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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 05:30
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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 05:30

 

Pour Anna Feigenbaum (Le Monde Diplomatique), depuis la Grande Guerre, les gaz lacrymogènes, ces “ larmes en or ” présentées comme inoffensives, sont devenues une arme universelle de la répression : « Comme les manifestants français – ceux de Mai 68, mais aussi ceux qui se mobilisent pour  Notre-Dame-des-Landes ou contre la sélection universitaire à Nanterre, les protestataires du monde entier font une expérience commune : l’inhalation de gaz lacrymogène.  »

 

Pour L’Obs, le roi du Maroc Mohammed VI est enfin légitimé car le grand hebdomadaire de gauche et de référence en a fait un pipeul : « Maroc : Mohammed VI, ses amours, ses emmerdes... Divorce, vacance du pouvoir, santé… Mohammed VI est au centre de rumeurs et de critiques déstabilisatrices. Entre politique du silence, dissimulation et manipulation, le palais brouille les cartes. »

 

 

 

Revue de presse (243)

 

Après cela, Le Grand Soir peut toujours nous parler longuement, sous la plume de Patrice Aubert, de la SNCF et du TGV en tant que modèle économique et idéologique : « Si, au début de l’introduction du TGV, la SNCF ciblait le transport des voyageurs, rapidement avec le développement du concept de mondialisation et de la logique de flux qu’il sous tend, et des « mobilités » qu’imposent ce modèle, le TGV se fit rapidement « outil de la mobilité du business » au service des métropoles. Le rôle des TGV ne fut plus de répondre aux besoins de déplacement des « usagers », mais de répondre aux besoins du business des centres de commandement de la mondialisation, dénommés Métropoles. Il fallait transporter le plus rapidement possible vers Paris, Métropole mondiale, les managers des métropoles mondialisées secondaires (Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux, Lille), expliquant le développement des lignes TGV. »

 

Le site Anti-K évoque une action très originale menée par des femmes en Argentine : « Après qu’une lycéenne de Buenos Aires a été sanctionnée pour ne pas avoir porté de soutien-gorge, des milliers de jeunes filles du pays ont rejoint les luttes pour les droits des femmes. On surnomme cette lutte « l’affaire du soutien-gorge ». Une dénomination qui pourrait prêter à sourire, si l’anecdote n’illustrait un profond bouleversement chez les jeunes filles argentines. Lundi 23 avril, Bianca, lycéenne de 16 ans, s’est vue sanctionnée car elle ne portait pas de soutien-gorge sous sa robe longue : d’abord invitée à se couvrir de sa veste par la directrice croisée dans un couloir, puis renvoyée se rhabiller chez elle. « Il y a encore quelques années, personne n’aurait rien fait contre cette décision machiste, signale Gianina, lycéenne de Reconquista. Mais là : organisation, réaction, action ! On ne se laisse plus faire ! » Le lycée a été tapissé de panneaux aux messages de soutien féministes, et un grand « lâcher de soutiens-gorge » a été prévu deux jours plus tard devant le ministère de l’Education en protestation.

 

 

 

Sur le site Regards, Philippe Golub est inquiet pour l’Europe depuis la décision de Trump de dénoncer l’accord avec Téhéran : « L’Europe va se retrouver dans une situation extrêmement difficile puisque les États-Unis vont bientôt réimposer des sanctions extraterritoriales sur toutes les entreprises ou instituions financières qui ont réinvesti l’Iran.

Toutes ces entreprises vont être assujetties aux lois extraterritoriales américaines et se verront imposer des pénalités lourdes si elles ne respectent pas les termes de la loi américaine et l’embargo américain. Or, le marché américain est de la plus haute importance pour toutes les entreprises internationales ou transnationales du monde, celles de l’Europe aussi, bien entendu. En l’absence d’une politique européenne commune hardie, ces entreprises n’auront d’autre choix que de se plier aux sanctions américaines, au diktat américain.

C’est ce qu’on appelle, en matière de relations internationales, le pouvoir structurel des Etats-Unis : leur position structurelle dans le système économique mondial leur permet d’imposer leurs préférences aux autres acteurs et de contraindre leurs choix. Les Européens n’ont pas, pour l’heure, les moyens de répliquer efficacement aux lois extraterritoriales américaines.

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 08:22

Et même de la culture populaire !!!

Comment, mais c'est de l'art !
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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 05:24

 

Le cinéaste Roman Polanski vient d’être expulsé de l’Académie des Oscars.

 

Il y a 41 ans, Polanski a eu une relation sexuelle très ambiguë avec Samantha, une ado de 13 ans qui avait accepté, encouragée par sa mère, de se laisser photographier par lui dans la villa de Jack Nicholson. Ayant ingéré de l’alcool et un puissant sédatif, l’enfant était dans un état de grande confusion : elle déclara plus tard avoir « laissé faire » Polanski, pouvoir « à peine se souvenir de ce qui était arrivé », étant « dans une sorte de brouillard ». Dans son autobiographie, elle écrivit ceci : « Il me demande si j’éprouve du plaisir, c’est le cas. Et ça, c’est déjà assez horrible en soi. Mon esprit se débat mais mon corps me trahit ».

 

Polanski reconnut sa responsabilité morale et légale dans ce qui était rien moins qu'une agression sexuelle caractérisée. La jeune adolescente accepta ses excuses et s’exprima au tribunal en sa faveur.

 

Comme c’est souvent le cas aux États-Unis, sans que ce soit pour autant une garantie de bonne et saine justice, Polanski et la famille de la victime transigèrent. La famille de Samantha (qui ne voulait pas de procès public pour ne pas exposer l’enfant) accepta l’abandon des accusations les plus graves – Polanski était inculpé pour six chefs : avoir fourni une substance prohibée à une mineure, s'être livré à des actes licencieux et de débauche, s'être rendu coupable de relations sexuelles illicites, de perversion, de sodomie et de viol – et une condamnation sans procès. Quelques mois plus tard, Polanski changea de stratégie en plaidant coupable de rapports sexuels illégaux avec un enfant mineur, les autres charges étant abandonnées à la suite de la négociation.

 

Le juge Rittenband condamna Polanski à 90 jours de prison et à une « évaluation diagnostique ». Il accorda au réalisateur un sursis afin qu'il puisse terminer en Europe et en Polynésie la préparation d'une nouvelle version du film The Hurricane de John Ford. Polanski fut emprisonné dans l’établissement pénitentiaire de Chino où il passa 42 jours avant d’être libéré pour bonne conduite.

 

Le lendemain de sa sortie de prison, le juge Rittenband, sensible à son avenir politique, déclara qu’il allait condamner le réalisateur à une peine à « durée indéterminée ». Selon le droit du pays, cette prolongation pouvait durer 50 ans. Polanski quitta les États-Unis pour l’Europe.

 

Des autorités étasuniennes ouvrent alors un dossier d’extradition à l’encontre du cinéaste. La France, qui, généralement, refuse l’extradition de ses propres citoyens (Polanski est français), fait savoir que le cinéaste ne sera pas renvoyé aux Etats-Unis. L'accusation, le procureur et la défense dénoncent l'attitude du juge qui est déchargé du dossier en février 1978 pour « irrégularités ».

 

L'affaire est confiée au juge Paul Breckinridge qui refuse de juger Polanski par contumace. 

 

En 1988, Polanski épouse Emmanuelle Seigner, dont il aura deux enfants.

 

En février 2003, alors que le réalisateur est nommé pour l’Oscar du meilleur réalisateur pour son film Le Pianiste (oscar qui lui sera attribué), Samantha prend publiquement sa défense et déclare que leur affaire ne doit pas entrer en considération pour juger son travail..Elle défend également la décision du réalisateur d'avoir fui les États-Unis et réitère son souhait qu'il soit mis fin aux poursuites, répétant, une fois de plus, qu’elle a pardonné. Elle est en correspondance avec Polanski depuis 2009.

 

En état de droit démocratique, que dire de cette affaire, sinon qu’elle est classée et archi classée ?

 

Entre 2010 et 2017, dix femmes (dont une enfant de 9 ans au moment des faits présumés) vont porter contre Polanski des accusations de viol. Aucune de ses plaintes ne débouchera sur une inculpation.

 

L’Académie des Oscars, qui a couronné Polanski en son temps, et qui n’a jamais bougé un petit doigt contre les agressions sexuelles du temps de la splendeur du producteur Harvey Weinstein, a donc décidé, quarante ans après des faits incontestables mais jugés, d’exclure Polanski. Par une lettre non signée. Sans respecter ses propres statuts, ou encore le Code californien des entreprises. Siégeaient au sein de l'Académie, entre autres, Steven Spielberg et Tom Hanks. Samantha a estimé que la décision de l'Académie était « une mesure laide et cruelle qui sert les apparences ».

 

L’un des mythes fondateurs des Etats-Unis est l’épisode des sorcières de Salem : en 1692, 25 personnes furent exécutées pour sorcellerie, dont un homme de 80 ans qui mourut après trois jours d’atroces souffrances, écrasé par de lourdes pierres posées sur lui.

 

J’ai eu récemment connaissance d’une tentative de mini procès de Salem au sein de l’université française. Dans un établissement que je connais indirectement, un enseignant a été condamné par le conseil de discipline à une suspension d’un an sans traitement pour avoir harcelé verbalement plusieurs doctorantes et pour avoir eu, à leur encontre, des gestes déplacés. Pas de viol, pas de tentative de viol, pas d'attouchements directs. Dans l’université française, lorsqu’un jugement est rendu par un conseil de discipline, les composantes sont informées des faits, mais sans que le nom du condamné soit rendu public. Les cas les plus fréquents concernent des étudiants ayant fraudé aux examens. Dans l’affaire que j’évoque ici, l’enseignant nie ce qui lui est reproché et a fait appel. Il est donc considéré comme potentiellement innocent, malgré sa suspension sans solde.

