Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 05:20

 

 

 

On ne s’étonnera pas que dans le pays du capitalisme financier échevelé l’université soit, depuis fort longtemps, régie comme l’entreprise privée d’aujourd’hui. Des mouvements de grève ont eu lieu récemment outre-Manche, plus que justifiés. Plusieurs raisons à cela.

 

Depuis 2009, le salaire des universitaires a chuté de 15% en livres constantes (le gouvernement propose 1,1% d’augmentation). Les hommes gagnent globalement 12% de plus que les femmes, ce qui est très facile à mettre en œuvre ou à pérenniser dans un système sans fonctionnaires et où les salaires se négocient (sont en fait impoosés) à la El Khomri. Dans le même temps, les présidents d’université (« vice-Chancellors ») perçoivent des rémunérations exorbitantes, en augmentation constante.

 

 

Les contrats précaires se multiplient, y compris selon les bases du “ zéro-heure ” (des doctorants sont rétribués à l’heure de cours sans couverture sociale automatique). Dans certaines universités, ces contractuels comptent pour plus de la moitié des effectifs. La précarisation (“ casualisation ”, de “ casual ” : temporaire, de passage) touche davantage les femmes que les hommes, les gens de couleur que les Blancs. Il est de plus en plus risqué pour une enseignante de partir en congé de maternité ou d’être malade. Ou encore de souscrire un prêt immobilier.

 

Dans le monde de l’“ économie de la connaissance ” où tout s’achète et tout se vend, les droits d’inscription sont parmi les plus élevés au monde (de mon temps, ils étaient quasiment gratuits – ils le sont toujours en Ecosse – et c’est le travailliste Blair qui les a introduits en 1998).

 

L’université britannique est donc devenu un marché avec des étudiants clients et des enseignants prestataires, écrasés de travail, sans aucune gratification. La France avec cinq ans d'avance, quoi !

Partager cet article
Repost0
31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 05:16

 

 

Ainsi donc, Hollande et ce qui reste de sa bande ont voulu commémorer Verdun dans les flonflons. Que ces flonflons aient été du rap ou du musette importe peu. Ce qui choque, c’est cette politique du bruit à tout prix. Pourquoi pas demain “ La valse brune ” ou “ Les coups ” au camp du Struthof ? Le silence fait réfléchir. Pas la musique d’ascenseur ou celle de supermarché. Mais le solférinisme est un univers à ce point vide qu’il lui faut du bruit pour faire écran à l’image misérable que le miroir de la société lui renvoie à lui-même.

 

Mais, ont dit les faucialistes, il faut être moderne ! Pourquoi ne pas sensibiliser les jeunes à la boucherie de la Première Guerre mondiale en leur offrant une musique de jeunes, de la “ diversité ”, qui plus est ? Si les cours d’histoire d’aujourd’hui étaient moins ténus, moins disloqués, si leur contenu était plus hiérarchisé, il ne serait pas nécessaire de “ sensibiliser ” les jeunes à un carnage de masse qui a eu lieu il y a tout juste un siècle. Les Solfériniens ont eu peur du silence dans une région fortement touchée par le chômage à moins de deux heures de voiture du Luxembourg. Allez faire un tour à Charleville, à Sedan, à Hayange, dans cette pauvre France si proche de l’opulente Sarre, du luxueux Grand-Duché et des accueillantes Ardennes belges. Vous n’en reviendrez pas sans une bonne déprime.

 

 

 

 

Les médias de droite et d’extrême droite se sont offusqués que les faucialistes aient pensé à Black M pour les flonflons du bal. Comment, un homophobe, un antisémite qui a traité la France de pays de “ kouffars ” viendrait faire se retourner les poilus dans leur tombe ! Il est vrai que Black M s’est rendu coupable de quelques dérapages. Moins qu’on le dit. Mais même si on prend cet extrait de “ Dans ma rue ” au 17ème degré, on ne peut pas apprécier l’opposition suivante :

 

Dans ma rue, les Chinois s'entraident et se tiennent par la main

Les Youpins s'éclatent et font des magasins

 

 

Ces « Youpins » ne sont pas rachetés par les « niggas » (niggers, nègres), un terme d’autodérision par lequel Black M qualifie ses frères de couleur. Plus embêtants, peut-être, sont les appels à la violence, voire au meurtre, comme dans “ Jema El-Fna ” :

 

Sous-estimer le Black ne fait plus jamais ça

Sinon j'te fais payer le triple comme à Jemaa El-Fna (oh ohoh)

Sous-estimer le Black ne fait plus jamais ça

Sinon j'te fais payer le triple comme à Jemaa El-Fna (oh ohoh)

 

 

Rappelons qu’en avril 2011 un djihadiste commit sur la place Jemma El-Fna, dans le café Argana, à la clientèle plutôt “ chrétienne ”, un attentat qui fit 17 morts de diverses nationalités (au moins 6 Français).

 

Du coup, j’ai épluché les paroles des chansons de Black M. Ce n’est pas exactement ma tasse de thé mais nous sommes en présence d’une resémantisation de la langue française, de la création par la langue d’un univers très personnel, celui de marges de la société que nous connaissons si mal, d’un monde d’empathie, de solitude, de bravache, d’amour et d’humour. Comme dans la chanson “ Spectateur ” :

 

C'est bientôt la fin du monde, mais le monde s'en fout

Le monde, lui, veut faire des lovés autant qu'dans l'foot

Certains seront sûrement sauvés, mais, moi, j'sais ap'

Trop d'péchés exposés, ouais rien qu'j'dérape

Tu veux qu'j'te raconte ma story, ces moments maudits

Où l'Sheïtan est l'seul spectateur qui applaudit ?

Eh bah non, j'peux pas m'plaindre, mon compte : il est blindé

Mon savoir est une arme qui ne cesse de tout flinguer

Mais la vie c'est pas l'rap, même si je rappe ma vie

Un mal fou à être présent parce que le monde va vite

Les petits reufrés sont timbrés, ne cessent de s'flinguer

Les commissaires, eux, prennent un plaisir à les épingler

Et quant à nos sistas, rien qu'on assiste à

Des auto-destructions, des femmes tristes

Pimpées, bimbos, pour séduire les gringos

Akhi, les gens sont prêts à tout pour remplir le frigo

 

 

Un monde de quête de reconnaissance, comme dans sa chanson “ Mme Pavoshko ”, où il s’en prend à une enseignante qui discrimine les élèves :

 

J'suis pas en prison ou à l'hosto', non

J'fais des hits, madame Pavoshko

Et vos gosses me kiffent, madame Pavoshko

Oui, oui, oui, oui, oui, madame Pavoshko

J'ai toujours autant d'inspi' madame Pavoshko

C'est pour mes gars sous weed, madame Pavoshko

Si vous voulez, on s'tweete, madame Pavoshko

 

 

Encore une fois, ce n’est pas Black M qui était au centre de la controverse. On ne « fête » pas une bataille qui fut, avec ses 700 000 morts, à la fois une victoire française et la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité. On la commémore. On ne mélange pas les genres. Quant à faire courir des milliers d'ados entre des tombes, même le Jack Lang de la grande époque n'y aurait pas pensé. Comme d’habitude, les Solfériniens ont capitulé devant l’extrême droite, devant tous les Ménard rancis. Ils ont bâclé une louable initiative, n’ont donné aucun sens à ce fort symbole.

 

 

PS : Il y a un quart de siècle, un ami allemand me demanda de le conduire à Oradour-sur-Glane. Né en 1938, fils de pasteur ayant résisté passivement à l'ordre nazi, ce quinquagénaire n'avait naturellement aucune responsabilité – individuelle ou collective – dans la barbarie des SS. 

 

Nous marchâmes dans les rues d'Oradour pendant une bonne heure. Je lui fis comprendre ce qu'il s'était réellement passé dans l'église du village. Je lui montrai le petit jardin par lequel s'était enfui l'un des gosses promis à la mise à mort collective par le feu. Nous n'échangeâmes pas plus de trois phrases.

 

“ Je n'avais jamais pu m'y rendre seul ”, me dit à la fin de la visite cet homme francophile, francophone, profondément humaniste. “ Je ne pouvais y aller qu'avec toi, mon meilleur ami français ”.

 

 

PPS : Une rescapée du tramway d'Oradour, militante cégétiste, vient de refuser d'être élevée au rang de commandeur  de l'ordre national du mérite par Valls, en solidarité avec les travailleurs qui luttent contre la loi El Khomri. Comme cette vieille dame n'est pas à proprement parler une rescapée du massacre et qu'elle fut décorée en 1982 au titre de son activité syndicale, il s'agissait là d'une récupération particulièrement vulgaire. Il est des gifles qui ne se perdent pas.

Partager cet article
Repost0
30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 05:48

 

 

Pour Bernard Tepper, qui paraphrase Jaurès dans Res Publica, le capitalisme porte en lui l’extrême droite comme la nuée porte l’orage :

 

Ce détournement de la formule de Jean Jaurès est aussi vrai que l’original, même si à un siècle de distance la catastrophe annoncée n’a pas le même visage. Après la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, il s’en est fallu d’un cheveu en Autriche le 22 mai dernier pour que le représentant du parti FPÖ ne l’emporte.

 

En France, comme dans d’autres pays en crise, l’extrême droite se développe à pas de géant en l’absence d’une vraie gauche de gauche. Comme dans les années 30, l’extrême droite est utilisée par l’oligarchie capitaliste quand l’alternance sans alternative entre les néolibéraux de droite et les néolibéraux de gauche ne suffit plus à assurer la défense de ses propres intérêts dans un contexte d’incertitude des profits et de dégradation de la rente.

 

 

Politis prône la séparation des banques et de l’État.

77 énarques contrôlent les quatre principales banques françaises !

La « séparation du Medef et de l’État » est une exigence qui monte dans le mouvement contre la loi travail. Le 20 mai, l’assemblée populaire de Nuit debout, devant le siège du Medef, a lancé un appel à des actions en ce sens, exigeant « le départ du Medef des caisses sociales » et « l’interdiction des tourniquets entre public et privé ».

 

 

A quoi joue le gouvernement et sa police, demande Jean-Emmanuel Ducoin dans son blog ?

 

La France va mal. Tellement mal que, non contente de refermer toutes les perspectives alternatives au libéralisme destructeur, elle cogne désormais sur ses enfants. Et pas n’importe comment : avec un acharnement si frappé d’impunité qu’elle fera rougir de honte les historiens du futur quand ils se pencheront sur cette période singulière qui a vu cette gauche dite « de gouvernement » passer définitivement à droite, même du côté de la répression. Il s’opère à vue un changement de régime affectif et politique, une espèce de mutation d’attitude « envers » la politique et « par » la politique – à moins qu’il ne s’agisse d’un retour en arrière brutal, digne des années 1950 ou 1960, quand les ministres de l’Intérieur et leurs services affidés disposaient de tous les moyens pour maintenir l’« ordre », cet « ordre » qui ne dit pas son nom mais signifie bien autre chose que la « sécurité » des citoyens dans un État de droit.

 

 

L’Humanité nous rappelle que le bureau du Sénat a décidé « qu'il n'y avait pas lieu de saisir la justice » pour faux témoignage à l’encontre de Frédéric Oudéa, patron de la banque Société Générale. Une décision scandaleuse et prise en toute opacité, dénoncée par les sénateurs communistes. Pourtant, les faits sont têtus. Frédéric Oudéa avait affirmé en 2012 sous serment que la Société Générale « avait fermé ses implantations et n’avait plus d’“ activités au Panama ” ». Pourtant les révélations des “ Panama Papers ”, début avril, prouvaient le contraire.

 

 

Toujours dans l’Humanité, une étude montre la relation entre les difficultés économiques et la santé : En classant les cancers selon deux catégories : « ceux que l'on peut traiter » dont le taux de survie est supérieur à plus de 50% et les “ incurables ” dont la survie est inférieure à 10%, des chercheurs étasuniens et britanniques ont pu démontrer le lien entre chômage et surmortalité. « Ce qui montre l'importance d'un accès aux soins », disent pudiquement les chercheurs. Autrement dit l’austérité tue.

 

Dans le détail, une hausse de 1% du chômage a été associée à 0,37 mort par cancer supplémentaire pour 100 000 habitants.

 

Le chômage est en plus à l'origine de quelque 45 000 suicides chaque année dans 63 pays, dont les économies occidentales. Une autre étude menée par l'Institut français pour la santé et la recherche médicale (Inserm) et publiée en mars 2015 avait mis en évidence une « surmortalité très importante » chez les chômeurs, presque trois fois supérieure à celle des non-chômeurs. Le chômage a notamment « des effets majeurs sur la survenue d'accidents cardiovasculaires et de pathologies chroniques », observaient les chercheurs.

Revue de Presse (169)
Partager cet article
Repost0
25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 05:45

L'Humanité a récemment publié cette analyse de Philippe Torreton sur la langue de l'idéologie dominante :

 

Demander à quelqu’un de travailler pour soi coûte de l’argent, il faut lui payer un salaire et les charges qui vont avec, et c’est grâce et uniquement grâce à la production de richesses qu’engendre ce travail que l’on peut le rétribuer.

 

Sans ce travail, il n’est point de richesses. Cela paraît évident, mais il est des évidences à rappeler, car à force d’entendre à longueur d’analyses économiques absolument pas du tout orientées vers le libéralisme et distillées savamment par nos médias complètement indépendants du grand capital cette expression toute simple « coût du travail » et de lui coller tout de suite une réputation de frein à main, car il serait donc trop élevé et pénaliserait nos entreprises qui savent tellement mieux ce qui est bon pour nous, certains d’entre nous, finissent par s’y résoudre et se demandent si on ne pourrait pas réduire ce fameux « coût ».

 

 

Parfois, et même souvent, je rêve que nos courageux et indépendants journalistes économiques relayent avec la même ardeur le « coût » de l’exil fiscal et le « coût » de l’optimisation fiscale pratiqués par ces mêmes entreprises, ainsi que le « coût » de tous ces trains technologiques qu’elles ont ratés. Oui, j’aimerais que, tous les jours, dans les matinales des radios, dans les journaux télévisés, ces moralisateurs économistes nous martèlent le « coût » exorbitant de ces pratiques d’évitement qui pénalisent l’État dans ses missions régaliennes. Dans ces moments-là, je me dis que, pendant qu’ils y sont, ils devraient répéter à l’envi le « coût » des salaires de nos chefs d’entreprise, de ces retraites chapeaux, de ces parachutes dorés ou leurs équivalences du moment, de ces primes en tout genre – à la prise de fonction, au départ –, de ces prises de bénéfices au lieu d’investir dans l’outil de production, de cette manne qui part dans des fonds de pension sans fond qui exigent des taux de rentabilité hallucinants pour les entreprises, cette quête de marge amenant nos si chers chefs d’entreprise à envisager le travail comme une variable d’ajustement. Mais le travail, justement, n’est pas un produit, une matière première que l’on peut marchander ; parler du coût du travail revient à le mépriser et par là même mépriser l’humain qui en est le cœur palpitant. Le travail n’est pas une charge de plus pour l’entreprise, il est la condition sine qua non de l’existence même de l’entreprise, il est à l’origine de la valeur ajoutée de cette entreprise. Réduire le travail à un coût au même titre que l’encre des imprimantes, les trombones, le chauffage et la clim, c’est marchander l’humain, le rationaliser, c’est du taylorisme qui n’en finit pas d’abrutir l’homme. Après avoir réduit son corps à une machine répétitive, on économise à présent sur la maintenance de cette machine. Et ce n’est pas parce que la Communauté européenne vient de marchander des millions de migrants contre quelques milliards d’euros avec la Turquie qu’il faut tout sacrifier à la grande braderie libérale.

Partager cet article
Repost0
23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 05:35

 

Une revue de presse entièrement consacrée au Brésil.

 

Pour le Monde, ce qui s’est passé au Brésil n’est pas un coup d’Etat :

 

« Révolte des classes moyennes, récession économique et retour de l’inflation, partis au pouvoir gangrenés par la corruption et présidente menacée d’une procédure de destitution, au point qu’elle doit annuler un déplacement aux Etats-Unis. Après un début de siècle flamboyant, le Brésil traverse une crise sans précédent, qui eût conduit dans des temps pas si anciens à un coup d’Etat. Mais, justement, ces temps sont révolus et l’heure n’est plus aux dictatures militaires soutenues en sous-main par la CIA.

 

C’est pourquoi la rhétorique utilisée par la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, son prédécesseur, Luiz Inacio Lula da Silva, et le Parti des travailleurs (PT) est fâcheuse. Poursuivis par la justice ou menacés de destitution, acculés politiquement, ils dénoncent un « coup d’Etat », orchestré par les élites, les médias et des juges aux ordres. Certains dirigeants du PT vont jusqu’à parler d’un « coup d’Etat constitutionnel », parfait exemple d’oxymore ou de contradiction dans les termes. »

 

 

En revanche, Politis est accablé par le « triste et indécent folklore » quand une assemblée où 60 % des députés ont des démêlés judiciaires vote la destitution de Dilma Roussef. »

 

Pour le site Investig’actions, « le coup de force est le seul moyen pour la droite de prendre le pouvoir ».

 

Dans les années 1960-1970, la droite latino-américaine prenait le pouvoir par les armes.

 

Sous l’œil bienveillant de Washington qui finançait et organisait de près les opérations, les nouveaux régimes fascistes en profitèrent pour mettre en place des politiques économiques ultra-libérales tout droit sorties des manuels du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale.

 

Le Brésil n’a pas été épargné par cette vague autoritaire qui a déferlé sur le continent. En 1964, les militaires renversaient le président Joao Goulart. Ce dernier était très apprécié par les plus pauvres grâce aux programmes sociaux qu’il avait mis en place.

 

Cinquante-deux-ans plus tard, un autre coup d’Etat d’un nouveau genre vient de frapper la démocratie brésilienne. Les nouveaux putschistes ne portent pas d’uniforme, ils n’ont pas d’armes et ne pratiquent pas la violence physique.

 

Ces nouveaux putschistes ne sont ni plus ni moins que les parlementaires, pour beaucoup corrompus, les grands patrons et les médias plus que jamais défenseurs des riches et des puissants.

 

La droite sud-américaine ne peut aujourd’hui accéder au pouvoir qu’à condition d’enfreindre, et parfois violemment, les règles du jeu démocratique.

 

Mais la droite n’a pas toujours réussi fort heureusement à prendre le pouvoir. Elle a échoué en 2008 en Bolivie, en 2010 en Équateur et elle bute toujours aujourd’hui sur la résistance chaviste au Venezuela.

 

De nombreux facteurs sont à l’origine des difficultés des gouvernements de gauche en Amérique Latine: la crise économique due à la baisse des prix des matières premières et notamment du pétrole, la persistance de la corruption ou encore la difficulté de créer un appareil de production capable de subvenir aux besoins de la population…

Mais cela dit, même face à une conjoncture mondiale extrêmement défavorable qui affecte sérieusement les économies sud-américaines, les gouvernements de gauche de la région continuent à bénéficier d’un appui populaire comme au Venezuela où les bases chavistes restent puissantes et bien ancrées dans la société.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mémoire des Luttes a cité l’acteur Vincent Cassel qui vit au Brésil :

 

« Attention à la désinformation ! Quand Lula, il n’y a pas si longtemps, obtenait les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de foot, le Brésil passait pour le "pays de l’avenir". Aujourd’hui, on noircit le tableau avec la même exagération. Toute la classe politique de ce pays est corrompue. Lula et Dilma ont certainement des casseroles, mais leurs adversaires encore plus. La droite capitaliste, qui a longtemps dirigé le pays après la fin de la dictature, n’a jamais rien fait en faveur du peuple brésilien. Lula, lui, a sorti cent millions de personnes de la misère et a fait émerger une classe moyenne. L’ensemble des médias est détenu par quatre ou cinq familles riches qui manipulent l’information de façon scandaleuse pour reprendre le pays au Parti des travailleurs : les images des manifestations pro-Dilma sont régulièrement légendées par la presse comme des preuves de son impopularité ! La grande majorité ne souhaita pas son départ. »

 

 

Partager cet article
Repost0
20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 05:19

 

 

Avec Claude Hagège, on ne perd jamais son temps. Je reprends ici de larges extraits d’un entretien qu’il avait accordé en juillet 2007 à Yann Rabarier de L’Express.

 

 

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues ?

 

Claude Hagège : Je l'ignore. Je suis né et j'ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n'ont pas du tout emprunté cette voie.

 

Combien de langues parlez-vous ?

 

S'il s'agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S'il s'agit de recenser ceux dans lesquels je sais m'exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

 

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu'elle serait “ supérieure ” aux autres. Est-ce vraiment le cas ?

 

Pas du tout. En premier lieu, il n'existe pas de langue “ supérieure ”. En France, le français ne s'est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu'il s'agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l'arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l'anglais.

 

L'anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l'utilise !

 

Beaucoup parlent un anglais d'aéroport, ce qui est très différent ! Mais l'anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s'écrit “ ou ” se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s'agit d'une langue imprécise, qui rend d'autant moins acceptable sa prétention à l'universalité.

 

Imprécise ?

 

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s'est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : "Turn left, right now", c'est-à-dire "Tournez à gauche, immédiatement !" Mais le pilote avait traduit "right now" par "à droite maintenant", ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l'ONU de 1967, qui recommande le “ withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ”. Les pays arabes estiment qu'Israël doit se retirer “ des ” territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu'Israël considère qu'il lui suffit de se retirer “ de ” territoires occupés, c'est-à-dire d'une partie d'entre eux seulement.

 

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l'anglais ?

 

Je ne pars pas en guerre contre l'anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l'anglais une langue universelle, car cette domination risque d'entraîner la disparition d'autres idiomes. Je combattrais avec autant d'énergie le japonais, le chinois ou encore le français s'ils avaient la même ambition. Il se trouve que c'est aujourd'hui l'anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l'Histoire, une langue n'a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

 

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n'est-elle pas toujours enrichissante ?

 

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment "Il faut apprendre des langues étrangères" n'en apprennent qu'une : l'anglais. Ce qui fait peser une menace pour l'humanité tout entière. Seuls les gens mal informés pensent qu'une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour “ hier ” et “ demain ”. Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd'hui – et ce qui n'est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie.

 

Avec 27 pays dans l'Union européenne, n'est-il pas bien utile d'avoir l'anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction !

 

Cette idée est stupide ! Comme le dit l'écrivain Umberto Eco, “ la langue de l'Europe, c'est la traduction ”. Car la traduction - qui coûte moins cher qu'on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l'autre.

 

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres !

 

Détrompez-vous. Toute l'Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l'ibère et le gaulois.

 

Vous allez plus loin, en affirmant qu'une langue unique aboutirait à une “ pensée unique ”...

 

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d'un individu. Certains croient qu'on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c'est aussi imposer sa manière de penser. Comme l'explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n'est pas parce que l'école de mathématiques française est influente qu'elle peut encore publier en français ; c'est parce qu'elle publie en français qu'elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

 

Vous estimez aussi que l'anglais est porteur d'une certaine idéologie néolibérale...

 

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

 

Prenez le débat sur l'exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l'idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n'importe quel objet commercial. Songez que le cinéma représente leur poste d'exportation le plus important, bien avant les armes, l'aéronautique ou l'informatique ! D'où leur volonté d'imposer l'anglais comme langue mondiale. Même si l'on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

 

Pour quelles raisons ?

 

D'abord, parce que les Américains ont connu une série d'échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu'Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l'arabe, le chinois, le portugais, l'espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

 

Pas en France, à vous lire... Vous vous en prenez même de manière violente aux “ élites vassalisées ” qui mèneraient un travail de sape contre le français.

 

Je maintiens. C'est d'ailleurs un invariant de l'Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d'envoyer leurs enfants à l'école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l'envahisseur. Elles font de même aujourd'hui avec l'anglais.

 

 

 

 

Comment l'expliquez-vous ?

 

En adoptant la langue de l'ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s'assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l'infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là.

 

Pour se distinguer du peuple ?

 

Sans doute. Mais ceux qui s'adonnent à ces petits jeux se donnent l'illusion d'être modernes, alors qu'ils ne sont qu'américanisés.

 

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis ?

 

Je leur réponds : “ Pourquoi pas la Russie ou l'Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l'emploi. ”

 

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle ?

 

Tout commence à l'école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n'en propose qu'une, tout le monde se ruera sur l'anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c'est s'ouvrir à la diversité.

 

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde ?

 

J'en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d'une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l'ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu'après le discours de M. de Villepin à l'ONU, s'opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d'inscriptions dans les Alliances françaises.

 

Contre la pensée unique, par Claude Hagège. Odile Jacob, 250 p.

Partager cet article
Repost0
16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 05:45

 

 

Si elle le fut, cela n’a servi qu’à bien peu de choses, tant elle est violée de manière parfaitement naturelle. La respecter relève d’une démarche anormale. A Lyon où je réside, il y aurait matière à deux ou trois plaintes quotidiennes rien que pour l’espace public. Le maire solférinien de la ville (que j’ai envie d’appeler « semicolon » – point-virgule) est un parfait colonisé dans sa tête.

 

Alors, de temps en temps, je m’offre une petite piqûre de rappel.

 

La loi d’août 1994, « consolidée en mai 2016 », est le cadre juridique de l’utilisation de la langue française dans l’espace public, le monde du travail compris.

 

Son article 1 rappelle que « la langue française est la langue de la République », donc de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics. Selon l’article 2, « l’emploi du français est obligatoire dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, la description de l'étendue et des conditions de garantie d'un bien, d'un produit ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances. » Si le manuel de la machine de radiothérapie d’Epinal avait été rédigé en français, cela aurait probablement sauvé des vies.

 

La publicité doit être rédigée en français (et non en anglais avec une traduction française en tout petits caractères).

 

Selon l’article 3, « toute inscription ou annonce apposée ou faite sur la voie publique, dans un lieu ouvert au public ou dans un moyen de transport en commun et destinée à l'information du public doit être formulée en langue française.

 

L’article 5 stipule que « les contrats auxquels une personne morale de droit public ou une personne privée exécutant une mission de service public sont parties sont rédigés en langue française. Ils ne peuvent contenir ni expression ni terme étrangers lorsqu'il existe une expression ou un terme français de même sens approuvés dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires relatives à l'enrichissement de la langue française. »

 

L’article 6 semble avoir été rédigé pour mes anciens collègues universitaires : « tout participant à une manifestation, un colloque ou un congrès organisé en France par des personnes physiques ou morales de nationalité française a le droit de s'exprimer en français. Les documents distribués aux participants avant et pendant la réunion pour en présenter le programme doivent être rédigés en français et peuvent comporter des traductions en une ou plusieurs langues étrangères. » J’ai assisté récemment à un colloque de spécialistes de linguistique française. Les participants étaient français ou étrangers non anglophones. Le président de séance imposa l’utilisation de ce qu’il pensait être la langue de Shakespeare pour des débats qui se tinrent dans un anglais de latrine.

 

Dans l’université française, l’article 7 est très rarement respecté : « Les publications, revues et communications diffusées en France et qui émanent d'une personne morale de droit public, d'une personne privée exerçant une mission de service public ou d'une personne privée bénéficiant d'une subvention publique doivent, lorsqu'elles sont rédigées en langue étrangère, comporter au moins un résumé en français. »

 

Selon l’article 13, « un minimum de 40 % de chansons d'expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions, doivent être diffusées aux heures d'écoute significatives par chacun des services de radiodiffusion sonore autorisés par le Conseil supérieur de l'audiovisuel. »

 

Selon l’article 14, « L'emploi d'une marque de fabrique, de commerce ou de service constituée d'une expression ou d'un terme étrangers est interdit aux personnes morales de droit public dès lors qu'il existe une expression ou un terme français de même sens approuvés dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires relatives à l'enrichissement de la langue française. » Donc halte aux “ Loire Valley ”, “ Marseille on the Move ”, “ Only Lyon ”, “ Lorraine Airport ”. Sans parler du grotesque “ L’Aisne, it’s open ”.

La loi Toubon a-t-elle jamais été votée ?
Partager cet article
Repost0
14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 04:43

 

 

Depuis plusieurs mois, un étudiant d’Oxford du nom de Ntokozo Qwabe a pris la tête d’une campagne vivant à faire enlever de son socle la statue de Cecil Rhodes qui trône dans la ville universitaire.

 

Rhodes (qui donna son nom à la Rhodésie, devenue la Zambie et le Zimbabwé) fut l’un des plus éclatants produits de l’impérialisme britannique. Fils de révérend, il fonda la British South Africa Company aux fins d’exploiter les territoires au nord du Transval, et la compagnie De Beers qui commercialise encore aujourd’hui 40% du diamant mondial. Rhodes fut par ailleurs Premier ministre de la colonie du Cap de 1890 à 1896.

 

Si Cecil Rhodes possède sa statue à Oxford (devant le collège Oriel), ce n’est pas – directement – pour ses qualités d’impérialistes mais parce qu’il créa à la fin de sa vie les bourses Rhodes. Celles-ci permettent aux récipiendaires d’étudier gratuitement à Oxford pendant un à trois ans. La plupart des boursiers sont originaires du Commonwealth, mais aussi d’Allemagne, des Etats-Unis et, plus récemment, de Chine. Parmi les plus connus : Bill Clinton, Tony Abbott (Premier ministre d’Australie) ou le philosophe George Steiner. En 2015, la Fondation Rhodes attribua à 89 étudiants des bourses à hauteur de 8 millions de livres. Dans son testament, Rhodes avait marqué qu’« aucun étudiant ne doit être disqualifié pour l'obtention d'une bourse d'études en raison de sa race ou de ses opinions religieuses ». Ne nous berçons pas d’illusions. La générosité de Rhodes répondait à un projet politique simple : contribuer à asseoir l’impérialisme britannique en Afrique du Sud en formant ses meilleures élites dans sa meilleure université.

 

La campagne anti statue de Rhodes est parfaitement compréhensible. Personnellement, je n’y adhère pas dans la mesure où l’exploiteur et impérialiste, mort il y a 114 ans, n’a fait aucun mal à Oxford et à ses étudiants, bien au contraire. Et s’il est un étudiant à qui Rhodes a fait beaucoup de bien, c’est justement le susnommé Ntokozo Qwabe (ancien étudiant de l’université du Natal) qui a bénéficié en 2013, au mérite, des largesses du magnat britannique pour étudier le droit et les sciences politiques.

 

 

 

 

 

Vous me direz qu’on a le droit de ne pas avoir la reconnaissance du ventre, de mordre la main qui vous nourrit, de cracher à la figure de celui sans qui vous ne seriez qu’un étudiant anonyme de l’hémisphère austral. Mettons. Il s’agit là d’un comportement assez infantile mais il faut bien que jeunesse se passe. Le problème est que Qwabe, boursier Rhodes devant l’Eternel, a montré tout récemment, sous ses airs angéliques, son vrai visage de jeune raciste – peut-être de jeune fasciste .

 

 

 

 

Lorsque l’on consomme dans un restaurant ou dans un bar en pays anglophone, on donne un pourboire après avoir réglé l’addition. Il s’agit d’un usage – disons – obligatoire. Owabe se trouvait récemment dans un bar d’Afrique du Sud, servi par une employée blanche. Il lui refusa tout pourboire en écrivant sur l'addition le commentaire suivant : « Je vous donnerai un pourboire quand vous m’aurez rendu ma terre. » La jeune femme éclata en larmes. Plus tard, la petite frappe oxfordienne moqua en ligne ses « sanglots de Blanche » : « elle voit la note, se met à trembler, s’éloigne de nous et éclate en sanglots typiques de Blanche ». Il se trouve que la serveuse avait pris cet emploi pour payer les frais d’hospitalisation de sa mère atteinte d'un cancer (les Sud-Africains créeront la sécurité sociale pour tous quand ils auront le temps). Chevalier noir des temps modernes, Owabe aurait pu s’en prendre à la famille de Mandela qui est devenue multi-milliardaire en dix ans, ou aux huit archi milliardaires qui tiennent à eux seuls l'économie de l'Afrique du Sud. Il aurait pu faire la liste des requins de la finance anglaise qui cachent leur fortune dans des îles tropicales. Non, il a préféré jouir de harceler une pauvre femme qui avait eu la double infortune d’être blanche et d'avoir croisé son chemin.

 

Naturellement, cette misérable histoire a fait le tour de la toile sud-africaine. Des gens de cœur sont parvenus à réunir 2 000 livres pour aider la serveuse et sa mère.

 

Il est étrange ce monde dans lequel un brillant petit Noir d’Afrique du Sud candidate à une bourse blanche et raciste, profite du saint des saints de la culture pour revenir chez lui et s’en prendre de manière aussi vulgaire à une personne qui travaille pour vivre et ne pas mourir alors que lui vit pour travailler.

 

Est-il besoin de signaler qu’après les attentats de Paris, Owabe a fait savoir sur son compte Facebook – assimilant le drapeau français au drapeau nazi – qu’il ne soutenait pas la France, tant qu’elle « terroriserait et bombarderait l’Afrique [qu’il orthographie « Afrika »] et le Moyen Orient pour ses intérêts impérialistes » ? Il est besoin !

Partager cet article
Repost0
13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 05:30

 

A propos de l’ubérisation, Paul Ariès dit tout dans son éditorial, ceci en particulier : « L’ubérisation se veit branchée, sympa, libérée des contraintes du droit (droit du travail, droit fiscal, règles d’hygiène et de sécurité etc.), elle se revendique anarcho-capitaliste ou écolo-libertaire mais elle marque la naissance d’une nouvelle figure anthropologique, celle d’un individu toujours plus atomisé (sous prétexte de recréation d’un lien social), celle d’un individu qui collabore lui-même à l’extension du capitalisme qui le tue à petit feu. »

 

 

 

 

 

Le dossier central de ce numéro est consacré à la dépénalisation du cannabis, d’autant plus nécessaire qu’entre 1990 et aujourd’hui, le nombre de Français fumant au moins di joints par mois a été multiplié par presque trois, passant de 4% de la population en 1992 à 11% en 2014 (Christian Ben Lakhdar, auteur de De l’intérêt de sortir le cannabis des réseaux criminels. Pour une régulation d’un marché légal du cannabis De l’intérêt de sortir le cannabis des réseaux criminels. Pour une régulation d’un marché légal du cannabis).

 

 

Pour Philippe Pelletier, productivisme est un « concept trompeur ». Le géographe brosse un historique intéressant du productivisme et relève que les origines de l’anti-productivisme sont « fâcheuses ». Il se demande, de quoi, finalement, l’anti-productivisme est le nom.

 

Thierry Brugvin recommande de bien dissocier la relocalisation solidaire, le souverainisme et l’extrême droite : « Actuellement, contre la mondialisation néolibérale, plusieurs courants largement antagonistes font la promotion de la relocalisation. Les politiques économiques se déclinent à l’échelle nationale et internationale. »

 

Je renvoie également à un article publié par Brugvin dans les colonnes du Grand Soir en 2011.

 

 

Chiara Filoni (CADTM) propose un historique des banques slovènes : « La crise de la dette publique en Slovénie, comme dans le reste des pays de la périphérie européenne, a son origine dans le secteur privé, et en particulier celui des banques, destinataires privilégiées d’un flux constant de prêts provenant des banques étrangères. C’est à partir du début des années 2000 que ce phénomène, qui approfondira plus généralement la dépendance économique des pays dits « périphériques » de l’Union européenne, se vérifie avec une intensité sans égale. Comme ailleurs en Europe, l’endettement (privé) des banques se révèlera être la première cause d’endettement (public) pour le pays. »

 

 

Claire Schiff décrit le conflit opposant les “ Blédards ” aux “ Banlieusards ” : « Il existe des personnes dont on parle beaucoup, mais qu’on écoute peu. Il existe aussid es catégories qu’on désigne sans cesse, tout en parlant en réalité d’autre chose. Il en est ainsi de cette nébuleuse qu’on appelle les “ jeunes issus de l’immigration ”. »

 

 

Florian Guérant et Mathias Rollot, coauteurs de Du bon sens  proposent un « éloge du bon sens en architecture » : « Le bon sens réussit à inclure dans sa structure de fonctionnement tant l’adaptabilité que la longue durée et la stabilité. »

 

 

Jérôme Duval (CADTM) propose un plan B pour une Europe des peuples : « Quelques semaines après les rencontres internationalistes du Plan B de Paris en janvier et du lancement de « Diem » à Berlin début février, le Plan B madrilène reprend le flambeau et poursuit la mission de recomposition de la gauche européenne tout en dépassant les clivages qui mettent en péril le projet commun d’une Europe réellement démocratique au service des peuples. En réponse à l’Appel contre les politiques d’austérité et la “ dettocratie ” signé par plus de 13 000 personnes, dans un contexte politique espagnol extrêmement instable deux mois après les législatives du 20 décembre, les rencontres du Plan B pour l’Europe se sont déroulées au Centre Social et Culturel Matadero de Madrid du 19 au 21 février dernier. »

 

 

Que cherche la parti socialiste, demande Martine Billard (Parti de gauche) ? « le PS français a longtemps été considéré comme le parti social-démocrate le plus à gauche d’Europe, mais cette période est maintenant terminée. »

 

 

Pour Laurent Paillard, les services du ministère de l’Education nationale jouent aux pyromanes : « La réforme Chatel et la réforme Vallaud-Belkacem visent à accélérer la mise en concurrence des établissements et des enseignants contre les principes républicains les plus élémentaires. »

 

 

Yann Fiévet décrit la peur qui règne sur la ville : « L’ennemi public numéro 1 est sous les verrous. Ouf, on a pu enfin respirer ! Toutes les polices d’Europe qui étaient à ses trousses pendant quatre mois devraient pouvoir souffler. Pas trop longtemps cependant afin d’éviter que notre angoisse ne retombe dare-dare. Vite, que l’on désigne un nouvel ennemi public majuscule à pourchasser. Nous sommes maintenant en effet dans l’attente impatiente de la fabrication d’un autre cerveau de la trempe de Salah Abdeslam. Oui, c’est bien de lui dont il s’agit. Vous l’aviez compris. Les médias de masse avaient tellement pris soin durant la traque incessante de nous tenir régulièrement informé de l’infortune des vains limiers lancés à ses trousses. Eux, les médias, étaient fin prêts pour couvrir les suites immédiates de l’arrestation. Le 19 mars, veille du printemps, on frôla l’overdose médiatique. Toute la médiasphère était sur la brèche, à quémander la moindre miette fuitant des révélations supposées de l’interpellé. Il fut cependant mis rapidement au secret en une prison inviolable de Bruges. La gent journaleuse était déjà passée, feux de l’actualité obligent, à d’autres préoccupations quand se produisirent, le 23 mars, les attentats de Bruxelles. »

 

Partager cet article
Repost0
9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 05:32

 

Le Grand Soir reprend un entretien de Reporterre avec Xavier Mathieu, ancien délégué CGT chez Continental. Mathieu s’exprime sur la violence :

 

« La violence, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais elle n’est pas de notre côté. Ce qui est rendu n’est rien à côté de ce qu’on prend. Cette loi El Khomri ce sera une catastrophe. Cette loi dit que ton patron peut venir te demander d’accepter une baisse de salaire, sinon, il te licencie. Il a le droit de te licencier pour une raison économique, et derrière, les indemnités sont plafonnées...

 

Ils ont même été jusqu’à virer les visites médicales annuelles, dans la loi El Khomri. Avant, il y avait au moins un médecin qui pouvait surveiller les gens. Il y a quand même plein d’exemples de cancers ou de maladies qui ont été découverts dans les entreprises.

 

Alors, pour ce qui est de la violence, il n’y en a pas encore assez. Je ne crois pas que le changement de société se fera sans violence. Parce que les autres en face, ils ont ce qu’il faut.

Cette loi El Khomri vient d’un type qui s’est fait élire en disant que son ennemi était la finance. Et la première personne qu’il a placé au ministère de la Finance, c’est Cahuzac, qui avait un compte caché en Suisse... Et celui qui arrive derrière vient de la banque Rothschild ! »

 

 

Egalement dans Le Grand Soir, Alexandre Maïssourian s’adresse aux citoyens de l’ex-URSS à propos de la décommunisation :

 

« Dans toute l’ex-URSS, cela fait 25 ans qu’on a affaire à plus ou moins la même chose. Les gens auront beau réaffirmer leur « indépendance » les uns vis-à-vis des autres, ce n’est pas parce que le navire s’est brisé en plusieurs fragments, que dans chacun des fragments la situation sera très différente. Bien au contraire, tous coulent, quoiqu’à des vitesses variables. Hélas, au lieu de se rendre à l’évidence, les passagers d’un fragment du navire à moitié coulé ricanent avec mépris sur le sort des passagers de l’autre fragment qui, lui, a déjà presque complètement coulé : « Alors, vous faites déjà glou glou ? Ha ha ha ! Eh bien c’est bien fait, fallait pas galoper comme ça ! Eh bien à nous, ça risque pas de nous arriver ! » Mais si, cela nous arrivera. Parce que les lois de l’histoire sont impitoyables et les mêmes pour tous.

 

Un petit mot résume avec assez de précision l’essence des processus en cours, un mot lancé en Ukraine après l’ « euromaïdan » : la décommunisation. C’est-à-dire l’élimination de toutes les réalisations et les conquêtes – sociales, économiques, scientifiques et techniques et autres – de la révolution de 1917 et de la période suivante. »

 

Le site Mirador évoque le marasme dans l’entreprise Volswagen :

 

« La publication des résultats 2015 de Volkswagen n’a pas manqué de faire du bruit. Perte nette sèche de 1,6 milliards d’euros, et son premier déficit depuis 1993, sa plus grosse perte en 79 années d’existence. C’est comme on dit “ suite et pas fin ” de la saga du logiciel truqueur, dont les tracas judiciaires ont obligé le constructeur allemand à provisionner 16,2 milliards d’euros pour débours et dédommagements divers.

 

 

Enfin, Michel Soudais rappelle dans Politis ce que fut l’œuvre d’émancipation culturelle du Front populaire :

 

L’œuvre d’émancipation culturelle du Front populaire, qui complète ses mesures en faveur de l’émancipation sociale et lui donne son sens, n’aurait pas été ce qu’elle a été sans la mobilisation des associations, syndicats et intellectuels, engagés dans le Rassemblement populaire aux côtés des partis politiques, bien décidés à ce que le temps libéré des travailleurs favorise leur accès à la culture. C’est ainsi que la CGT et des catholiques ont créé des organismes de tourisme pour offrir des vacances à moindre coût à ceux qui en avaient désormais la possibilité mais pas les moyens : Centre laïque des auberges de jeunesse, Ligue française pour les auberges de la jeunesse. Le gouvernement encourage les expériences associatives, favorise la création des maisons de la culture, permettant un développement de l’éducation par le théâtre, la musique et le cinéma. Il encourage la multiplication des expositions didactiques et crée lui-même le Palais de la découverte, mais aussi le musée d’Art moderne, le musée des Arts et traditions populaires, le musée de l’Homme. Les collections des musées sont enrichies, et des tarifs réduits créés pour les revenus modestes.

Revue de Presse (167)
Partager cet article
Repost0