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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 05:43

L’éditorial de Paul Ariès s’intitule – il a malheureusement raison – “ La gauche Hara kiri ! ” : « La gauche de gauche aphone menace maintenant de se suicider. Non parce qu’elle irait aux élections divisée ou avec un projet trop radical mais parce que les logiques d’appareil et les petits intérêts personnels la conduisent à tenter de sauver une dernière fois le PS (qui n’est plus un parti de gauche).

 

 

Jean Jacob revient sur le « terreau de théories » que constitue l’écologie politique : « L ‘écologie politique a été tiraillée entre des courants parfois très opposés (libertaires, conservateurs). Depuis, l’écologie est aussi en proie à de nombreuses récupérations très intéressées.

 

 

Le même Jean Jacob décrit « une (re)Fondation américaine de l’écologie politique française » et la « croissance de la décroissance ».

 

 

Thierry Brugvin pense que « le capitalisme s’appuie sur nos peurs pour nous faire consommer plus » : « Par la publicité, le capitalisme vise à inciter à la consommation infinie des masses, afin de tenter de satisfaire deux besoins névrotiques principaux : celui d’être reconnu et celui de posséder. Ces besoins sont engendrés par la peur de ne pas être aimé et d’être faible. »

 

 

Boris Martin se demande si les entreprises veulent se payer l’humanitaire : « La doctrine américaine en matière d’humanitaire a donné lieu à un modèle dit d’intégration de l’humanitaire dans le dispositif politique, diplomatique et militaire américain. Ce modèle est basé sur le « managérialisme » libéral défini par le chercheur Serge Makki, avec la réduction du poids de l’État et l’ouverture au secteur privé. Ce modèle a pour vocation à être dupliqué via la Grande Bretagne en Europe et notamment en France. Or, le modèle humanitaire français est particulier ; la greffe prendra‐t‐elle ?

De fait, la stratégie humanitaire française adoptée en 2012 accorde une place de choix aux entreprises et fondations privées. Le récent accord conclu entre le ministère français des Affaires étrangères et 5 entreprises (Bouygues Construction, EDF, Lafarge, Nutriset et Veolia) marque ce rapprochement de manière éclatante. Par ce partenariat, qui prévoit de créer des synergies plus efficaces entre les moyens publics et privés, les entreprises s’engagent à mettre à disposition des moyens humains et matériels dans leur domaine de compétence, et l’État, ses réseaux diplomatiques.

 

Camille Sardon s’intéresse à nous comme spectateurs : « Nous sommes tous devenus spectateurs. Nous commentons, nous critiquons. Nous déléguons aux autres le soin de penser à notre place, de faire semblant d’agir. L’essentiel est notre bonne conscience. »

 

Pour Yann Fiévet, Macron est le « casseur en chef » : « Il est dit souvent que les grands hommes qui marquent l’Histoire sont les produits fidèles de leur époque. S’il est trop tôt pour affirmer qu’Emmanuel Macron va vraiment imprégner l’Histoire socio-économique et politique de la France, il est en revanche déjà incontestable qu’il est le pur produit d’une remarquable conjonction : une ascension personnelle permise par le règne absolu de la méritocratie ; le renoncement du politique à contredire sérieusement la doxa économique néo-libérale à l’œuvre depuis trente ans. Comme tous les personnages désireux d’atteindre les sommets l’actuel ministre français de l’économie dispose déjà d’une légende nourrie tout à la fois par les indiscrétions lâchées opportunément par l’intéressé lui-même et par la complaisance empressée de certains médias. Il est dès maintenant possible d’anticiper sur l’avenir : si la politique française laisse les coudées franches encore quelques temps à Emmanuel Macron l’Histoire pourra le consacrer comme le destructeur suprême du modèle social français. Osons un pari : le jeune ambitieux a été précisément nommé à Bercy pour endosser la responsabilité des réformes décisives dont rêve le tandem Hollande/Valls sans oser les assumer vraiment. »

 

Jean-Marc Sérékian explique pourquoi le gaz de schiste est la victoire à la Pyrrhus de Big Oil : « Grâce aux magistrats, Total se retrouve avec un permis en bonne et due forme. En février, le président des Républicains a déclaré que sa formation politique devait être “ le parti des gaz de schistes et des OGM ”. »

 

 

 

Le mensuel publie un entretien avec Paul Ariès à l’occasion de la publication de son livre « La face cachée du pape François » (Editions Max Milo).

 

Question : Vous signez fin mars 2016 le premier livre critique sur le pape François ou plus exactement sur « l’Eglise du pape François ». Vous expliquez que ce livre n’aurait pas existé sans le soutien actif des réseaux sud-américains et notamment argentins.

 

Paul Ariès : Il est important en effet de renouer avec une critique de l’Eglise alors qu’on assiste à une montée du fait religieux et que les autres langages peinent à exprimer les ressentiments et les espoirs. Le retour du religion c’est déjà la sanction d’une gauche mondiale aphone. La gauche comme la science se défilent même aujourd’hui devant leur fonction critique et laissent l’Eglise tenir la rue et imposer ses dogmes. Les cathos de gauche sont devenus incapables de tenir un discours critique et reprennent la thèse du bon pape mal conseillé, mal entouré ou simplement empêché d’agir par une Curie qui lui serait opposée. Une Eglise réactionnaire se mordrait les doigts d’avoir choisi un pape devenu subitement, par la grâce divine, progressiste, social et écolo ! J’aurai aimé participer à la papamania actuelle mais les faits sont têtus. J’ai toujours revendiqué mon athéisme natif mais je n’ai jamais considéré que la religion serait uniquement un opium du peuple, bien que l’Eglise, en tant qu’institution soit « intrinsèquement perverse ». Elle a toujours pactisé avec les puissants contre les peuples. J’ai collaboré depuis trente ans à de nombreuses revues catholiques comme Golias, Relations, revue éditée par les jésuites du Québec, Lumière et vie, revue dominicaine, je suis même édité au Brésil par les éditions Loyola du nom du fondateur de l’ordre des Jésuites. Ce livre n’aurait pas été possible sans l’aide de multiples réseaux qui n’osent pas notamment dans l’Eglise dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas.

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 05:35

Dans ce numéro d’avril 2016, Serge Halimi revient sur « la percée inattendue de Donald Trump ». Il y voit une « guerre civile » au sein de la droite étasunienne : Comment un promoteur immobilier new-yorkais marié à trois reprises peut-il être aussi populaire dans le sud des Etats-Unis, bastion de la droite religieuse ? Réponse en Alabama, avec des militants du Parti républicain qui s’affrontent autour de la candidature de M. Donald Trump.

 

 

Solenne Jouanneau nous invite à nous détourner des clichés lorsqu’on observe les imams en France : « Principale incarnation de l’autorité islamique en France, les imams suscitent l’intérêt des pouvoirs publics, qui leur prêtent une grande influence. Il faudrait donc les surveiller, les encadrer, voire les former, pour éviter toute dérive communautaire. Cette lecture se heurte à la réalité du travail des religieux musulmans, dont le profil est avant tout déterminé par les fidèles qui fréquentent le lieu de culte. »

 

 

Pour Michael T. Klare, le fait que le pétrole soit bon marché est une malédiction : « Entre l’été 2014 et l’hiver 2015-2016, le prix du baril de pétrole a été divisé par trois. Plus de 250 000 emplois ont été supprimés dans un secteur qui a dû renoncer à de très gros investissements, ou les différer. Cette secousse planétaire affaiblit les géants de l’industrie pétrolière et bouleverse le jeu politique dans les pays exportateurs. »

 

 

Comment faire la critique des médias (Dominique Pinsolle) : « On ne découvrira l’histoire des résistances à la presse de marché ni dans les manuels scolaires ni dans… les grands journaux. Avec ses personnages hauts en couleur et son ambition généreuse, cette tradition internationale de critique des médias fait courir depuis deux siècles le fil rouge d’une autre information possible. »

 

 

 

Le Monde Diplomatique (93)

Pour Sophie Béroud, la démocratie d’entreprise est une imposture : « Pour faire passer la réforme du code du travail préparée par la ministre Myriam El Khomri, le gouvernement et les médias jouent sur deux tableaux. D’une part, ils dénigrent systématiquement ceux qui s’y opposent : étudiants nantis contre jeunes sans diplôme précarisés, travailleurs contre chômeurs… De l’autre, ils brossent un tableau enchanté des accords au cas par cas et du référendum dans l’entreprise. ».

 

 

Vanessa Pinto nous dit que la droite n’est pas tendre pour les étudiants dans leur combat contre la loi Précarité : « Les étudiants « sont des gens relativement protégés, les insiders, qui sont en train de lutter contre les outsiders. (…) Ce sont ceux qui bloquent l’entrée sur le marché du travail des moins qualifiés. (…) Ce sont les jeunes privilégiés, favorisés, qui vont empêcher que l’on réforme le marché du travail de ceux qui n’ont pas de job ». Ainsi parlait Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne, un puissant think tank libéral, le 12 mars 2016 sur Europe 1. »

 

 

Pour Marie Kostrz, le Hazbollah est le maître du jeu au Liban : « Avec le renfort des bombardiers russes, des conseillers iraniens et des combattants chiites libanais, l’armée syrienne a regagné du terrain avant le cessez-le-feu de fin février. En première ligne pour soutenir le président Bachar Al-Assad, le Hezbollah voit sa légitimité et sa position renforcées sur le plan intérieur. Désigné comme « groupe terroriste » par la Ligue arabe, il demeure pourtant très populaire dans les pays du Maghreb. »

 

 

Lakram Belkaïd explique pourquoi le Maghreb soutient Bassar Al-Assad : « Contrairement au cliché réducteur qui veut qu’une ligne de fracture violente oppose désormais les deux branches principales de l’islam, de nombreux Maghrébins demeurent peu sensibles à la logique confessionnelle. « Ils ont d’abord une lecture politique des événements en Syrie et voient dans ce parti le dernier bastion de la résistance contre Israël en particulier et contre l’impérialisme occidental en général », explique l’éditorialiste et essayiste algérien Mohamed Saadoune. »

 

 

Pour Jean-Arnault Dérens & Simon Rico, l’Europe a tiré le rideau face aux réfugiés : « Un million de réfugiés ont emprunté la route des Balkans au cours de l’année 2015. Tandis que l’Union européenne s’accorde avec la Turquie pour tenter d’endiguer les départs, les fermetures successives de frontières coupent ce corridor humanitaire informel dans lequel sont encore engagés des dizaines de milliers d’êtres humains fuyant la guerre ou la misère. »

 

 

Pour Francesca Maria Benvenuto, le crédit de l CPI est au plus bas : « Le 21 mars 2016, la Cour pénale internationale a déclaré l’ancien vice-président congolais Jean‑Pierre Bemba coupable de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre en Centrafrique. Mais c’est seulement son quatrième jugement en quatorze ans. Et les péripéties du procès de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, ouvert au début de l’année, entament son crédit déjà fragile. »

 

 

Le Monde Diplomatique consacre un dossier à la diplomatie des armes. Philippe Leymarie évoque la « chasse aux milliards » : « u début des années 1990, la fin de la guerre froide devait vider les arsenaux et mettre fin à la plupart des conflits. Après un net recul, la « guerre contre la terreur », avec les engagements en Afghanistan et en Irak, a redonné du grain à moudre au complexe militaro-industriel américain. »

 

 

Serge Halimi se rit du Figaro émerveillé par un avion : « Il y a (au moins) trois sujets qu’un journaliste du Figaro doit aborder avec prudence, ou déférence, ou révérence : Moët Hennessy Louis Vuitton (LVMH), le groupe de M. Bernard Arnault, puisque le secteur du luxe est l’un des principaux annonceurs de presse ; Publicis et son président-directeur général (PDG) Maurice Lévy, pour les mêmes raisons ; et enfin Dassault Aviation, car — le quotidien conservateur le signale lui-même au bas de chaque article qui traite du Falcon ou du Rafale — « le groupe Dassault est propriétaire du Figaro  ». Autant dire qu’en matière de ventes d’armes, un thème alléchant pour qui s’intéresse aux complicités politiques et aux pots-de-vin, un journaliste du Figaro n’est pas le mieux placé pour décrocher un prix Albert-Londres. »

 

 

Pour Olivier Zajec, la Russie est aussi bonne en Kalachnikov qu’en tueurs de satellites : « Tiraillée entre sa volonté de moderniser son appareil militaro-industriel et la réalité de son économie en panne, la Russie cherche à retrouver son rang stratégique. Malgré des retards technologiques, elle demeure la deuxième exportatrice mondiale d’armes. »

 

 

Thibaut Henneton n’oublie pas la “ Silicon Army ” : « Faut-il considérer les matériels et logiciels estampillés Google, Apple, Amazon… comme des armes ? Les géants américains de la « nouvelle économie » sont intimement liés au ministère de la défense. »

 

 

Camille François suggère de penser la cyberpaix : « Si la guerre a son droit et ses règles, la cyberguerre n’a pas de contours définis. Se pose alors la question : comment réguler un affrontement dont on peine à identifier les protagonistes, et qui se déroule sur un terrain civil, Internet ? »

 

 

Johann Fleuri explique pourquoi les Japonaises sont indésirables au travail : « Près de deux Japonaises sur trois mettent un terme à leur carrière lorsqu’elles deviennent mères. Prise en charge des enfants, manque de perspectives professionnelles, discriminations : les raisons de ce renoncement sont nombreuses. Il plonge le pays dans une situation alarmante : avec le vieillissement de la population, l’Archipel pourrait perdre 6,4 millions de travailleurs d’ici à 2025. »

 

 

Pour Carlos Gabetta, en Argentine, les régimes passent mais la corruption reste : « L’Amérique latine n’a pas attendu le monumental scandale qui chahute l’ensemble du système politique brésilien pour découvrir les dégâts de la corruption. Depuis longtemps, le phénomène accable l’Argentine. Dans ce domaine comme dans les autres, le nouveau président Mauricio Macri promet le changement, qui débute par un vigoureux virage à droite. »

 

 

Olivier Pironet évoque l’engagement absolu de Simone Weil : « La pensée et la trajectoire fulgurante de Simone Weil (1909-1943) demeurent largement méconnues au-delà d’un cercle de spécialistes. Figure majeure de la philosophie du XXe siècle, dont Albert Camus édita une grande partie de l’œuvre après sa mort, elle fut également une femme de combat. Impliquée dans les luttes et les débats de son temps, elle a marqué de son empreinte la culture politique de la gauche. »

 

 

Pour Pierre Rimbert, les barbares sont parmi nous : « le pays de la liberté a déclaré la guerre à la barbarie. A un empire lointain qui frappe la France et la Belgique, méprise les civils et tue des enfants. « Nous sommes en guerre ! » Soutenus par la population, les dirigeants claironnent leur volonté de détruire l’ennemi. On pavoise. Mais pendant que les soldats combattent, les civils s’activent. L’ennemi ne serait-il pas aussi caché là, sous nos yeux ? Loyaux en apparence, les immigrés et leurs descendants ne formeraient-ils pas une armée d’espions et de traîtres ? »

 

 

A noter un supplément sur les défis sanitaires en Afrique francophone avec, notamment, un article sur la prison d’Abidjan, laboratoire de la lutte contre le VIH-sida.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 05:32

 

J’en ai un peu ras le bol de dénoncer ce travers politiquement correct (donc de droite), mais je doute que ça leur passe avant que ça me reprenne.

 

Dans le n° 32 des Zindigné(e)s ! (sic) que j’adore, on le sait, un article collectif (dont je partage largement l’argumentaire concernant la nécessité de primaires vraiment citoyennes afin de rompre avec la fausse gauche) signé, entre autres, par une collègue dont j’admire la personne et le combat depuis longtemps. Article bourré d’horreurs. Je cite :

 

« l’irruption active des citoyen.nes »

 

« pour désigner un.e candidat.e »

 

« la vainqueur.e »

 

« un.e leader charismatique »

 

« un.e alter-ministre »

 

« ce.tte candidate »

 

« la guerre des chef.fes »

 

« dénicher un.e sauveur. »

 

 

Lorsqu’on se lance dans une logique aussi crétine, même si on est soi-même quelqu’un d’intelligent, on ne va jamais au bout des choses. On prétend innover en français mais on utilise le mot “ expertise ” dans son sens anglais. Et puis on rate son coup. En dénonçant, par exemple, la figure d’« un monarque républicain », qui ne saurait être féminin ou transsexuel, ou de dix membres « dont chacun aura été préalablement sélectionné ». Les femmes passent alors à la trappe.

 

 

 

Certains mots du français n’ont pas de féminins (d’autres n’ayant pas de masculin). C’est le cas de “ vainqueur ”, encore que le mot “ vainqueresse ” a existé. Dans ce cas, on peut prendre un dictionnaire de synonymes pour les nuls et on trouvera “ la gagnante ”.

 

Marre de ce zèle grotesque, de ce désir du beurre et de l’argent du beurre, de cet accaparement symbolique des attributs virils. Récemment, une universitaire signait un article « X, chercheure ». La chercheuse Marie Curie (qui était une tête) a dû se retourner dans sa tombe.

Les violeur.e.s de langue
Les violeur.e.s de langue
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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 05:37

 

La loi LRU votée sous Sarkozy (dois-je rappeler que j’ai écrit plus de 200 articles dans mon blog et sur le site du Grand Soir à ce sujet ?) poursuivait plusieurs objectifs, l’un étant la mise au pas des universitaires et le transfert du pouvoir du corps enseignant vers les administratifs. C’est fait. L’administration n’est plus au service des professeurs et des étudiants : ceux-ci doivent se couler dans le cadre imposé par l’administration selon les directives entrepreneuriales dictées par des conseils d’administration où les enseignants sont minoritaires. Magnifiquement accomplie par Pécresse, la mutation fut peaufinée par sa successeuse Fioraso et les renégats solfériniens. Lorsque la droite historique reviendra au pouvoir en 2017, il lui sera très facile de continuer le travail, dans ce domaine comme dans tous les domaines où la droite honteuse aura sévi : l’université sera entièrement privatisée et financiarisée et les personnels enseignants seront tous recrutés sur statut précaire, le statut de la Fonction publique ayant sauté.

 

La LRU a créé ou renforcé des fonctions administratives semblables à celles que l’on trouve dans le privé : on parle plus que jamais de ressources humaines, de direction générale des services. Les Solfériniens ont continué sur la lancée de la droite traditionnelle en faisant des enseignants la principale variable d’ajustement (en alourdissant les services et en multipliant des tâches qui ne sont pas normalement celles de pédagogues et de chercheurs) et en fliquant le monde universitaire comme jamais. Sous Hollande, les courriels professionnels des enseignants peuvent être espionnés et un étudiant qui graffe des toilettes est, sur ordre du président de l’université, capturé par des vigiles qui le remettent à la BAC, ce doux acronyme signifiant Brigade anti-criminalité. Le naturel au galop du social-libéralisme ne répugne pas aux pratiques fascistoïdes.

 

Pour mettre au pas les personnels enseignants, Pécresse décida de balayer les procédures démocratiques dans les établissements. Par exemple, celles encadrant le recrutement des enseignants. Avant (je sais : quand on dit « avant », on est un conservateur frileux, arc-bouté sur ses avantages acquis), les universitaires étaient recrutés par leurs pairs réunis dans des commissions de spécialistes. Ces commissions étaient constituées d’enseignants titulaires élus, éventuellement sur des bases syndicales, pour une période de trois ans. Les commissaires élisaient leur président et deux vice-présidents, et ils cooptaient pour la même période de trois ans un nombre statutairement défini de collègues d’autres universités. Pécresse mit bon ordre à cette pratique démocratique, visible et stable, en instituant des comités de sélection. Ces comités ont la particularité de ne pas avoir d’existence institutionnelle, d’être ad hoc. Lorsqu’un poste est créé, le président de l’université nomme un collègue chargé de constituer un comité. Plus question de spécialistes : un latiniste peut fort bien siéger parmi des physiciens nucléaires, en attendant, demain, le mari de la concierge. Lorsque le recrutement est effectué, le comité disparaît. Mais comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, le président, qui a tout mis en œuvre pour se constituer un comité aux petits oignons, a un droit de veto sur la décision des collègues. Nous sommes dans l’arbitraire, l’abus de pouvoir le plus total. L’ancien système n’était pas parfait, le nouveau peut verser à tout instant dans la pantalonnade du copinage.

 

Le ministère vient de demander à l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale (IGAEN) la rédaction d’un rapport sur « Le recrutement, le déroulement de carrière et la formation des enseignants chercheurs » (l’intégralité du rapport est téléchargeable ici). Ce rapport vient de lui être remis. Un mot sur les inspecteurs généraux. Ce sont toujours des gens de très haut niveau, de grande compétence. Mais leur recrutement est effectué dans l'opacité. Pendant ma carrière (longue, forcément longue), j’ai vu quelques dizaines d’enseignants promus IG parce qu’ils étaient corses, parce qu’ils étaient membres du parti socialiste, parce qu’ils étaient des potes de Chirac ou de Tonton. Ces messieurs et dames nommés bien souvent par le fait du prince étaient donc particulièrement qualifiés pour repenser le recrutement dans l’enseignement supérieur et pour faire la leçon aux aspirants universitaires. Le rapport comporte quatre têtes de chapitre : le contexte statutaire, le recrutement, le déroulement de la carrière et la formation. Il préconise vingt mesures dont je vais reprendre les plus significatives à mes yeux.

 

Il jette la suspicion, dès l’amont, sur les futurs professeurs – et sur ceux déjà en poste – en proposant des « dispositions robustes [ce qui signifie quoi, exactement ?] visant à garantir le niveau des doctorats élevés. » Comme si, ces vingt ou trente dernières années, le niveau des doctorats avaient baissé et comme si les jurys conférant ce grade avaient bradé les titres.

 

 

 

 

La proposition n° 5 conditionne tout le reste : il s’agit d’« encourager l’ouverture des comités de sélection à des représentants de la gouvernance de l’établissement ainsi que de la composante et du laboratoire concernés par le recrutement ; de faciliter la participation des membres extérieurs, notamment étrangers, en allongeant les calendriers de recrutement des comités de sélection ; d’étudier des solutions de mise en place de comités de sélection dans le cadre de regroupements d’établissements. » Participeront donc au recrutement des maîtres de conférence et des professeurs d’université des « représentants de la gouvernance de l’établissement ». Je passe sur le fait que le mot « gouvernance », adopté de l’entreprise privée anglo-saxonne, n’existe pas dans le langage officiel de l’université française. Cela signifie que des administratifs, des étudiants et, demain, comme je le disais plus haut, le mari de la concierge, évalueront des dossiers scientifiques qui passent à cent coudées au-dessus de leur tête. Ce n’est pas parce que ce type de procédure existe dans d’autres pays (nos inspecteurs généraux sont peut-être malins mais ils n’ont rien inventé) que nous devons nous y soumettre. Pour l’anecdote, j’ai connu plusieurs collègues outre-Rhin ou au Royaume-Uni qui se virent refuser une promotion car, comme ils avaient la réputation de noter un peu sèchement, les étudiants avaient fait pencher le vote en faveur de concurrents plus laxistes. J’ai aussi connu le cas d’un universitaire au dossier en béton qui s’était fait souffler un poste de professeur sur recommandation du ministre de l’Education car l’université manquait de femmes professeurs.

 

La préconisation n° 6 n’est pas absurde en soi : « généraliser dans les établissements la mise en œuvre d’opérations de recrutement correspondant aux pratiques en vigueur au niveau international (visites préalables de candidats potentiels, échanges avec les futures équipes, allongement des temps d’auditions et réalisations de séminaires par les candidats, véritables entretiens d’embauche). » Je glisse rapidement sur le fait qu’« international » signifie en fait Etats-Unis et Royaume-Uni. Le problème est que cette procédure est chronophage et très coûteuse. Dans les pays anglo-saxons, comme en Allemagne ou en Autriche, le salaire des enseignants titulaires est nettement supérieur à celui des enseignants français tandis que leur charge de cours, et surtout leur charge administrative, sont nettement inférieures. Pour leur part, les inspecteurs généraux travaillent rarement plus de 35 heures par semaine.

 

La préconisation n° 7 jette, elle aussi très fortement, le doute sur l’honnêteté des universitaires : « encourager les établissements à faire auditer leurs processus internes de recrutement dans le but d’établir des règles internes propres à garantir un fonctionnement impartial des différentes instances. » Tout comme la n° 8 : « instaurer une procédure de titularisation des enseignants-chercheurs plus formalisée et plus rigoureuse. »

 

 

 

 

La préconisation n° 9 vise à faire fliquer les universitaires par une bureaucratie sans forme, mais avec la caution, tellement honnête et rigoureuse de « personnalités » étrangères : « Mettre en place sous l’égide de la DGRH, un groupe de travail sur l’organisation et le fonctionnement du CNU, auquel participeront la CPCNU et la CPU ainsi que des représentants des EPST et des personnalités universitaires étrangères. »

 

La préconisation n° 11 vise à préférer l’exo-recrutement, tel que cela se pratique dans d’autres pays. Pourquoi pas ? Mais cela reste discutable. Que fait-on lorsqu’après une sélection « rigoureuse » il reste deux dossiers en présence : celui, brillant, d’un candidat local, et celui, médiocre, d’un « exo », même s'il s'agit d'une femme noire, juive et lesbienne ? Ne riez pas, on y est presque.

 

La préconisation n° 14 vise à favoriser les universitaires « mobiles ». Pourquoi pas, mais cela n’a rien à voir avec la qualité scientifique des dossiers.

 

La préconisation n° 15 ouvre la voie à l’avilissement des enseignants et au règne de la démagogie : « Encourager le développement de l’évaluation des enseignements par les étudiants, notamment dans le cadre de la politique contractuelle. »

 

La préconisation n° 17 m’a ramené plus de trente ans en arrière quand les Solfériniens de l’époque, avec l’aide de la CFDT, ont presque doublé les services des enseignants. Mais comme cela ne suffit toujours pas (les ânes étant toujours mal bâtés, j’imagine), les inspecteurs généraux à 35 heures par semaine, qui ont repéré les procédures existantes (mais officieuses) visant à alourdir la charge de travail, propose de les officialiser en faisant en sorte que plus un seul enseignant n’ait le même service qu’un autre enseignant (un peu comme les caissières de supermarché) : « inciter les établissements à utiliser les dispositifs règlementaires de modulation des obligations réglementaires de service, dont ils disposent, afin, notamment, de diminuer le volume horaire d’enseignement des nouveaux MCF au profit de leur activité de recherche, et inversement de renforcer celui des enseignants-chercheurs qui opteraient pour une réorientation de leur mission dans le sens d’un plus grand investissement dans l’enseignement que dans la recherche. Approfondir la réflexion sur une modification des obligations réglementaires de service d’enseignement des enseignants-chercheurs, dans le sens d’un assouplissement et d’une individualisation du dispositif, et engager des expérimentations dans ce sens. »

 

 

Si les universitaires acceptent ces préconisations comme ils ont accepté la LRU, ils vont souffrir. Moins cependant que ceux qui leur succéderont.

 

Universitaires : l’infantilisation continue

En période de révision d'examens, la bibliothèque universitaire est fermée. Sûr qu'une commissions d'inspecteurs généraux va s'occuper de ce léger désagrément.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 05:49

 

 

Selon le blog Solidarité internationale PCF, en matière de levée du blocus étasunien de Cuba, le compte n’y est pas.

 

• On ne permet pas d’investissements dans notre pays au-delà de ceux déjà approuvés dans le secteur des télécommunications.

 

• L’interdiction frappant les importations de produits cubains aux États-Unis, y compris de médicaments et de produits biotechnologiques, est toujours en vigueur.

 

• La disposition qui interdit l'accès aux ports nord-américains, pour une période de 180 jours, aux navires de tiers pays qui mouillent dans des ports cubains – ce qui occasionne des pertes au titre des frets –, est toujours en vigueur.

 

Toutes ces restrictions peuvent être éliminées à travers des décisions exécutives.

 

La réalité, c’est que le blocus est toujours en vigueur. Le Secrétaire du Trésor Jack Lew a lui-même reconnu, il y a deux jours, que le blocus limite encore « très, très significativement» le volume des transactions entre Cuba et les États-Unis.

 

Le blocus a aussi des composantes dissuasives et punitives. Voici quelques exemples :

 

• Des entreprises étasuniennes et étrangères ont encore récemment été condamnées à verser des amendes pour avoir offert des services et du matériel d’origine étasunien à Cuba.

 

• Des entreprises étrangères qui commercialisent du nickel et du rhum cubain ont été privées de leurs lignes de crédits, et leurs transferts ont été refusés, même dans des monnaies autres que le dollar.

 

• Des banques étrangères ont fermé les comptes bancaires dans d’autres monnaies à du personnel de la santé cubain qui apporte sa coopération dans des pays d’Afrique.

 

 

Il semble bien que les boîtes courriel des syndicats sont espionnées chez Renault. Le site Mirador raconte l’histoire suivante :

 

L’histoire se déroule en France. Un ingénieur travaillant pour un sous-traitant du constructeur automobile Renault se rend, en dehors de son temps de travail, à la projection du film documentaire satirique « Merci Patron », réalisé par François Ruffin.

 

Cette comédie documentaire retrace le parcours d’un couple travaillant pour une enseigne de prêt-à-porter. L’usine contrôlée par le groupe LVMH, propriété du milliardaire exilé en Belgique, Bernard Arnault, vient d’être délocalisée en Pologne et les deux travailleurs ont été licenciés.

 

Après la projection, l’ingénieur du sous-traitant décide d’informer plusieurs syndicalistes et travailleurs syndiqués du groupe automobile de la projection du film. Le lendemain, le directeur de l’entreprise sous-traitante de Renault appelle par téléphone son employé. Il venait de recevoir un mail qui lui avait été transféré par quelqu’un de chez Renault, accompagné d’un message précisant : « Voici ce qu’a fait votre salarié, merci de lui faire quitter le site au plus vite ».

 

Les mails des syndicalistes de Renault étaient en fait surveillés par la direction du groupe. L’ingénieur en question, qui témoigne sur une vidéo postée sur le net, a été mis à pied pour une dizaine de jours sans pouvoir revenir sur son lieu de travail ni être payé.

 

Revue de Presse (162)

Dans Le Monde, Didier Daeninckx revient sur les attentats terroristes : Je vis, dans mon quartier, avec le sentiment d’être pris en étau  : d’un côté, la menace mortelle des nihilistes ; de l’autre, la faillite des institutions. Les choses les plus insignifiantes sont aujourd’hui gorgées de sens et de sang. Un kiosque où l’on achète le journal du mercredi, une table ronde et deux chaises. Les signes avant-coureurs de la catastrophe étaient visibles. En ce qui me concerne, depuis trois ans, ici, j’ai vu les corps s’éloigner, les embrassades se raréfier, les barbes et les voiles pousser, les regards s’aiguiser, les murs s’élever. Il a fallu s’habituer à croiser des imams rétrogrades installés dès le petit matin dans les commerces, pour y faire pression sur les fidèles.

 

De plus en plus, l’écriture m’apparaît comme un espace de résistance, de ré-existence. Continuer à interroger l'Histoire au moyen de la fiction, immerge des personnages dans les villes chancelantes, aller à la rencontre des habitants provisoires des décharges de Calais pour y entendre les traumatismes centenaires nés des tracés franco-anglais des frontières… Ramasser les éclats du temps un à un. Une écriture qui ambitionnait de changer le monde et qui peine, aujourd’hui, à simplement le dire.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 05:46

 

György Lukács fut l’un des plus grands penseurs du XXe siècle. Ses ouvrages de sociologie de la littérature sont à jamais des classiques. Je citerai simplement L’Âme et les formes, La Théorie du roman, Histoire et conscience de classe, Balzac et le réalisme français.

 

Ce Hongrois de langue allemande était né en 1885 dans la bourgeoisie juive de Budapest. Il avait obtenu son doctorat ès lettres à l’âge de 21 ans à l’université de Berlin. En 1917, il adhéra au parti communiste de Hongrie et devint commissaire à l’Instruction de la République des conseils de Hongrie, dirigée par Béla Kun. Après l’échec de cette République, il s’exila en Autriche et à Moscou. Il revint en Hongrie en 1945 et fut le ministre de la Culture du gouvernement d’Imre Nagy en 1956. Après l’insurrection de Budapest, il s’exila en Roumanie, revint en Hongrie en 1957 et se consacra alors exclusivement aux questions d’esthétique et de théorie littéraire.

 

Il fonda les études sociologiques sur la littérature, le roman en particulier. Son objectif fut de replacer systématiquement l’œuvre dans son contexte social et historique. Il défendit le réalisme au détriment du modernisme incarné par Kafka ou Joyce. Merleau-Ponty considérait son Histoire et conscience de classe comme l’œuvre fondatrice du marxisme occidental. Il dénonça l’idéologie bourgeoise en ce qu’elle prolongeait la conscience de classe des dominants. Pour lui, le marxisme ne se résumait pas à une accumulation de thèses à embrasser mais à une dialectique en perpétuel mouvement.

 

 

On ne s’étonnera pas que la Hongrie nationaliste de Viktor Orbán, ce délicieux pays où des policiers à la retraite surveillent les allocataires d’indemnités-chômage effectuant des travaux d’intérêt général et qui impose aux diabétiques des contrôles de leur régime alimentaire, ait entrepris de pulvériser le souvenir de György Lukács dans le cadre de l’éradication de la culture marxiste de son pays. Le régime tente actuellement de faire disparaître les archives Lukács à Budapest. L’Académie des sciences de Hongrie va les fermer, vendre l’appartement où habitait le philosophe et va mettre à la retraite les chercheurs qui s’efforçaient de faire vivre ce patrimoine unique. Les Archives Lukács comportent des milliers de livres et des correspondance inédites avec, par exemple, Thomas Mann ou Jean-Paul Sartre.

 

Une pétition internationale contre la fermeture des archives est à signer ici.

 

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 05:52

Je reprends ici de larges éléments d’un article d’Henri Maler et Yves Rebours (pour le site Acrimed) sur la dérive procapitaliste du discours pournalistique en temps dez grèves et de manifestations.

 

I. Consensus sous surveillance

 

« Réforme » : Ne plus dire : « les travailleurs combattent les politiques libérales qui favorisent chaque jour davantage les revenus du capital et dissolvent l’Etat social ». Ecrire : « Une autre chose dont on peut être sûr – et qui nourrit l’antienne d’un pays impossible à réformer, c’est la nature difficile des rapports sociaux en France. La conflictualité l’emporte sur le consensus. Vieil héritage de la culture ouvrière revendicative du XIXe siècle du côté des organisations syndicales, crispées sur la défense des droits acquis [...]. » (Le Monde Economie, mardi 7 juin 2005, page I). 

 

 « Modernisation » : Le modernisme s’oppose à l’archaïsme. Seuls des esprits archaïques peuvent s’opposer à la modernisation. D’ailleurs, « LA modernisation » est indifférente à la justice sociale, que la modernité a remplacée par l’« équité ».

 

« Concertation » : Se dit des réunions convoquées par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu’il va faire et pour écouter leurs doléances, de préférence sans en tenir aucun compte.

 

« Pédagogie » : Devoir qui, pour les journalistes communicants, s’impose au gouvernement (plus encore qu’aux enseignants...). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve...) de « pédagogie ». Tant il est vrai qu’il s’adresse, comme nos grands éditorialistes, à un peuple d’enfants qu’il faut instruire patiemment.

 

 

II. Déraison des foules

 

 « Égoïsme » : Frappe les chômeurs, les travailleurs précaires, les classes populaires en général. Exemple : le refus du dumping social est un symptôme évident d’égoïsme. Vice dont sont dépourvus les bénéficiaires de stock-options.

 

« Corporatisme » : Mal qui menace n’importe quelle catégorie de salariés qui défend ses droits, à l’exclusion des tenanciers des médias.

 

III. Paroles, paroles

 

 « Témoins » : Exemplaires de la foule des grévistes et manifestants, interrogés en quelques secondes à la télé ou en quelques lignes dans les journaux. Le « témoin » témoigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les « experts » et l’élite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et maîtrisent le sens. L’élite pense, le témoin « grogne ».

 

 « Opinion publique » : S’exprime dans les sondages et/ou par l’intermédiaire des « grands journalistes » qui lui donnent la parole en parlant à sa place.

 

« Contribuables » : Nom que porte l’opinion publique quand elle paie des impôts qui servent au service public. Quand l’argent public est dépensé pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n’a plus d’origine identifiée. On dira : « les régimes de retraites du secteur public sont payées par les contribuables ». On ne dira pas : « les exonérations de charges consenties aux entreprises sont payées par les contribuables.

 

IV. Mouvements des troupes

 

 « Usagers » : Se dit de l’adversaire potentiel des grévistes.

 

« Otages » : Synonyme d’« usagers ». Terme particulièrement approprié pour attribuer les désagréments qu’ils subissent non à l’intransigeance du gouvernement, mais à l’obstination des grévistes.

 

« Galère » : Se disait (et peut se dire encore...) des conditions d’existence des salariés privés d’emploi et des jeunes privés d’avenir, vivotant avec des revenus misérables, de boulots précaires en stages de réinsertion, assignés à résidence dans des quartiers désertés par les services publics, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun démesurés. Phénomène presque invisible à la télévision, ses responsables ne sont pas identifiables. « Galère » se dit désormais des difficultés de transports les jours de grève : on peut aisément les mettre en images et les imputer à un coupable désigné, le gréviste.

 

« Violence » : Impropre à qualifier l’exploitation quotidienne, les techniques modernes de « management » ou les licenciements, le terme s’applique plus volontiers aux gens qui les dénoncent, et aux mots qu’ils emploient pour le faire.

 

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 06:30

Comment justifier les interventions militaires françaises tous azimuts ? C'est très simple : vous faites une pub avac Gatien en Afghanistan. Même si vous ne voyez pas ses yeux, Gatien vous regarde et vous ne pouvez que suivre son bel exemple.

 

Il y a quelques dizaines d'années, à l'époque des colonies, une même version, plus franche.

La pub à l'aide des menées impériales de l'armée française
La pub à l'aide des menées impériales de l'armée française
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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 06:39

Sébastien Terral, qui se proclame “ observateur linguiste ” (un type un peu comme moi, donc), a publié récemment dans Télérama un billet à propos d'un tic lamentable de langage – qui vivra ce que vivent les roses – mais qui, pour l'instant, contribue à l'appauvrissement de la langue française : l'utilisation à tort et à travers de l'adjectif “ compliqué ”. J'avais eu envie de traiter de ce problème en juillet dernier en suivant à la télé les étapes du Tour de France, les commentateurs n'ayant que ce mot à la bouche (“ Pour que Contador rattrape Froome, ça va être compliqué ”). Et puis l'envie m'est sortie de l'esprit. Sébastien dit, mieux que je l'aurais fait, ce qu'il faut savoir de ce travers :

 

ERREUR FATALE

 

Si on devait faire une étude sémantique autour des adjectifs les plus utilisés par les acteurs et commentateurs de nos chaînes de télévision (politiques, consultants, journalistes, sportifs), je suis prêt à parier que “ compliqué ” serait dans les trois premiers. A écouter l'un d'eux évoquer un débat, une rencontre ou toute autre situation présentant quelque adversité, “ compliqué ” semble être le mot passe-partout et fourre-tout du moment. La palme revient peut-être à l'émission de Canal+ “ Les Spécialistes Ligue 1 ” et à un de ses consultants football Reynald Pedros. cette épidémie verbale a maintenant gagné le monde de l'entreprise et la société entière. la phrase de l'année dans mon entreprise, pour répondre à une demande de rendez-vous ou à un besoin de crayons à papier : “ Ça va être juste compliqué ” [notez le “ juste ”, calque du “ just ” anglais].

 

Un mot symbole du fatalisme ambiant de notre société française, de sa paresse pour exprimer une situation adverse, ou bien simplement un mot à la mode dont les média-trainings [formation aux médias] ont abusé ?

 

PS : Autre adjectif passe-partout, sur les plateaux de Canal+ et ailleurs : “ incroyable ”, en lieu et place de extraordinaire, ahurissant, sensationnel, fabuleux, exceptionnel, énorme, unique.

 

Et puis il faudra qu'on dise un de ces jours deux mots sur un autre tic de langage tout aussi idéologique, l'utilisation de “ déroulé ” (“ Jules Dupont, faites-nous un focus [sic] sur le déroulé des attentats de la journée ”) au lieu de “ déroulement ”.

 

 

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 06:27

Chris Hedges, dans les colonnes du Grand Soir, dégonfle quelque peu le mythe Bernie Sanders : « La structure de pouvoir démocratique a passé un arrangement donnant donnant avec lui. Elle ne présente pas de candidat sérieux contre lui dans le Vermont pour son siège de sénateur. Sanders, dans cet accord Faustien, constitue le principal obstacle à la création d’un troisième parti viable dans le Vermont. Si Sanders défie le parti démocrate, il se verra privé de son ancienneté au Sénat. Il perdra sa présidence de commissions. Le parti machine le transformera, à l’instar de Nader, en paria. Il l’expulsera hors de l’establishment politique. Sanders a probablement considéré sa réponse comme une réponse pratique à la réalité politique. Mais il a aussi admis sa lâcheté. Nader a payé le prix fort pour son courage et son honnêteté, mais il ne fut pas un raté ».

 

Toujours dans les colonnes du Grand Soir un long et passionnant entretien avec François Ruffin, l’auteur du film Merci Patron : « Lénine disait : « Une situation prérévolutionnaire éclate lorsque ceux d’en haut ne peuvent plus, ceux d’en bas ne veulent plus et ceux du milieu basculent avec ceux d’en bas. » Il y a un gros travail à faire sur la classe intermédiaire pour la faire basculer avec ceux d’en bas. Sans prétention, j’estime que c’est sur ce point que je suis le meilleur. Faire une jonction de classes. Avec Merci patron, j’ai fait un film transclasse. Je me méfie de l’« éducation populaire » et des expressions où il y a « populaire » dedans. Je ne prétends pas faire quelque chose de « populaire » car, en général, il y a neuf chances sur dix pour que ça ne le soit pas du tout. Est-ce que le peuple a besoin d’être éduqué ? Peut-être, mais la petite bourgeoisie aussi. Depuis trente ans, nous vivons un grand moment de disjonction de classes ; la petite bourgeoisie s’est foutue de la manière dont vivaient les classes populaires. Elle leur faisait des bras d’honneur. Non seulement les classes populaires étaient dans la merde socialement, mais on leur a rajouté des stigmates politiques et culturels : le vote Front national, le béret, les boules de pétanque, la picole... »

 

 

 

Evariste de ReSPUBLICA souhaite travailler avec les comités locaux de soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme avec les acteurs du mouvement syndical revendicatif. :

 

« Nous pourrons critiquer le gouvernement solférinien néolibéral (soutenu par la droite néolibérale sans laquelle il ne pourra bientôt plus passer une seule loi contre les conquêtes sociales des travailleurs) avec la vigueur nécessaire et sans le ménager en vue d’un accord électoral futur : critiquer le durcissement des politiques d’austérité, la tentative de criminalisation de l’action syndicale.

 

Nous pourrons alors développer l’idée d’une nécessaire rupture sur les plans démocratique (y compris dans l’entreprise), laïque, social, féministe et écologique… Développer l’idée de rupture avec la formation sociale capitaliste et donc avec l’UE, les traités, l’euro, mais dans le cadre du processus que nous appelons de nos vœux : la République sociale.

 

 

Sur son blog, Descartes nous dit qu’on s’imagine – à tort – que nous vivons dans un Etat technocratique. Que les politiques publiques sont pensées, réfléchies, construites par des techniciens et des experts. Mais ça, c’était avant, quand on réunissait des véritables commissions qui produisaient des vrais rapports confidentiels pour orienter la décision, et non pas des comités Théodule dont le but est de produire un rapport « transparent » pour justifier auprès du public des politiques décidées à l’avance en fonction de considérations électorales.

 

Pour penser librement, il faut être protégé de la pression de l’opinion. Lorsque vous savez que chacune de vos paroles sera diffusée, interprétée, manipulée, déformée en fonction des intérêts de chacun, utilisée pour faire pression sur celui qui vous a commandé le rapport, vous apprendrez rapidement à ne plus rien dire qui ne soit consensuel, neutre, lisse. La transparence tue le débat, la discussion, la pensée. De peur de déplaire, on ne dit que ce qui est « acceptable ».

 

 

Le Monde évoque une nième gâterie pour les entreprises outre-Manche : une nouvelle baisse de l’impôt sur les sociétés (IS) : son taux qui était de 28 % lors de la nomination de M. Osborne, a été ramené à 20 %. Il doit passer à 17 % d’ici 2020. Le Royaume-Uni va ainsi se rapprocher du taux irlandais qui est de 12 %.

 

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