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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 08:01

 

 

 

Vendredi 16 février, l’émission “ C dans l’air ” de La 5 proposait une réflexion sur l’avenir de la SNCF, en d’autres termes sa privatisation, l’ouverture au marché européen, la fin des « privilèges » des cheminots et de leur statut, du merveilleux grain à moudre pour les économistes de droite et d’extrême droite que l’émission invite régulièrement. Les débats (sic) étaient animés par Bruce Toussaint qui, parce qu’il est très pris sur d’autres antennes, a peu de temps pour préparer ses dossiers et donc choisit la posture du naïf. Seulement, Toussaint – et sa consœur Caroline Roux naturellement – donneraient à l'extrême droite au service du patronat le Bon Dieu sans confession.

 

 

Parmi les invités, un économiste qui a son rond de serviette dans l’émission : Bernard Vivier. Toussaint le présente comme responsable de l’Institut Supérieur du Travail. Ce faisant, il commet un énorme mensonge par omission, une authentique crapulerie. « Institut Supérieur du Travail », ça en jette. Ça fait presque officiel. On se dit que ça a un rapport avec l’enseignement supérieur, même si on n’a jamais vu d’« Institut Inférieur du Travail ». Ça résonne de manière au moins aussi glorieuse que la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques d’Agnès Verdier-Molinié.

 

 

Alors de quoi cet institut est-il le nom ? Il fut fondé en 1969 par Claude Harmel, mort à 95 ans en 2011, proche de Marcel Déat et de Georges Albertini dans sa jeunesse, et d’Alain Madelin, de Vivier, et d’Hervé Novelli dans sa vieillesse. Arrêté à la Libération, il est emprisonné à Fresnes, révoqué de l'enseignement, condamné en mai 1947 à quatre années de prison et à la dégradation nationale à vie. Il est libéré en novembre 1947 et amnistié en 1951.

 

 

 Sa vie durant, son obsession majeure aura été la mainmise du Parti Communiste sur la CGT, tout particulièrement après 1968, suite à la reconnaissance des sections syndicales dans les entreprises. Son institut va donc se consacrer à la formation des cadres d’entreprise dans la perspective de la lutte antisyndicale.

 

 

Bernard Vivier, ainsi que son frère Henri, furent nourris à ce lait. Dès 1978, âgé de 23 ans, il est proche du Front National, sans en être membre. Profondément chrétien, il est inspiré par l’Opus Dei et ne cache pas son effroi devant la libération des femmes et la révolution sexuelle après 1968. Bernard Vivier entre à la CFTC comme chargé d’études puis travaille pour les Notes de conjoncture sociale, éditées par le Centre d’observation sociale de la Fédération économique européenne (FEE). Ce Centre d’observation sociale se présente comme « un instrument de travail au service des entreprises créé et administré par des dirigeants d’entreprise ». Vivier a donc un pied dans le syndicalisme ouvrier et l’autre dans le syndicalisme patronal. De 1987 à 1991, il dirige le syndicat CFTC des journalistes ; de 2002 à 2008, il est vice-président de la Confédération chrétienne. L’entrisme qu’il pourfend chez les communiste ne lui pose pas de problème en tant militant syndicaliste chrétien. Il collabore à Radio Courtoisie, qui rassemble toute l’extrême droite républicaine et royaliste française et à la Revue universelle, organe maurassien d’Action Française.

 

 

De 1997 à 2010, il est membre du Conseil économique et social. Sa notoriété médiatique s’envole : il a participé, depuis vingt ans, à des centaines d’émissions. Il muscle la pensée économique de Christine Boutin et de son Parti Chrétien Démocrate. Il défend la cause de Denis Gauthier Sauvagnac lors du procès de l’UIMM (accusée d’avoir acheté des syndicalistes pour « fluidifier les relations sociales »).

 

Un vrai scientifique dégagé de toute contrainte idéologique, comme Toussaint et Roux les affectionnent.

 

 

 

 

La Cinq ment par omission (très souvent)

 

PS : Vivier a dû se réjouir d’un amendement surprise voté par les sénateurs et les députés le 15 février. Il permet à un employeur d’imposer à un salarié de passer en forfait jour, par delà la réglementation sur le temps du travail. S’y opposer, comme l’explique Mediapart, vaudra licenciement : « Le forfait jour, régime dans lequel le temps de travail est compté en jours par an plutôt qu’en heures par semaine, permet de faire sauter la borne des 35, 37 ou 39 heures hebdomadaires. Le salarié cadre, ou tout employé bénéficiant d’une « large autonomie », peut ainsi travailler, sans référence horaire, jusqu’à onze heures quotidiennement, en échange de contreparties sur le salaire ou les congés, plus ou moins bien négociées dans le cadre d’un accord collectif. Ce régime, totalement dérogatoire, était jusqu’ici basé sur le volontariat. Le salarié pouvait donc individuellement s’y opposer. Par quatre fois, le Comité européen des droits sociaux a d’ailleurs condamné la France pour l’utilisation d’un tel régime, unique dans l’UE. »

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15 février 2018 4 15 /02 /février /2018 06:36

 

Aux États-Unis, l’agro-alimentaire (exploitations agricoles, usines de transformation, points de vente) est sous la coupe d’une poignée de firmes transnationales qui échappent aujourd’hui à tout contrôle démocratique, divers textes de loi autorisant les entreprises à garder secrètes les informations concernant leurs pratiques. Elles ont de beaux jours devant elles car 80 à 90% de ce qu’ingèrent les Étatsuniens sont des produits transformés. La nourriture est de plus en plus industrielle et complètement déconnectée de la nature : on trouve en effet de tout à tout moment.

 

 

C’est toujours le même problème avec la poule et l’œuf : avant la Deuxième Guerre mondiale, on ne sait trop si l’agro-alimentaire industriel naquit de la demande de la restauration rapide ou si cette restauration n’était autre que le débouché inévitable de la production agricole industrielle. La restauration rapide (style McDonalds) répondit à un moment de l’exploitation des travailleurs étasuniens. Comme ils étaient employés de plus en plus loin de chez eux et qu’ils avaient de moins en moins de temps pour se sustenter, il fallut leur fournir une restauration rapide, donc standardisée et préparée par des employés sans grande qualification. Tous les coûts furent tirés vers le bas : nourriture, service, salaires des employés de la restauration et des travailleurs en général. Les dividendes, eux, grimpèrent.

 

 

La concentration capitaliste fut foudroyante. McDonalds devint le premier acheteur de bœufs, de pommes de terre, de pommes, de volaille et de laitues. Devenue énorme, la chaîne ne put faire appel qu’à des exploitations agricoles qui, elles-mêmes, étaient gigantesques. Dans les années 1970, les cinq plus grands grossistes en viande contrôlaient 25 % du marché ; quarante ans plus tard, les 4 plus importants contrôlent plus de 80 % de ce marché.

 

 

Par exemple, Tyson, le plus important grossiste en volaille au monde qui a la force de frappe d’un boxeur célèbre. Il vous élève aujourd’hui en quarante-huit jours un poulet deux fois plus gros que ceux des années cinquante qui vivaient soixante-dix jours. Á noter que le poulet n’est pas, harmonieusement, deux fois plus gros que son ancêtre : le maïs et les hormones développent le poitrail démesurément. Le volailler n’est généralement plus le propriétaire de ses volailles. Au pays de la libre entreprise sans entraves et non faussée, l’exploitant agricole est employé par une entreprise qui, visant la standardisation à outrance, l’oblige à produire des poulets ayant tous le même poids. Les pauvres bêtes sont entassées par centaines de milliers dans des hangars où elles ne voient jamais la lumière du jour. Elles grandissent au milieu de la saleté et de leurs excréments (d’où les bains de chlore qui ne les débarrassent cependant pas de tous leurs germes et autres microbes mais qui donnent au poulet ce fumet incomparable) et, du fait de la nourriture chimique qu’elles ingèrent, elles poussent plus vite que ce pour quoi leur corps avaient été programmé. Leurs os se brisent et elles deviennent alors des accidents industriels.

 

 

Les travailleurs ont à peu près autant d’autonomie que la volaille. Il s’agit aujourd’hui le plus souvent de Latino-américains en situation irrégulière sans contrat qui acceptent de très faibles salaires. Pour qu’ils se pénètrent de l’idée qu’ils ne sont pas grand-chose, des rafles sont régulièrement opérées par la police de l’immigration et 5 à 10 % sont renvoyés dans leur pays selon un taux de rotation bien planifié.

 

 

Endettés auprès des entreprises agro-alimentaires qui les obligent à acheter du matériel toujours plus coûteux, les éleveurs subissent les diktats de conglomérats qui les poussent à emprunter. Les éleveurs n’ont alors plus aucune autonomie, aucune liberté quant à leur propre métier. Il est courant qu’un éleveur ayant emprunté 500 000 dollars ne gagne que 1 500 dollars par mois. Durée du remboursement : trente ans.

 

 

La plupart des aliments transformés sont des sous-produits du maïs que l'on trouve en effet dans 90% des produits vendus dans les grandes surfaces : coca, sirop, vinaigrette, corn flakes (évidemment !), tortillas, Ketchup, Pringles, jambon blanc, polenta, glaces (pas les Haagen Dazs), bière, chewing gum. Même dans les piles ! Le maïs nourrit de nombreux animaux d’élevage (bovins, porcins et poissons). La production à l’hectare a décuplé en 100 ans grâce aux engrais, aux pesticides et à la sélection des plantes. 30 % des terres cultivables sont réservées au maïs. Un immense réseau de routes et de chemins de fer a été construit pour transporter le maïs des champs jusqu’aux exploitations d’élevages intensifs. Les bovins sont, contre leur nature, forcés de manger du maïs au lieu de l’herbe, ce qui crée de nouvelles bactéries (type E-Coli) dans le premier estomac de la vache qu’on élimine en faisant un trou dans le flanc de la bête. La bactérie se retrouve même dans les légumes (épinards, salade..). Les vaches pataugent dans leurs excréments, dans les abattoirs la viande est souvent contaminée. Il y avait des milliers d’abattoirs en 1970, aujourd’hui il n’en reste plus que treize, ce qui augmente le risque de contamination. Á noter que l’agriculture « moderne » nécessite de plus en plus de pétrole : il faut 285 litres de carburant pour amener le bétail à l’abattoir.

 

 

 

 

Chez les Étasuniens : nourriture, capitalisme et barbarie (I)

 

Les contrôles ministériels (US Department of Agriculture) se raréfient : 50 000 inspections en 1972 contre 9 000 en 2006. Dans un univers de plus en plus toxique, la mort plane. Un enfant de deux ans, Kevin a été foudroyé par la bactérie E-Coli en mangeant un burger. La bactérie a détruit ses reins et le petit garçon est mort au bout de 12 jours. Sa mère se situait à la droite du parti républicain. Elle a perdu ses repères mais se bat courageusement contre le Moloch. Le gouvernent (USDA) a imposé des tests dans différentes entreprises agro-alimentaire pour dépister la salmonelle et l’e-cili.  Les tribunaux l’ont empêché de faire fermer les entreprises qui contaminaient. Un projet de loi, dite “ loi Kevin ” a été déposé en 2005. Cette loi, qui aurait redonné à la l’USDA son pouvoir de décision, n’a jamais été votée. Redonner de l’herbe aux animaux pendant cinq jours supprimerait 80 % de la bactérie E-Coli de leur système digestif.

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 06:35

 

Michel Cornaton. La Guerre d’Algérie n’a pas eu lieu – Du déni à l’oubli, chronique d’une tragédie. Paris : L’Harmattan, 2018.

 

Bon, je ne vous cacherai rien : je connais Michel Cornaton depuis une petite quarantaine d’années. Nous fûmes collègues à l’Université nationale de Côte d’Ivoire, ce lointain proche où des amitiés très solides pouvaient se nouer entre expatriés. Michel est l’une des personnalités les plus singulières, les plus riches et les plus attachantes qu’il m’a été donné de rencontrer.

 

Il est l’auteur d’une œuvre importante, dans les deux acceptions du terme. Entre autre d’une étude sur les camps de regroupement en Algérie dont j’ai rendu compte ici. Dans son étude et sa dénonciation de ces camps, il s’opposa à Pierre Bourdieu, dont la démarche, ou plutôt l’absence de démarche, fut une faute grave.

