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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 06:31

 

Dans Le Grand Soir, Neil Clark met en regard Macron et Maduro : « Macron est un ancien banquier dont la mission est de “ réformer ” l’économie française sur le mode néolibéral. Sur le plan de la politique étrangère, il soutient l’interventionnisme libéral et a envoyé (illégalement) des troupes françaises en Syrie. La France est membre de l’OTAN et, depuis la fin du gaullisme, une alliée inconditionnelle des Etats-Unis.

 

Maduro est un ancien chauffeur de bus d’un pays dont l’économie est largement socialiste. Sa politique étrangère est fortement anti-impérialiste. Le Venezuela est un allié de la Russie, et non des États-Unis. 

Il n’est pas nécessaire d’être Albert Einstein pour comprendre pourquoi les élites transnationales veulent se débarrasser de Maduro et pas de Macron.

 

Macron est peut-être méprisé par des millions de ses compatriotes, mais il n’est pas méprisé par le peuple du pays qui détient le plus grand pouvoir en Occident aujourd’hui. Maduro, si. Pour mettre la main sur les actifs de la France, l’élite transnationale a besoin que Macron reste en place. Pour s’approprier les actifs du Venezuela, et en particulier son pétrole, elle a besoin que Maduro parte. »

 

 

 

 

Revue de Presse (270)

 

Toujours dans Le Grand Soir, Claire Vérilhac rappelle à quel point notre banquier national méprise ceux qui n’appartiennent pas à son monde : « Le Président Macron s’adresse ainsi à toutes les catégories de population, fussent-elles très peu nombreuses. C’est le cas par exemple des Gitans, et tout particulièrement des ... boxeurs gitans. Il leur demande de s’exprimer dans leur langue s’ils ne veulent pas êtes suspectés d’avoir été conseillés par un avocat, qui plus est d’extrême gauche, toutes choses interdites apparemment aux boxeurs.

Ses conseils aux plus démunis dépassent d’ailleurs les frontières de l’hexagone. Comme aux pêcheurs comoriens : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent » (plaisanterie au sujet de ces frêles embarcations sur lesquelles périssent des milliers de migrants comoriens tentant de rejoindre Mayotte, c’est à dire la France).

 

Le Président a choisi la Roumanie et la Grèce pour s’en prendre aux fainéants : « Je serai d’une détermination absolue. Et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir chaque jour la même détermination. »

 

Lors d’un déplacement au Danemark il regrettait que la « flexisécurité » danoise ne puisse pas être appliquée en France peuplée de « Gaulois réfractaires au changement », à l’opposé du « peuple luthérien » nordique.

 

Mais c’est sans doute aux salariés et aux chômeurs que Macron réserve ses conseils les plus vigoureux :

 

- aux ouvrières des abattoirs Gad menacées de licenciement mais "pour beaucoup illettrées"

 

- « Il y a des tas de métiers...Il faut y aller ! Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier. »

- « il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires »

 

- « vous n’allez pas me faire peur avec votre T-shirt ; la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler »

 

- « certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas »

 

- « dans une gare on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien »

 

- « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux. Les gens, ils sont quand même pauvres ».

 

 

Marianne nous donne un exemple de la privatisation de l’État : « En janvier 2018, le gouvernement décide de lancer un appel d'offres pour sous-traiter à une entreprise l'exposé des motifs ainsi que l'étude d'impact de sa future loi sur les transports, moyennant 30 000 euros hors taxes. Dans le langage alambiqué de la haute administration française, cela signifie que l'argumentaire du gouvernement sur cette loi va être délégué à une société privée. Du jamais-vu. Emoi dans les rangs de l'opposition parlementaire, où on voit l'initiative comme une manière de se défausser de la mission principale du gouvernement. "Confier l'exposé des motifs d'une loi à une personne privée, c'est inadmissible. S'il y a un acte politique et qui doit être assumé comme tel, c'est celui-là", grince auprès de Marianne le sénateur Jean-Pierre Sueur, auteur d'un rapport sur la qualité des études d'impact, en février 2018. »

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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 06:33

Le site Reconstruire dresse un bilan de deux années de macronisme :


« A dépolitiser les véritables enjeux, en présentant notamment la mondialisation comme un processus spontané et naturel, on surpolitise, par effet de balancier, les comportements et la morale, tout en affaiblissant progressivement le niveau du débat public. Une telle diversion du débat n’est en effet pas sans conséquences. Si les structures politiques, l’Union Européenne, les grandes entreprises, l’Etat, les partis politiques, les classes dominantes, ne sont pas responsables de la situation sociale, ce sont les individus qu’il faut surveiller. Les dirigeants centristes-libéraux sont alors confrontés à une exigence accrue de moralisation et une personnalisation des problèmes politiques. Si ce ne sont pas les choix politiques qui sont responsables du déficit (les niches fiscales, l’optimisation, le remboursement de la dette) mais les agents individuels qui dépensent mal l’argent public, alors il devient difficilement acceptable que Brigitte Macron dépense 300 000 euros pour refaire la moquette de l’Elysée, en pleine crise des gilets jaunes. 

Les citoyens deviennent de plus en plus exigeants sur ces sujets et demandent des comptes.

Une affaire comme l’affaire Benalla, qui disposait de 80m2 quai Branly à l’âge de 26 ans, devint alors plus explosive pour le gouvernement qu’un an de casse sociale généralisée. Que le porte-parole du gouvernement étale son mépris de classe sur les “mecs qui fument des clopes et roulent en diesel“ et il se retrouve avec un transpalette dans la porte de son ministère. » 

 

Le site Revolution a souligné l’absence de couverture par les grands médias de la grève du 5 février  :

Les médias, quant à eux, ont permis de faire oublier cette première journée. Sans doute la discussion que certains journalistes ont eu avec Macron à l’Elysée les ont aussi motivés à brosser encore plus dans le sens du poil le gouvernement. La semaine dernière et relayé par Le Point, devant quelques journalistes, Macron avait donné son avis sur le journalisme et l’information. « Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. Le bien public, ce n’est pas le caméraman de France 3. Le bien public, c’est l’information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénuée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession. »

 

Cette volonté de recréer l’ORTF, et de contrôler les informations a sans doute influent – s’il était encore possible de le faire – les médias pour cette journée. Une information libre et neutre qui a à peine parlé de 300 000 personnes battant le pavé contre le pouvoir et ses politiques. De plus si l’on s’approche un peu trop prêt de ce qui se passe au sommet, on peut se retrouver un matin avec des flics aux portes de la rédaction pour une perquisition comme pour Mediapart.

Revue de Presse (269)

Tous les médias l’ont annoncé bruyamment : les prix de produits ultra populaires tels le Coca, le Ricard, le Nutella etc. ont vu leur prix augmenter d’environ 10 % dans les super et hyper-marchés à compter du 1er février.

 

En payant plus cher son café Carte noire ou son pot de Nutella, le consommateur paye le travail du producteur non pas de café mais celui de lait ou de viande, de fruits etc. Depuis un certain temps, ils avaient savamment martelé l’idée que pour garder une agriculture nationale de qualité, il faudrait accepter de payer le prix fort. Non pas au paysan mais au distributeur !

 

Les entreprises laitières (Bel, Lactalis, Danone …) se frottent les mains. Un de ces industriels avoue : « Les Etats généraux de l’alimentation ont été faits sur mesure pour notre secteur » (Les Echos 04/02/2019). Michel Edouard Leclerc, selon Les Echos, estime que, cette année, c'est un milliard qui sera repris dans les porte-monnaie, avec des hausses de 4 % à 6 % de certains produits phares. L'inflation des produits de grande consommation a été de 0,2 % en 2018. L'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation pourrait porter ce chiffre à 1,3% dans une hypothèse a maxima.

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 06:30

 

Res Publica nous remémore cette réflexion de Don Helder Camara sur la violence :

 

« Il y a trois sortes de violence. 

 

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

 

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

 

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

 

 

 

Dans son blog, Benoist Bihan exprime son indignation à propos du Traité d’Aix-la-Chapelle récemment signé par Emmanuel Macron et Angela Merkel :

 

Indignation, parce que le contenu de ce texte est la perpétuation de décennies de libéralisme extrême. Parce que ce traité institue leur soumission aux États-Unis, à la suzeraineté desquels, au travers de l’Alliance atlantique, les deux gouvernements se soumettent sans ciller. Et pour finir parce que les termes de ce traité sont à sens unique : « la coopération et l’intégration » vont systématiquement dans le sens d’un alignement de la France sur son voisin d’outre-Rhin, sans jamais de contreparties sérieuses.

 

Comment un président de la République peut-il négocier un texte d’une aussi abyssale nullité ? Lire le traité d’Aix-la-Chapelle, c’est en effet découvrir phrase après phrase un texte non seulement creux – sauf lorsqu’il perpétue l’idéologie libérale ou l’atlantisme le plus vil – mais aussi totalement déséquilibré. Car si l’Allemagne obtient de sérieuses concessions, dont la plus spectaculaire est de mettre la diplomatie française au service de l’ambition berlinoise d’accéder à un siège permanent au conseil de sécurité des Nations-Unies (pour, n’en doutons pas, mieux en évincer la France, sans doute via un siège « européen »), la France n’obtient absolument rien de tangible.

 

On comprend mieux ainsi pourquoi ce texte, négocié en catimini, n’est paru dans la presse qu’à quelques jours de sa signature, et encore sur la base de sa version allemande qu’il a fallu traduire, la version française « officielle » demeurant jusqu’au dernier moment introuvable. Quand la forfaiture le dispute à ce point à l’imposture, il vaut sans doute mieux en effet rester discret.

 

 

 

L’Humanité annonce lespremières privatisations de lignes SNCF : « Avis de préinformation pour la mise en concurrence des lignes Intercités Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon ». Par ces quelques mots, le ministère des Transports a lancé la phase opérationnelle de l’ouverture à la concurrence du service public, pilier de la réforme ferroviaire que le gouvernement a fait passer en force en juin dernier. Les deux liaisons concernées sont des trains d’équilibre du territoire, TET, régies directement par l’État. Elles totalisent 1 million de voyageurs annuels pour un coût de 25 millions d’euros. En clair, « par cette annonce, le gouvernement signifie clairement et unilatéralement renoncer à garder la maîtrise de l’exploitation de ces lignes », résume la fédération CGT des cheminots des Pays de la Loire. Un désengagement déjà largement amorcé par le passage de nombreuses lignes TET dans le réseau TER, passant, dès lors, sous les responsabilités des régions. 

 

Pour le Parti communiste, « Les usagers du train n’ont pas besoin de concurrence pour que le service s’améliore et soit de meilleure qualité ». Le PCF en appelle à ce que « l’État investisse dans les infrastructures, le matériel et les hommes afin de répondre aux besoins de la population ». Loin d’y répondre, ce nouveau coup porté au service public ferroviaire s’inscrit, en sus, « à contresens de l’histoire », poursuit le PCF. Car, alors que de tous les ronds-points émerge depuis des semaines la revendication populaire d’un véritable service public, l’État choisi « d’assurer de nouveaux profits à des opérateurs privés ». Le tout, sans compter l’attaque sociale contre les cheminots qui, par décret du 26 décembre dernier, sont désormais dans l’obligation, sous peine de licenciement, d’accepter le transfert au nouvel opérateur.

 

Revue de Presse (268)
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28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 06:22

  

 

Lu dans L’Humanité que les sénateurs communistes veulent ramener dans le giron public le réseau autoroutier : « L’État fixerait lui-même les tarifs des péages et pourrait dès lors les moduler pour les automobilistes « contraints, par exemple, de prendre l’autoroute pour se rendre au travail ». Et ce plutôt que d’assister au spectacle « stupéfiant » d’un gouvernement « qui implore les sociétés concessionnaires d’autoroutes pour quelques miettes ». Renationaliser les autoroutes serait également « l’occasion pour la puissance publique d’organiser véritablement le report modal de la route vers les modes de transport plus propres » répondant aux enjeux environnementaux. Enfin, un retour du réseau concédé dans le giron public permettrait de flécher les recettes vers le financement des infrastructures. Car si, aujourd’hui, la marge brute des sociétés concessionnaires culmine à 7,3 milliards d’euros, cette manne ne sert en rien l’intérêt général. Vinci Autoroutes – qui détient 50 % du réseau – a distribué cette année « six fois son chiffre d’affaires en dividendes » aux actionnaires. »

 

 

L’Humanité analyse également le traité Macron-Merkel signé à Aix-la-Chapelle : « Une grosse pincée de défense, un zeste de diplomatie et beaucoup d’ordolibéralisme… À Aix-la-Chapelle, avec leur accord bilatéral, le président français et la chancelière allemande font mine de construire une digue en alimentant la crise.

 

L’axe franco-allemand n’a plus vraiment la cote dans l’Union européenne. Pourtant, depuis son élection à la présidence de la République en mai 2017, Emmanuel Macron n’a jamais eu d’yeux, en vérité, que pour Angela Merkel. Rarement il se tourne vers l’Espagne, le Portugal, la Grèce ou la Suède, par exemple. Pour faire face au Brexit ou à l’arrivée de formations d’extrême droite à Rome et à Vienne, c’est la chancelière allemande, elle-même pas au top de son influence après une série de revers électoraux pour son parti (CDU), qu’il tente de convaincre à chaque fois, sans jamais y parvenir complètement. Systématiquement, les annonces en fanfare à l’Élysée se réduisent à peau de chagrin outre-Rhin, essorées par la diplomatie allemande qui garde la haute main sur les institutions et les politiques européennes : cela a été le cas avec le projet de « budget de la zone euro », mis en avant par Emmanuel Macron, qui a accouché d’une souris devant le refus de Berlin de faire le moindre pas en direction d’une solidarité plus étroite entre les économies européennes, au prétexte méprisant habituel que les fonds risqueraient de servir à financer les « fainéants » des pays du Sud. »

 

 

Mediapart nous présente un nouvel évadé fiscal en la personne de Dany Boon : « Dany Boon s’est construit ces dix dernières années l’image d’un patriote fiscal, démentant avec constance se prêter au jeu de l’optimisation et de l’évasion ou avoir un quelconque lien avec les paradis fiscaux.

Des documents et témoignages, réunis ces derniers mois par Mediapart pour son premier film-enquête, démontrent que la réalité est plus complexe. Nos révélations montrent que :

  • 1) Dany Boon a réclamé en 2016 que le droit fiscal français sur l’héritage ne s’applique pas à son patrimoine ;
  • 2) Il a multiplié les résidences fiscales à l’étranger ces dernières années dans des pays où, parfois, la fiscalité est plus douce ;
  • 3) Il a massivement investi dans des hedge funds domiciliés dans les pires paradis fiscaux de la planète, comme les îles Caïmans. »

 

Revue de Presse (267)

 

Dans son blog, Pierre Verhas évoque les déboires de l’opérateur de télécom privatisé belge Proximus : « L’opérateur belge de Telecom Proximus, ex-Belgacom, annonce la suppression de 1 900 emplois, soit un sixième du personnel. Proximus est l’opérateur de référence en Belgique, les deux autres étant Telenet et Orange.

 

Cette annonce s’est faite dans la plus grande confusion. C’est la presse qui a révélé l’affaire, alors que le personnel, via les organisations syndicales, ignorait tout. Le gouvernement minoritaire de Charles Michel a joué les étonnés. Le chiffre de 1 900 départs a été confirmé avec à la clé une embauche de 1 250 travailleurs dans le cadre de l’introduction au numérique. Il y a aujourd’hui quelque 13 391 équivalents temps plein chez Proximus. En 1996, au moment de la privatisation, il y avait 25 000 travailleurs employés par Belgacom. »

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 06:16

Par Juan Branco

 

Et l’on commence à s’indigner. Car tout cela, on ne le découvre que plus d’un an après l’élection présidentielle. Pourquoi se retrouve-t-on à devoir faire cela ? Parce que l’un des journalistes ayant commis la meilleure enquête du moment sur Macron, Mimi qui, rappelons-le, ne contient quelques pages sur ce dernier, était employé par ledit Bernard Arnault et ne pouvait révéler qu’une partie des informations que nous exposons. Que les quelques rares autres qui auront entre temps mis leur indépendance au-dessus de tout enjeu de carrière auront été depuis écrasés. Et que les puissants de la profession, comme Madame Bacqué, qui n’avaient rien à craindre, auront préféré pendant des mois et des années se taire face à 

la mise en œuvre de toutes ces compromissions. 

 

Cette coterie a déjà accumulé un tel pouvoir que, même en les exposant, les détrôner de façon démocratique apparaîtrait en l’état impossible. Que même en faisant partir Emmanuel Macron, nous resterait un tel appareil de pouvoir qu’il ne pourrait appeler qu’à la révolution. 

 

Comment faire savoir aux populations qu’on leur vole des milliards chaque année du fait de compromissions diverses qui les ont amenés à être trompées ? De « liens d’amitié », qui utilisent la République pour se servir, se promouvoir et faire la courte échelle aux siens, plutôt que les protéger ? 

 

Où le faire, comment le faire savoir ? Quel organe de presse pourrait l’accueillir, y compris pour le contredire ? LibérationL’Expressou BFM TV ? C’est-à-dire les médias détenus par Patrick Drahi, dont l’empire a été consolidé avec l’aide d’Emmanuel Macron, Drahi qui l’a remercié en mettant à sa disposition sa main droite et directeur de facto de ses médias, Bernard Mourad, pendant la campagne présidentielle, après que ce Bernard Mourad eut, sur ordre de M. Drahi, « suggéré » des Unes au sujet d’Emmanuel Macron, lors des comités de rédaction de ces médias auxquels, contre toute logique, il participait ? A l’Obs, au Monde, à Télérama, à Mediapart, dans la dizaine d’autres médias où Xavier Niel a investi ? Au Figaro, chez Olivier Dassault, où il faudrait espérer qu’un journaliste trouve le courage d’attaquer les collusions entre médias et milliardaires ? 

 

Rions jaune, et pensons plutôt aux télés ou radios publiques, dont les directeurs sont nommés par le pouvoir politique – indirectement certes, en ces affaires, l’on aime à rester pudiques, même s’il l’on fini par nommer, comme à Radio France, une camarade de promotion – et dont nous venons de montrer comment l’un des piliers de l’information compromettait l’intégrité du groupe pour servir son ami président et se venger de sa Présidente – où jamais la plus brillante de ses investigatrices, Elise Lucet, ne s’est attaquée à ces sujets. Au Parisienou aux Échos, chez Bernard Arnault, à Vanity Fair, qui publie des articles de commande et qui coulerait immédiatement si ce dernier cessait de le financer ? A Canal + ou chez C8, chez Vincent Bolloré à qui Macron confia part de sa communication alors qu’il était ministre de l’économie via Havas – avant qu’Hanouna, pilier capitalistique du groupe, n’en devint le meilleur relais, l’invitant régulièrement à communiquer par téléphone lors de ses émissions ? A TF1 ou TMC, chez Martin Bouygues, là encore compromis jusqu’aux ongles et dépendant de la commande d’État ? Au JDD ? Là où Gattegno a montré toute sa capacité à servir ceux qui plaisaient à son propriétaire, un certain… Arnaud Lagardère ! L’on tremble parce que soudain, l’on commence à se sentir étrangement seul pour peu que l’on ne serve nul intérêt, ou nul relais qui pourrait un jour être, par l’un de ceux-là, mobilisé. Ce qui apparaissait comme un paysage pluraliste, empli de journalistes courageux et indépendants, ou du moins suffisamment nombreux pour se faire concurrence et éviter ainsi de trop grandes compromissions systémiques, n’apparaît plus, lorsque l’on tente d’y avancer à sec, que comme un putride espace où la peur et l’incertitude, l’asymétrie règnent.

 

Car il faut l’admettre : en tous ces lieux, l’on peut faire fuiter part de la vérité. Ainsi le rival de M. Arnault, M. Pinault, a-t-il fait publier au Point les bonnes feuilles de l’ouvrage étrillant le protégé du premier, quelques temps après que Raphaëlle Bacqué eut publié un portrait élogieux – pour ne pas dire transi – de ce dernier. Mais en aucun de ces lieux peut-on véritablement exposer les compromissions auxquels tous, d’une façon ou d’une autre, ne cessent de se livrer. Ainsi même au Monde, où Ariane Chemin peut se permettre le luxe de révéler l’affaire Benalla, fini-t-on par nommer une journaliste sans aucune expérience sur ces sujets, Virginie Malingre pour couvrir l’Elysée, celle-là même qui avait été nommée par Louis Dreyfus à la direction du service économie sur instruction de Xavier Niel, pour s’assurer que celui-ci s’épuiserait sans ne jamais rien révéler. On nous dira que l’on exagère. Il y a bien des radios. Puisque le service public a les problèmes que l’on sait, peut-être Europe 1 ? Lagardère, encore ! RMC ? Alain Weil, c’est-à-dire, depuis quelques années Patrick Drahi, Alain Weil qui est par ailleurs comme on le montrera, via sa sœur, intime de la macronie. RTL, qui appartient à M6, l’un des principaux partenaires de Mediawan, le fond d’investissement dans l’audiovisuel de Xavier Niel ? Bon. Disons que cela pourrait se faire, suite à un contact qu’il faudrait encore établir, pour peu qu’aucun des dirigeants ne craigne de s’exposer aux regards de leur pair ainsi dénoncés. Et alors la grande question : qui d’entre eux en parlerait, et lancerait enfin le grand débat que l’on attends toujours ? 

 

Après avoir parcouru en pensées l’ensemble de l’espace médiatique français, s’être arraché les cheveux, on pense à des éditeurs. Puisqu’une chronique disparaîtrait immédiatement, engloutie dans le fatras de l’information produite au quotidien, un ouvrage permettrait au moins de faire un point sur la situation. Fayard ? Mais Fayard a été racheté par Hachette, c’est-à-dire par Arnaud Lagardère, dirigé effectivement par ce même Ramzy Khiroun qui est intervenu pour protéger Mimi Marchand à Paris Match, et dont la numéro 2 est la femme du « grand ami » du Président, le fameux Bernard Mourad ! Grasset ? Sous les apparences de différences, le même propriétaire, la même hiérarchie, et l’on comprend maintenant pourquoi l’ouvrage attribuait à Marchand ce que M. Khiroun faisait, on le dit en passant, mais il faut mesurer ce que de manque d’intégrité cela signifie. Gallimard ? Ils viennent de censurer Annie Lebrun, auteur historique de la maison, parce qu’elle critiquait LVMH dans son dernier ouvrage sur la mode. Tout lien avec la prise de participation récente de la société de Bernard Arnault au capital de la maison n’y serait pour rien. Flammarion ? Racheté par Gallimard il y a quelques années ! Actes Sud, chez Françoise Nyssen  ? Rions, jaune toujours, d’un rire toujours moins riant. Mais il y a bien encore moult d’éditeurs indépendants. Le Seuil, La Découverte, La Fabrique, peut-être. Certes, certes. Mais avec quels distributeurs, et quels moyens de diffusion ? Ceux-là même qui sous la coupe des premiers… ?

 

Revenons-en à la presse. Le Point alors. Mais Le Point est propriété d’Artemis, la holding de François Henri-Pinault ! Et alors nous répondrait-on ? N’est-il pas l’ennemi de Bernard Arnault ? N’aurait-on à gagner en participant à ces jeux de… ? Rions, et laissons quelques lignes plus loin expliquer pourquoi, là encore… 

 

La solitude s’accroît. Et encore. Qui prendrait encore le risque juridique de tout cela supporter, lorsque l’appareil juridique concernant la diffamation est constitué de telle sorte à ne prendre qu’à la marge la disproportion des mesures protectrices en ce qui concerne les puissants ? N’a-t-on pas vu que cet ouvrage, qui pourtant en préservait tant, Mimi, a manqué ici et là d’être exposé ?

 

Cessons de penser à tout cela pour l’instant, et continuons. Car on a découvert entre temps que ces affaires ne s’en tenaient pas là, et qu’Alexandre Benalla était le point d’entrée officieux de Michèle Marchand au sein de l’Elysée – cette dernière assurerait d’ailleurs sa communication après qu’il fut découvert frappant et arrêtant des citoyens dans la rue en se faisant passer pour un policier. Là, le souffle se retient. Benalla, ce même Alexandre Benalla qui, introduit dans la macronie par un apparatchik LR défroqué, un certain Sebastien Lecornu, en sus de frapper des citoyens pendant son temps libre, avait tenté de monter une garde prétorienne à l’Elysée, c’est-à-dire de recruter des personnes déliées de toute hiérarchie policière et militaire – tour de passe-passe autorisé par l’existence d’une réserve citoyenne dont on aurait détourné les effectifs pour les attribuer à l’Elysée – pour « défendre » Emmanuel Macron et s’émanciper des rares contre-pouvoirs encore existants. On nous dira, halte-là ! Vous passez du coq à l’âne. Attendez et vous verrez. S’appuyant sur la réserve de la gendarmerie, Alexandre Benalla avait en effet ordre de faire rentrer des civils au sein du service de sécurité de l’Elysée, qui auraient eu la tutelle des gendarmes et policiers mobilisés en cette maison d’où émanent les ordres qui font et défont les carrières de tous les fonctionnaires du pays. La chose est effarante : par un stage de quelques semaines, il aurait été possible d’intégrer au cœur de l’Etat le plus crapuleux des êtres, sans contrôle hiérarchique autre que celui décidé par le politique, pour le mettre au service d’un seul homme, et lui donner une autorité de facto sur l’ensemble des forces de l’ordre républicaines de ce pays. Répétons-le : avant que M. Benalla, courroie de transmission de Madame Marchand à l’Elysée, chargé par exemple de passer à M. Emelien les vidéos du 1er mai volées à la Préfecture de Paris pour qu’à son tour il les fasse diffuser sur les réseaux sociaux, décide de frapper et d’arrêter des citoyens dans la rue pour alimenter un climat de peur et de violence dans le pays – cela, cela a manqué à être dit, tant cela aurait pu inquiéter – M. Macron cherchait à se donner la possibilité de faire rentrer des personnes qu’il aurait personnellement choisies au sein de sa propre police, et de les mettre en position de subordonner l’ensemble des services de sécurité du pays. Pourquoi l’aurait-il fait ? 

 

Celui qui a permis à Macron non pas seulement de prendre le pouvoir, mais de le consolider, non seulement de ravir la nation, mais d’en maîtriser l’État, c’est Jean-Pierre Jouyet. Et qui nous y mène ? Un certain Ludovic Chaker, acolyte invisible d’Alexandre Benalla qui en a organisé le recrutement, premier secrétaire général d’En Marche, depuis sis au cœur du dispositif antiterroriste de l’Élysée, et qui avait pour mission de mener le même projet que son collègue auprès des forces armées. Or Ludovic Chaker, civil qui s’est trouvé propulsé au cœur du secret d’État, habilité à en connaître tous les détails, et dès lors ayant à connaître et faire connaître tout ce qu’il y a à dire sur quiconque pourrait menacer les intérêts de M. Macron – versant cérébral en somme de M. Benalla – utilisant pour cela Mimi Marchand, n’est pas n’importe qui. Il est le point d’entrée dans l’appareil militaire d’Ismaël Emelien, plus proche conseiller d’Emmanuel Macron qu’il a rencontré sur les bancs de SciencesPo, et qui à l’Elysée était chargé de transmettre l’ensemble des renseignements pouvant l’intéresser. Fait unique dans la Ve République : jamais un civil n’avait été intégré au chef d’État-major particulier de la Présidence de la République pour ensuite ordonner les basses-œuvres qu’il pourrait nécessiter en les faisant diffuser par la presse de façon suffisamment discrète pour que le conseiller spécial ne se trouve jamais impliqué, faisant tout cela sans avoir à répondre à une quelconque hiérarchie militaire comme c’est normalement le cas en ces affaires là. 

 

Le dispositif a été révélé lorsque l’on a appris que Benalla avait transmis à Emelien les images de vidéosurveillance de la manifestation du 1er mai 2018, et qu’Emelien les avait par la suite fait diffuser sur des réseaux sociaux à travers des comptes anonymes. A d’autres reprises, ce serait Mimi Marchand et des vecteurs officiels qui seraient mobilisé. Cette fois, l’information provenant de la hiérarchie policière et non militaire, c’était bien M. Benalla et non M. Chaker qui en avait été chargé. M. Chaker n’est pas un homme de l’appareil d’Etat, pas même un fonctionnaire, et n’apparaissait sur nul organigramme jusqu’à ce que l’affaire Benalla l’expose aux yeux de tous. Cela, pour une seule et unique raison : protéger M. Emelien d’une quelconque répercussion, créer une interface supplémentaire qui permettrait de 

se dédouaner. 

 

Ces hommes sont toujours utiles pour le pouvoir. Ayant seulement servi la DGSE quelques années avant d’en être évincé, il ne s’est retrouvé là que par la grâce et dès lors pour le service de son maître. Mais si nous en parlons, c’est car la façon par laquelle il y est arrivé dit plus encore que les cartes qu’il a tenté d’y jouer. Car sa promotion auprès d’Emmanuel Macron, et c’est là ce qui nous intéresse, peu avant la campagne présidentielle puis à l’Élysée, révèle l’intrication profonde de l’alors candidat avec un autre pan de l’oligarchie du pays : celle qui s’assure que les intérêts des puissants se trouveront relayés au sein de la machine d’État. Elle montre à la fois l’étendue des influences qui s’appliquent à la Présidence Macron, l’endogamie de notre élite, mais aussi la pauvreté d’un système de cooptation qui au sein de ce pouvoir permet, par faits de népotismes et de services rendus, de maintenir des privilèges qui protègent quelques-uns, sidèrent l’action publique et lui retirent ses moyens. 

 

 

Macron, le crépuscule d'un petit Dieu (5)

 

Or M. Macron, qui était singulièrement jeune et ne s’était fait maître d’aucun parcours en propre lui permettant d’avoir construit et de pouvoir revendiquer de telles fidélités – c’est ce qui expliquera par ailleurs son appel à des baronnies empruntées, dont M. Collomb fut la plus importante, et la précarité d’un dispositif qui ne pouvait que s’effondrer – a dû constituer artificiellement ce vivier, ce qui l’a amené à quelques erreurs, comme le recrutement de M. Benalla par M. Chaker, lui-même recruté par M. Emelien. Propulsé, il a dès lors dû puiser en un cet autre pan de l’oligarchie qui avait elle aussi à défendre ses intérêts, n’avait pas les moyens ni les relais des oligarques que nous avons mentionné, mais cherchait à s’y lier, et bénéficiait d’une inscription au sein de la technostructure qui servirait idéalement M. Macron. 

 

L’affaire fonctionne ainsi en amont et en aval de Monsieur Macron. Ludovic Chaker a été le point de contact invisible d’un dispositif couronné par Jean-Pierre Jouyet – dont la mainmise sur la technostructure était la seconde mamelle du macronisme – et mis en œuvre par un certain Ismaël Emelien – qui se chargera lui de mettre en branle, en une coopération souvent forcée avec M. Séjourné, la mobilisation des anciens réseaux strauss-khaniens. Repéré et recruté par Richard Descoings à SciencesPo, il y fut propulsé responsable de l’Asie, et y rencontrerait Edith Chabre, qui le présenterait à Edouard Philippe Brigitte Taittinger-Jouyet, héritière de l’une des plus importantes familles industrielles de France, recrutée à SciencesPo pour, de dîner mondain en événement hippique dans le petit Paris, alimenter en levées de fond les caisses de SciencesPo, tandis que son mari, Jean-Pierre Jouyet, puissant directeur du trésor devenu le très puissant directeur de l’Inspection des Finances, puis le tout puissant secrétaire général de l’Elysée, mobilisait ses réseaux pour soutenir Emmanuel Macron, parfois à la limite de la légalité. 

 

Intrigué par un jeune homme déjà soutenu par des êtres plus puissants que lui et montrant une ambition sans fards, Jean-Pierre Jouyet se décide à lui offrir l’intérim de la toute-puissante Inspection des finances, alors que lui-même, qui se disait pourtant socialiste jusqu’alors et le meilleur ami de François Hollande était nommé secrétaire d’État aux affaires européennes auprès de Nicolas Sarkozy. Cela a peut-être été dit, mais si Emmanuel Macron s’est vu offrir pendant cette période d’entrer au cabinet du premier ministre d’alors François Fillon, c’est par le truchement de la même personne – Jean-Pierre Jouyet – qui le ferait rentrer à l’Élysée sous François Hollande.

 

Á suivre

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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 06:35

 

Res Publica se demande si le protectionnisme est un gros mot ou une réponse sociale et écologique ?: « Dans la bouche de nombreuxexperts, le protectionnisme est un gros mot, le genre de concept que l’on agite dans les moments de troubles pour effrayer les citoyens. En effet, le protectionnisme est très vite associé à un champ lexical fort, capable de toucher profondément nos affects. Il serait ainsi synonyme de « retour à l’âge de pierre », de « guerre », de « nationalisme » et de « fermeture des frontières ». Il serait responsable de la crise mondiale de 1929, du retard de développement économique de la France au XIXe siècle ou de la montée de l’idéologie fasciste. Pourtant, force est de constater que le capitalisme financiarisé qui régit nos comportements économiques depuis les années 1980 et son bras armé, le libre-échange, ne sont pas si innocents que cela. Nombre d’études scientifiques ont fait la démonstration ces dernières années de la responsabilité du libre-échange dans l’explosion des inégalités, le dérèglement climatique, la mise sous pression des salariés (réduction des rémunérations, dépressions, burn-outvoire suicides), le chômage et les délocalisations/non-localisations. Même le libre commerce pacificateur cher à Montesquieu semble rogner les principes de base de la démocratie en imposant des tribunaux d’arbitrage privés dans le cadre des négociations bilatérales de traités de commerce (TAFTA, CETA, JEFTA) et en imposant des orientations politiques aux gouvernements sous la pression de la concurrence. Ces politiques reposent, entre autres, sur le mythe de la concurrence non faussée : du fait des multiples différences structurelles entre pays (systèmes fiscaux et légaux, niveau d’éducation, démographie, etc.) et qui ne peuvent changer à court terme, la concurrence internationale ne peut qu’être faussée. »
 

Sur le site du Grand Soir, John Pilger réfléchit au mot “ populisme ” : « "Populisme" est un terme médiatique péjoratif. Nous assistons à une révolte des classes populaires ; les gens en ont assez de la pauvreté, de l’effondrement des droits du travail et de l’insécurité qui engloutissent leur vie, causés par les politiques économiques extrêmes de leurs gouvernements.

Il y a d’autres raisons, bien sûr, mais les gens ordinaires de l’Occident - en particulier les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Grèce et l’Italie - voient s’estomper leurs précieux acquis. C’est pourquoi les "Gilets Jaunes" en France bénéficient d’un si large soutien. »

 

 
Mediapart s’est intéressé aux dessous des relations entre l’Etat et les concessionnaires des autoroutes :
 

« C’est la privatisation qui ne passe pas. Et plus le temps s’écoule, plus l’indignation de l’opinion publique grandit : jamais l’État n’aurait dû privatiser les autoroutes, selon une grande majorité des citoyens. Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, les péages des autoroutes sont la cible régulière des manifestants. Dans de nombreux cahiers de doléances, le retour au contrôle public de l’État ou, en tout cas, le reversement aux finances publiques de l’essentiel des recettes apportées par les autoroutes figurent parmi les premières mesures demandées.

Au même moment, les sociétés concessionnaires autoroutières (SCA) doivent annoncer, comme chaque année, de nouvelles hausses des péages le 1er février. Alors le gouvernement tente de déminer le sujet. Depuis la fin de l’année 2018, la ministre des transports, Élisabeth Borne, s’active. Les réunions se succèdent au ministère avec les concessionnaires autoroutiers – notamment Vinci, Eiffage et Abertis, officiellement pour accompagner les hausses tarifaires prévues, de 1,9 % en moyenne, après 1,5 % en 2018. »

 

 

Revue de Presse (266)

 

Pierre Bauby, sur le site Regards.fr, rappelle que « cela fait trente ans que l’Union européenne organise la libéralisation des services publics. Il n’y jamais eu d’évaluation, de bilan, sur les effets positifs ou négatifs et ainsi voir si on ne s’est pas trompé de chemin. Les services publics dans les pays européens sont liés à des histoires, des traditions, des cultures et des institutions qui sont différents. «La France est un Etat extrêmement centralisé, où beaucoup de choses dépendent de l’Etat, alors que l’Allemagne est un Etat fédéral donc les services publics ne sont pas organisés de la même manière. Les services publics, c’est répondre aux besoins de chaque habitant au plus près des réalités. »

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20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 06:15

Par Juan Branco

 

Il ne serait alors plus seulement agi de se demander depuis quand donc M. Macron était devenu ami du couple le plus fortuné de France, ni comment l’on accédait à ces individus, contre quelle engeance obtenait-on leur estime – puisqu’il n’y a, dixit Xavier Niel, et l’on commence à comprendre le sens de sa phrase, nulle amitié en ces rapports, ce qui veut dire, de sa propre admission, qu’il n’y a que des intérêts – alors que l’on est censé être un gentil gamin d’Amiens, venu perdu seul à Paris, fuyant l’oppression familiale pour se construire son destin pour un amour tant de fois magnifié ? 

 

N’était-ce pas là l’histoire que, de Paris Match à France Télévision, des journalistes par centaines avaient raconté, dépensant des millions laborieusement arrachés à la société pour mettre en scène documentaires, récits, enquêtes et portraits relayant non pas la réalité, mais une fable fabriquée ? 

 

Un seul journaliste, en un seul ouvrage, tenterait de faire ce travail à temps : L’Ambigu M. Macronde Marc Endeweld. Cet ouvrage, alors que personne ne comprenait rien à rien au phénomène Macron, ne serait pas même chroniqué au Mondeou au Figaro. Un seul courageux, le même qui démissionnerait par la suite de Mariannesuite à son rachat par un oligarque tchèque, un certain Kretinsky, investissant par ailleurs dans Elleet Le Mondepour préparer son rachat d’un Engie que Macron s’apprêtait à privatiser, exactement comme M. Drahi avait racheté Libérationsur demande de François Hollande – demande relayée par Emmanuel Macron – pour se voir autoriser au rachat de SFR, avant de nommer son ami et plume Laurent Joffrin à la tête de sa rédaction. 

 

Cela, ce n’est pas nous qui le racontons. C’est l’homme de main de M. Drahi, Bernard Mourad, intime d'Emmanuel Macron, dans le Vanity Fair de décembre 2018, qui expose sans se gêner les modalités de constitution d’une oligarchie. Sans indignation. 

 

Après tout, qu’importait, quelques milliards par ci, quelques milliards par-là ? Le politique n’était-il pas affaire d’empirisme, ne fallait-il pas les laisser essayer, et qu’importe si entre temps l’on dégradait pour ce faire la vie de millions de gens ? 

 

Pourquoi interrogerait-on l’insistance délirante avec laquelle cet être, outre l’ISF, défend le maintien du CICE, qu’il a créé, et qui chaque année, coûte au moins vingt-milliards à l’État, pour un effet que là encore tous considèrent insignifiant  ?

 

Le lecteur suspicieux demandera à cet instant : et alors ? Cela n’était-il pas, à défaut d’être dit, compris ? Tout d’abord, rappelons qu’il ne s’agit pas que de cela. Qu’outre les menus cadeaux fiscaux, les constitutions de fortunes ne sont pas aussi miraculeuses que l’on le croirait, et que leur lien avec le politique, et leur capacité à l’influencer, est déterminante dès lors que ces fortunes se comptent en milliards et non en millions. Rappelons également que les constitutions de destins politiques en France, en cette si glorieuse démocratie que nous cessons de vanter, ne doivent peut-être pas tant qu’on le croyait aux vertus et qualités intrinsèques des uns et des autres mais bien à leur capacité à séduire et à servir ces mêmes oligarques. Et que l’appui donné à la fortune des uns – appui dont il est objectivement établi qu’Emmanuel Macron donne à ses protecteurs, par l’adoption de toute une série de dispositions fiscales et réglementaires les intéressant directement et n’ayant aucun bénéfice pour le bien commun – peut faire la destinée politique des autres. Quitte pour cela à passer par des tiers peu recommandables. 

 

Rappelons les modalités de constitution de la fortune de Monsieur Arnault, devenu le plus riche d’entre nous : c’est bien grâce à une scandaleuse opération effectuée aux dépens de l’Etat, rachat de Boussac effectué par la grâce d’une faveur politique que lui octroierait lors des années quatre-vingt Laurent Fabius, que M. Arnault a pu construire son empire, devenir milliardaire, racheter des médias par pelletées et, devenu première fortune française, se lier d’amitié avec des Présidents de la République décidés à alléger son fardeau fiscal pour permettre d’à ses enfants léguer une puissance non dissimulée  – Président qui n’hésitera pas, une fois élu, à affirmer que les tentatives de fraudes fiscales n’étaient qu’optimisation, et qu’il y avait de « bonnes raisons » à s’exiler fiscalement en Belgique. 

 

C’est bien par son lien avec le politique, qui a généreusement mobilisé les ressources de l’État pour subventionner les entreprises qu’Arnault prétendrait avoir sauvé après se les être vues littéralement offertes et les avoir démantelées – prétendrait à une politique sociale qu’il trahirait – que cet oligarque a fait sa fortune. C’est bien par des amitiés et autres connivences alors considérées inoffensives, avec Laurent Fabius très spécifiquement, que Bernard Arnault est devenu ce qu’il est, au détriment d’un pays tout entier. Mais surtout, nous rappellerons que si les biens qui fondèrent sa fortune furent bradés par un pouvoir aux abois, ce ne fut pas pour éviter une faillite et des licenciements – puisque factuellement, ces licenciements interviendraient – mais parce que ce pouvoir se trouvait à la recherche d’appuis pour se maintenir en fonctions et contrer l’inexorable retour de la droite à partir de 1983, et cherchait à se constituer un réseau de financiers et de relais médiatiques capables de construire un dispositif écrasant l’espace public et faire ainsi oublier la trahison de leurs promesses de campagne. Qu’ils le firent chronologiquement dans cet ordre, pour se maintenir au pouvoir. Pour dévoyer la démocratie. Et l’on commence à comprendre comment tout cela peut nous affecter beaucoup plus gravement qu’on aurait pu le penser. Le lien entre petite et grande corruption, entre petite et grande politique – entre un CICE créé par un Macron encore secrétaire-général de l’Elysée, dispositif ayant coûté à l’État plusieurs dizaines de milliards d’euros et dont le premier bénéficiaire serait le groupe Carrefour, on le retrouve encore là – et le soutien exubérant que ces mêmes grandes entreprises lui octroieraient en retour – commence à se tisser. Et nous comprenons qu’il y a dès lors là, dans ces questions d’amitié quelque chose qui commence à relever de l’ordre de la criminalité. 

 

De la même façon que l’on ne devient pas milliardaire sans raison, l’on ne devient pas président n’importe comment. Cela est évident. L’exceptionnalité de la fonction qui consiste à diriger un pays nous fait trop souvent penser qu’elle serait le fruit de l’exceptionnalité de la personne qui s’en est saisie. Or certains mécanismes de cooptation et de corruption jouent bien plus fortement que les qualités que l’on croit intrinsèques et nécessaires à la direction des peuples.

 

On rappellera à ce stade que Bernard Arnaud est le propriétaire non seulement du plus grand conglomérat de luxe au monde, capable par leur puissance publicitaire de tuer un média s’ils le décidait, mais aussi directement du plus important média de France, Le Parisien, et du seul quotidien d’information économique de notre pays, excusez du peu, Les Echos, après avoir achevé La Tribune, son concurrent, ce que ne prennent même pas la peine de faire M. Dassault, propriétaire lui du Figaro, et dont on sait quels accords il tissa avec un autre homme politique, Emmanuel Valls.

 

Cela est bien pire, car à quoi bon intervenir directement sur les contenus, lorsque l’on peut s’appuyer sur des hommes et femmes de main comme Michèle Marchand, invisibles jusqu’à l’ouvrage de septembre 2018 ? A quoi bon, lorsque l’on sait pouvoir intervenir indirectement dans la production de l’information par le truchement d’un homme de main, Louis Dreyfus, qui s’est trouvé un temps à la fois directeur général du Monde, de l’Obset des Inrockuptibles,  responsable, dans tous ces journaux, du recrutement et du licenciement, des promotions et mises au placard de tous les journalistes des plus prestigieuses rédactions de Paris, où tous les journalistes de France rêvent d’être recrutés ? Xavier Niel ne censure jamais un article. A quoi bon, lorsqu’il est possible de le faire censurer – par les réseaux mafieux de Michèle Marchand, par les pressions ou craintes de pression de M. Dreyfus, par l’autocensure de tous ceux qu’il a soigneusement, avec ses camarades oligarques, précarisés et pressurisés  ? 

 

 

Tout cela, on prétend le découvrir, mais c’est une façon de parler. Car la toute-puissance à ses défauts, et si Xavier Niel, m’annonça en personne dès janvier 2014, alors qu’Emmanuel Macron n’était que secrétaire général adjoint de l’Elysée et inconnu du grand public, qu’il deviendrait Président de la République, alors on peut imaginer que je ne fus pas le seul à être mis au courant. 

 

Le beau-père putatif de Xavier Niel, Bernard Arnault, qui s’est permis le luxe de recruter le tout puissant ancien directeur des services secrets du pays, Bernard Squarcini, au sein de LVMH pour en faire son « monsieur sécurité  » – ce même M. Squarcini qui continue d’appeler ses anciens subordonnés pour leur demander des informations sur telle ou telle personne, et qui pour cela s’apprête à être condamné, car les magistrats du siège sont peut-être le dernier corps de fonctionnaires « d’élite » à ne pas avoir été absorbés par l’oligarchie –, Bernard Arnault donc, a mis au service du Macron candidat son appareil de sécurité pour compléter la protection que lui offrait médiatiquement, via son gendre Xavier 

Niel, Michèle Marchand.

 

Macron, le crépuscule d'un petit Dieu (4)

 

Cela est certes plus intéressant que de savoir que LVMH habille Brigitte Macron. Pourtant, s’interroger sur et dénoncer le fait que notre première dame se soit muée en enseigne publicitaire mouvante pour LVMH et LVMH exclusivement, abusant en cela de ses fonctions, créant un conflit d’intérêt évident, pourrait être un premier pas qui aurait permis de remonter aux basses œuvres de M. Squarcini, mais peut-être au-delà. Qui aurait amené à s’interroger, et dès lors découvrir, que M. Arnault connaissait en fait Brigitte Macron bien avant Xavier Niel, qu’il a en fait présenté M. Macron à Xavier Niel, par la grâce de Brigitte Macron qui était faite la professeure de ses enfants au sein du très sélectif et fermé lycée privé Franklin, temple de l’oligarchie où se forment les héritiers de l’élite du pays ; et que c’est en fait bien Bernard Arnault, via Delphine Arnault, et non l’insignifiant Pascal Houzelot, comme le prétend l’ouvrage Mimi- qui a fait se connaître Xavier Niel et Emmanuel Macron en premier. 

 

Voilà donc que l’on a découvert en passant que la désintéressée et généreuse Brigitte Macron, admirée par tous les Français depuis que la trafiquante de drogue Mimi Marchand est devenue sa meilleure amie enseignait non pas en un lycée public, non pas en un lycée difficile, mais dans l’un des lycées les plus cossus de Paris, choisi volontairement et où elle profitait de son poste pour se lier avec la principale fortune de France et la présenter à son ambitieux mari – que l’on disait alors désargenté et éploré – pour s’assurer que ce dernier se verrait mettre le pied à l’étrier et s’en trouverait aisément propulsé. Le jeune homme au regard tranchant, blanche colombe prête à se sacrifier pour la France, avant même d’être ministre ou secrétaire général adjoint de l’Elysée, comme soutien et ami non seulement l’oligarque Xavier Niel, mais aussi la première puissance financière de France, en plus de la banque Rothschild et de ses réseaux, qu’il obtiendrait en trahissant l’inspection générale des finances – en plus de la bourgeoisie amiénoise, en plus de ceux de Jean-Pierre Jouyet que l’on s’apprête à exposer, et ce alors même qu’il n’était organiquement, publiquement « rien ». Et l’on rappelle que la presse détenue par ces individus le présenterait, des années plus tard, par hasard et en toute indépendance journalistique, comme venant du néant, pur produit du génie et du mérite.

 

Cet homme pourtant déjà millionnaire, devenu millionnaire avant trente ans grâce à la vente des réseaux que lui avait offert la République à une banque privée, nous serait au contraire présenté comme le parangon de la démocratie libérale, de notre méritocratie républicaine, d’un système nettoyé. Cet homme dont tout le parcours exhale le service du soi n’aurait-il en fait été qu’un pantin au service de ceux dont il a appliqué, à la lettre, le programme, utilisant ses titres et qualités inventées– on le prétendrait même, faute de talents sur lesquels s’appuyer, philosophe reconnu et pianiste de renom ! – pour recouvrir cette opération bien huilée ? 

 

(La suite après-demain)

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 06:33


Rachid El-Daïf. Qu’elle aille au diable, Meryl Streep !. Traduit de l’arabe par Edgard Weber, Actes Sud 2010.

 

Ce roman a été publié en arabe à Beyrouth en 2001, puis en français en 2004 par Actes Sud, un éditeur qui a peu en commun avec les productions Dorcel. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman licencieux ou pornographique. Comptant parmi les auteurs les plus importants du monde arabe, El Daïf est traduit en 16 langues. Un de ses romans figura au programme de l’agrégation d’arabe en 2005.

 

Discret, le tropisme étasunien est omniprésent. L’incipit du texte nous tend la toile de fond politique de l’intrigue : « Non ce n’est pas à l’écran de ma propre télévision que je vis le président américain George Bush annoncer la naissance du nouvel ordre mondial. » Comme bien d’autres pays, le Liban est sous la domination du modèle culturel et des fantasmes des États-Unis (« la mondialisation signifie-t-elle que nous sommes devenus une fraction de l’Amérique ? »). Quant à l’invective contre Meryl Streep, c’est celle d’un narrateur bouleversé par le charme de l’actrice et ne comprenant le désastre de son mariage qu’après avoir vu Kramer contre Kramer.

 

Le mariage du narrateur a été arrangé par sa tante. Son épouse est une inconnue pour lui. Pour la conquérir, il va alterner gestes tendres et brutaux, pensant que tout lui est dû, puisqu’il est l’homme, tandis que son épouse excellera dans les stratégies de ruse et d’évitement. L’auteur décrit, ce faisant, un contexte passablement glauque, sans aucun morceau de bravoure vraiment érotique ou amoureux, et où les axes syntagmatique et paradigmatique se coupent dans ce qui tourmente et détermine tout être normalement sexué au Liban, homme ou femme : la virginité de l’épouse et ses corollaires de défloration et de virginité reconstituée. Pour le narrateur, qui est moins dans la modernité que sa femme, « la chose la plus importante qui puisse arriver à une femme dans sa vie est la perte de sa virginité ». La défloration – brutale et rapide ou lente et délicate – est un droit.

 

Dans cette société, avant le mariage, on parle beaucoup de sexe mais on pratique fort peu. Et quand on pratique – surtout les jeunes filles – on n’en parle guère. Le discours est souvent graveleux ou misérable, y compris chez les femmes, comme celle du narrateur qui compare « la tête de sa bi… » à un soleil et qui lui propose de le « vidanger ». Les trois trous de la femme sont l’objet d’interminables discours médiocres sur la pénétration vaginale, la sodomie et la fellation. Et c’est là que la narrateur, enclin à s’émouvoir de la douceur du sentiment maternel de Meryl Streep, tremble sur ses bases quand il découvre que sa femme en sait largement autant que lui sur la sexualité en général et sur le désir du mâle en particulier. Il n’aurait voulu la voir (et l’avoir) que soumise et humiliée alors qu’elle est parfaitement capable de prendre langue avec un avocat pour entamer, sèchement, une procédure de divorce.

 

Au Liban, hommes et femmes sont dans l’impasse. La virilité, en actes ou en paroles, est un carcan. Les femmes ont beau fumer des Gauloises, comme les militants de gauche des années soixante, elles ont beau bien connaître le pénis, le sperme et la jouissance masculine, une jouissance souvent bien triste, elles restent en état d’infériorité. Elles peuvent, à la limite, braver l’homme frontalement, cela ne mène jamais bien loin.

 

              *                                                                                                                                         *

 

J’ai rédigé une recension de ce roman déjà ancien pour deux raisons. Bien que ne connaissant pas le Liban, j’ai fréquenté de nombreux Libanais durant mon séjour d’une décennie en Côte d’Ivoire et cela m'a fait plaisir de me replonger dans une ambiance levantine. Mais, surtout, ce roman ayant servi de pièce violemment à charge contre un professeur de Lyon 2, « susceptible » d’avoir harcelé sexuellement une de ses étudiantes, j’ai voulu savoir ce qu’il en était de cette « pièce à conviction ». Je n’ai aucune autorité en matière juridique, mais ayant enseigné la littérature pendant quarante ans et ayant publié des milliers de pages sur de nombreux auteurs – et sans parler d’un prix Goncourt récent que j’ai quelque peu contribué à mettre en forme – je peux dire sans forfanterie que je sais lire un roman.

 

L’affaire suit son cours. La plainte déposée par la doctorante (de 35 ans) et le signalement réglementaire de l’université à la Justice ont été classés sans suite le 5 octobre 2018 par le Procureur de la République de Lyon, pour « infraction insuffisamment caractérisée ». L'étudiante n'a pas déposé plainte au pénal « pour se protéger psychologiquement ».  Mais l'universitaire « susceptible » d’avoir harcelé a été condamné par la section disciplinaire de l’université à une année de retenue de salaire et d’interdiction d’enseigner, accompagnée d’une interdiction de pénétrer dans les locaux de l’université. Avant le prononcé de cette condamnation, aucune reconstitution des faits présumés n'avait eu lieu. Á noter, pour ne plus y revenir, que la doctorante a produit comme pièces à « conviction », ce qui est légalement discutable et en tout cas pas très élégant, des enregistrements de conversations téléphoniques entre elle et son professeur. Comparaison n’est pas raison mais, en 2005, Bruno Gollnisch avait été condamné par l’université Lyon 3 pour propos négationnistes sur l’extermination des Juifs à cinq ans d’interdiction d’enseigner, mais à une simple diminution de moitié de son salaire. Mon collègue Alain Morvan, à l’époque recteur de l’université, avait joué un rôle moteur dans cette affaire et avait salué une « sanction inespérée qui rompt avec le passé de Lyon-III , un avertissement pour tous ceux qui seraient tentés par le révisionnisme ou le négationnisme ». Alors, petite question prosaïque : si notre professeur condamné par ses pairs (mais pas par la Justice) avait été célibataire ou veuf, il vivrait comment aujourd'hui ?

 

Le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) a confirmé la condamnation du professeur incriminé. Celui-ci s’est pourvu en cassation devant le Conseil d’État (qui a bien voulu se saisir du cas, ce qu’il est loin de faire systématiquement) et se réserve le droit d’attaquer au pénal la présidente de l’université, un des vice-présidents et l’étudiante accusatrice. La sanction de Lyon 2 est donc clairement sans proportion avec les accusations portées, même si elles avaient toutes été avérées, ce qui ne semble pas être le cas.

 

Le professeur a été condamné par son université pour quatre motifs : une « susceptibilité » de harcèlement et trois motifs, disons techniques, qu’il réfute, et sur lesquels je n’insisterai pas en détail pour ne pas alourdir le débat. Cela dit, le Conseil d’État se prononcera sur ces trois motifs, mais d'abord sur la demande de sursis à exécution que le CNRS a refusée en juillet.

 

Concomitamment à leur action, les autorités universitaires ont, selon moi, clairement utilisé les médias pour faire pression sur l’opinion publique et sur les instances juridiques. Ce n’est pas un hasard si le rejet à exécution par le CNESER en date du 10 juillet 2018 est intervenu le lendemain de la publication d’un article à charge dans Libération. Cet article citait d’abondance le vice-président « en charge de l’égalité et de la vie citoyenne » (sic) qui n’a jamais pris la peine de rencontrer le professeur condamné. Plusieurs collègues de Lyon 2 ont exprimé leur mécontentement devant la condamnation de « comportements susceptibles de constituer un harcèlement sexuel ».

 

Une des « preuves » de la perversité prétendue du professeur est donc sa suggestion à la doctorante de lire Qu'elle aille au diable Meryl Streep ! du Libanais Rachid El-Daïf. Pour les autorités de Lyon 2 qui, à l’évidence, n’ont pas bien lu ce roman, il s’agit d’un texte érotique. Plus ou moins que L'amant de Lady Chatterley enseigné dans le monde entier depuis des décennies malgré des scènes où une aristocrate accepte sans vergogne d'être sodomisée par un homme du peuple, je ne sais ? Disons que ce livre, qui n’a jamais été interdit ou censuré au Liban, est l’œuvre d’un romancier prolifique que l’on qualifiera pour simplifier d'engagé (pour les Palestiniens, pour les homosexuels, pour les droits des femmes). Il n’est donc pas étonnant qu’ici, comme dans d’autres de ses écrits, il dénonce les violences faites aux femmes au Liban, pays dont la société est fortement inégalitaire.

 

Abordons maintenant le problème du harcèlement proprement dit. Le harcèlement est rigoureusement défini par la loi. Il s’agit « d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toutes formes de pression dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers. » Si l’on en croit les dires de l’étudiante, il n’y a eu aucune « répétition », « intimidation », « hostilité », « offense », ni aucune « pression » visant à obtenir un acte de nature sexuelle. Le professeur condamné par ses pairs fait valoir que, dans le dossier, il n’y a pas la moindre invitation de cette étudiante (ne serait-ce que pour prendre un café), la moindre parole sexiste ou dégradante, la moindre pression pour obtenir des faveurs.

 

La doctorante devant se rendre devant un comité de suivi de thèse (une invention récente purement bureaucratique visant à fliquer les directeurs de thèses et à normaliser la recherche), son directeur lui a donné des conseils vestimentaires. Ce que, personnellement je n’ai jamais fait. Mais je sais que, de nos jours, des collègues dont les étudiants se présentent à des concours, à des entretiens de stage ou d’admission à un master, ou encore sont appelés à assurer des vacations à l’université, le font.

 

Revenons au roman libanais, objet capital du délit. Les membres de la section disciplinaire n’ont pas compris, n'ont pas voulu comprendre, que ce texte dénonçait les mentalités masculines dans la région du Levant, ainsi que les violences physiques et psychiques faites aux femmes. Le rite de la défloration est décrit comme un viol conjugal, les poncifs de mentalités archaïques masculines ne manquent pas. La section disciplinaire a néanmoins posé – en se permettant de juger un conseil de lecture que l’étudiante a d'ailleurs refusé – que recommander à la doctorante d’ajouter ce roman à son corpus d’analyse des traductions était une incitation sexuelle. Au fait, pourquoi ce titre ? Parce que le narrateur est fasciné par le personnage joué par Meryl Streep dans Kramer contre Kramer. On se souvient que cette épouse et mère quitte le domicile conjugal, ce que fait également le personnage féminin du roman libanais. Meryl Streep, que le narrateur découvre à la télévision, devient pour lui le symbole d’une modernité féminine inaccessible, qu'il désire et récuse tout à la fois.

 

L’accusation a estimé que le professeur condamné avait « minimisé » les faits et a conclu : « la façon dont Monsieur X persiste à les dénier, alors que leur matérialité est avérée interroge sa capacité à saisir le cadre déontologique auquel il doit s’astreindre en sa qualité de Professeur des Universités et de directeur de thèse. » La déontologie du professeur X est gravement mise en cause, et ce tout au long de sa carrière en tant que professeur. Universitaire durant 33 ans, il a présidé le jury d’agrégation dans sa discipline, des commissions de recrutement de l’enseignement supérieur et a été responsable de relations internationales avec d’autres universités. Le passé du professeur X, un universitaire très en vue car appartenant à une spécialité rare, est donc mis en jugement. Apparemment cela ne suffit pas puisque la présidente de l’université a entamé un procès d’intention quant à l’avenir du professeur au sein de l’institution : dans un texte adressé au CNESER le 2 mai 2018, la présidente affirme que celui qui a failli gravement « ne prend pas la mesure des faits qui lui sont reprochés et s’expose à pouvoir les réitérer en toute impunité. » En d’autres termes, il a harcelé, il harcèlera. La présidente va plus loin encore : le comportement du professeur est « appréhendé, non au regard d’un simple écart de conduite, mais d’un mode global de fonctionnement qui trahit, sans ambages, le rapport qu’il entretient à sa fonction de professeur des universités. » La présidente laisse entendre – sans apporter la moindre preuve –  que le condamné s’est déjà laissé aller à des comportements licencieux et que ce mode de fonctionnement lui est consubstantiel. Il n'est point besoin d'être juriste pour lire de la calomnie dans ces propos, calomnie qui est passible de prison en droit français. Pour nous résumer, le professeur X a, dans le passé, fait preuve de comportements répréhensibles ; dans le présent, il a été accusé d’une attitude « susceptible » d’être assimilée à du harcèlement sexuel ; à l’avenir, il pourrait persévérer car c’est son « mode de fonctionnement ». Bref, la dangerosité perverse est dans ses gênes.

 

Autrefois, du temps où l’université était un havre de liberté et où les professeurs ne s'étaient pas encore laissé infantiliser par leur hiérarchie, l'administration et le ministère, on pouvait utiliser le temps que l’on voulait pour rédiger une thèse. Sous les coups de boutoirs d’universitaires stakhanovistes généralement de gauche, proches de la rue de Solférino, s’est imposée l’idée de rédiger les thèses de lettres en quatre ans. La « gauche américaine » voulait s’inspirer des PhD, moins profonds, moins mûris, plus légers que nos lourdes thèses d'État, et ô combien plus monnayables sur le marché des postes. En quatre ans, la thésarde du professeur X a rédigé 80 pages, ce qui est bien peu. Elle voulait quatre années de plus. Elle les a obtenues. Un collègue du professeur X a accepté – en toute confraternité, cela va sans dire – de la diriger durant cette période. Je leur souhaite à tous les deux bien du plaisir.

 

Pour terminer sur une note plus légère, et pour observer en passant que les fantasmes peuvent se nicher dans des endroits tout à fait inattendus, je rappellerai que, sexuellement parlant, il se passe de drôles de choses à l'Université Lyon 2, où l’usage officiel de l’écriture inclusive est vécu comme une nouvelle Sierra Maestra. Je l’avais brièvement rapporté dans une note de blog de septembre 2016 :

Au palmarès du politiquement correct, l'UFR anthropologie, sociologie et science politique vient de battre tous les records en décidant que le masculin ne serait plus le genre de référence.

Cette (cet ?) UFR est dirigée (dirigé ?) par un directrice : le (la ?) professeur (professeuse ?) des universités (universitées ?) David Garibay.

 Pendant que ces éminences font mumuse, l'université lyonnaise impose depuis des années à ses personnels des conditions de travail uniques dans notre pays, au niveau des obligations d'enseignement en particulier, les universitaires de Lyon 2 acceptant de travailler en gros un tiers de plus que leurs collègues de France. Mais David, qui, sur la photo, a une bonne tête d'homme viril, est directrice. L'honneur est sauf (sauve ?). 

Note de lecture (185), (Balance ton porc à Lyon 2, suite)

Notez également qu'Anne Joëlle Bottemer, responsable des services administratifs et financiers (là où se situe désormais le pouvoir dans les universités depuis Pécresse/Fioraso) est “ cheffe ”. “ Chef ” vient du latin “caput” (capute ?). Son féminin est “chef” (chez les infirmières, les gardiennes de prison en particulier). Depuis 1916, le français connaît “cheftaine” (chez les scouts),  qui vient de l'anglais “chieftain” (chef de clan), qui vient lui-même du vieux français “chevetaine”, féminin de “chevetain”.

 Si les technocrates qui nous gouvernent savaient que nos langues sont nées avant eux et que leur richesse est incommensurable et inépuisable ...

Note de lecture (185), (Balance ton porc à Lyon 2, suite)
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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 06:16

Le site Ça n’empêche pas Nicolas nous présente les « Stylos rouges », pour l’instant au nombre de 44 000 : « que veulent les "stylos rouges" ? D'abord, le dégel du point d'indice des salaires correspondant aux heures de travail, mais aussi moins d'élèves par classe et de contrats précaires. Un florilège de revendications pas forcément nouvelles. Pourquoi les "stylos rouges" ne sont pas liés aux syndicats ? "On a le sentiment que les syndicats sont de moins en moins écoutés. On est là pour les soutenir et on est en parallèle. On regroupe le primaire, le secondaire [les universitaires se réveilleront peut-être dans 35 ans], on est apolitique. Ce n’est pas quelque chose contre les syndicats, mais c'est quelque chose en plus", explique l’une d’entre eux. 

 

 

Sur le site de la CGT Unilever, Elsa Méry nous alerte sur la situation à Geodis, filiale privatisée de la SNCF pour le transport de marchandises ferroviaires par la route. Les travailleurs de la plateforme de Gennevilliers sont en grève depuis le 26 décembre.

Entrepôt connu pour ses conditions de travail déplorables et pour ses méthodes féroces de répression syndicale, les travailleurs de GEODIS sont des habitués des luttes et des grèves.

Cette fois, plus de 90% de grévistes et parmi eux, des chefs d’équipe. L’entrepôt et totalement paralysé et les dizaines de milliers de colis qui circulent chaque jour restent à l’intérieur.

Leurs revendications impliquent l’obtention d’une prime de fin d’année de 1000 euros, une augmentation générale de salaire de 200 euros brut et de 100 euros supplémentaires pour ceux qui n’ont jamais été augmentés, la revalorisation de la prime transport à 50 euros net ainsi que l’embauche de 30 intérimaires.

 

 

Revue de Presse (263)

 

Dans un profond silence médiatique au plan national, des travailleurs mènent une puissante lutte à la centrale EDF de Cordemais, en Loire Atlantique : l’intersyndicale de Cordemais (CGT-FO-CFE) monte en puissance sur les modalités d’actions pour se faire entendre pour la défense des emplois. Selon Presse Océan, une AG du personnel a décidé de bloquer le trafic ferroviaire au niveau de la gare le 10 décembre. 70 salariés grévistes ont paralysé le trafic des trains ainsi que le trafic routier au niveau du passage à niveau de Cordemais. Il s’agissait de manifester contre la fermeture programmée en 2022.

 

 

Le portail de l’Union locale de la CGT-Nancy condamne le licenciement de deux camarades lorrains menacés de radiation des cadres (licenciement) à la SNCF. Il s’agit de Yavuz OZBEK, âgé de 37 ans et cheminot depuis 17 ans, vendeur en gare d’Epinal, secrétaire du CE Lorraine ainsi que Jean Michel Dieudonné, âgé de 53 ans et cheminot depuis 28 ans, agent du Fret en gare de Pont à Mousson, secrétaire à la politique financière du Syndicat de Nancy et ancien secrétaire de Secteur CGT. La lutte est notamment menée parla députée Caroline Fiat (France Insoumise), de la circonscription de J.M. Dieudonné. Ce cheminot est radié de la SNCF pour des faits sans aucun rapport avec la gravité supposée de cette sanction rarissime. Comme d’autres, ces deux syndicalistes s’opposent à la privatisation rampante de la SNCF.

 

 Pour Dieudonné, cette mesure disciplinaire a pour conséquence de le mettre au chômage à 53 ans et de lui retirer le bénéfice de la retraite de la SNCF. Ce qui signifie que l’intégralité des cotisations qu’il a versées ne lui seront pas rendues. Il ne pourra prétendre qu’au minimum vieillesse de la Carsat sans accès à une caisse complémentaire.

 

Une telle sanction n’a pas été prise, depuis les années 50. Cette sanction est humiliante, dégradante. Elle ne s’applique qu’à des agents frappés d’une lourde peine pénale (atteinte à la sûreté de l’Etat, braquage, viol, meurtre…).  En conséquence, les voies de recours contre la sanction sont engagées pour annulation.

 

Le reproche qui est fait à Jean-Michel est ainsi libellé : « comportement anormal émaillé de cris ».

 

 

Sur le site du Grand Soir, un auteur anonyme, membre de la CGT, évoque les grandes sociétés de travail intérimaire, en particulier Randstad, Adecco et Manpower : « Les actionnaires, suisses, hollandais et étasuniens des trois sœurs, majors mondiales du travail temporaire, sont infiniment reconnaissants aux travailleurs précaires français, premiers contributeurs à leur CA mondial !

N’oublions pas les centaines de millions d’euros des exonérations de cotisations sociales des lois Fillon et du CICE !

 

LA précarité tue ! Deux fois plus de morts par accidents du Travail en intérim que dans les entreprises ou les salariés sont en CDI !

 

50 ans que ce constat perdure sans que cela interpelle les acteurs de la chaîne Santé et Sécurité au Travail. »
 

 

 

Bonne année militante !

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 06:04

 

Pour Shoshana Zuboff , le capitalisme nous surveille : « L’industrie numérique prospère grâce à un principe presque enfantin : extraire les données personnelles et vendre aux annonceurs des prédictions sur le comportement des utilisateurs. Mais, pour que les profits croissent, le pronostic doit se changer en certitude. Pour cela, il ne suffit plus de prévoir : il s’agit désormais de modifier à grande échelle les conduites humaines. »

 

Igor Delanoë estime que la Russie s’affirme en mer Noire : « Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie renforce son emprise militaire sur la mer Noire. La Turquie s’en accommode. Maîtresse des détroits du Bosphore et des Dardanelles, elle a longtemps joué le rôle de verrou contre l’expansion russe vers les mers chaudes. À couteaux tirés avec Washington, Ankara et Moscou tiennent désormais à distance les forces navales occidentales. »

 

Un fort intéressant dossier sur les Gilets Jaunes. Tout remonte à la surface, selon Serge Halimi : « Avec les « gilets jaunes », un pouvoir trop sûr de lui et prétendant servir de modèle à l’Europe a dû céder devant la révolte de groupes sociaux jusque-là peu mobilisés collectivement. En un mois, transports, fiscalité, environnement, éducation et démocratie représentative ont été remis en cause. »

 

 

Pourquoi maintenant ? demande Layrent Bonelli : « Voilà longtemps qu’un mouvement social n’avait pas à ce point inquiété les gouvernants. L’ampleur, la durée et la détermination de celui des « gilets jaunes » les ont désagréablement surpris. Ils ont également été déstabilisés par son hétérogénéité en matière d’intérêt pour la politique, d’activité professionnelle, de lieu de résidence et d’orientation partidaire. Il n’est pas imputable à des organisations politiques ou syndicales traditionnelles : il rassemble diverses composantes de ce que le pouvoir nomme la « majorité silencieuse », au nom de laquelle il prétend s’exprimer et dont il n’attend d’autre mobilisation que le vote. »

 

 

 
Pour Philippe Descamps , la justice sociale, clé de la transition écologique : « Par ses mesures fiscales, le gouvernement a pris le risque d’opposer pouvoir d’achat et sauvegarde du climat. Mais, signe de l’intelligence collective dégagée par leur mouvement, les « gilets jaunes » ne sont pas tombés dans le piège. »

 

 

 

Les GJ : c’est aussi une crise de la solitude (Pierre Souchon) : « « Avant, j’avais l’impression d’être seuleLe mouvement des « gilets jaunes » refuse toute forme d’organisation, a-t-on dit. En réalité, de multiples tentatives ont été menées. Mais se structurer exige un savoir-faire largement perdu, faute de militants sur le terrain pour le diffuser. »

 

 

 

Annabelle Allouch et Benoît Bréville décrivent des lycéens contre le tri sélectif  qui les attend : « Le monde de l’éducation aura vécu une fin d’année agitée. À la protestation contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers non européens s’est greffée une mobilisation lycéenne inédite, apparue dans la France périurbaine. »

 

 

 

Dans le mouvement des GJ, une formidable présence : celle des travailleuses (Pierre Rimbert : « La présence sur les ronds-points d’une forte proportion de femmes des classes populaires a frappé les observateurs. Ces travailleuses font tourner les rouages des services essentiels : santé, éducation. Au-delà du soulèvement de cet automne, elles représentent le pouvoir ignoré du mouvement social. »

 

 

 

Serge Halimi estime que, dans l’affaire Assange, LeGuardian a perdu son honneur car il a menti à propos d’une prétendue rencontre entre Assange et Donald Trump : « En novembre 2018, une maladresse administrative des autorités américaines confirme que Washington a bien instruit en secret un dossier d’accusation contre M. Julian Assange. Voilà plusieurs années que le fondateur de WikiLeaks, réfugié depuis 2012 dans l’ambassade d’Équateur à Londres, se dit menacé d’extradition vers les États-Unis, où il redoute de purger une interminable peine de prison pour espionnage, voire pis. C’est dans ce contexte que, le 27 novembre, le Guardian,quotidien britannique de centre gauche, choisit de publier un « scoop ». Il révèle que M. Paul Manafort, ancien directeur de campagne du candidat Donald Trump, a rencontré trois fois M. Assange à Londres : en 2013, en 2015 et en 2016. »

 

 

Pour Daniel Zamora , on déplore les inégalités, mais on ignore leurs causes : « Des riches plus riches et des pauvres plus pauvres. De ce constat cent fois formulé on peut déduire des solutions politiquement opposées : adoucir le capitalisme, disent les uns ; socialiser la richesse, rétorquent les autres. Avant de resurgir dans les slogans d’Occupy Wall Street, ce débat a traversé le XXe siècle. La mise en avant des inégalités dans le discours public a elle aussi une histoire.

 

 

 

Pour René Raphaël et Ling Xi , il y a désormais des bons et des mauvais Chinois : « Public ou privé, local ou national, individuel ou sectoriel, un système de notation appelé « crédit social » se déploie en Chine. À l’origine, il imitait le système américain, qui attribue une bonne note aux emprunteurs payant régulièrement leurs échéances. Puis il s’est étendu à d’autres types de comportements. Reportage à Hangzhou, siège de l’entreprise Alibaba, et dans les campagnes du Shandong. »

 

 

Qui arrêtera le pendule argentin ? demande Renaud Lambert : « Le soulèvement des « gilets jaunes » français suscite l’admiration de larges fractions de la population argentine. La politique menée par le président conservateur Mauricio Macri, au pouvoir depuis 2015, a fait monter en flèche les prix de l’énergie et des produits de première nécessité. Alors que la pauvreté augmente, la colère sociale couve sans provoquer d’explosion. Jusqu’à quand ? »

 

 

 

Abdoul Salam Diallo & Raphaël Godechot décrivent un fait sociologique intéressant en Afrique de l’Ouest : La vie rêvée des « repats » guinéens : « Avec la croissance, l’Afrique assiste à un « retour des cerveaux ». Dans un État comme la Guinée, qui compte près de cinq millions de résidents à l’étranger et où 64 % de la population a moins de 25 ans, ce phénomène alimente un espoir de redressement économique. Mais il suscite aussi des déceptions, car il met en lumière les faiblesses structurelles de l’État. »

 

 

 

Pour Abdoul Salam Diallo & Raphaël Godechot, Bolloré est désromais rattrapé par les juges : « En avril 2018, la mise en examen de l’industriel Vincent Bolloré par la justice française pour corruption d’agent étranger, complicité d’abus de confiance, faux et usage de faux a fait l’effet d’une bombe dans le monde des affaires. Il aura fallu attendre 2018 pour que l’attribution controversée du terminal à conteneurs du port de Conakry au groupe Bolloré, en 2011, fasse la « une » des médias français. Pourtant, il y a presque onze ans déjà (édition du 11 février 2008), l’hebdomadaire guinéen Le Lynx, sous la signature de son rédacteur en chef Souleymane Diallo, journaliste connu pour sa pugnacité, soupçonnait le gouvernement de Lansana Conté de se préparer à offrir un cadeau inestimable à Bolloré Transports and Logistics : la concession du port sans appel d’offres. »

 

 

 

Très intéressant reportage de Gwenaëlle Lenoir sur les pas de George Orwell dans le Lancashire : « Présenté comme une simplification par la fusion d’allocations diverses, le « crédit universel » britannique plonge de nombreux foyers vulnérables dans le désarroi. Sur les quais de Wigan, dans le Lancashire, ce fiasco s’ajoute à la décomposition sociale due à quatre décennies de libéralisme. Comme au temps où George Orwell arpentait ces lieux, nombreux sont aujourd’hui les Anglais emmurés dans la pauvreté. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (225)

 

Un jour,  la SDN rejeta l’« égalité des races » (Miho Matsunuma) : « Il y a cent ans s’ouvrait la conférence de la paix, qui consacra la disparition des empires allemand, austro-hongrois et ottoman au sortir de la première guerre mondiale. Les conséquences funestes du traité de Versailles en Europe ont été largement analysées. On connaît moins le ressentiment ambigu du Japon, qui échoua à faire reconnaître l’« égalité des races » par la Société des nations (SDN). »

 

 

 

Quand tout est fiction et que reste le marché (Evelyne Pieiller) : « Nourri d’anecdotes et de précisions savantes, « Sapiens », de Yuval Noah Harari, se présente à la fois comme une séduisante entreprise de vulgarisation portant sur l’histoire de notre espèce et comme une réflexion sur le sens de cette histoire. La pédagogie se double ainsi de considérations qui, sous couvert de science, trahissent une banale défense de l’idéologie dominante. »

 

 

 

Un jour, on inventa un journal de combat (Marie-Noël Rio) : « Afin de défendre les conquêtes du Front populaire et de fédérer dans la lutte contre le péril fasciste, le Parti communiste français décide, à la fin de 1936, de fonder un quotidien qui, contrairement à « L’Humanité », ne lui sera pas étroitement lié. «Ce soir , codirigé par Louis Aragon, sera un grand journal populaire, nourri par des intellectuels et des artistes. »
 
Gérard Mordillat revient sur une révolution sans révolution : « Une étrange malédiction semble frapper ceux qui se risquent à réaliser un film sur la Révolution française, comme en témoigne le dernier en date, Un peuple et son roi, de Pierre Schoeller, sorti en 2018. Au nom d’une illusion, celle de l’objectivité historique, voire de la neutralité scientifique, cette malédiction se manifeste par une absence de parti pris. Les cinéastes se veulent au-dessus de la bataille. « Il est doux, quand la mer est haute et que les vents soulèvent les vagues, de contempler du rivage le danger et les efforts d’autrui : non pas qu’on prenne un plaisir si grand à voir souffrir le prochain, mais parce qu’il y a une douceur à voir des maux que soi-même on n’éprouve pas », écrivait Lucrèce (De la nature des choses).Filmant la Révolution, les cinéastes s’interdisent de défendre l’une ou l’autre cause, ou soutiennent mollement la cause du peuple, sans que ce choix s’affirme autrement que dans les intentions. Au bout du compte (malédiction !), cela n’aboutit qu’à des films décevants. Pas des mauvais films, mais des films décevants. Paradoxalement, les films contre-révolutionnaires, comme Les Mariés de l’an II, de Jean-Paul Rappeneau (1971), ou L’Anglaise et le Duc, d’Éric Rohmer (2001), font preuve d’une plus grande fantaisie visuelle et d’une plus grande invention formelle ! »
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