Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 05:10

http://2.bp.blogspot.com/_4skqFpB4HMM/SgvKvxxNBJI/AAAAAAAAE-Q/7V4c0zmHSSY/s400/révolution+capitaliste+n’aura+pas+lieu.jpgJean-Paul Galibert. Suicide et sacrifice. Le mode de destruction hypercapitaliste. Paris : Nouvelles Éditions Lignes, 2012.

 

En 1897, Émile Durkheim postule que le suicide est un fait social à part entière. Il observe que les individus intégrés sont davantage préservés que les personnes marginalisées. Les guerres, les révolutions protègent du suicide car le sentiment d’appartenance à la société est renforcé par de grands enjeux. Durant le XXe siècle, la période durant laquelle les Français se sont le moins suicidés fut la Deuxième Guerre mondiale. Un des pays où aujourd’hui, on se suicide le moins est Gaza. Même en temps de paix, on s’est toujours moins suicidé au Mali qu’en Suède. Un suicide se produit en France toutes les quarante minutes. 700 000 personnes ont mis fin à leurs jours depuis 1945. Deux fois plus qu’au Royaume-Uni, en Espagne ou au Pays-Bas. Le suicide fait presque trois fois plus de victimes que les accidents de la route.

 

L’intérêt du livre de Jean-Paul Galibert – qui va toujours à l’essentiel – est d’établir une relation dialectique entre suicide et hypercapitalisme, un mode de production qui préfère « détruire que produire ». Détruire le travail, détruire les classes ouvrières, en exigeant de tous et de chacun qu’ils soient « absolument rentables, c’est-à-dire qu’ils rapportent tout et ne coûtent rien. » Une des stratégies de l’hypercapitalisme est la scotomisation du réel par des écrans qui nous donnent tout à voir, mais qui sont seuls à donner à voir. En outre, nous sommes libres, à condition d’être vus en permanence par les écrans. L’hypercapitalisme « capte et supprime toutes les existences ». Il nie les cultures, les authenticités et les remplace par des images.

 

Ce qui n’est pas rentable est détruit. La production sera donc détruite puisqu’elle ne fournit pas de dividendes à deux chiffres. L’hypercapitalisme a choisi d’investir dans l’hyperrentabilité des activités commerciales ou publicitaires, touristiques ou spectaculaires, où le travail est dérégulé. Le travailleur qui ne peut se conformer à ces nouvelles exigences sera lui aussi détruit, ou se détruira.

 

Une entreprise rentable détruit du salaire en licenciant, en délocalisant, en infligeant des plans dits « sociaux ». Le travailleur qui perd tout est renvoyé à lui-même, à ses déficiences, à sa faute. Comme par un fait exprès, les employés et les ouvriers se suicident trois fois plus que les cadres. La littérature de fiction est désormais riche de romans policiers ou noirs, où des travailleurs se tuent ou tentent de tuer les autres (link). Plus de solidarité, mais la quête du maillon faible (« le plus faible » dans le jeu anglais d’origine, ce qui signifie que TOUS les maillons sont faibles). Lorsqu’un employé de France Télécom se suicide, les survivants se réconfortent en se disant qu’eux, au moins, ne sont pas morts.

 

Autre stratégie de l’hypercapitalisme qui tue, le principe de précaution : « rassurer pour angoisser ». L’individu ne doit plus avoir peur de quelque chose, il doit être, de manière intransitive, dans un état permanent de crainte. Lors de la canicule de 2003, les autorités françaises ont laissé mourir 15 000 personnes (70 000 victimes dans toute l’Europe) en produisant un discours rassurant (il n’y aurait que 3 000 morts), en étant absentes (le président de la République, le ministre de la Santé étaient en vacances), en ayant recours à des expédients de fortune (des morts furent parqués dans une chambre froide de Rungis, et surtout en incriminant les citoyens eux-mêmes : pour Jacques Chirac, les Français avaient manqué de solidarité, le lien social envers les personnes âgées s’étaient dégradé.

 

Pour l’auteur, nous vivons dans une société de la roulette russe, les jeunes en particuliers. Ceux-ci s’adonnent par exemple au binge drinking, qui nous vient de Grande-Bretagne. Dans les sociétés traditionnelles, les rites de passage ou initiatique incorporent l’individu au groupe en reconnaissant sa valeur, sa force. La défonce à l’alcool, avec le risque de ne pas arriver vivant à l’hôpital, épure le groupe de ses maillons faibles en une fête suicidaire d’élimination. Le binge drinking, comme le saut à l’élastique d’ailleurs, sont des conduites ordaliques : en validant son existence à pile ou face, l’individu n’est plus maître de son destin. Ces comportements excessifs – comme d’autres qui le sont moins – renforcent la solitude chez des individus dont le moi est toute la réalité. « Je suis mon monde » (Wittgenstein), comme lorsque, en plein solipsisme, j’évacue l’autre dans les cybercafés où je ne parle pas, ou dans les réseaux sociaux qui m’enferment dans ma chambre.

 

En dérégulant, en créant des zones de non-droit, l’hypercapitalisme tue. Comme en Inde où Monsanto crée un coton non reproductible, cause du suicide de 1 000 paysans. Toujours en Inde, où l’hypercapitalisme tue indirectement en produisant du Coca Cola – qui nécessite trois litre d’eau pour un litre du précieux soda – dans des régions manquant d’eau potable.

 

L’hypercapitalisme est donc « un système suicideur qui nous rend suicidaire ».

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 06:51

Je propose ci-dessous un article très intéressant du site Avanti (link) sur le dernier film de Spielberg consacré à Lincoln :

 

http://2muchponey.com/wp-content/uploads/2012/12/daniel-day-lewis-lincoln-spielberg.jpg

 

Le film « Lincoln » met en scène la façon dont la Guerre civile américaine s’est radicalisée à partir du mois de janvier 1865 lorsque l’administration Lincoln s’est alliée aux républicains radicaux pour mettre fin à l’esclavage. En même temps, ce récit hollywoodien ignore complètement les dimensions économiques et de classe de ce moment et ne parle pas des échanges entre la Première Internationale de Marx et l’administration Lincoln qui ont eu lieu pendant ces mêmes semaines qui sont le sujet du film.

Le « Lincoln » de Steven Spielberg présente, pendant un seul et crucial mois de la Guerre civile américaine, un conflit qui aboutira à la deuxième Révolution américaine. Au mois de janvier 1865, plusieurs mois après la victoire de l’Union sur les Confédérés, le Président Abraham Lincoln décide de faire passer le treizième amendement à la Constitution des Etats-Unis : l’abolition inconditionnelle de l’esclavage, sans compensations pour les esclavagistes. C’est un Lincoln très différent de celui qui, candidat en 1860, refusait de faire campagne comme abolitionniste, ou encore du Président qui a retardé la Déclaration d’Emancipation jusqu’à la troisième année de Guerre civile, en 1863. C’est un Lincoln qui a progressé avec son temps, dont les armées comptent 200.000 soldats noirs et dont les discours commencent à suggérer des droits de citoyenneté et de vote pour les anciens esclaves.

L’ Amérique révolutionnaire

Avec un scénario écrit par le célèbre auteur de gauche Tony Kushner (« Angels in America »« Homebody/Kabul »), le film de Spielberg ne met pas seulement en lumière Lincoln lui-même, mais aussi un personnage incontestablement révolutionnaire ; l’abolitionniste radical Thaddeus Stevens, avec lequel Lincoln s’était allié pendant ces journées fatidiques du mois de janvier 1865. Une des scènes les plus dramatiques met en scène les échanges entre Stevens et le congressiste new-yorkais pathologiquement raciste, Fernando Wood, dirigeant de l’aile antiabolitionniste du Congrès.

Dans une autre scène, on voit Stevens présenter à un Lincoln sceptique le programme des Républicains Radicaux pour une occupation militaire prolongée du Sud, pendant laquelle les anciens esclaves obtiendraient l’entièreté de leurs droits civiques, y compris celui d’occuper les plus hauts postes éligibles, et pendant laquelle les propriétés terriennes des anciens esclavagistes seraient confisquées et seraient données en concessions aux anciens esclaves (ce qu’on appelle « 40 acres et une mule »). Tout cela est présenté d’une manière très cinématographique au travers de la superbe interprétation de Daniel Day Lewis (Lincoln) et aussi de Tommie Lee Jones (Stevens), avec également une participation importante de Sally Field (Mary Todd Lincoln).

En même temps, cependant, on y voit le côté sordide de la démocratie américaine, alors même que ces changements révolutionnaires sont en cours d’adoption, à travers la politique du mécénat douteux qui est utilisé pour obtenir les derniers votes et adopter la modification et l’envoyer aux Etats pour la ratification finale.

Dans l’ensemble, « Lincoln » offre une perspective sur la Guerre civile américaine résolument plus anti-esclavagiste et antiraciste que la plupart des principaux films hollywoodiens sur le sujet. Il évite le portrait hollywoodien classique d’un Sud ayant un code moral équivalent (si pas supérieur) à celui du Nord. Par ailleurs, le film présente le racisme et l’esclavage comme les enjeux principaux de la Guerre civile, en plus de montrer un dirigeant révolutionnaire comme Stevens sous un jour inhabituellement positif. En outre, l’argument spécieux utilisé par le Sud du « droit d’Etat » n’est pas masqué, mettant en lumière le véritable contenu de ce « droit » : celui des Blancs à réduire en esclavage des millions d’autres être humains.

Les dimensions économiques et de classe de l’Abolition

On a critiqué, à gauche, l’échec du film à représenter le combat pour l’auto-émancipation des Afro-américains, comme on avait pu le voir par exemple en 1989 avec le film « Glory » qui racontait l’histoire des soldats afro-américains du 54e Régiment du Massachussetts.

Bien que ces critiques soient fondées et importantes, j’aimerais mettre l’accent sur deux autres importantes questions qui ne sont pas traitées par le film : l’importance économique de l’esclavage et de l’abolition, et les échanges de lettres entre Karl Marx et Abraham Lincoln, qui ont eut lieu pendant la même période sur laquelle est centré le film : le mois de janvier 1865. Ces questions auraient pu être facilement prises en compte sans altérer l’angle de vue dans lequel le film présente ces événements historiquement marquant, celui de la rivalité entre les élites politiques plutôt que celui des masses en mouvement. Bien entendu, les seconds influencent les premiers et vice-versa, mais je m’engage ici dans une critique plus immanente qui part des termes propres aux films et qui en fait émerger quelques contradictions.

