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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 07:20

http://t1.ftcdn.net/jpg/00/04/00/08/400_F_4000847_uxSRTY8o1UBTDEIBQt1WhKayc8qM82Bs.jpgRécemment, dans Rue 89, un jeune magistrat nous ouvrait son cœur et nous livrait les petits secrets de son compte en banque et de sa feuille de paye.

Je dois dire que je ne m’étais jamais posé la question de savoir combien gagnaient les juges. À la sortie de l’École nationale de la magistrature, un petit juge gagne 2600 euros net. Il perçoit 5 000 euros en milieu de carrière et 7 000 en fin de carrière. Les étudiants intègrent l’ENM sur concours (très sélectif), après un mastère (4 ans). Les études proprement dites durent environ 2 ans. Nous sommes donc à Bac + 6 ou 7.

La curiosité n’étant pas ma faiblesse, je me suis demandé combien gagnait un commissaire de police. Il touche 3 000 euros en début de carrière, et de 6 à 7 000 en fin de parcours. Les augmentations de salaires sont assez rapides les premières années, puis ralentissent.

Il n’y a pas de limite d’âge pour présenter le concours pour les sportifs de haut niveau (m’étonnerait pas que ce soit une idée de Jospin qui a un cousin flic !). Les candidats doivent être titulaires d’un mastère II (Bac + 5), sauf s’ils sont sportifs ou pères et mères de trois enfants.

Bien sûr, je ne peux m’empêcher de comparer tout cela au sort des maîtres de conférences (par pudeur, je vous épargnerai le salaire des professeurs des universités en classe exceptionnelle). Un MCF a passé le Bac, puis une licence, puis un mastère II, puis un doctorat. Nous sommes à Bac + 9 (Bac + 8 pour les plus rapides). Le jeune MCF débute à 2100 euros brut (un peu moins en net). Il est, je crois, le meilleur rapport qualité/prix de toute la fonction publique. Il faudra à cet universitaire une dizaine d’années pour « rattraper » le salaire du commissaire de police débutant, aux alentours de 3 000 euros (à condition qu'il bénéficie de la hors-classe.

Le MCF qui parvient au sommet de la carrière (hors échelle indiciaire) touche 4559 euros brut, 3551 euros net.

En 1985, un jeune MCF gagnait 2,4 fois le smic. En 2009, 1,6 fois. En euros constants, ce même MCF gagnait 2 300 euros en 1985. Il était à moins de 2 100 en 2009. Il faut près de six ans au MCF d’aujourd’hui pour « rattraper » le salaire de son aîné de 1986. Quand je pense à ceux de mes anciens collègues qui me bassinent avec des raisonnements du genre « c’est moins dur pour nous que pour les gens qui poussent des wagonnets dans les mines du Lesotho », je me dis que la classe politique dans son ensemble aurait tort de se gêner : elle peut continuer à sous-payer les universitaires parce qu’elle les méprise et parce qu’ils sont incapables, intellectuellement, de considérer leur rôle et leur valeur avec la dignité qui convient.

Il est une autre catégorie de fonctionnaires que la classe politique méprise, vous savez, ceux qui, parfois, sont assassinés d’une balle de fusil dans le dos. Ce sont les inspecteurs du travail. Ils débutent à 1 830 euros brut et culminent à 3 800 euros. Ils touchent environ 600 euros de primes mensuelles. Dans une société qui n’aurait pas peur des patrons voyous, les inspecteurs du travail seraient beaucoup mieux traités.

Mais je sens, pour finir, que vous voulez en savoir un peu plus sur les professeurs des universités en classe exceptionnelle. Nous nous situons au sommet de la technicité de la Fonction publique. Il s’agit d’universitaires qui ont dirigé et fait soutenir des thèses et des habilitations à diriger des recherches, qui ont été membres de jurys comme celui de l’agrégation, qui ont publié de nombreux ouvrages de très haut niveau, qui ont dirigé des équipes pédagogiques de 10 à 1 000 personnes, des équipes de recherche de 10 à 100 personnes. La crème de la crème d’entre eux commence actuellement à 4 545 euros et termine à 5154 euros (brut). Je vois que les commissaires de police esquissent un sourire.

 

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 08:05

http://www.francetvinfo.fr/image/74vqe42e0-c198/570/320/1690437.jpgDepuis la Guerre des Gaules – et peut-être même avant, on sait bien que les guerres sont racontées par ceux qui les gagnent.

 

Pas que les guerres, d’ailleurs. C’est la mission des appareils idéologiques d’imposer le discours, la langue pour tous. Comment parler du Hezbollah ? Barak Obama, l’élu d’un des systèmes électoraux les moins représentatifs qui soit (un citoyen de son pays sur deux ne vote pas, la proportion étant d’autant plus forte que les citoyens sont pauvres tandis que deux partis presque superposables verrouillent le débat) a évoqué, lors de son voyage au Proche-Orient « une organisation terroriste et tous les États épris de justice devraient la considérer comme telle ». Il a même fait le reproche à l’Union européenne de ne pas avoir inscrit le mouvement sur la liste noire des organisations terroristes.

 

Capitaine Martin (Le Grand Soir) rappelle que lors des élections de 2009 – parfaitement normales – le Hezbollah a conquis 57 sièges sur 128. Le chef du gouvernement libanais a alors été amené à intégrer deux personnalités du Hezbollah. Le mouvement a adapté sa doctrine contre le sionisme. Avec au moins autant de sincérité que Bush nous parlant des armes de destruction massive ou Obama nous expliquant qu’il ne peut pas fermer le bagne de Guantanamo, ce qui fait saigner son cour. La Palestine occupée ne doit plus, quant à elle, « adopter une vision théocratique des institutions ; elle a l’obligation de reconnaître les droits fondamentaux des Palestiniens afin que le gouvernement puisse réunir des musulmans, des chrétiens et des juifs à travers une constitution multiconfessionnelle commune qui garantirait la paix civile. Comme cela fonctionne au Liban. » La réponse du Hezbollah fut cinglante : « Obama veut que les Arabes acceptent un État strictement juif et s’engagent dans une phase de normalisation totale du conflit, alors qu’il ne s’est même pas intéressé aux droits fondamentaux et légitimes des Palestiniens, comme le retour des réfugiés, le statut de la ville de Jérusalem, l’arrêt de la colonisation, la judaïsation totale des lieux sacrés islamiques et chrétiens ». Obama est apparu comme un simple fonctionnaire de l’entité sioniste et non comme un dirigeant d’un État indépendant comme peuvent l’être les Etats-Unis.

 

J’évoquais les outils idéologiques qui façonnent les mentalités étatsuniennes et qui, pour ce qui nous concernent ici, justifient toutes les guerres. Dans un récent article de Counterpunch (link), David Swanson explique comment, désormais, on enseigne la guerre aux écoliers étatsuniens, sous couvert de payer « le prix de la liberté ». Une exposition vient d’être organisée en ce sens. Dominique Muselet a traduit cet article pour Le Grand Soir. J’en extrais ceci :

 

« Peu importe que nos libertés semblent se réduire chaque fois que nous sommes en guerre. Peu importe que des quantités d’autres pays bénéficient de plus de liberté que nous sans avoir fait la guerre. En ce qui nous concerne, la guerre est le prix de la liberté.


L’exposition s’ouvre sur ces mots : “ Les Étasuniens sont allés à la guerre pour conquérir leur indépendance, agrandir leur territoire, définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde. ” Ils sont vraiment idiots ces Canadiens qui ont obtenu leur indépendance sans faire la guerre, n’est-ce pas ? Imaginez tous les gens qu’ils auraient pu tuer ! L’exposition est étonnamment assez honnête en ce qui concerne l’impérialisme, en tout cas des premières guerres. Il est bien spécifié, même si cet aveu est accompagné des justifications d’usage, que l’un des objectifs de la guerre de 1812 était de conquérir le Canada.

Par contre, en ce qui concerne la seconde partie de l’exposition : “ ... définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde ”, le texte de présentation est proprement scandaleux. L’exposition, du moins pour ce que j’ai pu en voir sur Internet, n’explique absolument pas en quoi une guerre peut aider à “ définir nos libertés ”.

L’exposition est un tissu de mensonges et de falsifications. La guerre civile étasunienne est présentée comme “ le conflit le plus meurtrier des États-Unis. ” Vraiment ? Parce que les Philippins ne saignent pas ? Ni les Vietnamiens ? Ni les Irakiens ? Voilà ce que nous enseignons à nos enfants ! La guerre espano-étasunienne est présentée comme une tentative de “ libérer Cuba ” et tutti quanti. Mais c’est par omission que l’exposition pêche le plus. Elle passe sous silence les faux prétextes utilisés pour déclarer les guerres, elle ignore ou minimise hypocritement les morts et les destructions.

L’exposition fournit aux enseignants un manuel qui est supposé recouvrir les 12 dernières années de guerre (qui ont causé la mort de 1,4 million personnes rien qu’en Irak) mais qui en fait ne parle que des événements du 11 septembre. Il commence ainsi :

“ Le 11 septembre a été une épouvantable tragédie. Les attaques dévastatrices perpétrées par des terroristes d’al Qaida sur le territoire étasunien ont fait 3 000 morts et déclenché une guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis. Les événements de cette journée auront des conséquences sur les décisions sur la politique intérieure et étrangère pendant encore de nombreuses années. ”

En parlant avec des enseignants qui ne sont pas des sociopathes, on s’aperçoit que ce genre “ d’enseignement ” dispensé par nos musées a un impact épouvantable sur les étudiants. Il faut lire Teaching About the Wars (enseigner les guerres, ndt) qui vient de sortir. Le livre est écrit par des enseignants qui essaient de fournir à leurs étudiants une analyse des guerres plus complète et plus honnête que ce qu’on trouve d’ordinaire dans les livres de classe dont beaucoup sont encore pires que l’exposition dont je viens de parler. Ces professeurs/auteurs affirment que lorsqu’un enseignant prétend ne pas avoir d’opinion, il enseigne aux enfants la paresse morale. Prétendre être indifférent à ce qui se passe dans le monde apprend aux enfants à ne pas se soucier de ce qui se passe dans le monde. Selon eux, les enseignants doivent avoir un point de vue mais en fournir d’autres à leurs élèves pour leur enseigner l’analyse critique, le doute, et le respect des opinions des autres.

D’après eux, on ne devrait pas inciter les étudiants à rejeter en bloc toutes les déclarations officielles ni à penser que la vérité est inatteignable. Il faut au contraire former leur esprit critique pour qu’ils puissent évaluer le degré de vérité de ces déclarations et se faire leur propre opinion. Jessica Klonsky écrit :

“ Parmi les cours sur les médias que j’ai donnés, un de celui qui a eu le plus d’effet comprenait un exercice de comparaison entre deux points de vue médiatiques. J’ai d’abord montré les premières 20 minutes de Salle de contrôle , un documentaire en Arabique de Al Jazeera, la chaîne de TV internationale du Qatar. Et beaucoup de mes étudiants ont réalisé pour la première fois qu’il n’y avait pas que les soldats qui mouraient pendant les guerres. ”

Les soldats étasuniens représentent 0,3 pour cents des morts de la guerre en Irak de 2003-2011. Ces élèves n’avaient jamais entendu parler des 99,7 autres pour cent.

Un bon enseignement peut-il concurrencer le Musée de l’air et de l’espace sponsorisé par Lockheed Martin, les jeux vidéos, Argo, Zero Dark 30, les mensonges sophistiqués des recruteurs, le Projet de Commémoration du Vietnam, l’instrumentalisation du drapeau par les réseaux de télévision, les assurances fascistes d’allégeance quotidiennes et le manque de perspective d’une vie meilleure sur d’autres bases. Parfois oui. Et de toutes façons plus il se répand, mieux c’est.

Un des chapitres de Teaching About the Wars décrit un programme pour établir des contacts entre des élèves étasuniens et des élèves d’Asie occidentale par le biais de vidéos discussions. Cela devrait faire partie de l’éducation de tous les jeunes. Je vous garantis que les “ pilotes ” de drones que notre gouvernement utilise pour établir à distance des liens en temps réel beaucoup plus destructeurs avec des pays étrangers n’ont jamais parlé à de petits étrangers quand ils étaient jeunes.

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 07:28

http://i46.servimg.com/u/f46/11/16/57/47/slm-0210.jpgRomain Blachier, élu socialiste de Lyon, signale que,lors du dernier numéro de l’émission “ Échappées belles ”, sur France 5, un historien a cité un passage du Roi blanc des Patagons, l’un des récits de l’écrivain Saint-Loup, un des thuriféraires de la Waffen SS française.

Les responsables de l’émission (Sacha Bollet, Sophie Jovillard et Jérôme Pitorin) sont jeunes, ce qui est très bien, mais ils manquent quelque peu de rigueur.

Chiré, un site d’extrême droite de « diffusion de la pensée français » décrit Le Roi blanc des Patagons en ces termes :

« Cette extraordinaire aventure d'un avoué de province partant, au XIXe siècle, seul et sans argent, à la conquête de trois cent mille Indiens particulièrement hostiles aux Blancs, défie à la fois l'imagination et la raison.

 

La richesse de l'événement est si considérable par elle-même que l'auteur n'a pas voulu diminuer sa valeur documentaire en l'interprétant. Il a travaillé sur documents et s'est appuyé sur ses connaissances acquises en trois années de voyage à travers l'Amérique australe. Toutes les attitudes, les discours et les écrits d'Antoine de Tounens, sont strictement authentiques.

 

L'heure est venue de faire connaître la vie exemplaire de ce cadet de Gascogne qui a donné sa vie pour des rêves. »

L’ouvrage montré au cours de l’émission, sans la moindre pincée de sel, fait partie du cycle “ Les Patries charnelles ”, qui comprend également La République du Mont-Blanc,  Plus de pardon pour les Bretons, Nouveaux Cathares pour Monségur, La nuit commence au Cap Horn (1965), Le sang d’Israël (1970). Dans ces ouvrages, Saint-Loup plaide pour le concept  de séparation des races.

De son vrai nom Marc Augier, Saint-Loup est né en 1908 à Bordeaux et est mort à Paris en 1990. Ce grand sportif venait de la gauche : il fut l’un des responsables des Auberges de la jeunesse et fit partie du cabinet de Léo Lagrange en 1936. Journaliste à La Dépêche du Midi, il vire à l’extrême droite, au national-socialisme après avoir lu Alphonse de Châteaubriand qui, lui-même, horrifié par la boucherie de la Première Guerre mondiale, venait du pacifisme. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le plus proche collaborateur de Châteaubriand fut le fils de sa maîtresse, l’historien André Castelot.

Le nazisme est, pour Châteaubriand et Augier, le seul moyen d’un retour nécessaire vers le paganisme, contre le judéo-christianisme décadent (« L'heure est venue de dire qu’Apollon et Pallas Athénée sont les images de l'homme et de la femme nordique, affirmation bien impossible au temps de la conspiration juive. »). Durant l’Occupation, Augier dirige le mouvement Jeunes pour l’Europe nouvelle, et est l’un des responsables de La Gerbe.

Augier est membre du Parti Populaire de Doriot, puis de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme (LVF). Il est blessé dans les combats, rapatrié en France. En juin 1943, il dirige le journal de la LVF, Le Combattant européen. Il retourne en Allemagne en 1944 auprès de la Waffen SS française sur le front de l’Est, en tant que journaliste accrédité.

Il est condamné à mort par contumace le 15 novembre 1948.

À partir de 1945, il publie sous le pseudonyme de M.-A. de Saint-Loup et réside en Argentine. Grâcié en 1953, il revient en France. Il est à deux doigts d’obtenir le Goncourt pour La nuit commence au Cap Horn, lorsque son identité est révélée par Le Figaro Littéraire. Il publie plusieurs livres consacrés à la LVF et à la Waffen SS française. Tous ses textes sont imprégnés de la notion du dépassement de soi, y compris ceux qu’il consacre aux véhicules motorisés (voir ses biographies de Louis Renault et Marius Berliet, condamnés à la Libération pour collaboration économique).

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 06:18

Par Philippe Arnaud

 

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Mon blog est en passe de devenir celui de Philippe Arnaud. Je ne peux pas dire que je prépare l'avenir de mon dauphin : nous avons le même âge.

 

Je m'arrête sur deux sujets du journal de 20 h de France 2 de ce vendredi 15 mars, qui montrent la présence de l'idéologie dans tous les domaines de la vie quotidienne, en l'occurrence, ici, l'automobile.

 

1. Au bout d'environ 9 minutes de journal, après un sujet sur les braquages de bijouterie et les conséquences des chutes de neige en Normandie, Laurant Delahousse annonce "qu'un député UMP de la Lozère vient de lancer une proposition de loi visant à rendre obligatoires les pneus neige en période hivernale. Une proposition que d'autres pays ont mis en place mais qui suscite, bien sûr, des questions sur son financement".

 

[Suit un reportage sur les qualités du pneu neige, puis quelques interviews d'habitants de Montpellier qui, compte tenu du climat de leur région, ne voient pas la nécessité d'engager une telle dépense. Laquelle est estimée de 350 à 450 euros par an, pour un véhicule moyen].

 

En quoi cette proposition est-elle idéologique ?

 

- Elle est idéologique en ce qu'elle ne s'adresse qu'à la partie aisée de la population (celle dont l'UMP représente le plus les intérêts). Le salaire médian, en France, est en effet de 1675 euros nets, et une dépense de 350 ou 450 euros, cela représente de 21 à 27 % du salaire de la moitié des Français (au mieux !) et tout cela pour un pays majoritairement de plaines, de collines moyennes et où une grande partie de la population vit dans un climat océanique ou méditerranéen, donc où la probabilité de semaines entières de verglas ou de neige est faible.

 

- Elle est aussi idéologique dans un autre sens : en ce que les libéraux (c'est-à-dire les libéraux en matière économique) ont le fétichisme de la technologie : pour eux, les inconvénients liés à la technologie ne peuvent être surmontés que par encore plus de technologie dans le domaine considéré. Par exemple, les dommages causés par l'industrie nucléaire ne peuvent être résolus que par davantage de recherche en recherche nucléaire et les nuisances liées à l'automobile annulées par des progrès... de la technologie automobile !

 

[On l'aura compris, derrière cet état d'esprit se cache la volonté de ne surtout pas remettre en cause un mode de production, de rapports sociaux et de consommation. Pour le sujet qui nous occupe, l'idée est de ne surtout pas toucher au sacro-saint moyen de transport individualiste qu'est la voiture].

 

2. Le sujet qui suit concerne aussi l'automobile : la nouvelle génération de radars qui est en passe d'être mise en place sur toutes les routes de France. Ce sont des radars embarqués, à propos desquels, comme le dit Laurent Delahousse, "chacun s'interroge sur les raisons de tout cela : il y a la sécurité, la prévention, bien sûr, et puis il y a les recettes, l'argent qu'ils peuvent rapporter à l'État"

 

[Puis Laurent Delahousse questionne un confrère journaliste sur le sujet, qui expose que les amendes ont rapporté 641 millions d'euros en 2012. Sur ces 641 millions d'euros, 31 %, ont servi à la gestion des radars et au traitement des infractions, 25 % ont été alloués aux collectivités territoriales pour qu'elles améliorent leurs infrastructures et leurs transports en commun, 28 % ont été réservés à l'État pour les mêmes buts, et, enfin, 16 % (soit un peu plus de 100 millions d'euros) sont revenus aux collectivités locales et à l'État, notamment pour se désendetter].

 

Remarque 1. Ce poncif, cette litanie, reprise par Auto-Plus (et, très souvent, aussi, par des représentants de la droite) des radars "racketteurs", des "radars tiroirs-caisses" des "radars qui font les poches des automobilistes", lesquels sont les "vaches à lait du fisc", est une inusable thématique populiste, poujadiste (et, idéologiquement ultralibérale) de l'État-vampire, qui ne fait que "rançonner" les "pauvres" automobilistes "victimes" de sa "rapacité".

 

Remarque 2. La dette publique au sens de Maastricht, a été évaluée, à la fin du 3e trimestre de 2012, à 1818 milliards d'euros. En supposant donc que toute la somme non affectée des amendes pour excès de vitesse [16 %, soit 102 millions] soit entièrement reversée à l'État qui ne l'utiliserait qu'à se désendetter, il lui faudrait, à ce rythme-là, 17 824 ans pour éponger la dette...

 

Remarque 3. Comme d'habitude (Roland Barthes l'avait déjà relevé dans ses Mythologies, il y a plus de 50 ans), l'idéologie de droite (ou populiste, ou ultralibérale) est experte pour scinder les réalités. Elle va par exemple vanter les mérites de la délocalisation en disant qu'en faisant fabriquer des produits par des ouvriers chinois, bien moins payés, les multinationales permettent aux salariés français de se payer des produits qu'ils n'auraient pas pu se payer s'ils avaient été fabriqués par des salariés français... en omettant de préciser que ces salariés, mis au chômage par la délocalisation, n'ont justement plus d'argent pour se payer ces produits !

 

Remarque 3 bis. Cette même scission artificielle se manifeste ici aussi. Car les populistes, poujadistes et autres ultralibéraux se gardent bien de préciser le coût des accidents de la circulation. Un mort sur la route, en France, cela coûte 1,2 millions d'euros à la collectivité nationale. Et le coût global des accidents, en 2005, s'élevait à 12 milliards d'euros, soit près de 19 fois le montant des amendes... de 2012 ! [Ce qui était un pourcentage bien plus élevé pour celles de 2005]. Et le coût total de l'insécurité routière était, en 2008, de 24 milliards. Je mets évidemment de côté les douleurs morales, inestimables.

 

Remarque 4. La baisse du nombre de tués (depuis 1972, date de son pic) est directement et immédiatement liée aux limitations de vitesse. Cela a été vérifié, notamment chaque fois qu'il y a eu un renforcement des contrôles, notamment en 2003. [J'avais, à cet égard, établi un argumentaire – qui montre les aspects idéologiques des oppositions aux limitations de vitesse – argumentaire que je tiens à la disposition des intéressés].

 

Remarque 5. Un mort sur la route (ou un paralysé, handicapé, paraplégique, tétraplégique), c'est une perte nette pour la collectivité nationale. La victime prive la collectivité de son intelligence, de son travail, de ses enfants, d'autant plus que l'âge moyen des tués est peu élevé. [Près de 50 % ont moins de 34 ans]. Alors qu'une amende, ce n'est pas une perte ! C'est seulement un transfert à l'intérieur de la collectivité nationale, et il faut noter à cet égard la scie idéologique des opposants aux limitations de vitesse qui considèrent le budget de l'État comme un trou sans fond ou l'impôt comme une indemnité de guerre versée à un pays ennemi dont les habitants s'appellent fonctionnaires.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 10:00

RP2Mohamed BELAALI, dans Le Grand Soir, décrit le combat ouvrier contre les licenciements et répression bourgeoise :

Les licenciements massifs d’ouvriers et d’ouvrières se poursuivent et se ressemblent. En quelques années seulement, des centaines de milliers de travailleurs ont perdu leur emploi et se trouvent dans des situations personnelles et familiales dramatiques. Aucun secteur de l’activité économique n’est épargné. De l’automobile au pétrole en passant par le BTP, l’industrie lourde, l’industrie agroalimentaire, le textile, les télécommunications, les transports aériens etc., les entreprises ferment ou suppriment des emplois privant ainsi des hommes et des femmes de leur unique source de revenu, le travail.

La liste des entreprises, petites et grandes, qui procèdent aux licenciements collectifs ne cesse de s’allonger. Et l’avenir reste sombre pour les salariés qui possèdent encore un emploi. La politique d’austérité menée par Sarkozy et poursuivie par Hollande ne peut qu’aboutir à ce désastre économique et social. D’autres travailleurs seront sacrifiés sur l’autel du profit. Aucune autre classe sociale ne subit autant que la classe ouvrière les conséquences de la crise du capitalisme et les politiques d’austérité qui l’accompagnent menées par les gouvernements successifs. Et pourtant, c’est bel et bien cette classe qui est à la base de toutes les richesses produites dans la société. Cette oppression qui s’exerce sur la classe ouvrière reflète et résume à elle seule les tares de la société capitaliste.

 

 

Selon Esther Vivas (Le Grand Écart) : On a occupé des places, des banques, des logements, des auditoriums universitaires, des hôpitaux et même des supermarchés. On a désobéi aux lois et aux pratiques injustes. Nous avons revendiqué dans la rue, dans les institutions, dans les banques, pour plus de démocratie… Une marée indignée a remise en question et en difficulté l’actuel système économique, financier et politique. Mais il est nécessaire de porter cette indignation plus loin. Et l’une des questions à résoudre, parmi de nombreuses autres, c’est d’occuper quelque chose d’aussi élémentaire que le système agricole et alimentaire.

Convergences révolutionnaires explique pourquoi le gouvernement actuel est, lui aussi, au service des patrons :

Si rien n’est fait, le déficit des caisses de retraite sera de 20 milliards en 2017, nous disent les « experts » appointés par le gouvernement. 20 milliards ! Soit le montant du crédit d’impôts aux entreprises voté en décembre dernier par l’Assemblée nationale... Une goutte d’eau dans l’océan des subventions, des niches fiscales et des commandes d’Etat qui enrichissent toujours plus les grands groupes. Sans même parler des multiples exonérations de charges patronales qui à elles seules expliquent l’intégralité du « trou de la sécu  ».

Pourtant, même dans la crise, le patronat est loin d’être à l’article de la mort. En témoignent les profits des entreprises du CAC 40, publiés cette semaine. Les « réserves de cash » des multinationales atteignent des records historiques : Total, à lui seul, est assis sur un tas d’or de 18 milliards d’euros, immédiatement disponible.

Mais, toute honte bue, le gouvernement n’hésite pas à faire les poches aux salariés et aux retraités pour combler les trous creusés par sa politique d’aide aux plus fortunés.

Les ministres et autres ténors socialistes, reprennent les vieux disques rayés... de Sarkozy, qui avait déjà commis une énième réforme contre les retraites en 2010. L’espérance de vie augmente, ma bonne dame, il faut donc travailler plus. Et cotiser plus. Et gagner moins, à la retraite comme dans la vie active.

Mais que pèse l’augmentation de l’espérance de vie, de quelques mois toutes les décennies, par rapport à l’explosion du chômage qui atteint 10,6 % de la population active et réduit d’autant le nombre des cotisants qui alimentent les caisses de retraite ? A qui la faute, sinon aux patrons qui licencient massivement et vident des usines entières comme celle de PSA à Aulnay-sous-Bois ou de Goodyear à Amiens-Nord ?

Le chômage fait aussi pression sur ceux qui ont un emploi, en les poussant à accepter des salaires de plus en plus bas. Un chantage patronal qui prend aujourd’hui le nom d’« accord compétitivité-emploi » et que les socialistes souhaitent inscrire dans la loi. Un nouveau manque à gagner pour les caisses de retraite, puisque les cotisations sont proportionnelles aux salaires.

 

Le Grand Soir rappelle que Capriles, l’un des chefs de la droite vénézuéliennes, a récemment tenu des propos infamants à l’égard de la famille du président décédé. Sûrement pour élever le niveau du débat ou pour donner des idées aux médias et aux socialistes français. Ainsi, il a soutenu que Chávez ne serait pas mort le mardi précédent, mais déjà en décembre. Ses proches auraient fait tout un « cirque » autour de son cadavre dans le but de permettre au gouvernement de gagner du temps. En plus, il a demandé à Maduro (l’actuel vice-président) s’il avait « appris à pleurer dans des cours de théâtre à Cuba ». En effet, lors de ses apparitions officielles ces derniers jours, le président en exercice n’a souvent pas pu retenir ses larmes. Capriles a appelé le « peuple chaviste » qui occupe la rue à rentrer à la maison : « Chávez n’est plus là, et personne ne pourra vous le rendre. Pour moi, qui suis croyant, c’était la décision de Dieu. »

 

Quant à Angie, l’ancienne femme d’un autre dieu, David Bowie, elle s’est confiée au journal anglais le Sun. Elle affirme que le chanteur a eu des relations sexuelles avec Mick Jagger, des Rolling Stones. Mais que faisaient la police et Paul McCartney ?

 

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 07:32

Un collègue m'écrit ceci :

 

http://ecoles.ac-rouen.fr/valdesaane/vds1112/patur1112/Imajp1112/accueil1112/magie.jpgTu as peut-être entendu notre bon ministre se rengorger sur le thème "46% d'inscriptions en plus au concours exceptionnel du Capes 2013" ? Et évidemment, toute la presse, y compris les journaleux censés être "spécialisés", reprennent en choeur. Il y a eu justement sur Le Monde je ne sais plus quand cette semaine un chat où c'était repris tel quel. Tu connais la recette ? Les M2 qui ont passé le concours "normal" en novembre se sont tous réinscrits, évidemment, puisqu'ils ne connaîtront leur résultats d'admission qu'à l'issue de l'oral en juillet. Et ils vont tous aller repasser les épreuves écrites dans la 3e semaine de juin avec leurs petits camarades de M1 à qui ce concours bis est destiné (et qui eux, ne passent l'oral qu'en juin 2014, en attendant ils vont aller boucher les trous dans les Rectorats se former sur le terrain).

 

Et en aval, on va voir une véritable usine à gaz, où les petites mains du Ministère vont enlever des listes les candidats de M2 déclarés reçus au 1e concours pour faire monter dans la liste des admissibles au concours bis les M1 qui seront fatalement derrière. Je ne sais pas si c'est bien clair, mais en tout cas évidemment le grand public n'y comprend rien et ne retient que "46% d'augmentation", chiffre parfaitement bidon. 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 06:34

Par Philippe Arnaud

 

http://s1.lemde.fr/image/2007/10/25/534x267/971295_3_2db3_le-primat-d-argentine-jorge-mario-bergoglio_037735fbb6791b071b27c4c3261ac235.jpgJe reviens sur l’élection du pape, qui a occupé tous nos écrans, sans trop de considération pour les protestants, juifs, musulmans, athées et libres-penseurs, dont on peut penser qu’ils ne manifestaient pas le même enthousiasme pour l’événement.

 

Remarque 1. On notera le ton nettement moins pincé des journalistes lors de cet événement que lors des funérailles d'Hugo Chavez, alors que les raisons de critique (en dehors des entorses à la laïcité) à l'égard de l'Église ne manquent pas, ne serait-ce que d'un point de vue catholique de gauche : conservatisme en matière de moeurs, rapprochement avec les intégristes d'extrême droite, inflexions traditionalistes en matière de liturgie (le Motu proprio, ou permission de célébrer la messe en latin), etc.

 

Remarque 2. Les journalistes (et certains commentateurs) se sont extasiés sur ce "premier-pape-non-Européen" [sic]. Certes, ce pape est Argentin, mais on peut néanmoins faire remarquer que, de tous les pays sud-américains, l'Argentine est le plus "européen". Les Argentins disent plaisamment que les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas et les Argentins... des bateaux (on a également attribué ce mot aux Porteños, habitants de Buenos-Aires). De tous les Latinos-Américains, les Argentins sont les moins métissés de populations amérindiennes, africaines... ou asiatiques.

 

Remarque 2 bis. Parmi tous les immigrants européens, les plus nombreux ont été les Italiens (durant la Coupe du monde de football de 1978, qui eut lieu en Argentine, il y avait presque autant de spectateurs – argentins – pour suivre l'équipe d'Italie que pour suivre l'équipe nationale). Or, parmi ces immigrants, figuraient les propres parents de l'actuel pape qui, si j'en crois les journaux, étaient originaires du Piémont.

 

[Pour remonter un peu plus loin, ce "premier-pape-non-Européen" n'est pas sans faire penser à l'empereur Trajan, "premier-empereur-non-romain" (en ce sens qu'il n'était pas né en "Italie", mais en Bétique – Andalousie – de colons "italiens" établis là depuis les débuts de la conquête romaine. Ce rapprochement avec l'empire romain, est de ma part, volontaire : l'Église catholique s'est établie au même lieu que l'empire, en a repris les mêmes prétentions à l'universalité, la même pompe, les mêmes fastes, voire, parfois, les mêmes dénominations (par exemple "pontife"). Même s'il ne faut pas exagérer les différences "ethniques", surtout dans une institution aussi unificatrice que l'Église, le choix du cardinal Bergoglio n'est pas aussi symboliquement voyant que l'aurait été celui d'un prélat asiatique ou africain].

 

Remarque 3. La totalité des commentateurs (jusqu'à présent et à ma connaissance) ont dit que le cardinal Bergoglio avait pris le nom de François en référence à François d'Assise. Pourquoi ce saint-là, précisément, alors qu'il existe nombre d'autres François canonisés, et célèbres (dont, par exemple, François de Sales, docteur de l'Église) ? Pourquoi ce nom alors que la Compagnie de Jésus - dont est issu le nouveau pape - a fourni des François éminents (par exemple François Borgia, troisième supérieur général, après Ignace de Loyola et Jacques Lainez), ou François-Xavier, évangélisateur de l'Asie, ou François Suarez, philosophe et théologien du XVIe siècle, l'un des plus grands scolastiques de l'Église avec Thomas d'Aquin?

 

Le choix d'un "nomen proprium" (nom de pape) n'est pas anodin, car le pape, par ce choix, exprime une tendance, une préférence, se place dans une continuité. [Même si, à part quelques-uns – Benoît XII, Pie II, Jean XXIII – peu nombreux ont été les papes à motiver leur choix]. Il n'est pas exclu, bien entendu, que le cardinal Bergoglio se soit placé dans la continuité de François d'Assise, mais il est curieux qu'il ait pu ainsi honorer le fondateur d'un ordre "concurrent" (et ayant une autre vocation), alors qu'il ne manque pas de continuités où se placer, que celles-ci soient celles du gouvernement (François Borgia), de la mission (François-Xavier) ou de la doctrine (François Suarez). [Il n'est pas indifférent de noter, à cet égard, que nombre de jésuites actuels sont issus de l'Inde ou du Sri Lanka, et que deux des récents supérieurs généraux des jésuites, l'actuel Adolfo Nicolas et Pedro Arrupe, ont été longtemps en fonction au Japon].

 

Remarque 4. Ce pape est le premier pape jésuite, ce qui est d'autant plus remarquable qu'une légende tenace prétendait que les jésuites ne fourniraient jamais de pape, ayant eux-mêmes leur propre "pape" (le Supérieur général, surnommé le pape "noir"). Peut-être y a-t-il eu là, de la part de certains cardinaux électeurs (qui sait ?) une espèce de compensation (avec mauvaise conscience ?) envers le cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan, jésuite lui aussi, récemment décédé, et qui passa longtemps pour "papabile"...

 

Remarque 5.  L'actuel pape porte comme premier prénom Jorge. Jorge, comme son célèbre compatriote Jorge Luis Borges, et comme le "vénérable" Jorge de Burgos, choisi par Umberto Eco pour être l'un des personnages du "Nom de la rose", en référence, précisément, à Jorge Luis Borges, dont il partage l'érudition... et la cécité ! Formons le voeu que le nouveau pape, sur les maux de l'Église, ne soit pas, lui aussi, "aveugle"...

 

http://www.lexpress.fr/pictures/1115/571234_des-fideles-avec-une-photo-de-jorge-mario-bergoglio-le-13-mars-2013-devant-la-cathedrale-de-buenos-aires.jpg

 

Photo : L'Express

 

PS : Je reviens sur l'élection du nouveau pape et sur la façon dont elle a été traitée par France 2 (qui peut être exemplaire de la façon dont les médias en ont rendu compte). Cette façon présente un paradoxe : alors que les journalistes (la chaîne elle-même) ont (ingénument ? 

spontanément ? allègrement ?) piétiné la laïcité et la neutralité (une seconde fois en quelques jours, mais dans un sens inverse du sens emprunté pour les obsèques d'Hugo Chavez), les modalités de présentation du nouveau pape ont été terriblement désacralisées, voire quasi-païennes.

 

Il est même étonnant que l'Eglise ne proteste pas davantage. Un catholique fervent, un croyant instruit dans sa foi ne peuvent qu'être consternés : c'est à Dieu qu'on rend un culte, pas à un homme...

 

L'élection (et, surtout, la présentation) du nouveau pape participe en effet de tous les événements que les médias fabriquent autant qu'ils les retransmettent (et dont on peut se demander, d'ailleurs, dans quelle mesure les intéressés – ici la Curie – ne s'y soumettent pas autant qu'ils les organisent).

 

1. A l'instar des familles royales d'Europe, qui sont "pipolisées", le souverain pontife, ici, est "papolisé". Son apparition, au balcon du Vatican, est comme la version religieuse de la présentation d'un héritier du trône dans la famille de Windsor, avec les cardinaux dans le rôle des proches parents et le cardinal Tauran, protodiacre [celui qui prononce la formule rituelle "Habemus papam"] dans celui de la reine Elisabeth.

 

2. Les modalités de révélation du nom du nouveau pape n'ont pas été, non plus, sans faire penser aux remises des Oscars, Césars, Victoires de la Musique et autres Prix de l'Eurovision. C'est le même suspense et la même mise en scène avec les mêmes coups de théâtre. On n'aurait donc pas été étonné qu'au lieu de la formule "Annuntio vobis gaudium magnum. Habemus papam !", le cardinal Tauran proclame : "And the winner is... Jorge Mario Bergoglio !", avec, une fois sur deux, dans un cas comme dans l'autre, une surprise : on attendait l'Angleterre et on a eu la Suède, on attendait Scola et on a eu Bergoglio. [Et, sans surprise, dans tous les cas, on a la France dans les choux].

 

3. Comme pour les Victoires de la Musique ou de l'Eurovision, le nouvel élu ne manque pas de remercier son entourage proche et lointain : son papa, sa maman, son professeur de piano, son producteur, son réalisateur ou son équipe. Et, de même, à l'issue du conclave on s'attend à ce que le nouveau pape donne son coup de calotte rituel à son prédécesseur, à ses ex-pairs les cardinaux (et salue son public - la foule des fidèles - qui l'acclame en retour).

 

4. La présentation est également celle des grands événements sportifs : une foule énorme, où chacun (comme à la Coupe du monde de football ou aux Jeux olympiques) agite son drapeau, saute en l'air et se congratule lorsque son champion marque un but, pulvérise un record ou emporte la médaille d'or (ou la Coupe). On peut aussi noter que, comme les joueurs avant les tirs au but (surtout dans les équipes méditerranéennes et sud-américaines), les spectateurs se signent souvent. La seule différence réside en ce que la foule se trouve dans le stade et le champion dans la tribune.

 

5. Il ne manque pas même, comme dans les compétitions sportives, d'évocations de records battus : on a ainsi annoncé que le pape avait été élu en deux jours et cinq scrutins, et qu'il n'avait pas battu le record de son prédécesseur, comme on dit que tel navigateur solitaire a 

presque égalé le record de traversée de l'Atlantique nord détenu par le précédent vainqueur de l'épreuve. Il n'est pas jusqu'aux cardinaux qui sont classés en favoris ou outsiders comme les chevaux du Prix de l'Arc de Triomphe, avec Untel qui tient la tête durant cinq ou six tours de scrutins (comme on dirait des tours d'hippodrome) sans toutefois dominer nettement, et qui se fait doubler à l'extérieur, dans la dernière ligne droite, par un obscur archevêque qu'on n'avait pas vu venir.

 

6. Comme les chefs ne portent pas, sur leur corps, la marque distinctive de leur élection, il faut bien les distinguer par des attributs vestimentaires. C'est ainsi que la reine d'Angleterre est vêtue de tenues voyantes (et de chapeaux improbables) pour qu'on la reconnaisse dans sa suite affublée de gris, de noir ou de bleu. C'est ainsi que, depuis le dominicain Pie V, le pape se distingue par sa tenue blanche [couleur de l'Ordre des Prêcheurs]. Les spectateurs savent donc qu'il revêt la soutane blanche comme ils savent que le premier au classement général du Tour de France endosse le maillot jaune. En zoomant sur sa tenue blanche, la télévision signifie que, jusqu'au prochain tour, c'est lui qui, désormais, fera la course en tête.

 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 06:48

http://a407.idata.over-blog.com/220x310/2/50/10/25/Philaminte.jpgJean-Laurent Cochet aura été (« est », devrais-je dire : il vit encore) un immense professeur de théâtre. La liste de ses élèves qui trônent au firmament du théâtre et du cinéma français le prouve. Il aura également été un magnifique acteur de théâtre.

 

Au cours d’un entretien récent avec Philippe Vandel pour France Info, le journaliste rappela que Cochet découvrit littéralement Depardieu avant de lui demander ce qu’il pensait de la lettre que Torreton avait envoyée à son ancien élève. La réponse de Cochet fut à ce point sidérante qu’elle nous renseigna bien plus sur lui que sur Depardieu, sur Torreton ou le milieu des acteurs en général.

 

Rappelons que la lettre de Torreton était fondamentalement politique (Jean-Laurent Cochet ne doit pas faire de politique). J’en cite quelques extraits :

 

Le Gérard « national », le rebelle de Châteauroux, le celui qui, s’il n’avait pas rencontré le cinéma, serait en taule à l’heure qu’il est comme tu le disais, le poète de l’écran la rose à la main
quand ça devait faire bien d’en avoir une, qui nous sort un « c’est celui qui le dit qui y est »… Tu prends la mouche pour un petit mot et tu en appelles au respect, comme le fayot dans la cour de
récré… Tu en appelles à tes gentils potes de droite pour que le grand méchant de gauche arrête de t’embêter… Tu voudrais avoir l’exil fiscal peinard, qu’on te laisse avoir le beurre et l’argent du
beurre et le cul de la crémière qui tient le cinéma français… Tu voudrais qu’on te laisse t’empiffrer tranquille avec ton pinard, tes poulets, tes conserves, tes cars-loges, tes cantines, tes
restos, tes bars, etc.


 

Le problème, Gérard, c’est que tes sorties de route vont toujours dans le même fossé
: celui du « je pense qu’à ma gueule », celui du fric, des copains dictateurs, du pet foireux et de la miction aérienne, celui des saillies ultralibérales…

Tout le monde ne peut pas avoir l’auréole d’un Rimbaud qui, malgré ses trafics d’armes, fut et restera un poète… à jamais. Toi, tu resteras comme un type qui a fait une belle opération financière
sur le cinéma français, un coup de Bourse, une OPA… Tu as transformé tes interprétations les plus réussies en stratégie de défiscalisation.

 

On va se démerder sans toi pour faire de ce pays un territoire où l’on peut encore, malgré la crise, se soigner correctement, où l’on peut accéder à la culture quelle que soit sa fortune, où l’on
peut faire des films et monter des spectacles grâce à des subventions obtenues en prélevant l’impôt… Un pays que tu quittes au moment où l’on a besoin de toutes les forces, en plein siège d’Arras,
sous les yeux des cadets médusés…

 

À celui qui voulait à l’époque s’exiler outre-Quiévrain et abandonner la nationalité française, Torreton envoyait pour finir un « Adieu » sec et retentissant (link).

 

Catherine Deneuve – dont Cochet admira la défense – bondit au secours de son ami en ces termes : « L’homme est sombre, mais l’acteur est immense et vous n’exprimez finalement que votre rancœur ». Le problème est que Torreton s’en prenait à l’homme sombre, pas à l’acteur (sauf à celui qui pète en plateau où il arrive en retard parce qu’il a un peu bu). Et Deneuve demandait : « Qu’auriez-vous fait [elle le vouvoyait, alors que dans ce milieu on se tutoie] en 1789, mon corps en tremble encore ! ». La question n’était pas de savoir ce que Torreton aurait fait sous la Révolution (conjecture stupide) mais ce que Depardieu fait aujourd’hui. La réponse est simple : il vole l’argent des Français et se tire avec.

 

En tout cas, avec Deneuve, l'invective était resté courtoise. Avec Jean-Laurent Cochet, nous fûmes dans le venin et le crachat. « Qui est donc ce minable Torreton qui a raté tout ce qu’il a entrepris pour s’en prendre au plus grand acteur français ? », demanda Cochet.

 

Torreton enseigne au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il a reçu en 1996 le Prix Gérard Philippe de la ville de Paris, le César du meilleur acteur pour Capitaine Conan et a été nommé six autres fois aux César et aux Molière.

 

Pour expliquer les succès à répétition de Torreton, Cochet avança une explication : Torreton a un « réseau ». Je me demande si le grand professeur qui ne manque pas d’entrecouper ses diatribes de petits rires féminins n’a pas, lui aussi, un réseau.

 

PS : une amie m'écrit ceci :

Jean -Laurent Cochet, je l'ai vu au festival de B., dans Les femmes savantes. Moi qui l'aimais tant ... euh ... ...j'ai été très déçue et mal à l'aise de lui voir endosser  ce rôle de Philaminte qui lui a permis d'écraser sa troupe. Je l'ai trouvé grotesque, bouffon, indécent et horriblement vieux. Oui je sais , ce n'est là que le ressenti d'une provinciale amoureuse d'un Molière imaginaire .

Par la suite, j'ai lu de lui qu'il ne mettait pas en doute le fait que Corneille était le nègre de Molière, preuves à l'appui ! M'en fous en fait !

 

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 09:18

Par Philippe Arnaud

 

 

http://bisoncaps2.fr/ImagesPermanentes/Caps/Elise-Lucet-027.jpgElise Lucet [après le sujet sur les femmes] : "Direction Caracas, maintenant, où une grande partie de la population s'apprête à vivre un grand événement. Les obsèques d'Hugo Chavez vont en effet se dérouler à 16 h 30. Avant ce moment très solennel, des milliers de Vénézuéliens ont patienté pendant des heures en espérant approcher la dépouille du "comandante". Un sentiment de dévotion incroyable, mais qui ne touche pas toute la population. Certains restent critiques vis-à-vis du président défunt. Reportage de nos envoyés spéciaux, Maryse Burgot et Laurent Desbois."

Maryse Burgot : "C'est l'un de ces moments de communion collective inventés par le chavisme : une marée humaine dans les rues de Caracas". [Vue d'une femme transportée sur une civière]. "Cette femme s'est évanouie après avoir patienté neuf heures dans une file d'attente. Elle espérait pouvoir se recueillir sur la dépouille de Chavez". [Un des brancardiers parle : "Anzoategui, elle est venue de l'Etat d'Anzoategui, c'est vraiment loin"].

Maryse Burgot : "Quand la foule apprend que, finalement, Chavez sera embaumé, et visible pour l'éternité, elleexulte. [Déclaration d'une femme : "On l'aime et cet amour ne mourra jamais. Aujourd'hui, il est même plus grand qu'avant."].

Maryse Burgot : "Et c'est bien ce culte de la personnalité qui est dénoncé dans les quartiers chics de Caracas. [Vue d'une résidence de luxe, mais solidement bétonnée, avec des barbelés]. Maryse Burgot : "Dans sa maison, cernée de murs et de barbelés, cet ancien diplomate de haut rang dénonce les dérives du chavisme". [Vue du diplomate - 60/70 ans - la mine prospère, l'air (très) bien nourri, dans son salon très cossu. Il dit (en français) : "C'est pas une démocratie du tout. C'est un [sic] nouvelle style d'utilisation (ici, avec deux doigts de chaque main, l'ancien diplomate esquisse des guillemets imaginaires) du système démocratique, de façon plus perverse, la même démocratie populaire que l'Europe communiste, mais utilisée avec la symbologie [terme vieilli, mais correct] d'une démocratie représentative.]

Maryse Burgot : "Même discours chez ces étudiants des classes aisées". [Vue d'une terrasse de café ombragée sous une pergola]. "Eux ne voient pas vraiment de raison d'aller se prosterner devant le corps de Chavez". [Déclaration d'un étudiant : "Tout ce que le gouvernement fait, c'est donner l'argent directement aux pauvres. Et alors les pauvres cessent de travailler. On ne génère pas de l'emploi dans le pays, l'économie ne grandit pas et on dépend politiquement du gouvernement pour qu'il continue à nous donner l'argent".

[Remarque : l'étudiant est présenté avec son nom et son âge, Pierre Aivasousky, étudiant, 20 ans. Il parle français sans accent et n'a pas le type sud-américain - métissé de Blanc, d'Amérindien, de Noir - qu'on a vu chez les partisans d'Hugo Chavez, mais il est, au contraire, roux, avec un aspect très "européen" Est-il même Vénézuélien ? Compte tenu de son prénom - plus, d'ailleurs, que son nom - l'un de ses parents ne serait-il pas français, suisse ou belge ?].

Maryse Burgot : "Reste qu'une majorité de la population supporte [sic] le chavisme. Ils seront aujourd'hui plusieurs millions à assister aux funérailles nationales de leur leader défunt".

Remarques.

1. Elise Lucet dit "Certains restent critiques" comme si ces "certains" se distribuaient de façon aléatoire dans la population - ce qui témoignerait de leur généralité, c'est-à-dire de leur représentation dans tous les milieux sociaux ou tous les lieux d'habitat -, alors que (le reportage de Maryse Burgot le montre), ils se recrutent surtout parmi les plus aisés du pays, surtout parmi ceux qui n'ont pas été métissés de Noirs ou d'Amérindiens. Même s'ils sont nombreux, ils sont une particularité (une grosse particularité, certes), mais ils ne sont pas une généralité. L'opposition à Chavez - mais Maryse Burgot ne prononce pas ce gros mot - est donc une opposition de classe...

2. Maryse Burgot parle de "communion collective". Une communion est forcément collective : Tout se passe comme si, avec cette redondance, Maryse Burgot voulait faire surgir une connotation sans en prononcer le nom : "communion" et "communisme" ont la même racine mais la "communion", c'est tout de même très catholique. Alors, il faut tirer du côté des "Rouges" en lui accolant ce "collectif", qui rappelle tant le "collectivisme" honni des discours de la droite. [Et, pour les durs d'oreille, Maryse Burgot parle de "culte de la personnalité", qui ne peut manquer d'évoquer la figure de Staline - ou de Mao ou de Kim Il Sung].

3. Dans les commentaires, on relève les termes de "solennel", "communion", "se recueillir", "éternité", "se prosterner", qui relèvent du registre religieux. Tous ces termes, disséminés dans le discours, instillent subrepticement une idée de culte, avec ce que, rendu à un homme, il comporte de connotations négatives : idolâtrie, gourou, irrationalité, foi aveugle, endoctrinement, fanatisme. Le chavisme prend les couleurs d'une grosse secte...

[3bis. On notera que cette suggestion de dérision n'est pas du tout présente, dans les discours des médias, lorsqu'il s'agit de parler du pape : là, la dévotion est présentée comme naturelle, digne, honorable. Et pourtant, d'un simple point de vue théologique, n'est-ce pas une épouvantable idolâtrie que de témoigner une telle révérence à un homme, alors que le culte ne doit être rendu qu'à Dieu seul ?].

4. Cette idée de secte est appuyée par le terme de "leader", dont Maryse Burgot qualifie Hugo Chavez (pour sa part, Elise Lucet parle de "comandante"). Mais un leader, c'est un chef, un porte-parole, un dirigeant, qui ne doit sa position qu'à son aura (talent oratoire, capacités de commandement, finesse psychologique)... à l'instar d'un gourou, d'un chef de secte ou de parti. Mais ce n'est pas d'un leader dont les Vénézuéliens vont célébrer les funérailles, mais d'un président, c'est-à-dire de quelqu'un de régulièrement élu, institutionnalisé, reconnu par les gouvernements étrangers, c'est-à-dire à la fois de légitime... et de légal. En l'appelant "leader", Maryse Burgot lui conserve, certes, sa légitimité... mais lui ôte un peu de sa légalité.

[4bis. Le grade de "comandante" dont Elise Lucet affuble Hugo Chavez ne peut pas non plus ne pas évoquer la célèbre chanson "Hasta siempre, comandante Che Guevara", dont le révolutionnaire mort en 1967 fut le plus célèbre titulaire, chanson connue au-delà des milieux de gauche. Or, Che Guevara, c'est aussi, dans l'esprit du grand public (pas forcément bien disposé...), un mélange de folklore, de violence... et d'échec.].

5. A la fin, Maryse Burgot dit que la population "supporte" le chavisme, ce verbe "supporter" étant employé (comme un faux ami) au sens anglais de "soutenir" (dont on a dérivé le supporter d'une équipe de football). Or, en anglais et en français, le verbe a deux sens opposés : quand on "supporte" quelqu'un (en français), c'est précisément qu'on ne le "supporte" plus (en anglais). Dans son commentaire plus ou moins bienveillant sur Hugo Chavez, où Maryse Burgot doit reconnaître - du bout des lèvres, avec son "Reste que" - que la majorité des Vénézuéliens aiment Chavez, ce "supporte" est-il une maladresse... ou un lapsus ?

6. Dans les reportages apparaît une constante (qui se vérifie dans toutes les grèves, défilés, et, en général, manifestations de gauche) : les partisans d'Hugo Chavez - pauvres, de gauche - sont filmés debout, à l'extérieur (dans une tente pour la femme sur une civière), alors que ses opposants - riches, de droite - sont filmés dans des lieux clos, ou quasi-clos (une terrasse de café ombragée) et assis. On y exprime là, symboliquement, l'opposition entre des individus errants, sans domicile (des nomades, des gueux, des partageux) et des gens bien installés et
disposant d'une "assise" (dans tous les sens du terme).

[6 bis. Par ailleurs, pour l'élocution, on notera que les partisans de Chavez (comme d'ailleurs les syndicalistes ou grévistes) sont toujours présentés comme parlant fort - voire criant ou hurlant - des phrases courtes, gorgées d'émotion, quelquefois des slogans, alors que les opposants de droite parlent d'une voix posée, font des phrases longues, élaborées. (Comme d'ailleurs après une manifestation, lorsqu'on interroge un PDG, il est souvent derrière un bureau vaste comme un pont de porte-avions, et il s'exprime de façon posée, le regard errant parfois, au-delà de l'interviewer, sur la ligne bleue des courbes de productivité).]

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 09:29

RP2Dans une longue lettre à Hubert Védrine, Régis Debray explique, dans Le Monde Diplomatique, pourquoi « La France doit quitter l’OTAN » :

Cher Hubert,

Les avis rendus par un « gaullo-mitterrandien » – intrépide oxymore – connu pour son aptitude à dégonfler les baudruches pèsent lourd. Ainsi de ton rapport sur le retour de la France dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), que t’avait demandé en 2012 le président François Hollande, confiant – et qui ne le serait ? – en ton expertise et en ton expérience. Le bruit médiatique étant inversement proportionnel à l’importance du sujet, il n’y a pas de quoi s’étonner de la relative discrétion qui l’a entouré. Les problèmes de défense ne mobilisent guère l’opinion, et la place de la France dans le monde ne saurait faire autant de buzz que Baby et Népal, les éléphantes tuberculeuses du zoo de Lyon. Sauf quand une bataille d’Austerlitz nous emplit de fierté, comme récemment avec cette héroïque avancée dans le désert malien qui, sans trop de morts ni coups de feu, fit reculer dans la montagne des bandes errantes de djihadistes odieux. »

 

À propos de l’Irak, Jean-Pierre Séréni évoque l’« Échec d’une guerre pour le pétrole » :

Longtemps, les responsables américains l’ont affirmé : l’invasion de l’Irak n’était pas destinée à s’emparer du pétrole. La guerre d’Irak, qui, depuis mars 2003, a fait au moins six cent cinquante mille morts, un million huit cent mille exilés et autant de personnes déplacées, a-t-elle été une guerre pour le pétrole ? Grâce à une série de documents américains récemment déclassifiés. et malgré les dénégations de M. George W. Bush, de son vice-président Dick Cheney, de son ministre de la défense Donald Rumsfeld, ainsi que de leur fidèle allié Anthony Blair, Premier ministre britannique au moment de l’invasion, l’historien peut désormais répondre à cette question par l’affirmative. »

 

Le journal Respublica a théorisé la triple attaque turbocapitaliste contre l’école : l’attaque néolibérale (souhaitée par le MEDEF et l’OCDE entre autres) contre le caractère public de l’école et contre le projet d’émancipation et de conscientisation de l’école, l’attaque communautariste contre le principe de laïcité et enfin l’attaque pédagogiste (de la confrérie des Legrand, Prost, Meirieu et consorts et de tous les ministères de l’Éducation nationale depuis plus de 30 ans) contre la liberté pédagogique des enseignants. Il est à noter que l’actuel gouvernement avec sa « réforme » du primaire accentue l’attaque pédagogiste en organisant, à coté de la transmission des savoirs et des connaissances par les enseignants, une logique d’animation qui sera organisé par les municipalités.

 

Marianne interroge Bernard Houdin (un proche de Laurent Gbagbo), à propos de la comparution devant la CPI de l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire (qui fut mon collègue à l’Université d’Abidjan et qui a passé, sous Houphouët-Boigny, de longues années en exil ou en prison).

 

Pourquoi, selon vous, la CPI ne peut renvoyer Laurent Gbagbo en procès ?

 

Bernard Houdin : D’abord pour des raisons strictement juridiques d’irrecevabilité. Depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara, à plusieurs reprises l’État ivoirien s’est dit parfaitement en mesure d’instruire et juger, avec son propre système. La Côte d’Ivoire n’est ni la Somalie, ni le Sierra Leone. Pour que la CPI se saisisse, il aurait donc d’abord fallu que Laurent Gbagbo soit jugé dans son propre pays.

 

Par ailleurs, la notion de coauteur indirect entretient une totale confusion sur les responsabilités supposées du président dans les violences qu’on lui reproche. Et où sont les autres auteurs ?

 

Sur le fond, la comparution de Laurent Gbagbo devant la CPI est une entreprise politique, en contradiction flagrante avec la déclaration d’indépendance autoproclamée de cette juridiction.  Il ne faut pas oublier que son transfert à La Haye y a été précédé par le déplacement du procureur de la République du nouveau régime (celui d’Alassane Ouattara, ndlr) accompagné… du ministre français de la Justice de l’époque. Cela pose un problème, non ?

 

Selon Politis, Un quart des Français estiment qu’il faut abandonner le système capitaliste et seulement 20 % jugent qu’il fonctionne « plutôt bien » selon un récent sondage. Les Français sont de loin les plus sceptiques des six pays testés.

Seuls 20 % des Français interrogés par un récent sondage Ifop-La Croix estiment que le capitalisme est un système qui fonctionne « plutôt bien ». Proportion de loin la plus faible, comparée à celle des 5 autres pays visés par la même étude : 55 % des Brésiliens, 56 % des citoyens des États-Unis et 58 % des Chinois conservent ainsi une opinion favorable sur le système capitaliste, soit près de 3 fois plus qu’en France. 

En France, 26 % des sondés estiment même qu’il faut « abandonner » l’économie de marché et le capitalisme tandis que 12 % des Sud-africains, 9 % des Américains et seulement 1 % des Chinois partagent ce sentiment.

 

Le 4  février, Hilary Mantel (lauréate de deux Booker Prize) est invitée à prononcer un discours au British Museum. Elle évoque la princesse Kate : la duchesse serait une « poupée articulée », « sans personnalité », dont « la seule raison d’être est d’avoir un enfant ». « Kate a visiblement été choisie pour ce rôle de princesse parce qu’elle est en tout point irréprochable : elle est aussi mince qu’on pouvait le rêver, sans excentricité, sans rien de dérangeant », affirme la romancière. Naturellement, Cameron est monté aux rideaux : « la princesse est une personne brillante, engagée et une fantastique ambassadrice de la Grande-Bretagne ».

Ed Milliband, le leader du Parti ­travailliste, que l’on avait connu moins monarchiste, évoque des déclarations « offensantes ».

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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