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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 05:38

On achève cette rubrique avec Yvonne De Gaulle.

 

La légende veut qu’après avoir convolé, De Gaulle se soit vanté d’avoir « épousé des biscuits ». Le fait est que Jacques, le père d’Yvonne était à la tête d’une grosse biscuiterie calaisienne.

 

La famille Vendroux était de lointaine origine néerlandaise (les Van Droeg, producteurs de tabac de la région de Delft). Née en 1900 à Calais, Yvonne reçoit une éducation très conservatrice : elle vouvoie ses parents et apprend la couture. Elle apprend à lire chez elle, puis étudie chez les dominicaines d’Asnières-sur-Seine. Pendant la Première Guerre mondiale, les Vendroux envoient leurs enfants à Cantorbéry.

 

En 1920, elle rencontre Charles (une rencontre arrangée par ses parents). Elle s’éprend violemment de lui. Ils auront trois enfants : un garçon qui finira amiral et deux filles, dont Anne, trisomique.

Sous les ors de l’Élysée (14)

À Colombey-les-deux-Églises, dans la résidence de la Boisserie (les deux pièces ouvertes aux visiteurs attestent un goût très sûr), il n’y a, selon le magazine étasunien Time, ni machine à laver, ni aspirateur, ni fourneau à gaz. La cuisinière fait la cuisine sur un poêle à charbon, la bonne fait le ménage avec un balai. » À noter qu’avant l’achat de la résidence, celle-ci s’appelait « la Brasserie ». Les De Gaulle ont donc utilisé un terme qui n’existait pas avant eux dans la langue française.

 

À l’Élysée, où ils payent leurs factures d’électricité, les De Gaulle vont, pendant onze ans, mener une vie simple et discrète. La très catholique Tante Yvonne veille à ce que son mari ne nomme au gouvernement aucun ministre divorcé. Elle ne pourra empêcher son mari de recevoir Brigitte Bardot au palais. Juste après l’entrée en fonction de son mari, elle demande au musée du Louvre une piétà. En 1966, elle n’est pas pour rien dans la censure provisoire du film de Kacques Rivette La Religieuse de Diderot. Mais elle se prononce pour la pilule contraceptive. Son couturier est Jacques Heim, celui de Piaf et de Ludmilla Tcherina. Elle aime beaucoup les chansons de Charles Aznavour. Elle ne lit que Le Figaro.

 

Jamais de sa vie elle n’est sortie sans chapeau. De même, on n’a jamais vu De Gaulle sans cravate. Pour Yvonne De Gaulle, Françoise Sagan était une créatrice diabolique.

 

De Gaulle meurt en 1970. Yvonne reste à Colombey jusqu’en 1978. Elle se retire chez les sœurs de l’Immaculée Conception de l’avenue de Breteuil à Paris. Elle meurt au Val de Grâce le 8 novembre 1979.

 

FIN

Sous les ors de l’Élysée (14)
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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 05:09

Le matin du 16 janvier 1954, lorsque nous apprîmes dans la cour de mon école primaire d’Hénin-Liétard (« Liétard », j’y tiens) le décès de Madame Coty, l’épouse sans aspérités d’un président lui aussi sans aspérités (quoique doté d’une réelle personnalité), nous fûmes tristes. Parce que cette dame, qui ressemblait à toutes les dames françaises de 70 ans, était entrée dans notre existence sans avoir forcé le destin et sans se plier aux règles de ce qu’on n’appelait pas encore la pipeulisation.

 

Dans un ouvrage republié en 1954 (Nouveaux portraits), Françoise Giroux rendit hommage à la modestie de cette fille d’armateur havrais élevée dans des pensions religieuses et dans un couvent de Southampton, ce qui lui donna une parfaite maîtrise de l’anglais : « Aussitôt après l'élection, lorsqu'elle s'est vue dans les journaux, elle a reçu un choc : « Regardez-moi », dit-elle attristée, « je ne prétends pas être mince, mais enfin tout de même... » ». Elle déclare aussi : « je ne suis pas une pin-up, je suis une grand-mère ».

Sous les ors de l’Élysée (13)

Les chansonniers l’affublèrent de surnoms plutôt vachards : « Madame sans gaine », « la bûche de Noël », « Madame des tas ».

 

La mort soudaine, due à une crise cardiaque, de la Première dame de France, fut l’occasion d’une vraie émotion populaire. 22 000 personnes assistèrent à une messe en l’église de la Madeleine ou sur le parvis. Le président René Coty avait fini par accepter le principe d’une cérémonie officielle à Paris mais avait refusé que les obsèques de sa femme au Havre fussent payées par l’État.

 

Lorsque René Coty fut élu président de la République au seizième tour de scrutin, les journalistes se précipitèrent à l’appartement qu’occupait le couple au quai aux Fleurs à Paris. Ils tombèrent sur Madame Coty, une personne de bonne corpulence, les mains pleines de farine, en train de faire une tarte. Ce fut parti pour « potiche et godiche » et autres surnoms peu flatteurs. Malgré l’étole de vison qu’elle portait presque toujours, que son mari lui avait offerte « pour faire présidente », Germaine Coty incarna, renvoya parfaitement l’image de la femme au foyer des années cinquante, discrète, dévouée à son mari.

Sous les ors de l’Élysée (13)

Très ébranlé par le décès de son épouse, René Coty envisagea de démissionner (n’imaginant pas une seconde que, quatre ans plus tard, De Gaulle le pousserait gentiment par la porte) mais il se retint, ne voulant pas ajouter de la crise aux crises.

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 05:32

Vincent Auriol était le fils d’un boulanger. Il perdit un œil à l’âge de 10 ans en jouant avec un pistolet à amorces. À la faculté de Toulouse, il fit des études de droit (il suivit les cours de Jaurès). Il s’engage à la SFIO dès la fondation de ce parti.

 

En 1912, il épouse Michèle Aucouturier, une fille d’ouvrier. Ils auront un fils qui épousera la grande aviatrice Jacqueline Douet.

 

Après la Première Guerre mondiale, il imagine un système de prêts payés par les actionnaires des banques allemandes pour reconstruire les régions sinistrées françaises. Ministre des Finances de Léon Blum pendant le Front Populaire, il déclare : « Les banques je les ferme, les banquiers je les enferme. » La Banque de France (à l’époque privée) dut vendre une grande partie de son or pour financer les réformes du Front Populaire. Auriol se prononce contre les accords de Munich. Il avait été auparavant favorable à une intervention en Espagne pour soutenir le gouvernement légal. Il est l’un des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain. En septembre 1940, il est arrêté par Vichy. Jugé à Muret, il bénéficie d’un non-lieu. Il est placé en résidence surveillée. Il entre dans la clandestinité en 1942. Il rejoint De Gaulle en 1943.

 

Il est élu au premier tour président de la République en 1947.

 

Avec son épouse, il fait remanier le palais de l’Élysée, inoccupé depuis sept ans. C’est pour Madame Auriol que fut forgée l’expression « Première dame de France ». Cette fille de militant syndicaliste s’était elle aussi engagée dans la résistance, à Lyon où elle décodait des messages chiffrés de l’état-major allié. Très élégante, elle s’habillait chez Balmain. Elle fit introduire dans la cuisine de l’Élysée la garbure et le cassoulet du sud-ouest.

 

Elle décéda en 1979, treize ans après son mari. Tous deux reposent au cimetière de Muret, lieu d’ancrage politique de Vincent Auriol.

 

Sous les ors de l’Élysée (12)
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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 05:22

Ci-dessous, un article de Jacques Marie Bouget (pour le Grand Soir) sur le vocabulaire utilisé par les médias dominants français pour parler de la guerre à Gaza.

 

Les mots en guerre, je veux dire les mots que les médias utilisent pour parler de la guerre, perdent leur sens au premier coup de canon. La poudre met le feu aux dictionnaires et ce qui voulait dire noir signifie blanc.

 

En ces heures les journalistes ont deux champs d’exercice pour leur sémantique, celui d’Ukraine où Poutine est « Hitler » et Svoboda « Gandhi », celui d’Israël où la politesse due à « un pays ami » a réussi à faire passer la langue militaire pour la vérité à répéter.

 

Un exercice pratique, pris au hasard, mais qui est un échantillon de cet infini. Dimanche soir, le 20 juillet à 22 heures, face à la chaine I Télé, j’apprends que des combattants, forcément du « Hamas », ont « enlevé » un soldat de Benjamin Netanyahou. Sur le plateau ils sont trois estampillés journalistes, et qui se renvoient cette information comme une boule de billard électrique. Si, pour l’un, le militaire a été « enlevé », pour un autre il a été « kidnappé ». En passant je signale que, par essence, ce mot qui contient « kid », ne peut être utilisé que lors de l’enlèvement d’un enfant. Le mieux est à venir, une jeune consœur évoque un « otage ». Ca y est ! Nous sommes dans un schéma connu, celui du soldat Shalit, capturé les armes à la main mais néanmoins « otage » pour la France. Pour une journaliste d’I Télé, un soldat qui fait la guerre et se fait prendre, n’est donc pas un « prisonnier ». Mais un « otage » victime d’un « rapt », d’un « enlèvement » comme jadis le malheureux baron Empain. Voyez que les rails de la SNCF ne sont pas seuls à être dévoyés : les mots déraillent aussi. Téléspectateurs et auditeurs vigilants, il y a longtemps que vous savez que l’armée Israélienne n’existe pas. Dans les hauts parleurs n’existe que « Tsahal », ce qui veut dire « Armée de Défense ». Un petit nom gentil qui fait que le missile est moins cruel quand il tombe. « Tsahal » ça fait nom de fleur, ou nom de gâteau, en tout cas un nom qui ne fait aucun mal.

 

 

En choisissant les bons mots pour la dire, la guerre est beaucoup plus acceptable

  Vous me direz que rien n’oblige un citoyen à regarder les infos à la télé. C’est vrai et Internet lui est préférable. Mais lundi à 13 sur France 2, me voilà face à un autre confrère posté en Israël. Il ne risque qu’un coup de soleil mais porte quand même un gilet pare balles floqué d’un logo « Press ». Dans son cas il est préférable que son occupation professionnelle soit indiquée tant ses propos inspirent le doute sur le métier. Ce reporter nous dit « Tsahal a encore du travail, beaucoup de travail pour boucher des dizaines de tunnels ». Car il le sait, lui avec son calicot « Press » collé sur la poitrine, le travail que « Tsahal » « doit » accomplir. Il en connait la raison et l’utilité. Et il la justifie sans ciller.

 

Lire la suite ici.

Vous me direz que rien n’oblige un citoyen à regarder les infos à la télé. C’est vrai et Internet lui est préférable. Mais lundi à 13 sur France 2, me voilà face à un autre confrère posté en Israël. Il ne risque qu’un coup de soleil mais porte quand même un gilet pare balles floqué d’un logo « Press ». Dans son cas il est préférable que son occupation professionnelle soit indiquée tant ses propos inspirent le doute sur le métier. Ce reporter nous dit « Tsahal a encore du travail, beaucoup de travail pour boucher des dizaines de tunnels ». Car il le sait, lui avec son calicot « Press » collé sur la poitrine, le travail que « Tsahal » « doit » accomplir. Il en connait la raison et l’utilité. Et il la justifie sans ciller.

 

Lire la suite ici.

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 06:35

On voudra bien excuser cette photo ratée : j'ai bougé. Pardon : "I moved". Mais le TER Auch-Toulouse branlait du chef.

 

Face à une telle ineptie linguistique de la SNCF (on doit dire désormais "SNCF" mais même les employés de la société ont du mal), on reste pantois.

 

“ Clik'n mouv ”. De l'anglais, qui n'en est pas, incompréhensible, repris dans une phrase explicative en français : “ Cliquez, imprimez votre billet, voyagez ”.

 

SNCF est sinistre et prend ses clients pour des minus habens.

 

 

PS : A noter au passage comment la SNCF a évacué le mot “ train ” de son vocabulaire et de la pratique : TGV, TER, Intercities etc.
Méprisons la langue française (18)
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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 05:48

Un jour, un jour

 

Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime

Sa protestation ses chants et ses héros

Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

 

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

Ah je désespérais de mes frères sauvages

Je voyais je voyais l'avenir à genoux

La Bête triomphante et la pierre sur nous

Et le feu des soldats porté sur nos rivages

 

Quoi toujours ce serait par atroce marché

Un partage incessant que se font de la terre

Entre eux ces assassins que craignent les panthères

Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle

Des manières des rois et des fronts prosternés

Et l'enfant de la femme inutilement né

Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

 

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue

Le massacre toujours justifié d'idoles

Aux cadavres jeté ce manteau de paroles

Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

 

Chanté par Isabelle Aubret

Hommage de Louis Aragon à Federico Garcia Lorca

Garcia Lorca fut fusillé par des franquistes et son corps jeté dans une fosse commune à Víznar. Le régime de Franco décida l'interdiction totale de ses œuvres jusqu'en 1953 quand Obras completas (largement censuré) fut publié.

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 05:31

 

En 1966, la guerre du Vietnam bat son plein. Dans les universités, les étudiants de gauche font grève sur grève et organisent des « teach-ins » (des forums, des débats sans ordre du jour). D’autres, plus radicaux, quittent les campus et constituent des communautés rurales et urbaines (un exemple ici). Haight Ashbury à San Francisco, l’East Village à New York deviennent des pôles d’attraction pour les hippies.