La Déclaration d’Emancipation de 1863 et le treizième amendement de 1865 qui a rendu permanente la mesure prise pendant la guerre civile, étaient différents des autres lois d’émancipation qui ont été actées ailleurs. Par exemple, la politique d’émancipation américaine interdisait toute compensation financière pour les anciens propriétaires d’esclaves. Cela la distingue même du « British Slavery Abolition Act » (Loi britannique d’abolition de l’esclavage), pionnier en 1833, qui prévoyait de larges compensations financières. D’une certaine manière, cet amendement est plus proche de l’abolition jacobine en France de 1794, annulée dix ans plus tard par Napoléon, mais qui a contribué à déclencher la Révolution haïtienne.

S’ajoute à cela le fait que l’esclavage était un élément plus central pour l’économie étatsunienne que cela ne pouvait l’être pour des pays comme la Grande-Bretagne ou la France. En 1860, les presque quatre millions d’esclaves des Etats-Unis représentaient approximativement 13% de la population totale, souffrants de cette forme complètement déshumanisée de capitalisme qui permet que des être humains soient achetés ou vendus comme on le ferait avec du bétail. Au prix de 500 $ « pièce », la valeur de la propriété des esclavagistes étatsuniens s’élevait à pratiquement deux mille millions de dollars, une somme astronomique en 1860. Ainsi, l’abolition de l’esclavage sans compensation représente la plus grande expropriation de propriété privée capitaliste de l’histoire avec la Révolution russe de 1917. Cela a anéanti d’un seul coup l’entièreté d’une classe sociale, celle des propriétaires de plantations du Sud qui s’était enrichie pendant des siècles sur l’immense accumulation de la richesse tirée de la production du sucre, du tabac, du coton, et d’autres produits, mais aussi d’un autre commerce de « marchandises » : celui des esclaves eux-mêmes.

L’abolition a aussi ajouté des millions de travailleurs formellement libres à la classe ouvrière américaine, améliorant les possibilités d’unité de classe au delà des liens ethniques et "raciaux" d’une manière bien plus simple que lorsque le travail des esclaves coexistait avec le travail formellement libre. Bien que ce ne soit qu’une toute petite partie de l’unité au travers des liens "raciaux" qui se soit réalisée dans l’après guerre civile et de manière brève, la question est restée importante par après, puisque la classe ouvrière américaine est composée, et ce de manière croissante, par des personnes « de couleur », essentiellement des Afro-américains et des Latinos.

Même si le film ignore ces réalités de classe et économiques en favorisant la dimension politique, elles ne pouvaient pas échapper à Karl Marx. Dans une lettre datée du 29 novembre 1864, quelques semaines après la fondation de la Première Internationale, il écrivait : « Il y a trois ans et demi, au moment de l’élection de Lincoln, le problème était de ne pas faire de nouvelles concessions aux propriétaires d’esclaves maintenant que l’abolition de l’esclavage était approuvé et en partie un objectif atteint », ajoutant que « jamais un aussi grand bouleversement n’avait prit place aussi rapidement. Cela aura un effet bénéfique sur le monde entier » (Saul Padover, ed., « Karl Marx on America and the Civil War », New York : McGraw-Hill, 1972, p. 272, traduction partiellement altérée).

La lettre ouverte de Marx à Lincoln

Comme mentionné plus haut, le mois de janvier 1865 au duquel Lincoln s’était déplacé à gauche en s’alliant avec Stevens, était aussi le mois pendant lequel Marx et Lincoln ont eu un échange public de lettres. Après la publication du « Discours Inaugural » de la Première Internationale (sous la plume de Marx) et des « Principes généraux » d’adhésion, toutes les deux parues en novembre 1864, sa publication suivante fut une lettre ouverte à Lincoln, aussi ébauchée par Marx et signée par un grand groupe de militants ouvriers et sociaux qui composaient le « Secrétariat de correspondance de Karl Marx pour l’Allemagne ».

A l’époque, l’ambassade américaine à Londres était dirigée par Charles Francis Adams, un abolitionniste du Massachusetts issu d’une des familles politiques les plus illustres des Etats-Unis. Adams était sans aucun doute conscient des personnes impliquées dans l’Internationale puisqu’il a envoyé son fils Henry comme observateur, ainsi que pour faire rapport des rencontres entre les travailleurs britanniques qui étaient organisées depuis 1862 pour couper l’herbe sous le pied aux appels des politiciens britanniques et des journaux pour intervenir aux côtés du Sud. A ces rencontres participaient plusieurs des futurs dirigeants de l’Internationale. Et la présence du jeune Henry Adams à ces rencontres a certainement du être remarquée par les représentants de la classe ouvrière. Au-delà du but premier qui était la récolte d’informations, la présence du fils de l’ambassadeur a aussi sûrement été perçue comme un appel à la classe ouvrière britannique à passer au dessus de leurs chefs de gouvernement.

En décembre 1864, l’Internationale a proposé qu’une délégation de 40 membres délivre la lettre rédigée par Marx et soit reçue par l’ambassade. Bien que cette demande ait été déclinée par l’ambassadeur Adams, la lettre de l’Internationale « A l’attention du Président Lincoln » fut déposée à l’ambassade et publiée dans plusieurs quotidiens liés au mouvement ouvrier britannique. On y lit notamment : « Nous félicitons le peuple américain à l’occasion de votre réélection, à une forte majorité. Si la résistance au pouvoir des esclavagistes a été le mot d’ordre modéré de votre première élection, le cri de guerre triomphal de votre réélection est : mort à l’esclavage ! » (Cette lettre, ainsi que la réponse de Lincoln et d’autres textes sur le sujet on été publiés dans : Robin Blackburn, « An Unfinished Revolution : Karl Marx and Abraham Lincoln », London : Verso, 2011.) (*) Et de poursuivre : « Depuis le début de la lutte titanesque que mène l’Amérique, les ouvriers d’Europe sentent instinctivement que le sort de leur classe dépend de la bannière étoilée. »

La dernière phrase ne fait pas seulement référence au sentiment profondément anti-esclavagiste de la classe ouvrière britannique à l’époque et aux meetings massifs que celle-ci a pu organiser pour soutenir le Nord. Et cela même au moment où les politiciens dominants et les principaux journaux leurs disaient de soutenir une intervention britannique pour casser le blocus des ports du Sud afin que le coton puisse à nouveau être transporté par la mer et mettre fin ainsi à la vague de chômage consécutive en Grande-Bretagne. Cette phrase qui met en lien le sort des Etats-Unis et celui de la classe ouvrière européenne trouvait aussi son origine dans un fait brut. La classe ouvrière britannique (et encore plus celle du continent) était privée de ses droits politiques et voyait dans les Etats-Unis de l’époque la seule expérience à large échelle de démocratie politique. Le résultat fut l’un des meilleurs exemples jamais vu d’internationalisme prolétarien.

Comme l’a remarqué Marx pendant la mobilisation des travailleurs britanniques au début de la guerre : « Les peuples d’Angleterre, de France, d’Allemagne, d’Europe, considèrent la lutte des Etats Unis comme la leur, comme la lutte pour la liberté, malgré tous les sophismes gratuits. Ils considèrent la terre des Etats-Unis comme une terre libre pour les millions de « sans-terre » d’Europe, comme leur terre promise à défendre les armes à la main de la convoitise sordide des esclavagistes… Les peuples d’Europe savent que c’est l’esclavocratie du Sud qui a déclenché la guerre en déclarant que le maintient de la domination des esclavagistes n’était pas compatible avec celui de l’Union. Par conséquent, les peuples d’Europe savent que le combat pour le maintien de l’Union est le combat contre le maintien de l’esclavage – un combat qui, dans les circonstances actuelles, représente la forme la plus aboutie d’autonomie populaire jamais réalisée contre la forme la plus éhontée d’asservissement de l’homme jamais connue dans les annales de l’histoire » (Karl Marx, « The London Times and Lord Palmerston », New-York Tribune, 21 octobre 1861).

Le lettre de Marx à Lincoln envoyée au travers de l’Internationale énonce également que : « Tant que les travailleurs, le véritable pouvoir politique du Nord, permirent à l’esclavage de souiller leur propre République ; tant qu’ils se glorifièrent de jouir - par rapport aux Noirs qui, avaient un maître et étaient vendus sans être consultés - du privilège d’être libres de se vendre eux-mêmes et de choisir leur patron, ils furent incapables de combattre pour la véritable émancipation du travail ou d’appuyer la lutte émancipatrice de leurs frères européens ; mais cet obstacle au progrès a été renversé par le raz de marée de la guerre civile ».

La réponse de Lincoln à Marx

Le 28 janvier 1865, à l’agréable surprise de Marx et des autres membres de l’Internationale, l’ambassade des Etats-Unis publia une réponse publique de l’ambassadeur Adams. Dans une lettre à Engels du 10 février, Marx notait avec enthousiasme que Lincoln avait choisi de fournir une réponse substantielle qui ne s’adressait pas aux félicitations des libéraux Britanniques mais bien à la classe ouvrière et aux socialistes : « le fait que Lincoln nous ait répondu avec tant de courtoisie, alors que la réponse de la « société bourgeoise d’émancipation » était si brutale et purement formelle que le « Daily News » a refusé de l’imprimer… Cette différence entre la réponse que Lincoln nous adresse et celle que la bourgeoisie nous adresse a fait un tel effet ici que les « clubs » du West End s’en tapent la tête contre les murs. Tu comprendras à quel point cela a été gratifiant pour nos gens ».

Bien que la réponse à l’Internationale ait été signée par l’ambassadeur Adams, celui-ci affirme clairement que Lincoln a lu la lettre et qu’il parle au nom de ce dernier : « Je suis chargé de vous informer que le courrier adressé par la Comité Central de votre Association, dument transmis par les services au Président des Etats-Unis, est bien parvenue à sa connaissance ».

Vu au travers des événements de janvier 1865 - mis en scène par le film - au cours desquels Lincoln était au cœur de la mise au vote du treizième amendement, il est d’autant plus remarquable qu’il ait pris le temps de publier une telle réponse. Et, de par l’étrange enchaînement des événements, la réponse de Lincoln à l’Internationale a été rendue publique trois jours avant que la Chambre des Représentants des Etats-Unis n’outrepasse l’opposition des nombreux politiciens racistes et ne vote, le 31 janvier, la ratification de l’amendement et ne l’envoie dans les différents Etats pour sa ratification finale.

