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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 05:41

Ci-dessous un article d'Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Picardie, publié dans Le Monde Diplomatique.

 

 

L’intérêt général à la casse

 

La réforme du baccalauréat et l’instauration de critères de sélection à l’entrée des universités bouleversent l’articulation entre enseignements secondaire et supérieur. Dès la classe de seconde, les élèves sont désormais sommés de se projeter dans l’avenir, au risque de prendre la mauvaise voie.

 

Quand le ministre de l’enseignement supérieur Alain Devaquet projeta, en 1986, d’instaurer la sélection à l’entrée des universités, des centaines de milliers d’étudiants et de lycéens descendirent dans la rue, et le gouvernement recula. Avec la loi relative à l’orientation et à la réussite étudiante (dite loi ORE, ou « plan étudiants ») concoctée par l’actuel gouvernement, la sélection est devenue une réalité. Malgré la mobilisation de nombreux enseignants-chercheurs, les manifestations sont — pour l’heure — restées clairsemées, et aucune résistance ne semble s’organiser. Comment l’expliquer Une partie de la réponse se trouve dans la reconfiguration des rapports de forces au sein des établissements. Côté étudiants, les syndicats classés à gauche sont en perte de vitesse. La Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), qui soutient la réforme, ne cesse de gagner du terrain dans les instances représentatives. Côté enseignants, le souvenir de la longue et infructueuse grève de 2007 contre l’« autonomie des universités » alimente toujours un certain découragement, tandis que la dégradation des conditions de travail (amphithéâtres surchargés, recours croissant aux vacataires, tâches administratives de plus en plus lourdes…) conduit parfois au fatalisme.Cette dégradation est largement organisée par l’État, qui se désinvestit de l’université à mesure que les effectifs augmentent : entre 2009 et 2015, on a compté 280 000 étudiants de plus, quand 7 147 postes de titulaires ont été supprimés (1). Pour faire passer son projet, le gouvernement a joué sur le refus du tirage au sort, pis-aller hérité du mandat de M. François Hollande, qui n’avait pourtant concerné que 0,9 % des candidats à l’entrée à l’université en 2017 : la sélection au mérite n’est-elle pas plus juste que le hasard.

Les étudiants livrés au marché de l’anxiété

La loi ORE réalise une promesse formulée par le président Emmanuel Macron : « Nous ferons en sorte que l’on arrête de faire croire à tout le monde que l’université est la solution pour tout le monde »(Le Point,31 août 2017). Fondée sur deux volets, l’un relatif à l’instauration de critères de sélection à l’université, l’autre sur la réforme du baccalauréat et du lycée, ce texte sonne le glas des politiques de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur menées depuis les années 1960 dans le but d’élargir le nombre de salariés qualifiés.

 

La réforme promeut une conception « tubulaire » de l’orientation, qui relie directement la classe de seconde au marché du travail dans une suite ininterrompue d’épreuves sélectives et de choix d’orientation « rationnels », selon une approche parfois appelée « bac — 3 - bac + 3 ». Avec le futur lycée à la carte, qui verra disparaître les filières scientifique, littéraire et économique, un élève souhaitant entrer à l’université devra, dès la seconde, s’assurer que les « disciplines de spécialité » et les modules choisis correspondent bien aux critères de sélection (les « attendus ») de l’établissement qu’il veut intégrer. Cela suppose non seulement d’avoir une idée claire de l’offre de formation disponible, mais aussi d’être certain de son choix d’orientation, à un âge de découverte, et non de projection dans l’avenir. Au risque de se retrouver coincé dans une mauvaise voie.

La loi fait ainsi reposer sur l’élève — et sur des choix effectués à 15 ou 16 ans — la responsabilité de sa réussite ou de son échec. Fini les errements, les tâtonnements que permettait dans une certaine mesure l’ancien système : désormais, chacun doit anticiper la place qu’il veut se donner dans la société, sous peine qu’on la lui impose. Bien sûr, de ce point de vue, la réforme n’invente pas tout. Elle renforce des logiques déjà présentes dans l’univers scolaire, en particulier ce que Pierre Bourdieu nommait dès 1964 la « culture de la précocité »,c’est-à-dire la prime donnée aux trajectoires linéaires et aux « voies royales » (2).

 

 

 

« Société du concours » et apologie de la performance individuelle

 

À bien des égards, l’adhésion — ou tout au moins le consentement — au principe de tri à l’entrée de l’université renvoie à une approbation plus générale des multiples formes de classement et de sélection qui parsèment les sociétés contemporaines. Peu importe que la sélection génère des inégalités, les élèves des classes populaires étant moins bien représentés dans les filières sélectives qu’à l’université : elle est porteuse d’un idéal de société méritocratique pure, fondée sur l’idée platonicienne d’un gouvernement des meilleurs. L’élargissement des publics scolaires joue à plein dans ce processus. Les individus acceptent d’autant plus les hiérarchies scolaires qu’ils ont baigné dedans durant leur formation (3). Ainsi, la scolarisation obligatoire et son extension à l’enseignement secondaire auraient eu pour effet d’accélérer, auprès d’un nombre de plus en plus large d’individus aspirant à un diplôme de l’enseignement supérieur, l’adhésion et la croyance à cette forme institutionnelle d’évaluation de soi et de comparaison avec autrui (4).

La familiarité avec ce type de recrutement « par les capacités » fait écho à la méconnaissance de l’université par les élites politiques, souvent passées par les grandes écoles et par des filières sélectives élitistes : des trajectoires marquées par l’expérience du concours. Seuls dix des vingt-cinq ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur qui se sont succédé entre 1958 et 2016 étaient diplômés d’une université, et tous avaient présenté (et réussi) au moins un concours (5). Quant aux présidents de la République, de Charles de Gaulle, formé à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, aux énarques Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande et Emmanuel Macron, en passant par l’agrégé de lettres Georges Pompidou, le diplomé de l’École libre des sciences politiques François Mitterrand et l’avocat Nicolas Sarkozy, ils partagent tous l’expérience du concours. L’absence de résistance au « plan étudiants » apparaît comme le fruit de cette « société du concours », qui a érigé l’expérience commune du classement en parangon démocratique, dans un contexte d’apologie permanente de la performance individuelle.

 

 

Pour les bacheliers et leurs familles, la réforme ne se contente pas de fermer l’accès de droit à l’université : elle organise les conditions d’un marché de l’anxiété. Les lycéens avaient jusqu’au 13 mars dernier pour formuler leurs vœux d’affectation sur la plate-forme virtuelle Parcoursup, ouverte fin janvier. La phase de préparation des candidatures a été vécue par de nombreuses familles comme une période de stress intense, à cause de l’inflation des démarches : pour le dépôt de chacun des dix vœux, il fallait proposer un curriculum vitae (CV) et une lettre de motivation adaptés, en plus du dossier scolaire rassemblant tous les bulletins. Sujet de nombreux films et romans d’apprentissage, l’angoisse précédant le passage dans l’enseignement supérieur n’a rien de nouveau. Mais, désormais, elle s’impose comme un passage obligé pour tous, quelle que soit la filière choisie. Un marché ad hoc est déjà apparu pour aider les familles à atténuer ce sentiment désagréable. Moyennant 560 euros, la société Tonavenir.net propose une « formule sérénité », qui comprend des conseils d’orientation, une aide à l’écriture de lettres de motivation, et même la gestion du dépôt des vœux sur la plate-forme…

 

 

La réforme aura également des conséquences immédiates sur les personnels (enseignants-chercheurs, vacataires…), qui se voient chargés d’une nouvelle mission : le tri des dossiers de candidature. Cela modifiera le sens même de leur métier, en les détournant des tâches qui assurent ordinairement la réussite des élèves : le suivi, l’encadrement, la préparation des cours. Le décret d’application de la loi précise que les enseignants qui s’engageront dans les commissions seront tenus de classer les dossiers, excluant de fait la possibilité de les admettre tous sans les trier.

 

 

Ces changements affecteront également les enseignants du secondaire, qui doivent émettre un avis sur chacun des dix projets d’orientation des lycéens, transformant les conseils de classe en précomités de sélection pour l’université. Par ailleurs, tout cela ne manquera pas d’entretenir les inégalités entre les établissements : pour une même note et une même orientation, un avis émanant d’un lycée prestigieux de centre-ville pourra être interprété différemment d’un autre, provenant d’un établissement plus populaire, situé en milieu rural ou à la périphérie d’une grande ville.

 

 

Pour les personnels administratifs, la sélection représente aussi une mission supplémentaire, et non des moindres. Dans tous les établissements sélectifs, des grandes écoles aux universités d’« excellence » étrangères, le tri des candidatures occupe des départements entiers, qui disposent de moyens importants pour réceptionner les dossiers, les examiner, etc. Certaines grandes écoles ont même récemment ouvert des centres d’appels pour informer les familles des raisons d’un refus. Or, à ce jour, le gouvernement ne s’est pas engagé à octroyer des moyens à la hauteur de cette nouvelle tâche.

