabre le champagne !

 

Dans Le Monde, Olivier Roy revient sur le profil des terroristes islamistes :

 

« Il est constant sur ces vingt années : pour la plupart de seconde génération, redevenus religieux après un passé profane voire, pour moitié d’entre eux, délinquant, ils sont membres d’un petit groupe de copains et de frangins, avec quelques convertis en arrière-plan (les frères Clain). Chaque groupe avait un lien direct avec le djihad global (Al-Qaida puis Daech).

 

Depuis le Bataclan, les attentats commis en Europe répondent à un modèle assez différent et leurs auteurs sont plus disparates. Ces attentats (Magnanville, Saint-Etienne-du-Rouvray, Nice, le marché de Noël de Berlin et, dernièrement, Londres) portent le signe d’un grand amateurisme. Il s’agit d’individus plutôt instables, peu structurés, voire marginaux, au point que la police a du mal à remonter la filière qui les lierait à Daech, même s’ils se revendiquent de l’Etat islamique et que l’organisation s’attribue le crime. Pas besoin de faire de grandes analyses géostratégiques ou sociétales pour expliquer les cibles : Daech fait feu de tout bois et frappe l’Allemagne alors que celle-ci n’est pas engagée dans la coalition contre l’Etat islamique. »

 

 

Son équipe le jure, main sur le cœur : Trump se rend dans ses établissements parce qu'il s'y sent bien, parce qu'il y est accueilli chaleureusement et avec bienveillance, parce qu'il aime particulièrement les steaks bien faits, avec le ketchup bien fait, servis dans les restaurants de ses hôtels. Point barre. Pourquoi lui interdire d'aller chez lui ? Interrogé par le New York Times, Robert Weissman, président de l'ONG Public Citizen, estime : « Il est normal pour un président de sortir et de se rendre dans des petites entreprises à travers le pays qui peut servir de petit coup de pouce promotionnel. Mais Donald Trump passe beaucoup de son temps de repos à faire de la publicité pour son business en marchant. C'est un écart majeur par rapport aux normes traditionnelles. »

 

Cette promo gratuite fonctionne-t-elle ? Lors d'une conférence de presse pour promouvoir un tournoi de golf, le fils de Donald Trump, Eric, qui gère les 16 terrains de golf de la Trump Organization, avait annoncé, tout fier : « Les planètes sont toutes alignées. Notre marque n'a jamais été aussi 'brûlante'. »

 

Au Huffington Post, Richard Painter, ancien avocat en éthique de la Maison-Blanche sous l'administration du président George W. Bush, juge, sévère : « Il ne devrait pas utiliser sa position officielle pour promouvoir ses affaires. Cela ne fait pas de lui un bon homme d'affaires. Cela fait de lui un mauvais président. »

 

 

Selon François Lenglet (sur RTL), que l’on citera exceptionnellement, et qui cite une étude du prix Nobel d’économie britannique Angus Deaton, la mortalité chez les Étasuniens blancs d’âge moyen, qui était en déclin depuis 1978, a recommencé à augmenter depuis quinze ans en raison des abus d’alcool, de drogue et des suicides, surtout chez les populations défavorisées. En 1999, la mortalité des Blancs non hispaniques était inférieure de 30% à celle des Noirs. Aujourd’hui, elle lui est supérieure de 30%. Les causes en sont l’alcool, l’usage massif d’antidépresseurs, le chômage, la désintégration des familles, le suicide.

 

La classe moyenne blanche aux Etats-Unis, qui a pour partie voté Trump, vit une véritable descente aux enfers.

 

 

Sur son blog, Jean-Emmanuel Ducoing pose un question que Fillon, Macron et Hamon posent assez rarement : « Où sont les usines ? En huit ans, plus de 600 usines ont disparu du paysage national, sachant que cette statistique morbide est un résultat net entre ouvertures et fermetures. Pas d’industries sans services publics et pas de services publics sans industries: certains n’y verront qu’un slogan arraché à des cerveaux archaïques ; d’autres, comme nous l’avons lu récemment sous la plume d’un chroniqueur d’un quotidien du soir, une forme de « populisme industriel »… De l’insulte à la connerie, le libéralisme conduit à tout. Et même au déni de réalité.

Revue de Presse (200)

PS : Le Maxime interpellé est, bien sûr, Maxime Vivas. Il anime l'originale et enrichissante émission “Excusez-moi de vous interrompre” sur les ondes de Radio Mon Païs. J'y assure la revue de presse.

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 08:00

J’ai reçu récemment un communiqué de l’AFRAV (Association Francophonie Avenir) à propos d’une décision aussi stupéfiante que scandaleuse prise par le Tribunal de Grande Instance de Metz.

 

On pouvait penser jusqu’à présent que notre magistrature n’était pas colonisée dans sa tête, on se trompait.

 

L’AFRAV avait saisi le TGI à propos de la dénomination anglaise (en fait globish) de l’aéroport de Metz : « Lorraine Airport » (l’appellation originale « Aéroport de Metz-Nancy-Lorraine » est d’un plouc !). Les responsables de cet aéroport n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leur logique de colonisés car le mot « Lorraine » vient de l’allemand « Lotharingen » qui vient lui-même du latin Lotharius. Le TGI a condamné l’AFRAV à verser à l’établissement public Aéroport-Metz-Nancy-Lorraine (EPMNL) 1 500 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile.

 

L’aéroport viole la loi Toubon, sûrement votée sous le règne de Lothaire II.

 

Ce qui est vraiment retors dans cette histoire, c’est que le magistrat s’est arrangé pour ne pas juger l’affaire, déclarant que l’AFRAV ne pouvait pas ester en justice, alors qu'elle a pourtant gagné un procès en 2015 devant le Tribunal administratif de Nîmes. Le maire de Nîmes avait refusé de mettre en conformité les panneaux signalétiques de la commune avec la loi du 4 août 1994 (Loi Toubon) relative à l’utilisation de la langue française.

 

Non seulement l’AFRAV n’a pas pu ester en justice mais il semble bien que le juge ait voulu lui faire rendre gorge en la condamnant à 1 500 euros d’amende.

 

L’article 700 de la loi sur les frais et dépens stipule : « Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à ces condamnations. » Dans son ordonnance, le juge écrit que : « Aucune considération d'équité ne justifie par ailleurs qu'elle [L'Afrav] soit déchargée de l'indemnité que l'article 700 du code de procédure civile met à la charge de la partie qui succombe et qui sera fixée à la somme de 1500 euros ».