 

Toutes les vies sont des romans. Á condition de savoir les raconter, c’est-à-dire de partager ce postulat de Roland Barthes selon lequel le monde a été créé pour se terminer dans un livre. Avec Michel Cornaton, nous sommes servis. Trop bien, dirais-je. Avec le volumineux récit qu’il nous fournit, il aurait pu écrire deux ouvrages. Le titre est en effet un peu trompeur car la Guerre d’Algérie, qui fut la grande affaire, la grande cause de sa vie, n’occupe en gros que la moitié du livre.

 

 

Note de lecture (175)

Michel Cornaton derrière le poète Jean Tardieu

 

 

Né dans un milieu modeste de la région de Bourg-en-Bresse, Cornaton fut tout : fils, petit-fils, écolier, séminariste, sportif de bon niveau, soldat, père de famille, travailleur en usine, professeur des universités, syndicaliste, sociologue, psychologue.

 

Il y a chez Cornaton une force intellectuelle tranquille et désarmante à laquelle je me suis frotté pendant des années à Abidjan, quand il introduit mine de rien un argument, une réflexion dans la conversation, avec humour et en soulevant, en un effort feint, des montagnes d’esprit qui désarçonnent. « Parler c’est vivre », disait Claude Halmos. Dans cette Guerre d’Algérie n’a pas eu lieu, Cornaton libère la parole, le discours et le langage dont il dénonce la « dénaturation » : « Á leur retour au pays, la plupart des deux millions de jeunes hommes enrôlés n’ont rien pu dire sur l’enfer vécu en Algérie ».

 

Pour retrouver et dire les mots de ses souvenirs – il a la chance (?) d’être hypermnésique – il a installé dans son récit un double de lui-même qu’il observe avec une distance légère. Mais avec la précision et les exigences d’un entomologue, à la recherche des « vies obscures » (Virginia Woolf) ou des « vies minuscules » (Pierre Michon). Dans le monde bressan du petit Michel, on va au cinéma (le Vox) une fois par an. Alors on en parle avant, pendant et après pendant des jours. Des cousines s’appellent Anthelmette. On écoute « La famille Duraton » grâce à Radio Luxembourg (ah ! Ded Rysel, Jean Carmet jeune…). On vibre à “ Quitte ou double ” de Zappy Max et au “ Radio Crochet ” de Jean Nohain. Au séminaire, chacun est tétanisé par le crime monstrueux de l’abbé d’Uruffe. Mais « Face au “ S ” du Scandale, la stratégie des trois “ S ”, Silence-Sacré-Secret, a parfaitement opéré. » Quant à la vie militaire, c’est « un monde du “ je ne veux pas le savoir ”, du “ marche ou crève ”, le mieux étant, une nouvelle fois, de rentrer dans sa coquille et de brancher le pilotage automatique. » Un monde où, dans les dortoirs, un muret sépare les vrais Français des FSNA (Français de souche nord-africaine). Un monde de conditionnement, de harcèlement dont on s’échappe un instant en allant voir Et Dieu créa la femme (avec « Brigitte Bardot à poil »).

 

Quant à la sale Guerre d’Algérie qui n’a jamais dit son nom (on parlait d’« événements », de « pacification »), cette horreur traumatisa à jamais Michel : 1500 condamnations à mort, « en ne comptabilisant que ceux qui eurent droit à un procès, sans que figurent non plus dans les statistiques tous ceux qui furent pendus, étranglés, jetés d’avion ou d’hélicoptère, et nombre de ceux qui furent exécutés à l’occasion des “ corvées de bois ”. Il y eut 222 hommes guillotinés [et non fusillés car ils ne s’agissait pas de soldats en guerre mais de bandits de grand chemin] entre 1956 et 1962, l’équivalent du quart de l’épuration officielle de la Seconde Guerre mondiale. Sur ces 222, les quarante-cinq premiers le furent sous la responsabilité de François Mitterrand qui, du temps où il fut Garde des sceaux, refusa systématiquement le recours en grâce. » Sans parler des prisonniers abattus en campagne d’une balle dans le dos parce qu’il fallait faire du chiffre. Chaque jour de cette guerre durant laquelle Michel parvint à ne jamais tirer sur un adversaire, dix soldats français moururent, cent furent blessés. La France officielle écrivit l’histoire de la Guerre d'Algérie avec une gomme. Par exemple, en amnistiant en 1962 les coupables d’infractions commises dans le cadre de la répression contre l’insurrection algérienne et en effaçant en 1968 toute peine pénale en lien avec la Guerre d’Algérie.

 

Cornaton retourna en Algérie pour y étudier, en vue d’une thèse, les centres de regroupement, zones où les occupants français concentrèrent des centaines de milliers de civils. Il trouva sur son chemin Pierre Bourdieu, pour qui l’Algérie était un peu une chasse gardée : « L’histoire ne m’intéresse pas. L’urgence que vous évoquez n’est pas là. Vous pouvez me dire l’intérêt d’étudier des centres de regroupement qui n’existent plus ? Les habitants en sont partis et ils n’y remettront pas les pieds. » Ce à quoi Cornaton répondit : « Ce n’est peut-être plus le cas. Je viens seulement de redécouvrir le pays et m’apprête à y retourner prochainement. Sans les rechercher particulièrement, j’ai pu apercevoir nombre de regroupements habités. Vous avez les nouveaux arrivants qui ont pris la place de ceux qui s’étaient dégroupés.  Vous avez des milliers, pour ne pas dire des millions d’Algériens qui continuent à vivre en marge de leur société. » Michel (ou son double d’écriture ?) fut alors à deux doigts de flanquer une grosse baffe dans la figure du prestigieux sociologue. Il eut, en fin de comptes, le grand mérite de soutenir, en France, la première thèse sur la Guerre d’Algérie.

 

Le négationnisme de la France officielle poursuivra Cornaton jusqu’à l’université de Lyon 2 où il sera nommé professeur et terminera sa carrière universitaire. Par une ironie dramatique dont la France a le secret, c’est dans la ville de Marc Bloch où s’est illustré Jean Moulin qu’a fleuri le pire des négationnismes. Á Lyon 1 et Lyon 3, l’établissement que la bourgeoisie lyonnaise considère comme « son » université, de manière militante, et à Lyon 2 de manière moins ostentatoire mais pas moins efficace. Dans une page très courageuse, Michel Cornaton fait le tour de la question : « Lyon a revêtu les deux aspects d’une capitale de la résistance et de la collaboration puis du révisionnisme. l’Université Claude Bernard Lyon 1 s’est empêtrée toute seule dans l’affaire de l’eugéniste Alexis Carrel, dont la Faculté de médecine portera le nom avant d’être rebaptisée Laennec, sous la pression de l’opinion publique. L’Université Lyon 3, paradoxalement nommée Jean Moulin, au moment où elle réussissait à se défaire d’une partie de ses oripeaux de la honte, n’a pas été capable de régler par elle-même la question Notin, un enseignant négationniste. Quant à Lyon 2, elle n’a rien trouvé de mieux, en 1987, que de choisir comme parrains deux Bisontins, les frères Auguste et Louis Lumière, au long passé pétainiste [et admirateurs du fascisme italien]. Le palmarès révisionniste de Lyon 2 ne manque pas d’être éloquent lui aussi : Robert Faurisson en lettres, Pierre Zind, un frère mariste enseignant en sciences de l’éducation, plus tard François Robert, un ex-collaborateur d’une revue négationniste. »

 

Malgré l'utilisation d'un double, d'un intercesseur (ou peut-être grâce à), on peut dire qu'il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre l'œuvre et l'homme. Michel Cornaton ne reconstruit pas son passé : il le déconstruit pour en offrir une vision construite bourrée de sens. L'empathie qu'il éprouve pour son double est contagieuse. Comme Montaigne, c'est lui-même qu'il peint mais il n'a pas besoin d'avertir son lecteur que son œuvre est « de bonne foi ». Comme Montaigne  il « forge son âme ». Il quête ce que les Allemands appellent Erfahrung, c'est-à-dire l'expérience accumulée, et il nous en donne l'origine. Et comme son écriture est aussi précise que limpide, on sort enrichi et heureux de l'avoir lu.

 

 

Note de lecture (175)

 

Á côté de Michel Cornaton, ma fille aînée Isabelle.

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 06:40

Un article très utile de Marianne sur l’IFRAP d’Agnès Verdier-Molinier : faux institut de recherche et vrai lobby ultra libéral, dans le conseil d’administration duquel on compte forcément Denis Kessler :

« Agnès Verdier-Molinié squatte les écrans pour parler d'économie, auréolée d'une réputation de chercheuse à l'Ifrap. Une prouesse extraordinaire pour une fondation ultra-libérale très éloignée de toute rigueur scientifique, experte du lobbying au Parlement, arrosée par de mystérieux mécènes et noyautée par des chefs d'entreprise...

 

C’est le diablotin qui sort de la boîte médiatique, dès que le mot « dépense publique » apparaît à l’écran. A moins d’éviter soigneusement ce type de programmes, difficile de louper Agnès Verdier-Molinié et ses analyses chiffrées dégainées à chaque fois qu’une réforme sur les retraites ou les fonctionnaires revient au menu d’une émission. Depuis le début de l’année, la directrice de la Fondation Ifrap est sur les antennes presque un jour sur deux : LCI trois fois, France 5, M6, Canal+, Arte, Europe 1, RTL, RMC, France Inter, Sud Radio, BFM Business, I24news, le service vidéo du Figaro(trois fois)… Sur son site web, l’institution se félicite d’ailleurs de cette aura impressionnante : « En 9 ans, les travaux de la Fondation sont devenus une référence pour les médias. »

 

 

Marianne épingle la gestion d’Alain Bauer du Conseil national des activités privées de sécurité à une époque où les vigiles privés sont désormais plus nombreux que les forces de l’ordre publique, à la grande satisfaction du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb :

Pour la Cour des comptes, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) fonctionne mal. Un homme avec 31 délits a son actif s'est par exemple vu délivrer une carte professionnelle…

 

« Le dernier rapport de la Cour des comptes va être sanglant pour Alain Bauer ». La rumeur disait vrai. Dans son rapport public annuel 2017, publié ce mercredi 7 février, le chapitre consacré aux activités privées de sécurité est un réquisitoire contre l'institution dirigée par le consultant. Le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), créé en 2012 pour - et par, disent les mauvaises langues - Alain Bauer qui en a pris la direction opérationnelle pour 6 ans, est l’autorité chargée de réguler le secteur des sociétés privées de sécurité. Et ce, tant sur le plan du contrôle, puisque c’est cet organisme qui délivre ou non les autorisations d'exercer, que sur celui de la régulation car c'est à lui que revient l’action disciplinaire au sein de la profession. Or, selon les magistrats de la rue Cambon, son bilan est globalement très négatif…

 

Comme le note la Cour des comptes, cet établissement public s'apparente volontiers à un ordre professionnel, et se vit comme tel. Il en partage donc les objectifs… et les dérives, comme les déchirements entre petits et grands acteurs du secteur. Au chapitre régulation, c’est l’adjectif lacunaire qui s’impose dans le rapport. De fait, 92,7% des demandes déposées auprès du CNAPS ont obtenu le sésame entre 2012 et 2016. Le nombre de dossiers a pourtant explosé, réduisant mécaniquement leur qualité, mais rien n'y a fait : c’est "oui" dans plus de 9 cas sur 10. Rien que sur 2016, sur les 155.242 demandes, seules 11.232 ont été refusées.

 

 

 

Marianne, toujours elle, estime que face aux religions qui envahissent les débats, les athées sont les oubliés de la République :

 

Discrets dans le débat public, absents des rencontres institutionnalisées avec l'Etat, les non-religieux semblent parfois inaudibles alors que la France est l'un des pays les moins croyants au monde. Faut-il aller jusqu'à leur garantir une représentation officielle ?

 

L'évêque de Saint-Denis, le Grand rabbin de France, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), le pasteur représentant la Fédération protestante de France… Ils étaient tous à l'Elysée, le 21 décembre dernier, invités par Emmanuel Macron à un dialogue entre l'Etat laïc et les représentants des cultes. Mis à l'aise par un président de la République qui a partagé leur inquiétude face à une prétendue "radicalisation de la laïcité", les religieux de toutes obédiences en ont profité pour demander davantage d'aumôniers dans les services publics, et prévenir qu'ils souhaitaient être au cœur des débats à venir sur la PMA ou la fin de vie.

 

 

Ma retraite ayant été sérieusement ratiboisée ce mois-ci, je n’ai pu m’acheter qu’un seul organe de presse.

Revue de presse (231)

 

Marianne épingle la gestion d’Alain Bauer du Conseil national des activités privées de sécurité à une époque où les vigiles privés sont désormais plus nombreux que les forces de l’ordre publique, à la grande satisfaction du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb :

Pour la Cour des comptes, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) fonctionne mal. Un homme avec 31 délits a son actif s'est par exemple vu délivrer une carte professionnelle…

 

« Le dernier rapport de la Cour des comptes va être sanglant pour Alain Bauer ». La rumeur disait vrai. Dans son rapport public annuel 2017, publié ce mercredi 7 février, le chapitre consacré aux activités privées de sécurité est un réquisitoire contre l'institution dirigée par le consultant. Le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), créé en 2012 pour - et par, disent les mauvaises langues - Alain Bauer qui en a pris la direction opérationnelle pour 6 ans, est l’autorité chargée de réguler le secteur des sociétés privées de sécurité. Et ce, tant sur le plan du contrôle, puisque c’est cet organisme qui délivre ou non les autorisations d'exercer, que sur celui de la régulation car c'est à lui que revient l’action disciplinaire au sein de la profession. Or, selon les magistrats de la rue Cambon, son bilan est globalement très négatif…

 

Comme le note la Cour des comptes, cet établissement public s'apparente volontiers à un ordre professionnel, et se vit comme tel. Il en partage donc les objectifs… et les dérives, comme les déchirements entre petits et grands acteurs du secteur. Au chapitre régulation, c’est l’adjectif lacunaire qui s’impose dans le rapport. De fait, 92,7% des demandes déposées auprès du CNAPS ont obtenu le sésame entre 2012 et 2016. Le nombre de dossiers a pourtant explosé, réduisant mécaniquement leur qualité, mais rien n'y a fait : c’est "oui" dans plus de 9 cas sur 10. Rien que sur 2016, sur les 155.242 demandes, seules 11.232 ont été refusées.

 

 

 

Marianne, toujours elle, estime que face aux religions qui envahissent les débats, les athées sont les oubliés de la République :

 

Discrets dans le débat public, absents des rencontres institutionnalisées avec l'Etat, les non-religieux semblent parfois inaudibles alors que la France est l'un des pays les moins croyants au monde. Faut-il aller jusqu'à leur garantir une représentation officielle ?

 

L'évêque de Saint-Denis, le Grand rabbin de France, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), le pasteur représentant la Fédération protestante de France… Ils étaient tous à l'Elysée, le 21 décembre dernier, invités par Emmanuel Macron à un dialogue entre l'Etat laïc et les représentants des cultes. Mis à l'aise par un président de la République qui a partagé leur inquiétude face à une prétendue "radicalisation de la laïcité", les religieux de toutes obédiences en ont profité pour demander davantage d'aumôniers dans les services publics, et prévenir qu'ils souhaitaient être au cœur des débats à venir sur la PMA ou la fin de vie.

 

 

Ma retraite ayant été sérieusement ratiboisée ce mois-ci, je n’ai pu m’acheter qu’un seul organe de presse.

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 06:16

Ils ont une origine multiple et variée. Par exemple du Congo où des enfants creusent des mines pour extraire le cobalt nécessaire à la fabrication de nos téléphones intelligents.

D'où viennent les produits Apple ?
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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 06:31

 

Selon SUD-Rail, quatre ruptures de liaison électrique sortant un train des radars, ont eu lieu depuis 24 octobre. Le syndicat déplore "l'absence de vraies mesures" pour éradiquer ce risque pouvant occasionner une collision entre deux trains ou avec un automobiliste, ce que la SNCF conteste.

 

Le "déshuntage". Un mot peu connu pour nommer une réalité qui peut pourtant s'avérer mortelle. Les déshuilages sont des ruptures de liaison électrique sortant brièvement un train de la SNCF des radars. Selon SUD-Rail, quatre ont eu lieu en France depuis le 24 octobre.  

 

Lorsqu'un train "déchante", il devient un train "fantôme": les passages à niveau ne s'abaissent plus et les signaux ne se ferment plus, pouvant occasionner une collision entre deux trains. Cela concerne plus particulièrement certains matériels récents, notamment le TER X73500. La salissure du rail ou des roues par la poussière ou des feuilles favorise ce dysfonctionnement. 

 

PS : en anglais, to shunt signifie aiguiller, détourner, garer un train. Le verbe to deshunt n'existe pas, ou alors, peut-être dans des endroits extrêmement confidentiels ou spécialisés. Ne parlons même pas de deshuntage. Orwell l'avait dit le premier : lorsqu'on utilise un terme étranger alors qu'on pourrait très bien avoir recours à un vocable de sa propre langue, on ment. Á tout le moins, on ne dit pas totalement la vérité, on a quelque chose à cacher.

La SNCF et le deshuntage
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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 07:43

 

 

L’immense quotidien de référence du soir, Le Monde pour ne pas le nommer, s’intéresse vraiment aux problèmes essentiels de la planète : « S’il y a dans la presse américaine un consensus autour de Melania Trump et de son fils Barron, c’est qu’il est préférable de ne pas les prendre à partie. Sauf quand Melania Trump, ancienne mannequine, commet une faute de goût. Ce qui peut arriver à tout le monde, y compris à une First Lady. Comme lorsqu’elle porta des stilettos [le grand quotidien ne connaît pas le groupe nominal “ talon-aiguille ”] pour aller à la rencontre des sinistrés de la tempête Harvey, au Texas, en août 2017.

Mardi 30 janvier, pour le discours sur l’état de l’Union prononcé par Donald Trump, Melania Trump était néanmoins attendue au tournant par les médias américains. Doublement. Comment allait-elle apparaître alors que plusieurs élues démocrates du Congrès avaient annoncé qu’elles porteraient du noir, la couleur officielle du mouvement #MeToo ou une écharpe de motif kenté, pour protester contre les propos dégradants de M. Trump sur les « shithole countries » ? Et allait-elle seulement assister au premier « vrai » discours sur l’état de l’Union du 45e président des Etats-Unis alors que celui-ci doit faire face à des rumeurs d’infidélité ? La réponse ne s’est pas fait attendre. Melania Trump est arrivée séparément de Donald Trump. Et elle est apparue vêtue d’un « tailleur-pantalon ivoire de Dior, un chemisier Dolce & Gabbana et une paire de Louboutin ».

 


 

 

 

Revue de presse (230)

 

L’Obs nous informe que L'exécutif veut étendre "largement" dans la fonction publique le recours aux contractuels et travaille à un plan de départs volontaires pour les fonctionnaires dans le cadre de l'objectif présidentiel de suppression de 120 000 postes.

