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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 05:46

 

Jacques Sapir replace le phénomène Macron dans une très longue perspective historique.

 

L’affaire Benalla et l’histoire romaine

 

L’affaire Benalla a suscité de nombreux commentaires. Certains se concentrent sur ce que nous dit cette affaire sur l’usage du pouvoir par Emmanuel Macron. Ce n’est pas faux. Mais, cette affaire n’est pas le symptôme d’une souveraineté « devenue folle » comme l’a écrit Fréderic Lordon[1]. C’est, au contraire, le symptôme d’une tentative de mise en surplomb d’un pouvoir à faible légitimité par un détournement de souveraineté, ou plus précisément un détournement de l’apparence de la souveraineté par la Président de la République. En cela, effectivement, cette affaire est révélatrice d’une dérive du pouvoir. Cette dérive devient d’ailleurs, chaque jour, plus évidente.

Car, au-delà des actes délictueux commis par Alexandre Benalla (les coups et blessures multiples, l’usurpation de fonction), il y a bien sûr les actes qui ont visé à faire obstruction à la justice et à camoufler cette affaire et toutes ses implications. De fait, ce que l’action du pouvoir, et disons le celle d’Emmanuel Macron, donne à voir c’est bien un processus d’appropriation de l’apparence de la souveraineté. Ce processus se combine alors avec un processus d’autonomisation vis-à-vis des conflits politiques et sociaux, avec la construction d’un pouvoir en surplomb de la société.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que cela se produit. Mais, ce double mouvement d’appropriation de l’apparence de la souveraineté et d’autonomisation du pouvoir par rapport aux conflits et aux institutions a toujours correspondu à un moment de grave crise politique sur fond de crise sociale devenue ingérable. En un sens Emmanuel Macron est tout autant acteur de ce double mouvement que symptôme de la crise profonde qui l’engendre. Mais, à chaque fois, les conséquences de ces actions furent dramatiques.

 

Une souveraineté devenue folle ?

 

Fréderic Lordon écrit dans son texte publié le 23 juillet sur le blog du Monde Diplomatique : « Assez curieusement, on pourrait y voir aussi, et plus classiquement, une parfaite illustration de la souveraineté devenue folle, c’est-à-dire en fait se comprenant elle-même dans la pureté de son concept, comme puissance absolue et absolument déliée, n’ayant à répondre de rien à personne, faisant valoir l’arbitraire de sa volonté comme acte politique par construction licite, le pur « je veux » d’un pouvoir complètement désorbité. » On comprend bien ce à quoi il pense, le fameux « l’Etat c’est moi » attribué à Louis XIV, ou le « car tel est mon bon plaisir », bref l’expression d’une puissance absolue qui n’a à répondre de rien à personne. Et, il n’est pas peu probable que ce sentiment de toute puissance habite Emmanuel Macron. Ce sentiment s’enracine dans une culture de l’impunité, ce qu’a très bien démonté Régis de Castelnau sur son blog « Vu du droit » le 19 juillet[2]. Pourtant, sur ce point, Frédéric Lordon se trompe, tant sur le registre des actes que sur ce qu’ils révèlent.

 

Il convient donc de faire remarquer à Fréderic Lordon qu’il n’y a pas de souveraineté « raisonnable » comme il n’y a pas de souveraineté « folle ». De la même manière qu’il n’y a pas de souveraineté de « droite » ou de « gauche ». Poser déjà la question en ces termes montre que l’on n’a pas compris ce qu’est la souveraineté. Car, la souveraineté c’est la capacité à faire des lois en temps normal, et à décider de l’urgence et dans l’urgence, dans les temps exceptionnel[3]. Il y a, par contre, des usages de la souveraineté, dont certains sont critiquables et d’autres admirables. Pourtant, dans le comportement d’Emmanuel Macron, et encore plus dans son discours devant les députés du groupe LREM le 23 juillet[4], discours dont Fréderic Lordon ne pouvait avoir connaissance quand il écrivit son texte, on pourrait effectivement voir un usage « fou » du concept de souveraineté, comme dans le cas de Caligula[5]. Il faut s’attacher aux mots qu’utilise Francis Parny, sur son blog dans Mediapart pour dresser un parallèle entre Caligula et Macron : « …car que penser de ce président du foot-mondial-France ? Pas seulement à cause de ses pitreries dans la tribune présidentielle du stade de Moscou. Ces gesticulations ont un sens. Il veut montrer qu’il aime, qu’il est enthousiaste. Mais ce faisant il s’approprie personnellement la victoire, pour son seul plaisir, et à la seule démonstration publique de ce plaisir. « Je suis heureux », je veux le dire aux joueurs, je les veux pour moi et tant pis s’ils ne font que passer fugacement sur les Champs-Élysées au contact du peuple. Jupiter a découvert – tel Caligula – que les empereurs meurent aussi et peuvent mourir malheureux. Alors il veut dire haut et fort qu’il gouverne pour son plaisir quitte à provoquer le peuple ». C’est assez bien vu. Et cela renvoie à la question de la dignité de celui qui est le dépositaire de la souveraineté. Or, cette question avait effectivement une certaine importance à Rome…

 

L’empereur, symbole de la toute puissance ?

 

Puisque l’on a fait référence à Caligula, cela à revenir à l’usage de la souveraineté par les empereurs romains, et plus généralement à cette généalogie de la souveraineté dans le monde romain, dont nous sommes les héritiers. On présente souvent les empereurs romains comme des souverains tout puissants. C’est oublier un peu vite d’où leur vient la souveraineté. Ainsi, dans la loi d’investiture de Vespasien (69-79 de notre ère), la Lex de imperio Vespasiani, la ratification des actes de l’empereur avant son investiture formelle est dite « comme si tout avait été accompli au nom du peuple » [6]. On perçoit que l’origine de la souveraineté réside dans le peuple, même si ce dernier en a délégué l’exercice à l’empereur. On peut assurément relever la présence dans cette loi d’investiture d’une clause discrétionnaire, qui autorise l’empereur à agir « hors des lois » dans l’intérêt et pour la majesté de l’État. Mais on peut aussi considérer cela comme une première formulation de l’état d’exception. D’ailleurs Paolo Frezza parle de la « potestas nouvelle et extraordinaire » de l’empereur[7].

 

Bretone lui oppose cependant le sens profond de cette clause discrétionnaire, qui peut être l’origine d’un pouvoir autocratique[8], et conclut : « la subordination du souverain à l’ordre légal est volontaire, seule sa ‘majesté’ pouvant lui faire ressentir comme une obligation un tel choix, qui demeure libre » [9]. De fait, l’empereur réunit dans ses mains tant la potestas que l’auctoritas[10]. S’y ajoute l’imperium, que détenaient avant lui les magistrats républicains. On pourrait croire que cela clôt le débat, une subordination volontaire n’étant pas une subordination.

 

Mais, la phrase de Bretone, quand il écrit, « seule sa ‘majesté’ pouvant lui faire ressentir comme une obligation », invite à réflexion. Elle peut signifier qu’un empereur qui violerait les lois existantes pour son seul « bon plaisir » et non dans l’intérêt de l’État, perdrait alors la « majesté » (maiesta) qui accompagne l’imperium. Dans ce cas son assassinat deviendrait licite car le « dictateur » se serait mué en « tyran ». Et l’on sait que nombre d’empereurs sont morts assassinés, ou ont été contraints de se suicider. On pense entre autres à Néron ou à Caligula. L’empereur est donc un dictateur, au sens romain du terme, qui peut s’affranchir de la légalité si nécessaire pour le bien de l’État et du « peuple » dans ce que l’on appelle des cas d’extremus necesitatis [11], mais il ne dispose pas de ce pouvoir de manière « libre » comme le dit Bretone. Il doit en justifier l’usage, quitte à se faire assassiner.

 

On voit bien ici ce que le parallèle avec la Rome antique nous dit sur Emmanuel Macron. De nombreux commentateurs se sont ainsi saisis de certains comportements d’Emmanuel Macron, en particulier par rapport au Général de Villiers, ou de ces déclarations (les « gens qui ne sont riens » ou les « fainéants »), qu’ils soient politiques ou non (comme lors de la fête de la musique ou de la réception de l’équipe de France après sa victoire à la coupe du monde), pour instruire un procès en indignité[12]. D’autres comportements, comme justement la déclaration qu’il fit au soir du 23 juillet, peuvent donner le sentiment qu’il agit porté par un sentiment de toute puissance. Néanmoins, on passerait ce faisant à côté de l’essentiel ; le problème n’est pas là. Le problème n’est donc pas le « mauvais » usage, voire l’usage dégradant, que Macron fait de la fonction de Président, et donc implicitement de la souveraineté. Le problème réside bien plus dans la captation de la souveraineté à laquelle il se livre.

 

Macron : Caligula ou Sylla?

 

On peut donc montrer ce qui dans le comportement d’Emmanuel Macron rappelle le personnage de Caligula, en particulier celui de la pièce d’Albert Camus[13]. Mais, tracer un parallèle entre le comportement de Macron dans l’affaire Benalla et Caligula, que ce soit le véritable[14] ou le romancé, c’est faire fausse route. Régis de Castelnau, encore lui, pointe le fait que Macron est à la fois un symptôme et un instrument dans l’autonomisation du « bloc bourgeois » qui domine la France[15]. L’opération qui a été réussie par certains des dirigeants de ce « bloc bourgeois » a été de créer une personnalité et un pouvoir « en surplomb » des contradictions tant de la société française que du « bloc bourgeois » lui-même, pour opérer une restructuration décisive de ce dernier. Dès lors se pose la question : et si Emmanuel Macron ne devait pas être comparé à Caligula mais bien à Sylla ?

 

Ici encore un retour par la Rome républicaine est instructif. Car, nous sommes tous très largement, que ce soit consciemment ou à notre insu, héritiers en matière politique et en matière du droit des usages et des institutions de cette période, même si cet héritage est aussi largement un détournement de sens[16]. On ne convoque pas impunément le passé au présent. Pourtant, en dépit de l’anachronisme, la comparaison est lourde de sens.

 

Commençons par l’idée de souveraineté populaire. Loin d’avoir été une invention de la Révolution française, qui l’a cependant remise à l’honneur, elle nous vient du discours tenu dans la Rome républicaine. Les Romains considéraient qu’il ne pouvait y avoir de relations politiques et juridiques entre des hommes « libres » qu’au sein d’une entité souveraine et distincte des autres entités. Ce qu’ils appelaient le «peuple» (populus) était l’ensemble des citoyens[17]. Bien sûr, et dès l’origine, il y eut des tensions entre l’aristocratie (l’élite sénatoriale) et le « peuple », et de ces tensions et conflits découlent une bonne part des institutions de la Rome républicaine. De cette notion de souveraineté populaire découlait le nécessaire contrôle sur les magistrats[18]. La notion de « volonté du peuple » (Iussum populi) avait une très grande force, tant en politique qu’en droit[19]. La souveraineté du «peuple» était donc centrale, mais elle était en permanence contestée. En fait, deux discours contradictoires se construisent à son sujet, un discours établissant la primauté du « peuple », comme dans les cas où c’est le « peuple » qui décide qu’un homme peut être élu à des fonctions plus hautes que celles qu’ils briguait, le peuple étant dit alors « maître des comices »[20], et un autre sa nécessaire soumission au Sénat[21].

 

Ceci nous dit assez qu’il faut aujourd’hui, selon le mot de Claudia Moatti, repolitiser l’histoire romaine, en prenant justement le risque de l’anachronisme[22]. Et c’est dans ces conflits que nous trouverons alors de quoi alimenter la réflexion, et plus précisément dans celui qui apparaît au début du IIème siècle avant notre ère et qui finira par emporter la Rome républicaine. Ce conflit s’enracine dans des rapports de richesse et des rapports sociaux, rapports qui conduisent à des conflits politiques récurrents au IIème siècle avant notre ère.