 

Une enseignante étasunienne en poste dans cette université vient de demander à ce que le nom du condamné soit rendu public. De très nombreuses personnes connaissent l’identité de l'enseignant incriminé. Mais cela ne suffit pas pour la puritaine de service : il faut afficher, stigmatiser. Si l’on suivait cette Fouquier-Tinville qui remplace la loi par un prurit moral, on aurait alors la quasi certitude que la carrière de l’accusé serait terminée, même si, en appel, son innocence était reconnue.

 

 

 

 

 

Pour Roman Polanski, contre les juges de Salem
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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 05:28

Ci-dessous une réflexion de David Roche, professeur d'Études cinématographiques l'université Jean-Jaurès de Toulouse

 

« Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia,

parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre

qu'il avait créée en la faisant ».

La Genèse

 

 

On commence à évoquer le caractère anxiogène de Parcoursup pour les étudiants. APB avait laissé 117.000 jeunes dans l’incertitude au mois de juin 2017, combien de candidats seront « en attente » au soir du 22 mai 2018 ? On évoque le chiffre de 100.000, peut-être beaucoup plus à lire la Cour des comptes.

 

Cela n’a pas l’air d’émouvoir les partisans de la loi ORE qui estiment qu’avec les «attendus» ils pourront enfin sélectionner les étudiants à l’université. Mais ces partisans de la sélection n’ont pas compris l’effet pervers de Parcoursup pour les universités : celui de mettre aussi les licences « en attente ». Loin de renforcer le prestige de la licence, Parcoursup en fait la variable d’ajustement de l’accès au supérieur. Pour le comprendre il faut se replonger dans le calendrier prévu par l’arrêté du 9 mars 2018.

 

Tout commence le 22 mai. Les candidats reçoivent la réponse à leurs vœux. Les universités recherchant les mêmes profils, une minorité de candidats va recevoir plusieurs acceptations, les autres étant « en attente ». C’est le désistement des candidats les mieux placés qui permettra à ceux qui sont moins bien classés de trouver une place. Ce processus va prendre du temps.

 

Dans une vision biblique, messianique même, de Parcoursup, la ministre Vidal prévoit qu’à l’aube du 7ème jour, sans confirmation, le « Oui » disparaît et la place est proposée aux autres candidats. On refait le Monde! Un étudiant reçoit une proposition le 22 mai il doit répondre avant le 28 mai. S’il décline l’offre, une place se libère pour un autre candidat. Nous sommes le 29 mai. Ce nouveau candidat peut accepter la nouvelle offre ou la refuser. Nous sommes le 5 juin. Et l’opération se répète. Nous sommes le 12 juin. Le processus se complique car la procédure est suspendue du 18 au 25 juin. Le troisième candidat aura donc jusqu’au 26 juin pour accepter ou refuser. S’il ne dit rien, le quatrième candidat par ordre de classement décroissant ne recevra une proposition que le 27 juin. La procédure s’accélère, il aura jusqu’au 1er juillet pour accepter ou refuser, délai ramené à 3 jours pour les propositions reçues entre le 29 juin et le 1er septembre. Les collègues qui ont classé les candidatures vont donc devoir attendre plusieurs semaines, plusieurs mois, pour connaître l’effectif de leur formation. Et l’attente va en réalité se prolonger bien plus longtemps pour les licences.

 

Les données disponibles sur la répartition des vœux dans Parcoursup montrent une concentration des candidatures sur certaines universités et sur les filières sélectives. Prenons l’exemple d’un candidat qui postule dans des filières sélectives et dans une licence. Il est accepté en licence, mais est encore « en attente » sur ses vœux sélectifs. Parcoursup donne alors la possibilité au candidat de « bloquer » une proposition tout en conservant ses choix « en attente ». Il confirmera son acceptation en licence, mais maintiendra ses vœux dans les filières sélectives. Aucune place ne se libère pour les candidats moins bien classés. La procédure est « gelée » le temps que les filières sélectives se remplissent, sans que les collègues de licence le sachent. Si notre candidat reçoit quelques jours ou quelques semaines plus tard une réponse positive sur un choix sélectif, il pourra renoncer à son inscription en licence. Soudain des places vacantes vont apparaître et les étudiants les mieux classés vont quitter le navire. J’imagine l’étonnement de certains collègues, mais continuons à raisonner sur les choix probables.

 

Prenons un deuxième étudiant, dont le dossier est un peu moins brillant. Comme le soulignait la Cour des comptes (p. 25), par sécurité il est probable qu’il confirme tout de suite la proposition qui lui est faite. Il n’attendra pas que les candidats les mieux placés arbitrent entre les offres sélectives et les licences. Lorsque des places vont se libérer en fin de procédure, c’est donc dans le vivier des candidats les moins bien classés que les offres vont se discuter et non dans celui des candidats intermédiaires.

 

 


 

 

 

Parcoursup : les licences « en attente »

 

La dernière étape ne fera que renforcer ce phénomène. La ministre ayant insisté sur le fait que cette année tous les candidats pourraient s’inscrire dans le SUP, les recteurs vont avoir fort à faire en septembre. En 2017, on a vu que les difficultés se sont concentrées sur les étudiants titulaires d’un bac pro qui n’étaient pas soumis au dispositif de la « pastille verte », c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas obligés de demander une inscription dans une formation non sélective. Avec la disparition de la « pastille verte » dans Parcoursup, le risque est encore plus élevé cette année. Il n'est pas besoin d'être devin pour prédire qu’en septembre de nombreux bacheliers pros vont se retrouver sans affectation. C’est au recteur qu’il reviendra de les inscrire. Dans quelles formations ? Et bien les licences car ce sera le plus simple et les filières sélectives auront fait le plein. Comme Perette les partisans de la sélection dans Parcoursup découvriront, mais bien tard, qu’ils sont gros Jean comme devant. Ils découvriront également que Parcoursup n'a pas seulement sélectionné les étudiants, la plateforme aura aussi sélectionné les universités et leurs formations.

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 05:38

Ce rêve est réalité, à 30 minutes de Calais.

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:26

 

 

Selon Marianne, avec sa blagounette (Emmanuel Macron ? “Le président des très riches”), François Hollande était en dessous de l’étiage. Le magazine Forbesle sacre en couverture “ leader de l’économie de marché ”. Avec la fin de l’exit tax en 2019, le Président fait surtout les affaires des ultra-riches. Le cadeau est sans précédent : il s'approche du milliard d'euros. Mais pour Macron, cet impôt n’était « pas particulièrement bénéfique pour les finances publiques ».

 

Revue de presse (242)

 

Le Monde nous informe que le 4 mai prochain, dans la banlieue de Milan, les actionnaires de Telecom Italia assisteront à un choc de titans. Deux professionnels des marchés financiers, de l’activisme et des coups de théâtre en assemblée générale s’affronteront avec l’objectif de prendre le pouvoir chez l’opérateur historique italien. Le fonds vautour Elliott, dirigé par le milliardaire Paul Singer, et Vivendi, dont le premier actionnaire est Vincent Bolloré, présenteront chacun une liste d’administrateurs. Celui qui l’emporte est assuré d’avoir la majorité au conseil.

 

Au siège du groupe de médias français, on s’était déjà fait à l’idée de perdre cette bataille, tout en dénonçant la stratégie de « démantèlement » de Telecom Italia du fonds Elliott. Si une telle hypothèse se concrétisait, elle constituerait un véritable casse-tête pour Vincent Bolloré. En effet, celui qui détient aujourd’hui 17,2 % du capital et 23,9 % des droits de vote ne pourrait céder ses titres sans perdre 1,3 milliard d’euros.

 

Il faut dire qu’Elliott, avec 9 % du capital, a habilement manœuvré, profitant de la mauvaise réputation du milliardaire français en Italie pour avancer ses pions. A ce titre, la mise en examen de Vincent Bolloré a été une aubaine. « C’est juste le dernier exemple d’un bilan composé de conflits, de la poursuite d’intérêts propres, et même de problèmes plus graves relevant potentiellement de la criminalité, de la part de ceux qui demandent qu’on leur fasse confiance pour conduire Telecom Italia », a lancé Elliott dans un communiqué, le 26 avril, tandis que les ennuis judiciaires de l’homme d’affaires faisaient les choux gras de la presse transalpine.


 

Evaristo (Res Publica) nous rappelle que l’oligarchie capitaliste a ses commentateurs dans les médias. Ils ont leur rôle. Celui de renforcer l’hégémonie culturelle du mouvement réformateur néolibéral. Car pour l’oligarchie, la bataille pour garder l’hégémonie culturelle est une priorité. Eux savent que c’est une exigence de la lutte des classes. Alors que nous ne le savons plus ! La 11e thèse sur Feuerbach de Marx le disait déjà : nous ne sommes plus dans un moment où il faut interpréter le monde mais bien s’engager pour sa transformation.

 

 

En quoi la lutte pour les services publics relève-t-elle d’un enjeu de civilisation, demandent Christian de Montlibert et Willy Pelletier dans Le Grand Soir ? Ce ne sont pas les grévistes qui, par plaisir, font grève ; ce sont les agressions libérales, en rendant les métiers et les vies impossibles, qui déclenchent les grèves. Les grèves ne paralysent pas, au contraire elles débloquent des situations intenables. Les grèves ne sont pas violences, au contraire elles empêchent les surcroîts de violences qu’imposent aux salariés ces dirigeants d’entreprise qui peuplent les ministères, avant de repartir vers les directions d’entreprise ou de banque.

 

Les modernisations libérales décivilisent, les grèves civilisent.

 

 

Toujours dans le Grand Soir, Assimbonanga est affligé par la situation suivante : « En 2018.

Un village rural est assiégé par 2500 gendarmes, avec des blindés, depuis 26 jours et nuits.Il ne s’agit pas de neutraliser des forcenés mais de résoudre un problème administratif. Existe-t-il au monde un seul autre cas semblable d’un gouvernement contre sa population ?

État de droit ? Droits de l’homme quand chaque jour un hélicoptère patrouille au-dessus de votre tête, que circulent des drones, que vous êtes photographié, répertorié, fiché ? Que les carrefours sont surveillés, la circulation coupée, l’eau, l’électricité, selon les moments. Les entrées de prés, les clôtures sont détériorés, les terrains. 10 mètres cubes de munitions ont été tirés !

Cette situation est totalement invraisemblable, inédite, absurde, insensée. »

Et cela menace d’empirer si le premier ministre lance encore un assaut après les saints de glace ! »

 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 05:30

Dire “ non ” : c'est le dernier pouvoir dont disposent les universitaires français (et d'autres pays)  pour s'opposer efficacement aux contre-réformes dont ils sont victimes depuis trente ans, à l'érosion toujours plus forte de leur prérogatives, à la perte de leurs libertés intellectuelles, de leur dignité et – accessoirement mais nécessairement – à l'effondrement de leur pouvoir d'achat (environ 50% en trente ans si l'on regarde à la fois la feuille de paye et l'alourdissement des services).

 

Ils pourraient par exemple, très facilement, dire “ non ” à la dernière demande exorbitante du gouvernement du banquier : procéder à la sélection et à l'orientation autoritaire des lycéens, une tâche non statutaire qui va augmenter considérablement leur charge de travail et pour laquelle ils ne seront pas payés. J'observe que cette mission scandaleuse est actuellement acceptée – passivement ou activement – par une majorité d'enseignants.

 

Avec Alexis Blanchet, nous sommes en présence d'un universitaire qui ose, d'une part, affirmer que, comme la plupart de ses collègues silencieux, il n'en peut plus et que, d'autre part, il a décidé de relever la tête. Ne boudons pas notre plaisir et écoutons-le. 

 

 

 

Monsieur le Président,   Monsieur le Président du Conseil Académique, cher Laurent,   Madame la Vice-Présidente à la CFVU, chère Sandrine   Cher Jamil, chère Kira,   Cher Laurent, chère Barbara,   Chers et chères collègues du département CAV,    

 

A la suite de l'intervention policière de cette nuit sur le site de Censier de l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, je me déclare en grève administrative et pédagogique illimitée.

 

Je n'assure donc plus dès à présent mes charges administratives (direction du master CAV) et pédagogiques (organisation du partiel de 257 inscrits en V4MA03 et suivi des 14 étudiants de master sous direction, organisation des sessions de rattrapage). Je me concentre dès lors sur mes activités de recherche totalement interrompues depuis 4 ans, c'est-à-dire depuis ma prise de fonction à la tête du master CAV.

 

A cet instant, je ne réponds ni aux mails, ni au téléphone, je n'organise pas la session de recrutement 2018-2019 en master CA, je n'organise pas le calendrier de soutenance des M2 (1ère session) et M1 (session unique), j'arrête la poursuite du travail sur les maquettes 2019-2023, je ne convoque pas le conseil de perfectionnement 2018, je ne convoque pas les jurys d'examen de master dont j'assure la présidence, je ne communique pas à l'école doctorale le classement des étudiants de M2 en vue de l'obtention d'une allocation de recherche. Enfin, je ne participerai de quelque manière que ce soit à la sélection des étudiants de L1 pour la rentrée 2018-2019 dans notre département.

 

J'arrête car nous crevons de ne pas arrêter.

 

La loi ORE et le dispositif ParcourSup ont fini d'épuiser ma bonne volonté et ma conscience professionnelle. L'intervention policière de cette nuit est le geste de trop. J'assiste depuis 14 ans maintenant (et depuis 21 ans si je compte mes années d'études universitaires) à une destruction programmée, lente mais résolue du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche.

 

La question centrale, essentielle, est celle du projet d'université que nous voulons défendre.    Pour ma part, je ne veux plus

 

- voir mon temps d'enseignement et de recherche totalement submergé par des charges administratives toujours augmentées et étouffantes,

 

- devoir prendre sur mes semaines de vacances pour me libérer du vrai temps de recherche, dans la durée, entre le 1er et le 25 août,

 

- ne pas voir mes enfants grandir,

 

- voir notre secrétaire administrative du master, dont je salue le professionnalisme et le soucis constant du service aux usagers, suppléer l'absence de personnels au secrétariat de la L1/L2 et de la L3 CAV. Avec 320 étudiants inscrits en master CAV, la gestion des recrutements d'avril à septembre, la gestion des régularisations tout au long de l'année, la tâche qui lui incombe justifierait amplement un secrétaire adjoint,

 

- voir ma santé comme celle des collègues se dégrader : je n'ai jamais observé tant d'arrêts maladie, de burn-out, de surmenages, de nécessité à "lever le pied" que ces sept dernières années à Paris 3,

 

- travailler dans des lieux où la maintenance des équipements d'enseignement (vidéo projecteurs, micros) n'est pas assurée,

 

- perdre du temps et de l'énergie à combattre des projets coûteux et éloignés de nos éco-systèmes locaux à échelle humaine, comme celui de la fusion de triste mémoire,

 

- constater que nos expressions démocratiques (consultation des composantes, motions, motions votées en CAC ou CFVU, messages d'alerte de nos responsables de composantes...) ne sont jamais prises en compte par nos instances dirigeantes élues pourtant pour nous représenter.

 

J'arrête parce le système ne fonctionne que sur le souci profond du service public des agents que nous sommes toutes et tous, personnel administratif et enseignant.

 

Ma demande est donc simple, basique :

 

- une réaffirmation totale d'un service public de l'enseignement supérieur et de la recherche,

 

- une refondation immédiate de l'université qui passe par un refinancement complet de ses structures à hauteur des enjeux,

 

- une réaffirmation des missions premières – les seules – des enseignants-chercheurs, et particulièrement des MCF : enseignement et recherche,

 

- une revalorisation de nos salaires passant par un dégel et une réévaluation du point d'indice.

 

J'arrête parce que je décide de ne plus participer en petit soldat zélé de la gestion administrative à cette mécanique mortifère de destruction d'un des plus beaux atouts de notre nation.

 

Respectueusement,

 

Alexis Blanchet,  Maître de conférences (71e section du CNU) ]

 

Directeur du master Cinéma et Audiovisuel   Département Cinéma et Audiovisuel   Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel (Ircav)   Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3   Centre Censier   13, rue de Santeuil - Bureau 213 - 75005 PARIS

 

 

Alexis Blanchet est l’auteur de nombreuses publications, parmi lesquelles Jeux vidéo/Cinéma - Perspectives théoriques, coll. Lecture Play, éd. Questions Théoriques, 2016.
 

Des pixels à Hollywood. Cinéma et jeu vidéo, une histoire économique et culturelle, Paris, Pix’n Love Éditions, 2010.

 

 

 

 

Un universitaire épuisé dit “ non ”.
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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 05:27

 

III. Le paramétrage de Parcoursup : Evidemment, déconstruire les éléments de langage sur la méritocratie supposée

 

Le gouvernement et ses soutiens affirment à longueur d’antenne que Parcoursup permet de donner aux lycéens des informations standardisées sur toutes les formations, et le présente comme un fait nouveau. Je sais de première main que sur APB, il était possible de donner des attendus pour que les lycéens s’orientent par eux-mêmes. Je ne les avais pas consultés à l’époque, je ne sais pas si c’était possible, mais une responsable de département m’avait dit qu’elle avait indiqué clairement le niveau attendu en langues. Sans être une information nationale, c’était au moins une information locale claire et assez exigeante pour décourager les étudiants qui ne se sentiraient pas au niveau.

 

 

La ministre a publié ces derniers jours son premier rapport d’étape sous forme de dossier de presse sur la loi ORE et sur ParcourSus en particulier.

 

Elle se réjouit bien sûr de la coopération de tous les acteurs impliqués, alors que de nombreux enseignants/chercheurs du Supérieur ont exprimé leur refus de classer les dossiers, et que de nombreux enseignants/profs principaux du Secondaire ont choisi de mettre une appréciation positive à tous les voeux de la fiche avenir de leurs lycéens, qui sont des formes de résistance indéniables, quoique très insuffisantes pour empêcher la réforme de passer).

 

1. Les attendus et les algorithmes locaux : autocensure et opacité

 

Bien que la ministre s’en défende dans le dossier de presse, Parcoursup va bien induire une autocensure parmi les bacheliers les moins favorisés. Cette étude de 2017, portant sur l’orientation par filière de bac des lycéens de l’académie de Toulouse en 2015, indique à quel point l’origine socio-culturelle des lycéens impacte leurs choix d'orientation en particulier par filière (bac général, technologique ou professionnel).

 

 

La ministre prétend que Parcoursup va réduire l’autocensure. Si j’en crois les attendus locaux ajoutés aux attendus nationaux dans les filières où j’enseigne, on peut en douter. Dans une des filières, on indique qu’étudier est « un travail à temps plein » qui demande « un volume de travail personnel considérable ». On chercherait à attirer des élèves qui envisagent une prépa, on ne s’y prendrait pas autrement. Et, même si je pense que c’est inconscient et non intentionnel, le message envoyé est bien : « si vous devez travailler pour financer vos études ou aider vos familles, passez votre chemin, nos formations ne sont pas pour vous ». Il est également précisé qu’il est souhaitable que les candidats aient plus de la moyenne à certaines notes littéraires au bac (histoire/géo, philo, français, langues vivantes…), mais je ne suis pas sûre que les collègues qui ont formulé ces attendus locaux soient pleinement conscients du fait que l’examen des dossiers doit tenir compte des conditions indiquées.

 

Le paramétrage des algorithmes locaux rend possible le coefficientement du lycée d’origine (une pratique déjà répandue parmi les formations sélectives qui estiment qu’un 12/20 en contrôle continu dans un lycée de centre-ville vaut un 16/20 dans un lycée moins réputé – d’où l’importance, même théorique, d’un examen national aux épreuves nationales corrigées par des enseignants du pays entier). (sur le paramétrage en fonction du lycée d’origine).

 

2. Ce qui n’est pas dispensé par l’EducNat, et la promesse de « certifications » : un pas de plus vers la privatisation du système éducatif (à lier bien sûr avec l’assouplissement des conditions d’ouvertures et de contrôle d’établissements hors contrats, et l’autonomisation grandissante des lycées.

 

La note des économistes atterrés déjà mentionnée, tout comme l’analyse du changement d’algorithme faite par le Groupe Jean-Pierre Vernant, montrent avec clarté et pertinence que ce n’est pas une évolution technique, mais bien une transformation profonde, paradigmatique et idéologique de l’accès à l’université. Les lycéens sont invités (comme leurs homologues américains, opposera-t-on peut-être alors que ça ne fait que donner plus de poids à l’argument) à adopter la théorie du capital humain. D’abord en rédigeant CV et lettres de motivation démontrant leur employabilité et la cohérence de leurs parcours et de leurs voeux, et mettant en avant leurs expériences professionnelles, associatives et culturelles (voire leurs séjours). C’est déjà socialement discriminant. D’autre part, les futurs étudiants doivent se 11

 

comporter en acteurs économiques rationnels invités à peser les coûts et les bénéfices induits par leur poursuite d’études afin de s’orienter de manière utilitariste (ce que l’amendement Grosperrin sur la définition des capacités d’accueil des filières en fonction des débouchés professionnels – et à terme peut-être, des débouchés professionnels locaux) vient encore accroître.

 

En deuxième lieu se pose la question des qualifications hors parcours (la psycho ou le droit qui demandent communément des compétences scientifiques en raison du besoin à raisonner logiquement – ou afin d’attirer les lycéens de la voie générale scientifique, les « meilleurs »). Le premier cours de la France Insoumise pointait du doigt le fait que certaines formations « en tension » pourraient être tentées de sélectionner sur des éléments comme le BAFA en STAPS, et ajoutait qu’une personne du groupe LREM (j’ai oublié qui), s’était engagé à ce que ça ne soit pas le cas : le BAFA est en effet une formation payante qui n’est que parfois remboursée à ceux qui la préparent par l’organisme au sein duquel ils font de l’encadrement. Apparemment, l’attendu « BAFA » pour les STAPS s’est généralisé.

 

3. La privatisation des certifications en langues.

 

Un autre problème majeur est la demande d’une attestation de niveau en langues. Ainsi, les directeurs de départements de langue (et je suis bien persuadée que cela va au-delà des seules langues) ont subi des assauts publicitaires dès avant les discours d’E. Philippe et de J.M. Blanquer sur l’élargissement de la certification en langues. LE groupe privé Cambridge Assessment a envoyé du matériel publicitaire sous forme de mallette à ma directrice de département, et à d’autres à Montpellier par exemple, pour vanter la qualité de leur marque, puisque c’est de cela qu’il s’agit. Et la réforme du bac prévoit la généralisation des certifications en langues. Les associations d’enseignants de langues tentent de se mobiliser pour faire en sorte que ces certifications soient délivrées dans le cadre du CLES, public, et non par l’intermédiaire d’officines privées dont les certifications ont en outre une date de validité limitée. Le ministère de l’Education Nationale prévoit d’étendre à tous les lycéens de Terminale ce qui existe déjà pour certains collégiens de sections européenne ou internationale : le paiement par l’Etat de certifications privées, en lieu et place des évaluations prévues par les enseignants. Comment peut-on davantage dévaloriser les enseignements, les évaluations et même les cours des enseignants de langues puisqu’ils doivent consacrer du temps à préparer ces tests standardisés et à les faire passer, au lieu d’accomplir pleinement leur mission d’enseignement. (voir sur la page d’accueil ici, par exemple, on ne peut pas faire plus officiel). J’insiste : c’est de l’argent public donné au privé pour des certifications qui viennent remplacer les évaluations des enseignants formés pour dispenser cours et évaluations. 

 

IV. Le projet pour l’enseignement supérieur :

 

A Toulouse, la contestation avait commencé avant la mobilisation nationale contre la loi ORE, le Plan Etudiant et les projets visant à parachever la transformation de notre système éducatif (à tous les niveaux) vers un système néo-libéral.

 

1. Ce qu’impliquait le projet UNITI de fusion à Toulouse, ce qu’impliquent les projets de fusion en général.

 

Tout est parti de la question de la fusion de deux universités et de plusieurs écoles d’ingénieurs, associée à une évaluation pour labellisation IDEX. Sans refaire tout l’historique, disons simplement que les dernières élections à l’université s’étaient faites sans que cette question de la fusion soit mentionnée. Pour se donner un mandat démocratique, le président d’alors a donc organisé un consultation de la communauté universitaire. Les étudiants et les personnels BIATSS, qui se sont le plus déplacés pour voter, ont massivement rejeté le projet, pour des raisons de gouvernance (fin de la démocratie unviersitaire), statutaire (perte de la personnalité juridique et morale des membres fondateurs de l’établissement fusionné), et professionnelle (les BIATSS, qui seraient les premiers à souffrir d’économies d’échelle et de destructions d’emplois dans un établissement fusionné), n’étaient pas du tout pris en compte dans le projet. Quand le président d’alors a utilisé sa voix prépondérante pour départager les 17 pour et 17 contre le projet en CA, et qu’il a voté la fusion contre l’avis rendu par la consultation et au mépris de ses propres promesses antérieures, une grève a commencé, sans gêner toutefois la tenue des partiels du premier semestre.

 

Ce projet de fusion s’articule à la réforme de tout le système d’enseignement supérieur pour plusieurs raisons :

 

- En premier lieu, l’établissement aurait bien sûr obtenu le statut de « grand établissement », dérogatoire au code de l’éducation, et dont Paris-Dauphine a été pionnier : sélection et frais d’inscription élevés pour des diplômes d’université (qui existent au demeurant déjà à Toulouse Capitole avec au moins un Master à plus de 5000 euros, et à Nice avec des Masters à 4000 euros et plus).

 

- D’autre part, cela s’intègre pleinement dans l’autonomie des établissements, qui n’est en réalité que l’autonomie, voire l’autoritarisme des présidents d’établissements. Le rapport UNITI concernant l’IDEX, rendu en mars dernier, n’a pas remis en question les qualités scientifiques des sites impliqués, mais a déploré une gouvernance trop « fédérale » et qui ne donnait pas assez de pouvoir au futur président de la nouvelle entité (sur la gestion financière et le recrutement en particulier). (Si l’on regarde d’autres projets, comme celui de Paris Saclay par exemple, et dont l’ « excellence » scientifique et le rayonnement international ne font pas débat. Pourtant, le même rapport de mars concernant les attributions d’IDEX ne l’a accordé que de manière conditionnelle au site Paris Saclay, précisément pour cette même question de gouvernance.

 

- Enfin, le rapport IDEX déplorait également le trop grand nombre de masters, et le peu de masters susceptibles d’attirer les étudiants internationaux. Cette question n’est pas sans importance : d’une part, les étudiants internationaux, particulièrement hors UE, s’acquittent déjà dans certaines filières de droits d’inscription relativement élevés. D’autre part, réduire le nombre de Masters est un objectif depuis 1998 et le processus de Bologne, et encore plus depuis 2007 et la loi LRU : les gouvernements libéraux successifs, ici et ailleurs (l’exemple anglo-saxon est saisissant), se sont appliqués à couper l’accès aux Master et Doctorats pour en faire des filières supposément encore plus excellentes. La sélection s’est encore accrue ; et à terme, on en revient à la création de « community colleges » qui délivreront des licences à plusieurs vitesses dont toutes n’auront pas pour vocation de permettre aux étudiants de poursuivre leur cursus. Là encore, l’exemple de Paris Saclay est intéressant dans la mesure où le rapport IDEX met en avant leur mise en pratique de licences à trois vitesses : sélectives, non-sélectives et professionnelles. Attirer les étudiants étrangers pour les faire payer plus cher que les étudiants français ou européens signifie également leur offrir des conditions d’études similaires à celles qu’ils ont dans leur pays d’origine où les groupes sont souvent plus petits et les enseignants bien plus « disponibles » (même si nous le sommes normalement pour nos étudiants). Cela signifie que ces étudiants qui payent bénéficieraient de plus de services de la part d’agents publics et, par conséquent, que les ressources disponibles pour tous les étudiants seraient amputées pour ces étudiants privés.