Une "grande concertation" va être ouverte en février entre le gouvernement et les syndicats de la fonction publique, a annoncé Edouard Philippe [fils d’un enseignant fonctionnaire, frère d’une enseignante fonctionnaire et fonctionnaire lui-même] au terme d'un comité interministériel. Cette concertation doit courir sur l'ensemble de 2018. L'exécutif veut également développer davantage la rémunération au "mérite".

Communistes Hebdo dénonce les licenciements en préparation à Carrefour dont le but est d’optimiser des profits « déjà fabuleux » : « Carrefour Group, un des leaders mondiaux de la distribution, au 10ème rang des multinationales du CAC 40, c’est : 13 millions de clients par jour, implanté dans plus de 30 pays avec plus de 12 150 magasins (5 686 en France). Ces sites de e-commerce emploient plus de 384 000 collaborateurs dans le monde dont environ 115 000 salariés en France. Il a fait 900 millions d’euros de bénéfices nets en 2016.  Avec un chiffre d’affaires de 88,24 milliards d’euros sur l’année 2017, ses profits annoncés sont en hausse de 46,6% sur 2016.  Le jour de l'annonce, l'action carrefour a bondi de près de 5%. Le groupe touche 400 millions d’euros par an de fonds publics, en CiCe et bénéficie des exonérations de cotisations sociales. »

 

 

Por Christian de Brie dans Le Monde Diplomatique, l’assistanat est un fléau : « Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, zones franches, exonération de la taxe foncière, facilités comptables, niches et allégements en tous genres : au fil des décennies, les pouvoirs publics ont taillé un environnement fiscal et réglementaire sur mesure pour le patronat, sans aucune contrepartie. L’État-providence fonctionne donc très bien… pour les entreprises. »

Revue de presse (230)

 

Marianne se fait l’écho d’une juste décision : « Après Robert Ménard en 2016, c'est l'ancien candidat Les Républicains à l'élection présidentielle, François Fillon, qui remporte le prix du mensonge en politique en 2017.

Le jury a voté à l'unanimité pour celui qui s'est illustré par ses innombrables bobards lors d'une élection Des mensonges particulièrement nombreux autour de l’affaire Penelope. Quelques exemples :

- Promettre de retirer sa candidature en cas de mise en examen.

- Se tromper sur les dates d’embauche de son épouse.

- Assurer qu'il a rémunéré ses enfants avocats alors qu’ils n’étaient qu’étudiants.

- Assurer, à tort, que les médias ont annoncé le suicide de sa femme.

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4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 06:34

 

 

Serge Halimi nous révèle qui sont les « Idiots utiles » du Pentagone : « ÁWashington, démocrates et républicains s’accordent au moins quand il s’agit de combattre la Russie. Selon eux, M. Vladimir Poutine doute de la détermination des États-Unis à défendre leurs alliés et veut protéger son régime autoritaire contre une contagion démocratique et libérale. Il aurait donc choisi d’agresser l’Occident. Alors, pour garantir la paix et la démocratie, l’armée américaine et les parlementaires des deux partis ont décidé de contre-attaquer… L’armée américaine, tout d’abord. Répondant à une commande de la Maison Blanche, le Pentagone vient d’achever une étude qui préconise un emploi plus généreux de l’arme nucléaire. Celle-ci étant actuellement trop destructrice pour que son utilisation soit imaginable, et ne jouant donc pas son rôle de dissuasion, il conviendrait de la miniaturiser davantage afin de pouvoir y recourir contre un éventail plus étendu d’agressions. Y compris « non nucléaires » : destruction des réseaux de communication, « armes chimiques, biologiques, cyberattaques », etc.

 

 

Maxime Robin décrit les ravages des opiacés aux EU (“ Overdoses sur ordonnance ”) : « Ils tuent davantage que les accidents de la route ou les armes à feu. Après avoir ravagé les ghettos noirs dans les années 1990, les opiacés déciment désormais les banlieues pavillonnaires et la petite classe moyenne américaines. Inédite par son ampleur et par ses victimes, cette épidémie d’overdoses l’est aussi par son origine : les consommateurs sont devenus dépendants en avalant des antidouleurs prescrits par leur médecin. »

 

 

Rafael Correa, récent président de l’Équateur, explique comment les grands médias ramènent progressivement les forces réactionnaires au pouvoir (“ Gouverner sous les bombes... médiatiques ”) : « Au pouvoir en Équateur de janvier 2007 à mai 2017, M. Rafael Correa a décidé de ne pas se représenter. La rupture avec son successeur et ancien collaborateur l’a néanmoins conduit à reprendre le combat. Au-delà de cet affrontement singulier, il témoigne ici des conquêtes et des reflux de la gauche en Amérique latine. Et il relève à quel point les grands médias sont devenus une arme politique au service de la contre-offensive des partis conservateurs. »

 

 

Pierre Rimbert revient sur la polémique suscitée par la présence de Rokhaya Diallo au Conseil national du numérique (“ Diversité et diversion ”) : « La controverse était presque parfaite : le 11 décembre dernier, les réseaux sociaux s’enflamment à l’annonce de la composition du Conseil national du numérique (CnNum), une commission consultative créée en 2011 et renouvelée régulièrement dans l’indifférence générale. Des tweets indignés de parlementaires socialistes et Républicains dénoncent la présence de Rokhaya Diallo, essayiste, réalisatrice et chroniqueuse dans plusieurs émissions de divertissement. Aux yeux de ses détracteurs, la militante a commis la faute impardonnable de critiquer le « racisme d’État » français, la loi sur le voile de 2004 et Charlie Hebdo. Sous pression, le secrétaire d’État chargé du numérique cède et l’écarte quarante-huit heures après sa nomination. Par solidarité, la présidente et la plupart des membres du CnNum démissionnent le 19 décembre. Comme une pièce dans un juke-box, l’affaire relance le tube du débat public, « Ma laïcité contre ton communautarisme », sur lequel politiques et polémistes se dandinent infatigablement depuis le début des années 1990. Aux crépitements des tweets s’ajoutent des articles, des pétitions et même un éditorial du New York Times (28 décembre). « L’indépendance du Conseil national du numérique n’est pas négociable », préviennent une brochette de journalistes, d’intellectuels et de militants classés à gauche, tous décidés à entrer en « résistance » (Libération.fr, 20 décembre). »

 

 

 

Pour Benoît Bréville, l’intégration devient à tort une obsession : « Dans l’incessant débat sur l’intégration des personnes d’origine arabe et africaine, certains prétendent que les Italiens, les Portugais, les Polonais étaient « moins différents » et s’assimilaient donc sans trop d’encombre. En faisant de cette question un enjeu essentiellement culturel, cette lecture néglige les leçons prodiguées par plus d’un siècle d’histoire de l’immigration.

 

 

Selon Akram Belkaïd et Olivier Pironet La jeunesse palestinienne ne s’avoue pas vaincue : « La décision de M. Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël, le 6 décembre dernier, a aggravé l’échec du « processus de paix » et provoqué d’importantes manifestations en Cisjordanie et à Gaza. Une contestation durement réprimée par Israël, qui multiplie les incursions militaires et les arrestations. Les jeunes Palestiniens, y compris des mineurs, sont les premiers visés. Nombre d’entre eux rompent avec les formes de militantisme de leurs aînés. »

 

 

Pour Bernard Hourcade, “ L’Iran se réinvente en puissance régionale ” : « Dans la guerre froide régionale qui l’oppose à l’Arabie saoudite, l’Iran peut s’appuyer sur un archipel de minorités chiites ou assimilées. La République islamique a su leur apporter un soutien décisif, en particulier pour combattre les djihadistes en Syrie et en Irak. Mais la source de la rivalité entre les deux puissances du Golfe apparaît bien davantage politique qu’ethnique ou religieuse. »

 

 

Loïc Ramirez explique pourquoi la construction de la santé publique en Équateur est difficile : « Ces dix dernières années, le pouvoir équatorien a tenté de restaurer le rôle de l’État, en particulier en garantissant à tous les citoyens l’accès aux soins médicaux. Une entreprise ambitieuse, mais parfois maladroite. »

 

 

Pour Zhang Zhulin, la Chine joue un double jeu sur les OGM : « Pour la première fois, un riz génétiquement modifié par des chercheurs de Wuhan, en Chine, a été validé par les autorités américaines de contrôle des aliments et des médicaments, le 11 janvier. Toutefois, il ne peut être produit sur le sol chinois. Tel est le paradoxe de Pékin, qui encourage la recherche mais, officiellement, limite la culture, face à une population réticente. »

 

 

 

La Hollande accueille de jeunes agronomes chinois (Jean Pouille) : « Depuis 2008 et le scandale du lait frelaté en Chine, l’Université agronome de Wageningue, aux Pays-Bas, attire nombre d’étudiants chinois passionnés par l’agriculture et l’alimentation. Elle accompagne aussi les industriels néerlandais vers le marché chinois. »

 

 

 

Pour Christian de Brie, l’assistanat est un fléau : « Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, zones franches, exonération de la taxe foncière, facilités comptables, niches et allégements en tous genres : au fil des décennies, les pouvoirs publics ont taillé un environnement fiscal et réglementaire sur mesure pour le patronat, sans aucune contrepartie. L’État-providence fonctionne donc très bien… pour les entreprises. »

 

 

 

Pierre Rimbert nous présente le “ Le Saint Empire économique allemand ” : « La fracture entre l’ouest et l’est de l’Union européenne ne se résume pas à l’opposition entre démocraties libérales et gouvernements autoritaires. Elle reflète une domination économique des grandes puissances sur les pays de l’ancien bloc de l’Est, utilisés comme des réservoirs de main-d’œuvre à bas coût. Dès les années 1990, les industries allemandes délocalisaient en Pologne, en Tchéquie, en Slovaquie et en Hongrie.

 

 

 

Pour Michel Bozon, la transformations de la sexualité n’empêche pas la permanence du sexisme : « Libérée, la parole des femmes a permis de prendre conscience de l’ampleur des violences ou du harcèlement qu’elles subissent au quotidien. Comment expliquer cette prolifération de comportements sexistes alors que les pratiques sexuelles ont, elles, évolué vers plus d’égalité entre les partenaires au cours de ces dernières décennies ? »

 

 

 

Aurélien Bernier décrit les “ batailles commerciales pour éclairer l’Afrique ” : « Fermes éoliennes, barrages, centrales solaires, géothermiques ou nucléaires… Le marché de l’énergie se développe sur tout le continent noir, suscitant la convoitise des géants mondiaux de l’électricité, mais aussi de certaines entreprises africaines. Il est vrai que les besoins sont immenses : près de 650 millions d’habitants n’ont toujours pas accès à l’électricité. »

 

 

 

Selon Anne-Cécile Robert, “ l’ordre international est piétiné par ses garants ” : « En violant les résolutions des Nations unies sur Jérusalem, les États-Unis illustrent l’un des dangers majeurs de la géopolitique actuelle : l’affaiblissement des fondements de la légalité internationale, née en 1945 d’une certaine idée de la civilisation. Alors que la fin de la guerre froide offrait l’occasion de réaffirmer une règle commune, les Occidentaux ont poussé leur avantage et donné le mauvais exemple. »

 

 

Selon François Carrel, les Alpins ne veulent plus des Jeux d’hiver : « À l’heure où les XXIIIe Jeux olympiques d’hiver s’ouvrent à Pyeongchang, en Corée du Sud, l’organisation d’une telle manifestation dans les Alpes ne paraît plus envisageable. Lorsqu’elles sont consultées par référendum, les populations des régions concernées refusent de sacrifier l’environnement et les deniers publics à un événement éphémère qui banalise la montagne. »

 

 

Pour David Garcia, les pertes sont publiques et les gains sont privés à Athènes : « Ville symbole des Jeux olympiques, Athènes a vu affluer en août 2004, pour les Jeux d’été, plus de 10 000 athlètes représentant 201 nations. L’organisation de cet événement, avec son lot de constructions inutiles, a contribué à plomber les finances publiques de la Grèce et a aggravé l’engrenage de la dette. Treize ans après, le bilan est accablant. Mais pas pour tout le monde... »

 

 

 

Philippe Person revient sur l’admirable figure de Jean Rouch, le « griot gaulois » : « Pour être au plus près de ceux qu’il choisissait de filmer, Jean Rouch (1917-2004) se donna les moyens de tourner en toute liberté. Il bricola son matériel, se passa de fonds privés, refusa de s’en tenir à la séparation entre documentaire et fiction, et inventa ainsi le cinéma direct et les ethno-fictions. Intrépide et joyeux, il abattit des frontières. »

 

 


 

Le Monde Diplomatique (215)

 

Pour Thomas Frank, Harvey Weinstein était un homme de gauche à la sauce américaine : « Quand l’affaire Harvey Weinstein a fait irruption à la « une » des journaux, je n’avais jamais entendu parler de ce personnage. Sans doute étais-je le seul journaliste des États-Unis à faire preuve d’une ignorance aussi complète. Qui était donc ce producteur de cinéma accusé d’avoir agressé sexuellement un nombre incalculable de femmes ? En commençant à me documenter, j’ai découvert que, à une époque pas si lointaine, il était réputé pour un tout autre motif : sa relation intime avec le Parti démocrate et son soutien généreux à une variété de personnalités et de bonnes causes classées comme progressistes. Longtemps, il fut même considéré comme un adversaire intraitable du racisme, du sexisme et de la censure. On lui doit, par exemple, quantité de soirées fastueuses destinées à recueillir des fonds pour la lutte contre le VIH-sida. En 2004, il avait apporté son soutien à un groupe de femmes baptisé « les mères opposées à Bush ». Dans la foulée de l’attaque terroriste contre le journal français Charlie Hebdo, il brandit haut le flambeau de la liberté d’expression : « Personne ne pourra jamais détruire la capacité des grands artistes à dépeindre notre monde », proclamait-il le 11 janvier 2015 dans les pages du magazine Variety. »

 

PS : En cadeau, un petit bilan de la trésorerie du groupe Carrefour qui envisage de licencier des milliers de travailleurs. On appréciera ce que les contribuables français offrent chaque année aux familles Fournier et Defforey. Pendant ce temps, des présidents d'universités demandent aux personnels de se serrer la ceinture car il faut être réaliste et c'est pire en Zambie ...

Le Monde Diplomatique (215)
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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 06:26

 

80 à 90% de ce que mangent les Zuniens est une nourriture reconstituée, trafiquée. Cette nourriture provient de l’industrie agro-alimentaire qui, en bonne logique capitaliste,  est entre les mains de milliardaires de moins en moins nombreux. Ainsi, il y a cinquante ans, le pays comptait plusieurs milliers d’abattoirs. Il en compte aujourd’hui treize.

 

Ils en crèvent à petit feu car ils sont tous (à part les plus riches, et encore) contaminés par une nourriture standardisée dont une des caractéristiques forte est le sucre. Chaque Zunien en ingère plusieurs centaines de kilos par an. 35 grammes dans une canette de Coca Cola de 33 cl. D’où le nombre en croissance fulgurante de diabètes de type 2, cause de cécité.

 

Une plante qui entre dans la composition de centaines de produits – ne parlons pas d’aliments – est le maïs. Qu’on trouve dans le Coca, comme par hasard. Et aussi dans les Corn Flakes (évidemment !), dans les tortillas, dans le Ketchup, les Pringles, le jambon blanc, la polenta, les glaces (pas les Haagen Dazs), la bière, le chewing gum.

 

Aux États-Unis, le maïs a deux vertus principales : cultivé dans d’immenses propriétés par des travailleurs précaires généralement en situation illégale, il est très bon marché. Et très nourrissant. On en nourrit la volaille, et aussi les bovins à satiété. Les vaches sont des animaux végétariens. Mais pour qu’un bestiau pousse plus vite et devienne plus gros que de normal, on va lui faire ingérer toutes sortes d’« aliments » sauf de l’herbe. Par exemple – je ne parle pas des antibiotiques – des cadavres d’autres animaux, de la farine de poisson et du maïs.

 

Le problème est que l’appareil digestif de la vache n’est pas fait pour cela. Pas du tout. Alors il se produit quelque chose de tout à fait infernal dans le premier estomac du bovidé, la panse (ou le rumen). Je cite Wikipédia : « Le rumen est en fait une cuve à fermentation qui permet aux ruminants l'utilisation des fourrages et des autres aliments riches en cellulose. C'est au cours de leur séjour plus ou moins long dans le rumen que les aliments sont d'une part fractionnés (par la mastication lors de la rumination et) par l'action des micro-organismes et, d'autre part partiellement utilisés par la microfaune qui se multiplie dans ce pré-estomac. Le rumen contient une importante population microbienne qui dégrade et fermente une fraction de l’aliment. » 

 

Un régime à base de maïs favorise l’apparition de nouvelles Escherichia coli (0157H7) extrêmement dangereuses. On a vu des enfants mourir en quinze jours une fois que leurs reins ont été attaqués. Il faut donc régulièrement dégager cette culture mortelle du rumen. Ce qui n’est pas simple, à moins de creuser un trou permanent dans le flanc de la vache, bouché par un couvercle hermétique, donnant un accès direct à la panse. Aussi pratique qu’une pile pour les cardiaques et pas plus douloureux. Le progrès.

 

Amis de la poésie, bonsoir !

 

 

 

 

Source : ce documentaire terrifiant 

Ce que font les Zuniens aux vaches
Ce que font les Zuniens aux vaches
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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 14:48
Un musée de Manchester censure un tableau du XIXe siècle

 

Il s'agit de “ Hylas et les nymphes ” de John William Waterhouse qui a été enlevé le 26 janvier. Á la place, le musée (la Manchester Art Gallery) a accroché une feuille de papier expliquant que :  « Cette galerie présente le corps des femmes soit en tant que "forme passive décorative" soit en tant que "femme fatale". Remettons en cause ce fantasme victorien! Cette galerie existe dans un monde traversé par des questions de genre, de race, de sexualité et de classe qui nous affectent tous. Comment les oeuvres d'art peuvent-elles nous parler d'une façon plus contemporaine et pertinente ? »

 

Á ce jour, les réactions ont été majoritairement hostiles à la décision du musée qualifiée de “ censure politiquement correcte ”.

 

Par la plume de son critique Jonathan Jones, Le Guardian a vivement dénoncé cette initiative en se demandant si Picasso ne serait pas le prochain censuré.

 

Ben oui, quoi ! Les "Demoiselles d'Avignon ” était des prostituées.

 

L'art n'étant que très rarement moralement pure, on va finir par croire que ce sont les extrémistes islamistes qui ont raison lorsqu'ils interdisent, en public comme en privé, toute expression artistique.

 

​​​​​​​Harvey Weinstein n'avait pas prévu cela.

 

Source

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