La réponse de Lincoln fait aussi, de manière générale, référence aux « amis de l’humanité et du progrès à travers le monde » auxquels les Etats-Unis se ralliaient ; une allusion à la manière dont les rassemblements de travailleurs britanniques ont été si cruciaux pour bloquer la volonté de la classe dominante britannique d’intervenir aux côtés du Sud pendant les premières années de la guerre. Cette allusion était clairement soulignée dans la dernière phrase qui affirme que les Etats-Unis « tirent un nouvel encouragement à persévérer du témoignage que leur donnent les ouvriers d’Europe, que cette attitude nationale jouit de leur approbation éclairée et de leurs sympathies véritables ». On peut difficilement trouver une autre occasion dans l’histoire au cours de laquelle le gouvernement des Etats-Unis a remercié la classe ouvrière internationale pour son soutien, sans parler de la classe ouvrière organisée dirigée par des socialistes.

Révolutions inachevées : les années 1860 et les années 1960

Les échanges entre Marx et Lincoln illustrent, de manière spectaculaire, cet aspect de la Guerre civile qui en fait une seconde révolution américaine, bien plus radicale que celle de 1776. Il s’agissait, bien sûr, bien plus d’une révolution bourgeoise que socialiste, mais son union avec l’aile gauche (qui aboutira à un échec) et sa transformation fondamentale de la propriété privée dans le Sud marque quelque chose d’encore plus radical. Cet aspect de révolution inachevée, qui s’est arrêtée à l’émancipation politique des anciens esclaves, et ensuite, après 1876, qui a vu le recul même de cette avancée, est tout de même quelque chose qui hante encore les Etats-Unis d’Amérique de nos jours.

La révolution des droits civiques des années 1950 et 1960, qui a finalement obtenu sur une base plus permanente ce qui avait été trop brièvement mis en place par les lois et amendements constitutionnels des années 1860 et 1870, a également été contrainte par les événements de stopper la dynamique d’émancipation. Cela nous laisse aujourd’hui face à ce résultat paradoxal que les Etats-Unis ont leur premier président afro-américain alors que de nombreux hommes et femmes de même origine sont réduits, plus que jamais dans l’histoire, à languir dans le monde déshumanisé des prisons et des cellules.

Le film « Lincoln », qui ne traite pas de ces sujets non plus, est ainsi par bien des aspects tout aussi « inachevé » également. Même selon ses propres paramètres, en regardant l’Histoire d’un point de vue qui met en lumière les événements qui touchent les élites politiques plutôt que les masses auxquelles ces dernières répondent, il s’arrête avant de mener à bien ses propres implications les plus radicales, comme par exemple par son portrait du programme Républicain Radical de Stevens. Mais c’est dans l’air du temps, de notre époque de profondes transformations dans la culture et la société étatsunienne, qu’une grande production d’Hollywood puisse révéler ne serait-ce qu’une partie de cette page de l’histoire révolutionnaire, qui, comme le faisait remarquer Marx, eut des « conséquences pour le monde entier ».

Kevin Anderson est l’auteur de « Marx at the Margins : On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies. » 
Source :
http://www.internationalmarxisthumanist.org/articles/spielbergs-lincoln-karl-marx-american-revolution-kevin-anderson 
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina

(*) Cette lettre est disponible en français sur le site Marxists.org :
http://www.marxists.org/francais/ait/1864/12/km18641230.htm 
Un recueil de textes de Marx et Engels sur la Guerre civile américaine a été publié par Roger Dangeville aux éditions UGE, 10/18, Paris, 1970. Cet ouvrage peut être consulté en ligne :http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:38

http://amgar.blog.processalimentaire.com/wp-content/uploads/2011/02/443349680.jpgQue serais-je sans Le Grand Soir et ses délicieux articles qui me stimulent mes quatre connexions interneuronales ?


Ci-dessous un article de Lesley Docksey (traduit par Dominique Muselet) sur les mots qui servent à nous bourrer le crâne. Tiré de Dissident Voice.


 

Pour aider tous les leaders du 21ième siècle (occidentaux bien sûr) dans leurs discours ou leurs déclarations aux médias et à leur crédules auditeurs. N.B. : cette liste n’est pas exhaustive et les leaders pourront inventer les mots et les phrases dont ils ont besoin et leurs alter ego pourront s’en inspirer.


Insurgés (aussi appelés terroristes, Moudjahidines, Al Qaeda, Talibans, Islamistes) : méchants. Nous ne les soutenons pas.


Rebelles : bons ; Nous les soutenons avec des armes et autres matériels, et ce sont nos forces (qui ne sont pas là) qui les entraînent parce que ....


Bottes sur le terrain : nous n’enverrons pas de soldats (parce qu’ils y sont déjà partis il y a une semaine/un mois/un an).


Régimes, dictatures : les gouvernements légitimes que nous ne soutenons pas.


Gouvernements : les régimes et dictatures que nous soutenons.


Nous sommes fiers de notre relation privilégiée’ : nous leur achetons des armes.


Partenaires’ : nous leur vendons des armes.


Pays amis : et à eux aussi.


Alliés mondiaux : et à eux aussi.


Nous sommes heureux d’accueillir le nouveau gouvernement/le renversement du gouvernement précédent : nous voulons leur vendre des armes.


Régimes : ceux à qui nous vendions des armes auparavant.


Dictatures : idem.


Etat voyou : un état dont l’occident a entièrement perdu le contrôle.


Armes chimiques/biologiques/nucléaires : utilisez ces termes pour effrayer vos propres citoyens. Par exemple, “l’Iran/l’Irak/la Syrie pourraient nous attaquer avec des armes chimiques/biologiques/nucléaires”. Attention, soyez quand même prudent parce (1) il se pourrait qu’ils n’en aient pas et (2) vous ne vous souvenez plus si vous leur en avez vendu ou non.


Ajoutez par sécurité : ‘Nous avons la preuve qu’ils les ont utilisées contre leurs propres citoyens’. Ne fournissez JAMAIS de preuves. Ce que vous voulez ce sont les grands titres dans les journaux du lendemain - “Syrie/Iran/Irak accusé de…”


‘Nous avons des preuves’ : généralement imaginaires ; il y a deux façons de procéder 1) Ne jamais en reparler et espérant que les gens oublieront. 2) Invoquer la ‘sécurité’ pour justifier votre manque de transparence et d’honnêteté.


Ferme réponse sécuritaire : tout ; des sanctions, frappes aériennes, bottes sur le terrain, à la fermeture complète de votre propre pays.


Menace : vous n’utiliserez jamais assez souvent ce mot, généralement associé aux mots ’grave’, ’réelle et actuelle’, réelle et existentielle’, ’large et existentielle’ etc. D’accord, vous ne savez pas ce que signifie ’existentiel’, et le public non plus mais cela vous donne l’air d’être plus intelligent qu’eux. Du moins vous l’espérez.


Intervention : sanctions, frappes aériennes, invasion (mais ne parlez pas des complots, rébellions or assassinats fomentés par vos propres forces de sécurité).


Intervention pour protéger/défendre nos intérêts : leurs ressources, nos multinationales.


Nos intérêts : idem.


Intervention humanitaire : prenez l’air noble en prononçant cette expression. Vous allez vous interposer entre une population innocente et son dictateur cruel. Ne parlez pas de la politique ’une balle, un mort’ de vos forces. Qu’on appelle aussi ’Responsabilité de protéger’ et qui nécessite une résolution de l’ONU.


Résolution de l’ONU : une série de demandes impossibles à un état voyou. Vous savez qu’il ne peut les satisfaire, et cela donne une apparence de légitimité à votre invasion.


Nous soutenons les termes de la Résolution sur la ’responsabilité de protéger’ de l’ONU : bravo, ça c’est tout à fait vrai ! Vous en avez violé tous les termes avant que la Résolution ne soit passée.


Libération : dites aux pays envahis que cela va de pair avec leur modernisation.


Modernisation : cela consiste à donner le contrôle de leurs ressources/services publics à des multinationales.


Démocratie (1) : arrangez des élections dans les pays envahis.


Démocratie (2) : assurez-vous que les gouvernements des pays envahis soient contrôlés par vos candidats préférés. Le mieux serait qu’ils aient des passeports étasuniens ou anglais et une résidence dans votre pays.


Démocratie (3) : ignorez le système de gouvernement local traditionnel et imposez des ’élections démocratiques’.


Démocratie (4) : informez vos propres citoyens que vous êtes leur leader parce qu’ils vivent dans une démocratie - ce dont ils devraient être fiers.


Renverser un dictateur/un régime : Précisez à vos propres citoyens que c’est dans leur intérêt. Dites-leur bien qu’il s’agit aussi de libérer les citoyens du pays envahi et qu’il est absolument nécessaire de les bombarder, etc. Qui sait, avec un peu de chance un de vos missiles de grande précision touchera peut-être le dictateur.


Frappes de précision : Dans un rayon d’un km environ.


Important soutien de Al Qaeda/Taliban /Kadhafi/Assad tué dans une frappe’ : Montrez-vous fier de vos drones armés. Ils sont d’une précision inégalable et vous savez que personne ne peut prouver le contraire.


Nos braves soldats : notre chair à canon. Utilisez l’expression aussi souvent que possible tout comme ’Héros’.


Combattants : les combattants ennemis. Leur chair à canon. Synonyme de terroristes, etc.


Sacrifice : habituellement celui de ’nos braves soldats’ quand ils ont été tués, blessés ou capturés par ’l’ennemi’. Le ’sacrifice’ est souvent ’tragique’ - un autre mot à répéter à satiété.


Attention, quand vous utilisez le mot sacrifice, de bien cacher votre satisfaction de ne pas avoir, vous-même, à sacrifier quoi que ce soit pour le bien de votre pays.


Pour le bien du pays : Cette expression sert à convaincre les électeurs que vous avez une vision beaucoup plus large et plus profonde que la leur. On peut aussi l’utiliser avec ’sécurité nationale’ et ’intérêts’.


Civils innocents : les vôtres.


Dommage collatéral : les leurs.


Assassinats ciblés : Assurez-vous de prononcer ces mots de manière clinique et avec autorité. Il s’agit de meurtre ou d’assassinat - toute action qui conduirait vos propres citoyens en prison.


Torture : Si vous êtres britannique contentez-vous de répéter que ’la politique établie du gouvernement est de ne pas utiliser la torture, ni de solliciter, d’encourager, ou d’approuver l’utilisation de la torture ou de n’importe quel autre traitement inhumain, dégradant ou cruel dans quelque but que ce soit, et insistez bien sur le fait que ’nos braves soldats’ ne feraient jamais une chose pareille même s’il est prouvé qu’ils l’ont fait et continuent de le faire. Si vous êtes Etasunien, dites bien que la loi étasunienne autorise ces pratiques puisqu’elle a établi que la torture par l’eau, etc. n’était pas de la torture. Vous pouvez l’affirmer en toute certitude -c’est vous ou un de vos prédécesseurs qui avez obtenu ce jugement.


L’ennemi est en fuite : nos troupes sont confinées à la base.


Rapatrier nos soldats : n’oubliez jamais d’ajouter qu’ils ont ’rempli leur mission’. Soyez certain que peu de gens se rappelleront de quelle mission il s’agit. Si vous êtes contraint de préciser, utilisez le mot ’évacuation’ plutôt que le mot ’repli’. Et dites que la ’menace terroriste mondiale’ s’est déplacée et que vous et vos forces êtes prêts à aller partout où elle pointe sa monstrueuse tête.


Mais n’utilisez JAMAIS les mots ’retraite’, ’perdu’ ou ’défaite’.

 

Lesley Docksey


Lesley Docksey est le rédacteur de Abolish War, la newsletter du Mouvement pour l’Abolition de la Guerre (MAW).


Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 07:03

http://www.cinema-francais.fr/images/affiches/affiches_r/affiches_renoir_jean/la_vie_est_a_nous.jpgDepuis que Sarkozy a été renvoyé à ses fonds de pension (il n'a jamais caché que son seul objectif dans la vie était de faire de l'argent ; mais avec Minc, ce médiocre en affaires, il est mal barré), le titre de cette publication est désormais LA VIE EST À NOUS. Avec pour sous-titre : Le Sarkophage. Tous ces changements brutaux nous déstabilisent !

 

Dans le numéro 34, Paul Ariès plaide pour une « économie du bonheur » : « Yves de Kerdrel signait dans Le Figaro du 27 novembre un papier titré « Un pays sans riches, ce sont des rosiers sans engrais ». Cet éloge de la division sociale répondait à la prétendue fuite des « élites » vers des pays où la fiscalité serait plus clémente aux enrichis : « L’ancien député de la Corrèze restera dans l’histoire comme le créateur du plus grand exode de forces vives depuis l’abolition de l’édit de Nantes par Louis XIV, qui a forcé les banquiers protestants à prendre le chemin de la Suisse »; « Un pays sans riches, avertit le plumitif du Figaro, c’est peut-être un paradis pour certains ayatollahs socialistes qui hurlent “casse-toi !” sans se rendre compte qu’ils injurient l’avenir, mais c’est aussi peu porteur de promesses qu’une plate-bande de rosiers sans engrais […] Sans riches, sans capitaux et sans esprit industrieux, la France devra se contenter d’une exotique collection de bonsaïs. » La conclusion s’imposerait donc d’elle-même : « Vouloir un pays sans riches, c’est donner naissance à un pays de pauvres. Et de pauvres qui deviennent chaque jour plus pauvres. » Cette fable est mensongère car l’enrichissement des uns se fait toujours au détriment des autres. Elle est même contraire aux intérêts bien compris de 99 % de la population puisqu’un trop grand écart de revenus n’est bon pour personne. L’économie du bonheur qui se fraye aujourd’hui une légitimité est fondée sur un constat bien établi depuis 1974 et connu sous le nom de paradoxe de Easterlin, selon lequel à partir d’un certain niveau de revenu, estimé à 15 000 dollars par an et par personne, les ressources financières n’apportent qu’un supplément modeste de bonheur. Ce constat dérangeant prouve que le culte de la croissance économique ne sert que les grands. L’économie du bonheur qui se fraye aujourd’hui une légitimité est fondée sur un constat bien établi depuis 1974 et connu sous le nom de paradoxe de Easterlin, selon lequel à partir d’un certain niveau de revenu, estimé à 150 000 dollars par an et par personne, les ressources financières n’apportent qu’un supplément modeste de bonheur. »

 

Daniel Burette dénonce la précarité énergétique : « Nous rêvons d’une société post-pétrolière, post-extractiviste, mais cela n’est possible qu’en assurant à chacun de quoi vivre dignement. Nous soutenons la revendication pour un bouclier énergétique assurant le droit à la bonne vie pour tous. »

 

Selon Gabriel Amard, « la guerre de l’eau continue ! » : « Toutes les formes de gratuité se valent : eau vitale, restauration scolaire, services culturels, transports en commun urbains, services funéraires. Preuve que ce combat dérange : les grandes firmes déclarent la guerre à ceux qui sont du côté de la belle vie. »

 

PourMichel Feynié, on est passé d’une logique de service public à une logique marchande : Les nouveaux modes de management visent à casser les collectifs de travail, il « proscrit tout écart entre le travail prescrit et le travail effectif, avec la multiplication des fiches de poste, il est inefficace. L’entreprise accorde de la promotion aux plus cyniques qui sont aussi les plus cyniques avec l’entreprise et se moquent finalement de tout, même de l’entreprise. Ce management se développe aussi dans le secteur public.

 

Christine Bergé explique pourquoi les essais nucléaires français furent une bombe sanitaire : « Recensements lacunaires, dosimètres détériorés, conditions de radio-protections déplorables, la République française faisait fi des vies qui lui étaient confiées. »

 

Pour Didier Minot (“ Vers l’autonomie associative ”), « les gauches restent marquées par une vision centralisatrice du changement social. Elles sont aveugles à tout ce qui s’invente dans l’autonomie associative. »

 

Le sophiste Roland Paillard se demande si et comment les socialistes vont réformer l’Éducation nationale : « C’est impossible sans commencer par un programme de réduction des inégalités réelles. Renoncer à une école qui légitime les inégalités, c’est renoncer à une société qui a besoin d’inégalités. »

 

Francine Mestrum réfléchit aux “ biens communs ” : « La question des biens communs permet de penser une nouvelle gauche radicale qui ne soit plus seulement celle de la plus grande louche. Belle occasion aussi de repenser un féminisme pour aujourd’hui en faisant de l’égalité des genres un bien commun. »

Un entretien très intéressant sur le suicide en tant que “ question politique ” : « Les gauches ont toujours entretenu la mémoire de leurs grands suicidés (Paul Lafargue, André Gorz, Roger Salengro, Gilles Châtelet, Walter Benjamin, Georgette Vacher qui se suicide en 1981 pour protester contre le fonctionnement et la politique de la CGT, son syndicat. »

 

François Houtard explique que la logique d’un nouveau paradigme de la vie collective de l’humanité « est une condition de survie pour la planète et pour le genre humain. »

 

Pour Paul Ariès, « la gauche productiviste, c’est le stalinisme. Le productivisme n’est pas une maladie infantile de la gauche mais le résultat du pouvoir en son sein d’une oligarchie. »

 

Benoît Schneckenburger et Christophe Miquet estiment que « le souci de soi et la nature ne suffisent plus pour construire notre avenir, si nous ne leur associons pas une conscience politique. Comment prendre au sérieux l’écosocialisme ? »

 

Pour Michel Ducommun, « c’est bien la contradiction entre les besoins systémiques du capitalisme et les objectifs du développement durable qui explique l’échec de ce dernier. »

 

Olivier Canal se demande si Canton n’est pas devenu “ un comptoir africain ”. La Chinafrique remet en cause la Françafrique.

 

Pour Yann Fiévet, l’École de la République « est défaillante quant à l’intégration “normale ” des professeurs et des élèves handicapés. La question du handicap à l’école doit être un combat de portée universelle. »

 

Antoine Fernandès réfléchit au précariat en tant que nouvelle classe : « Est-ce le nouveau sujet historique capable de faire la révolution ? »

 

Pour Jacques Cossart, le parti socialiste a depuis longtemps adopté les principes entérinés à Bad-Godesberg : libre concurrence et libre initiative de l’entrepreneur. » [J’en profite pour signaler que Bad-Godesberg était déjà en 1959 une station balnéaire très chicos – un peu comme si les socialistes s’étaient réunis à Vichy. Elle est jumelée avec les villes chicos de Saint-Cloud et Windsor. Accessoirement, elle est la ville natale de Klaus Barbie.].

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 07:08

http://www.lefigaro.fr/medias/2012/05/25/3ba3c8ee-a635-11e1-b982-5ede10bbe45d-493x328.jpgLorsque la grande presse, qui appartient pour une bonne part à des marchands de canons, louange un responsable politique qui lui est a priori hostile, il convient de se méfier. Même face à la métamorphose (supposée) du président de la République. Plus de Flanby, plus de petite fraise des bois, plus de mollasson. Un chef de guerre qui se cambre, qui montre ses bras musclés, qui inspire le respect à l’état-major. Si tu fais la guerre, j’oublie tout : la chasse aux Roms et autres immigrés qui commence à faire beaucoup de bruit, la culture de l’insécurité, le matraquage fiscal, le mariage pour les homos. Si tu fais la guerre, je saurai mettre en valeur les récents cadeaux que tu as faits au Medef, avec la complicité de tes amis de la Cfdt, des cadeaux dont Sarkozy en personne n’avait pas eu l’idée. Si tu fais la guerre, petit homme au menton volontaire, je saurai mettre des mots sur ce conflit aussi moderne que la guerre des Boers.

 

Quand on est journaliste, quand on est aux affaires, il faut nommer l’ennemi. Dire « les Boches » ne fait pas reculer l’armée allemande, mais ça calme et ça cadre le débat : on est en présence d’un envahisseur barbare. Au sud de la boucle du fleuve Niger (c’est grandiose, je le sais, j’y suis allé plusieurs fois), pas simple de nommer l’ennemi. Dire qu’il s’agit d’islamistes (même « narco-islamistes ») risque de froisser les 5 millions de musulmans vivant en France. Après tout, un islamiste n’est pas forcément un poseur de bombes. Avec les Boches, c’était simple : c’était « les Boches ». Au Mali, c’est plus compliqué. Comment faire comprendre à l’opinion publique les différences subtiles qui traversent une mouvance qui comprend Al Quaida au Maghreb islamiste (avec ses purs et durs et ses trafiquants), le Mouvement pour l’unicité (« l’unicité » : nous feront toujours rigoler, ces hommes en babouches !) et le jihad en Afrique de l’Ouest, Ansar Dine (« Ansar Dine » : Pierre Dac aurait aimé !), des salafistes touaregs. Bref, quatre à cinq mille hommes vers qui l’on a envoyé une des meilleures armées du monde. On ne peut pas les nommer « islamistes », on ne peut pas non plus les nommer « rebelles », ça fait trop James Dean, ça connote à mort positif. On dira alors que ce sont des « terroristes », un terme dont l’ambiguïté n’a d’égal que la vacuité (link).

 

Pas grave : avec les « terroristes », point besoin de prendre de gants. Pour le ministre de notre Défense, « la France est en guerre contre le terroriste, où qu’il se trouve. Le terrorisme est l’objectif unique, essentiel. » Quant à Petits bras musclés, il fait quasiment jouir les Barbier et autre Giesbert en prenant des accents poutiniens : « Que faire des terroristes ? Les détruire. » Il ne les repoussera pas « jusque dans les chiottes » parce que, là-bas, on fait ses besoins au bout du village, derrière la case de passage, quand ce n’est pas derrière une dune de sable.

La France est peut-être en « guerre contre les terroristes », l’action en cours n’est pas une guerre. C’est une « opération », baptisée du joli nom de « serval ». On n’est pas des Israéliens ou des Ricains : pas question de donner à nos opérations des noms terrifiants (terroristes ?) du style « Plomb fondu » ou « Justice infinie ». On la baptise du nom d’un joli chat doré africain de la classe mammalia, de la sous-classe theria et de l’infra-classe eutheria. Les livres nous disent que le serval peut uriner trente fois par heure pour marquer son territoire (et non parce qu’il est prostatique), et qu’il est capable de ronronner, de cracher, de grogner et de miauler. Mais, attention, ce carnivore carnassier dévore les petits animaux d’un seul coup. Il localise sa proie au crépuscule et fait des bonds d’un mètre de haut et de quatre mètres de long. Les Égyptiens d’avant Al-Qaida l’adoraient comme un dieu.

Officiellement, l’armée française, par la voix de son état-major, n’est pas en guerre contre le terrorisme : elle intervient en « soutien de l’armée malienne ». Quant à savoir ce qu’est l’armée malienne, ici et maintenant, les livres d’histoire nous l’expliqueront peut-être dans une centaine d’années.

Face au langage bushiste et poutinien de nos dirigeants socialistes (qui peut rappeler celui de Mollet, Lacoste et Lejeune pendant l’opération de « maintien de l’ordre » en Algérie), certains esprits chagrins nous expliquent qu’une armée ne saurait vaincre des « terroristes », mais que, en revanche, elle leur donne un statut, une légitimité. Tapi dans l’ombre comme un serval, Valéry Giscard d’Estaing qualifie l’« intervention » de « guerre néocoloniale » et craint les mêmes « destructions inutiles de la guerre en Afghanistan » (ohé Jospin !). Notre extrême droite (Le Pen) prend encore moins de gants : « Je condamne fermement le refus par le président de la République, avec ordre donné au gouvernement, de ne pas parler d’islamistes. Il se contente de parler de terroristes. Or je crois que quand on refuse de mettre des mots sur les maux, c’est extrêmement révélateur de l’incapacité du gouvernement à prendre la mesure des risques qui sont ceux de la France, risques que nous dénonçons depuis de nombreuses années. Nous sommes en guerre contre le terrorisme islamique et si on ne veut pas voir ça, on ne saura pas contre qui on se bat. »

Rien n’est simple. Les Touaregs d’Ansar Dine (qui disposent d’une DCA et qui ont construit un réseau de tunnels et de tranchées dans la région de Mopti) sont pour l’instauration de la charia, ce qu’ils ont appliqué à Tombouctou. Le combat des Touaregs est singulier. Ces descendants des premiers occupants de l’Afrique du Nord parlent leur propre langue (ils se nomment eux-mêmes Kel Tamashaq) et sont en butte, depuis des dizaines d’années à une politique d’acculturation culturelle et linguistique qui les a amenés à prendre les armes dans les années 1990. Nombre d’entre eux se sont sédentarisés comme forgerons ou guides, et pour eux, à Bamako, c’est « chaud l’affaire ».

Bref, la France se bat-elle contre des « terroristes », des « jihadistes », des « terroristes jihadistes », des « criminels » (Laurent Fabius), d’insaisissables créatures un peu mythiques ? Il semble que l’important soit de ne pas nommer réellement l’ennemi, ce qui permet d’évacuer tout débat sur la nature profonde de la présence française dans la région.

Le ministre des Affaires étrangères n’a de cesse de rappeler que la France se bat contre des « criminels » qui tuent, terrorisent et trafiquent. Bref, des gens pas fréquentables que personne ne regrettera. Un terroriste (un trafiquant, un preneur d’otages) est un ennemi du genre humain. Mais un rebelle est doué d’une conscience et d’une stratégie politique. Lutter contre le terrorisme est un objectif universel, quoique abstrait. Lutter contre des rebelles vise à défendre des intérêts spécifiques. Et de cela, il ne doit jamais être question. Surtout dans les médias de Dassault et de Lagardère. Pour l’instant du moins.

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:48

http://a395.idata.over-blog.com/235x300/0/54/18/89/10-a/aaaa/x/manipul2.jpgLes relations entre Le Tour de France et France Télévisions ne peuvent pas être saines. Pas plus qu’entre telle autre chaîne et les clubs professionnels de football. Les sommes engagées sont tellement importantes qu’on ne sait plus trop si ce sont les journalistes qui commentent le Tour ou si c’est la Société du Tour de France qui dicte leur feuille de route aux rédactions. On ne va peut-être pas accabler les journalistes de France Télévisions et leurs consultants (Bernard Thévenet, le regretté Laurent Fignon, par exemple) pour n’avoir jamais rien dit sur le dopage, alors qu’ils savaient tout (link).

 

Ce qui est ignoble chez eux, c’est leur retournement de veste maintenant qu’Armstrong est (provisoirement ?) à terre. Ils en sont à le qualifier de « psychopathe ». Avec France Télévisions, apprenez à tirer sur une ambulance ! Au fait, on n’a pas trop entendu notre regretté Kleiner Mann prendre la défense de son « ami » texan. Ne serait-ce que pour lui offrir d’intégrer son fonds de pension, mettons en guise de viatique.

 

Ci-dessous, un article de Benjamin Accardo et Henri Maler pour le site Acrimed.

 

 

Au cours de l’entretien qu’il a accordé à Oprah Winfrey, Lance Armstrong est passé aux aveux et s’est déclaré « profondément désolé ». L’occasion était ainsi donnée aux journalistes qui ont minimisé ou marginalisé pendant des années les accusations qui visaient leur héros, qu’elles émanent d’autres coureurs cyclistes… ou d’autres journalistes, de reconnaître qu’elles étaient fondées. Il y eut en effet, depuis 1999, quelques journalistes qui, à l’instar de Damine Ressiot et Pierre Ballester, non contents de faire état de soupçons se sont employés à les étayer [1].

 

L’Equipe (propriété du groupe Amaury, organisateur du Tour de France) et France 2 (diffuseur exclusif de l’épreuve), sans taire ces accusations, se sont employés à les relativiser ou à les mentionner… mais pas pendant l’épreuve. Pour « ne pas gâcher la fête »… Les contorsions de L’Équipe (« Tour de France : L’Équipe défend le devoir d’amnésie sur le dopage », 26 juillet 2010) ont eu leur équivalent sur France 2, ainsi qu’on pouvait le lire ici même (« Lance Armstrong : trêve de complaisance à France télévisions ? », 4 février 2011) ou dans un article publié par Télérama (« France 2 sort la lance d’incendie pour Armstrong », par Samuel Gontier, 27 août 2012) [2]. 


Et maintenant ?

 

Révélations ?

 

Stade 2, dimanche 20 janvier 2012. Céline Géraud annonce le deuxième titre de l’émission : « Tout le monde a écouté Lance Armstrong mais personne n’a entendu Greg Lemond, le triple vainqueur du tour. Les mensonges d’Armstrong, l’UCI, et les menaces dont il a été victime, Greg Lemond déballe tout. Interview exclusive au micro de Nicolas Geay. »

Et 25’40, plus tard : « (…) Cette semaine Lance Armstrong est donc passé à confesse : Un show télévisé millimétré avec des aveux à demi-mots, alors, évidemment, on a beaucoup commenté ce show. Nous ce soir dans Stade 2 on a décidé d’aller plus loin puisque, Nicolas Geay, vous avez pu rencontrer, c’est un exploit ,Greg Lemond, l’un des plus farouches opposants à Lance Armstrong et il a décidé pour la première fois de parler à une télévision et c’est Stade 2 qu’il a choisi et donc c’est une exclusivité. Je vous propose de l’écouter et on en reparlera longuement après. Ecoutez, c’est un document Stade 2. »

 

Comment ne pas songer que, en l’occurrence, le principal « exploit » des journalistes de France 2 est de se défausser de l’enquête qu’ils n’ont pas menée sur un entretien avec un cycliste qui a eu le courage de porter des accusations… dès 2001 !

 

Après la diffusion de cet interview, les journalistes de France 2 vont-ils dire quelques mots de leurs complaisances passées ? Pas encore…

 

« Témoignage édifiant de Greg Lemond », déclare Céline Géraud qui enchaîne : « Maintenant qu’il a avoué, que risque-t-il ? » Après la réponse de Nicolas Geay, Céline Géraud se tourne vers Thierry Adam : « Le dossier n’est pas clos, c’est sûr. En ce qui concerne l’UCI [l’Union Cycliste internationale] maintenant, Thierry Adam, j’ai envie de vous demander : quel avenir pour l’UCI dans ce contexte ? »

 

Thierry Adam : « Noir. L’UCI fragilisée. Isolée. On a bien compris avec Greg Lemond que l’UCI, par Heinz Verbruggen, avait peut-être parfois fermé les yeux. On a même parlé d’argent. Pour l’instant on n’a pas de preuves. Alors qu’est-ce qui peut se passer ? »

Et Thierry Adam qui ne semble pas se souvenir que les journalistes de France 2 avaient eux aussi « peut-être parfois fermé les yeux », explique ce qui risque de se passer. Puis, relancé par Céline Géraud, il évoque le scandale qui touche l’équipe Rabobank et les soupçons qui pèsent sur l’équipe Katioucha.

 

Oui mais…

 

-       Céline Géraud : « Et dans ce climat pesant, propice au déballage, dernière question, après vous pourrez partir à la douche, [rires], quel avenir pour le tour ? » 
- Thierry Adam : « Ben le Tour de France c’est un peu à part quand même, parce que le centième, on le sait, va être magique pour plein de choses, c’est un peu différent, il n’y a pas que le sport, ça reste une fête et un spectacle et la référence, financièrement mais aussi pour ses organisations dans le monde entier et puis son combat anti-dopage qui est quand même avéré, d’où sa crédibilité – beaucoup de tricheurs ont été pris sur le Tour, et pas des moindres, presque tous. (…) »

-        

Le Tour de France, pour Thierry Adam, est en effet « un peu à part ». En 2009, interrogé par Nicolas Le Cheviller, envoyé spécial de Radio Occitania aux championnats de France il déclarait, enthousiaste, que le Tour 2009 allait être « un grand tour » et précisait : « Si on n’est pas embêtés, parce que malheureusement c’est un peu le souci avec le dopage. Si on n’est pas embêtés, je crois qu’on va avoir un très grand Tour de France, pour plein de raisons ; d’abord parce qu’ Armstrong est de retour, qu’on le veuille ou non, et ça médiatise le cyclisme d’une autre façon. C’est le Boss, c’est le patron, on aime ou on n’aime pas, peu importe, il est là, faut faire avec... Mais à l’inverse des autres fois, pour moi ce n’est pas le grand favori. Pour moi le grand favori c’est Contador. » [3]. Contador, compromis lui aussi dans des affaires de dopage…

 

Allez savoir pourquoi, on se prend alors à songer que les pudeurs des journalistes de France 2, la glorification du spectacle et l’éloge d’Amaury Sport Organisation ne sont pas sans rapport avec le contrat d’exclusivité des retransmissions du Tour de France par le … service public. Surtout, ne pas postillonner dans la soupe…

 

Prolongations ?

 

 

Patrick Montel se demande et demande s’il y a réellement une prise de conscience après les aveux d’Armstrong ?

 

-       Thierry Adam : « Je pense que ça va servir. Je pense que ça va vraiment servir, parce que Armstrong c’était quand même...heu...quelqu’un qui a gagné sept fois le Tour de France, donc ça représentait beaucoup qu’il soit allé... Après je suis un peu perplexe sur la façon dont il l’a fait mais ça va inciter certainement d’autres à avouer et... on a quand même déjà avancé depuis 2006-2007 (…) »

-        

Quelques papotages plus tard…

 

-       Patrick Montel [lisant un tweet] « Julien S.“ N’oublions pas qu’Armstrong est loin d’être le seul, pourquoi ne pas laisser à la porte des courses tous les suspects ?” » 
- Thierry Adam : « Ah, les suspects non... attention... les suspects... C’est vrai que la rumeur a longtemps couru autour d’Armstrong. On nous disait : “pourquoi vous ne le dites pas ? ” Tant que t’as pas de preuves, tant qu’on n’a pas de preuves, tant qu’il n’a pas avoué, on n’est jamais sûr qu’il s’était dopé. En revanche, non... » 
- Patrick Montel : « Vous n’aviez pas un peu la puce à l’orteil [sic] quand même ? » 
- Thierry Adam : « Si... mais si, mais bon... Heu... Je me vois bien dans un commentaire à dire : “Ah ben non, il va gagner mais on ne peut pas vous dire qu’il a gagné parce qu’on n’est pas sûr qu’il a gagné parce qu’on n’est pas certains qu’il est propre” ... » 
- Patrick Montel : « Ouais, ouais. » 
- Thierry Adam : « Déjà ça m’aurait coûté... Je peux aller à Pôle Emploi et encore ça suffirait pas pour payer ce que j’aurais dû payer. Tant qu’il n’avait pas avoué, qu’on n’avait pas eu de preuves : il n’a jamais été pris ! Il n’a jamais été contrôlé... » 
- Patrick Montel : « C’est ça qu’il faut expliquer aux gens quand même, c’est que... » 
- Thierry Adam : « Ben ! » 
- Patrick Montel : « ...tant qu’on n’a pas les preuves de quelque chose, c’est impossible pour nous de l’affirmer sous peine d’être condamné pour dénonciation calomnieuse. »

-        

Comme s’il s’agissait d’une simple« rumeur ».... Il existait des faits qui étaient avérés, des témoignages qu’il était souhaitable de mentionner, des enquêtes de journalistes qui n’étaient pas fantaisistes. Tout cela, il était possible d’en parler, sans courir le moindre risque judiciaire… Et sans attendre les aveux !

 

Mais, finalement, à propos de l’entretien avec Greg Lemond, on risque le tout pour le tout.

- Patrick Montel : « (…) Il y a une chose qui m’a frappé quand même, c’est lorsqu’il dit, lorsque Lemond dit que c’est un “prédateur”. » 
- Nicolas Geay : «  Mais moi j’ai toujours pensé que c’était un prédateur, d’abord sur le vélo, il n’y avait qu’à voir son regard, il était là pour tuer les autres, c’était vraiment le but d’Armstrong. Et prédateur dans la vie : Moi j’ai fait beaucoup d’interview avec Betsy Andreu, Betsy Andreu vous explique comment elle a essayé de... » 
- Patrick Montel : « Alors qui c’est Betsy Andreu ? » 
- Nicolas Geay : « Betsy Andreu c’est la femme de Franckie Andreu, ancien co-équipier d’Armstrong, qui a été témoin un jour à l’hôpital, quand Armstrong avait appris son cancer, d’une conversation entre Armstrong et son médecin où il lui disait tous les produits dopants qu’il avait pris. Elle est devenue à partir de là la plus farouche combattante d’Armstrong. Elle vous explique à quel point Armstrong les a intimidés, les coups de fil anonymes, tout ça pas que Armstrong, c’est évidemment les hommes qu’il a autour de lui... Il avait tellement de pouvoir. » 
- Patrick Montel : « Le “système” Armstrong... » 
- Nicolas Geay : « Voilà. L’intimidation, les menaces de mort vous dit Greg Lemond. [?], le patron de l’agence américaine anti-dopage, installé, tout ça... il a été victime de menaces de mort... Hamilton : pareil. Et c’est vrai que même les journalistes à l’époque, Thierry parlait de ça... On peut critiquer les journalistes à l’époque... Armstrong fichait les journalistes qui étaient pro-Armstrong et les journalistes qui étaient contre lui... » 
- Patrick Montel : « Ah d’accord ! ».

 

-       Fabien Levêque : « Mais dans son mea culpa, Nicolas, il a dit qu’il n’aimait pas son personnage de l’époque, il a bien fait son mea culpa. » 
- Nicolas Geay : « Mais bien sûr que si... Cette interview-là, il ne faut pas croire une seconde qu’il était sincère, y a pas une émotion, pas une remise en cause, il l’a fait pour essayer d’une part d’amadouer l’opinion publique et la justice américaine. A aucun moment il est sincère et quand Lemond parle d’un sociopathe, c’est ça... Il n’y a aucun sentiment. » 
- Thierry Adam : «  C’est un psychopathe... » 
- Nicolas Geay : « C’est la même chose. Pour dire qu’il n’y a aucun regret et tout ça est simulé, tout ça est... »
- Thierry Adam : « Il y a quelque chose qu’on n’a jamais vraiment abordé parce que c’est hors sport et tout, mais il est... chez lui tout est réfléchi. Mais c’est un grand malade de tout. C’est un grand malade qui ne supporte pas de perdre et c’est aussi un grand malade avec les femmes : il y a un coureur professionnel français qui a fait une dépression, qui a arrêté sa carrière parce qu’il a tout fait pour lui piquer sa femme ! » 
- Patrick Montel : « Il a réussi ou pas ? » 
- Thierry Adam : « Oui ».

-        

Il a surtout réussi à réduire quasiment au silence de valeureux journalistes de France 2, justiciers de la dernière heure.

 

Annexe : L’entretien avec Greg Lemond

[Nicolas Geay soumet à Lemond une vidéo de l’interview d’Armstrong par Oprah Winfrey. A l’écran alternance des images de la vidéo, gros plan sur les yeux de Lemond, et commentaires de ce dernier aux réponses successives d’Armstrong.]

 

Greg Lemond : « Je dirais que ça commence plutôt bien. Il admet s’être dopé. Mais j’ai toujours dit que le vrai sujet n’est pas le dopage. Cela l’est au début, mais c’est surtout ce qu’il fait aux gens en les menaçant, ce qu’il fait aux coureurs, Christophe Basson, à Simeoni, ensuite à moi, aux journalistes Ballester ou Walsh, à Frankie Andreu, la liste est encore longue... »

 

[Vidéo. Lance Armstrong : « Sur les 200 coureurs du tour, je peux vous dire qu’il y en a cinq de propres et ces cinq là ce sont des héros. »]

 

Greg Lemond : « D’abord il se contredit. Il insulte les coureurs actuels qui ont couru lors des dix dernières années, parce qu’il ne sait même pas s’il n’y avait que cinq coureurs propres. Ils étaient peut-être cinquante, mais il veut le croire. Parce ce qu’il ne peut pas imaginer qu’on ne puisse pas tricher. Donc il pense que tout le monde a triché. »

 

[Vidéo. Lance Armstrong : « Dire que j’ai forcé mes équipiers à se doper, c’est faux. »]

Greg Lemond : « Est-ce qu’il leur disait : « Je veux que vous preniez cette piqûre pour vous l’injecter dans le bras » ? Il n’a même pas besoin de dire ça. C’était implicite. Il ment parce qu’il a dit à Franckie Andreu : « Tu ne veux pas voir Ferrari ? Tu dégages ! » Si vous forcez quelqu’un à se doper, c’est illégal. Donc je pense qu’il dit qu’il ne l’a pas fait pour se couvrir au niveau juridique. Là-dessus il n’est pas honnête. Encore une fois... »

 

[Vidéo. Lance Armstrong : « Les accusations selon lesquelles je me serais dopé quand j’ai fait mon retour sont fausses. »]

 

Greg Lemond : « Mon avis là-dessus ? C’est : Qui faut-il croire ? L’USADA [United States Anti-Doping Agency] ou Armstrong ? Je pense que quand vous êtes dopé et que vous avez accumulé les succès, ça devient une addiction. Ils ne pensent pas qu’ils peuvent gagner sans. »

 

[Vidéo. Oprah Winfrey : «  Donc vous n’avez jamais payé l’UCI pour qu’ils dissimulent un de vos contrôles positifs ? » Lance Armstrong : « Non. »]

 

Greg Lemond : « Disons que c’était un don. Et un risque de corruption. C’est ce que j’ai dit sur l’UCI : 125 000 dollars et ils ont un budget de cinquante millions de dollars. Pourquoi ils auraient besoin de lui ? Je demande à Verbruggen et même à Mc Quaid, à leur entreprise, d’être transparents, de laisser accès à leurs comptes, leurs comptes personnels, parce que l’argent d’Armstrong n’est pas allé à l’UCI. Quand vous rencontrez un sociopathe comme Lance Armstrong, vous faites demi-tour et vous courez aussi loin que vous pouvez ! Parce quand vous êtes confronté à eux, ils ne vous lâchent jamais. J’ai toujours su que Lance n’abandonnerait jamais et ferait tout pour avoir ma peau. »

 

Voix off : « Pendant dix ans, il a été une des victimes de Lance Armstrong. En 2001 Greg Lemond émet des doutes sur les performances de son compatriote. En représailles Armstrong le pousse à la faillite en le coupant de ses partenaires financiers et le persécute jusqu’à l’acharnement. »

 

Greg Lemond : « Je pense que j’ai perdu dix ans de ma vie. Ça peut paraître exagéré mais je connais beaucoup de gens qu’il a menacé. Moi, ça a été plus loin. J’ai même reçu des menaces de mort. C’était un prédateur et j’ai croisé sa route. Je l’ai mis en cause et il allait me le faire payer. »

 

Voix off : « Quatre jours avant ses confessions télévisées Lance Armstrong a téléphoné à Greg Lemond. Le désormais seul américain vainqueur du Tour n’a pas voulu lui répondre. Et n’est pas prêt de pardonner. »

 

Greg Lemond : « Si je lui pardonnais, je ferais ça pour moi. Je n’ai plus à m’occuper de lui et je n’ai plus rien à faire de lui. Je ne pense plus à lui tous les jours. »

 

Voix off : « Greg Lemond ne sera pas candidat à la présidence de l’UCI. A cinquante et un ans, il veut reprendre une vie apaisée, libérée de Lance Armstrong, de ses méthodes et de ses mensonges. »

 

Céline Géraud (sur le plateau de Stade 2) : « Témoignage édifiant de Greg Lemond, recueilli par vous Nicolas Geay, avec Dominique Bonnet, montage Catherine De Retz. (…) ».

 

Notes

[1] Damien Ressiot, « Le mensonge Armstrong », L’Équipe, 23 août 2005. De Pierre Ballester : L.A. Confidentiel - Les secrets de Lance Armstrong co-écrit avec David Walsh, Points, 2004 ; L.A. Officiel (co-écrit avec David Walsh), Éditions de La Martinière, 2006 ; Tempêtes sur le Tour, Éditions du Rocher, 2008 ; Le sale Tour (co-écrit avec David Walsh), Seuil, 2009. Ainsi que David Garcia, La face cachée de L’Équipe, éd. Danger public, 2008 et le docteur Jean-Pierre de Mondenard, La grande imposture, entretiens avec David Garcia, éditions Hugo et Compagnie, 2009.

[2] Sur le dopage, lire aussi dans « Lu, vu, entendu : “L’été de tous les héros” » (« Le triomphe d’Armstrong ») 23 août 2005 ; « “L’Equipe” », l’épique et l’éthique, Le Monde diplomatique, septembre 2007, un article de Johann Harscoët dont nous avons reproduit des extraits ici même ; « L’investigation est un sport de combat : enquête sur le journalisme sportif », 21 février 2011.

[3] Sur Youtube, Thierry Adam (entretien Radio Occitania), vers 4’08.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 11:34

 

http://sylvey.free.fr/photobidouille/dossier_page_tutos/d_tuto_affiche_dechiree/img_tuto_affiche_dechiree/transparence_affiche_tuto.jpgPour éclairer son propos, Philippe Arnaud commence par une bonne blague que racontait Coluche :

 

Un curé irlandais voir revenir, dix ans après, une de ses paroissiennes partie tenter sa chance à Londres. Apparemment, la jeune femme n'est pas à plaindre : belle voiture, vêtements de marque, bijoux, parfums... Et le curé de s'extasier : « Que tu es belle, Mary, que tu as bien réussi ! Que fais-tu pour gagner si bien ta vie ? ». Et la jeune femme, gênée, de bredouiller : « Mon père, je suis prostituée... ». « Hein, quoi ? Comment ? Qu'oses-tu dire ? ». Et la jeune femme de répéter, en détachant bien les syllabes : « Pros-ti-tuée, mon père... ». Et le curé, soulagé : « Ah, tu me rassures, j'avais cru entendre protestante ! ».

 

Où veux-je en venir ?

 

À ceci : à l'instar de ce curé, les médias, reflétant souvent une opinion dominante (celle des chefs d'entreprise, des leaders d'opinion, des idéologues néo-libéraux), excellent à s'imaginer de faux problèmes (et de non moins fausses solutions) pour détourner les esprits des véritables enjeux.

 

Ainsi en est-il de la fameuse “ transparence ” : selon celle-ci, peu importe qu'un chef d'entreprise, un P.D.G., un actionnaire majoritaire gagne un million d'euros par mois. L'essentiel est que cela se fasse dans la “ transparence ”. Du coup, la question de l'inégalité scandaleuse, de la disparité monstrueuse des revenus est-elle escamotée au profit de la “ transparence ”, censée regrouper toutes les vertus : démocratie, honnêteté, contrôle citoyen, juste rémunération...

 

Ainsi en est-il (et j'aborde maintenant le sujet) de la “ confession ” du coureur Lance Armstrong à la télévision américaine, reconnaissant qu'il s'était dopé durant ses tours de France. Et France 2 d'évoquer ses larmes, sa honte devant son fils, ses problèmes avec sa fédération cycliste, avec la Justice de son pays, etc.

 

Sauf que... justement, le problème n'est pas là ! Il n'est pas même dans le fait qu'aucun des coureurs arrivés derrière Lance Armstrong n'a pu endosser le maillot jaune à sa place, puisqu'on les soupçonnait eux-mêmes de s'être dopés... Le problème réside en l'addiction des

médias à deux obsessions du sport – et pas seulement que du sport – l'obsession de la performance et l'obsession de la compétition.

 

1. La performance. On n'a pas assez souligné le fait que les médias s'excitent sur des performances... qui n'en sont pas ! Je me souviens encore du premier homme à atteindre les 10 secondes au 100 mètres. C'était l'Allemand Armin Harry (link), en 1960. Depuis, où en est-on ? À 9 secondes 60 centièmes (si j'en crois Wikipedia, pour Usain Bolt). Soit 4 dixièmes de secondes de gagnés en 53 ans ! Avec ce fait révélateur – au début, on a mesuré avec une précision du dixième de seconde, puis du centième de seconde, et, demain  – pourquoi pas ? – du millième, du cent millième, voire du millionième de seconde ! À ce compte-là, les “ records ” tomberont toutes les semaines. Et, finalement, les instruments de mesure enregistreront... leurs propres performances !

 

[J'ajoute que cette constatation vaut pour toutes les disciplines de l'athlétisme, et, plus largement, pour toutes les disciplines olympiques, même lorsqu'elles se mesures en unités spatiales. Les sauteurs gagnent des décimètres, puis des centimètres, et demain, quoi ? Des millimètres ? Des microns ?].

 

Ce qui est à noter, c'est que cette performance, “ la ” Performance est recherchée pour elle-même : elle ne trouve qu'en elle sa justification. Un peu à la manière des médias qui, au printemps, nous rebattent les oreilles avec le (ou la) plus jeune candidat(e) au bac, le multi-lauréat au concours général ou le premier au concours d'entrée à Polytechnique et Normale Sup'... Qu'ont fait de bien ces jeunes gens ? Qu'ont-ils découvert ? Qu'ont-ils inventé ? Qu'ont-ils écrit ? Silence dans les rangs ! On ne se demande pas à quoi ça sert, on est prié de s'extasier !

 

2. La compétition. Avant sa chute, Lance Armstrong était regardé comme un surhomme, un mutant, du fait qu'il avait gagné sept fois le Tour de France. Parce qu'il n'y a partout – dans le cyclisme, le 100 mètres, le football ou le Vendée Globe – que deux places : la place du premier (le gagnant) et la place des autres (tous des perdants).

 

A ce propos, on peut se demander si le sport n'est pas le reflet de l'idéologie de la société, qui ne raisonne, qui ne voit, qui ne pense, qui ne sent, qui n'apprécie, qui ne juge qu'en termes de compétition et de classements : les 50 premiers milliardaires dans le monde (ou en France), les 50 plus grosses sociétés, les 50 plus grosses capitalisations boursières, les meilleurs lycées, les meilleurs hôpitaux pour se faire opérer du coeur, de la cataracte ou du sein, les ordinateurs les plus puissants, les microprocesseurs les plus rapides, les voitures les plus rapides – ou les plus chères – etc.

 

Compte tenu de cette idéologie de la course et de la compétition, compte tenu de cette ambiance, compte tenu de la pression exercée sur les athlètes pour qu'ils enchaînent les épreuves [on ne saurait mieux choisir ce mot !] dans des délais très rapprochés, qu'ils pulvérisent des records, qu'ils rapportent des médailles, des coupes ou des maillots, il est vain (ou hypocrite, ou superficiel ou inconscient) de leur reprocher de se doper alors qu'on fait tout, précisément... pour qu'ils se dopent ! Tant qu'on n'aura pas substitué l'esprit d'émulation à celui de compétition, on en restera là.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:15

RP2Oublions un peu la guerre que la France mène au Mali contre le “ terrorisme ”, dont le terreau est la pauvreté et l’anomie de nombreux États africains.

 

 

Théophraste, dans Le Grand Soir, évoque Winston Churchill, à la fin de sa vie, qui, s’il était une vieille baderne réac, avait conservé un humour très acéré. On se souvient de son anéantissement lors du résultat des élections législatives de 1945. Pensez donc : lui, le grand chef civil et militaire qui avait tenu tête à Hitler, avait été défait dans les grandes largeurs par des travaillistes qui, à l’époque, étaient 147 fois plus à gauche que ceux d’aujourd’hui, avec la mise en œuvre de la nationalisation de grands moyens de production et d’échanges, l’instauration d’un système d’enseignement totalement gratuit, d’un système de santé également gratuit, pour ne parler que de ces avancées considérables.

Churchill l’avait d’autant plus mauvaise qu’il avait été défait par un homme discret et apparemment sans grande envergure : Clement Attlee, son vice-premier ministre. Moins brillant que d’autres personnalités travaillistes, il dirigea néanmoins son gouvernement avec beaucoup de fermeté. Mais pour l’aristocrate Churchill (descendant du duc de Malborough, celui qui « s’en va-t-en guerre »), le petit bourgeois Attlee était un médiocre sans contours. Il avait donc inventé, pour sa gouverne, l’extraordinaire blague suivante :

« Une voiture vide s’arrête devant 10 Downing Street. Attlee en descend. »

Chaque fois que je vois ou j’entends Jean-Marc Ayrault, je pense à cette saillie.

 

Les élections eurent lieu le 5 juillet 1945. Une des raisons de la nette défaite de Churchill fut le retour des soldats sur le sol natal. Il n’y avait pas eu d’élection nationale depuis 1935, et le peuple se souvenait parfaitement à quel point la politique de droite des conservateurs avait été de droite. Sûr de son coup, Churchill fit à peine campagne, juste pour dire que le programme travailliste faisait penser à celui de la Gestapo. Une Kolossale finesse que peu de gens apprécièrent. Les travaillistes lancèrent une politique authentiquement keynésienne, l’ironie de l’histoire étant que Keynes n’était pas travailliste mais proche du parti libéral.

Le Service national de santé fut mis sur pied en 1946, d’après les travaux de la commission Beveridge de 1942. Dès 1942, en effet, les dirigeants anglais crurent en la victoire et réfléchirent à la reconstruction. Beveridge était un grand bourgeois influencé par les idées de la Société fabienne. Il rejoignit pourtant le parti libéral pendant la guerre. Dans l’entre-deux-guerres, il avait dirigé la London School of Economics, bastion de la pensée économique de gauche. Grâce à Beveridge, la LSE accueillit de nombreux économistes juifs allemands après 1933. En 1968, la contestation estudiantine en Angleterre fut particulièrement vive dans cet établissement.


Autres temps autres mœurs. Les gens de ma génération auront connu ce bouleversement copernicien qui a porté au pouvoir les idées et de Hayek et autres “ libéraux ” acharnés. Les optimistes peuvent toujours se dire que ce qui a été si rapidement défait peut être refait.

 

 

Thierry Masson, pilote de ligne, adresse une lettre ouverte dans Politis à Françoise Hollande.

L’aéroport actuel de Nantes-Atlantique répond à la totalité des critères les plus stricts imposés à notre secteur d’activité.

Par ailleurs, la sécurité de Nantes Atlantique correspond aux performances détaillées par des normes les plus strictes rédigées par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale avec ses 191 états membres et 1200 compagnies aériennes.

Son hypothétique saturation peut être anticipée à tout instant compte tenu de la surface aéroportuaire actuellement disponible avec de multiples extensions imaginables comme cela se fait partout en Europe.

Sur l’aspect logistique, faut-il le rappeler, l’aéroport de Nantes Atlantique possède des servitudes type ligne de tramway à proximité immédiate, voies ferrées jouxtant les aérogares actuelles, réseaux routiers performants ouverts vers l’océan proche ainsi que vers les axes routiers en direction de Paris, Bordeaux, la Bretagne immédiate, la Normandie toute proche. Ici satisfecit total concernant le Schéma de Cohérence Territorial local !

Les compagnies aériennes régionales ont remis le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen à l’équipement pour Nantes-Atlantique.

Un aéroport ne dicte pas l’offre, c’est le marché qui l’oriente, offre construite à partir de situations d’origines structurelles ou conjoncturelles. Un aéroport répond toujours à un besoin mais ne génère pas ce besoin.

Dès lors, la mise en perspective de projet d’Aéroport du Grand Ouest avec une nouvelle plateforme dotée de 2 pistes, qui plus est non parallèles, étonne. Pourquoi 2 pistes ? Force est de constater qu’une seule piste astucieusement dotée de sorties rapides et d’une bande de roulement parallèle suffirait à absorber les flux espérés.

De plus, il n’y a aucune garantie sur l’emploi puisque selon la règle observée, cet aéroport drainera en moyenne tout au plus 700 emplois directs par million de passagers.

L’auteur rappelle que nombre d’aéroports aux santés financières exécrables sont sous utilisés compte tenu de leur dimensionnement, je pense au troisième aéroport parisien de VATRY (près de Châlons-en-Champagne) avec 52000 passagers/an et une piste de 3850m ; que dire de Clermont Ferrand, Epinal, Metz-Nancy Lorraine, Tours, Poitiers, Bergerac, etc...

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 06:20

http://www.iteco.be/sites/www.iteco.be/IMG/gif/pedagogie-a-distance.gifD’abord, on ne l’enseigne pas à l’aide d’un manuel (d’un intellectuel, non plus). Vous plaisantez. La chronologie chez des moutards qui sont à peine capables de faire la différence entre hier et avant-hier ? Quelle horreur ! Une histoire qui commencerait au début, qui continuerait vers le milieu et qui se terminerait par la fin ? Je vous sens aussi futés que Clement Attlee selon Churchill (link).

 

 

Non ! De bonnes vieilles feuilles volantes à 11 trous qu’on classe dans un classeur qui pèse 2 kilos vide et 6 kilos en PTC (poids total autorisé en charge).

 

Justement, j’en ai une sous les yeux.

 

Premier chapitre : Napoléon et le Premier empire (1804-1815). Je demande à l’élève qui m’a montré ce feuillet s’il a étudié Louis XIV.

     -  Tu sais qui était Louis XIV, demandè-je ?

      -  Oui, celui qui a construit le château de Versailles. Bon, tout baigne.

 

Napoléon est donc un « général qui a mis fin aux insurrections de la révolution et a rétabli l’ordre ». Je demande à l’enfant s’il sait ce qu’est une insurrection. Un regard de merlan frit me répond. « Napoléon a créé la Légion d’honneur pour donner l’illusion que chacun est important ». « Peux-tu m’expliquer cette phrase, cher enfant ? » Re merlan frit. « Napoléon voulait dominer l’Europe. Il a chassé les souverains mais n’a pas appliqué les idées révolutionnaires [on sent le pédagogue de gauche]. Ce qui a mis en colère les peuples des pays conquis. »

-       Comment s’est manifestée la colère de ces peuples ?

-      

 

« En 1815, Napoléon et son armée ont subi une grave défaite à Waterloo. Il fut exilé.

-       Où donc ?

-       Je sais : à Sainte-Hélène !

-       On ne t’a pas parlé de l’île d’Elbe ?

-      

-       Connais-tu le sens du mot “ exil ” ?

 

Il connaît ! Ce doit être un fidèle lecteur de ma rubrique “ Poésie et exil ”.

 

Deuxième chapitre : Les grandes réformes de la révolution et de Napoléon Bonaparte. Sont mentionnés la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (sans majuscules), la structuration du pays en départements et communes, le Code civil, l’État civil, la monnaie et un système de mesures nationales. Je demande des éclaircissements sur le Code civil. Regard de merlan frit.

 

Troisième chapitre : deux lignes sur le romantisme : « des artistes ont cherché à exprimer les « sentiments et les émotions. »

-       Avant, les artistes n’exprimaient pas les sentiments et les émotions ?

-      

 

« Les artistes s’intéressaient à toutes sortes de thèmes : la guerre, l’amour, l’héroïsme, la mort. »

 

- On ne s’intéressait pas à ces thèmes, avant ?

- Merlan frit.

 

Quatrième chapitre : Louis Pasteur et Marie Curie, "savants du XXè siècle". Pasteur (qui a dû mourir largement centenaire) a découvert le vaccin contre la rage.

-       C’est quoi la rage ?

-       Merlan frit.

 

Marie Curie a découvert les propriétés radioactives du radium, me dit l'enfant, rayonnant, bien sûr.

-       Tu peux m’expliquer ce que tu viens de me dire ?

-       Merlan frit.

 

Cinquième chapitre : « création en 1776 des 13 colonies anglaises d’Amérique du Nord qui se révoltent, soutenues par la France, et prennent le nom d’« États-Unis d’Amérique. »

-       Qui étaient les colons en 1776 ?

-       Les Noirs !

-       Pourquoi la France a-t-elle soutenu la révolte ?

-       Merlan frit.

-       Comment a-t-elle soutenu la révolte ?

-       Merlan frit.

 

L’élève qui est devant moi est l’un des meilleurs de sa classe. L’école qu’il fréquente n’est située ni dans une banlieue abandonnée par la République, ni à Wallis et Futuna. Les enseignants sont jeunes, dynamiques et ont tous été formés dans un l’IUFM. L’année dernière, l’enseignant responsable du CE2 a fait faire une seule dictée aux élèves. Comme je m’en étonnai poliment, il me répondit, gêné (il savait que j’étais un enseignant retraité, fils d’enseignants et petit-fils d’enseignants), que « les consignes ministérielles n’étaient pas claires à ce sujet, qu’elles évoluaient tous les trois mois, vous comprenez ? » Les mêmes enfants n’ont pas fait un seul vrai problème de mathématiques. Mais ils ont suivi des cours d’espagnol et d’anglais, dont il ne leur reste quasiment rien, naturellement.

 

PS : En CM1, dans la même école, des enfants ont dû "apprendre" les fractions en autonomie, c'est-à-dire par leurs propres moyens, vaguement guidés. Sarkozy et sa casse de l'Éducation nationale ne sont pas responsables de tout.

 

PPS : Une correspondante m'écrit ceci :

Bon, y' a pas que moi qui me révolte de ça, je vois.
Faut lui dire que pour ma fille, en CM1, ils ont passé à peu près 30% du temps à faire une comédie musicale. Pas créer (ce qui leur aurait fait travailler le français au moins !), mais exécuter et répéter avant... Certaines semaines(la classe était sur 4 jours), ils ont pris deux jours entiers pour ça. 

Et le maître laissait aux parents le soin de faire comprendre règles de grammaire et de calculs, sans parler des tables de multiplications qu'il fallait voir entièrement à la maison.

Il n'y a pas que Sarko qui a cassé l'école, non.
Mais pas que les instits non plus : si ça s'est passé comme ça, c'est aussi parce que je crois que j'étais la seule à me scandaliser. Et j'ai compris à la fin de l'année quand il y a eu la représentation de la dite comédie musicale : les parents, FCPE en tête, étaient tout contents de voir leur progéniture sur les planches, en vedette. Avec laDépêche... et l'Inspecteur d'Académie aussi devait être tout content : un projet qui fait de la pub !

On en revient à l'image qui  illustre le blog de Bernard : société spectable. Cerveau-spectacle.

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 10:30

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f6/Salzmann.jpg/200px-Salzmann.jpgLa Conférence des Présidents d’Université a élu son président en la personne de Jean-Loup Salzmann, qui dirige l’université de Paris XIII.

 

Professeur de médecine, il se dit de centre-gauche. Déjà, quand une personnalité se proclame « de gauche », cela ne va pas bien loin… Ses parents étaient des familiers de François Mitterrand et lui-même appartint au cabinet d’Hubert Curien, ministre de la Recherche entre 1988 et 1993.

 

Je l’ai écouté hier, interrogé au micro de France Info. Il termina l’entretien par la phrase suivante : « Si chaque fois qu’on parle compétitivité on parle université, si chaque fois qu’on parle quête des marchés internationaux on parle université, mon mandat aura utile ».

.

 

Je comprends que son élection ait été saluée par la ministresse (c'est ainsi que l'on doit dire, on trouve ce mot dans Stendhal) de l’Enseignement supérieur.

 

Jean-Loup Salzmann a récemment signé un partenariat avec l'université Ben Gourion, qui participe au complexe militaro-industriel israélien.

 


 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche