Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 06:50

Les mélioratifs

 

Nous relevons deux moyens différents d’expression de la subjectivité que choisit l’instance journalistique pour énoncer son point de vue. Le premier procédé est diffus, met en jeu une argumentation sous-jacente, reposant sur une répétition de termes intrinsèquement positifs (mentor, favori, champion, héros, ami) qui tout au long des articles et des numéros construisent une identité axiologiquement positive :

 

« Les partisans du patron du FMI, Manuel Valls, Pierre Moscovici, Gérard Collomb ont toujours soutenu qu’en cas de défaillance de leur mentor, ils se présenteraient pour défendre sa ligne. » (Le Monde, 17/05/2011)

 

« DSK, grandeur et décadence d’un favori. Le directeur général du Fonds monétaire International était le favori pour la présidentielle de 2012 […] (Le Figaro, 16/05/2011)

 

« Le patron du FMI, candidat socialiste à la présidentielle favori des sondages, a été arrêté hier à New-York […] » (Libération, 16/05/2011)

 

« Passée l’onde de choc new-yorkaise, les lieutenants de DSK embrayent dans la matinée sur la défense de leur champion. » (Libération, 16/05/2011)

 

« A chaque fois, l’auteur vole, disculpe son héros. » (Le Monde, 19/05/2011)

 

« Il faut d’abord sortir l’ami du mauvais pas, on verra ensuite comment il peut rebondir politiquement », dit un proche. (Le Figaro, 16/05/2011)

 

« Il a la tête ailleurs : comment éviter la prison à son ami ? » (Le Figaro, 17/05/2011)

 

Cette argumentation sous-jacente repose sur le présupposé que ces unités lexicales sont la traduction d’un consensus, d’une appréciation commune d’un grand nombre de personnes et que l’opinion d’un si grand nombre de personnes ne peut pas être mise à ce point en défaut.

 

Le deuxième procédé consiste en l’attribution à Dominique Strauss-Kahn de qualités axiologiquement mélioratives (surdoué, brillant, très bon) qui confortent une identité d’un homme brillant personnellement et compétent en matières politique et économique.

 

« Surdoué de la politique et de l’économie, DSK avait franchi tous les obstacles. » (Libération, 16/05/2011)

 

« […] un social-libéral « rassurant » dans un monde tourmenté, un dirigeant hors-norme et inclassable, un amoureux de la vie… » (Libération, 16/05/2011)

 

« Brillant étudiant (HEC, Sciences-Po), il obtient son doctorat d’économie en 1977. » (L’Humanité, 16/05/2011)

 

« Les sympathisants voulaient voir et entendre celui que l’on présentait comme un surdoué capable de rénover la vieille maison socialiste et de faire revenir la gauche à l’Elysée. » (Le Figaro, 17/05/2011)

 

« En panne de leader, les socialistes avaient commencé à croire en leur chance de victoire avec ce Français lointain et brillant […] » (Le Monde, 17/05/2011)

 

Ou en mettant en exergue son rôle politique essentiel en tant que dirigeant du FMI.

 

« La foi de Dominique Strauss-Kahn dans le multilatéralisme et ses talents de négociateurs en ont fait l’accoucheur du consensus mondial. » (Le Monde, 17/05/2011)

 

« […] l’un des rouages essentiels dans la gestion de la crise des dettes souveraines. L’un des seuls capables de parler d’égal à égal, ou presque, avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. L’un des plus introduits aux quatre coins du continent, en mesure d’orienter les travaux de son institution sans susciter de conflits majeurs avec des interlocuteurs européens souvent à hue et à dia […] » (Le Monde, 17/05/2011)

 

Les portraits ébauchés par ces biais (A l’exception de L’Humanité où les qualificatifs positifs sont quasi absents) sont si positifs que nous pouvons nous demander si ce n’est pas aussi un effet de style, en opposition avec la réalité : construire une dichotomie entre les qualités intellectuelles de DSK et la « faiblesse » de son corps. Toutes ces qualités énoncées ne sont, à ce moment, plus rien avec ce sous-entendu : c’est un gâchis pour l’homme, pour le Parti socialiste, pour la France, voire plus.

 

 

Les dépendants du contexte

 

 

Les autres qualificatifs sont pour certains ambivalents et il est parfois difficile de déterminer leur valeur. Certains sont « perçus positivement ou négativement en fonction de la place qu’ils occupent dans le « système des représentations collectives» (Kerbrat-Orecchioni).

 

Le terme de séducteur revient très souvent dans les qualificatifs de DSK.

 

« Un séducteur sans limite […] » (Libération, 16/05/2011)

 

« Un homme brillant et dilettante, séducteur jusqu’à l’excès, ambitieux mais hésitant. » (Le Monde, 17/05/2011)

 

« Par principe ou par gêne, l’on avait écarté – comme beaucoup – les rumeurs qui couraient sur le compte de Dominique Strauss-Kahn, cet insatiable séducteur. » (Le Monde, 17/05/2011)

 

« […] sur le caractère de séducteur – parfois brutal – qui lui est prêté depuis longtemps. » (Le Monde, 17/05/2011)

 

« Séducteur invétéré ? c’est une évidence qu’il n’a jamais eu la prudence de dissimuler », écrit-il […] » (Le Figaro, 16/05/2011)

 

Alors que le terme séducteur peut paraitre assez neutre et peut-être même culturellement positif en France, la mise en contexte dans le discours (« insatiable, à l’excès, parfois brutal » dans Le Monde, « invétéré » dans Le Figaro, « sans limite » dans Libération) crée une valeur différente par contamination en lui donnant un sens plus ambigu et une connotation nettement négative.

 

Nous avons relevé des termes qui, selon le contexte d’emploi, peuvent être orientés positivement. Ici, c’est le contexte non pas de l’énoncé lui-même mais, plus général, situationnel qui oriente les termes et sur lesquels se base l’argumentation : Dominique Strauss-Kahn est un libertin, un séducteur, un dragueur mais pas un violeur. En faisant endosser à l’homme politique toutes ces identités, cela le disculpe de la pire, celle de violeur. Ce côté obscur et peu flatteur de sa personnalité devient en fait sa meilleure défense.