 

- Evidemment, toujours dans cette quête de nouvelles sources de financement, les projets de fusion dépendront de plus en plus des investissements de mécènes privés du bassin local d’emploi (ceux-là même qui à terme définiront en accord avec les associations patronales locales les capacités d’accueil des filières en fonction des débouchés professionnels). A Toulouse, cela signifie bien sûr que les financements viendront entre autres de l’aéronautique civil et militaire – et il faut souhaiter que les transferts de technologies qui accompagnent toutes les signatures de contrats ne finissent pas par tuer la poule aux oeufs d’or en menant à terme à des délocalisations vers des pays à bas coûts de main d’oeuvre, comme les ont connues d’autres secteurs industriels.

 

- Toujours sur le plan des financements, il est à noter que l’IDEX aurait été, et est là où il a été attribué (et depuis 2009 déjà), une dotation non-consomptible dont les universités ne peuvent utiliser que les intérêts générés par des placements sur les marchés financiers (il est à espérer que ces placements soient suffisamment sûrs d’ailleurs). Il était également prévu que chaque euro apporté par cette dotation non-consomptible soit abondé de trois euros sur les fonds de l’établissement fusionné. Cela signifie en gros qu’on aurait pris 3 euros aux activités d’enseignement et de recherche jugées non-excellentes pour abonder chaque euro consacré aux projets labellisés IDEX (et le « saupoudrage » pour soutenir tous les projets était clairement exclu ; seuls quelques projets auraient bénéficié de ces fonds). Dans ces conditions, on comprend un peu mieux pourquoi la fronde a pris les chercheurs du site pour première cible, dans la mesure où ils semblaient incarner ce fossé entre les bénéficiaires d’un projet élitiste et anti-démocratique tandis que les autres personnels (enseignants/chercheurs et BIATSS) et les étudiants hors ces parcours auraient dû se serrer la ceinture pour leur permettre de mener à bien une poignée de projets. (Ceci dit sans mépris des projets de recherches en question soit dit en passant). Par ailleurs, il me semble que les banques auraient été les grandes gagnantes de l’opération, puisque c’est chez elles qu’on place ces fonds dont on ne touche qu’une partie des intérêts.

 

 

Comment ParcourSup s’articule aux réformes du lycée et du Supérieur (II)

 

2. Frais d’inscription : la prochaine étape, annonce en octobre 2018.

Les diplômes d’établissement déjà très chers (progressifs selon le statut social des parents à Dauphine, 4000 euros pour les masters à Nice, 5500 euros pour un master de l’UT1). 14

 

Etant donné que la loi ORE a ouvert une première brèche dans le Code de l’Education tel qu’il existait jusqu’à présent, il est loin d’être farfelu d’imaginer que le gouvernement actuel envisage de parachever les réformes engagées depuis le début du processus de Bologne en 1998, et la loi LRU de 2007. Les universités sont contraintes de travailler à moyens constants (ou quasi constants, en tenant compte de l’inflation), et sont vivement « encouragées » à chercher d’autres sources de financement (valorisation du patrimoine matériel et immatériel), mais aussi frais d’inscription. Le député Le Vigoureux (LREM) a d’ailleurs posé une question sur les frais d’inscription à la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, qui doit donner sa réponse en octobre prochain. Il y a fort à parier que la conclusion sera qu’il est indispensable d’introduire des frais d’inscription relativement faibles pour commencer (de l’ordre de 1000 euros par an par exemple, pour monter jusqu’à environ 10.000 comme en Grande-Bretagne où il a suffi de 20 ans pour passer d’un système d’enseignement supérieur gratuit à un système où les étudiants doivent prendre des emprunts pour plus de 10.000 euros par an, et où la gauche s’oppose désormais à la baisse des frais !).  Les arguments qui seront avancés sont déjà connus car ils ont fait leurs preuves ailleurs : le fait de payer responsabilisera les étudiants et les découragera de s’inscrire dans un cursus juste pour avoir une carte d’étudiants sans suivre les cours ; cela accroîtra donc leur volonté et leur motivation. Un autre argument consistera à dire que les étudiants qui terminent leurs études supérieures peuvent aspirer à des positions professionnelles, et donc socio-économiques, meilleures que ceux qui n’ont pas étudié. Alors que l’enseignement et l’enseignement supérieur était jusqu’à présent un investissement de la nation dans son avenir collectif, ils deviendront des investissements privés. L’on affirmera alors qu’il est normal que ceux qui bénéficient des retombées financières de leurs études doivent payer pour l’obtenir, oubliant au passage que c’est toute la société qui bénéficie de la formation des médecins, des avocats, des enseignants… bref de ceux qui servent le public. Enfin, cerise sur le gâteau, si l’on s’applique à suivre le modèle britannique, on pourra graduellement augmenter les frais d’inscriptions jusqu’à des seuils rédhibitoires (8 000 à 10 000 euros par an), en introduisant un système de prêts garantis par l’Etat et remboursables à partir d’un certain niveau de revenu. Cela permet en outre d’arguer que le montant du prêt et son remboursement ne sont pas liés au milieu d’origine de l’étudiant, mais au milieu social qu’il parviendra à intégrer au sortir de ses études. En Grande-Bretagne, cela a en outre abouti au remplacement de toutes les bourses par des systèmes de prêts. Là encore, les grandes gagnantes sont les banques ; et le documentaire diffusé sur Arte et dans bien des assemblées générales intitulé « Etudiants, l’avenir à crédit » illustre à quel point la dette étudiante est problématique pour les individus qui traînent ces dettes, mais aussi pour les sociétés dans lesquelles ils s’insèrent. Qui voudra en effet encore exercer la médecine au tarif réglementé de la sécu s’il faut financer 10/12 ans d’études à 10.000 euros l’année ? Les enseignants-chercheurs eux-mêmes ne pourront plus se contenter du niveau de rémunération actuel (entre 2500 et 3300 Euros nets mensuels hors primes pour un MCF) s’il leur faut financer des études longues et difficiles à ces tarifs. C’est d’ailleurs pour cela que les enseignants-chercheurs titulaires américains sont payés 10 fois plus que les Français : parce qu’investir autant dans des études implique qu’on attend un retour sur investissement.

 

3. Le « modèle » britannique.

La sélection et l’introduction de frais d’inscription exerceront en outre une pression sur toutes les formations : laquelle acceptera de dire qu’elle ne sélectionne pas, au risque de passer pour la voiture balai qui ne prend que les « mauvais » bacheliers ? Laquelle acceptera de ne pas prélever de frais d’inscription, au risque de passer pour une formation « au rabais » et de piètre qualité ? En Grande-Bretagne encore, on assiste à un phénomène très très paradoxal. Theresa May avait laissé entendre qu’elle souhaitait baisser les frais d’inscription, mais le Labour de Jeremy Corbyn s’y est opposé au motif que cela bénéficierait essentiellement aux classes privilégiées qui auraient des dettes moins importantes à rembourser, tandis que cela accroîtrait le taux de remboursement parmi les classes les plus modestes (dans un contexte où seuls 25% des prêts contractés sont remboursés à l’heure actuelle, ce qui signifie que le gouvernement britannique continue à rembourser les 75% restants ; et donc que le contribuable britannique finance encore les banques qui fournissent ces prêts). De la même manière, il avait été envisagé de baisser les frais d’inscriptions dans les Humanités (lettres, langues, histoire…) au motif que ces études coûtent moins cher que les sciences qui ont besoin de matériel de pointe fort coûteux. Les formations d’Humanités s’y sont opposées, affirmant que cela contribuerait encore à dévaloriser leurs diplômes aux yeux du public pour qui le prix payé signifie la valeur du diplôme.

 

En France, l’université souffre aussi de cela : dans une société de consommation, un service quasiment gratuit est vu comme n’ayant aucune valeur, alors que des écoles privées de niveau très hétérogènes jouissent d’une bonne réputation parce qu’elles proposent des diplômes payants dont le tarif élevé suggère la haute qualité. (Cela n’est hélas pas spécifique à l’université et l’on observe le même phénomène dans la santé par exemple).

 

Conclusions.

 

Pour conclure, l’université qu’on nous promet sera fondamentalement inégalitaire. Là où, aujourd’hui, une licence dans un parcours vaut une autre licence dans le même parcours (en théorie du moins), demain, les « community colleges » à la française proposeront des sous-licences/sous-DUT comme une sorte de droit opposable à l’accès au supérieur, tandis que des universités d’élites, ou des « graduate schools » à la française offriront des formations très sélectives, sans doute très chères, qui mèneront quelques-uns jusqu’au doctorat.

On peut mentionner en passant le fait que des fuites relayées par certains syndicats (principalement la CGT et la FSU) font état d’une réforme de la formation des enseignants qui placerait les épreuves d’admissibilité du concours de professeur des écoles et du CAPES en fin de Licence, suivies par deux années de stage en tant que contractuel (avec des stagiaires payés entre 400 et 900 euros selon l’année d’inscription – M1 ou M2), puis des épreuves d’admission en fin de M2. La licence qui mènera à l’enseignement, dans cette optique, sera nécessairement présentée comme professionnalisante et sera probablement assez accessible ; la rupture entre le CAPES et l’agrégation (dans les matières que je connais), sera consommée ; elle existait depuis 2009 où les programmes ont été séparés. Les étudiants les moins bien dotés qui auront besoin de travailler rapidement se dirigeront vers cette formation, tandis que les autres pourront se payer (littéralement) le luxe d’une licence plus attractive qui leur ouvrira les portes des Masters et des Doctorats. L’Etat pourra ainsi employer des armées de vacataires ou de contractuels très précarisés qu’il pourra présenter comme titulaires de cette licence d’enseignement, en plus des reçus-collés (qui auraient validé leur Master mais échoué au CAPES) qui eux aussi représenteront un vivier important de main d’oeuvre disponible pour l’enseignement. 16

 

V. Bac 2021, lycée autonome et la réforme de l’université.

 

1. La question des statuts des enseignants (et des concours de recrutement)

 

Il est intéressant de noter que le « Bac 2021 » comportera de nombreuses nouvelles filières qui n’existent actuellement pas dans la nomenclature des concours de l’enseignement (humanités numériques) et qu’en langues, le parcours « langues et littératures étrangères » pourra être dispensé par un enseignant de Lettres qui aurait une certification en langues. Alors on peut se dire que la littérature, c’est la littérature ; mais il est tout de même absurde de confier l’enseignement de la littérature d’une aire culturelle différente à un enseignant qui n’y a pas été formé. (D’ailleurs, au collège, les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires – EPI – en langues étrangères ne sont pas disciplinaires en langue : ils sont enseignés en langues étrangères, mais par des spécialistes d’autres disciplines qui eux aussi bénéficient d’une certification en langue). Je ne crois pas être corporatiste en disant qu’un enseignement en anglais doit être donné par un spécialiste des aires culturelles anglophones ; et qu’une certification ne peut guère remplacer la formation dispensée par l’Université. Mais pour une « start-up nation », cela suffit sans doute.

 

2. La réforme de la formation des enseignants « dans les tuyaux »

 

Ici pour l’analyse du groupe Jean-Pierre Vernant : voir le chapitre « Formation des enseignants : Précariser ou réformer ?

 

La réforme de la formation des enseignants actuellement envisagée va donc probablement introduire des concours pluridisciplinaires ; et, toujours comme en Angleterre, mener à un recours accru à des vacataires, comme dans l’enseignement supérieur d’ailleurs, qui viendront dispenser des cours en sus de leur activité professionnelle principale (souvent en tant qu’auto-entrepreneurs). En Grande-Bretagne, ces enseignements sont donnés par des enseignants en contrat zéro-heures, qui est à mon avis l’équivalent du statut d’auto-entrepreneur dans une très large mesure (en termes de précarité et de flexibilisation en tout cas). Les enseignants ont jusqu’à présent toujours refusé la bivalence, ou la polyvalence, bien qu’elle existe pour l’histoire-géo-éducation civique et dans certaines filières techniques et professionnelles.

 

3. La théorie du capital humain dès 15 ans.

 

Pour les élèves, la combinaison des parcours en majeures/mineures, de la loi ORE (et de l’application Parcoursup) et du contingentement introduit par l’amendement Grosperrin, signifiera qu’à 15 ans, en classe de Seconde, les lycéens devront faire le choix des options qu’ils souhaitent suivre afin de prévoir leur orientation dans le Supérieur. Si l’on reprend la théorie du capital humain, cela signifie que des jeunes de 15 ans devront se projeter en tant qu’acteurs économiques rationnels pesant les risques et les bénéfices des formations envisagées, ainsi que leur retour sur investissement. Quel jeune de 15 ans peut prétendre savoir ce qu’il souhaite faire du reste de sa vie ?

 

Le contournement de la carte scolaire et les stratégies individuelles.

 

Cette question signifie que tous les lycéens, et encore davantage leurs parents peut-être, vont s’appliquer encore plus qu’aujourd’hui à organiser leur stratégie scolaire pour entrer dans les meilleurs établissements, de plus en plus tôt, afin de s’assurer les meilleures chances de suivre les parcours les plus prisés au lycée. Cela renforcera encore la ségrégation sociale qui existe entre les établissements. Le ministre prétend que les établissements moins réputés pourront faire le choix de se positionner sur des majeures/mineures plus attractives, mais il faut être bien naïf pour imaginer que les lycées réputés de centre-ville ne sont pas en train de peaufiner déjà leur stratégie pour continuer à attirer les meilleurs lycéens, ceux venant des meilleurs collèges de centre-ville…

 

Par ailleurs, l’étude citée plus haut sur le lien entre origine sociale et orientation dans le supérieur souligne que les lycéens inscrits dans un lycée avec CPGE ont bien plus de chances de viser une CPGE eux-mêmes.

 

4. Autonomie des lycées, et établissements privés hors contrat.

 

Le gouvernement ne cache pas qu’il souhaite poursuivre l’autonomisation des lycées, et sans doute à terme des autres établissements scolaires, sur le modèle des « academies » britanniques. En parallèle, une loi a d’ores et déjà été adoptée pour terminer le travail entrepris sous le quinquennat de M. Sarkozy afin de rendre plus facile la création d’établissements privés hors contrat (tout en les soumettant à un contrôle plus efficace afin d’éviter les risques induits par le communautarisme – risques manifestes dans l’exemple anglais où certaines écoles ont proposé des cursus distincts pour garçons et filles par exemple. Ces contrôles ne règleront pas les questions du financement : soit par les parents, de l’ordre de 5000 à 10000 euros l’année, soit par des organismes privés de tous ordres). Les établissements autonomes et les établissements privés hors contrat, auraient en commun une large autonomie dans le recrutement de leurs personnels (choix, statuts, avancement de carrière, licenciements éventuels ; et sans doute sélection de leurs élèves, comme le privé sous contrat d’aujourd’hui), dans les programmes de cours, et dans leur mode de financement. Sous prétexte de permettre aux parents d’avoir une plus grande palette de « choix », on va en réalité permettre l’apparition d’établissements qui seront de moins en moins dépendants de l’Etat, et qui se rendront attractifs en arborant un vernis d’excellence avec des filières innovantes ; ce qui affaiblira encore d’autant l’enseignement public qui sera vu (comme l’université, ou même comme l’école publique l’est déjà) comme l’enseignement pour les classes populaires qui ne pourront entrer dans les autres établissements. Aux Etats-Unis, cela fait belle lurette que le système éducatif est multiple (avec des « magnet schools » gratuites, mais sélectives et autonomes proposant des programmes à destination des enfants doués, par exemple) qui laissent l’école publique en déshérence avec des enseignant(e)s (souvent des femmes) très précarisé(e)s.

 

Sur l’argumentaire, là encore, l’exemple britannique est éclairant : les « academies » avaient été créées sous les mandats travaillistes de T. Blair et G. Brown et avaient à l’origine pour vocation de revaloriser les établissements les plus fragiles accueillant les publics les plus défavorisés. (le rapport Borloo de fin avril 2018 propose d’ailleurs une plus grande autonomie et un plus grand lien avec l’environnement immédiat des établissements scolaires comme une partie de la solution. Depuis 2010, la philosophie de l’autonomie s’est poursuivie, mais cette fois pour être étendue à tous les établissements, et surtout pour les meilleurs, dans lesquels les acteurs privés ont envie de s’impliquer. Les parents sont invités à créer et à administrer leur école… (de la même façon qu’on a invité les citoyens à s’impliquer bénévolement dans tous les services publics locaux desquels le gouvernement s’est désengagé, comme les bibliothèques publiques). Les parents seront tentés de céder aux sirènes de l’excellence pour leurs enfants et d’affiner encore leurs stratégies d’évitement de la carte scolaire, aboutissant à une césure encore plus grande entre établissements.

 

 

 

Conclusions.

 

Par ailleurs, il est prévisible que, toujours comme dans les pays qui ont introduit ce genre de réformes, ou qui ont un système d’examen de fin de lycée similaire à celui du bac 2021, de nombreuses matières classiques seront délaissées en raison du peu de débouchés évidents qu’elles supposent à première vue : les professeurs de sciences économiques et sociales, les professeurs de sciences de la vie et de la terre, les professeurs de langues étrangères et régionales se sont tous inquiétés de l’avenir de leurs filières.

 

En langues le maintien des volumes horaires actuels (4h30 hebdo à partager entre deux langues en Première, puis 4h à partager entre deux langues en Terminale), sans revalorisation (hormis pour les quelques étudiants rêveurs qui se destineraient aux langues et littératures étrangères), signifie que les lycéens ne parviendront, dans leur très grande majorité, toujours pas à atteindre le niveau B du CECRL qui est exigé par de nombreuses formations universitaires. Cela signifie que pour réussir les tests (dont on a vu plus haut qu’ils risquent d’être confiés à des organismes privés mais financés sur deniers publics), les élèves et leurs parents devront financer des cours particuliers et/ou des séjours à l’étranger. Un niveau satisfaisant de certification en langue sera donc là encore socialement discriminant. Pour l’avoir, il faudra soit : avoir suivi les filières internationales ou européennes au collège – manière traditionnelle de contourner la carte scolaire ; être bilingue du fait de l’environnement familial bi-national (mais avec les « bonnes langues ») ; ou encore avoir eu les moyens de financer des cours particuliers et des séjours.

 

Ainsi, dans Parcoursup, même les matières qui font l’objet d’un enseignement dans le cursus des élèves deviendront socialement discriminants. Les rapports nationaux et internationaux pointent sans cesse du doigt l’inégalité qui existe dans le système éducatif français qui reproduit les élites et cause un haut niveau de stress chez les élèves. Je ne vois pas en quoi cela pourrait s’améliorer dans le système qu’on nous promet demain, où toutes les formations, du secondaire au Doctorat seront rendues plus sélectives et moins accessibles aux plus faibles.

 

Quelques éléments de conclusion générale.