 

Face à ce phénomène de rejet radical, le pouvoir reste quelque temps perplexe. Puis il entrevoit une possibilité de récupération. Ces jeunes commettent en effet trois « maladresses ». Au lieu de porter la bonne parole dans tous les coins et recoins du pays, ils s’isolent du reste de la société. Face à la brutalité et l’ampleur de l’engagement militaire au Vietnam, ils restent passifs, préférant un message « d’amour et de paix » à l’action militante. Enfin, au lieu de démystifier le matérialisme et le puritanisme de leurs parents, ils se jettent dans les bras de Vichnou ou dans le giron d’autres croyances exotiques.

Bob Dylan, 1961-1971. La révolte sans la révolution (14)

En bonne logique, les grands noms de la pop music du moment créent des œuvres exprimant une posture du retrait (“ She’s Leaving Home ” des Beatles), des sentiments pacifistes (“ San Francisco ” de Scott McKenzie, le goût pour les voyages hallucinogènes : “ Mr Tambourine Man ” de Dylan :

 

Take me for a trip upon your magic swirling ship

All my senses have been stripped

My hands can't feel to grip

My toes too numb to step

Wait only for my bootheels to be wandering

[…]

Then take me disappearin' through the smoke rings of my mind

Down the foggy ruins of time, far past the frozen leaves

The haunted, frightened trees, out to the windy beach

Far from the twisted reach of crazy sorrow

 

Emmène-moi dans un voyage  dans ton bateau magique tourbillonnant

Tous mes sens ont été dépouillés

Mes mains ne peuvent agripper

Mes orteils sont trop engourdis pour faire un pas

Ils attendent seulement que les talons de mes bottes vagabondent

[…]

Puis fais-moi disparaître dans les volutes de fumée de mon esprit

Dans les ruines brumeuses du temps, loin des feuillages gelés

Des arbres effrayés et hantés, vers la plage venteuse

Hors de l’atteinte tordue du chagrin fou

 

 

On pense aussi à la critique prêchi-prêcha du système : “ Subterrenean Homesick Blues ” de Dylan ou, caricature de toutes les chansons « engagées » de l’époque, “ The Eve of Destruction ” de Barry Mc Guire :

 

The eastern world, it is explodin'.


Violence flarin', bullets loadin'


You're old enough to kill, but not for votin'


You don't believe in war, but what's that gun you're totin'


And even the Jordan River has bodies floatin'


 

Le monde oriental, il est en train d'exploser

La violence s'embrase, les balles sont dans le chargeur

Tu es assez vieux pour tuer, mais pas pour voter

Tu ne crois pas en la guerre, mais c'est quoi ce flingue que tu trimballes ?

Et même sur le fleuve Jourdain flottent des cadavres

 

 

Par l’art, le champ des luttes fut intégré à la pop music. La musique devint un message en soi. Le talent, la poésie, le génie de vulgarisateur d’un créateur comme Dylan (“ Subterranean Homesick Blues ”puise dans les romans de Kerouac, dans la chanson “ Taking it Easy ” de Woodie Guthrie et dans “ Too Much Monkey Business ” de Chuck Berry), incitèrent les jeunes à penser la pop music en termes de culture autonome. Ce qui permit à la culture traditionnelle, vu le rapport des forces, de la digérer.

 

On peut alors peut-être avancer que, tant que les artistes énonceront le monde au lieu de l’annoncer, il feront beaucoup de bruit pour rien.

 

FIN

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 05:47

Dans l’éditorial du numéro de juillet 2014, Serge Halimi revient sur la folie criminelle de la politique étasunienne au proche-orient :

 

Etait-il imprévoyant, cet élu de l’Illinois qui estimait dès octobre 2002 qu’une invasion de l’Irak ne ferait qu’« attiser les flammes au Proche-Orient, encourager dans le monde arabe les pires impulsions et renforcer le bras recruteur d’Al-Qaida » ? Fut-il plus visionnaire que lui, le vice-président des Etats-Unis qui promit alors que les armées américaines seraient « accueillies en libératrices » ? C’est pourtant le second, M. Richard (« Dick ») Cheney, qui accuse aujourd’hui le premier, M. Barack Obama, d’avoir agi en Irak comme un traître doublé d’un benêt. Et qui conclut avec un culot singulier : « Rarement un président des Etats-Unis se sera autant trompé à propos d’autant de choses au détriment d’autant de gens. »

 

 

Le Monde Diplomatique (72)

  Andrea Purgatori exhume la sombre histoire de l’accident d’Ustica :

Le nouveau président du conseil italien, M. Matteo Renzi, a décidé d’ouvrir les archives des années 1970 et 1980, deux décennies riches en violences et en intrigues. Les familles des quatre-vingt-une victimes du crash d’Ustica, tuées sans mobile apparent, attendaient depuis longtemps l’accès aux documents confidentiels. Au premier rang des suspects, la France se décide aussi à collaborer avec la justice italienne pour dénouer un mystère aux dimensions géopolitiques.

 

 

Qu’annonce l’éclatement irakien, demande Peter Harling ?

L’offensive de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) n’a surpris que ceux qui se désintéressaient de l’évolution du pays depuis le retrait des troupes américaines. L’incompétence du pouvoir central et sa politique favorable aux chiites ont créé les conditions d’une insurrection sunnite.

 

 

Selon Allan Kaval, les Kurdes pourraient bénéficier du chaos irakien :

Les premiers bénéficiaires du chaos irakien pourraient être les Kurdes : ils ont profité des combats pour s’emparer de Kirkouk, qu’ils considèrent comme leur capitale historique. Mais le rêve d’un Etat unifié est encore lointain, car ils ne peuvent se maintenir à l’écart des soubresauts qui agitent la région. Et, en Irak comme dans les pays avoisinants, ils restent profondément divisés.

 

 

Au proche-orient, on risque de se retrouver avec des frontières sans nations (Vicken Cheterian) :

« L’Europe est-elle en train de préparer de nouveaux accords Sykes-Picot ? », me demandait un jour un confrère à Beyrouth, en référence aux accords secrets franco-britanniques qui, en mai 1916, redessinèrent la carte du Proche-Orient. Sa question découlait de deux constats : l’effondrement du vieux système proche-oriental datant de la fin de la première guerre mondiale ; la capacité et la volonté manifeste de l’Europe d’instaurer un nouvel ordre politique dans la région.

La carte actuelle du Proche-Orient est en effet trompeuse. Les frontières délimitant les territoires de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Turquie, du Yémen, etc., sont dorénavant fictives et ne reflètent plus la réalité sur le terrain. Ainsi, la frontière syro-irakienne a cessé d’exister depuis 2012 au moins. Du côté irakien, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) contrôle une grande partie de la province désertique d’Anbar et de larges portions de Fallouja ; il vient de s’emparer de Mossoul. Il est également présent de l’autre côté de la frontière, au cœur du Nord syrien, d’Abou Kamal jusqu’à Rakka et Alep. Rien n’arrête les troupes ou les armes de l’EIIL sur cette frontière anciennement internationale.

 

 

Gérard Mauger  analyse le concept de populisme, ce mot voyageur en Europe :

Les élections européennes de mai dernier ont vu la montée en puissance de partis hostiles aux politiques menées au sein de l’Union. Au-delà de cette opposition, rien ne rapproche ces formations : les unes actualisent l’idéologie nationaliste et conservatrice de l’extrême droite, tandis que les autres se revendiquent de la gauche radicale. Une distinction que les commentateurs négligent. Comment une telle confusion a-t-elle pu s’imposer ?

A l’avant-veille du scrutin européen du 25 mai dernier, lors de son dernier meeting de campagne, à Villeurbanne, le premier ministre Manuel Valls lançait solennellement un appel à l’« insurrection démocratique contre les populismes ». « Populisme » : qui n’a pas entendu cent fois dans la bouche des sondeurs, des journalistes ou des sociologues ce mot où l’on enferme pêle-mêle les opposants — de droite ou de gauche, votants ou abstentionnistes — aux politiques mises en œuvre par les institutions européennes ?

 

 

David Camroux  évoque le « douzième coup d’Etat en Thaïlande » :

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

 

 

Selon Boris Pétric , la Chine va devenir une considérable puissance viticole :

Après le reflux de la crise financière, les exportations mondiales de vin atteignent de nouveaux sommets. Elles représentaient plus de 22 milliards d’euros en 2012. Le vignoble se réduit en Europe, mais s’étend rapidement en Asie. Les Chinois sont devenus les premiers consommateurs de vin rouge et se révèlent également des producteurs de plus en plus avisés.

 

 

Avec Raffaele Laudani, on va un peu plus loin dans la connaissance de Matteo Renzi :

L’homme providentiel d’hier a déçu ? Un autre apparaît, porteur de tous les espoirs. Dernier exemple en date : l’Italien Matteo Renzi, qui a fait des envieux quand son parti est arrivé largement en tête dans la Péninsule lors des élections européennes du 25 mai dernier. Jeune et charismatique, l’homme détiendrait la clé du salut pour une social-démocratie européenne à bout de souffle.

Au soir du 25 mai, lors de l’annonce des derniers résultats des élections européennes, un score enchanta les médias : celui enregistré par M. Matteo Renzi. Le président du conseil italien pouvait en effet se vanter d’être l’un des rares dirigeants du continent à sortir renforcé du scrutin. En obtenant 41 % des suffrages, le Parti démocrate (PD) ne se contentait pas de battre le record établi à gauche par le Parti communiste italien (PCI) d’Enrico Berlinguer aux élections législatives de 1976 (34 %) : il obtenait aussi quinze points de plus que lors du scrutin national de 2013.

En mars 2014, déjà, le banquier d’affaires français Matthieu Pigasse le citait comme une source d’inspiration — le magazine Les Inrockuptibles, dont M.Pigasse est propriétaire, présentait l’ancien maire de Florence comme un dirigeant « jeune, hyperactif, radical et ambitieux », susceptible de « ressusciter l’Italie ». Mais, ce soir-là, M. Renzi se hissait au rang de « meilleur espoir de l’Europe réformiste » pour Les Echos. et à celui de « leader indiscutable de l’Europe » pour El País. Un nouveau « modèle » venait d’apparaître, en mesure de réhabiliter l’idée européenne tout en contrant la montée de l’extrême droite.

 

 

Alban Bensa et Eric Wittersheim  décrivent la société calédonienne en ébullition :

En vertu de l’accord de Nouméa, signé en 1998, la Nouvelle- Calédonie devrait achever son processus de décolonisation en organisant d’ici 2018 un référendum d’autodétermination. La période a été marquée par la montée en puissance des projets miniers et une certaine effervescence culturelle. Mais, comme l’indique le scrutin provincial de mai dernier, le dynamisme social et économique peine à trouver une traduction politique.

 

 

Evelyne Pieiller  pense que l’exception culturelle échappera à la grande braderie :WikiLeaks vient de lever un coin du voile sur les tractations entre Washington, Bruxelles et une vingtaine d’autres capitales autour d’un accord visant à libéraliser le commerce des services (ACS). Autre navire amiral du libre-échange, le grand marché transatlantique (GMT) suscite une inquiétude croissante. Mais que les Français se rassurent : l’exception culturelle échappera à la grande braderie…

 

 

Ibrahim Warde  explique pourquoi les Etats-Unis mettent les banques à l’amende :

Après BNP Paribas, la Deutsche Bank et le Crédit agricole ? L’annonce d’une sanction américaine contre la banque française alarme un secteur peu accoutumé aux remontrances.

En publiant le 29 mai une information selon laquelle l’amende infligée à BNP Paribas pourrait s’élever à 10 milliards de dollars, le Wall Street Journal a produit un choc. La banque est accusée d’avoir, entre 2002 et 2009, enfreint à travers sa filiale suisse les embargos imposés par les Etats-Unis à Cuba, à l’Iran et au Soudan. L’affaire illustre de manière spectaculaire l’évolution de la jurisprudence et des pratiques judiciaires en matière de finance internationale. Depuis plusieurs mois, deux autres établissements français, la Société générale et le Crédit agricole, se trouvent également en délicatesse avec les autorités américaines.

Avant même cette annonce, le président François Hollande avait écrit à son homologue américain pour l’alerter du « caractère disproportionné des sanctions envisagées » contre BNP Paribas. Quant à M. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, il a exprimé son étonnement de voir le droit américain s’appliquer à des transactions « conformes aux règles, lois, réglementations, aux niveaux européen et français, ainsi qu’aux règles édictées par les Nations unies  ».

 

 

Leo Noleti  ne croit pas dans la transparence de la Commission européenne, technocratique, opaque et éloignée des électeurs :

La Commission européenne invite désormais les citoyens à « faire entendre leur voix ». S’engage-t-elle pour autant à les écouter ?

Après des mois de négociations secrètes, la Commission européenne promettait fin mars d’en finir avec l’opacité des tractations entourant le projet de grand marché transatlantique (GMT) : l’heure serait désormais à la transparence, notamment à travers le lancement d’une consultation publique. Adossée à un site Internet permettant à chacun de « faire entendre sa voix », une campagne de communication en vingt langues invitait donc, jusqu’au 6 juillet 2014, les citoyens européens à « donner leur opinion » sur douze aspects du traité en discussion.

 

 

La page du kichnérisme en Argentine semble être tournée (José Natanson) :

Le 16 juin, la Cour suprême des Etats-Unis a validé une décision de justice américaine contraignant Buenos Aires à rembourser des fonds spéculatifs : ces derniers refusent de renégocier la valeur des titres de la dette argentine qu’ils détiennent. L’annonce a encore affaibli la position de la présidente Cristina Kirchner, dont la réélection au premier tour en 2011 semble désormais un lointain souvenir.

Buenos Aires, 1er mars 2014. La présidente Cristina Fernández de Kirchner, récemment remise d’une opération, fait son entrée dans le palais du Congrès. Construit à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment aux réminiscences gréco-romaines symbolise l’âge d’or d’une Argentine entièrement tournée vers l’exportation de produits agricoles. Mme Kirchner vient prononcer le discours d’inauguration de la session parlementaire. Nul ne s’attend à une surprise, les annonces importantes étant traditionnellement réservées à d’autres cénacles. Elle intervient pourtant et ne réside pas dans les trois heures de discours ou les vingt-trois mille trois cent vingt-six mots prononcés, mais dans le ton adopté. Les années précédentes, la présidente profitait de l’occasion pour fondre sur ses adversaires (l’opposition, les médias, le patronat) et défendre ses décisions ; cette fois, elle opte pour la mesure, voire la douceur. Médusée, l’assemblée l’entendra même adresser des compliments aux représentants de l’opposition.

 

 

Peut-on sauver le lac Tchad (Romano prodi) ?:

Au cœur du Sahel, le lac Tchad risque de disparaître. Une revitalisation devient d’autant plus indispensable qu’elle favoriserait la paix dans une région instable. L’ancien président de la Commission européenne Romani Prodi plaide pour la réussite du programme de sauvegarde.

Le lac Tchad se trouve au cœur d’une région d’Afrique centrale caractérisée par une désertification galopante et une croissance démographique record. Situé à la porte du Sahara, il est vulnérable au régime des pluies, qui font depuis toujours fortement varier son niveau. La topographie particulièrement plate de son bassin provoque des mouvements spectaculaires. Depuis 1962, les eaux ont baissé de quatre mètres, réduisant sa superficie de 90%. A partir des années 1980, les évolutions climatiques, telles la sécheresse et les pluies trop faibles, ainsi que la surexploitation des ressources par les riverains – 75 % des eaux seraient détournées en amont –, ont ramené sa taille à moins de deux mille cinq cents kilomètres carrés.

 

 

Sébastien Broca rappelle que le logiciel libre a trente ans :

Collaboratif, ouvert, libre de droits : alors qu’il a fêté ses trente ans d’existence en 2013, le mouvement du logiciel libre incarne plus que jamais une résistance à la privatisation du savoir et de la culture. Des milliers de programmeurs élaborent bénévolement des outils qui servent à tous. Pourtant, les rapports entre ce mouvement et la sphère marchande sont plus étroits qu’on pourrait le penser.

 

 

L’anglais règne dans les facultés bataves (Vincent Doumeyrou) :

« Nous sommes ridicules », clamait le 10 avril 2013 Mme Geneviève Fioraso, ministre française de l’enseignement supérieur et de la recherche : nos universités ne proposent « pas assez de cours en anglais ». Depuis le début des années 1990, les Pays-Bas recommandent justement l’usage de la langue de Shakespeare dans les formations supérieures. Leurs résultats invitent-ils à les suivre ?

En 1989, M. Jozef Ritzen, alors ministre travailliste de l’éducation des Pays-Bas, déclara que les universités devaient donner plus de cours en anglais. Le scandale suscité par l’idée d’une telle atteinte à la culture du pays fut tel que le Parlement adopta une loi faisant du néerlandais la langue d’enseignement officielle.

Aujourd’hui, ce qui avait alors tant affligé l’opinion est dans une large mesure devenu réalité. L’usage de l’anglais demeure certes limité au niveau des licences, ainsi que pour les masters d’enseignement appliqué. Mais il devient désormais majoritaire pour les masters universitaires, les plus prestigieux, hissant les Pays-Bas au premier rang dans l’Europe non anglophone pour le nombre de formations en anglais. Les masters de sciences de la vie, d’ingénieur et d’économie arrivent en tête des formations concernées.

 

 

Le théâtre doit être un service publics (Bruno Boussagol) :

Aller au théâtre est souvent devenu un signe de distinction culturelle. Or, tout au long du siècle dernier, des luttes sociales et politiques ont cherché à permettre à chacun de s’approprier cet art. Ce fut le sens d’une « décentralisation » différente de celle qui, depuis une trentaine d’années, s’est peu à peu dévoyée.

 

 

Selon Benoît Bréville et Jérôme Pellissier ,Jaurès, celui qui unit Valls et Sarkozy (hum…) :

Jean Jaurès n’a pas attendu le centième anniversaire de son assassinat pour être victime de récupérations. Pendant la campagne présidentielle de 2007, M. Nicolas Sarkozy en avait fait une référence récurrente, allant jusqu’à prononcer son nom trente-deux fois dans un même discours : « Il récusait la lutte des classes », affirmait-il alors. Deux ans plus tard, c’est l’extrême droite qui, sur une affiche électorale, attribuait au penseur socialiste une citation frauduleuse – « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien » –, pour en conclure que « Jaurès aurait voté Front national ». L’audace de certains dirigeants politiques étant sans limites, le Parti socialiste (PS) profite actuellement des commémorations de 1914 pour comparer l’adversaire de la guerre à... M. François Hollande.

Andrea Purgatori exhume la sombre histoire de l’accident d’Ustica :

Le nouveau président du conseil italien, M. Matteo Renzi, a décidé d’ouvrir les archives des années 1970 et 1980, deux décennies riches en violences et en intrigues. Les familles des quatre-vingt-une victimes du crash d’Ustica, tuées sans mobile apparent, attendaient depuis longtemps l’accès aux documents confidentiels. Au premier rang des suspects, la France se décide aussi à collaborer avec la justice italienne pour dénouer un mystère aux dimensions géopolitiques.

 

 

Qu’annonce l’éclatement irakien, demande Peter Harling ?

L’offensive de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) n’a surpris que ceux qui se désintéressaient de l’évolution du pays depuis le retrait des troupes américaines. L’incompétence du pouvoir central et sa politique favorable aux chiites ont créé les conditions d’une insurrection sunnite.

 

 

Selon Allan Kaval, les Kurdes pourraient bénéficier du chaos irakien :

Les premiers bénéficiaires du chaos irakien pourraient être les Kurdes : ils ont profité des combats pour s’emparer de Kirkouk, qu’ils considèrent comme leur capitale historique. Mais le rêve d’un Etat unifié est encore lointain, car ils ne peuvent se maintenir à l’écart des soubresauts qui agitent la région. Et, en Irak comme dans les pays avoisinants, ils restent profondément divisés.

par Allan Kaval, juillet 2014

 

 

Au proche-orient, on risque de se retrouver avec des frontières sans nations (Vicken Cheterian) :

« L’Europe est-elle en train de préparer de nouveaux accords Sykes-Picot ? », me demandait un jour un confrère à Beyrouth, en référence aux accords secrets franco-britanniques qui, en mai 1916, redessinèrent la carte du Proche-Orient. Sa question découlait de deux constats : l’effondrement du vieux système proche-oriental datant de la fin de la première guerre mondiale ; la capacité et la volonté manifeste de l’Europe d’instaurer un nouvel ordre politique dans la région.

La carte actuelle du Proche-Orient est en effet trompeuse. Les frontières délimitant les territoires de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Turquie, du Yémen, etc., sont dorénavant fictives et ne reflètent plus la réalité sur le terrain. Ainsi, la frontière syro-irakienne a cessé d’exister depuis 2012 au moins. Du côté irakien, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) contrôle une grande partie de la province désertique d’Anbar et de larges portions de Fallouja ; il vient de s’emparer de Mossoul. Il est également présent de l’autre côté de la frontière, au cœur du Nord syrien, d’Abou Kamal jusqu’à Rakka et Alep. Rien n’arrête les troupes ou les armes de l’EIIL sur cette frontière anciennement internationale.

 

 

Gérard Mauger  analyse le concept de populisme, ce mot voyageur en Europe :

Les élections européennes de mai dernier ont vu la montée en puissance de partis hostiles aux politiques menées au sein de l’Union. Au-delà de cette opposition, rien ne rapproche ces formations : les unes actualisent l’idéologie nationaliste et conservatrice de l’extrême droite, tandis que les autres se revendiquent de la gauche radicale. Une distinction que les commentateurs négligent. Comment une telle confusion a-t-elle pu s’imposer ?

par Gérard Mauger, juillet 2014

A l’avant-veille du scrutin européen du 25 mai dernier, lors de son dernier meeting de campagne, à Villeurbanne, le premier ministre Manuel Valls lançait solennellement un appel à l’« insurrection démocratique contre les populismes ». « Populisme » : qui n’a pas entendu cent fois dans la bouche des sondeurs, des journalistes ou des sociologues ce mot où l’on enferme pêle-mêle les opposants — de droite ou de gauche, votants ou abstentionnistes — aux politiques mises en œuvre par les institutions européennes ?

 

 

David Camroux  évoque le « douzième coup d’Etat en Thaïlande » :

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

 

 

Selon Boris Pétric , la Chine va devenir une considérable puissance viticole :

Après le reflux de la crise financière, les exportations mondiales de vin atteignent de nouveaux sommets. Elles représentaient plus de 22 milliards d’euros en 2012. Le vignoble se réduit en Europe, mais s’étend rapidement en Asie. Les Chinois sont devenus les premiers consommateurs de vin rouge et se révèlent également des producteurs de plus en plus avisés.

 

 

Avec Raffaele Laudani, on va un peu plus loin dans la connaissance de Matteo Renzi :

L’homme providentiel d’hier a déçu ? Un autre apparaît, porteur de tous les espoirs. Dernier exemple en date : l’Italien Matteo Renzi, qui a fait des envieux quand son parti est arrivé largement en tête dans la Péninsule lors des élections européennes du 25 mai dernier. Jeune et charismatique, l’homme détiendrait la clé du salut pour une social-démocratie européenne à bout de souffle.

Au soir du 25 mai, lors de l’annonce des derniers résultats des élections européennes, un score enchanta les médias : celui enregistré par M. Matteo Renzi. Le président du conseil italien pouvait en effet se vanter d’être l’un des rares dirigeants du continent à sortir renforcé du scrutin. En obtenant 41 % des suffrages, le Parti démocrate (PD) ne se contentait pas de battre le record établi à gauche par le Parti communiste italien (PCI) d’Enrico Berlinguer aux élections législatives de 1976 (34 %) : il obtenait aussi quinze points de plus que lors du scrutin national de 2013.

En mars 2014, déjà, le banquier d’affaires français Matthieu Pigasse le citait comme une source d’inspiration — le magazine Les Inrockuptibles, dont M.Pigasse est propriétaire, présentait l’ancien maire de Florence comme un dirigeant « jeune, hyperactif, radical et ambitieux », susceptible de « ressusciter l’Italie ». Mais, ce soir-là, M. Renzi se hissait au rang de « meilleur espoir de l’Europe réformiste » pour Les Echos. et à celui de « leader indiscutable de l’Europe » pour El País. Un nouveau « modèle » venait d’apparaître, en mesure de réhabiliter l’idée européenne tout en contrant la montée de l’extrême droite.

 

 

Alban Bensa et Eric Wittersheim  décrivent la société calédonienne en ébullition :

En vertu de l’accord de Nouméa, signé en 1998, la Nouvelle- Calédonie devrait achever son processus de décolonisation en organisant d’ici 2018 un référendum d’autodétermination. La période a été marquée par la montée en puissance des projets miniers et une certaine effervescence culturelle. Mais, comme l’indique le scrutin provincial de mai dernier, le dynamisme social et économique peine à trouver une traduction politique.

 

 

Evelyne Pieiller  pense que l’exception culturelle échappera à la grande braderie :WikiLeaks vient de lever un coin du voile sur les tractations entre Washington, Bruxelles et une vingtaine d’autres capitales autour d’un accord visant à libéraliser le commerce des services (ACS). Autre navire amiral du libre-échange, le grand marché transatlantique (GMT) suscite une inquiétude croissante. Mais que les Français se rassurent : l’exception culturelle échappera à la grande braderie…

 

 

Ibrahim Warde  explique pourquoi les Etats-Unis mettent les banques à l’amende :

Après BNP Paribas, la Deutsche Bank et le Crédit agricole ? L’annonce d’une sanction américaine contre la banque française alarme un secteur peu accoutumé aux remontrances.

En publiant le 29 mai une information selon laquelle l’amende infligée à BNP Paribas pourrait s’élever à 10 milliards de dollars, le Wall Street Journal a produit un choc. La banque est accusée d’avoir, entre 2002 et 2009, enfreint à travers sa filiale suisse les embargos imposés par les Etats-Unis à Cuba, à l’Iran et au Soudan. L’affaire illustre de manière spectaculaire l’évolution de la jurisprudence et des pratiques judiciaires en matière de finance internationale. Depuis plusieurs mois, deux autres établissements français, la Société générale et le Crédit agricole, se trouvent également en délicatesse avec les autorités américaines.

Avant même cette annonce, le président François Hollande avait écrit à son homologue américain pour l’alerter du « caractère disproportionné des sanctions envisagées » contre BNP Paribas. Quant à M. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, il a exprimé son étonnement de voir le droit américain s’appliquer à des transactions « conformes aux règles, lois, réglementations, aux niveaux européen et français, ainsi qu’aux règles édictées par les Nations unies  ».

 

 

Leo Noleti  ne croit pas dans la transparence de la Commission européenne, technocratique, opaque et éloignée des électeurs :

La Commission européenne invite désormais les citoyens à « faire entendre leur voix ». S’engage-t-elle pour autant à les écouter ?

Après des mois de négociations secrètes, la Commission européenne promettait fin mars d’en finir avec l’opacité des tractations entourant le projet de grand marché transatlantique (GMT) : l’heure serait désormais à la transparence, notamment à travers le lancement d’une consultation publique. Adossée à un site Internet permettant à chacun de « faire entendre sa voix », une campagne de communication en vingt langues invitait donc, jusqu’au 6 juillet 2014, les citoyens européens à « donner leur opinion » sur douze aspects du traité en discussion.

 

 

La page du kichnérisme en Argentine semble être tournée (José Natanson) :

Le 16 juin, la Cour suprême des Etats-Unis a validé une décision de justice américaine contraignant Buenos Aires à rembourser des fonds spéculatifs : ces derniers refusent de renégocier la valeur des titres de la dette argentine qu’ils détiennent. L’annonce a encore affaibli la position de la présidente Cristina Kirchner, dont la réélection au premier tour en 2011 semble désormais un lointain souvenir.

Buenos Aires, 1er mars 2014. La présidente Cristina Fernández de Kirchner, récemment remise d’une opération, fait son entrée dans le palais du Congrès. Construit à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment aux réminiscences gréco-romaines symbolise l’âge d’or d’une Argentine entièrement tournée vers l’exportation de produits agricoles. Mme Kirchner vient prononcer le discours d’inauguration de la session parlementaire. Nul ne s’attend à une surprise, les annonces importantes étant traditionnellement réservées à d’autres cénacles. Elle intervient pourtant et ne réside pas dans les trois heures de discours ou les vingt-trois mille trois cent vingt-six mots prononcés, mais dans le ton adopté. Les années précédentes, la présidente profitait de l’occasion pour fondre sur ses adversaires (l’opposition, les médias, le patronat) et défendre ses décisions ; cette fois, elle opte pour la mesure, voire la douceur. Médusée, l’assemblée l’entendra même adresser des compliments aux représentants de l’opposition.

 

 

Peut-on sauver le lac Tchad (Romano prodi) ?:

Au cœur du Sahel, le lac Tchad risque de disparaître. Une revitalisation devient d’autant plus indispensable qu’elle favoriserait la paix dans une région instable. L’ancien président de la Commission européenne Romani Prodi plaide pour la réussite du programme de sauvegarde.

Le lac Tchad se trouve au cœur d’une région d’Afrique centrale caractérisée par une désertification galopante et une croissance démographique record. Situé à la porte du Sahara, il est vulnérable au régime des pluies, qui font depuis toujours fortement varier son niveau. La topographie particulièrement plate de son bassin provoque des mouvements spectaculaires. Depuis 1962, les eaux ont baissé de quatre mètres, réduisant sa superficie de 90%. A partir des années 1980, les évolutions climatiques, telles la sécheresse et les pluies trop faibles, ainsi que la surexploitation des ressources par les riverains – 75 % des eaux seraient détournées en amont –, ont ramené sa taille à moins de deux mille cinq cents kilomètres carrés.

 

 

Sébastien Broca rappelle que le logiciel libre a trente ans :

Collaboratif, ouvert, libre de droits : alors qu’il a fêté ses trente ans d’existence en 2013, le mouvement du logiciel libre incarne plus que jamais une résistance à la privatisation du savoir et de la culture. Des milliers de programmeurs élaborent bénévolement des outils qui servent à tous. Pourtant, les rapports entre ce mouvement et la sphère marchande sont plus étroits qu’on pourrait le penser.

 

 

L’anglais règne dans les facultés bataves (Vincent Doumeyrou) :

« Nous sommes ridicules », clamait le 10 avril 2013 Mme Geneviève Fioraso, ministre française de l’enseignement supérieur et de la recherche : nos universités ne proposent « pas assez de cours en anglais ». Depuis le début des années 1990, les Pays-Bas recommandent justement l’usage de la langue de Shakespeare dans les formations supérieures. Leurs résultats invitent-ils à les suivre ?

En 1989, M. Jozef Ritzen, alors ministre travailliste de l’éducation des Pays-Bas, déclara que les universités devaient donner plus de cours en anglais. Le scandale suscité par l’idée d’une telle atteinte à la culture du pays fut tel que le Parlement adopta une loi faisant du néerlandais la langue d’enseignement officielle.

Aujourd’hui, ce qui avait alors tant affligé l’opinion est dans une large mesure devenu réalité. L’usage de l’anglais demeure certes limité au niveau des licences, ainsi que pour les masters d’enseignement appliqué. Mais il devient désormais majoritaire pour les masters universitaires, les plus prestigieux, hissant les Pays-Bas au premier rang dans l’Europe non anglophone pour le nombre de formations en anglais. Les masters de sciences de la vie, d’ingénieur et d’économie arrivent en tête des formations concernées.

 

 

Le théâtre doit être un service publics (Bruno Boussagol) :

Aller au théâtre est souvent devenu un signe de distinction culturelle. Or, tout au long du siècle dernier, des luttes sociales et politiques ont cherché à permettre à chacun de s’approprier cet art. Ce fut le sens d’une « décentralisation » différente de celle qui, depuis une trentaine d’années, s’est peu à peu dévoyée.

 

 

Selon Benoît Bréville et Jérôme Pellissier ,Jaurès, celui qui unit Valls et Sarkozy (hum…) :

Jean Jaurès n’a pas attendu le centième anniversaire de son assassinat pour être victime de récupérations. Pendant la campagne présidentielle de 2007, M. Nicolas Sarkozy en avait fait une référence récurrente, allant jusqu’à prononcer son nom trente-deux fois dans un même discours : « Il récusait la lutte des classes », affirmait-il alors. Deux ans plus tard, c’est l’extrême droite qui, sur une affiche électorale, attribuait au penseur socialiste une citation frauduleuse – « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien » –, pour en conclure que « Jaurès aurait voté Front national ». L’audace de certains dirigeants politiques étant sans limites, le Parti socialiste (PS) profite actuellement des commémorations de 1914 pour comparer l’adversaire de la guerre à... M. François Hollande.

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 05:09

Le dossier central de ce numéro est consacré au flicage, privé ou institutionnalisé, des populations.