 

L’AFRAV compte une soixantaine d’adhérents et son budget annuel ne dépense pas 2 000 euros. Elle ne bénéficie d’aucune subvention publique. Á titre de comparaison, le changement de signalétique de l’aéroport (pardon : de l’airoport) a coûté 90 000 euros).

Á Metz, la Justice française parle anglais
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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 05:26

 

Quand j’étais jeune (qui a dit « et beau » ?), on disait « De Gaulle ». Quand on était un de ses chauds partisans, on disait « le général De Gaulle ». C’est ainsi que lui-même se nommait parfois à la troisième personne. Sur sa tombe, que partagent sa femme Yvonne et sa fille Anne, le chef de la France libre a fait inscrire « CHARLES DE GAULLE ».

 

Les gens de ma génération, qui n’ont pas connu la guerre, n’éprouvaient aucune révérence ou fascination particulière pour cet homme. Je me souviens d’une chanson qu’on entonnait dans les cours d’école à la fin des années cinquante en se tapant sur les cuisses (sur l'aire de "Et voilà l'général qui passe") :

 

Et voilà l’général De Gaulle

Tout poilu

Tout tordu

La médaille au trou du cul

 

Hé oui !

 

Quand on était, comme moi, issu d’une famille de gauche, on lui était évidemment reconnaissant d’avoir – après quelques palinodies – mis un terme à la guerre d’Algérie et accordé l’indépendance à ce pays qui l’avait payée bien cher. On l’admirait pour savoir tenir tête aux États-Unis et à l’URSS. On sentait bien qu’il avait raison de refuser au Royaume-Uni l’entrée dans un Marché commun qu’il souhaitait pulvériser de l’intérieur pour en faire une zone de libre échange à sa main. Mais De Gaulle, c’était aussi la France catholique (De Gaulle, président de la République, assistait à des messes es qualité), le choix, sans précédent au XXe siècle, d’un Premier ministre fondé de pouvoir de la banque Rothschild qui saurait – avec toute la brutalité que l’on rencontre parfois chez les esprits les plus fins – faire rendre gorge aux travailleurs, les mineurs de charbon en particulier.

 

Bref, c'était De Gaulle.

 

Aujourd’hui, les mânes du général sont régulièrement convoquées par des gens authentiquement de gauche. Cela signifie tout simplement que le curseur politique s’est durablement déporté vers la droite. Car ce que les jeunes de gauche apprécient  aujourd’hui en De Gaulle, c’est qu’il a sorti la France de l’Otan, qu’il ne s’est pas focalisé sur « l’Europe, l’Europe ! » de Robert Schuman et Jean Monnet, de droite comme lui mais autrement, et qu’il a su opposer aux capitalistes et banquiers de son cher Pompidou un État fort et régulateur.

 

Voilà où nous en sommes : les gens de gauche aujourd’hui en sont malheureusement réduits, pour sauver les meubles, pour contenir les digues que veulent faire sauter les Fillonistes et les Solfériniens, à faire appel à un général catholique légitimiste, nourri par la pensée de Barrès, et à inscrire une partie de son discours dans le marbre.

 

Et ce De Gaulle, ils le nomment, ils l’écrivent « Charles de Gaulle ». Nous les vieux n’utilisions jamais son prénom, sauf pour le moquer : « Le Grand Charles », «Charlot ». Et puis il y a cette erreur sur ce que les djeuns d’aujourd’hui pensent être une particule de noblesse. Les De Gaulle n’ont aucun titre de noblesse. « De Gaulle» vient du flamand « De Walle », qui signifie, vraisemblablement, l’étranger, celui qui n’appartient pas au peuple germanique, tout comme «Wealas », mot du Vieil-Anglais qui a donné « Wales », le Pays de Galles. Mais « Gaulle » n’est pas de la même famille que le mot « Gaule » qui servait à désigner les Celtes qui avaient colonisé ce qui est aujourd’hui le nord de l’Italie. Chez les nobles (en République, il n’y a pas de nobles mais c’est un autre débat), la particule ne prend pas de majuscule : « Philippe Leclerc de Hautecloque », « Dominique François Marie Galouzeau de Villepin », « Philippe Marie Jean Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon ». Lorsque l’on veut faire court, on omet la particule : « Villepin », «Villiers » (mais on a toujours dit « Giscard » et non « Estaing »). Mais certainement pas « Gaulle ».

 

Passionnant que tout cela !

 

 

Nommer De Gaulle
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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 05:26

Avant de l’avoir évoqué lors du débat des cinq principaux candidats à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait longuement développé dans son blog la collaboration des ciments Lafarge avec l’État Islamique (depuis, Lafarge s'est, retiré) :

 

« Le géant du sable et du ciment Lafarge-Holcim vient d’admettre d’avoir conclu des arrangements «inacceptables», à savoir, avoir indirectement financé l’organisation État Islamique pour poursuivre l’exploitation d’une cimenterie en Syrie, en 2013 et 2014.

 

Évidemment, le chœur de ceux qui m’ont nargué et calomnié sans relâche sur ce thème est désormais aux abonnés absents. Je compatis !

 

C’est le journal Le Monde qui avait révélé l’affaire du ciment sanglant fin juin 2016. Dans la sphère politique, seule Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de Gauche, s’était engagée dans une action concrète. Elle avait relayé ces informations au sein du Conseil de Paris. Car au moment où l’affaire était révélée, la ville de Paris devait voter une convention avec Lafarge pour le sable de Paris Plages. Seule Danielle Simonnet a voté contre. Elle seule ! Les amis de la guerre juste avaient des raisons de regarder ailleurs peut-être ? Leur immoralité était pourtant éclatante ! Car ce vote est incompréhensible !

 

Si le géant du ciment avoue c’est parce qu’il ne peut plus faire autrement. Car il fait l’objet d’une enquête à Paris sur ces relations criminelles avec les terroristes. Il est visé par une plainte de Bercy et de plusieurs ONG. La gravité des faits reconnus est sidérante ! Ils portent directement atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Il ne peut donc être question que cette affaire ne concerne que le Ministère du Budget. Les responsables de Lafarge doivent faire l’objet de l’ouverture d’une enquête judiciaire ! L’entreprise, a collaboré avec l’organisation ennemie que le gouvernement a désigné comme responsable notamment des massacres du Bataclan et du 14 juillet a Nice. Elle a encore recueilli cette année des bénéfices records. Elle se prépare a augmenter fortement les dividendes reversés à ses actionnaires. »

 

 

Revue de Presse (199)

Res Publica publie un Appel pour lier le combat laïque au combat social et pour fédérer le peuple :

 

« La crise économique que nous traversons depuis 2007-2008 nous entraîne, toujours plus vers des conflits sociaux et politiques. Il est clair que les fausses oppositions ourdies par les communautaristes sont des machines de guerre pour diviser le peuple afin de le neutraliser.

