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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 05:29

 

 

Dans un manuel d’histoire publié par Magnard, Vladimir Poutine et Barack Obama font l’objet de cette brève présentation :

 

“ Vladimir Poutine (né en 1952)

Ancien membre des services secrets (KGB), il est à la tête de la Russie depuis 1999 et mène une politique autoritaire tant dans son pays qu’à l’extérieur de ses frontières.

 

Barack Obama (né en 1961)

Président des Etats-Unis de 2009 à 2017, il rompt avec la politique belliqueuse de son prédécesseur et favorise la négociation et la diplomatie. ”

 

 

Comme on aimerait partir une semaine en camping avec ce bon Barack ! Un dirigeant qui a tellement rompu avec la politique belliqueuse de son prédécesseur qu’il a amplifié le déploiement de bases militaires dans le monde entier, certaines situées à deux heures de voiture de la Russie. Ce bon Barack tellement pacifiste (souvenons-nous que l’Académie Nobel lui a obséquieusement décerné son prix alors qu’il n’avait sévi qu’un an à la Maison Blanche) qu’il a envoyé des soldats et des mercenaires zuniens en Libye, en Irak, en Corée du Sud, à Cuba, au Groenland (au Groland ?), j’en passe, et des meilleures. Ce pacifiste qui a usé de tout son poids pour que l’OTAN soit plus présente que jamais en Europe centrale.

 

Poutine n’est pas un ange, mais Obama n’aura assurément pas été un président de rupture.

 

 

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 05:34

 

 

Dans le Huffington Post, Jean-Marie Brohm et Fabien Ollier disent « Non à la diversion sociale de l'Euro 2016, non au foot opium du peuple » :

 

La rénovation des stades grâce à l'argent public (1,6 milliard) et la sécurisation des parcs humains sponsorisés appelés "fans zones UEFA" qui accueilleront chaque jour des dizaines de milliers de supporters dans toutes les villes hôtes à grands renforts d'enveloppes budgétaires n'ont eu d'autre finalité que de permettre la rentabilisation du foot-spectacle, au détriment d'autres priorités sociales : l'aide sociale sous toutes ses formes, l'hôpital public, les transports en commun, l'enseignement supérieur notamment. Le coût global de l'Euro à Bordeaux, sans compter les 359 millions d'euros engagés dans la rénovation du stade, est ainsi évalué à plus de 10 millions d'euros dont 6 millions d'argent public, tandis que la fan zone du Champ-de-Mars, confiée par le Conseil de Paris au groupe Lagardère Sports, aurait un "coût net pour la Ville" d'environ 7,5 millions d'euros (Le Canard Enchaîné). Pour d'autres villes, l'addition est également salée. Le stade de Nice Allianz Rivera a coûté 243 millions, dont 69 millions sur fonds publics. Le plan de financement public-privé oblige la mairie à verser au gérant du stade une redevance de 8 millions par an pendant 27 ans, soit 216 millions (Lemonde.fr, 24 juin 2015). Même scénario à Marseille où la rénovation du stade vélodrome a coûté 268 millions et la collectivité remboursera 12 millions d'euros durant 30 ans, soit 360 millions. Le nouveau stade de Lyon a coûté 405 millions d'euros dont près de 200 millions sur fonds publics. À Lille le stade Pierre Mauroy a coûté 324 millions d'euros (lexpansion.lexpress.fr, "Football : la folie des grands stades", 2 mai 2013). Rien ne semble trop onéreux pour le circus maximus du football dont les retombées économiques seront essentiellement captées par l'UEFA et ses partenaires commerciaux (près de 900 millions d'euros de bénéfice net attendus). Pour « mettre du Bleu dans l'esprit des gens » (dixit Najat Vallaud-Belkacem) le gouvernement qui organise par ailleurs l'austérité ne regarde pas à la dépense. À qui profite alors vraiment le football ?

 

 

Le Monde Diplomatique revient sur les petits secrets des vignettes sportives :

 

Plus de deux millions de spectateurs et mille fois plus de téléspectateurs sont attendus pour le championnat d’Europe de football, qui aura lieu en France du 10 juin au 10 juillet. En ciblant particulièrement le public jeune, Coca-Cola espère vendre 140 millions de bouteilles et 300 millions de canettes. Son astuce : remettre au goût du jour les vignettes de joueur, à l’histoire édifiante.

 

En 2014, à l’occasion de la Coupe du monde de football au Brésil, ce ne sont pas moins d’un milliard de vignettes à l’effigie de joueurs, à coller dans les albums, qui ont été vendues par l’entreprise italienne Panini, dont cent cinquante millions en France, y générant plus de 75 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’Euro 2016 devrait donner lieu au même déferlement. Une nouveauté, cependant : Panini a fourni directement aux enfants de 2 720 écoles primaires françaises 200 000 albums, avec pour les cantines scolaires des sets de table et des posters affichant le calendrier des matchs. « Dans un monde inquiétant, nos vignettes sont rassurantes », a doctement expliqué M. Alain Guérini, président de Panini France.

 

La saga de la marque débute en 1961, mais elle s’inscrit dans une histoire largement méconnue : ce type d’albums a constitué un redoutable outil de propagande au service du régime nazi. Ceux aujourd’hui proposés avec les portraits des milliardaires-mercenaires en maillot véhiculent également une idéologie dont les « affaires » incessantes – de la corruption endémique de la Fédération internationale de football association (FIFA) aux récents scandales mêlant des joueurs comme Karim Benzema ou Serge Aurier – permettent de dresser les contours : le culte de l’argent et le triomphe de l’immoralité.

 

 

Revue de Presse (171)
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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 05:02

 

Le grand succès des premières années de guerre, celui qui, par delà l’horreur du conflit, unit les militaires et les civils français et allemands, reste la version française de “ Lily Marlène ”, créée par Suzy Solidor. Une première version avait vu le jour en 1915, suivie d’une seconde en 1935, d’une troisième en 1937 et d’une quatrième en 1939, toutes sans le moindre succès. Un soir de 1941, la chanson fut diffusée, dans une version de Lale Andersen, par une station militaire allemande installée à Belgrade. Du jour au lendemain, “ Lily Marlène ” devint le plus grand succès de la guerre et fut considérée comme le second hymne national allemand.

 

Le comique troupier Ouvrard est stipendié par l’organisation Kraft durch Freude (La Force par la joie). Pour l’occupant, les vedettes françaises, une fois leurs remords apaisés, doivent œuvrer en ambassadeurs auprès des prisonniers, puis des Français envoyés en Allemagne au titre du Service du Travail Obligatoire. Qu’elles le veuillent ou non, ces vedettes justifient la soumission de la France à l’Allemagne puisqu’elles font passer comme un état de fait naturel la collaboration politique, économique et culturelle entre les deux pays. Heureusement, ces compromissions avec l’occupant seront assez rares, malgré des cachets très substantiels. Un passage à Radio-Paris peut rapporter trente fois le salaire mensuel d’un ouvrier. Parfois même, en présence des Allemands, certaines vedettes se risquent à d’authentiques provocations. Ainsi, un soir de 1942, à la fin d’un tour de chant à l’A.B.C., Édith Piaf, illuminée par le drapeau tricolore français, lance devant plusieurs rangées d’officiers allemands : « Où sont-ils tous mes copains? ». Le public français exulte (Simone Berteaut. Piaf. Paris : Robert Laffont, 1969, p. 209.).

 

Rares sont les chanteurs allemands qui parviennent à s’imposer sur les scènes ou les ondes françaises. Quelques femmes réussissent dans un registre sensuel : Marika Rokk, Eva Busch et la suédoise Zarah Leander, une actrice et chanteuse suédoise qui acceptera de remplacer Marlene Dietrich, résistante au nazisme, dans le rôle de la femme fatale “ aryenne ”.

 

Les Allemands et les Vichystes partagent la même préoccupation : distraire les Français, offrir à une société écrasée de problèmes mais qui, globalement, est restée sur ses rails, les formes d’expression artistiques qu’elle souhaite : tradition et innovation afin d’éviter des troubles dans la population. Dès juillet 1940, le Casino de Paris rouvre des portes sur lesquelles on peut lire “ Interdit aux Juifs et aux Chiens ”. Le grand hall d’entrée, couleur locale oblige, est transformé en brasserie. Mistinguett, la vedette féminine la plus populaire de France, y fait sa rentrée. Les Folies-Bergères rouvrent pour un public composé en très grande majorité d’officiers allemands. Les cabarets ne désemplissent pas : Le Lido, Le Bosphore, Le Tabarin. Tout comme les bordels, dont une dizaine sont réservés à l’usage exclusif des soldats allemands du rang et cinq aux officiers de la Wehrmacht. Le plus célèbre, le One-Two-Two, est situé rue de Provence, en plein centre de Paris. Mais la soldatesque n’est pas assez nombreuse pour permettre à ces maisons closes de faire leurs affaires, et les Allemands finissent par accepter les clients français. L’ambiance est alors merveilleuse, le champagne coule à flots. Les “ maisons” permettent des rencontres officieuses : les Allemands des bureaux d’achat clandestins côtoient les tortionnaires français de la rue Lauriston (Bony et Lafont), mais aussi le Tout-Paris du spectacle : Sacha Guitry, Vincent Scotto, Maurice Chevalier, Tino Rossi.

 

En 1943, la collaboration politique jette ses derniers feux. Laval est bien seul à croire à la « pérennité de l’Europe nouvelle ». En mai, il propose au Gauleiter Sauckel la négociation d’un accord “ équilibré ” (ein Ausgleich). La Milice, organisation armée par l’occupant et chargée de détruire la Résistance, est haïe de la population. La propagande pétainiste porte de moins en moins. Cela n’empêche pas Tino Rossi de dédier à ses amis du Stalag 13B “ Quand tu reverras ton village ” de Charles Trénet :

 

Quand tu reverras ton village

Quand tu reverras ton clocher

Ta maison, tes parents

Ta maison, tes parents, les amis de ton âge

Tu diras "Rien chez moi n'a changé"

Quand tu reverras ta rivière

Les prés et les bois d'alentour

Et les bancs vermoulus du vieux mur de pierre

Où jadis tu connus tes amours

Ta belle est fidèle et bien sage

C'est elle qui viendra te chercher

 

En écho naissent quantité de chansons de résistance, de réelle solidarité avec les prisonniers, chansons “ scies ” détournant des succès bien établis, comme la Marseillaise des prisonniers :

 

Dans l'cul, dans l'cul

Ils auront la victoire

Ils ont perdu

Tout'espérance de gloire

Ils sont foutus

Et le monde avec allégresse

Répète avec joie sans cesse

Ils l’ont dans l’cul

Dans l’cul.

 

La France occupée est placée sous les ordres du Militärbefehlshaber. De son administration dépend la Propaganda Abteilung et la Propaganda Staffel qui, à Paris, surveille en particulier le monde du music-hall. Il est difficile de définir la politique de censure de ces services. On ne saurait dire qu’elle répond à des impératifs culturels précis, au sens où, par exemple, l’occupant ne cherche pas à imposer les modèles culturels dominant en Allemagne. Certaines manifestations qui seraient tenues pour décadentes en Allemagne sont tolérées en France. À noter cependant que les nazis ont longtemps toléré en Allemagne certaines expressions culturelles théoriquement honnies comme le jazz, musique “ nègre ” ou la comédie musicale d’inspiration nord-américaine. En France, Alix Combelle et son orchestre avaient enregistré une version de “ In the Mood ” (“ Ambiance ”) en 1941. En revanche, les nazis sont très attentifs au respect de certains interdits politiques et raciaux : les juifs et le communistes sont traqués. La chanson française sous l’occupation tentera assez peu de tromper la vigilance des censeurs. Ce sera, de toute façon, de manière indirecte. Ainsi, tel auteur omettra un couplet anglophile avant de soumettre son texte à la censure avant de le réintroduire une fois l’imprimatur obtenue. Ailleurs, certains auteurs risqueront des propos allusifs, comme, par exemple, pour “ La Chanson du maçon ” de M. Vandair et H. Betti. Un maçon chante une chanson reprise par un deuxième maçon, puis par un troisième etc., jusqu’à ce qu’il se crée un sentiment de solidarité dans la profession. Mais l’esprit corrosif était alors tellement peu marqué que la chanson fut perçu par les autorités de Vichy comme relevant de l’esprit de la Révolution Nationale, avant d’être interdite sur les ondes françaises parce qu’elle avait été diffusée par la BBC.

 

Si de nombreux chanteurs se produisirent à Radio Paris, voire en Allemagne, il ne faut pas oublier ceux qui refusèrent toute compromission avec l’occupant ou les collaborateurs, et qui s’exilèrent pour se mettre au service de la résistance à Londres. On citera, parmi d’autres, Pierre Dac, Joséphine Baker (la très populaire meneuse étasunienne de la “ Revue nègre ” dans les années trente), Germaine Sablon (la sœur de Jean Sablon, infirmière dans la France libre et compagne de Joseph Kessel), et Anna Marly.

 

Une des armes favorites de ces résistants radiophoniques est la satire, dans laquelle excelle Pierre Dac (“ A dit Lily Marlène ”, “ La Défense élastique ”). D’autres textes, plus graves, parviennent jusqu’aux maquis, comme “ La Complainte du partisan ” d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie (ici par les Compagnons de la Chanson) :

 

Le vent souffle sur les tombes

La liberté reviendra

On nous oubliera

Nous rentrerons dans l’ombre

 

C’est à Londres, dans un petit club animé par Anna Marly, que naîtra la chanson la plus célèbre de la Résistance, “ Le Chant des Partisans ”, sur des paroles françaises de Joseph Kessel (ami de Mermoz et de Saint-Exupéry) et son neveu Maurice Druon (futur Académicien Français), adaptées des paroles russes d'Anna Marly, d'origine russe, qui avait également composé la musique. Ce chant poignant et violent, d’abord sifflé par l’acteur Claude Dauphin (ainsi, il perçait efficacement le brouillage ennemi) est interprété par Germaine Sablon dans le film d’Albert Cavalcanti Three Songs about Resistance (Trois chansons pour la France). “ Le Chant des partisans ” est enregistré par Anna Marly, dans les studios de la BBC, puis imprimé dans les Cahiers de la Libération et parachuté par la Royal Air Force en France. Il était destiné à exprimer la force contenue que chaque combattant pouvait apporter au grand fleuve de la Résistance. Cet hymne de l’ombre est caractérisé par un rythme lent, une métrique inhabituelle – vers de 11 pieds, chute de 3 pieds –. La mélodie progresse par imitation et retrouve son point de départ à chaque chute de rythme. Chant du combattant, il valorise le maquisard et, à travers lui, les classes sociales qui supportent l’essentiel de la lutte, qui payent « le prix du sang et des larmes ». La reconnaissance de cet état de fait par deux auteurs d’obédience gaulliste n’en est que plus significative. Un murmure sourd, appel à combattre, devient ainsi un cri éclatant né des entrailles de la terre, et destiné à venger ceux qui sont morts au combat ou qui croupissent dans les geôles de l’occupant :

 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux

Sur la plaine?

Ami, entends-tu le chant lourd du pays

Qu’on enchaîne?

Ohé, partisans, ouvriers et paysans

A vos armes!

Ce soir, l’ennemi connaîtra le prix du sang

Et des larmes.

[…]

Ici, nous, vois-tu

Nous on marche,

Nous on tue,

Nous on crève!

 

Dans un pays qui n’entrera en résistance que progressivement, un phénomène inattendu exprime, dans les villes du moins, un fossé entre générations : le mouvement zazou. Des jeunes bourgeois, passablement inconscients, défient l’ordre moral vichyste, voire l’occupant. Leurs motivations sont infiniment moins politiques que ludiques. Leur inspiration première vient d’outre-Atlantique : ils veulent swinguer et écouter du jazz. Le swing était apparu en France avant-guerre, défendu par exemple par Johnny Hess, le pianiste du duo Charles (Trénet) et Johnny (“ Je suis swing ”, “ Ils sont zazous ”). A partir de 1941, le swing influence les productions d’artistes fort différents : le guitariste de jazz Django Reinhardt (qui fut occasionnellement invité à se produire en direct à Radio-Paris, la station oubliant ainsi qu’il était Gitan) introduit du swing dans son jeu ; le chanteur un peu mièvre Réda Caire chante “ Swing swing, Madame ” ; Jacques Pills propose “ Elle était swing ”. De musical, le mouvement devient culturel, dès lors que des bandes de jeunes adoptent un comportement swing, en s’affublant du nom de zazou, mot emprunté à une chanson de Johnny Hess (“ Je suis zazou, zazoué ”), ce chanteur ayant à l’oreille le “ Zah, zuh, zah ” de Cab Calloway (1933). En un temps où tous les produits de base sont sévèrement rationnés, les zazous choquent principalement par leur tenue vestimentaire. Ils prennent le contre-pied du jeune homme tel que le propose la propagande pétainiste : vêtements stricts et fonctionnels sur un corps vigoureux et martial. Le zazou choque par son allure quasiment dégénérée : cheveux longs, veste longue, allure voûtée, nœud de cravate ridiculement petit, chaussettes multicolores, semelles compensées. La jeune fille zazoue porte une coiffure compliquée, une veste très longue, une jupe s’arrêtant au dessus du genou et des semelles compensées en bois. L’idole féminine des zazous est Irène de Trébert (“ Mademoiselle Swing ”), la femme de Raymond Legrand. Les zazous affichent que leurs priorités ne sont pas celles du régime, ni celles du peuple qui survit. S’habillant au marché noir de manière raffinée et ostentatoire, ils nient le discours pétainiste selon lequel la France doit payer par la souffrance la jouissance qu’a permis le Front Populaire en 1936-1937. Les zazous aiment le jazz, la danse syncopée par des rythmes américains, les surprises-parties (terme qu’ils importent), les cigarettes américaines de contrebande, les claquettes. Des jeunes pétainistes n’hésitent pas à les brutaliser physiquement, préfigurant le bashing des hippies par les skinheads dans les années soixante. La propagande officielle les qualifie de décadents, de communistes ou de juifs. De fait, ils appartiennent à des milieux aisés, non juifs et certainement pas communistes. Leur souci n’est pas de résister au sens noble du terme mais d’exprimer le refus de subir la guerre comme tout le monde, le droit de défier les interdits et l’espoir d’échapper au Service du Travail Obligatoire. Le mouvement zazou durera trois ans, jusqu’à la libération, l’arrivée des troupes d’outre-Atlantique, avec leur musique, leurs films, leur Coca Cola. Les zazous tenteront, en vain, de ressusciter dans les caves de Saint-Germain des Prés.

 

 

 

 

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 05:02

 

 

En 1939, en France, la radio touchait un public de masse (5 millions de postes récepteurs pour environ 40 millions d'habitants). Il était naturel que l’occupant nazi, les collaborateurs, mais aussi les résistants de Londres s’intéressent à ce nouveau moyen de communication et à ce qu’il véhiculait en priorité : information, propagande et divertissement.

 

En 1939, la chanson était passée depuis une décennie de la salle de spectacle aux ondes radiophoniques. Dans le climat munichois et celui de la “ drôle de guerre ”, les chansons de qualité à succès étaient celles, quelque peu acidulées, ironiques ou parodiques de Pills et Tabet ou de Mireille et de Jean Nohain (“ Couchés dans le foin ”, “ Le vieux Château ”). Juste avant la conflagration, Charles Trénet avait popularisé l’insouciant “ Y’a d’la Joie ” :

 

Y’a d’la joie

Bonjour, bonjour les hirondelles

Y’a d’la joie

Dans le ciel par dessus les toits.

 

et le fameusement – quoique involontairement – proleptique “ Boum ” :

 

Boum!

Quand notre cœur fait boum!

Tout avec lui dit boum!

Et c’est l’amour qui s’éveille.

 

Dans le même temps, le climat international devenant tendu, la chanson patriotique, pratiquement disparu depuis 1920, refleurissait. Des auteurs de chansons tentaient de retrouver le style des années 1870 à 1914. Lucienne Boyer chante “ La Fille à Madelon ”, et George Thill prévient : “ Ils ne la gagneront pas ! ” :

 

Pétain a dit à ses soldats

« Soyez certains ils ne passeront pas

Il faut qu'on tienne

Ceux de trente-neuf vous crient joyeux

Ils ne la gagneront pas, mon vieux

Quoi qu'il advienne »

 

Ce genre patriotique rencontre assez peu de succès, à l’exception de “ Ça fait d’excellents Français ” de Jean Boyer et Georges Van Parys, créée par Maurice Chevalier. Cette chanson au ton primesautier envoie un double message : les Français sont pacifiques, rigolards, pour tout dire Gaulois ; et, dans le même mouvement, ils peuvent faire face à la guerre, réapprendre d’instinct à marcher au pas, respecter à nouveau l’uniforme. Et puis il faut dire que le climat socio-politique est trouble. Le traumatisme de 1914-1918 est toujours présent. Le pacifisme est, par défaut, l’idéologie la plus consensuelle. Voir l’accueil triomphal reçu par Daladier à son retour de Munich où il a signé un accord honteux. Les Français « désirent tous désormais qu’on [leur] foutent une bonne fois la paix. »

 

Dès le début de l’occupation allemande, s’engouffrent des créations réalistes exprimant la solitude, le vague à l’âme, l’incertitude : “ Je suis seule ce soir ” (créée par Léo Marjane), “ J’attendrai ”, “ Attends-moi mon amour ”. Les grands music-halls sont alors bondés de civils français côtoyant sans vergogne les uniformes des officiers de la Wehrmacht. Les filles déshabillées, les plumes, le strass redonnent vie au Paris insouciant et frivole de la Belle Époque.

 

Mais la France est terrassée. Des centaines de milliers de famille sont sur les routes (on disait “ les évacués ” – on trouve toujours un mot pour masquer ou travestir le réel). Le pays est coupé en deux. L’Alsace-Moselle a été de nouveau annexée et le nord du pays est administré directement par l’occupant. Cela n’empêche pas Maurice Chevalier et son ami, l’ancien champion du monde de boxe Georges Carpentier, de faire de la publicité pour les vélos-taxis puisque la circulation demeure interdite. Le même Chevalier entonne alors une chanson très entraînante quoique reflétant assez peu le réel :

 

Tra la la la la-la

Tra la la la la-la

Dzim pa poum pa la

Dzim pa poum pa la

Avec un ou deux p'tits hop-là hop-là

Si vous voulez savoir

C'que mon cœur pense ce soir

En chantant comme ça

Dzim pa poum pa la

C'est notre espoir

 

Le régime de Vichy traduit dans les faits la revanche d’une France passéiste et réactionnaire sur l’“ ennemi intérieur ” : francs-maçons, démocrates, communistes et, bien sûr, Juifs. L’armée française a été balayée mais ses fanfares jouent dans les kiosques. Radio Paris, contrôlée par la puissance occupante, explique que la défaite était méritée. La résistance gaulliste répond sur les antennes de la BBC que “ Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ”. L’ordre nouveau du Maréchal Pétain exalte la terre – qui, selon le slogan du philosophe Emmanuel Berl, « ne ment pas ». Berl résume dans sa personne les errements et les égarements de nombreux intellectuels français des années vingt aux années quarante. Issu d’une famille juive aisée, apparenté à Proust et à Bergson, il fut l’ami du fascisant Drieu la Rochelle avec qui il dirigea en 1927 l’éphémère revue Les Derniers Jours. La radio diffuse des chansons paysannes jusqu’à satiété, comme “ C’est si simple d’aimer ”  :

 

Aimons nos montagnes

Notre Alpe de neige

Aimons nos campagnes

Et que Dieu les protège

Et chantons en chœur

 

Le Pays romand

De tout notre cœur

Et tout simplement.

 

La chanteuse fantaisiste Marcelle Bordas (qui participa à de nombreuses tournées aux armées durant le “ drôle de guerre ”) s’illustre – en réponse à “  Douce France ” de Trénet – en vantant le retour à la terre (“ Ah ! que la France est belle ”) :

 

Ah ! que la France est belle.

Avec ses champs, ses bois, ses vallons, ses clochers !

Chaque région nouvelle,

Nous fait, soudain, découvrir des trésors cachés !

Du Rhône à la Rochelle,

De la Garonne au souriant pays normand,

Ah ! que la France est belle,

Et comme on est heureux d'être un de ses enfants !

 

Le travail manuel est réhabilité, tout comme les exercices physiques. Maurice Chevalier, crée “ La Chanson du maçon ”, dont il a co-écrit les paroles :

 

Un maçon

Chantait une chanson

Là-haut sur le toit d'une maison,

Et la voix de l'homme s'envola

Pour se poser par là

Comme un oiseau sur la

Voix d'un autre maçon

Qui reprit la chanson

Sur le toit voisin de la maison

Et ainsi commença l'unisson

De deux maçons et d'une chanson ! son ! sons !

 

Si tout le monde apportait son moellon

Nous rebâtirions notre maison

Qui deviendrait

La maison du bon Dieu

 

La radio pétainiste programme en priorité des chansons qui expriment la nostalgie pour un passé insouciant et un présent qui se veut éloigné des tristes réalités. La chanson d’amour se porte à merveille (“ Le premier rendez-vous ”), tout comme celle qui fait appel au folklore campagnard (“ Ah ! le petit vin blanc ”), à une France éternelle, intouchée (“ Ça sent si bon la France ”, par Maurice Chevalier). Même Jacques Prévert, poète d’extrême-gauche qui animait peu de temps avant le début des hostilités le groupe théâtral Octobre, seule troupe d’agit-prop ayant connu quelque succès, se limite à des textes purement poétiques. Charles Trénet chante la tellement accueillante “ Terre ”, et André Dassary, basque très populaire, ancien chanteur de l’orchestre de Ray Ventura, “ Vive la terre de France ” :

 

Pour que le pays soit plus beau

Il faut des bras pour la charrue

 

Pour Pétain le Front Populaire avait été une période de jouissance fautrice de décadence et de guerre. Il in­terdit les bals populaires car on y dance, on s'y touche, et l'on peut se parler. Les chansons s’adressent maintenant aux prisonniers et à toutes les personnes déplacées, déboussolées : “ Ça sent si bon la France ”. Le régime remet à l’honneur de vieilles chansons traditionnelles : “ Sur la route de Louviers ” d’Aristide Bruant, “ Une fleur au chapeau ”, adorée des scouts et des chantiers de jeunesse. Mais au hit-parade de la chanson pétainiste, grimpe en quelques semaines un véritable petit chef-d’œuvre : “ Maréchal, nous voilà ” de Charles Courtiaux et André Montagard. André Dassary en fait l’hymne officieux  du régime :

 

Une flamme sacrée

Monte du sol natal;

Et la France enivrée

Te salue, Maréchal.

Maréchal, nous voilà

Devant toi, le sauveur de la France,

Nous jurons, nous tes gars,

De servir et de suivre tes pas.

Maréchal, nous voilà,

Tu nous as redonné l’espérance.

La patrie renaîtra,

Maréchal, Maréchal,

Nous voilà!

 

 

Cela dit, la propagande dans la chanson se veut discrète. Rares sont les chansons qui prônent ouvertement la collaboration. Avec comme rares exceptions les hitlériens français qui empruntent au répertoire allemand (“ J’avais un camarade ” – “ Ich hatt’ einen Kameraden ” qui date de 1825). La propagande préfère utiliser des vedettes de second plan pour proposer des programmes lénifiants, sans aucune prise avec le réel. C’est le cas d’André Claveau qui, à Radio Paris, station contrôlée par les Allemands, anime une émission pour les femmes, “ Cette heure est à vous ”. Outre Claveau – qui sera le premier interprète de Jean Ferrat ! – la plupart des vedettes des années trente poursuivent leur carrière, à Paris ou en zone non occupée : Raymond Legrand et son orchestre s’engouffrent dans le créneau laissé vacant par Ray Ventura qui a dû émigrer, Jean Sablon (“ Je tire ma révérence ”), ou encore Léo Marjane. A la Libération, Léo Marjane sera poursuivie par les Comités d’épuration pour avoir chanté dans des cabarets fréquentés par des officiers allemands. Elle se justifiera ainsi : « J’aimerais bien savoir qui n’a pas chanté ? Et ceux qui prétendent ne pas l’avoir fait n’ont pas de mémoire. Il fallait que je gagne ma vie. » Comme beaucoup d’autres personnaliéts, elle aura deux fers au feu : « Mon mari, le colonel Charles de Ladoucette, que j’ai épousé en 1948  et qui à l’époque était lieutenant, faisait partie d’un réseau dirigé par le colonel Rémy. Et c’est moi, Marjane, qui ai entretenu financièrement ce réseau. » Née en 1912, Marjane est aujourd’hui largement centenaire. Autres carriéristes à tout crin : Édith Piaf, Charles Trénet et Maurice Chevalier. Les chanteurs acceptent quelques compromissions bénignes ou quelques prestations douteuses : un récital bien payé pour Radio Paris, un gala au profit du Secours National. Une minorité finira par accepter de se rendre en Allemagne en échange – pour satisfaire leur conscience – de la libération de quelques prisonniers de guerre. On trouve par exemple dans l’édition française de Signal un article sur Maurice Chevalier chantant “ Ya d’la joie ” devant une salle de prisonniers de guerre en janvier 1942, dans le Stalag d’Alten-Grabow où il avait été lui-même prisonnier pendant la Première Guerre mondiale. Il se dit “ reconnaissant aux autorités allemandes ” car, en échange de sa venue, elles ont libéré quelques Français. Dans ces mémoires, Chevalier expose, penaud, comment les Allemands ont exploité son manque de résolution : « La direction de Radio Paris [station entièrement contrôlée par les Allemands] me fait convoquer :

 

  • Nous désirons que vous fassiez des émissions artistiques à Radio Paris comme vous en avez toujours fait à la Radio Française…

 

[…] Je sais trop bien ce qu’un refus catégorique me vaudrait par la suite. Il faut tergiverser, composer : ‘ Je ne puis rester que quelques semaines à Paris, vous comprenez, ma famille est dans le midi. ’ Je rougis un peu, l’homme me fixe. Je pense m’en être tiré intelligemment. Ne pas les mettre en boule contre moi, tout en faisant comprendre aux Français, par mon court séjour à Paris, que je ne fais que ce qui est absolument obligatoire. » Maurice Chevalier. Ma Route et mes chansons. (Paris, René Julliard, 1950) 309.

 

Susy Delair, Albert Préjean, Viviane Romance répondent à l’invitation de Karl Frölich, le président de la Corporation du Cinéma Allemand. Piaf, Trénet, Léo Marjane, Raymond Legrand et son orchestre se produisent  dans des stalags ou dans des salles de spectacle de grandes villes allemandes jusqu’en 1943. Dans les années vingt et trente, les échanges culturels entre les deux pays avaient été très substantiels, la France exerçant sur l’art populaire allemand (chanson, cinéma) un fort attrait. Dès les années vingt, Maurice Chevalier et Mistinguett s’étaient produits avec grand succès en Allemagne. Le film allemand Bel Ami, écrit d’après la chanson de Tino Rossi, elle-même inspirée de Maupassant, avait connu la célébrité à la fin des années trente.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 05:09

Ce qui suit est un peu technique mais vaut le détour. Depuis des années, l'université Lyon 2 alourdit la charge d'enseignement des universitaires qui, en gros, donnent un tiers de cours de plus que leurs collègues de Lyon 3 et 50% de plus que leurs collègues de l'Ecole Normale Supérieure voisine. En requalifiant de nombreux cours magistraux en travaux dirigés, en transformant les cours de 2 heures en cours d'1 heures 45 (elle est la seule université au monde à avoir imposé cette pratique) et en faisant passer le volume horaire de chaque TD de 24 heures à 21 heures, voire 17h30. Les enseignants du supérieurs sont annualisés depuis une bonne trentaine d'années. Les professeurs et maîtres de conférence doivent 192 heures de cours (TD par an). La loi, violée par l'université Lyon 2, prévoit que les professeurs peuvent assurer la moitié de leur service en cours magistraux (1 CM équivaut à 1 TD et demi). Cet allègement vient en compensation de l'alourdissement des tâches assumées par les professeurs : direction de thèse, d'équipes de recherches, de commissions de recrutement etc. Dans les faits, cette disposition n'est plus appliquée à Lyon 2 depuis des années.

 

L'université Lyon 2 n'est pas une dictature mais une institution démocratique, même si, à cause de la loi LRU, la voix des universitaires s'y fait de moins en moins entendre. L'alourdissement des services a été accepté, enteriné par la majorité des personnels. Par fatalisme, résignation ou encore par acceptation enthousiaste. Il aura fallu que des enseignants juristes, peut-être plus soucieux que les autres de leur estime de soi, se saisissent du problème. Les universitaires de Lyon 2 disposent désormais d'un outil légal imparable leur permettant d'exciper de leur bon droit.

 

 

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE LYON

N° 1300643

___________

Mme Valérie Le Bihan et autres

___________

M. Rivière

Rapporteur

___________

M. Puravet

Rapporteur public

___________

Audience du 3 février 2016

Lecture du 9 mars 2016

___________

36-13-01

C+-HM

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le tribunal administratif de Lyon,

(7ème chambre)

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2013, et des mémoires enregistrés les

30 avril 2013 et 18 octobre 2013, Mme Valérie Le Bihan, M. Bruno Daugeron, M. BertrandDacosta, M. Patrick Janin, M. Christophe Chabrot et M. Guillaume Protière, demandent autribunal :

 

1°) d’annuler la décision implicite née le 1er décembre 2012 par laquelle le président de l’université Lumière Lyon 2 a rejeté leur demande du 8 septembre 2012, reçue le 1er octobre 2012, tendant à ce qu’il soit mis fin à la pratique de requalification des cours magistraux en travaux dirigés et, en conséquence, de cesser de calculer sur cette base les obligations de service et la rémunération des heures complémentaires des enseignants-chercheurs ;

 

2°) de condamner l’université Lumière Lyon 2 à leur rembourser la contribution pour l’aide juridique qu’ils ont exposés.

 

Les requérants soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir contre la décision attaquée, qui affecte ou est susceptible

d’affecter tant leurs obligations de service que la rémunération des heures complémentaires qu’ils effectuent, et ce quand bien même certains d’entre eux ne sont pas actuellement concernés par la mesure contestée ; l’un d’entre eux a été concerné par cette mesure ;

N° 1300643 2

 

- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit, dès lors que la pratique

contestée est basée sur une requalification de cours magistraux en travaux dirigés qui se fonde sur le seul critère numérique du nombre d’étudiants, sans prendre en compte le critère de la substance et donc de la nature du contenu de l’enseignement, qui constitue le seul critère objectif et rationnel ; cette pratique permet d’augmenter le temps de cours des enseignants et de réduire le montant de leurs heures complémentaires, dès lors que l’enseignement est effectué devant des

effectifs réduits ; cette pratique concerne notamment tous les enseignements de master de deuxième année (master 2 ou M2), qui sont requalifiés en travaux dirigés, dès lors que le nombre d’étudiants inscrits est toujours inférieur à 40 ; cette requalification ne saurait être fondée sur le critère de l’interaction avec les élèves et ne favorise pas la pédagogie de la réussite ; les dotations financières pédagogiques versées par l’université aux entités composantes sont calculées sur la base de cette disqualification ;

 

- compte tenu de cette requalification des cours magistraux en travaux dirigés fondée sur le seul critère numérique, la décision attaquée porte directement atteinte au principe d’égalité des membres d’un même corps, qu’il s’agisse des professeurs ou des maîtres de conférences, dès lors que pour des enseignements de même nature, les enseignants sont rémunérés en heures de travaux dirigés ou en heures de cours magistraux selon leur université de rattachement, en particulier, qu’ils soient des enseignants de l’université Lyon 2 enseignant dans des masters 2 cohabilités (université Jean Moulin Lyon 3 et/ou université Jean Monnet de Saint-Etienne) ou des enseignants de l’université Jean Moulin Lyon 3 et/ou de l’université Jean Monnet de Saint-Etienne ;

 

- la décision attaquée est entachée d’un détournement de pourvoir, dès lors que la pratique illégale de l’université a été prise dans un intérêt purement financier ;

 

- cette pratique ne saurait être justifiée par l’accroissement de l’offre de formation de l’université, au mépris des dispositions statutaires. Par des mémoires enregistrés les 14 mars 2013, 3 septembre 2013 et 27 janvier 2014, l’université Lumière Lyon 2 conclut au rejet de la requête. Elle soutient que :

 

- la requête est irrecevable en l’absence d’intérêt à agir des requérants, dès lors que la décision litigieuse n’affecte ni leur situation individuelle, ni leurs garanties statutaires, au regard de la très faible proportion de travaux dirigés figurant dans leurs services effectifs, et que la mesure contestée n’a pour effet, ni de modifier le plafond horaire fixé à l’article 7 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984, ni de remettre en cause la vocation prioritaire des professeurs à assurer des cours en application de l’article 3 dudit décret, ni de porter atteinte au principe d’indépendance dont bénéficient les enseignants chercheurs, ni d’entamer le volume des heures de cours magistraux (CM) attribués aux intéressés qui assurent, à hauteur de plus de 80 %, leurs enseignements sous cette forme ; les requérants, dont la requête revient à contester la lettre même du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 prévoyant qu’un enseignant-chercheur effectue annuellement 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés (TD) ou toute combinaison équivalente, ne démontrent pas la lésion d’un intérêt personnel et direct ;

 

- en tout état de cause, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés, en

effet :

 

. si par délibération du conseil de la faculté de droit, siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs, il a été décidé à l’unanimité que « tous les cours ayant un effectif de moins de 40 étudiants seraient payés en TD », y compris pour les « masters de deuxième année », et si cette délibération pose un principe, elle réserve cependant la possibilité, selon les diplômes, de comptabiliser le cours en CM ;

N° 1300643 3

 

. le président de l’université n’a pas le pouvoir de modifier la proposition émanant du conseil d’une composante, sauf pour un motif tiré de son irrégularité ou de son illégalité, compte tenu du principe d’indépendance des enseignants-chercheurs, qui ont compétence exclusive pour effectuer la répartition de leur service ;

 

. l’article 7 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 ne délimite pas les notions de « cours » et de « travaux dirigés » et à défaut d’une définition légale, jurisprudentielle ou pédagogique, il appartient à chaque établissement de fixer ses principes en la matière et donc à la composante de fixer des critères, car le service annuel d’un enseignants est nécessairement comptabilisés en CM et/ou TD ; une telle démarche procède de l’autonomie pédagogique de l’établissement ; un enseignant ne peut déterminer de son propre chef la nature du service qu’il aura à exécuter ;

 

. les requérants n’établissement pas, en produisant des états récapitulatifs de services, que les enseignements litigieux constituent des CM ;

 

. le critère du nombre d’étudiants n’est pas le seul appliqué car si tel était le cas, les enseignants-chercheurs à l’université Lumière Lyon 2 accompliraient majoritairement leurs services sous forme de TD et le fait d’enseigner autrement que magistralement ne disqualifie nullement la fonction de l’enseignant ;

 

. un cours magistral se distingue d’un TD par l’absence de toute interaction entre l’enseignant et les étudiants et ce critère est conforme au projet d’établissement afin d’améliorer la qualité du service public en faveur des étudiants, lequel est construit, à travers le contrat quinquennal 2011-2015, autour d’une pédagogique de la réussite et de l’insertion, objectif auquel répond le choix d’instituer certaines heures comptabilisées en TD ;

 

. aucune atteinte n’est portée au régime statutaire des requérants, dans la mesure où

l’université n’outrepasse pas la charge annuelle d’enseignement fixée à 128 heures de cours ou 192 de travaux dirigés ou tout combinaison équivalente conformément à l’article 7 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 ; l’article 3 dudit décret, s’il donne aux professeurs une vocation prioritaire à dispenser des cours, ne leur interdit pas de dispenser des TD, ni n’impose de réserver exclusivement ces derniers aux maîtres de conférences ; cet article 3 est en l’espèce respecté s’agissant de Mme Le Bihan et MM. Daugeron et Dacosta ;

 

. l’enseignement interactif en groupe restreint, comptabilisé en TD, répond à un objectif de formation et de réussite des étudiants, tout en permettant de pérenniser ou d’étendre le volume d’heures dispensé à leur profit ;

 

. le pouvoir du conseil d’administration en matière de répartition des obligations de service des enseignants-chercheurs ne porte aucune atteinte, par lui-même, au principe d’égalité entre les fonctionnaires d’un même corps ;

 

. le motif financier avancé par les requérants est dévoyé, dès lors que le fonctionnement régulier d’un établissement public procède nécessairement des moyens qui lui sont alloués, qu’il appartient à l’établissement de répartir ces moyens selon un principe supérieur, à savoir la qualité du service public rendu à l’usager, et que l’attention portée à ce principe n’entame pas les garanties statutaires des professeurs et maîtres de conférences concernant le plafond annuel d’enseignement et la vocation prioritaire des professeurs à assurer des cours ;

 

. il n’est pas démontré en quoi la fixation des services (CM/TD) entre les enseignants aurait pu l’être sur la base de critères discriminatoires.

 

Vu les autres pièces du dossier.

 

Vu :

 

- le code de l’éducation, notamment ses articles L. 123-1 et suivants, et L. 952-1 et

suivants ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 ;

N° 1300643 4

 

- l’arrêté ministériel du 31 juillet 2009 approuvant le référentiel national d'équivalences horaires établi en application du II de l'article 7 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 modifié fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences ;

 

- l’arrêté interministériel du 6 novembre 1989 fixant les taux de rémunération des heures complémentaires ;

 

- le code de justice administrative.

 

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

 

- le rapport de M. Rivière, premier conseiller,

- les conclusions de M. Puravet, rapporteur public,

- puis les observations de Mme Le Bihan, M. Chabrot et M. Protière, requérants, celles de M. Pierre-Yves Peguy, vice-président de l’université Lumière Lyon 2, et de

M. Gilles Maletras, directeur adjoint des affaires juridiques, pour l’université Lumière Lyon 2.

 

1. Considérant que Mme Le Bihan et M. Daugeron, professeur des universités, M. Dacosta, professeur associé, et MM. Janin, Chabrot, et Protière, maîtres de conférences, qui enseignent tous à la faculté de droit de l’université Lumière Lyon 2, demandent l’annulation de la décision implicite née le 1er décembre 2012 par laquelle le président de ladite université a rejeté leur demande du 8 septembre 2012, reçue le 1er octobre 2012, tendant à ce qu’il soit mis fin à la pratique de requalification des cours magistraux en travaux dirigés et, en conséquence, de cesser de calculer sur cette base les obligations de service et la rémunération des heures complémentaires des enseignants-chercheurs ;

 

Sur la recevabilité de la requête :

 

2. Considérant qu’eu égard à leur qualité d’enseignants de la faculté de droit de l’université Lumière Lyon 2 leur donnant vocation à dispenser des cours magistraux et des travaux dirigés, et compte tenu des conséquences de la décision implicite de rejet sur leurs obligations de service et la rémunération des enseignements effectivement dispensés, les requérants justifient d’un intérêt leur donnant qualité pour contester cette décision implicite refusant de mettre fin à la pratique, qu’ils estiment illégale, de requalification des cours magistraux en travaux dirigés ; qu’à cet égard, ne sauraient faire obstacle à cet intérêt à agir les circonstances que certains des intéressés ne dispensent pas, ou plus, de travaux dirigés, ou qu’ils dispensent majoritairement des enseignements comptabilisés, au niveau de leurs états prévisionnels de service, en cours magistraux ; que ne saurait pas davantage faire obstacle à cet intérêt à agir le fait que cette pratique, qui résulte ainsi qu’il sera dit au point 6 d’une règle clairement établie, ne remette en cause, ni le plafond horaire fixé à l’article 7 du décret du 6 juin 1984 susvisé, ni la vocation prioritaire des professeurs des universités à assurer des cours en application de l’article 3 dudit décret, ni le principe d’indépendance des enseignants chercheurs ;

 

Sur les conclusions à fin d’annulation :

 

3. Considérant, tout d’abord, qu’aux termes de l’article 2 du décret du 6 juin 1984 susvisé : « Les enseignants-chercheurs ont une double mission d'enseignement et de recherche. Ils concourent à l'accomplissement des missions du service public de l'enseignement supérieur

 

N° 1300643 5

 

prévues par l'article L. 123-3 du code de l'éducation ainsi qu'à l'accomplissement des missions de la recherche publique mentionnées à l'article L. 112-1 du code de la recherche. Dans l'accomplissement des missions relatives à l'enseignement et à la recherche, ils jouissent, conformément aux dispositions de l'article L. 952-2 du code de l'éducation, d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du code de l'éducation, les principes de tolérance et d'objectivité. (…) » ; qu’aux termes de l’article 3 du même décret :

 

« (…) Les professeurs des universités ont vocation prioritaire à assurer leur service

d'enseignement sous forme de cours ainsi que la direction des unités de recherche. » ; qu’aux termes de l’article 7 du même décret : « Les fonctions des enseignants, chercheurs s'exercent dans les domaines énumérés aux articles L. 123-3 et L. 952-3 du code de l'éducation et L. 112-1 du code de la recherche.

 

I. - Le temps de travail de référence, correspondant au temps de travail arrêté dans la fonction publique, est constitué pour les enseignants-chercheurs : 1° Pour moitié, par les services d'enseignement déterminés par rapport à une durée annuelle de référence égale à 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques ou toute combinaison équivalente en formation initiale, continue ou à distance. Ces services d'enseignement s'accompagnent de la préparation et du contrôle des connaissances y afférents. Ils sont évalués dans les conditions prévues à l'article 7-1 du présent décret ; 2° Pour moitié, par une activité de recherche reconnue comme telle par une évaluation réalisée dans les conditions prévues à l'article 7-1 du présent décret. (…)

 

II. - Dans le respect des dispositions de l'article L. 952-4 du code de l'éducation et compte tenu des priorités scientifiques et pédagogiques, le conseil d'administration en formation restreinte ou l'organe en tenant lieu définit les principes généraux de répartition des services entre les différentes fonctions des enseignants-chercheurs telles que mentionnées aux articles L. 123-3 et L. 952-3 du code de l'éducation et L. 112-1 du code de la recherche. Il fixe également les équivalences horaires applicables à chacune des activités correspondant à ces fonctions, ainsi que leurs modalités pratiques de décompte. Ces équivalences horaires font l'objet d'un référentiel national approuvé par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur.

 

III. - Dans le respect des principes généraux de répartition des services définis par le conseil d'administration en formation restreinte ou par l'organe en tenant lieu, le président ou le directeur de l'établissement arrête les décisions individuelles d'attribution de services des enseignants-chercheurs dans l'intérêt du service, après avis motivé, du directeur de l'unité de recherche de rattachement et du directeur de la composante formulé après consultation du conseil de la composante, réuni en formation restreinte aux enseignants. Ces décisions prennent en considération l'ensemble des activités des enseignants-chercheurs et leur évaluation par le Conseil national des universités ou le Conseil national des universités pour les disciplines médicales, odontologiques et pharmaceutiques, en application de l'article 7-1. Le tableau de service de chaque enseignant-chercheur lui est transmis en début d'année universitaire et peut être adapté pour chaque semestre d'enseignement. Le service d'un enseignant-chercheur peut être modulé pour comporter un nombre d'heures d'enseignement inférieur ou supérieur au nombre d'heures de référence mentionné au I. Cette modulation ne peut se faire sans l'accord écrit de l'intéressé. La modulation peut s'inscrire dans le cadre d'un projet individuel ou collectif, scientifique, pédagogique ou lié à des tâches d'intérêt général. Elle tient compte du caractère annuel ou pluriannuel de ce projet. La modulation de service ne peut aboutir à ce que le service d'enseignement soit inférieur à 42 heures de cours magistral ou à 64 heures de travaux pratiques ou dirigés, ou toute combinaison équivalente. Elle doit en outre laisser à chaque enseignant-chercheur un temps significatif pour ses activités de recherche. (…) Les principes généraux de répartition des obligations de service et les décisions individuelles d'attribution de services ne peuvent avoir pour effet de compromettre la réalisation des engagements de formation prévus dans le cadre du contrat pluriannuel entre l'établissement et l'Etat. Lorsqu'ils accomplissent des enseignements complémentaires au-delà de leur temps de

 

N° 1300643 6

travail tel qu'il est défini au présent article, les enseignants-chercheurs perçoivent une rémunération complémentaire dans les conditions prévues par décret. (…) » ;

 

 

 

 

 

4. Considérant, ensuite, que le référentiel national d'équivalences horaires établi en

application de l'article 7 du décret du 6 juin 1984 susvisé, approuvé par l’arrêté ministériel du 31 juillet 2009 susvisé et annexé à cet arrêté, prévoit : « Les enseignants-chercheurs ont une double mission d'enseignement et de recherche. Ils concourent à l'accomplissement des missions de l'enseignement supérieur. Le temps de travail pris en compte pour déterminer des équivalences horaires est le temps de travail applicable dans la fonction publique d'Etat, soit 1 607 heures de travail effectif. Il est composé pour moitié d'une activité d'enseignement correspondant à 128 heures de cours magistral ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques et pour moitié d'une activité de recherche. Sur cette base et conformément au I de l'article 7 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 modifié, une heure de travaux dirigés en présence d'étudiants correspond à 4,2 heures de travail effectif et une heure de travail effectif équivaut à 0,24 heures de travaux dirigés. » ;

 

5. Considérant, enfin, qu’aux termes de l’article 1er de l’arrêté interministériel du 6 novembre 1989 fixant les taux de rémunération des heures complémentaires : « Les cours, les travaux dirigés et les séances de travaux pratiques sont rémunérés à l'heure effective par une indemnité non soumise à retenue pour pension et fixée à :

 

a) Dispositions générales : Cours :

61,35 € ; Travaux dirigés : 40,91 € ; Travaux pratiques : 27,26 €. (…) » ;

 

6. Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que le conseil de la faculté de droit et science politique en formation restreinte aux enseignants de l’université Lumière Lyon 2 a décidé le 16 juin 2011, à l’unanimité des votants (un refus de vote), la règle suivante : « Pour les masters de deuxième année, tous les cours ayant un effectif de moins de 40 étudiants seront payés en TD sous réserve des capacités financières de chaque diplôme » ; que dans des courriels en date des 20 juin 2011 et 26 novembre 2012, la doyenne de cette faculté a confirmé l’application de cette règle, en soulignant qu’elle est appliquée « avec rigueur depuis la rentrée 2010 », que les dotations pédagogiques la prennent en compte, et que son application, justifiée par « des contraintes budgétaires », « affecte tout particulièrement les enseignements de M2 (master 2) » ;

 

7. Considérant que si les cours magistraux sont normalement destinés sans obligation de présence à l’ensemble de l’effectif théorique des étudiants du cursus concerné, alors que les travaux dirigés sont normalement destinés à un effectif plus restreint d’étudiants soumis à une telle obligation de présence, toutefois, le critère numérique précité fondé sur un effectif inférieur à 40 étudiants lors de la séance d’enseignement ne saurait permettre, à lui seul, de distinguer ces deux types d’enseignements ; qu’en particulier et surtout, ce critère numérique ne saurait permettre à lui seul une telle distinction en master 2, cursus dont se prévalent les requérants sur la base de leurs états prévisionnels de service et où les effectifs sont nécessairement réduits, notamment par rapport aux enseignements de licence ou de master 1, ainsi qu’il résulte du tableau versé au dossier des effectifs des masters 2 au titre de l’année universitaire 2012/2013 dans le cadre desquels interviennent les requérants ; que l’université Lumière Lyon 2 ne pouvait s’affranchir des critères permettant d’opérer valablement une telle distinction, tirés de la nature de l’enseignement et de la possibilité ou non en découlant d’une participation des étudiants ; qu’en effet, un cours magistral doit être entendu comme un enseignement théorique donné sous la forme d’un cours didactique exclusif de toute participation des étudiants, alors que les travaux dirigés doivent être entendus comme un enseignement permettant d’appliquer, sous forme notamment d’exercices, les connaissances acquises lors des cours magistraux, et comme incluant la participation des étudiants ; qu’ainsi, en refusant implicitement de mettre fin à l’application de

N° 1300643 7

la règle précitée au point 6, les requérants sont fondés à soutenir que le président de l’université Lumière Lyon 2 a entaché sa décision implicite contestée d’une erreur de droit ;

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article R. 761-1 du code de justice

administrative :

 

8. Considérant qu’aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative,

dans sa rédaction applicable au présent litige : « Les dépens comprennent la contribution pour l’aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d’expertise, d’enquête et de toute autre mesure d’instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l’affaire justifient qu’ils soient mis à la charge d’une autre partie ou partagés entre les parties. L’Etat peut être condamné aux dépens » ;

 

9. Considérant que, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’université Lumière Lyon 2 le montant de 35 euros acquitté par les requérants au titre de l’article 1635 bis Q du code général des impôts ;

 

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite susvisée du président de l’université Lumière Lyon 2 est annulée.

 

Article 2 : L’université Lumière Lyon 2 versera la somme de 35 euros aux requérants au titre de l’article R. 761-1 du code de justice administrative.

 

Article 3 : Le présent jugement sera notifié, d’une part, à Mme Valérie Le Bihan, à

M. Bruno Daugeron, à M. Bertrand Dacosta, à M. Patrick Janin, à M. Christophe Chabrot, à M. Guillaume Protière, d’autre part, à l’université Lumière Lyon 2.

 

Délibéré après l'audience du 3 février 2016, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

M. Mallol, président exerçant les fonctions de premier conseiller,

M. Rivière, premier conseiller.

Lu en audience publique le 9 mars 2016.

Le rapporteur,

C. RIVIÈRE

Le président,

J. B. BROSSIER

N° 1300643 8

Le greffier,

F. FAURE

 

La République mande et ordonne à la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

 

Pour expédition,

Un greffier,

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 05:34

 

 

 

Dans son éditorial, Paul Ariès revent sur des actes « chemisophobes » [pauvre poulet, je pense souvent à lui !]. Le monde n’est malheureusement pas sans violence, écrit Ariès, « le capitalisme menace toujours la vie de milliards d’humains avec le soutien de ceux qui ont choisi d’être ses chiens de garde, qu’ils soient de grands mangers d’entreprise comme Air France ou des idéologues comme Finkielkraut, Onfray ou Zemmour. »

 

Pour Frédéric Neyrat, la terre est en danger. Il réfléchit, entre autre, sur le retour du monothéisme : « Je ne sais rien sur ce retour, mais je ne serais pas étonné d’apprendre que, lorsque la politique n’est plus capable de générer une proposition collective qui excède les limites étroites de l’individu et du moment où il vit, la religion réapparaisse comme « excédent de secours », comme on le dit d’une roue de secours qui vient remplacer celle qui est crevée. Or quelle proposition politique est aujourd’hui capable de se hisser à hauteur d’un moment où nous pouvons sentir que notre sol et notre ciel sont mobilisés et transformés par les activités anthropogéniques des sociétés du Grand Nord ? Je ne dis pas que la politique doive prendre en charge le Ciel, à majuscule, mais je dis qu’elle doit être apte à porter l’infini en creux. Dans cette perspective, je conteste la réduction de la notion d’Anthropocène à un simple masque idéologique, c’est une notion que l’on peut investir théoriquement, afin de nous permettre de sentir, au-delà des territoires où nous vivons, l’étendue spatiale et temporelle des problèmes. »

 

Pour Michel Ducommun, le film Demain offre une vision apolitique de l’écologie. Le très grand succès de ce film « doit inquiéter tous ceux qui militent avec le slogan “ Changer le système, pas le climat ”, avec la conviction que pour éviter les catastrophes écologiques, il faut rompre avec le capitalisme et construire une société éco-socialiste. »

 

Alerte au Mozambique, nous dit Claude Quémar. Il faut une nouvelle donne pour la dette en Afrique. « Ces dernières années le continent africain nous était présenté comme le nouvel Eldorado mondial, riche de ses matières premières, connaissant des taux de croissance du PIB qui faisaient rêver le reste du monde touché par la crise de 2008, une démographie allant à l’encontre du vieillissement mondial… Le Mozambique apparait comme le premier pays faisant face à cette nouvelle crise qui vient. En empruntant sur les marchés financiers du Nord, les pays africains se sont soumis à des pressions nouvelles, celles de créanciers dont l’objectif est d’obtenir un maximum de rendement à court terme, et, y compris, lespressions des fonds vautours, que l’expérience argentine va encourager. »

 

Pour Alain Bertho, les peuples cherchent la politique « d’une radicalité à l’autre » : « En France, un pouvoir pitoyable, pris au piège de ses gesticulations constitutionnelles, s’apprête à imposer une loi de régression sociale rejetée par 70% de la population. L’émergence de Nuit Debout a sans doute ouvert quelques possibles. »

 

Pour Gaspard d’Allens, devenir paysan peut être une arme révolutionnaire : « Partout en France, des hommes et des femmes osent l’exode. Quittent la ville et désertent le marché du travail pour voir dans l’agriculture leur avenir. Ils recourent à la terre pour se réapproprier la vie. Sans attendre le Grand Soir, leur trajectoire incarne autant de résistance face à la métropole et à l’agro-capitalisme. »

 

Le biologiste George Oxley voit dans la fleur une arme source de vie : « Personne ne dit qu’il y a tout juste 20ans, les habitants de Sarajevo ont survécu à plus de 4 ans de siège, en se nourrissant d’un peu plus de 90 plantes sauvages. Bien sûr, il y avait les rations de l’aide humanitaire, les boites de corned-beef, les portions de vache-qui-rit, les biscuits secs… Mais à force de manger la même chose à tous les repas, on en perd son humanité. »

 

Que faire face aux convulsions du nihilisme religieux, demande Jean-Luc Debry ? « A l’heure du surgissement spectaculaire de la pulsion de mort, dans les convulsions d’un nihilisme religieux qui nous sidèrent car nous ne l’attendions pas sous cette forme et avec une telle intensité, nous sommes confrontés à de sombres perspectives. Tout se passe un peu comme si l’homme avait été vidé de sa substance en proférant que l’exigence première est l’obéissance “ comme un cadavre ”, dans la soumission et le renoncement. La divinisation de la mort, devenue le seul horizon désirable, nous expose à devoir affronter une pulsion de mort qui, soyons-en assurés, habite le désir de tous ceux qui espèrent le paradis comme récompense et refusent la vie telle qu’elle nous est donnée. »

 

Thierry Brugvin y revient une nouvelle fois : « Défendre efficacement l’écologie suppose de ne pas se tromper sur le capitalisme ». Il peut exister une décroissance de droite (l’austérité pour les plus pauvres). Une décroissance pro-sociale conduit à un écosocialisme autogestionnaire.

 

Pour Florent Bussy, le nucléaire est en état de catastrophe permanente : « Outre que les catastrophes nucléaires ne cesseront jamais d’être présentes, l’existence même du nucléaire civil est une catastrophe en tant que telle, mais qui n’est pas sans lien avec d’autres créations incontrôlables de notre modernité, dont elle révèle les gabegies financières et environnementales. »

 

 

 

 

 

 

Les Zindigné(e)s n° 35

 

Pour Bernard Hasquenoph (son blog est ici), le mécénat est de la pub cachée : « On ne sait plus trop qui du privé ou du public sert l’autre, avec la bénédiction des autorités. Vous avez dit éthique ? »

 

Que faire face à l’effondrement qui vient, demande Renaud Duterne ? « Les dynamiques qui sont en place ne me semblent pas en mesure d’être empêchées. Il faut se préparer à faire face à l’effondrement. L’interconnexion des “ crises ” que l’on traverse laisse augurer une forte convergence des luttes, si tant est que l’ensemble des protestataires arrivent à se mettre d’accord sur des revendications communes. »

 

Enfin, Yann Fiévet revient sur le nouveau scandale de Panama : « Au grand bal des hypocrites la France fait rarement banquette . Le nouveau « scandale de Panama » nous le démontre encore superbement. Les déclarations de bonnes intentions, faites la main sur le cœur, ont fusées illico presto dès la mise en lumière de l’affaire. Elles furent proférées par des responsables politiques, Président de la République en tête, qui savent pertinemment qu’ils ne changeront rien à l’ordre financier tentaculaire d’un capitalisme redevenu sauvage à force de déréglementations votées, depuis trente ans, la plupart du temps par des assemblées « démocratiquement élues ». Du reste, c’est également de manière toute démocratique que le Parlement européen a adopté le mois dernier la directive « secret des affaires ». Directive qui arrive cependant trop tard pour empêcher la grande presse de dévoiler le Panama papers. Raison de plus pour se protéger désormais de tous les indélicats qui fourrent leur nez partout, notamment dans les méandres du détournement éhonté de la richesse plus ou moins honnêtement amassée. »

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 05:37

 

 

 

Dans son éditorial (“ Le cabinet du Dr Folamour ”), Serge Halimi fait le point sur l’Europe depuis l’élection autrichienne : « Bientôt un domino tombera : trente mille voix ont manqué au candidat d’extrême droite pour devenir président de la République d’Autriche. La veille du scrutin, M. Jean-Claude Juncker avait prévenu : « Avec l’extrême droite, il n’y a ni débat ni dialogue possible.  » Mais pouvait-on faire meilleur cadeau à une formation se prévalant d’être hors système qu’une telle admonestation de l’ancien premier ministre d’un paradis fiscal (le Luxembourg), devenu président de la Commission européenne grâce à un maquignonnage de la droite et des socialistes ? Lesquels ont gouverné ensemble à Vienne trente-neuf des soixante-neuf dernières années, et ont été balayés dès le premier tour de l’élection présidentielle. »

 

 

Renaud Lambert explique pourquoi le “ Brexit ” provoque un malaise chez les travaillistes : « À quelques semaines du référendum sur la sortie de l’Union européenne, la vie politique du Royaume-Uni ressemble un peu à sa gastronomie : elle s’autorise les mariages les plus inattendus. Et d’abord celui unissant le chef du Labour, M. Jeremy Corbyn, issu de l’aile gauche de la formation travailliste, et le premier ministre conservateur David Cameron. Bien qu’en désaccord sur tout (ou presque), les deux hommes s’opposent tous deux au « Brexit ». »

 

 

Eva Joly suggère d’en finir une fois pour toutes avec l’impunité fiscale : « La succession des révélations sur l’évitement de l’impôt à l’échelle internationale fait apparaître l’ampleur de l’impunité fiscale dont jouissent les plus puissants et les plus malins. Loin d’être fatale, celle-ci résulte de choix politiques. En particulier en France, où le verrou du ministère des finances sur les enquêtes, la baisse des effectifs et la culture de la conciliation favorisent la triche. Lutter efficacement contre l’évasion des capitaux supposerait aussi de s’en donner les moyens judiciaires. »

 

 

Quelles sot, pour Astra Taylor, les « deux jambes du militantisme ? « Contre l’ordre actuel, deux types de combats se côtoient, parfois rivalisent. La propagande par le fait recherche une prise de conscience morale et politique. Elle a recours à des techniques spectaculaires, souvent individuelles, mais peine à maintenir l’élan initial. Moins en vogue, l’organisation privilégie un travail de longue haleine, plus collectif, moins ludique. Il arrive pourtant que ces deux fleuves se rejoignent. »

 

 

Gérard Noiriel nous ramène aux origines ouvrières du Front populaire : « Le 3 mai 1936, le gouvernement de Léon Blum parvenait au pouvoir dans une France affaiblie par la crise économique et menacée par la guerre. Cette date constitue le point de départ politique du Front populaire. Mais elle occulte les conditions d’émergence et les racines sociales d’un mouvement de grèves sans précédent, qui permit des avancées considérables. »

 

 

Baptiste Giraux explique pourquoi la grève générale est une invitée-surprise : « Au début du XXe siècle, la grève générale était conçue comme un acte révolutionnaire visant à renverser le système capitaliste. Si, avec le temps, ses objectifs sont devenus plus modestes, les organisations militantes continuent de s’interroger : à quelles conditions doivent-elles appeler à l’arrêt du travail ? ».

 

 

La privatisation des chemins de fer, c’est formidable (“ 36 compagnies pour une ligne de chemin de fer ”, par Julian Mischi et Valérie Solano) : « Bâtiments fermés, quelques graffitis, des horaires affichés qui n’indiquent que les correspondances de cars : la gare de Parchim, une ville de 20 000 habitants du nord de l’Allemagne, est à vendre. Dans l’édifice en brique rouge d’Ashington (nord du Royaume-Uni), une pancarte de guingois surmonte un guichet barré de planches de bois et avertit : « Ne pas s’approcher de la voie ». L’express d’Edimbourg passe trois fois par heure, sans s’arrêter : « Avec le train, on serait à trente minutes de Newcastle, mais il n’y en a plus, regrette un habitant de cette commune de 28 000 âmes. L’autoroute bouchonne à l’entrée de la ville, on n’est jamais certain d’être à l’heure. Mais il n’y a pas d’autre trajet, alors l’autocar aussi doit la prendre. » Il faut compter cinquante-cinq minutes en autocar pour rejoindre Newcastle et environ trente minutes en voiture, à condition que la circulation soit fluide. »

 

 

Pour Vincent Doumayrou, l’Etat franças sabote le train : « Ce n’est pas vrai, d’abord » : la réponse du président de la République française à un journaliste suggérant en janvier 2015 que le train était plus écologique que l’autocar pour se rendre de Paris à Lyon illustre un état d’esprit nouveau. Le dénigrement des chemins de fer est à la mode dans les milieux dirigeants, malgré les qualités de sécurité et de salubrité de ce moyen de transport. M. Emmanuel Macron leur préfère les autocars et Mme Ségolène Royal les voitures électriques, tandis que M. François Hollande interpelle l’humanité sur l’impératif environnemental. Depuis 2012, les trains français voient l’ensemble de leur fréquentation baisser, et la France a perdu la première place dans l’Union européenne pour le nombre de kilomètres parcourus par habitant. »

 

 

Hélène Richard s’est promenée sur les routes russes avec les camionneurs en colère : « La crise sociale peut-elle faire ombrage aux succès diplomatiques de la Russie ? L’automne dernier, les manifestations de camionneurs contre une nouvelle taxe l’ont laissé penser. Le gouvernement a rapidement éteint l’incendie et traité ce mouvement de petits entrepreneurs issu de l’économie grise avec des égards qu’il refuse à d’autres catégories de la population. »

 

 

Pour Delphine Lecoutre, le Tchad est une puissance de circonstance : « Au pouvoir depuis vingt-six ans, M. Idriss Déby Itno a été réélu dès le premier tour de la présidentielle tchadienne, le 10 avril. Cette douteuse victoire, sur fond de répression, n’a pas paru émouvoir le ministre français de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, en visite à N’Djamena le 29 avril. En effet, le Tchad a su se rendre indispensable à la lutte contre le terrorisme au Sahel. »

 

 

David Garcia nous emmène au Qatar à la découverte de centaines de milliers de travailleurs esclavagisés : « Soucieux de transformer sa richesse en puissance et influence, le Qatar multiplie les opérations de prestige, comme l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022. Mais ces grands chantiers publics et leur lot d’accidents ont révélé l’archaïsme et la brutalité d’un système de parrainage des travailleurs étrangers qui confine au servage. »

 

 

Un conflit dont on ne parle pas assez entre Manille et Pékin pour quelques rochers (Didier Cormorand) : « Saisie par les Philippines, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye doit se prononcer sur le conflit opposant Manille à Pékin en mer de Chine méridionale. Ce n’est pas le seul contentieux dans cet espace maritime où la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei revendiquent la souveraineté sur tout ou partie des îlots. Les tensions ouvertes deviennent de plus en plus dangereuses. »

 

 

Au Pérou, le choix est désormais entre la droite et la droite (Amanda Chaparro) : « Droite réactionnaire ou droite ultralibérale, parfois inspirée par des intellectuels locaux, tel l’économiste Hernando de Soto ? Verdict le 5 juin. Le premier tour de l’élection présidentielle péruvienne a marqué une nouvelle étape du virage conservateur en Amérique latine. À Lima, la formation pilotée par la fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori dispose déjà d’une écrasante majorité au Parlement. »

 

 

Toujours au Pérou, Raphaël Colliaux nous fait découvrir l’économiste préféré du Point : « Hernando de Soto est un homme très courtisé en cette période électorale au Pérou. Économiste primé à de multiples reprises. il fut un proche conseiller du président-dictateur Alberto Fujimori dans les années 1990, puis s’est impliqué dans la campagne de sa fille, Mme Keiko Fujimori, en 2011. En France, il représente l’« anti-Piketty » préféré de l’hebdomadaire Le Point. Ses travaux font partie des références obligées de l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid) et de la Banque mondiale. »

 

 

Anne Désine nous parle jour où la Cour suprême étasunienne inventa le casino électoral : « Rarement la Cour suprême des États-Unis aura autant fait parler d’elle pendant une campagne électorale. Critiquée par MM. Donald Trump et Bernie Sanders pour avoir dérégulé le financement de la vie politique, elle est devenue l’enjeu d’un bras de fer entre républicains et démocrates : qui nommera le successeur du défunt juge Scalia et fera basculer la juridiction dans un camp ou dans l’autre ? »

 

 

Décidément, diriger l’ONU est un drôle de métier (Sashi Taroor) : « La course pour le remplacement de M. Ban Ki-moon au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies a déjà démarré. D’ici à la fin de l’année, le nom du titulaire devrait être connu, au terme d’un processus qui, pour la première fois, a vu se tenir des auditions publiques. L’auteur fut secrétaire général adjoint avant de présenter sa candidature lors de la précédente élection, en 2006. »

 

 

Voilà revenu le bon vieux temps des vignettes sportives (Jérôme Ségal) : « Plus de deux millions de spectateurs et mille fois plus de téléspectateurs sont attendus pour le championnat d’Europe de football, qui aura lieu en France du 10 juin au 10 juillet. En ciblant particulièrement le public jeune, Coca-Cola espère vendre 140 millions de bouteilles et 300 millions de canettes. Son astuce : remettre au goût du jour les vignettes de joueur, à l’histoire édifiante. »

 

 

Florence Delay nous évoque les engagents de Georges Bernanos : « Polémiste ardent, écrivain des orages spirituels, Georges Bernanos (1888-1948) a laissé une œuvre caractérisée par un engagement sans faille, mais non sans ruptures. Au nom de l’honneur, de la nation et des idéaux chrétiens, il sera maurrassien, antisémite, franquiste, avant de quitter l’Action française, de dénoncer le régime espagnol et le soutien que lui apportait l’Église. »

 

 

La révolution bolchevique a-t-elle inventé la joie (Evelyne Pieiller) ?: « Dans les premières années de la révolution russe, une vive effervescence saisit tous les domaines de l’art, et notamment le théâtre. Anatoli Lounatcharski, responsable de la politique culturelle, en fut le garant et l’un des théoriciens. Le réalisme socialiste, promu sous Staline en 1934, y mit un terme. »

 

 

La langue de l’Europe, désormais sacrée, se porte bien (Benoît Duteurtre) : « uand je lui demande pourquoi il emploie continuellement des mots anglais, même ceux qui ont un équivalent français, mon neveu me répond que « l’anglais, c’est plus style  ». Et, lorsqu’un résultat lui donne satisfaction, il s’écrie « Yes ! », les poings serrés, plutôt que « Oui ! » ou « Je suis content ! ».

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 05:45

 

 

 

 

Exceptionnellement, je me permets de reprendre des extraits d’une chronique de mon blog :

 

Ainsi donc, Hollande et les siens ont voulu commémorer Verdun dans les flonflons. Que ces flonflons aient été du rap ou du musette importe peu. Ce qui choque, c’est cette politique du bruit à tout prix. Pourquoi pas demain “ La valse brune ” ou “ Les coups ” au camp du Struthof ? Le silence fait réfléchir. Pas la musique d’ascenseur ou celle de supermarché. Mais le solférinisme est un univers à ce point vide qu’il lui faut du bruit pour faire écran à l’image misérable que le miroir de la société lui renvoie à lui-même.

 

Mais, ont dit nos chers socialistes, il faut être moderne ! Pourquoi ne pas sensibiliser les jeunes à la boucherie de la Première Guerre mondiale en leur offrant une musique de jeunes, de la “ diversité ”, qui plus est ? Si les cours d’histoire d’aujourd’hui étaient moins ténus, moins disloqués, si leur contenu était plus hiérarchisé, il ne serait pas nécessaire de “ sensibiliser ” les jeunes à un carnage de masse qui a eu lieu il y a tout juste un siècle. Les Solfériniens ont eu peur du silence dans une région fortement touchée par le chômage à moins de deux heures de voiture du Luxembourg. Allez faire un tour à Charleville, à Sedan, à Hayange, dans cette pauvre France si proche de l’opulente Sarre, du luxueux Grand-Duché et des accueillantes Ardennes belges. Vous n’en reviendrez pas sans une bonne déprime.

 

Pour ce qui est de la participation de Black M à ces réjouissantes festivités, ce n’est pas ce musicien qui était au centre de la controverse. On ne « fête » pas une bataille qui fut, avec ses 700 000 morts, à la fois une victoire française et la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité. On la commémore. On ne mélange pas les genres. Quant à faire courir des milliers d'ados entre des tombes, même le Jack Lang de la grande époque n'y aurait pas pensé. Comme d’habitude, les Solfériniens ont capitulé devant l’extrême droite, devant tous les Ménard rancis. Ils ont bâclé une louable initiative, n’ont donné aucun sens à ce fort symbole.

 

Il y a un quart de siècle, un ami allemand me demanda de le conduire à Oradour-sur-Glane. Né en 1938, fils de pasteur ayant résisté passivement à l'ordre nazi, ce quinquagénaire n'avait naturellement aucune responsabilité – individuelle ou collective – dans la barbarie des SS. 

 

Nous marchâmes dans les rues d'Oradour pendant une bonne heure. Je lui fis comprendre ce qu'il s'était réellement passé dans l'église du village. Je lui montrai le petit jardin par lequel s'était enfui l'un des gosses promis à la mise à mort collective par le feu. Nous n'échangeâmes pas plus de trois phrases.

 

“ Je n'avais jamais pu m'y rendre seul ”, me dit à la fin de la visite cet homme francophile, francophone, profondément humaniste. “ Je ne pouvais y aller qu'avec toi, mon meilleur ami français ”.

 

 

 

PPS : Une rescapée du tramway d'Oradour, militante cégétiste, vient de refuser d'être élevée au rang de commandeur  de l'ordre national du mérite par Valls, en solidarité avec les travailleurs qui luttent contre la loi El Khomri. Comme cette vieille dame n'est pas à proprement parler une rescapée du massacre et qu'elle fut décorée en 1982 au titre de son activité syndicale, il s'agissait là d'une récupération particulièrement vulgaire. Il est des gifles qui ne se perdent pas.

Revue de Presse (170)

Photo : BG (dr).

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 05:28

Il s'en est expliqué dans une lettre à Lamartine :

 

 

Mon illustre ami,

Si le radical, c’est l’idéal, oui, je suis radical. Oui, à tous les points de vue, je comprends, je veux et j’appelle le mieux ; le mieux, quoique dénoncé par le proverbe, n’est pas ennemi du bien, car cela reviendrait à dire : le mieux est l’ami du mal. Oui, une société qui admet la misère, oui, une religion qui admet l’enfer, oui, une humanité qui admet la guerre, me semblent une société, une religion et une humanité inférieures, et c’est vers la société d’en haut, vers l’humanité d’en haut et vers la religion d’en haut que je tends : société sans roi, humanité sans frontières, religion sans livre. Oui, je combats le prêtre qui vend le mensonge et le juge qui rend l’injustice. Universaliser la propriété (ce qui est le contraire de l’abolir) en supprimant le parasitisme, c’est-à-dire arriver à ce but : tout homme propriétaire et aucun homme maître, voilà pour moi la véritable économie sociale et politique. Le but est éloigné. Est-ce une raison pour n’y pas marcher ? J’abrège et je me résume. Oui, autant qu’il est permis à l’homme de vouloir, je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l’esclavage, je chasse la misère, j’enseigne l’ignorance, je traite la maladie, j’éclaire la nuit, je hais la haine.


Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi j’ai fait Les Misérables.


Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la fraternité pour base et le progrès pour cime.


Maintenant jugez-moi. […]

 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 05:35

Où il apparaît que l'on recrute des universitaires (Bac + 5, 6, 7, 8) avec plus de désinvolture que s'il s'agissait de caissières de supermarché.

 

J'ai découvert avec ce document qu'il existait désormais, parmi le personnel administratif des universités, des “ Gestionnaire des Actes transversaux ”. Je suis né trop tôt dans un monde qui va trop vite. Une gestionnaire qui s'adresse à des professeurs d'université par un “ Bonjour ” qui en dit très long sur le lieu du pouvoir dans l'enseignement supérieur.

 

 

 

Bonjour,


L'Université de Bretagne-Sud recrute, pour le 1er septembre 2016, 7 enseignants contractuels (CDD LRU) :

- CDD : 1 an à pourvoir à compter du 1er septembre 2016. 
- Temps plein
- Rémunération : A partir de 2000 euros brut mensuel selon le niveau de diplôme et l’expérience professionnelle, conformément à la grille de rémunération votée au conseil d’administration du 3 juillet 2014.
- 5 postes (droit public et privé) à pourvoir : UFR DSEG de VANNES
- 2 postes (Espagnol et Mathématiques-Statistiques) à pourvoir : IUT de VANNES

Les profils sont consultables sur la page internet :

http://www.univ-ubs.fr/recrutement-contractuels-lru-301885.kjsp?RH=SIT_RH

Nous attirons votre attention sur la date limite de réception des dossiers fixée au Jeudi 2 Juin 2016 minuit.

 Les modalités de candidature sont consultables sur la page internet : 
www.univ-ubs.fr / Rubrique "Recrutements".
Les dossiers doivent être adressés par voie électronique à l'alias : 
drh.gestion.ens@listes.univ-ubs.fr

 

Nous vous remercions de bien vouloir diffuser l'information de la manière la plus large possible.

Vous en souhaitant bonne réception,
Sincères salutations.

 



 

Hélène COURTET 
DRH - Bureau des Personnels Enseignants 
Gestionnaire des Actes transversaux 


helene.courtet@univ-ubs.fr 
tél. +33 (0)2 97 87 66 46 
27 rue Armand Guillemot - BP 92116 - 56321 LORIENT CEDEX 
UNIVERSITÉ BRETAGNE SUD

 

 

 

 

PS : petite remarque en passant. Si l'on fait le décompte des activités d'un universitaire lambda : enseignement, recherche et administration (les universitaires font statutairement de l'administration tandis que les administrateurs ne font pas d'enseignement), je fiche mon billet que le lambda en question gagne moins que le smig à l'heure.

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