 

Le détournement de la Souveraineté, conséquences des transformations sociales

 

Ces conflits trouvent donc leur origine dans les conséquences sociales de la IIème Guerre Punique (contre Carthage) mais aussi celles provenant de l’expansion de Rome. Le passage de la petite propriété foncière aux grandes exploitations dont la main-d’œuvre est essentiellement composée d’esclaves, mais aussi l’accaparement des terres publiques par l’aristocratie, créent une situation intenable[23]. A cela s’ajoute les rapports entre Rome et les autres peuples italiens soumis, considérés comme des « alliés », mais souvent maltraités par Rome[24]. L’enjeu social et économique des terres confisquées aux vaincus, terres qui constituent l’ager publicus, devient dès lors central[25]. De fait, à cette époque, l’absence ou l’imprécision du cadastre rend possibles les abus des plus riches[26]. De ce déséquilibre économique et sociale est issu la volonté, à chaque incident plus claire, du Sénat de s’accaparer la souveraineté et l’initiative des lois[27].

On ne peut, quand on se plonge dans cette période de la Rome républicaine, qu’être frappé par des parallèles avec notre situation actuelle, où la finance, et plus spécialement la financiarisation de l’économie, mais aussi les pressions exercées par les représentants de cette sphère financière sur le pouvoir politique et qui conduisent à des abus fiscaux et redistribuais de multiples sortes, conduisent à un accaparement des richesses inouï. Il est symptomatique que, depuis maintenant une vingtaine d’années, on ait vu ressurgir l’ancien terme d’oligarchie et d’oligarques pour désigner, de manière péjorative, les régimes de nombre de pays occidentaux, et de la France en particulier. Le détournement de la souveraineté est bien devenu l’un des objectifs des classes possédantes et en particulier des plus riches, comme on l’a vu autour du résultat du référendum de 2005.

Le conflit autour de la distribution et de la répartition de la richesse « publique », en dépit qu’elle ait été dite « patrimoine du peuple » (patrimonium populi), conduisit d’une part à exacerber les conflits de compétence entre le Sénat et les assemblées du peuple (les « comices ») et ses représentants, les tribuns[28]. Une partie de conflits tournent autour de la responsabilité politique des magistrats[29]. La question centrale n’est pas seulement l’émergence d’une responsabilité politique du magistrat aux côtés de sa responsabilité privée, mais bien qui pouvait mettre en question cette responsabilité politique[30]. Et, cette question justement se pose aujourd’hui avec la demande d’un droit de révocation des élus qui est justement revendiquée par la France Insoumise.

 

Ces conflits, évidents dès la période des Gracques[31], s’envenimèrent dans une opposition entre populares (d’où nous vient le mot « populaires ») et les optimates c’est à dire les représentants de l’oligarchie rassemblés dans le Sénat. Cela conduisit à une montée de la violence, que ce soit dans Rome ou entre Rome et ses « alliés » de l’Italie (avec la « guerre sociale de -91 à -88) pour aboutir à la dictature de Sylla[32].

 

Cette dictature, marquée par des actes terribles et cruels[33], exercés tant contre les citoyens romains que contre les « alliés », et qui laissèrent un souvenir épouvantable dans la mémoire des romains[34], participe d’une moment d’autonomisation de l’Etat[35] qui se constitue alors en surplomb de la société politique afin de préserver les intérêts des plus riches. Mais, ces mêmes optimates durent aussi se plier à la férule du dictateur. La dictature de Sylla dépassa en ampleur et en pouvoirs les dictatures précédentes, parce qu’elle devait justement établir un pouvoir en surplomb sur les classes sociales pour imposer la suprématie de l’élite sénatoriale[36]. Pour ce faire le « dictateur », qui est un magistrat de la République et dont la « dictature » est issue d’une loi d’investiture[37], il convient de ne jamais l’oublier, se mue en tyran[38].

 

 

 

De quoi Macron est-il le nom ?

 

Les effets du détournement de souveraineté

 

Dès lors, on entre dans un système où le « peuple » est dépossédé de fait de la souveraineté, qui est attribuée au Sénat. Ce dernier devient le seul maître de ce qui est licite et de ce qui ne l’est, capable de désigner qui est un « subversif » et qui ne l’est pas. Les magistratures populaires, comme les tribuns de la Plèbe dépérissent. Là où, selon les populares comme Tiberrius Gracchus ou Saturninus, le peuple était la seule source de la légalité, car il était le seul légitime et donc le détenteur de la souveraineté[39], succède l’idée que seul le Sénat est investi de cette légitimité[40] et peut se considérer comme « propriétaire » de la souveraineté. Cicéron se fera en quelque sorte le théoricien de ce renversement[41].

 

Reprenons ici le parallèle avec la situation actuelle. On voit bien, que ce soit avec l’emploi par Emmanuel Macron de l’image de la « souveraineté européenne »[42] ou par son comportement politique dont il donna un magnifique exemple devant les députés du groupe LREM[43], que l’on assiste à la même volonté de détournement de la souveraineté. D’ailleurs, Emmanuel Macron, qui s’affiche comme issu de la sphère financière (ce qui est largement inexact, ses fonctions n’ayant pas dépassée celles d’un entremetteur) est bien le représentant politique de ce groupe social qui entend désormais faire la loi car il cumule déjà une grande partie des richesses. Mais, pour cela, il lui faut un pouvoir qui s’établisse en surplomb au-dessus des classes sociales et des légitimes intérêts des différents groupes sociaux. En réalité, il n’y a nulle « folie » dans l’usage des apparences de la souveraineté par Emmanuel Macron, et ce quelles que soient les interrogations que suscitent son comportement personnel. Il s’affirme en réalité, au prix d’un détournement complet, comme le détenteur de la souveraineté, une souveraineté qu’il entend bien désormais remettre à ses véritables mandants, soit la classe des « hyper-riches ».

 

La comparaison avec Caligula s’avère alors purement de forme et ainsi futile et vaine. Ce qu’il y a en Macron, et le traitement de plus en plus violents de manifestations de discordes et d’opposition en témoigne, c’est bien plus le personnage de Sylla. Et, de là peut-on comprendre sa volonté de constituer une police et une haute administration qui soit entièrement sous ses ordres[44], qui ne réponde plus à aucun contrôle démocratique.

 

De fait, l’affaire Benalla, pour aussi scandaleuse qu’elle soit, pour aussi déplorables qu’aient été les tentatives de la part de la Présidence de la République de la masquer, ou d’en diminuer l’importance, n’est qu’un symptôme[45]. Ce qui se révèle au travers de cette affaire et du comportement du Président est bien le projet d’Emmanuel Macron de se constituer comme pouvoir en surplomb de la société française, par le biais d’une usurpation de la souveraineté.

Macron n’est pas le lointain écho de Caligula mais bien celui de Sylla.

 

 

 

Notes

[1] Voir, « Benalla et l’arc d’extrême droite » à https://blog.mondediplo.net/benalla-et-l-arc-d-extreme-droite

[2] http://www.vududroit.com/2018/07/affaire-benalla-code-penal-quoi-faire/

[3] Voir Schmitt C., Théologie politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988.

[4] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[5] https://blogs.mediapart.fr/francis-parny/blog/200718/macron-caligula

[6] Voir Bretone M., Histoire du droit romain, Paris, Editions Delga, 2016, p. 215.

 Frezza P., Corso di storia [7]del diritto romano, Rome, Laterza, 1955, p. 440.

[8] Brunt P.A., « Lex de imperio Vespasiani » in The Journal of Roman Studies, vol. 67, 1977, p. 95-116.

[9] Bretone M., Histoire du droit romain, op.cit., p.216.

[10] Sur ces concepts, voir Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[11] Schmitt C., Théologie politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988 ; édition originelle en allemand 1922, pp. 8-10.

[12] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/24/affaire-benalla-le-quils-viennent-me-chercher-demmanuel-macron-scandalise-politiques-et-internautes_a_23488847/?utm_hp_ref=fr-homepage

[13] Camus A., Œuvres Complètes, tome I : 1931-1944, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2006,

[14] Voir Suetone, La Vie des douze Césars de Suétone, Paris, Les Belles Lettres, 1re éd. 1931, coll. des Universités de France, Livre IV.

[15] http://www.vududroit.com/2018/07/macron-erreur-de-casting/

[16] Voir https://revolution-francaise.net/2014/10/06/585-l-antiquite-modele-dans-le-moment-republicain-de-1791

[17] Pani M., La politica in Roma antica : Cultura et Praxi, Rome, Feltrinelli, 1997.

 Wiseman T.P., « The [18]Two-Headed State. How Romans explained civil wars » in Breed B.W., Damon C. et Rossi A. (ed), Citizens of Discord : Rome and its civil wars, Oxford-New York, Oxford University Press, 2010, p. 25-44.

[19] Bretone M., Technice e ideologie dei giuristi romani, Bari, Edizioni scientifiche italiane, 1985, p. 13.

 Voir Astin A.E., Scipio Aemilianus, [20]Oxford, Oxford University Press, 1967, p. 61.

 Wiseman T.P., « The [21]Two-Headed State. How Romans explained civil wars », op.cit et de Martino, F., Storia della Constituzione romana, Naples, EDI, T1 et T2, 1972 et 1973, voir T2.

[22] Moatti C., Res publica – Histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, 2018, p. 184-185.

[23] Hinard F. (ed), Histoire romaine T1, Des origines à Auguste, Fayard Paris, 2000, et bien sur l’incontournable Nicolet C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Follio, 1967.

 Mouritsen H., Italian Unification : A study of ancient and modern historiography, Londres, Bulletin of the [24]Institute of Classical Sutides, Supplement n° 70, 1998.

[25] Sur le statut de ces terres, Varron (Marcus Terentius Varo), De re rustica, traduction par J. Heurgon et Ch. Guiraud, Paris, Les Belles Lettres, 1978-1997, LL 5.33.

[26] La tradition reconnaissait aux citoyens, à côté de la propriété privée, un droit d’usage sur les « terres publiques », mais ce droit, mal réglementé, fut l’objet de pressions incessantes de la part des plus riches. Rathbone D., « Control and exploitation of the ager publicus » in Aubert J.J. (ed), Tâches publiques et entreprises privées dans le monde romain, Genève, Droz, 2003, p. 135-178.

[27] Loreti-Lambruni, B., « Il potere legislativo del senato romano », in Studi Bonfante, 1930, p. 378-395.

[28] Giovannini A., Les institutions de la république romaine des origines à la mort d’Auguste, Bâle, Schwabe ag, 2015 et Lanfranchi T., Les tribuns de la plèbe et la formation de la république romaine, Rome, Ecole Française de Rome, 2015.

[29] Fiori R., Homo Sacer. Dinamica politico-constituzionale di une sanzione giudiciaro-religioso, Naples, Jovene Editore, 1996.

 

 

[30] Mantovani D., Il problema d’origine della accusa populare. Della « questio » unilaterale alla « questio » bilaterale, Padoue, CEDAM, 1989.

[31] -133 à -123 avant notre ère. Nicolet C., Les Gracques, op.cit.

 Gruen E., The last generation of the Roman republic, [32]Berkeley, University of California Press, 1974.

[33] Labruna L., « La violence, instrument de la dictature à la fn de la république » in Dialogues d’histoire ancienne, Vol. 17, n°1, 1991, p. 119-137 ; Idem, « Adversus plebem dictator » in Hinard F. (ed) Dictatures. Actes de la table ronde réunie à Paris les 27 et 28 février 1984, Paris, Editions de Boccard, 1978.

[34] Hinard F., Les proscriptions dans la Rome républicaine, Rome, Editions de l’Ecole Française de Rome, 1985.

[35] Voir Nicolet C. « Les lois judiciaires et les tribunaux de concussion » in ANRW (AUFSTIEG UND NIEDERGANG DER RÖMISCHEN WELT) Vol. II, n°2, p. 193-214.

 A. Giovannini, Les institutions de la république romaine des origines à la mort d’Auguste, op. cit., p. 53-55. Golden S.K., Crisis Management during the Roman republic. The role of political institutions in emergencies, [36]Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

[37] Dans le cas de Sylla, ce fut la lex Valeria prise à la fin de l’année -82 avant notre ère.

[38] Hinard F. « De la dictature à la Tyrannie » in Hinard F. (ed), Dictatures. Actes de la table ronde réunie à Paris les 27 et 28 février 1984, op.cit., p. 87-95.

 Wiseman T.P., « The [39]Two-Headed State. How Romans explained civil wars » op.cit..

[40] Dion Cassius, Histoire romaine, Les Belles Lettres, coll. Universités de France, livres 36 et 37, 2014, Livre 37.

[41] Cicéron, De la vieillesse, De l’amitié, des Devoirs, (De Officis), trad. Charles Appuhn, Paris, Garnier, 1933

[42] https://www.lesechos.fr/17/04/2018/lesechos.fr/0301575228217_macron-plaide-pour-une-nouvelle—souverainete—europeenne.htm

[43] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[44] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/07/29/01002-20180729ARTFIG00135-affaire-benalla-macron-rumine-sa-vengeance.php

[45] http://actus.nouvelobs.com/videos/m00mlr.DGT/melenchon-monsieur-le-premier-ministre-vous-etes-la-parce-que-vous-y-etes-contraint.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20180801

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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 05:55

 

Journaliste, auteur de La Guerre des Gauches, co-fondateur de la revue Le ComptoirKévin Boucaud-Victoire a récemment publié Orwell, écrivain des gens ordinaires (Éditions Première Partie).Un auteur qui selon lui « offre une pensée sérieuse et attractive, à la fois anticapitaliste, démocratique et anti-totalitaire. »

Entretien (extraits) 

 

George Orwell est mort en 1950, dans une Europe hantée par le fascisme et le stalinisme. En quoi peut-il nous aider à comprendre l’époque présente ?

 

L’époque présente n’a en effet que peu à voir avec celle d’Orwell, malgré la focalisation, parfois hystérique, sur les années 1930. La mondialisation, la société de consommation, les GAFAM, l’emprise technologique, le djihadisme, l’effondrement du marxisme et la victoire du néolibéralisme rendent notre époque unique. De toute manière, l’histoire se caricature parfois – comme l’a remarqué Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte –, mais ne se répète jamais. Alors pourquoi lire Orwell ?

 

Déjà, il existe des questions universelles, dont les meilleures réponses ont été apportées il y a très longtemps. C’est pour ça qu’il faut encore lire Aristote ou Spinoza. Parce que certains problémes analysés par Orwell restent d’actualité. Le conformisme de la gauche, sa soumission à la petite bourgeoisie, le danger de l’extrême droite, ou encore l’exploitation des classes populaires par le capitalisme : tous ces problèmes sont encore loin d’être résolus aujourd’hui, pourtant l’écrivain y a apporté des réponses pertinentes et trop méconnues. J’ajouterai que sa critique radicale du progrès technique, essentiellement contenue dans le chapitre XII du Quai de Wigan, est encore plus importante aujourd’hui, en contexte de crise écologique et d’addiction au numérique, qu’il y a 70 ans !

 

Comment expliquer le regain d’intérêt qu’Orwell suscite depuis quelques années, aussi bien à gauche qu’à droite de l’échiquier politique ?

 

C’est déjà en grande partie lié à la progression de l’influence de Jean-Claude Michéa depuis 1995 et la parution d’Orwell, anarchiste tory (Climats). Certes, le philosophe socialiste n’a connu que récemment le succès en librairie, mais il a influencé de nombreux journalistes ou intellectuels de gauche comme de droite, d’Éric Zemmour à Natacha Polony, en passant par Aude LancelinAlain de BenoistPatrick Marcolini ou Vincent Cheynet. Il a aussi suscité de nombreuses critiques, qui ont attiré l’attention, pas nécessairement pour de bonnes raisons, et donc poussé à s’intéresser à l’écrivain anglais.

 

A gauche, l’effondrement du bloc soviétique a laissé un grand vide. Les schémas de pensée traditionnels ont été ébranlés. Orwell offre une pensée sérieuse et attractive, à la fois anticapitaliste, démocratique et anti-totalitaire. Il y a aussi une attention particulière portée aux classes populaires, débarrassée du messianisme prolétarien marxiste, qui a de quoi séduire.

 

A droite, c’est très différent. D’abord, ils se sont plus rapidement intéressés à Orwell. Prisonnier de La ferme des animaux et 1984, l’écrivain a été rejeté par les communistes dominants à gauche et a été récupéré, malgré lui, par les libéraux et les conservateurs, contents de trouver un critique de gauche de l’URSS. Cette entreprise n’a évidemment été possible qu’en écartant un large pan de sa pensée. Rappelons qu’il expliquait qu’en 1946 : « Tout ce que j’ai écrit de sérieux depuis 1936, chaque mot, chaque ligne, a été écrit, directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique tel que je le conçois. ». Ensuite, dans un monde traumatisé par deux grands totalitarismes, nazis et bolcheviques, Orwell bénéficie d’une bonne image. La droite, qui manque souvent de théoriciens importants, a tout à gagner à le récupérer. Enfin, Orwell est aussi un modèle de défense de la liberté d’expression. Une certaine droite qui feint de croire que nous sommes encore dans les années 1990, où la « bien-pensance » étouffait toute parole conservatrice, l’érige en héros. Utiliser Orwell, c’est réclamer ce droit de « dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. »

 

La « common decency » (décence ordinaire) est une notion clé de la pensée d’Orwell. Les évolutions actuelles du capitalisme mondialisé ne sont-elles pas en train de détruire cette « solidarité spontanée » des catégories populaires ?

 

Rappelons déjà ce qu’est cette notion clé d’Orwell, qu’il ne prend jamais le temps d’expliquer. Pour Bruce Bégout, elle est « la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal ». Il ajoute qu’elle correspond à « un sentiment spontané de bonté qui est, à la fois, la capacité affective de ressentir dans sa chair le juste et l’injuste ». Il s’agit d’un ensemble de comportements permettant la vie en société, ou le « vivre-ensemble », comme nous dirions aujourd’hui, qui se développe au contact d’autrui. Elle provient de la pratique ordinaire de l’entraide, de la confiance mutuelle, des liens sociaux minimaux mais fondamentaux et de la banalité de la vie.

 

De son côté, Jean-Claude Michéa rattache la « common decency » aux travaux de Marcel Mauss et ses successeurs de La Revue du MAUSS, en premier lieu Alain Caillé et Jacques Godbout. Selon lui, elle correspond à la « réappropriation moderne de l’esprit du don, sous la forme de règles intériorisées par la “conscience morale” individuelle ». Rappelons que Marcel Mauss voit dans le don – contre don et dans le triptyque donner-recevoir-rendre le fondement de toute vie en communauté. En conclusion, pour Michéa, la « common decency » est un « sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas », alors qu’elle est pour Bruce Bégout « politiquement an-archiste : elle inclut en elle la critique de tout pouvoir constitué au profit d’un accomplissement sans médiation du sens du juste et de l’injuste. »

 

 

Une fois le concept expliqué, je ne peux que conclure que vous avez raison. L’extension du domaine de la marchandisation – notons que pour Guy Debord, la société du spectacle, dans laquelle nous vivons, se définit comme « l’accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande » –, le narcissisme, l’urbanisme des grandes métropoles contribuent effectivement à faire reculer la « common decency ». Jusqu’où ? Nul ne le sait, mais il apparaît évident qu’aucune société ne peut se passer d’un minimum de lien social, qui ne peut être remplacé par l’échange marchand et rationnel.

 

 

Entretien avec Kévin Boucaud-Victoire sur Orwell

 

L’absence de système théorique structuré est un des éléments qui rendent la pensée d’Orwell si attractive. N’est-ce pas toutefois en même temps une faiblesse ?

 

Le problème de la pensée en système, c’est que, paradoxalement, elle manque toujours de complexité. Tout système est nécessairement une simplification. Ensuite, aucune théorie ne peut être valable en tout lieu et en tout temps. Ce qui marche pour la Russie « arriérée » en langage marxiste de 1917 – si nous admettons, ce qui est loin d’être évident, que quelque chose ait réellement marché – ne fonctionne pas forcément pour la France de la même époque. Orwell permet à la fois de penser le monde, mais aussi d’adapter à des contextes différents. Même sans avoir élaboré de système, sa pensée politique est d’une très grande richesse. Après, si ce que vous souhaitez me dire, c’est que la pensée de l’Anglais ne s’auto-suffit pas, je vous rejoins. Mais tant mieux ! Le péché originel du marxisme était de considérer que Karl Marx – dont la pensée était d’une profondeur difficilement égalable – avait raison sur tout et devait être pris comme le Messie.

 

Vous êtes cofondateur de la revue socialiste Le Comptoir. A votre avis, comment pourrait-on résoudre cette quadrature du cercle du socialisme : une révolution sans chef est une émeute, une révolution dirigée aboutie au remplacement d’une élite oligarchique par une nouvelle élite oligarchique ?

 

Déjà, je ne crois pas qu’une révolution sans chef soit nécessairement une émeute : qui était le chef de la Commune de Paris de 1871 ? Selon Karl Marx, c’est d’ailleurs parce qu’il manquait Auguste Blanqui, le leader dont avaient besoin les révolutionnaires, qu’elle a échoué. Mais c’est une autre question. Ensuite, une émeute peut avoir un chef.

 

Je vois néanmoins où vous voulez en venir. « Cette sorte de révolution (une révolution violente menée comme une conspiration par des gens qui n’ont pas conscience d’être affamés de pouvoir) ne peut conduire qu’à un changement de maître. […] La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot », écrivait Orwell à propos de La ferme des animaux et de la révolution bolchevique.

 

La révolution a probablement besoin de leaders et d’incarnation. Mais ceux-ci ne doivent pas être des dirigeants ou des vedettes, mais plutôt des porte-paroles. Ce qui compte, c’est de mettre en place des mécanismes de contrôle et de rotation des tâches. C’est selon moi l’intérêt du « mandat impératif ». Il faut cependant faire très attention aux révolutionnaires professionnels, comme l’était LénineOrwell disait que « neuf fois sur dix, un révolutionnaire n’est qu’un arriviste avec une bombe dans sa poche. » Les faits, qui sont souvent têtus, semblent lui donner raison.

 

Source : Un Bruit Blanc, Kévin Boucaud-Victoire, Christophe Penaguin, 03-06-2018

 

Petite piqûre de rappel :

Entretien avec Kévin Boucaud-Victoire sur Orwell
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8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 05:57
 
Serge Halimi revient sur « la fable du 31 août 2013 » :

Il y a exactement cinq ans, une interprétation de l’histoire des relations internationales a triomphé dans toutes les capitales occidentales. Rabâchée avec méthode, elle est devenue une religion officielle. En substance, explique-t-elle, le président Barack Obama a commis une faute lourde de conséquences, le 31 août 2013, en renonçant à attaquer l’armée syrienne après que celle-ci se fut rendue coupable d’un bombardement chimique meurtrier dans un faubourg de Damas. Cette pusillanimité aurait garanti le maintien au pouvoir d’un régime ayant massacré une partie de sa population. Au demeurant, prétend l’ancien président François Hollande parmi beaucoup d’autres, « le régime syrien n’a pas été le seul à se croire tout permis. Vladimir Poutine a compris qu’il pouvait annexer la Crimée et déstabiliser l’est de l’Ukraine (1) ». Une telle reconstitution historique, enluminée de la référence obligée à Winston Churchill (qui comprit que les accords de Munich allaient ouvrir la voie à d’autres agressions nazies), légitime par avance les guerres préventives et la politique dite de « paix par la force ». En particulier face à la Russie.

 
Pour Guillaume Piton,  la voiture électrique est une aubaine pour la Chine :

En finir avec le pétrole et les gaz à effet de serre : telles sont les promesses de la voiture électrique. Mais l’enthousiasme actuel occulte les nouvelles pollutions et les dépendances géopolitiques que cette révolution implique. Car, grâce à son monopole de certaines matières premières, la Chine pourrait devenir la capitale mondiale de l’automobile.

 

 

 

Jean-Baptiste Malet analyse « le système Pierre Rabhi :

La panne des grandes espérances politiques remet au goût du jour une vieille idée : pour changer le monde, il suffirait de se changer soi-même et de renouer avec la nature des liens détruits par la modernité. Portée par des personnalités charismatiques, comme le paysan ardéchois Pierre Rabhi, cette « insurrection des consciences » qui appelle chacun à « faire sa part » connaît un succès grandissant.

 

 

Le Monde Diplomatique (221)
Harlie Hochschild se demande pourquoi Donald Trump séduit l’électorat populaire :
Dans un État américain très pauvre comme la Louisiane, souillée par les marées noires, une majorité de la population vote pour des candidats républicains hostiles aux allocations sociales et à la protection de l’environnement.

 

 

Le routier américain, une icône en voie de disparition car on pourra bientôt se passer de chauffeurs (Julien Brygo) :

En 2016, pour la première fois, un camion sans chauffeur a effectué une livraison commerciale aux États-Unis. Depuis, les essais se sont multipliés, ouvrant la voie à un monde où les marchandises se déplaceraient sans intervention humaine. Face à cette révolution technologique qui menace l’existence même de leur métier, les routiers américains oscillent entre panique, déni et incrédulité.

 

 

Evo Morales est aux prises avec… ses soutiens (Hervé Do Alto) :

Alors que les forces conservatrices sont à l’offensive en Amérique du Sud, un pays demeure ancré à gauche : la Bolivie de M. Evo Morales, où la contestation se concentre désormais au sein même du camp politique du chef de l’État, notamment chez les mineurs. L’histoire singulière du parti présidentiel, le Mouvement vers le socialisme, éclaire cette situation étonnante.

 

 

Pékin et Moscou sont complices mais pas alliés (Isabelle Facon) :

Destinée à normaliser les rapports américano-russes, la rencontre entre M. Donald Trump et M. Vladimir Poutine, le 16 juillet, a tourné à la confusion. De quoi pousser un peu plus la Russie dans les bras de la Chine, malgré le déséquilibre de puissance entre les deux pays. Moscou et Pékin ont renforcé leurs liens ; mais tous deux défendent leurs intérêts… qui ne coïncident pas toujours.

 

 

 

Emmanuel Haddad évoque, au Liban, le spectre des barils toxiques :

Les élections législatives libanaises du 6 mai dernier ont consacré la victoire du camp pro-Hezbollah. Présentées en marge des grandes formations communautaires, les listes pluralistes issues de la société civile n’ont pas obtenu les résultats que leurs multiples mobilisations en faveur de l’environnement laissaient entrevoir. Le problème de la collecte et du traitement des déchets demeure.

 

 

 

Alain Vicky décrit « la dernière monarchie absolue d’Afrique » :

Au printemps dernier, le Swaziland a fêté à la fois son demi-siècle d’indépendance et le cinquantième anniversaire de son roi, Mswati III. Le monarque règne sans partage sur ce petit pays d’Afrique australe, quatrième producteur de canne à sucre du continent  ; son clan capte l’essentiel des richesses. Confrontée à l’arbitraire, la population perd patience.

 

 

Gérard Noiriel s’est lancé dans une Histoire populaire de la France :

En 1980, l’universitaire Howard Zinn publiait une « Histoire populaire des États-Unis » afin de redonner la parole à ceux qui en avaient été privés — les femmes, les Amérindiens, les esclaves… Trois décennies plus tard, Gérard Noiriel s’est lancé dans un projet comparable au sujet de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours, son ouvrage décortique les relations de pouvoir au sein de la société.

 

 

 

Jean-Arnauult Dérens revient au temps de la Yougoslavie anticoloniale :

L’éclatement de la Yougoslavie a fait oublier que ce pays avait joué un rôle majeur dans les relations internationales. Au moment des grandes luttes de libération nationale, il leur apporta son appui, en particulier en Afrique. À la même époque, l’Union soviétique se montrait plus prudente, soucieuse de ménager ses rapports avec les États-Unis et avec les anciennes puissances coloniales.

 

 

 

Quand l’Europe créa Compostelle (Lola Parra Craviatto) :

Sur la route de la Galice, les chemins de Saint-Jacques attirent chaque année des centaines de milliers de marcheurs. Promoteur de ce succès, le conseil de l’Europe a exaucé un rêve que les papes Léon XIII et Jean Paul II partageaient avec Francisco Franco : entretenir par ce biais les racines chrétiennes du vieux continent. Quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire et la géographie.

 

 

 

Laura Raim analyse le regain d’intérêt de la bourgeoisie pour le corps : « Jus détox et cardio-training, le nouvel esprit de la bourgeoisie » :

Compétition ou solidarité, culte du résultat ou de l’effort, règne de l’individualisme ou apprentissage de l’esprit d’équipe ? Les forces politiques se disputent depuis longtemps les valeurs qu’elles associent à l’exercice physique. L’essor des clubs de sport haut de gamme suggère toutefois un regain d’engouement de la bourgeoisie pour le corps. Les performances et la bonne santé justifieraient désormais le statut social.

 

 

 

Charles Perragin et Guillaume Renouard dénoncent le «  le mythe du transhumanisme »:

De l’an mille à la bombe atomique, la peur d’une fin du monde scande l’histoire de l’humanité. Depuis le début du XXIe siècle, le spectre d’une technologie hors de contrôle, dépassant puis terrassant notre espèce, hante les commentateurs. L’intelligence artificielle et les prothèses numériques promettraient à « Homo sapiens » le sort de Frankenstein. Mais qui propage ce grand récit, et à qui profite-t-il ?

 

 

 

Pour Alain Deneault, Total est un gouvernement bis :

Dedans et dehors. Dedans quand il s’agit, avec l’appui du gouvernement français, de décrocher des contrats, de protéger ses investissements, d’orienter les politiques publiques. Dehors quand, dégagée de toute tutelle gouvernementale, la multinationale peut mieux défendre les intérêts de ses actionnaires, majoritairement étrangers. Mais pourquoi la France reste-t-elle alors si obstinément fidèle à Total ?

 

 

 

Agathe Mélinand nous parle d’Offenbach :

Septième d’une famille de dix enfants, musicien précoce chassé d’Allemagne par les persécutions antisémites, Jacques Offenbach finira par régner sur le Paris festif et agité du milieu du XIXe siècle. Et par inventer un genre typiquement français : l’opéra-bouffe.

 

 

 

La beauté est toujours en instance, selon Annie Lebrun :

Contrairement à la rumeur, la guerre de Troie, dont l’origine tient à un choix esthétique. n’en finit pas d’avoir lieu. Car la beauté, dont l’idée même serait de plus en plus contestable aussi bien intellectuellement que politiquement, demeure au centre de tous les enjeux. Mais qu’est-ce que la beauté ? Comment l’appréhender ?

Sigmund Freud admet ne pas être d’un grand secours quand, en 1929, il affirme au début de Malaise dans la civilisation : « Malheureusement, la psychanalyse a (…) moins que rien à dire sur la beauté », tout en précisant : « Un seul point semble assuré : c’est que la beauté dérive du domaine de la sensibilité sexuelle ; ce serait un modèle exemplaire d’une motion inhibée quant au but. » Ce que ne vient pas contredire le point de vue de Salvador Dalí quatre ans plus tard : « La beauté n’est que la somme de conscience de nos perversions » Ainsi, pour Freud et pour Dalí, si la beauté a trait à nos pulsions, elle est avant tout indissociable de l’irréductible singularité de chacun, par son pouvoir d’en révéler soudain certaines parts d’ombre.

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 06:15

Récemment, lors de la dernière grève, malheureusement très minoritaire, dans les universités, des grévistes ont été insultés par des non-grévistes qui n'acceptaient pas ce" désordre", alors que ces enseignants luttaient pour les générations à venir (celle de mes deux dernières par exemple) qui ne pourront vraisemblablement pas suivre les études de leur choix et qui devront s'acquitter de droits considérables dans des établissements dont le niveau des enseignants aura baissé. Pour ces jaunes, je n'ai que mépris. Leur adoration du caudillisme macronien me dégoûte.

 

Ci-dessous de larges extraits d'un article de Mediapart sur la transformation radicale du statut des enseignants français (par Faïza Zerouala).

 

 

La technique est connue. Pour imposer une réforme potentiellement explosive, il suffit de laisser fuiter quelques propositions, voir comment les concernés les accueillent puis aviser. Le rapport « Comité d’action publique 2022 » (CAP 2022) n’échappe pas à la règle. En matière d’éducation, l’un des chantiers cajolés par le gouvernement, l’orientation est clairement libérale.

Dans le domaine éducatif, le besoin de rénovation est nécessaire selon les auteurs de ce rapport, parmi lesquels on retrouve Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, ce think tank dont est très proche le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

Sur le fond et dans le détail, ce rapport ambitionne d’introduire plus de « souplesse », les propositions formulées visant à « réduire les inégalités et placer la France dans les dix meilleurs systèmes éducatifs mondiaux ». La France est l’un des pays les plus inégalitaires en matière scolaire. Les résultats décevants des écoliers français dans les classements de l’OCDE, comme le plus connu Pisa, démontrent que le milieu social de l’enfant influe sur sa réussite. Il faut donc, selon les auteurs de cette note consacrée à l’école, « restaurer la confiance des parents dans le système éducatif français et [de] répondre de manière plus adaptée aux besoins des territoires ». L’idée étant de mobiliser les équipes éducatives, donner plus de liberté aux chefs d’établissement et de modifier le statut des enseignants.

Les préconisations ici formulées ne surprendront pas ceux qui ont lu les deux derniers ouvrages de Jean-Michel Blanquer, L’école de demain et Construisons ensemble l’école de la confiance (Odile Jacob). La philosophie de ce rapport transparaît dans ces livres et vice versa. Elles épousent celles vantées par Emmanuel Macron. Donner plus de pouvoirs aux chefs d'établissement était l'une des mesures de son programme en matière éducative. Le 24 juillet, les sénateurs Françoise Laborde (RDSE) et Max Brisson (LR) ont rendu public un rapport sur le métier d'enseignant. Les idées présentées pour le réformer rejoignent largement celles évoquées dans la note de CAP 2022.

Sous couvert de « responsabiliser » les établissements, le rapport préconise de mettre en place une évaluation de ceux-ci. Pour ce faire, plusieurs critères seraient utilisés. Les résultats des élèves, mais aussi leurs conditions d’études et matérielles, l’implication des personnels. Ces données seraient ensuite rendues publiques dans un élan de transparence. Bien entendu, une telle démarche renforcerait de fait les hiérarchies entre écoles, collèges et lycées déjà très présentes et favoriserait la concurrence.

Le rapport recommande également de laisser toute latitude aux chefs d'établissement pour recruter leurs équipes pédagogiques, enseignants et postes à profil, qui requièrent des compétences précises. Le tout pour permettre aux chefs d’établissement de « pleinement jouer leur rôle de manager et d’accompagnement de leur équipe pédagogique ». Le jargon et les mœurs de l’entreprise appliqués à l’école en somme.

La proposition la plus forte concerne les enseignants. Il est d’abord suggéré d’augmenter le temps d’enseignement des professeurs du secondaire à raison de deux heures hebdomadaires. Cela doit leur permettre d’« augmenter leur rémunération » et aussi de « créer un nouveau corps d'enseignants qui pourrait se substituer progressivement à celui de professeur certifié », écrivent les auteurs de ce rapport. « Ce corps serait soumis à des obligations supplémentaires (bivalence, annualisation d’une partie du temps d’enseignement, obligation de remplacement dans l’intérêt du service) qui offriraient plus de souplesse aux chefs d’établissement. »

En clair, ils pourront être amenés à enseigner deux disciplines, voir leur temps de travail annualisé et être obligés d'effectuer des remplacements au pied levé. 

L’annualisation du service des enseignants est un vieux serpent de mer. Aujourd’hui, un certifié passe dix-huit heures hebdomadaires devant ses élèves, quinze heures pour un agrégé. L’annualisation consisterait à définir les services d’un enseignant en nombre d’heures à effectuer sur l’année.

L’idée serait alors de mieux répartir ces heures de cours, quitte à en inscrire plus à la rentrée par exemple. Cela permet aussi de mieux s'occuper de la question des remplacements. Un enseignant absent pourra transférer ses heures à un collègue qui lui rendra la pareille si besoin. Mais en contrepartie cela impliquerait que les enseignants travaillent plus pour un salaire équivalent.

La  “bivalence” permet aussi de réaliser des économies de postes mais nie la spécificité de chaque discipline et attaque la spécialisation des enseignants.

Les principaux syndicats enseignants s’opposent à ces mesures. Notamment en raison des difficultés de gestion d’emploi du temps que cela générerait et des répercussions sur l’organisation de la vie privée des enseignants.

L'ombre du “new public management”

Le rapport recommande aussi de renforcer la formation initiale et continue. Pour la première, il préconise d’avancer le concours, dès la fin de la licence, afin de familiariser plus tôt les futurs enseignants à leur métier. Il s’agit aussi de développer les « pré-recrutements » avant les concours afin de « bénéficier rapidement d’une première insertion dans le monde professionnel ». Dans certaines disciplines comme en langues vivantes par exemple, il y a plus de postes à pourvoir que de candidats.

Le comité considère que ces préconisations pourraient permettre une remontée des élèves français dans les évaluations internationales et de réaliser au passage 300 millions d’euros d’économies identifiées, sans préciser où les débusquer.

Pas de réduction de budget à prévoir pour les universités en revanche alors même que la hausse démographique, avec le pic de naissances de l’an 2000, conduit de plus en plus de jeunes dans l’enseignement supérieur. À la rentrée, 56 600 étudiants supplémentaires rejoindront les facs.

Là aussi, il est question de « responsabiliser » les établissements et de combattre l’échec en première année de licence. Notamment par des évaluations plus régulières basées sur des critères qui englobent la réussite des étudiants, l’insertion professionnelle, la visibilité internationale de la recherche ou la qualité de l’enseignement dispensé. Les universités seraient aussi pilotées « par le contrat ». Ces évaluations pourraient in fine conditionner leur financement.

 

Pour ce faire, le comité imagine que le financement des organismes doit « davantage dépendre des résultats pour constituer une incitation à accroître la qualité de l’enseignement et de la recherche ». Il s’agirait de répartir « un montant fixé entre établissements comparables voire entre organismes selon l’atteinte de leurs objectifs ».En parallèle, « les ressources des appels à projets nationaux en complément des subventions actuelles ou en substitution » pourront être augmentées.

Toujours dans une volonté d’être plus attractives, les universités sont invitées à miser sur les formations tout au long de la vie pour « diversifier leurs ressources » en appliquant notamment une tarification différenciée. L’autre proposition – un casus belli pour les organisations syndicales et étudiantes – consiste fatalement à augmenter les frais d’inscription.

Le vocabulaire utilisé dans cette note démontre à quel point le gouvernement entend plaquer les mœurs de l’entreprise à l’école et l’université. Les rédacteurs de ces chapitres consacrés à l’éducation ont l'ambition d'introduire souplesse et flexibilité dans ces secteurs. Quitte à fragiliser les conditions de travail des professeurs.

Tous ont encore en mémoire la saignée des années Sarkozy entre 2007 et 2012 avec sa révision générale des politiques publiques, la RGPP. L’objectif de celle-ci était de réduire le nombre d’enseignants. 80 000 postes avaient été supprimés en définitive avec comme conséquence une désorganisation de l’éducation nationale, notamment dans l'éducation prioritaire. 

 

A cause du banquier Macron, les enseignants ne seront bientôt plus fonctionnaires

 

Par ailleurs, la vision managériale qui irrigue cette note témoigne d’une volonté de mettre en place une politique dite de new public management. Cette doctrine de gestion publique a été développée dans les années 1980 sous l’ère Thatcher. La colonne vertébrale idéologique de ce mode de gouvernance est de chercher à rendre les services publics plus efficaces et, pourquoi pas, rentables. L’éducation doit s’adapter à l’économie et former des travailleurs qui pourront s’ajuster à ses besoins.

La mise en concurrence, la flexibilité, l’autonomie des établissements, la recherche de la performance ou encore l’évaluation sont érigées en principes cardinaux. Trois pays ont tenté l’expérience avec des résultats fort décevants : la Suède, l’Angleterre et les Pays-Bas. C’est ce qu’ont découvert deux chercheurs, Florence Lefresne et Robert Rakocevic, pour le ministère de l’éducation nationale. Ils l’exposent dans un article baptisé " Le métier d’enseignant en Angleterre, aux Pays Bas et en Suède, Les voies sinueuses d’une professionnalisation ", publié en 2016.

Dans ces pays, les écoles ont été privatisées et ont acquis une forte autonomie. Ces principes ont agi comme un repoussoir pour de nombreux enseignants, à qui l’on a demandé plus de polyvalence, créant ainsi une pénurie. Les élèves n’ont pas développé des performances exceptionnelles. Dans les trois pays, l'évaluation des enseignants est confiée au chef d'établissement mais ceux-ci n’y trouvent aucun bénéfice. « Les tentatives de lier la rémunération des enseignants à leur performance individuelle a aussi généré des problèmes. Si en Suède la mesure a été acceptée, en Angleterre il y a eu des grèves puissantes contre la paye au mérite et aux Pays-Bas les mesures ont dû être fortement atténuées sous pression syndicale », peut-on lire dans cet article.

Cette gestion a contribué « à brouiller les frontières entre public et privé » sans réduire les inégalités, concluent les auteurs de cette note. Précisément ce que veulent éviter les syndicats et autres acteurs de la communauté éducative qui combattent ce mode de gouvernance.

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 06:15
Macron ne passe pas son temps qu'à  recevoir des godelureaux en bas résille ou à  couvrir son ami Benalla. Pour ce banquier en parfaite symbiose avec la finance internationale, l'objectif prioritaire est de supprimer la Fonction publique en ce qu'elle est un rempart contre les excès de la dérégulation capitaliste. L'histoire est souvent petite : fils et petit-fils de fonctionnaires, Macron fut lui-même haut fonctionnaire. Pour des raisons qu'il n'est pas utile d'exposer ici, il hait la Fonction publique. Ce qui tombe bien.

Je reprends ici deux articles de François Jarraud pour le Café Pédagogique qui expose les dangers gravissimes des projets macroniens. 


Dans un nouveau document proposé aux syndicats le 25 mai, le ministre de l'action et des comptes publics envisage la suppression des instances paritaires des fonctionnaires, notamment ceux de l'Etat. Ce sont ces instances qui sont légalement consultées sur l'avancement et les mutations par exemple. Leur suppression permettrait d'alléger la gestion des personnels, de permettre une gestion locale et de récompenser le mérite individuel. Le gouvernement envisage de supprimer les fondements mêmes du statut des fonctionnaires. 

 

 

Dans un document destiné au groupe de travail sur les organismes consultatifs compétents, le ministre de l'action et des comptes publics, Gérald Darmanin, propose plusieurs scénarios d'évolution du statut des fonctionnaires, notamment les fonctionnaires d'Etat comme les enseignants.

 

Il rappelle que le droit de participation des agents publics passe par des organismes consultatifs où siègent les représentants du personnel, dont les CAP (commissions paritaires), en application de l'alinéa 8 du préambule de la constitution de 1946 (annexé en 1958) et de l'article 9 du statut général. Une loi de 1984 et un décret de 1982 ont confirmé les droits des CAP.

 

Sont soumis aux CAP de droit les questions de titularisation, licenciement, promotion, avancement, détachement, sanctions, mutations. A la demande du fonctionnaire, les CAP sont aussi compétentes sur la révision de la notation, les temps partiels, les absences.

 

Darmanin met en avant plusieurs objectifs. Il s'agit de "fluidifier les mobilités individuelles", en théorie permettre aux fonctionnaires de bouger davantage, en pratique d'instaurer l'arbitraire. Il veut aussi revoir l'architecture actuelle par corps. Il envisagerait plutot une gestion par catégorie (A, B ou C). Enfin il veut surtout mieux "prendre en compte la valeur professionnelle" des agents.  Mais les "pistes d'évolution" contenues dans le document vont très loin.

 

Ainsi pour la mobilité, le ministre propose de "supprimer toute compétence des CAP sur les actes de mobilité et mutation ainsi que pour les questions de disponibilité, détachement. Les CAP ne seraient plus consultées sur les promotions : elles recevraient juste "la liste  des agents retenus par l'autorité de gestion". Les CAP ne seraient plus compétentes sur les mesures individuelles favorables (titularisation). 

 

Finalement, pour "remédier aux lourdeurs constatées par les employeurs en matière de gestion individuelle des ressources humains", le ministre propose "la suppression éventuelle du paritarisme à l'exception des questions disciplinaires". Encore cette consultation pourrait-elle être "dématérialisée" pour gagner du temps... Rappelons que le paritarisme implique la participation à égalité des représentants des personnels élus démocratiquement dans des instances décisionnelles. Cette présence de représentants élus a déjà été supprimée dans l'Université par Pécresse (loi LRU), cet état de fait ayant été entériné par Hollande. Les commissions paritaires matérialisent une philosophie des rapports sociaux basés sur des droits et une association à la gestion des représentants du personnel. Ce sont ces CAP qui donnent aussi a ux syndicats leur force dans le système éducatif. Supprimer les CAP c'est aussi penser la suppression du syndicalisme dans l'appareil d'Etat, un syndicalisme qui en fut absent pendant des décennies.

 

 Le 1er février, le Premier ministre annonçait qu'il lançait le chantier de la "rémunération plus individualisée. Une part de la rémunération (de l'agent) doit être liée au mérite et à l’atteinte des résultats individuels et collectifs", disait-il. Il envisageait de donner plus de pouvoirs aux managers, comme les chefs d'établissement. Au niveau central comme déconcentré, les managers publics, dont l’implication et la responsabilisation sont déterminantes pour la réussite de la transformation publique, ne disposent pas, selon Philippe, des leviers nécessaires à l’exercice de leurs missions... En tant qu’employeurs, leur capacité d’initiative et leur marge de manœuvre apparaissent excessivement contraintes". Le gouvernement veut leur donner notamment "  plus de souplesse dans leurs recrutements". Toutes choses qui impliquent de changer le statut.

 

Jean-Michel Blanquer rappelait dans un ouvrage récent  qu'il faut " développer une gestion des ressources humaines au plus près du terrain... Nous devons mieux reconnaître. le mérite de nos professeurs.". A plusieurs reprises il a évoqué la remise en question du statut. Ainsi dans Acteurs publics il disait : " pour le mouvement des enseignants, il ne faut pas s’en remettre uniquement à la « machine » et à l’ancienneté. Nous devons remettre de l’humain dans la gestion des ressources humaines". Il annonçait aussi " plus de pouvoirs aux recteurs, aux inspecteurs d’académie, aux chefs d’établissement" et " la "pluriannualisation" du temps de travail des enseignants."

 

Dans une note récente rédigée pour la FCPE, François Dubet avait vu juste. " Le recrutement des enseignants par les établissements mettra à mal la conception traditionnelle de l’autonomie professionnelle des enseignants et privera les syndicats d’une de leurs principales ressources, celle de la « cogestion » des carrières.

 

Le 22 mai les syndicats avaient réussi à faire l'unité pour la défense du statut de la Fonction publique. Il ont été très moyennement entendus avec des manifestations moins suivies que le 22 mars et un taux de grévistes au mieux identique. Autant de signaux qui sont interprétés au gouvernement comme l'opportunité d'aller au bout de son projet. Les fonctionnaires, notamment les enseignants sont peut-être déjà au pied du mur.

 

Il y a belle lurette que les "faucialistes" suédois se sont lancés dans ce type de contre-réforme avec les résultats catastrophiques que l'on connaît. Pas grave pour la banque internationale qui gouverne nos destinées. Mais l'échec fut à ce point patent que l'OCDE a demandé à la Suède de faire marche arrière. Donc d'opérer une contre-contre réforme afin d'améliorer le niveau de compétences des élèves et de réduire les inégalités.

 

Dans les années 1990, la Suède s'était faite la championne du "New Management" en matière d'éducation. Le système avait été totalement décentralisé. De fonctionnaires d'Etat, les fonctionnaires étaient devenus employés municipaux. Les chefs d'établissement eurent une liberté de gestion totale en matière pédagogique et de recrutement. Les parents pouvaient inscrire les enfants dans les écoles de leur choix, ce qui contribua à la ghettoïsation du pays, en disposant d'un chèque éducation. Cette contre-réforme fut effectuée en moins de cinq ans.

 

Dans son évaluation de l'éducation en Suède, l'OCDE observa que les relations entre élèves et professeurs étaient bonnes (ah, la proximité !) mais que les performances des élèves n'avaient cessé de baisser en compréhension de l'écrit, en maths et en sciences. La discipline dans les classes laissaient par ailleurs de plus en plus à désirer.


 

 

 

L'OCDE a donc suggéré à la Suède de revoir le financement de son éducation, à repenser la formation des enseignants en la réétatisant par le biais d'une formation nationale. Elle lui a demandé de remettre en cause la municipalisation de l'école et, qui est frappé au coin du bon sens, de renforcer l'enseignement du suédois à l'école primaire.

 

Même l'OCDE, qui n'est pas un repère de gauchistes, en vient à postuler que pensée libérale et enseignement de qualité pour tous ne font pas bon ménage. Le chèque éducation (ce simple concept est une horreur), l'autonomie des écoles, les chefs d'établissement "managers" ont plongé le système dans la déroute.

 

Le gang du banquier qui aime tant les bas résille s'en fiche, tout comme il a considéré comme billevesée les critiques adressées par des syndicalistes de gauche (ce n'est pas un pléonasme) à la privatisation du rail britannique.

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 05:25

D'après Samantha Bailly.

On ne pense pas sans mots. Voici la guerre des mots (et les mots de la guerre) du capitalisme financier. On vide les mots de leur substance réelle comme on vide les crânes et on les gave de la pensée du système. On embrouille. Pensons à l'expression "égalité des chances". Comment des chances pourraient-elles être égales ? Plus de hiérarchie mais du N+1 ou N-1. Les partis politiques n'ont plus de programme mais un ADN.

 

Roland Barthes l'avait prédit il y a bien longtemps : le fascisme, ce n'est pas d'empêcher de dire, c'est d'obliger à dire. Il n'est même pas nécessaire que les gens adoptent la pensée du système, il suffit qu'ils utilisent son langage codé. Comme quand les responsables syndicalistes parlent de “ partenaires sociaux ”.

 

 

Petit lexique “ corporate ”
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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 05:40

1. La célébration du 14-Juillet, en 2018 (et depuis des années), c'est l'ordre, la hiérarchie, l'obéissance, le respect de la tradition, la sacralisation de l'armée et du pouvoir, à l'encontre du 14 juillet fondateur (celui de 1789), qui fut le bouleversement, le désordre, la désobéissance, la mutinerie (des Gardes françaises), la contestation victorieuse du pouvoir du roi et de l'organisation de la société et des institutions.

 

 

 

2. La célébration du 14-Juillet a pour cadre l'ouest de Paris, c'est-à-dire les quartiers des riches, des installés, alors que la prise de la Bastille eut lieu à l'est de Paris, dans une zone populaire, encore parcourue par un lacis de ruelles étroites, d'où les insurgés pouvaient venir à bout de la troupe, dispersée et comprimée dans ces ruelles, exposée presque sans défense aux jets de pierres, de tuiles, et de projectiles divers. Alors que le défilé a lieu sur une avenue rectiligne, dégagée, d'où on peut aisément tirer au canon, à la mitrailleuse, à la roquette d'avion ou d'hélicoptère contre tout soulèvement de civils et où les insurgés ont toujours le dessous. [La dernière "victoire", en la matière, eut lieu en août 1944 contre l'occupant allemand, mais les circonstances étaient autres.].

 

 

Par cette manière de célébrer le 14-Juillet, on substitue la République à la Révolution (en identifiant frauduleusement l'une à l'autre), et qu'on fait triompher l'ordre établi sur l'élan insurgé. Plutôt que de réprimer, les classes dominantes préfèrent subvertir, inverser, adultérer les processus de l'événement, gommer les insurgés en sabots au profit des bourgeois en escarpins. Car la Révolution, ce n'est pas la République, et ce n'est surtout pas celle d'Emmanuel Macron. 

 

 

 

3. Il est révélateur (et symbolique) que les troupes qui défilent viennent de l'ouest, de la même direction que les troupes versaillaises d'Adolphe Thiers qui, depuis Versailles (avec l'assentiment de Bismarck) pénétrèrent dans la capitale pour écraser la Commune. Et les corps de l'armée qui défilent (Infanterie, Marine, Aviation, Gendarmerie, Légionnaires, Spahis, Saint-Cyriens, élèves de Polytechnique, Chasseurs alpins, Pompiers...) sont comme la société française en réduction, la même société française qui, en 1871, délégua de tout le pays des provinciaux  dûment chapitrés par leurs curés, leurs châtelains et leurs notables, noyer dans le sang le soulèvement des "partageux" parisiens. 

 

 

 

4. Il est tout aussi révélateur (et symbolique) qu'aient défilé sur les Champs-Élysées des troupes étrangères, et pas n'importe lesquelles : un petit peloton singapourien, un petit peloton japonais et un plus gros détachement de la Garde civile espagnole (qui a des fonctions proches de celles de la Gendarmerie nationale). Ce ne sont pas n'importe quelles troupes, mais des troupes du camp dit “occidental” (des alliés – ou des supplétifs – des États-Unis), qui manifestent ainsi leur ancrage idéologique dans le même camp que celui de la France (ou, pour être plus précis, des gouvernants actuels de la France). Il est symbolique que l'on fasse parader des troupes étrangères pour l'anniversaire de la prise de la Bastille alors que le roi de France fut défendu, en 1789, par des soldats étrangers (le Royal-Allemand cavalerie, qui, le 14 juillet 1789, affronta les insurgés, et les Suisses – qui, en petit nombre, défendirent la Bastille ce même jour et, en plus grand nombre, les Tuileries, le 10 août 1792). Il y a là comme un retour d'une "internationale de l'ordre" face aux soulèvements nationaux. 

 

 

 

5. Ce qui est enfin symbolique, c'est que le défilé incorpore un passage d'aéronefs (avions de chasse, de transport, de ravitaillement, hélicoptères) au-dessus des Champs-Élysées. Ces aéronefs rappellent (de façon subliminale, par leur situation “au-dessus”), le rôle déterminant de l'aviation lors de plusieurs conflits : celui de l'aviation israélienne en 1967, celui de l'aviation de la coalition lors des guerres du Golfe de 1991 et 2003, celui de l'aviation occidentale lors des guerres de Yougoslavie, celui de l'aviation russe lors de la présente guerre de Syrie, etc. Ces avions remplissent la même fonction que les forteresses édifiées par les monarques à proximité de certaines villes frondeuses : manifester la puissance du prince par la hauteur des murailles du fort, la présence d'une garnison, l'installation d'une prison et, par leur position dominante, intimider la population, l'inciter au respect et à la soumission.

Une réflexion républicaine sur le 14 juillet, par Philippe Arnaud
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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 05:13

Récemment, on me signalait qu'une jeune candidate ayant décroché une première place au concours général avait écopé d'un 12/20 dans la matière alors que, dans le même jury, des candidats très moyens avaient été gratifiés d'un 20/20.

 

Á la fin des années 80, je présidai mon premier jury de bac. Rappelons – car ne n'est plus le cas aujourd'hui de par la grâce du banquier – que le bac était considéré comme le premier diplôme de l'enseignement supérieur. Les jurys devaient donc être présidés par un universitaire. Je n'étais pas arrivé dans le lycée depuis cinq minutes que je recevais un coup de téléphone du cabinet du recteur.

 

— Monsieur le Président, je me permets de porter à votre connaissance que la moyenne des reçus de ce baccalauréat est de 81% dans la région.

— “ What the fuck ”, pensai-je intérieurement. Je lui répondis, juste avant de raccrocher, “ Cher Monsieur, les jurys sont souverains ”. Mais la pression était déjà telle il y a trente ans que nous reçûmes environ 80% de candidats.

 

Des dizaines de correcteurs du baccalauréat S de l'académie de Lille ont découvert une magouille plus que troublante. Selon le SNES (Syndicat national des enseignements de second degré), des notes ont été relevées arbitrairement de 1 à 16/20 après une erreur lors de l'épreuve de physique-chimie. Sans que les jurys soient mis au courant. Sans qu'ils aient, bien sûr, délibéré.

 

Á la base, une erreur du chef d'établissement d'un lycée de Maubeuge qui, lors de l'épreuve de physique-chimie des élèves de Terminale S, aurait interdit à tort l'usage des calculatrices. Les 200 élèves concernés ont protesté. Dans ce type de situation, les candidats lésés sont normalement convoqués pour repasser l'épreuve. Mais cette fois, leurs notes ont été rehaussées d'un trait de plume. Selon le syndicat enseignant, ces modifications ont été effectuées de manière à ce qu'aucun des 200 élèves concernés ne soit ajourné. Les dossiers scolaires n'ont pas été pris en compte, les notes ont été modifiées sans aucune autre logique qu'une logique comptable.

 

Les notes attribuées n'ont plus rien à voir avec celles obtenues initialement. Des élèves ayant obtenu 01/20 voient leur note remontée artificiellement à 16/20 en physique-chimie ; d'autres, notés 07/20 passent à 15/20 en mathématiques et, comble de l'absurdité, un élève absent obtient la note de 09/20 en mathématiques alors qu'il n'a pas passé l'épreuve !

Le bac, c'est comme l'hôpital : vous l'anémiez, vous le traitez par dessus la jambe et vous déclarez qu'il ne vaut plus rien et qu'il faut le privatiser, en faire une vague étape d'un parcourSup qui, lui-même, est une institution de gribouille.

 

Les jurys du bac, ça devient le foutoir
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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 05:36

J'ai plaisir à reprendre ici un très beau texte que mon amie Mireille Azzoug a écrit à l'occasion du décès de Max Gallo. Mon admiration pour l'écrivain est plus tempérée que celle de Mireille. Pour faire court, je dirai que le romancier Gallo fut trop historien, tandis que l'historien – ce qui est peut-être plus gênant – fut trop romancier. Et je ne parle pas de ses errements politiques que Mireille évoque avec justice et justesse.

 

Une grande figure, cela dit.

 

Hommage à Max Gallo1, membre du comité de parrainage de l’Institut d’études européennes (université Paris 8)

 

par Mireille Azzoug2, directrice honoraire de l’Institut d’études européennes

 

 

Max Gallo, historien, écrivain, romancier, académicien3, disparaissait le 18 juillet 2017 à l’âge de 85 ans. Il faisait partie des membres du comité de parrainage de l’Institut d’études européennes et nous sommes particulièrement honorés de l’avoir compté parmi ceux qui ont apporté leur soutien à la création de notre institut.

 

 

Toute la presse souligne l’immense œuvre de Max Gallo : plus d’une centaine d’ouvrages4 : romans, dont beaucoup historiques, biographies, essais et écrits de toutes sortes.

 

Tous soulignent sa passion pour la France et la République et retracent son cheminement politique : membre du Parti communiste français, puis du Parti socialiste sous François Mitterrand5. Souverainiste convaincu, engagé au côté de Jean-Pierre Chevènement dans le Mouvement des citoyens, pour défendre « une certaine idée » de la France. C’est cette même exigence, abandonnée par une gauche libérale qui opte pour la mondialisation, qui le conduisit sans doute à apporter son soutien à Nicolas Sarkozy lors de son élection à la présidence de la République, parce que celui-ci mettait stratégiquement en avant la défense des valeurs françaises, auxquelles M. Gallo était tant attaché. Peut-on consacrer sa vie entière à raconter l’histoire de la France sans finir par faire corps et chair avec elle ?

 

Pourquoi ce fils d’immigrés italiens d’origine très modeste – comme ceux de la Baie des Anges6 – était-il à ce point attaché à l’histoire de la France ? Parce qu’il était un enfant de la République, avait trouvé dans l’histoire de la France une histoire – populaire –, une culture et un idéal qui faisaient sens pour lui et qu’il avait « conquis de haute lutte », dirait Rémi Brague7.

 

 

Si toute la presse souligne la prolificité de son œuvre, qualifiée de populaire, son travail de mémoire de l’histoire : « J'écris pour qu'on ne puisse pas ensevelir les morts sous le silence et les assassiner ainsi une nouvelle fois. J'écris pour qu'ils revivent un jour » (Le Pacte des assassins, Fayard, 2008), cite Le Figaro, aucun ne souligne la qualité de son œuvre et de son écriture. Sans doute était-il trop inclassable, trop éloigné de l’intelligentsia médiatique pour mériter le nom de grand écrivain, adjectif souvent galvaudé pour des auteurs de moindre stature.

 

 

Ce qu’on ne lui pardonne sans doute pas, c’est son trajet politique « erratique », qui peut paraître une absence de fidélité, à un parti ou un camp politique, mais qui est peut-être dictée par une fidélité plus forte, celle qu’on a à soi-même et à ses convictions profondes, à une morale personnelle qu’on ne veut pas, qu’on ne peut pas trahir.

 

 

Indépendamment de ses positions politiques, Max Gallo n’est pas seulement un écrivain populaire, c’est un grand écrivain, « à la puissance romanesque qui en fait l’authentique héritier de Balzac et de Zola », dit le quatrième de couverture de L’Ambitieuse(Fayard, « Le Livre de poche », 1995). Un romancier capable de retracer une gigantesque fresque de l’histoire, non seulement de la France et des Français – une histoire d’où les femmes ne sont pas absentes – mais aussi des idéaux et des trahisons, des engagements et des renoncements, en un mot de la « Comédie humaine », en témoin engagé et en moraliste. « Je ne suis pas là pour porter l'optimisme. La lucidité est la vertu du romancier » écrit-il dans l’exergue à L’ambitieuse. Dans une écriture forte et limpide, avec une capacité à donner chair et psychologie aux grands personnages de la saga historique – car il est d’abord romancier – avec « leurs forces, que l'histoire utilise, et leurs faiblesses, qu’elle ne leur pardonne jamais », explique-t-il dans L'Homme Robespierre.

 

 

Les romans historiques et les biographies de Max Gallo ne peuvent que nous marquer profondément : Le Grand JaurèsCésar imperatorL'Homme Robespierrehistoire d’une solitude, les suites romanesques, Bleu Blanc RougeMorts pour la FranceLes Chrétiens

 

 

Ils déroulent l’histoire des gloires et des défaites, des classes dirigeantes, avec leur lustre etleurs machinations, du peuple et des plus humbles, avec leur lot de peine et de souffrances,leurs combats aussi, tous avec leurs idéaux et leurs doutes. À la gloire lisse des batailles deslivres d’histoire, Max Gallo substitue les dessous des guerres, avec leur cortège d’horreurs etd’épreuves, qui sont révélatrices aussi des caractères, et parfois rédemptrices.

 

 

Comment mieux caractériser Robespierre qu’il ne le fait : « La politique de Maximilien Robespierre sera toujours une morale : ce qui fait sa force et explique la fascination qu’elle exerce, mais ce qui fait aussi sa faiblesse. Maximilien sera toujours un homme qui cherche à se justifier devant les hommes et, en dernier recours, devant Dieu » (L'Homme Robespierre, histoire d’une solitude, Librairie académique Perrin, « Histoire », 1968).

 

 

De Jaurès (Le Grand Jaurès, Robert Laffont, 1984), il dit « Qui oserait, pourtant, prétendre que Jaurès est reconnu comme un intellectuel égal aux plus grands, mêlant d’une manière on ne peut plus moderne la réflexion et l’action, l’engagement politique à la perpétuelle interrogation sur le sens de l’Histoire et de l’homme ? » Évoquant le combat mené par Jaurès pour défendre Dreyfus et Zola, Max Gallo commente : « À aucun moment de sa vie politique, il n’a tranché avec les exigences de raison et de morale de l’intellectuel qu’il était à l’origine. Chez lui ni souci de carrière et donc de stratégie électorale, ni cynisme d’homme de pouvoir ou d’ambitieux soucieux d’y accéder, mais simplement la fidélité à des convictions, une générosité et une intelligence passionnées, un sens aigu des responsabilités. » Et, en guise de conclusion à cette somme de quelque 600 pages, il écrit : « Chaque choix de Jaurès est du côté de la démocratie, de la liberté individuelle et collective, de ce qu’il appelle la République. […] Jaurès a présidé au mariage décisif de la démocratie et du socialisme, du peuple français et de la liberté. »

 

 

César imperator(Éditions XO, 2003) raconte l’ascension de celui qui, au sommet du cursus honorum, rêve de devenir princeps (le premier), roi de Rome, dans une République romaine décadente, livrée à la dissolution des mœurs et des idéaux, à la corruption et aux intrigues, où le pouvoir se gagne par l’argent, la séduction et la force. «… il sera le premier à Rome, aucune autre idée ne doit obscurcir sa volonté. » César a volé de victoire en victoire : il a gagné toutes les batailles, soumis les peuples les uns après les autres. Il rêve d’un empiremonde. « Personne ne peut défier Jules César ! » Malgré les mises en garde – des complots se préparent, les auspices sont contre lui – « Il ne craint ni les hommes ni les dieux. Il n’éprouve aucune peur. » Son orgueil le perdra. Le 15 mars 44 av. J.-C., jour des Ides de mars, il succombe au Sénat sous les coups des poignards, dont celui de Marcus Brutus, son propre fils adoptif. César s’enveloppe de sa toge, il sait qu’il va mourir : « Il est digne.

 

  • Viens, Jupiter, voici ma main, prends-la. »

Dans Morts pour la France(I – Le Chaudron des sorcières, Fayard, « J’ai lu », n° 7504, 2003), Rouvière, blessé de guerre agonisant sur son lit d’hôpital, raconte au journaliste américain Finlay la débâcle et la résistance des soldats français lors des premières offensives en Alsace et dans l’Est en 1914, ces fantassins qu’on envoie à la boucherie, baïonnette au poing face aux mitrailleuses allemandes :

« Le rouge des pantalons n’était plus celui du tissu mais celui du sang…

— Nous nous sommes bien battus. Mais pourquoi les généraux n’avaient-il rien prévu ? Il avait vu les blessés agoniser sur les chemins, dans les blés, des soldats s’effondrer, écrasés de fatigue, des officiers désemparés, d’autres prostrés, et tant d’hommes épuisés, affamés…

— Et nous nous sommes redressés, Finlay, nous avons contre-attaqué à la baïonnette. […]

— Je me suis retourné. Le sol était parsemé de taches rouges. J’étais le seul à être resté debout. Et puis j’ai eu l’impression qu’on m'arrachait le cœur et les poumons, qu’on me fendait la poitrine et j’ai perdu connaissance. […]

— Je veux y retourner, Finlay, il faut finir ce travail !

Il avait secoué la tête.

  • On ne va pas les laisser une nouvelle fois nous humilier, nous mépriser, nous vaincre ! »

 

Dans La Croisade du moine (tome III de la trilogie Les Chrétiens, Fayard, « Le Livre de poche », 2002), c’est la vague de foi et de mysticisme qui submerge la chrétienté dans la première moitié du XIIe siècle qu’évoque Max Gallo à travers l’histoire de Bernard de Fontaine, qui deviendra Bernard de Clairvaux8, réformateur des ordres monastiques. Qu’est ce qui entraîne ce jeune chevalier de 21 ans à embrasser l’austère règle cistercienne des moines blancs dans laquelle « il faut apprendre le silence, la pauvreté, l’humilité et la souffrance » ? 


 

 

 

Hommage à Max Gallo

 

Le combat permanent de Bernard de Clairvaux est celui de l’esprit contre la chair, d’« un jeune corps que le désir de chair embrase et corrompt », que seule la foi permettra de transcender, à travers la souffrance. Un renoncement certes fait d’humilité mais aussi un défi pétri d’orgueil. Car Bernard de Clairvaux s’impose une impitoyable ascèse, malgré la maladie d’estomac dont il souffre : « Par de longues périodes de jeûne, je veux tenter d’éteindre cet incendie qui me dévore le corps. Mais je sens aussi en moi une énergie, une volonté, une foi que rien ne pourrait entamer ni détruire ; comme si la souffrance physique et même l’épuisement aiguisaient ma volonté, devenue la corde tendue d’un arc qui ne se relâche jamais, la douleur m’obligeant à rester sans cesse en éveil. » Prêchant l’austérité et le renoncement, combattant l’hérésie, par le Verbe et si besoin par le glaive, pour purifier l’Église, avec l’espoir insensé « de purifier le monde et de le sauver ».

 

 

Qu’est-ce qui pousse tous ces jeunes chevaliers, la classe dominante de l’époque, à renoncer « au glaive, au vin, aux femmes, à la soie, à l’avidité, à la guerre et à la chasse, pour revêtir la robe et la coule blanche », à renoncer « au confort du corps pour la grandeur de l’âme » ? L’espoir de s’assurer la vie éternelle, que ni la puissance ni la gloire ne peuvent acheter. Mystère insondable de la foi mystique qui mut la chrétienté du Moyen Âge, pour laquelle « les exigences de Dieu étaient la réalité du monde » et qui donna naissance aux abbayes et aux cathédrales de pierre qui émaillent le sol européen.

 

 

Prier, travailler, combattre, tel était aussi le lot des moines. Ils prient, mais sont aussi défricheurs : autour des abbayes et des églises qu’ils érigent se développent les terroirs et les communautés paysannes ; aussi soldats : ils sont les croisés qui vont pourfendre l’infidèle en Terre Sainte. Et les termes dans lesquels Bernard de Clairvaux, qui prêcha la deuxième croisade, absolvait leurs agissements ne peuvent que nous laisser interrogatifs sur ceux, aujourd’hui, des fous d’Allah : « Ils ne craignent ni de pécher en tuant des ennemis ni de se trouver en danger d’être tués eux-mêmes. C’est pour le Christ en effet qu’ils donnent la mort ou qu’ils la reçoivent. Ils ne commettent aucun crime et méritent une gloire surabondante. S’ils tuent c’est pour le Christ, s’ils meurent, le Christ est en eux. »

 

 

Dans l’épilogue à La Croisade du moine, Max Gallo cite La Tour du Pin : « Tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid. » À sa manière, il aura participé à la construction et à la pérennisation de la légende nationale. Mais celui qui croyait au ciel s’interroge : « Que peut la légende sans la foi ? » La table sacrée des églises n’est qu’un bloc de pierre, se prend-il à penser, non sans tristesse.

 

 

Dans Bleu Blanc Rouge(tome 2, Mathilde, Pocket, 2000), Clemenceau, directeur du journalLa Justice, incite son rédacteur en chef, Antoine Forestier, à partir retrouver son fils qui vient de naître : « Foutez le camp, mon cher. […] Prenez une semaine, Forestier, La Justice continuera à paraître. Croyez-moi, tout continue sans nous, les cimetières, Forestier, sont pleins de gens irremplaçables. »

 

 

Max Gallo fait partie de ces morts irremplaçables. Un des grands écrivains du XXe siècle a disparu.

 

 

 

1http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20170719.OBS2332/mais-pourquoi-max-gallo-ecrivait-ilautant.html

2 Maîtresse de conférences (hors classe, retraitée)

3 Élu le 31 mai 2007, par 15 voix contre 6.

4 On trouvera la liste intégrale de ses publications sur le site Wikipédia.

5 Il sera porte-parole du 3e gouvernement Mauroy en 1983 et député européen de 1984 à 1994.

6Saga en trois volumes qui raconte l’intégration en France des trois frères Revelli, Italiens immigrés à

la fin du XIXe siècle pour fuir la misère de leur Piémont natal. Ils arrivent à Nice, à la Baie des Anges

(Robert Laffont, 1976).

7 Rémi Brague, dans Europe, la voie romaine(Gallimard, « Folio essais », 1999), développe la thèse

que la secondarité culturelle (c’est le cas des cultures européennes « romaines », qui ne sont pas liées à

une langue sacrée, comme l’arabe, langue du Coran, l’hébreu ou le grec, langues de l’Ancien et du

Nouveau Testament) permet de choisir sa culture en toute liberté, et qu’elle est même acquise de haute

lutte.

8 Bernard de Clairvaux (1090 ou 1091-1153) fondera l’abbaye de Clairvaux (qui verra naître 68 filiales de son

vivant), dans le sillage de l’Abbaye de Cîteaux (fondée par Robert de Molesme, en 1098), pour restaurer la règle

de Saint Benoît (Benoît de Nursie, 480-547), en réaction à la règle laxiste de l’ordre de Cluny où les moines

noirs « se prosternent devant l’or de leurs autels et boivent du vin frais. » La réforme cistercienne fera école :

elle sera appliquée, de façon moins stricte, à Cluny par Pierre le Vénérable et par Suger à l’Abbaye de Saint-

Denis. L’ordre cistercien donnera naissance à plus de trois cents monastères.

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 14:58

Au fil des années, j'ai de moins en moins aimé Claude Lanzmann. Autant j'avais été subjugué par Shoah, que j'avais vu dès sa sortie dans une petite salle parisienne, plus de neuf heures d'affilée, autant les prises de position de Lanzmann ces vingt dernières années m'ont souvent fortement déplu.

 

Je reproduis ci-dessous un article publié en 2009 dans ce blog et sur le site du Grand Soir sur les mémoires de Lanzmann, Le Lièvre de Patagonie.

 

Il n’est pas facile de rendre compte d’un livre considérable, écrit par une personnalité culturelle considérable, auteur d’un film, non seulement considérable, mais unique.

 

Remarquablement bien écrit (les 550 pages ont été dictées face à un écran d’ordinateur), cet ouvrage nous livre les mémoires d’un homme de poids, de fortes convictions qui, malgré son grand âge, ne parvient que très rarement à prendre le recul nécessaire à la hiérarchisation de ses actes, à la mise en perspective de sa vie.

 

Lanzmann est un être bourré de contradictions, mais qui ne les assume pratiquement jamais comme telles. Les premières phrases du premier chapitre de ce Lièvre de Patagonieclaquent, résonnent de manière lugubre : « La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d’administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie. Je n’ai pas de cou. Je me suis souvent demandé, dans une nocturne cénesthésie anticipatrice du pire, où le couperet, pour m’étêter proprement, devait s’abattre. » Suivent des pages prenantes sur l’horreur de diverses mises à mort. On s’attend à un fil d’Ariane emprunt d’humanisme et l’on se retrouve avec la description orgasmique d’un observateur incrusté (embedded, comme on dit dans l’armée étatsunienne) dans la formidable machine de guerre qu’est Tsahal. Aucune sérénité, donc, chez Lanzmann, même lorsqu’il réfléchit à sa propre mort. Tout n’est que conflit avec l’Autre, sans l’esquisse de la moindre résolution, un peu comme dans Sarabande, le dernier film d’Ingmar Bergman : « Je me souviens avoir parlé avec Jean Genet de ma hantise ancienne de mourir entre les bois de justice. Il m’avait sèchement répondu : " Il est encore temps. " Il avait raison. Il ne m’aimait guère, je le lui rendais bien. » Quant à la mort de sa soeur, elle est prétexte à un développement sordide : « Nous gardâmes Évelyne bien trop longtemps chez elle, près de dix jours, l’odeur douçeâtre de son cadavre flottait dans la pièce, l’enterrement, ne pouvant pas avoir lieu en fin de semaine, fut repoussé au début de la suivante et les pompes funèbres durent armurer son corps d’un gilet et de jambières de glace. »

 

Dire que l’ego de Lanzmann est boursouflé est indulgent. Il est le meilleur en tout, le plus beau, le plus intelligent. Aux grandes heures du groupe France-Soir, il était « devenu une sorte de journaliste vedette dans le groupe de Pierre et Hélène Lazareff. » Quand il montre un premier montage de son film Pourquoi Israël, les invités sont « emballés ». Il repère « d’un oeil d’aigle » la disposition des demeures où il va interviewer les nazis pour Shoah. Certes, ce film l’a prouvé, Lanzmann est un meilleur interviewer que Pujadas ou Ferrari. Mais quand il travaille pour Dim Dam Dom, « un très bon programme », il y réalise « des interviews mémorables ». La crème du show business lui est redevable : de Bardot, de Jeanne Moreau, d’Ava Gardner, de Richard Burton, d’Elizabeth Taylor, de Gary Cooper, d’Aznavour, de Piccoli, de Gainsbourg, de Morgan, de Gréco, de Feuillère, de Gabin, de Belmondo, de Curd Jürgens, il dit que ces vedettes, il les a « toutes vues, toutes traitées et que, sans vanité, il a fait faire à la carrière de certaines un saut qualitatif. » Elles n’en ont jamais rien dit. Les ingrates ! Judith Magre, une des plus grandes actrices de théâtre françaises dont il fut le compagnon, lui doit tout : « Il m’arrivait non seulement de l’aider à apprendre ses textes, mais aussi d’en faire pour elle et avec elle l’explication. […] Pourquoi la cravachais-je de mes critiques toujours fondées, qui la redressaient quand elle revenait en scène, lui permettant de s’égaler à toute la grandeur dont je la savais capable ? »

 

On ne saurait reprocher à un créateur ayant consacré douze ans de sa vie à l’extermination des millions de Juifs dans les camps de Pologne, ayant réussi le tour de force de réinscrire dans le temps et dans l’espace ce calvaire de la Géhenne, de ne plus trop savoir sur quelle rive du Styx il se trouve, lui le coléreux destiné au cinquième cercle de l’enfer. De 1952 à 1962, Israël disparaît de ses préoccupations car la lutte des classes existe en France (elle a disparu en 1963 ?). Il déplore avec lucidité un monde « étrange et lugubre où l’inhumaine indifférence de l’homme pour l’homme semble un fait de nature accepté comme tel, où le rejet des faibles dans les oubliettes de l’Histoire paraît aller de soi. » Mais, dès lors que sa posture vis-à -vis d’Israël se précise, il ne fait plus dans la nuance et fonce tête baissée dans une admiration inconditionnelle de son nouveau modèle. Seulement - et c’est là l’un des problèmes centraux de ce livre - une armée est une armée (même si ses soldats ont les cheveux longs), une occupation est une occupation, un peuple qui se veut biblique tout en étant, pendant trente ans, le complice de l’apartheid, la pire abjection politique du monde de l’après-Deuxième Guerre mondiale, est un peuple qui ne saurait s’ériger en parangon de la conscience universelle. Prenant prétexte de la « réappropriation [ou appropriation ?] de la force et de la violence [sic] par les Juifs d’Israël », Lanzmann veut nous faire croire, dans son film Tsahal, à une armée « pure, qui […] ne tue pas d’enfants », pétrie de « valeurs » et faisant « peu de victimes palestiniennes ». Neuf ans après Shoah, il est subjugué par des officiers israéliens au bras tatoué par les nazis qui, fatalement, au nom d’une répression systématique, finissent par violer les droits de l’homme. Lui, l’homme de gauche, oublie en cours de route cette donnée valable pour toutes les armées du monde : elles sont au service d’un pouvoir. Ici, en l’occurrence, une entreprise de spoliation des Palestiniens, à commencer par leur droit à l’eau potable. Jamais Lanzmann ne reconnaît la légitimité de l’existence même du peuple Palestinien, alors qu’il est, plus que d’autres, « rejeté dans les oubliettes de l’Histoire ». En outre, son film, pourtant bien long, ne consacre pas un plan au conflit sanglant de la guerre du Liban (des dizaines de milliers de morts), une guerre de huit ans contestée par une forte minorité d’Israéliens. Le signataire du Manifeste des 121 en 1960 (Lanzmann y côtoyait Leiris, André Breton, Sartre, Théodore Monod) qui soutenait l’insoumission en Algérie, ne donne pas la parole aux pacifistes qui ont refusé d’envahir Beyrouth.

 

C’est un fait : l’empathie avec Tsahal est totale, au point d’en devenir tragi-comique : « J’ai également partagé la vie quotidienne des équipages de tanks, participé à leurs exercices, j’ai piloté des Merkava [le char d’assaut le plus lourd au monde, de conception et fabrication entièrement israéliennes], j’ai occupé la place du tireur de char, j’ai tiré sur des cibles char arrêté, mais aussi char lancé à grande vitesse, ce qui est autrement plus difficile. Fier de moi, de mon impassibilité, il me récompensa en m’emmenant au-dessus du Liban, ce qu’il n’aurait pas dû faire. Au retour, longeant la côte, nous survolâmes dans un bruit d’enfer je l’espère, le quartier général de la FINUL et je crois que nous battîmes des ailes. »

 

Lanzmann justifie le sionisme de la même manière que les Afrikaans ont justifié leur mainmise sur le sud de l’Afrique : par le fantasme permettant tout, celui du mythe du kibboutz sauveur de l’humanité. Pour lui, Israël devait être « un désert, une terre vierge à conquérir, où chacun serait le premier homme et recommencerait le monde à mains nues, dans une fraternité et une égalité encore inconnues. » D’ailleurs, de quoi se plaignent les Palestiniens ? Quand Lanzmann accompagne Sartre dans les camps de réfugiés palestiniens, les rues sont proprettes et les riches Gazaouis se délectent de mets abondants.

 

Mort de Claude Lanzmann : retour sur Le Lièvre de Patagonie

 

Dans un autre domaine, le portrait que l’auteur brosse de Sartre est chaleureux mais convenu, après trente ans et d’innombrables ouvrages consécutifs à la mort du philosophe. Sartre, « c’était vraiment l’intelligence en acte et au travail, la générosité enracinée dans l’intelligence, une égalité vivante, vécue par lui en profondeur et qui, par une miraculeuse contagion, nous gagnait tous. Il évoque son immense bonne foi intellectuelle, sa capacité à se donner tort. » Jean Cau, qui fut secrétaire de Sartre et qui évolua, en quelques années, de l’extrême gauche à l’extrême droite, donne de son ancien patron un portrait beaucoup plus riche, parce que plus tendre. Il évoque, chez « le plus gentil, le plus simple, le plus dépouillé d’attitudes, le moins putain des hommes » la « folle et sainte générosité » d’une personnalité méprisant absolument l’argent. « Qu’ai-je appris de lui », demande-t-il , « par imprégnation et non par leçons et discours ? A me tenir à longue distance des honneurs qui vous désagrègent dans le "sérieux" et vous transforment en porteurs de reliques des vanités d’un milieu - littéraire en l’occurrence - et de ce monde. A ne peser personne au poids de l’argent mais de secrètes et souvent impalpables qualités. A n’avoir moi-même d’autre qualité que celle dont je me veux le responsable et le juge. A ne pas m’aimer et à ne pas me respecter dans mes apparences. A résister, casqué de je ne sais quel acier, aux coups les plus durs de son influence ».

 

Un détail, pour finir, mais qui nous dit beaucoup quant au rapport de l’auteur aux femmes, aux Juifs, donc à lui-même. Lanzmann se laisse aller aux stéréotypes les plus raciaux (et sexistes) : « Elle avait seize ans, un corps de pin-up, d’immenses yeux bleus cobalt, un beau nez sémite. » Il existerait donc un nez juif repérable en un coup d’oeil par les antisémites primaires ? Xavier Vallat a dû s’en retourner dans sa tombe… Parlant d’un rabbin, il écrit qu’il a « des yeux extraordinairement bleus, pas du tout africains. » Comment Lanzmann caractériserait-il les yeux européens ? Quelle vision européo-centrée de l’Afrique !

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