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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 07:18

RP2Benoît Duteurtre (dans Le Monde Diplomatique) s’insurge contre le réaménagement purement mercantile des gares modernes : Au-delà des professions de foi sur le développement durable et les avantages écologiques du rail, les grands administrateurs français ne semblent aimer ni les gares ni le train. Rien, en tout cas, de ce que le transport ferroviaire apporte de simple, d’accessible et de pratique dans la vie quotidienne. Depuis deux décennies, leur vrai modèle est l’avion, avec son système de réservation obligatoire (le fameux « Socrate », acheté à American Airlines), ses tarifs variables selon l’offre et la demande, ses cabines et ses places de plus en plus étroites, son obligation d’étiqueter les bagages (en attendant de les faire payer partout)... L’une des plus éclatantes démonstrations de cette mutation tient, probablement, dans l’édification de nouvelles gares en rase campagne – coques de verre et de béton qui font la fierté des élus locaux. Les gares, jusqu’alors, reliaient le cœur des villes, avec leur réseau de correspondances et de transports en commun ; elles se situent désormais loin des agglomérations, comme les aéroports. La plupart d’entre elles, comme Aix TGV, ne sont même plus reliées au réseau ferroviaire secondaire (qui intéresse si peu la Société nationale des chemins de fer français, SNCF) mais se voient entourées d’immenses parkings. Il faut, pour s’y rendre ou en repartir, affronter les embouteillages et augmenter la pollution : le train au service de l’automobile ; on n’imaginait pas que nos décideurs pussent arriver à résoudre cette équation !

 

Lorsque je vivais en Afrique de l’Ouest il y a un quart de siècle, la question brûlante était déjà en débat : les frontières léguées par la colonisation étaient absurdes, mais les remettre en cause, n’était-ce pas un remède pire que le mal ? « Nous sommes pour les négociations et pour trouver une solution définitive dans ce conflit entre le Mali et l’Azawad », a déclaré le 16 novembre M. Bilal Ag Achérif, porte-parole des rebelles à Ouagadougou (Burkina Faso), où une médiation internationale est organisée. De leur côté, les Nations unies discutent d’une intervention militaire. La partition de fait du Mali illustre la fragilité, patente depuis la fin de la guerre froide, des frontières du continent. (À lire l’article d’Anne-Cécile Robert dans Le Monde Diplomatique).

 

Quand donc Christian de Boissieu dort-il ? Je me suis posé la question en rendant compte pour Le Grand Soir du livre de Laurent Mauduit, Les Imposteurs de l’économie. Ce professeur à Paris I ne chôme pas. Il est – ou a été – membre de l’Autorité des marchés financiers, directeur scientifique du centre d’observation économique de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), président du conseil scientifique de Coe-Rexecode (Centre d’observation économique et de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises), président de la commission de surveillance des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) (Monaco), président de la commission de contrôle des activités financières de Monaco, consultant de la Banque mondiale, membre du Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement (CECEI) de 1996 à janvier 2010, conseiller au sein de la banque de France, et de l'Institut européen des fusions-acquisitions, membre du Conseil d’analyse économique (CAE), de 1997 à 2002, puis président délégué auprès du premier ministre depuis 2003, expert auprès de la Commission économique et monétaire du Parlement européen (2002-2004), expert auprès de la Commission européenne, membre du Conseil économique de défense au ministère de la Défense (depuis 2003), membre du conseil de prospective du ministère de l’Agriculture (depuis 2003), de l’Agence nationale de la recherche (depuis 2008) et de l’Association pour le droit à l’initiative économique (depuis 2010), membre de la Commission économique de la nation, membre du Conseil d’orientation pour l’emploi, membre de la Commission du Grand Emprunt, administrateur de la banque Hervet, membre du conseil stratégique du cabinet d’Ernst & Young (de 2004 à 2011), membre du conseil de surveillance de la banque Neuflize OBC de 2006 à 2011 (un orteil dans une banque protestante n’a jamais fait de mal), conseiller économique dans le hedge fund (nobody’s perfect) HDF finance, administrateur du fonds d’investissement Pan Holding, président du groupe de réflexion Facteur, appelé à faire des propositions sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre ; membre de la commission Attali. Il s’exprime, évidemment en toute objectivité, dans plusieurs médias importants : Bloomberg TV, Les Échos, Le Monde, Le Financial Times.

 

Le Grand Soir a tout récemment illustré, en la déclinant, une photo représentant Sarkozy, Copé et Fillon assis sur les bancs du gouvernement à l’Assemblée nationale. Ils s’esclaffent de conserve :

S : J’ai une conférence à Shanghai

C : Sur la relance économique ?

F : Sur le chômage ?

 

S : Hollande a augmenté le smig de ?

C : 2%

F : Un carambar par jour !

 

S : Et Angela Merkel ?

C : Elle a pris 5 kilos !

F : On dirait Roselyne Bachelot !

 

F : Marianne a eu des triplés

C : Hortefeux, Guéant…

S : Et Valls !

 

S : Vous préparez mon retour pour 2017 ?

C : Bien sûr !

F : J’y réfléchis tous les matins en me rasant !

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 06:53

http://www.gala.fr/var/gal/storage/images/media/images/actu/photos_on_ne_parle_que_de_ca/sherlock_holmes2/1319970-1-fre-FR/sherlock_holmes.jpgL'universitaire Marc Sympa (un pseudo ?) vient de publier ce témoignage sur son blog (link). Il en bave, mais il y a pire encore que sa situation.

 

Une matinée ordinaire dans une fac ordinaire...

 

 

LRU ou Le Ras le bol des Universitaires !

Vis ma vie d’enseignant-chercheur en France

 

 De nos jours, dans une université française ayant conquis son « autonomie » grâce à la LRU. 

 

 

Novembre 2012. Il est 7h50 lorsque Marc Sympa, maître de conférences en sociologie dans une grande Université de la banlieue parisienne arrive en cours, salle 318, Bâtiment D. Pour le trouver, on ne peut pas se tromper, il est encadré par une rangée de containers et de poubelles. Il allume les néons – l’un d’eux a lâché. « Depuis quand ? » se demande-t-il machinalement… Peu de différence de température entre dehors et dedans ; un coup d’œil sur la fenêtre cassée, store pendant. « Va falloir mettre le paquet pour capter leur attention ». Il s’installe, toujours un peu fébrile. Lui-même a parfois du mal à y croire mais il aime l’enseignement !

 

Les étudiants arrivent : « ça caille, y a pas de chauffage ? »

 

- « Vous en faites pas, vous allez vous réchauffer en allant chercher des chaises, franchement je déteste quand vous êtes parterre autour de moi…

 

-       Mais pourquoi on est 80 en TD dans une salle pour 20 ? C’est le tiers monde ici ?! Mon cousin à SciencesPo, son problème c'est de savoir s'il passe un an à New York ou à Londres ! »

-        

Il tente de commencer son cours, valse de chaises, froid et courant d’air…

 

- « M’sieur, sérieux, on peut pas prendre des notes avec des gants !». Lui-même a gardé son manteau.

 

- « Vous avez raison ! Je vais essayer de trouver une autre salle ».

 

Il va finir par la trouver ; ils ont de la chance dans son université, à partir du 1er novembre, ils allument les 2/3 des chauffages. Ce n'est plus le cas partout, il le sait : sa copine, maître de conf' aussi, travaille dans une "petite" université de province – 3 heures de train, des allers-retours chaque semaine, 2 loyers, les frais de transports à leur charge (le salaire amputé de près d’1/5ème , ils espèrent une mutation (300 candidats pour un même poste) pour mettre un bébé en route, déjà 3 ans d’attente…

 

11 h 12. Retour au bureau, dans le grand préfabriqué blanc sale au fond du campus : Marc tente de se concentrer sur la dernière version d’un papier qu’il doit rendre au plus vite. Une des meilleures revues de sa discipline a finalement pris son article, la traduction anglaise semble prévue ; il en est très heureux ; quelques vérifications bibliographiques et ce sera fini des multiples relectures et réécritures. « Dire que certains pensent qu’on n’est pas assez évalués… qu’on a besoin d’une AERES ! », soupire-t-il.

 

Marc vérifie ses mails. Déjà une douzaine : 3 demandes de rendez-vous d'étudiants pour discuter de leur sujet de stage, de mémoire ; le secrétariat qui réclame "en urgence" les sujets d'examen de janvier pour l’enregistrement informatisé ; un collègue qui tente de monter une équipe suite à un appel d'offre et souhaite "aspirer le CV" de Marc ; un appel à communication mais il n’a pas le temps d’y répondre ; des colloques internationaux auxquels il serait bon de participer, mais le labo n'a plus de sous pour financer des déplacements...

 

Marc attend un mail de réponse à son projet ANR pour savoir s’il pourra financer un post-doc, pour une jeune docteure qu’il suit depuis le début et qui galère. Elle espère décrocher un poste, peut-être cette année (l'an dernier, il y avait 38 postes dans sa discipline pour 500 candidat-e-s). Marc lit l'intitulé des mails restants : « Appel des 50 000 précaires, Lettre ouverte des Présidents d’Université à Madame Fioraso, enquête sur l’insertion professionnelle des docteurs… Bonjour l’ambiance ». Rien de l’ANR… au boulot. Sa collègue de bureau arrive ; elle doit passer quelques coups de fil avant d’aller en cours, s’en excuse. Heureusement qu’il l’aime bien.

 

-  « T’inquiète, je vérifie quelques références pour mon papier sur CAIRN et c’est bon.

 

-  Super, félicitations ! J’ai hâte de lire ça ! Enfin après avoir corrigé mes 200 copies bien sûr ».

 

Ils échangent un sourire. Il perd vite le sien en lisant sur son écran « votre université n’est plus abonnée à CAIRN, vous ne pouvez accéder au service…»

 

- « C’est dingue ce truc ! T’as vu ça ? Comment on écrit nos papiers, si on peut plus lire ceux des autres ? Là ça commence à être du grand n’importe quoi ! Bon, je vais à la bib’ en espérant qu’ils aient maintenu les abonnements papiers ». Il laisse sa collègue devant l’ordi, incrédule.

 

Arrivée à la bibliothèque, sit in étudiant devant la porte :

 

- « Monsieur, ils n’ont pas remplacé la bibliothécaire partie à la retraite, du coup c’est fermé. Il paraît que la bibli de socio va disparaître. On fait comment pour réviser nos exams ? ».« Et moi pour mon papier ? C’est cuit ». Il tourne les talons, commence à être sérieusement agacé.

 

Sur le chemin du bureau, Marc croise un collègue, de sciences "dures", élu au Conseil d’Administration de la fac, qui vide son sac : « … sans parler du gel des postes. Profite bien de Noël, parce que vu qu'on sucre les primes administratives et pédagogiques... Et oui, notre université est en déficit comme une vingtaine d’autres, logiquement si on continue avec cette LRU, c’est le dépôt de bilan ! Bientôt, on ne pourra plus nous payer ! »

 

Marc est reparti, essayant de se concentrer à nouveau sur son papier et ses références à compléter. Au bureau, coup d’œil sur les mails : la réponse de l’ANR est enfin là, sa collègue jeune docteure aussi. Mentalement il croise les doigts.

 

- « Bonjour, vous allez bien ? Je vous ai apporté un exemplaire de mon bouquin. Je suis trop contente, il vient de sortir, bon y a qu’1 ou 2 chapitres de ma thèse… « Le reste est pas assez sexy » a dit l’éditeur. Je croyais qu’on parlait d’un ouvrage scientifique, mais bon… Des nouvelles de l’ANR ?

 

- A l’instant ! Je n’ai pas encore regardé. J’espère que ça a marché, vous avez bossé gratos sur ce projet en plus… les 1500 euros demandés ne seront pas du luxe à Bac  + 10 ! Je ne vous promets rien, on a demandé un an, peut-être qu'on aura 6 mois…. ».

Il lit le mail : 1 refus, 1 justification en 6 lignes, 3 mois de boulot foutu…

 

- «  C’est râpé, désolé. Je vous épargne les motifs du refus. C’est fou, on ne bosse plus que comme ça : projet, recherche de financement, projet, évaluation du projet, quand est-ce qu’on fait vraiment not’boulot là-dedans ? C’est débile, infantilisant, chronophage… et ça coûte un fric dingue ! On ne réduira pas les déficits comme ça ! Bon, vous avez de quoi pour tenir jusqu’à l’ouverture du concours pour les postes ? Des vacations de cours ?

 

J’ai mes parents ! (rires)… Sérieusement, les vacs seront peut-être payées mais dans 6 mois au mieux.

 

« J’espère que vous n’en avez pas besoin pour vivre », m’a dit la responsable de l’administration. Et puis, ben, là je rédige un autre projet pour un financement européen, avant j’étais une machine à faire des disserts, maintenant c’est des projets !

 

 - Vous avez un super CV, des articles dans les meilleures revues, le séjour à Berkeley… même un bouquin ! Ça va marcher ! En plus à Paris 18, il y a quelques postes où vous collez au profil d'enseignement et de recherche, c’est parfait…

 

- Vous n’avez pas entendu qu’ils gelaient le recrutement de 30 postes sur les 50 prévus à P18, toutes disciplines confondues ? »

 

« Quel gâchis ! » se dit Marc en la regardant sortir. La journée lui semble déjà bien longue… à sa montre, il est à peine midi ! Il reprend ses mails, signe l’appel des 50 000, lit la signature de son Président au bas de la lettre ouverte et décide d’écrire lui aussi à sa Ministre… tant pis pour son article, ça attendra.

 

Son texte, vous venez de le lire : c’est le récit d'une demi-journée  ordinaire, dans une université broyée par la LRU, entre des étudiants assis par terre et des précaires de tous âges qui font tourner la boutique. Chaque fait rapporté ici est réel.

 

La sélection à l’entrée de la fac, Marc n’en veut pas. Comme de l’augmentation inconsidérée des droits d’inscription. S’il est arrivé là c’est grâce à l’école publique, à l’université publique. Ce dont il a pu profiter, il veut que les autres y aient droit aussi. Il croit toujours au service public de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et ne comprend pas comment il a pu être mis à mal aussi profondément, aussi rapidement. Marc n’est pas un révolutionnaire, il aimerait juste pouvoir faire son travail. Pour cela, ce serait bien que l’Etat se remette à faire le sien : en abrogeant la LRU, en supprimant les agences ANR et AERES, en titularisant tous les précaires, en augmentant la masse salariale et le nombre de postes.

 

 Marc Sympa en colère

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 07:01


http://travelersmarketing.blog-idrac.com/files/2011/01/tourisme-méd.jpgTout est simple à Gaza..., prévient par antiphrase Serge Halimi : « Aucun pays n’accepterait que des missiles tirés de l’extérieur de ses frontières pleuvent sur ses citoyens. »
En énonçant ce constat de bon sens, le président des Etats-Unis ne pensait pas aux Palestiniens de Gaza, proies impuissantes de bombes ou de missiles israéliens parfois largués par des F-16 ou des hélicoptères Apache de fabrication américaine. Depuis des années, avec une régularité lancinante, les mêmes travers scandent la relation des événements en Palestine. D’abord, celui qui consiste à rabâcher une histoire borgne dans laquelle le « terrorisme » des assiégés justifie forcément la « riposte » des assiégeants. Ensuite, celui qui accorde l’impunité à un belligérant doté d’une supériorité militaire écrasante se grimant en victime juste avant d’enclencher une nouvelle escalade armée. Enfin, celui qui fait valoir la nature démocratique d’Israël, dont le gouvernement inclut pourtant une extrême droite raciste représentée au sein du cabinet par le ministre des affaires étrangères.

 

Sonia Shah met en garde contre « les périls du tourisme médical » : Grippe aviaire, dengue, chikungunya rappellent que les épidémies voyagent dans les mêmes véhicules que les humains et les animaux. Aller se faire opérer à l’étranger peut paraître, à titre individuel, avantageux. Toutefois, le développement du tourisme médical n’est pas sans lien avec la montée en puissance de maladies résistant aux antibiotiques.

Perry Anderson pose la question de « l’hégémonie allemande » : Menaces, propos aigres-doux : la négociation du budget 2014-2020 de l’Union européenne divise les Vingt-Sept. Si la volonté britannique d’obtenir un « rabais » focalise l’attention, c’est en réalité l’ensemble du projet européen qui vacille. Crispés sur l’objectif de réduire un budget déjà restreint à 1 % du produit intérieur brut de l’Union, les pays du Nord affrontent ceux du Sud, qui, au nom de la solidarité, réclament plus de moyens. Une fois de plus, Berlin mène la danse.

 

Lorsque je vivais en Afrique de l’Ouest il y a un quart de siècle, la question brûlante était déjà en débat : les frontières léguées par la colonisation étaient absurdes, mais les remettre en cause, n’était-ce pas un remède pire que le mal ? « Nous sommes pour les négociations et pour trouver une solution définitive dans ce conflit entre le Mali et l’Azawad », a déclaré le 16 novembre M. Bilal Ag Achérif, porte-parole des rebelles à Ouagadougou (Burkina Faso), où une médiation internationale est organisée. De leur côté, les Nations unies discutent d’une intervention militaire. La partition de fait du Mali illustre la fragilité, patente depuis la fin de la guerre froide, des frontières du continent. (Anne-Cécile Robert).

 

Mona Chollet réfléchit sur le temps qui nous,asphyxie : La technologie devait apporter à l’humanité loisirs et liberté. Mais le rythme de la vie a suivi celui des machines, et chacun se sent accablé de contraintes asphyxiantes. Inégalement réparti, le temps constitue désormais une ressource rare et disputée. Pour comprendre les raisons de cette pénurie, un détour historique s’impose...

 

Selon Renaud Egreteau, la situation en Birmanie n’est guère sereine : Depuis la dissolution de la junte du général Than Shwe, en mars 2011, et le tournant réformiste décidé par son successeur, le président Thein Sein, le dialogue a repris entre la majorité birmane (bamar) et les minorités ethniques. Mais la résolution des conflits identitaires est suspendue à trop de facteurs pour que l’on puisse espérer une réconciliation rapide.

 

Va-t-on enfin rendre à l’inspection du travail ses lettres de noblesse et des moyens de travailler, demande Fanny Doumayrou ? En juin 2012, Dassault a été condamné pour discrimination syndicale à l’égard de dix-sept salariés de son usine de Biarritz, qui n’ont pas eu une évolution de carrière normale. Le procès a abouti en partie grâce à l’enquête de l’inspection du travail. Un exemple des missions qu’accomplit ce corps de fonctionnaires détesté par le patronat et repris en main par le pouvoir.

 

Martin Denoun et Geoffroy Valadon  se demandent si l’habitat coopératif peut devenir un verrou contre la spéculation : L’explosion du prix des logements (+ 140 % en France depuis 1998) éloigne les locataires des centres-villes et fait la fortune des investisseurs. Comment échapper à cette spirale ? L’habitat coopératif, protégé par une astuce juridique, offre une piste de solution.

 

Concernant le travail des femmes, le compte n’y est toujours pas (Margaret Maruani et Monique Meron) : Quand on examine un siècle de statistiques, bien des idées reçues sur le travail féminin s’évanouissent…Taux de chômage, indice des prix : les chiffres sont politiques. Il en va de même pour le travail des femmes. Chaque société, chaque époque, chaque culture produit ses formes de travail féminin et sécrète ses images et ses représentations. Les chiffres participent très activement à cette construction sociale. Il est donc nécessaire de recompter le travail des femmes au XXe siècle et, en même temps, de décrypter la façon de compter. Retrouver les données et les logiques qui présidaient aux définitions de chaque période permet de comprendre les contes et codes sociaux délimitant les frontières de ce que l’on nomme le travail des femmes.

 

Un très beau texte de Morakabe Raks Seakhoa et Nadine Gordimer sur Johannesburg : Écrivains et amis, se retrouvent chez cette dernière, à Johannesburg. Leur présent – temps, lieu. C’est elle qui aborde le sujet. « Dis-moi, comment vois-tu le Jo’burg d’aujourd’hui ? » Il a grandi dans un village et y est venu en 1975.

 

Agnès Sinaï pense que le gendarme du nucléaire français est bien peu indépendant : Impuissante à réguler la circulation des matières fissiles et à régler le dossier iranien, l’Agence internationale de l’énergie atomique a deux visages : zélatrice du nucléaire civil d’un côté, gendarme du nucléaire militaire de l’autre. Elle défendra les vertus de l’atome y compris à Fukushima, où elle tiendra sa conférence ministérielle du 15 au 17 décembre.

 

La guerre n’a toujours pas cessé dans le Haut-Karabakh (Philippe Descamps) : Vingt ans après la prise de Chouchi par les troupes arméniennes, le 9 mai 1992, le cessez-le-feu est plus précaire que jamais dans les montagnes du Haut-Karabakh. Le réarmement rapide de l’Azerbaïdjan depuis 2010 laisse craindre une reprise des combats aux conséquences incalculables pour l’ensemble du Caucase. Les deux peuples payent au prix fort l’impasse politique et diplomatique.

 

Leila Farsakh  réaffirme que la Palestine refuse de disparaître : Tandis qu’un cessez-le-feu à Gaza, négocié par l’Egypte, confortait la position du Hamas tant sur le plan régional qu’intérieur, les Nations unies examinaient la candidature de la Palestine comme Etat non membre, présentée par le président Mahmoud Abbas. Celui-ci, très affaibli, se heurte à Israël, aux Etats-Unis et à plusieurs pays européens, mais aussi au scepticisme des Palestiniens eux-mêmes.

Marc Guéniat  explique pourquoi les géants des matières premières prospèrent au bord du lac Léman : Le scandale de corruption impliquant un employé genevois de la société Gunvor, spécialisée dans le négoce du pétrole, en marge d’un contrat avec la République du Congo, a suscité un certain émoi en Suisse. Bien implanté dans le pays, le commerce des matières premières deviendra-t-il pour la Confédération helvétique aussi gênant que le secret bancaire ?

 

Pendant ce temps-là (Anne Pitteloud), la littérature suisse romande est en pleine effervescence : Non, la Suisse francophone n’est pas peuplée uniquement de banquiers et de traders. Riche en écrivains originaux, elle peine cependant à les faire connaître.

 

Comment désormais publier quand on est universitaire (Richard Monvoisin) : Aux lourds rayonnages des bibliothèques universitaires s’ajoutent désormais une pléthore de revues spécialisées en ligne, qui offrent sans délai et souvent sans barrière de paiement les derniers résultats des laboratoires de recherche. Cette transformation pousse les scientifiques à s’interroger sur leurs modèles de publication, afin de les remettre au service de la connaissance et du public.

 

Assiste-t-on à la fin de la «stratégie sudiste  aux Etats-Unis (Jérôme Karabel) ?: Affaire Petraeus, dégradation de la situation au Proche-Orient, nécessité de s’entendre avec les républicains sur un plan de réduction des déficits : sitôt réélu, et alors même que son second mandat n’a pas encore commencé, M. Barack Obama a déjà un programme fort chargé. Sur quelle base sociale pourra-t-il s’appuyer pour résoudre les problèmes qui assaillent son pays ?

 

En Amérique latine (Renaud Lambert), des gouvernements affrontent les patrons de presse : Le militantisme politique des médias privés latino-américains les a parfois conduits à participer à des coups d’Etat. Faut-il alors laisser la presse se réguler elle-même ? Bien entendu, répondent ses dirigeants, dont ceux du puissant hebdomadaire brésilien « Veja » (lire « “Veja”, le magazine qui compte au Brésil »). Mais telle n’est pas l’option retenue par certains gouvernements, qui tentent, depuis quelques années, d’encadrer le secteur de l’information.

 

Carla Luciana Silva  nous présente Veja , le magazine qui compte au Brésil : Pour découvrir l’hebdomadaire brésilien Veja  Regardez »), on peut s’intéresser à son courrier des lecteurs, d’un enthousiasme un peu monotone : « Un phare illuminant la mer de larmes de notre monde politique » ; « pas seulement une boussole[éthique], mais également une source de constance et de compétence » ; une publication « libre, courageuse et obsédée par la recherche de la vérité » … On peut également le feuilleter.

 

Benoît Duteurtre  s’insurge contre le réaménagement purement mercantile des gares modernes : Au-delà des professions de foi sur le développement durable et les avantages écologiques du rail, les grands administrateurs français ne semblent aimer ni les gares ni le train. Rien, en tout cas, de ce que le transport ferroviaire apporte de simple, d’accessible et de pratique dans la vie quotidienne. Depuis deux décennies, leur vrai modèle est l’avion, avec son système de réservation obligatoire (le fameux « Socrate », acheté à American Airlines), ses tarifs variables selon l’offre et la demande, ses cabines et ses places de plus en plus étroites, son obligation d’étiqueter les bagages (en attendant de les faire payer partout)... L’une des plus éclatantes démonstrations de cette mutation tient, probablement, dans l’édification de nouvelles gares en rase campagne — coques de verre et de béton qui font la fierté des élus locaux. Les gares, jusqu’alors, reliaient le cœur des villes, avec leur réseau de correspondances et de transports en commun ; elles se situent désormais loin des agglomérations, comme les aéroports. La plupart d’entre elles, comme Aix TGV, ne sont même plus reliées au réseau ferroviaire secondaire (qui intéresse si peu la Société nationale des chemins de fer français, SNCF) mais se voient entourées d’immenses parkings. Il faut, pour s’y rendre ou en repartir, affronter les embouteillages et augmenter la pollution : le train au service de l’automobile ; on n’imaginait pas que nos décideurs pussent arriver à résoudre cette équation !

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 06:59

RP2Cela fait un petit moment que je n'ai pas mentionné que cette revue de presse qui, il faut bien le dire, a poussé Ivan Levaï vers la maison de retraite,  est diffusée chaque lundi à 17 heures dans l'émission “ Excusez-moi de vous interrompre ” animée par Maxime Vivas, sur les ondes de la radio libre Radio Mon Païs (90.1).

 

 Politis brosse le portrait de notre nouveau Rastignac national, Manuel Valls

À tout juste 50 ans, Valls a hérité avec le ministère de l’Intérieur d’un poste qui le place constamment sous les feux de l’actualité. La place Beauvau peut être un formidable marchepied vers le pouvoir suprême. Le poste a souri à François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Il serait tentant de voir dans cette ascension sociale la revanche du fils d’immigré catalan ayant gravi les échelons sans passer par les cases ENA ou grandes écoles. L’histoire serait alléchante si Manuel Valls n’avait construit sa notoriété en affichant sur de nombreux sujets (temps de travail, retraites, sécurité, dénonciation de l’assistanat, etc.) des positions systématiquement contraires à la pensée de gauche. Pour lui, « le mot “socialiste” ne veut plus dire grand-chose ». Or, à son nouveau poste, Manuel Valls peut trancher des débats idéologiques du PS… en sa faveur. Il l’a fait sur la vidéosurveillance, comme sur les Roms. Ses idées économiques, naguère décriées, parviennent à trouver preneur en haut lieu, signe d’une influence nouvelle. À laquelle il ne fixe aucune limite.

 

Toujours très bon, le biologiste Jacques Testard dans Le Sarkophage- La vie est à nous n° 33 voit dans les jeux paralympiques « le comble de la compète » : « Devions-nous nous taire parce qu’on organise des jeux paralympiques au moment même où la situation des handicapés s’aggrave en Grande-Bretagne ? […] Un participant au 5000 mètres en fauteuil (le seul énoncé de cette épreuve est surréaliste !) a ainsi fait remarquer : “ Je suis le plus handicapé, je suis le seul à être paraplégique donc je n’ai ni abdos ni fessiers ? ” [… Mais pourquoi un handicapé devrait-il se réaliser sur le terrain de son handicap plutôt que sur des objectifs communs à toute l’humanité comme dans la peinture ou la poésie ? Michel Petrucciani était magnifique au piano et l’on se réjouit qu’il n’ait pas choisi le stade pour se dépasser. […] L’obscénité de la compétition se confirme quand on apprend que le dopage est encore plus répandu aux jeux paralympiques, où la détection des fraudes est compliquée par le traitement médical des handicaps autant que par l’usurpation de la qualité d’handicapé comme il est arrivé pour les déficients mentaux. »

 

À qui profite la baisse de la note de l’économie française par Standard & Poor’s, demande le capitaine Martin sur son blog Résistance ? Au moment où notre ministre de l’économie et des finances se transforme en VRP du pacte de compétitivité devant des chefs d’entreprises, il est probable qu’un nouveau tour de vis fiscal, voire une baisse sensible des dépenses de l’État, soit nécessaire afin de rassurer les marchés et les emprunteurs. La crise s’accompagne d’une exigence de destruction de tout ce qui entrave la concentration des richesses par les grands possédants. Ils appellent cela « déréglementation », « privatisation » ou « libéralisation ».

L’idée selon laquelle il pourrait y avoir sortie de crise sans sortie du système qui l’engendre est une hérésie. Autant vouloir soigner une grippe sans tuer son virus. Cette chimère ne vise, une nouvelle fois, qu’à berner le peuple en lui faisant croire que l’avenir sera meilleur s’il accepte de nouvelles mesures antisociales.

 

Victor du blog des Aliboffis nous narre ses mésaventures avec la Poste :

Ah ! La poste… Dany Boon en a fait, du temps du service public, une charge désopilante. Depuis, cette vieille dame un peu coincée mais chère au cœur de tous les Français a été privatisée. On a supprimé les barrières et les hygiaphones, on a repeint en jaune, on a mis plein de choses inutiles à vendre, on a remplacé moult employés par des machines rutilantes censées vendre des timbres, recharger un monéo, affranchir un colis, etc. Seulement, lorsqu’elles ne sont pas en panne, ces machines requièrent de l’usager (pardon, du « client »), un stage de trois mois de formation avec deux ingénieurs pour en maîtriser l’emploi…

J’ai la chance de pouvoir, chaque année, vivre l’été en Margeride, à 1200 mètres d’altitude, au milieu des vaches, des grandes gentianes, des jonquilles, des ruisseaux à truites et des grandes forêts à cèpes ; et l’hiver, je réintègre mes pénates provençales près d’Avignon. Du 15 mai au 15 novembre, je fais donc réexpédier mon courrier d’une adresse à l’autre. Cette année, je suis resté une semaine de plus « en haut » de façon à pouvoir récupérer mes derniers courriers réexpédiés. Or, surprise, cette réexpédition à continué de se faire après la date d’arrêt du 15 novembre.  Dans ma grande naïveté, j’ai pensé résoudre facilement ce problème en donnant un coup de téléphone à mon bureau de poste provençal. Donc internet, pages jaunes et voilà un numéro genre 36 quelque chose. Voix anonyme puis musiquette entrecoupée de pubs pour les divers produits maison. Dix minutes… Les aliboffis commencent à gonfler, à gonfler… Je vais donc au village le plus proche où se trouve un bureau de poste. J’explique mon problème, demandant à la préposée de téléphoner elle-même au bureau émetteur pour régler le problème. « Hou la la ! J’ai pas le numéro mon pauvre monsieur. Téléphoner à la ville dont on dépend. Tè ! Je vous fais le numéro ». Nouvelle explication auprès d’une autre brave dame me renvoyant…au numéro de téléphone musiquette.

 

Bref. Je transhume vers la Provence et, hier matin, je vais au bureau responsable pour résoudre la question, c'est-à-dire suspendre le renvoi erroné de courrier. Premier contact avec un petit jeunot. « Bon, ce n’est pas de mon ressort, je vais chercher quelqu’un ». Après quelques minutes, arrive une brave dame, celle du grade au dessus. « Bou ! Nous, on ne peut rien, ça dépend d’Avignon » - « Ben, téléphonez leur ! » - « C’est pas possible ». Le ton monte un peu et la dame va chercher un « chef ». Re-belote, re-explication, re-refus de faire quoi que ce soit ni de reconnaître l’erreur du service. Bla bla bla bla et voilà que la « chef » va chercher un autre « chef », probablement le « grand chef ». Re re explication et…voilà que le grand chef reconnaît l’erreur, va dans les services et deux minutes plus tard m’assure que le problème – pour lequel on ne pouvait rien faire – est résolu !

 

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 14:00

http://static1.ozap.com/articles/2/10/49/22/@/745098-daniel-schneidermann-presente-arret-diapo-1.jpgUn article très lucide (comme souvent) de Daniel Schneidermann (responsable du site Arrêt sur Images) sur le directeur des rédactions du Monde, récemment décédé :


 

Ils sont parfois révélateurs, les mots qui viennent sous la plume d'un journaliste, pressé par le bouclage, et peut-être par l'émotion. Il ne fait guère de doutes que la "nécro" d'Érik Izraelewicz n'attendait pas dans les tiroirs virtuels du Monde. Compte tenu de la soudaineté de la mort du directeur, l’article publié dans l’édition d’hier sous la plume de Sophie Gherardi, Marie-Béatrice Baudet, Françoise Fressoz et Serge Marti, a forcément été rédigé dans la nuit, et dans la matinée de mercredi. Il n'est donc pas passé, ou bien à toute allure, par les filtres et les relectures habituels.


Ainsi l'immense majorité de cet article est-elle consacréeà "l'homme" Izraelewicz, au chef, au confrère, tel que ses confrères l'ont connu, et dont tous les témoignages s'accordent à décrire les mêmes traits de caractère : bienveillance, humour, discrétion, timidité. Les scories, comme celles qui ont valu à la nécro de Télérama, rédigée à chaud, un sérieux recadrage, sont soigneusement évitées. À propos de la carrière du disparu, l'accent est mis (à raison) sur son combat contre la vente des Échos à Bernard Arnault (même si c'était pour se jeter dans les bras d'un autre capitaliste, Marc Ladreit de Lacharrière, mais ne chipotons pas, on n'y était pas).


Mais tout de même, c'est un peu court. S'agissant du directeur du Monde, il faut bien dire quelque chose de ses inclinations politiques et intellectuelles, et, au sens large, de sa vision du monde (sans majuscule). Les auteurs s'en acquittent en une phrase, une seule. C'est celle-ci : "Les amis d'Érik Izraelewicz, Denis Kessler, autre Alsacien monté à Paris, et leur aîné Dominique Strauss-Kahn – qui fut le professeur d'Érik à HEC –, étaient de cette génération socialiste gourmande de réformes qui allaient façonner le monde tel qu'il est aujourd'hui pour le meilleur et pour le pire."


Ces deux noms d'amis, à eux seuls, ne définissent pas les opinions d'Izraelewicz, mais ils brossent un paysage, un itinéraire familier, parcouru par bien des intellectuels et politiques de la scène actuelle. Les réformes dont cette génération était "gourmande", on les connaît : privatisations, compression du coût du travail, conversion au libéralisme (Kessler, moins connu que DSK, est passé de la CFDT à la vice-présidence du MEDEF). Et les opinions d'Izraelewicz, il les exprimait dans ses éditos, qu'il enjoigne Hollande à être plus gourmand de réformes ou qu’il sermonne sèchement les dépensiers grecs.


Mais il faut bien relire les mots. Ainsi les "réformes" libérales sont-elles dépeintes comme une grosse pomme, dans laquelle la génération d'amis, joyeusement, a croqué à belles dents. Résultat ? C'est ici que le texte livre tout son nectar : "le monde tel qu'il est aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire". En substance : il y a du bon et du mauvais, en vrac, triez lecteurs, nous n'avons pas à en décider, et de toutes manières il n'y a pas d'alternative. On est passés devant le maire, on a la bague au doigt, on est mariés au libéralisme, dans un univers mental où, semble-t-il, le divorce n'existe pas.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 07:08

http://www.dvdclassik.com/images/Critiques/Ti/ti_chaplin_opinion.jpgLe site Acrimed vient de reprendre un long article publié par Pierre Bourdieu en 1973. Ci-dessous : de larges extraits.

 

L’« opinion publique » qui est manifestée dans les premières pages de journaux sous la forme de pourcentages (60 % des Français sont favorables à...), cette opinion publique est un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l’état de l’opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu’il n’est rien de plus inadéquat pour représenter l’état de l’opinion qu’un pourcentage.

 

Ayant dit au commencement ce que je voulais dire à la fin, je vais essayer d’indiquer très rapidement quelles sont les opérations par lesquelles on produit cet effet de consensus . La première opération, qui a pour point de départ le postulat selon lequel tout le monde doit avoir une opinion, consiste à ignorer les non-réponses. Par exemple vous demandez aux gens : « Êtes-vous favorable au gouvernement Pompidou ? » Vous enregistrez 30 % de non-réponses, 20 % de oui, 50 % de non. Vous pouvez dire : la part des gens défavorables est supérieure à la part des gens favorables et puis il y a ce résidu de 30 %. Vous pouvez aussi recalculer les pourcentages favorables et défavorables en excluant les non-réponses. Ce simple choix est une opération théorique d’une importance fantastique

 

En fait, il y a plusieurs principes à partir desquels on peut engendrer une réponse. Il y a d’abord ce qu’on peut appeler la compétence politique par référence à une définition à la fois arbitraire et légitime, c’est-à-dire dominante et dissimulée comme telle, de la politique. Cette compétence politique n’est pas universellement répandue. Elle varie grosso modo comme le niveau d’instruction. Autrement dit, la probabilité d’avoir une opinion sur toutes les questions supposant un savoir politique est assez comparable à la probabilité d’aller au musée. On observe des écarts fantastiques : là où tel étudiant engagé dans un mouvement gauchiste perçoit quinze divisions à gauche du PSU, pour un cadre moyen il n’y a rien. Dans l’échelle politique (extrême-gauche, gauche, centre-gauche, centre, centre-droit, droite, extrême-droite, etc.) que les enquêtes de « science politique » emploient comme allant de soi, certaines catégories sociales utilisent intensément un petit coin de l’extrême-gauche ; d’autres utilisent uniquement le centre, d’autres utilisent toute l’échelle. Finalement une élection est l’agrégation d’espaces tout à fait différents ; on additionne des gens qui mesurent en centimètres avec des gens qui mesurent en kilomètres, ou, mieux, des gens qui notent de 0 à 20 et des gens qui notent entre 9 et 11. La compétence se mesure entre autres choses au degré de finesse de perception (c’est la même chose en esthétique, certains pouvant distinguer les cinq ou six manières successives d’un seul peintre).

 

Supposons un ensemble de questions du type suivant : Êtes-vous favorable à l’égalité entre les sexes ? Êtes-vous favorable à la liberté sexuelle des conjoints ? Êtes-vous favorable à une éducation non répressive ? Êtes-vous favorable à la nouvelle société ? etc. Supposons un autre ensemble de questions du type : Est-ce que les professeurs doivent faire la grève lorsque leur situation est menacée ? Les enseignants doivent-ils être solidaires avec les autres fonctionnaires dans les périodes de conflit social ? etc. Ces deux ensembles de questions donnent des réponses de structure strictement inverse sous le rapport de la classe sociale : le premier ensemble de questions, qui concerne un certain type de novation dans les rapports sociaux, dans la forme symbolique des relations sociales, suscite des réponses d’autant plus favorables que l’on s’élève dans la hiérarchie sociale et dans la hiérarchie selon le niveau d’instruction ; inversement, les questions qui portent sur les transformations réelles des rapports de force entre les classes suscitent des réponses de plus en plus défavorables à mesure qu’on s’élève dans la hiérarchie sociale.

 

L’effet d’imposition de problématique, effet exercé par toute enquête d’opinion et par toute interrogation politique (à commencer par l’électorale), résulte du fait que les questions posées dans une enquête d’opinion ne sont pas des questions qui se posent réellement à toutes les personnes interrogées et que les réponses ne sont pas interprétées en fonction de la problématique par rapport à laquelle les différentes catégories de répondants ont effectivement répondu. Ainsi la problématique dominante , dont la liste des questions posées depuis deux ans par les instituts de sondage fournit une image, c’est-à-dire la problématique qui intéresse essentiellement les gens qui détiennent le pouvoir et qui entendent être informés sur les moyens d’organiser leur action politique, est très inégalement maîtrisée par les différentes classes sociales.

 

On parle communément de « prises de position » ; il y a des positions qui sont déjà prévues et on les prend. Mais on ne les prend pas au hasard. On prend les positions que l’on est prédisposé à prendre en fonction de la position que l’on occupe dans un certain champ.

 

Bref, j’ai bien voulu dire que l’opinion publique n’existe pas, sous la forme en tout cas que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence. J’ai dit qu’il y avait d’une part des opinions constituées, mobilisées, des groupes de pression mobilisés autour d’un système d’intérêts explicitement formulés ; et d’autre part, des dispositions qui, par définition, ne sont pas opinion si l’on entend par là, comme je l’ai fait tout au long de cette analyse, quelque chose qui peut se formuler en discours avec une certaine prétention à la cohérence. Cette définition de l’opinion n’est pas mon opinion sur l’opinion. C’est simplement l’explicitation de la définition que mettent en œuvre les sondages d’opinion en demandant aux gens de prendre position sur des opinions formulées et en produisant, par simple agrégation statistique d’opinions ainsi produites, cet artefact qu’est l’opinion publique. Je dis simplement que l’opinion publique dans l’acception implicitement admise par ceux qui font des sondages d’opinion ou ceux qui en utilisent les résultats, je dis simplement que cette opinion-là n’existe pas.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 06:29

RP2Bernard Teper pose dans Respublica la question suivante :

 

Après le choc démographique et le choc de compétitivité, à quand le prochain choc ordolibéral ? Comme pour les 30 milliards par an des exonérations Fillon de cotisations sociales, ce sont les effets d’aubaine qui seront au rendez-vous. Pour les exonérations Fillon, il a été dépensé 30 milliards par an pour maintenir un peu plus de 60.000 emplois. Il en sera de même avec la politique Hollande-Ayrault et son choc de compétitivité.
Il faut savoir que l’administration fiscale contrôle de moins en moins les déclarations fiscales des entreprises (conséquence de la baisse des dépenses publiques et de la diminution forte du nombre de contrôleurs !) comme elle contrôle de moins en moins les remboursements de la TVA sur les exportations et pour le crédit d’impôt-recherche. Mais par ailleurs, rappelons-nous que toute cette politique était déjà présente dans la Stratégie de Lisbonne signée en mars 2000, main dans la main par Jacques Chirac et Lionel Jospin qui nous promettait que l’Union européenne allait devenir « l‘économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 » On a vu ce que valait cette promesse !

 

L’Humanité évoque l’hommage au délicat Bigeard :

Avec la défaite de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, puis celle de son ex-majorité nostalgique du bon vieux temps des colonies, nous avons cru un temps, naïfs que nous étions, que le projet d’hommage officiel au général Bigeard, aux Invalides, serait abandonné (rappelons qu’un premier appel, signé par 10 000 citoyennes et citoyens, avait eu sa part dans la reculade du gouvernement Sarkozy-Fillon-Longuet).

En mai 1984, interrogé par Libérationsur la signification de la défaite française de Diên Biên Phu, Bigeard lâcha cette formule : « C’est la race blanche qui a perdu… »

 

Gaza : entretien avec le communiste israélien Dov Khenin (L’Humanité)

Que pensez-vous des pays qui, comme la France, 
estiment que Palestiniens et Israéliens partagent 
la responsabilité de ce qui se passe?

Dov Khenin. Il faut considérer plus largement la question palestinienne. Il ne s’agit pas seulement d’un problème entre le Hamas, Israël et l’escalade actuelle. La question principale n’est pas de savoir qui tire sur Gaza ou sur le sud d’Israël. La véritable question reste celle de l’occupation, le fait que les Palestiniens n’ont toujours pas le droit à l’autodétermination en créant leur propre État indépendant. Une telle situation, évidemment, ne permet pas d’aller dans ce sens, d’arriver à un accord de paix et de mettre fin à l’escalade militaire. Malheureusement, l’Union européenne ne prend pas une position ferme sur cette question de la paix.

 

Une réflexion du journaliste Jean-Emmanuel Ducoin sur son blog (link) :

Nicoléon l’a voulu, Normal Ier l’a entériné. Depuis cette année, le 11novembre commémore en une seule date toutes les guerres, y compris coloniales. Au prétexte de rendre hommage aux «morts pour la France», le mélange des genres, version «roman national» maurrassien, s’apparente à une régression mémorielle qui élude la principale question: pourquoi ces hommes sont-ils morts et qu’y a-t-il de commun entre Verdun, le Mont-Valérien, Diên Biên Phu, Alger et l’Afghanistan?

 

Parler des pauvres déprime. Alors, on va parler des riches, ce qui nous déprimera encore plus.

 

Tiré de Paris Match (ah, Maxime, les éditos de Raymond cartier dans les années 50 et 60 !).) : de Jodhpur Au Rajasthan, le pays des rois, on n’avait jamais vu ça. Et pourtant les maharadjahs n’étaient pas avares d’extravagances. Pour les 50 ans de Vladislav Doronine, son compagnon depuis 2008, l'ancien mannequin Naomi Campbell (dont les revenus avoisinent les 30 millions de dollars et qui est membre d’une secte kabbalistique) a organisé la fête du siècle. Douze avions affrétés pour transporter les 200 invités, de Demi Moore à Sarah Ferguson, des stars de cinéma ou de la mode pour la plupart. La soirée d’anniversaire déguisée a eu lieu dans un ancien palais où Diana Ross a donné un concert. C’est à coup de millions de dollars que l’Anglaise et le Russe ont l’habitude de se fêter leur anniversaire

Pour les 41 ans de Naomi (qui a participé à des projets humanitaires avec le Dalaï-Lama, projets qui ont reçu la bénédiction de Maxime Vivas), Doronine lui a quand même offert une maison écologique en forme d'oeil Egyptien. Coût : 26 millions de dollars.

 

Celle que l'on surnomme à juste titre la "panthère" n'a pas choisi son homme parmi les gentils. Vladislav Doronine, fait partie de l'élite Russe. Un peu homme d'affaires, un peu entrepreneur. Toujours est-il qu'il brasse beaucoup d'argent. Assez pour que son compte en banque affiche plus d'un milliard de dollars au compteur.

 


Même Raymond Cartier, dans son anticommunisme le plus délirant, n’aurait pas rêvé un tel rêve éveillé.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 09:05

http://www.preparationmariage.com/IMG/jpg/ymcaG.jpgLa presse bruisse ces jours-ci d’une rumeur selon laquelle Le Pen et André Labarrère auraient eu des relations sexuelles dans les années cinquante, alors que le futur chef de l’extrême droite dirigeait la corpo de Droit à la Sorbonne tandis que le futur ministre socialiste était responsable de l’Unef. Labarrère aurait déclaré : « Il était beau, grand, blond, intelligent, dangereux… C'était mon ami. J'étais déjà à gauche. Il était déjà à droite. Jean-Marie Le Pen, je l'ai très bien connu, je peux même dire… très, très bien. » Celui qu’à Pau on surnomma « l’embrayage » (les Palois sont facétieux) a toujours fait preuve de spontanéité. Il fut, je pense, plutôt sympathique (je l’ai rencontré en une occasion lors d’un colloque universitaire dans sa ville).


Le Pen a démenti, précisant que Labarrère avait « fantasmé » sur lui.

Je ne sais si Jean-Marie et André se sont simplement échangé de doux regards, s’ils ont joué à touche-pipi ou s’ils sont allés plus au fond des choses, et je m’en tamponne le coquillard. Ce dont je suis sûr en revanche, c’est que lorsque Le Pen se lâche dans les insultes publiques, il fait systématiquement dans l’anal : « enculé ! », « pédé ! », « la politique de la braguette ».

Ça, c’est intéressant.

 

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 07:20

http://www.easi-ie.com/wp-content/uploads/2011/05/identite.jpgBon, allez, j’ai tous les droits : une fois n’est pas coutume, je vais me lancer dans un truc un peu limite. Comme les sportifs, les artistes (ce que je ne suis nullement), je vais me mettre en danger, pour reprendre ce cliché plus qu'usé. C’est Le Figaro (qui n’est pas mon journal de chevet préféré) qui m’en a donné l’idée. Récemment, il psychanalysait Hollande. À noter, pour ne plus y revenir, qu’il ne s’est pas occupé de son propriétaire, le marchand d’armes Dassault, qui doit se traîner des valoches névrotiques plus lourdes que ses Rafales (une partie de ma famille a vécu pendant des années dans la circonscription électorale de son père, le vrai avionneur : j’en aurais des choses à raconter !). Je cite :

 

« Notre président relèverait-il de la catégorie des indécis ? Dès son enfance, Hollande a été formé à atténuer les conflits entre une mère de gauche et un père de droite [en fait d’extrême droite, mais il ne faut pas heurter les lecteurs fachos de Neuilly]. Aujourd'hui, il se trouve dans une situation où il doit concilier l'inconciliable, les impératifs économiques et les exigences de ses électeurs. Cette façon d'agir n'est pas forcément la plus mauvaise dans la poudrière où la France se trouve. S'agit-il donc de prudence, de recherche du consensus, d'un impérieux besoin de recul pour ne pas confondre vitesse et précipitation? Sa soi-disant indécision est peut-être pure interprétation de ses opposants à partir de maladresses de communication. Tel n'est pas le ressenti de Jean-Pierre Winter, pour qui cette stratégie du compromis a sans doute été efficace lorsqu'il dirigeait le Parti socialiste et devait concilier ses diverses tendances, mais s'applique plus difficilement à la direction d'un État. « Diriger un pays n'est pas diriger un parti. Si le chef de l'État se doit d'être consensuel, il lui faut néanmoins prendre des décisions et agir. Et l'indécision, qu'en termes analytiques j'appelle inhibition, me semble une erreur de stratégie. »

 

Je pense depuis près de cinquante ans que la lecture marxiste de l’histoire, des rapports entre les hommes, des luttes sociales, si elle n’est pas parfaite ni complète, est la meilleure. Aucune autre, à mes yeux, ne rend aussi bien compte du monde dans sa globalité. Mais l’humanité est constituée d’humains, d’individus. Les caractéristiques de ses individus peuvent influer sur la collectivité. Pas seulement à la marge. Pour prendre un exemple simple, si Hitler n’avait pas existé, l’Allemagne aurait connu le nazisme, elle aurait tenté de résoudre ses problèmes en écrasant des victimes expiatoires à l’intérieur et en s’attaquant férocement aux nations voisines, dans un pur souci d’expansion. Mais l’histoire personnelle d’Hitler, sa famille, son camarade de classe, le petit génie juif Wittgenstein qui l’aidait à faire ses devoirs, sont sûrement responsables du fait que le pays est allé jusqu’à l’apocalypse, en dépensant toutes ses dernières ressources dans l’élimination de plusieurs centaines de milliers de Juifs au lieu de se défendre efficacement contre l’ennemi, ou de négocier, comme plusieurs dignitaires nazis l’avaient envisagé et même tenté. Certes, on n’explique pas le nazisme par le fait qu’Hitler avait, très vraisemblablement, du sang juif dans les veines (et pas à la vingt-cinquième génération). Mais les excès délirants d’un régime qui, de toute façon, eût été fasciste, naquirent pour partie dans le rapport qu’entretint ce pauvre type avec sa famille pitoyable et avec son origine, fort douteuse à ses yeux.

 

La pente naturelle de l’Allemagne est, depuis des siècles, le Drang nach Osten. Et non Nach Westen. Ce n’est sûrement pas un hasard si ce pays, qui a calé pour le moyen terme son économie sur celle des pays de l’Europe de l’Est (et non pas sur celle de la France ou de l’Angleterre) est dirigé depuis un bon moment par une Allemande de l’Est. Plus exactement, une Allemande originaire de Hamburg qui a passé toute sa jeunesse dans l’ancienne RDA, qui fut membre des Jeunesses communistes (ce qui n’était pas une obligation ; par la suite elle devint secrétaire du département pour l’agitation et la propagande à l’Académie des sciences, ce qui était encore moins indispensable), qui reçut la confirmation, dont le père était pasteur, et qui, aujourd’hui, porte le nom de son ancien mari, physicien comme elle. Angela qui rédigea, après la soutenance brillante de sa thèse de physique une minithèse de doctorat sur les mérites du marxismes-lénisnisme (requise pour enseigner en université), intitulée Qu’est-ce que le mode de vie socialiste ?. Angela qui n’a pas d’enfants et qui, sur toutes les photos prises à trente, quarante ou cinquante ans, a l’air d’une petite fille. Comment s’étonner que cette personne soit aujourd’hui une des plus ardentes thuriféraires du libéralisme à tout crin, elle qui a passé des années de sa vie dans le mensonge ? Le Monde, qui voit d’ailleurs en elle une « habileté machiavélique »,  la dénomme « Merkiavel » (link).

 

La liste serait très longue de ceux qui, dans la politique ou les médias, sont non seulement bourrés de contradictions mais également en quête d’identité brisée ou impossible. Je ne sais si cette liste est plus longue qu’il y a cent ans ou mille ans. Mais la personnalisation, l’exposition du pouvoir étant ce qu’elles sont, les garde-fous, les protections d’autrefois ont sauté. Les dirigeants ne sont plus préservés du regard des dirigés. Les dirigés subissent les infortunes, les aléas personnels de ceux qui les régentent. Un exemple culte : on se souvient de la première (et dernière) grande conférence de presse de Sarkozy. Après avoir exposé son programme, après avoir démoli et humilié le journaliste Joffrin qui encaissa sans mot dire, il se lança, alors que rien ne l’y obligeait, dans un égarement de sept minutes sur sa vie privée qu’il conclut par un ahurissant « Avec Carla, c’est du solide ». Sarkozy, dont le père avait quitté le foyer familial sans vraiment subvenir aux besoins de ses enfants. Sarkozy, qui découvrit, déjà jeune homme, ses origines juives alors qu’il avait vécu jusque-là en bon bourgeois catholique de droite. Le kleiner Mann retourna sa souffrance contre les étrangers à son monde et les étrangers tout court. Lors de son discours de remerciements aux militants, le soir de sa victoire à l’élection présidentielle (avant d’enfiler un jeans et d’aller festoyer au Fouquet’s avec ses copains milliardaires qui sont le sens politique de son existence), il prononça une phrase passée presque inaperçue : « La France, elle m’a tout donné. » Un Français, disons, pour simplifier, de souche, n’aurait jamais dit cela. Mais un individu aux trois-quarts étranger pouvait se considérer dans ce rapport d’échange, de don (au sens “ maussien ” du terme). Le problème, avec Sarkozy, fut celui du contre-don. Aux Français, il inflige sa propre peine. Un individu en souffrance, mais capable de générosité, sachant mettre son problème en perspective, donc sachant le relativiser, l’évacuer de son propre champ, sera en empathie avec les autres et ne vivra que pour eux. Il croira, peut-être un peu naïvement, que chaque acte posé par lui peut sauver l’humanité. Sarkozy, pour sa part, fit payer sa faute originelle à ceux qu’il voyait comme différents de lui. Il a cru que chaque victime expulsée apporterait une solution à son problème d’identité, allègerait sa propre extranéité. Ou encore que chaque clochard embarqué par la police ferait oublier que son père hongrois avait couché autrefois sous les ponts de Paris.

 

Dans l’entourage de Sarkozy, on mentionnera Carla Bruni, petite fille d’un Juif italien converti pendant la Deuxième Guerre mondiale et également arrière-petite-fille d’un grand ingénieur et industriel français, qui découvrit, à trente ans, que son père biologique n’était pas l’époux milliardaire de sa mère, par ailleurs mélomane surdoué, mais un homme d’affaires brésilien, comme il en est tant. On se souviendra aussi de sa deuxième épouse (juive de Bessarabie, mais aussi tsigane et espagnole) qui déclara un jour sa fierté de ne pas avoir une goutte de sang français dans les veines. On n’insistera pas sur Henri Guaino, qui n’a pas connu son père, Rachida Dati, française d’origine marocaine et algérienne et portant un nom italien (link), Éric Besson, dont la mère est libanaise, dont le père est décédé accidentellement alors qu’il était dans le ventre de sa mère et qui fut élevé par un beau-père libano-égyptien. Plus tard, marqué comme au fer rouge par son échec à l’ENA, il empruntera une forte somme à sa grand-mère pour proclamer ce revers sous forme d’un tiers de page de publicité dans Le Monde. On pourra enfin évoquer Fadela Amara, une militante de la « diversité » se définissant uniquement par la négative en insistant bien sur le stigmate (« Ni putes ni soumises »).

 

Toujours à droite, les de Villiers (mais « Villiers » sur les affiches de propagande), pas plus vendéens que moi, catholiques intégristes constituant une famille carrément tuyaux de poêle. Pas très loin : Poivre d’Arvor, pas noble, pas d’Arvor (les Poivre sont des chtis du Pas-de-Calais), un peu breton. Sur les photos, il a toujours l’air triste : trois de ses enfants (sur sept) sont morts.

 

À gauche : Mitterrand et sa double vie, triple même si l’on compte le cancer bien enfoui (link). Manuel Valls, espagnol naturalisé français à l’âge de vingt ans. Mère suisse, père grand peintre espagnol. Un de ses oncles suisses est un architecte de renom. Un de ses grands-pères fut un grand journaliste espagnol catholique qui protégea des prêtres contre des Républicains rouges. Cette hérédité a forcément à voir avec ses dispositions envers les Roms, objets, contrairement à Deixia (link), de toutes ses sollicitudes. On notera que Valls nous a diverti un temps avec son père « farouche opposant au franquisme », alors que le peintre quitta tranquillement l’Espagne pour la France en 1949 avec une bourse d’études française, qu’il fit ensuite des aller-retour entre les deux pays, ce qui explique la naissance de Manuel en 1962 à Barcelone. Un Manuel qui hésitera sa vie durant entre insécurité et morgue, comme lors de la passation des pouvoirs au ministère de l’Intérieur en mai 2012 (link).

 

Montebourg, qui parle encore plus « patate chaude dans la bouche » que sa caricature par Canteloup. Au point que, quand il n’était pas très connu, des journalistes l’appelaient spontanément et sans malice « de Montebourg », conditionnés qu’ils étaient par l’aspect, le maintien du personnage. Le ministre a un quart de sang arabe dans les veines, mais son grand-père fut un wali, un gouverneur. Socialiste, il s’est marié religieusement, dans une abbaye cistercienne, à une de Labriffe et de Lacretelle. Le Botin mondain du Figaro, quoi. Quant à sa compagne d'un temps Audrey Pulvar (link), on ne m’ôtera pas de l’idée qu’une femme de cinquante ans, fille d’un grand responsable syndicaliste, qui s’exhibe dans des robes de chocolat (la couleur idoine ?) et qui, en direct, embrasse sur la bouche une petite chroniqueuse de télé, n’a pas quelques problèmes d’identité.

 

Bien sûr, on est ce que l’on est et l’on fait ce qu’on peut. Mais ces éminences façonnent nos vies et, pour certaines, écrivent l’histoire à notre place. Ils ont tout. Nous subissons leurs travers, leurs maux, leurs obsessions. Pendant cinq ans, nous eûmes droit aux mollets disproportionnés de Sarkozy car le président faisait son jogging en convoquant les médias. Il courait donc pour nous et, forcément, contre nous. Pendant cinq ans, il nous infligea son rapport au corps. Le corps terrestre du kleiner Mann oblitéra son corps politique, donc nous boucha la vue. Eût-il perdu l’élection de 2007 que nous aurions subi les fantasmes familiaux, archéologiques, de Ségolène Royal. Sans parler de son différend domestique avec François et sa querelle intestine avec Valérie.

 

Pour finir, je crois que c’est cela, le problème : ils nous bouchent la vue.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 06:49

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Interview de Jean-Luc Mélenchon dans La Riposte - « La confrontation sociale semble inéluctable ».

 

La politique de ces six premiers mois du gouvernement Ayrault, c’est celle de tout le Parti Socialiste Européen depuis Blair. Elle a conduit à l’effondrement et la capitulation sans condition de Papandréou en Grèce, premier ministre et président de l’Internationale socialiste. Cette ligne, c’est celle de François Hollande depuis les années 80, comme je l’ai montré dans mon livre Enquête de gauche. Le nouveau pouvoir a mis six mois pour faire un « coming out » qui rompt publiquement avec toutes les traditions de la gauche en France.

Mais le nouveau pouvoir pose un grave problème : il détériore le rapport de force social. Le devoir d’un gouvernement de gauche nouvellement élu est de créer le rapport de force avec le patronat. Au lieu de cela, Hollande et Ayrault repoussent les quelques réformes promises. Ils organisent ainsi la démobilisation de ceux qui ont permis de battre la droite. En même temps sur l’austérité, la « compétitivité » et maintenant les 35 heures, Hollande et Ayrault valident le discours du patronat. Hollande et Ayrault mettent la gauche et les salariés en grand danger.

LR : Le MEDEF fait pression pour un allègement massif des « charges patronales ». Il prétend que cela créerait des emplois. Qu’en dis-tu ?

JLM : Le MEDEF avance ses pions car il sent que le gouvernement est faible. Mais ne nous laissons pas intoxiquer par les mots. Ce que le MEDEF appelle des « charges » est en fait des cotisations, c’est-à-dire une partie du salaire. Et le travail humain n’est pas un « coût » : il a un prix. Ce prix intègre la santé, l’éducation, la protection du travailleur contre le chômage ou la vieillesse. Surtout le travail est la seule source de richesse de la société ! Les chiffres plaident pour nous. Depuis dix ans, les exonérations de cotisations sociales ont déjà coûté 215 milliards d’euros. Et le chômage n’a cessé d’augmenter.

Quant aux secteurs soumis à la concurrence internationale, posons les bonnes questions. Pourquoi ne protège-t-on pas nos industries contre le dumping social et écologique ? Pourquoi ne fait-on pas baisser la valeur de l’euro qui pousse Airbus à aller produire en zone dollar ? Pourquoi continue-t-on à tolérer les délocalisations au mépris de toute logique écologique et sociale en France, mais aussi dans les pays à bas coûts ?

LR : Des syndicalistes se prononcent désormais pour leur « nationalisation ». Est-ce que cette idée ne devrait pas être davantage développée par le Front de Gauche ?

JLM : Le programme du Front de Gauche, L’humain d’abord, propose d’étendre la propriété publique à de nouveaux secteurs, notamment le secteur bancaire ou l’énergie avec la nationalisation de Total.

Le Parti de Gauche s’est par exemple prononcé pour la nationalisation de Florange ou la réquisition de Fralib et Petroplus. Mais l’expérience montre que la question de la gestion et de la stratégie industrielle ne s’arrête pas à la question de la propriété. Elle doit intégrer le pouvoir des salariés.

LR : Les politiques d’austérité menées en Europe ont donné lieu à des grèves et des manifestations massives, notamment en Grèce et en Espagne. Quelles perspectives pour la France, à cet égard ?

JLM : En France, beaucoup d’électeurs ont cru que cette question pourrait se résoudre sans combat social. C’est le sens de l’élection de Hollande. Aujourd’hui, les consciences évoluent. La confrontation sociale semble inéluctable. Mais il y a beaucoup d’abattement.

 

 

“ Le hollandisme ou la continuité du néolibéralisme à la française ” par Frédéric Lebaron pour Mémoires des luttes :

Dans le flot des commentaires qui ont précédé et suivi la publication du rapport Gallois et les annonces gouvernementales qui l’ont accompagné - sous le nom de Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi – on a jusqu’ici assez peu relevé l’intéressante analogie de répertoire entre les premiers mois du quinquennat Sarkozy et ceux du quinquennat Hollande : le lancement, très médiatisé, peu après l’élection présidentielle, d’un rapport de référence commandé à un ou plusieurs « experts », le rapport Attali dans le premier cas et celui de l’ancien président d’EADS dans le second. La méthode permet au gouvernement, inspiré par un travail de fond, de fixer un cap de politique économique, en particulier concernant les « réformes structurelles » nécessaires durant le quinquennat

 

Sur la forme, l’analogie est d’autant plus nette que les « experts » sont issus, très majoritairement, du patronat et de la haute fonction publique économique et financière. Ils s’inscrivent dans une tradition « modernisatrice » pour laquelle la France, toujours « en retard » sur ses concurrents, doit entreprendre avec « courage » une série de réformes inspirées d’expériences étrangères qui garantiront sa croissance future.

Sur le fond, l’analogie est tout aussi frappante, et témoigne de la grande continuité en matière de doctrine économique entre le « sarkozysme » et le « hollandisme », ce dernier constituant une nouvelle forme d’une même doctrine que l’on peut appeler le « néolibéralisme » à la française avec ses deux variantes, dites « de gauche » et « de droite ».

Didas Kalos (Résistance politique: “ Compétitivité : piège à salariés ”. Sans compter que le Kapital d’outre-Rhin a tellement comprimé les salaires que 25% des travailleurs y touchent moins de 9 € 15 de l’heure (brut !). Sans parler de la précarité, qui y a littéralement explosé. Tout cela sans qu’on l’accuse de concurrence déloyale – l’Allemagne est intouchable, et l’inénarrable Montebourg, ministre du « redressement productif », préfère faire diversion avec la Corée…

 

Au passage, économistes et journalistes osent maintenant vanter les progrès réalisés en matière de compétitivité par l’Italie et… l’Espagne (mais oui !). Il faut dire que dans ce dernier pays, le taux de chômage officiel dépasse maintenant les 25 % : l’arme absolue contre les salaires !

 

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