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26 novembre 2021 5 26 /11 /novembre /2021 06:24

Je ne partage pas tout ce qui suit à 100%, mais il y a là forte matière à réflexions.

 

Vous avez certainement vu la publicité pour « the fork », un site de réservation de restaurants. Une publicité ni pire ni meilleure qu’une autre, mais qui se termine par cette phrase remarquable : « ‘the fork’, anciennement ‘La fourchette’ ». Et depuis que j’ai entendu cette formule, un doute cruel me poursuit : que s’est-il passé pour que le site change de nom ? Pourquoi cette bonne vieille « fourchette » est devenu « fork », qui après tout n’est que la traduction anglaise du même mot ? N’est-il pas paradoxal que dans un domaine ou la primauté française est toujours reconnue, au point que les restaurants britanniques ou américains prennent souvent des noms français, un site qui vante les plaisirs de la table se sente obligé d’angliciser son nom ?

Cet exemple est loin d’être isolé. La banque en ligne de la Banque Postale s’appelle « my French bank ». Lorsque EDF lance son site permettant de trouver des artisans pour réaliser vos menus travaux, le site s’appelle « Izy » (déformation phonétique du mot « easy », qui signifie « facile »). Et pour ajouter l’insulte à l’injure, on ajoute à cette marque la précision « by EDF » (1). Et là encore, on se prend à rêver. Les publicitaires pensent vraiment qu’en prenant un nom à consonance anglish et en mettant « by » plutôt que « de » ou « par » ils attireront plus de clients ?

Ce phénomène donne un éclairage particulier sur l’état mental de notre société, et de nos classes intermédiaires en particulier. Les publicitaires, les cadres supérieurs des entreprises sont convaincus qu’on vend plus avec un slogan en amerloque qu’avec un joli nom français. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas vraiment d’une pénétration de la langue de Shakespeare ou plutôt de Columbo – que la plupart de ces gens ne dominent pas – mais d’un snobisme ridicule. Car ces emprunts à l’anglais sont souvent remplis d’erreurs, de fautes de traduction, de faux-amis. Le pompon est probablement détenu par une « European Communication School », dont les dirigeants ne semblent pas réaliser que le mot français « communication » se traduit en anglais « public relations », le mot « communication » étant plutôt réservé aux télécommunications…

La langue, c’est bien connu, c’est l’un des supports essentiels de l’identité. Chacun de nous a une langue maternelle, cette langue qui, quelque soient les avatars de notre vie, nous n’oublions jamais. Une langue dans laquelle nous avons appris à penser, qui a donné forme à nos processus intellectuels. C’est pourquoi les batailles linguistiques ne sont jamais banales. Le mépris – oui, c’est le mot juste – dans lequel nos classes dirigeantes tiennent le français, leur conviction qu’un restaurant ou un site de travaux deviennent plus attractifs dès lors qu’ils sont désignés par un nom anglicisé, leur idée que notre « nation » doit devenir une « néishon » nous parle donc de leur identité.

Un article paru dans Le Monde le 20 octobre 2021 sous le titre “ L’Ikastola, l’école où l’on grandit en basque ” donne un aperçu intéressant sur ces questions. L’article relate combien l’enseignement immersif en basque séduit… les nouveaux arrivants au Pays basque. Ainsi, on a un couple de parisiens arrivés à Bayonne par le hasard d’une mutation professionnelle qui déclare : « quand s’est posée la question de l’école, on a voulu que Manon, née à Bayonne, parle [le basque] aussi, qu’elle soit proche de sa culture ». Un autre couple, originaire elle de Normandie, lui des Pays de Loire, explique avoir inscrit ses enfants à l’Ikastola parce que « On avait envie de transmettre quelque chose de ce territoire à nos enfants, même si nos racines n’étaient pas là » (notons au passage que la fille de ce couple, elle, dit « préférer le français »…). L’auteur de l’article tire de tout ça une conclusion étrange : « un grand nombre de parents d’ikastola ont connu cette rupture générationnelle et tiennent à transmettre à leurs enfants l’héritage dont ils ont été dépossédés ».

Mais attendez une minute… de quel « héritage » ces parents auraient-ils été « dépossédés », puisque rien dans leurs origines ne les connecte au pays basque, qu’ils ne sont arrivés que « au hasard d’une mutation professionnelle » ? Comment peuvent-ils prétendre « transmettre » un patrimoine qui n’est pas le leur ? Cela veut dire quoi vouloir que son enfant « soit proche de sa culture » en apprenant une langue qui n’a absolument aucun rapport avec celle-ci au seul motif qu’elle serait « née à Bayonne » ?

On apprend le latin et le grec pour lire Homère ou César. On apprend l’anglais pour lire Shakespeare, l’Italien pour lire Dante, l’Allemand pour lire Goethe. Ces apprentissages ouvrent sur le monde, mais n’ont rien à voir avec l’identité. Personne n’apprend le grec, le latin, l’anglais, l’italien ou l’allemand pour être « proche de sa culture », pour « transmettre quelque chose du territoire ». Mais où sont le Dante basque, le Cervantes provençal, le Shakespeare breton ? Si l’on apprend les langues régionales, ce n’est pas pour s’ouvrir au monde mais au contraire pour se refermer sur un collectif qui délimite par la langue son « dedans » et son « dehors ». C’est une question purement identitaire. L’engouement de nos classes intermédiaires – car on ne trouve pas un seul ouvrier, un seul employé parmi les témoins de l’article en question – pour les langues régionales, que ce soit les Ikastolas au Pays basque, les Diwan en Bretagne ou les Calandretas en Provence, illustrent la difficulté des « gens de nulle part » à se constituer une identité, autrement dit, une réponse à la question lancinante que l’humanité se pose depuis des millénaires : « qui suis-je, d’où viens-je ». Dès lors que l’identité française est dévalorisée et méprisée – et il suffit d’entendre le discours martelé par les médias pour s’en convaincre – au point que « La fourchette » voit un intérêt à devenir « The Fork », il faut se trouver une identité de substitution. Les « identités régionales » n’offrent que des avantages. Car contrairement à l’identité française, ce sont des identités « victimaires », qui vous permettent de vous situer du côté des opprimés, et donc valorisées. Bien plus facile d’avoir les mains propres quand on n’a pas de mains.

Cette question identitaire traverse notre société. Car ce qui peut être dit de l’identité culturelle peut aussi être dit de l’identité sexuelle ou civile. Il fut un temps où le sexe était donné par la biologie, et le nom était transmis par vos parents. Ce n’est plus le cas : la catégorie des « non binaires » apparait de plus en plus dans les enquêtes et les formulaires, et fera certainement son apparition à un moment où un autre dans le droit. Déjà une circulaire de l’éducation nationale permet aux enfants qui se déclareraient d’un « genre » différent de leur sexe biologique d’être reconnus et de se faire appeler par un prénom correspond à leur « genre » et choisi librement par eux (2). De plus en plus vous avez le choix de votre nom – celui de votre mère, de votre père, d’une combinaison des deux. D’ailleurs, la CEDH a décidé que le nom d’une personne fait partie de la sphère personnelle (CEDH, 6 juillet 2017, Affaire A.P., Garçon et Nicot c. France), ce qui suppose qu’il puisse être changé par la volonté de la personne. Et certains vont plus loin. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose d’inscrire dans la Constitution – rien de moins ne saurait suffire – le « droit de choisir son genre ». Autrement dit, on est en train de renverser une idée née avec la Révolution, celle qui veut que notre statut public soit lié à des éléments objectifs, et non à nos croyances ou nos opinions. Pour la première fois depuis bien longtemps, on inscrirait dans nos documents non pas ce que les personnes sont objectivement, mais ce qu’elles pensent être.

Pourquoi tant de trouble avec les identités ? Parce que l’identité est l’angle mort de l’idéologie libérale-libertaire. Pour le dire très schématiquement, l’identité c’est ce qu’on ne choisit pas. C’est un héritage qui nous est imposé par le processus de transmission dans notre famille, dans notre pays, dans notre culture. Marx écrivait que « les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé ». Or, l’idéologie libérale-libertaire se refuse à admettre que quelque chose puisse échapper à la toute-puissance de l’individu. L’idée même que l’être humain soit le produit non pas de sa propre volonté, mais d’une histoire sur laquelle il n’a aucun contrôle hérisse les partisans de cette idéologie. Il faut donc en finir avec les identités et leur substituer des pseudo-identités qu’on peut se fabriquer à volonté. 

Cette idéologie n’arrive pas par hasard. L’approfondissement du capitalisme repose sur la capacité de mettre tous les individus, tous les biens en situation de « concurrence libre et non faussée ». Et pour cela, il a fallu abattre les barrières qui « faussent » cette concurrence, et tout particulièrement ces « conditions données et héritées du passé ». Autrement dit, la société capitaliste idéale est faite d’individus tous identiques, même s’ils se croient tous singuliers, libres de toute détermination historique, consommant les mêmes produits et capables de fournir le même travail. Cela suppose d’effacer toute forme de filiation – nationale, familiale, culturelle – et toute forme de différentiation pour ne laisser subsister que l’illusion d’une identité, illusion nécessaire pour satisfaire le besoin humain de savoir d’où on vient, qui on est, et où on va. Alors, on consomme partout les mêmes produits avec les mêmes noms angliches, les mêmes séries à l’américaine, mais on se raconte que nos enfants sont « proches de leur culture » parce qu’ils apprennent à l’école la langue des bergers des Pyrénées, ou qu’ils sont en harmonie avec leur « genre » choisi parce qu’ils peuvent l’inscrire sur leur carte d’identité.

Mais les identités résistent. C’est ce qui explique pourquoi un Zemmour peut faire 16% des intentions de vote sans avoir à véritablement faire campagne, et surtout pourquoi Zemmour ne laisse personne indifférent, au point que ceux qui hier opposaient à ses outrances un silence méprisant se sentent obligés à réagir. Zemmour est « le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans coeur, de même qu’il est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Il est l’opium du peuple », et pardon pour la paraphrase. Le discours zemmourien est puissant parce que dans une société où les élites passent le temps à renier leurs origines, leur culture, leur histoire bref leur filiation, il la revendique et dans les termes les plus crus. Dans le chaos intellectuel provoqué par la surenchère des « pseudo-identités », il parle d’un monde organisé où les esprits étaient vaillants, les hommes étaient des vrais hommes, les femmes étaient des vraies femmes, et les petites créatures poilues d’Alpha Centauri étaient des vraies petites créatures poilues d’Alpha Centauri (3).

Une montre arrêtée donne l’heure exacte deux fois par jour. Zemmour, c’est une montre arrêtée. Depuis plus de dix ans il répète le même discours. Mais il y a dix ans, il passait pour un hurluberlu parce que l’opinion n’avait pas encore réalisé à quel point l’idéologie libérale-libertaire – qui est celle du capitalisme mondialisé – nous conduit à la psychose. Aujourd’hui, cela devient de plus en plus évident. Tiens, prenons la dernière amusette de nos classes intermédiaires, ce pronom « iel » fait de la contraction de « il » et « elle » censé représenter ceux qui, selon la formule consacrée, « ne se reconnaissent pas dans les identités binaires », et que le Robert a fait entrer dans son dictionnaire – du moins dans la version en ligne.

Cette affaire est d’abord un formidable coup de pub. Même en admettant que le dictionnaire n’est pas l’indication de ce qui est jugé correct par les académies mais le reflet des usages, l’inclusion du pronom en question est absurde, tant son usage est marginal et limité à certains cercles militants. Mais avec ce geste, le Robert a bénéficié d’une publicité gratuite, son nom étant répété une et autre fois dans toutes les émissions d’actualité, sans parler des débats enflammés sur les réseaux sociaux. Autrement dit, la pseudo-identité « trans » sert tout simplement à vendre du dictionnaire.

 Mais au-delà du fait, cette affaire a permis sur les plateaux des différents médias des échanges qui font douter sérieusement de la santé mentale de nos élites. Ainsi, par exemple, on a vu un militant « trans » expliquer sur une chaine de grande écoute et sous les applaudissements de la foule que l’apparition d’un pronom non binaire était un grand progrès, puisque le fait d’être appelé par un pronom dans lequel on ne se reconnaît pas constitue une « violence ». On peut se demander si parler de « violence » à propos de l’usage d’un pronom est raisonnable. Mais on voit mal comment l’usage du « iel » réglerait le problème.  Le pronom en question est un pronom de la troisième personne. Et personne ne peut donc être « appelé » par lui (4). Mais surtout, le pronom en question ne fait pas disparaître la distinction genrée tout simplement parce qu’en français il est obligatoire en général d’accorder l’adjectif ou le participe avec le sujet. Quelle différence entre « il est beau » et « iel est beau », puisque l’adjectif « beau » accordé avec le sujet nous indique son « genre » ? Faut-il écrire « iel est beau/belle » ? Ou bien « iel est beau et belle » ? Plus drôle encore : le petit Robert spécifie à propos de « iel », que le pronom a… une forme féminine (« ielle »). Ce qui revient à refaire le chemin à l’envers, puisque c’est déjà le cas en français : le masculin est indifférencié, le féminin marque la différence.

Comme pour la langue, il y a du snobisme dans les pseudo-identités sexuelles. On se souvient du personnage de Brétecher qui pleure parce qu’il ne peut inclure dans ses mémoires une expérience homosexuelle, n’ayant eu aucune. Aujourd’hui, on nous raconte avec gourmandise qu’un adolescent sur cinq dit ne pas se reconnaître dans la description « binaire ». L’explication de ce phénomène est simple : comme le disait un garçon anglais, « heterosexual is boring » (« l’héterosexualité, c’est barbant »). Le « non binaire », c’est être à la page, c’est « branché », c’est sortir du lot et attirer les projecteurs vers soi, sans parler de l’attention de ses parents et des institutions. Dans la société du spectacle, qui pourrait résister ? Dans une société de marché, l’identité est un bien de consommation comme n’importe quel autre. De la même façon qu’on choisit librement sa lessive ou son jean, il faut pouvoir choisir librement ses “racines”, son “genre”, son prénom et sa filiation, changer sa langue comme on composerait une pizza chez Pizza Hut. 

Mais après tout, si cela les amuse de penser qu’ils sont « non binaires », qu’ils peuvent transmettre des racines qui ne sont pas les leurs, de parler un volapük qu’ils imaginent être de l’anglais, pourquoi s’en préoccuper ? Cela pourrait apparaître comme des gentilles petites lubies qui ne font de mal à personne. Et bien, ce n’est pas le cas. Parce que ces développements ont un point commun, ils prétendent nier le réel. Et ils nous conduisent tout droit à une forme de psychose. Une société dont les élites, c’est-à-dire ceux qui en sont le moteur intellectuel, perdent contact avec la réalité va vers de sérieuses difficultés.

On peut prétendre ne pas se reconnaître dans la description « binaire », mais la réalité est que l’homme est un mammifère à reproduction sexuée. Il y a des individus de notre espèce qui possèdent un pénis, et des individus qui possèdent un utérus. On peut refuser d’appeler les premiers « hommes » et les seconds « femmes », prétendre que chacun a le droit de se dire homme, femme ou refuser de choisir, le fait n’en demeure pas moins. Et notre appartenance à l’un ou l’autre de ces groupes est décidée bien avant notre naissance, et nous n’avons pas voix au chapitre. Et de la même manière, nous héritons une langue – et les processus mentaux qu’elle structure – qui existe depuis bien avant notre conception, et à travers laquelle nous accédons à un patrimoine local, national, universel qui existait bien avant nous – et continuera à exister quand nous ne serons plus.

Que des gens refusent de reconnaître la réalité, ce n’est pas nouveau. Il y a toujours eu des hommes persuadés d’être femmes, des êtres humains persuadés d’être des chiens, des Blancs persuadés d’être noirs, des humbles paysans persuadés d’être Napoléon. Mais en général, ces personnes étaient regardées avec la commisération qu’on réserve aux malades. Ce qui est nouveau, c’est que l’idéologie dominante admet ces comportements, quand elle ne les encourage pas, et cela à tous âges. Or, dans la construction de la personnalité la capacité de l’environnement à indiquer des limites, à faire la distinction entre fantasme et réalité, est essentielle. En faisant croire aux gens que tous leurs désirs non seulement peuvent devenir réalité, mais que c’est là un droit que la société doit garantir (5), on forme des psychotiques.

Mais des psychotiques qui consomment. Et dans notre société de marché, n’est-ce pas là l’essentiel ?

Descartes

(1) Les exemples sont légion. Ainsi, par exemple, les superettes de Carrefour se voient rebaptisées « Carrefour city », le service SNCF adressé aux familles est appelé « SNCF Family ». La palme revient peut être à une étrange affiche placardée par la RATP dans le cadre de l’opération « on aime, on partage » pour faire la publicité d’une rencontre destinée à promouvoir les « industries créatives françaises » (sic !). Voici le texte complet de l’affiche : « WE ARE THE FRENCH TOUCH/Talk-Masterclass-Live/Mode, musique, cinema, jeux vidéo, édition, art et patrimoine, 2 jours pour construire le futur des Industries Créatives françaises. A suivre sur/wearethefrenchtouch.com ». Si les « industries créatives françaises » (une formule mal traduite de l’anglais) ne sont même pas capables de trouver des mots français pour « talk », « masterclass » et « live », elles ne doivent pas être si « créatives » que ça.

(2) Circulaire DGESCO du 29 septembre 2021 portant lignes directrices « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire ». Je conseille la lecture de cet étrange document qu’on peut trouver ici : https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo36/MENE2128373C.htm

(3) “In those days spirits were brave, the stakes were high, men were real men, women were real women and small furry creatures from Alpha Centauri were real small furry creatures from Alpha Centauri.” (Douglas Adams, The Hitchickers Guide to the Galaxy)

(4) Vous noterez qu’en général les pronoms ne sont genrés que pour la troisième personne. La raison est simple : la première et la deuxième personne sont présentes dans l’échange, et il n’y a donc pas d’ambiguïté sur leur genre. Il n’y a que la troisième personne, censée être absente, pour laquelle cette précision est nécessaire.

(5) Incidemment, on ne peut que s’étonner, dans une société où l’on conteste sans cesse la légitimité des institutions, de constater combien les demandes de reconnaissance institutionnelle se multiplient. L’exigence de voir changé le sexe sur la carte d’identité est de ce point de vue caricaturale. Un peu comme si mon identité dépendait non de ce que je suis, mais du fait que cela soit reconnu par l’institution étatique. Et on pourrait aligner les exemples : le « mariage pour tous », ou l’on nous explique « qu’il ne faut pas interdire aux homosexuels de s’aimer », comme si l’amour avait besoin d’une reconnaissance de l’Etat pour exister, en est un autre.

La France Psychotique (par Descartes)
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22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 06:07

Sur le site du Grand Soir, Ian Wright analyse la pensée de Marx sur le capital comme « dieu réel » : « Nous sommes soumis aux caprices du cycle économique et aux crises périodiques d’accumulation. Les récessions mettent régulièrement un grand nombre de personnes au chômage, sans qu’elles y soient pour rien. Soudain, les factures ne peuvent plus être payées. Des familles sont jetées à la rue, comme cela s’est produit aux États-Unis lors de la crise hypothécaire de 2008, et comme cela se produit à nouveau aujourd’hui.

 

Pourquoi ? Parce que les capitaux individuels sont presque aveugles. Ils ne voient que les rendements différentiels de leurs portefeuilles. Et les rendements peuvent être bons même si le chômage est élevé, ou si la misère humaine se répand dans les rues. Le capital ne s’en soucie pas.

 

Autre exemple : le capital traite de la valeur abstraite, et les choses qui ne sont pas possédées, qui ne sont pas achetées et vendues, n’ont donc aucune valeur pour lui. Ainsi, la richesse matérielle de la nature – la terre, les océans et l’atmosphère – est pillée sans relâche, sans se soucier des conséquences.

 

Le capital nous détruit, ainsi que l’environnement. La production sans fin et la recherche du profit ne peuvent s’arrêter, car chaque capital individuel doit se battre pour survivre. »

 

 

 

Dans L’Obs, Le gynécologue Philippe Faucher et l’avocate Sandra Vizzavona fustigent l’opposition du banquier éborgneur d’allonger le délai de l’IVG.

 

Sans nier que « l’IVG peut être une grande douleur pour certaines femmes », ils rappellent que « l’état des connaissances scientifiques sur la santé mentale des femmes après un avortement révèle qu’il n’existe pas de syndrome post-traumatique, contrairement à ce que tentent de répandre les mouvements anti-IVG, et nombreuses sont celles qui clament haut et fort qu’elles n’ont aucunement été perturbées par un avortement ».

 

« L’état des connaissances scientifiques sur la santé des femmes démontre que les avortements pratiqués entre 12 et 14 semaines de grossesse n’ont pas un retentissement différent de ceux intervenus avant ce terme », ajoutent-ils.

 

 

 

Selon Géo : Une explosion cosmique aurait détruit Tall el-Hammam, une ville de l'âge de bronze située dans la vallée du Jourdain.

 

Ce n'est pas la première fois qu'une telle hypothèse est évoquée, mais une étude publiée dans la revue Nature le 20 septembre semble la confirmer. La ville de Tall el-Hammam, site archéologique de la vallée du Jourdain au nord de la mer Morte, aurait été détruite par une gigantesque explosion cosmique.

 

"L'explosion était plus importante que celle de 1908 au-dessus de Tunguska, en Russie, où un bolide d'environ 50 mètres de large a explosé avec une énergie environ 1000 fois supérieure à celle de la bombe atomique d'Hiroshima.", explique les chercheurs. Cette déflagration aurait été si forte qu'elle aurait suffi à raser la ville. La répartition des ossements indique par ailleurs "une désarticulation extrême et une fragmentation du squelette chez les humains à proximité", précise l'étude. Un autre élément significatif de la violence de l’explosion.

 

 

Tall el-Hammam était-elle la ville biblique de Sodome ?

 

Le mystère reste entier, mais la question demeure posée. Selon le chapitre 19 du livre de la Genèse, les villes de Sodome et Gomorrhe auraient été détruites par "le soufre et le feu" en raison de leurs péchés. Une punition divine que certains ont rapproché de la destruction de la ville de Tall el-Hammam. "La description d'un témoin oculaire de cet événement catastrophique vieux de 3600 ans a pu être transmise sous la forme d'une tradition orale qui a fini par devenir le récit biblique écrit de la destruction de Sodome", précisent d'ailleurs les auteurs de l’étude.

 

 

On le redoutait : pour la première fois, la police a tiré à balles réelles, à Rotterdam, contre des manifestants hostiles aux vaccins.

Revue de Presse 381
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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 06:02

Joseph Serlin est né le 11 octobre 1868 dans le petit village de Crachier en Isère.

 

Il entre sur concours à la mairie de Lyon, gravit tous les échelons et devient secrétaire général en 1909. Pendant la Première Guerre mondiale, il s’occupe du ravitaillement de la population lyonnaise.

 

En 1932, il entre en politique et devient sénateur de l’Isère sous les couleurs de la gauche démocratique.

 

Après avoir fortement hésité, il vote les pleins pouvoirs à Pétain lors lors du congrès de Vichy en juillet 1940. Il n’est pas le seul élu de gauche à faire ce choix.

 

Il rejoint la Résistance en fournissant des centaines de cartes d’alimentation aux jeunes requis par le STO. Le 7 janvier 1944, son corps, criblé de balles dans la nuque, est retrouvé près de Dommartin. Sur son vêtement est épinglée une feuille portant l’inscription « MNAT », pour « Mouvement national antiterroriste », un groupe de miliciens, officine de la gestapo lyonnaise, fondé par Francis André, dit Gueule tordue, collaborateur et membre du Parti populaire français. Lors de son procès en 1946, André reconnaîtra 120 assassinats.

 

En novembre 1943, le MNAT avait publié le tract suivant : 

 

« Les attentats se multiplient. On assassine dans les villes, on pille les campagnes, on essaie de nous affamer en brûlant les récoltes. Nous disons ASSEZ !

 

Puisque les pouvoirs publics, le gouvernement se montrent impuissants, un groupement ni inféodé à l’Allemagne, ni vendu au capitalisme juif anglo-américain, un groupement de Français qui veulent voir se relever la France, répondra aux coups par des coups.

 

Pour chaque national assassiné un DIRIGEANT TERRORISTE sera exécuté.
Déjà le docteur Long, maçonnisant, dirigeant occulte de mouvements terroristes, a payé de sa vie celle de l’un des nôtres.

 

La censure vichyssoise qui dissimule la vérité aux Français a caché cette exécution comme elle cache la plupart des crimes et des vols commis par de soi-disant patriotes, en réalité bandits de grand chemin.

 

NOUS AVERTIRONS NOUS-MÊMES L’OPINION PUBLIQUE !

 

Nous ne voulons pas diriger nos représailles contre des ouvriers abusés par la propagande marxiste et qu’un mouvement incapable et antisocial affame.

 

NOUS FRAPPERONS LES CHEFS.

 

Juifs millionnaires, bourgeois francs-maçons, qui subventionnez et armez la main des assassins, vous paierez de votre vie.

 

La France entière enfin délivrée de ce cauchemar terroriste pourra respirer librement et les Français se rangeront derrière l’organisation qui sauvera notre pays… »

 

La Collaboration dans toute son horreur et sa médiocrité.

 

André fut fusillé, après procès, le 9 mars 1946 au fort de la Duchère à Lyon.

 

Joseph Serlin fut enterré  dans son village de Crachier. Sa dépouille fut suivie par une foule importante et recueillie. Édouard Herriot inaugura cette statue à Lyon près de la Préfecture.

 

Il fallait que la Collaboration fût paniquée pour fusiller un homme de 76 ans – un vieillard pour l’époque – qui n’avait pas de sang sur les mains.

Un résistant et un collabo
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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 06:02

Mon ami Patrick, linguiste de profession, est décidément doué d'une ouïe particulièrement fine. Il débusque dans ce qui suit les travers de notre langue malmenée par les médias dans leur ensemble. En particulier, à l'occasion de la crise du COVID. Il nous rappelle ce théorème d'Orwell selon lequel lorsqu'on écrit mal c'est parce qu'on pense mal. Et vice-versa.

 

Chers.§/èr.e!s ami.e.?s! dispersé.\\e.??s dans les territoires,

 

Alors que le coronavirus est en situation de montée en charge de remontada, l'angoisse dont auquel je suis sujet m'incite personnellement à vous écrire.

 Si je m'adresse à vous donc en fait voilà, c'est parce que je sais que, bien que vous êtes restreints dans vos mobilités à travers les territoires, ma jauge d'amis n'a pas été impactée par la covid, et que chacun d'entre vous coche toutes les cases et est considéré par moi comme l'appartement témoin de nos relations.

 Loin de moi l'idée de vouloir vous faire sortir de votre zone de confort, mais vous savez que je suis l'un des sentinels pour la défense de la langue française.

 Je vous adresse donc dans cette Newsletter by moi-même® quelques éléments du langage français postmoderne (ou, si vous préférez, du français anthropocène), qui vous permettront d'être en capacité de pouvoir maîtriser cette langue.

 Pardonnez cette note personnelle, mais je tiens à vous signaler que je suis en situation de bonne santé et que Fabienne est passée en situation d'enseignement en présentiel et ne subit donc plus les affres de l'enseignement en mode dégradé.

 Espérant que vous êtes en capacité de pouvoir avoir quelques minutes à me consacrer, voici donc un panel de mon recensement d'expressions entendues à la radio, qui donnent une large place aux redondances et pléonasmes et qui, je l'espère, ne vous donneront pas trop le tournis.

 

Cette vague de poussée de racisme

Ce n’est pas simplement une simple injonction

C'est illégal au niveau de la loi

Il est complètement inimaginable d'imaginer que le Tour de France ait lieu

Il est inaudible d'entendre ça pour les policiers

Il va être nécessaire de devoir séparer…

Des milliers de manifestants se sont agenouillés genoux à terre

Je continue à faire du télétravail à distance

ils s'autocensurent d'eux-mêmes

c'est sain d'avoir cette introspection personnelle

Il peut y avoir un milieu entre les deux

le processus n'est pas fini et il ne le sera pas tant qu'il ne sera pas terminé

beaucoup d'invectives verbales

la déforestation des forêts

ils s'enthousiasmaient les uns les autres

ce sont des planètes sur lesquelles on peut marcher dessus … elles peuvent coexister ensemble

vous avez tout un tas de jeux ludiques

chaque branche est presque indépendante les unes des autres

ce besoin d'envie de jouer

toutes ces précautions ne sont pas réalisables dans la réalité

quand ça a commencé à interroger le questionnement sur…

les cas sont en décroissance, c'est-à-dire diminuent

les Français s'autopositionnent sur l'échelle gauche-droite

l'évaluation du couvre-feu sera réévaluée

On va essayer de tenter le banco

on peut se rencontrer les uns les autres

on doit rétropédaler en arrière

ils sont interconnectés entre eux

une série de sketches mis bout à bout les uns après les autres

Ce joueur s’est auto-exclu de lui-même (et à l’insu de son plein gré !).

Ils s’entretuent les uns les autres.

On s’entraide entre nous.

Je m’autocontrains.

Ça nous oblige à être autocentré sur soi-même.

On est solidaires les uns avec les autres.

On concourt les uns les autres à s’enrichir mutuellement.

Les gens doivent se téléphoner les uns les autres.

Le covoiturage les uns avec les autres.

Les journalistes qui font des enquêtes d’investigation.

…avoir la volonté de vouloir réformer…

Les œufs qu’on consomme tous les jours quotidiennement.

Elle s’est autorisée elle-même à devenir…

Il faut assembler les deux éléments ensemble.

Les institutions coopèrent pour travailler ensemble.

Attendre que la dénucléarisation soit effectivement effective.

Il n’y a pas de preuve probante.

L’environnement qui nous entoure.

Dans ce livre je fais un constat factuel.

Il faut voir le xxx de visu.

La logorrhée verbale.

Un bonus supplémentaire.

Il y a en plus quelque chose de supplémentaire. (cela me rappelle que la liste des prestations de mon ancien coiffeur portait cette mention finale : Supplément en sus : 5 francs).

Le bio a des vertus qui sont bonnes (doit- on en conclure que le non-bio a des défauts qui sont mauvais !!).

Des archives inédites et qui n’ont jamais été publiées.

Les engagements auxquels il s’est engagé.

…remonter à contre-courant le cours de l’Amazone.

Il n’y a pas de logements disponibles proches à proximité de l’entreprise.

Il a été élu pour un quinquennat de cinq ans.

Cette hypothèse est hypothétique.

on a des vieilles personnes âgées…

Nous devons être traités sur un même pied d’égalité.

On me demande si je veux vaire du one-man show tout seul.

 

Le sujet de la question du cannabis

Le sujet, c'est la question de l'hébergement

ça questionne la question de la dépendance

Le problème de la question du …

Il y a le problème de la question du terrorisme.

 

C'était pour permettre à ses fils de pouvoir étudier

Ça va permettre de pouvoir aider…

Si les constructeurs ne sont pas en capacité de pouvoir …

Je suis dans l’incapacité de pouvoir 

J’ai la capacité de pouvoir …

Nous avons les moyens de pouvoir réussir

La possibilité pour les voyageurs de pouvoir changer de destination

Ce système va permettre d'être en capacité d'interroger les gens

Il est apte à pouvoir jouer.

Ils peuvent faire ces manœuvres parce qu’ils sont en capacité de le faire.

 

Covid, journalistes neuneux et langue française

Quelques problèmes temporels :

ça peut devenir un instantané à un moment donné

Un projet qui concerne l'avenir

Il n'avait pas été prévenu au préalable de ce classement

Cette situation ne va pas s'éterniser dans le temps

Faudrait pas que ça dure dans le temps

Si ça dure dans le temps, il va falloir…

Ce sont des effets qui sont durables dans le temps.

… des phénomènes qui vont durer dans le temps.

Les xxx perdurent dans le temps.

l'heure de pointe, on va l'avancer plus tôt

Ces enfants sont l’avenir de demain (et pourquoi pas l’avenir du futur ?).

Cette joueuse, c’est l’avenir de demain.

Si ça devait se répéter ou devenir quelque chose de récurrent…

 

Et pour finir, quelque problèmes médicaux cruciaux :

les spermatozoïdes mâles et femelles

Les médicaments indispensables en thérapeutique

il y a des patients qui se décommandent d'eux-mêmes

les asymptômatiques contagieux mais sans symptômes

quelles sont les conséquences du coronavirus sur la grossesse des femmes enceintes

des anticorps qui sont fabriqués par des techniques qui permettent d'obtenir ces anticorps

il n'y a pas que les femmes qui ont leurs règles

les gens se confinent les uns les autres

à propos de la menstruation : chacun et chacune doit trouver la solution qui lui convient (vive l’inclusivité !! Mais rassurez-vous pas de problématique de mon côté !).

 

PS : après avoir lu le propos de Patrick, Juan Carlos, autre linguiste, m'a fait parvenir ce qui suit sur deux faits de langue horripilants :

 

 

1) "sujet". Ah, ça, c'est caractéristique des politiques et des journalistes ("y'a un sujet de X, y'a un sujet de Y", ou bien "ça, c'est un sujet". J'ai même entendu un haut responsable, il y a quelques mois, sortir "moi, j'ai pas de sujet avec ça"... D'ailleurs, c'est assez marrant, je crois vraiment qu'il s'agit, dans ces cas-là, de rechercher un équivalent, rigoureusement dans les mêmes contextes, à l'anglais issue.
 
2) "problématique". Plus caractéristique des moins diplômés qui ont l'impression que ça fait plus intelligent ; j'ai un jour entendu mon plombier qui avait une "problématique de tuyaux" (rigoureusement sic !) et un marchand de meubles me dire "si vous voulez une autre couleur, ça n'est pas une problématique" (re-sic).
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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 05:59

 

 

Eleanor Roosevelt exista avant, pendant et après son mari. Elle était issue, comme lui de la bonne bourgeoisie étasunienne et s’appelait, comme lui, Roosevelt, car elle était, comme lui, parente de Theodore Roosevelt.

 

Sa mère mourut à 28 ans et son père, qu’elle adorait, à 32 ans, alcoolique et drogué. Elle se trouvait laide et indésirable (on la surnommait « le vilain petit canard »), d’autant que ses parents auraient préféré un fils. Jeune, elle ne fut heureuse que dans une pension sélecte d’Angleterre, sous l’autorité d’une directrice française, Marie-Claire Souvestre, homosexuelle notoire.

 

Elle épousa Franklin Delano, qui la trompa rapidement et hardiment. Elle s’éloigna de lui et découvrit l’amitié – et plus si affinités – des femmes.

 

C’est en 1919 que sa vie s’effondre : elle découvre en effet la passion qui lie son mari à Lucy Mercer, qu’elle avait recrutée comme secrétaire et qui sera le grand amour de Franklin qu’elle accompagnera jusque dans ses derniers instants. Eleanor pensait avoir bien mérité après avoir donné six enfants à son mari. Elle demande le divorce que son mari et sa belle-mère refusent. Les deux époux deviennent alors des partenaires de travail.

 

Avant de devenir Première dame des États-Unis, elle visite des maisons insalubres, des ateliers clandestins. Elle milite pour le suffrage des femmes. En 1921, elle décide d’aider son mari atteint de poliomyélite (ou peut-être du syndrome de Guillain-Barré). En 1922, passionnée par le droit du travail, elle rejoint la Ligue des syndicats féminins. Elle se prononce en faveur d’un salaire minimum féminin.

 

En 1933, elle œuvre pour le rétablissement des relations diplomatiques avec l’Union soviétique. En 1934, elle lance une émission de radio où elle aborde notamment l’éducation des enfants. Elle sillonne le pays, toujours dans l’optique d’aider les plus pauvres. Elle abandonne les cachets de ses conférences à des familles frappées par le chômage. Son influence dans le volet social du New Deal est déterminante. Elle crée, au sein de l’administration un « cabinet noir », avec des conseillers exclusivement afro-américains.

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est favorable à l’entrée en guerre de son pays. Elle rend visite aux troupe sur le front. Elle soutient la création d’une escadrille de chasse composée de pilotes noires et une autre de pilotes femmes.

 

Après la mort de son époux, elle accepte de rejoindre la délégation des EU à l’ONU, un poste qu’elle occupera jusqu’en 1952. Elle y préside la Commission des droits de l’Homme. Elle inspire la Déclaration universelle des droits de l’Homme en compagnie de René Cassin.

 

À sa mort en 1962, le New York Times considère qu'elle était devenue, à la fin de sa vie, « l'une des femmes les plus estimées du monde ».

Femmes au pouvoir (13)
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15 novembre 2021 1 15 /11 /novembre /2021 05:14

 

 

Le site RT estime qu’en Italie les gauches finissent toutes par converger vers le centre : « La gauche italienne est passée par diverses phases depuis l'après-guerre jusqu’à la consécration de Matteo Renzi en 2014. D’abord acquise au socialisme, voire au marxisme, elle est aujourd'hui définitivement acquise à l'économie de marché et à l'UE. Du Parti communiste italien (PCI) au Parti Démocrate (PD) d’Enrico Letta, il semble y avoir un abîme infranchissable. Pourtant, le PD est bien l’un des aboutissements du précédent, mais aussi du Parti socialiste italien (PSI). Comme à droite du paysage politique de la péninsule, la gauche a elle aussi connue d'importants changements en quelques décennies, notamment au début des années 1990 avec l’opération mains propres qui a vu disparaître de nombreuses formations embourbées dans des affaires de corruption. Parmi elles, le PCI et le PSI, mais surtout la puissante Démocratie Chrétienne (DC, centre-gauche) qui a gouverné l’Italie sans discontinuité depuis l’après-guerre. Ce bouleversement a été perçu comme le passage à une véritable «seconde république» en Italie.

 

Cet épisode important de la vie politique italienne incita les formations de gauche héritières du PCI, du PSI, mais aussi de la DC à s’allier au sein de la coalition de L’Olivier lors des élections générales anticipées du 21 avril 1996. C’est aussi la conversion achevée des principaux partis de gauche au social-libéralisme ou la social-démocratie et à l’économie de marché, ou plutôt l’hégémonie post-mortem mais définitive de l’ADN politique de la Démocratie Chrétienne sur la gauche italienne. Cette coalition perdurera jusqu’au milieu des années 2000, avant que ne surgisse enfin en 2007 le Parti Démocrate italien tel qu’on le connaît aujourd’hui, et qui conservera d'ailleurs la branche d'olivier dans son logotype. »

 

 

 

 

Alex Lantier, dans le World Socialist Website, estime que le banquier éborgneur appelle à des « politiques d’austérité et d’infection massive en France » : « alors que la pandémie de COVID-19 déferlait à travers l’Europe, le président français Emmanuel Macron a prononcé un discours aux heures de grande écoute qui incarnait l’arrogance meurtrière du «président des riches». Alors que plus de 3000 personnes meurent quotidiennement de COVID-19 en Europe et que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met en garde contre 500.000 décès dus à la COVID-19 avant février, il a proposé de nouvelles attaques contre les retraites et l’assurance-chômage tout en exigeant que les Français «vivent avec le virus ». Si le nombre de décès dus à la COVID-19 s’élève désormais à plus de 1,3 million en Europe et 118.000 en France, c’est parce que le gouvernement Macron et d’autres gouvernements de l’UE refusent de mettre en œuvre la recherche des contacts pour arrêter la recrudescence des cas et excluent à nouveau d’imposer un confinement strict. Depuis lors, ils se concentrent exclusivement sur le maintien des écoles et des lieux de travail ouverts, afin d’assurer un flux continu de profits aux super-riches. Quels que soient les «confinements» mis en œuvre, ceux-ci n’étaient pas strictement appliqués, mais impliquaient l’ouverture des lieux de travail non essentiels et le maintien des cours en présentiel à l’école afin que leurs parents puissent rester au travail. »

L’auteur ajoute que pour les super-riches, il n’y a pas de Covid : « Le propriétaire du conglomérat de luxe LVMH, Bernard Arnault, détient 157 milliards d’euros, en hausse de 57 pour cent par rapport à 2020; la famille Hermès, 81,5 milliards d’euros, en hausse de 47 pour cent; l’héritière de L’Oréal Françoise Bettencourt-Meyers, 71,4 milliards d’euros, en hausse de 40 pour cent ; le clan Wertheimer de Chanel, 67 milliards d’euros, en hausse de 26 pour cent; François Pinault du conglomérat de luxe Kering, 41,5 milliards d’euros, en hausse de 30 pour cent. Dans le même temps, l’économie française s’est contractée de 8 pour cent en raison de la pandémie. »

 

Revue de Presse 380
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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 06:03

Contrairement au Larousse, le Robert a toujours été très à l'écoute des changements dans la langue. Et il a toujours été beaucoup plus réactif. Mais dans le cas de l'écriture inclusive, il fait preuve de la pire des démagogies. On n'espère qu'il ne s'arrêtera pas à “ iel ”, qu'il ne laissera pas au bord du chemin les démonstratifs, les possessifs, le cas de “ on ” (on est bien), il (“ il pleut ”). Il lui faudra aussi déconseiller l'horrible féminin de “ la queue ” dans le sens de la verge et le non mois horrible “ con ” dans le sens du sexe féminin. Quitte à être ridicule, autant l'être avec cohérence.

 

Le pronom « iel » – toute personne absente des réseaux sociaux n’en aura probablement jamais entendu parler  –  fait son entrée dans le dictionnaire Le Robert. Une nouvelle victoire pour cette « écriture inclusive » qui ronge à petit feu la langue française.

 

Une nouvelle définition est apparue dans le dictionnaire : « iel ». Définition : « Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre ». C’est désormais acté : les divagations « inclusives » font leur entrée dans le dictionnaire. En l’occurrence, il s’agit du site du Robert, l’un des principaux dictionnaires en usage et véritable référence en matière de vocabulaire et d’évolution de la langue. Voilà donc que l’écriture inclusive est confortée dans son usage et que sa forme la plus délirante est inscrite noire sur blanc.

 

Cette nouvelle façon d’écrire ne cesse de progresser, à petits pas. Théoriquement marginale – d’après ses défenseurs –, elle est couramment utilisée par les administrations de certaines universités (Toulouse, Lille…), de certaines municipalité (PS et EELV essentiellement), par des partis politiques (EELV, LFI), des syndicats (CGT), mais aussi des médias (Libération ou Mediapart l’autorisent, notamment dans leurs tribunes). Le gouvernement l’a quant à lui banni en partie de sa communication depuis qu’Édouard Philippe a tranché la question en février 2019.

 

Pour autant, le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances (sic), dirigé en son temps par Marlène Schiappa, en avait abondement vanté les mérites. On trouve encore sur son site l’utilisation du point médian (par exemple : « tou·te·s ») sur d’anciens articles non corrigés, ainsi que la promotion d’outils controversés, comme par exemple la promotion du site écriture-inclusive.fr ou du Manuel d’écriture inclusive. Un ouvrage qui est promu par la direction de l’université de Toulouse III.

 

63 % des sondés désapprouvent l’écriture inclusive

 

Difficile de le nier : l’introduction du pronom « iel » dans le dictionnaire s’inscrit dans une démarche militante visant à faire évoluer lentement ce langage dont pourtant les Français ne veulent pas. Ils étaient 63% à en désapprouver le principe, dans un sondage IFOP/Express du 2 mars 2021. Une part importante (42%) n’en avait même pas entendu parler, preuve en est qu’il ne s’agit là que d’un gadget élitiste, militant et hors-sol. Au-delà de la féminisation des noms, sont désormais plébiscités l’accord de genre, la règle de proximité, l’utilisation systématique du masculin et du féminin. Mais surtout, d’autres règles (tout aussi irritantes) sont mises en avant comme l’utilisation du point médian, véritable vecteur de discriminations pour les mal voyants et dyslexiques – un paradoxe désolant qui prouve que ceux qui l’utilisent n’ont cure de la prétendue inclusion. Et enfin, la création de pronoms dits « inclusifs », censés refléter la vaste diversité des genres auxquels on peut désormais s’identifier.

 

Au fond, le Robert ne fait que participer à cette dynamique d’américanisation et d’asservissement des usages qui a désormais les faveurs de la gauche « woke » (Jadot – Mélenchon – Hidalgo – Poutou – Kazib) qui ne remportera sans doute pas la guerre politique. Mais elle pourra se consoler avec ce genre de victoires dérisoires qu’elle fera ensuite subir à l’ensemble des Français.

 

 

Source

Le Robert devient inclusif
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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 05:43

Un texte de Jérôme Delaplanche pour La Tribune de l'Art.

 

Nous publions ce texte de Jérôme Delaplanche, ancien responsable de l’histoire de l’art à la Villa Médicis dans la rubrique Débats, mais pour La Tribune de l'Art, il n’y a en réalité pas de débat. La “ cancel culture ”, ce mouvement venu des États-Unis et qui commence à s’implanter fortement en France jusque dans son système éducatif - Sciences-Po représente un exemple typique de cette dérive - n’a rien à faire dans le domaine du patrimoine, de l’histoire de l’art et des musées, pas davantage qu’il n’est légitime dans quelque autre discipline. Il va sans dire que La Tribune de l'Art s’y opposera toujours avec force comme nous l’avons déjà fait par exemple avec les destructions ou le déboulonnage des sculptures dans l’espace public.

 

Depuis quelques années, la critique « décoloniale » prend une ampleur grandissante au sein du discours académique, et la Villa Médicis en subit aujourd’hui les assauts. Les splendides tapisseries des Indes qui ornent le Grand Salon au cœur de la Villa sont en effet critiquées car elles seraient « marquées par l'imaginaire colonial » selon la presse qui s’est fait écho de la protestation de certains pensionnaires hébergés par la prestigieuse institution [1]. Ces derniers exigent en effet le décrochage de la tenture suivant en cela un type de revendication de plus en plus fréquent : réclamer que l’on supprime ce qui offense. Ni la nouvelle présidente du Conseil d’Administration de la Villa, Marie-Cécile Zinsou, ni la conseillère culture de la Présidence de la République, Rima Abdul-Malak, n’ont encore cédé, se conformant en cela à l’allocution d’Emmanuel Macron du 14 juin 2020 disant que « la République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n'oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statues. » En même temps, Emmanuel Macron déclarait également le 18 avril 2021 qu’il fallait « déconstruire notre histoire ».

Quand la Villa Médicis succombe au woke et à la cancel culture

Ce qu’on appelle études décoloniales (ou post-colonial studies) ne sont pas des recherches universitaires comme d’autres – qui étudieraient, comme on pourrait croire, le phénomène de la décolonisation. Il s’agit en réalité d’un militantisme politique dont l’objectif unique est une mise en accusation de l’Occident par une insistance obstinée sur son passé colonial et esclavagiste. La dimension morale et psychologique est centrale dans la définition. L’objectif de l’approche « décoloniale » n’est pas d’ordonner des faits dans une perspective historique mais de prononcer des jugements de valeur pour en définitive dire du mal de la civilisation occidentale et uniquement de celle-ci. Ce n’est pas une recherche de vérité mais un travail de sape. Cette idéologie progresse aujourd’hui avec une virulence spectaculaire dans l’organisme déjà bien fragilisé (on dit « déconstruit ») de la pensée occidentale [2].

Or, et c’est l’évidence même, l’esclavagisme, les conquêtes territoriales et la colonisation sont des phénomènes mondiaux et transhistoriques. L’Occident n’y a joué qu’une part ; l’Islam aux VIIe et VIIIe siècles (le fameux Jihad, la guerre sainte) ou les Mongols de Gengis Kahn au XIIIe siècle ont été bien plus actifs et bien plus ambitieux.

Les cités helléniques ont colonisé le bassin méditerranéen. Marseille est une colonie grecque.

L’Empire romain est le résultat de la colonisation de l’Europe. La Gaule a été colonisée par Rome pendant cinq siècles pour son plus grand bien, permettant ainsi le développement de son économie et l’essor d’une nouvelle civilisation. Pourtant, la conquête de la Gaule par Jules César a entraîné la mort d’un million de Gaulois et la réduction en esclavage de plus d’un million de personnes.

L’empereur du Mali au XIVe siècle, Mansa Moussa, est devenu un puissant empereur parce qu’il avait colonisé tous ses voisins lors de ses conquêtes en l’Afrique de l’Ouest : Gambie, Guinée, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Niger et Sénégal.

Les Arabes ont colonisé tout le Maghreb et l’Espagne. Ils sont restés sept cents ans en Espagne ce qui est bien plus que les 132 ans de la France en Algérie. Et ils sont toujours en place au Maghreb.

Le Québec est le résultat de la colonisation de l’Amérique du Nord par la France.

Les Balkans et autres pays de la région ont été colonisés cinq siècles par l’Empire colonial ottoman jusqu’en 1913. (Ce sont donc des Européens colonisés par un empire musulman).

En Asie, le Japon a colonisé la Corée de 1910 à 1945.

La colonisation est le mouvement naturel de l’histoire. Chacun fut colonisateur ou colonisé selon les périodes de l’Histoire, selon sa force.

Or, et c’est là tout l’enjeu, le progressisme a réussi à imposer dans les esprits occidentaux une mutation paradigmatique cruciale : la force n’est plus une valeur positive. Dès lors, les notions de conquête, d’aventure, de puissance ne sont plus comprises, elles ne sont plus moralement admises. La critique de la colonisation devient alors une volonté de réécrire l’histoire à l’aune de la morale d’aujourd’hui.

Mais le véritable coup de génie du progressisme est d’avoir réussi à faire que ce basculement intellectuel s’applique uniquement à l’histoire européenne. Les décoloniaux peuvent alors tenir à l’endroit des autres peuples un discours victimaire, s’attachant à décrire systématiquement la souffrance des peuples dominés par les Occidentaux. Cette souffrance a existé, personne ne le conteste, mais il y a une immense différence entre étudier les situations historiques, comme la souffrance des peuples dominés, et utiliser cette souffrance pour accuser la civilisation occidentale d’être ontologiquement criminelle. Les décoloniaux font comme si tous les peuples du monde n’avaient pas partagé cette aspiration à la domination et comme si beaucoup d’entre eux ne l’avaient pas un jour ou l’autre violemment exercée.

L’histoire est alors instrumentalisée pour devenir une arme morale : faire le partage entre le bien et le mal, entre les méchants et les gentils. Cette moraline est désormais parfaitement assumée par certains historiens progressistes. Ainsi, selon Sylvie Thénault, agrégée d’histoire et directrice de recherche au CNRS, s'exprimant à Sciences-Po : « Être historien, c’est donner de la signification au passé et en proposer une vision. Une fonction de l’historien est de distinguer le vrai du faux, mais aussi le légitime de l’illégitime, les coupables des non-coupables. » En étant moraliste, la lecture historique en devient extraordinairement caricaturale, biaisée et malhonnête.

Et ce caractère malhonnête, biaisé et caricatural ne se voit nulle part aussi bien qu’avec l’absurde polémique autour de la tenture des Indes à la Villa Médicis.

Ces tapisseries décriraient-elles la domination coloniale de l’Occident qu’elles ne seraient que la transcription artistique d’une manifestation de sa force. Et la force n’est pas une vertu honteuse. Rappelons par ailleurs que la valorisation patrimoniale d’une œuvre d’art n’est pas la valorisation de son sujet.

Quand la Villa Médicis succombe au woke et à la cancel culture

Mais le plus comique dans toute cette histoire, c’est que la tenture des Indes ne représente même pas cela (ill. 2, 3 et 4). Il ne s’agit en aucune façon d’une représentation de la domination coloniale européenne des peuples du monde par les armes et la violence.

Quelques mots de contexte historique [3]. Entre 1637 et 1644, le comte Jean Maurice de Nassau-Siegen entreprend une expédition dans une région du nord-est du Brésil, alors colonie hollandaise de l’État du Pernambouc. Une équipe scientifique l’accompagne dans son voyage et avec elle les peintres Albert Eckhout et Frans Post qui sont chargés de documenter visuellement les paysages, les plantes, les animaux et les populations de ces contrées largement méconnues des Européens. Ils reviennent en Hollande avec de nombreuses peintures à l’huile et esquisses. En 1679, Maurice de Nassau fait parvenir à Louis XIV huit tableaux commandés à ces mêmes artistes, ainsi qu’une trentaine d’autres peintures plus petites, qui représentaient « […] tout le Brésil en pourtrait, à scavoir la nation et les habitans du Pay, les animaux à quatre pieds, les oiseaux, les poissons, fruits et herbes, tout en grandeur de vif, aussi la situation et les habitans du dit Pay, villes et Fortresses, en perspective [4] ». Dans la lettre qui accompagne l’envoi, le prince exprime également son souhait de voir ces œuvres servir de modèles aux futures tapisseries de la Manufacture des Gobelins. Quelques années plus tard, le contrôleur des Bâtiments du Roi, M. de la Chapelle, propose de faire tisser une tenture de huit tapisseries représentant « les Indes ». On nommait alors « Indes de l’Ouest » ce qui correspond aujourd’hui à l’Amérique du Sud. La Manufacture est en manque de sujets neufs et Louis XIV donne son accord. On ressort les tableaux offerts par le prince de Nassau, et on charge quatre artistes, Jean-Baptiste Monnoyer, Belin de Fontenay, René-Antoine Houasse et François Bonnemer, de les « raccommoder », c’est-à-dire de les retoucher afin de leur apporter une dimension décorative supplémentaire. La tenture est réalisée en 1687 dans les ateliers de basse lisse aux Gobelins.

Quand la Villa Médicis succombe au woke et à la cancel culture

En 1726, à la demande du directeur de l’Académie de France à Rome, le Surintendant des Bâtiments du Roi envoya à Rome pour la décoration du palais Mancini, siège de l’Académie (antérieurement à son installation à la Villa Médicis au début du XIXe siècle), plusieurs suites de tapisseries des Gobelins dont cette tenture des Indes. La version envoyée fut tissée, en laine et soie, entre 1723 et 1726.

La tenture des Indes connaissait depuis son premier tissage un immense succès. La société cultivée se passionnait alors pour les voyages lointains. Plus qu’un « portrait » du Brésil, la tenture des Indes offre une image de l’exotisme au sens large, mélangeant avec la faune et la flore de l’Amérique du Sud des éléments africains (éléphant), voire imaginaires.

La remise en cause de cette tenture sous l’angle du décolonialisme eut lieu une première fois lors d’une conférence qui se tint à la Villa Médicis le jeudi 15 mars 2018 à l’époque où j’y dirigeais le département d’histoire de l’art. J’avais pu suivre avec la plus grande attention l’intervention de Cécile Fromont, historienne de l’art spécialiste des productions culturelles de l’Afrique et de l’Amérique latine pour la période moderne (1500-1800). Cécile Fromont fait partie des chercheurs qui procèdent à une « relecture » de l’époque coloniale. On pouvait s’attendre lors de cette prise de parole à une critique sans concession de l’iconographie de la tenture grâce à une expertise historique approfondie et une analyse implacable des enjeux culturels et politiques. Or, l’historienne ne put que souligner l’intérêt de ces œuvres comme témoignage de l’histoire diplomatique du royaume chrétien du Congo au XVIIe siècle. Les personnages noirs que l’on voit dans ces compositions tissées sont les ambassadeurs africains et leurs serviteurs présents au Brésil en 1640.

Quand la Villa Médicis succombe au woke et à la cancel culture

Cette première attaque ayant échoué, les adeptes de l’idéologie décoloniale entreprirent d’organiser le 30 septembre 2021 une journée entière de conférences pour s’en prendre une nouvelle fois à ces vénérables tapisseries. Il s’agissait alors de « ré-envisager les "objets patrimoniaux" à l’aune de perspectives méthodologiques et épistémiques nouvelles ». (On notera les guillemets soupçonneux autour d’« objets patrimoniaux »). Le texte d’annonce de cette journée est saturé de cette idéologie post-coloniale qui semble n’avoir pour seul objectif que la condamnation de la méchante Europe. Les historiens se font moralistes et c’est une morale de la déconstruction.

La tenture est évidemment une représentation exotique et fantasmée des pays lointains. L’étrangeté de la végétation, des animaux, des individus est mise en valeur par l’artiste, témoignant de la curiosité des Européens pour l’autre et l’ailleurs. Nul racisme, nulle caricature : c’est une description émerveillée de la beauté d’un monde inconnu. Or, aux yeux de nos nouveaux moralistes, rien ne peut être positif dans cette curiosité. Le texte d’annonce de la journée d’étude affirme ainsi que « l’exubérance des éléments déployés n’est pas sans soulever plusieurs questionnements du point de vue des débats actuels autour des questions du racisme, de l’esclavage et du passé colonial des nations. » Tout est bon pour évoquer « l’exploitation coloniale qui se sert du labeur des esclaves africains » quand bien même précisément cette tapisserie montrerait l’inverse : une mission diplomatique africaine au Brésil, magnifique témoignage de la participation du continent noir aux prémices de la globalisation du monde.

Une fois de plus, le courant progressiste met en œuvre une politique de la censure fondée sur une lecture moralisatrice, culpabilisatrice et de surcroît ici parfaitement biaisée. Cette critique puritaine qui veut expurger ce qui ne lui convient pas est désignée sous le nom américain de « cancel culture », une culture de l’annulation qui est surtout une annulation de la culture. Dans le mouvement créé par ce courant de la pureté, des films sont censurés, des livres sont condamnés, des dictionnaires sont modifiés, des personnes qualifiées perdent leur emploi. Les excès délirants de cette lame de fond ont conduit à la destruction de statues de grands hommes à travers le monde anglo-saxon. Quand elles ne sont pas détruites, ces œuvres sont dégradées. Les pouvoirs publics, pleutres et soumis, décrètent alors que ces sculptures sont « problématiques » et les retirent. En France, la statue du général Joseph Gallieni est vandalisée, celle du grand Colbert est également souillée. Cette pulsion nihiliste fait immanquablement songer à la révolution culturelle chinoise et à la lutte contre « les quatre vieilleries », entraînant la destruction des œuvres d’art et des témoignages du passé non conformes à l’idéologie autorisée.

Mais le plus frappant reste la soumission des institutions et des intellectuels aux caprices émotionnels d’une petite minorité d’individus endoctrinés travaillant avec acharnement à une grande épuration de l’Histoire sur l’autel de la probité morale. Guidés par une volonté d’interdire ce qui n’est pas conforme à l’idéologie politiquement correct, ces derniers veulent chasser de l’espace public tout ce qui peut « offenser ». Nous sommes tombés au niveau des talibans qui ne supportent pas ce qui est contraire à leur vision du monde.

Pierre Jourde, écrivain, professeur d’université et critique littéraire, publia en 2019 dans L’Obs une tribune éloquente à cet égard : « Notre époque a la passion de la censure, et désormais cette censure n’est plus la vieille censure réactionnaire de droite, elle est presque exclusivement pratiquée par des gens qui se réclament de la gauche et du progrès, et exercent un véritable terrorisme intellectuel. C’est un retournement historique, qu’on étudiera lorsqu’on fera l’histoire des mentalités et des idées au XXIe siècle. Au nom du progrès, de la gauche, du Bien, on persécute et on empêche de parler ou de travailler des écrivains, des artistes, des journalistes, des intellectuels. »


Charlie Hebdo a pris acte lui aussi aujourd’hui de ce grand retournement. Il concède désormais que la censure a changé de camp. Dans son éditorial du 7 janvier 2020, « Les nouveaux visages de la censure », le chef de la rédaction expliquait qu’il y a « trente ou quarante ans », le politiquement correct « consistait à combattre le racisme ». Mais tout a changé. « La gauche anglo-saxonne a inventé le politiquement correct pour faire oublier son renoncement à lutter contre les injustices sociales. La lutte des classes, trop marxiste à ses yeux, a été remplacée par la lutte des genres, des races, des minorités, des sous-minorités et des micro-minorités. »

La remise en cause aujourd’hui de la tenture des Indes conservée à la Villa Médicis est symptomatique d’un vaste mouvement. Les auteurs de l’attaque le disent d’ailleurs eux-mêmes. Cette affaire est révélatrice d’un bouleversement intellectuel majeur qui dépasse très largement la seule question patrimoniale. La critique décoloniale promeut une vision culpabilisatrice et mortifère de l’histoire européenne qui se nourrit d’une puissante haine de soi [5]. Et désormais, l’Occident se déteste tant lui-même qu’il cherche avec fureur son propre anéantissement.

 Jérôme Delaplanche

Notes

[2Pierre-André Taguieff, L’imposture décoloniale, Paris, 2020.

[3Madeleine Jarry, « L’Exotisme au temps de Louis XIV : Tapisseries des Gobelins et de Beauvais », Medizinhistorisches Journal, Bd. 11, H. 1/2 (1976), p. 52-71 ; Marie-Henriette Krotoff (dir.), La Tenture des anciennes et nouvelles Indes, Aix-en-Provence, musée des tapisseries, 1984 ; Gerlinde Klatte, Helga Prüßmann-Zemper et Katharina Schmidt-Loske, Exotismus und Globalisierung. Brasilien auf Wandteppichen : die Tenture des Indes, Deutscher Kunstverlag, 2016.

[4Cité par Madeleine Jarry, p. 54.

[5Pascal Brukner, Le Sanglot de l’homme blanc, Paris, 1983.

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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 06:10

Dans Le Monde Diplomatique de novembre 2021, Arnaud Bontemps, Prune Helfter-Noah et Arsène Ruhlman expliquent pourquoi l’État paye pour disparaître : « « Bienvenue chez VFS Global, le partenaire officiel des autorités françaises à Alger », proclame le site d’un prestataire chargé de trier les dossiers de visas pour la France. Depuis dix ans, Paris lui confie le traitement des demandes qui lui sont adressées dans certains pays du monde, comme l’Algérie. Mais l’externalisation des fonctions régaliennes touche tous les pans de l’action publique, au point que peu y échappent, de la médiation culturelle à l’aide sociale à l’enfance. La situation a pris un tour singulier depuis une dizaine d’années : les pouvoirs publics lancent désormais des appels d’offres dits « d’assistance à maîtrise d’ouvrage » pour sélectionner des prestataires à même de les aider à… sélectionner ou gérer des prestataires. »

 

Dans Le Grand Soir, John Pilger évoque les tortures mentales et physiques subies par son ami Julian Assange : « Lorsque j’ai vu Julian Assange pour la première fois à la prison de Belmarsh, en 2019, peu après qu’on l’a arraché de son refuge à l’ambassade d’Équateur, il m’a dit : "Je crois que je perds la tête."

 

Il était décharné et émacié, ses yeux étaient creux et la maigreur de ses bras était soulignée par un ruban jaune d’identification noué autour de son bras gauche, symbole évocateur du contrôle institutionnel.

 

À l’exception des deux heures de ma visite, il était confiné dans une cellule solitaire dans une aile appelée du nom orwellien "soins de santé ».

 

La torture insidieuse qu’il a subie à Belmarsh a eu des effets dévastateurs. Lisez les rapports de Nils Melzer, rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, et les avis cliniques de Michael Kopelman, professeur émérite de neuropsychiatrie au King’s College de Londres, et du Dr Quentin Deeley, et réservez un mépris pour le mercenaire des Etats-Unis au tribunal, James Lewis QC, qui a qualifié tout cela de "simulation".

 

J’ai été particulièrement ému par les paroles expertes du Dr Kate Humphrey, neuropsychologue clinique à l’Imperial College de Londres. Elle a déclaré à l’Old Bailey l’année dernière que l’intelligence de Julian était passée d’un niveau "supérieur, ou plus vraisemblablement très supérieur" à un niveau "nettement inférieur" à ce niveau optimal, au point qu’il avait du mal à absorber les informations et que ses "performances se situaient dans la fourchette basse à moyenne".

 

Lors d’une autre audience de ce drame honteux et kafkaïen, je l’ai vu lutter pour se souvenir de son nom lorsque le juge le lui a demandé.

 

Pendant la majeure partie de sa première année à Belmarsh, il était confiné. Privé d’exercice physique, il arpentait la longueur de sa petite cellule, d’avant en arrière, d’avant en arrière, pour "mon propre semi-marathon", m’a-t-il dit. Cela sentait le désespoir. Une lame de rasoir a été trouvée dans sa cellule. Il a écrit des "lettres d’adieu". Il a téléphoné aux Samaritains à plusieurs reprises.

 

Au début, on lui a refusé ses lunettes de lecture, oubliées lors de son enlèvement brutal à l’ambassade. Lorsque les lunettes sont enfin arrivées à la prison, elles ne lui ont pas été remises avant plusieurs jours. Son avocate, Gareth Peirce, a écrit lettre après lettre au directeur de la prison pour protester contre la rétention de documents juridiques, l’accès à la bibliothèque de la prison, l’utilisation d’un ordinateur portable basique pour préparer son dossier. La prison mettait des semaines, voire des mois, à répondre. (Le gouverneur, Rob Davis, a été décoré de l’Ordre de l’Empire britannique).

 

Les livres que lui a envoyés un ami, le journaliste Charles Glass, lui-même survivant d’une prise d’otages à Beyrouth, lui ont été retournés. Julian n’a pas pu appeler ses avocats américains.

 

Depuis le début, il est constamment sous médicaments. Une fois, quand je lui ai demandé ce qu’ils lui donnaient, il n’a pas pu le dire.

Revue de Presse 379
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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 06:08

Facebook est très réactif. Il lui a fallu un an et demi pour estimer qu'un de mes articles devait être censuré. Cet article n'avait pas grand-chose de politique (quand bien même), même si, avec Orwell, tout était, politique : un de ses amis disait qu'il était capable de se lancer dans une dénonciation des conditions de travail dans l'industrie textile après s'être mouché dans un mouchoir fabriqué en Angleterre.

 

J'ai contesté. Pour passer le temps et sans grande illusion. D'autant que Facebook m'avertit qu'à cause du Covid (ben voyons !), ils ne seront peut-être pas capables d'étudier ma protestation. On verra.

Facebook, Orwell et moi
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