 

En effet, nous sommes dans une conjoncture particulière caractérisée par la récession comme dispositif de pouvoir. Le combat social et le combat laïque doivent former un seul bloc pour résister. Combattre sur le front social sans lutter sur le front laïque, et vice et versa, est voué à l’échec. La laïcité est notre outil pour fédérer les luttes sociales et lutter pour la justice sociale, la citoyenneté et la véritable égalité qui caractérisent la République sociale. Car les communautaristes, vieilles marionnettes des oligarchies financières, se servent en particulier de l’appauvrissement des quartiers populaires et des discriminations qui y sont subies pour justifier le fait politico-religieux (Manif pour tous, intégristes chrétiens, islamistes, etc.), et détourner les citoyens de ces quartiers du combat social et citoyen. »

 

 

Dans son blog, Catherine Kintzler problématise le rapport entre la laïcité et l’intégrisme :

 

« La laïcité va jusqu’aux racines de la disjonction entre foi et loi. Au-delà même de la séparation des églises et de l’État, elle rend le lien politique totalement indépendant de toute forme de croyance ou d’appartenance : il ne se forme pas sur le modèle d’un lien préexistant, religieux, coutumier, ethnique. L’appartenance préalable à une communauté n’est pas nécessairement contraire au lien politique, mais elle n’est jamais requise par lui. Et si une appartenance entend priver ses «membres » des droits ou les exempter des devoirs de chacun, l’association politique la combat. On voit alors que, si l’intégrisme peut encore s’accommoder d’une association politique « moléculaire » où les communautés en tant que telles sont politiquement reconnues, il ne peut que haïr celle qui réunit des atomes individuels, qui accorde aux communautés un statut juridique jouissant d’une grande liberté mais leur refuse celui d’agent politique ès qualités. »

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 06:34

Il y a une petite dizaine d’années, j’ai publié dans Le Grand Soir un article intitulé “Power without Responsibility” (le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir) à l’occasion d’un entretien entre Jean-Luc Mélenchon et Olivier Duhamel, européiste acharné (ancien membre du Parti socialiste), Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, et, si je me souviens bien, Jérôme Jaffré, directeur d’un grand institut de sondages français. Il s’agissait en fait d’un affrontement entre Mélenchon et trois personnalités partageant exactement les mêmes vues sur – entre autre – l’Europe.

 

Dans cet article, j’écrivais ceci :

 

« Je voudrais insister ici sur le mélange des genres, c’est-à-dire le débat entre des hommes politiques et des observateurs de la politique. Élus, les hommes politiques sont responsables de leurs actes et de leurs paroles. Les observateurs, quant à eux, sont responsables devant leurs actionnaires, mais pas devant les citoyens. Le discours d’un homme politique ne peut donc pas être de même nature que celui d’un observateur. Le pouvoir médiatique n’ayant cessé de s’étendre depuis une quarantaine d’années, à mesure que celui des politiques diminuait, les figures de proue de la presse, de la radio et de la télévision ont pu exercer un magistère de la parole sans aucune sanction citoyenne. L’homme politique rend des comptes politiques, l’homme des médias rend des comptes économiques.

 

En Angleterre, autrefois, on disait des maîtresses des rois (ou de leurs mignons) qu’elles ou ils exerçaient le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir (« power without responsibility »). C’est exactement le cas, aujourd’hui, des Barbier, Colombani, Joffrin, Duhamel (Alain), Giesbert, July et d’une petite poignée d’autres journalistes « prestigieux » qui tournent dans tous les médias, se renvoient l’ascenseur, s’invitent, disent du bien les uns des autres.

 

Bref, les politiques sont piégés. Piégés devant l’irresponsabilité de leurs contradicteurs, piégés par un système de discours et de représentation qu’ils ont accepté, quand ils ne l’ont pas encouragé, comme le démontrait, il y a plus de trente ans, Roger-Gérard Schwartzenberg dans L’État spectacle. »

 

Depuis, rien n’a changé, bien au contraire.

 

Pluralistes, cela va de soi, les médias audio-télévisuels invitent les hommes et femmes politiques toutes tendances confondues, en particulier lors des grandes campagnes électorales. Quantitativement, cela a été prouvé à maintes reprises, ces hommes et ces femmes sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres. Voir, par exemple, cette démonstration récente de Jean-Baptiste Clément dans Le Grand Soir.

 

Mais les médias ne jouent pas que sur le temps de parole. Ils utilisent la tactique insidieuse que je dénonçais en 2008 : ils se placent sur le même plan que le personnel politique, ils n’hésitent pas à jouer à trois ou quatre contre un et ils partent quasiment toujours du même présupposé, en gros celui de la vérité du dogme du capitalisme financier. Si cela ne suffit pas – il est des politiques coriaces et qui ne viennent pas sans biscuits du style Mélenchon, Philippot ou Dupont-Aignan – deux techniques sont alors utilisées, l’une muette, l’autre de paroles. Par des mimiques plus ou moins méprisantes ou de surprise feinte mais outragée, les journalistes expriment leur grand doute, leur effarement face aux propos tenus par ceux des politiques qui ne se situent pas dans la grande mouvance centriste, bien-pensante, capitaliste et européenne. Anne-Sophie Lapix est passée maîtresse en la matière (avec ses complices Lemoine et Cohen). D’où la réaction de Mélenchon suite à son dernier passage dans leur émission, du service public, rappelons-le : « c’était parfumé mais puant ». Malmené par la même petite bande, Philippot avait réagi sèchement après-coup : « Après, il n’y a pas eu de violence ou quoi que ce soit. Moi, je ressens cette interview comme une forme de violence. Quand on me parle avec ce ton-là, je sens un mépris pour moi. Mais, ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de tout cela ». Il avait été plus cinglant encore pendant l’émission : « Vous trouvez que vous êtes élégante madame ? Vous êtes d’une arrogance permanente. Vous me regardez avec un mépris terrible ». Par parenthèse, voilà où nous en sommes aujourd’hui : éprouver une certaine compassion pour le dirigeant d’un parti d’extrême droite qui fut autrefois chevènementiste. La deuxième technique consiste à empêcher celui qu’il faut soumettre de développer sa pensée. Il peut être brutalement interrompu au milieu d’une phrase au prétexte qu’il faut « rendre l’antenne », qu’on n’a « plus le temps », qu’on doit « aborder une autre question ». Lorsque les interviewers sont en bande organisée, un questionneur en second peut poser une question dans la question ou une question hors de la question. L’interviewé doit, en un dixième de seconde pour garder la parole, choisir la question à laquelle il doit répondre, ce qui est déstabilisant et amoindrit la force du raisonnement. Et puis il y a la méthode Lenglet, particulièrement fielleuse, qui consiste, en prétextant « poser une simple question », à transformer le questionnement en un débat dont le cadre est la pensée dominante. Et je ne parle pas des jeunes gens hystériques du style Fabien Namias (fils de son père) qui transforment leurs entretiens en combats de boxe.

 

Alors que faire ? J’ai une petite idée : interrompre le journaliste au beau milieu de sa question par un « je vois où vous voulez en venir », une fois, deux fois, trois fois. Et conclure par un « vous voyez ce que cela donne quand on a affaire à des méthodes de malotru ».

 

 

Parfumé mais puant
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 06:42

David L. a publié le 22 février 2017 ce long et édifiant article dans son blog Mediapart.

 

 

Je suis prof de lycée. Une «concertation» a lieu cette année dans mon établissement autour du «projet d’établissement». J’ai participé à un atelier sur l’orientation, où il était question de «fluidifier et sécuriser les parcours»; j'en ai tiré ces réflexions, un peu polémiques, sur ce que l’Éducation nationale attend des enseignants, et sur sa façon de mobiliser la main d'œuvre enseignante.

 

 

L’atelier auquel j’ai participé était présenté ainsi :

"AXE 1 – MIEUX FORMER POUR MIEUX REUSSIR A L’ECOLE

La réussite de tous les élèves : devant un public scolaire en constante évolution, il nous faut adapter nos pratiques pédagogiques, montrer clairement le sens des apprentissages et associer davantage l’élève dans la construction de son parcours.

 

OBJECTIF 2 – AMELIORER LA FLUIDITE ET LA SECURISATION DES PARCOURS

La fluidité implique d’accompagner les élèves dans leur parcours vers l’obtention d’un diplôme. Elle doit également permettre d’éviter les redoublements et réorientations qui peuvent décourager les élèves.

 

Pistes à explorer :

- Proposer aux élèves des positionnements réguliers et des parcours personnalisés pour compléter leurs acquis.

- Assurer une bonne continuité collège/lycée/enseignement supérieur.

- Valoriser l’implication des élèves et reconnaître les compétences développées.

- Favoriser les dispositifs passerelles entre les voies (générale, technologique et professionnelle).

- Former les enseignants à développer une posture visant à accompagner l’élève : « être devant et à côté de l’élève ».

- Favoriser la mise en place des trois parcours éducatifs au cœur des apprentissages : « parcours avenir », « parcours citoyen » et « parcours d’éducation artistique et culturel ».

- Ecole inclusive : poursuivre la dynamique engagée en faveur des élèves en situation de handicap.

- Assurer la cohérence des modalités de soutien et d’accompagnement des élèves."

 

 

I- Le problème du sens des mots

C’est un peu facile, mais j’appelle Nicolas Boileau à la rescousse : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». On est loin du compte, malheureusement...

 

1) Les titres ne veulent rien dire…

Mieux former (qui?) pour mieux réussir à l’école

 

Améliorer la fluidité et la sécurisation des parcours : s’il s’agit du parcours vers l’obtention d’un diplôme, comme semble le sous-entendre ce qui suit, je vois à peu près ce que signifie la fluidité (surtout pas de redoublement!), mais la notion de sécurisation m’échappe franchement.

 

2) Certaines pistes à explorer ont un intitulé incompréhensible

Proposer aux élèves des positionnements réguliers et des parcours personnalisés pour compléter leurs acquis.

Former les enseignants à développer une posture visant à accompagner l’élève : « être devant et à côté de l’élève ».

Favoriser la mise en place des trois parcours éducatifs au cœur des apprentissages : « parcours avenir », « parcours citoyen » et « parcours d’éducation artistique et culturel ».

Assurer la cohérence des modalités de soutien et d’accompagnement des élèves.

 

Un dictionnaire bilingue français / jargon bureaucratique est à produire au plus vite pour qu’on y comprenne quelque chose...

 

3) D’autres enfoncent des portes ouvertes...

Valoriser l’implication des élèves et reconnaître les compétences développées.

École inclusive : poursuivre la dynamique engagée en faveur des élèves en situation de handicap.

 

Qui ne valorise pas l’implication des élèves et ne reconnaît pas les savoir-faire et les connaissances qu’ils « développent » ? Puisque la « dynamique » est engagée, quelle piste y-a-t’il vraiment à « explorer » en faveur des élèves en situation de handicap ? Proposer de véritables contrats stables aux Assistants d’élèves en situation de handicap est peut-être une « piste », alors...

 

4) Les dernières sont confuses ou contradictoires !

Assurer une bonne continuité collège/lycée/enseignement supérieur.

Favoriser les dispositifs passerelles entre les voies (générale, technologique et professionnelle).

 

Qu’est-ce qu’une « bonne » continuité collège/lycée/enseignement supérieur ? Il semble qu’il s’agisse du parcours des élèves/étudiants, donc il y a forcément une continuité pour les élèves qui poursuivent des études supérieures. Quelle formule pour la rendre « bonne » ? Des visites de collégiens au lycée, des visites de lycéens à l’université ? Oui, mais alors on entre en contradiction avec la piste des « parcours personnalisés », car il faudrait alors proposer à chaque élève une visite dans l’établissement qu’il souhaite fréquenter par la suite, et comme les élèves hésitent souvent entre plusieurs voies, il faudrait donc que nous organisions ces visites sans arrêt !

 

Favoriser les dispositifs passerelles entre les voies : ne s’agit-il pas de « réorientations », qu’on nous demande d’éviter plus haut ???

 

II- Les injonctions contradictoires qui se cachent derrière les affirmations consensuelles

Une fois qu’on a fait un effort soutenu pour essayer d’interpréter le sens des grandes lignes de notre atelier, on est plongé dans une certaine perplexité.