 

Les réformes engagées ou déjà adoptées (par ordonnances ou en procédures accélérées) par le gouvernement actuel viennent parachever un mouvement entamé par les néolibéraux depuis les années 80, particulièrement depuis la période 2007-2012 (mais pas interrompu, encore moins remis en question lors de la séquence 2012-2017).

 

1. Ségrégation sociale et géographique

 

La privatisation de l’enseignement à tous les niveaux est facilitée par la possibilité de créer des établissements privés hors contrats plus aisément et par la volonté d’achever l’autonomie des lycées et sans doute à l’avenir des autres établissements. La réforme du baccalauréat, qui associe l’introduction d’une part non négligeable de contrôle continue et des parcours individuels en majeures/mineures menant aux choix sur Parcoursup pour un accès au Supérieur contingenté en fonction du marché du travail local signifie que les lycéens de Seconde devront se comporter en fonction de la théorie du capital humain (et espérer qu’entre leur choix de majeures/mineures et l’obtention de leur « licence », le marché du travail n’ait pas radicalement changé sous l’effet de la robotisation, de l’intelligence artificielle ou de délocalisations). Ce système hautement concurrentiel renforecera encore les stratégies de contournement de l’enseignement public, privant encore davantage les établissements scolaires publics des têtes de classes qui seront recrutés par des établissements privés et/ou sélectifs. Le sentiment de relégation de certaines catégories de la population (quartiers sensibles, ruraux) n’ira qu’en s’accroissant.

 

2. Casse du service public

 

Il est bien évident que la réforme de l’enseignement (secondaire et supérieur au moins) est étroitement lié aux autres réformes en cours (casse de la justice pour tous, réforme de la sécurité sociale où il y a fort à parier que le « reste à charge zéro » servira de cheval de Troie à un renforcement du rôle des mutuelles et assurances privées, qui amènera le système français plus près de l’américain où les salariés dépendront encore davantage de leur employeur pour leur couverture maladie – sans même parler de la privatisation de soins, comme en Grande-Bretagne où l’entreprise Virgin Care, filiale de Virgin International, assure des soins qui ne font pas l’objet d’enquêtes publiques à cause de la loi sur le secret des affaires, alors que les soins prodigués dans le secteur public sont soumis à toutes sortes d’évaluations).

 

3. Conséquences pour les femmes

 

On peut ajouter que dans le domaine de l’enseignement, les réformes de la formation et des statuts affecteront particulièrement les femmes qui représentent la majorité des enseignants ; et les mettront à la merci des chefs d’établissements autonomes puisque la plupart des chefs d’établissement sont des hommes, et que ce sont les hommes qui occupent les échelons les plus élevés des chefs d’établissements. Les réformes également prévues du statut des enseignants chercheurs ne valent guère mieux : l’accumulation des contrats de post-doctorat qui pèse déjà aujourd’hui sur de nombreux chercheurs en début de carrière, sont particulièrement néfastes pour les carrières des femmes qui doivent enchaîner ces contrats précaires à l’âge où elles pourraient envisager de fonder une famille. (pour un gouvernement qui affiche sa volonté de lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes, on a vu des réformes plus positives ; d’ailleurs la réforme annoncée des retraites de la fonction publique sera sans doute également très négative pour les femmes qui représentent un large cohorte parmi les fonctionnaires, en particulier de catégories B et C, mais aussi A pour les enseignants par exemple).

 

Ce sont donc bien tous les services publics qui sont attaqués, et les Français, qui sont peut-être séduits à l’heure actuelle par les discours populistes sur les baisses de charges et d’impôts (taxe d’habitation par exemple) ne sont pas encore conscients que moins de cotisations, de taxes et d’impôts, c’est aussi moins d’argent pour financer leurs services publics quasiment gratuits, et qu’il leur faudra payer bien plus cher des services moins bons rendus par le privé sous couvert de délégation de service public.

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 05:19

Je propose ici une longue étude, très bien faite, d'une collègue de l'enseignement supérieur rédigée à l'attention d'Alexis Corbière, de la France Insoumise.

 

Introduction.

 

De mon point de vue, il faut comprendre comment la réforme introduite par la loi ORE, avec la sélection masquée à l’entrée à l’université (y compris dans les filières non-sélectives du fait de la désorganisation provoquée par la non-hiérarchisation des voeux des lycéens sur la plateforme Parcoursup), s’articule avec toutes les autres réformes en cours (souvent depuis 2007 d’ailleurs) ou prévues (formation des enseignants, autonomie des lycées – puis sans doute des autres établissements-, facilité accrue de créer et de contrôler des établissements scolaires privés hors contrat) pour renforcer les stratégies de contournement de l’enseignement public, et par là-même, son affaiblissement aux yeux de parents inquiets de l’avenir de leurs enfants. Alors que les études (par exemple pour Toulouse) démontrent que les choix d’orientation (et les résultats scolaires) sont étroitement corrélés au milieu d’origine des lycéens ; et que les jeunes issus de milieux défavorisés et/ou vivant dans des quartiers « difficiles, ou sensibles » souffrent d’un sentiment croissant de relégation (voir ici) il semble peu pertinent de renforcer le tri dans l’enseignement supérieur.

 

C’est pourtant bien ce qui est en train de se faire. Là où APB fonctionnait sur un algorithme qui appariait les voeux des lycéens et les places disponibles dans les formations de leur choix (voir analyse du Groupe Jean-Pierre Vernant sur la théorie des jeux, et l’exemple de la théorie des mariages stables), Parcoursup contraint toutes les formations à examiner tous les voeux des étudiants, même ceux qui auraient été classés 24e sur 25 dans l’ancien système. En ce qui concerne l’anglais où j’enseigne, cela signifie que tous les lycéens qui se seront dit « si je ne suis pris nulle part, je vais mettre « anglais » au cas où, parce que ça peut toujours servir » mais dont le souhait serait d’aller ailleurs, seront examinés au même titre que ceux qui souhaitent absolument, par goût ou projet professionnel assuré, suivre des études de langues. Il y a fort à parier que toutes les filières diront « oui » aux 20% d’étudiants les « meilleurs » et que les 80% restants devront attendre jusque tard dans l’été les désistements des premiers et le travail de l’algorithme local pour savoir enfin où ils seront finalement admis.

 

Il faut donc articuler la loi ORE avec le plan étudiant, mais aussi bien sûr avec la réforme du « Bac 2021 », et aussi, avec les transformations du système universitaire induites par les phénomènes de fusion des établissements de l’enseignement supérieur et des labellisations IDEX qui mènent à des licences à triple vitesse là où n’existaient pour l’instant que des licences générales et professionnelles, on va ajouter des licences sélectives ; et le projet de créer des « community colleges » et des « graduate schools » à la française viendra graver dans le marbre que la plupart des universités délivreront des licences de qualité variable (qui seront peut-être rebaptisées « bachelors » ou autres afin d’échapper au code de l’éducation) dont certaines mèneront à une poursuite d’études dans les établissements d’élites, et dont les autres apporteront essentiellement des cours de remédiation et délivreront des diplômes peu valorisables ou peu valorisés sur le marché du travail – y compris des licences destinées à l’enseignement dans le cadre d’une réforme de la formation des enseignants qui a fuité chez certains syndicats).

 

 

I. APB, un échec ?

 

1. La hiérarchisation des voeux et le dénigrement de l’université.

Pour mémoire : dans APB, les lycéens classaient leurs voeux en fonction de leurs préférences. Le système offrait un outil visuel pour les candidats : les filières sélectives étaient signalées par une pastille rouge, les autres par une pastille verte, ce qui permettait aux futurs bacheliers de mettre en premier choix les pastilles rouges. Ne pas les mettre en premier voeu, en effet, signifiait que la donnée n’était pas traité en priorité par l’algorithme.

 

Ceci a pour effet pervers de faire figurer les filières non-sélectives, et l’université en particulier, comme étant moins attractives. Or, les filières non-sélectives ne sont pas moins bonnes que les non-sélectives (les enseignants/chercheurs d’université sont pour la plupart plus diplômés que ceux de classes prépa, par exemple – et moins bien payés, mais c’est le problème de l’inégalité d’investissement dans un étudiant de classe prépa et un à l’université). Les esprits mal intentionnés pouvaient donc s’appuyer sur le classement des voeux des lycéens pour dénigrer les formations universitaires peu attractives, alors qu’elles servaient aux étudiants de filet de sécurité pour le cas où ils soient refusés dans les filières sélectives de leur premier choix.

 

2. L’ « échec » d’APB : 808.000 candidats (dont 237.000 réorientations) pour 654.000 places (source : audition de l’Assemblée Nationale de Bernard Koehret, créateur d’APB, jeudi 16 novembre 2017.

 

C. Villani, artisan du nouvel algorithme Parcoursup l’a reconnu lui-même : ce n’est pas l’algorithme d’APB qui a failli, mais l’Etat. (cf. article du Monde du 6 décembre 2017)

 

 

Comment ParcourSup s’articule aux réformes du lycée et du Supérieur (I)

 

Le taux d’encadrement des étudiants d’université baisse continûment, alors que tous les analystes pointent l’arrivée au Bac, puis dans le Supérieur, de la génération du mini baby boom de l’an 2000. (source du graphique) (pour encore plus de données chiffrées sur l’évolution des cohortes d’étudiants et d’enseignants en équivalent temps plein, voir ici et les pages afférentes du même blog) Ca n’est pas une surprise, et la presse se faisait déjà l’écho de l’explosion des effectifs des lycées en 2015 lorsque cette génération est arrivée en Seconde. C’est donc la conjonction de flux de bacheliers plus importants et de la non prise en compte des ré-orientations qui a fait exploser APB. Quand on voit qu’aujourd’hui, la ministre F. Vidal se vante d’avoir créé 19.000 places dans les filières les plus en tension, on a l’impression assez nette qu’il aurait été possible de ne pas laisser APB tomber en panne.

