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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 06:30

Je reproduis ici un article fort intéressant de la linguiste Sarah Al-Matary publié par la SELP (Société d'études des langages du politique).

 

 

Les amateurs de comédies douces-amères se méfient à raison des interprétations directement politiques du « nom des gens ». Dans le film éponyme de Michel Leclerc, sorti en novembre 2010, Bahia Benmahmoud, bouillonnante jeune femme issue d’un couple franco-algérien, classait un peu trop vite à l’extrême droite le dénommé Arthur Martin, pourtant admirateur de Lionel Jospin… La même année, alors que le débat sur l’identité nationale battait son plein, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte abordaient frontalement la question du prénom dans une pièce à laquelle son succès vaudra d’être portée à l’écran, Le Prénom : l’intrigue décrit comment une famille manque d’éclater après qu’un de ses membres annonce par plaisanterie qu’il souhaite baptiser son futur enfant Adolphe, en référence au roman de Benjamin Constant ‒ aux oreilles des autres, Adolphe évoque insupportablement le Führer.

 

En France, l’officier d’état civil ne peut refuser un prénom ; mais s’il le juge préjudiciable et le signale, l’article 57 du Code civil autorise le Procureur de la République à saisir le juge aux affaires familiales. Peu de signalements concernent cependant des prénoms jugés politiquement incorrects : Adolf, Benito ou Francisco ne sont pas plus interdits qu’Oussama, prénom musulman fréquemment associé après le 11 septembre à Ben Laden.

 

Emboîtant le pas à Robert Ménard qui, après avoir illégalement fondé sur les prénoms le fichage confessionnel des enfants scolarisés dans sa commune (affaire révélée en mai 2015), proposait au printemps suivant de « réformer de l’état civil pour obliger à la francisation des prénoms » (Rendez-vous de Béziers, 27-29 mai 2016), Eric Zemmour offre une visibilité accrue à ces propositions. Le 31 mai 2016, il déclare ainsi sur RTL que la liberté de choisir les prénoms conforte un déterminisme pesant sur des populations déjà marginalisées : « appeler ses enfants Sue Ellen ou Mohamed, c’est un signe manifeste d’auto-ségrégation, qui permettra ensuite de se plaindre de la ségrégation que l’on subit ; c’est refuser consciemment ou inconsciemment de faire partie du peuple français. C’est nier la République, au nom des soi-disant valeurs républicaines  ». Pour conforter son propos, il cite la loi du 11 germinal an XI-1eravril 1803, abrogée le 8 janvier 1993 ; il l’escamote pourtant en suggérant qu’elle a « imposé des noms tirés du calendrier des saints  », alors qu’elle autorise « les noms en usage dans les différents calendriers [à commencer par le calendrier républicain] et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne ». À la mention d’une autre décision impériale, le décret du 20 juillet 1808, qui imposait aux Juifs n’ayant « pas de nom de famille et de prénom fixes » d’en adopter rapidement, sans pouvoir choisir leur patronyme dans l’Ancien Testament, le chroniqueur préfère une hypothétique allusion à des « prénoms israéliens » qui, donnés aujourd’hui en France, présageaient de futurs exils. Cette position, réaffirmée sur France 5 dans l’émission C à vous le 6 septembre 2016, puis le 12 dans la matinale de LCI, s’articule désormais plus étroitement à la dénonciation d’une montée de l’« islamisme », alors que Zemmour assure la promotion de son dernier essai, Un quinquennat pour rien.

 

Avec encore plus de fermeté que Marine Le Pen dans Face à l’actu (M6) le 23 octobre 2011, Zemmour regrette que l’ancien président Nicolas Sarkozy ait donné à sa fille un prénom italien, et reproche à Rachida Dati d’avoir appelé la sienne comme sa défunte mère. L’eurodéputée avait elle-même souvent été réduite à son prénom. Le 27 février 2013, Valeurs actuelles donnait ainsi à voir « Rachida sans complexes ». Tout en s’efforçant de dissiper la “ légende Rachida ” bâtie par des médias avides de glamour, l’article brossait un portrait assez mondain de « cette atypique maire d’arrondissement née hors du sérail politique » ‒ formule euphorisante qui colorait d’orientalisme la prose journalistique. L’intéressée, sollicitée pour signer des autographes par des gens « qui scandent son prénom », est comparée à « une icône du cinéma américain ou une rock star de passage dans un palace parisien », celles-là mêmes qu’on désigne habituellement par leurs prénoms : Marylin ou Shakira. Aux mentions du seul prénom « Rachida », marquées par les guillemets (deux, en début d’article, puis deux citations respectivement empruntées à son « ex-ennemi Pierre Charon, sénateur de Paris » et à Nathalie Kosciusko-Morizet) succèdent sept occurrences sans guillemets. Rachida Dati n’est désignée que deux fois par son nom complet, alors que le prénom de Nathalie Kosciusko-Morizet n’est pas plus isolé que celui des hommes politiques évoqués dans l’article.

 

Que révèle ce type d’usage ? Les femmes politiques portant un prénom à consonance étrangère, comme Najat Vallaud-Belkacem ‒ déjà soupçonnée de dissimuler  ses véritables origines ‒, seraient-elles plus touchées ? La question fait débat, comme le soulignent certains commentaires postés sur le blog du sociologue Baptiste Coulmont, spécialisé dans l’étude des prénoms : un internaute constate que « Rama Yade ne se faisait appeler ni par son prénom seul, ni par son patronyme », ce que pourrait expliquer la brièveté de « l’ensemble prénom + nom », associée à la probabilité que l’usage du « patronyme seul causerait de nombreux hiatus » (22 novembre 2013, 14h38). Est-ce pour éviter un double hiatus que Ramatoulaye Yade a fait du diminutif un nom d’usage ? Ou pour en gommer l’origine musulmane (Rahmatoullah, parfois prononcé Ramatoulaye en Afrique, signifie « la miséricorde d’Allah ») ? Rapprochée des notations orientalistes appliquées à Rachida Dati (qui bénéficie elle aussi d’un patronyme court), cette hypothèse peut s’avérer fructueuse : « Rama » n’est en effet pas perçu comme un prénom « musulman », contrairement à « Rachida ». L’hypothèse autorise également une interprétation en termes sociaux : contrairement à Rama Yade, née au Sénégal dans une famille d’intellectuels aisés (son père était un proche du président Léopold Sédar Senghor), Rachida Dati, fille d’immigrés maghrébins modestes, se trouve fréquemment privée de son patronyme.

 

Faut-il plutôt voir dans cette réduction au prénom une marque de sexisme, de paternalisme, un instrument de minoration – et donc de décrédibilisation ‒ des femmes en politique, processus ancien (Simone Veil ou Arlette Laguiller en étaient déjà victimes), accentué par l’impératif de parité ? Nombre de femmes politiques ont signalé la banalisation de pratiques familières, allant du tutoiement à l’usage familier du prénom ; Roselyne Bachelot a dénoncé dans l’émission Le Grand 8 (C8, 27 mai 2015) la nonchalance avec laquelle Le Figaro  désacralisait la panthéonisation des résistantes Geneviève de Gaulle Anthonioz et Germaine Tillion dans un article intitulé « Geneviève et Germaine, au nom des oubliées de la Résistance » (27 mai 2015). Quand des candidats des deux sexes encouragent l’utilisation de leur prénom, journalistes et hommes politiques appliquent plus volontiers la consigne à des femmes (Hillary Clinton, par exemple) qu’à des hommes (Rudy Giuliani) ; il est vrai qu’on a pu parler de « Barack » (Hussein Obama), « Bachar » (El-Assad), ou « The Donald » (Trump, prompt à enfermer son adversaire dans des formules stéréotypées : « Hillary la crapule » fonctionne sur le modèle des attaques portées contre « Zola le Vénitien » ou « Zola le Génois » pendant l’Affaire Dreyfus, mais le prénom s’est substitué au nom).

 

Politique du prénom

Pour contre-exemples, d’aucuns ont avancé non seulement que certaines femmes politiques échappaient à la stigmatisation sexiste (Christiane Taubira, Christine Lagarde ou Michèle Alliot-Marie), mais aussi que toute une génération de femmes politiques avait converti le prénom en outil de « présentation de soi », du #jaichoisivalerie promouvant Valérie Pécresse lors des élections régionales aux campagnes de Ségolène Royal et de Marine Le Pen, nées Marie-Ségolène et Marion Anne Perrine. Leurs choix de communication illustrent ici la volonté de faire oublier un patronyme trop peu révolutionnaire et un prénom composé qui fleure bon la bourgeoisie ; là, de faire sa place dans une dynastie politique grevée par le père ‒ que, selon l’usage militant, les membres du Front national interpellaient souvent par son prénom. Comme Hillary Clinton, contrainte de se distinguer de son mari ou, dans une moindre mesure, « NKM », précédée de trois générations d’hommes ayant eu des responsabilités politiques), Marine s’est fait un prénom.

 

D’abord systématiquement rapprochée de son père (le 10 novembre 2003, Libération titrait « Marine : premier meeting sans papa », Marine Le Pen retourne le stigmate, et fait en sorte que ce qui aurait pu l’infantiliser l’humanise.

 

Après la rupture avec son père, celle qui a pris sa suite à la tête du FN parvient à s’autolabelliser, au point que l’imaginaire maritime associé à son prénom se substitue aux représentations fascisantes : après s’être composé une palette en accord avec son positionnement à l’extrême droite (le « bleu marine »), substitué des vagues sobrement géométriques à l’oriflamme qui formait le logo du FN, Marine Le Pen opte pour un matériel de campagne plus dépouillé, et personnalise son site www.marine2017.fr Elle est un individu plus que le chef d’un parti. Tout en revendiquant sa qualité de femme et de mère, Marine Le Pen échappe pourtant à nombre de stéréotypes ; elle les anticipe en fait pour mieux les renverser. À distance de la rhétorique virile – phallique, même ‒ des « lepénistes », ses partisans se disent « marinistes ».

 

Ces exemples témoignent d’une évolution vers une « ego-politique » (Christian Le Bart) favorisée par les médias. En France, Valéry Giscard d’Estaing a sans doute été l’un des premiers à jouer la décontraction, à rebours de la raideur solennelle du grand Charles, héros d’une autre époque. Dès le milieu des années 1960, il cherche à se rapprocher des Français, autorise ponctuellement les jeunes qu’il rencontre à l’appeler par son prénom ; La France moderne, l’organe de son parti, entérine cette habitude, à partir de ce soir de mai 1966 où « Giscard est devenu Valéry » alors qu’il s’adressait aux étudiants parisiens en droit. Quand, Président de la République, il s’invite à la table des Français, son prénom redevient à la mode dans les maternités. La stratégie a été payante, puisque la particule qui joignait son double patronyme s’est effacée, et que Giscard d’Estaing semble plus proche du peuple que François Mitterrand, qu’on ne surnomme pas encore couramment « Tonton »…

 

À l’ère des réseaux sociaux, de nombreux acteurs politiques cèderont à une forme de « pipolisation » qui entretient l’illusion de la proximité. Le protocole qui entourait jusqu’à présent les débats politiques publics s’est assoupli, probablement sous l’influence des pratiques nord-américaines, où le tutoiement, l’usage du prénom et même du diminutif n’ont rien d’incongru. Rares dans notre pays jusqu’aux années 1990, ces pratiques progressent rapidement ‒ Laurent Rouveyrol rappelle que lors des élections européennes de 1999, Dominique Voynet, « ministre de l’environnement en exercice », osait même appeler Daniel Cohn-Bendit par le diminutif qui lui avait servi de nom de guerre : « Dany ». Le 13 octobre 2016, le premier débat en vue de la primaire de la droite et du centre confirme une évolution des échanges ; à lui seul, le minutage serré des échanges n’explique pas que les candidats aient constamment recours au prénom, que ce dernier témoigne de l’intimité de leurs relations, de stratégies « populistes » de positionnement, ou vise à déstabiliser les concurrents . Bruno Le Maire, le plus jeune des candidats, en quête de « style », s’adresse à tous par leur prénom. Une familiarité que n’excusera pas Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGT Martinique, dans L’Émission politique du 20 octobresuivant : « Vous permettez ? Je vous appelle monsieur Le Maire, je me permettrais pas de vous appeler par votre prénom. Non monsieur. Vous m’appelez madame Joachim-Arnaud, mais vous ne m’appelez pas Ghislaine. Je ne suis pas votre amie. Vous êtes dans un camp, je suis dans un autre ».

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 06:33

 

Le texte qui suit, aussi vide que le siège déserté des Solfériniens, n’est pas, officiellement, de la plume de Christophe Castaner, mais il ne peut pas ne pas en avoir été l’inspirateur.

 

Á défaut de défendre la justice sociale, ce qu’il a eu fait peu ou prou dans une autre vie, Castaner promeut l’écriture inclusive. Le problème, c’est que, à part soutenir le capitalisme financier dans sa juste politique de redistribution des richesses, Castaner et sa bande font tout à moitié. En bons social-traîtres. Ils sont infoutus d’écrire deux pages selon la logique imbécile qui est désormais la leur.

 

Je cite leur profession de foi (je marque en gras quand l’écriture inclusive coince) :

 

« Cher.e.s ami.e.s,

 

Engagé.e.s auprès d’Emmanuel Macron, nous sommes des adhérent.e.s, des parlementaires, des référent.e.s, des élu.e.s de collectivités locales ; nous sommes issu.e.s de la ruralité, de la ville, de la banlieue ou de l’outre-mer ; nous venons de la société civile : professions libérales, chef.fe.s d’entreprises, salarié.e.s du privé et du public ; nous venons de la droite, de la gauche ou du centre ou connaissons notre premier engagement politique. Certain.e.s d’entre nous ont fondé ce Mouvement aux côtés d’Emmanuel Macron, d’autres l’ont rejoint en marche. Tout comme vous, nous sommes avant tout des marcheuses et des marcheurs.

 

Notre liste a été construite avec notre futur délégué général, Christophe Castaner, qui l’a voulue à l’image de ceux qui composent notre Mouvement, avec les forces et les qualités de chacun. Nous sommes honoré.e.s de sa confiance car le bureau exécutif aura de grandes responsabilités.

 

[…]

 

Notre liste a pensé son projet pour vous être utile et renforcer notre Mouvement. Nous ne pouvons réaliser cela qu’avec vous, Marcheuses et Marcheurs, aux côtés de notre délégué général, de nos parlementaires et du Gouvernement, car nous sommes convaincus que c’est ensemble que nous ferons réussir la France et l’Europe.

 

Le bureau exécutif sera au service du Mouvement pour enrichir son projet politique autour de notre vision progressiste. Nous devons mobiliser tous les moyens à notre disposition : avancer avec les comités, mais aussi aller au-delà de ce qui existe déjà et ouvrir notre Mouvement aux penseurs, aux think-tanks [sic], aux groupes d’experts, qui seront aux côtés de nos adhérents dans la mise en œuvre de ces objectifs.

 

  •             Ancrer profondément notre action dans les territoires : nos comités locaux existent déjà, les marcheurs ont montré leur capacité à se mobiliser ; nous devons maintenant leur donner les outils pour avancer. Nous accompagnerons le développement des actions locales, ce qui signifie aussi mettre à disposition des moyens dédiés [sic, anglicisme hideux] pour accompagner vos initiatives.

 

  •             […]

 

  •             Développer l’offre de formation citoyenne : nous avons chacun une histoire, un parcours, un vécu, des savoirs, dont nous pouvons enrichir les autres Marcheuses et Marcheurs. Nous souhaitons développer une offre de formation citoyenne, afin que tous ceux qui ont des savoirs les partagent, et que tous ceux qui souhaitent apprendre, les reçoivent.

 

  •             Renforcer notre présence dans le débat européen : être En Marche, c’est porter un projet pour l’Europe. C’est avec l’Europe que la France avancera et retrouvera toute sa place dans le monde. La Grande marche européenne, les conventions démocratiques, les parrainages avec les comités locaux étrangers, seront autant d’outils que nous mobiliserons pour vous donner les moyens de participer à ce grand projet européen.

 

Nous avons encore beaucoup à accomplir et nous avons besoin de toutes les marcheuses et de tous les marcheurs à nos côtés, le 18 novembre, mais aussi dans les mois à venir. Nous savons la responsabilité qui est la nôtre, et comptons sur votre soutien pour accomplir cette belle mission.

 

En Marche #AvecCasta ! »

 

Il faut savoir que, dans la lutte aussi féroce que démocratique pour la direction du « mouvement » et l’application du « projet » (« C’est notre projeeeeet ! »), quatre listes fortement concurrentielles vont s’opposer. La quatrième – qui va l’emporter, on parie combien ? – est celle de Castaner (qui a confondu Ramadan et Bataclan et qui s'est montré “ déçu ” par la tenue de Rihanna à l'Élysée), et elle s’intitule – c’est tout un projet – « En Marche #AvecCasta ! »

 

Amusez-vous bien, les social-traîtres et révisez votre grammaire inclusive.

 

PS : Les rapports de l’Ecole Normale Supérieure rédigés en écriture inclusive. Connes ou minables, nos éminences universitaires  ? Avec des fautes dans leur système débile.

Le social-traître Castaner et l’écriture inclusive
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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 06:34
 

Littéralement. Les crapules ! Qui peut encore prétendre que l’anticommunisme primaire n’existe plus ? Pour Rocard, le défenseur tellement « éclairé » du capitalisme, ils en avaient fait des tonnes.

D’autres que moi diront l’œuvre accomplie par Jack Ralite à Aubervilliers et, plus généralement, en Île-de-France.

Je rappellerai simplement ce que tous les gens de gauche savent : le Musée de la Révolution française qu’il inaugura en 1984 à Vizilles lui doit beaucoup ; il s’engagea à fond pour l’exception culturelle (sans laquelle France 2 n’existerait peut-être plus) et contre l’Accord Multilatéral sur les Investissements (cet AMI qui nous voulait tant de bien).

Jack Ralite fut administrateur du Théâtre national de la colline (TNC). Il était également membre du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, du Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire, et du conseil politique de la fondation Agir contre l’exclusion.

En 1981, Jack Ralite, ministre de la Santé sous François Mitterrand, supprima le secteur privé dans les hôpitaux publics par un décret ne prenant effet qu’en décembre 1986. Vous savez, ce secteur privé qui empêche les plus éminents de nos médecins de s’installer dans les cliniques privées… Quelques mois plus tard, à l’occasion de la première cohabitation, la loi Barzach de juillet 1987 le rétablissait.

En 2012, il refusa la Légion d’honneur pour la quatrième fois : « Je ne l’ai pas refusée trois fois sous la gauche pour l’accepter sous la droite ».

On ne pouvait que partager sa vision de la politique officielle de la culture dans notre pays : « Avec les cinquante ans du ministère de la Culture, (on est) passé d’une grande politique publique nourrie du Front populaire et de la Libération, à une communication culturelle, puis une marchandisation culturelle, ensuite une financiarisation culturelle, enfin à une mise sous tutelle des affaires de l’esprit par l’esprit des affaires.” C’était en 2009, dans un article paru dans L’Humanité.

Auteur (entre autres) de Aragon d’hier à aujourd’hui, Tarbes, Arcane 17, 2012, Jack Ralite fut à la fois – au meilleur niveau – un homme de culture, un artiste et un homme d’action politique. Ça valait bien une minute du temps de l’antenne publique.

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13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 06:31

 

 

Patricia Latour et Francis Combe dans Cerises réfléchissent au machisme ambiant :

 

Le risque existe aujourd’hui qu’au sexisme machiste s’oppose une forme de néo-puritanisme à l’américaine, un “ politiquement correct ”  dénué de tout humour. Un ami chef d’orchestre nous racontait récemment le cas d’un de ses collègues, pianiste canadien, interpellé par la police et interrogé longuement, à Los Angeles, parce qu’il avait tapoté l’épaule d’une femme assise devant lui pour lui demander de se taire pendant un concert. Geste assimilé à une agression. Un reportage télévisé confirmait qu’aux États-Unis, il est fortement déconseillé d’avoir des contacts physiques, par exemple de se faire la bise, sur le lieu de travail. Dans ce cas la politesse, nécessaire à la vie en société, prend la forme de l’indifférence affichée ; on ne se touche pas et on ne se regarde même pas. Nous n’en sommes pas là ?

 

Une tendance existe qui pousse vers une société asexuée de la neutralité généralisée. Celle-ci est aux antipodes de la “ société érotique ” dont rêvaient beaucoup de jeunes et certains penseurs marxistes passés par la psychanalyse, dans les années soixante-dix.

 

Il y a à dire de ce point de vue sur la tradition française de la galanterie.  Pour certains et certaines, le féminisme supposerait de rompre avec la galanterie. Comme si laisser retomber la porte sur le nez d’une femme était un signe de progrès dans la voie de l’égalité… Bien sûr, la galanterie est ambivalente et non dénuée de sexisme. La galanterie des hommes envers les  femmes suppose que celles-ci constituent un sexe plus faible, pour lequel il faut avoir des égards. Le vocabulaire trahit cette dissymétrie sociale dans le traitement des sexes. Il paraissait bon qu’un homme fût galant, alors qu’une “femme galante” était une femme de mœurs légères…

 

Dans la galanterie, le désir est domestiqué mais pas nié. Elle est d’ailleurs pour les hommes un moyen de séduction non dénué d’artifice. Montesquieu disait : « Le désir de plaire produit la galanterie qui n’est point l’amour, mais le délicat, mais le léger, mais le perpétuel mensonge de l’amour. » Il ne faut pas oublier que “galant” vient du vieux verbe “galer”, s’amuser. Il y a une part de jeu, de convention, une distance légèrement érotisée et souvent teintée d’humour, qui entre dans ce théâtre social.

 

 

Pour Ingrid Merckx, dans Politis, le chaos est déjà en marche.

 

En 2050, il pourrait y avoir 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde, selon l’ONU. Cette plus grande migration de masse de l’histoire aurait des conséquences en cascades. Par exemple, des millions de réfugiés bangladais fuyant vers l’Inde voisine provoqueraient des épidémies, un conflit religieux, une pénurie chronique de nourriture et d’eau douce, ainsi qu’une exacerbation des tensions entre l’Inde et le Pakistan, tous deux détenteurs de l’arme nucléaire. Les pays ne sont pas égaux devant les catastrophes, ni devant l’écho qui leur en est fait ni au regard de la solidarité internationale. Départs forcés, partage de ressources raréfiées, récupération par des groupes violents de populations affamées, politiques d’accueil dissuasives, voire sous les armes.

 

 

Marianne s’interroge sur la tentation antisémite en Italie : « En tapissant la tribune du grand stade de Rome de photographies d’Anne Frank portant un maillot aux couleurs du club de l’AS Roma, les supporteurs ultras de la Lazio ont relancé le débat sur l’antisémitisme à l’italienne. Un sentiment qui ronge la société italienne et pas seulement le monde du ballon rond.

 

C’était il y a deux semaines. Un groupe de gamins, dont le plus jeune a treize ans à peine, a détourné la photographie d'Anne Frank, l’adolescente d’origine juive allemande, morte en déportation à Auschwitz en mars 1945, pour insulter ses rivaux historiques de l’AS Roma. Car pour certains clubs liés avec l’extrême droite, traiter un adversaire de « juif » fait partie des pires injures. Ce n’est pas la première fois que le foot est pris en flagrant délit d’intolérance. Certains joueurs font publiquement état de leurs positions comme Paolo Di Canio, l’ex-attaquant de la Lazio qui, durant toute sa carrière sur les pelouses, a ponctuellement fêté ses buts en faisant le salut fasciste. Ou Gigi Buffo, gardien de but de la Juventus et de l’équipe d’Italie, qui a défilé en 2006 à Berlin après la victoire italienne à la Coupe du monde de football en déroulant une banderole avec une croix celtique brodée sur le côté droit. »

 

Revue de Presse (220)
Revue de Presse (220)
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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 07:11

 

 

En ce mois de novembre 2017, Serge Halimi nous invite à appeler une victoire par son nom : En octobre 2009, Le Monde diplomatique fit appel à ses lecteurs. Notre journal venait d’essuyer trois années de pertes financières et, comme beaucoup d’autres, il voyait chaque année sa diffusion se tasser. Autant dire que son existence – ou, ce qui revenait au même, son indépendance – n’était plus assurée.

 

Huit ans plus tard, cette menace est levée.

 

Les motifs de satisfaction n’étant pas innombrables en ce moment, il est aussi utile que réconfortant d’analyser celui qui nous concerne directement. D’autant qu’il comporte une dimension plus générale, intellectuelle et politique. Le tirage d’un journal ne démontre assurément pas sa qualité. Mais, chaque fois qu’il exprime un courant d’opinion, une philosophie — pas une « marque », un produit —, son affaiblissement suggère qu’il cesse d’être utile, qu’on n’a plus besoin de lui. Huit ans plus tard, cette menace est levée.

 

 

 

Pour Benoît Bréville, les grandes métropoles affichent de suspects bons sentiments : « De Paris à Londres, de Sydney à Montréal, d’Amsterdam à New York, toutes les métropoles se veulent dynamiques, inclusives, innovantes, durables, créatives, connectées… Ainsi espèrent-elles attirer des « talents », ces jeunes diplômés à fort pouvoir d’achat qui, comme à Seattle, font le bonheur des entreprises et des promoteurs immobiliers. »

 

 

 

Pour Sébastien Bauer, « La crise catalane est née à Madrid : Opposés sur la question de l’indépendance catalane, les dirigeants politiques au pouvoir à Barcelone et à Madrid se ressemblent : ils estiment que leur intransigeance fera oublier les scandales de corruption qui les accablent. Un bouillon de culture propice aux surenchères, y compris répressives. Imaginer une solution au conflit implique au contraire de remonter aux racines de la crise. »

 

 

 

Bernard Friot nous invite à En finir avec les luttes défensives : Les conquêtes sociales de ces deux derniers siècles présentent partout la même limitation : si, en principe, les peuples décident de leur destin politique, il n’est pas question de souveraineté populaire sur l’économie. Remédier à cette hémiplégie n’implique-t-il pas pour les progressistes un changement de perspective : non plus seulement s’opposer aux réformes, mais promouvoir un autre modèle ? »

 

 

 

L’africapitalisme existe, Olivier Piot l’a rencontré : « Avec la croissance économique, des fortunes se sont constituées dans le secteur privé africain, notamment anglophone. Confortant le mythe libéral de la réussite individuelle, les acteurs du « black business » prétendent réduire les abyssales inégalités du continent par la philanthropie. De l’Éthiopie à l’Afrique du Sud, ils associent affaires et charité, prêtant au capitalisme des vertus dont il n’a pas fait la démonstration ailleurs. »

 

 

 

Laura Raim estime que l’émancipation des israéliennes est contrariée : « Malgré des avancées législatives durant les années 1990, les inégalités entre hommes et femmes demeurent importantes en Israël. Le machisme, le militarisme imposé à la société depuis la naissance de l’État, l’obsession de la sécurité ainsi que le poids des contraintes religieuses sont autant de facteurs qui compliquent le combat pour l’émancipation féminine. »

 

 

 

Pour Sophie Boutboul, le viol est de moins en moins un crime en France : « En France, de 60 à 80 % des affaires de viol poursuivies ne sont pas examinées par les cours d’assises, où sont jugés les crimes, mais par les tribunaux correctionnels, comme des délits. Une pratique nécessaire pour lutter contre l’encombrement des assises, selon le ministère de la justice. Mais qui n’est pas sans incidence pour les victimes et pour le traitement de la récidive. »

 

 

 

Pour Claire Lévy-Vroélant, le gouvernement a lancé Une torpille contre l’habitat social : « Des milliers de personnes ont manifesté partout en France, le 14 octobre, pour s’opposer à la réforme des aides personnalisées au logement (APL) prévue par le gouvernement de M. Édouard Philippe. En se focalisant sur le système des APL, le débat occulte le second pilier des politiques d’habitation : les aides à la pierre, qui ont prouvé leur efficacité pour combattre le logement cher. »

 

 

 

Pour Paul Dirkx, en Belgique, le poker menteur est une méthode de gouvernement : « Depuis qu’ils détiennent les principaux leviers du pouvoir, les nationalistes flamands ont mis en sourdine leur projet de scission de la Belgique, peu populaire dans l’opinion. Préférant parler de « confédéralisme », ils ont élaboré une nouvelle stratégie : démanteler l’État de l’intérieur en arguant de la nécessité d’économies budgétaires et semer la zizanie dans le camp francophone. »

 

 

 

 

Damien Lefauconnier voit en Metsamor, un Tchernobyl en puissance : « Les catastrophes de Tchernobyl en 1986 puis de Fukushima en 2011 ont brisé l’élan de l’énergie atomique en faisant apparaître ses dangers au grand public. Mais, si la sortie du nucléaire s’avère incertaine pour les États riches, elle apparaît encore plus délicate dans les pays en difficulté. Même quand, comme en Arménie, des réacteurs se trouvent dans une zone sismique… »

 

 

 

 

En Inde, les domestiques se révoltent (Julien Brygo) : « Elles travaillent pour les milliardaires mais aussi pour les couches moyennes naissantes. Issues des campagnes pauvres, privées de droits réels, les domestiques sont de plus en plus nombreuses en Inde. Rares sont les révoltes. Pourtant, un soir de juillet, elles ont osé affronter leurs employeurs… Depuis, certains suggèrent de passer par des sociétés de services, plus sûres. »

 

 

 

 

Le mariage pour tous débarque en Asie (Eva Aing et Alice Hérait ) : « Île de facto indépendante depuis 1949, simple « province de la Chine » selon les autorités de Pékin, Taïwan devrait – une première en Asie – légaliser l’union des couples de même sexe d’ici 2019. Mais, à l’instar de la France de 2012, la population est fortement divisée sur le sujet. La société reste attachée à des traditions culturelles confucéennes telles que la piété filiale et la stabilité de la famille. »

 

 

 

Au Mexique, la presse demeure au service d’une tyrannie invisible (Benjamin Fernandez) : « Historiquement cantonnés au rôle d’exécutants de la propagande gouvernementale, les grands groupes médiatiques mexicains se sont peu à peu mis à faire ou à défaire les puissants. Porté au pouvoir en 2012 par les télévisions privées, le président Enrique Peña Nieto s’était engagé à limiter les monopoles des géants de la communication. Une promesse restée lettre morte. »

 

 

 

Pour Hicham Alaoui, L’espérance est toujours vivante d’une unité arabe : « Sans chercher à faire revivre le projet panarabe, les États du Machrek et du Maghreb peuvent surmonter leurs divisions politiques en pariant sur plus de coopération économique et sociale. Un tel rapprochement, qui dépend d’une plus grande démocratisation des régimes en place, contribuerait à renforcer le dynamisme d’une région encore en proie à d’importants problèmes de développement. »

 

 

Pour Olivier Barbarant, l’édition propose de la  guimauve pour la jeunesse : « Éduquer, instruire, divertir : il y a toujours eu des livres à destination de la jeunesse qui ont, selon les valeurs propres à leurs destinataires, choisi entre ces objectifs. Aujourd’hui, tout un pan de cette littérature entreprend de diffuser un conformisme tiède, incitant à l’acquiescement aux normes tout en cherchant à intégrer le précieux marché des programmes scolaires. »

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (112)

 

Peut-on tout dire, demande David Cole : « Le règne de M. Donald Trump ne doit-il pas nous inciter à réécrire le premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit une totale liberté d’expression ? Les démonstrations de force des groupes racistes ou néonazis aux États-Unis ne doivent-elles pas nous conduire à limiter la liberté d’expression lorsque celle-ci sert d’alibi à des mots d’ordre de haine, à des actes de violence et à la remise en cause du principe d’égalité ? Après la tragique éruption de violence survenue lors d’un attroupement de suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie, le 12 août dernier, ces questions sont revenues brutalement à l’ordre du jour. Beaucoup se sont étonnés que l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), dont je suis le directeur juridique, ait soutenu l’organisateur de ce rassemblement, M. Jason Kessler, quand il a contesté la décision de la mairie de Charlottesville de lui retirer son autorisation de manifester. Quelle mouche nous avait donc piqués ? Les autorités proposaient de déplacer le rassemblement à un kilomètre et demi du lieu initialement prévu – l’Emancipation Park, aux pieds de la statue du général sudiste Robert E. Lee, menacée de déboulonnage et que M. Kessler et ses partisans entendaient protéger –, mais sans préciser en quoi le maintien de l’ordre public serait mieux assuré là-bas plutôt qu’ici. Comme le font depuis près d’un siècle les antennes locales de l’ACLU pour des milliers de défilés, le bureau de Virginie a fourni à M. Kessler une aide juridique afin qu’il obtienne l’autorisation de manifester. Les violences sanglantes qui s’en sont ensuivies justifient-elles qu’on restreigne le périmètre de la liberté d’expression ? »

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 06:37

 

 

Dans son blog, Jean-Emmanuel Ducoing dresse un portrait chaleureux de l’actrice hors norme Corinne Masiero, l’héroïne de la série télévisée “ Capitaine Marleau ” : « Par l’intelligence du procédé plutôt cru, du moins en apparence, Corinne Masiero distille ses propres combats dans la bouche de Marleau. Tout y passe. Le féminisme, la défense des migrants, la lutte des classes, la dénonciation de l’arrogance des puissants, l’engagement pour la dignité des plus pauvres et des «rebuts» de la société… Que du bonheur. 

 

Avec ses airs de ne pas y toucher, Corinne se définit en privé comme une «babache», ce qui, en langue picarde du Nord, s'applique à toute personne ayant de faibles capacités intellectuelles. La bonne blague. « La politique c’est tout le temps, c’est appartenir à une association, participer à une manifestation, donner à manger aux réfugiés, se battre pour la VIe République », explique celle qui fut candidate sur une liste Front de gauche, aux municipales de Roubaix, en 2014. Et pourtant, le mardi soir, le public est présent. Et en masse, entre 5 et 7 millions à se délecter des enquêtes menées par leur gendarme favorite, si bien que France 3 réalise des records d’audience jamais vus depuis 2010 et terrasse TF1 une fois sur deux au moins. Que croyez-vous que signifie ce coup d’éclat que personne ne pouvait prévoir ? Juste une évidence : quand on ose des programmes de qualité, il y a toujours des citoyens conscients de leurs actes au rendez-vous ».

 

 

Dans Le Grand Soir, sous le titre “ Catalogne : un test de résistance des matériaux  ”, Gabriel Jaraba relie la crise catalane au contexte socio-économique et politique européen : « La crise catalane n’est pas, à bien y regarder, ce que nous croyons. Il s’agit d’une expérience à portée européenne dont la dimension stratégique semble passer inaperçue. C’est, pour le dire grossièrement, un test de résistance des matériaux. Et il s’adresse non seulement aux Catalans mais aux Espagnols et aux Européens en général. Le test consiste à vérifier dans quelle mesure la citoyenneté en général et les institutions internationales sont disposées à tolérer et à soutenir une démocratie autoritaire, non seulement en Espagne mais dans tous les pays de l’UE […]. »

 

 

Un salarié de l'hypermarché Leclerc à Trélissac a été licencié fin 2016, accusé d'avoir volé et mangé une banane dans la réserve du magasin. Il a contesté son licenciement devant les prud'hommes. L'affaire était jugée ce lundi 30 octobre à Périgueux. Pour Jérôme Bousquet, l'avocat du jeune homme, cette histoire va beaucoup trop loin. "On ne sanctionne pas par un licenciement pour faute grave quelqu'un qui mange un bien lui appartenant. Mon client avait en plus la nécessité de manger cette banane pour éviter l'hypoglycémie." Les prud'hommes devraient rendre leur décision le 11 décembre.

 

 

L’Obs nous explique en détail ce qu’il se passe lorsque l’on se fait incinérer ou, plus exactement « crématiser » : « Si la température du « four » est de 600-650°C à l’introduction du cercueil, elle monte ensuite.

« Pendant la crémation, 850°C c’est un minimum règlementaire, mais la température peut monter jusqu’à 1 000°C. » Selon la corpulence des morts, une crémation varie entre 1h30 et deux heures. Jean-Marie Lagarde, directeur adjoint du crématorium explique : 

« Plus la personne est forte, plus la crémation dure longtemps. »

Les conducteurs d’appareil de crémation (ceux qui placent le cercueil à l’intérieur) savent d’expérience le temps que devrait prendre l’opération quand elle commence. Ils vérifient à la fin, par l’œilleton, qu’elle est bien terminée.

 

Il reste alors des « calcius », la partie calcaire des os.

« Ce sont des os un peu fragmentés et c’est ça qu’on appelle les cendres. Avant, on les remettait directement à la famille, exactement comme on le faisait dans l’antiquité. Achille récupère les os de Patrocle pour les mettre dans une urne. »

C’est un décret de 1976 qui a mis fin à cette pratique et désormais les calcius doivent être pulvérisés « pour en faire une poudre fine ».

 

 

 

 

Revue de Presse (219)

 

Exceptionnellement, je voudrais terminer cette revue par un hommage : j’ai un peu connu Jacques Sauvageot. C’était un homme bien. Il est resté fidèle à ses idéaux : PSU et mémoire du PSU. Pendant des années, on lui refusa des emplois dignes de lui à cause de son passé militant. Il fut professeur d’histoire de l’art. Il refusa toute médiatisation. Quand on met en regard sa vie et celle de l’histrion arriviste et anti-communiste primaire Cohn-Bendit, aucun doute sur le vainqueur.

Revue de Presse (219)
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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 04:35

Depuis longtemps, j'aimais beaucoup l'actrice Corinne Masiero. La personne aussi. Je l'aime encore plus depuis que j'ai lu cet article de Jean-Emmanuel Ducoing sur son blog.

 

«Je suis une révoltée, une révolutionnaire… C’est une vocation périlleuse.» Connaissez-vous beaucoup d’actrices capables de prononcer semblable phrase dans les couloirs de la rédaction de l’Humanité? Et d’ajouter ceci: «Depuis toujours j’ai pris le parti des humbles et des opprimés – car c’est mon parti – à la face de tous les pouvoirs établis, surtout celui de l’oligarchie financière.» Celle qui parlait ainsi en 2015, lors d’une de ses plus belles prestations («rédactrice en chef d’un jour» du journal de Jaurès), cartonne tous les mardis soir sur France 3. Un succès colossal qui nous réjouit autant qu’il nous conforte. Corinne Masiero, née à Douai, y campe la «Capitaine Marleau», cette héroïne atypique au franc-parler et à l’accent chti qui pénètre dans nos salons chaque semaine pour une séance de maintien et/ou de rattrapage politique. Le bloc-noteur assume ce qu’il vient d’écrire. Car le personnage de cette gendarme gradée, outre qu’elle nous ferait aimer toute la flicaille de la terre (c’est dire l’ampleur de l’exploit!), se confond tellement avec celle qui l’incarne à l’écran que nous ne savons plus qui nous regardons: Marleau ou Masiero ? « J’ai tellement l'air pas fute-fute que les gens ont pitié de moi et finissent par s'accuser de tout et de n'importe quoi. » Cette réplique lancée par la capitaine au cours d'un épisode de la série résume parfaitement le rôle interprété par Corinne Masiero, une femme gendarme à la dégaine improbable, aussi sarcastique qu'attachante, toujours flanquée d'une chapka désormais culte et moins soviétique que confortable. Elle raconte: «Pourquoi une gonzesse devrait être glamour? C’est encore une fois un truc qu’on colle comme ça. Un truc machiste. Marleau, ce n’est pas ça.» L’explication s’avère assez simple en vérité: Marleau, c’est Masiero et vice versa. La manière dont cette comédienne de 53 ans se réapproprie ses répliques donne, en effet, du mordant aux dialogues et offre aux téléspectateurs une authenticité rare. La réalisatrice Josée Dayan (Le Comte de Monte-Cristo, Les Rois maudits, etc.) ne le cache pas: «Corinne improvise tout le temps, elle rajoute des dialogues, des pics, des saillies politiques qui lui viennent naturellement. Marleau est à son image, une femme engagée, citoyenne, qui n’a pas sa langue dans sa poche.» D'autant que l’actrice, toujours en pleine improvisation, ne prévient pas forcément ses collègues.

 

«Ce n'est pas très facile pour eux, confesse-t-elle, on n'a pas le temps de répéter et puis quand on arrive sur le plateau, le collègue me sort un truc, puis moi j'ai envie de répondre autre chose. Il se passe quelque chose qui fait qu'il y a une nouvelle improvisation car ils sont obligés de s'adapter à ces nouveautés que je dégueule comme ça d'un coup.» Par l’intelligence du procédé plutôt cru, du moins en apparence, Corinne Masiero distille ses propres combats dans la bouche de Marleau. Tout y passe. Le féminisme, la défense des migrants, la lutte des classes, la dénonciation de l’arrogance des puissants, l’engagement pour la dignité des plus pauvres et des «rebuts» de la société… Que du bonheur. 

 

 

Avec ses airs de ne pas y toucher, Corinne se définit en privé comme une «babache», ce qui, en langue picarde du Nord, s'applique à toute personne ayant de faibles capacités intellectuelles. La bonne blague. «La politique c’est tout le temps, c’est appartenir à une association, participer à une manifestation, donner à manger aux réfugiés, se battre pour la VIe République», explique celle qui fut candidate sur une liste Front de gauche, aux municipales de Roubaix, en 2014. Et pourtant, le mardi soir, le public est présent. Et en masse, entre 5 et 7 millions à se délecter des enquêtes menées par leur gendarme favorite, si bien que France 3 réalise des records d’audience jamais vus depuis 2010 et terrasse TF1 une fois sur deux au moins. Que croyez-vous que signifie ce coup d’éclat que personne ne pouvait prévoir ? Juste une évidence : quand on ose des programmes de qualité, il y a toujours des citoyens conscients de leurs actes au rendez-vous. 

 

Capitaine Marleau cartonne. Le triomphe politique de Corinne Masiero
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 07:29

Robert Chaudenson. Hollandexit, mai 2015-mai 2017. Paris : Les impliqués, 2017

 

Après Putain, trois ans, Robert Chaudenson a réuni la suite de ses articles de blog publiés, entre autres, dans les colonnes de Mediapart. Résultat : on pourra les relire dans dix ans, ils seront toujours aussi nécessaires.

 

Une petite anecdote personnelle qui intéressera sûrement l’éminent sociolinguiste qu’est l'auteur. Il y a une quinzaine d’années, je me retrouvais pour des raisons familiales dans un chef-lieu de canton du Lot-et-Garonne, une bourgade que je connais depuis 1954 et où la piscine olympique (inaugurée par Christine Caron) dans laquelle je barbotais quand j’étais ado fut incendiée un beau jour d’avril 1999 par des esprits facétieux et désœuvrés après avoir été fermée parce que saccagée par ces mêmes esprits.

 

Note de lecture (171)

 

Tournant le dos à ce désastre, des édiles hilares !

 

Je venais de loin et j’avais un peu d’avance. En ce bel après-midi de mai, je m'installai à la terrasse d’un café pour un citron pressé revigorant. Á deux mètres de moi, trois djeuns d’origine maghrébine, dont deux avaient incontestablement moins de 16 ans et auraient dû être en classe, devisaient tranquillement. Entre autre de football. J’écoutais d’une oreille distraite quand, soudain, je notai ce qu’avait d’incongru leur parler. Ces gosses, nés dans ce canton, comme leurs parents et leurs grands-parents (dans ce département, l’immigration nord-africaine date d’avant la guerre d’Algérie), ces gosses, qui n’avaient jamais été plus loin qu’Agen ou Villeneuve-sur-Lot, parlaient avec l’accent des banlieues, un univers totalement inconnu d’eux. Face à ces ados désintégrés, dont les parents s’exprimaient en français avec l’accent du Lot-et-Garonne, je me dis que nous avions tout raté et que réparer nos erreurs prendrait une, deux, trois générations.