 

Avant cela, un long éditorial de Paul Ariès sur la toxicité du FN. Article très argumenté dont je livre simplement cette réflexion qui remet bien des pendules à l’heure : « Les électeurs du FN ne sont pas des enfants perdus de la gauche mais les bâtards des gauches perdues. »

 

Dans Le profilage des populations (livre récent dont Les Zindigné(e)s offre des extraits, Armand Mattelart et André Vitalis rappelle que le livret ouvrier date de Napoléon, à l’époque du triomphe du libre échange. Aujourd’hui, expliquent les auteurs, il est inutile de convoquer Big Brother, 1984 décrivant une société totalitaire, alors que la surveillance de masse aujourd’hui s’exerce sur des populations de pays en principe démocratique. Une surveillance qui dans les faits, est incapable, et ne sert pas à prévenir, comme l’a récemment montré, malgré les milliers de caméras situées sur la Cote d’Azur, de la deuxième (ou première ?) fortune de Monaco. Quant au monde d’internet, c’est théoriquement un monde de liberté, mais sous le regard des puissances économiques et policières.

 

Mattelart et Vitalis pensent qu’il faut rapidement restaurer l’autorité de la CNIL dont les prérogatives n’ont cessé d’être rognées.

 

Thierry Brugvin explique en quoi les services secrets sont, in fine, au service des élites capitalistes, ceux des industries de l’armement en particulier.

 

Michel Lepesant pense que « la croissance, c’est fini » : « Le train fou de la croissance va peut-être s’arrêter mais depuis trop longtemps il a dépassé le plafond de la soutenabilité écologique. »

 

Florent Bussy réfléchit sur la voiture, fantasme ou liberté. Elle alimente nos rêves, mais, pour beaucoup, elle est indispensable à une vie de qualité. Pourquoi sommes-nous dépendants ?

 

Aurélien Bernier (“ Pour un protectionnisme écologique et social ”) met en pièce le postulat du socialiste bien connu Pascal Lamy selon lequel « L’ouverture commerciale crée de la concurrence, qui crée de la spécialisation, qui crée de l’efficience, qui crée de la croissance ».

 

Frédéric Viale (ATTAC) explique que les négociations sur les accords de libre échange n’ont rien à voir avec l’abaissement des droits de douane mais avec la fin définitive des normes intérieures des États.

 

Vincent Liégey se demande s’il est possible de relocaliser. Ce ne sera possible que si l’on redonne un sens social et environnemental à la production.

 

Boris Bilia et Hadrien Toucel (le PG) estime qu’il faut mettre rapidement en place un contrôle des capitaux et introduire des contraintes de relocalisation dans la commande publique.

 

Thierry Brugvin demande comment concilier commerce équitable et relocalisation écosocialiste. Le commerce équitable pourrait être majoritairement Sud-Sud et Nord-Nord.

 

 

Les Zindigné(e)s, n° 16

Samir Amin (“ Émergence ou lumpen développement ” pense que « l’émergence ne se mesure ni par un taux de croissance du PIB élevé sur une période longue, ni par le fait que la société concernée ait atteint un niveau élevé de son PIB per capita. L’émergence implique bien davantage. Un pays n’est émergent que dans la mesure où la logique mise en œuvre par le pouvoir s’assigne l’objectif de construire et de renforcer une économie autocentrée (fut-elle ouverte sur l’extérieur) et d’affirmer par là même sa souveraineté économique nationale. L’émergence est aussi un projet politique et pas seulement économique. » Attention au « maldéveloppement », au lumpen développement. S. Amin estime que la Turquie, l’Iran et l’Égypte font désormais partie du groupe des pays non-émergents.

 

Pour la grammairienne Viviane Point, le succès du discours de M. Le Pen s’explique en priorité par son aptitude à évacuer toute idéologie. Elle utilise par ailleurs un discours de la terreur, un discours de l’émotion, non rationnel.

 

La philosophe Véronique Bergen est une spécialiste de la mode (http://laviemanifeste.com/archives/8616). Elle explique pourquoi la mode est un laboratoire du social.

 

Pour Nicolas Desbois, c’est dans l’osmose entre l’homme et la consommation que l’idéologie dominante trouve une de ses portes d’entrée favorites pour venir nous habiter.

 

Cela n’empêcge pas, selon Yann Fiévet, la « grande distrib’ » (comme il faut dire) de prospérer : « L’économie est en panne, au grand dam des fanas de la Croissance providentielle qui ne cessent d’annoncer son retour prochain.

 

En attendant le miracle l’argent manque, nous dit-on, pour financer ce qui devrait demeurer l’essentiel : la construction de logements sociaux ou le financements de projets économiques plus doux à l’environnement et moins gourmands en énergie. Il est au moins un domaine qui rompt avec ce constat de l’investissement défaillant : la Grande distrib ». Partout en France des centres commerciaux toujours plus vastes continuent de sortir de terre, d’une terre. »

 

 

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 05:22

Le premier homme. Le livre fut publié en 1994. Albert Camus l’avait écrit vers 1960. Il s'agissait d'une méditation sur son enfance de pauvre, d'orphelin de père dans l'Algérie du début du XXe siècle. Et également d'un hommage à son instituteur. Au temps où les “ hussards de la République ” pouvaient sauver des vies, être des “ anti-destins ”, comme disait Malraux.

 

 

« Les vacances aussi ramenaient Jacques à sa famille, du moins dans les premières années. Personne chez eux n'avait de congés, les hommes travaillaient sans répit, tout au long de l'année. Seul l'accident de travail, quand ils étaient employés par des entreprises qui les avaient assurés contre ce genre de risques, leur donnait du loisir, et leurs vacances passaient par l'hôpital et le médecin. L'oncle Ernest par exemple, à un moment où il se sentait épuisé, s'était, comme il disait, « mis à l'assurance », en s'enlevant volontairement à la varlope un épais copeau de viande sur la paume de la main. Quant aux femmes, et Catherine Cormery [mère de Camus] elles travaillaient sans trêve, pour la bonne raison que le repos signifiait pour eux tous des repas plus légers. Le chômage, qui n'était assuré par rien, était le mal le plus redouté. Cela expliquait que ces ouvriers, chez Pierre comme chez Jacques, qui toujours dans la vie quotidienne étaient les plus tolérants des hommes, fussent toujours xénophobes dans les questions de travail, accusant successivement les Italiens, les Juifs, les Arabes et finalement la terre entière de leur voler leur travail – attitude déconcertante certainement pour les intellectuels qui font la théorie du prolétariat, et pourtant fort humaine et bien excusable. Ce n'était pas la domination du monde ou les privilèges d'argent et de loisirs que ces nationalistes inattendus disputaient aux autres nationalités, mais le privilège de la servitude. Le travail dans ce quartier n'était pas une vertu, mais une nécessité qui, pour faire vivre, conduisait à la mort. »

 

 

Le premier homme.

Folio pp 278-279

Pourquoi des ouvriers votent pour l’extrême droite ? La réponse de Camus
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