 

 

Bientôt, les médias établiront un palmarès des meilleures filières

 

Lors des discussions sur la loi ORE, de nombreux étudiants désabusés ne se sentaient pas concernés, puisque déjà entrés à l’université. Mais la nécessité d’une solidarité avec les lycéens n’est pas le seul argument à leur opposer. En renforçant la concurrence entre établissements pour attirer les meilleurs élèves, Parcoursup transforme les élèves en consommateurs obligés de comparer les offres de formation. Pour les aider dans ce choix difficile, les médias ne tarderont pas à établir des palmarès des meilleures filières, comme ils le font déjà pour les écoles de commerce, les écoles d’ingénieurs ou les masters. Une batterie de critères épars (quel taux de réussite en licence ? Quel taux d’encadrement ?…) seront convertis en notes qui détermineront la valeur d’un établissement et, par extension, la valeur de ses diplômes. À n’en pas douter, d’anciens étudiants en pâtiront quand ils enverront leur CV pour trouver un travail.

 

 

Le gouvernement de M. Édouard Philippe a bouleversé l’articulation entre enseignements secondaire et supérieur en un temps record. Cette rapidité laisse augurer de nouvelles initiatives : réforme de la licence, augmentation des frais d’inscription, modification du statut des enseignants-chercheurs. De ce point de vue, le « plan étudiants » fait de l’université le laboratoire des réformes à venir dans la fonction publique.

 

 

(1) « La réforme de l’accès à l’université. Faits et chiffres », Syndicat national de l’enseignement supérieur - Fédération syndicale unitaire (Snesup-FSU), Paris, février 2018.

(2) Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers. Les étudiants et la culture,Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », Paris, 1964.

(3) Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction. Éléments d’une théorie du système d’enseignement,Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1970.

(4) Sur cette hypothèse, cf. La Société du concours. L’empire des classements scolaires,Seuil, coll. « La République des idées », Paris, 2017.

(5) Christophe Charle, « Élites politiques et enseignement supérieur. Sociologie historique d’un divorce et d’un échec (1968-2012) », « La France et ses élites », Pouvoirs,no 161, Seuil, 2017.

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17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 05:13

 

 

Des personnels de l’université viennent de lancer une pétition intitulée “ L’Université ne mérite pas ça – Appel de l’Université Toulouse - Jean Jaurès ”.

 

Cette pétition est une réponse à celle lancée par les collègues de la Maison de la Recherche qui soutiennent la politique de sélection du gouvernement et appellent à demi-mots à une intervention policière sur le campus. Ce texte a l’extrême singularité d’être signé anonymement (je n’avais personnellement jamais vu cela en cinquante ans de pratique de l’université française).

 

La Dépêche a repris la pétition des anti-grévistes tandis que les appels à vider l’Université des crypto-zadistes (les personnels et étudiants en lutte) se multiplient. Cette pétition invite la minstre à « ne pas reculer » et affirme que repousser le calendrier des examens serait « criminel ». Le texte est ici.

 

L’appel des grévistes est plus large et plus positionné sur le fond : contre la ORE (loi Orientation et réussite des Etudiants), maintien d’un vrai baccalauréat national. Les signataires estiment que les valeurs de progrès et d’égalité sociale sont mises à mal par :

 

-  la réforme du baccalauréat, diplôme qui ne garantira plus un accès universel à l’Enseignement Supérieur. Son contenu ne sera également plus commun à l’échelle nationale mais modulé selon les établissements du secondaire ;


-  la sélection à l’entrée à l’université instaurée par la loi ORE et Parcoursup, et l’augmentation prévisible des frais d’inscription (comme l’expérimente actuellement l’Université de Nice – anciennement présidée par la Ministre Frédérique Vidal – avec 3 Masters passés à 4000€), qui vont exclure nombre de lycéens fragiles des études supérieures ;


-  les coupes budgétaires dans les domaines de l’éducation, la santé, la justice et la culture, qui sont autant d’attaques envers notre modèle social. Depuis une décennie, la stagnation des budgets de l’enseignement supérieur corrélée à l’augmentation du nombre d’étudiants provoque mécaniquement une baisse de la dotation par étudiant.

 

Pour en savoir plus et pour signer, c’est ici.

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 05:32

 

Pour Henri Pena Ruiz dans Res Publica, c’est l’intérêt général que défendent les cheminots :

 

Á la Libération, la France a choisi de lier la reconquête de sa liberté au souci de justice sociale. D’où le programme du Conseil national de la Résistance. La Sécurité sociale s’est construite sur le principe qui veut que l’on cotise selon ses moyens et que l’on reçoive des soins selon ses besoins. Délivré de la loi du marché, le sens du bien commun a prévalu. L’idée de service public, déjà incarnée en 1937 par la SNCF avec le Front populaire, permet à chaque personne d’accéder aux biens de première nécessité. La France a ainsi montré la voie d’une société solidaire et juste, soucieuse des biens communs, et de la solidarité redistributive. L’Europe aurait pu faire de même. Malheureusement, c’est l’homme d’affaires atlantiste Jean Monnet qui en a impulsé la construction par le biais d’une économie dissociée du social.

 

Revue de presse (239)

 

Toujours dans Respublica, Evariste estime que le capitalisme est aujourd’hui obligé de casser les conquis sociaux : « le nouveau gérant du capital, Emmanuel Macron, soutenu par les dirigeants de la finance internationale, de l’Union européenne, du grand patronat, de la haute technocratie administrative, de la quasi-totalité des médias, des intellectuels organiques du capital, et des artistes également organiques du capital, veut aller vite. Voilà pourquoi le dispositif macronien se concentre sur l’attaque contre les cheminots et la privatisation massive des services publics, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires via le Comité Action Publique 2022. Le Premier ministre a annoncé le 13 octobre dernier que le but était d’organiser « des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions ». Outre les suppressions de postes de fonctionnaires et la déstructuration des missions de service public, on aura des embauches de contractuels de droit privé, la rémunération à la rentabilité, la généralisation du « nouveau management public ».

 

 

Dans Le Grand Soir, Karim Mohsen estime que, désormais, Israël et l’Arabie Saoudite marchent « la main dans la main ». En 2014, Israël et l’Arabie saoudite ont exprimé les mêmes griefs à l’encontre des Etats-Unis qui n’ont pas concrétisé leurs menaces de frappes contre la Syrie. En outre, l’Etat hébreu et Riyadh avaient très mal pris, à l’époque de la présidence Obama, l’apaisement intervenu dans les relations entre Washington et Téhéran. Cette convergence entre les sionistes et les Saoudiens est plutôt bizarre et détonante eu égard aux réactions courroucées des uns et des autres. En fait, l’acharnement d’Israël – par Étasuniens interposés – à vouloir frapper les sites nucléaires iraniens n’a d’égale que la haine que les Saoudiens vouent à Téhéran, lui contestant son leadership sur le Moyen-Orient. Il n’est donc pas surprenant que Mohammed ben Salmane endosse cette imposture du « droit » d’Israël – seule puissance nucléaire de la région moyen-orientale – à son « Etat-nation » alors que c’est de la Palestine qu’il est question.

 

 

Russia Today nous informe que la société allemande Flixbus exploite désormais  la ligne Paris-Amiens avec des autobus fabriquée en Chine. Une première sur l'ensemble du réseau européen, couvert par FlixBus, mais aussi dans le monde. On peut voir avec cette nouvelle le démantèlement de l’industrie française.

Deux cars, un dans chaque sens, effectueront chaque jour un aller-retour. Les premiers passagers ont pu embarquer à partir du 12 avril, a appris Xinhua récemment de source de cette entreprise basée à Munich.

Pourquoi choisir le constructeur chinois ? Parce que « les modèles de cars chinois représentent la pointe du progrès en matière de mobilité électrique », a expliqué Yvan Lefranc-Morin, directeur général de FlixBus France.

Ces autocars équipés de technologies propres du constructeur chinois Yutong sont comfortables et sans bruit, assurant zéro émission de CO², a déclaré le conducteur de cet autocar.

Bonne route vers la Picardie et à la semaine prochaine !

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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 05:33

 

Remarquable livraison (comme toujours) des Zindigné.e.s !

 

Dans son éditorial Paul Ariès présente la nouvelle formule de la publication et les combats qui l’attendent.

 

 

Pour Jean-Marc Sérékian, Macron ubérise notre santé en imposant une batterie de nouveaux vaccins à des bébés « gavés de mal bouffe, saturés d’OGM et de pesticides et de perturbateurs endocriniens, asphyxiés par les particules ».

 

 

Jean-Paul Galibert analyse « le mode de destruction hypercapitaliste ». Il donne une définition de l’hypercapitalisme (« mode de destruction rentable qui exploite les consommateurs et qui transforme les classes sociales en classes vitales » par rapport au capitalisme traditionnel.

 

 

Un entretien très intéressant entre Jean-Marie Harribey et Paul Ariès sur « comment financer les services publics gratuits ». On peut réfléchir sur cette analyse très fine d’Harribey : « à force de pratiquer l’austérité salariale et diriger la valeur créée vers les actionnaires, le capitalisme se heurte à un problème de débouchés pour transformer en monnaie, donc en capital accru, le fruit du travail. D’où la fuite en avant financière qui vise à transformer biens naturels et connaissances en actifs financiers pour grossir un capital fictif. »

 

 

Paul Ariès s’entretient avec l’économiste Bernard Perret sur l’épuisement du “ cœur du réacteur ” de l'économie capitaliste, c'es-à-dire du mécanisme de transformation des besoins en marchandises. »

 

 

Benoît Bost revient sur « le mantra de la réduction des charges ». La France se singularise en Europe car les cotisations sur les faibles salaires sont ridiculement basses, ce qui tire les salaires vers le bas. Bost relève également que le nombre d’emplois qualifiés est passé de 3 à 40% en vingt ans alors que la pays a perdu 300 000 emplois d’ouvriers.

 

 

Pour Philippe Robert et René Zauberman, il est facile de passer d’un « sentiment d’insécurité à l’État sécuritaire ». Les auteurs mettent en regard l’insécurité et la peur de la précarité depuis une quarantaine d’années. Ils concluent par « tout se passe comme si monde politique et médias prenaient soin de verser régulièrement du sel sur la plaie de l’insécurité. Cette alarme sécuritaire éloigne les petites classes moyennes et le salariat traditionnel – pourtant menacés eux aussi par la ‘ mondialisation ’ de la vie économique et financière – d’un néo-prolétariat à forte dimension immigrée. »

 

 

Á lire un long article d’André Koulberg sur la banalisation de Front National qui a su imposer ses mots ou le sens de mots qui ne lui appartenaient pas : diabolisation, Français de souche, laïcité, économie.

 

 

Vincent Bruyère, dans la perspective de 10 milliards d’humains en 2050, suggère d’imaginer une bonne fois pour toutes « le revenu éco-compatible ».

 

 

Albert Ogien et Sandra Laugier « débusquent l’antidémocratie ». Ils étudient les raisons avancées pour justifier la limitation de l’intervention des citoyens ordinaires dans la prise de décisions politiques en usant de l’argument de “ l’incompétence ” du peuple. »

 

 

Laurent Paillard propose une critique sévère et très complète des “ réformes ” Blanquer-Macron (lycée et Parcours-SUP). Ces pseudos réformes sont un écran de fumée qui masquent le fait très prosaïque que le pays compte aujourd’hui 150 000 étudiants de plus pour 10 000 enseignants de moins dans le supérieur.

 

 

Enfin Thierry Brugvin poursuit sa réflexion entamée dans le numéro précédent sur « les déterminismes de classe qui unissent les élites économiques ». Pour accéder au pouvoir, puis le conserver, il faut « montrer ses capacités à être le gardien de la tradition ».

 

 

 

PS : Ceci est, provisoirement peut-être, ma dernière recension de cette revue. J’ai en effet décidé, il y a déjà un bon moment de cela, de ne plus relayer des textes écrits en écriture inclusive. Ce qui me prive de donner écho à des prises de position, politiques ou syndicales, que je soutiens.

 

Dans son éditorial, Paul Ariès expose sa philosophie – à mes yeux branlante – en la matière : « Notre comité de rédaction [d’après l’ours : trois personnes] a décidé de satisfaire la demande de lectrices en changeant l’écriture du titre de la revue qui devient ainsi les Zindigné.e.s ! [précédemment : les Zindigné(e)s !]. Nous ne considérons pas, pour autant, le débat sur l’écriture inclusive comme clos, car il est loin de faire l’unanimité au sein de notre équipe y compris féminine, mais nous n’avons jamais voulu mettre la moitié de l’humanité entre parenthèses. »

 

Lisant Ariès depuis des années, je n’en doute pas une seconde. Peut-être, un jour, celui-ci admettra-t-il-t-il que l’écriture inclusive montre et marque la féminité comme un élément parasite, un « e » à jamais muet. La philosophie d’Ariès en la matière est d’autant plus chancelante que, s’il utilise l’écriture inclusive dans son édito (militant.e.s, chacun.e, seul.e.s), il ne fait pas preuve de la rigueur qu’on lui connaît habituellement (amis, conservateurs). Je note par ailleurs qu’Ariès ne nous impose pas cette écriture qui fait mal aux yeux dans ses entretiens.

 

Seules (seul.e.s ?) Albert Ogien et Sandra Laurier (dans l'article “ Débusquer l’antidémocratique ”) utilisent l’écriture inclusive, mais de manière débile, au sens clinique du terme, ratant de très nombreuses occurrences : chefs, ils, adhérents, mandants, habitués, amateurs. Le politiquement correct (qui vient de la droite universitaire étasunienne) doit les épuiser.

 

Jean-Marc Sérékian a (se crée) des problèmes avec le mot “ ministre ” : il hésite entre “ le ministre ”, “ la ministre ” et – comme c'est charmant ! – “ la ministresse ”. Quand on veut bien faire et qu'on ne sait pas faire, on fait mal.

 

Enfin, un dernier mot à Laurent Paillard : lorsqu’on se croit obligé de passer sous les fourches caudines du globish, il faut le faire avec soin : « Fact shecking pour une fake réforme » est ridicule et incorrect.

 

Quand la revue saura comment elle s’intitule, quand elle saura se passer des innombrables anglicismes qu’elle utilise à chaque livraison, et surtout quand elle aura fait un sort à l’écriture inclusive, je reviendrai sûrement vers elle. Loin de moi l’idée de surestimer ma force de frappe, mais les lecteurs militants qui défendent ce titre sur la toile ne sont pas si nombreux que cela. J’étais peut-être son soutien le plus régulier et le plus historique.

 

 

Les Zindignés ! n° 47
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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 05:45

 

Dans Res Publica, Evariste revient sur l’attitude du président du CRIF lors de la marche blanche en l’honneur de Mireille Knoll :

 

« Le président du CRIF, l’ancien membre du Betar (extrême droite sioniste) Kalifat, a permis à la Ligue de défense juive (autre organisation d’extrême droite sioniste) d’avoir une attitude inqualifiable vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon à la marche blanche d’hommage à Mireille Knoll. D’ailleurs des personnalités en désaccord politique avec Jean-Luc Mélenchon comme Laurent Joffrin (directeur de la rédaction de Libération), Alain Jakubowicz (ancien président de la Licra),  Raphaël Glucksman, Natacha Polony, Raphaël Enthoven ont notoirement critiqué l’attitude inqualifiable du président du CRIF. Quel communautarisme étriqué que de ne pas faire la différence entre le combat radical contre le racisme vis-à-vis des juifs et la critique du gouvernement de l’Etat d’Israël ! »

 

Toujours dans Res Publica, Bernard Teper expose que « La critique de la religion doit être liée à la critique sociale et à la critique de l’État : il ne suffit pas de nier la religion, encore faut-il expliquer dialectiquement pourquoi, à un moment ou à un autre, une société se donne une expression idéologique sous telle ou telle forme de religion. Dans le chapitre du Livre I du Capital consacré au « fétichisme de la marchandise », Marx analyse le travail humain exactement comme il analysait le rapport de l’homme à la religion : « Car la misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple. »

 

 

Dans Le Monde Diplomatique, Pierre Rimbert estime qu’il faut refonder plutôt que réformer : « « C’est une bataille ritualisée entre des adversaires inégaux. Elle commence toujours ainsi : au nom de la modernité, un gouvernement impose la mutilation du système d’intérêt général créé après-guerre comme un point d’appui pour des conquêtes à venir : le régime général de la Sécurité sociale, les retraites, le statut des fonctionnaires, le secteur nationalisé où les salariés échappent à l’arbitraire du « marché du travail ». Aussitôt, les dirigeants éditoriaux déploient la « pédagogie de la réforme ». La déréglementation serait « inéluctable » puisque nécessaire (ou l’inverse) ; sans appel, car révélatrice du « courage politique » d’un exécutif décidé à contourner le Parlement ; « juste », car pensée pour araser les « privilèges » de ceux qui travaillent dans des conditions un peu moins précaires que les autres. »

 

 

Le député LREM Gabriel Attal a récemment utilisé le concept de « gréviculture ». Marianne note que ce terme date de la fin du XIXe siècle et que son grand promoteur fut le dénommé Pierre Biétry : « Député de Brest entre 1906 et 1910, cet ouvrier horloger est le fondateur de la Fédération nationale des Jaunes de France en 1902, un syndicat conservateur et antisémite dont la devise était « Patrie, famille, travail ». En 1908, Biétry qualifie ainsi lors d’un débat à la Chambre des députés Alfred Dreyfus, tout juste réhabilité, de « misérable juif ». Auparavant, dans son ouvrage phare de 1906 Le socialisme et les Jaunes, il avait raillé les syndicats marxistes « à la tête desquels se trouvent, vivant du travail des autres, tous les meneurs de la gréviculture, les partisans de la lutte des classes ».

 


 

Revue de presse (238)

 

Même Paris Match a évoqué la cagnotte de soutien aux grévistes cheminots de la CGT : « Nous avons de la sympathie pour les cheminots grévistes», ont écrit les fondateurs de la cagnotte, parmi lesquels figurent les écrivains Laurent Binet, Didier Daeninckx et Annie Ernaux, les philosophes Bernard Stiegler et Étienne Balibar, ou encore le réalisateur Robert Guédiguian. « Ils défendent un de nos biens communs, une entreprise de service public que le gouvernement cherche à transformer en "société anonyme"» ; les journées de grève coûtent et que pour le succès de leurs revendications, il importe que le mouvement puisse durer ».

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 05:39

Bon, d'accord, comme des perroquets en cage, mais tout de même !

 

C'est donc par le plus grand des hasards que des volées de présentateurs du groupe de médias Sinclair (193 stations qui seront bientôt 233 après une fusion avec un autre groupe, excusez du peu !) répètent exactement les mêmes paroles au même moment.

