Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 06:18

 

 

Michela Marzano. Extention du domaine de la manipulation. De l’entreprise à la vie privée. Paris : Fayard 2010.

 

 

Je n’ai découvert que tout récemment une chercheuse (pardon : une chercheure) italienne particulièrement stimulante, qui a choisi de résider et travailler en France (elle a intégré le CNRS en 2000) et, ce qui ne gâte rien, de publier en français.

 

 

Ce qui m’a, de prime abord, bien plu chez elle, c’est sa sidération lorsque, arrivant dans notre beau pays sous Chirac, elle entendit le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin (« l’âne du Poitou », comme on l’appelle affectueusement dans sa région) en appeler à la « positive attitude » comme devoir national. La pauvre Michela n’imaginait pas que la politique française était tombée aussi bas. Ce qui conforta naturellement sa thèse selon laquelle, la nature ayant horreur du vide, le pouvoir, les vrais débats importants, ne se situaient plus dans l’espace de la res publica mais dans celui de l’entreprise et de la finance. Pour le patronat, la société peut et doit, on le sait bien, faire l’économie du politique.

 

 

Née en 1970, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Pise, Michela Marzano est professeur de philosophie morale à l’université Paris Descartes. Engagée par ailleurs dans la gauche italienne, elle a été élue députée au parlement italien en février 2013 sous les couleurs du Parti démocrate (centre gauche, oui, bon, d'accord). Elle a quitté le groupe parlementaire de ce parti car il ne voulait pas faciliter l’adoption d’enfants par des couples homosexuels.

 

 

Elle s’est débord intéressée au statut du corps humain, puis à la place qu’occupe l’individu, en tant qu’être de chair, dans la société. Illustrant parfaitement ma théorie selon laquelle un chercheur n’a qu’un seul objet de recherche dans la vie, à savoir lui-même, jusques et y compris s’il travaille sur le théorème de Pythagore ou les anacoluthes, Marzano a longuement évoqué ses problèmes d’anorexie dans Légère comme un papillon. Très concernée par la fragilité de la condition humaine, elle a beaucoup réfléchi sur la violence de l’idéologie et des pratiques libérales et sur le mythe aliénant de la « confiance en soi » en mettant en regard la construction par le capitalisme d’une prétendue entreprise à visage humain et les raisons pour lesquelles on ne s’est jamais autant suicidé sur les lieux de travail.

 

 

J’évoquerai ici son ouvrage de 2010 : Extension du domaine de la manipulation.

 

 

« Que faire », demandait Lénine ? Le capitalisme pense avoir définitivement ringardiser cette question en proposant un « Qui être ? » qu’il estime beaucoup plus radical. L’entreprise se veut à la pointe de cette nouvelle métaphysique. Pensons à Carlos Gohn, le PDG de Renault-Nissan qui, dans un texte de 1999, le « Nissan Revival Plan », affirmait la nécessité de « redonner une âme à l’entreprise » en lui insufflant « de la flamme, de l’intensité, de la lumière ». Dans cette envolée angélique, qui a sûrement dû inspirer Royal (dans sa période tunique bleue) ou Macron, il n’évoquait pas les licenciements à venir ni son salaire annuel de 7 millions d’euros. La médiacratie relaya à l’envie ce beau discours tenu par un milliardaire au statut de fonctionnaire en béton armé qui, à la différence de Roland de Roncevaux, ne s’envisageait sûrement pas en preux sacrifié mais plutôt en « tueur de coûts » obsessionnel.

 

 

Dans la vulgate libérale, celui qui réussit sa vie réussit d’abord en tant qu’entrepreneur. C’est alors qu’il peut, naturellement, prendre les rênes d’un pays qu’il gèrera comme une entreprise. Marzano cite évidemment le cas de Berlusconi, précurseur de Trump. Il est malheureusement vrai que la majorité des peuples italien et étasunien ont pu croire que ces leaders, qu’ils avaient choisis démocratiquement (hum !), feraient des miracles.

 

 

Au XXIe siècle, explique l’autrice, le travail n’est plus un moyen de subsistance dont la valeur est « instrumentale » : il possède une valeur « intrinsèque ». Comme on vit désormais pour travailler, pour « être », le chômage, la précarité sont des échecs personnels. Les auto-entrepreneurs, mais en fait tous les travailleurs (on ne dit plus « travailleur » mais « collaborateur ») s’entreprennent eux-mêmes, sont les entrepreneurs de leur vie, dans un monde sans cesse en mouvement vers un avant toujours provisoire quoique définitif. J’ai été personnellement témoin de la prise de pouvoir dans l’université française de stakhanovistes complètement névrosés qui, courroies de transmission des politiques de droite comme de « gauche », ont imposé à l’enseignement supérieur une véritable schlague libérale où individus et institutions seraient en perpétuelle compétition avec comme seul objectif, nullement atteint, bien au contraire, de progresser dans le classement de Shanghai. Même le CNRS s’y est mis, qui organisa des séminaires pour « conduire et animer des réunions efficaces ». Apprendre aux chercheurs à être de bons chercheurs eût été superfétatoire...

 

 

Dans le public comme dans le privé (le modèle prescripteur étant celui du privé), cette schlague se caractérise par la double contrainte, ces injonctions paradoxales repérées en 1956 par un sociologue – évidemment étasunien – sous l’appellation de « double bind ». Le « collaborateur » doit systématiquement se conformer à une chose et à son contraire : l’autonomie dans l’initiative et la conformité par rapport au groupe, la performance au service du groupe et l’épanouissement personnel, l’engagement dans l’entreprise et la flexibilité (en d’autres termes, l’acceptation d’être viré à la demande expresse de l’actionnaire). Le piège le plus redoutable est celui de l’autonomie au travail : « l’entreprise propose, voire exige, de plus en plus d’autonomie, mais en même temps elle leur fixe des objectifs et des calendriers qui ne sont pas discutables. Les salariés sont dits autonomes dans la mesure où ils organisent leur travail comme ils le veulent pour parvenir aux résultats attendus.  Cette belle affirmation ne servira finalement qu’à une chose : rendre les travailleurs intégralement responsables de leurs échecs éventuels. De l’incohérence de ces injonctions contradictoires naît le malaise contemporain. » Et l’augmentation des suicides sur les lieux de l’entreprise. 3 à 400 chaque année en France, alors que, jusqu’en 1990, les suicide sur les lieux de travail n’existait quasiment pas. L’autrice cite l’indispensable sociologue du travail Christophe Dejours : « Ces suicides sont liés à la manière dont les solidarités, les phénomènes d’entraide ont été désagrégés dans le monde du travail. » Assurément, le collaborateur est de plus en plus seul. En particulier s’il n’adhère pas au principe moral selon lequel on ne peut exister socialement que si l’on travaille tout le temps, si l’on est connecté et connectable en permanence, alors que, depuis trente ans, les salariés ont cru conquérir l’allègement de leurs horaires de travail et l’allongement de leurs congés.

 

     

    Note de lecture n° 169

     

    Pour faire des « collaborateurs » de véritables galériens au service de l’entreprise, le capitalisme a inventé le concept (repris par le secteur public) de « ressources humaines ». Marzano dénonce cet oxymore redoutable. On parlait autrefois simplement de « personnel ». Les chefs du personnel ont ainsi laissé la place aux DRH. Comment peut-on traiter « humainement » des « ressources » qui, par définition, sont faites pour être exploitées ? Les DRH sont désormais les caïds de l’entreprise ou des administrations. Des « Salons » leur sont consacrées, des «Masters » leur enseignent le métier. Ils doivent repérer les « compétences », un acquis jamais acquis, toujours remis en question malgré la professionnalisation des études, « toujours plus vite obsolètes ». Ils doivent veiller à l’observation de la prétendue éthique des entreprises. L’autrice donne un exemple saisissant de la fausseté de ce miroir aux alouettes : « Après avoir énoncé l’un de ses principes clés – Toute personne travaillant pour, ou avec, L’Oréal a droit à un environnement de travail sain, sur et sans risque – la Charte donne des exemples sous forme de question/réponse : « Q : Ma responsable hiérarchique m’a dit qu’elle pensait que je ne dormais pas assez et m’a conseillé de ne pas sortir si souvent le soir. Elle craint que je ne m’assoupisse et sois victime d’un accident. N’ai-je pas droit au respect de ma vie privée ? Je pense qu’elle va un peu loin. Que dois-je faire ? R : Ce que vous faites de vos soirées ne regarde que vous. Mais si votre fatigue vous met, ou met vos collègues, en situation de danger, votre responsable hiérarchique a raison de vous en parler. Bien que nous respections la vie privée de nos collaborateurs, nous ne pouvons pas accepter des comportements pouvant engendrer une situation de danger. Il n’y a pas de compromis en matière de sécurité. » On jettera un voile public sur la condamnation de l’Oréal pour discrimination raciale à l’embauche en juillet 2007.

     

    Les collaborateurs courbent la tête car, désormais, tous les emplois, sans exception, sont délocalisables. Les services juridiques de grandes entreprises britanniques ont été exportés en Inde. Plus un seul salarié n’est protégé. Tout travailleur est aujourd’hui un soldat de « l’armée de réserve » (Marx) du capital. Et c’est à ce petit soldat que le patronat va enseigner, en exclusivité ce qu’il devra être et ce qu’on attend de lui.

     

    Le monde n’est plus à changer. C’est à chaque individu de changer, en jetant au panier toute pensée critique, surtout si elle est d’inspiration collective. Vive le coaching et à bas toute démarche psychanalytique, lente et lourde.

     

     

    Ouvrages de Michela Marzano :

     

     

    • Penser le corps, PUF, 2002 (ISBN 2130506836)
    • La Pornographie ou l’Épuisement du désir, Buchet-Chastel, 2003 (ISBN 2283019354)
    • La Fidélité ou l’Amour à vif, Buchet-Chastel, 2005 (ISBN 2283020603)
    • Alice au pays du porno (avec Claude Rozier), Ramsay, 2005 (ISBN 2841147037)
    • Le Corps: Films X : Y jouer ou y être, entretien avec  Ovidie, Autrement, 2005 (ISBN 2746706547)
    • Malaise dans la sexualité, JC Lattès, 2006 (ISBN 2709628147)
    • Je consens, donc je suis... Éthique de l’autonomie, PUF, 2006 (ISBN 2130556515)
    • Philosophie du corps, PUF, 2007 (ISBN 9782130555063)
    • Dictionnaire du corps, PUF, 2007 (ISBN 2130550584)
    • L’Éthique appliquée, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2010
    • Extension du domaine de la manipulation, de l'entreprise à la vie privée, Grasset, 2008 (ISBN 9782246733713)
    • Le Fascisme. Un encombrant retour ?, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2009.
    • Le Contrat de défiance, Grasset, 2010. publié ensuite chez Pluriel en mai 2012 sous le titre "Eloge de la Confiance (ISBN 9782818502181)
    • Légère comme un papillon, Grasset, 2012.
    • Tout ce que je sais de l'amour, Stock, 2014.
    Partager cet article
    Repost0
    25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 06:17

     

     

    J’avoue que j’ai été quelque peu turlupiné par la finale du 800 mètres féminin des championnats du monde d’athlétisme 2017 à Londres. Et ce ne sont pas les jérémiades bien pensantes de l’épais Patrick Montel, pleurant sur les malheurs personnels de la nouvelle championne, qui m’ont fait spontanément accepter un résultat du 3ème type. D’autant que se superposait au physique de déménageur yorouba de la championne sud-africaine le visage d’angelot quelque peu féminin du vainqueur du 800 mètres masculin, le Français Pierre-Ambroise Bosse.

     

    Pourquoi les instances internationales ont-elles finalement autorisé Caster Semenya à participer à des épreuves féminines ?

     

    Quelques heures avant les championnats du monde de Berlin de 2009, la Fédération internationale d’athlétisme décide de soumettre l’athlète à la voix décidément masculine à des tests de féminité. Il en ressort que Caster Semenya est « intersexué (e) ». A l’heure actuelle, la génétique définit l’intersexuation (ou ambiguïté sexuelle) comme l’état d’un être humain, ou de tout autre animal dont les organes génitaux sont difficiles ou impossibles à définir. En 2013, l’Allemagne a autorisé la qualification d’« indéterminé » en plus des sexes masculin et féminin. En 2015, un jugement du Tribunal de grande instance de Tours a permis à une personne intersexuée de voir indiquée la mention « sexe neutre » sur son état civil.

     

    Caster Semenya fut déclarée intersexuée car sa production de testostérone était très inhabituelle pour une femme et que son génotype était XY. Ce qui en faisait un homme. Restait le paramètre de ses attributs sexuels : ils étaient mixtes.

     

    Après moult travaux de commissions il fut décidé que Caster courrait dans une catégorie spécifiquement créée dans le handisport. Mais le 6 juillet 2010, Caster fut de nouveau autorisé(e) à s’inscrire dans des compétitions féminines après ablation des testicules et à condition que ses taux de testostérone soient en dessous de la limite de la normale pour un homme. Dès lors, Caster remporta de nombreuses courses internationales chez les femmes.

     

    Apparemment, Caster est respecté(e) par ses compétitrices. Donc, aussi, en tant que femme. Mais cette histoire laisse un goût étrange dans la bouche. Si l’on considère qu’il y a trois sexes, le sexe masculin, le sexe féminin, et le sexe indéterminé, pourquoi ne pas avoir fait courir Caster dans une catégorie spéciale ? Pourquoi lui avoir conseillé (imposé ?) cette boucherie et cette transformation génétique ?

     

    En tout état de cause, la confusion demeure quand on a à l’esprit que « Caster » est un prénom masculin et que l’athlète est désormais mariée à … une femme.

     

     

     

    Politiquement correct et championnats du monde d’athlétisme
    Partager cet article
    Repost0
    23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 05:54

    Je sais : donnez-moi une citation du premier venu et je le fais pendre. Le problème est qu'avec les saillies du mari de Bri-Bri d'amour, ses emportements, on va toujours dans le même sens, celui de la bourgeoisie de Neuilly-Auteuil-Passy, ses éléments les plus méprisants, les plus confinés dans leur petit monde de privilégiés.

     

     

    « Il y a la société Gad. Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. »

     

    « Vous n’allez pas me faire peur, avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. »

     

    « Le kwass-kwasa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent. »

     

    « Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. »

     

    « Quels sont les problèmes en Afrique ? Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

     

    « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ».

     

    « Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié ». Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties. »

     

    Le libéralisme est une valeur de gauche . »

     

    Les salariés doivent pouvoir travailler plus sans être payés plus, si les syndicats majoritaires sont d’accord. »

     

    « Je n’aime pas ce terme de modèle social. »

     

    Etre élu est un cursus d’un ancien temps. »

     

    Les Britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher. »

     

    « La France est en deuil d’un roi. »

     

    « Je suis pour une société sans statuts. »

     

    « Le chômage de masse en France, c’est parce que les travailleurs sont trop protégés. »

     

     

    Le dire macronien
    Partager cet article
    Repost0
    18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 06:00

    Ci-dessous de larges extraits d'un article d'Andre Damon et David North sur la censure qu'exerce Google à l'encontre de sites progressistes.

     

    Le nouveau protocole de recherche de Google restreint l'accès à 13 importants sites web socialistes, progressistes et antiguerre


    3 août 2017

    De nouvelles données compilées par le World Socialist Web Site, avec l'aide d'autres sites de nouvelles en ligne et d'experts en technologie de recherche, prouvent qu'une perte massive de lecteurs observée par les sites socialistes, antiguerre et progressistes au cours des trois derniers mois a été causée par une diminution cumulative de 45 % du trafic provenant des recherches Google.

     

    Cette baisse a été observée après que des modifications ont été apportées aux protocoles d'évaluation de recherche de Google. Dans un communiqué publié le 25 avril, Ben Gomes, vice-président de l'ingénierie de l'entreprise, a déclaré que la mise à jour du moteur de recherche Google bloquerait l'accès à des sites «offensants» tout en s'efforçant de faire ressortir le «contenu faisant autorité».

     

    Le World Socialist Web Site a obtenu des données statistiques estimant le déclin du trafic généré par les recherches Google pour 13 sites ayant un lectorat important :

    * wsws.org est tombé de 67%

    * alternet.org a diminué de 63%

    * globalresearch.ca a chuté de 62%

    * consortiumnews.com a chuté de 47%

    * socialistworker.org a diminué de 47%

    * mediamatters.org a diminué de 42%

    * commondreams.org a diminué de 37%

    * internationalviewpoint.org est tombé de 36%

    * democracynow.org a diminué de 36%

    * wikileaks.org a chuté de 30%

    * truth-out.org a diminué de 25%

    * counterpunch.org a diminué de 21%

    * theintercept.com a chuté de 19%

     

    Sur les 13 sites web figurant sur la liste, le World Socialist Web Site a été le plus touché. Le trafic provenant des recherches Google a diminué de deux tiers.

    Ces nouvelles statistiques démontrent que le WSWS est une cible centrale de la campagne de censure de Google. Au cours des douze mois précédant la mise en œuvre des nouveaux protocoles Google, le WSWS a connu une augmentation substantielle du nombre de lecteurs. Une partie importante de cette augmentation était le produit des résultats de recherche Google. L'augmentation rapide du trafic de recherche reflète la croissance bien documentée de l'intérêt populaire pour la politique socialiste en 2016. Le taux de croissance s'est accéléré après les élections de novembre, qui avaient entraîné de grandes protestations contre l'élection de Trump.

     

    L'ampleur et l'impact des actions de Google prouvent qu'une combinaison de techniques est utilisée pour bloquer l'accès aux sites ciblés. Parmi celles-ci, on note le signalement direct et la réduction du classement du WSWS et des 12 autres sites énumérés ci-dessus par les évaluateurs Google. Ces sites reçoivent une cote négative qui garantit que leurs articles seront soit rétrogradés, soit entièrement évités. En outre, la nouvelle technologie de programmation enseigne aux ordinateurs à penser comme les évaluateurs, c'est-à-dire à imiter leurs préférences et leurs préjugés.

     

    Cela expliquerait pourquoi le World Socialist Web Site, qui met l'accent sur des questions telles que la guerre, la géopolitique, les inégalités sociales et les luttes ouvrières, a subi une chute aussi spectaculaire des recherches générées par Google sur ces mêmes sujets. Nous avons vu que les termes et les phrases mêmes qui, dans des circonstances normales, seraient les plus susceptibles de générer le plus de visites – tels que «socialisme», «marxisme» et «trotskisme» – produisent les pires résultats.

     

    Il s'agit d'un processus continu où l'on peut s'attendre à ce que les évaluateurs Google ajoutent continuellement des termes suspects pour rendre leur algorithme de plus en plus précis et finalement éliminer le trafic vers le WSWS et d'autres sites ciblés.

     

    L'information qui a été recueillie et publiée par le WSWS au cours de la dernière semaine révèle que Google est au centre d'un complot de la grande entreprise et de l'État pour réduire considérablement les droits démocratiques. L'attaque contre la liberté d'expression et l'accès à l'information sans censure visent à paralyser l'opposition populaire aux inégalités sociales, à la guerre et à l'autoritarisme.

     

    Le rôle central et sinistre de Google dans ce processus démontre que la liberté de parole et de pensée est incompatible avec le contrôle capitaliste d'Internet.

     

    La lutte contre la censure imposée sur Internet par la grande entreprise et l'État est essentielle à la défense des droits démocratiques, et il doit y avoir une large collaboration entre les sites socialistes, de gauche et progressistes pour alerter le public et la classe ouvrière dans son ensemble.

     

     

     

    Google ne paye pas d'impôts ... et censure !
    Partager cet article
    Repost0
    16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 06:06

    Je reprends ici un article récent de Courrier International.

     

    Société. L’islamisme et la naïveté scandinave

     

    En Suède, en Norvège et au Danemark, de nombreux réfugiés ainsi que des personnalités politiques issus du monde musulman profitent des lois libérales de ces pays pour imposer leurs opinions et modes de vie, regrette le site libanais Al-Modon.

     

     

    Les réfugiés refusent ce qu’on leur propose et n’acceptent pas de se conformer aux règles du camp. Ils veulent imposer leurs propres règles. Une fois, ils ont menacé de mettre le feu si l’on n’installait pas une télévision dans chaque chambre, sachant qu’il y a déjà un poste dans la grande salle commune.”

    En Norvège, on signale des problèmes analogues. L’administration de l’hôpital de Kristiansand a dû céder à la demande de certains musulmans d’enlever une image de cochon qui faisait partie d’une série d’images ludiques dans la salle de jeux pour enfants. Youssef Jilani, un député travailliste, a exigé que les prisons soient fournies en nourriture halal et qu’on réserve une aile pour la prière musulmane. De même, Fahim Naïm, responsable du groupe de travail sur la santé chez les travaillistes, a demandé une loi interdisant certains jours de la semaine la vente d’alcool dans les restaurants, les bars et les discothèques, pour tenir compte de la clientèle musulmane.

     

    Histoires choquantes

    À leur tour, les chauffeurs de taxi musulmans ont demandé une salle de prière à l’aéroport d’Oslo. Ridha Ridhaï, du Parti de gauche, a appelé de ses vœux la création de tribunaux spéciaux pour les musulmans, appliquant la charia. On a vu apparaître des demandes d’ouverture d’écoles islamiques, à l’instar de l’enseignement confessionnel juif et protestant. La demande a été soutenue par les autres partis, et voilà donc que cela s’est fait.

    Il n’a pas fallu longtemps avant que les journaux ne bruissent d’histoires choquantes : de la corruption, des vols et des pratiques étranges, telles que la séparation entre filles et garçons, l’incitation à la haine ou encore l’enseignement du Coran en lieu et place de l’enseignement de l’histoire des religions, et la suppression des chapitres qui évoquent l’Holocauste dans les manuels d’histoire.

    Toujours en Norvège, un certain Abdallah Hussein, qui dirige le groupe [islamiste] La Nation du Prophète, ne cesse d’inciter à la haine des non-musulmans et de faire l’apologie des attentats terroristes commis par des djihadistes à travers le monde. Des plaintes ont été déposées contre lui et il a fini par être arrêté. Le procureur a considéré qu’il faisait effectivement l’apologie du terrorisme. Or le juge a donné tort à celui-ci, estimant qu’Abdallah Hussein incitait effectivement à la violence, mais de manière indirecte et non directe. C’est ce qui s’appelle une trouvaille judiciaire !

     

    Liberté d’expression

    Quant à son avocat (payé par l’État norvégien), il a estimé que son client doit jouir de la liberté d’expression, balayant l’accusation d’incitation à la violence. Selon lui, Abdallah Hussein n’appelait pas à commettre des attentats dans l’avenir, mais parlait seulement d’attentats appartenant au passé. “L’État veut restreindre ma liberté d’expression”, clame également Abdallah Hussein. Celui-là même qui déclare par ailleurs :

    Je ne reconnais pas vos lois laïques. J’obéis seulement aux lois de Dieu, à savoir la charia. Mon allégeance ne va pas à votre État mécréant, mais à Dieu et à sa Loi.

    Au Danemark, l’organisation Prédication musulmane appelle elle aussi à l’application de la charia, et cela dans le quartier de Tingbjerg, à Copenhague, un quartier à majorité musulmane, avec des taux de criminalité et de chômage des plus élevés. Selon Abou Suleyman, membre de cette organisation, il s’agit de permettre à des groupes de muttawa [nom donné, en Arabie Saoudite, aux membres de la police religieuse] de “réprimer ceux qui boivent de l’alcool, les femmes non voilées et les homosexuels”.

    Il précise que l’État ne doit pas s’en mêler, mais au contraire laisser ce pouvoir aux musulmans afin qu’ils prennent eux-mêmes en charge l’instauration d’un “ordre juste”, conformément aux prescriptions du Coran, et explique : “Nous ne promulguons pas de loi, mais appliquons celles de Dieu.”

     

    Une prétendue islamophobie

    Quant aux habitants d’origine de ces pays, ils n’osent pas lever la voix pour dénoncer tout cela, de crainte d’être accusés de racisme et d’islamophobie. Après avoir vécu toute sa vie dans le quartier de Groenland, à Oslo, le Norvégien Patrick Osrod a décidé de déménager ailleurs. Avec sa famille, il s’est installé à Hamar, à plus de 600 kilomètres de sa ville natale. Il a toujours été ouvert sur les autres, optimiste, tolérant. Mais il y a une limite à tout. Son quotidien était devenu invivable.

    À chaque instant, il fallait faire un effort pour cacher les sentiments qu’on a au fond de nous. Ils vous imposent tout, non seulement à nous Norvégiens, mais également aux autres ethnies et religions. À nous tous, chrétiens, bouddhistes, hindouistes, de nous adapter aux exigences, lois, coutumes et goûts des musulmans.”

    Les Norvégiens quittent ces quartiers qui grouillent de musulmans non pas par haine des étrangers ni à cause d’une prétendue islamophobie. Eux-mêmes avaient accueilli favorablement l’arrivée de musulmans du monde entier, les avaient reçus à bras ouverts, y compris chez eux à la maison [un Norvégien sur six est issu de l'immigration].

    La raison est plutôt à chercher dans les pratiques des musulmans qui veulent imposer leurs idées, leurs coutumes et leurs rites aux autres. Ils ne refusent pas seulement de s’intégrer dans les sociétés d’accueil, mais demandent à celles-ci de s’intégrer à la leur.

    Certes, il ne s’agit pas de généraliser à tous les musulmans : il existe de formidables réussites en termes d’intégration dans les pays scandinaves. Mais il y a également quelque chose qui prend des dimensions telles que cela en devient un fait de société. Il faut le reconnaître, le traiter et en débattre. Sans intimidation ni accusation d’islamophobie.

     

     

     

    La Scandinavie est-elle en voie d'islamisation ?
    Partager cet article
    Repost0
    12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 06:16

    Il y a trois décennies, les responsables politiques du Gers avaient fait abattre des quantités de platanes au motif que trois motocyclistes imbéciles s'étaient tués en roulant comme des fous et en croyant être plus forts que la nature. C'est reparti !

                           

     

    SAUVONS LES PLATANES DE SARRANT  

                                                                              mail : patrimoine.sarrant@gmail.com
    Facebook : Les Amis du patrimoine de Sarrant

    Sarrant est un village médiéval du Gers inscrit parmi «Les Plus Beaux Villages de France»

    Précieuse identité de notre village, la plantation des platanes, inscrits à l'Inventaire des Monuments Historiques depuis 1944, qui ornent la Promenade depuis 1855, sont en sursis alors qu'ils peuvent vivre plus de 400 ans !

                                      POURTANT, ILS SONT MENACÉS !

    Le Conseil Municipal de Sarrant a validé une coupe drastique au-dessous du plateau (troncs sectionnés à 3m50 de hauteur) et ce dès l'automne 2017, alors qu'aucun de ces platanes n'est atteint du chancre coloré.

    Cette coupe ne laisserait que des troncs sans branches,... des totems !
    Les platanes perdraient alors leur couvert végétal pour être transformés, par des tailles régulières, en «arbres trognes» ou «arbres têtards» avec le risque de mourir rapidement.

                 NOUS NE VOULONS PAS DE CETTE MUTILATION !

    Une taille aussi traumatisante entraîne la formation d’altérations puis de cavités, entamant la solidité de l’arbre tout en le mutilant inutilement.
    Nous voulons garder la beauté, l'harmonie de l'esplanade, conserver le port et l'esthétique de nos platanes plus que centenaires. Ils sont très grands, majestueux et constituent un véritable patrimoine naturel et culturel, méritant respect et protection.
    Ce précieux patrimoine, nous voulons le transmettre aux générations futures.

    De plus la municipalité a décidé d'arracher 6 platanes sains (parmi les plus beaux) au seul motif qu'ils constituent une gêne technique pour des travaux d'aménagement.

                         SAUVEGARDONS NOS PLATANES - NOTRE                                                              PATRIMOINE  VÉGÉTAL !

                                               RESPECTONS LES !
    Puisque nos platanes sont en partie la propriété de la commune de Sarrant et en partie la propriété du Conseil Départemental, nous demandons à ces deux collectivités que soient mis en place une « charte de l'arbre » et un plan de gestion du patrimoine arboré afin que les obligations et engagements de chacun soient reconnus, en référence avec la Convention Européenne du Paysage – dite Convention de Florence.


    Rappelons que le rôle des arbres est très important pour notre santé à tous et notre cadre de vie :

    • Ils retiennent plus de 60 % des polluants et purifient l'atmosphère,
    • Ils captent la poussière,
    • Ils produisent de l'oxygène par photosynthèse,
    • Ils stabilisent, régulent l'hydrologie du sol et le niveau de la nappe phréatique par leurs racines,
    • Ils absorbent et reflètent la radiation solaire tout en maintenant la fraîcheur,
    • Ils participent à la biodiversité.

    Chaque signature renforce la portée de notre démarche collective et citoyenne détachée d'intérêts politiques ou personnels et qui n'a d'autre objectif que la conservation de tous nos platanes.

    Merci à vous de votre participation à cette action.

     
    Association Les Amis du Patrimoine de Sarrant – Loi 1901 - 

    mail : patrimoine.sarrant@gmail.com
    Facebook  : Les Amis du patrimoine de Sarrant                                        
    https://patrimoinesarrant.wixsite.com/sarrant
     
    Cette pétition sera remise à :

    Monsieur le Maire de Sarrant et ses Conseillers Municipaux,
    Monsieur le Président du Conseil Départemental du Gers,
    Monsieur le Préfet

     

    Mort aux platanes de Sarrant !
    Partager cet article
    Repost0
    10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 06:23

    C'est le parisien.fr qui s'en est fait l'écho. Les autres médias ont fait preuve d'une grande discrétion. On ose imaginer leur réaction massive et courroucée si des incidents de même nature s'étaient produits dans un lycée "rouge" du style Voltaire ou dans celui de Vénissieux.

     

    Paris : la fête sauvage dégénère au lycée Henri-IV

    Une fête a été organisée illégalement par un ancien élève du lycée Henri-IV, à Paris. Les responsables seront poursuivis pour vol avec dégradations.

    Une fête sauvage et clandestine au prestigieux lycée Henri-IV, des dégâts et quelques disparitions…Le commissariat du Ve arrondissement, chargé de l’enquête, tente de faire la lumière sur une soirée un peu spéciale et surtout illégale.

    Le week-end dernier, un ancien élève de l'établissement de la rue Clovis (Ve), derrière le Panthéon, a invité ses copains à y faire la fête. Il avait été «autorisé par la comptable du lycée à occuper une chambre», d'après une source policiere. Le lieu était fermé et vide, après le départ des élèves en vacances et des derniers étudiants des classes prépas qui avaient rendu leurs chambres.

    Les fêtards en ont profité et auraient commis des dégradations notamment dans des salles de chimie, se livrant à diverses expériences. Des extincteurs ont été vidés et des produits chimiques ont été déversés dans le laboratoire. C’est un responsable de l’établissement qui s’en est rendu compte dimanche matin. La direction du lycée a porté plainte. Et a par ailleurs signalé la « disparition » d’une unité centrale d’ordinateur et d'e plusieurs produits dans un réduit.

    Les pompiers de Paris sont intervenus pour inspecter les lieux, par mesure de précaution. Les policiers du commissariat du Ve arrondissement ont été chargés d’identifier l’ensemble des auteurs présumés de ces dégradations. « Les mômes ont été entendus », précise un haut fonctionnaire à la préfecture de police.

    Au cabinet du rectorat, « on est bien au courant de l’incident et des dégradations » dans le lycée. Son porte-parole indique qu’« on suit l’enquête et attend ses conclusions ».

    Selon nos informations, le ou les responsables seront poursuivis pour vol avec dégradation.

    Du barouf dans un lycée parisien chicos
    Partager cet article
    Repost0
    6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 06:06

     

    Ci-dessous, de larges extraits d'un article de Cleuci de Oliveira, traduit par Peggy Sastre pour Slate.
    Le combat d'une Brésilienne jugée pas assez noire pour devenir procureur

     

    Les épreuves subies par une jeune juriste soulèvent de difficiles questions sur la race, l'appartenance et la bureaucratie de la discrimination positive dans un pays glorifié pour son histoire égalitaire.

    Lorsque Maíra Mutti Araújo parle, son accent est immédiatement reconnaissable aux oreilles brésiliennes. C'est celui de Salvador de Bahia, une ville côtière au nord-est du pays, autant célèbre pour ses plages que pour la richesse de son héritage africain. Elle a les traits de sa mère – un nez large, des lèvres pleines – et la peau café au lait de son père.

     

    Araújo vient d'une famille cultivée. Ses parents se sont rencontrés à l'université, durant leurs études de chimie – qu'il enseignent aujourd'hui tous les deux au collège. Son diplôme de droit lui vient de l'université fédérale de Bahia, l'une des plus prestigieuses du pays. C'est pendant ses études qu'elle a eu l'idée d'une carrière dans la fonction publique. Étudiante, elle fait un stage au bureau du procureur général fédéral à Salvador. Après son diplôme, elle obtient un poste d'analyste à Manaus, dans l’État d'Amazonas, au sein de l'équivalent brésilien de la Cour des comptes. Son objectif: devenir procureur.

     

    Fin 2015, Araújo louche sur un poste à pourvoir à la direction des affaires juridiques de la mairie de Salvador, sa ville natale. Tout le monde l'encourage à déposer sa candidature, via une procédure de discrimination positive qui venait d'être mise en place. «Ce poste de procureur est pour toi, c'est obligé», lui dit son patron de l'époque. «Si j'avais la chance de pouvoir passer par les quotas, je le ferais», lui disent ses amis. «Et c'est ton cas, alors fonce!»

     

    Depuis 2011, l’État de Bahia et sa capitale, Salvador, avaient mis en œuvre une série de mesures visant à lutter contre les inégalités raciales. Parmi ces législations, certaines interdisent de discriminer les fidèles de religions afro-brésiliennes, d'autres sont à l'origine d'un comité de défense contre le racisme institutionnel et d'autres encore ont officialisé une politique de quotas dans le recrutement administratif. Une évolution régionale dans la droite ligne de la nationale, impulsée en 2010 avec la signature par Luiz Inácio Lula da Silva, alors président, du Statut d'égalité raciale.

     

    Salvador, la «Rome noire» de l'Amérique

    En 2012, la même année où Araújo obtenait son diplôme, la Cour suprême fédérale du Brésil jugeait, à l'unanimité, de la constitutionnalité des quotas raciaux dans les universités. Deux ans plus tard, Dilma Rousseff, à l'époque présidente, signait une loi garantissant 20% des emplois du secteur public fédéral aux candidats s'identifiant comme negro –le terme portugais autant employé par l'état civil brésilien que par les militants noirs pour signifier une ascendance africaine, incluant les identités preto (noir) et pardo (marron ou métis). À Bahia, les législateurs iront encore plus loin, avec 30% des emplois administratifs étatiques et municipaux réservés aux candidats noirs.

     

    Que Bahia possède la discrimination positive la plus énergique de tout le Brésil fait sens d'un point de vue démographique. Depuis les années 1940, Salvador se targue d'être la «Rome noire» de l'Amérique, une réputation autant locale qu'internationale. Aujourd'hui, plus des trois-quarts des baianos s'identifient comme noirs ou marron. Selon le recensement le plus récent, Salvador est la capitale la plus noire de tout le pays.

     

    Mais malgré l'enthousiasme général, Araújo n'était pas très à l'aise avec cette histoire de quotas. Elle craignait que ses futurs collègues ne la dévalorisent et croient ses scores inférieurs à ceux des recrutés par la voie normale. Un stéréotype dont elle avait d'ores et déjà souffert: en apprenant qu'elle avait obtenu un diplôme de droit d'une université fédérale, une de ses connaissances lui avait dit: «Oh, mais toi tu es une cotista» – le mot portugais pour signifier les étudiants ou les employés ayant profité de la discrimination positive. Un terme qui, selon le contexte, peut être neutre ou dépréciatif. En réalité, son entrée à l'université ne devait rien aux quotas.

     

    «Mais j'ai fini par comprendre que cela n'avait aucune importance que je sois ou non arrivée là grâce à la discrimination positive», explique-t-elle, «les gens pensent toujours que je suis une cotista, parce qu'ils vous jugent sur la couleur de votre peau».

     

     

    Araújo suivra donc les conseils de ses amis. En 2015, elle dépose sa candidature pour le poste de procureur à la direction des affaires juridiques de Salvador. Sur son formulaire, à la case «race», elle indique pardo. Jamais elle n'aurait pu imaginer qu'un an plus tard, elle allait être disqualifiée pour le poste, menacée de poursuites pénales pour fraude et, dans sa ville natale, vouée aux gémonies par la communauté des militants noirs.

     

    «L'identité noire a été fortement déstigmatisée»
     

    Au Brésil, le dernier décompte de la population date de 2010. Les résultats révélèrent quelque chose de remarquable: pour la première fois depuis le XIXe siècle, le Brésil dénombrait davantage de citoyens non-blancs que de blancs. La croissance démographique était la plus élevée parmi les pardos –les individus s'identifiant comme marron ou métis. Si le nombre de blancs et de preto n'avait quasiment pas bougé, les pardos étaient passés de 38,5% à 43,1% de la population entre 2000 et 2010 –une évolution que les actes de naissances et de décès ne pouvaient pas expliquer à eux seuls.

     

    Un changement démographique qui fera les gros titres. Pour le bureau du recensement, et de nombreux universitaires, ces résultats laissaient entendre que beaucoup de Brésiliens qui se donnaient auparavant un mal de chien pour passer pour blancs étaient désormais fiers de se désigner comme pardo«Pour les spécialistes, cela signifie que l'identité noire a été fortement déstigmatisée», explique Verônica Toste Daflon, sociologue et autrice d'un livre sur le sujet.

     

    Cette croissance de l'identification pardo coïncidait avec une meilleure prise en compte politique et médiatique du vécu afro-brésilien. Depuis des années, les débats sur l'identité et la fierté noires, et la nécessité de mesures réparatrices pour des injustices historiques, avaient peu à peu conquis l'opinion publique. En juin 2010, juste avant le démarrage du recensement, le Brésil adoptait le Statut d'égalité raciale. Entre autres mesures, la loi exigeait la modification des programmes d'histoire dans les établissements publics pour offrir une meilleure place au passé afro-brésilien. Elle ordonnait aussi aux organismes gouvernementaux de favoriser la diversité ethnique dans leurs rangs.

     

    Le Brésil est célèbre pour sa diversité ethnique, un cocktail racial souvent porté aux nues. Dans les années 1940, des sociologues parmi les plus éminents du Brésil avaient assimilé le pays à une «démocratie raciale» –bien plus proche du melting pot idéal que les États-Unis de l'époque. Sauf que si le pays pouvait effectivement se targuer d'une plus grande harmonie inter-communautaire, la formule occultait toute la violence historique qui avait forgé sa population multiraciale.

     

    De fait, le Brésil aura déporté et réduit en esclavage onze fois plus d'Africains que l'Amérique du Nord coloniale. Le pays sera aussi le dernier du monde occidental à abolir l'esclavage, en 1888. À côté des 5,5 millions d'esclaves africains débarqués sur les côtes brésiliennes, les colons portugais représentèrent une fraction minime de la population coloniale. Des hommes, pour la vaste majorité d'entre eux, qui allaient s'unir avec des indigènes ou des esclaves –en général en faisant usage de la force.

     

    Contrairement aux États-Unis, après l'abolition de l'esclavage, le Brésil n'a pas mis en place des mesures ségrégationnistes ou prohibant la «miscégénation» (ou croisement entre races), ce qui fait que les relations raciales évolueront dans une relative fluidité. Et contrairement aux États-Unis, où il suffisait d'avoir un lointain ancêtre noir pour être officiellement caractérisé comme tel, les Brésiliens en viendront à définir la négritude sur des critères physiques.

    .

    À l'origine, les quotas mis en place dans les universités et l'administration étaient un moyen de lutter contre ce colorisme endémique – les privilèges accordés aux peaux claires, aux dépens des foncées. Les militants de la cause noire n'ont de cesse de souligner l'importance de la représentation des noirs à des postes de pouvoir – surtout lorsque votre peau ou vos traits vous empêchent de jouir de la fluidité raciale susceptible de vous caractériser comme blanc. Ce qui explique pourquoi ces militants en veulent de plus en plus aux pardos qui, à leurs yeux, semblent tirer profit de la discrimination positive. Une législation emportée de haute lutte et qui n'était pas faite pour eux au départ.

     

    Le soap opéra racial
     

    «J'ai toujours suspecté que c'était lié à mes cheveux», déclare Araújo pour parler du «soap opera racial» dans lequel elle est embarquée depuis son dépôt de candidature. Sur la photo jointe à son questionnaire –une obligation pour tous les candidats s'identifiant comme preto ou pardo – ses cheveux lissés tombent en rideau derrière ses épaules. Un style qui n'a rien de naturel. Sur ses photos d'adolescente, Araújo révèle une épaisse crinière bouclée. «Ma coiffure est un choix personnel», explique-t-elle, «ça me facilite la vie, c'est tout».

     

    Aujourd'hui, Araújo a 28 ans. Durant son enfance, elle a toujours été l'une des plus foncées de sa famille. «La peau de ma sœur est un peu plus claire que la mienne», dit-elle. «Plusieurs de mes cousins sont blonds. Et j'ai toujours été la pretinha de la famille». («La petite noire», un terme très affectif utilisé dans le cercle intime). «J'ai toujours eu l'air différente», ajoute Araújo, «et ma mère m'a élevée de telle sorte que je ne me sente jamais inférieure à cause de la couleur de ma peau».

     

    Le poste qu'elle voulait, bien évidemment, c'était celui de procureur à la direction des affaires juridiques de Salvador. Elle avait réussi la première étape des admissions, soit trois longs examens. En mars, la direction postait la liste des candidats ayant obtenu un score suffisamment élevé pour accéder à la seconde étape – la comparaison des C.V.

     

     Des instructions similaires à celles que l'on trouve dans d'autres administrations aux quatre coins du pays et que le système judiciaire brésilien considère comme légitimes. En août 2016, le ministère brésilien de «pouvant prendre la forme d'une analyse photographique».Araújo savait que l'étape suivante était celle de la vérification raciale. Le document officiel annexé au dossier de candidature stipule effectivement que les candidats ayant franchi le premier palier seront soumis à un examen de vérification la Fonction publique, soulignant le besoin urgent de lutter contre la fraude raciale, envoyait des directives à tous les organismes gouvernementaux pour les enjoindre à créer des «commissions de vérification composées de membres répartis selon leur genre, leur race et leur origine géographique». Sauf que l’application de ces directives n'est pas standardisée et les stratégies de vérification peuvent énormément varier d'une région à l'autre.

     

    Dans le cas de la direction des affaires juridiques de Salvador et du poste de procureur, le protocole comprenait l'analyse d'une photo et d'un questionnaire d'une page. «À l'époque, l'idée d'un processus de vérification m'a paru sensé», précise Araújo. Mais les questions –comme «êtes-vous ou avez-vous été en couple avec une personne noire ou marron?» et «la majorité de vos idoles sont-elles noires ou marron?» – la prennent par surprise. «Je les ai trouvées offensantes», dit-elle.

     

    Déterminer qui est noir et qui est blanc
     

    Même parmi les plus célèbres militants noirs à avoir mené les débats sur la nécessité des commissions de vérification, tout le monde n'est pas d'accord sur les bonnes méthodes à suivre pour les mettre en œuvre. Lívia Sant’Anna Vaz, procureure et coordinatrice d'un groupe de défense des droits de l'Homme et de lutte contre les discriminations au sein du Bureau du procureur général, rejette le questionnaire qu'Araújo a eu à remplir. «Avoir des idoles noires ne vous dit pas si la personne l'est ou non», précise-t-elle. Selon Vaz, les tests devraient porter sur les caractéristiques phénotypiques des candidats: les traits de leur visage, leur type de peau et de cheveux. «Au Brésil, le racisme porte surtout sur les traits physiques, pas sur l'ascendance», ajoute Vaz.

     

    Selon Friar David Santos, directeur de l'association Educafro et l'un des militants de la cause noire les plus célèbres du Brésil, les comités d'admissions devraient mettre en place un processus d’élimination progressive pour les candidats non-blancs. «Les pretosdevraient être admis immédiatement, suivis des pardos à la peau sombre», me dit-il. «Les pardos intermédiaires? Seulement s'il reste des places. Et les quotas devraient totalement exclure les pardos à la peau claire».

     

     Sans plus d'explications. De fait, rien de l'y obligeait. La confidentialité de ces commissions suscite beaucoup de consternation depuis que pardo. requis pour être qualifiée de «phénotype afro-descendant»La commission, composée de trois personnes anonymes, en charge de l'analyse du questionnaire et de la photo d'Araújo rendra son verdict en mai: la candidate ne manifestait pas le la Cour suprême fédérale du Brésil les a jugées constitutionnelles en 2012. Selon Gilmar Mendes, un juge néanmoins favorable à la décision de 2012, les systèmes de vérification sont «difficiles à justifier» et «loin d'être infaillibles».

     

    Choquée par la décision de la commission, Araújo se pourvoit en appel. «Sans doute que la “rigueur raciale” utilisée par la commission s'inspire des tribunaux aryens de l'Allemagne nazie!» écrit-elle dans son dossier. Les membres anonymes de la commission réviseront alors leur jugement: la voilà finalement qualifiée pour l'admission sur quotas. «Après l'examen attentif de la photographie communiquée», écrit l'un des vérificateurs, «J'estime que la candidate est bien noire (preto ou pardo.

     

    Araújo revient alors dans la course pour devenir procureur de la ville de Salvador. Le 18 mai 2016, soit quasiment neuf mois après le dépôt de sa candidature, la direction publie les résultats finaux sur internet: Araújo est arrivée troisième, sur les plus de 1.000 juristes à avoir candidaté par la voie des quotas.

     

    Les candidats, originaires des quatre coins du Brésil, ont cinq jours après la publication de la convocation électronique pour se rendre à Salvador. À l'époque, Araújo vit dans l’État d'Amazonas et n'a pas d'autre choix que de prendre un billet d'avion de dernière minute «extrêmement cher. S'ils ne se présentent pas, comme Santos, les candidats sont disqualifiés.

     

     

     

     

    Racialisme et politiquement correct au Brésil

    La session de vérification, organisée un mercredi durant les heures de travail, est ouverte au public. Quelques personnes extérieures sont là, mais le gros de l'assistance est composée des candidats en passe d'être inspectés. «On se regardait tous en chien de faïence, à se jauger les uns les autres» précise Araújo. «Tout le monde semblait très mal à l'aise d'être là». L'un après l'autre, les candidats sont appelés devant cinq experts – «tous preto, aucun pardo» – assis en rang sur une estrade. Lorsque son tour arrive, Araújo, comme tous les autres candidats, leur tend sa carte d'identité et prend place. «Je me suis sentie comme un animal de zoo», dit-elle, tandis qu'ils examinaient son apparence en chuchotant. Selon Araújo, son passage n'aura pas duré plus de trois minutes. Et la seule fois où les vérificateurs lui adresseront la parole, ce sera pour qu'elle leur confirme son nom de famille.

     

    Les résultats sont ensuite postés sur le site d'admission: treize candidats sont officiellement admis comme noirs ou marron, tandis que neuf voient leur auto-identification rejetée. Araújo fait partie de cette dernière liste. Ce qui signifie qu'elle est non seulement exclue de la procédure d'admission sur quotas, mais qu'elle est aussi disqualifiée pour le poste de procureur. Sur les neuf exclus, huit font appel de la décision. La direction des affaires juridiques de Salvador rejettera non seulement ces appels, mais se tournera vers le Bureau du procureur général pour statuer de l'éventualité de poursuites contre les candidats, accusés d'avoir volontairement menti sur leur identité raciale, ce qui est illégal au Brésil. Six des huit réprouvés – dont Araújo – déposent alors une injonction préliminaire pour voir leur nom regagner la liste d'admission sur quotas. Le 15 août 2016, le ministère de la justice de Bahia statue en faveur d'Araújo.

     

    Dans une contre-injonction de quarante pages visant à bloquer le retour d'Araújo sur la liste d'admission sur quotas, la direction des affaires juridiques de la mairie de Salvador admet – et la chose est notable – qu'Araújo est bien pardo, mais que sa peau est trop claire pour courir un risque de discrimination.

     

    En outre, la contre-injonction statue qu'Araújo ne possède non seulement pas la bonne couleur de peau, mais aussi qu'elle ne témoigne pas des «éléments esthétiques et culturels»caractéristiques d'une Brésilienne noire. Avant de conclure qu'il serait dès lors inapproprié pour des individus «sans réelle identification à la cause raciale» d'occuper des postes haut-placés dans l'administration judiciaire municipale de Salvador.

     

    Sauf que jamais sur l'annonce d'ouverture de poste, publiée en août 2015, il n'était fait de distinction entre les pardos, triés selon leur risque de discrimination. À l'inverse, elle indiquait bien aux putatifs candidats d'indiquer leur race en s'identifiant comme preto ou pardo, en accord avec les termes du bureau du recensement brésilien. Au sein de l'IBGE, l'acronyme sous lequel le bureau est le plus fréquemment désigné, preto et pardo sont les deux sous-catégories non-blanches de l'identité noire (negro). Dès lors, la définition de l'annonce correspond à celle donnée par le Statut d'égalité raciale, ratifié en 2010, mais aussi à toutes les législations grâce auxquelles la discrimination positive a été depuis mise en œuvre dans le pays.

     

    À l'instar de l'IBGE, les militants de la cause noire incluent à la fois les pretos et les pardosdans leur définition des individus noirs et réunissent les deux groupes en un seul – les «non-Blancs» – quand il s'agit de discuter des inégalités raciales –vis-à-vis des «Blancs».

     

    Le rejet d'une identité
     

    Après plus d'un an d'un périple kafkaïen au sein de la bureaucratie de la vérification raciale de Salvador, l'histoire d'Araújo met en lumière un conflit irrésolu au cœur de l'identité brésilienne. Et soulève aussi de bien difficiles questions sur la négritude, l'appartenance et la discrimination dans un pays célèbre pour sa diversité ethnique.

     

    Le 27 avril 2017, l'injonction d'Araújo – annuler la décision de la commission de vérification qui ne la caractérisait pas comme noire – est passée en jugement (avec celle d'un autre candidat, dont la requête reposait sur les mêmes arguments). L'audience attirera des dizaines de manifestants, y compris des professeurs d'université et même un membre du conseil municipal. Le procès suscitera aussi des sit-ins et la réprobation de militants noirs opposés à Araújo – coupable de fraude raciale à leurs yeux – et à sa volonté de recouvrer son identité pardo. L'avocate d'Araújo, Vivian Vasconcelos, recommandera à sa cliente de ne pas venir à l’audience, vu que sa présence n'était pas requise, afin d'éviter une confrontation houleuse avec la foule. Araújo suivra ce conseil.

     

    Le verdict tombera l'après-midi même: le président de la cour maintient l'exclusion Araújo de la procédure d'admission sur quotas, mais l'autorise à rejoindre la voie générale. Elle n'est pas non plus poursuivie pour fraude raciale. Mais pour Araújo, ce n'est pas une victoire et elle interjette une nouvelle fois appel. À l'heure de rédiger cet article, la procédure est toujours en cours. Même si elle n'a plus envie de travailler à Salvador, «c'est une question de dignité personnelle», explique-t-elle. 

     

    La municipalité de Salvador, non plus, ne considère pas la décision du tribunal comme une victoire. Dans un courriel, la direction des affaires juridiques affirme qu'elle se pourvoira en appel pour s'assurer qu'Araújo reste à la fois exclue de la procédure d'admission sur quotas et de la générale, comme «il était stipulé dans l'annonce d'ouverture de poste». (De fait, en août 2015, l'annonce précisait que les «candidats fraudeurs seront exclus de la procédure»). La municipalité de Salvador entend poursuivre de la sorte tous les autres candidats s'étant identifiés comme afro-descendants «avant que la commission de vérification ne les déclare inéligibles à la procédure d'admission sur quotas».

     

    «Toute ma vie je me suis vue d'une certaine manière», ponctue Araújo, «et maintenant on me dit que ce n'est pas ce que je suis».

    Partager cet article
    Repost0
    5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 05:41

     

    L'affaire Benalla n’est pas qu’une petite affaire policière ou de petite politique. Nous sommes en présence d’un individu qui a accompli des tâches de maintien de l’ordre en toute illégalité et qui avait pour mission de repenser le système de sécurité de la Présidence de la République. Ce, dans le cadre d’une destruction de la Fonction Publique, y compris dans ses missions régaliennes, par le biais de la suppression de 120 000 postes et d’une précarisation toujours plus poussée des agents de l’Etat, titulaires ou non.

     

    Ce qui étonne la presse internationale, mais assez peu nos grands médias, c’est l’importance qu’a pu prendre, dans le cercle rapproché du président, un type aussi louche que Benalla dès lors que ce même président a écarté, pour sa protection, un recrutement classique et républicain de membres des forces de l’ordre au profit nde ce qui tend à ressembler à des Tontons Macoutes. Dans notre Etat de droit, les fonctionnaires chargés de la protection du président sont issus d’un recrutement sélectif au sein de la Police Nationale et de la Gendarmerie. Il ne s’agit pas d’un recrutement de faveur à la tête du client.

    Il semble bien que le banquier ait demandé à Benalla de supprimer la structure « fonctionnaires » et de lui substituer une police privée parallèle. Le projet devait être concrétisé d’ici septembre 2018.

    Après la Deuxième Guerre mondiale,  les hommes politiques français (Maurice Thorez au premier chef) qui ont repensé la Fonction publique ont eu pour préoccupation première de garantir l’indépendance des fonctionnaires dans le cadre des lois républicaines. Le banquier et son affidé Benalla nous ont montré, à leur corps défendant ce qu’il en sera de la condition des employés de l’Etat recrutés sous contrat de droit privé et soumis, sans aucune indépendance, aux desiderata des caciques de la politique locale ou nationale.

    L'affaire Benalla montre ce qui se passera en tout domaine lorsque la plupart des fonctionnaires seront recrutés sous contrat de droit privé et aux ordres des barons politique locaux ou nationaux.

     

    Le recrutement dans la Fonction publique, comme, par exemple, dans le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) garantit une sélection transparente et au mérite. Dans le système macronien, un protégé peut s’élever au sommet de l’Etat par « copinage malsain », selon le Préfet de police Michel Delpuech. Suite à la mise en lumière du Rastignac Benalla, on peut se demander combien d’autres personnes ont été nommées depuis l’élection du banquier à des postes importants mais sans réelles compétences. Il faut toujours garder à l’esprit que les missions de service public sont accomplies par des personnes recrutées sur concours en fonction de leurs compétences et que, dans ce cadre, les promotions sont décernées selon le mérite ou l’ancienneté en fonction de barèmes et d’échelles connus de tous.

     

    Benalla assura la protection de partis politiques avant de diriger des forces para-policières. La Justice doit faire la pleine lumière sur ces forces en déterminant leur puissance de pénétration dans l’appareil d’Etat. Sinon, c’en est fini de la démocratie et de l’Etat de droit.

     

     

    Benalla, ou la logique « libérale » poussée à l’extrême
    Partager cet article
    Repost0
    5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 05:40

     

     

     

     

    Jusques à quand, demande Serge Halimi, une infime minorité d’humains possèderont-ils la quasi-totalité des richesse ?   

     

    À 100 °C, l’eau bout, c’est certain. Mais mieux vaut ne pas attendre que la vie des sociétés se plie aux lois de la physique. Certes, 1% de la population s’attribue la majorité des richesses produites sur Terre ; cela ne fait pas pour autant des 99 % qui restent un groupe social solidaire, encore moins une force politique en ébullition.

    En 2011, le mouvement Occupy Wall Street s’est construit autour d’une idée, d’un slogan : « Nous avons en commun d’être les 99 % qui ne tolèrent plus l’avidité et la corruption des 1 % restants. » Diverses études venaient d’établir que la quasi-totalité des gains de la reprise économique avaient profité aux 1 % d’Américains les plus riches. Ce ne fut ni une aberration historique ni une particularité nationale. Un peu partout, un tel résultat n’a cessé d’être conforté par des politiques gouvernementales. Les projets fiscaux du président français Emmanuel Macron, par exemple, auront pour principaux bénéficiaires « les 280 000 ménages les plus riches, le dernier centile (...) dont le patrimoine est surtout constitué de placements financiers et de parts d’entreprise ».

     

     

    Kevin Limonier  explique que l’Internet russe vient de loin :

    Interrogé par le réalisateur Oliver Stone sur les technologies de surveillance américaines, le président russe Vladimir Poutine a expliqué : « Il a fallu combler notre retard sur le reste du monde, mais nous avions des bases solides. » L’Union soviétique a en effet développé après la seconde guerre mondiale ses propres systèmes informatiques. La Russie cultive depuis une forme originale de souveraineté numérique.

    par Kevin Limonier 

     

     

    Benoît Bréville  déplore que l’air conditionné se soit lancé à l’assaut de la planète :

    Qui n’a jamais rêvé, quand la chaleur devient étouffante, de brancher le climatiseur pour profiter d’une brise de fraîcheur ? Alimentée par les canicules à répétition, cette tentation n’a rien d’anodin : l’air conditionné change les modes de vie des pays où il s’implante.

     

     

     

    Dominique Pinsolle  dénonce la manière dont les journalistes interviewait Adolf Hitler :

    L’histoire des médias a ses mythes. Celui du grand reporter toujours prêt à défier les puissants y occupe une place de choix. La réalité s’avère souvent moins romantique, surtout lorsqu’on se penche sur les années 1930. Les conditions dans lesquelles Adolf Hitler a été interviewé avant la guerre à plusieurs reprises par des envoyés spéciaux français révèlent le degré de servilité d’une certaine presse.

     

     

    Razmig Keucheyan  relie les trois crises qui menacent le monde :

    Il y a dix ans éclatait la crise financière la plus grave depuis 1929. Les banquiers ont repris leurs affaires habituelles, mais l’onde de choc continue de se propager. Elle a rendu caducs certains modèles de croissance et provoqué un discrédit massif du monde politique. À ces deux crises s’ajoute celle, écologique, qui menace la planète elle-même. Comment les pensées critiques articulent-elles ces trois dimensions ?

     

     

    Belle évocation des jolies grèves du mois d’août par Michel Pigenet :

    Habilité par l’Assemblée nationale à légiférer par ordonnances, le gouvernement de M. Édouard Philippe aimerait boucler sa réforme du code du travail en plein mois d’août : un salarié en vacances ne risque guère de se mobiliser… En 1953, le président du Conseil Joseph Laniel avait déjà tablé sur cette stratégie. Déjouant tous ses pronostics, la réponse des fonctionnaires provoqua une pagaille estivale inédite.

     

     

    Pour Pierre Souchon, le maire de Sarcelles gère contre ses administrés :

    Dans une circonscription populaire comme celle de Sarcelles, 68 % des électeurs se sont abstenus lors des élections législatives françaises de juin dernier. Depuis longtemps, la politique, avec ses projets concurrents, a été remplacée par un clientélisme municipal teinté d’hostilité envers les initiatives des habitants. Les propos creux sur le vivre-ensemble cherchent à dissimuler la mise en concurrence des « communautés » nationales et religieuses.

     

     

    Pierre Daum  explique pourquoi la mémoire est interdite en Algérie :

    Au milieu de la « décennie noire » des années 1990 — particulièrement durant l’été 1997 —, plusieurs massacres de population ont endeuillé l’Algérie, déjà dévastée par les affrontements entre forces de l’ordre et groupes islamistes armés. Les lois d’amnistie et la volonté des autorités d’étouffer le souvenir de ces épisodes sanglants empêchent aujourd’hui tout un peuple de panser ses plaies.

     

     

    Qui a tué Samora Machel, demande Augusta Conchiglia ?
     

    Alors que le Mozambique, secoué par des scandales, fragilisé par la chute du prix des matières premières, traverse l’une des plus graves crises de son histoire, la mort mystérieuse du président Samora Machel, survenue en 1986, hante le débat public. Avec le temps, les langues se délient ; la vérité commence à émerger. Et un faisceau d’indices désigne le gouvernement d’apartheid de l’Afrique du Sud.

     
    L’islam à l’indonésienne est menacé (Beyer & Martine Bulard ) :

    Fière de son image de tolérance, l’Indonésie doit affronter un double péril : la corruption — à la mi-juillet, le président du Parlement est tombé pour ce motif — et la montée de l’intégrisme. Longtemps ignoré, l’islam rigoriste, importé principalement d’Arabie saoudite, fait des ravages. Si le dirigeant de la plus puissante milice fondamentaliste, menacé d’arrestation, a pris la fuite, la devise du pays, « l’unité dans la diversité », est fragilisée.

     

     

    D’autres alphabets que l’alphabet latin se développent aujourd’hui (Philippe Descamps & Xavier Monthéard) :

    Observer la façon dont les Terriens écrivent permet de jeter un autre regard sur la mondialisation, ses ressorts dans le temps long. Si l’alphabet latin rayonne, les écritures concurrentes progressent encore par le nombre de leurs usagers.

    À l’échelle de l’humanité, l’écrit apparaît très récent : les tablettes pictographiques sumériennes d’Ourouk — le plus ancien témoignage d’écriture connu — furent gravées il y a seulement cinq mille trois cents ans. Depuis bien longtemps, l’expression orale, immémoriale, s’était raffinée et stratifiée dans des milliers de langues, de dialectes et de parlers, dont l’essentiel nous restera inconnu. Les systèmes d’écriture ne témoignent que d’une infime partie des mots que les humains se sont chuchotés à l’oreille ou jetés à la figure. Mais les écrits restent…


     

    Le Monde Diplomatique (109)

    En Arizona, écrit Maxime Robin, le mur de Donald Trump existe déjà :

    À en croire M. Donald Trump, la frontière américano-mexicaine serait une passoire que seule la construction d’un « grand et beau mur », long de 3 200 kilomètres, pourrait obstruer. Les États-Unis n’ont pourtant pas attendu leur nouveau président pour traquer les migrants clandestins. En Arizona, le désert, les patrouilles de police et les milices citoyennes les tiennent en échec.

     

    Le Buenos Aires Express sifflera-t-il un jour, demande Guillaume Beaulande ? :
     

    Curieux paradoxe que celui du chemin de fer en Amérique latine : initialement asservi aux besoins des métropoles européennes avides de matières premières, il incarne désormais la perspective d’une nouvelle forme de souveraineté nationale à travers l’intégration des territoires. Reste à le remettre en état, après de longues phases de gestion privée synonymes de détérioration des équipements, comme en Argentine.

     

     

     

    En quoi Aristophane était-il intrépide (Agathe Mélinand) ?:

    Il y a quelque deux mille cinq cents ans, sous ce même ciel qui aujourd’hui voit son pays vendu à la découpe, un poète grec truculent et irrévérencieux attendait anxieusement de découvrir l’accueil réservé à ses « Oiseaux » : Aristophane, né dans un siècle à la fois brillant et belliqueux.

     

     

    Derrière le tissu bleu à douze étoiles dorées de l’Union européenne, une europe qui n’est plus européenne (Régis Debray) :
     

    Cette grande espérance, au départ, avait tout pour elle. Saint Thomas et Victor Hugo, un heureux mélange d’inspiration chrétienne et d’anticipations humanitaires, de générosités et de vraisemblances. Ainsi de la marche inexorable vers l’unification des nations dans une gouvernance globale, comme naguère des régions dans les États-nations, ou encore de fortes et simplistes certitudes comme « L’union fait la force ». À quoi s’ajoutait, pour le soussigné, l’ombre portée de l’Européen Paul Valéry. Sans doute « l’Europe possible » qu’il avait appelée de ses vœux ne coïncidait pas avec l’Union européenne. Ce n’était pas une résurgence due au Saint Empire romain germanique, mais l’Europe d’Albert Camus et de la « pensée de midi » : méditerranéenne et solaire, de patine catholique, devenue humaniste sur le tard, quoique plus proche de Rome que de Francfort. Elle commençait à Alger, passait par Alexandrie, allait à Beyrouth, faisait halte à Athènes, poussait une pointe vers Istanbul et remontait vers le nord, par la Botte italienne et la péninsule Ibérique. Autant dire qu’elle attachait au langage, à la géométrie et aux créations de l’imaginaire le même rôle stratégique que nous à l’indice Dow Jones et au taux d’imposition des entreprises.

     

     

    Partager cet article
    Repost0