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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 05:16

 

 

Dans Le Monde Diplomatique de juillet 2018, Serge Halimi analyse le caprice du prince. « Après avoir été confortablement élu à la présidence de la République avec le concours de la quasi-totalité des médias français, M. Emmanuel Macron exige que sa majorité parlementaire lui concocte une loi contre la diffusion de « fausses informations » en période électorale. Peut-être prépare-t-il déjà sa prochaine campagne.

 

Le texte qui devrait être bientôt voté trahit à la fois la cécité des gouvernants quant aux contestations qu’ils affrontent et – en même temps – leur inclination à imaginer sans cesse des dispositifs coercitifs pour y remédier. Il faut en effet avoir la vue basse pour croire encore que la victoire des candidats, des partis ou des causes « antisystème » (M. Donald Trump, le Brexit, le référendum catalan, le Mouvement 5 étoiles en Italie…) serait due, même marginalement, à la dissémination de fausses nouvelles par des régimes autoritaires. Depuis plus d’un an, la presse américaine s’acharne à démontrer, sans éléments probants, que le président des États-Unis doit son élection aux fake news fabriquées par M. Vladimir Poutine ; M. Macron paraît habité par le même type d’obsession.

 

Au point d’espérer la conjurer par un dispositif inutile autant que dangereux. Inutile : consulté sur le sujet, le Conseil d’État a rappelé le 19 avril dernier que « le droit français contient déjà plusieurs dispositions visant, en substance, à lutter contre la diffusion de fausses informations ». En particulier la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui permet de réprimer la diffusion de fausses nouvelles et les propos diffamatoires ou injurieux. Dangereux : la proposition parlementaire demanderait à un juge d’agir dans les quarante-huit heures pour « faire cesser la diffusion artificielle et massive (…) de faits constituant des fausses informations ». Pourtant, relève encore le Conseil d’État, ceux-ci « sont délicats à qualifier juridiquement, à plus forte raison lorsque le juge saisi doit statuer à très brefs délais ». Enfin, le dispositif imaginé par M. Macron renforce démesurément le « devoir de coopération » avec les autorités publiques des fournisseurs d’accès à Internet et des hébergeurs, puisqu’il étend à toute « fausse information » une contrainte qui au départ visait à prévenir… « l’apologie des crimes contre l’humanité, l’incitation à la haine ainsi que la pornographie enfantine ». »

 

 

Au Mali, la guerre n’a rien réglé, selon Rémi Cayrol : « Traversant la Méditerranée au péril de leur vie, les migrants africains défient l’Union européenne dans ses valeurs proclamées. Ils fuient la misère, mais aussi l’insécurité qui gagne l’ensemble du Sahel en dépit de l’émergence de coopérations militaires régionales. Au Mali, où se profile l’élection présidentielle fin juillet, l’effondrement de l’État fait le jeu des groupes djihadistes. »

 

 

 

Louis Pinto nous rappelle qui étaient “ Les enfants gâtés du supermarché ” : « La figure du consommateur libre de ses choix dans une société marchande s’impose avec une telle évidence qu’on oublie les batailles qui lui ont donné naissance. Avant que les libéraux l’emportent et placent au centre du jeu cet acteur informé et calculateur, la notion de société de consommation servit de support, au cours des années 1960, à une contestation de l’ordre économique. »

 

 

 

 
Le Monde Diplomatique (220)

 

Pour David Garcia, le football africain s’enfonce dans la misère : « Parmi les trente-deux équipes participant à la Coupe du monde de football en Russie, seuls le Nigeria et le Sénégal représentent l’Afrique subsaharienne. Le continent ne manque pas de joueurs d’exception, mais les pays riches du Nord les accaparent. Champions d’Afrique en 2015 et qualifiés lors des trois dernières éditions du Mondial, les Ivoiriens se contentent cette année de suivre les épreuves à la télévision. Au quotidien, leurs clubs professionnels vivent d’expédients. »

 

 

 

Christine Chaumeau évoque “ Le rêve monarchique du premier ministre cambodgien ” : « Dopé par la croissance et une fièvre d’investissements, notamment chinois, le Cambodge bute sur le verrouillage de la vie politique. L’opposition a été dissoute. À la veille du scrutin législatif, le premier ministre Hun Sen, à la tête du pays depuis trente-trois ans, cache à peine son ambition dynastique. »

 

 

 

Au Pérou, les Wampis sont déterminés à protéger leur territoire (Paul Codjia & Raphaël Colliaux ) : « Alors que les élites politiques péruviennes sombrent dans les scandales de corruption qui viennent d’emporter le président conservateur Pedro Kuczynski, des populations amérindiennes défendent leur autonomie à travers l’idée d’un état « plurinational » : une notion déjà inscrite dans les Constitutions bolivienne et équatorienne. »

 

 

 

 

 

 

Un rapprochement entre la CIA et les démocrates (Michael J. Glennon ) ? : « La gauche américaine s’est trouvé des alliés inattendus dans son combat contre M. Donald Trump : les services de renseignement. En guerre ouverte avec l’actuel président, qu’ils accusent de collusion avec la Russie, ces derniers n’hésitent pas à se présenter comme les ultimes remparts de la démocratie. Il faut cependant être frappé d’amnésie pour adhérer à un tel récit… »

 

 

 

 

Lionel Richard évoque un Chagall plus révolutionnaire qu’on ne croyait : « On associe plus souvent la grande vague de vitalisation artistique qui accompagna la révolution russe de 1917 à des noms comme celui de Malevitch qu’à celui de Chagall. Pourtant, ce dernier choisit de s’impliquer en fondant une école où l’avant-garde rencontrait le peuple. Mais il se sentit bientôt en décalage avec le rejet de l’art figuratif qu’elle revendiquait. »

 

 

 

Jean-Baptiste Malet nous fait découvrir “ L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme ”, proche des nazis et appréciée de notre ministre de la Culture : « Quoi de commun entre l’agriculture biodynamique, une école à la pédagogie atypique, une grande entreprise de cosmétiques, un investissement dans une ferme éolienne ? Tous sont liés à l’anthroposophie, un courant spirituel fondé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner. Discret mais influent, ce mouvement international dispose de relais économiques et politiques… jusqu’au sein du gouvernement français. »

 

 

 

Renaud Lambert et Sylvain Leder nous le rappellent : “L’investisseur ne vote pas ” : « C’est une saynète désormais bien rodée. Un gouvernement – progressiste ou réactionnaire – prend une décision qui contrevient aux préférences de la finance. Les marchés menacent, le pouvoir politique renonce, les médias applaudissent. La crise italienne a démontré que le « cercle de la raison » néolibérale ressemble de plus en plus à un nœud coulant passé autour du cou de l’électeur. »

 

 

 

Pour Benoît Bréville, Le temps est venu des charcutiers végétariens : « Bientôt, les vaches françaises pourront mourir joyeusement : en vertu d’une loi votée en mai dernier par l’Assemblée nationale, chaque abattoir sera doté d’un responsable du bien-être des animaux, qui veillera à ce que les bêtes soient bien « étourdies » – c’est-à-dire électrocutées ou gazées — avant leur exécution. Pas sûr que cela suffise à la France pour obtenir un meilleur indice de protection des animaux – note attribuée par des organisations non gouvernementales (ONG) en fonction de la législation. Avec un médiocre C, la France occupe le ventre mou de la cinquantaine de pays étudiés, loin devant la Biélorussie, l’Azerbaïdjan et l’Iran, où l’on se désintéresse totalement du sujet, mais largement derrière l’Autriche, qui interdit pêle-mêle l’élevage de poulets en batterie, le commerce de fourrure, les expérimentations médicales sur les singes, la castration à vif des porcelets, le gavage des oies… »

 

 

 

Pour Laurent Litzenburger , Cochons, taureaux, mulots sont à la barre !: « De nos jours, quand un chien mord un enfant, son maître est considéré comme responsable pénalement. Il peut donc se retrouver au tribunal. Au Moyen Âge, c’est l’animal lui-même qui devait passer devant les juges. »

 

 

 

Pour Jérôme Lamy , « Homo sapiens » n’a plus le monopole des droits : « L’université de Limoges, comme celles de Bâle ou de Barcelone, délivre désormais des diplômes de droit animalier. Le dynamisme de cette discipline témoigne de l’institutionnalisation croissante de la question animale, en particulier dans les pays riches. »

 

 

 

Evelyne Pieiller nous ramène au jardin d’Éden : « L’humain a longtemps été considéré comme la créature favorite de Dieu, ayant à ce titre l’avantage sur toutes les autres. Même quand cette conception du monde a perdu de son importance, sa supériorité ne fut guère mise en question. La hiérarchie des êtres vivants se trouve aujourd’hui contestée, au nom d’une morale qui prône l’égalité. »

 

 

 

Catherine Dufour aime les chats : “De Baudelaire à YouTube, le sourire du chat ” : « Le « félin de poche » a connu un sort tout particulier parmi les animaux domestiques. Silencieux, nyctalope et grand prédateur, il fut sacralisé dans l’Égypte ancienne, puis dénoncé comme diabolique au temps de la chasse aux sorcières. Il est aujourd’hui une icône des réseaux sociaux. »

 

 

 

Timour Muhidine a regardé les écrans du Bosphore : « Mêlant nationalisme et signes de modernité musulmane, les séries télévisées turques rencontrent un vif succès du Proche-Orient à l’Argentine, permettant le développement d’une efficace influence. Quant aux films destinés au grand public, ils reprennent souvent l’idéologie au pouvoir. Pourtant, de nouvelles esthétiques apparaissent. »

 

 

 

Toujours passionnant, Gérard Mordillat (“ Le spectateur impatient ”) : « Au cinéma, le spectateur contemporain est un homme ou une femme pressé. Il faut que l’action s’engage dès la première image du film, que les séquences s’enchaînent à la vitesse d’une mitrailleuse lourde, que les plans se succèdent au rythme du battement d’ailes d’un colibri. Le spectateur contemporain est un enfant gâté qui pleure et trépigne si son moindre désir d’images et de sons n’est pas immédiatement exaucé, et qu’il faut d’urgence faire taire en lui plantant une tétine dans la bouche ou en le distrayant avec un hochet (voire les deux). Osons dire qu’une majorité de films sont aujourd’hui produits sous les auspices de la tétine et du hochet, c’est-à-dire du Dolby Stereo à la puissance dix et des effets spéciaux en images de synthèse pour mettre en scène catastrophes nucléaires, guerres intersidérales, épidémies mortelles, monstres et surnaturel. »

 

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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 05:33

 

Notez que j’ai écrit « le prof » et non « le.a professeur.e » car le vrai travers que je voudrais dénoncer ici concerne davantage les profs de sexe masculin que ceux de sexe féminin.

 

Au cours de ma carrière, j’ai participé à toutes sortes de jurys oraux, du certificat d’études pour jeunes prisonniers aux soutenances de doctorat. J’y ai bien souvent côtoyé, et donc subi, des collègues qui faussaient le bon déroulement des épreuves en tirant l’épreuve vers leur propre personne. Cela désarçonnait les candidats et obligeait les autres membres des jurys à des rétablissements complexes, ce dans la plus grande – quoique feinte – courtoisie.

 

J’ai souvent assisté à ces déviations dans des jurys de thèse. L’empêcheur de tourner en rond voulait à tout prix ramener sa science – même si l’intervention intempestive n’avait aucun rapport avec le travail du candidat – et, plus généralement, il prenait un malin plaisir à asphyxier les autres membres du jury en remplissant tout l’espace.

 

On m’a récemment rapporté deux exemples qui se sont déroulés à l’occasion de soutenances orales du dossier que les élèves de troisième doivent rédiger après un stage en entreprise ou dans l’administration. 

 

Un professeur d’histoire et géographie avait décidé d’imposer sa petite science personnelle. Le premier candidat avait rédigé un dossier très technique après une semaine passée dans un institut de recherches en mathématiques d’une université lyonnaise. L’adolescent avait découvert – et c’était l’axe de son travail – qu’alors que les mathématiques enseignées dans les écoles étaient données comme désincarnées et parfaitement stables (tel théorème étant présenté et appliqué une fois pour toutes), la recherche en mathématiques était produite par des chercheurs, des êtres de chair, de doutes, de fatigues, d’enthousiasmes, pour qui les échecs et remises en question étaient sources de progrès.

 

Á la fin de l’exposé, le professeur posa une question d’un intérêt phénoménal par rapport au travail de l’enfant qui, au cours de sa présentation, avait laissé entendre qu’il souhaitait faire une carrière dans les mathématiques. Il lui demanda quelle était l’influence de l’institut de recherche sur la métropole de Lyon. Une question relevant de l’aménagement du territoire, sa marotte secrète assurément, une interrogation à laquelle un adolescent de quatorze ans était spontanément habilité à répondre…

 

Ce même prof sévit également avec un autre élève qui avait fait un stage chez un fournisseur d’accès à internet, spécialisé dans la communication. Il lui demanda, en présence de sa collègue du jury complètement effarée, quelle était l’influence d’un « like » sur la société !

 

Un mot sur le stage et la soutenance du rapport subséquent. Il s’inscrit directement dans la perspective du remplacement des savoirs par les compétences. Cette évolution nous vient des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne et a été imposée par l’entreprise privée. Je dirai, pour aller vite, que le savoir porte en lui un potentiel de contestation alors que les compétences sont la meilleure garantie de l’acceptation du système. La soutenance s’effectue devant des enseignants qui ne sont pratiquement jamais des spécialistes du sujet traité. Dans notre monde, cela n’a aucune espèce d’importance. On ne juge ni le savoir ni l’intelligence mais la com’, le pouvoir de convaincre, la manière de se vendre et de bonimenter. Les parents les mieux installés dans la société sont à même de trouver pour leurs enfants des stages particulièrement intéressants et enrichissants : il faut un certain entregent pour introduire son enfant dans un labo de l’École Normale Supérieure de Lyon. C’est plus gratifiant que de faire un stage chez le boulanger du coin. Les rapports de stage sont rédigés à la maison, 99 fois sur cent sous l’œil parental, ce qui favorise également les enfants des milieux éduqués.

 

 

Le prof qui veut exister dans les jurys
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28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 05:10

Marcel Rudolf est un étudiant allemand. Il prépare avec des condisciples une exposition sur “ Mai 68 dans les pays romans ”. Par parenthèse, la manière dont on nomme l'Autre est toujours intéressante. Connaissez-vous un seul Français qui dirait spontanément : “ J'habite dans un pays roman ”? De même, lorsqu'on qualifie l'Angleterre ou les États-Unis de "pays anglo-saxons ”, cela frôle l'idiotie : l'Angleterre ne l'est que très partiellement et les États-Unis ne le sont quasiment plus. Et je ne parlerai pas des “ Indiens ” découverts (sic) par Christophe Colomb.

 

Marcel m'a repéré et a souhaité engager un dialogue avec moi, le vieux prof qui, s'il n'a pas connu le maréchal Joffre, a eu 20 ans le jour des barricades de mai 1968. Comme, par ailleurs, j'ai beaucoup écrit sur la pop music de cette époque, j'étais pour lui “ der richtige Mann am richtigen Platz ”.

 

Les années soixante ont changé le monde. Pleine d’énergie, pleine de vitalité, la nouvelle génération a voulu provoquer des changements politiques – soit les droits des minorités soit la paix – en « battant le pavé ». En France, la décennie se termine par des révoltes étudiantes à Paris et par des grèves ouvrières en mai 1968.

 

En écoutant de la musique, les jeunes adultes ont organisé leurs loisirs. Dans les chambres des adolescents, l'électrophone tenait une place essentielle pour écouter leurs disques préférés. Des groupes internationaux ont ému toute la génération.

 

Dans un interview avec Bernard Gensane, un témoin de l’époque, je souhaite aborder les rapports de la musique francophone avec les mouvements de cette époque(des années soixante).

 

Tout d’abord, pouvez-vous nous résumer brièvement votre vie ?

 

En mai 68, j’étais étudiant en licence d’anglais à l’université d’Amiens. J’ai ensuite rejoint l’université de Paris VIII. De 1976 à 2008, j’ai exercé comme maître de conférences puis professeur aux universités d’Abidjan et Poitiers. J’ai soutenu une thèse de 3èmecycle sur la pop music et une thèse Nouveau Régime sur George Orwell. J’ai publié un livre sur la pop music et les mouvements marginaux en Angleterre en 1971, un livre sur George Orwell en 1994 et un livre sur la censure au Royaume-Uni en 2002.

 

 

Bernard Gensane, vous avez eu vingt ans en mai 68. Comment avez-vous vécu l’année 1968 et plus précisément les mois de mai et juin1968 ?

 

Je viens d’un milieu d’enseignants du nord de la France. Une famille de gauche, laïque, profondément républicaine. Á 14 ans (en 1962), je collecte de l’argent pour soutenir les mineurs de charbon qui ont entamé une grève très dure contre un pouvoir très réactionnaire, celui du premier ministre Georges Pompidou, homme-lige (comme Macron plus tard) de la banque Rothschild dont il fut longtemps le fondé de pouvoir. Je participe ensuite à de nombreuses manifestations contre la guerre du Vietnam et au comité anti-Outspan contre l’apartheid en Afrique du Sud. Je ne suis pas un militant exceptionnel mais, disons, actif, cohérent et constant. Dans un texte publié en mai 2008 (« Mon Mai 68 »), je m’adressais en conclusion à mes plus jeunes enfants : « Je leur souhaite de connaître un jour une griserie collective aussi forte. » 1968 reste pour moi la répression extrêmement sanguinaire des manifestations au Mexique, celle d’une férocité rarement vue contre les militants démocrates à Chicago, puis des Jeux Olympiques historiques (le saut  en longueur interminable de Bob Beamon, le Fosbury Flop et les poings gantés des deux athlètes noirs étasuniens). Et je n’oublierai jamais le Printemps de Prague, de janvier à août.

 

 

Mai 68 commença en ce qui me concerne début avril, par une manifestation dans la rue principale d’Amiens. Nous n’étions pas très nombreux. J’ai marché ce jour-là aux côtés de l'Amiénois d'adoption Alain Bombard, qui avait traversé l'Atlantique en 1952, sur un canot pneumatique de son invention, sans aucune réserve de nourriture et d’eau. Par cette extraordinaire expérience de survie, il avait prouvé qu’on meurt plus de désespoir que de faim et de soif, comme les naufragés du “ Radeau de la Méduse ” de Géricault. J’ai vécu les trois mois qui ont suivi, jusque fin juin, à l’Université d’Amiens où nous avons repensé, dans l’exaltation et l’épuisement, le fonctionnement d’une institution jusque là totalement paternaliste et non démocratique.

 

 

Qu’est-ce qui a changé pour vous personnellement après les “ événements ” ?

 

Difficile à dire. Pas grand-chose. Je venais, je le rappelle, d’un milieu d’enseignants progressistes (mon grand-père, instituteur “ IIIème République ”, avait soutenu le mouvement, avec des réserves, certes, mais tout de même) et je me suis apprêté à devenir un enseignant progressiste.

 

 

Dans les années soixante, un aspect puissant fut la musique et son influence sur la société. De quelle manière vous êtes-vous penché sur la musique ?

 

Par les Beatles et Bob Dylan. J’ai appris l’anglais chez des amis du Yorkshire et dans les chansons de Dylan et Lennon/McCartney. J’ai une très bonne oreille, donc j’entends très bien les langues et je les reproduis fidèlement. L’anglais fut pour moi la langue de la pop, et la pop fut le media de la langue. Dès l’âge de 14 ans, j’ai eu un rapport très sensuel à l’anglais et, à un degré moindre, à l’allemand et l’espagnol.

 

 

Quelles sont les chansons qui ont marqué cette époque en France également au regard des révoltes en 1968 ? Quels thèmes ont-elles traité ? A quel style ont-elles appartenu ?

 

Il y a un avant et un après Blonde on Blonde et Sgt Pepper. Mais même dans le Dylan des années 60, je n’ai jamais trop recherché un contenu politique, que j’ai trouvé en lisant Marcuse (j’ai suivi ses conférences à l’universités de Vincennes) ou Marshall McLuhan (j’ai connu personnellement une de ses filles). Et puis des Français marquants de l’époque : Barthes, Althusser. La pop fut pour moi une affaire d’esthétique. On ne peut pas imaginer aujourd’hui l’extraordinaire inventivité de l’époque. Il ne se passait pas une semaine, que dis-je, trois jours, sans un disque complètement nouveau, du jamais entendu, de l’impensé. Essayez de vous représenter la première fois que j’ai entendu “ Satisfaction ” (et son riff de trois notes immortelles), Tommy (je tiens Peter Townsend pour un authentique génie), “ God Only Knows ”, “ A Day in the Life ”, “ Hey Jude ”, que j’ai écouté avec un vieux journaliste anglais (pas spécialement “ rock and roll ”) qui m’a dit : « It’s the song of the century ».

 

 

Dans les autres pays européens, des groupes comme les Beatles, les Who ou les Rolling Stones ont connu un très grand succès, pas seulement en raison de leur talent musical.  Les Rolling Stones en particulier ont chanté des paroles qui ont provoqué la société en créant des textes que les parents ne voulaient pas que leurs enfants écoutent. A-t-on pu observer des phénomènes similaires en France ? 

 

 

De manière très atténuée car très peu de Français maniaient l’anglais. Mes parents enseignants en avaient retenu trois mots.

 

 

Quelles sont les valeurs dominantes transmises par les chansons et comment se reflète l’attitude des jeunes dans les chansons. Cette musique, a-t-elle créé un fossé entre les générations ?

 

 

La musique ne crée pas un fossé. Elle peut, éventuellement, le refléter, l’élargir. Le grand concept véhiculé pendant les années soixante, dans toute l’Europe et aux États-Unis, c’est la jeunesse et son affirmation. Par jeunesse, j’entends une étape intermédiaire de cinq à dix ans avant l’entrée dans l’âge adulte. Ce laps de temps a été rendu matériellement possible car les jeunes disposaient d’un véritable et tout nouveau pouvoir d’achat. Á 20 ans, je gagnais ma vie alors que mes parents auraient pu subvenir à mes besoins.

 

 

Dans votre article « La pop music 1966-1970 : la révolte sans la révolution » paru dans « Les années Wilson, 1964-1970 » (Paris, 1998), vous parlez de la musique, plus précisément des Beatles, comme « le baromètre du temps ». Comment se voit le changement d’attitude dans le développement de la musique en France ?

 

 

Il n’y a, ce me semble, aucun équivalent français à Sgt Pepper en tant que baromètre (certains pensent que Revolver lui est musicalement supérieur, mais c'est un autre débat). Ce disque nous donne en 40 minutes toute la société anglaise du moment. En France, on a des sensibilités très originales, des modes d’expression très puissants, mais plus parcellaires (Brassens, Ferré, Brel, cet immense créateur belge que je me permets d’annexer).

 

 

Finalement, 50 ans après les révoltes, pensez-vous qu’on peut parler d’une révolution ? Selon vous, qu’est-ce qui s’est maintenu ?

 

 

Révolution, sûrement pas. 68 aura été un accélérateur de particules ayant fait avancer la cause des femmes, des homosexuels (en 1972, le Premier ministre, 5 ou 6 des plus grands acteurs anglais sont homos, tout le monde le sait mais ça n’existe pas), une vraie affirmation de la classe salariale (en France, en Italie on parle naturellement de « la classe ouvrière », qui va in paradiso comme le disait Elio Petri en 1971 dans un film – Palme d’or au Festival de Cannes – exprimant admirablement la solidarité ouvrière). Depuis 30 ans, le balancier va dans l’autre sens et les expressions de la révolte en chanson ne sont pratiquement jamais programmées à la radio ou à la télé. Récemment, la radio publique française a évoqué une petite dizaine de fois, pendant une journée, le chanteur Marc Ogeret. Il venait de mourir. Durant ce dernier quart de siècle, je n’ai jamais entendu une chanson de lui sur les ondes. Pas seulement parce que son répertoire était nourri des poèmes d’Aragon mais parce que, sur les ondes françaises, ce que vous, Allemands, appelez chanson a complètement disparu.

 

Une interview de ... Bernard Gensane

 

Á Vincennes, en 1970, on fumait dans les salles de TD.

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 05:31

 

L’appel à fonder une Université expérimentale a rencontré un large succès – près de 500 cours représentant 9000 heures d’enseignement ont été proposés – probablement par besoin de retrouver de l’air frais et de l’enthousiasme à faire. Le nom “La Volante” [1] semble se dégager pour désigner ce projet protéiforme, qui tient de l’essaim par la multiplicité des points de vue et des idées, mais aussi par la nécessité de faire nombre et de reconstituer des réseaux de solidarités effectives, sans frontières. Le potentiel critique de La Volante consiste à remettre en cause ce qui ne va pas dans l'Université telle qu’elle est aujourd'hui et ce qu’elle devrait être.

 

A la lueur des premières discussions, différents projets ont émergé, non sans contradictions et questions de tout ordre, qui interrogent nos rapports aux savoirs et à l’Université. Ainsi, l’initiative d’Université des interstices consiste à proposer gratuitement et pour tous des cours de haut niveau, dans les interstices de l’institution. Le projet baptisé #NosFacsNosChantiers consiste à bâtir des lieux propres à La Volante, échappant au contrôle bureaucratique, et préfigurant par une approche expérimentale ce que pourrait être une Université comme commun, de la production à la transmission de savoirs critiques. Une autre idée encore, celle d’un séminaire mensuel visant à construire progressivement un livre qui opérerait un retour aux sources de l’Université pour établir de ce que serait l’Université de nos rêves. Certains imaginent constituer des séminaires à la Bourbaki, cassant la mécanique de réputation nombriliste qui a envahi la recherche. Telle qu’elle est envisagée, chaque évènement de l’Université volante comporterait la joie de se reconnaître, de se retrouver, d’échapper à l’isolement et au fatalisme dans lesquels nous plonge cette époque rude et désenchantée.

 

La Volante est évidemment une démarche politique, qui cherche à redonner sens au projet d’émancipation et à retrouver des prises sur le monde. Tous ceux que touchent les mutations de l’Université y sont invités: ceux qui en sont exclus; ceux qui assurent aux quotidien le soutien nécessaire à l’enseignement et la recherche [2]; ceux qui sont frappés de plein fouet par la précarisation des métiers du supérieur; ceux qui ont des savoirs non-académiques à transmettre; ceux qui, travailleurs, auraient trouvé en d’autres temps leur compte dans des cours du soir; sans limite.

 

Le groupe de travail de La Volante  

 

Pour celles et ceux qui souhaiteraient enseigner dans les interstices ou participer aux groupes de travail et aux discussions.

 

 

Pour celles et ceux qui souhaitent s’abonner à la liste de discussion générale du projet 

 

 

[1] Le nom évoque l’Université clandestine polonaise (Uniwersytet Latający) fondée pour permettre à tous ceux qui étaient bannis des universités d’Etat, et en particulier les femmes et les classes populaires, de poursuivre des études. Marie Curie est la figure la plus connue de ceux qui ont bénéficié de l’Université volante. 

[2] Ils sont désignés au sein de l’institution par l’acronyme “biatss” pour “bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, de service et de santé”.

 

 

Initiative pour une nouvelle université
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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 05:20

 

Jean-Emmanuel Ducoin, dans L’Humanité, revient sur l’épisode qui a opposé un gentil lycéen à un banquier arrogant (qui s’est permis, illégalement, l’enfant étant mineur, de poster leur échange sur internet). Lors des commémorations du 18 juin 1940, au mont Valérien, Macron a donc sévèrement recadré un jeune homme trop décontracté pour la circonstance. Préméditée ou pas, l’apostrophe lancée au prince-président allait créer l’événement: «Manu!» La réponse ne tarda pas: «Tu m’appelles le président de la République », a tancé l’hôte du palais, ajoutant cette phrase incroyable: «Si un jour tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même. La disproportion de la repartie révéla bien autre chose qu’une anecdotique réplique de principe. Que signifiait exactement Macron avec la «révolution», l’obtention d’un «diplôme» et le fait de «se nourrir» soi-même ? La leçon de maintien, passe encore. La leçon de vie qui déborde sur l’être en son intimité, elle, devient déplacée, sinon une faute politique grave… Cette semaine, plusieurs journaux rappelaient opportunément deux autres scènes mémorables impliquant d’anciens présidents – qui avaient de la tenue. François Mitterrand, entendant « Mitterrand, fous le camp ! », déclara:  «C’est une rime pauvre. » Jacques Chirac, à quelqu’un qui le traitait de «connard», cria à haute et intelligible voix: « Enchanté, moi, c’est Jacques Chirac. » La classe. À moins que ce ne soit autre chose. Une certaine vision de son rapport aux citoyens…

 

 

Le site d’El Diablo publie le témoignage d’une gréviste de la SNCF : « Je n’ai pas signé chez Transdev, VFLI, ECR ou tout autre boîte privée, j’ai pas signé pour avoir des conditions de travail lamentables, une évolution de carrière inexistante. Pas non plus pour dégrader le service public, le mode de déplacement de centaines de familles, de travailleurs tous les jours. Je n’ai pas signé pour que ces mêmes personnes se retrouvent avec des billets à des tarifs exorbitants. De plus après avoir payé votre billet une petite fortune il faudra vous rendre dans la grande ville la plus proche car le train que vous preniez en râlant à 5mn de votre domicile ne passera plus. La ligne sera supprimée. Et par-dessus tout j’ai encore moins signé pour que ces personnes voyagent en insécurité de par une circulation assurée par des gens à peine formés ou encore du matériel déficient car oui les Opérateurs Privés voudront forcément faire du bénéfice contrairement à une entreprise publique, ce qui signifie des entretiens à moindre coûts du matériel, des infrastructures des formations à moindre coûts. RENTABILITÉ oblige. »

 

 

 

Le site Regards note le retour du FMI en Argentine : « Après un mois de pourparlers, le gouvernement argentin et le Fonds monétaire international sont arrivés, ce vendredi 8 juin 2018, à un accord valable pour 36 mois prévoyant un prêt du FMI de 50 milliards de dollars, en contrepartie duquel l’Argentine s’engage à mettre en œuvre une série de mesures visant principalement à limiter les dépenses de l’État. Ce recours au FMI a été envisagé en raison de l’effondrement du peso sur les marchés début mai, après plusieurs mois de forte baisse. Malgré la mise en scène par le gouvernement de Mauricio Macri d’une négociation serrée, il s’agit d’un accord sans grande surprise, s’inscrivant dans la lignée des Stand-By Arrangements (SBA). Créés en 1952, les SBA servent la diffusion des règles économiques promues par le FMI, notamment par le biais des “ ajustements structurels ”, c’est-à-dire du désengagement de l’État des services publics et de la limitation des politiques fiscales redistributives.

 

Ces programmes sont accusés depuis longtemps de favoriser la décontraction des structures publiques des États en développement pour mieux permettre l'extraversion de leurs économies. Ils ont finalement été réformés après la crise de 2008, mais seulement dans le sens d’une simplification des conditions d’emprunts. Malgré des prises de position en faveur de politiques de relance par le soutien de la demande et de certains investissements publics, la réduction de la dépense publique reste l’un des critères essentiels d’obtention des SBA. »

 

 

 

 

 

Revue de presse (248)
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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 04:43

 

Dans le site Mémoire des Luttes, Christophe Ventura évoque les réussites et les difficultés rencontrées par les pays d’Amérique latine : « La question des démocraties latino-américaines est paradoxale. L’Amérique latine reste une des régions parmi les plus démocratiques au monde, en comparaison au continent africain ou asiatique. Elle est devenue une région de stabilité et d’ancrage démocratiques au cours des années 2000, en rupture avec sa tradition passée (région des régimes dictatoriaux et des coups d’État au XXe siècle). Cela étant, la situation s’est indéniablement détériorée ces dernières années suite à différents phénomènes combinés : la crise économique, la crise sociale et les crises politiques plus ou moins intenses (Venezuela, Brésil, Pérou) démarrées dans la période mondiale post-2008. Parallèlement, d’autres phénomènes s’ajoutent à ces dynamiques cycliques, telles que la violence et le narcotrafic. Dans certains pays, ils sont structurels à la société. Le Mexique, en premier lieu, est dévasté par ces phénomènes rendant impossible la bonne gouvernance et l’existence d’une démocratie viable – certains parlent de « narco-État » pour le qualifier. On pourrait parler du « Triangle Nord » (Guatemala, Salvador, Honduras) en Amérique centrale. La Colombie connaît, quant à elle, un nombre important d’assassinats, touchant les défenseurs des droits humains, les syndicalistes, etc. Dans ce contexte, la corruption est également devenue un thème central dans le débat public latino-américain, directement lié à la question de l’altération des processus démocratiques. C’est un des défis globaux aujourd’hui au sein du continent – mais pas seulement en Amérique latine, toutes les sociétés sont concernées dans le monde, à commencer en Europe. »

 

De nombreux organes de presse ont récemment évoqué la manière dont les députés En Marche ont mis à mal des lois emblématiques et progressistes : « En faisant siéger l’Assemblée nationale nuit et jour, samedi et dimanche compris, le gouvernement et sa majorité parlementaire ont mis à mal en moins d’une semaine trois lois phares dont notre pays pouvait s’enorgueillir. En quatre jours tout a été bousculé : la loi obligeant à rendre accessibles aux handicapés tous les logements dans la construction neuve, la loi Littoral qui a permis de sauvegarder nos côtes contre les appétits des bétonneurs, ainsi que la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), qui, depuis l’an 2000, impose aux communes déficitaires en HLM d’atteindre progressivement un quota de 25% de logements sociaux. Une œuvre de démolition, menée tambour battant, en s’appuyant sur un seul et même texte : le projet de loi Elan (Engagement pour le logement, l’aménagement et le numérique) défendu par le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, et son secrétaire d’Etat, Julien Denormandie.

 

Le site Anti-K nous rappelle que le 12 juin 1968, De Gaulle procéda à la dissolution de 11 organisations très actives dans le mouvement : « Le 12 juin, De Gaulle salue de cette façon le remplacement du ministre de l’intérieur Fouchet par la nomination de Raymond Marcellin : « Enfin Fouché, le vrai ! ». Et il dissout plusieurs organisations politiques actives dans la révolte par le décret présidentiel du 12 juin 1968. Le texte fait référence au décret du 5 novembre 1870, et notamment à son article 2, ainsi qu’à la loi du 10 janvier 1936 modifiée « sur les groupes de combat et milices privées ». Le même jour le régime prend aussi décret d’interdiction de toute manifestation sur la voie publique pendant toute la durée des élections. Le décret du 12 juin entre immédiatement en vigueur et interdit les onze organisations suivantes :

  • Jeunesse communiste révolutionnaire(JCR)
  • Voix ouvrière (VO),
  • Groupes « Révoltes »,
  • Fédération des étudiants révolutionnaires (FER),
  • Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER)
  • Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJC (ml))
  • Parti communiste internationaliste (PCI)
  • Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF)
  • Fédération de la jeunesse révolutionnaire
  • Organisation communiste internationaliste (OCI)
  • Mouvement du 22 Mars.

Le décret, rédigé à la hâte, dissout deux organisations qui n’existent pas !  Ce sont le CLER remplacé en Avril par la FER, et la Fédération de la jeunesse révolutionnaire, qui n’existe que dans la paranoïa policière.

 

 

 

Revue de presse (247)
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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 05:35

Ce qui suit reflète parfaitement la manière dont fonctionne la France macronienne. Nous sommes ici dans la Faculté de Lettres et Langues de l'université de Poitiers, où j'ai enseigné pendant 20 ans et que j'ai quittée il y a dix ans. Une éternité, donc.

 

Je n'ai pas connu ce flicage des enseignants et des personnels administratifs, et pourtant j'ai travaillé dans une institution sérieuse et efficace. Les aménagements (j'utilise un terme modéré) fort bien décrits par la section SUD Education et Recherche 86 ont été imposés de manière non démocratique et ne servent strictement à rien, si ce n'est à humilier les universitaires et les administratifs et à faire des économies de bout de chandelle. Le capitalisme financier cher aux macroniens aménage toujours plus d'espaces de libertés pour les actionnaires, comme quand il exige et obtient la légalisation du secret des affaires. En revanche, le secteur public est chaque jour davantage réduit à la portion congrue, l'objectif final à moyen terme étant de le faire disparaître pour laisser la place à un ensemble d'exécutants taillables et corvéables à merci, sans aucun espace de liberté et d'initiative.

 

Si l'on se place au niveau prosaïque – et vulgaire – des responsables de cette faculté, on découvre sans peine que de l'argent pour les imprimantes, en France, il y en a : 300 milliards de fraude fiscale, 5 milliards de cadeaux aux actionnaires, 4 milliards de cadeaux pour les “ victimes ” de l'ISF, des milliards de charges (plus exactement : de cotisations) sociales impayées par les entreprises. Sans parler du CICE (20 milliards d'euros par an) qui dépouille le secteur public et les contribuables au profit des entreprises privées et publiques alors qu'il était censé être une incitation à l'embauche, n'est-ce pas La Poste, n'est-ce pas Radiall, l'entreprise du patron du Medef, qui a touché plusieurs millions d'euros sans embaucher qui que ce soit ?

 

 

 

Reporting (1) syndical

 

 

 

Un projet de réorganisation des services retoqué par le conseil d'UFR Lettres&Langues revient insidieusement par la fenêtre : comment l'administration – avec ses as du management – et la direction de l'UFR Lettres & Langues parviennent à leurs fins...

 

 

Rappel des faits, d'abord. A l'automne 2017, la responsable administrative, soutenue par la direction de l'UFR de Lettres et Langues, présente un projet de restructuration des secrétariats, géographique et administrative. Les secrétaires, dont les bureaux se trouvent dans les divers départements de l'UFR, doivent être regroupés dans un open space divisé en boxes par des panneaux amovibles. Cette réorganisation spatiale s'accompagne d'une restructuration des missions des secrétaires, qui devraient désormais être placés sous le contrôle renforcé d'une responsable de scolarité. Malgré l'absence de concertation, le projet est déjà bien avancé, puisqu'un architecte d'intérieur est convoqué pour présenter ses propositions.

 

 

Le projet fait l'objet d'un refus massif au conseil d'UFR du 26 octobre 2017 : les représentants BIATS et une majorité d'enseignants s'y opposent. Cependant, dans les semaines qui suivent, il s'avère que l'administration et la direction de l'UFR ne lâchent pas le morceau de la réorganisation des services : il n'est certes plus question d'open space, chaque secrétaire aura son bureau, néanmoins tous les secrétariats doivent être regroupés sous l'autorité directe d'un responsable de scolarité, et le secrétariat des RI de l'UFR doit également être rattaché à la scolarité. Les justifications avancées sont fumeuses : difficulté pour la chef de service ou les étudiants de circuler entre des services administratifs éclatés dans l'UFR (!), nécessité d'améliorer la communication entre la scolarité et les divers secrétariats (en particulier celui des RI, dont les secrétaires estiment pourtant n'avoir aucun problème de communication avec leurs collègues)... Il convient ici de préciser que l'ensemble de la communauté enseignante de l'UFR, qui travaille en étroite collaboration avec les secrétaires, estime l'organisation actuelle parfaitement efficace et satisfaisante. Le projet est inscrit à l'ordre du jour du CTE du 22 janvier 2018, sans même avoir été soumis au vote du conseil d'UFR (et malgré l’avis négatif majoritairement exprimé au conseil d’UFR du 26 octobre face aux arguments oiseux de l’administration), comme l'exigerait le fonctionnement démocratique des instances universitaires. Alertés par les personnels administratifs et enseignants de l'UFR L&L, les élus du CTE refusent de se prononcer sur la question tant que le conseil d'UFR n'aura pas voté. Elle est renvoyée au conseil d'UFR du 1er février 2018 dont les membres élus, sans surprise, se prononcent contre le projet de réorganisation des services, qui est donc abandonné... en principe.

 

 

Mais, coup de théâtre ! Lors du conseil d'UFR du 23 mai 2018, on apprend à la surprise générale que les secrétaires auraient « demandé » à être réunies dans des bureaux situés au 1er étage du bâtiment C, supervisées par la responsable de la scolarité. Comment expliquer cet étonnant revirement ?

 

 

Il s'avère que leur « demande » n'a rien eu de spontané. En fait, l’administration a allégué un prétexte purement matériel (qui serait par conséquent « non politique ») pour convaincre des personnels de quitter leurs bureaux actuels : la nécessité de faire des économies et l'impossibilité de fournir désormais une imprimante à chaque secrétariat... Ces personnels ont ainsi été mis devant le choix suivant par leur hiérarchie : rester dans leur bureau sans imprimante ou accepter de déménager à proximité d’une imprimante. On est en droit de se demander comment on peut justifier le fait de supprimer l’imprimante d’un secrétariat. Soit : 

 

          A. la secrétaire n’en a pas besoin pour travailler (!) 

 

          B. l’usage de l’imprimante par une secrétaire va mener sa composante au bord de la faillite 

 

          C. c’est un moyen un peu sournois de l’obliger à déménager en contournant un vote de conseil d’UFR...

 

C'est alors que par solidarité, l’ensemble des gestionnaires de formation ont demandé à rejoindre leurs collègues déplacés. Et, sans même attendre que la deuxième session soit passée, le déménagement a commencé… Cette réorganisation à marche forcée n’a pas affecté que les secrétaires : plusieurs enseignants ont été délogés de leur bureau pour leur céder la place, sans même avoir été consultés ni mêmes avertis pour certains d’entre eux ! Soit dit au passage, c'est étonnant qu'on ne puisse assumer le coût annuel de quelques imprimantes (cartouches, éventuelle maintenance), mais qu'il y ait l'argent pour financer les travaux de rénovation auxquels le réaménagement va donner lieu...

 

 

Nous précisons que ce courrier est écrit à la seule initiative de SUD Education & Recherche 86, qui juge nécessaire d'informer la communauté universitaire de certains procédés et de leurs effets néfastes sur les personnels – démarche qui ne devrait pas poser de problème dans une université qui prétend se soucier du « mieux-être au travail ». Nous resterons néanmoins vigilants, en tant que syndicat intercatégoriel, pour éviter toute tentative d'intimidation ou de réprimande envers les secrétaires de la part de leur hiérarchie à la suite de ce courrier, comme cela s'est déjà produit depuis le début de ce bras de fer. Informer ou parler autour de soi de ses conditions de travail est un droit ; qu'on doive ici le notifier en dit long sur les atmosphères détestables qui pèsent actuellement sur des personnels pourtant dévoués et irréprochables.

 

 

SUD Education et Recherche 86, section Enseignement Supérieur et Recherche /université de Poitiers & CNRS, Poitiers le 7 juin 2018

 

 

1 Technique de management que l'administration souhaite mettre en place à l'UFR L&L, comme nous l’avons appris au Conseil d’UFR du 23 mai 2018 ; le reporting consistera, pour les secrétaires (départements et scolarité), à rendre compte de leur activité de façon détaillée, toutes les semaines, à leur supérieur hiérarchique. Officiellement destiné à améliorer l'efficacité du service, il peut aussi constituer un bon outil de flicage et renforcer l'emprise de la hiérarchie sur les personnels.

 

Fliquer toujours plus l'université française : l'exemple de Poitiers
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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 05:36

 

Dans Le Grand Soir, Achim Rödner se demande si l’on assiste au Nicaragua à une rébellion ou une contre-révolution fomentée depuis les Etats-Unis : « Beaucoup se demandent si les Etats-Unis sont impliqués dans les protestations d'étudiants de ce dernier mois qui essaient de déstabiliser le Nicaragua. En ce moment, 3 étudiants nicaraguayens font une tournée en Europe et un Suède pour chercher des soutiens à leur campagne. Au moins une des étudiantes représente une institution financière créée par les Etats-Unis.

Les protestations d’étudiants au Nicaragua sont décrites dans les médias occidentaux comme des protestations légitimes de jeunes nicaraguayens qui se sont unis spontanément pour combattre la prétendue dictature. Mais de nombreux éléments indiquent qu’il ne s’agit pas de protestations spontanées. Il y a beaucoup d’indices selon lesquels des organisations dirigées par les Etats-Unis ont attendu le moment favorable pour créer le chaos, exacerber les contradictions pour déstabiliser le Gouvernement du Nicaragua démocratiquement élu.

 

 

Dans Mediapart, Christian Salmon explique comment, aux Etats-Unis, la communication a tué la politique : « À l’occasion de la récente signature par l’ex-locataire de la Maison Blanche, Barack Obama, d’un accord avec Netflix pour produire des films, Mediapart revient sur trente ans de communication présidentielle aux États-Unis.

Ronald Reagan était un ancien acteur devenu président. Obama est le premier ex-président qui devient producteur de séries TV. Avec son épouse Michelle, il vient de passer un accord avec Netflix pour produire films, séries et documentaires pour la plateforme.

Jusque-là les anciens présidents des États-Unis se contentaient d’écrire leurs « mémoires » et de se consacrer à leur « bibliothèque présidentielle » ou à une fondation comme Bill Clinton. Certains, comme Jimmy Carter, ont consacré leur seconde vie à la résolution pacifique des conflits, l’observation des élections ou la défense des droits de l’homme, avec plus de succès d’ailleurs que la première et dont il fut récompensé par un prix Nobel de la paix.

Barack Obama, lui, ne fait rien comme les autres. Libéré des charges de la présidence et laissant la Maison Blanche à son plus farouche ennemi, le voilà qui commence une nouvelle carrière de producteur de séries TV. Faute de pouvoir changer le monde, produisons-le !


 

 

 

Revue de presse (246)

 

Au Blanc-Mesnil, écrit Marianne,  dans le 93, des lycéens sont "renvoyés au statut de banlieusard" par Parcoursup. À quelques jours des premières épreuves du baccalauréat, environ 200 000 lycéens n'ont toujours pas obtenu une seule réponse positive à leurs vœux d'orientation. Au lycée polyvalent du Blanc-Mesnil, on s'insurge contre une inégalité de traitement dont pâtiraient les élèves de banlieue.

Ces réponses positives, à en croire professeurs et élèves, proposeraient très souvent des formations éloignées des envies d'orientation principales des étudiants, engendrant un fort risque d'orientation choisie et subie. La faute à la disparition de la hiérarchisation des voeux par les lycéens, en ordre de préférence, comme c'était le cas avec APB. Surtout, elles offriraient en grande partie des places dans des établissements du secteur. L'université Paris 8 de Saint-Denis sera de fait la première destination de ces futurs bacheliers, qu'ils le veuillent ou non.

 

 

Enfin, selon L’Équipe, on a récemment appris que la piscine des JO serait semi-démontable, ce qui a surpris et courroucé la Fédération française de natation. On a également appris que le centre aquatique des Jeux Olympiques de Paris en 2024, construit à Saint-Denis, serait semi-démontable, ne comporterait que deux bassins et accueillerait la natation et le water-polo. Les épreuves de water-polo ne se dérouleraient donc plus à La Courneuve.

 

Aux JO de Rio, il y avait pour toutes les disciplines sept bassins de 50 mètres et un bassin de 25 mètres. Dans le 9-3, nageurs, poloistes et autres plongeurs devront se partager un seul bassin, pour les compétitions et pour les périodes d’échauffement (qui sont longues, dans ces disciplines).

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 05:35

Je reprends ici un article du blog de Pierre Dubois, l'un des meilleurs observateurs de l'institution.

 

Les recrutements en chute libre

Courriel reçu le 27 février 2017. « Chers collègues, dans un mail précédent, j’écrivais à propos de la campagne de recrutement 2017 d‘enseignants-chercheurs (professeurs et maîtres de conférences) : « accusons-nous une nette diminution du nombre d’emplois ou est-ce moi qui déprime ? »

Un collègue m’a expédié en privé un tableau concernant l’ouverture des postes [par les universités] depuis 2009 (diminution de 1141 postes). Entre 2016 et 2017, on accuse un déficit de 125 postes de professeur et de 74 postes de maître de conférences.

 

 

  • Ligne bleue : Professeurs PR  (445 postes perdus)
  • Ligne rouge : Maitres de conférences MCF (696 postes perdus)
  • Ligne verte : PR + MCF (1141 postes en moins)

 

 

L'Université française ne recrute plus

 

Le monde universitaire gèle dans son entier : les jeunes docteurs ne peuvent plus intégrer, les MCF et PR ne peuvent plus muter, les habilités ne peuvent plus changer de corps.  Il n’y a désormais plus de mobilité dans l’ESR, les candidats locaux raflant le plus souvent les rares postes encore offerts au recrutement.

 

Étant donné l’augmentation des effectifs d’étudiants, le risque d’une mise en place de la modulation des services est donc très grand. On peut se féliciter qu’un nombre très important de sections de CNU ait refusé l’évaluation individuelle des EC. Mais c’est aussi notre problème, non ? ».

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 05:37

 

Jacques Vassal. Graeme Allwright par lui-même. Paris : Le Cherche midi, 2018.

 

 

Le temps passe. Le temps passe et Graeme Allwright a 92 ans ! Jacques Vassal vient de lui consacrer un chaleureux et exigeant ouvrage préfacé par Jacques Perrin. Je ne vous donnerai pas l’âge de Vassal. Sachez simplement que le chanteur et lui se connaissent depuis 1966.

 

 

On a tous nos repères dans la vie. Pour moi, Graeme, c’est “ Petit garçon ”, cette merveilleuse adaptation de “ Old Toys Train ” de Roger Miller :

 

Tes yeux se voilent
Écoute les étoiles
Tout est calme, reposé
Entends tu les clochettes tintinnabuler

 

 

Jacques Vassal a donc longuement écouté son ami Graeme Allwright, en recontextualisant, grâce à sa formidable érudition, la libre confession d’un créateur néo-zélandais devenu français, qui a écrit, en anglais et aussi en français, une des œuvres les plus attachantes qui soit.

 

 

Quand on est originaire de l’autre bout du monde – ça dépend du point de vue où l’on se place, me direz-vous –, la mer est une nécessité, un besoin, un désir, « la voie de passage d’une vie à une autre ». Sûrement une raison pour laquelle une de ses chansons préférées est “ La Plage ”

 

 

Á travers la brume, elle a disparu

Je ne sais pas si je l’ai revue…

J’ai vu se briser tant de vagues sur la plage

Et j’ai chassé les ombres des nuages ?

 

Je vais, je vais, les chemins se nouent
Sur le rivage mon espoir échoue
Au milieu des bruyères le chariot s'est arrêté
Et glisse sur les algues sa chevelure mouillée.

 

 

 

Tout jeune, Graeme s’engage sur un bateau comme mousse et part pour Londres. Il y rencontre la comédienne Catherine Dasté, qui n’est autre que la petite-fille de Jacques Copeau et la fille de Jean Dasté, directeur de la Comédie de Saint-Étienne. Graeme et Catherine se marient en 1951. La cérémonie lui inspirera cette pochade :

 

Buvons encore une dernière fois 
A l'amitié, l'amour, la joie 
On a fêté nos retrouvailles 
Je m'ennuie pas, mais il faut que je m'en aille 

J't'ai raconté mon mariage 
A la mairie d'un p'tit village 
Je rigolais dans mon plastron 
Quand le maire essayait d'prononcer mon nom

 

 

Le futur chanteur exerce alors de nombreux métiers : régisseur, apiculteur, animateur pour enfants malades, moniteur en hôpital psychiatrique, professeur d’anglais. Dans les vignobles, Graeme apprend le français avec les vignerons, le patois, l’accent bourguignon qui fait rouler les r. Sur scène, même dans de petits rôles, il en impose. Il « dégageait », disaient ses camarades, rien qu’en jouant Seyton dans Macbeth.

 

 

Graeme, qui s’est lancé dans le métier avec l’aide de Mouloudji et de Colette Magny, sait prendre position quand il faut. ”Johnny ”, une de ses premières chansons écrites en français, est une chanson d’actualité (même si le Vietnam n’est pas nommé) :

 

 

Tu es parti là-bas sans savoir pourquoi 
Je n'crois pas que tu cherchais la gloire 
Tu avais peut-être seulement du mal à jouer le jeu

Dans ta petite ville sans histoire 
On t'a dit que là-bas la cause était juste 
Qu'il fallait vaincre à tout prix
Puis c'est facile de laisser les autres penser pour soi
Alors sans savoir pourquoi tu es parti

Mais c'est bientôt fini Johnny

Vois-tu encor le soleil ?
C'est bientôt fini Johnny
Sens-tu venir le sommeil ?

Toi qui lisais les bandes dessinées
Et te voyais en surhomme vainqueur
Là-bas dans l'enfer des forêts vertes
Tu as appris à connaître la peur
Tu as appris à manier des armes nouvelles
A brûler des femmes et des enfants
Tu n'aimais pas ça, mais on n'a pas le choix
Et la peur est un maître exigeant

 

 

Á la même époque, il avait adapté “ Who killed Davey Moore ” de Bob Dylan :

 

 

Qui a tué Davey Moore,

Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

« C’est pas moi, dit l’arbitre, pas moi,

Ne me montrez pas du doigt »…

 

 

S’engager en chanson, mais aussi s’engager dans le monde. Graeme va côtoyer la misère en Inde, soigner des enfants en Éthiopie, aider à la construction d’orphelinats au Veitnam. Il n’hésitera pas à apostropher Giscard d’Estaing dans “ Larzac 75 ”, lui le Néo-Zélandais qui a ressenti durement les essais nucléaires français dans le Pacifique :

 

 

Oh, oh, Valéry

Alors comme ça tu as choisi :

Tu as choisi les fusils et pas de brebis !

Tu as choisi la mort

Je suis vraiment très déçu,

Je te croyais plus fort

 

 

Un des derniers combats de Graeme en tant qu’auteur aura été une réécriture pacifiste de “ La Marseillaise ”. Bien sûr conscient du contexte dans lequel cette œuvre a jailli, il s’est tout de même senti « épouvanté » par la violence des paroles dans la bouche des enfants français. Il a donc proposé ceci :

 

 

Pour tous les enfants de la terre

Chantons amour et liberté.

Contre toutes les haines et les guerres,

L’étendard d’espoir est levé.

L’étendard de justice et de paix

Rassemblons nos forces, notre courage

Pour vaincre la misère et la peur

Que règnent au fond de cœurs l’amitié et le partage.

 

Partons, partons amis solidaires,

Marchons vers la lumière !

 

 

Graeme attend la mort sereinement : « Je crois que l’esprit ne meurt pas. Et l’esprit rejoint la source et la conscience cosmique. Je sens les morts aussi, tous ceux qui sont passés.

 

 

PS : Leonard Cohen avait dit que certaines des adaptations de ses chansons par Graeme les avaient rendues plus « acceptables ». Il fallait assurément que Graeme ait puissamment intégré l’univers, les émotions et les mots de Cohen pour adapter avec autant de poésie et de subtilité une chanson comme “ Dance Me to the End of Love ” (« je commence par apprendre à chanter la chanson en anglais, pour sentir comment il “ respire ”la chanson. Et après, je me mets au travail pour trouver des équivalences ; […] J’essaie d’être le plus honnête possible et cela passe par le choix du mot juste, précis. Par exemple, le futur, ce n’est pas exactement la même chose que l’avenir. ») :

 

 

Dance me to your beauty with a burning violin

Dance me through the panic till I’m gathered safely in

Touch me with your naked hand, touch me with your glove

Dance me to the end of love

 

 

Danse-moi à ta beauté avec un violon en flammes

Danse-moi dans la panique jusqu’au repos de mon âme

Touche-moi avec ta main nue ou gantée de velours

Danse-moi vers la fin de l’amour

 

 

 

Enfin, pour le plaisir, Graeme et Maurane dans “ Suzanne ”.

 

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