 

Ces termes d’invétéré, d’insatiable, de sans limite introduisent une idée de maladie, de pathologie que l’homme ne peut combattre seul. C’est le début de réponse à la question qui est sous-jacente dans tous les discours : Comment un homme si important avec un tel potentiel intellectuel, un tel avenir, a-t-il pu en arriver à ce point ? Cela renvoie à cette dichotomie esprit brillant/corps faible et plus généralement à l’opposition esprit/corps.

 

« Tout le monde sait que Dominique Strauss-Kahn est un libertin, lance sur son blog l’eurodéputé PS Gilles Savary. […] » (Libération, 16/05/2011)

 

« DSK avait depuis longtemps la réputation d’être un « dragueur », chacun ayant son anecdote plus ou moins truculente. » (Libération, 17/05/2011)

 

« Si, en France, les hommes qualifient son comportement de « French lover », dans le monde anglo-saxon ou nordique on considèrerait qu’il s’agit de harcèlement sexuel, un délit pénal… » (Libération, 17/05/2011)

 

« C’est un séducteur mais pas un violeur. » (Le Monde, 17/05/2011)

 

Dans ce dernier extrait, nous avons une proposition avec un mais, un marqueur de principe de contradiction qui relie deux énoncés : un séducteur mais pas un violeur /P (mais pas) Q avec une première valeur pragmatique de réfutation. La première proposition (un séducteur) vient se substituer par négation à la deuxième Q (un violeur) qui a déjà été énoncée. Mais nous voyons aussi dans cette proposition un effet argumentatif : P (mais pas) Q dans lequel c’est P qui entraine une visée argumentative, une conclusion non C et qui est l’argument le plus fort.

 

Le locuteur s’appuie en fait sur la seule argumentation du premier énoncé : Dominique Strauss-Kahn est un séducteur donc il ne peut pas être un violeur et il n’est pas un violeur puisqu’il est un séducteur. L’argumentation est circulaire car elle repose seulement sur la force argumentative que le locuteur place dans P et qu’il prend en charge. Cette opposition repose sur la convocation par le locuteur de deux modalités, l’une appréciative (séducteur) qu’il énonce, l’autre axiologique (violeur), énoncée auparavant, reliées par un connecteur argumentatif et une négation.

 

Dans l’extrait qui suit, le journaliste désigne Dominique Strauss-Kahn en reprenant des qualificatifs sélectionnés dans les témoignages d’amis de l’homme politique. Les termes sont mis entre guillemets pour montrer la prise de distance du journaliste par rapport à ces qualificatifs. Mis en contexte dans un énoncé « ironique », en parallèle avec la « mise en accusation » de la femme de chambre (elle ne l’aurait pas cherché ?), la désignation crée un malaise et une contradiction avec le sens que la désignation pourrait acquérir prise hors contexte.

 

« Cette femme de chambre a-t-elle été vraiment explicite dans les messages envoyés à l’homme tellement « humain » et « incapable » d’agression ? En clair, ne l’a-t-elle pas un peu cherché, n’a-t-elle pris garde à ce qui pouvait lui arriver ? » (Libération, 17/05/2011)

 

Dans une perspective dialogique, le locuteur, ici une journaliste de la rédaction du journal, donne à son discours une dimension argumentative polémique qui force le lecteur à entrevoir une autre perspective, et ce faisant cherche à influencer son opinion d’une manière plus subtile.

 

 

 

Des études psychologiques expérimentales menées aux Etats-Unis et rapportées par Vincent Coppola (2007) ont toutes démontré que la couverture médiatique d’un fait judiciaire influe sur le jugement de culpabilité de l’accusé. En effet, les représentations données de l’accusé permettent aux futurs jurés d’élaborer une image. Ces études montrent que le discours médiatique est « apte à dégager des représentations et à orienter les perceptions ».

 

L’instance médiatique ne peut maitriser les effets de son discours et il est difficile pour elle (malgré les nombreux sondages) de mesurer, d’évaluer son influence sur les opinions ou les changements d’opinions de ses lecteurs. L’analyste du discours se trouve réduit lui aussi à « analyser les effets qu’elle vise et à ne faire que des hypothèses sur les effets qu’elle pourrait produire ».

 

A l’instar de Coppola  qui a mené une expérimentation sur l’importance et l’influence des verbes introducteurs des dits rapportés sur les lecteurs d’une chronique judiciaire, il serait intéressant d’imaginer des modalités d’expérimentation qui nous permettraient de saisir l’influence de la nomination à la réception, c’est-à-dire chez le lecteur et de quantifier l’influence de cette nomination sur la perception de nos hommes politiques. Il est sûr qu’une telle expérimentation serait difficile à mettre en œuvre car il n’y a pas de communication linéaire et unique ; le lecteur a accès à un ensemble de médias divers et est soumis à une multitude de discours qui coconstruisent les savoirs et les mémoires collectives. Mais une prise en compte de la réception des procédures de nomination mises en œuvre dans le discours médiatico-politique permettrait d’inclure le lecteur et son interprétation et de donner une dimension interlocutive à l’analyse.

 

Joëlle Constanza

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:49

Le Monde a fait le point sur les raisons du mouvement de grève dans La Poste : C’est un collectif de postiers qui a alerté les syndicats à la mi-septembre d’une série de suicides de facteurs, dont trois ont été reconnus comme « accidents du travail » par la direction. Le malaise des postiers touche en priorité la branche services-courrier-colis, « mais on ne peut pas minimiser le malaise de ceux qui sont aux services financiers », remarque Valérie Mannevy, du collectif Poste CGT, la première organisation syndicale du groupe. « Les cas de stress et de burn-out concernent tous les métiers », souligne Nicolas Galepides, secrétaire général de la fédération SUD-PTT. L’absentéisme, dont le taux est de 6,65 %, existe dans l’ensemble du groupe.

 

 

A ce sujet, Jean-Emmanuel Ducoin propose cette analyse dans son blog :

 

La Poste, devenue société anonyme et sur laquelle plane la menace d’une libéralisation plus vaste encore sinon une vente à la découpe, traverse une crise identitaire sans précédent. Qu’on ne se méprenne pas néanmoins. Les salariés savent mieux que quiconque que certains de leurs métiers, du fait des nouvelles technologies, ont évolué et évolueront encore dans leur redéfinition. Ils ne le refusent pas. À condition que leurs missions soient respectées, réaffirmées, et développées dans le cadre d’investissements qui réinventent, pour le XXIe siècle, une sorte d’« âge d’or » des services publics. Cela est possible, indispensable. C’est même un enjeu décisif dans une économie de marché profondément inégalitaire. La Poste reste un exemple emblématique : elle a déjà perdu plus de 60 000 salariés en dix ans, mais vient pourtant de dégager un bénéfice de 635 millions d’euros…

 

Toujours dans son blog, Ducoin écrit à propos de François Fillon que :

 

Cette figure classique du réactionnaire prêt à tout parle pour l’instant à cette droite longtemps ensevelie par les évolutions sociologiques, qui n’est pas celle de la France périphérique des « petits Blancs » relégués, ni celle, bien sûr, des territoires frappés par les inégalités, encore moins celle des derniers bassins ouvriers, remisés à plus grand-chose.

 

 

Un exemple parmi tant d’autres du délitement de la vie culturelle en France. Le Monde revient sur la fermeture du centre d’art de Tanlay :

 

Le département de l’Yonne a décidé de ne plus subventionner l’établissement, situé dans le château d’Ancy-le-Franc.

 

L’information faisait la « une » de l’édition du week-end de L’Yonne Républicaine, le 2 décembre. Elle fleurissait même dans les rues bourguignonnes sur les panneaux publicitaires de nos confrères, mais, en fait de fleurs, il s’agit de chrysanthèmes : « La fin du centre d’art de Tanlay », annonçait le gros titre.

 

Tanlay ? Un château, propriété privée, dont les communs étaient mis à disposition du centre d’art imaginé en 1965 par Louis Deledicq qui avait organisé cet été une exposition d’anthologie pour son cinquantième anniversaire. On y retrouvait des œuvres de ceux qui avaient fait la réputation du lieu, une liste qui aujourd’hui laisse rêveur: Picasso, Matisse, Miro, Arp, Balthus, Michaux, Riopelle et on en oublie... Mais aussi des jeunes, et un joli tropisme africain puisqu’une partie des salles était consacrée à des artistes du Bénin.

 

La montée en puissance de François Fillon a ramené l’écrivain Robin Patrice dans les années 1970, avec ses notables et leur condescendance langagière. (Politis) :

 

J’ai lu que la victoire de François Fillon à la primaire de la droite a un parfum d’années 1930. Moi, c’est au début des années 1970 qu’elle me ramène, à mon adolescence dans l’ouest de la France. Un notable du gros bourg, baron de son état, était client de la quincaillerie de mes parents. Le vendredi, pendant les vacances scolaires, je les aidais au rayon pointes. Le baron, du bout de sa fine canne, désignait celles qu’il désirait puis précisait : « Cent cinquante grammes, mon brave », et ajoutait, une fois que je m’étais exécuté, un « combien vous dois-je ? » dont l’élégance et l’étrangeté, dans cette quincaillerie de campagne où le tutoiement et la rudesse étaient de règle, ont peut-être, qui sait, concouru à déclencher mon intérêt pour la langue et ma vocation d’écrivain.

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 06:29

Alors que le verbe « porter » est mis à toutes les sauces par nos politiques, ce qui est très intéressant, idéologiquement parlant, un nouveau tic de langage est apparu il y a au moins un an dans nos médias neuneux et dans le langage publicitaire, l’utilisation, à tort et à travers, de l’adjectif « incroyable ».

 

Une des journalistes qui l’a le plus en bouche (mais pas avec son accent du sud-ouest qu’elle a soigneusement ravalé en montant à Paris) n’est autre que Marie-Sophie Lacarrau, la présentatrice du JT de 13 heures de France 2 (j’ai du mal à utiliser le terme journaliste en ce qui la concerne tant sa présentation du monde est nunuche, Jean-Pierrepernaudienne, clairechazalienne). Á noter que, comme beaucoup d’autres neuneux des médias (son collègue David Pujadas, par exemple), Marie-Sophie a définitivement (enfin, jusqu’à la prochaine mode) enterré l’expression multiséculaire « bon après-midi » au profit de « bel après-midi »). Mine de rien, ce petit changement est, lui aussi, idéologique : lorsque j’utilise l’adjectif «bon », c’est moi qui décide, qui suis maître de mon destin, qui ferai tout pour que l’année qui se profile soit « bonne ». Lorsque je dis « bel après-midi », « belle soirée», tout m’échappe, la suite est hors de ma volonté. Le soleil sera « beau » si, lui, en a décidé ainsi. Ça marche aussi avec les belles-mères. Elle sont belles, ces mères (comme les pères, les fils, les filles), parce que, quand autrefois on s’adressait à des personnes de qualité ou à des membres de la famille que l’on était censé admirer, on balançait un petit coup de déférence contrainte et d’affection convenue en utilisant cet adjectif : « mon biaus seigneur », « mon biaus frère ».

 

Mais revenons à « incroyable » puisque, désormais, tout l’est ou peut l’être : le tout-à-l’égout enfin installé, après trente années d'arguties administratives, à Chibre-sur-la-Motte, l’élection d’un milliardaire d’extrême droite aux Etats-Unis, la médaille de bronze (temps « canon », performance « stratosphérique ») de Christophe Lemaitre pour un millième de seconde, les 117 ans de la doyenne de l’humanité, la dernière prise de parole de Jean-Christophe Cambadélis (non, là, je me gausse), la possibilité de se baigner à Collioures en plein mois de novembre dans une eau à 14 degrés.

 

 

Nous sommes dans l’idéologie parce que le monde est alors perçu sous l’unique prisme de la croyance, donc de la non-raison, de la subjectivité. Si, à la place d’«incroyable », j’utilise « invraisemblable », je me place alors sur le syntagme vrai/faux et je suis responsable – que j’aie raison ou non – de mon appréciation (avoir pensé qu’Hollande était socialiste relevait de l’invraisemblable). Si j’utilise «inconcevable », c’est que, en tant qu’être pensant, je ne peux pas concevoir : pour moi, par exemple, un trou noir est quelque chose d’inconcevable, voire d’inimaginable si je requiers, en plus de mes cellules grises, mon imaginaire).

 

Á partir de là, la langue française, comme toutes les autres langues, possède un large éventail qui permet – en particulier à une titulaire d’une licence de lettres modernes comme notre Marie-Sophie nationale – la plus grande finesse dans la description  du monde qui nous entoure. Ainsi, un fait sera inouï si, parce qu’on n’a rien entendu jusqu’alors de la sorte, il nous déstabilise, s'il fait reculer les limites de notre entendement (des bombardements – et non des frappes – d’une violence inouïe). Un paysage ou un individu seront fantastiques si, pour les évaluer, les décrire, nous devons faire appel à notre imagination parce qu’il nous semble appartenir à une surnature. Une histoire sera rocambolesque si elle est pour nous invraisemblable, abracadabrantesque, avait écrit Rimbaud dans “Le Cœur supplicié”. Une nouvelle sera ébouriffante si elle vous surprend au point de mettre vos cheveux en désordre. « Étonnant » s’est franchement affadi et n’a plus grand-chose à entendre avec le tonnerre. «Extravagant» a une origine chrétienne : il s’agissait au départ des textes qui erraient hors du canon, qui n’avaient pas été insérés dans les recueils pontificaux. On a gardé l’idée de divagation hors du sens commun. Quelque chose de « fabuleux » tient évidemment de la fable, du mythe, de la légende. Est « phénoménal » (« tout ce qui apparaît de nouveau dans l'air, dans le ciel ») ce qui surprend nos sens telle une apparition. «Stupéfiant » était à l’origine très chargé car stupere signifie être engourdi, comme paralysé. Dans l’usage courant, le terme est aujourd’hui un peu plus fort que «surprenant ». L'incroyable Marie-Sophie pourrait enfin utiliser le mot « paradoxal », ce qui va à l’encontre de ce qui est communément admis, ce qui semble absurde mais qui est, pour finir (pardon : « au final »), avéré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis Marie-Sophie, David et les autres pourraient consulter un dictionnaire des synonymes. Ils y trouveraient : exorbitant, faramineux, impensable, inexprimable, prodigieux, renversant, unique et bien d’autres termes tous plus précis les uns que les autres.

 


 

 

 

 

 

 

 

Incroyable
Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 06:16

 

Aujourd’hui, une spéciale Fidel Castro et une spéciale Grand Soir car ce site n’a pas attendu le décès de Fidel pour consacrer des centaines d’articles à Cuba, à son peuple et à ses dirigeants.

 

 

Rafael Correa, le président équatorien, observe que Castro « est mort invaincu.  Il est mort en faisant honneur à son prénom : Fidel, digne de foi. Ceux qui meurent pour la vie, on ne peut jamais les appeler des morts. »

 

 

Très ému, Viktor Dedaj replace Castro au milieu du peuple Cubain : « D’aucuns diront qu’il était exceptionnel. Mais j’aime à penser aussi qu’il n’aurait jamais été ce qu’il est sans tous ces autres qui l’ont reconnu, soutenu et suivi dans une des plus belles aventures humaines du XXe siècle, et peut-être même du XXIe. »

 

 

Pour Jean Ortiz, Castro fut Fidel « le libérateur, l’émancipateur, le fédérateur, il a permis l’affirmation d’une nation. Le castrisme naît d’une revendication d’indépendance nationale ; la Révolution a été le fruit d’une histoire nationale. Fidel a en quelque sorte inventé Cuba. Il est donc historiquement le fondateur, le ciment, il porte une légitimité historique que nul ne lui conteste. »

 

 

Contre les calomniateurs, Maxime Vivas cite Victor Hugo : « Non, pas de révolte contre l’injure pas de dépense d’émotion par de représailles. Ayez une tranquillité sévère. La roche ruisselle, mais ne bouge pas. Parfois elle brille du ruissellement. La calomnie finit par être un lustre. A un ruban d’argent sur la rose on reconnaît que la chenille a passé. »

 

 

José Espinosa brosse un bref bilan politique : « L’histoire va juger son action. Ce qui demeure certain, c’est son rôle actif de premier plan dans la mise en place de la Trilatérale aux côtés du Che. L’aide aux différents mouvements de libération nationale quelle que soit leur nature n’a jamais failli : Angola, Mozambique, Guinée Bissau, Afrique du Sud, Algérie, Congo (ex Belge) en témoigneront. Fidel a toujours soutenu la lutte du peuple palestinien. Sa place majeure dans la lutte pour l’émancipation de l’Amérique latine, dans le combat contre l’impérialisme Yankee, est incontestable. »

 

 

Critiquant le biais anticastriste de Michel Onfray, Frédéric André décille les yeux du philosophe quant au blocs subi par Cuba depuis près de 50 ans : « il ne comprend pas que Cuba ait pu avoir des problèmes d’approvisionnement alimentaire lorsqu’il y a voyagé. Il a dû oublier qu’en plus du blocus étasunien qui aurait “bon dos” selon lui et dont il semble minorer les répercussions – sans doute est-il plus compétent que les différents organismes et spécialistes de l’Organisation des Nations unies en la matière, les Cubains ont eu à subir la fin brutale des relations avec leur principal partenaire économique suite à la chute de l’URSS et que le pays est entré dans une phase terrible appelé “période spéciale”. Conséquences : chute de 80% de son commerce extérieur, de la production industrielle, le pays s’est retrouvé à genoux, sans énergies, sans ressources. Et c’est précisément durant cette période que les dirigeants étasuniens ont décidé de durcir le blocus par des mesures complémentaires comme la loi Torricelli en 1992 et la loi Helms-Burton en 1996. Des dispositions illégales eu égard au droit international et dont l’objectif était d’asphyxier le pays dans le but de “semer le désordre”. Monsieur Onfray est-il au courant de cela ? Est-il au courant que tout bateau étranger accostant à Cuba perd le droit d’aller aux Etats-Unis durant de longs mois, et que par conséquent le coût d’importation des produits augmente considérablement ? Que ces lois sont encore en vigueur à l’heure où j’écris ces lignes, malgré le léger assouplissement opéré par l’administration Obama. »

 

 

Rosa Llorens rend un hommage “catalan” à Castro : « Nous n’avons pu faire notre révolution, en Espagne et en Catalogne, en 1936-39 ; mais, vingt ans plus tard, dans l’exil intérieur ou extérieur, nous l’avons faite symboliquement, par procuration, grâce à Fidel Castro : en libérant Cuba de cinq siècles de colonialisme, d’abord hispano-catalan, puis états-unien, il a aussi offert une revanche aux ouvriers et exilés espagnols et catalans, alors eux-mêmes colonisés par leur propre classe dirigeante.

 

Cette solidarité avec Cuba, les expériences d’Allende et de Hugo Chavez l’ont ravivée : quelles que soient les grotesques péripéties électorales en France et en Espagne, Fidel Castro restera notre lider spirituel. »

Revue de Presse (186)

 

 

Je rappelle que cette revue de presse a vu le jour à l'invitation de Maxime Vivas pour son émission “Excusez-moi de vous interrompre” programmée par Radio Mon Païs (90.1 FM) le lundi à 17 heures. La revue est reprise par Radio Campus Lille, 106.6 FM Lille dans l'émission “C'est l'heure de l'mettre” le mercredi à 18h30.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 06:40

J’avoue regarder assez régulièrement cette émission. J’aime l’esprit joyeux qui y souffle et son (très) relatif pluralisme. Rien à voir avec “C dans l’air” qui propose, avec nos impôts, des plateaux composés aux quatre-cinquièmes d'observateurs de droite, de gens proches de la finance (tous plus “spécialistes” les uns que les autres, bien entendu).

 

Comme dans pratiquement toutes les autres émissions de ce style, on y pratique le mélange des genres (ce qui est la ruine de la civilisation occidentale mais ceci est un autre débat). Lapix, Lemoine, Lescure, Switek et bien sûr Cohen, sont, dans le civil, journalistes. Même le très spirituel Matthieu Noël vient de cette profession après des études à Sciences-Po. Seulement, dans leur loft, le divertissement l’emporte souvent sur l’information. Plus exactement la manière de faire passer l’information, le tainment écrasant l’info. Ce qui permet, entre autres choses, aux animateurs, d’avoir leurs têtes. Dans le domaine du spectacle, passe encore. Dans le domaine de la politique, c’est plus gênant.

 

Lapix a les yeux de Chimène lorsqu’elle reçoit des parangons du système politique dominant, du style Fabius ou Fillon. Sur le plateau, il n’y a pas de droite et de gauche mais des gens du même monde qui devisent de manière policée. Tout autre est l’accueil fait à ceux qui se situent dans le système, mais à ses marges, ceux que le discours dominant appelle « populistes », « extrémistes » (pour ne pas appeler un chat un chat, comme disait Sartre). Quand elle était une vraie journaliste, Anne-Sophie Lapix préparait ses entretiens avec grand sérieux, ce qui lui permettait d’affronter, en professionnelle, les politiques les plus coriaces. On se souvient de son entretien de 2012 avec Marine le Pen où elle démontra que cette dernière n’y entendait pas grand-chose en économie. Son art de poser les bonnes questions et de relancer sans relâche avait déstabilisé la future présidente du FN.

 

Mais dans “C à vous”, les journalistes sont devenus bateleurs. En particulier avec les « populistes » avec qui ils se permettent de « dialoguer ». Et là, bien sûr, ils gagnent à tous les coups car, comme on dit outre-Manche, ils ont le pouvoir sans la responsabilité. Ils coupent la parole, contredisent, assènent des approximations ou des contre-vérités. Ils ont le beau rôle puisqu’ils domestiquent des « extrémistes », les vilains petits canards de leur propre basse-cour.

 

Tout récemment, Florian Philippot a été ainsi victimisé par Lapix et Cohen. Cela tombait bien car le n° 2 du FN adore cet exercice où il brille à peu de frais grâce à des talents de dialecticien rodés chez Chevènement au début du XXIe siècle. Cela le change des entretiens de confort à BFM-TV où il a son rond de serviette.

 

Je suis persuadé que ce harcèlement est contre-productif car il rend les gens du FN et leurs idées presque sympathiques. J’ose espérer que ce n’est pas le but recherché…

“C à vous” ne reçoit pas tout le monde à la même enseigne
Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 06:33

Dans Marianne, Étienne Girard explique que « François Fillon : le candidat des banquiers et des grands patrons, c'est lui : En donnant les clés de son programme économique à des représentants des milieux patronaux et financiers, François Fillon a réussi un coup de maître. Les caisses sont aujourd'hui pleines et les soutiens s'accumulent. Les 44% réunis par sa candidature, ce dimanche 20 novembre, au premier tour de la primaire, devrait même susciter de nouvelles vocations. Ils pèsent lourd et pourraient bientôt gouverner. Derrière la percée de François Fillon se cache une véritable dream team de financiers et chefs d'entreprise, que le député de Paris désigne dans ses discours sous le doux nom de « société civile ».

 

Ils sont tous avec lui : Henri de Castries, Henri de Lachmann (Schneider Electric), Guillaume Richard (PDG du groupe O2), Stanislas de Bentzmann (Devoteam), Bruno Cercley (Rossignol) ou Alain Afflelou. De grands noms du monde de la finance ont aussi été remarqués, comme Christian de Labriffe (Rothschild), Romain Boscher (Amundi) et évidemment Jean-Paul Faugère, son ancien directeur de cabinet-adjoint à Matignon, aujourd'hui président de CNP Assurances. Viviane Chaine-Ribeiro, présidente du Syntec, le syndicat des entrepreneurs du numérique, favorite pour succéder à Pierre Gattaz à la tête du Medef en 2018.

 

‪Comment François Fillon a-t-il réussi à agréger autant de soutiens patronaux alors que sa candidature patinait ? En leur donnant les clés de son programme présidentiel, tout simplement. « On a fait une vingtaine de réunions sur la compétitivité avec vingt-cinq personnes, autour de plateaux-repas à trente euros, se remémore Pierre Danon, aujourd'hui directeur de campagne-adjoint de l'ex-Premier ministre. François Fillon écoutait, posait des questions sur les trente-cinq heures, les charges. » Tous les financiers accueillent avec félicité les propositions de mettre fin aux 35 heures, de baisser les charges patronales, de différer l'âge de départ en retraite, de supprimer le compte pénibilité ou encore l'ISF.

 

 

 

Le Monde nous informe que le nombre de contribuables aux revenus supérieurs à 100 000 euros ayant quitté la France pour s’installer à l’étranger a augmenté de 10 % en 2014, selon le rapport annuel du ministère des finances. Le rapport révèle que le Royaume-Uni, le Canada et l’Espagne sont les destinations les plus prisées par les expatriés dont le revenu fiscal médian s’élève autour de 25 000 euros. Les contribuables aisés déclarant plus de 100 000 euros privilégient également le Royaume-Uni, mais aussi les Etats-Unis et la Suisse. La Belgique attire les personnes dont les revenus de capitaux mobiliers sont plus élevés.

 

 

L’Humanité revient sur la grève dans les CAF. « Aujourd’hui, les 22 000 salariés des CAF n’ont tout simplement plus les moyens d’assurer correctement leur mission de service publique » constate Denis Lalys, secrétaire général de la fédération CGT des organismes sociaux. Il manque partout du personnel dans un contexte social tendu où les demandes de prestations, RSA ou allocations logement, explosent » poursuit le syndicaliste.  Pourtant, il s’agit bien de répondre à une « urgence sociale » précisent les syndicats selon lesquels « le gouvernement et la Caisse nationale d’allocation familiale restent sourds et laissent les catégories dites « populaires » se démener dans leurs problèmes sans même plus feindre de chercher des solutions. Si une personne est face à une situation d’urgence, elle n’a plus d’interlocuteur à qui s’adresser rapidement. Les rendez-vous peuvent être pris avec un mois de délais et si l’on ajoute à cela le temps de traitement des dossiers, l’usager se retrouve sans solution pendant des mois. Et parfois, cela peut se terminer en drame, comme ce fut le cas pour cette jeune mère allocataire qui a mis fin à ses jours dans le Nord en juillet dernier.

 

Je consulte régulièrement la rubrique “Le français à la loupe” du Magazine Littéraire. Je m’y instruis toujours. Deux exemples : Dit-on se baser sur ou se fonder sur ? Je base une idée sur quelque chose d’abstrait, mais j’en fonde une sur un objet concret.

Le nom cartouche est-il féminin ou masculin ? Les deux. Cartouche est féminin quand il désigne la charge d’une arme. Au XVIIIe siècle, cartouche, qui est tiré de l’italien cartoccio, était masculin. Il est aujourd’hui masculin en termes d’art et d’archéologie.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 06:33

J’ai sous les yeux un document qui me laisse très perplexe. Il s’agit d’un appel à candidature pour la direction d’un laboratoire CNRS dans une université française. Je passe rapidement sur le fait que sa rédaction est émaillée des tics de langage politiquement correct absolument ridicules que l’on trouve maintenant dans la prose de l’université française : « Le/la nouveau/velle directeur/trice », « Le/La futur-e directeur/trice » (dans le second exemple, l'article “la” a droit à une majuscule). Il faut dire que depuis que le professeur David Garibay de l’université de Lyon est « un directrice d’UFR », le record dans l’ineptie est difficilement battable. Ce qui m’intrigue, ce sont les trois phrases suivantes :

 

« Si le nouveau directeur est déjà membre du laboratoire, aucun changement n’est à prévoir. S'il est personnel CNRS actuellement extérieur au laboratoire, il changera d'affectation. Dans tous les autres cas (personnel universitaire HDR en France, ou venant d'autres pays), il sera recruté sur un poste de Professeur des Universités dans sa discipline d'origine ».

Le recrutement dans l’université française ou la danse du ventre

 

J'esquisse une traduction. « Si le nouveau directeur est déjà membre du laboratoire ». Cette proposition n’est pas claire. Membre  en tant que chercheur ? Chercheur et enseignant ? Mais alors, avec quel statut d’enseignant ? Professeur, maître de conférences ? Maître de conférences habilité à diriger des recherches ? La proposition « aucun changement n’est à prévoir » laisse entendre qu’un maître de conférences, habilité à diriger des recherches ou pas, conservera son statut de maître de conférences. On attend de pied ferme le brave type ou la brave typesse qui va diriger une équipe de 101 personnes pour les clopinettes d’un salaire de MCF.

 

La phrase « S'il est personnel CNRS actuellement extérieur au laboratoire, il changera d'affectation » est claire, a priori. Un directeur de recherches CNRS, en poste, par exemple, à l’université de Pétaouchnok, conservera son statut de directeur de recherches S'il est personnel CNRS actuellement extérieur au laboratoire, il changera d'affectation (l’indice est identique à celui des professeurs d’université) et exercera désormais dans le laboratoire et l’université en quête d’un directeur.

 

La danse du ventre entre en jeu dans la phrase suivante : « Dans tous les autres cas (personnel universitaire HDR en France, ou venant d'autres pays), il sera recruté sur un poste de Professeur des Universités dans sa discipline d'origine ». En d’autres termes, si le candidat est maître de conférences habilité à diriger des recherches et qu’il provient d’une autre université, il touchera un gros susucre sous la forme du statut de professeur. Cette université est donc prête à accorder à un “étranger”, et même à un étranger sans guillemets ce qu’elle refusera à l’un des siens.

 

Par delà cette injustice – les lois Pécresse et Fioraso permettent toutes les injustices, toutes les opacités, tous les dénis de démocratie – cette procédure de recrutement reflète la grande misère de l’université française. On ne se bouscule plus aux portillon des charges prestigieuses parce qu’elles ne sont pas rétribuées au niveau de celles des autres pays équivalents au nôtre (on se souvient qu’il en va de même pour les instituteurs) et parce qu’elles impliquent un travail harassant.

 

L’université dont je parle s’est engouffrée dans cette grande misère, en utilisant lâchement un système inique.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 06:49

 

Pour Naomi Klein, dans le Gardian, repris par Le Grande Soir, C’est le ralliement des Démocrates au néolibéralisme qui a offert la victoire à Trump : « Voici ce que nous devons admettre : énormément de gens souffrent. Avec les politiques néolibérales de dérégulation, privatisation, d’austérité et de business transnational, leur niveau de vie a brutalement chuté. Ils ont perdu leurs boulots, perdu leurs retraites. Pour leurs enfants, ils anticipent un avenir encore pire que leur précarité actuelle.

 

Pendant ce temps, ils ont assisté à l’avènement de la classe de Davos, un réseau hyper-connecté de milliardaires de la banque et de la technologie, de dirigeants élus excessivement proches de ces intérêts, et de stars hollywoodiennes qui font paraître tout cela odieusement glamour.

 

Pour les gens qui voyaient leur statut et leur sécurité comme un droit de naissance – à savoir des hommes blancs pour la plus grande part – toutes ces pertes sont intolérables. »

 

 

Selon L’Humanité, la crise du siècle est à venir avec les réfugiés climatiques : « Selon les estimations de l’ONU, 250 millions de personnes, seront, d’ici 2050, forcées de s’exiler à cause des bouleversements du climat. Un enjeu humanitaire et géopolitique majeur, pourtant soigneusement mis de côté dans les négociations internationales.

 

Les changements environnementaux sont devenus l’un des principaux facteurs, sinon le principal, de migrations et déplacements de populations dans le monde. Ce préambule annonce l’ampleur d’un phénomène dont l’accélération met désormais la question des réfugiés climatiques au centre des enjeux humanitaires. »

 

 

Dans son blog, Jean-Emmanuel Ducoin évoque la pauvrophobie en France : « Une intuition véritable ne venant jamais sans confirmation vérifiable, une étude du Crédoc pointe, cette semaine, les nouveaux contours d’une “pauvrophobie” à la française. Riverains, collectivités locales, dégradation des centres d’accueil, chasse aux sans-abri : les actes contre les démunis se multiplient. Nous parlons bien de la France, où, ces six dernières années, plus d’un million de personnes supplémentaires sont passées sous le seuil de pauvreté. Désormais, 8,5 millions de nos concitoyens, près de 14% de la population, vivent avec moins de 900 euros par mois. Les plus pauvres sont de plus en plus pauvres. Et les plus riches, de plus en plus riches… Et pourtant. Oser demander pour oser vivre, n’est-ce pas être habité par un reste d’espérance ? Oser ne rien donner pour oser vivre aveuglément, n’est-ce pas être empoisonné par un manque d’espérance ? »

 

 

 

 

 

 

 

Dans Les Lettres Françaises, Baptiste Eychart rend compte du livre de Farid Ameur sur le KuKlux Klan : « Le bilan historique et moral des activités du Ku Klux Klan est incontestablement désastreux pour les coupables, mais aussi plus généralement pour un pays qui a affiché une consternante complaisance à leur endroit. D’une certaine manière, les convulsions actuelles du racisme blanc aux États-Unis s’expliquent par une diffusion extrêmement large des idées du Klan qui, malgré son caractère secret et élitiste, sut marquer le pays de son empreinte idéologique. Cette empreinte idéologique ne relevait en rien d’un discours un tant soit peu sophistiqué ou construit : la nullité intellectuelle et culturelle de l’idéologie du Klan est à remarquer et l’organisation n’eut aucun vrai penseur, un paradoxe pour une organisation vantant la supériorité biologique des Blancs sur les Noirs. Mais cette nullité exprimait si bien les aspirations conscientes et inconscientes des vaincus de la Guerre de Sécession de telle sorte qu’elle permit au KKK de prospérer durant plus d’un siècle. »

 

Sur la page d’accueil de son site, Orange (privatisée) nous informe : « Après Jean-Michel Maire, Enora Malagré entendue par la brigade des stupéfiants.

 

Le 8 novembre dernier, le chroniqueur star de “Touche pas à mon poste”, Jean-Michel Maire, se retrouvait à la Préfecture de police, interrogé par la brigade des stupéfiants de Paris. En cause, l'apparition de son nom dans « le fichier de quelqu'un qui a été mis sur écoutes », dans une affaire de trafic de drogues. Après avoir passé la nuit en garde à vue, Jean-Michel Maire avait nié avoir un quelconque lien avec le supposé dealer, malgré son passé de cocaïnomane. »

 

Je vais vous faire un aveu : je ne sais absolument pas qui sont ces gens.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 06:33

Elle est la première jeune fille noire à vouloir entrer dans l'université où elle a réussi à s'inscrire.

1957, Caroline du Nord, Etats-Unis
Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 06:37

Bouclé avant les élections aux Etats-Unis, le mensuel se demandait si Hillary Clinton n’allait pas perdre à cause de l’écologie. Avec un colistier « bien connu pour son soutien sans faille au lobby pétrolier et à la fracture hydraulique », Clinton a peut-être perdu quelques voix précieuses dans cette mouvance.

 

Paul Ariès est interrogé sur son dernier ouvrage, Une histoire politique de l’alimentation : « L’humanité s’est humanisée à travers sa table en interposant entre elle même et ce qu’elle mange et boit toute une série de choix (entre ce qui est consommable et ce qui ne l’est pas, entre ceux qui ont droit au banquet et les autres, entre divers modes de cuisson, etc.), de valeurs (entre celles reconnues aux divers aliments et aux diverses façons de cuisiner, d’assaisonner, de manger), d’objets (du bâton à fouir à la broche et à la marmite), de savoirs et de savoir-faire (en matière de chasse et de cueillette, de stockage, de conservation, d’assaisonnement, de cuisson), de cultures (des cultures populaires aux cultures aristocratiques en passant par les aspects religieux ou scientifiques), de rituels (domestiques, religieux ou politiques), transformant ainsi les nutriments, qui concernent le seul corps biologique, en aliments. L’histoire de l’alimentation est donc d’abord celle de cette mise à distance, de cette ritualisation et symbolisation qui concourent au vivre ensemble.