 

Il s'agissait de dénoncer les fausses nouvelles (les “ fake news ”), ce nouveau concept Zunien dont on nous abreuve dans le monde entier, comme s'il pouvait y avoir d'un côté des “ vraies ” nouvelles et, de l'autre, des nouvelles “ erronées ”, comme ça, toutes brutes de décoffrage. Comme si un fait existait (ou n'existait pas) par la simple magie d'une énonciation. Il faut être un macroniste de base pour se figurer le discours sur le monde de manière aussi simpliste et simplette.

 

Dénonciation des fausses nouvelles avec en arrière-plan l'idée piégeuse selon laquelle  un journaliste qui s'y adonne peut passer pour un soutien de Trump.

 

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 05:23
 

« Qualifier la société de thermo-industrielle permet aussi de négliger tout ce qui d’ores et déjà s’y produit en matière de coercitions et d’embrigadement, sans contribuer, ou si peu, à l’épuisement des ressources énergétiques. On passe d’autant plus volontiers là-dessus qu’on y trempe soi-même, à l’Éducation nationale ou ailleurs. Attribuer tous nos maux au caractère « thermo-industriel » de cette société est donc assez confortable, en même temps qu’assez simpliste pour combler les appétits critiques des niais et des crétins arrivistes, déchets ultimes de l’écologisme […]. » — René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances (2008).

 

France Culture, Le MondeLe PointLes EchosLibération, Mediapart, LCI, L’Obs, sont quelques-uns des médias grand public qui ont choisi de faire la promotion du courant relativement récent de la « collapsologie ».

 

La « collapsologie » — néologisme issu du latin lapsus qui signifie « chute », inventé (« avec une certaine autodérision ») par les chercheurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil) — désigne, toujours selon eux : « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus. »

 

Derrière cette définition un peu nébuleuse, la collapsologie se caractérise — dans les publications qui lui sont associées, comme le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les conférences qu’ils tiennent ou que d’autres personnes proposent sur ce sujet — par des perspectives et des analyses parfois contradictoires, ou bien trop limitées.

 

Dans l’ensemble, elle correspond à une réflexion qui admet l’inéluctabilité de l’effondrement de la civilisation « thermo-industrielle », qui le considère comme un drame, comme une « catastrophe » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre précité), et qui implique de « faire le deuil de notre civilisation industrielle » (ibid.). La réalisation de ce que la civilisation industrielle n’est pas viable, de ce qu’elle est vouée à s’auto-détruire, constitue, à leurs yeux, « un énorme choc qui dézingue les rêves » (ibid.), une « mauvaise nouvelle » (ibid.). Ils citent même, à ce propos, cette phrase de Jean-Pierre Dupuy : « C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. »

 

Mais avant de continuer à examiner cet aspect de la collapsologie, un rappel : au-delà du fameux Rapport Meadows de 1972 sur « les limites à la croissance », de nombreux courants, collectifs et individuels ont réalisé et dénoncé l’insoutenabilité de la civilisation industrielle il y a bien longtemps, et bien souvent sans avoir eu besoin, pour cela, d’une avalanche de « chiffres », de « données » et « d’études scientifiques ». Le seul bon sens leur aura suffi.

 

Citons, pour exemple, Aldous Huxley dans un essai de 1928 intitulé « Progress : How the Achievements of Civilization Will Eventually Bankrupt the Entire World » (en français : « Le progrès : comment les accomplissements de la civilisation vont ruiner le monde entier ») publié dans un vieux numéro du magazine Vanity Fair, pour lequel il écrivait à l’époque :

 

« La colossale expansion matérielle de ces dernières années a pour destin, selon toute probabilité, d’être un phénomène temporaire et transitoire. Nous sommes riches parce que nous vivons sur notre capital. Le charbon, le pétrole, les phosphates que nous utilisons de façon si intensive ne seront jamais remplacés. Lorsque les réserves seront épuisées, les hommes devront faire sans... Cela sera ressenti comme une catastrophe sans pareille. »

 

En France des anarchistes naturiens de la fin du XIXe siècle à de nombreux écologistes du 20ème siècle (on peut penser à ceux du journal La Gueule Ouverte), en passant par les situationnistes, les auteurs de l’Encyclopédie des Nuisances, et bien d’autres (Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, etc.), beaucoup nous ont averti et nous avertissent depuis longtemps de l’insoutenabilité de la civilisation industrielle.

 

Ainsi Pierre Fournier écrivait dans le journal Hara-Kiri Hebdo du 28 avril 1969 :

 

« Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. »

 

Tandis qu’aux États-Unis, l’historien et sociologue états-unien Lewis Mumford écrivait, dans un article publié en 1972 :

 

« Malgré toutes ses inventions variées, les dimensions nécessaires à une économie de vie font défaut à notre économie technocratique actuelle, et c’est l’une des raisons pour lesquelles apparaissent des signes alarmants de son effondrement. »

 

Il ajoutait également qu’il « devrait être évident que cette société d’abondance est condamnée à périr étouffée sous ses déchets [...] ».

 

Toute l’œuvre littéraire de l’écologiste étasunien Derrick Jensen (et des écologistes des courants anti-industriel et anti-civ en France, aux EU et ailleurs), depuis son premier livre publié en 1995, se base sur la compréhension de ce que la civilisation industrielle est fondamentalement destructrice et qu’elle est au bout vouée à s’auto-détruire.

 

Tout cela pour dire que cette réalisation n’est pas nouvelle, que de nombreux individus se sont efforcés de l’exposer et s’efforcent de l’exposer depuis déjà longtemps. Seulement, la manière dont ils le faisaient et dont ils le font n’est pas médiatiquement recevable (politiquement correcte), contrairement à la manière dont les collapsologues discutent de ce sujet, comme nous allons le voir.

 

Reprenons l’examen de la collapsologie. Une des raisons pour lesquelles les médias grand public s’autorisent à la promouvoir, c’est qu’elle considère l’effondrement de la civilisation industrielle comme une « catastrophe », un drame, une terrible nouvelle. Du point de vue de la culture dominante, qui détruit les biomes et les espèces du monde entier pour satisfaire sa frénésie de croissance et de progrès, cette perspective est logique. Mais pour tous ceux qui se sont défaits de l’aliénation qu’elle impose, pour les peuples autochtones du monde entier, menacés de destruction (et non pas d’extinction) à l’instar de toutes les espèces vivantes, pour les rivières, les saumons, les ours, les lynx, les loups, les bisons, pour les forêts, pour les coraux, et ainsi de suite, la catastrophe est la civilisation industrielle, et son effondrement, lui, constitue la fin d’un désastre destructeur qui accable la planète depuis bien trop longtemps.

 

Considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite. Si la culture dominante, la civilisation industrielle, se dirige vers son effondrement, si elle détruit les écosystèmes du monde entier, c’est entre autres parce qu’elle ne considère pas le monde naturel et ses équilibres et ses dynamiques comme primordial. Au contraire, ce qu’elle considère comme primordial, c’est elle-même, son propre fonctionnement, sa croissance, son développement, ses industries, etc.

 

C’est précisément parce que la civilisation industrielle est profondément et fondamentalement narcissique, qu’elle ne se soucie que d’elle-même, qu’elle est amenée à détruire tous les autres (les autres espèces et les autres cultures), tout ce qui n’est pas elle.

 

Ainsi, considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite, c’est perpétuer le narcissisme qui est au cœur de ses pulsions destructrices.

 

L’effondrement de la civilisation industrielle est une solution, pas un problème. La santé de la biosphère est ce qu’il y a de plus important. Au-delà de l’aspect empathique élémentaire qui devrait nous pousser à nous soucier des autres, il s’agit également d’une réalité écologique élémentaire. Nous ne pouvons pas vivre sans une biosphère saine.

 

Pourtant, à côté de cette tendance majeure qui consiste à percevoir l’effondrement comme une catastrophe, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens nous rappellent que :

 

« Dans un texte publié en décembre 2013, le cocréateur du concept de permaculture, David Holmgren, plus pessimiste que jamais, s’inquiétait des récentes découvertes sur les conséquences du réchauffement climatique. Selon lui, la seule issue pour éviter de trop graves dommages sur la biosphère serait désormais de provoquer un effondrement rapide et radical du système économique global.

 

La proposition a généré une grande controverse chez les collapsologues du monde entier, qui est loin d’être terminée... »

 

David Holmgren semble avoir les pieds sur Terre.

 

Le principal problème de la collapsologie relève donc du narcissisme qu’elle perpétue (l’effondrement comme la catastrophe plutôt que la civilisation industrielle comme la catastrophe).

 

Ce narcissisme s’observe également dans les questions souvent posées par les collapsologues vis-à-vis de l’effondrement :

 

« Comment fait-on pour “vivre avec”  ? » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens)
« Comment vivre avec toutes ces nouvelles tristes sans sombrer ou rester dans la dépression   ? » (Clément Montfort dans un billet publié sur Reporterre (1)
« Qu’est ce qui nous attend concrètement   ? Comment s’y préparer  ? » (ibid.)

 

Beaucoup de leurs questions tournent autour d’un « nous » ou d’un « on » qui désignent quelques habitants des pays riches qui redoutent la fin de leur mode de vie destructeur, basé sur l’exploitation systématique de tout une myriade d’autres, d’autres êtres humains et d’autres espèces.

 

Une autre citation tirée du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui rend particulièrement flagrant le narcissisme de la collapsologie :

 

« Au fond, la vraie question que pose l’effondrement de la civilisation industrielle, au-delà de sa datation précise, de sa durée ou de sa vitesse, c’est surtout de savoir si nous, en tant qu’individus, allons souffrir ou mourir de manière anticipée. Projetée à l’échelle des sociétés, c’est la question de la pérennité de notre descendance, et même de notre “culture”. »

 

Là encore, plutôt que de se soucier du sort de ces autres, actuellement exploités, torturés ou tués par le fonctionnement normal de la civilisation industrielle, c’est du futur du leur que ces privilégiés du monde se soucient avant tout.

 

Rien d’étonnant. La plupart de ceux qui promeuvent la collapsologie (et dans une autre mesure, de ceux qui s’y intéressent) ne sont pas issus des milieux militants, des luttes contre les injustices sociales, ils ne sont pas de ceux que le fonctionnement normal, quotidien – diaboliquement et fondamentalement inique – de la civilisation industrielle révulse. D’où la citation introductive de René Riesel et Jaime Semprun.

 

Et pourtant, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens expliquent que les inégalités sont un des facteurs dont découle la destructivité de la civilisation industrielle. Malheureusement, dans l’ensemble, et notamment dans les médias grand public, ne reste de leur réflexion qu’une « critique écologique expurgée de toute considération liée à la critique sociale » (Jaime Semprun et René Riesel).

 

L’objet de ce billet n’étant pas d’examiner toutes les exploitations, toutes les coercitions, toutes les aliénations, toutes les acculturations, tous les embrigadements, tous les conditionnements, qui constituent la civilisation industrielle (et la civilisation tout court), et dont elle dépend, fondamentalement, je me contenterai de rappeler que les quelques objets que monsieur tout le monde utilise au quotidien le lient à l’exploitation d’une multitude d’individus et d’endroits du monde (endroits constitués d’autres individus non-humains, végétaux, animaux, etc.), dont il ignore à peu près tout, et que de cette ignorance des conséquences réelles de son mode de vie découlent les horreurs les plus diverses et les plus insoupçonnées (2). Il nous suffirait d’examiner la fabrication d’un téléphone portable, d’une télévision, d’un t-shirt Nike, ou d’une simple brosse à dent, ou encore d’un ballon de foot, d’une voiture, ou de n’importe quel objet produit en masse, de n’importe quelle infrastructure industrielle, pour trouver d’innombrables destructions environnementales et asservissements sociaux.

 

La collapsologie, en s’appuyant uniquement « sur des travaux scientifiques reconnus » (considérés comme tels par l’autorité dominante de la Science institutionnelle moderne), et d’ailleurs en le vantant, sert également à renforcer le règne de l’expertise officielle, du « fétichisme de la connaissance quantitative » (Jaime Semprun et René Riesel).

 

Ce règne de la Science institutionnelle et de la connaissance quantitative a été (et est) une des raisons pour lesquelles ceux qui dénonçaient (et dénoncent) l’insoutenabilité et la destructivité de la civilisation industrielle simplement sur la base du bon sens et de l’observation sont souvent moqués, ignorés ou dénigrés.

 

Ainsi que Jaime Semprun et René Riesel l’écrivent dans Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable :

 

« Le fétichisme de la connaissance quantitative nous a rendus si sots et si bornés qu’on passera pour un dilettante si l’on affirme qu’il suffisait d’un peu de sens esthétique – mais pas celui qui s’acquiert dans les écoles d’art – pour juger sur pièces. »

 

Ils ajoutent, à propos de la soumission à l’autorité Expertise-chiffrée-et-approuvée-par-les-institutions-scientifiques :

 

« Telle est en effet la rigueur de l’incarcération industrielle, l’ampleur du délabrement unifié des mentalités à quoi elle est parvenue, que ceux qui ont encore le ressort de ne pas vouloir se sentir entièrement emportés par le courant et disent songer à y résister échappent rarement, quelque condamnation qu’ils profèrent contre le progrès ou la technoscience, au besoin de justifier leurs dénonciations, ou même leur espoir d’une catastrophe salvatrice, à l’aide des données fournies par l’expertise bureaucratique et des représentations déterministes qu’elles permettent d’étayer. »

 

Car « accepter de “penser” avec les catégories et dans les termes qu’a imposés la vie administrée » (Jaime Semprun et René Riesel, encore), c’est effectivement se soumettre aux limites, aux contraintes et aux risques que cela implique. Dont le risque de donner l’impression que puisque les choses sont mesurées et mesurables, alors elles sont d’une certaine manière maîtrisées et maîtrisables.

 

À ce propos, un autre extrait de l’excellent Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable de Riesel et Semprun :

 

« Le culte de l’objectivité scientifique impersonnelle, de la connaissance sans sujet, est la religion de la bureaucratie. Et parmi ses pratiques de dévotion favorites figure bien évidemment la statistique, par excellence science de l’État, effectivement devenue telle dans la Prusse militariste et absolutiste du XVIIIe siècle, qui fut aussi la première, comme l’a remarqué Mumford, à appliquer à grande échelle à l’éducation l’uniformité et l’impersonnalité du système moderne d’école publique. De même qu’à Los Alamos le laboratoire était devenu caserne, ce qu’annonce le monde-laboratoire, tel que se le représentent les experts, c’est un écologisme de caserne. Le fétichisme des mesures, le respect enfantin de tout ce qui se présente sous la forme d’un calcul, tout cela n’a rien à voir avec la crainte de l’erreur mais plutôt avec celle de la vérité, telle que pourrait se risquer à la formuler le non-expert, sans avoir besoin de chiffres. C’est pourquoi il faut l’éduquer, l’informer, pour qu’il se soumette par avance à l’autorité scientifique-écologique qui édictera les nouvelles normes, nécessaires au bon fonctionnement de la machine sociale. Dans la voix de ceux qui répètent avec zèle les statistiques diffusées par la propagande catastrophiste, ce n’est pas la révolte qu’on entend, mais la soumission anticipée aux états d’exception, l’acceptation des disciplines à venir, l’adhésion à la puissance bureaucratique qui prétend, par la contrainte, assurer la survie collective. »

 

Enfin, un autre problème de la collapsologie, en partie lié à tout ce qui précède, concerne la naïveté de son discours.

 

Mais pour le comprendre, récapitulons. En quoi tout cela pose-t-il problème  ?

 

Eh bien, si la collapsologie passe à la télévision et est promue dans les journaux, c’est parce qu’elle ne dérange pas plus que ça l’idéologie dominante : comme elle, elle considère que l’effondrement de la société industrielle est une catastrophe. En outre, la diffusion d’un tel message dans les médias ne fait que renforcer le climat d’insécurité et de peur qui garantit une population toujours plus docile et apathique. Du pain béni pour l’hyperplasie mondiale qui ne cesse de s’enrichir sur notre dos à tous (à ce sujet, le dernier rapport d’Oxfam (3) est effarant, comme ceux d’avant).

 

En effet, pour prendre un exemple, l’intervention de Pablo Servigne sur LCI s’est résumée à la prédiction d’un effondrement de la civilisation industrielle par manque de ressources (principalement). Aucune suggestion de ce que la civilisation industrielle constitue une catastrophe mortifère qui détruit, exploite, torture et asservit au quotidien humains et non-humains.

 

Tout ce que cela a dû instiller dans l’esprit du téléspectateur de LCI, c’est qu’il va falloir que les gouvernements et les experts se retroussent les manches pour trouver des moyens de faire continuer cette magnifique aventure de Progrès et de Bonheur™ qu’est la civilisation industrielle.

 

Je crois savoir que Pablo Servigne a des penchants anarchistes.

 

Paradoxalement, en l’état des choses, le discours extrêmement modéré et anthropocentré (narcissique) de la collapsologie risque d’appuyer à la fois le narcissisme des habitants des pays riches qui vont principalement s’inquiéter de leur propre sort, de leur propre survie, ainsi que la soumission aux mesures gouvernementales et étatiques dont le discours dominant affirme et affirmera de plus en plus qu’elles permettent et permettront si ce n’est d’éviter l’effondrement, au moins de le repousser.

 

Les initiatives comme celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes n’émanent pas, ou du moins pas uniquement et pas principalement, d’une inquiétude narcissique, elles émanent d’un désir de faire cesser le désastre industrialiste, de défendre le monde naturel et tous ces autres que la civilisation ignore et méprise. Elles s’inscrivent dans une logique conflictuelle, d’opposition à l’État (et à la civilisation industrielle en général).

 

Actuellement (et dans les années à venir), le développement des technologies dites « renouvelables » (solaire, éolien, barrages, biomasse, etc.) et des hautes-technologies en général engendre (et va engendrer) une intensification (4), un accroissement, des pratiques extractivistes et de l’exploitation des « ressources naturelles » en général (au nom donc, de la « croissance verte (5) » et/ou du « développement durable »), qui correspondent à une aggravation significative de l’impact environnemental de la civilisation industrielle. Entre autres, parce que le solaire et l’éolien industriels requièrent des métaux et minerais rares que l’on trouve en quantité limitée et en certains endroits du globe uniquement. L’extraction, le traitement et l’exploitation de ces matières premières génèrent d’ores et déjà une catastrophe écologique (6).

 

Les États du monde et leurs dirigeants (PDG et politiciens) connaissent ces problèmes écologiques et s’en moquent éperdument – c’était attendu. Les dirigeants étatiques savent que cela risque de créer de nouveaux conflits internationaux. Ils se disent prêts à affronter cette éventualité, ainsi qu’on peut le voir dans un rapport d’office parlementaire publié sur le site du sénat (7) et intitulé « Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques ».

 

De manière globale, la militarisation du monde va croissante, également à cause des prévisions concernant les migrations humaines massives que les changements climatiques vont engendrer, et des pénuries ou épuisements à venir ou de différentes ressources stratégiques (dont la terre elle-même, l’eau, etc.).

 

Les injustices massives vont perdurer et s’accentuer.

 

Plus que jamais, si nous voulons défendre le monde naturel contre les assauts qu’il subit et qu’il subira au cours des décennies à venir, nous avons besoin d’une résistance organisée, qui assume une conflictualité délibérée vis-à-vis de l’État, ainsi que Notre-Dame-des-Landes nous l’a montré.

 

Les initiatives d’individus du monde riche cherchant à augmenter la résilience de leurs communautés (façon villes en Transition) à l’aide de panneaux solaires et d’éoliennes industriels ne feront qu’appuyer l’extractivisme des États et des corporations et l’exploitation d’esclaves modernes à travers le globe et surtout dans les pays pauvres.

 

Nous ne savons pas quand un effondrement se produira. Mais nous savons qu’actuellement les choses vont mal et qu’elles vont empirer, pendant un certain temps.

 

Pour celui qui se bat contre l’agrégat d’exploitations et d’injustices qui compose la civilisation industrielle, la perspective de son effondrement n’est qu’un espoir distant. De même que pour celui qui se bat contre l’accumulation des destructions écologiques qui la compose. Pour eux, l’effondrement constitue un évènement attendu avec impatience.

 

Plus haut, j’ai dit comment les collapsologues ont tendance à considérer l’effondrement à venir comme une catastrophe. C’est majoritairement et le plus souvent le cas. Mais pas toujours. Dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, en plus de la timide référence à la position de David Holmgren, suggèrent de temps à autre que l’effondrement de la société industrielle sera une sorte de délivrance.

 

Cette ambivalence, cette incapacité à savoir ce qui constitue une catastrophe, de la civilisation industrielle ou de son effondrement, se double d’une incapacité à tenir un discours clair et cohérent sur ce qui est à entreprendre.

 

La web-série NEXT produite par Clément Montfort sur le thème de la collapsologie s’inquiète, à l’instar de la plupart des collapsologues, à la fois des désastres écologiques que la civilisation industrielle génère (les « anéantissements biologiques des écosystèmes ») ET de l’effondrement de cette civilisation (« les risques d’effondrement de notre civilisation »). L’épisode où Yves Cochet est interviewé, par exemple, ne fait que discuter de la perspective d’effondrement pour les humains qui vivent au sein de la civilisation industrielle, il y parle d’« événements dramatiques », d’un « certain type d’effondrement quand même assez atroce », du fait que « quelque chose d’aussi atroce que l’effondrement puisse arriver », d’une « réalité catastrophique qui nous attend », et de choses du genre. Après quoi on a le privilège de découvrir comment M. Cochet fait pour vivre avec cette idée d’effondrement (« Comment vous faites, vous personnellement au quotidien pour vivre avec cette idée d’effondrement   ? »).

 

Cette confusion quant à ce qui compte vraiment, cette consternante propension à considérer qu’il est en quelque sorte aussi problématique et aussi triste de voir le monde naturel partir en lambeaux que de concevoir l’effondrement de la monoculture mondialisée qui le détruit, est typique de la confusion culturelle et idéologique sur laquelle la civilisation industrielle s’est bâtie et qu’elle entretient toujours.

 

Le problème de la collapsologie

 

Pire, en réalité, cette série penche largement du côté du narcissisme des civilisés et se concentre principalement sur la catastrophe que l’effondrement va représenter pour les habitants des pays riches et pour les membres de la civilisation industrielle plus globalement.

 

D’ailleurs, dans l’épisode 4, intitulé « Bercy invite les collapsologues », nous suivons Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui se rendent au Ministère de l’Économie et des Finances, en octobre 2016, pour participer à une réunion du Conseil Général de l’Économie organisée par une certaine Dominique Dron, qui y travaille et qui a apparemment beaucoup apprécié leur livre. Et l’on apprend que « lors de cette réunion, une vingtaine d’experts de l’État assiste à leur présentation » et que « le Conseil Général du Ministère de l’Économie rédige des avis et expertises à destination des ministres demandeurs ». Si Dominique Dron a apprécié leur livre, c’est parce que son contenu « était très intéressant pour notre activité portant sur les risques », pour « le travail de la section ‘sécurité-risque’ » qui s’occupe de « cyber-résilience » (qui vise à garantir des « systèmes numériques résilients »), mais aussi des « risques d’approvisionnement sur l’énergie », et d’autres choses dans « le domaine de l’énergie, le domaine de l’industrie, le domaine Télécom numérique, le domaine services financiers ». Nous avons là à la fois une collaboration avec les services de l’État, qui confirme l’absence d’esprit critique de ces collapsologues, leur sympathie pour l’État (ce qui infirme probablement ma remarque concernant les penchants anarchistes de Pablo Servigne), et une illustration de ce que la collapsologie peut servir au renforcement de l’État face aux multiples risques qu’il encourt et qu’il encourra davantage à l’avenir.

 

Et pourtant dans l’épisode 5, Yves Cochet parle des Zadistes et de ceux qui luttent contre divers projets étatico-corporatistes comme de « précurseurs ». Aider l’État ou lutter contre  ? On ne sait pas trop. Les deux apparemment.

 

L’article du journal Le Monde sur la collapsologie publié au début de cette année 2018 présente — évidemment — l’effondrement de la civilisation industrielle comme une catastrophe, tout en promouvant, à travers Jared Diamond, le mensonge raciste du pessimisme anthropologique, qui consiste en une affirmation grossière selon laquelle « l’homme s’est toujours comporté de façon dévastatrice dans ses relations avec tout ce qui vit ». Et passent aux oubliettes de l’histoire — rédigée par les vainqueurs — tous ces peuples qui vivaient d’une manière si ce n’est entièrement soutenable, au moins infiniment plus soutenable que les civilisés qui les ont massacrés. Sans parler de ceux qui subsistent encore aujourd’hui, en Inde, en Amazonie, en Océanie, en Afrique et ailleurs (des Jarawas aux Penan, en passant par les Pygmées), et que la civilisation industrielle détruit actuellement à petit feu.

 

Une manière de justifier et de rationaliser l’abominable au prétexte que c’est simplement la nature humaine (cette nature humaine qui n’est, en réalité, qu’une invention occidentale, ainsi que Marshall Sahlins le rappelle très justement).

 

C’est dire qu’en l’état des choses, la collapsologie renforce l’identification toxique de la plupart des gens qui vivent au sein de la civilisation industrielle à cette culture mortifère, au lieu d’encourager leur identification au monde naturel. Ainsi, elle sert les desseins destructeurs de l’État et des médias grand public, de leur propagande, de la culture dominante, bien plus qu’elle ne sert la planète et toutes les espèces vivantes.

 

On ne peut que souhaiter que ses promoteurs éclaircissent leur perspective, qu’ils s’affranchissent des relents toxiques de la culture dominante qui les empêchent de prendre position de manière plus déterminée, qu’ils intègrent la critique sociale à leur analyse, qu’ils adoptent une perspective plus compréhensive, biocentrée ou écocentrée, rejoignant ainsi, sans équivoque, le camp de ceux qui luttent contre la « guerre contre le monde vivant » que mène la civilisation industrielle, selon l’expression de George Monbiot.

 

 

Publié sur le site du Partage

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 05:31
 

Pour Theresa May, Poutine est capable de tuer, donc il est coupable (Serge Halimi) : « La police estime que l’enquête prendra « de nombreux mois »,mais la première ministre britannique Theresa May a déjà identifié le coupable : l’ordre de tuer M. Sergueï Skripal serait venu du Kremlin. Pour le ministre des affaires étrangères Boris Johnson, le « comportement dangereux du président Vladimir Poutine » constitue en effet le « fil rouge »rattachant la tentative d’empoisonnement de l’ancien colonel des services de renseignement russes réfugié au Royaume-Uni à tous les forfaits antérieurs de Moscou : « l’annexion de la Crimée », « les cyberattaques en Ukraine », « le piratage du Bundestag », « l’ingérence dans plusieurs élections européennes », « l’indulgence envers les atrocités perpétrées par Assad en Syrie ».

 

Allan Popelard et Paul Vannier observent une renaissance des travaillistes au Royaume-Uni : « Un pays où les divisions caractériseraient avant tout le camp conservateur ? Où la gauche susciterait l’enthousiasme des foules ? Où l’espoir de nouvelles conquêtes électriserait les progressistes ? Ce pays existe : il s’agit du Royaume-Uni, depuis que l’élection de M. Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste, en 2015, a permis une refondation de la gauche à l’intérieur même du parti social-démocrate traditionnel. »

 

Les fonctionnaires, voilà l’ennemi, analyse Anicet Le Pors : « Propageant la plus grande confusion entre rentabilité à des fins particulières et efficacité au bénéfice de tous, le gouvernement français veut délégitimer un peu plus l’État social, qui fut pourtant gage d’émancipation pour de nombreuses générations. Après avoir multiplié les cadeaux fiscaux aux vrais privilégiés, il tente de dévier l’attention sur la fonction publique. »

 

Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher (Benoît Duteurtre) : « Opposer usagers et salariés des chemins de fer n’a guère de sens quand tous vivent la dégradation du service au nom d’un désengagement public que le gouvernement veut renforcer. Et que penser des proclamations sur la sauvegarde du climat quand on torpille le rail en faveur de la route ? »

 

Refonder plutôt que réformer, demande Pierre Rimbert : « C’est une bataille ritualisée entre des adversaires inégaux. Elle commence toujours ainsi : au nom de la modernité, un gouvernement impose la mutilation du système d’intérêt général créé après-guerre comme un point d’appui pour des conquêtes à venir : le régime général de la Sécurité sociale, les retraites, le statut des fonctionnaires, le secteur nationalisé où les salariés échappent à l’arbitraire du « marché du travail ». Aussitôt, les dirigeants éditoriaux déploient la « pédagogie de la réforme ». La déréglementation serait « inéluctable » puisque nécessaire (ou l’inverse) ; sans appel, car révélatrice du « courage politique » d’un exécutif décidé à contourner le Parlement ; « juste », car pensée pour araser les « privilèges » de ceux qui travaillent dans des conditions un peu moins précaires que les autres. Écrit lors de la réforme de la Sécurité sociale lancée par M. Alain Juppé en novembre 1995, ce scénario réserve aux opposants un rôle bien encadré et tout aussi rituel. Montrer que les « privilèges » ne se situent pas précisément où le gouvernement les désigne, contrer la crécelle médiatique et… défendre les services publics. »

 

Pour Emilien Ruiz, la diminution du nombre de fonctionnaires est une vieille histoire : « Depuis deux siècles, des dirigeants de toutes tendances politiques ont réclamé la diminution du nombre d’agents de l’État. Pour des raisons parfois diamétralement opposées.En déclarant vouloir supprimer 120 000 postes de fonctionnaires en cinq ans, M. Emmanuel Macron ne donne guère dans l’originalité. La dénonciation du poids de l’État et du nombre de ses employés est depuis plus de deux siècles un leitmotiv repris, selon les périodes, par des acteurs dont les convictions traversent tout le spectre politique. Si cette diversité peut aujourd’hui paraître étonnante, elle s’explique aisément : davantage que leur nombre, c’est souvent ce que les fonctionnaires symbolisent qui est critiqué. »

 

Annabelle Allouch voit « Les étudiants livrés au marché de l’anxiété. La réforme du baccalauréat et l’instauration de critères de sélection à l’entrée des universités bouleversent l’articulation entre enseignements secondaire et supérieur. Dès la classe de seconde, les élèves sont désormais sommés de se projeter dans l’avenir, au risque de prendre la mauvaise voie. »

 

Nous sommes désormais dans L’ère du fichage généralisé (François Pellegrini et André Vitalis ) : « Au nom de la lutte contre l’usurpation d’identité (quelques centaines chaque année), le gouvernement français a autorisé en 2016 la création d’un mégafichier regroupant les données, notamment biométriques, de tous les titulaires d’une carte d’identité ou d’un passeport. Passée inaperçue dans le contexte sécuritaire actuel, cette décision ne pourrait que servir un éventuel régime autoritaire. »

 

En Turquie, le président Erdoğan s’aligne sur l’extrême droite (Akram Belkaïd) : « Le 19 mars, l’armée turque a pris la ville syrienne d’Afrin, tenue depuis 2012 par les troupes arabo-kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Cette victoire galvanise la propagande guerrière d’Ankara, qui menace d’étendre ses opérations à l’est de l’Euphrate. Allié à l’extrême droite, M. Recep Tayyip Erdoğan, qui prépare sa réélection en 2019, s’en prend à ses partenaires occidentaux.

 

Que se passe-t-il en Turquie dès qu’on frappe à la porte ? (Pierre Puchot) : « Vingt et un mois après la tentative de coup d’État organisée par une fraction de l’armée, 115 000 personnes ont été mises au ban de la société. Certaines sont mortes en prison ; d’autres vivent avec le souvenir des tortures, dans l’attente d’être condamnées à de lourdes peines. La cassure au sein de la société est immense, et les victimes font aujourd’hui figure de parias. »

 

Ni droite ni gauche… ni centre en Italie (Luca Manucci) : « Les élections législatives du 4 mars ont plongé l’Italie dans une période d’incertitude. Deux formations autoproclamées « antisystème » sont sorties en tête des urnes et revendiquent le pouvoir, mais aucune ne dispose d’une majorité pour gouverner. Devenu en quelques années le premier parti du pays, le Mouvement 5 étoiles fait figure d’ovni dans le paysage politique transalpin et européen. »

 

À Fukushima, une catastrophe banalisée (Philippe Pataud Célérier ) : « Séisme, tsunami, puis fusion de trois réacteurs nucléaires : le Japon reste meurtri par l’enchaînement de catastrophes de mars 2011. Si, sur le moment, l’essentiel des victimes et des dégâts matériels ont été dus à la vague d’eau, les conséquences humaines et économiques de la faillite de la sécurité à la centrale de Fukushima seront profondes et durables. »

 

Le régime tchétchène se prévaut de l’islam pour mieux réprimer (Anne Le Huérou et Aude Merlin ) : « Après avoir perdu deux guerres contre l’armée russe, le maquis tchétchène compte aujourd’hui une majorité de djihadistes. En réponse, le pouvoir local, allié de Moscou, exalte la tradition soufie et la polygamie. Cette manipulation de la religion n’a pas empêché la recrudescence des attentats. Au grand dam du Kremlin, qui a installé ce régime afin qu’il maintienne l’ordre. »

 

La Tchétchénie, ce pays où les homosexuels sont considérés comme des terrorisres (Arthur Clech) : « Fichage par les services de sécurité, chantage, assassinats, incarcération dans des prisons secrètes et tortures : en Tchétchénie, les homosexuels courent des risques encore plus grands que dans le reste de la Russie, où la loi de 2013 contre la « propagande des relations non traditionnelles auprès des mineurs » a encore réduit l’accès à l’espace public des quelques associations de défense des lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT) qui existent dans le pays. La situation tchétchène concentre un ensemble de facteurs qui expliquent le degré de violence inouï exercé contre les hommes qui ont des pratiques homosexuelles ou qui sont soupçonnés d’en avoir. Pour échapper à une répression qui, avant les purges étatiques, s’exerce au sein même des familles, des femmes qui dérogent à l’injonction au mariage et cherchent à vivre leur homosexualité sont amenées à quitter la République. »

 

En Amérique latine, on recherche des percepteurs, désespérément (Bernard Duterme) : « De droite comme de gauche, les gouvernements latino-américains acceptent depuis longtemps de conditionner leurs politiques sociales au maintien d’un verrou fiscal. Lorsque l’économie est florissante, des marges de manœuvre apparaissent néanmoins. Lorsque la récession menace, et que la pauvreté repart à la hausse, les caisses sont vides. Et si l’audace débutait par l’impôt ? »

 

Sylvie Laurent revient sur le dernier combat de Martin Luther King : « Le 4 avril 1968, Martin Luther King était assassiné à Memphis par un partisan de la ségrégation raciale. Cinquante ans plus tard, l’histoire officielle retient l’image du pasteur noir luttant pour les droits civiques, du patriote œuvrant pour la réconciliation nationale. Mais elle passe sous silence des pans entiers d’une vie consacrée à l’égalité sous toutes ses formes. »

 

Benjamin Cunningham analyse les effets pervers de la lutte anticorruption en Europe centrale : « Assassinat d’un journaliste trop curieux en Slovaquie, nouveau premier ministre tchèque et chef du Parlement roumain poursuivis pour détournement de fonds : l’Europe centrale et orientale semble accablée par la corruption. Pourtant, pots-de-vin et trafics d’influence ne seraient pas moindres ailleurs sur le continent, selon certains travaux. La focalisation sur ces pays n’est pas sans conséquences politiques. »

 

Pour François Misser, L’Église congolaise est contre Kabila : « Depuis le 31 décembre 2017, les manifestations de militants catholiques se multiplient en République démocratique du Congo. Ils réclament la tenue d’élections libres avant fin 2018. Le pouvoir réplique violemment : au moins une vingtaine de morts (difficiles à dénombrer précisément), des arrestations arbitraires et des lieux de culte profanés. »

 

À quoi sert Spinoza, demande Evelyne Pieillier ? « L’expression « passions tristes » s’est si largement répandue qu’on ne sait plus toujours qu’elle est empruntée à Spinoza. Cette popularisation d’un philosophe exigeant s’est fortement accentuée ces dernières années. Les analyses et commentaires qui en sont faits, hier comme aujourd’hui, s’inscrivent dans une lecture des enjeux politiques du moment. »

 

Marion Deniau revient sur la crise immobilière irlandaise : « Irlande, des bulles dans le béton. Peu de pays ont été aussi sévèrement touchés par la crise de 2008 que la République d’Irlande. L’éclatement de la bulle immobilière avait précipité le déficit budgétaire au-delà de la barre des 30 % en 2010 — du jamais-vu. Quelques années plus tard, une nouvelle flambée des prix de la pierre enthousiasme les uns et effraie les autres. »

 

Les friches, vernis sur la rouille, demande Antoine Calvino ? « Il n’y aura sans doute bientôt plus de terrains vagues dans les grandes villes, et pas davantage de lieux désaffectés, refuges des enfants, des errants sans toit, des artistes à la recherche d’un local même ouvert à tous les vents : l’« urbanisme transitoire » se charge de les transformer en sites consacrés à la culture et à l’économie sociale et solidaire. Une entreprise plus ambiguë qu’il n’y paraît. »

 

Stéphane Beau dresse le portrait d’une famille algérienne en France : « Juste après la découverte de l’identité probable du tireur du Musée juif de Belgique, le 24 mai 2014 à Bruxelles, et le dévoilement par la presse internationale de son nom arabe (Mehdi Nemmouche), de sa nationalité française, de son statut de « djihadiste » et de sa photographie, Mmes Samira Belhoumi, 43 ans, cadre de formation en santé, et Leïla Belhoumi. 40 ans, chargée de projet en insertion professionnelle, deux sœurs aînées d’une famille algérienne immigrée en France, s’envoient une série de textos. Samira : « Encore un Algérien dingo ! Ils font chier ces connards ! » Leïla : « Grave... Ils vont tous nous cataloguer ! »Samira : « Ça va être encore plus difficile pour nous et nos enfants… » Leïla : « Malheureusement de plus en plus de tarés parmi nos congénères... » Samira : « Ça, on le savait déjà... Mais le passage à l’acte, ça fait peur… »

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 05:39

 

 

Dans L’Obs, Renée Greusard explique que, lors de l’accouchement, il n’est pas forcément nécessaire de pousser, l’utérus étant autonome : « Marie-Hélène Lahaye milite pour que les femmes soient les maîtresses de leurs accouchements. Auteure du livre "Accouchement les femmes méritent mieux", elle parle, elle, d'un processus physiologique. 

"Pendant un accouchement naturel sans péridurale, le corps fonctionne tout seul.Et c’est comme quand on vomit. Il ne faut pas forcer dans un sens, ni l’empêcher. Alors que si on se détend, ce n'est certes pas très agréable, mais ça passe. Le tout, c’est de réussir à se détendre."

Elle se souvient d'ailleurs de son propre accouchement, pour lequel "elle n'a pas eu la moindre déchirure" : 

"Je n’ai pas poussé, c’est l’utérus qui poussait tout seul à chaque contraction. Ça se faisait tout seul." »

 

 

Evariste : Macron gérant du capital. La crise s’approfondit, les bulles financières se développent. La banque centrale étasunienne est donc obligée d’augmenter ses taux directeurs pour éviter l’éclatement. Mais alors, l’argent se renchérit. C’est la conséquence d’une loi tendancielle du capitalisme Après le krach de février dernier, la semaine dernière a été clôturée aux Etats-Unis par une baisse de près de 6 % de l’indice boursier SP500 qui mesure les 500 plus grandes capitalisations boursières étasuniennes. Les taux de profit dans l’économie réelle capitaliste sont faibles et resteront faibles. C’est la conséquence d’une autre loi tendancielle du capitalisme. Après toutes les méthodes utilisées par l’oligarchie capitaliste pour tenter d’augmenter les taux de profit dans l’économie réelle (innovation dans le système capitaliste, intensification du travail, délocalisation, destruction de capital par les guerres, robotisation, etc.), il ne reste que la diminution de la masse des salaires directs et socialisés pour atteindre le taux de profit nécessaire pour accéder à la spéculation financière internationale. Donc la lutte des classes a franchi un nouveau seuil.

 

 

Grégoire Leménager dresse dans L’Obs un bref portrait de Clément Rosset, très important – quoique discret – philosophe, décédé récemment : « C'était un de nos meilleurs philosophes qui, sous une dégaine à la Diogène, avait l'élégance et l’intelligence des vrais désespérés. Normalien, agrégé de philo, longtemps professeur à l'université de Nice, Clément Rosset était né le 12 octobre 1939 face à la mer, dans la Manche, à Carteret. On apprend sa mort ce 28 mars 2018. L'auteur de «Logique de pire» avait donc 78 ans.

Parce qu'il ne se faisait aucune illusion sur rien, cet ami de Cioran savait qu'il ne nous reste qu'une chose à faire sur cette terre: être heureux, en attrapant ce qu'on peut attraper face au réel. Toute son œuvre était placée sous le signe de cette «Philosophie tragique», comme l'indique le titre de son tout premier livre paru en 1960 aux Presses Universitaires de France, et de ce qu'il s'agit d'en tirer pour apprendre le douloureux métier de vivre. » 

 

 

Dans L’Humanité, Lina Sankari explique qu’en Inde Hitler est considéré comme « un grand dirigeant » : Aujourd’hui, un livre pour enfants d’une quarantaine de pages, intitulé Leaders classe le dictateur nazi parmi les onze grands dirigeants contemporains. Aux côtés de Mandela, Gandhi, l’Indien Narendra Modi et de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, critiquée pour son déni de l’actuel nettoyage ethnique des Rohingyas, Adolf Hitler est présenté par l’éditeur B. Jain parmi ces dirigeants qui « ont dédié leur vie à améliorer celle de leur peuple » nonobstant les 6 millions de morts de la Shoah. Dans une interview accordée au New York Times, Annshu Juneja, responsable de l’impression, explique qu’Hitler a été choisi pour sa capacité à « influencer les masses » : « il ne s’agit pas de sa façon de se conduire, de ses opinions, de savoir si c’était un bon leader ou un mauvais, mais nous essayons de montrer à quel point il était puissant en tant que leader ».

 

 

Revue de presse (237)
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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 05:36

Jack Dion, dans Marianne, invite à prendre en compte le retour de Moscou sur la scène internationale, y compris avec des méthodes qui rappellent un passé qui ne passe pas. N’oublions pas que Moscou n’est pas la capitale du Lichtenstein, de la Suisse ou du Luxembourg. De son passé impérial et des grands moments de son histoire, à commencer par la victoire contre le nazisme, la Russie a conservé une certaine idée d’elle-même qui avait été balayée après l’effondrement de l’URSS. A l’époque, elle fut considérée par l’Occident comme un nain politique auquel on pouvait dicter sa loi, a fortiori après l’éclatement de l’Empire, et notamment l’indépendance de l’Ukraine, largement encouragée de l’étranger. Plutôt que de l’accuser de tous les maux, et de voir la main de Moscou partout, mieux vaudrait voir cette réalité en face, qu’on la juge plaisante ou non. Comme l’a déclaré l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin : « Notre destin se joue avec la Russie et certainement pas contre. »

 

 

Selon Stéphane Foucart, du Monde, Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuseEn moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en 15 ans. Attribué par les chercheurs à l’intensification des pratiques agricoles de ces vingt-cinq dernières années, le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, une période qui correspond, entre autres, à la fin des jachères imposées par la politique  agricole commune, à la flambée des cours du blé, à la reprise du suramendement au nitrate permettant d’avoir du blé sur-protéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes , ces fameux insecticides neurotoxiques, très persistants, notamment impliqués dans le déclin des abeilles et la raréfaction des insectes en général. La perdrix est désormais virtuellement éteinte. On note 80 % à 90 % de déclin depuis le milieu des années 1990 mais les derniers spécimens que l’on rencontre sont issus des lâchers d’automne, organisés par les chasseurs, et ils ne sont que quelques rescapés.

 

 

Sur le site Russia Insider, l’ancien diplomate Craig Murray émet des doutes sur l’empoisonnement de l’ancien espion par la Russie : « Le gouvernement britannique n’a jamais dit que l’agent neurotoxique avait été fabriqué en Russie ou qu’il ne pouvait être fabriqué qu’en Russie. La formulation exacte « d’un type développé par la Russie » a été utilisée par Theresa May au Parlement, par le Royaume-Uni au Conseil de sécurité de l’ONU, utilisée par Boris Johnson à la BBC et, plus révélateur encore, « d’un type développé par la Russie est  la phrase précise  utilisée dans le communiqué conjoint publié par le Royaume-Uni, les États-Unis, la France et l’Allemagne : « Cette utilisation d’un agent neurotoxique de qualité militaire constitue la première utilisation offensive d’un agent neurotoxique en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale ».

Quand le même phrasé extrêmement prudent n’est jamais dévié, est le résultat d’un compromis très délicat des pouvoirs publics. »

 

 

 

 

Revue de presse (236)

 

Sur le site Mémoires des Luttes, Bernard Cassen relève que le nouvel intitulé du ministère des Affaires étrangères (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) n’a rien de neutre. Jusqu’alors, avec des dénominations variables selon les périodes et les présidents, les questions européennes apparaissaient dans les organigrammes gouvernementaux comme une sous-catégorie des relations internationales. Le nouveau nom du Quai d’Orsay a une double signification politique : d’une part, les affaires européennes ne sont pas des affaires étrangères pour la France – et donc pour tous les membres de l’UE –, comme le seraient, par exemple, leurs relations avec la Chine ou la Russie ; d’autre part, l’ordre des mots n’étant pas anodin (« Europe » vient avant « affaires étrangères »), elles indiquent une priorité, en même temps qu’un prisme à travers lequel sont appréhendés les rapports de l’UE avec le reste du monde. Pour paraphraser Donald Trump, c’est « Europe first »…

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