 

1) Des parcours personnalisés ?

Parmi les pistes à explorer on nous parle de proposer aux élèves des parcours personnalisés, qui font écho à l’accompagnement « personnalisé ». 

Certes le parcours de l’élève doit être « personnalisé », mais pas trop quand même, puisque qu’on nous dit qu’il faut « éviter les redoublements et les réorientations », sous prétexte que cela peut décourager les élèves. 

De même la « fluidité » des parcours est une contrainte qu’on fait peser collectivement puisqu’il s’agit de faire disparaître le redoublement, y compris, comme plusieurs élèves du lycée ont pu en souffrir cette année, lorsque des élèves sont primo-arrivants. 

Donc, il faudrait qu’on sache, doit-on proposer un parcours vraiment personnalisé aux élèves ? Ou doit-on respecter les consignes parvenues de la hiérarchie rectorale ? 

 

Parler de personnalisation des parcours, au vu des effectifs de classe sous notre responsabilité, est une fumisterie comparable à l’appellation d’accompagnement personnalisé attribuée à des cours où les effectifs sont équivalents à une classe entière. Une chose est certaine, cependant : nos élèves vont avoir bien plus de mal à personnaliser leur parcours à l’heure où les services de l’orientation subissent des restructurations qui les rendent de moins en moins accessibles.

 

2) La réussite de tous les élèves ?

Qui peut décemment s’opposer à ce beau projet, à part des salauds ? Sauf que…

 

Il faudrait déjà définir ce qu’on entend par « réussite » pour nos élèves, ce qui est très loin de faire consensus entre nous, et encore moins entre nous et la hiérarchie de l’éducation nationale.

 

Je propose donc mon interprétation de ce qu’est la réussite d’un élève, selon moi : c’est le succès de l’école à en faire un adulte libre, épanoui, capable d’exercer son esprit critique, ainsi que de construire sa réflexion personnelle par lui-même.

 

Si on reporte cette ambition à l’échelle collective, comme le fait l’intitulé du premier axe, la réussite de tous les élèves doit donc être la capacité, pour le système éducatif, à assurer le droit à l’instruction pour tous les enfants du pays, conformément à la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 (article 26) et au préambule de notre constitution.

 

Le problème est que, d’après les attendus de notre atelier, la finalité du parcours scolaire est « l’obtention d’un diplôme ». Tous les diplômes dispensés par l’EN répondent-ils vraiment à la finalité que je vois à ma mission d’enseignant ? Je n’en ai pas l’impression…

 

En effet, au fur et à mesure, depuis une vingtaine d’années, les diplômes voient leur valeur dégradée selon un double-processus :

- la généralisation de ce qui est enseigné dans les formations professionnalisantes, leur faisant perdre leur valeur de qualification dans des métiers.

- la diminution des contenus associés aux diplômes des formations généralistes, au bénéfice des « compétences » dans le secondaire, au bénéfice de périodes de stages de plus en plus longues dans l’enseignement supérieur.

 

Si, comme le sous-entend l’intitulé de notre « atelier », la finalité réelle de l’école est de dispenser des diplômes en vue d’éviter le chômage, la consultation des statistiques du chômage démontre l’inanité de cet objectif… La vraie question qui se pose donc, pour nous, travailleuses et travailleurs de l’éducation est de savoir si nous admettons sans broncher l’absurdité de la mission qui nous est assignée ? Au-delà, il faut nous interroger sur ce que nous pensons être notre mission, notre responsabilité sociale, afin de proposer un contre-modèle si nous désapprouvons l’utilitarisme économique.

 

3) Qui décide du parcours scolaire des élèves ?

Il faudrait donc « associer davantage l’élève dans la construction de son parcours » pour « améliorer la fluidité et la sécurisation des parcours »… 

 

Ayant l’habitude d’être confrontés à des erreurs de syntaxe, tout en comprenant l’idée énoncée, nous pouvons partir du principe qu’il s’agit en fait d’ associer davantage l’élève à la construction de son parcours. Là-aussi la généralité énoncée est incontestable : il y a trop d’élèves qui subissent leur parcours scolaire et leurs orientations successives.

 

Cependant, les attendus de l’atelier semblent être qu’à partir du moment où les élèves seront « acteurs » de leur orientation, les problèmes vont se résoudre, selon un adage très prisé de la philosophie de bistrot : « quand on veut, on peut ! » Malheureusement, c’est faire bien peu de cas de beaucoup d’éléments qui déterminent la « réussite » ou l’« échec » d’un « parcours » :

- le milieu familial et social : son approche et sa connaissance de l’institution scolaire, son habitude des systèmes bureaucratiques, sa vision de la mobilité éventuelle de l’élève, sa capacité à aider l’élève dans son travail, et à le conseiller dans ses choix d’orientation.

- la carte des formations : elle détermine souvent les choix d’orientation des élèves. En effet, en tant que professeur principal de seconde, quasiment à chaque fois que j’ai « associé un élève à la construction de son parcours », j’ai été confronté aux réalités suivantes :

1- il n’y a pas de place en bac pro esthétique-cosmétique-parfumerie dans les établissements publics pour une élève de seconde.

2- il n’y a pas de place en première STAA, parce qu’il faut s’inscrire dès la seconde dans l’établissement concerné, alors que les enseignements de seconde ne sont pas des enseignements de détermination si on respecte les textes réglementaires.

3- il n’y a pas de place en bac STIDD, option architecture dans le département, et les élèves venus de notre département arrivent après les « autochtones » pour intégrer les lycées du département voisin qui le font.

4- les formations STIDD dispensées dans le département sont situées dans des villes distantes de 25 km, et rares sont les familles qui souhaitent inscrire leur enfant dans un lycée aussi éloigné (temps de transport ou coût et contraintes de l’internat).

 

Résultat des courses : des élèves qui font le choix d’une orientation subie, vers la filière technologique locale, STMG, quand bien même je n’ai pas compté mes heures pour en discuter avec eux… 

 

Là-aussi, admettre que les bons ou mauvais choix d’orientation reposent essentiellement sur l’attitude de l’équipe pédagogique et sur la capacité de jeunes gens de 15 ans à saisir et assumer tous les enjeux de celle-ci est une mauvaise prémisse. 

Faut-il rappeler, en outre, que l’enjeu de l’orientation ne se pose quasiment que pour des élèves qui connaissent des difficultés ? Ils ont donc de réelles réticences à faire confiance à un interlocuteur perçu, à tort (j’espère) ou à raison (malheureusement ça arrive…), comme quelqu’un qui le déconsidère à cause de ses difficultés scolaires. 

 

 

Novlangue administrative et orientation scolaire

III- Le droit à l’erreur est-il voué à disparaître du système éducatif ?

À mon tour d’enfoncer une porte ouverte : les élèves du lycée sont des adolescents qui ont entre 14 et 18 ans pour l’immense majorité. Il semble nécessaire de faire preuve d’un peu d’empathie, de tâcher de nous rappeler quelles étaient nos certitudes durant ces années-là de notre vie. Ça, y est ? Tout le monde se rappelle les affres de sa propre adolescence ? Allons-y, donc...

 

Il est donc question de l’implication de ces élèves, ces adolescents, dans la construction de leur parcours, et à toute la pression supplémentaire que cela induit, sachant qu’il faut que les parcours soient « fluides », et que, comme je l’ai dit précédemment, tout parcours qui ne cadre pas avec la « voie royale » de la filière générale revêt très vite l’apparence d’un grand casino pour un joueur qui n’a qu’une seule mise en poche…

 

Le discours que l’institution veut nous voir relayer vis-à-vis de ces élèves, généralement ceux dont la scolarité a été la plus fragile, va donc être : « c’est à toi de décider ! Nous ne sommes là que pour te donner des conseils… Mais attention à ne pas te tromper, parce que sinon, il ne te restera guère que l’apprentissage ou le monde du travail [comprendre « chômage »] ». 

 

Dans le même temps, l’institution a éloigné progressivement les interlocuteurs les plus compétents, avec lesquels les élèves sont certains de ne pas avoir de relations conflictuelles au quotidien, les conseillers d’orientation psychologues. 

 

Dans ce contexte, quelle est la place de l’erreur ? Il faut la chercher dans tous les non-dits des attendus de notre bel atelier… Pourquoi, au juste, la principale priorité est-elle d’éviter les redoublements et les réorientations ? La présentation de l’atelier nous dit qu’ils peuvent « décourager les élèves ». Ensuite on nous dit qu’il faut favoriser les dispositifs passerelle entre les filières, qui, bizarrement, ne sont pas considérés comme des réorientations. Donc un professeur principal qui parle de faire une passerelle au bout d’un mois de cours ne peut pas décourager un élève ?

 

La réalité, c’est que le découragement des élèves est accessoire dans cette stratégie, ce qui compte avant tout, c’est le coût d’une année de scolarité supplémentaire. Il y avait encore plus d’un élève sur cinq qui avait un an de retard en troisième en 2013 (au lieu de 35 % en 2006), soit presque 200 000 élèves qui auront coûté une année de scolarité supplémentaire en collège ou dans le primaire. Le coût d’une année de scolarité en lycée étant supérieur, nul doute que la pression financière est désormais encore plus forte pour faire baisser le nombre de redoublements. 

 

Qu’on s’entende bien, je ne cherche pas à défendre le redoublement à tout prix, mais dans les pays où on n’utilise pas (ou plus) le redoublement, les élèves qui présentent des difficultés ont le droit à des dispositifs coûteux pour surmonter ces difficultés, ici on nous parle juste d’ « assurer la cohérence des modalités de soutien et d’accompagnement des élèves ». Le ministère peut bien, par la suite, afficher des statistiques triomphantes sur le taux de réussite aux examens de ces élèves au parcours « fluidifié », en affirmant que ces taux restent les mêmes, alors que toute la machinerie des examens est conçue pour maintenir, vaille que vaille, les pourcentages pré-établis rue de Grenelle. Ça marche peut-être dans les médias, mais apparemment le classement PISA ne valide pas cette situation, sachant que depuis la baisse notable du taux de redoublement, les écarts d’acquisition liés à l’origine sociale se sont aggravés. J’admettrai la lutte contre le redoublement comme un postulat pédagogique le jour où des dispositifs alternatifs crédibles seront proposés : par exemple un enseignement en petits effectifs dans les matières où les élèves rencontrent les principales difficultés, loin de l’AP en classe entière… Le problème est que le ministère a décidé depuis 20 ans de tout faire pour limiter les dépenses liées aux élèves les plus fragiles sur le plan scolaire, qui sont, comme par hasard, les élèves issus de familles globalement plus pauvres.

 

C’est dans ce contexte qu’on nous demande d’accompagner les élèves dans la construction de leur parcours scolaire, en d’autres termes de les pousser à choisir leur orientation au plus vite et au mieux. Admettre d’inscrire cette pratique dans le projet d’établissement, c’est à dire dans les objectifs qu’on se fixe collectivement me pose un sérieux problème, d’ordre épistémologique et pédagogique, cette fois-ci.

 

Dans ma pratique professionnelle, je passe mon temps à dédramatiser la vision que les élèves peuvent avoir de l’erreur, afin de l’intégrer dans le processus d’apprentissage. Je souhaite qu’ils comprennent qu’on « apprend de ses erreurs », cela permet à certains de reprendre confiance en eux, quand bien même leurs résultats tardent à devenir assez satisfaisants pour prétendre à l’orientation qu’ils souhaitent vraiment. C’est aussi une « leçon de vie » pour eux, qui permet d’éviter un travers de plus en plus destructeur dans notre société : le déni. C’est à ce prix qu’une relation de confiance peut s’établir entre les élèves dont j’ai la charge et moi : quand ça fonctionne, ils apprennent à repérer les erreurs qu’ils ont pu commettre dans leur façon de travailler et font appel à moi pour l’améliorer. L’erreur est positive pédagogiquement ! 

 

Malheureusement, l’injonction ministérielle à fluidifier les parcours ne laisse aucune place à l’erreur, ce qui va menacer, au nom de l’ « éducation à l’orientation », le reste de la relation pédagogique établie par les professeurs principaux avec des élèves qui, je le répète, sont des élèves généralement en difficulté sur le plan du travail scolaire.

Novlangue administrative et orientation scolaire

IV- Des exigences néfastes au sein de l’école et pour l’ensemble de la société

Cette recherche illusoire d’une orientation « zéro défaut » a des répercussions négatives pour tous les acteurs, mais aussi des conséquences sociales désastreuses pour le « marché du travail ».

 

1) Une surcharge de travail et de stress pour les enseignants

Alors que l’éducation à l’orientation est soi-disant prioritaire pour l’éducation nationale, les CIO et les Copsy sont gentiment poussés vers la porte de sortie du MEN, cherchez l’erreur ! 