 

L’humanité pourrait tout aussi bien se déshumaniser en déshumanisant sa table. Nous n’avons toujours pas appris, en plusieurs millénaires, à garantir le droit au banquet à l’ensemble de l’humanité, ce qui supposerait de concevoir une nouvelle symbolique, une nouvelle ritualité, d’autres pratiques. Au contraire, nous mangeons de plus en plus n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand, n’importe où, avec n’importe qui et pour n’importe quelle raison. Nous n’acceptons plus que la communauté puisse avoir son mot à dire sur nos façons de manger, et déjà de gaspiller, car nous ne savons plus ce que manger veut dire. Nous nous imaginons, contre tout ce que nous apprend l’histoire de l’humanité, que la table serait une affaire individuelle dont nous n’aurions pas à rendre compte ni anthropologiquement, ni socialement ou culturellement, ni, bien sûr, politiquement. »

 

 

Jean-Louis Pasquinet explique pourquoi la loi El Khomri annonce le retour au marchandage : « Á l’origine le droit du travail devait encadrer la concurrence vers le moins offrant au niveau du tarif (revenu) entre entreprises et travailleurs, car autrefois, ce qui dominait dans les relations de travail c’était le marchandage, ce sont les ouvriers qui discutaient avec les négociants et qui allaient ensuite chercher les travailleurs (l’exploitation des ouvriers par les sous-entrepreneurs ouvriers, dits marchandeurs). Une loi de 1848 l’interdit. »

 

 

Arriva le jour où, selon Jonal Eyal, « les chimpanzés prirent l’ascenseur » : « Les classes dominantes peuvent faire prévaloir leurs intérêts sur l’intérêt général sans risque direct pour leur position sociale. Les conséquences sont ces ravages sociaux et environnementaux que nous connaissons aujourd’hui. »

 

 

Eva Lacoste s’est intéressée à l’oléoduc de la discorde aux États-Unis : « Dans le Dakota du Nord, les Sioux se mobilisent contre la construction d’un oléoduc qui menacent leurs terres et leurs ressources en eaux. Nouvelle étape d’un processus de spoliation et d’humiliation qui a jalonné le XIXe siècle et marqué la fin d’un monde. »

 

 

 

Jean-Mark Sérékian revient sur la « folie fossiles des sixties » : « Comment les années 1960 s’inscrivent dans l’Histoire contemporaine du pétrole ? Au moment où la terre livrait ses derniers secrets et où les taux de croissance de production du pétrole atteignaient des sommets, survenait le pic des découvertes des grands champs pétrolifères, réserves sur lesquelles se fait et s’épuise l’essentiel de la production actuelle. »

 

Les Zindignées donnent la parole à Lokengo Antshuka Ngonga suite à la publication de son ouvrage Consensus politique et gestion démocratique du pouvoir en Afrique : « La démocratie consensuelle aurait le mérite de consolider la décentralisation érigée un peu partout en Afrique en système politico-administratif de gestion de la chose publique et de contribuer davantage au développement harmonieux de l’Afrique par le bas, à partir des communautés locales, en rapprochant l’autorité des citoyens. »

 

 

L’utopie, pour quoi faire, demande Florent Bussy ? « Les utopies n’ont pas été pensées, le plus souvent, comme des programmes auxquels soumettre la réalité de l’histoire, mais come des expériences (de pensée ou pratiques). Sous l’écroulement du communisme réel, les utopies ont été amenées à renoncer au désir de constituer des systèmes globaux. »

 

 

Dans “La propagande du quotidien”, Jean-Luc Debry, en s’inspirant du livre d’Éric Hazan de 2006, dénonce les constructions langagières qui permettent à l’idéologie libérale de s’imposer en tant que telle dans les discours diffusés au quotidien jusque dans l’intimité du sujet moderne.

 

 

Hélène Marquié s’interroge sur « ce que le genre fait à la danse et réciproquement ». En quoi le genre affecte-t-il la danse et que peuvent s’apporter mutuellement les études en danse et les études de genre ? Hélène Marquié est l’autrice de Non, la danse n’est pas un truc de filles !

 

 

Romain Pudal (auteur de Retour de flammes, les pompiers des héros fatigués, explique pour quoi “ les pompiers sont victimes d’injonctions paradoxales”, des pompiers à qui on demande de gérer toute la misère du monde.

 

 

Enfin Yann Fiévet pense que les primaires en France ne sont rien d’autre qu’une « belle affaire » : «  La récente rentrée nous a fait pénétrer dans un long tunnel, le tunnel des Primaires. Nous usons ici de la majuscule pour nommer un fait dont le contenu, osons le parier, s’avèrera insignifiant. Les « grandes formations » et les petites s’adonnent désormais à cet exercice venu d’ailleurs et gonflé comme la bouée de sauvetage d’une politique tellement dévoyée au fil des scrutins électoraux et de la lancinante succession des gouvernements monochromes. Chez Les Républicains, on ne compte pas moins de huit candidats officiels à la candidature dont une seule femme, sans doute pour bien respecter la phallocratie politique durable en notre pays. Au Parti Socialiste les positions ne sont pas encore arrêtées mais l’on piaffe d’impatience de les connaître enfin. Quant aux « écolos », ils ne pouvaient être en reste puisque depuis leur origine ils nous ont habitués à leur incessante zizanie interne. Semaine après semaine les médias de masse vont tenter de nous intéresser à tout ce qu’il faut savoir de cette chose inconsistante quand tant d’autres objets de la marche du monde valent cent fois plus que l’on s’y penche avec sérieux. Et nous allons faire un peu semblant d’être captivés car il paraît que nous tenons là… la modernité de la démocratie ».

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche