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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 05:51

 

 

Dans la livraison de mai 2016, Serge Halimi voit dans les manifestations, en France et ailleurs, un même refus du libre échange : « Les méandres des accords commerciaux découragent souvent les mobilisations, tant il est difficile de comprendre quelle étape surveiller de près, quelle disposition d’apparence technique dissimule une bombe sociale. Pourtant, malgré le matraquage des milieux dirigeants, du patronat et des médias en leur faveur, l’hostilité à ces traités s’étend. Les mobilisations contre le grand marché transatlantique (GMT, Tafta en anglais) sont puissantes en Allemagne et en Belgique. »

 

 

On attend toujours la taxe Tobin (Frédéric Lemaire) : « Il est certaines réformes dont l’éternel report ne suscite pas de hauts cris. Ainsi de la taxe Tobin sur les transactions financières, qui attend sa mise en œuvre depuis… dix-neuf ans. Au sein de l’Union européenne, la France, soucieuse de favoriser ses grandes banques, s’est longtemps opposée à ce projet de prélèvement sur les mouvements spéculatifs. »

 

 

Mouvement anticorruption ou coup d’Etat déguisé au Brésil (Laurent Delcourt) ? : « A lire une partie de la presse, le processus de destitution de la présidente Dilma Rousseff, enclenché le 17 avril par un vote du Parlement, témoignerait de la vigueur de la jeune démocratie brésilienne. C’est tout le contraire. En renonçant à réformer le système politique du pays, la gauche a armé le piège qui se referme aujourd’hui sur elle. »

 

 

Pour Pierre Rimbert, il faut contester sans modération : « En France, l’opposition à la réforme du code du travail et l’occupation des places par le mouvement Nuit debout ont convergé dans le refus d’une vision étriquée de la politique : évanouissement des espérances collectives dans le trou noir électoral, aménagement à la marge de l’ordre social. Assiste-t-on à la fin d’un cycle marqué par des revendications toujours plus limitées et jamais satisfaites ? »

 

 

Dans le Nord, l’emploi est en miettes (Gilles Balbastre) : « Contestée par une large part des forces syndicales et de la jeunesse, la loi El Khomri entend poursuivre — et accélérer — la déréglementation du marché du travail. Flexibilité, travail le dimanche, horaires décalés : dans ce domaine, le nord de la France fait figure de laboratoire. Une évolution dont seul le Front national semble tirer profit, comme lors des élections régionales de décembre 2015. »

 

 

Tiens donc, les Etats-Unis seraient fatigués du monde (Benoît Bréville) : « Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016 sera vraisemblablement moins favorable aux interventions militaires que son adversaire démocrate — une situation inédite depuis la seconde guerre mondiale. Mais la tentation du repli, qui hante la politique étrangère de M. Barack Obama depuis 2009, concerne désormais les deux grands partis. »

 

 

En Amérique latine, au travail les enfants ! (Robin Cavagnoud) : « En décembre 2013, de violents affrontements ont opposé les forces de police boliviennes à des enfants descendus dans la rue pour exiger le droit de travailler. Se disant « à leur écoute », le président Evo Morales, célébré comme l’un des dirigeants les plus progressistes du continent américain, a décidé d’abaisser l’âge légal du travail de 14 à 10 ans. C’est peu dire que la décision a surpris… »

 

 

Pour Sébastien Gaubert, l’Ukraine est livré aux maladies infectieuses : « La santé publique ? Cela n’a jamais été une priorité en Ukraine. Nous n’avons jamais perçu une volonté politique forte d’œuvrer au bien-être de la population. Alors, quand il s’agit de maladies considérées comme “socialement dangereuses”, telles que le VIH-sida ou la tuberculose, je peux vous assurer que notre travail est loin d’être facile… » Sur le visage de Mme Svitlana Moroz se dessine un sourire amer, de ceux dont on se fait une carapace contre l’adversité. Affalée sur le canapé à fleurs délavé du local de l’association Noviy Den (« nouveau jour » en russe), entre des piles de documents jaunis et de cartons de préservatifs, la jeune femme semble perdue. »

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin estiment que la Macédoine est à la dérive : « Depuis le 12 avril, des milliers de citoyens manifestent chaque soir dans les rues de Skopje contre l’amnistie accordée à une cinquantaine de personnalités impliquées dans un vaste système d’écoutes illégales. En dépit de la crise ouverte, le pouvoir entend organiser des élections législatives le 5 juin. L’opposition n’y participera pas, et la médiation européenne court vers l’impasse. »

 

 

Où va donc la colère, demande Georges Didi-Huberman ?: « Soulèvement, insurrection, révolte : le feu de la colère suscite un événement imprévisible, qui, entre fête et violence, entre allégresse et ressentiment, est toujours susceptible de bifurquer ou de se dévoyer, s’il n’est pas simplement écrasé ou canalisé par l’autorité contre laquelle il s’est dressé. C’est dire que révolte n’est pas synonyme d’émancipation. »

 

 

Le Sahara algérien est devenu un eldorado de la tomate (Pierre Daum) : Le sud-est des hauts plateaux algériens connaît un développement spectaculaire de la culture de tomates sous serres. Obéissant à une logique de profit à court terme, cette production permet d’alimenter les marchés d’un pays longtemps éprouvé par les pénuries. Mais elle met en danger les palmeraies et les ressources aquifères fossiles, et pose de graves problèmes de santé publique en raison de l’usage intensif de pesticides. »

 

 

Le changement en Iran est-il un simulacre ? (Shervin Ahmadi et Philippe Descamps) : « Le second tour des élections législatives du 29 avril en Iran a consacré le recul des ultraconservateurs et l’élection d’un nombre record de femmes, avec 17 députées. Selon les résultats officiels, la liste « Espoir » obtiendrait au total 133 sièges. Ces élus modérés soutenus par les réformateurs auront davantage de voix que les ultraconservateurs, qui n’obtiennent que 125 élus contre 200 dans l’assemblée sortante, mais qui demeurent très bien représentés dans d’autres instances du régime. Aucune tendance ne disposant de majorité, les députés indépendants joueront un rôle inédit dans un système politique où les différences idéologiques restent toutefois limitées. »

 

 

Pour Tanguy Lepesant, Taïwan est en quête de souveraineté économique : « Elue triomphalement, Mme Tsai Ing-wen, issue du Parti démocrate progressiste (indépendantiste), prend ses fonctions de présidente de la République de Chine (Taïwan) à la fin du mois. Inutile de dire que Pékin voit son arrivée sans enthousiasme, si ce n’est avec une certaine hostilité. La nouvelle présidente devra également faire face aux aspirations sociales des Taïwanais. »

 

 

Taïwan qui semble lâchée par l’Amérique centrale  (Guillaume Beaulande) : « Longtemps les gouvernements anticommunistes d’Amérique centrale ont offert à Taïwan certains de ses plus fidèles alliés. L’évolution politique de la Chine et le renforcement de ses liens commerciaux avec la région ont toutefois modifié la donne… Les deux rivaux du détroit de Formose ne luttent pas à armes égales et, pour Taipei, l’isolement diplomatique menace. »

 

 

A Londres, L’art est pour tous, l’argent pour quelques-uns (Evelyne Pieiller et Marie-Noël Rio) : Symbolisée dans les années 1960-1970 par une mise en forme de l’esprit de révolte, de la minijupe au mouvement punk, Londres définit à nouveau une certaine avant-garde. Non seulement elle a mis l’art contemporain à la mode, mais cet art qui semblait réservé à l’élite est désormais présenté sans frémir comme un agent de changement social. »

 

 

A lire également “ Raoul Ruiz ou le refus des normes ” par Guy Scarpetta : « A Paris, la Cinémathèque française présente jusqu’à la fin mai la première grande rétrospective mondiale consacrée au cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz, avec une soixantaine de films, dont plusieurs inédits et dont beaucoup ont été restaurés pour l’occasion. Cette œuvre foisonnante fut bâtie sans jamais obéir aux règles imposées par l’industrie et le marché du cinéma. »

 

 

 

Sachez enfin que votre percepteur est coté en bourse (Christian de Brie) : « a fuite de documents financiers (plus de onze millions) d’un cabinet panaméen, Mossack Fonseca, a provoqué « le tournis, le vertige et la nausée », selon les termes d’un éditorial du Monde (5 avril 2016). Une diffusion plutôt sélective, centrée sur les hommes politiques et les dictateurs, les vedettes du sport et du spectacle et les milliardaires célèbres ; moins sur les entreprises multinationales et les grandes fortunes anonymes, clientes du cabinet, où leur argent côtoie celui du crime organisé et du terrorisme ; moins encore sur les banques, cabinets d’avocats et de gestion de fortunes, intermédiaires obligés au service des bénéficiaires pour un blanchiment et un recyclage anonymes. »

 

 

Serge Halimi voit dans les manifestations, en France et ailleurs, un même refus du libre échange : « Les méandres des accords commerciaux découragent souvent les mobilisations, tant il est difficile de comprendre quelle étape surveiller de près, quelle disposition d’apparence technique dissimule une bombe sociale. Pourtant, malgré le matraquage des milieux dirigeants, du patronat et des médias en leur faveur, l’hostilité à ces traités s’étend. Les mobilisations contre le grand marché transatlantique (GMT, Tafta en anglais) sont puissantes en Allemagne et en Belgique. »

 

 

On attend toujours la taxe Tobin (Frédéric Lemaire) : « Il est certaines réformes dont l’éternel report ne suscite pas de hauts cris. Ainsi de la taxe Tobin sur les transactions financières, qui attend sa mise en œuvre depuis… dix-neuf ans. Au sein de l’Union européenne, la France, soucieuse de favoriser ses grandes banques, s’est longtemps opposée à ce projet de prélèvement sur les mouvements spéculatifs. »

 

 

Mouvement anticorruption ou coup d’Etat déguisé au Brésil (Laurent Delcourt) ? : « A lire une partie de la presse, le processus de destitution de la présidente Dilma Rousseff, enclenché le 17 avril par un vote du Parlement, témoignerait de la vigueur de la jeune démocratie brésilienne. C’est tout le contraire. En renonçant à réformer le système politique du pays, la gauche a armé le piège qui se referme aujourd’hui sur elle. »

 

 

Pour Pierre Rimbert, il faut contester sans modération : « En France, l’opposition à la réforme du code du travail et l’occupation des places par le mouvement Nuit debout ont convergé dans le refus d’une vision étriquée de la politique : évanouissement des espérances collectives dans le trou noir électoral, aménagement à la marge de l’ordre social. Assiste-t-on à la fin d’un cycle marqué par des revendications toujours plus limitées et jamais satisfaites ? »

 

 

Dans le Nord, l’emploi est en miettes (Gilles Balbastre) : « Contestée par une large part des forces syndicales et de la jeunesse, la loi El Khomri entend poursuivre — et accélérer — la déréglementation du marché du travail. Flexibilité, travail le dimanche, horaires décalés : dans ce domaine, le nord de la France fait figure de laboratoire. Une évolution dont seul le Front national semble tirer profit, comme lors des élections régionales de décembre 2015. »

 

 

Tiens donc, les Etats-Unis seraient fatigués du monde (Benoît Bréville) : « Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016 sera vraisemblablement moins favorable aux interventions militaires que son adversaire démocrate — une situation inédite depuis la seconde guerre mondiale. Mais la tentation du repli, qui hante la politique étrangère de M. Barack Obama depuis 2009, concerne désormais les deux grands partis. »

 

 

En Amérique latine, au travail les enfants ! (Robin Cavagnoud) : « En décembre 2013, de violents affrontements ont opposé les forces de police boliviennes à des enfants descendus dans la rue pour exiger le droit de travailler. Se disant « à leur écoute », le président Evo Morales, célébré comme l’un des dirigeants les plus progressistes du continent américain, a décidé d’abaisser l’âge légal du travail de 14 à 10 ans. C’est peu dire que la décision a surpris… »

 

 

 

Le Monde Diplomatique (94)

Pour Sébastien Gaubert, l’Ukraine est livré aux maladies infectieuses : « La santé publique ? Cela n’a jamais été une priorité en Ukraine. Nous n’avons jamais perçu une volonté politique forte d’œuvrer au bien-être de la population. Alors, quand il s’agit de maladies considérées comme “socialement dangereuses”, telles que le VIH-sida ou la tuberculose, je peux vous assurer que notre travail est loin d’être facile… » Sur le visage de Mme Svitlana Moroz se dessine un sourire amer, de ceux dont on se fait une carapace contre l’adversité. Affalée sur le canapé à fleurs délavé du local de l’association Noviy Den (« nouveau jour » en russe), entre des piles de documents jaunis et de cartons de préservatifs, la jeune femme semble perdue. »

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin estiment que la Macédoine est à la dérive : « Depuis le 12 avril, des milliers de citoyens manifestent chaque soir dans les rues de Skopje contre l’amnistie accordée à une cinquantaine de personnalités impliquées dans un vaste système d’écoutes illégales. En dépit de la crise ouverte, le pouvoir entend organiser des élections législatives le 5 juin. L’opposition n’y participera pas, et la médiation européenne court vers l’impasse. »

 

 

Où va donc la colère, demande Georges Didi-Huberman ?: « Soulèvement, insurrection, révolte : le feu de la colère suscite un événement imprévisible, qui, entre fête et violence, entre allégresse et ressentiment, est toujours susceptible de bifurquer ou de se dévoyer, s’il n’est pas simplement écrasé ou canalisé par l’autorité contre laquelle il s’est dressé. C’est dire que révolte n’est pas synonyme d’émancipation. »

 

 

Le Sahara algérien est devenu un eldorado de la tomate (Pierre Daum) : Le sud-est des hauts plateaux algériens connaît un développement spectaculaire de la culture de tomates sous serres. Obéissant à une logique de profit à court terme, cette production permet d’alimenter les marchés d’un pays longtemps éprouvé par les pénuries. Mais elle met en danger les palmeraies et les ressources aquifères fossiles, et pose de graves problèmes de santé publique en raison de l’usage intensif de pesticides. »

 

 

Le changement en Iran est-il un simulacre ? (Shervin Ahmadi et Philippe Descamps) : « Le second tour des élections législatives du 29 avril en Iran a consacré le recul des ultraconservateurs et l’élection d’un nombre record de femmes, avec 17 députées. Selon les résultats officiels, la liste « Espoir » obtiendrait au total 133 sièges. Ces élus modérés soutenus par les réformateurs auront davantage de voix que les ultraconservateurs, qui n’obtiennent que 125 élus contre 200 dans l’assemblée sortante, mais qui demeurent très bien représentés dans d’autres instances du régime. Aucune tendance ne disposant de majorité, les députés indépendants joueront un rôle inédit dans un système politique où les différences idéologiques restent toutefois limitées. »

 

 

Pour Tanguy Lepesant, Taïwan est en quête de souveraineté économique : « Elue triomphalement, Mme Tsai Ing-wen, issue du Parti démocrate progressiste (indépendantiste), prend ses fonctions de présidente de la République de Chine (Taïwan) à la fin du mois. Inutile de dire que Pékin voit son arrivée sans enthousiasme, si ce n’est avec une certaine hostilité. La nouvelle présidente devra également faire face aux aspirations sociales des Taïwanais. »

 

 

Taïwan qui semble lâchée par l’Amérique centrale  (Guillaume Beaulande) : « Longtemps les gouvernements anticommunistes d’Amérique centrale ont offert à Taïwan certains de ses plus fidèles alliés. L’évolution politique de la Chine et le renforcement de ses liens commerciaux avec la région ont toutefois modifié la donne… Les deux rivaux du détroit de Formose ne luttent pas à armes égales et, pour Taipei, l’isolement diplomatique menace. »

 

 

A Londres, L’art est pour tous, l’argent pour quelques-uns (Evelyne Pieiller et Marie-Noël Rio) : Symbolisée dans les années 1960-1970 par une mise en forme de l’esprit de révolte, de la minijupe au mouvement punk, Londres définit à nouveau une certaine avant-garde. Non seulement elle a mis l’art contemporain à la mode, mais cet art qui semblait réservé à l’élite est désormais présenté sans frémir comme un agent de changement social. »

 

 

A lire également “ Raoul Ruiz ou le refus des normes ” par Guy Scarpetta : « A Paris, la Cinémathèque française présente jusqu’à la fin mai la première grande rétrospective mondiale consacrée au cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz, avec une soixantaine de films, dont plusieurs inédits et dont beaucoup ont été restaurés pour l’occasion. Cette œuvre foisonnante fut bâtie sans jamais obéir aux règles imposées par l’industrie et le marché du cinéma. »

 

 

 

Sachez enfin que votre percepteur est coté en bourse (Christian de Brie) : « a fuite de documents financiers (plus de onze millions) d’un cabinet panaméen, Mossack Fonseca, a provoqué « le tournis, le vertige et la nausée », selon les termes d’un éditorial du Monde (5 avril 2016). Une diffusion plutôt sélective, centrée sur les hommes politiques et les dictateurs, les vedettes du sport et du spectacle et les milliardaires célèbres ; moins sur les entreprises multinationales et les grandes fortunes anonymes, clientes du cabinet, où leur argent côtoie celui du crime organisé et du terrorisme ; moins encore sur les banques, cabinets d’avocats et de gestion de fortunes, intermédiaires obligés au service des bénéficiaires pour un blanchiment et un recyclage anonymes. »

 
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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 06:02

 

 

Monique Castro, dans Le Progrès social nous parle d’une nouvelle petite horreur qui nous vient d’outre-Manche : les Social impact bonds ou contrats d’impact social. Ce dispositif très libéral consiste à faire financer par une entreprise privée des actions sociales relevant normalement de financements publics. Qui aurait imaginé des banques s’engageant dans la lutte contre la récidive de jeunes sortant de prison ou l’insertion professionnelle d’habitants de banlieues défavorisées ? Afin d’assurer la réussite du projet, un objectif précis est assigné au financeur qui doit trouver l’art et la méthode de l’atteindre. Si ça marche, l’État rembourse l’intégralité de la dépense engagée et si le succès est vraiment au rendez-vous s’y ajoutent des intérêts plus ou moins juteux.

 

D’après les calculs du Collectif des associations citoyennes, les investisseurs recevront un retour sur investissement payé par l’autorité publique « à deux chiffres, jusqu’à 13 % voire 15 % par an selon les contrats ». Ce qui signifie qu’« en moins de sept ans, la somme qui devra être remboursé par le secteur public aura doublée ».

 

Cette marchandisation de l’action sociale remet en cause les fondamentaux du travail social. En effet, accompagner une personne, c’est travailler avec elle pour faire émerger une solution à ses problèmes, trouver une réponse qu’elle aura coconstruite avec l’éducateur. Le travail social, c’est le tâtonnement, le sur-mesure, sûrement pas le protocole fixé d’avance que l’on suit à marche forcée en cochant les cases. « Des tas d’initiatives existent, notamment dans le fonds d’expérimentation pour la jeunesse, rappelle Chantal Bruneau. Elles fonctionnent depuis des années » et ne demandent qu’à être développées, appliquées à un plus grand nombre. « Je ne crois pas à ces appels à projets nationaux, ajoute-t-elle. On ne traite pas forcément les problèmes de la même manière dans le nord et dans le sud de la France, elles dépendent du contexte. »

 

 

Dans le Grand Soir, Jean-Baptiste revient sur la grève récente à la SNCF :

 

Le 19 avril, les négociateurs européens ont d’ores et déjà annoncé que les lignes TGV devront s’ouvrir à la concurrence à partir de 2020 et TER/Intercités à compter de 2023. La privatisation de la SNCF et la libéralisation du rail c’est maintenant.

 

En effet, la volonté de dérèglementation et de privatisation l’Union européenne est sans limite quand il s’agit de casser les monopoles d’Etat – en clair les services publics bien commun de la Nation – pour leur substituer les chasseurs de profits des monopoles capitalistes privés sur tous les marchés des biens et services du continent. L’objectif de l’UE est de fragiliser les monopoles publics avant de les rendre illégaux et de les livrer aux appétits du grand capital privé : tant pis pour le service rendu au public, tant pis pour les statuts des cheminots et les droits des travailleurs, tant pis pour le produire en France, tant pis pour l’héritage du front populaire et du CNR, tant pis pour les énormes gâchis qu’occasionne le redécoupage aberrant de la SNCF ou le saccage d’EDF GDF ... Vive le dumping social, le dumping fiscal, vive le chômage, vive la dictature du marché, en un mot vive l’Union Européenne !

 

 

Selon Le Figaro Madame, que je ne cite peut-être pas suffisamment, Aux États-Unis, les adolescentes ne souhaitent plus seulement recourir à la chirurgie esthétique pour réduire ou augmenter leur poitrine, affiner leurs cuisses, leur bras ou redessiner leur nez. Désormais, elles sont de plus en plus nombreuses à opter pour la labiaplastie, une intervention qui consiste à réduire la taille des grandes ou des petites lèvres du vagin. Dans les hôpitaux britanniques, le nombre de labiaplasties a été multiplié par cinq en cinq ans. La présidente du Collège étasunien des gynécologues et obstétriciens rappelle avec sagesse que « Les lèvres ont beaucoup de terminaisons nerveuses. Il pourrait donc y avoir une diminution de la sensation sexuelle après l'opération, un engourdissement, une douleur ou des cicatrices. » 

Revue de presse (166)
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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 06:17

 

 

Dès les années soixante, à l’occasion de la guerre du Vietnam, Noam Chomsky a dénoncé et combattu sans relâche l’impérialisme des Etats-Unis dans le monde. Dans L’Amérique et ses nouveaux mandarins, publié en 1969, il démontrait que la politique étrangère des Etats-Unis, exclusivement axée sur le développement hégémonique de l’Empire, ne pouvait accepter les luttes démocratiques dans les pays du tiers monde sous sa coupe. Pendant plus de cinquante ans, sa dénonciation de l’impérialisme sera constante et très courageuse. Comme Bertrand Russell, Chomsky a toujours pensé qu'il était plus méritant de dénoncer les crimes de son propre camp que ceux de l'adversaire. Moraliste, il expliquera ainsi que l’étiquette « terroriste » accolée par son pays à tel ou tel régime servait à masquer la violence de ses propres menées « terrifiantes »  de par le monde. 

 

Mais Chomsky n'est pas qu’un militant politique. Il est d’abord un linguiste, l’un des plus influents, pour ne pas dire le plus influent, au monde (le fait que les linguistes chomskiens constituent le réseau le plus puissant qui soit dans les facultés de lettres et langues est un autre débat).

 

Dans le numéro de L’Herne qui lui était consacré en 2007, Jean Bricmont et Julie Franck écrivaient en introduction : « Pour Chomsky, la grammaire d’une langue doit être la description de la compétence intrinsèque du locuteur-auditeur idéal, c’est-à-dire indépendamment des aléas de sa performance soumise à une série de facteurs externes l’amenant souvent à produire des phrases incomplètes et même parfois incorrectes. Cet intérêt pour la “ Langue Interne ” […] est ce qui distingue l’approche linguistique de Chomsky des études de la “ langue ” comme objet social, tel que Ferdinand de Saussure l’envisageait. C’est aussi ce qui motive le rattachement de la linguistique aux sciences cognitives plutôt qu’aux lettres, comme en témoigne par exemple le fait que le département de linguistique de Chomsky se situe au Massachussetts Institute of Technology. […] En France, la linguistique demeure l’étude de la langue comme moyen de communication et reflet de la culture, soumis aux variations interindividuelles et interculturelles, et souvent associée aux études littéraires. »

 

Dès le milieu des années cinquante, Noam Chomsky développa la linguistique générative. Cette approche distingue la compétence de la performance, la capacité langagière de l’acte de parole. Pour Chomsky, chaque individu possède un « organe linguistique spécialisé » qui permet l’analyse et la production des structures formant le discours. Autrement dit, chaque langue possède une structure observable qui est le résultat d’un système inné, génétique. C’est peu dire que dans la grande controverse sur l’inné et l’acquis, Chomsky penche nettement du côté de l’inné, ce qui, pour simplifier, n’est pas spécialement de gauche.

 

Chomsky estime que les enfants naissent avec un héritage qui leur permet d’apprendre n’importe quelle langue. Il existe, selon lui, dans le cerveau des bébés, des structures linguistiques imprimées avant la production du langage. Il suffit aux petits enfants d’apprendre du vocabulaire pour construire des phrases à partir des structures syntaxiques préexistantes. L’enfant n’apprend pas simplement au contact des adultes car l’expression orale de ces derniers est fortement imparfaite, pas toujours grammaticale. Cela n’empêche pas les enfants du monde entier, quel que soit le bain linguistique dans lequel ils évoluent, quelles que soient les difficultés et autres subtilités, d’acquérir la langue de leurs parents en cinq ou six ans.

 

Cette théorie de Chomsky est séduisante. Un enfant français de trois ans dira assez spontanément « les chevals sont dans le champ », mais certainement pas « sont dans le champ les chevaux ». Lorsqu’un petit Anglais dit « I drawed a picture » au lieu de « I drew a picture » (j’ai fait un dessin, to draw est un verbe irrégulier), l’enfant n’a pas entendu une erreur qu’il reproduit passivement. Il ne fait donc pas qu’imiter. Pour Chomsky, l’enfant développé, et bien sûr l’adulte, sont parfaitement capables de dire d’un énoncé s’il est grammatical ou non, même si l’énoncé est aberrant ou ne signifie strictement rien. Il donne l’exemple désormais bien connu : « colourless green ideas sleep furiously » (des idées vertes incolores dorment furieusement). Nous savons tous, dès que nous l'entendons, que cette phrase est à la fois parfaitement grammaticale et insensée. Tous, enfants inclus, nous pouvons produire des phrases de ce style, complètement inédites.

 

Les critiques de Chomsky avancent que, même si les enfants n’apprennent pas uniquement en imitant, cela ne prouve pas qu’ils sont dotés d’un « organe linguistique spécialisé » : l’apprentissage de la langue est un apprentissage parmi d’autres et on ne peut concevoir qu’un enfant apprenne une langue seul entre quatre murs, sans interaction avec autrui. On a opposé à Chomsky la conversation authentique suivante entre des parents et une enfant de trois ans :

 

Parents : What did you do today ? [Qu’as-tu fait aujourd’hui ?]

Enfant : Me drawed a cat [j’ai dessiné un chat]. La règle du ed du passé est appliquée, mais mal à propos car le verbe est irrégulier.

Parents : You drew a cat ? [Tu as dessiné un chat ?]

Enfant : Yeah [ouais]. L’enfant a compris la production de ses parents, donc son erreur.

Parents : Who did you play with at breaktime ? [Avec qui as-tu joué à la récré ?]

Enfant : Me played with Sarah and Helen [j’ai joué avec Sarah et Helen]. Erreur d’un pronom qui n’a pas été acquis passivement mais le verbe – régulier – est correctement formulé.

Parents : That sounds fun [ça a l'air amusant]. Now what do you want for tea ? [Qu’est-ce que tu veux manger ce soir ?]

Enfant : Dunno. What you having ? [J'sais pas. Et vous, vous mangez quoi ?] Ordre des mots correct mais il manque l’auxiliaire to be.

Parents : Daddy and I are having fish [papa et moi, on mange du poisson].

Enfant : You having fishes ? [vous mangez des poissons ?] Manque to be et l’enfant applique la règle usuelle du pluriel sans savoir que fish a un pluriel irrégulier.

Parent : Yes. I’ll do you some fish fingers and if you’re a good girl and eat them all you can have a sweetie [oui. Je vais préparer des bâtonnets de poisson et si tu es gentille et que tu les manges tous tu auras un bonbon].

Enfants : Me want two sweeties [je veux deux bonbons]. Erreur de pronom et verbe mal conjugué.

Parents : Alright then [d’accord].

Enfant : When Daddy coming home ? [Quand est-ce que papa rentre ?] Pas d’auxiliaire mais l’ordre des mots est correct, comme il l’est tout au long de la production de l’enfant.

 

La grande controverse entre l’inné et l’acquis va connaître son heure de gloire en octobre 1973 lors du débat entre Chomsky et le psychologue Jean Piaget, alors âgé de 77 ans. Pour le savant suisse, l’intelligence est une forme de l’adaptation de l’individu à son milieu. Ses théories s’appuient sur les travaux du pédagogue Alfred Binet, du philosophe progressiste (évolutionniste) Herbert Spencer et sur la philosophie kantienne qui veut qu'on n'explique rien sans la présence a priori de formes et de catégories de l'entendement. Piaget établit un lien entre la problématique biologique de l’évolution et la problématique psychologique du développement de l’intelligence. Pour le biologiste que fut Piaget à l’origine de sa carrière, lorsque l’équilibre est rompu entre l’environnement et l’individu, celui-ci rétablit l’équilibre en s’adaptant. Il n’y a pas d’intelligence sans faculté d’adaptation.

 

 

 

 

Selon Piaget, l’enfant développe sa pensée symbolique entre deux et quatre ans. C’est alors qu’il accroît ses capacités langagières et qu’il accède à la notion de quantité (voir Le Langage et la pensée chez l’enfant, La représentation du monde chez l’enfant). Piaget distinguait en fait quatre grandes périodes du développement psychologique, chaque stade étant construit sur les fondations du stade antérieur : la période de l'intelligence sensori-motrice de 0 à 2 ans, celle de l'intelligence préopératoire de 2 à 6-7 ans, celle de l'intelligence opératoire de 6-7 à 10-12 ans et enfin celle des opérations formelles à partir de l'entrée dans l'adolescence. Il se posait donc contre l’innéisme, condition du concept de grammaire universelle de Chomsky, une grammaire innée, domaine de compétences spécifiques à notre espèce, applicable à n’importe quelle langue (écrite ou orale). La théorie chomskienne ayant, quant à elle, pour origine la Grammaire générale et raisonnée contenant les fondemens de l’art de parler, expliqués d’une manière claire et naturelle de Port-Royal.

 

Invités par Jacques Monod, Chomsky et Piaget vont débattre trois jours durant dans l’abbaye de Royaumont (lire : Théories du langage, théories de l’apprentissage. 
Le débat entre Jean Piaget et Noam Chomsky, Royaumont, 10-13 octobre 1975 [organisé par le Centre Royaumont pour une Science de l’Homme]. Présentation par  Massimo Piattelli-Marini. Paris, Le Seuil, 1979).

 

Tout va opposer l’innéisme chomskien à la construction, à l’apprentissage piagétistes. Pour Chomsky, l’acquisition du langage n’est pas – globalement – un processus d’apprentissage mais l’exécution d’un programme implanté dans notre cerveau. Sous les règles de grammaire que nous apprenons à l’école et qui ne constituent que la partie émergée de l’iceberg, il y a des règles sous-jacentes communes à de nombreuses langues et, pour certaines, à toutes. L’existence de ces règles prouve que parler pour l’humain relève de l’inné. Pour Chomsky, lorsqu’un enfant est mis en présence d’une phrase telle que « le chien aboie », il comprend intuitivement les relations entre le sujet et le verbe. Mieux : dans la phrase « le chien, lorsqu'il est en colère ou joyeux, aboie », rien ne perturbe l'enfant qui relie spontanément « le chien » à « aboie » (voir des productions orales – comprises sans problème par tout récepteur – du type « Mon père, sa voiture, la batterie, elle est à plat »). Par ailleurs, pour Chomsky, l’enfant n’est pas prédisposé à une langue ou à une autre : tous les enfants acquièrent toutes les langues et créent intuitivement et rapidement de la grammaire. Certes, dit Chomsky, les langues ont un rapport avec la culture, – et là il se rapproche de Piaget – il n’y a pas de langues riches ou de langues pauvres. Il n’en reste pas moins que les langues répondent à des principes organisationnels universels.

 

Chomsky marque, par ailleurs, nettement la différence entre compétence et performance. Un singe peut réaliser des actions d’un enfant de quatre ans mais il ne parle pas. Par ses compétences, l’individu peut comprendre ce qu’il n’a jamais entendu, peut faire la différence entre ce qui fait sens et ce qui est insensé, et est même capable, si l’on prend l’exemple limite du Jabberwocky de Lewis Carroll, de donner du sens à ce qui n’en a pas :

 

’Twas brillig, and the slithy toves


Did gyre and gimble in the wabe;


All mimsy were the borogoves,


And the mome raths outgrabe.

 

« Il était grilheure ; les slictueux toves


Sur l’alloinde gyraient et vriblaient ;


Tout flivoreux étaient les borogoves


Les vergons fourgus bourniflaient. »

 

(“ Traduction ” d'Henri Parisot)

 

 

Inspiré par le psychologue étasunien James Baldwin, Piaget part du principe que l’intelligence, les connaissances et leur acquisition sont une construction sociale. Pour Piaget, notre cerveau produit des schèmes ou entités abstraites qui organisent une action. Devenant de plus en plus nombreux, ces schèmes se combinent, se complexifient. L’enfant les acquiert ou les développe dans son interaction avec le monde. Il parvient à l’abstraction quand il s’appuie sur des schèmes précédemment acquis dans un contexte différent. Si un enfant rencontre un objet linguistique qu’il ne peut assimiler, par exemple “ carmin ” par rapport à “ rouge ”, il va s’accommoder en intégrant ce nouvel objet à d’autres objets pour lesquels il possédait déjà un schème. C’est pourquoi, pour Piaget, la pensée est une construction progressive.

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 05:34

 

Toujours utile, Evariste, dans Res Publica, demande de quoi “ Nuit Debout ” est le nom :

 

François Ruffin dans sa dernière intervention sur la place de la République a dit que pour l’instant « Nuit debout » ne faisait pas peur à l’oligarchie. Pour avancer, il fait deux propositions :

 

« On a une place qui est saturée d’énergie, maintenant il faut qu’elle rencontre autre chose. Ce premier autre chose à rencontrer c’est l’évidence, ce sont les syndicats »
« On se propose de faire un gros temps fort dans le week-end du 30 avril et du 1er mai, et qu’en gros à partir de là démarre une deuxième étape avec des ambassadeurs de la « Nuit debout » dans les quartiers, dans les campagnes et ainsi de suite. »

 

Bien évidemment, rien ne dit que tout cela débouchera sur un nouveau rapport de force permettant de renouer avec l’émancipation humaine. Mais le retour d’un débat collectif s’interrogeant sur les formes de la démocratie est positif, même si la confusion règne ici et là sur les conditions pour rendre victorieuse une nouvelle hégémonie culturelle, sur le rôle indispensable des couches populaires, sur la nécessité d’un travail conscient et organisé, incluant l’éducation populaire, sur le travail théorique, par exemple sur les lois tendancielles de la formation sociale capitaliste, sur le renouveau des principes du modèle politique d’avenir, etc.

 

 

Sur son blog, François Coq explique pourquoi le FN adore l’école privée :

 

« Nous nous félicitons du rétablissement des aides sociales aux élèves du privé. Le groupe des Patriotes salue la fin de cette injustice. » Voilà comment le groupe FN à la région Île-de-France a salué l’octroi d’aides facultatives à l’enseignement privé remis en vigueur cette semaine par Valérie Pécresse. Il faut dire qu’en matière de prosélytisme du privé dans l’éducation, le FN n’a jamais fait dans la demi-mesure.

 

On se souvient ainsi de la tribune du Collectif Racine, le prétendu collectif enseignant du FN, parue dans Le Figaro du 2 mai 2013. Il y était affirmé la volonté de promouvoir « le respect des spécificités de l’enseignement privé sous contrat ou hors contrat. » Où l’on constate que non-seulement le FN cherche à développer l’enseignement privé mais que celui-ci ne fait pas la distinction entre le «sous contrat » et le «hors contrat ». Le FN a beau jeu de clamer qu’il revendique un cadrage national qui s’imposerait à tous partout sur le territoire. Dans les faits, en appelant à la promotion du «hors-contrat », il choisit délibérément de laisser le champ libre pour que les savoirs et les conditions d’enseignement proposés aux enfants soient exonérés du respect de tout encadrement par la communauté nationale.

 

 

 

Revue de Presse (165)

Selon Politis, près de 9 milliards d’euros devront être retranchés des dépenses publiques l’année prochaine, selon le « programme de stabilité » présenté le 13 avril en Conseil des ministres. Nous avions pourtant cru entendre François Hollande enterrer ce sacro-saint « pacte de stabilité » européen après les attentats du 13 novembre, lorsqu’il assurait : « Le pacte de sécurité l’emporte. » Ces mots se sont évaporés une fois l’émotion retombée. La France poursuit donc l’objectif d’un déficit sous les 3 % en 2017, durcissant encore de deux milliards d’euros une politique d’austérité qui a fait les preuves de son inefficacité depuis bientôt quinze ans.

 

Mauvaise nouvelle supplémentaire, l’inflation quasi nulle oblige à corser encore l’addition de 3,8 milliards d’économies. Et il faudra dégager 3 milliards de plus pour compenser les gestes financiers annoncés ces dernières semaines pour tenter d’acheter la paix sociale – coup de pouce aux boursiers, emplois aidés, compensation pour les agriculteurs et les taxis, salaire des fonctionnaires. Le plus gros du pactole devrait être raboté dans la Sécurité sociale et les dotations aux collectivités territoriales.

 

 

Il y a au moins un homme heureux en France : il s’agit, selon L’Humanité, de Patrick Drahi, malgré son endettement de 50 milliards d’euros. Pour réussir, il faut s’inspirer des Etats-Unis, nous dit le grand patron franco-israélien résidant en Suisse : « Ce dont nous avons besoin en France, c’est de simplifier. »

 

Si la France est un cauchemar pour les patrons, on peut aller investir dans de véritables paradis : « Tenez, a-t-il dit dans un moment d’extase, on aura bientôt 20.000 collaborateurs aux Etats-Unis, où on a racheté deux entreprises. Ils savent qu’il y a des personnes en trop. Eh bien, ils se sont réunis entre eux pour définir qui resteraient. Je n’ai jamais vu cela. C’est cela dont nous avons besoin en France. »

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 05:42

Inlassablement, Acrimed (Action Critique Médias) poursuit sa critique des travers des médias dominants qui ne sont jamais que le reflet de leur soumission à l'idéologie du même nom. Dans ce qui suit, Acrimed s'intéresse aux mots qui piègent les grèves et les manifestations. La langue de bois des journalistes est devenue la langue officielle.

 

 

I. Consensus sous surveillance

 

 « Réforme » : Quand une réforme proposée est imposée, cela s’appelle « LA réforme ». Et s’opposer à cette réforme devient : le « refus de la réforme ». Ne plus dire : « les travailleurs combattent les politiques libérales qui favorisent chaque jour davantage les revenus du capital et dissolvent l’Etat social ». Ecrire : « Une autre chose dont on peut être sûr - et qui nourrit l’antienne d’un pays impossible à réformer -, c’est la nature difficile des rapports sociaux en France. La conflictualité l’emporte sur le consensus. Vieil héritage de la culture ouvrière revendicative du XIXe siècle du côté des organisations syndicales, crispées sur la défense des droits acquis [...]. » (Le Monde Economie, mardi 7 juin 2005, page I). Le terme peut désigner spécialement les attaques successives du système des retraites par répartition. En 2003, « Sur France 2, Arlette Chabot réforme la France » : une émission "Mots croisés" benoîtement intitulée : « Pourquoi est-il impossible de réformer la France ? ». En 2007, au sujet des régimes spéciaux, grand « retour des gardiens du consensus » et de LA réforme.

 

 

« Réformistes » : Désigne ou qualifie les personnes ou les syndicats qui soutiennent ouvertement les réformes gouvernementales ou se bornent à proposer de les aménager. Les partisans d’autres réformes constituent un « front du refus ».

 

 « Modernisation » : Synonyme de « réforme » ou de l’effet attendu de « LA réforme ». « LA modernisation » est, par principe, aussi excellente que « LA réforme »... puisque, comme l’avait fort bien compris, M. de La Palisse, fondateur du journalisme moderne, la modernisation permet d’être moderne. Et pour être moderne, il suffit de moderniser. Le modernisme s’oppose à l’archaïsme. Seuls des esprits archaïques peuvent s’opposer à la modernisation. Et seuls des esprits tout à la fois archaïques, réactionnaires et séditieux peuvent avoir l’audace et le mauvais goût de proposer de subordonner "LA modernisation" au progrès social. D’ailleurs, « LA modernisation » est indifférente à la justice sociale, que la modernité a remplacée par l’« équité ». Voir ce mot.

 

 « Ouverture » : Se dit des opérations de communication du gouvernement. L’ « ouverture » se traduit par des « signes ». Les « signes d’ouverture » traduisent une « volonté d’apaisement ». Ne pas confondre avec cette autre ouverture : « l’ouverture de négociations », qui pourrait manifester un dommageable « recul ».

 

  « Apaisement » : Se dit de la volonté que l’on prête au gouvernement. Par opposition au « durcissement » de la mobilisation. Voir « ouverture ».

 

  « Concertation » : Se dit des réunions convoquées par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu’il va faire et pour écouter leurs doléances, de préférence sans en tenir aucun compte. Selon les besoins, la « concertation » sera présentée comme un équivalent de la « négociation » ou comme son substitut. Le gouvernement est toujours « ouvert » à la « concertation ». Voir « ouverture ».

 

  « Négociation » : Selon les besoins, tantôt synonyme, tantôt antonyme de « concertation ». On est prié de ne pas indiquer que, à la différence de la « concertation », la « négociation » est généralement terminée avant d’avoir commencé. Inutile aussi de souligner ce miracle : au printemps 2003, dix heures de « négociation » ont suffi au gouvernement pour ne céder que sur les quelques points qu’il avait déjà prévu de concéder.

 

  « Dialogue social » : Se dit des rencontres où un ministre parle aux syndicats, par opposition au « conflit social », comme si le « dialogue » n’était pas généralement de pure forme : destiné à dissimuler ou à désamorcer le « conflit ».

 

  « Pédagogie » : Devoir qui, pour les journalistes communicants, s’impose au gouvernement (plus encore qu’aux enseignants...). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve...) de « pédagogie ». Tant il est vrai qu’il s’adresse, comme nos grands éditorialistes, à un peuple d’enfants qu’il faut instruire patiemment. Et si « la réforme » passe, c’est que la pédagogie (et non la force) a triomphé, comme s’en félicitait par avance Challenges (13 septembre 2007) à propos de la « réforme des régimes spéciaux » : « Si (…) cette réforme passait sans coup férir, ce serait le signal que la pédagogie finit toujours par triompher ».

 

 

II. Déraison des foules

 

 « Crispation » : Un mot parmi d’autres pour désigner l’attitude des salariés qui se battent contre les délocalisations, le chômage, le dumping social, la destruction du droit de travail, du système de santé et des retraites par répartition. La France « crispée » est rigide et s’oppose à la France moderne et flexible. Un exemple ici.

 

 « Égoïsme » : Frappe les chômeurs, les travailleurs précaires, les classes populaires en général. Exemple : le refus du dumping social est un symptôme évident d’égoïsme. Vice dont sont dépourvus les bénéficiaires de stock-options.

 

 « Individualisme » : Peut être vice ou vertu. Vice quand il entame la solidarité des dominés avec les dominants, vertu quand il détruit les défenses immunitaires des mouvements sociaux. En parler beaucoup, pour ne rien dire des conditions collectives de l’émancipation des individus.

 

 

 « Corporatisme » : Mal qui menace n’importe quelle catégorie de salariés qui défend ses droits, à l’exclusion des tenanciers des médias. Dans ce dernier cas, s’exclamer, comme Jean-Michel Aphatie  : « Trouvez un argument de meilleure qualité que le corporatisme, s’il vous plaît, s’il vous plaît ! ». L’accusation de « corporatisme » est en effet un argument de bonne qualité, sauf quand elle vise des éditorialistes de qualité supérieure. (Voir ici pour un exemple récent de non-corporatisme)

 

 « Malaise » : Se dit du « trouble », plus ou moins profond, qui peut aller jusqu’au « mal-être », vécu ou ressenti par une profession. Depuis le printemps 2003, le « malaise » affecte particulièrement les enseignants. Le « malaise » peut se traduire par des « revendications » qui ne sont alors que des « symptômes ». Le « malaise » et ses « symptômes », diagnostiqués par les éditorialistes et les experts, réclament un « traitement » approprié.

 

  « Grogne » : Un des symptômes les plus graves du « malaise », un signe de l’animalité privée de mots des « grognons ». Voir ce mot, sonanalyse et un exemple récent opposant les « grognons » universitaires aux « diplomates » gouvernementaux.

 

 

 

 

 

III. Paroles, paroles

 

 « Grognements » : Ne se dit pas mais tient lieu de parole des « grognons.

 

 « Témoins » : Exemplaires de la foule des grévistes et manifestants, interrogés en quelques secondes à la télé ou en quelques lignes dans les journaux. Le « témoin » témoigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les « experts » et l’élite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et maîtrisent le sens. L’élite pense, le témoin « grogne ».

 

  « Expert » : Invité par les médias pour expliquer aux grévistes et manifestants que le gouvernement a pris les seules mesures possibles, dans l’intérêt général. Déplore que les « grognements » des « jusqu’auboutistes » et des « ultras » (voir ce mot), ces privilégiés égoïstes et irresponsables (voir « corporatisme »), empêchent d’entendre le « discours de raison » des artisans du « dialogue social ». Un exemple de service public, daté de 2005.

 

 « Éditorialiste » : Journaliste en charge des éditoriaux. Pour ne pas se laisser enfermer dans cette lapalissade sortie du dictionnaire, l’éditorialiste est condamné à changer de titre pour se répandre simultanément dans plusieurs médias. Dans certains d’entre eux, il devient « chroniqueur ». Dans d’autres, il est « interviewer ». Dans tous, il est « invité ». Exemple : Alain Duhamel. Exemple de « chroniqueur » : Pierre-Luc Séguillon, particulièrement performant, en 2003.

 

 « Interviewer » : Journaliste en charge des entretiens. Les meilleurs d’entre eux sont des éditorialistes modestes puisqu’ils ne livrent leurs précieuses opinions que dans la formulation des questions qu’ils posent. L’interviewer est un éditorialiste condamné aux points d’interrogation. Ou presque : Christine Ockrent est une intervieweuse, Jean-Pierre Elkabbach aussi. Aphatie l’est indiscutablement, comme on peut le vérifier ici même, face à un représentant de Sud-Rail.

 

 « Débat »  : Se dit notamment des sessions de papotage qui réunissent autour d’une table l’élite pensante des « experts » et « éditorialistes ». Certains d’entre eux peuvent même « refaire le monde », comme on a pu le constater en 2005.

 

 « Tribunes libres » : Souvent invoquées pour répondre à ceux qui s’inquiètent de l’état du pluralisme dans les médias. Ces espaces réservés à l’expression des « experts » dominants, peuvent être occasionnellement décorés par la présence de contestataires, pour peu qu’ils se rendent respectables en s’abstenant de toute critique des médias.

 

 « Courrier des lecteurs »  : Dans la presse écrite, se dit de la sous-rubrique où sont relégués les propos, soigneusement triés, des non-experts.

 

 « Micro-trottoir » : Equivalent audiovisuel du courrier des lecteurs, cette forme avancée de la démocratie directe, concurrencée par les SMS, permet de connaître et de faire connaître l’opinion des « gens ». Technique recommandée pour faire dire en quinze secondes à chaque exemplaire d’un échantillon soigneusement sélectionné ce que l’on attend qu’il dise. Ne pas confondre avec « entretien » : trop long. Quelques cas d’école, ici, ou .

 

 « Opinion publique » : S’exprime dans les sondages et/ou par l’intermédiaire des « grands journalistes » qui lui donnent la parole en parlant à sa place. Quelques exemplaires de l’opinion publique sont appelés à « témoigner » dans les journaux télévisés. Les grévistes et les manifestants ne font pas partie de « l’opinion publique », qui risque de (ou devrait...) se retourner contre eux.

 

 « Contribuables » : Nom que porte l’opinion publique quand elle paie des impôts qui servent au service public. Quand l’argent public est dépensé pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n’a plus d’origine identifiée. On dira : « les régimes de retraites du secteur public sont payées par les contribuables ». On ne dira pas : « les exonérations de charges consenties aux entreprises sont payées par les contribuables.

 

 

IV. Mouvements des troupes

 

 « Troupes » : Mode d’existence collective des grévistes et des manifestants, quand ils répondent (ou se dérobent) aux appels et aux consignes des syndicats. Parler de « troupes de manifestants », de « troupes syndicales », de syndicats qui « mobilisent » ou « ne contrôlent pas » leurs « troupes ». (Re)voir Pierre-Luc Séguillon en 2003.

 

 « Troubles sociaux »  : Se dit des effets de la mobilisation des « troupes ». Un journaliste rigoureux se garde généralement de les désigner comme des « soubresauts » (ainsi que le fit au cours du journal télévisé de 20 h sur TF1 le mercredi 28 mai 2003, le bon M. Raffarin).

 

 « Concernés » : Se dit des secteurs ou des personnes qui sont immédiatement visés par « LA réforme ». Sinon, dire : « les cheminots ne sont pas concernés par la réforme des retraites » ou « les enseignants ne sont pas concernés par la décentralisation ». Vous pouvez pousser le souci de la rigueur jusqu’à affirmer que « les cheminots ne sont pasdirectement concernés ». Dans les deux cas, vous pouvez même ajouter qu’ils « se sentent menacés ». D’où l’on peut déduire ceci : se sentir menacé, ce n’est pas être menacé, et en tout cas être ou se sentir menacé, ce n’est pas être concerné. (« La CGT de la SNCF qui n’est pourtant pas du tout concernée par le CPE a déposé un préavis de grève nationale pour le mardi 28 »,décrète Jean-Pierre Pernaut, qui déplore ainsi, le 21 mars 2006, que les cheminots ne soient pas assez corporatistes.)

 

 « Usagers » : Se dit de l’adversaire potentiel des grévistes. Peut également se nommer « élèves qui préparent le bac » et « parents d’élèves inquiets ». « La grève […] s’annonce massive et dure. Dure surtout pour les usagers », précise David Pujadas, compatissant et soucieux de l’avenir des cheminots le 13 novembre 2007.

 

  « Otages » : Synonyme d’« usagers ». Terme particulièrement approprié pour attribuer les désagréments qu’ils subissent non à l’intransigeance du gouvernement, mais à l’obstination des grévistes. « Victimes » des grèves, les « otages » sont d’excellents « clients » pour les micros-trottoirs : tout reportage se doit de les présenter comme excédés ou résignés et, occasionnellement, solidaires. Parmi les « otages », certains méritent une compassion particulière. Nous vous laissons découvrir deux d’entre eux : un premier et un second.

 

  « Pagaille » : Se dit des encombrements un jour de grève des transports. Par opposition, sans doute, à l’harmonie qui règne en l’absence de grèves.

 

  « Galère » : Se disait (et peut se dire encore...) des conditions d’existence des salariés privés d’emploi et des jeunes privés d’avenir, vivotant avec des revenus misérables, de boulots précaires en stages de réinsertion, assignés à résidence dans des quartiers désertés par les services publics, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun démesurés. Phénomène presque invisible à la télévision, ses responsables ne sont pas identifiables. « Galère » se dit désormais des difficultés de transports les jours de grève : on peut aisément les mettre en images et les imputer à un coupable désigné, le gréviste. Un seul exemple (en fin d’article) : quelques titres de la PQR en 2007.

 

  « Noir » : Qualifie un jour de grève. En 2005, c’était un mardi. En 2009,un jeudi – un « jeudi noir » finalement « plutôt gris clair », d’ailleurs, selon le contemplatif Jean Pierre Pernaut . Peut également se dire des autres jours de la semaine. « Rouge » ou « orange » sont des couleurs intermédiaires réservées aux embouteillages des week-ends, des départs ou des retours de vacances. Le jour de grève, lui, est toujours « noir », couleur du « chaos » (toujours en 2009).

 

 « Chaos » : Se dit sobrement des conséquences des journées « noires ». Pour désigner les conséquences d’un tsunami ou d’un tremblement de terre… chercher un autre mot ?

 

  « Surenchère » : Se dit, particulièrement au Figaro, de tout refus des mesures imposées par le gouvernement, dont l’attitude au contraire se caractérise par la « fermeté ».

 

  « Durcissement » : Se dit de la résistance des grévistes et des manifestants quand elle répond à la « fermeté » du gouvernement, une « fermeté » qui n’est pas exempte, parfois d’ « ouverture ».

 

 « Essoufflement » : Se dit de la mobilisation quand on souhaite qu’elle ressemble à ce que l’on en dit.

 

 « Ultras » : Désigne, notamment au Figaro, les grévistes et les manifestants qui ne se conforment pas au diagnostic d’« essoufflement ». Vaguement synonyme d’ « extrême gauche », lui-même synonyme de... au choix ! Autre synonyme : Jusqu’auboutistes.

 

 « Violence » : Impropre à qualifier l’exploitation quotidienne, les techniques modernes de « management » ou les licenciements, le terme s’applique plus volontiers aux gens qui les dénoncent, et aux mots qu’ils emploient pour le faire. Par exemple quand les patrons de Caterpillar sont qualifiés de « chiens ». A condition de respecter cette règle d’usage, la « violence » est presque toujours « condamnable ». Et condamnée.

 

 

Henri Maler et Yves Rebours

 

SOURCE:

 

Lexique pour temps de grèves et de manifestations

http://www.acrimed.org/Lexique-pour-temps-de-greves-et-de-manifestations-version-2010

 

 

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 05:32

 

 

Christophe Granger. La destruction de l’université française. Paris : La fabrique, 2016.

 

Un livre formidable, qui date de l’année dernière et qui n’a pas pris une ride.

 

Un mot sur le titre, qui n’a rien de sensationnaliste : l’université française (comme d’autres) est, effectivement, détruite, c’est-à-dire dans un processus presque achevé et irréversible de destruction. Les casseurs sont le capitalisme financier et ses auxiliaires politiques, tous issus du suffrage universel, bien évidemment. Cela s’accompagne d’une infantilisation des universitaires qui, à bout ou complices actifs des procédures légales mises en place par la droite et renforcées par la “gauche ”, se retrouvent prisonniers d’un asservissement sans fin et toujours plus dur.

 

La thèse du livre est parfaitement résumée dans les premières lignes de l’avant-propos : « L’université française a vécu. Les mots d’ordre anciens qui tramaient ses missions d’enseignement et de recherche n’ont plus cours. Désormais, c’est à la compétitivité, à la concurrence et même à la flexibilité qu’on rapporte à peu près tout ce qui s’y passe. » Economiquement, la misère est « le seul horizon possible », un quart des personnels étant précaires. Psychologiquement, les précaires, comme les titulaires sont contraints de renoncer à leur liberté en tant qu’individus et en tant qu’enseignants et chercheurs.

 

Après un brillant historique de la place et du rôle de l’université au XIXe siècle, l’auteur brosse, pour la première moitié du XXe siècle, le tableau d’une institution douée de règles internes et collectives, un début de démocratie donc, qui permet « une représentation partagée du savoir », une « communauté de destin ». Mais le modèle étasunien et britannique ne va pas tarder à frapper : « Depuis la fondation de l’université Johns Hopkins, s’opère dans les grandes universités [des Etats-Unis] un déracinement de l’idéologie désintéressée des choses universitaires. Les études et les recherches scientifiques relèvent désormais d’une conception instrumentale du savoir. » Asservi au desiderata des banquier et des industriels, le savoir opère un tournant capitaliste. Déjà en 1930, dans les établissements universitaires privés français, les industriels représentent un tiers des conseils de direction, et les banquiers plus de 20%. Les formations universitaires, théoriquement autonomes, vont s’élaborer à partir des besoins du pays, c’est-à-dire de la classe dominante.

 

 

 

 

Dans les années soixante, des recrutements massifs de titulaires, mais aussi de précaires (ATER, allocataires de recherches, moniteurs) répondront aux exigences du baby boom. 800 assistants en 1955, 11 000 en 1973. 500 maîtres-assistants en 1960, 10 000 en 1973. Cela coûte cher et le gouvernement mitterrandien va presque doubler la charge d’enseignement des universitaires (en faisant expérimenter la mesure par la Côte d’Ivoire – du bon usage des anciennes colonies !). Au XXIe siècle, les postes pour précaires ont de moins en moins vocation à être transitoires : ils sont « désormais leur propre fin ».

 

La France n’est qu’une des annexes du grand laboratoire européen et mondial dirigé par l’OCDE, la Banque Mondiale et l’Union Européenne. Notre pays n’a désormais plus de politique universitaire à lui. En mars 2000, lors de la conférence de Lisbonne, le Conseil européen décide que les universités seront « un ressort de l’économie mondiale ». Le travail scientifique devra répondre aux appels d’offres d’agence de financement, les chercheurs étant désormais mis en concurrence selon des critères n’ayant pas forcément à voir avec la recherche scientifique. L’auteur place la décomposition de l’université française dans le contexte plus général du dépérissement des missions historiques de l’Etat : déjudiciarisation de la justice, déshospitalisation de l’hôpital. Ce n’est pas un hasard si, dans l’université, ces missions funestes ont été accomplies par Valérie Pécresse et Geneviève Fioraso. Elles étaient parties du principe que l’Université française était gouvernée par des produits de Mai 68 qui s’étaient glissée dans la peau de chefs d’entreprise privée et qui avaient le profil idoine pour ancrer la mutation scélérate dans les faits et les esprits. Pécresse est la fille d’un universitaire telle que la droite affairiste les affectionne : PDG de Bolloré Telecom (6 milliards de chiffre d’affaires par an). Enfant, puis jeune fille, Valérie Pécresse n’a eu aucun contact avec l’enseignement public : elle fréquenta l’Institution Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine, puis une classe préparatoire au lycée privé Sainte-Geneviève de Versailles, puis HEC, et finalement l’ENA où, enfin, elle rejoignit l’élite de la République. En 1997, après la dissolution de l’Assemblée nationale, elle fut approchée par Jospin (décidément, à un certain niveau, tout se vaut et tous se valent) mais préféra Chirac. Quant à Fioraso (dont certains ont mis en doute la validité des diplômes), le collectif “ Sauvons l’Université ! ” brossait d’elle, en mai 2012, le portrait suivant : « Actuellement au poste de députée, d’adjointe à la Ville de Grenoble (chargée de l’économie, l’emploi, l’université et la recherche), de première vice-présidente de la Métro (chargée du développement économique, universitaire, scientifique et de l’innovation), et de présidente de la SEM Minatec Entreprises, c’est une innovation développée par le Parti socialiste en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique et les grandes entreprises de la région. La preuve de la réussite de ce produit ? Geneviève Fioraso a été chargée de l’« innovation » dans l’équipe de campagne du candidat à la présidence de la République François Hollande. Tous les jours, Geneviève Fioraso se dépense sans compter pour « monter des projets » et « faire aboutir des dossiers ». Inlassablement, l’élue augmentée se dévoue avec le même élan pour la cause de l’Innovation, repoussant toujours plus loin les capacités de l’élu du peuple. La perfection du système est telle que Geneviève Fioraso ne s’arrête jamais, pas même pour penser : aucune réflexion ne vient retarder sa quête du Bien, c’est-à-dire du Progrès Technologique. Alors que Geneviève Fioraso se démène actuellement sur plusieurs fronts – de la ville intelligente à la promotion de la biologie de synthèse, de l’industrie innovante à sa réélection au poste de députée de la première circonscription de l’Isère –, partons à la découverte des fonctionnalités de cette post-élue. « Ils m’appelaient Miss dollar, s’amuse-t-elle. C’est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas. Il faut coller à un cahier des charges et dégager de la marge pour réinvestir dans la R&D...  ». Ainsi parle Geneviève Fioraso, alias Miss Dollar, surnom donné par ses collègues de la start-up Corys où elle a travaillé dans les années 1990. Chez elle, « le style spontané est direct, rapide, efficace, sans formules de politesse » et elle est ‘‘à l’aise dans le monde du business, elle sait parler prix, profit...’’, note Guy Sarrey, de Grenoble École de Management [en français grenoblois, on ne dit pas « École grenobloise de Gestion » : on n’est pas des ploucs, on est presque des Ricains !] ». Dans le monde d’aujourd’hui, savoir parler prix et profit plutôt que salaires et acquis sociaux est un réel atout pour les représentants du peuple. » Deux universitaires qui avaient peu en commun avec la tradition universitaire française.

 

 

 

 

Dans le contexte de « crise », qui n’est qu’un « moyen, une peur, un chantage », les Etats ne sont plus à la manœuvre : ils sont « désœuvrés », selon l’heureuse formule de Granger. L’Université, en tant que productrice et outil de l’économie du savoir (expression calquée sur knowledge management), n’a plus besoin d’être pensée par l’Etat. Dès 1998, la Banque Mondiale pensait pour lui dans un texte fondateur intitulé Le Financement et la gestion de l’enseignement supérieur. L’Université devait s’amender car elle était en crise au regard des indicateurs économiques (un Gattaz pense que l'Education nationale est la grande responsable du chômage en France). La seule solution était le retrait de l’Etat et la soumission au libre jeu du marché. Traversée par le capitalisme, l’université doit être rentable. La fausse gauche européenne (Jospin, Schröder et le futur milliardaire Blair) ne va plus jurer que par la compétence et le capital professionnel. L’étudiant – « entrepreneur de ses études » – sera un client (Blair – qui a bénéficié de l'université gratuite – instaure des frais d’inscription à 3 000 livres par an) qui devra se responsabiliser en élaborant « dans la liberté » son parcours personnel. Libres, les institutions universitaires le seront également dès lors qu’elles feront appel à des financements privées (25% en Allemagne ou en Espagne). Les salaires des présidents managers pourront exploser (300 000 euros par an en moyenne en Grande-Bretagne). Les présidents Français doivent se contenter de 150 000 euros brut, sauf feu Richard Descoings, le patron de Sciences Po qui connut l’épectase, qui touchait 537 000 euros par an (un maître de conférences perçoit 23 000 euros brut par an en début de carrière, un professeur d’université 36 500). A cause de la loi Pécresse renforcée Fioraso, les présidents français ne risquent plus trop d'être furieusement de gauche : les conseils d’administration qui les élisent comptent 30 membres au lieu de 60, dont au moins sept ou huit « personnalités extérieures », style chef ou cadre d’entreprise.

 

La conséquence principale de ce chamboulement est fondamentale : la désorganisation des études « vide de leur cohérence pédagogique les procédures qui organisaient les savoirs dispensés et leur minutieux emboîtement. Elle impose aux étudiants de juger tout ce qu’ils apprennent à la façon dont ils seront jugés sur le marché du travail et de rapporter tout ce qui constitue leur présent à l’exigence de leur devenir professionnel. » Les universités n’enseignent plus, elles préparent à l’employabilité, pour reprendre ce concept forgé par Anthony Blair. Sous l’œil attentif du patronat. Les contenus, les matières changent : « Jusqu’au seuil du XXIe siècle,  les disciplines “ pures ” et “ théoriques ” tenaient le haut de l’université. La chimie organique, les langues et la littérature anglaise venaient en tête du nombre d’enseignants. Aujourd’hui, c’est aux disciplines plus “ professionnalisées ” – informatique, mécanique et génie civil, sciences de gestion et sciences économiques – que revient la suprématie. Elle ne produit plus du savoir mais de l’innovation, des brevets dans le cadre d’appels à projets. Elle ne tire plus sa vérité première de l’ordre des choses scientifiques mais de « questions d’utilité et de finances ». Les chercheurs sont devenus des « bureaucrates de la compétition ». En contradiction avec ce que plaidait le prix Nobel Albert Fert  dans Le Monde : « On ne peut pas imposer une finalité stricte à la recherche. Son parcours n'est jamais linéaire. Il faut  laisser la recherche fondamentale se dérouler, les chercheurs suivre leurs idées, en zigzaguant, pour déboucher sur des découvertes et ensuite des applications. »

 

 

 

 

La loi Pécresse mâtinée Fioraso avait pour objectif non avoué de faire de l’Université française un champ de ruines. Un quart des établissements français sont aujourd’hui en quasi-faillite. Ces déficits, expliquent Granger, ne sont pas la conséquence mais les instruments de la “ réforme ” libérale menée depuis bientôt dix ans. Autre moyen de démolition : la prolifération de la précarité. Sévissent désormais de véritables négriers, comme les dirigeants de l’université de Pau qui, pour l’année 2014-2015, recrutèrent un enseignant assurant un service complet sur la base de 700 euros nets par mois. Le chômage des jeunes universitaires est de plus en plus massif (16% des docteurs). En toute légalité, des présidents encouragent de docteurs tout neufs à accepter des recrutements en tant qu’auto-entrepreneurs. Un jour prochain, les titulaires seront tous devenus des précaires. Or  la moitié des précaires, plutôt des femmes, gagnent moins de 1250 euros par mois.

 

Il faut, clame en conclusion de son livre Christophe Granger, que l’Université « cesse de n’être plus ». Il en va de la vie de notre collectivité.

 

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 05:33

Dès lors qu’un fait inattendu se répète, il faut être attentif et ne pas s’en remettre aux caprices du hasard. Ma femme vient de connaître, en quelques semaines, la même surprise, le même léger désagrément.

 

Professeur des universités, elle a récemment siégé dans deux jurys de thèse. Les deux thésards étaient citoyens de pays d’Afrique du Nord, tous deux musulmans. Depuis Robert de Sorbon (1201-1274) – j’exagère un peu – il est d’usage qu’après la soutenance et les délibérations, le nouveau docteur (pardon : le-a nouv-eau-elle docteur-e) offre le champagne au jury et au public. De petits amuse-gueule ne sont pas de refus.

 

Il n’est évidemment pas question d’obliger des musulmans stricts à boire de l’alcool. On peut néanmoins attendre d’eux qu’ils offrent ce précieux breuvage tellement français à des éminences universitaires qui viennent de leur accorder un titre de docteur. A deux reprises, ma femme et ses collègues durent se contenter d’une orangeade sucrée pour faire passer les cornes de gazelle (le Coran ne savait rien du diabète).

 

 

Nous sommes en présence d’une démarche politique et non religieuse. Il y a près de quarante ans, lorsque je fus recruté à la Faculté des Lettres de l’Université Nationale de Côte d’Ivoire, mon doyen invita tous les collègues à fêter le nouvel an chez lui. Ce musulman très pieux, nommé depuis recteur de l'Université Musulmane de Côte d'Ivoire, appartenait à ce que Maurice Druon aurait appelé une « grande famille ». Il nous reçut avec ses deux femmes en nous gratifiant de son meilleur champagne, sans en boire une goutte. Pour ce qui est des collègues ivoiriens musulmans, ce fut selon. Certains burent le pétillant breuvage, d’autres pas.

 

J’ajoute que l’un des deux candidats au titre de docteur était un homme. Peu de temps après la soutenance, il s’adressa à ma femme en ces termes : « Nathalie, je te remercie. J’espère qu’on aura l’occasion d’écrire quelque chose ensemble. » Ben voyons ! Il lui avait donné du « Madame le Professeur » en la vouvoyant (ils se rencontraient pour la première fois). Son titre en poche, il pouvait désormais la considérer comme à son service.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 05:30

Moi qui ne fume rien du tout (et qui me contrebalance des petits jeux solfériniens du même pas rusé Le Guen), je suis pour la légalisation du cannabis. Je me permets de vous repasser une note à ce sujet publiée en juin 2011.

 

De manière régulière, le problème de la légalisation du cannabis se pose dans notre pays.

 

En Hollande, cela fait bien longtemps que cette herbe se vend dans les bonnes épiceries.

 

http://www.cannabizz.com/journaux-culture/cannabis-culture-image/photo-cannabis/recolte-cannabis1.jpgÀ Marseille, il y a quelques siècles, on s'en procurait rue de la ... Canebière, qui tire son nom du chanvre.

 

En 1968, quelques mois avant le joli moi de mai, j'étais étudiant à l'université d'Amiens. J'avais comme professeur de civilisation britannique le jeune (il avait 31 ans) Bernard Cassen, futur directeur du Monde Diplomatique, futur fondateur d'ATTAC, responsable aujourd'hui du site Mémoires de Luttes.

 

J'ai raconté ailleurs comment, avec Cassen et quelques autres, je me suis retrouvé pleinement dans le mouvement de Mai 68.

 

Un jour Bernard nous fit travailler sur un texte trouvé par lui dans un excellent hebdomadaire de l'époque, New Society. Qui n'existe plus. Je parle d'un temps où Murdoch n'avait pas encore fait main basse sur la presse papier anglaise. Ce texte était intitulé “Should Pot Be Legalized ?” (Faut-il légaliser le cannabis ?). Je n'ai pas de souvenir précis de cette réflexion si ce n'est que la réponse donnée par le journaliste était "oui".

 

Il y a plus de quarante ans, l'argument en faveur de la légalisation était le même qu'aujourd'hui : quand aux États-Unis l'alcool fut interdit, la consommation monta en flèche, ainsi que le pouvoir du milieu.

 

Je comprends parfaitement le point de vue du maire de Sevran qui voit sa ville devenir un centre mafieux comme la France n'en a peut-être jamais connu.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 05:58

 

 

Descartes nous explique dans son blog Pourquoi les “ Panama Papers ” n'ont aucun intérêt :

 

Je vous mets au défi de m’indiquer une chose, une seule, que vous ayez apprise grâce aux “ Panama papers ”. Alors, il faut se demander pourquoi on fait tant de raffut sur des informations que tout le monde connaît par cœur. Pourquoi tant de bonnes âmes se déclarent scandalisées en découvrant ce que tout le monde sait déjà. Pourquoi le commissaire européen aux Affaires financières, Pierre Moscovici, déclare que cette affaire doit nous pousser à lutter contre les paradis fiscaux. Aurait-il oublié que l’actuel président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker a fait la richesse de son pays grâce à des juteux arrangements qui permettaient aux multinationales de s’affranchir de l’impôt en échange de leur installation au Luxembourg ?

 

Comment expliquer que Le Monde, qui a salué l’élection de Juncker à la tête de la Commission européenne avec des articles dithyrambiques nous fasse aujourd’hui le numéro de la vierge effarouchée découvrant les turpitudes de Cahuzac ou de Porochenko ?

 

 

Perspectives communistes nous rappelle qu’il y a 70 ans, le 8 avril 1946, l’Assemblée nationale nationalisait l’énergie :

 

Marcel Paul ministre communiste de la Production industrielle monte à la tribune. Il rappelle qu’il a créé le pool de l’énergie électrique, pour mettre en commun toutes les ressources énergétiques. Il poursuit : « Allons-nous, alors, assister à je ne sais quelle concurrence entre les entreprises d’électrochimie, les entreprises électrométallurgiques, les chemins de fer et notre mécanisme national d’électricité pour l’équipement de nos chutes d’eau ? Dans ce cas, les errements du passé persisteront certainement. Nous assisterions encore à l’écrémage des meilleures chutes d’eau, à l’utilisation des meilleurs barrages, c’est-à-dire de ceux qui fournissent l’énergie la moins coûteuse. » 

 

 

Le quotidien néerlandais De Telegraaf, s’intéresse à l’évolution de l’entreprise Philips (chiffre d’affaires : 25 milliards d’euros) : Philips ne mise plus sur l’ampoule. Il y a plus juteux. Les applications paramédicales, par exemple, qui ont cet incomparable avantage de reposer sur un marché "captif" (les malades, y compris imaginaires) et subventionné par la sécurité sociale. Certes. Encore faut-il pouvoir se débarrasser des vieux rossignols. Philips s’est engagé à éjecter son département éclairage avant la fin du semestre 2016, par une mise en Bourse, ou en dénichant des repreneurs intéressés. Jusqu’il y a peu, Philips tablait sur une offre de la société Melrose mais, informe l’agence d’information financière Bloomberg, c’est tombé à l’eau. D’autres candidats repreneurs se presseraient cependant au portillon : Blackstone, Onex, Apollo Global Management et Go Scale. Point commun de ces étranges volatiles : tous des fonds d’investissement spéculatifs, de même que la société londonienne Melrose, dont Wikipedia dit, pince-sans-rire, qu’elle est "spécialisée dans l’acquisition et l’amélioration des performances de sociétés en difficulté".

 

 

Puisque nous sommes dans les polders, restons-y avec Jean-Emmanuel Ducoin qui revient dans son blog sur la mort de Johan Cruyff :

 

L’idole des années 1970, à l’Ajax d’Amsterdam puis à Barcelone, avant de devenir le plus grand entraîneur de tous les temps, n’était pas qu’une icône à l’esthétique et à la technique uniques en leur genre, mais bien, l’un de ces penseurs qui rendent la vie meilleure et donnent sens aux actions collectives les plus banales. Bien sûr, il ne s’agit là que de sport et de ballon rond, et les raisons ne manquent pas de nous détourner de ce spectacle outrageant de puissance communicative et de fric capté par quelques mains, penser qu’il n’est plus qu’un théâtre désenchanté, l’antre piétiné d’une humanité de contrebande hantée par la légende mythifiée de héros de pacotilles.

 

 

L’héritage de Cruyff a la valeur d’un petit concentré d’élaboration politique. Sur un terrain ou sur le banc de touche, il a véhiculé l’idée d’un sport au service des hommes, offensif et spectaculaire, celui dans lequel une équipe s’épanouit comme un collectif solidaire [un peu comme celle de l’émission “ Excusez-moi de vous interrompre ”], dans lequel tout individu quête sa part de bonheur à jouer en fonction des autres et pour les autres.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 05:47

Viktor Dedaj, administrateur du Grand Soir, a été vraisemblablement le premier à dénoncer le biais des enquêteurs du nouveau scandale de Panama : « Connaissiez-vous le Consortium International des Journalistes d’Investigation ? Il existe depuis 1997. Basé aux Etats-Unis (à Washington – quelle meilleure base arrière pour faire des enquêtes et lancer des alertes ?), le Consortium affiche une liste de médias plus prestigieux les uns que les autres, véritable « dream team » de la presse libre : El Pais, El Mundo, Le Monde, Le New York Times, Le Washington Post, la BBC, Le Guardian, El Nacion...

 

Ce Consortium est entièrement financé et géré par le Centre des États-Unis pour l’intégrité publique. Leurs bailleurs de fonds comprennent :

 

- La fondation Ford

- La fondation Carnegie

- La fondation de la famille Rockefeller

- La Fondation W K Kellogg

- La Fondation pour une société ouverte (du financier Soros) »

 

 

L’Obs a fini par emboiter le pas : « pourquoi si peu de noms américains apparaissent-ils dans ces documents ? Parce que les Etats-Unis ont ce qu'il faut, chez eux, en matière de sociétés-coquille contrôlant d'autres sociétés, tout cela dans l'anonymat le plus total. Une journaliste de Fusion a même réussi à créer une société dans le Delaware, "She Sells Sea Shells" ("Elle vend des coquillages"), au nom de son chat Suki ! Quant à Mossack Fonseca, elle possède une filiale dans le Nevada, l'un des Etats les plus laxistes en la matière (avec le Wyoming et le Delaware), qui ne demande pas à connaître l'identité de la personne établissant la société. La filiale en question peut établir des compagnies américaines "offshore"… sur le sol même des Rtats-Unis

 

 

 

Dans Res Publica, à propos de la loi El Khomri, Evariste explique comment Hollande a aggravé les “ réformes” mises en place par Sarkozy : « Nicolas Sarkozy fait voter la loi Tepa le 21 août 2007 qui favorise les heures supplémentaires en les défiscalisant et en diminuant les entrées de cotisations sociales vers la Sécurité sociale. Puis la loi du 20 août 2008 renforce l’autonomie des entreprises en matière de gestion du temps de travail : plus besoin de l’accord de l’inspecteur du travail pour les heures supplémentaires au-delà des 180 heures, le repos compensateur n’est plus automatique mais négocié au sein de l’entreprise, l’annualisation du temps de travail peut être mis en application sans justification.

 

Sur tout ce travail de détricotage, Hollande n’annule à son arrivée que la défiscalisation des heures supplémentaires.

 

La loi El Khomri va encore beaucoup plus loin en allant jusqu’au bout du changement de la hiérarchie des normes en faisant en sorte qu’un accord d’entreprise puisse déroger à une loi, à un accord de branche et même à un contrat de travail. La durée de travail permet d’aller jusqu’à 12 heures par jour, et même 60 heures par semaine en cas de « circonstances exceptionnelles ». Les forfaits jours sont encore élargis. Toutes les majorations des heures supplémentaires pourront être réduites à 10 % par accord d’entreprise.

 

 

Dans Les Zindigné(e)s !, Thierry Brugvin explique pourquoi le capitalisme s’appuie sur nos peurs pour nous faire consommer : « Consommer et posséder vise à compenser un manque d’estime de soi. Le consommateur cherche à montrer aux autres, ou à lui-même, que s’il possède certains biens, c’est parce qu’il dispose d’un capital économique et culturel important. Par conséquent, il attend des autres une reconnaissance sociale de sa puissance économique ou de sa distinction culturelle. »

 

Toujours dans Les Zindigné(e)s !, au moment où Emmanuel Macron lance un nouveau mouvement politique, Yann Fiévet dresse un tableau sans complaisance de la “ Macronésie ”, « archipel complexe de vieilles idées recyclées sous une apparence de modernité. L’appel au dialogue social par le renforcement des prérogatives patronales et l’affaiblissement des droits des salariés ne saurait faire illusion. La casse sociale est plus que jamais ouverte. Elle sera funestement le tombeau de la gauche de façade. »

Revue de Presse (163)
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