 

Je commence la recension de cet ouvrage par cette anecdote car Robert Chaudenson revient à plusieurs reprises, avec toute l’autorité scientifique qui est la sienne, sur l’erreur monumentale de Giscard et Chirac – que nous n’avons pas fini de payer – qui a consisté à instaurer le regroupement familial pour des centaines de milliers de Nord-Africains (pour doper la démographie et surtout pour exercer une pression sur les salaires ouvriers) sans en tirer les conclusions élémentaires au niveau de l’école : on n’a pas éduqué ces enfants correctement en français et on ne leur a pas appris la langue française comme il convenait. On a fait d’une grande partie de ces jeunes des enfants du placard. Bien que nés en France, tous ces gosses ne sont pas nés dans la langue, par la langue. Par manque d’emprise sur la langue, ils n’ont pas pu développer de vraies relations sociales. Ils n’ont pas pu nous rejoindre dans notre système cognitif, notre pensée abstraite, notre humanité. Comme on ne se développe que par la culture, grâce au langage, la société française a été donnée à ces jeunes (et ils la rejettent) mais pas enseignée. On testa les performances en mathématiques de ces enfants originaires du Maghreb, mais pas leur français. On n’adapta pas « les programmes et les stratégies scolaires, ce qui allait fortement aggraver la crise de l’école, en particulier primaire (les fondamentaux !), et ce qui conduirait la France à dégringoler progressivement dans les statistiques internationales de l’Éducation (PISA). L’enfant serait d’autant plus prêt et plus enclin à entrer en guerre contre une société qui l’avait traité ainsi et par là à écouter ceux qui contestaient cet ordre et cette société ». Et Chaudenson de citer Bernard Rougier (Qu’est-ce que le salafisme, P.U.F., 2008) : « Le salafisme se définit par une attitude de dégagement par rapport à toutes formes de verticalité, que celles-ci soient religieuses (le refus de la tradition jurisprudentielle) ou politiques (le refus du lien d’allégeance national et institutionnel) ».

 

Au fait, ces jeunes  connaissent-ils aujourd’hui le Coran aussi bien que notre auteur qui n’hésite pas à avancer ceci (attention les yeux !) : « La paradis musulman est, de toute évidence, gay ! La sourate 76, l’Homme (El-Insan – verset 19 indique que «Et là autour d’eux circuleront des enfants à l’éternelle jeunesse ; quand tu les verras, tu penseras que ce sont des perles éparpillées ». Aux vierges promises s’ajoutent donc sans conteste des éphèbes, comme on le constate à la sourate 56, l’Evénement (El-Waqi’ah) – verset 17, qui est sans ambiguïté : « Autour d’eux, des éphèbes toujours jeunes, avec des coupes, des aiguières et un verre rempli d’une liqueur de source ».

 

 

On pouvait s’y attendre, l’auteur a, pendant ces deux dernières années, beaucoup écrit sur ce que j’évoquais précédemment : l’acculturation de centaine de milliers de jeunes, ainsi que sur les origines du terrorisme islamiste dans notre pays. Comme par hasard, l’inoxydable et prétentieux Giscard porte une très lourde part de responsabilité dans ce cancer. En donnant l’hospitalité à Khomeini, en facilitant la révolution islamique à Neauphle-le-Château, il a permis le développement sur notre sol d’un pouvoir religieux qui hait et combat la démocratie et la République. Les responsables politiques, rappelle Chaudenson, ont accordé au compte-gouttes des visas pour des chercheurs du Maghreb tandis qu’ils laissaient entrer les prêcheurs islamistes par wagons. L’idée (stupide) étant que les futurs prêchés, en s’adonnant à l’islam, ne gonfleraient pas les rangs des trafiquants de drogue et des drogués. Dès lors le dérapage fut général : « C’est ainsi que nous avons aidé à radicaliser “ l’islam de France ” avec l’idée absurde qu’il valait mieux que les jeunes “ rebeus ” aillent à la mosquée au lieu de brûler les voitures (comme si l’un empêchait l’autre) ». S’est-on demandé pourquoi quatre des cinq pays enregistrant les plus forts taux de radicalisation dans le monde étaient francophones ? S’est-on demandé pourquoi seuls des musulmans se transforment en djihadistes ? S’est-on demandé pourquoi ces fondamentalistes refusent toutes mesures intégratives aux sociétés d’accueil ? Rien n'est simple. Chaudenson sait critiquer les errements de l’administration française. Il remarque, à propos de l’interdiction du burkini, que : « on ne peut interdire l’usage d’un vêtement qui ne possède pas de nom en français, et surtout en français administratif, et dont on ne sait même pas en quoi il consiste exactement sauf à l’évoquer comme n’étant pas une tenue respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité ».

 

En fin observateur du capitalisme – qu’il ne remet pas vraiment en cause cependant – Chaudenson revient sur l’une des plus grandes arnaques de la fin du XXe siècle : la privatisation de France Télécom et son achat de la société Orange. Avec la complicité (ce que ne dit pas l’auteur) de 99% des employés de FT qui s’étaient – pauvres bêtas – portés acquéreurs d’actions de la nouvelle société privée. En gros, FT a acheté Orange trois fois trop cher, ce que la compagnie désormais privatisée et nous-mêmes payons encore aujourd’hui. Au pilori Thierry Breton, ou encore Didier Lombard (qui avait spontanément qualifié de « mode » les suicides à FT) et leur suppression de 22 000 postes !

 

Chaudenson est un portraitiste redoutable (au paradis des faussaires, feu Richard Descoings patron de Sciences-Po, en sait quelque chose). Parce qu’il est un vrai chercheur qui s’informe et vérifie ses sources (sa traque de l’homme d’argent Fillon ou encore de la fortune pas vraiment imposée de Macron, sont des modèles du genre) et, parce qu’il a un certain âge, il cingle autant dans le syntagme que dans le paradigme : il connaît – et rappelle à bon escient – toutes les métamorphoses des marquis d’aujourd’hui qui tentent de nous faire oublier leurs actions d’antan glorieuses, qu’elles aient été feintes ou pas. Moi qui ai un peu fréquenté des membres de la bande de Charlie Hebdo à la grande époque, je me réjouis du portrait que Chaudenson brosse de Val, cet anarchiste qui a fini en condamnant Snowden, en déjeunant au Cap Nègre avec Nicolas et Carla et en virant le responsable de la revue de presse de France Inter Frédéric Pommier, coupable d’avoir cité Siné Hebdo. Si Chaudenson avait été solidement de gauche, il aurait pu ajouter, au débit de Val, son soutien indéfectible à l’OTAN et aux guerres impérialistes des États-Unis.

 

Note de lecture (171)

 

 

Chaudenson n’est pas le premier à pointer du doigt l’immense responsabilité des États-Unis dans le capharnaüm proche-oriental et dans l’épanouissement, pour quelques décennies, du terrorisme islamiste, mais il n'y va pas de main morte : «Nous tendons à oublier que les cadres de DAECH sont quasi exclusivement d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein et d’ex-cadres de ses services de renseignement. Cette circonstance tient largement à la politique des Américains qui ont poussé à licencier, en les humiliant et surtout en les laissant sans solde ni retraites les officiers bassistes et sunnites de l’armée de Saddam Hussein pour donner le pouvoir en Irak aux Chiites. »

 

Peu d’erreurs factuelles dans cette somme d'un auteur dont on regrette qu'il puisse parfois céder à la vulgarité, comme quand il évoque les « gitons de Yann Barthès » (et alors ?). Une concernant l’ineffable Nadine Morano : elle n’est pas « ritale » . Elle ne l’est qu’à moitié. Elle est la fille de Michel Pucelle (transformé en “ Pugelle” en 1974). Morano est le nom de son ancien mari.

 

PS : Puisque Robert Chaudenson me pose la question dans son livre, le problème avec la traduction éventuelle en français de l’anglais doggy bag est que ce sac à emporter les restes (un emporte-restes ?) peut signifier également le sac à collecter les crottes du chien. Encore que les Anglais préfèrent pick-up kit.

 

PPS : Je rédige cette recension au moment où j’apprends la mort accidentelle de Jacques Sauvageot, président de l’UNEF en 1968, que j’ai un peu côtoyé. Après les « événements », il refusa toute médiatisation, paya cher dans sa vie professionnelle le fait d’avoir été à la tête de la révolte, mais il demeura parfaitement fidèle à ses idéaux. L’inverse de l’histrion arriviste et anti-communiste primaire Cohn-Bendit.

 

 

 

 

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 06:35

 

 

« Cent fois, sur le métier etc. ». J’ai déjà relevé à quel point la municipalité de Lyon était inféodée à la langue anglaise, plus exactement au globish, dans sa tête d’aliénée linguistique. Par exemple dans “ Quelle langue parle-t-on à Lyon ? » ou “ Á Lyon comme ailleurs, l’anglais nous enfume ”.

 

 

En parcourant Met’ (quel titre de publication nigaud !), Le magazine de la Métropole de Lyon), je me rends compte que le mal s’amplifie et qu’il est aggravé («supplémenté » ?) par une nouvelle peste inventée par des pestes : l’écriture inclusive qui met des points partout et qui forge des désinences féminines absurdes. Heureusement qu’il reste quelques sentinels (sic, ben oui, quoi, les sentinelles sont plutôt des hommes) comme moi pour monter le garde (il n’y a pas de raison !) et relever ces travers. Sans être pour autant une pleureure.

 

 

Ce qui me frappe peut-être le plus, c’est le manque de cohérence des inventeur.e.s de ce français abâtardi. On apprend ainsi que Lyon compte 66 2290 « collégiens » (à la trappe les collégiennes !), et qu’ils peuvent se rendre à l’immeuble « Belvy » (ouh, vous les ploucs qui auriez appelé cet immeuble « Belle Vie » !) qui fait partie du programme – je vous le donne en cent – « Ynfluences Square ». Ces collégiens pourront faire du basket à la « Tony Parker Adéquat Academy » (ne cherchez pas à comprendre) pour être en forme et rentrer chez eux à vélo par un tube « dédié » aux cyclistes qui « continue de séduire les Grand-es Lyonnais-es ». Ils pourront trouver un emploi à la Poste, en « open space », où ils pourront s’exprimer non pas en travail partagé mais en « coworking » (« open space » signifie trois choses différentes en anglais : espace protégé, espace libre, espace ouvert », donc c’est vous qui voyez). Le soir, ils rejoindront des appartements proposés en « Kolocsolidaire ».

 

 

Met’ nous apprend par ailleurs que 600 « agents » de la Métropole assistent des «enseignant-es » dans les collèges. Il faut dire que Lyon attire des « étudiant-es » de toute la France, raison pour laquelle elle « booste » (quel francophone a osé proposer « augmente », « encourage », « stimule », « accélère » ?) la construction de résidences. Lyon occupe d’ailleurs le « top » du classement des métropoles dans ce domaine. L’enseignement supérieur va même jusqu’à offrir un programme «disrupt’campus ». « To disrupt » signifiant perturber, désorganiser, détraquer, chambouler, comprendra qui pourra. En cherchant bien, il s’agit pour l’innovation de rompre par le numérique. Pour accueillir les non-Lyonnais, un « Students Welcome Desk » a été installé de manière permanente (ne me parlez pas de « Bureau d’accueil », ô larves francophones honteu-x-ses !). Le desk organisera des matinées « Meet & Greet » (pas des « rencontres », tout de même) avec des professionnels (que des mecs, pas de professionnelles, forcément) façon « speed meeting » (des rencontres express » ?). Dans un même paragraphe, ces étudiants deviendront des «chercheur.e.s » ou des « chercheur-ses ».  Ils se retrouveront dans des séances de «scientific dating ». On suppose qu’il s’agira plus de « rendez-vous scientifiques » que de « datation scientifique », l’expression anglais étant très ambiguë.

 

 

Le site universitaire de Bron va prochainement créer un « learning center » (« centre d’apprentissage » fleure bon son 4ème de transition d’antan). Pas très loin, voguera un « river tri », en fait une péniche (pardon : un « barge ») de 50 mètres de long servant de déchèterie fluviale. De là, on pourra découvrir une œuvre de « street painting » (« peinture de rue » fait clodo, hé oui Banksy !) et des fontaines que l’on pourra écouter en téléchargeant l’application « izi  (et non « zizi ») travel ».

 

 

Ils vont nous les brouter menu encore longtemps ces pervers ?

Testons notre français avec Met', le magazine de la Métropole de Lyon
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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 06:39

 

 

Personnellement, je ne serais pas parti huit jours en camping avec elle mais, je le reconnais bien volontiers, Hedy Lamarr fut une personne vraiment hors du commun.

 

 

Actrice, productrice de cinéma, c’est peut-être comme inventrice (et non pas “inventeure”, ohé les massacreures de langue française !) qu’elle a droit à la plus belle des postérités.

 

 

De son vrai nom, Hedwig Eva Maria Kiesler, née en 1914 à Vienne, était la fille d’un couple juif converti au catholicisme qu’il pratiqua assidument. Elle mourra en Floride en l’an 2000. Son père était directeur de banque, sa mère pianiste classique.

 

 

Elle fit une brillante carrière à Hollywood en jouant les premiers rôles pour les plus grands. En 1933, elle épouse Friedrich Mandl, dirigeant d’une entreprise de fabrication d’armes. Rallié au fascisme, ami de Mussolini, il s’était converti au catholicisme pour commercer avec l’armée autrichienne. Lamarr convolera cinq autres fois, avec trois enfants à la clé. On n’évoquera pas ses amants illustres : Kennedy (who else ?), Marlon Brando, Jean-Pierre Aumont, Robert Capa, David Niven, Erich Maria Remarque, Charles Boyer et d’autres.

 

 

Pendant le Deuxième Guerre mondiale, elle fait la connaissance du pianiste, compositeur d’avant-garde et journaliste Georg Antheil. La musique adoucissant les mœurs mais permettant aussi de faire la guerre, Antheil utilisait les systèmes de contrôle automatique dans ses compositions musicales. Il aide Hedy à mettre au point la “ technique Lamarr ”, à la base des futurs wifi et GPS, un système secret de radioguidage des torpilles appelé “ étalement de spectre par saut de fréquence ” (spread spectrum). L’idée était de placer dans le transmetteur et le récepteur de la torpille un message changeant de manière très rapide (jusqu’à 88 fois), la torpille devenant indécelable. Le changement de fréquence extrêmement rapide empêchait tout repérage. Ce système est toujours utilisé dans les liaisons chiffrées militaires, la téléphonie mobile, le positionnement par satellites, la communication des navettes spatiales avec le sol et la wifi.

 

 

Lamar et Antheil déposèrent le brevet de leur invention en juin 1941 (Secret communication system, brevet des USA n° 2 292 387) en le rendant libre de droits pour l’armée de leur pays. Les États-Unis utilisèrent la technique des deux inventeurs lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, puis au cours de la guerre du Vietnam.

 

 

Mais les plus belles histoires peuvent avoir une fin misérable : kleptomane, Hedy est arrêté au moins à deux reprises pour vol à l’étalage, jugée et relaxée.

La grande actrice hollywoodienne qui inventa la wifi
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