 

Encadrement par des titulaires :

Comment ParcourSup s’articule aux réformes du lycée et du Supérieur (I)

 

3. Réalités statistiques : moins de 1% de tirage au sort (du groupe Jean-Pierre Vernant sur la théorie des jeux-théorie des mariages stables appliquée à l’enseignement supérieur)

 

Avec APB, 4 bacheliers sur 5 obtenaient l’un de leurs voeux exprimés dès le premier tour. Les médias (publics comme privés) relaient en masse les éléments de langage du gouvernement, en particulier sur le scandale du tirage au sort dans le cadre d’APB. On peut faire deux remarques à ce sujet : contrairement à ce que doit penser une grande partie de l’opinion publique, APB n’effectuait pas un tirage au sort généralisé pour tous les étudiants. Au contraire, une très large majorité obtenait son premier voeu dès la première campagne, et au final, le tirage au sort n’a concerné que moins de 1% des bacheliers. La seconde chose est précisément que APB s’inscrivait dans un cadre que la loi Orientation et Réussite des Etudiants à abrogé : le fait que tout bachelier puisse prétendre à entrer dans l’enseignement supérieur sans sélection. (Le premier cours de la France Insoumise consacré à la marchandisation de l’éducation est d’ailleurs très solide sur ce sujet : le premier article de la loi abroge l’accès universel et sans sélection à l’université). Cela signifie que pour rassurer les classes moyennes et supérieures qui redoutent que leurs enfants soient exclus de la filière d’élite qu’ils ambitionnent au profit d’étudiants moins brillants – souvent appartenant à des classes sociales moins favorisées.

 

C’est devenu un poncif, mais il paraît important de souligner nouveau que Parcoursup introduit une véritable sélection (dont le Sénateur Grosperrin s’est réjoui en séance au Sénat dans le cadre du débat sur son amendement adéquationniste, voir ici), et que cette sélection effectuera un véritable tri social au détriment des lycéens les plus défavorisés (ceux par exemple qui s’orientent vers un bac technique ou professionnel ; qui ne sont pas formés pour réussir les exercices de rédaction qui servent de base à l’évaluation à l’université). 

 

 

II. L’échec en première année de fac, ou pourquoi beaucoup d’universitaires soutiennent Parcoursup.

 

Etant maîtresse de conférences en anglais (Langues Etrangères Appliquées et Langues et Littératures Etrangères et Régionales) moi-même, je suis bien placée pour savoir que mes collègues et moi-même déplorons le faible niveau de maîtrise linguistique (en français et en anglais, et dans les autres langues vivantes également). J’ai parcouru rapidement quelques rapports de jurys de CAPES de Lettres et de Langues publiés ces dernières années, et tous s’accordent sur ce point : en 4 années d’études spécialisées de nos formations, les étudiants ne parviennent pas à combler les lacunes accumulées (et on parle là d’étudiants qui se destinent à l’enseignement de disciplines linguistiques et qui ont donc réussi à « valider » leur Bac d’abord, puis leurs premières années d’études). Ce sont les mêmes raisons qui diviseront étudiants et enseignants/chercheurs lors de la mise en oeuvre du Plan Etudiant : ceux qui souhaitent la sélection pour ne plus avoir à faire à l’université de remédiation (rendue nécessaire par les heures perdues en collège et lycée), seront également favorables à la fin de la seconde session d’examen (votre grand-père est décédé, tant pis ; vous avez été hospitalisé, dommage ; vous avez échoué une fois mais vous voulez vraiment poursuivre et avoir une deuxième chance, tant pis pour vous, il fallait être bon du premier coup) et encore plus à la fin de la compensation (et je ne suis pas la dernière à râler qu’un étudiant d’anglais puisse « valider » son année en ayant une très bonne note en athlétisme, pour caricaturer un peu). Les collègues renâcleront donc à faire entrer du non-disciplinaire dans leurs formations et à donner des ECTS pour ce non-disciplinaire ou pour les cours de remédiation des « oui si », mais ils le feront pour ne plus avoir la compensation et la seconde session.

 

1. « 60% » d’échec en L1. (Analyse des économistes atterrés sur la réalité derrière ces chiffres).

 

La note des Economistes Atterrés en date du 13 mars dernier me paraît très parlante à ce sujet. (« En Marche vers la destruction de l’Université », datée du 13 mars 2018, et là en interview avec la journaliste spécialiste du mopuvement dans les universités de Médiapart). Sur ce taux d’échec, ils rappellent que cela concerne principalement les étudiants non-assidus (qui souvent travaillent, même si certains seraient sans doute tentés de leur chercher des poux dans la tête et de crier à la fraude à la carte d’étudiants pour jouir des immenses privilèges que confère le statut d’étudiant) ; que cela ne prend pas en compte les ré-orientations réussies à l’issue d’une premier année difficile ; et le fait qu’on n’est pas toujours sûr de ce qu’on veut faire de sa vie à 18 ans.

 

2. Au-delà : perte d’heures constantes dans les premier et second degré pour le français et les langues étrangères. On ne permet pas aux élèves d’apprendre, encore moins d’apprendre de façon disciplinaire. (je ne parle que de ce que je connais, l’anglais principalement).

 

Ca n’est plus très récent, mais cette étude de 2000-2001 indique qu’en français, les lycéens de l’an 2000 ont quatre années de retard sur leurs homologues de 1969. Cette réduction constante dans les horaires de langue maternelle mène nécessairement à des impasses dans l’enseignement de cette langue ; et à une baisse objective du niveau tant en français que dans les autres langues puisqu’il est difficile de bien maîtriser une langue étrangère quand on ne comprend pas comment fonctionne la sienne propre. Mon avis personnel (qui n’a aucune valeur scientifique hormis mon propre exemple) est également que la domination de certaines théories pédagogiques opposées au par-coeur et aux exercices systématiques a également des effets délétères : s’il est indéniable que les élèves des classes favorisés ont un avantage sur leur maîtrise de la langue maternelle, et partant, des langues étrangères (sans même parler des séjours linguistiques et/ou voyages en famille), inviter à ne pas tenir compte de la correction de la langue écrite ou orale au motif que c’est discriminatoire ne fait qu’aggraver ces discriminations. En effet, les enfants des classes les plus défavorisées n’ont que l’école pour apprendre à correctement maîtriser le français. Si l’école, le collège et le lycée n’enseignent pas les règles et ne les illustrent pas pour permettre aux élèves d’acquérir des automatismes, alors ils ne seront jamais capables d’aller plus loin par eux-mêmes et de construire un savoir de qualité en autonomie. Ce n’est qu’un avis personnel (fondé sur mon expérience malheureuse de la théorie « l’élève construit son savoir » en maths au lycée), et je ne suis pas didacticienne ; mais je pense qu’il est plus « démocratique » d’enseigner à tous la même règle, de montrer à tous comment elle fonctionne, et de la prendre en compte dans la notation afin d’inviter tous les élèves à s’y appliquer ; plutôt que d’abandonner les plus faibles en rase campagne. Ceux qui s’y intéressent davantage auront alors les moyens intellectuels d’approfondir leur savoir par eux-mêmes, mais on ne peut l’attendre de tous les élèves.

 

Ceux-là vont d’ailleurs majoritairement en bacs non-généraux, et ce sont encore ceux-là que la loi ORE, et Parcoursup en particulier vont fragiliser dans leur accès à l’enseignement supérieur, au motif qu’ils n’ont pas atteint de niveau B du CECRL qui est exigé dans les formations de langues, mais au-delà dans beaucoup de filières qui veulent sélectionner sans le dire (ou dont les matières ne sont pas enseignées dans le Secondaire – psycho, droit…).

 

Conclusions.

En conclusion : La sélection à l’entrée à l’université est en réalité une punition contre des élèves à qui l’on ne permet pas d’atteindre le niveau espéré en fac. Au lieu de garantir l’accès de tous à une « culture commune » de qualité (puisque c’est la rhétorique du nouveau bac), on va trier les bacheliers, et exclure encore plus ceux issus de bacs pros et technos. Si l’on créait plus de places dans les filières prisées par ces étudiants, les filières courtes et professionnalisantes pour lesquelles ils sont préparés, et si on augmentait significativement le quota d’élèves issus de ces filières, on améliorerait mécaniquement le destin de ces jeunes ; et on découragerait d’autant les bacs généraux d’opter pour ces filières qui ne sont pas prévues pour eux. Evidemment, si on abrogeait les classes préparatoires, l’université récupérerait les têtes de classe qui lui font si cruellement défaut, et pourrait tirer tous les étudiants vers le haut. Les universités pourraient préparer aux concours des grandes écoles ; nous sommes bien assez qualifiés et beaucoup d’enseignants/chercheurs sont par ailleurs issus des grandes écoles (encore plus en région parisienne). Il va de soi que cette mesure n’est pas à l’ordre du jour, et qu’elle permet en outre au gouvernement d’assurer à ses électeurs les plus favorisés que leur rejeton continueront à bénéficier de plus de ressources par étudiant que les étudiants universitaires ; et d’autre part de continuer à dévaloriser l’université en tant que système qui ne fonctionne pas. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage, et la lui inocule si besoin (tâche remarquablement accomplie depuis 2007 au moins).

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