 

Pourtant ces personnels formés dans les deux domaines indispensables à une orientation bien vécue, c’est à dire la connaissance du système éducatif et de ses rouages, ainsi qu’en psychologie, sont les meilleurs interlocuteurs pour définir sereinement une orientation. De plus ces personnels n’ont pas de lien hiérarchique direct avec les chefs d’établissement, ce qui les met relativement à l’abri de leurs pressions.

 

La conséquence pour les professeurs principaux est évidente : il leur est demandé d’intervenir dans un champ qu’ils maîtrisent médiocrement, tout en endossant un rôle ambigu, car ils peuvent être perçus comme juge et partie dans les décisions d’orientation des élèves. Les taux de redoublement étant scrutés par les autorités académiques, les chefs d’établissement répercutent cette exigence auprès des professeurs principaux, qui sont donc encore en moins en mesure d’apporter un conseil objectif aux élèves. 

 

2) Une pression économique intériorisée par les familles dans un « dialogue » faussé

Les familles qui croient à la promotion sociale via l’école considèrent que la filière générale est la voie idéale pour leurs enfants, et sont donc réticentes à renoncer à cette orientation. Pour ces familles, le niveau de qualification est perçu comme un bouclier contre le chômage, et la préparation d’études longues est un sacrifice qu’elles sont prêtes à faire pour garantir un meilleur avenir à leurs enfants. Les statistiques leur donnent raison : plus le niveau de qualification est élevé, moins le taux de chômage l’est.

 

Cependant, dans les cas où le dialogue s’établit entre le professeur principal et la famille, afin de discuter de l’orientation future de l’élève, il s’agit, comme cela a été dit précédemment d’élèves pour lesquels cette « voie royale » apparaît comme compromise. La fonctionnalité économique de l’école n’est pas remise en cause pour autant du point de vue de la famille, mais il en résulte une pression accrue sur l’élève, pour qui la « bulle protectrice » du monde scolaire explose, pour le confronter directement à une exigence de « réussite », seule protection possible face à la menace du chômage. Or, le niveau du chômage pour les salariés dont le niveau de qualification est inférieur à bac+3 contredit cette croyance, et il s’avère que, comme dans la grande majorité des secteurs, c’est l’intégration dans des réseaux qui va primer pour l’intégration professionnelle, d’où la réussite des filières d’apprentissage, qui sont une opportunité d’amorcer la mise en place de ce réseau quand le niveau de qualification ne fait pas du salarié un travailleur pour lequel il y a une forte demande. 

 

3) La réussite de tous les élèves contre le progrès social ?

Si on admet la fonctionnalité purement économique de l’école, il paraît donc raisonnable de privilégier l’orientation vers l’apprentissage pour les élèves qui s’orientent vers des filières courtes. Pourtant, alors que la fonctionnalité économique est implicitement admise par les consignes de l’atelier, on nous conseille de pratiquer les passerelles en-dehors de l’apprentissage, dans le but affiché que tous les élèves obtiennent un diplôme, c’est à dire un niveau de qualification reconnu.

 

Le premier problème posé est celui de la crédibilité des diplômes préparés. Comme cela a été vu précédemment la pression bureaucratique exercée par le ministère influe largement sur les taux de réussite aux examens. Puisque l’objectif est la sortie de tous les élèves du système scolaire avec un diplôme, nul doute qu’on va finir par y arriver… Il va cependant en résulter une hiérarchie accrue parmi les formations dispensées : certaines filières professionnelles dispenseront une qualification totalement « démonétisée », ce qui va mécaniquement augmenter le recours à l’apprentissage pour ces qualifications. D’ailleurs les conseils régionaux, dont le nôtre en PACA, font du développement de l’apprentissage leur priorité, en mettant à la disposition de CFA privés des campus financés par la collectivité. La « réussite de tous les élèves » a donc pour premier effet pervers de créer, de fait, des « filières-poubelles » dans le système de formation initiale.

 

Le deuxième problème que cela pose est plus large encore. À l’heure où le chômage de masse est profondément ancré dans le fonctionnement de l’économie, à quoi peut bien servir cette priorité accordée au diplôme pour tous ? En tout cas, pas à garantir le plein-emploi pour les diplômés… Je propose une interprétation de cette stratégie ministérielle, que j’ai trouvée chez Nico Hirtt : il s’agit d’assouplir le marché du travail au bénéfice du patronat. En effet, avec 100 % de diplômés et un tel niveau de chômage les prochaines générations ne pourraient plus bénéficier de la protection d’un statut ou de conventions collectives, protections déjà sérieusement mises à mal depuis 30 ans. La « réussite de tous les élèves » a donc pour deuxième effet pervers de précariser tous les salariés diplômés. Ainsi la « réussite de tous les élèves » accompagne parfaitement la loi El-Khomri...

 

4) Des adolescents violemment confrontés à une pression socio-économique inacceptable

Il paraît nécessaire de revenir à la conception de notre mission éducative. En tant que travailleur de l’éducation je considère que mon rôle est de favoriser au maximum l’épanouissement de futurs adultes autonomes et libres, indépendamment des contraintes économiques et sociales qu’ils vont subir.

 

C’est pourquoi je suis attaché à un certain nombre de principes dans ma pratique professionnelle, que je mets en œuvre dans la mesure du possible : 

  • Respecter le droit à l’erreur des élèves dans tous les domaines, 

  • Protéger des mineurs sous ma responsabilité des pressions économiques, ce qui est un droit qu’on peut lier à la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, mais qu’il faut défendre.

  • Protéger le droit à une scolarisation sûre et de qualité pour tous les élèves

 

Exercer des pressions sur des adolescents pour les obliger à faire des choix d’orientation dont la portée dépasse souvent leur capacité de projection heurte de plein fouet ces principes. Je considère que je ne suis pas dans mon rôle d’éducateur quand je contrains un élève à s’orienter alors qu’il n’est pas prêt à le faire, l’« éducation à l’orientation » ne fait pas partie de l’éducation, selon moi.

 

Cette position de principe ne m’empêche pas de répondre à mes obligations de service dans ce domaine. 

 

Il me semble cependant que, même pour les personnes qui adhèrent à la dimension éducative de l’orientation, deux questions se posent :

1- Peut-on faire reposer le destin économique d’une personne sur une décision prise entre 14 et 17 ans, sous la pression d’événements défavorables ?

2- Peut-on faire reposer l’équilibre des filières du système de formation initiale sur des décisions prises par des adolescents de 14 à 17 ans, sous la pression d’événements défavorables ?

 

« Associer les élèves à la construction de leur parcours scolaire » c’est en réalité les rendre responsables de leur échec, et donc accroître la pression exercée sur eux par l’institution scolaire, alors que celle-ci a failli à honorer leur droit à l’instruction. Au-delà, toute la rhétorique de l’individualisation des parcours participe de ce processus d’isolement des élèves qui connaissent des difficultés. On baigne en pleine idéologie victorienne sur la responsabilisation des pauvres. Parce que c’est en majorité d’enfants issus de familles pauvres dont on parle.

D’autre part, non contente d’exercer cette pression psychologique, l’institution scolaire fait du « dialogue » entre l’élève en difficulté et le professeur principal le réceptacle des tensions internes propres à l’organisation du système scolaire : faire reposer les équilibres du système de formation initiale sur ce faux dialogue est proprement suicidaire ! 

 

V- Qu’est-ce qu’un projet dans l’Éducation nationale ?

J’aborde ici le dernier problème de ces « ateliers », qui sont censés préparer ce qu’on désigne sous le terme de « projet d’établissement ». Naïvement peut-être, je pars du principe que définir un projet est une initiative dont l’impulsion vient des gens qui vont agir afin de réaliser ce projet. Le dictionnaire Larousse définit d’ailleurs le projet comme « but qu’on se propose d’atteindre », donc j’aurais tendance à considérer que notre projet d’établissement est le but que nous nous fixons de la façon la plus consensuelle possible, afin qu’on le mette en œuvre tous ensemble. Je pense en tout cas que c’est ce sens que chacun attribue à ce que doit être, en toute logique, un « projet d’établissement ».

 

Quand avons-nous discuté, tous ensemble, du but que nous cherchons à atteindre collectivement ? 

 

Pour en avoir discuté avec un certain nombre de collègues, les termes utilisés pour désigner les thématiques des ateliers, mais aussi parfois les pistes à explorer dans ces thématiques, j’ai l’impression que mon incompréhension par rapport au vocabulaire bureaucratique utilisé est partagée par beaucoup d’entre eux.

 

Comment s’explique un tel hiatus ? En préparant l’atelier auquel j’allais participer, j’ai fait ce que j’ai fait quand je suspecte les élèves d’avoir fait des copiés/collés dans des travaux qu’ils m’ont rendus, et j’ai donc tapé ces phrases improbables sur un moteur de recherche, et j’ai retrouvé les intitulés de mon atelier dans le « projet académique »…

 

Je ne m’attarderai pas sur la validité d’un tel oxymore (comment diable pourrait-on convenir, à l’échelle de l’académie d’Aix-Marseille, d’un projet dont le but est fixé par ceux qui vont le mettre en œuvre?), mais sur la place de ce « projet académique », et l’utilisation qui est faite du « projet » dans le cas présent, qui s’appuie, en fait, sur un autre sens du mot projet. En effet, si on lit toutes les définitions possibles du mot « projet » dans le dictionnaire Larousse, on se rend compte, qu’on peut aussi considérer qu’un projet est « une étude de conception de quelque chose, en vue de sa fabrication », qui est la seule définition possible du mot qui colle avec une initiative qui ne vient pas des gens qui vont véritablement mettre en œuvre le « projet ».

 

Car pour le rectorat, pour le ministère dans son ensemble, le « projet éducatif », ou le « projet d’établissement » n’est pas considéré comme une initiative conçue par les acteurs de terrain, afin de mener au mieux leur mission d’éducation, mais comme un cadre contraignant pour un processus de « fabrication ». C’est pourquoi il est essentiel de fixer, par avance, les cadres bureaucratiques, à l’intérieur desquels nous allons « produire » : ainsi tous nos « projets pédagogiques» doivent intégrer cette grille pré-établie, afin d’être validés administrativement, étape indispensable pour recevoir les moyens de les mettre en œuvre.

 

Ce problème sémantique est un malentendu majeur qui contribue à obscurcir le sens de notre métier, ainsi qu’à dégrader la qualité des enseignements, tout en accroissant les inégalités entre les établissements. 

 

En effet, pour que les « projets d’établissement » entrent tous dans une grille pré-définie à une échelle beaucoup plus large, il faut que celle-ci soit assez générale pour permettre un maximum d’adaptations locales, ce qui explique le vide de sens concret de beaucoup des « axes », des « objectifs » et même des « pistes à explorer ». Une fois fixé les lignes de force du cadre contraignant, c’est aux équipes, localement, de voir comment adapter leurs pratiques quotidiennes, ou au minimum la description administrative de ces pratiques, afin qu’elles entrent dans les « cases » du projet général. Dans la mesure où les dotations des établissements en moyens d’enseignement sont de plus en plus conditionnées par les « projets », ce processus est très contraignant. Donc, dans le cadre de ces prescriptions générales, tel établissement de centre-ville bourgeois va accentuer les processus de sélection scolaire, tel établissement de l’éducation prioritaire va mettre l’accent sur le « socle » et la « sociabilité », le tout étant légitimé par l’adoption « démocratique » du « projet d’établissement » par le CA.

 

Ces prescriptions contraignantes sont à l’opposé de l’interprétation la plus répandue du « projet » parmi les enseignants, que l’on conçoit comme une marque d’autonomie véritable des acteurs : un enseignant élabore un « projet pédagogique » pour faciliter l’apprentissage des élèves de sa classe.

 

La collision entre ces deux conceptions, incompatibles, du même terme est inévitable. Pourtant cette polysémie du mot « projet » nous empêche de comprendre la nature de l’affrontement hiérarchique qui est à l’œuvre dans le cadre des « projets d’établissement » ou des « projets d’école ».

 

C’est pourquoi il me semble préférable de nous débarrasser de ce terme ambigu :

- ce que le ministère désigne sous l’appellation de « projet » est en réalité un « plan », à la rigueur un « plan d’action ». Ça rappelle un peu Staline, mais c’est comme ça… Ainsi nous discutons actuellement entre collègues, de la « stratégie d’adaptation de l’établissement au plan d’action académique ».

- ce que les acteurs de terrain désignent sous l’appellation de « projet » est plutôt une « démarche pédagogique », dont il est évidemment essentiel de discuter démocratiquement vers où elle tend.

 

À bas le projet ! Vive la pédagogie !

Novlangue administrative et orientation scolaire
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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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